Attentats de Copenhague: Ce qui est arrivé est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam (No, Mr. Boubakeur, it’s not a blow to Islam or Muslims !)

15 février, 2015
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Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. Khadafi (Paris, décembre 2007)
Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. Vous croyez que Jésus a été crucifié mais ce n’est pas vrai, c’est Dieu qui l’a emmené au ciel. Ils ont crucifié quelqu’un qui lui ressemblait. Les juifs ont essayé de tuer Jésus parce qu’il voulait remettre la religion de Moïse sur le juste chemin. Khadafi (Rome, novembre 2009)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan
Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. Rouhollah Musavi Khomeini (Radio téhéran, 14 février 1989)
Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets. (…) Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. Flemming Rose
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans. (…) Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté. Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète. La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme. Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ». Docteur Dalil Boubakeur (Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, 1er février 2006)
[Les musulmans de France] ne sentent pas que c’est au nom de l’Islam, ils sentent que c’est un coup porté à l’ensemble des musulmans. Dalil Boubakeur
Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis ! (…) Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine. (…) Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur. (…) J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher. Tareq Oubrou (imam de Bordeaux)
Le prophète n’a pas été vengé, mais notre religion, nos valeurs et les principes de l’islam ont été trahis. Tariq Ramadan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence. Radu Stoenescu
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam. (…) Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence.  Abdelwahab Meddeb
Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. Fethi Benslama
Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme. A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie. Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique. (…) Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté. La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur. Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes. Jean Birnbaum (Le Monde)
Vous (…) avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. (…)  puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir. (…) Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. (…)  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.(…) lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées? En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression. (…) Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah? (…) Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. (…) Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. (…) D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et (…) impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Sami Aldeeb

Attention: des larmes peuvent en cacher d’autres !

Au lendemain d’une nouvelle réplique, cette fois dans la patrie des premières caricatures de Mahomet et le jour-anniversaire de la fatwa iranienne contre Salman Rushdie, du massacre de Paris du mois dernier …

Et suite aux tombereaux de bons sentiments à la je suis Charlie et à la pas d’amalgame qui ne sont en fait que la retraduction politiquement correcte du rappel à l’ordre et à la la loi islamique que venaient de faire lesdits djihadistes …

Comment ne pas voir …

Avec l’universitaire suisse-palestinien chrétien Sami Aldeeb

Et contre les larmes de crocodile de nos Dalil Boubakeur qui, ultime outrage aux victimes et pour disculper l’islam à l’instar de l’Administration Obama, pleurent sur les musulmans …

La confirmation que « ce qui est arrivé à Paris est bien « entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman » ?

Et comment ne pas rappeler …

Contre les mêmes qui, oubliant ou faisant mine d’oublier que les têtes de l’écrivain britannique Salman Rushdie ou du député néerlandais Gert Wilders ou d’autres sont toujours, au nom du même islam, mises à prix …

profitant du fouillis de sourates classées au mépris de toute chronologie ou logique par leur seule longueur, nous renvoient à chaque fois aux sourates mecquoises quand le prophète n’avait pas encore l’épée …

La nécessité absolue et vitale de « revoir l’ensemble des enseignements islamiques », en « levant la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam »  pour en « permettre la critique comme l’ont fait depuis longtemps les textes juifs et chrétiens dont ils s’inspirent ?

Mais comment aussi ne pas voir avec Radu Stoenescu reprenant les analyses de René Girard

La véritable distorsion que, dans leur rivalité mimétique avec leurs devanciers, le Coran et l’islam ont fait subir aux textes de ceux-ci …

Jusqu’à en nier, dans le cas du christianisme, l’essentiel …

A savoir la crucifixion du Christ (Issa sauvé à la dernière minute par le sacrifice d’un inconnu dans la tradition coranique) …

Par laquelle loin du Dieu vengeur qui donne ou ordonne la mort de ses créatures  …

La divinité subit en victime pour mieux en dénoncer et définitivement l’impasse ?

Lettre à Dalil Boubakeur: revoir intégralement les enseignements de l’islam
Sami Aldeeb,
jan 08 2015

Traduction d’un article paru dans un forum arabe

Lettre ouverte à l’imam de la Mosquée de Paris

Cher Dr Dalil Boubakeur, Imam de la Mosquée de Paris,

J’ai visionné plusieurs vidéos dans lesquelles vous condamnez l’attentat contre le magazine Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à un certain nombre de journalistes. Vous y avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. Vous démontrez ainsi que vous vous moquez de la vie des journalistes assassinés et que votre seule préoccupation consiste à éviter l’accusation de l’islam et des musulmans pour ce qui s’est passé. Vous vous êtes contredit et vous avez prouvé que vous manquez de la moindre sympathie pour les victimes. Vous avez perdu votre humanité par ces déclarations.

Mais soyons honnêtes, absolument honnêtes. Ne dit-on pas, en arabe, que de la franchise naît la tranquillité? Parlons en termes médicaux, puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir.

Permettez-moi de vous dire que votre diagnostic sur les événements d’hier à Paris ne saurait convaincre que les idiots et les hypocrites. Si vous n’êtes pas conscient de votre erreur, c’est un signe de votre ignorance. Et si vous savez que votre diagnostic est erroné, cela signifie que vous êtes un malhonnête, pour ne pas dire un menteur.

Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. Et je vous défie de me présenter la moindre preuve de l’inexactitude de mes propos.  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.

Revenons sur ce qui s’est passé à Paris. Vous avez certainement appris que lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées?

En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression.

Je vous invite à un moment de franchise avec vous-même. Vous dites vouloir le vivre-ensemble en France. Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah?

Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. C’est le diagnostic que personne d’informé ne saurait mettre en doute. Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. Et ce pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

En ce qui concerne les mosquées, il faut surveiller ce qui y est dit et ce qui y est enseigné afin qu’elles ne deviennent pas des nids de terrorisme et d’extrémisme. Pour cela, je suggère que les mosquées soient ouvertes à tous, que les prêches soient prononcés en français, que les imams étrangers ne soient pas autorisés à y officier, et je propose de soumettre les imams actuels à des mesures administratives et éducatives. Vous savez sans doute qu’en Egypte les prêches sont distribués aux imams par les autorités étatiques, qui contrôlent la stricte observance de leur contenu. Tous les prêches des mosquées de France doivent être soumis à l’approbation préalable des autorités françaises, ces prêches doivent être enregistrés et les contrevenants doivent être sanctionnés par le retrait de la nationalité et le renvoi dans le pays d’origine. Et ce, encore une fois, pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et l’orienter vers la doctrine de Mahmoud Mohamed Taha, qui a été pendu sur instigation de l’Azhar. Ce penseur estimait qu’il fallait impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Les autorités françaises doivent imposer cette exigence sous peine de retrait de la nationalité française et de renvoi dans le pays d’origine.

Ce sont là des mesures que vous devez prendre en tant qu’imam de la Mosquée de Paris, et que doivent prendre les autorités françaises le plus rapidement possible afin de permettre le vivre-ensemble en France.

Veuillez agréer, Monsieur l’imam de la Mosquée de Paris, l’expression de ma haute considération.

Sami Aldeeb, Dr en droit, professeur des universités
Directeur du Centre de droit arabe et musulman: http://www.sami-aldeeb.com
Auteur d’une traduction française du Coran par ordre chronologique,
d’une édition arabe du Coran par ordre chronologique et d’autres ouvrages

Voir aussi:

L’islam comme mimétogonie
Radu Stoenescu

« Si Allah ne neutralisait (repoussait) pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. » (Coran 2 : 251)

L’objet de ce texte est de présenter une hypothèse interprétative des fondements de l’islam sunnite, à partir de l’anthropologie de René Girard. N’étant ni islamologue, ni arabophone, je ne saurais polémiquer ni avec le texte coranique original, ni avec l’original de la Sîra (vie de Mahomet). Je travaillerai donc à partir de la traduction de ces textes. Il s’agit de présenter ici quelques intuitions qui nécessiteraient un travail beaucoup plus vaste pour être étayées solidement. Autant la visée de ce texte est ambitieuse, autant mes moyens sont limités, cependant j’invite le lecteur à ne jamais oublier qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, pas d’une conclusion. Cette hypothèse prend appui sur l’idée que le modèle de Mahomet est essentiel dans l’émergence de l’islam, qui pourrait sans exagération être défini comme une « imitation de Mahomet ». Comprendre Mahomet, c’est comprendre l’islam.

Pour mettre tout de suite les pieds dans le plat, formulons l’hypothèse herméneutique : l’islam me semble être l’expression d’un désir métaphysique au sens de René Girard, c’est-à-dire d’un désir de l’être de son modèle, le judéo-christianisme. C’est aussi un désir métaphysique dans le sens où son objet est Dieu Lui-même. La démarche de Mahomet a pour but à la fois d’être pris pour le véritable juif et le véritable chrétien, et d’enlever l’objet de désir (Dieu) aux monothéistes qui le précédent. L’islam est mimétogonique par rapport au judéo-christianisme.

1. Mimétisme, rivalité et légitimité de Mahomet

La légitimité de la prédication de Mahomet tient à ce qu’il prétend refaire un geste déjà accompli par d’autres prophètes : révéler aux hommes la loi du Dieu unique et transcendant. En fait, c’est moins Mahomet qui répéterait un geste, que Dieu qui, à travers Mahomet, réitérerait un geste qu’Il aurait déjà accompli plusieurs fois, à travers Moïse et Jésus notamment. Dieu aurait envoyé dans l’Histoire des messages armés de son code de Loi, Mahomet étant le dernier envoyé, le « sceau des prophètes ».

Le Dieu transcendant connaît ainsi une temporalité toute historique, tandis que le temps historique est happé par la transcendance : le passé est aboli et le futur est fermé. Le seul événement historique dans cette perspective est l’abolition de l’Histoire, accomplie par la révélation de la Loi transcendante éternellement valable : la descente du Coran.

Ce qui m’intéresse dans la fondation de l’islam, c’est l’idée d’imitation et de répétition. C’est le mimétisme de Mahomet qui est fondateur, dans la perspective même du Coran. Si Mahomet n’avait pas de modèle, il n’aurait pas de légitimité. Mahomet dit aux autres monothéistes : « je fais comme vos prophètes », ou plutôt « Dieu fait à travers moi ce qu’il a fait à travers les autres prophètes ».

Il y a vingt-cinq prophètes cités par la Coran, qui vont d’Adam à Mahomet, Jésus le précédant directement. Un hadith mentionne que chaque peuple de l’histoire a reçu au moins un prophète et qu’il y en aurait eu 124 000 au total. Cette démultiplication légendaire doit être lue comme une tentative de fonder par analogie la légitimité du geste singulier de Mahomet : on augmente le nombre de prophètes pour rendre banale l’apparition d’un prophète. Cette généalogie des prophètes est donc absolument essentielle pour la fondation de l’islam. Elle n’est pas un simple préambule rhétorique : c’est la justification proprement mythique de la rivalité de Mahomet par rapport aux autres monothéistes.

Pour que la vision musulmane soit valide, il faut que chaque prophète ait accompli exactement le même geste que Mahomet : avoir donné aux hommes un livre divin contenant leurs devoirs envers le Créateur. Car l’islam prétend que tous les livres révélés par le Créateur contenaient exactement la même chose que le Coran. La chaîne des prophètes doit être absolument ininterrompue : c’est une chaîne de moments identiques, dont Mahomet n’est que le dernier imitateur. Ces moments sont identiques parce que Dieu est immuable, et ne fait que se répéter, par clémence pour Ses créatures qui oublient sans cesse Sa loi. Si la chaîne est brisée, la logique même de la légitimité de Mahomet est mise en défaut.

Des prophètes que le Coran mentionne, au moins deux ont encore les disciples qui prétendent connaître les textes: Moïse et Jésus. Les autres prophètes et leurs textes sont plus ou moins légendaires, et de toute manière n’ont plus de sectateurs. De la chaîne des prophètes censée aboutir à Mahomet, il subsiste deux anneaux. Pour que la vision musulmane soit légitime, Jésus doit s’être posé par rapport à Moïse de la même manière que Mahomet se pose par rapport à Jésus et à Moïse, sinon la chaîne se brise. Selon la logique divine de remplacement d’un prophète par un autre, Jésus doit être le rival prophétique de Moïse. Si Jésus n’est pas le rival heureux de Moïse, Jésus n’est pas un prophète. Or le problème, c’est que Jésus n’est justement pas le rival de Moïse et cela selon le texte des chrétiens eux-mêmes. Jésus n’abolit pas la Loi de Moïse et ne prétend jamais le faire, bien au contraire.

Si l’on prétend que les chrétiens ont altéré le message de Jésus et que « l’Evangile », comme disent les musulmans, était essentiellement identique au Coran, le christianisme historique n’aurait jamais existé et le nom même de Jésus ne serait jamais parvenu aux oreilles de Mahomet. Si les évangiles chrétiens sont authentiques, alors Jésus n’est pas un prophète au sens de Mahomet, et la chaîne des messagers divins se brise. Bref, si Jésus n’était pas le rival de Moïse, Mahomet ne pourrait pas être le rival de Jésus. Mais si Jésus était le rival de Moïse, il n’y aurait pas eu de christianisme et Mahomet ne pourrait pas le connaître. Dans les deux cas, la légitimité de Mahomet s’effondre.

Si le christianisme se comprend comme il se doit, c’est-à-dire avec et à partir de l’Ancien Testament, il n’y a pas de rivalité que Mahomet pourrait imiter. Mahomet ne peut donner sa rivalité pour légitime que si elle trouve un modèle en Jésus. Il faut à l’islam que Jésus se soit opposé radicalement au judaïsme pour que Mahomet puisse prétendre s’opposer légitimement aux deux. L’islam s’oppose en dernière analyse au judéo-christianisme, il attaque et reprend une supposée attaque de Jésus contre Moïse.

Mahomet est pris dans une escalade mimétique par rapport à Jésus. Il veut faire la même chose et mieux. D’ailleurs, il n’est pas le premier non plus à succomber à cette rivalité avec Jésus pour attaquer les monothéismes : Mani, pour ne citer qu’un autre fondateur de religion, avait fait quelque chose de semblable quatre cents ans auparavant. L’empire perse tout proche de l’Arabie avait laissé fleurir le manichéisme, et à l’époque de Mahomet, cette religion aujourd’hui éteinte, était encore très vivante. En témoigne la conversion de Bögü, troisième khan des Ouïghours, qui en 762, s’est emparé de Luoyang, la capitale de l’Empire chinois. Le manichéisme fleurira au Turkestan oriental (aujourd’hui la province chinoise de Xinjiang) jusque vers la fin du premier millénaire.

Mani avait aussi apporté un livre sacré, que ses disciples devaient apprendre par cœur, comme devront le faire plus tard les musulmans avec le Coran. Il se pourrait que l’expression « sceau des prophètes », qui désigne Mahomet, soit d’origine manichéenne. Mani s’était aussi donné pour le dernier prophète, pour une réincarnation de Jésus et Bouddha, dont il achevait et corrigeait les doctrines.

J’avance l’hypothèse que la foule de « prophètes » qui a sévi pendant le premier millénaire était en partie une sorte de réplique mimétique aux débats entre les juifs et les chrétiens. Ceux-ci se sont livrés à des joutes oratoires pendant des siècles, souvent devant un auditoire païen. Schématiquement, ce que le vulgaire devait retenir, c’est qu’il y avait un Dieu unique, que celui-ci avait d’abord révélé la Torah à Moïse, ensuite la Bonne Nouvelle à Jésus. Les deux révélations étaient enfermées dans un livre, et les juifs et les chrétiens se déchiraient sur le fait de savoir à travers quel livre prêter allégeance à Dieu.

Ce que les débats judéo-chrétiens donnaient superficiellement à voir, c’était une violence entre jumeaux : texte contre texte, révélation contre révélation, prophète contre prophète. Cette violence entre jumeaux est le germe de toute violence, qui la copie. On la reproduit alors pour la conjurer : il y a apparemment deux rivaux, et leur rivalité obscurcit le rapport à Dieu. Pourquoi ne pas créer un nouveau livre qui concilierait tout le monde ? Dieu a envoyé un autre prophète et révélé un deuxième livre, pourquoi pas un troisième ? On peut dire que toute nouvelle religion, comme celle de Mani, était une sorte de tentative d’arrêter la rivalité entre les révélations par une nouvelle révélation. La violence interconfessionnelle devait être arrêtée par une violence encore plus grande. C’est une violence qui s’exerce sur le plan symbolique, qui relègue le sacré de l’autre au statut de pseudo-sacré, voire à celui d’hérésie.

Ce spectacle n’est pas révolu, et les syncrétismes d’aujourd’hui tentent d’accomplir la même chose. De même beaucoup d’athées et de laïcs abhorrent la religion et les débats théologiques parce qu’ils y voient un indécidable combat de jumeaux, et qu’il ne veulent pas être happés dans la violence de ces débats. Leur position est tout aussi religieuse : si les religions qu’ils condamnent en bloc revendiquent des différences, ils font tout pour les indifférencier, en commençant généralement leurs phrases avec « toute religion… ». Ce n’est pas seulement de la paresse intellectuelle devant le travail à accomplir pour étudier chaque religion dans sa spécificité. C’est une peur sacrée de la différence ! Car si jamais les religions pouvaient être différenciées, si elles n’étaient pas de simples jumeaux pris dans un combat rivalitaire, alors on ne pourrait plus les condamner en bloc. Ce qui est tragique et comique à la fois, c’est que cette indifférenciation est faite au nom de la raison, alors qu’elle est tout sauf raisonnable, puisqu’elle se moque de l’expérience et de l’histoire de chaque religion en particulier.

Celui qui s’élève au nom de la raison contre toutes les religions, accomplit en fait un geste religieux fondateur : il condamne le « chaos ». Il a besoin de ce chaos pour que son geste soit légitime. Sans l’indifférenciation, il n’y aurait pas de chaos. Alors que les religions revendiquent leur différence, comme étant ce qui arrête la violence rivalitaire, la position athée veut annuler leurs différences, et les annuler aussi du même geste, exactement pour la même raison.

L’islam fait au fond exactement la même chose : il veut aplanir les conflits doctrinaux pas une violence symbolique encore plus grande. Pour réussir, cette violence symbolique doit indifférencier ses adversaires et trouver une légitimité plus grande. Mahomet a deux rivaux contre lesquels il ne cesse de polémiquer dans le Coran : les juifs et les chrétiens. L’objet de la rivalité, c’est Dieu lui-même. La prédication de Mahomet est centrée autour de l’affirmation d’être le véritable adorateur de Dieu, celui qui restaure la véritable religion du Dieu Unique, que les juifs et les chrétiens auraient selon lui corrompue. Mahomet ne polémique pas avec les arabes polythéistes et idolâtres. Ceux-ci n’ont pas de doctrine unie à lui opposer. Ils ne peuvent pas lui disputer son objet de désir, le Dieu Unique, et pour cause. Mahomet prend à revers les polythéistes, en leur imposant un autre objet de désir.

Mais Mahomet doit polémiquer sans cesse avec ceux qui ont historiquement connu le Dieu Unique avant les arabes, les monothéistes préislamiques. Sa tactique par rapport à eux a toutes les caractéristiques de la revendication rivalitaire : il copie le désir d’un autre, il est un suiveur, puis il emploie toutes ses forces pour montrer qu’il a été le premier à désirer cet objet, en l’occurrence Dieu.

Au tout début de sa prédication, Mahomet veut être reconnu comme un prophète par les juifs. Il imite tout d’abord leurs usages : lors de l’installation à Médine en 622, il instaure des règles alimentaires semblables à la cacheroute, il prie vers Jérusalem, il accepte le mariage des musulmans avec les femmes juives. Mais vers 624, deux ans après son arrivée à Médine, devant le refus des juifs de le reconnaître comme un des leurs, et prophète de surcroît, il change la direction de la prière (qibla), et demande aux musulmans de prier vers la Mecque. De l’imitation, on passe au désir de distinction.

Pour prouver que son « désir de Dieu » est premier, qu’il n’est pas simplement imité du désir des juifs ou des chrétiens, Mahomet s’échinera ensuite à rendre seconde leur expression du désir. Pour avoir un droit absolu sur l’objet, il doit montrer qu’il l’a désiré le premier. Donc Mahomet doit faire apparaître son désir avant celui des juifs et des chrétiens. C’est pourquoi il le déplace dans le passé le plus ancien, en disant qu’Adam lui-même était musulman, qu’Abraham était musulman, que Moïse était musulman, et que Jésus était musulman. De cette manière, le « désir de Dieu » des juifs et des chrétiens, c’est-à-dire leurs religions, se retrouvent reléguées au rang de prétentions secondes. S’ils veulent avoir accès à l’objet, c’est-à-dire à Dieu, ils doivent à présent se convertir à l’Islam.

(Khadafi, lors de son voyage controversé à Paris, a clairement rappelé cette position de l’islam : « L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. »[1])

Mahomet indifférencie ses adversaires et s’oppose violemment à eux d’un seul mouvement : Mahomet se présente comme un prophète qui « rappelle » une Loi. Cependant, il la créé et la déplace dans le temps, pour la placer avant la loi de ses modèles. Ce mouvement d’ancrage d’un désir suiveur avant le désir de son modèle trouve son achèvement dans la doctrine de l’Islam sunnite du « Coran incréé ». La prétention d’être premier s’exacerbe ici au point de se placer avant le temps lui-même.

Dans sa prédication, Mahomet reprend les « structures de rappel » présentes dans les textes prophétiques juifs, mais avec une différence de taille : il n’y aucune trace avant lui de ce qu’il « rappelle », sauf bien sûr, l’objet de son désir, le Dieu unique. Les prophètes de l’Ancien Testament se réfèrent sans cesse à une loi existante, la loi de Moïse, qu’ils ne donnent pas pour corrompue. De même Jésus, dans sa revendication du titre de Fils de Dieu, se réfère au Psaume 82, et respecte toujours la loi de Moïse. C’est pourquoi le « rappel » de Mahomet n’en est pas véritablement un. Rien ne le distingue d’une prétention gratuite. Parce qu’il est conscient du problème, Mahomet doit poser une deuxième affirmation gratuite : il accuse les juifs et les chrétiens d’avoir corrompu les textes réunis aujourd’hui dans la Bible, la Thora et le Nouveau Testament.

Mahomet n’avance pas de preuve. Cependant, pour asseoir son « désir de Dieu » avant le désir des autres monothéistes, il doit affirmer ces deux choses complètement gratuites et inséparables : il « rappelle » une Loi dont on n’a aucune trace, et les monothéistes d’avant lui ont corrompu leurs textes. Si la Bible n’est pas corrompue, Mahomet ne rappelle rien, il invente. Et s’il invente, il n’a pas la préséance sur les premiers monothéistes.

Plus encore, la corruption dont sont accusés les chrétiens et les juifs a trait surtout à sa personne : ils sont accusés d’avoir changé la Bible pour ne pas le reconnaître comme prophète. Toutes ces accusations gratuites ont un et un seul but : fonder la primauté de son désir de Dieu, c’est-à-dire la primauté de son culte, l’islam. Comme ces accusations sont complètement gratuites, elles pourraient être réitérées par un autre que Mahomet, après sa mort. Rien ne pourrait empêcher logiquement quelqu’un d’appliquer à l’Islam exactement la même stratégie que Mahomet a appliqué vis-à-vis des juifs et des chrétiens, et d’affirmer que les musulmans ont corrompu leur texte, et qu’il faut adorer le Dieu unique en suivant d’autres préceptes. C’est pourquoi Mahomet doit affirmer aussi être le dernier prophète. C’est le sens de l’expression « le sceau des prophètes ». Après avoir placé son désir de Dieu avant ses modèles et annexé ainsi leur passé, il anéantit par avance toute rivalité future comme étant une hérésie. C’est ainsi que les Bahaïs ont été persécutés dès leur apparition en Iran.

Mahomet accomplit l’indifférenciation de ses ennemis en réduisant le judaïsme et le christianisme à deux versions inachevées, ou corrompues de l’islam, qui doivent rester rivales entre elles. Il a besoin de leur rivalité dans l’indifférenciation, car c’est de cette rivalité qu’il tire sa propre légitimité. Si Dieu n’avait fait qu’un geste avec le judéo-christianisme, il n’y aurait pas de rivalité à imiter.

La rivalité a une place centrale dans le Coran lui-même, car certains versets sont contradictoires. C’est pourquoi les savants musulmans ont développé la théorie de l’abrogation : un verset plus tardif remplace un autre plus ancien qui lui est contraire. Cette méthode est inscrite dans le Coran lui-même : « Nous n’abrogeons un verset, ni ne le faisons passer à l’oubli sans en apporter de meilleur ou d’analogue. » (Sourate 2, verset 106). Les versets abrogeants remplacent les versets abrogés tout comme le Coran remplace les autres livres sacrés. Si même le Coran s’abroge lui-même, a fortiori la Bible est abrogée du point de vue des musulmans.

Le problème de la fondation de l’islam, c’est sa nature rivalitaire. Le christianisme n’a pas ce problème avec le judaïsme. Mahomet ne fait qu’affirmer sa légitimité, or cette prétention ne résiste pas à la confrontation avec le judéo-christianisme historique, selon les critères analogiques de Mahomet lui-même. Si Mahomet ne s’était pas placé dans la lignée des prophètes judéo-chrétiens, il n’y aurait pas eu un conflit aussi violent. Or la légitimité de Mahomet dérive de son inscription dans cette lignée, et elle n’est qu’affirmée, nullement prouvée.

Mahomet ne peut se passer de ses modèles pour être un prophète, mais il doit aussi les détruire car il ne peut démontrer sa précellence par rapport à eux. La destruction doit être totale car l’enjeu de la rivalité avec ses modèles, c’est Dieu lui-même. C’est pourquoi l’islam peut être vu comme un délire rivalitaire paranoïaque, et que l’on peut dire que l’islam est intrinsèquement violent.

2. Les doubles monstrueux : Jésus et Issa

La mimétogonie de l’islam par rapport au judéo-christianisme est mise en scène dans le Coran lui-même. Elle est explicite dans la dénégation de la crucifixion de Jésus, rappelée par Kadhafi : « Ils disent : nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. » (Sourate IV, verset 157.)

Ce passage du Coran est extraordinaire à la lumière de la théorie du bouc émissaire. Le Coran parle explicitement de substitution sacrificielle. Dieu fait tuer quelqu’un d’autre pour sauver Jésus. Pendant des siècles les exégètes musulmans se sont demandés qui était cet inconnu, ce sosie de Jésus qui meurt à sa place sur la croix, et ils ont avancé plusieurs hypothèses : un compagnon de Jésus, Simon de Cyrène, Judas…

Quel que soit celui qui remplace Jésus, ce qui est essentiel dans ce passage du Coran, c’est que l’on assiste à l’apparition d’un double : le sosie de Jésus. Dans la perspective musulmane, un prophète bénéficie du soutien indéfectible de Dieu, c’est pourquoi il ne saurait être crucifié. Un messager de Dieu est un élu dans un sens aussi bien terrestre que spirituel : il peut toujours compter sur la force divine. On est ici au cœur de la vision archaïque de la divinité, en tant que violence et toute puissance effrayante. La dénégation de la réalité de la crucifixion procède de cette conception humaine, trop humaine, qui voit dans le prophète un surhomme armé de la foudre divine. Dans les moqueries de ceux qui étaient présents sur le Golgotha, c’était la même vision qui s’exprimait : « Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu. » (Matt. 27. 41-43)

Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence.

Dans le passage du Coran niant la crucifixion, ce qui est en jeu c’est la dénégation de la violence, pas la crucifixion elle-même. Car il y a bien quelqu’un de crucifié, même dans la version musulmane, un inconnu que l’on ne mentionne même pas. C’est le silence même sur l’identité du crucifié qui indique qu’il s’agit d’un bouc émissaire, c’est-à-dire, dans une perspective chrétienne, d’une image du Christ. En fin de compte, même selon le Coran, Jésus a été crucifié. Cet inconnu substitué à Issa, c’est… Jésus !

A la lumière de la théorie du bouc émissaire, ce passage du Coran est une paradoxale confirmation de la réalité du supplice du Christ. Cependant, le message en est complètement inversé : la violence des lyncheurs est niée. En quelques lignes, le texte musulman renie par trois fois la participation des hommes à la mise à mort : « Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, » et « ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant ». On est ici en présence de la négation mythique de l’implication humaine dans le lynchage sacré : « Dieu l’a haussé à lui. » Tout comme Iphigénie, ravie aux cieux et remplacée par une biche, Issa est enlevé au ciel et remplacé par Jésus, qui meurt véritablement à sa place. On ne pourrait pas revenir plus directement au sacrifice archaïque !

Dans le sacrifice, Dieu est violent, et la violence est sacrée. Elle n’appartient plus aux hommes. Le Coran l’affirmera explicitement dans la sourate au titre significatif Le butin : « Vous, les croyants quand vous rencontrez les incroyants en marche, ne tournez pas le dos. Quiconque tourne alors le dos, à moins que ce ne soit pour combattre ou pour rejoindre une bande, s’attire la colère de Dieu et n’aura de refuge que la géhenne. Quel mauvais avenir ! Vous ne les avez pas tués, c’est Dieu qui les a tués ! Tu n’as pas jeté (de pierre) quand tu jetais, c’est Dieu qui a jeté pour que les croyants éprouvent sa grâce. » (8 : 15-17)

La portée de la version musulmane de la crucifixion est énorme. Il s’agit là d’une adhésion assumée à la violence sacrificielle, dirigée explicitement contre la révélation de cette violence par le spectacle de la croix. L’islam se montre ainsi comme l’anti-christianisme par excellence. Le nom de Jésus est usurpé par son double monstrueux, Issa, qui le met à mort pour se sauver lui-même.

Ce qui corrobore encore le caractère sacrificiel de l’islam, c’est la règle de l’unanimité des croyants : l’ijma` (arabe : unanimité; consensus) est une des sources du droit musulman, après le Coran et la Sunna. Les écoles juridiques lui accordent une place plus ou moins grande. Le consensus est généralement compris comme celui des oulémas spécialistes du domaine dont il est question. Une règle de droit prise par ce procédé ne peut en aucun cas contredire le Coran ou la Sunna. Les écoles juridiques sunnites admettent cette règle du consensus en vertu d’un hadith disant : « Ma communauté ne se réunira pas sur une erreur. »

On sait que le mécanisme sacrificiel a besoin de l’unanimité pour être efficace. Celle-ci étant sanctifiée par Mahomet, le processus d’exclusion unanime peut être facilement mis en branle dans les communautés musulmanes, qui ne ressentent pas le besoin d’une légitimité autre que leur uniformité d’opinion. C’est ce qui s’est manifesté lors de l’affaire des caricatures danoises de Mahomet.

3. Rivalité fondamentale et interdiction des représentations en islam

Si la rivalité est centrale dans l’islam, elle doit être aussi constamment conjurée. L’enjeu du monothéisme islamique, c’est la toute puissance de Dieu, et la précellence de son prophète Mahomet. Celui-ci fonde sa légitimité sur sa rivalité réussie avec les autres monothéistes, et doit se prémunir contre toute rivalité éventuelle. C’est la raison de l’interdiction de l’art figuratif en islam. « Nulle part le Coran n’interdit de dessiner une image, une forme, mais comme ce terme est rattaché à l’œuvre de Dieu, celui qui se livre à une telle tâche est perçu comme faisant œuvre de Dieu et un concurrent redouté, surtout que l’image peut faire l’objet d’adoration, et donc promouvoir le polythéisme (association d’autres divinité à Dieu). »[2]

Je crois qu’il faut comprendre la toute puissance divine dans l’islam comme toute puissance créatrice des représentations. Dieu est le seul autorisé à représenter un être animé, et à représenter Sa parole. La non validité des traductions du Coran va de pair avec l’interdiction de sculpter des êtres vivants. On ne doit pas se représenter ce qui est, c’est-à-dire redoubler l’étant par une reproduction. Re-produire, c’est d’une part usurper le pouvoir divin, rivaliser avec Dieu dans la création, et d’autre part c’est aussi faire proliférer des réalités rivales avec la Création.

Le récit de la création d’Adam dans le Coran est explicite en ce sens : « Il (Dieu) instruisit Adam de tous les noms. » (Sourate II, verset 31). Cela est à comparer avec Genèse 2.19 : « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. »

Pour l’islam, l’homme doit respecter les formes données par Dieu, il doit nommes les choses d’après Dieu, il doit réciter la parole d’Allah. Cette parole est unique en un sens théologique fort. La reproduire scinderait l’unité de la divinité même. Par contre, pour le judéo-christianisme, c’est l’homme qui nomme les êtres vivants, et c’est Dieu qui écoute. La dialectique chrétienne entre l’essence et l’apparence dépend de cet espace qui est ménagé dès le début entre la capacité de nommer donnée par Dieu à Adam et les noms effectifs que celui-ci donne aux créatures. Pour le dire avec les termes de Saussure, dans l’islam, Allah donne les signifiés avec les signifiants correspondants.

L’interdiction des représentations au sens large, que ce soit de la traduction du Coran, des œuvres littéraires, ou des films sur les prophètes, tente de conjurer de la rivalité possible qui pourrait surgir entre le modèle et sa copie, et entre l’homme-artisan et Dieu-créateur. Plus encore, Sami Aldeeb Abu-Sahlieh écrit que « l’interdiction des objets animés chez les musulmans est due à la conception superstitieuse, prophylactique et apotropaïque admettant implicitement la possibilité de consubstantialité de la représentation et du représenté, et en conséquence, une substitution de l’un à l’autre. Ainsi les lions, les dragons, les chiens sont exclus du répertoire des sujets possibles de l’art, parce qu’on leur prête implicitement la faculté de quitter l’état d’image et d’agir comme des êtres vivants. »[3]

L’iconoclasme musulman peut être vu comme le pendant de la peur de la rivalité entre les doubles. L’essence tend à se confondre avec l’apparence dans une mentalité sacrificielle. Si les artistes étaient libres de créer des représentations de ce qui est, ils feraient surgir des doubles qui se disputeraient la réalité dans la pensée du croyant musulman.

4. L’attentat suicide comme manifestation exemplaire du désir métaphysique

Le désir métaphysique de Mahomet est l’héritage qu’il a laissé à tous les musulmans. Leur position psychologique par rapport aux « Gens du Livre », comme ils appellent les juifs et les chrétiens, est empreinte de cette rivalité mimétique qui doit aller jusqu’à la négation totale de l’être du modèle. Ce désir métaphysique trouve une expression particulièrement concise dans l’attentat suicide. Dans cet événement, la « montée aux extrêmes » et l’islamisme s’articulent d’une manière fulgurante.

Quand un « shahid » se fait exploser pour tuer des « infidèles », il accomplit simultanément la destruction du modèle, et l’appropriation de l’essence convoitée, car il accède au statut de martyre, le seul qui selon la doctrine de Mahomet garantisse l’accès au paradis.[4]

Une précision doit être faite ici. Une des différences essentielles entre l’islam et le judéo-christianisme est le caractère supraterrestre du paradis islamique. Le jardin d’Eden biblique est un lieu mythique, mais terrestre, alors que le Paradis musulman est décrit d’emblée comme supraterrestre : Adam et Eve « tombent » littéralement des cieux sur terre.[5]

Dans toute rivalité, il y a un objet, et la rivalité ne devient métaphysique que lorsque les frères ennemis oublient l’objet de rivalité au profit de l’essence de l’autre. La rivalité musulmano-occidentale est présentée tout d’abord comme un conflit politique ayant pour enjeu la domination d’un certain territoire, voire de la Terre entière. Cependant, dans l’attentat suicide, ce qui devient manifeste, c’est que l’objet même de la rivalité a été oublié. Le kamikaze qui brûle du désir métaphysique ultime oublie sa vie terrestre, la terre qu’il disputait à son ennemi, pour se concentrer uniquement sur la négation de l’autre. Il peut d’autant plus facilement le faire que, pour lui, le Paradis n’a jamais été de ce monde, à la différence de l’enseignement du judéo-christianisme.

Nous sommes ici en présence d’une conjonction effrayante entre un désir métaphysique et, en dernière analyse, le déni de la valeur de l’objet de la rivalité. La pente entre la rivalité d’objet et la rivalité métaphysique ne pourrait pas être plus glissante. Le judéo-christianisme affirme incessamment la valeur de la création (« Et Dieu vit que cela était bon. »). L’islam dit au contraire : « Ce pan de la création que Je viens de te révéler, Adam, n’ajoute rien à Ma grandeur, à Ma gloire ou à Mon pouvoir, rien à ce que J’ai, si ce n’est ce qu’ajoute une gouttelette d’eau tombant dans sept mers, prolongées par autres sept mers sans limites. »[6]

Si jamais un jour la possibilité d’un affrontement nucléaire entre l’Islam et le judéo-christianisme deviendrait réalité, la destruction de la terre, c’est-à-dire de la création divine, n’arrêterait pas un musulman dans sa montée aux extrêmes. Car Allah ne lui accorde pas la même importance que Dieu.

Conclusion

Cet article, j’en suis tout à fait conscient, manque de références. C’est l’ébauche d’un projet qui nécessiterait plus d’efforts que je ne peux fournir actuellement. Pour étayer cette hypothèse de l’islam comme mimétogonie violente par rapport au judéo-christianisme, il faudrait effectuer deux analyses complémentaires, et homothétiques : d’une part il faudrait analyser la vie de Mahomet et ses rapports avec ses contemporains monothéistes, d’autre part les rapports de l’Islam avec les autres communautés, en tant que ces derniers rapports reproduisent les premiers à une plus grande échelle. La première étude porterait sur le texte du Coran, en tenant compte de l’ordre de la « révélation » des sourates, mis en regard avec la vie de Mahomet telle que la tradition musulmane l’a canoniquement fixée (Al Sîra d’Ibn Isham). La seconde nécessiterait un travail beaucoup plus vaste, qui pourrait par exemple constituer une thèse de doctorat d’Histoire.

Le chantier est énorme, mais les instruments analytiques de la théorie mimétique semblent suffisamment puissants pour comprendre le caractère de la religion islamique. Ce serait un travail passionnant, dans la mesure où la religion islamique porte avec elle une négation explicite de la révélation de la croix, qui est la source de la compréhension anthropologique du fonctionnement de la violence, explicitée par René Girard. On peut dire que l’islam est l’anti-girardisme par excellence, dans la mesure où il est l’anti-christianisme par excellence.

L’enjeu est de taille : si c’est la croix qui nous révèle notre violence, et nous enjoint de la contrôler sous peine d’y succomber, toute négation de la croix, comme l’islam, favorise la méconnaissance de notre violence, la montée aux extrêmes, et la mise à mort des boucs émissaires. La critique de l’islam est donc un combat urgent, et littéralement vital.

[1] Le Monde, le 12 décembre 2007.

[2] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, L’art figuratif en droits juif, chrétien et musulman. Licencié et docteur en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et diplômé en sciences politiques de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé, Lausanne. Auteur de nombreux ouvrages et articles (voir la liste dans: http://www.sami-aldeeb.com).

[3] Idem, p.36.

[4] « Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah (jihad), Il ne rendra jamais vaines leurs actions. Il les guidera et améliorera leur condition, et les fera entrer au Paradis qu’Il leur aura fait connaître. » (Sourate 47, versets 4-6)

[5] Mahmoud Hussein, Al Sîra, tome 1, p. 62.

[6] Al Sîra, p.64

Voir également:

Condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo

Le Conseil français du culte musulman et les musulmans de France condamnent avec la plus grande détermination l’attaque terroriste d’une exceptionnelle violence commise contre le journal Charlie Hebdo. Cet acte barbare d’une extrême gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse.

Nos premières pensées attristées vont aux victimes et à leurs familles à qui nous exprimons notre totale solidarité dans la terrible épreuve qui les touche.

Dans un contexte international politique de tensions alimenté par les délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’Islam, nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Face à ce drame d’ampleur nationale, nous appelons la communauté musulmane à faire preuve de la plus grande vigilance face aux éventuelles manipulations émanant de groupes aux visées extrémistes quels qu’ils soient.

Paris, mercredi 7 janvier 2015

Docteur Dalil Boubakeur

Président Conseil français
du culte musulman – CFCM

Voir encore:

« Une profanation de la mémoire du Prophète »
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (Gironde)
Propos recueillis par V.Md

08 Janv. 2015

Recteur de la mosquée de Bordeaux (Gironde), Tareq Oubrou est un ardent défenseur du dialogue interreligieux. A ce titre, il participait hier matin, avec d’autres imams de France, à l’audience générale du pape François au Vatican.

Attentat à Charlie Hebdo : « Ils font honte à tous les musulmans »
C’est en sortant de cette rencontre, après avoir échangé quelques mots avec le souverain pontife, qu’il a appris l’horrible nouvelle.

Comment réagissez-vous à l’attentat commis contre « Charlie Hebdo » ?
Tareq Oubrou. Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis !

Que faut-il faire pour lutter contre cette haine ?
Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine.

Craignez-vous que les musulmans de France soient les victimes collatérales de cette barbarie ?
Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur.

Ces dernières années, une partie de la communauté musulmane s’était élevée contre les caricatures du Prophète par « Charlie Hebdo ». Comment aviez-vous réagi ?
J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher.

 Voir aussi:

Caricatures offensantes du Prophète Mohamed
Paris, le 1er février 2006

La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans.

La personne du Prophète Muhammad est fortement vénérée dans le monde. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de ridiculiser les fondateurs d’autres religions ou croyances tels que Jésus, Moïse, Bouddha, Confucius, etc…

De tels actes prémédités pour porter atteinte et humilier la foi musulmane sont gratuits, délibérés et pernicieux pour nuire, notamment à la paix religieuse.
Cela ne peut que raviver les tensions en Europe et dans le monde où l’on cherche plutôt à rapprocher les idées et les hommes, non à la diviser et à les opposer.
Les caricatures danoises apportent ainsi des éléments supplémentaires à tous ceux, de tous bords qui ne travaillent que pour aggraver les fractures entre l’Islam et l’Occident.

Aujourd’hui les boutefeux du révisionnisme et les négationnistes touchent à la relecture du nazisme et de ses crimes, et ne se gênent plus pour porter atteinte au sentiment du Sacré qui n’a pas à être jugé ni ridiculisé et encore moins caricaturé par ceux qui n’y croient pas.

Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté.

Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète.

La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme.

Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ».

La Grande Mosquée de Paris condamne fermement cette atteinte inqualifiable du respect que mérite toute croyant quelle qu’elle soit de par le monde. “

Docteur Dalil Boubakeur Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Voir par ailleurs:

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie
L’Express

18/09/2012

La fondation religieuse iranienne qui avait mis à prix la tête de Salman Rushdie en février 1989, après la publication des Versets sataniques, a décidé de porter la prime pour son assassinat à 3,3 millions de dollars. Retour en arrière.

Vingt-quatre ans après la publication des Versets sataniques, Salman Rushdie est toujours la cible d’extrémistes musulmans. Dans son roman publié en 1988, deux acteurs indiens décédés dans un accident d’avion reviennent sur Terre, le premier dans la peau de l’archange Gabriel, l’autre sous les traits du diable. Ils deviennent alors les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Peu après sa parution, le roman est accusé de ridiculiser le Coran et Mahomet, et provoque des émeutes et manifestations en Iran, au Pakistan puis dans l’ensemble du monde arabe.

1. Rushdie condamné à mort en 1989
En 1988, un député musulman du parlement de Delhi parvient à faire interdire les Versets sataniques en Inde, afin d’éviter « des heurts entre communautés religieuses ». Quelques mois plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, chef de la révolution islamique iranienne, publie une fatwa (décret religieux) appelant tous les musulmans à tuer Salman Rushdie. La Fondation du 15 Khordad, proche du gouvernement, met sa tête à prix.

L’écrivain britannique d’origine indienne est alors contraint de vivre sous protection policière, changeant de domicile fréquemment. « Je doute que ceux qui me condamnent aient lu une seule ligne de mon livre », s’indigne-t-il. Au cours des dix années qui suivent, il fait l’objet d’une vingtaine de tentatives d’assassinat. Ses traducteurs japonais et italien sont poignardés et son éditeur norvégien grièvement blessé.

Afin de pacifier les relations entre Londres et Téhéran, le gouvernement iranien dirigé par Mohammad Khatami s’engage publiquement, le 24 septembre 1998, à « ne plus encourager les tentatives d’assassinat contre Rushdie » . Mais la fatwa de Khomeini est toujours d’actualité: son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé en janvier 2005 que Salman Rushdie était un apostat pouvant être tué impunément.

2. Une autobiographie pour raconter son calvaire
Dans son autobiographie à la troisième personne intitulée Joseph Anton, qui paraîtra le 20 septembre en France, Salman Rushdie revient sur les années de cauchemar qui ont suivi sa condamnation à mort, en février 1989. Le titre de l’ouvrage fait référence au nom de substitution qu’il avait choisi afin de garantir sa sécurité. « Il écrivit, côte à côte, les prénoms de Conrad et Tchekhov. Ce nom serait le sien pendant les onze années suivantes. Joseph Anton », raconte-t-il.

3. L’auteur des Versets sataniques n’est toujours pas le bienvenu en Inde
Le 20 janvier 2012, l’écrivain britannique est forcé d’annuler sa venue au festival littéraire de Jaipur après avoir reçu des menaces de mort de militants islamistes. Le premier ministre du Rajahstan, Ashok Gehlot, affirme au Times Of India que la présence de l’auteur des Versets sataniques pourrait déclencher « des manifestations de groupes musulmans » et mettre en péril la sécurité de tous.

Quant à l’adaptation cinématographique du roman de Rushdie, Les Enfants de minuit, elle n’a toujours pas trouvé de distributeur en Inde. « Quel dommage que des politiques frileux empêchent la population indienne de se forger sa propre opinion concernant ce film », déplore sa réalisatrice, Deepa Mehta.

4. Les Versets sataniques: un livre « qui ne serait pas publié aujourd’hui »
Salman Rushdie a récemment déclaré, dans une interview accordée à la BBC, qu’il serait « difficile » de publier aujourd’hui un « livre qui critique l’islam » comme Les Versets sataniques. Pour accréditer sa position, il cite notamment la décision récente de la chaîne de télévision Channel 4 d’annuler la projection privée d’un documentaire sur l’histoire de l’islam pour des raisons de sécurité. Dans une autre interview donnée à la chaîne de télévision indienne NDTV et diffusée sur leur site internet, l’écrivain qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre The Innocence of Muslims (L’Innocence des musulmans), un film « stupide », selon ses termes, qui dénigre la religion musulmane.

5. Rushdie, plus menacé que jamais?
Après les troubles suscités dans le monde musulman par la diffusion sur internet du film The Innocence of Muslims, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a décidé d’augmenter de 500 000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars. « Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie […] n’aura pas été exécuté, les attaques comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront », a déclaré l’ayatollah Sanei. « L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment », a-t-il ajouté.

Voir de plus:

Après Charb, la triste liste des dix personnes à abattre selon Al-Qaida

Vanity Fair
15/01/201515

L’attentat à Charlie Hebdo a été revendiqué par Al-Qaida au Yémen. Le dessinateur Charb, abattu par les deux terroristes mercredi 7 janvier, figurait sur la liste des onze personnes à tuer du magazine djihadiste Inspire.

La publication, créée en 2010 par Al-Qaida dans la péninsule arabique, est distribuée sur internet, à destination des candidats au djihad anglo-saxons. Elle bénéficie d’un traitement occidental dans sa maquette et ses articles. Son contenu, lui, fait pâlir : interviews de djihadistes, recettes pour faire des bombes artisanales ou incendier des voitures et une kill-list, regroupant, selon Inspire, les ennemis de l’Islam. « Recherchés morts ou vifs pour crimes contre l’Islam. Une balle par jour pour lutter contre les infidèles » (« One bullet a day keeps the infidele away », en référence à l’adage anglais : « One apple a day keeps the doctor away »)

La liste cite des journalistes, des autorités religieuses, penseurs ou écrivains aux opinions très diverses sur l’Islam. Pêle-mêle, on retrouve des critiques constructives envers l’intégrisme, mais aussi des islamophobes notoires.

Selon le New York Mag, ils ont « tous commis au moins une action considérée par les djihadistes comme méritant la mort ». Ces 11 personnes ont déjà reçu des menaces de mort, mais jusqu’à mercredi 7 janvier, aucun d’eux ne les avait vues mises à exécution.

Il en reste 10 :

Ayaan Hirsi Ali : Activiste d’origine somalienne, citoyenne néerlandaise, elle s’est fait connaître pour ses positions contre l’excision puis sur l’incompatibilité, selon elle, entre l’Islam et les valeurs occidentales. Elle était une proche de Theo van Gogh, cinéaste assassiné en 2004. Elle s’est exilée aux États-Unis.

Terry Jones : Ce pasteur américain s’est fait connaître pour ses sorties contre l’islam. En 2010, c’est lui qui a brûlé 3000 exemplaires du Coran, un pour « chaque personne tuée par l’Islam le 11-Septembre ».

Molly Norris : Journaliste au Seattle Weekly, elle mène profil bas depuis 2010, quand Inspire l’a ajoutée à sa liste, après avoir voulu créer « le jour de la caricature de Mahomet ». Selon l’association qui se bat pour elle, elle a changé d’identité et de métier.

Carsten Juste : Journaliste danois, ancien rédacteur en chef du Jyllands-Posten, qui a publié, en 2005, les caricatures de Mahomet, reprises ensuite par Charlie Hebdo. Il s’est excusé depuis, mais a fait l’objet de nombreuses menaces de mort.

Flemming Rose : Rédacteur en chef du service culture du Jyllands-Posten, il n’a pas cédé aux pressions et exerce toujours son métier de journaliste dans le journal danois, collaborant aussi au New York Times.

Kurt Westergaard : Le dessinateur danois qui a caricaturé Mohamet dans le Jyllands-Posten en 2005. Contrairement à son journal qui a présenté des excuses, Westergaard n’a pas montré de regret et a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat.

Salman Rushdie : L’écrivain britannique d’origine indienne est le plus connu de la liste. Auteur des Versets sataniques, il est toujours l’objet d’une fatwa lancée par l’ayatollah Khomeini, en 1989.

Morris Sadek : Chrétien copte américain d’origine égyptienne, cet avocat a fait la promotion de L’Innocence des musulmans, le film qui a mis le feu aux poudres du Moyen-Orient en 2012.

Lars Vilks : Le dessinateur suédois s’est fait connaître en publiant plusieurs caricatures de Mahomet en 2007, le représentant sous la forme d’un chien. Il a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, dont une fomentée par des citoyens américains et irlandais. Il vit sous protection policière.

Geert Wilders : Homme politique, il est le leader de l’extrême droite néerlandaise, qui a basé une partie de son argumentaire sur l’islamophobie, proposant de bannir le Coran des Pays-Bas, le comparant à Mein Kampf. Son parti a bénéficié d’un regain de sympathie après l’attaque contre Charlie Hebdo.

Voir encore:

Attentats djihadistes : « rien à voir » avec les musulmans ?
Jean Birnbaum

Le Monde

11.02.2015

Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme.

A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie.

Provoquer un sursaut
Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique.

« Constater la misère de l’islam sous les effets de l’islamisme devrait apporter sursaut, éveil, vigilance », écrivait Abdelwahab Meddeb, récemment disparu, dans un livre intitulé Face à l’islam (Textuel, 2004), où il affirmait que « la tâche de l’heure est de séparer l’islam de ses démons islamistes ». Deux ans plus tôt, Meddeb signait un essai au titre emblématique, La Maladie de l’islam (Seuil), où il allait jusqu’à écrire : « Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam », avant d’ajouter, quelques lignes plus loin : « Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence. »

Une volonté de destruction et d’autodestruction
Outre Abdelwahab Meddeb, il faut citer, si l’on s’en tient aux livres écrits en français, le nom de Mohammed Arkoun, lui aussi disparu (Humanisme et Islam, Vrin, 2005), et encore ceux de penseurs bien vivants, eux, comme Rachid Benzine, donc, Hichem Djaït (La Crise de la culture islamique, Fayard, 2003), Malek Chebel (Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette littérature, 2004), Abdennour Bidar (L’Islam sans soumission, Albin Michel, 2012) ou Fethi Benslama.

Ce dernier, qui est psychanalyste, note dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005) : « Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. »

Pluralité des lectures du coran
Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté.

La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur.

Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes.

Voir enfin:

Le déroulé de l’attentat de Copenhague
AFP/Libération

14 février 2015

LE POINT La fusillade contre les participants à une conférence a fait un mort et trois blessés. Un suspect est toujours en fuite.

L’attentat de Copenhague samedi a été un assaut bref et violent d’un homme armé d’un pistolet-mitrailleur contre les participants à un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression, dont un artiste qui a caricaturé Mahomet.

Sur le même sujetLe fil de la journéeCopenhague: un mort dans un «acte terroriste», un suspect recherché
Programmé à 15 heures au centre culturel Krudttønden, dans un quartier aisé du nord de la capitale danoise, le débat s’intitule «Art, blasphème et liberté». Des dizaines de personnes y assistent.

Il se tient sous protection policière puisque l’un des principaux participants est Lars Vilks, artiste suédois auteur en 2007 d’une caricature de Mahomet qui a lui valu une tentative d’assassinat.

Au bout d’une demi-heure, l’assaillant arrive armé d’un pistolet-mitrailleur. Sur un enregistrement diffusé par la BBC, on entend une intervenante interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit, plusieurs par seconde.

L’ambassadeur de France au Danemark François Zimeray, invité un peu plus d’un mois après l’attaque contre les locaux à Paris du journal satirique Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts début janvier, raconte que toutes les personnes se jettent à terre dès qu’elles entendent les balles.

«Intuitivement je dirais qu’il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes», dira-t-il.

Dans la fusillade, un homme de l’assistance est tué, et trois policiers blessés. Plusieurs participants au débat, dont l’ambassadeur et le caricaturiste, se replient dans une autre salle où ils resteront pendant de longues minutes.

L’assaillant quitte rapidement les lieux dans une Volkswagen Polo. La police, qui n’a pu déterminer s’il ciblait quelqu’un en particulier, part à sa recherche.

Dans un premier temps, l’impression des enquêteurs est qu’il y avait deux hommes, dont l’un aurait aidé l’autre dans sa fuite. Mais après avoir recueilli une multitude de témoignages, la police conclut qu’il n’y avait qu’un homme.

L’homme ne garde pas sa voiture longtemps: il l’abandonne à deux kilomètres au nord du lieu de l’attentat, près d’une gare.

Il est filmé par des caméras de vidéosurveillance, vêtu d’une doudoune foncée, un bonnet ou une cagoule bordeaux, et un grand sac noir.

A 17h07, la police rend publique l’immatriculation de cette voiture, et demande aux habitants de Copenhague de ne surtout pas tenter d’appréhender de suspect. Elle annonce à 17h54 que la voiture a été retrouvée.

A partir des éléments recueillis, les enquêteurs diffusent à 19h23  cette description de l’assaillant: un homme «entre 25 et 30 ans, d’environ 1,85 m, athlétique, d’apparence arabe, (…) les cheveux lisses».

A 20h06, la police publie une photo tirée de la bande d’une caméra de vidéosurveillance. L’homme était introuvable samedi soir, et aucun élément n’a filtré sur son identité.


Je suis Charlie: Attention, un slogan peut en cacher bien d’autres ! (Who needs terrorism when you’ve got PC ?)

10 janvier, 2015
https://i1.wp.com/www.allmystery.de/dateien/rs5862,1291189852,stop_we_have_run_out_of_virgins.gifhttps://i1.wp.com/resources3.news.com.au/images/2015/01/09/1227180/194155-51b90552-97e8-11e4-a48c-65589599f0ae.jpg
http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2014/07/manifgaza3.jpg?itok=yeR4GP-xhttp://www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpg
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Guevara in de rigueur keffiehFashion victims in de rigueur keffieh
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Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent leur chemin comme si rien ne s’était passé. Winston Churchill
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
A Paris comme à Falluja la guérilla vaincra! Slogan des manifestations contre la guerre en Irak (2005)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes. (…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller (2005)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. Barack Hussein Obama
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je n’ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J’ai lu ce qui a été publié dans la presse (des chapitres des Versets sataniques ont été publiés quelques jours plus tôt par Libération, le Nouvel Observateur et l’Evénement du jeudi, ndlr). C’est misérable. Et en règle générale, je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent. Jacques Chirac (maire de Paris, 26.02.89)
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
Suite à la parution de cette tribune, M. Redeker a fait l’objet de menaces de mort. Le MRAP les condamne avec autant de force et d’indignation qu’il a condamné les déclarations irresponsables d’un philosophe amateur de polémiques dont il croyait sans doute sortir à jamais indemne. C’est d’abord à ses propres limites que vient de se heurter Monsieur REDEKER. Preuve, s’il en était besoin, que toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrémistes encore. Le MRAP réclame d’une même voix la condamnation des propos provocants de M. REDEKER, sa protection contre toute atteinte physique et le châtiment des auteurs de ces inadmissibles intimidations et menaces de mort. MRAP (29.09.06)
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Charlie Hebdo ce n’est pas mes copains. Qu’ils crèvent ! Ils ont pris des risques sur la peau des autres. En plus ils ne sont pas drôles. C’était nul l’histoire de Mahomet. Guy Bedos (2012)
 Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech. Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.(…) The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.” The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate. Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right. Jonathan Turley
A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West. We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time. (…) How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties. (…) The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.(…) My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it. The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing and we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason. Andrew Parker (MI5)
The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings. You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. Christopher Hitchens
Il nous faut réfléchir à ce à quoi nous sommes confrontés, et j’ai en effet déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. C’est incroyable que la pensée que nous tenons pour sainte pousse la communauté musulmane à être une source d’inquiétude, de peur, de danger, d’assassinats et de destruction dans le monde entier. (…) Est-il possible que 1,6 milliards de personnes aient envie de tuer le reste de la population mondiale — c’est-à-dire 7 milliards – pour qu’ils puissent vivre ? Impossible ! (…) Nous avons besoin d’une révolution religieuse. Imams, vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier, je le répète, tout le monde attend votre réaction car cette oumma est ravagée, elle est détruite, elle est perdue, et elle est perdue par nos propres mains. Abdel Fattah al-Sissi (président égyptien)
Qu’a donc fait l’Etat Islamique que Mahomet n’a-t-il pas fait lui-même ? Ahmed Harqan (talk-show de télévision populaire)
Les islamistes n’ont fait qu’appliquer la charia élémentaire. Aldo Sterone
Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time. Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world. Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear. My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. Dr Raied Al-Wazzan (Belfast Islamic Centre)
Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. Nekfeu (rappeur français, 2013)
Je ne connais pas ce rappeur. Je ne connais pas sa réputation. Mais je suis effaré qu’on appelle à brûler un journal. Surtout que cela s’est déjà passé. Ce qui me choque vraiment c’est l’opposition entre ces propos de haine et la marche de 1983. Il n’y a pas grand rapport entre le film sur la marche de 1983 et des rappeurs qui visiblement cherchent à instrumentaliser le film. Je suis stupéfait que la production du film laisse passer ça. Certains de ces rappeurs mélangent des sujets différents : ils se servent de l’anti-racisme pour défendre des thèses religieuses réactionnaires. (…) il n’y a pas que cette phrase. Quand un rappeur dit par exemple qu’il préfère une copine voilée que des filles maquillées… La marche de 1983 n’était pas une marche de filles voilées ! Et puis un autodafé, c’est littéralement un acte de foi [le terme autodafé provient du portugais « acto da fé », traduction du latin « actus fidei », « acte de foi », NDLR]. Par ailleurs, lorsqu’on nous appelle des « chiens », c’est clairement « chiens d’infidèles » que l’on veut dire. Charb
J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013. Charb (directeur de Charlie Hebdo)
Je n’avais pas à valider les paroles. Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo. Hugo Sélignac (producteur du film « La Marche »)
Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd’hui au siège de Charlie Hebdo. Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an  (…) mes intentions de l’époque n’étaient évidemment pas de m’attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d’expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. (…) Je dois avouer qu’en ce jour de deuil effroyable la formule en question résonne dans mon coeur avec regret, que je suis choqué et que je tiens fermement à soutenir la liberté d’expression qui m’est chère (‘§et la cohésion entre toutes les communautés qui forment notre pays. Paix et Amour. Pour de vrai. Nekfeu
Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment du bien-être de la nation. Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir (…) Par conséquent, les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde (…) les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe. L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort.  Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Dans le contexte actuel – des manifestations dans le monde musulman contre un film anti-islam, une ambassade américaine incendiée et des diplomates tués –, « Charlie Hebdo » fait de la pure provocation. Il joue à la fois sur la peur des Français non musulmans et sur celle des musulmans, qui craignent la stigmatisation et la prise à partie. Il est important de préciser que les récentes manifestations violentes ne concernent que quelques centaines d’individus et sont condamnées par les gouvernements, y compris ceux issus des Frères musulmans. Elles sont le fruit d’une minorité d’excités, qui ne représentent en rien l’ensemble des musulmans. Il faut se garder de tout amalgame entre cette image minoritaire et déformée de l’islam et la réalité. Or le numéro de « Charlie Hebdo » de cette semaine fait tout l’inverse et participe à l’amalgame. Le moment me semble donc particulièrement mal choisi, « Charlie Hebdo » aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme. Tout ça ne va pas faciliter la tâche de nos diplomates à l’étranger et il faut souhaiter que nos ambassades ne soient pas prises à partie. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de « Charlie Hebdo ». Ce journal sait que quand on tape sur l’islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Il est très différent de se moquer de la mort de De Gaulle dans une France gaulliste, où l’opposition était faible et la liberté de la presse pas aussi conséquente qu’aujourd’hui, et se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Le premier cas de figure relève du courage, pas le second. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les puissants. Là est le courage. (…) La tradition libertaire de « Charlie Hebdo » appartient depuis plusieurs années déjà au passé du journal, qui joue maintenant à fond la carte « beauf-raciste ». Il ratisse ainsi un nouveau type de lectorat, bien éloigné à mon avis des libertaires du début. (…) Il faut faire tomber les masques et dire que « Charlie Hebdo » est devenu journal populiste et non plus libertaire. Il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque. Pascal Boniface
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ? Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?. (…) Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité. André Grjebine
Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ». Métronews
On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. (…) Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire. Ministère de l’Intérieur
In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture. On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.” Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds. “Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner. Edward Morrissey
With respect to the current protest against the use of the word “illegal” in describing aliens applying for driver’s licenses, understand that the ultimate goal of the activists involved is to do away with the concept of immigration law altogether in favor of open borders and universal citizenry. They are attacking the use of the term “illegal” not because they are offended, but because they seek to affect the outcome of a national debate by controlling language in order to stifle dissent. With respect to this attack on a truthful and accurate headline, George Orwell said it best: “Political language is designed to make lies sound truthful and to give an appearance of solidarity to pure wind. Political speech is intended to hide the truth rather than express it.” The truth is, the term “illegal alien” accurately describes a foreigner who has entered or resides in a country unlawfully or without the country’s authorization, even if California chooses to issue driver’s licenses to the same. As such, the use of the word “illegal” to describe the status of an alien is neither race- or national origin-specific. Illegal aliens can hail from any country and race on earth, but these details are actually irrelevant to the discussion at hand. I would hope Wednesday’s terror attack in Paris is not lost in this debate, as it more closely mirrors what is going on here rather than any vague connections to Ferguson and New York. The point is, to what degree does society cater to people who claim the right to not be offended? Who do we check with to determine our speech meets the PC code? The critics who are the most threatening? Andy Caldwell
Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires. Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ». Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours. Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ». Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ». BC
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne! Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat». Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)! Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux. Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»! Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités. Mezri Haddad

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

Mode du keffieh, bidonnages médiatiques à la petit Mohmmed, manifestations pro-Saddam ou pro-Hamas aux cris de « Mort aux juifs ! »,  polémique du voile islamique, affaire Redeker, tollé contre la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, torture et assassinat d’Ilan Halimi, massacres de Toulouse ou de Bruxelles, tapis rouge élyséen pour les financiers du djihad, drapeau noir de l’Etat islamique trônant sur la statue de la République, prédication du djihad en vente libre dans les hypermarchés, chansons de rap appelant au meurtre, viol de Créteil, lieux de culte sous constante surveillance policière, communauté qui avec à peine 1% de la population concentre quelque 50% des persécutions, dénonciation systématique de notre arsenal antiterrorriste et encensement de ceux qui les dévoilent au monde,  reconnaissance d’un prétendu Etat prônant rien de moins que la Solution finale

Au lendemain, suite au carnage de Charlie hebdo, du nouvel assassinat de quatre juifs dans un supermarché cacher parisien …

Et, derrière un slogan plus que galvaudé depuis le « Nous sommes tous américains » des attentats du 11 septembre, à la veille d’un nouveau rassemblement et d’un unanimisme de façade (avec un Abbas en vedette américaine ?) commandés par un pouvoir complètement discrédité

Alors qu’après des années d’atermoiements des grands médias en un pays qui croule sous les lois liberticides, les journaux se décident enfin à publier certaines des meilleurs caricatures des dessinateurs assassinés …

Comment ne pas voir avec le philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO Mezri Haddad …

 Produit de « trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme » et faisant le lit du second …

Ce véritable terrorisme intellectuel de la pensée politiquement correcte ?

Terrorisme islamiste: cette guerre qui commence était hélas prévisible!
Le Figaro
Mezri Haddad
09/01/2015

Pour le philosophe tunisien Mezri Haddad le rejet des amalgames ne doit pas empêcher la remise en cause de la dogmatique ambiante. L’intégration de l’islam dans les pays européens a échoué et a laissé place au développement de l’intégrisme.

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d’essais sur la réforme de l’islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression.
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d’amalgames, mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s’attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Voir aussi:

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d’interdiction
Métronews

29-07-2014

RELIGION – A l’occasion du ramadan, la large diffusion en France d’un livre intitulé « La voie du musulman » fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l’islam, il fait l’objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l’Intérieur indique à metronews qu’il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

« La voie du musulman » a été mis dans les rayons de près de 1000 points de vente partout en France. Photo : Albouraq
Dans le cadre d’une « opération Ramadan », la maison d’édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l’un d’entre eux fait polémique. Intitulé « La voie du musulman », il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente, rapporte ce mardi Le Figaro.

« La voie du Musulman », éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture « des solutions conformes aux exigences du monde moderne ». L’auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l’islam. Mais après des chapitres sur « la foi » du musulman, « la bienséance », « la morale du musulman » ou les « pratiques religieuses », le chapitre « rapports sociaux » évoque longuement un sujet pour le moins controversé : « la guerre sainte, le djihad ».

« Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement »

Dans ces onze pages, l’auteur développe une analyse belliqueuse de l’islam. « Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir », commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, « les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ». Page 267, le livre indique que « les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe ». Et d’asséner, 13 pages plus loin : « L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort ».

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que « d’autres magasins le vendent aussi » à l’occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l’enseigne souligne que sa vente s’est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l’ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que « vu le contexte, c’est sensible ».
« Il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme »

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ».

Le ministère de l’Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre « salafiste aux propos radicaux ». Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad, les services de Bernard Cazeneuve assurent qu’ils ne peuvent rien faire. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible », affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener « une expertise juridique » pour s’en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n’est pas l’apanage d’ouvrages islamiques : « Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire ».

Voir également:

« La Marche » : « Charlie Hebdo » effaré par une chanson liée au film
L’Obs avec AFP
25-11-2013
D’abord présentée comme la bande originale du film « La Marche », une chanson issue d’un projet parallèle attaque les « chiens de Charlie Hebdo »… qui réagit vivement.
Le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » : interprétée par une dizaine de rappeurs, une chanson particulièrement violente à l’égard de l’hebdomadaire satirique, d’abord présentée comme faisant partie de la bande originale du film « La Marche » – sur les écrans mercredi – a déclenché une polémique lundi 25 novembre. Mais face à « l’effarement » du quotidien satirique, le producteur Hugo Sélignac a pris ses distances. Il assure que la chanson « n’a jamais été prévue pour la B.O. du film ». Elle a néanmoins été réalisée avec son accord et soutien.

« Je n’avais pas à valider les paroles »
Diffusée sur internet depuis vendredi 22 novembre, la chanson controversée est présentée sur de nombreux sites comme « BO du film ‘La Marche' ». Ecrite et interprétée par une dizaine de rappeurs renommés, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu, la chanson est en fait un projet parallèle monté par le rappeur Kore et le producteur du film, Hugo Sélignac, à l’occasion des 30 ans de la Marche antiraciste de 1983, qui est aussi le sujet du long métrage. Selon ce producteur, tous les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme située à Vénissieux, dans le Rhône.

J’ai apporté mon soutien à cette chanson qui n’a jamais été prévue pour la BO du film. J’ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j’ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l’affiche du film soit la même. Je n’avais pas à valider les paroles », explique Hugo Sélignac.
« Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo », ajoute-t-il.

Joint également par l’AFP, le producteur de la chanson a défendu celle même « liberté d’expression » des rappeurs qui ont participé à la chanson : « Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s’offusque, mais ce n’est pas cette réaction que j’attends d’eux. Réagir comme ils le font, c’est jouer le jeu des extrêmes », a estimé Kore. Le rappeur Disiz, qui a participé à l’élaboration de la chanson, a quant à lui réagi sur Instagram, et réaffirmé sa position : « Fuck Charlie Hebdo ».

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »
Un peu plus tôt dans la journée, la rédaction de « Charlie Hebdo » avait fait part de son « effarement » en découvrant la « violence » à son égard des paroles de la chanson. Dans le 7e couplet qu’il interprète, le rappeur Nekfeu chante notamment : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Nekfeu est membre du collectif parisien « 1995 » (Polydor), très apprécié de la critique et pas coutumier des polémiques.

« Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film ‘La Marche’ à son encontre. Ainsi, la chanson ‘Marche’ […] reprend les propos que tient habituellement l’extrême droite musulmane lorsqu’elle évoque notre journal », estime Charlie Hebdo dans un communiqué signé de « la rédaction ».

« Nous avons l’habitude de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles »
« S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier », ajoute le communiqué de Charlie Hebdo. « Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles. »

« Nous sommes juste très surpris que le réalisateur [Nabil ben Yadir] d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son oeuvre », conclut Charlie Hebdo.

« Pas de plainte, ni de demande particulière. J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013 », a déclaré Charb, le directeur de Charlie Hebdo.

(Le clip vidéo de la chanson « Marche »)

Avec Jamel Debbouze à l’affiche, le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme.

Le 2 novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo avait été détruit par un incendie criminel, le jour où il publiait à la une une caricature de Mahomet.

Voir encore:

« Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. »
BC, @sinaute

Arrêt sur images

9 janvier 2015 13:52

« Je ne suis pas descendu parmi la foule. » Un @sinaute exprime, dans le forum de discussion de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, son malaise vis-à-vis de « l’union nationale » suite aux attaques meurtrières qui ont visé Charlie Hebdo. En cause, la « dérive islamophobe » du journal et de cette gauche « Onfray/Charlie/Fourest laïcarde ».

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours.

Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ».

Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ».

« Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là »

Résultat: des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l’identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant: mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer? Et vous, les musulmans « modérés », pourquoi on vous entend pas plus? A partir d’aujourd’hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l’accepter, c’est la culture Française ». Super l' »unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c’est pas possible, c’est trop gros, c’est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là: manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu’au 11/09/01. La réalité est qu’on les a déjà perdus depuis longtemps, et c’est pas avec des veillées publiques à la bougie qu’on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » – mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie? Et ça va changer quoi?

« La majorité va se sentir mieux, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. »

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l’oubli des causes réelles et profondes de l’anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s’était fait du bien en 1998 et 2002, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu’ils ont tué: ils étaient juste sur la liste des cibles d’AlQaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l’unanimisme de façade devant l’horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu’elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu’elle a généré en un peu plus d’une décennie ses propres ennemis intérieurs.

« La plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON »

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON. Personne n’a compris que la France n’a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l’immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation » et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l’ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d’expression, dernier rempart d’une collectivité qui n’est plus capable de se donner comme raison d’être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n’arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n’y arriverez pas. Car ce n’est pas CA notre problème. Notre problème, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus personne en France qui n’ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d’en être réduit à n’avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu’ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu’ils en soient là: ce n’est pas facile mais c’est la seule chose qui compte si on ne veut pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l’anomie.

Après, c’est trop tard. Et c’est déjà trop tard….

Voir encore:

The biggest threat to French free speech isn’t terrorism. It’s the government.
The murders at Charlie Hebdo, while tragic, aren’t the problem.
Jonathan Turley
Washinton Post
January 8
Jonathan Turley is the Shapiro professor of public interest law at George Washington University.

Within an hour of the massacre at the headquarters of the Charlie Hebdo newspaper, thousands of Parisians spontaneously gathered at the Place de la Republique. Rallying beneath the monumental statues representing Liberty, Equality and Fraternity, they chanted “Je suis Charlie” (“I am Charlie”) and “Charlie! Liberty!” It was a rare moment of French unity that was touching and genuine.

Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech.

Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.

In 2006, after Charlie Hebdo reprinted controversial cartoons of the prophet Muhammad that first appeared in a Danish newspaper, French President Jacques Chirac condemned the publication and warned against such “obvious provocations.”

“Anything that can hurt the convictions of someone else, in particular religious convictions, should be avoided,” he said. “Freedom of expression should be exercised in a spirit of responsibility.”

The Paris Grand Mosque and the Union of French Islamic Organizations sued the newspaper for insulting Muslims — a crime that carries a fine of up to 22,500 euros or six months’ imprisonment. French courts ultimately ruled in Charlie Hebdo’s favor. But France’s appetite for speech control has only grown since then.
The cases have been wide-ranging and bizarre. In 2008, for example, Brigitte Bardot was convicted for writing a letter to then-Interior Minister Nicolas Sarkozy about how she thought Muslims and homosexuals were ruining France. In 2011, fashion designer John Galliano was found guilty of making anti-Semitic comments against at least three people in a Paris cafe. In 2012, the government criminalized denial of the Armenian genocide (a law later overturned by the courts, but Holocaust denial remains a crime). In 2013, a French mother was sentenced for “glorifying a crime” after she allowed her son, named Jihad, to go to school wearing a shirt that said “I am a bomb.” Last year, Interior Minister Manuel Valls moved to ban performances by comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, declaring that he was “no longer a comedian” but was rather an “anti-Semite and racist.” It is easy to silence speakers who spew hate or obnoxious words, but censorship rarely ends with those on the margins of our society.

Notably, among the demonstrators this past week at the Place de la Republique was Sasha Reingewirtz, president of the Union of Jewish Students, who told NBC News, “We are here to remind [the terrorists] that religion can be freely criticized.” The Union of Jewish Students apparently didn’t feel as magnanimous in 2013, when it successfully sued Twitter over posts deemed anti-Semitic. The student president at the time dismissed objections from civil libertarians, saying the social networking site was “making itself an accomplice and offering a highway for racists and anti-Semites.” The government declared the tweets illegal, and a French court ordered Twitter to reveal the identities of anti-Semitic posters.

Recently, speech regulation in France has expanded into non-hate speech, with courts routinely intervening in matters of opinion. For example, last year, a French court fined blogger Caroline Doudet and ordered her to change a headline to reduce its prominence on Google — for her negative review of a restaurant.

While France long ago got rid of its blasphemy laws, there is precious little difference for speakers and authors in prosecutions for defamation or hate speech. There may also be little difference perceived by extremists, like those in Paris, who mete out their own justice for speech the government defines as a crime. To them, this is only a matter of degree in responding to what the government has called unlawful provocations. As the radical Muslim cleric Anjem Choudary wrote this past week, “Why in this case did the French government allow the magazine Charlie Hebdo to continue to provoke Muslims?”

It was the growing French intolerance of free speech that motivated the staff of Charlie Hebdo — and particularly its editor, Stéphane Charbonnier — who made fun of all religions with irreverent cartoons and editorials. Charbonnier faced continuing threats, not just of death from extremists but of criminal prosecution. In 2012, amid international protests over an anti-Islamic film, Charlie Hebdo again published cartoons of Muhammad. French Prime Minister Jean-Marc Ayrault warned that freedom of speech “is expressed within the confines of the law and under the control of the courts.”
Editor’s note: This video contains graphic content. Videos shot near the Paris office of Charlie Hebdo captured two gunmen fleeing the area. One shows the gunmen shooting a police officer. (The Washington Post)
Carbonnier wasn’t cowed — by the government pressure, the public protests or the inclusion of his name on a list of al-Qaeda targets. In an interview with the French newspaper Le Monde, he echoed Mexican revolutionary Emiliano Zapata and proclaimed, “I would rather die standing than live on my knees.” Carbonnier was the first person the gunmen asked for in their attack on the office, and he was one of the first to be killed.

The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.”
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate.

Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right.

Voir par ailleurs:

The Next Islamist Rampage
The West has to reinforce its terror defenses, including surveillance.
WSJ
Jan. 9, 2015

France’s terror rampage ended Friday as police killed three Islamists, but not before they had paralyzed much of the country, taken more hostages, and killed at least four more innocents. Europe and the U.S. had better brace for more such attacks, while reinforcing the antiterror defenses, moral and military, that have come under political assault in recent years.

***
The biggest question raised by Paris is whether it presages a new offensive by homegrown jihadists carrying European or U.S. passports who are inspired by al Qaeda or Islamic State. Officials say one of the killers was trained by the al Qaeda offshoot in Yemen, and we can expect other such links or sympathies.

It’s tempting but probably wrong to think that France has a unique jihadist problem because of its relatively large Muslim population (about 7.5% of the country) and the immigrant ghettoes where they congregate. These certainly are breeding grounds for radicalism. Yet the United Kingdom has Birmingham, the Islamist petri dish for the London subway bombers, and the U.S. sheltered the killer Tsarnaevs in Boston and the Somali immigrants in Minnesota who’ve gone to Syria.

America may have a better historical record of assimilating diverse peoples, but that was when the U.S. had a less fragmented national culture and an elite that was more confident in Western values. The Internet, for all its benefits, also makes it possible for young men in the West to be inspired or recruited by jihadist networks around the world.

The threat is compounded by America’s abdication in the Syrian civil war, which has become a Grand Central Station for global jihad. Thousands from the Muslim diaspora have flooded into Syria as they did in Iraq after the fall of Saddam Hussein. The difference is that in Iraq they were killed by the U.S.-Iraq counter-insurgency campaign.

In Syria they have had four years to develop safe havens and training camps. Hundreds of Europeans and Americans have joined the ranks of al-Nusrah, the al Qaeda branch in Syria, or Islamic State, which controls territory from Aleppo in Western Syria through the suburbs of Baghdad.

“A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West,” said Andrew Parker, the director general of British security service MI5, in a speech Thursday. His timing was no accident. Mr. Parker said some 600 British citizens have traveled to Syria, many joining Islamic State. “We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time.”

How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties.

The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.

“My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it,” Mr. Parker, the British security chief, also said this week. “The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing” and “we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason.”

Surveillance by itself isn’t enough, given the many reports that French security had tracked this week’s killers. We’ll learn in the coming days if the French missed clues that the Kouachi brothers were ready to strike, but other countries have had similar oversights. The FBI was tipped off that Tamerlan Tsarnaev had visited the North Caucusus terrorist hotbed of Dagestan in 2012 but failed to act.

The West will have to consider more aggressive interventions, including arrest or exile, for citizens who visit terror regions and show signs of embracing jihad. Tracking Muslim student groups and clerics is also essential to preventing future attacks. The Associated Press campaign three years ago against the New York police for legal monitoring of Muslim groups looks more morally obtuse with each homegrown attack.

***
The indispensable and now-missing requirement for this counteroffensive is U.S. leadership. Mr. Obama clearly is unable to supply it. His May 2013 speech announcing victory in the war against al Qaeda may have reflected his sincere belief. But it also revealed his willful naivete about the nature of Islamist terror, and it encouraged jihadists to conclude the U.S. was in retreat. He can’t even find the words to forthrightly defend the antiterror programs his own Administration uses.

Members of Congress in both parties, and especially Republican presidential candidates, have an obligation to show the world that help is on the way. Rand Paul has made the clearest public impression by echoing Mr. Obama’s theme that the U.S. has gone too far in its antiterror defenses. Other candidates who disagree will have to speak clearly about how they define the Islamist threat and how the West can defeat it.

Stand up for Denmark!
Why are we not defending our ally?
Christopher Hitchens
Slate
Feb. 21 2006

Put the case that we knew of a highly paranoid religious cult organization with a secretive leader. Now put the case that this cult, if criticized in the press, would take immediate revenge by kidnapping a child. Put the case that, if the secretive leader were also to be lampooned, two further children would be killed at random. Would the press be guilty of « self-censorship » if it declined to publish anything that would inflame the said cult? Well, yes it would be guilty, but very few people would insist on the full exertion of the First Amendment right. However, the consequences for the cult and its leader would be severe as well. All civilized people would regard it as hateful and dangerous, and steps would be taken to circumscribe its influence, and to ensure that no precedent was set.

The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings.

You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. It was the arrogant Danish mullahs who patiently hawked those cartoons around the world (yes, don’t worry, they are allowed to exhibit them as much as they like) until they finally provoked a vicious response against the economy and society of their host country. For good measure, they included a cartoon that had never been published in Denmark or anywhere else. It showed the Prophet Mohammed as a pig, and may or may not have been sent to a Danish mullah by an anonymous ill-wisher. The hypocrisy here is shameful, nauseating, unpardonable. The original proscription against any portrayal of the prophet—not that this appears to be absolute—was superficially praiseworthy because it was intended as a safeguard against idolatry and the worship of images. But now see how this principle is negated. A rumor of a cartoon in a faraway country is enough to turn the very name Mohammed into a fetish-object and an excuse for barbaric conduct. As I write this, the death toll is well over 30 and—guess what?—a mullah in Pakistan has offered $1 million and a car as a bribe for the murder of « the cartoonist. » This incitement will go unpunished and most probably unrebuked.

Could things become any more sordid and cynical? By all means. In a mindless attempt at a tu quoque, various Islamist groups and regimes have dug deep into their sense of wit and irony and proposed a trade-off. You make fun of « our » prophet and we will deny « your » Holocaust. Even if there were any equivalence, and Jewish mobs were now engaged in trashing Muslim shops and embassies, it would feel degrading even to engage with such a low and cheap stunt. I suppose that one should be grateful that the Shoah is only to be denied rather than, as in some Islamist propaganda, enthusiastically affirmed and set out as a model for emulation. But only a moral cretin thinks that anti-Semitism is a threat only to Jews. The memory of the Third Reich is very vivid in Europe precisely because a racist German regime also succeeded in slaughtering millions of non-Jews, including countless Germans, under the demented pretext of extirpating a nonexistent Jewish conspiracy. As it happens, I am one of the few people to have publicly defended David Irving’s right to publish, and I think it outrageous that he is in prison in Austria for expressing his opinions. But my attachment to free speech is at least absolute and consistent. Those who incite murder and arson, or who silkily justify it, are incapable of rising above the childish glee that culminates in the assertion that two wrongs make a right.

The silky ones may be more of a problem in the long term than the flagrantly vicious and crazy ones. Within a short while—this is a warning—the shady term « Islamophobia » is going to be smuggled through our customs. Anyone accused of it will be politely but firmly instructed to shut up, and to forfeit the constitutional right to criticize religion. By definition, anyone accused in this way will also be implicitly guilty. Thus the « soft » censorship will triumph, not from any merit in its argument, but from its association with the « hard » censorship that we have seen being imposed over the past weeks. A report ($$) in the New York Times of Feb. 13 was as carefully neutral as could be but nonetheless conveyed the sense of menace. « American Muslim leaders, » we were told, are more canny. They have « managed to build effective organizations and achieve greater integration, acceptance and economic success than their brethren in Europe have. They portray the cartoons as a part of a wave of global Islamophobia and have encouraged Muslim groups in Europe to use the same term. » In other words, they are leveraging worldwide Islamic violence to drop a discreet message into the American discourse.
You may have noticed the recurrence of the term « One point two billion Muslims. » A few years ago, I became used to the charge that in defending Salman Rushdie, say, I had « offended a billion Muslims. » Evidently, the number has gone up since I first heard this ridiculous complaint. But observe the implied threat. There is not just safety in numbers, but danger in numbers. How many Danes or Jews or freethinkers are there? You can see what the « spokesmen » are insinuating by this tactic of mass psychology and mobbishness.
And not without immediate success, either. The preposterous person of Karen Hughes is quoted in the same New York Times article, under her risible title of « Under Secretary of State for Public Diplomacy. » She tittered outside the store she was happily giving away: « The voices of Muslim Americans have more credibility in the Muslim world frankly than my voice as a government official, because they can speak the language of their faith and can share their experience of practicing their faith freely in the West, and they can help explain why the cartoons are so offensive. » Well, let’s concede that almost any voice in any world has more credibility on any subject than this braying Bush-crony ignoramus, but is the State Department now saying that we shall be represented in the Muslim world only by Muslims? I think we need a debate on that, and also a vote. Meanwhile, not a dollar of Wahhabi money should be allowed to be spent on opening madrasahs in this country, or in distributing fundamentalist revisions of the Quran in our prison system. Not until, at the very least, churches and synagogues and free-thought libraries are permitted in every country whose ambassador has bullied the Danes. If we have to accept this sickly babble about « respect, » we must at least demand that it is fully reciprocal.
And there remains the question of Denmark: a small democracy, which resisted Hitler bravely and protected its Jews as well as itself.  Denmark is a fellow member of NATO and a country that sends its soldiers to help in the defense and reconstruction of Iraq and Afghanistan. And what is its reward from Washington? Not a word of solidarity, but instead some creepy words of apology to those who have attacked its freedom, its trade, its citizens, and its embassies. For shame. Surely here is a case that can be taken up by those who worry that America is too casual and arrogant with its allies. I feel terrible that I have taken so long to get around to this, but I wonder if anyone might feel like joining me in gathering outside the Danish Embassy in Washington, in a quiet and composed manner, to affirm some elementary friendship. Those who like the idea might contact me at christopher.hitchens@yahoo.com, and those who live in other cities with Danish consulates might wish to initiate a stand for decency on their own account.
Update, Feb. 22: Thank you all who’ve written. Please be outside the Embassy of Denmark, 3200 Whitehaven Street (off Massachusetts Avenue) between noon and 1 p.m. this Friday, Feb. 24. Quietness and calm are the necessities, plus cheerful conversation. Danish flags are good, or posters reading « Stand By Denmark » and any variation on this theme (such as « Buy Carlsberg/ Havarti/ Lego ») The response has been astonishing and I know that the Danes are appreciative. But they are an embassy and thus do not of course endorse or comment on any demonstration. Let us hope, however, to set a precedent for other cities and countries. Please pass on this message to friends and colleagues.

Caricatures: il faut se moquer de la religion
Christopher Hitchens

Traduit par Peggy Sastre

08.01.2015

En 2006, le monde était secoué par l’affaire dite des caricatures de Mahomet, publiées par un journal danois et reprises en France par Charlie Hebdo. Christopher Hitchens, grand défenseur de la laïcité aujourd’hui décédé, réaffirmait la nécessité de ne pas céder aux menaces et de critiquer les religions.

Mercredi, des hommes armés ont attaqué les bureaux de Charlie Hebdo, faisant au moins 12 morts. Le magazine était connu pour avoir publié des images du prophète Mahomet, y compris les dessins de 2005 parus pour la première fois dans le quotidien danois Jyllands-Posten, des caricatures qui avaient été à l’origine d’une vague de violence dans le monde entier. En février 2006, Christopher Hitchens, mort en 2011, se saisissait du problème à son inimitable manière. Nous republions aujourd’hui des extraits de son article.

Il débutait par la déclaration du porte-parole du Département d’Etat américain réagissant aux caricatures:

«Les images anti-musulmanes sont aussi inacceptables que le sont les images antisémites, les images anti-chrétiennes ou celles qui s’attaquent à n’importe quelle autre croyance religieuse.»
Une déclaration contestée par Hitchens:

[…] Comme il est effroyable que le pays du Premier Amendement soit représenté par une telle administration [l’administration Bush, NDLE]. Que veut-il dire en parlant d’«inacceptable»? Que les images devraient être interdites? Et comme il est lamentable qu’un «porte-parole» soit incapable de faire la différence entre la critique d’un système de croyance et le dénigrement d’un peuple entier.

Néanmoins, McCormack [le porte-parole]  l’analphabète a raison quand il compare sans le vouloir libelles racistes et foi religieuse. D’aucuns ont souligné combien la presse arabe et musulmane regorge de caricatures anti-juives, et souvent de la plus évidente et haineuse espèce. En un sens, la comparaison est désespérément inexacte.

Ces fétides illustrations apparaissent pour la plupart dans des pays où un Etat décide ce qui est publiable ou diffusable. Pour autant, quand des musulmans réimpriment Les protocoles des sages de Sion ou perpétuent les rumeurs de sacrifices rituels lors de la Pâque juive, ils recyclent les fantasmes de la police secrète russe chrétienne orthodoxe (dans le premier cas) et des siècles de propagande catholique romaine et luthérienne (dans le second). Et quand un politicien israélien compare les Palestiniens à des serpents, des porcs ou des singes, il est quasi certain qu’il s’agira d’un rabbin (le plus souvent, le Rabbin Ovadia Yosef, leader de l’odieux parti Shass [depuis décédé, NDLE]) et qu’il se référera à une autorité talmudique quelconque pour légitimer son racisme. Pendant quasiment toute l’histoire de l’humanité, la religion et le sectarisme ont été les deux revers d’une même médaille, chose toujours visible aujourd’hui.

Dès lors, il y a fort à penser que le quotidien danois Jyllands-Posten, et tous ceux qui ont solidairement réitéré son initiative, affirment un droit de critiquer non pas simplement l’islam, mais la religion en général. […] Soyez certains que les journaux européens consacrés ont aussi caricaturé leur lot de nonnes, de papes et de colons israéliens messianiques, et brocardent les prêtres violeurs d’enfants. Il y eut un temps où tout cela n’aurait pas été possible. Mais ces tabous ont été brisés.

C’est à cela que servent les tabous: à être brisés

Et c’est à cela que servent les tabous, d’ailleurs bien présents au sein de l’islam. Dans son art, il existe un préjudice hostile à toute représentation humaine. L’interdiction de dessiner le prophète –qui n’était qu’un énième mammifère mâle– est apparemment absolue. Comme l’est celle du porc ou de l’alcool et comme sont prohibées, dans certaines sociétés musulmanes, la musique ou la danse.

Parfait, qu’on laisse un bon musulman s’en abstenir. Mais dès qu’il revendiquera le droit de me faire m’en abstenir à mon tour, alors la menace et la preuve de l’hostilité de ses intentions seront les plus évidentes possibles. Notre actuelle et importune coexistence n’est qu’un interlude, semble-t-il dire. Pour le moment, je ne peux qu’affirmer posséder la vérité absolue et réclamer une absolue immunité contre toute forme de critique. Mais à l’avenir, tu feras ce que je dis et tu le feras sous peine de mort.

Je refuse qu’on me parle sur ce ton, que je trouve au demeurant tout à fait «nauséabond». (Au fait, le mot «nauséabond» ne s’est-il pas mis réellement à puer ces derniers temps?) Face à la profanation du sacré, la répulsion innée de l’humain est bien plus ancienne que le plus ancien des monothéismes: sa plus puissante expression se retrouve dans l’Antigone de Sophocle.

Elle fait corps avec la civilisation. Je ne demande pas le droit d’égorger un porc dans une synagogue ou une mosquée, ni à me soulager sur un livre «saint». Mais on ne m’interdira pas de manger du porc et je n’aurais aucun respect pour ceux qui brûlent des livres tous les quatre matins.

Voyez, j’ai moi aussi de très profondes convictions et croyances, et je mets les Lumières au-dessus de tout sacerdoce ou de tout fétiche sacré. Il m’est révoltant de respirer le même air que celui qu’exhalent les éructations des madrassas, les putrides fumets des assassins kamikazes ou les sermons de Billy Graham et de Joseph Ratzinger [pape quand Hitchens écrivait ce texte, NDLE].

Mais les mêmes principes que je fais miens m’empêchent de ravager l’église la plus proche, de kidnapper le premier musulman que je croise dans la rue pour le retenir en otage, d’enfreindre l’immunité diplomatique en attaquant l’ambassade ou le personnel consulaire d’un Etat, fût-il le pire des pays islamiques, ou de me mettre en scène dans un spectacle grotesque et menacer de répandre le feu et le sang sur d’éloignés inconnus qui auraient pu heurter mes convictions intimes.

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où?

Les grosses colères de bébés gavés de rumeurs que d’aucuns piquent à tout bout de champ, notamment dans le monde musulman, ne cessent de prouver combien la foi relève du stade infantile le plus pourri-gâté et le plus égoïste de notre espèce.

En l’occurrence, les caricatures incriminées ne sont ni très brillantes ni particulièrement mordantes. Mais si des musulmans ne veulent pas que leur soi-disant prophète soit assimilé à des actes barbares ou des fantasmes d’adolescent, ils devraient dire publiquement que le meurtre à l’aveugle récompensé par des vierges n’appartient pas à leur religion. Et on se heurte ici à une curieuse réticence… De fait, les dirigeants musulmans sunnites semblent tout bonnement incapables de condamner le plastiquage de mosquées chiites et de processions funéraires, que même quelqu’un comme moi pourrait qualifier de sacrilège. Bien évidemment, plusieurs millions de musulmans s’en affligent, et une autre raison de condamner les débiles de Washington et leur prise de position, à bien des égards dangereuse, veut que la première victime des lynchages auxquels nous assistons aujourd’hui est la véritable voix du peuple. Il s’agit d’une insulte à l’islam, si vous voulez.

Le problème de l’«outrage» est facile à résoudre.

Premièrement: imaginez que nous nous accordions tous pour nous comporter de façon à éviter d’offenser les croyants. Comment être sûr d’avoir pris suffisamment de précautions? Samedi, je suis intervenu sur CNN, une chaîne tellement terrifiée par d’éventuelles représailles qu’elle allait «pixeliser» les caricatures que ses téléspectateurs avaient précisément besoin de voir [en 2015 encore, certains médias anglosaxons censurent les dessins sur l’islam de Charlie Hebdo, NDLE]. Et ces ignobles angoisses ont fait irruption à Atlanta, aux Etats-Unis, à cause d’une illustration parue dans un tout petit journal scandinave dont personne n’avait entendu parler auparavant!

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où? Nous ne pourrons jamais nous contorsionner suffisamment pour plaire à ces fanatiques, ne serait-ce qu’essayer de le faire est avilissant.

Ensuite (et il convient d’insister là-dessus): est-il possible de mener cette discussion sans être menacé par la violence, ou par un recours immédiat à celle-ci? Quand Salman Rushdie publia Les Versets sataniques en 1988, il le fit avec l’espoir de poursuivre un débat qui s’était d’ores et déjà ouvert dans le monde musulman, entre des rigoristes coraniques et ceux qui en appelaient à une possibilité d’interprétation du texte.

Il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre

Nous savons aujourd’hui quelle allait être sa récompense et nous oublions parfois que la fatwa n’était pas uniquement dirigée contre lui, mais contre «tous ceux qui ont participé à sa publication», ce qui eut comme conséquence la mort du traducteur japonais du livre et les quasi-morts d’un autre traducteur et d’un éditeur.

A un moment donné, j’avais là aussi été invité sur CNN pour débattre avec un quelconque porte-parole de la foi outragée et avais dit que, pour notre part, nous serions heureux de débattre de la pertinence d’utiliser les saintes écritures à des fins littéraires et artistiques. Mais que nous n’échangerions pas un seul mot tant que la personne de l’autre côté de la table n’avait pas rangé son pistolet. (La sinistre grande gueule musulmane que j’avais en face de moi refusait de désavouer l’étatique appel au meurtre et pouvait, bien entendu, compter sur le soutien du bigot catholique Pat Buchanan).

La chose est aussi vraie des relations internationales: il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre. Et la société civile consiste à faire passer la liberté d’expression avant les émotions de toute personne susceptible de considérer malséante une telle liberté. Il est déprimant d’avoir à réaffirmer l’évidence de ces principes et positivement odieux que notre gouvernement ait choisi de les jeter aux orties à peine le combat commencé.

As Americans Muzzle Free Speech, Terrorists Rejoice
Political correctness has eliminated real debate about race and gender
Students get ‘trigger warnings’ lest they suffer undue stress

Edward Morrissey,
The Fiscal Times

January 8, 2015

Sometimes, the world feels as though it would be better off if everyone went back to kindergarten. At least when I attended that grade, the teachers made us learn a mantra that has stuck with me ever since — Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me. That instruction was meant to keep the children from resorting to violence over every little criticism or humiliation and to toughen us up for the life ahead of us.

A few decades later (more than I’d care to admit), that lesson has been lost, in a number of ways. In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture.

On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.”

Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds.

“Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner.

The growth of political correctness, however, pales in comparison to the horrors seen in Paris yesterday. The satirical magazine Charlie Hebdo had produced caustic, satirical commentary for years on a wide range of topics. Its cartoonists had skewered political leaders, cultural figures, and religion ever since its relaunch in 1992. Despite its ecumenical approach to the latter subject – Christianity and Judaism came in for blasphemous criticism – their attacks on Islam drew threats for years, as well as a lawsuit in 2006 (later dismissed).

Related: The Most Powerful Twitter Reactions to the Charlie Hebdo Massacre

After an issue in November 2011 purported to be guest-edited by Mohammed himself, the offices of Charlie Hebdo were destroyed in a firebomb attack. Almost a year later, the magazine ran another satire of Mohammed, drawing criticism from French Foreign Minister Laurent Fabius, as well as the White House. France had to tighten security as a result of threats after the publication.

“A drawing never killed anyone,” Editor in Chief Stéphane Charbonnier responded. « When you start saying that you can’t create such drawings, then the same thing will soon apply to other, more harmless representations. »

Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me.

Unfortunately for “Charb,” extremists don’t know that common wisdom. Using children as hostages, three Muslim gunmen forced their way into Charlie Hebdo’s offices on Wednesday, executing targeted members of the staff, including Charbonnier and two police officers. According to witnesses, they rejoiced for having “avenged the Prophet.” The attack left at least 12 people dead, making it one of the worst terrorist attacks in Europe in several years.

The deaths caused an outpouring of condemnations for the attacks – and oddly, a few for the victims. Columnist Tony Barber wrote in the Financial Times that Charlie Hebdo had “a long record of mocking, baiting, and needling French Muslims.” Barber scolded that “editorial foolishness [had] prevailed … Common sense would be useful at publications such as Charlie Hebdo and Denmark’s Jyllands-Posten, which purport to strike a blow for freedom when they provoke Muslims, but are actually just being stupid.” (The magazine’s editors took a much different view.)

The Catholic League’s Bill Donohue declared himself aligned with Muslims angered over being intentionally insulted by the magazine while helpfully prefacing his remarks by opposing murder over personal insults. “Stephane Charbonnier, the paper’s publisher, was killed today in the slaughter,” he wrote. “It is too bad that he didn’t understand the role he played in his tragic death.” Many others took to social media to declare that the biggest threat in the wake of this massacre was “Islamophobia” in reactions to the shooting.

Charlie Hebdo is not above criticism, certainly, but this is a strange moment to deliver it. The issue at hand stopped being a matter of etiquette and taste when the first bullets flew, and instead became a moment to stand for free expression. It’s also possible to overdo criticism and push it into hate speech. But twelve people dead in the streets of Paris make it clear that commentary is not the real threat. In fact, this should make it clear that commentary is the target.

Perhaps we have grown too accustomed to free speech to appreciate it. Some among us are too eager to push for silence in exchange for a modicum of ease and peace. One does not need to approve of Charlie Hebdo’s caricatures to understand that its editors and contributors had every right to publish them – and that its critics had every right to scold them over its content — without either having to be concerned over whether it would cost them their lives. The only way one can conclude that Charb played “a role … in his own tragic death” is to accept that the price of staying alive is to refrain from criticism, especially of Islam and its extreme adherents.

It took centuries for Western values to develop to the point where we could enjoy and exercise our right to speak out, dissent, criticize, and even be wildly wrong without that choice becoming a life or death matter. Those values are under attack from both within and without, as this episode clearly demonstrates. If this does not serve as a wake-up call to those threats, one may never exist.

Charb understood the risks, and the stakes. « I have neither a wife nor children, not even a dog. But I’m not going to hide,” he told Der Spiegel in 2012 after the criticism of Fabius and the US government, preferring to “die standing than live on my knees.” In the wake of the Charlie Hebdo massacre, we should stand for free speech and free expression. Mere words will never break our bones, but acquiescence to those who wish to silence criticism will eventually enslave us.
– See more at: http://www.thefiscaltimes.com/Columns/2015/01/08/Americans-Muzzle-Free-Speech-Terrorists-Rejoice#sthash.dhXe2NHJ.dpuf

Un journal publie une caricature du prophète
Le Figaro avec AFP
10/01/2015

Un journal australien a publié un dessin humoristique du prophète Mahomet discutant avec Jésus et a appelé à soutenir la liberté d’expression dans le monde, après la tuerie de Paris contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Le dessin publié par ce journal, The Weekend Australian, est intitulé « Prions ». Signé du dessinateur Bill Leak, il montre Jésus tenant le Coran et déclarant à Mahomet: « Je t’ai déjà dit qu’il a besoin d’une suite », une référence au fait que la Bible comporte un Ancien Testament et un Nouveau Testament.

Ce à quoi Mahomet, qui brandit un journal portant le titre « Le monde en guerre », répond qu’actuellement il ne peut pas reprendre une forme humaine parce qu’il serait « crucifié » s’il le faisait. Les représentations de Mahomet, telles que les caricatures publiées en 2006 par Charlie Hebdo, sont interdites par l’islam, et toute forme de dérision envers le prophète irrite un grand nombre de musulmans.

Dans un éditorial, The Weekend Australian appelle le monde occidental à ne pas montrer de faiblesse dans la défense de ses valeurs fondamentales et à ne pas céder sur la liberté d’expression.

A propos de l’attentat commis mercredi par deux jihadistes français d’origine algérienne contre Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, le journal écrit: « Que cela soit délibéré ou pas, l’un des aspects les plus dévastateurs de cette atrocité est qu’elle a frappé notre civilisation à un endroit qui est déjà en train de devenir notre talon d’Achille: un penchant lâche pour le politiquement correct ». « Au cours des dernières années, face à ceux qui sont perpétuellement outragés, nos sociétés pluralistes, démocratiques et libres ont progressivement lâché du terrain sur la liberté d’expression que nous avions durement conquise », déclare l’éditorial.

L’auteur du dessin, Bill Leak, a estimé dans un article publié hier que les extrémistes qui ont commis un massacre à la rédaction de Charlie Hebdo avaient délibérément choisi « un symbole de la liberté de parole qui est au fondement même de la civilisation occidentale ». Selon lui, « un beau sens de l’humour est l’une des caractéristiques distinctives des êtres humains hautement évolués et civilisés », et « son absence est l’une des caractéristiques distinctives de la barbarie ».

How terrorism harms radical Islam
Daniel Pipes

January 9, 2015

An epidemic of recent high-profile attacks by Muslims in the name of Islam – in Canada, Israel, Nigeria, Australia, Pakistan, and France – raises an obvious question: How do the Islamist perpetrators figure that murdering an honor guard, driving cars into pedestrians, slaughtering non-Muslim bus passengers, taking hostage the patrons of a café, or massacring army kids and cartoonists will achieve their goal of applying Islamic law and building a caliphate?

Logically, their violence only helps if it terrorizes their enemies and compels them to bend to the Islamists’ wishes; intimidation, after all, is the essence of terrorism. Sometimes, Islamist terrorism does achieve this objective. For example, to stay out of trouble, a sizeable number of artists have censored themselves concerning Islam; and the botched government response to the 2004 Madrid train bombings helped the opposition party win an election, then withdraw Spanish forces from Iraq.

As a rule, however, terrorism leads not to intimidation but to anger and hostility. Instead of cowing a population, it raises consciousness and provokes hatred for the Islamist cause among Muslims and non-Muslims alike. Rather than advance the Islamist cause, high profile acts of violence harm it.

Some prominent examples:

9/11 removed Islamism from the shadows where it had flourished, stimulating an American-led « war on terror » and a large increase in anti-Islamic sentiment;

The 2004 massacre of school children in Beslan poisoned Russian attitudes toward Muslims and helped Vladimir Putin consolidate power;

The 2013 Boston Marathon bombing locked down a large metropolitan area, giving millions a first-hand taste of Islamist oppression.

Wednesday’s killing of twelve in Paris created a national mood of defiance that put Islamists on the defensive as never before. If the first hours anticipate future developments, a significant portion of the French electorate will demand more effective measures against radical Islam.

Ironically, obscure acts of terror do not have this counterproductive effect. To take one of many examples, when an Egyptian Muslim beheaded two Coptic Christians in New Jersey in 2013, few took notice and little anger ensued. Because of reluctance among police, politicians, the press, and the professoriate, most jihadi-style attacks of this nature tend not to be publicized, thus avoiding an increase in anti-Islamic sentiments. (Sadly, those with a duty to protect too often hide the truth.)

If high-profile violence is counterproductive, why do Islamists persist in this self-defeating behavior? Out of anger and because of a violent disposition.

Anger: Islamists, especially the more extreme ones, exude bitterness, bile, resentment, and envy. They celebrate the medieval period, when Muslims were the richest, most advanced, and most powerful of peoples, and interpret Muslim decline as the result of Western duplicity and betrayal. Only by striking back righteously at these conniving Crusaders and Zionists can Muslims regain their rightful place of honor and power. Expressing anger becomes an end in itself, leading to myopia, an inability to plan, an absence of strategic thinking, and pulsating grandiosity.

A violent disposition: Exulting in their sense of direct knowledge of God’s will, Islamists favor violence. To make the enemy cower in fear, then smite him is the ultimate Islamist dream, a fulfillment of intense ill will, a triumph of Islam’s superiority over other religions and those Muslims who lack the fire of their faith. Suicide bombings, beheadings, gangland-style murders, and other acts of grotesque recrimination express a deep desire for vengeance.

In the long term, then, these acts of violence do immense damage to the Islamist cause. Turned around, the victims of that violence – some 10,000 fatalities in 2,800 attacks in 2013 alone – did not die in vain but unwittingly sacrificed their lives in a dreadful war of wills. Targeted assassinations, such as those against the French cartoonists, have an outsized impact on public opinion.

In sum, self-indulgence and strategic ineptitude are the hallmarks the Islamist campaign. The catastrophe of the Islamist program is matched by the ineptitude of its tactics. And so, I conclude, its fate will be the same dust-heap of history where fascism and communism can be found. Like those two other totalitarianisms, it promises terrible destruction and many deaths before ultimately failing. The war will be long and painful but in the end, again, the forces of civilization will vanquish those of barbarism.

The recent drumbeat of terrorism in the name of Islam may appear to help the Islamist cause. In fact, it brings its agenda closer to a deserved collapse.

Daniel Pipes is president of the Middle East Forum.

Voir de plus:

Le Danemark hésite à diffuser une série satirique sur les islamistes
Agathe Heintz

L’Express

26/11/2010

Ce programme est jugé inopportun, au regard du scandale provoqué par la publication de caricatures de Mahomet en 2005.

Pas question de se moquer des terroristes islamistes au Danemark, et surtout pas à la télévision. En effet, la chaîne télévisée danoise SBS TV a reporté sine die la diffusion d’une série satirique sur le sujet, selon le quotidien danois Jyllands Posten.

Intitulée initialement « Terrorcellen » (« La cellule terroriste ») puis renommée « Cellen » (« La cellule »), la série en 12 épisodes est écrite par le comique danois Omar Marzouk. Le pitch? Elle relate les péripéties absurdes et déjantées d’un trio de terroristes islamistes (et de leur poisson rouge… George Bush) qui résident au Danemark.

Alerté par la décision de SBS TV, son auteur Omar Marzouk déplore la lâcheté de la chaîne: « La série se moque des taliban et d’Al Qaeda, mais par principe, elle se moque de tout le monde », explique-t-il.

Le moment est « inopportun » déclare de son côté le porte-parole de la télévision, en faisant référence aux menaces terroristes qui pèsent sur le pays. Il estime que la diffusion de « Cellen » risque également d’éloigner les annonceurs, inquiets à l’idée que cela cause une polémique similaire à celle de la publication des caricatures de Mahomet, par le journal Jyllands Posten, voici cinq ans.

« Auto-censure nourrie par la peur »
Ce choix a également soulevé une vague de protestations au Parlement et au gouvernement. Le ministre de la Culture, Per Stig Moeller, s’est élevé contre « cette auto-censure nourrie par la peur », qui fait « le jeu des terroristes ». Il a averti SBS TV: « s’ils ne diffusent pas la série -avant le 6 juin 2011-, ils doivent rembourser l’argent reçu des fonds publics », soit plus de 600 000 euros.

Pour le directeur de l’Institut du film danois, Henrik Bo Nielsen, qui a octroyé cette aide à SBS TV, la décision de la chaîne est « incompréhensible ». « Il s’agit d’une série très amusante qui se moque des terroristes d’une manière légère, et ne cloue au pilori en aucun cas l’islam ou les islamistes », a-t-il remarqué.

Voir encore:

Mosul most peaceful city in world, claims Belfast Muslim
IS took over the Iraqi city of Mosul last June

BBC news

9 January 2015

An Iraqi city seized by Islamic State (IS) is « the most peaceful city in the world », one of Northern Ireland’s most senior Muslims has claimed.

IS, a radical Islamist group whose tactics include mass killings and abductions of minorities, overran the northern city of Mosul last June.

Dr Raied Al-Wazzan of Belfast Islamic Centre said relatives living there had told him life was better now.

« These people are less evil than the Iraqi government, » he said.

Dr Al-Wazzan said Western governments had created the conditions for the growth of IS by « establishing a failed state in Iraq, run by militias ».

« Islamic State came to protect a section of society that had been marginalised, and foreign policy had pushed part of society to reach this point, » he told BBC Radio Ulster’s Talkback programme on Friday.

Islamic State has become one of the most formidable jihadist groups in the world
Tents at a camp hosting displaced Iraqi from the Yazidi community near Mosul
IS took control of Mosul in June, introducing a strict regime in line with its radical interpretation of Islamic law.

Dr Al-Wazzan said that while mainstream Islam « never supports radicalisation », it was « important to look at the facts ».

« Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time, » he said.

« Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world.

« Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear.

« My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. »

Voir par ailleurs:

Caricatures : le syndrome de Copenhague
André Grjebine*
06/02/2006

Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ?

Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?

Toutes ces déclarations témoignent d’une profonde incompréhension de ce qu’est l’esprit de tolérance. En effet, si chacun est libre de professer les opinions qu’il veut, la tolérance suppose que chacun puisse également contester n’importe quelle religion.

Dans un Etat démocratique, la seule limite que l’on peut exiger des adversaires d’une religion comme de ses fidèles est de ne pas dériver vers le racisme, c’est-à-dire de critiquer autant qu’ils veulent les croyances, mais de ne jamais stigmatiser de supposées caractéristiques ethniques. Se moquer d’une religion, ce n’est pas se moquer d’un peuple. Rien ne permet d’attribuer une telle dérive aux caricaturistes danois. On ne peut malheureusement en dire autant de la presse de plusieurs Etats musulmans qui fustige régulièrement les juifs en tant que tels, quand elle ne construit pas des procès d’intention contre eux fondés sur des faux comme le Protocole des sages de Sion.

Comme le suggère Umberto Eco, dans Le Nom de la rose, ce que toutes les institutions religieuses craignent le plus, c’est le rire, la remise en question décapante de la Révélation.

Il n’y a rien de plus redoutable que des hommes qui sont incapables de relativiser leurs croyances et qui entendent forcer les autres à les partager, ou au moins, à leur interdire de mettre ces croyances en question.

C’est pourquoi il est fondamental de défendre le droit de rire pour aider ceux qui entendent défendre la liberté et la tolérance à l’intérieur même de l’islam, comme Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas ou Shabana Rehman en Norvège. Le flambeau de la lutte contre l’intolérance religieuse, allumé au XVIIIe siècle, par Voltaire et d’autres philosophes des Lumières, ne doit pas s’éteindre, ou plutôt il doit être rallumé. Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité.

* Philosophe, essayiste, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences po.

Voir enfin:

Quand ils sont venus chercher les communistes

Martin Niemöller

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester


Guerre des sexes: Les transports new-yorkais s’attaquent à la fertilité masculine (Dude, close your legs: From manspreading to infertility spreading ?)

7 janvier, 2015

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https://pbs.twimg.com/media/B6v_v-bCEAAcP5s.jpgLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie hebdo ! Cherif Kouachi (jeune victime de l’islamophobie, Paris, 07.01.15)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu
C’est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes… La jupe, c’est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s’asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d’allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque. La jupe, c’est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d’opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou…) qui fonde l’ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec » tiens ton couteau dans la main droite « , se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l’opposition entre la droite et la gauche, la droite est » naturellement » le côté de la virtus comme vertu de l’homme (vir). La jupe, ça montre plus qu’un pantalon et c’est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l’attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l’érotisme, toute l’ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c’est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu’elle montre. Il fut un temps où il suffisait d’une cheville entr’aperçue!… Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu’elles s’adressent d’abord au corps et qu’elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s’exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. (…) Les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c’est toujours celles qu’elles trouvent trop » grandes » ou trop » grosses » ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu’ils jugent trop » petites « . Parce qu’il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l’on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l’autel et du prie-dieu. Pierre Bourdieu
À quoi ressemble l’homme idéal ? Il s’épile. Il achète des produits de beauté. Il porte des bijoux. Il rêve d’amour éternel. Il croit dur comme fer aux valeurs féminines. Il préfère le compromis à l’autorité et privilégie le dialogue, la tolérance, plutôt que la lutte. L’homme idéal est une vraie femme. Il a rendu les armes. Le poids entre ses jambes est devenu trop lourd. Certaines féministes se sont emparées de cette vacance du pouvoir, persuadées que l’égalité c’est la similitude.  Aujourd’hui, les jeunes générations ont intégré cette confusion. Les fils ne rêvent que de couple et de féminisation longue durée. Ils ne veulent surtout pas être ce qu’ils sont : des garçons. Tout ce qui relève du masculin est un gros mot. Une tare. Mais la révolte gronde. Les hommes ont une identité à reprendre. Une nouvelle place à conquérir. Pour ne plus jamais dire à leurs enfants : «Tu seras une femme, mon fils. Eric Zemmour
Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ? Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France. (…) La tactique du masculinisme est, souvent, de récupérer les outils d’analyse et le vocabulaire féministe pour les retourner contre les féministes en dénonçant un système d’oppression imaginaire. Ainsi, le matriarcat aurait désormais remplacé le patriarcat. Ce n’est pas sans faire penser à ces journalistes défenseurs du système capitaliste qui, inversant les rôles, n’ont de cesse de dénoncer « la dictature des syndicats »… Cette mauvaise foi, c’est celle d’un Patrick Guillot, auteur de La Cause des hommes, et pour qui il a suffi qu’une seule femme soit devenue pilote de Concorde, en 2000, pour affirmer que la profession s’était féminisée et que les hommes n’avaient « plus de modèle ». Plus magnanime, Michel Schneider reconnaît que les hommes dominent largement les sphères du pouvoir, mais… qu’ils gouvernent comme des « mères », imposant des « valeurs féminines » à la France. Des héros comme Zidane ne sont plus des modèles masculins parce que, selon Zemmour – qui ne se prive pas de flirter avec l’homophobie –, ils jouent « comme des femmes », avec un esprit d’entraide, et adoptent une esthétique homosexuelle… Pour théoriser la « crise des hommes », les masculinistes développent systématiquement quatre arguments : les filles réussissent mieux à l’école ; des hommes sont également victimes de violences conjugales ; les hommes se suicident plus que les femmes ; et en cas de divorce les tribunaux attribuent généralement la garde des enfants à la mère. Examinons chacun de ces arguments. Primo, si les filles ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires, cette donnée fluctue selon les écoles, et les milieux favorisés ne présentent pas ce type d’écart. Dans les écoles qui le sont moins, les filles seraient en moyenne plus studieuses parce qu’elles savent, consciemment ou non, que le marché de l’emploi est généralement bien plus favorable aux hommes. Secundo, les masculinistes brandissent des chiffres selon lesquels les hommes sont autant, sinon davantage, victimes de violence conjugale que les femmes. Ils s’abstiennent toutefois de se pencher sur le contexte des violences conjugales. La violence des hommes est majoritairement plus brutale et répétitive – s’inscrivant dans une logique de pouvoir sur les femmes –, et celle des femmes relève davantage de la défense. Tertio, le taux de suicide des hommes serait plus élevé que celui des femmes. Cette affirmation est, encore une fois, isolée de son contexte. En fait la proportion de tentatives de suicide est quasi la même pour les femmes que pour les hommes même si ces derniers « réussissent » davantage. Et c’est sans compter que d’autres phénomènes de désespoir, comme la dépression, touchent majoritairement les femmes. Quarto, en réalité, dans la grande majorité des cas, les divorces se concluent à l’amiable, et la grande majorité des pères délèguent volontiers à la mère la garde des enfants. Certes, lorsque les tribunaux doivent trancher, les juges attribuent plus souvent la garde des enfants aux mères qu’aux pères, mais c’est bien le patriarcat qui est en cause, la magistrature considérant qu’il est plus « naturel » qu’une femme s’occupe des enfants. Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité. Sophie Bouchet (Glamour)
Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué “efféminé” depuis la petite école ; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ou bien “masculine” (vulgaire) ou bien “aguicheuse” (surtout si elle porte une jupe)… Margot Baldassi
Le taux moyen de spermatozoïdes (…) a décliné toute la seconde moitié du XXe siècle, avec en France une accélération dans les années 1970 : en 20 ans, les donneurs de sperme du CECOS de Paris ont perdu — en moyenne — 40 % de leurs spermatozoïdes (− 2,1 %/an) ; le nombre de spermatozoïdes chutant de 89×106/mL de sperme en 1973 à 60×106/mL en 1992. Après ajustement (âge et durée de l’abstinence sexuelle), sur ces 20 ans, chaque nouvelle génération (par année civile de naissance) a perdu 2,6 % des spermatozoïdes de la cohorte née l’année précédente, et le taux de spermatozoïdes mobiles a diminué de 0,3 % par an, et celui des spermatozoïdes de forme normale a diminué de 0,7 %/an. (…)  À ce rythme, en 2070 (dans les pays d’où proviennent les études) toute la population masculine devrait être infertile, et dès 2025, le sperme ne serait plus assez fécondant pour qu’un couple puisse se passer d’une fécondation assistée. Cette tendance ne peut cependant être qu’indicative, car la cause du phénomène est encore mal cernée, et pourrait peut-être avoir été corrigée dans les prochaines décennies, avant un seuil fatal. Wikipedia
La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse.  La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence. Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque. Stéphane Droupy (professeur d’urologie, CHU de Nîmes)
There are anecdotal reports that men who wear (Scottish) kilts have better sperm quality and better fertility. But how much is true? Total sperm count and sperm concentration reflect semen quality and male reproductive potential. It has been proven that changes in the scrotal temperature affect spermatogenesis. We can at least affirm that clothing increases the scrotal temperature to an abnormal level that may have a negative effect on spermatogenesis. Thus, it seems plausible that men should wear skirts and avoid trousers, at least during the period during which they plan to conceive children. Methods and results Analysis of literature concerning scrotal temperature and spermatogenesis and fertility. Wearing a Scottish kilt in a traditional (‘regimental’) way may have clear health-related benefits. Kilt wearing likely produces an ideal physiological scrotal environment, which in turn helps maintain normal scrotal temperature, which is known to be beneficial for robust spermatogenesis and good sperm quality. Based on literature on scrotal temperature, spermatogenesis and fertility, the hypothesis that men who regularly wear a kilt during the years in which they wish to procreate will, as a group, have significantly better rates of sperm quality and higher fertility. EJO Kompanjie
A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm. Dr. Marc Goldstein (director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at New York-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center)
You have been taught to grow out, I have been taught to grow in. You learn from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence. You used to lose your voice every other week from shouting so much. I learned to absorb. I took lessons from our mother in creating space around myself. I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters. Lily Myers
Have I ever thought that I’m taking up too much space? Not really. But maybe now I am. Manspreader
Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags. In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs. Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender. The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct. This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA. A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue. Cathy Young
I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it. Katherine Timpf
I see these guys all the time. Legs spread wide, taking up the space of three or four people, leaning against the train doors and blocking the entrance, stretched out so no one sit next to them. It all plays out like an assertion of male dominance, in which every one of them feels as if they have to claim their territory and their manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers. Who gives a fuck if you can’t sit, they are men. See their balls. I never thought about the way I sit or stand in public before now. I never felt the need to sit with my legs wider than the shoulders of an NFL linebacker to feel comfortable. When I stand, I sometimes cross my legs. I move to accommodate people. And now I wonder what people see when they look at me doing so. Perhaps they think I’m exceedingly polite. Maybe I’m a docile black man. I may be read as effeminate. I never worried about these things from behind the driver’s seat of a car. But now people can see me, and as much as I want to divorce myself from the idea of there being a proper way to perform masculinity, I find myself burdened with thinking I’m doing it wrong. And this is what our culture does. It takes the most mundane of activities and turns them into performances that are supposed to articulate or worthiness as human beings. When I stand with my legs crossed on a train where people can clearly see me, I’m supposed to feel bad about myself. I’m supposed to adjust into a more “manly” pose, whether no regard for whether it feels natural or comfortable. Apply that to things more important than how one looks riding the subway, and the crisis of masculinity becomes a real, dangerous one that requires our introspection. Mychal Denzel Smith
Research in environmental sciences has found that the ergonomic design of human-made environments influences thought, feeling and action. (…) The first three experiments found that individuals who engaged in expansive postures (either explicitly or inadvertently) were more likely to steal money,cheat on a test, and commit traffic violations in a driving simulation. Results suggested that participants’ self-reported sense of power mediated the link between postural expansiveness and dishonesty. Study 4 revealed that automobiles with more expansive driver’s seats were more likely to be illegally parked on New York City streets. Taken together, results suggest that:(1) environments that expand the body can inadvertently lead us to feel more powerful, and (2) these feelings of power can cause dishonest behavior. Andy J. Yap (MIT)
In groups of men, those with higher status typically assume looser and more relaxed postures; the boss lounges comfortably behind the desk while the applicant sits tense and rigid on the edge of his seat.  Higher-status individuals may touch their subordinates more than they themselves get touched; they initiate more eye contact and are smiled at by their inferiors more than they are observed to smile in return.  What is announced in the comportment of superiors is confidence and ease… Sandra Lee Bartky
Psychologist Andy Yap and his colleagues tested whether “expansive body postures” like the ones associated with masculinity increase people’s sense of powerfulness and entitlement.  They did.  In laboratory experiments, people who were prompted to take up more space were more likely to steal, cheat, and violate traffic laws in a simulation.  A sense of powerfulness, reported by the subjects, mediated the effect (a robust finding that others have documented as well). In a real world test of the theory, they found that large automobiles with greater internal space were more likely than small ones to be illegally parked in New York City.  Lisa Wade
By virtue of being occupied by both men and women, space is inherently gendered. The way women and men interact is guided by norms and scripts that steer our behavior in a way that is so powerful that it is often unconscious. Research shows that when in public, women tend to occupy less space, holding legs closer together and keeping their arms closer to their bodies. Men on the other hand are more likely to have their legs spread at a 10- to 15-degree angle and keep their arms 5 to 10 degrees away from their bodies. But this isn’t just about space. Researchers have found that taking expansive body postures doesn’t just make people feel more entitled, it also makes them more likely to steal, cheat and fail to respect traffic laws. So manspreading can breed bigger problems than just crowded subway cars: It reinforces attitudes and behaviors that are harmful for society as a whole. Elizabeth Plank

Et après on s’étonne de la baisse de fertilité des hommes !

En ces temps étranges, entre marche des salopes et bataille des toilettes, de mariage et de gestation assistée pour tous mais aussi d’euthanasie peut-être bientôt remboursée par la Sécurité sociale …

Pendant qu’entre polluants, sédentarisation, vêtements et sous-vêtements serrés voire ordinateurs portables, la baisse de la fertilité masculine des pays riches depuis 50 ans pourrait à terme rendre nécessaire la fécondation assistée, poussant déjà certains à prôner pour les hommes le retour  de cette conquête sociale devenue désormais corset invisible pour les femmes …

Et que longtemps tolérée voire encouragée quand il s’agissait d‘Israël, la barbarie islamiste atteint à présent nos propres rues

Comment à l’heure où le métro de New York lance une campagne de sensibilisation contre les incivilités et notamment l’étalement masculin (pardon: le « manspreading »)  …

Ne pas voir la grandeur d’une société occidentale en voie de mondialisation toujours plus soucieuse du plus faible

Mais aussi les dérives victimaires de ces idées chrétiennes devenues folles dont Chesterton parlait déjà au siècle dernier ?

« Manspreading »: une campagne de sensibilisation dans les transports new-yorkais s’attaque aux incivilités masculines
Morgane Fabre-Bouvier
Le HuffPost
23/12/2014

SOCIÉTÉ- Le vendredi 19 décembre, la Metropolitan Transportation Authority de New-York, l’équivalent de la RATP parisienne ou de la RTM marseillaise, a dévoilé les visuels de sa nouvelle campagne « courtesy counts », soit « l’importance de la courtoisie ». La campagne entend éduquer les voyageurs et combattre l’incivilité. En ligne de mire ceux qui mangent dans les rames de métro, les porteurs de sacs à dos à l’heure de pointe, mais surtout les « manspreaders », ces usagers qui se rendent coupables de « man-spreading ».

Le man-spreading ? C’est le fameux Urban Dictionnary, le dictionnaire en ligne des mots argotiques anglophones, qui popularise le terme. « Lorsqu’un mec s’assoit en étalant ses jambes au maximum, avec la forme d’un V » peut-on lire sur le site. Le terme dénonce ces hommes envahissants qui s’assoient en écartant les jambes, prenant parfois l’équivalent de deux places dans les trains, métros ou bus, souvent au détriment de leurs voisines.

En France, le terme apparaît pour la première en 2013, lorsque le succès du Tumblr Men taking up too much space on the train (ces hommes qui prennent trop de place dans le métro) traverse l’Atlantique. Sur le site du Monde, un billet de blog affirmait déjà à l’époque: « Constatée dans le ‘subway’ de New York, la domination masculine sur les bancs du métro est également avérée à Paris, voire dans les trains du quotidien, en France’.

De fait, sur internet, les témoignages, photos et articles sur le sujet affluent. Dans Glamour, on peut lire: « Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité ». Le débat se poursuit sur Twitter. Le blog pop-up urbain résume : « Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué ‘efféminé’ depuis la petite école; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ‘masculine’ (vulgaire) ou bien ‘aguicheuse’ (surtout si elle porte une jupe) « .

Sur Kombini, on essaye tant bien que mal d’avancer des explications : « la tendance masculine à écarter les cuisses en position assise relève avant tout d’un réflexe physiologique », tente l’auteur. « Mon grand, je doute que ton sexe soit si énorme qu’il ait besoin de sa propre banquette » réplique le blog féministe Jezebel. Sur le tumblr Saving room for cats (je garde la place pour des chats) des internautes photoshopent des chats entre les jambes des « manspreaders ».

Libérer la parole

Avec cette campagne de publicité, la Metropolitan Transportation Authority tente avant tout d’ouvrir le débat. « Il va sans dire que l’objectif de cet exercice n’est pas de bêtement pointer du doigt les manspreaders », peut-on lire sur le site Distractify. « Il s’agit d’ouvrir le dialogue et d’essayer de comprendre pourquoi quelque chose d’aussi énervant continue d’exister », poursuit l’auteur.

Lorsque la journaliste Lauren Evans part à la rencontre des manspreaders du métro new-yorkais, nombreux sont ceux qui affirment ne tout simplement pas se rendre compte que leur position est gênante (vidéo en anglais)…

Quel effet pour cette campagne ? Le métro new-yorkais ne prévoit aucune sanction pour les contrevenants. Dans le New-York Times, la majorité des hommes abordés semble prendre la question à la légère. Interrogé, un jeune homme de 20 ans répond « je ne vais pas croiser mes jambes comme le font les femmes. Je vais continuer de m’asseoir de la façon dont je veux ».

Dans le même article toutefois, une jeune femme affirme que grâce à ces affiches, elle a enfin l’impression d’être prise au sérieux et d’avoir l’autorité de son côté. « De cette façon, j’oserai davantage demander à ces hommes de me faire de la place » explique-t-elle. De fait, les langues se délient progressivement autour du problème. Au Japon, des affiches representant les « manspreaders » en envahisseur venus de l’espace pullulent dans le métro. En Turquie, une organisation féministe a lancé en Février un mouvement sur les réseaux sociaux pour inciter les hommes à laisser de la place aux femmes dans les transports en commun.

Voir aussi:

N.Y. / Region
A Scourge Is Spreading. M.T.A.’s Cure? Dude, Close Your Legs.
‘Manspreading’ on New York Subways Is Target of New M.T.A. Campaign
Emma G. Fitzimmons
NYT

Dec. 20, 2014

It is the bane of many female subway riders. It is a scourge tracked on blogs and on Twitter.

And it has a name almost as distasteful as the practice itself.

It is manspreading, the lay-it-all-out sitting style that more than a few men see as their inalienable underground right.

Now passengers who consider such inelegant male posture as infringing on their sensibilities — not to mention their share of subway space — have a new ally: the Metropolitan Transportation Authority.

Taking on manspreading for the first time, the authority is set to unveil public service ads that encourage men to share a little less of themselves in the city’s ever-crowded subways cars.

The targets of the campaign, those men who spread their legs wide, into a sort of V-shaped slouch, effectively occupying two, sometimes even three, seats are not hard to find. Whether they will heed the new ads is another question.

Riding the F train from Brooklyn to Manhattan on a recent afternoon, Fabio Panceiro, 20, was unapologetic about sitting with his legs spread apart.
Manspreading in action. The Metropolitan Transportation Authority will address the practice as part a new ad campaign. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
“I’m not going to cross my legs like ladies do,” he said. “I’m going to sit how I want to sit.”

And what if Mr. Panceiro, an administrative assistant from Los Angeles, saw posters on the train asking him to close his legs? “I’d just laugh at the ad and hope that someone graffitis over it,” he said.

For Kelley Rae O’Donnell, an actress who confronts manspreaders and tweets photos of them, her solitary shaming campaign now has the high-powered help of the transportation authority, whose ads will be plastered inside subway cars.

“It drives me crazy,” she said of men who spread their legs. “I find myself glaring at them because it just seems so inconsiderate in this really crowded city.”

When Ms. O’Donnell, who lives in Brooklyn and is in her 30s, asks men to move, she said, they rarely seem chastened: “I usually get grumbling or a complete refusal.”

Kelley Rae O’Donnell, who confronts manspreaders and posts their photos online, captured an image of one on a train this month. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
The new ads — aimed at curbing rude behavior like manspreading and wearing large backpacks on crowded trains — are set to go up in the subways next month. They will all carry the slogan, “Courtesy Counts: Manners Make a Better Ride.”

One of the posters is likely to be especially welcome to women — as well as to men who frown on manspreading: “Dude… Stop the Spread, Please” reads the caption next to an image of riders forced to stand as a man nearby sits so that he takes up two seats.

The campaign is the latest in a long line of courtesy-themed crusades by the authority going back to at least the 1940s. One such ad urged women annoyed by impolite male riders to, “Hit Him Again Lady, We Don’t Like Door-Blockers Either.”

The new ads come as more riders are crowding onto the subways than at any time in recent history. In 2014, the system logged as many as 6.1 million riders on a single day, up from just under 5.1 million riders on the busiest day a decade ago. The city’s population, meanwhile, has swelled to more than 8.4 million people, pushing everyone closer and closer.

With crime no longer rampant on the subway, the campaign is the latest sign that other unwelcome behavior is getting attention.

A poster taking aim at the practice of manspreading is part of a new civility-themed campaign by the Metropolitan Transportation Authority. Credit Metropolitan Transportation Authority.
Several blogs regularly highlight instances of manspreading where knees stretch several feet apart. On some sites, images of large objects like the Death Star from “Star Wars” have been added with Photoshop into the space between the splayed legs. While there are women who take up more than their share of space, the offenders are usually men.

One admitted manspreader, John Hubbard, sat with his legs wide apart on an F train as it traveled through Manhattan recently.

“It’s more comfortable,” he said with a shrug.

Mr. Hubbard, 45, an engineer who lives in New Jersey, said he might move his leg, but not for just anyone. For an older person, he would. And for an attractive woman, he said, he definitely would.

Sherod Luscombe shook his head when he saw two men sitting with their legs spread on another train, taking up three seats between them. Mr. Luscombe, 58, a clinical social worker, said he thought the men should move, but he was not about to confront them.

“I’m not going to say, ‘Bro, there is a lady standing up right there. Cross your legs, young man,’ ” he said.

Women have theories about why some men sit this way. Some believe it is just a matter of comfort and may not even be intentional. Others consider it an assertion of power, or worse.

Bridget Ellsworth, a 28-year-old music teacher, views manspreading as sexual harassment because some men engage in it near her even when the subway car is not packed.

“They could move over and spread out their legs all they want,” she said, “but they’re squeezing next to me and doing it.”

For men who think that sitting with their legs spread is socially acceptable, manners experts say it is not. Peter Post, the author of the book “Essential Manners for Men” and great-grandson of etiquette guru Emily Post, said the proper way for men to sit is with their legs parallel rather than in a V-shape.

“I’m baffled by people who do that kind of thing, who take other people’s space,” he said.

Olof Hansson, a director of the Manhattan men’s spa John Allan’s, put it more succinctly. “A true gentleman doesn’t sit on the subway, he stands.”

As for men who may worry that crossing their legs could hurt their virility, doctors say there is nothing to fear. A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm, said Dr. Marc Goldstein, director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at NewYork-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center.

Philadelphia has a new etiquette campaign, too, with posters that say, “Dude It’s Rude… Two Seats — Really?”

But Kristin Geiger, a spokeswoman for the Southeastern Pennsylvania Transportation Authority, said the campaign in the City of Brotherly Love is aimed at passengers with bags on seats, not people spreading their legs too far apart. Manspreading, she said, may be a “localized” problem in New York. “I don’t know of any complaints that have come through customer service about manspreading,” she said. Transit officials in Chicago and Washington said the phenomenon is not a major concern for riders in those cities either.

In New York, the transportation authority went back and forth about what tone to take when tackling the topic, said Paul Fleuranges, the authority’s senior director for corporate and internal communications. Officials knew it could be ripe for parody on late night television and did not want their approach to be too snarky. But Mr. Fleuranges said he knew that the ads had to speak directly to the spreaders.

“I had them add the dude part,” he said, “because I think, ‘Dude, really?’ « 

Voir également:

Why ‘Manspreading’ Is Definitely a Serious Issue, as Explained by the Feminist Internet
The government should maybe do even more.

Katherine Timpf

National review online

January 6, 2015

You might not think that it’s appropriate for the government to launch a campaign telling men how to sit on the subway. Well guess what? You’re wrong.

If you “manspread” on the subway (which, by the way, means to sit with your legs apart, in case you are a fixture of the patriarchy who doesn’t educate himself on important women’s issues), you are doing so much more than taking up space.

Here’s what’s really going on with manspreading, as explained by some of the bright, forward-thinking minds on the Feminist Internet:

1. Manspreading is saying, “Who gives a fuck if you can’t sit, [we] are men. See [our] balls.”

This is as explained by a man, Mychal Denzel Smith, for the blog Feministing. (Finally a man courageous enough to cue the rest of the world in to the secret language of the subway brotherhood!)

2. Manspreading is “an assertion of male dominance,” and “every one” of the manspreaders does it because he feels like he has to “claim [his] territory and [his] manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers.”

Another great point by Smith. Who, by the way, also wrote: “When I stand, I sometimes cross my legs.” Sexy, sexy, sexy! Amirite ladies?!

3. “Let’s talk about these f***ing guys for a second because they’re f***ing everywhere. The MTA is full of them.”

Madeleine Davies of Jezebel really makes a great point here. In her brilliant piece, titled “F*** You, Dudes Who Sit With Their Legs Spread So Wide That They Take Up Two Seats,” Davies explains that it’s not just like two or three dudes who sit this way. Seeing as literally millions of people ride the subway every day, I might have been able to use context clues to figure out that probably there are a lot of people doing this, but she deserves praise for putting it so eloquently.

4. “There is no worse, man-centric behavior than manspreading on the subway.”

Seriously — Brian Moylan is totally right. There is nothing worse than manspreading. I would much rather be sneezed on or purposely verbally sexually harassed. I wonder if he crosses his legs when he stands the way Smith does. If so, there are wayyyyy more sexy men in NYC than I thought!

See, it’s so much worse than just being rude. It’s the patriarchy. I’m pretty angry that the MTA campaign will also cover people taking up space with backpacks and stuff as if it’s even close to the same thing. Stupid idiot female traitors like Cathy Young, who wrote a piece called “‘Manspreading’? But Women Hog Subway Space, Too,” don’t help. But I guess some people just don’t get it. Manspreading is nothing like when I sometimes come on the train with a giant backpack, because my backpack does not metaphorically spit on your face for your gender.

I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it.

— Katherine Timpf is a reporter at National Review Online.

Voir encore:

‘Manspreading’? But women hog subway space, too

Cathy Young

Newsday

January 5, 2015

As we enter 2015, the latest feminist crusade seems to come straight from the life-imitates-satire department. It has everything one could want in a caricature of feminism: petty grievances, gleeful male-bashing, egregious double standards. And it also seems to have the official blessing of the Metropolitan Transportation Authority. It’s the war on « manspreading, » the male habit of sitting with legs apart and (supposedly) taking up too much space on the subway.

Gripes about this alleged offense have been cropping up on feminist blogs for a couple of years. Now it is the target of a new public service ad campaign. MTA posters will show a figure seated with wide-open legs next to two standing passengers, with the tagline, « Dude . . . Stop the spread, please. It’s a space issue. »

Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags.
CartoonMatt Davies’ latest cartoon: ‘Broken windows’

In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs.

Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender.

The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct.

This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA.

A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue.

Voir de plus:

Shrinking Women
Lily Myers
2013

Across from me at the kitchen table, my mother smiles over red wine that she drinks out of a measuring glass.
She says she doesn’t deprive herself,
but I’ve learned to find nuance in every movement of her fork.
In every crinkle in her brow as she offers me the uneaten pieces on her plate.
I’ve realized she only eats dinner when I suggest it.
I wonder what she does when I’m not there to do so.

Maybe this is why my house feels bigger each time I return; it’s proportional.
As she shrinks the space around her seems increasingly vast.
She wanes while my father waxes. His stomach has grown round with wine, late nights, oysters, poetry. A new girlfriend who was overweight as a teenager, but my dad reports that now she’s « crazy about fruit. »

It was the same with his parents;
as my grandmother became frail and angular her husband swelled to red round cheeks, round stomach,
and I wonder if my lineage is one of women shrinking,
making space for the entrance of men into their lives,
not knowing how to fill it back up once they leave.

I have been taught accommodation.
My brother never thinks before he speaks.
I have been taught to filter.
« How can anyone have a relationship to food? » he asks, laughing, as I eat the black bean soup I chose for its lack of carbs.
I want to say: we come from difference, Jonas,
you have been taught to grow out,
I have been taught to grow in.
You learned from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence, you used to lose your voice every other week from shouting so much.
I learned to absorb.
I took lessons from our mother in creating space around myself.
I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters,
and I never meant to replicate her, but
spend enough time sitting across from someone and you pick up their habits-

that’s why women in my family have been shrinking for decades.
We all learned it from each other, the way each generation taught the next how to knit,
weaving silence in between the threads
which I can still feel as I walk through this ever-growing house,
skin itching,
picking up all the habits my mother has unwittingly dropped like bits of crumpled paper from her pocket on her countless trips from bedroom to kitchen to bedroom again.
Nights I hear her creep down to eat plain yogurt in the dark, a fugitive stealing calories to which she does not feel entitled.
Deciding how many bites is too many.
How much space she deserves to occupy.

Watching the struggle I either mimic or hate her,
And I don’t want to do either anymore,
but the burden of this house has followed me across the country.
I asked five questions in genetics class today and all of them started with the word « sorry. »
I don’t know the requirements for the sociology major because I spent the entire meeting deciding whether or not I could have another piece of pizza,
a circular obsession I never wanted, but

inheritance is accidental,
still staring at me with wine-soaked lips from across the kitchen table.

Voir par ailleurs:

Les sous-vêtements ont-ils un impact sur la fertilité masculine?
Anaïs Giroux
L’Express
26/04/2013

Alors qu’une récente étude prône l’absence de sous-vêtements pour favoriser la fertilité, Stéphane Droupy, professeur d’urologie, nous explique le réel impact des slips et des caleçons sur la fecondité masculine.

Des sous-vêtements trop serrés peuvent-ils réellement nuire à la production de spermatozoïdes?

Le port du kilt favoriserait la fertilité, affirme une étude publiée le 24 avril 2013 dans une revue scientifique… écossaise. Tiens donc. Derrière le trait d’humour, les chercheurs avancent néanmoins que les sous-vêtements et pantalons serrés nuiraient à la production de spermatozoïdes en tenant les testicules trop au chaud. « La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse », confirme Stéphane Droupy, professeur d’urologie au CHU de Nîmes.

La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence
Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés, explique Pr Droupy -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. « A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque, poursuit le spécialiste. Certains chercheurs ont donc proposé comme méthodes de contraception le port d’un slip chauffant ou des opérations pour rentrer les testicules à l’intérieur du corps en les faisant remonter dans le canal inguinal. »

Les sous-vêtements n’ont aucun impact sur la fertilité
Entre ce genre d’intervention et le fait d’être à l’étroit du paquet, il y a une marge. Boxer, slip ou caleçon, le type de sous-vêtement n’a donc aucune incidence réelle sur votre futur de papa -« à moins d’être en fourrure, et encore », plaisante l’urologue. La cigarette, le cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis sur une longue durée ont en revanche un impact scientifiquement prouvé. Parmi ses patients traités pour des problèmes de fertilité, Stéphane Droupy compte notamment des chauffeurs routiers, qui passent le plus clair de leur temps assis au volant de leur véhicule.

Le boxer plébiscité par les hommes
Coupes ou matières, vous êtes donc libre de choisir ce qui vous sied le mieux. En gardant peut-être en tête que, comme le rappelle avec humour le professeur, « pour faire des enfants, la première étape reste de trouver une partenaire. » Sur les forums comme au sein de la rédaction du site de L’Express, le boxer moulant de couleur sobre fait presque l’unanimité.
Le slip, boudé par tous
Message reçu pour 57% des hommes qui en portent d’ailleurs quotidiennement, selon un sondage de Kantar Worldpanel réalisé à l’occasion du salon de la lingerie 2011. Si le caleçon est apprecié par la gent masculine pour son confort, le slip, quant à lui, ne fait plus rêver personne. Il faut croire que Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés ou encore Gros Dégueulasse, héros de la bande-dessinée de Reiser qui porte parfaitement son nom, ont réussi à ternir sa réputation à jamais.

L’urologue Stéphane Droupy est responsable d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association Française d’Urologie.

Voir de plus:

Renouveau de l’antiféminisme : L’éclosion du phénomène « masculiniste »
Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Alternative libertaire
3 octobre 2008

De ce côté-ci de l’Atlantique, on ne les prend pas vraiment au sérieux. Pourtant, l’expérience nord-américaine montre que les provocations d’un énergumène comme Eric Zemmour ou d’un plumitif aigri comme Alain Soral peuvent être les signes avant-coureurs d’une vague antiféministe plus large.

Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ?

Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France.

Actions spectaculaires
Comme tout mouvement social, le masculinisme adopte différentes stratégies et tactiques pour promouvoir « la cause des hommes » : lobbying et dépôt de mémoires en commissions parlementaires, publication de livres, création de sites web et réseautage sur Internet, activisme juridique et actions directes. Au Québec, c’est le mouvement masculiniste qui a réussi les actions de perturbation les plus spectaculaires ces dernières années. En septembre 2005, par exemple, un militant a escaladé la structure du pont Jacques-Cartier, à Montréal pour bloquer la voie rapide et attirer l’attention sur la prétendue « crise des hommes ».

Une étude menée auprès d’environ 80 groupes de femmes au Québec (maisons d’hébergement, comités de femmes de quartier, etc.) a révélé que près de la moitié ont été la cibles de menaces diverses, allant de coups de fil anonymes à des courriels haineux, en passant par des intimidations physiques, de la part de militants masculinistes ou, à tout le moins, antiféministes.

En plus des intellectuels et des militants radicaux de groupes de pères qui mènent des actions chocs, comme Fathers for Justice (F4J), le mouvement masculiniste peut compter sur le relais de certains éditorialistes, de professeurs d’université, de professionnels de la santé, de députés et même de militants de gauche et d’extrême gauche qui reprennent leur discours selon lequel le féminisme serait « allé trop loin ».

Inversion des rôles
La tactique du masculinisme est, souvent, de récupérer les outils d’analyse et le vocabulaire féministe pour les retourner contre les féministes en dénonçant un système d’oppression imaginaire. Ainsi, le matriarcat aurait désormais remplacé le patriarcat. Ce n’est pas sans faire penser à ces journalistes défenseurs du système capitaliste qui, inversant les rôles, n’ont de cesse de dénoncer « la dictature des syndicats »…

Cette mauvaise foi, c’est celle d’un Patrick Guillot, auteur de La Cause des hommes, et pour qui il a suffi qu’une seule femme soit devenue pilote de Concorde, en 2000, pour affirmer que la profession s’était féminisée et que les hommes n’avaient « plus de modèle ». Plus magnanime, Michel Schneider reconnaît que les hommes dominent largement les sphères du pouvoir, mais… qu’ils gouvernent comme des « mères », imposant des « valeurs féminines » à la France. Des héros comme Zidane ne sont plus des modèles masculins parce que, selon Zemmour – qui ne se prive pas de flirter avec l’homophobie –, ils jouent « comme des femmes », avec un esprit d’entraide, et adoptent une esthétique homosexuelle…

Quatre arguments structurants
Pour théoriser la « crise des hommes », les masculinistes développent systématiquement quatre arguments : les filles réussissent mieux à l’école ; des hommes sont également victimes de violences conjugales ; les hommes se suicident plus que les femmes ; et en cas de divorce les tribunaux attribuent généralement la garde des enfants à la mère. Examinons chacun de ces arguments.

Primo, si les filles ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires, cette donnée fluctue selon les écoles, et les milieux favorisés ne présentent pas ce type d’écart. Dans les écoles qui le sont moins, les filles seraient en moyenne plus studieuses parce qu’elles savent, consciemment ou non, que le marché de l’emploi est généralement bien plus favorable aux hommes.

Secundo, les masculinistes brandissent des chiffres selon lesquels les hommes sont autant, sinon davantage, victimes de violence conjugale que les femmes. Ils s’abstiennent toutefois de se pencher sur le contexte des violences conjugales. La violence des hommes est majoritairement plus brutale et répétitive – s’inscrivant dans une logique de pouvoir sur les femmes –, et celle des femmes relève davantage de la défense.

Tertio, le taux de suicide des hommes serait plus élevé que celui des femmes. Cette affirmation est, encore une fois, isolée de son contexte. En fait la proportion de tentatives de suicide est quasi la même pour les femmes que pour les hommes même si ces derniers « réussissent » davantage. Et c’est sans compter que d’autres phénomènes de désespoir, comme la dépression, touchent majoritairement les femmes.

Quarto, en réalité, dans la grande majorité des cas, les divorces se concluent à l’amiable, et la grande majorité des pères délèguent volontiers à la mère la garde des enfants. Certes, lorsque les tribunaux doivent trancher, les juges attribuent plus souvent la garde des enfants aux mères qu’aux pères, mais c’est bien le patriarcat qui est en cause, la magistrature considérant qu’il est plus « naturel » qu’une femme s’occupe des enfants.

En somme, le masculinisme constitue une menace pour les femmes et pour le mouvement féministe qui, en plus de lutter contre le patriarcat, doit se défendre des violences diverses à son endroit.

• Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri ont dirigé l’ouvrage Le Mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué, 264 pages, Remue-ménage, 2008.
Plus d’information sur la toile :
deux analyses de E. Morraletat, de la Nefac (communistes libertaires canadiens) : « Qui sont les masculinistes ? » et « Masculinisme : ressac identitaire patriarcal » sur http://www.nefac.net.
un dossier très complet sur http://www.arte-tv.com/masculinisme.
d’Hélène Palma, « La percée de la mouvance masculiniste en Occident » sur http://sisyphe.org.

Et sur papier :
Susan Falludi, Backlash, La guerre froide contre les femmes, éditions Des femmes, 1993, 576 pages, 37 euros.
Dorain Dozolme, Maud Gelly, « L’offensive masculiniste », in Femmes, genre, féminisme , Syllepse, 2007, 120 pages, 7 euros.
Patrizia Romito, Un silence de mortes : la violence masculine occultée, Syllepse, 2006, 298 pages, 25 euros.

Voir enfin:

Eric Zemmour, le « suicide français » et la haine des femmes
Martine Storti
Mediapart
24 octobre 2014

Ce sont les pages sur le régime de Vichy qui ont suscité la majeure partie des critiques faites au dernier livre d’Eric Zemmour, Le suicide français. Et à juste titre beaucoup ont pris la parole et la plume pour rappeler ce qu’il convenait, à savoir que, contrairement à ce qu’affirme Zemmour, c’est bien le régime pétainiste qui a envoyé des Juifs de France et des Juifs français dans les camps de la mort.
Cette réhabilitation de Vichy n’est pas un accident ou bien une provocation collatérale, elle est en cohérence avec le reste du livre. En effet rendre Vichy responsable, c’est rendre la France responsable, donc la salir, donc contribuer à la détruire. Et tel est bien l’enjeu de ce gros livre : dresser la liste de tous les responsables de « la mort de la France ».
Certes, pour Eric Zemmour le déclin de la France remonte à bien des décennies, quasiment deux siècles puisqu’il a commencé avec la défaite de Waterloo et la fin du Premier empire. Déclin car la France n’est vraiment elle-même que si elle est impériale, non pas à travers un empire colonial ou une domination par la culture et par la langue, mais seulement comme une puissance dominante en Europe, et même de préférence dominante de l’Europe, la « grandeur de la France se confondant avec la gloire de ses armées ».

Si le déclin de la France a commencé avec Waterloo, il s’accélère, selon Eric Zemmour, avec mai 68 et les décennies qui suivent cet épouvantable évènement, réduit, soit dit en passant, à quelques slogans et aux « enragés » alors qu’il s’est agi d’une très grande et très longue grève ouvrière, une grève faite par ce « peuple » que Zemmour prétend tellement aimer et tellement défendre. Il est vrai que pour lui, le « peuple » – on a la précision à la page 525 du livre – se compose aujourd’hui plutôt des « bonnets rouges bretons » et des « manifestants contre le mariage pour tous ».

Le puzzle zemmourien du « suicide français » comprend de nombreuses pièces : la mondialisation libérale, le capitalisme financiarisé, l’Europe bruxelloise, l’euro, l’Angleterre, l’Allemagne forcément « hégémonique », les USA, les anglo-saxons, les protestants, mais aussi mai 68, les gauchistes, la gauche (mais pas les communistes qui ont eu le courage de défendre le « produire français » et la nation française), la droite (de l’extrême droite rien n’est dit), le centre, les antiracistes, les différents communautarismes, surtout juif et musulman, les écologistes, les homosexuels, les technocrates, les bobos, les immigrés, les féministes, j’en oublie sûrement, forcément le livre fait plus de 500 pages !

Comme Zemmour fait feu de tout bois, pioche chez les uns et les autres, s’en prend à beaucoup et aborde de nombreux sujets, il est possible de trouver telle ou telle partie de l’exercice pertinente et juste. Mais c’est l’ensemble, le systématisme du réquisitoire qui fait problème, tout se passant en effet comme si les nombreux responsables énoncés ci-dessus étaient les multiples composantes d’un vaste complot visant à détruire la France, multiples composantes alliées les unes aux autres, complémentaires les unes des autres. J’ajoute que dans le logiciel de Zemmour, pas de place pour la nuance, la complexité, la reconnaissance qu’il peut y avoir, au sein de tel ou tel courant de pensée, de tel ou tel mouvement des différences, des divergences, des désaccords. Non, il faut s’en tenir au global, et même globaliser à outrance, les partisans de l’Europe par exemple étant forcément tous complices de la dérive libérale, les soixanthuitards pensant forcément tous la même chose, les antiracistes aussi, les bobos aussi, eux qui d’ailleurs habitent, n’est-ce pas, les mêmes quartiers (c’est-à-dire sous la plume de Zemmour aussi bien, pour les parisiens, le Marais que Belleville, comme si le prix de l’immobilier y était le même !).

Il serait trop long de passer en revue dans cet article toutes les pièces du puzzle, je m’en tiens à l’une d’entre elles, parce qu’elle me concerne de près mais aussi parce que Eric Zemmour fait du féminisme et même des femmes en général l’une des causes principales de cette « mort » de la France qui le chagrine tant.

Résumons : dans l’alliance mortifère « du libéralisme économique et du libéralisme sociétal », le féminisme tient une place centrale puisqu’il est responsable de la fin du patriarcat, de la mort du père, (c’est un leitmotiv), de la fin du mariage, de la fin de la famille, de la fin de la virilité, de la féminisation de la France et donc de son avachissement (les deux sont synonymes), et même du développement de la société de consommation et de la financiarisation de l’économie. Les pères d’avant « contenaient les pulsions consommatrices » tandis que les femmes, elles, sont des agents du consumérisme et donc du grand marché libéral ! Ainsi les femmes qui font souvent et depuis très longtemps le marché et les courses font aussi, qui l’eut cru, le grand marché !
Bref le féminisme, les femmes, les mères, confondues les unes aux autres sont des contributrices principales de la destruction de la société et de la France.

Mort du patriarcat, avec un mariage contractuel entre égaux, mais « la contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnait la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement- pour se rassurer sexuellement. Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte ».On appréciera le « au moins formellement ». Quant à la « subtilité », sans doute existe-t-elle dans le si « subtil » « manifeste des 343 salauds : touche pas à ma pute ! » dont Zemmour a été, en 2013, l’un des premiers signataires.Mais le patriarcat n’a pas disparu pour laisser place à l’égalité, non, à lui s’est substitué le matriarcat qui fait disparaître les pères, sommés de devenir « des mères comme les autres », tandis que l’Etat fort, garant de la force de la France, est remplacé par un « Etat maternel » donc « infantilisant » et « culpabilisant ». Le féminisme a aussi détruit « la famille occidentale », nous faisant ainsi revenir à « une humanité d’avant la loi qu’elle s’était donnée en interdisant l’inceste : une humanité barbare, sauvage, inhumaine ». Rien que ça !
Pour Eric Zemmour, la famille est patriarcale ou elle n’est pas. Cependant il y a encore des familles patriarcales où les enfants reçoivent « une éducation patriarcale », ce sont par exemple les « familles maghrébines ». Mais alors, pas de chance, ce maintien « détériore les relations avec les indigènes – les ouvriers et leurs familles, issus de l’exode rural ou de l’immigration européenne » qui sont en train de rejeter la dite éducation patriarcale. Pas de chance non plus, malgré cette éducation patriarcale, les garçons « volent et violent », sans doute parce qu’ils ne sont pas de vrais Français.

Vous ne trouverez pas une ligne, pas un mot sur ce qu’était, en France, la situation des femmes dans ces années tant regrettées par Zemmour, avant les mouvements féministes, avant la libéralisation de l’avortement, avant les luttes pour l’émancipation, pour l’égalité, ou contre les violences, luttes qui sont d’ailleurs sans cesse à reprendre. Pas un mot, ah non j’exagère ; de ce passé idyllique, il  parle, quand il évoque par exemple, « le jeune chauffeur de bus qui glisse une main concupiscente sur un charmant fessier féminin » sans que « la jeune femme ne porte plainte pour harcèlement sexuel » !

Réquisitoire contre le féminisme et obsession des femmes sur lesquelles Zemmour  ne peut s’empêcher de glisser une allusion, et parfois avec une grande élégance, n’est-ce pas, ainsi : «  les débats sont comme les femmes, les meilleurs sont ceux qu’on n’a pas eus », ou encore les hommes virils « préfèrent prendre les femmes sans les comprendre plutôt que de les comprendre sans les prendre », ou encore « la jeunesse diplômée qui tient « le rôle du gibier féminin face au chasseur viril ». Obsession de la virilité, par exemple celle des« soldats allemands qui sont impressionnants de virilité conquérante » et au charme desquels « beaucoup de femmes succombent ». Ne pas oublier aussi que « la domination sociale à chez elles (les femmes) un fort pouvoir érotique ».

Il serait trop long de tout citer ici. Je ne sais pas quand on touche le fond. Est-ce quand, à la revendication avancée par les féministes dans la lutte pour la liberté de l’avortement, « le droit de disposer de son corps », Zemmour ajoute « même avec un soldat ennemi » ? Est-ce quand il souligne l’évidence, après un « homosexuel assumé » maire de Paris, de la candidature en 2014 de deux femmes à sa succession, soit un pas de plus dans la dégradation de la capitale ? Pire qu’un gay, une femme !

Cependant, en parlant des femmes, il ne faut pas oublier les différences de classe, puisque l’un des objectifs de l’ouvrage est de séduire ceux que Zemmour appelle tantôt « les classes populaires », tantôt les « petits blancs ». J’ignorais quant à moi que le divorce entre adultes consentants avait été imposé par « la petite bourgeoisie montante » aux « classes populaires qui n’en pouvaient mais », comme si les dites classes populaires n’avaient droit qu’au divorce conflictuel ! Ou encore que la lutte pour la liberté de l’avortement et plus largement les luttes d’émancipation des femmes n’étaient qu’une lutte de « bourgeoises volant indûment aux prolétaires mâles le rôle envieux de victimes et d’exploitées », comme si aucune prolétaire n’était jamais morte d’un avortement clandestin, (d’ailleurs plus souvent justement que les dites « bourgeoises » qui avaient les moyens d’aller en Suisse ou en Angleterre pour avorter dans de bonnes conditions), comme si aucune ouvrière n’avait jamais été victime d’un viol…Il faut flatter aussi les jeunes prolétaires, et là encore ce sont les filles qui tiennent le mauvais rôle puisqu’aux « petits blancs » elles « préfèrent le bagout de la jeunesse des écoles ou même la virilité ostentatoire des racailles de banlieue ».

Il y a dans les pages du « suicide français », une misogynie affichée, une haine des féministes mais plus largement des femmes que je ne soupçonnais pas pouvoir encore exister ainsi.
J’ajoute que dans les quarante dernières années telles que les raconte Eric Zemmour, dansla France telle qu’il la voit, pas un tout petit coin de ciel bleu, pas un pâle rayon de soleil, pas même une lueur. Non, tout est négatif, sombre, noir, moche. Pas non plus l’ombre d’une proposition pour sortir la France de l’épouvantable situation dans laquelle, selon lui, elle se trouve. A quoi bon d’ailleurs puisque « la France se meurt, la France est morte » ?  A la fin de son livre, Zemmour, devenu prophète, annonce « la guerre civile » à venir. A se demander s’il ne la souhaite pas. S’il ne la veut pas.

PS : Comme Zemmour emprunte à beaucoup et que nombreuses sont les citations non référencées, tout vérifier demande un long travail. Mais il y en a au moins une immédiatement corrigible, ce n’est pas « Bien creusé, la taupe », c’est « Bien creusé, vieille taupe » !

Voir aussi:

http://mta-nyc.custhelp.com/app/ask_sh

http://web.mta.info/nyct/safety/#harassment

https://www.youtube.com/watch?v=zQucWXWXp3k

http://gothamist.com/2014/09/30/worst_subway_etiquette_ever.php


Polémique Zemmour: Zemmour respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre (When vice turns virtue: France’s Bill O’Reilly of letters taken to task for defending Vichy’s record)

23 octobre, 2014
https://i1.wp.com/graphics8.nytimes.com/images/blogs/morris/32-Jewish-Populations-Table.jpg
https://i2.wp.com/www.strangehistory.net/blog/wp-content/uploads/2011/05/survival-in-jewish-europe.jpg
https://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41Xd1Xz%2BRuL._SY344_BO1,204,203,200_.jpg
Paradoxe français (Simon Epstein)
https://i2.wp.com/prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/03/vichy-et-la-shoah-le-paradoxe-francais.jpg
https://i0.wp.com/img.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L300xH315/zemmour-le-suicide-de-la-france-2-3418e.jpg
Il n’est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial ; il n’est
rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l’abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action.
Shakespeare (Père Laurence, II, 3)
The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential. Omer Bartov
On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine? Abdennour Bidar
Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans liberté, parqués jour et nuit dans des mosquées où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, la chaîne qatarienne al-Jazeera préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur. Mohamed Kacimi
À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs». Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence. (…) Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination. (…) Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. (…) Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles. (…) Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse. (…) J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. Alain Finkielkraut 
Where both state and church refused to sanction discrimination—as in Denmark—internal resistance was highest. Where the state or native administrative bureaucracy began to cooperate, church resistance was critical in inhibiting obedience to authority, legitimating subversion, and/or checking collaboration directly. Church protest proved to be the single element present in every instance in which state collaboration was arrested—as in Bulgaria, France, and Romania…. The majority of Jews evaded deportation in every state occupied by or allied with Germany in which the head of the dominant church spoke out publicly against deportation before or as soon as it began. Unfortunately, the Netherlands (which I discuss extensively) did not react as would be predicted from the level of pre-war anti-Semitism. There was little leadership from the Queen and government in exile (nor from political leaders in the Netherlands) to the civil service bureaucracy which executed German orders. This led to high state cooperation in registering Jews. « The more efficient, and almost foolproof, method of Jewish identification was devised not in the Reich, but in the Netherlands, by a pre-war Dutch civil servant who traveled to Berlin with his superior’s permission to display his innovation to the Gestapo: ‘The Gestapo had pronounced his identity card even more difficult to reproduce than its German counterpart.' » Although there was early church protest in the dominant Protestant church, it was not a public nor vocal protest. Church leaders failed to inform their congregants of this as they did not read publicly their protest against the deportation of the Jews, deferring to a German request not to read it from the pulpit. Lacking leadership for resistance, the Dutch did not form a defense movement for people in hiding until the spring of 1943 when Dutchmen were threatened with deportation and forced labor in Germany. It was too late to help the Dutch Jews—by then less than half of them were left. Deák is correct that only about 20 percent of Dutch Jews were saved but he is wrong about the Bulgarian toll. About 20 percent of Jews under Bulgarian rule became victims, including the Jews in territories formerly in Greece and Yugoslavia occupied by the Bulgarian state, as he explains later in his review. Dr. Helen Fein
Helen Fein (…) rightly argues that pre-war anti-Semitism had significant influence on the fate of Jews under German occupation but, as she herself states, there were also many other factors, for instance the behavior of local church leaders, the attitude of the exile governments, and whether or not the country in question had an efficient bureaucracy. The latter, unfortunately, was the case in the Netherlands. Still, at least in my opinion, the most important factor for the treatment of Jews was whether or not a country in Nazi-dominated Europe was able to maintain a certain degree of sovereignty. In Italy, Hungary, Romania, Slovakia, Bulgaria, Finland, Vichy France, and Denmark, the governments used the Jews in bargaining with the Nazis and then with the Allies. The lives of Jews were sacrificed or spared depending on which of the two external forces the government wanted to please. In the utterly defeated countries such as Norway and the Netherlands, which were without a government and without any sovereignty, local bureaucrats and policemen did just what the Nazis wanted them to do in carrying out the elimination of the Jews. In other countries, parts of the native population assisted the Germans in killing or rounding up Jews, as happened in Poland, Ukraine, and the Baltic countries. As a result, the largest percentages of Jews survived in countries that were allied with Germany during the war. In Bulgaria, following a great deal of initial brutality and proclaimed anti-Semitic intentions, the pro-German government decided to spare the lives of Bulgarian Jews. The Germans were powerless to prevent this. As a result, so far as we know, not one of the 50,000-odd Bulgarian Jews was handed over to the Germans or killed at home, although many suffered badly in local forced labor camps. Helen Fein writes about Jews under Bulgarian rule; I wrote about the Bulgarian Jews. The 11,143 Jews that the Bulgarian regime handed over to Eichmann in 1943 lived in those parts of Greece and Yugoslavia that were occupied by the Bulgarian army; they were Yugoslav and Greek citizens and did not speak Bulgarian. The actions of leading Bulgarian officials toward the Nazis and the Jews remain a subject of intense controversy. Among them were Prime Minister Filov, Minister of Interior Gabrovski, Parliamentary Deputy Dimitur Peshev, and, most powerful and controversial of all, King Boris III. (…) We know less about Bulgaria during and just after the war than about most other European countries. Yasharoff, for instance, argues that his father, in defending Peshev, emphasized Peshev’s role as a savior of Jews and that this softened the verdict of his Communist judges. Tzvetan Todorov, the author of The Fragility of Goodness, the book I discussed in my review, believes otherwise. Yasharoff is convinced that Peshev personally ordered the local authorities to stop preparations for the deportation of the Bulgarian Jews in 1943; yet it is hard to believe that the vice-chairman of the National Assembly would have had such an authority, particularly in a country that Yasharoff calls a fascist state. But was Bulgaria truly a fascist country during the war? Yes, if we judge it by some of the actions of its police; no, if we consider that it had a functioning parliament with opposition parties, whose deputies often strongly opposed the government. However, because the government could take no major action in Bulgaria without the King’s consent, Boris III must bear responsibility both for the deportation of the Thracian and Macedonian Jews and for saving their Bulgarian counterparts. As a savior of some Jews and as the man responsible for the killing of others, Boris did not really differ greatly from such contemporary heads of state as France’s Marshal Pétain and Hungary’s Admiral Horthy. (…) The lesson of the Bulgarian story is best explained by Omer Bartov in The New Republic (August 13, 2001) when he writes: “The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss.” Dimitur Peshev, who was a member of the ruling political party in Bulgaria and who voted for the original anti-Semitic laws, was such a person. István Deák
Georg Ferdinand Duckwitz, membre du parti nazi sans conviction semble-t-il, connaissait le Danemark avec lequel il avait travaillé avant guerre et parlait danois (il sera le premier Ambassadeur d’Allemagne au Danemark après guerre). Il laisse volontairement filtrer l’information -censée rester secrète- du projet de rafle et de déportation qui, à ses propres dires, lui est communiquée par Werner Best. Cela permet de prévenir du danger les populations juives lors de la cérémonie pour Roch Hachana dans les synagogues. Immédiatement, le Premier Ministre de la Suède, également informé, propose d’accueillir les Juifs du Danemark. Durant la nuit de ce qui devait être la grande rafle de plus de 6.000 juifs, moins de 500 (477 d’après Raul Hilberg, 481 d’après les documents du musée) seront trouvés à leur domicile, arrêtés et déportés à Theresienstadt. En grande majorité, les familles juives avaient été « mises à l’abri » par les voisins et les amis, chez eux. Le dimanche suivant (3 octobre) dans les églises du Danemark est lu un texte des évêques danois affirmant que la persécution est contraire à l’esprit de la religion. La grande majorité de la population danoise organisa alors, avec le concours des nombreux bateaux de pêcheurs et sous la protection de la police danoise, le passage des familles juives vers la Suède, en particulier depuis Helsingør (Elseneur). La ville suédoise qui lui fait face a alors vu doubler sa population (de 1.500 à 3.000 environ). Les transferts des personnes vers la Suède étaient payés par ceux qui le pouvaient. Lorsque les familles juives n’en avaient pas les moyens, certaines familles danoises aisées ont offert le financement. Des entreprises sont ainsi connues pour avoir participé de façon conséquente au sauvetage. Dans son livre The Miracle in Denmark: the rescue of the Jews, de 2007, Isi FOIGHEL -qui était alors un enfant- témoigne également de sa propre histoire et comment des inconnus ont payé pour son passage et celui de son frère, assuré par un garde-côte danois. Le mouvement de Résistance au Danemark a également mis en service des bateaux à travers un groupe appelé « The Sewing Club » proposant une traversée à prix modique. L’élément surprenant ensuite est le devenir des Juifs danois envoyés au camp de Theresienstadt (Terezin, près de Prague). En effet, ils n’ont pas, comme les 140.000 autres prisonniers ayant transité par Theresienstadt, été transférés dans d’autres camps –et à Auschwitz en particulier pour plus de la moitié d’entre eux, mais à l’inverse sont très majoritairement restés dans ce camp et revenus ensuite au Danemark après guerre. Les raisons sont assez floues. Pourquoi Werner Best les aurait-il protégés ? Il semble que Nils Svenningsen, au Ministère des Affaires étrangères danois (qui parlait et écrivait l’allemand) ait eu un rôle de premier plan, outre les manifestations de protestations émanant de toutes parts (du Roi bien entendu, de la Cour Suprème, des religieux, …). Nils Svenningsen ne cessa « d’interpeller » Best, réclamant des garanties, l’obligeant à une sorte de double-jeu, à tel point qu’Eichmann lui-même finit par venir à Copenhague (le 2 novembre 43). Celui-ci s’engagea alors sur la non-déportation des Juifs danois de Theresienstadt vers d’autres camps, ainsi qu’à l’autorisation de visites de personnel danois de la Croix Rouge. Durant « l’absence forcée » des Juifs danois, Hans Henrik Koch du Ministère des Affaires Sociales géra la question des logements inoccupés (des listes de biens furent établies, les loyers furent payés, …) de telle sorte que les familles les retrouvèrent à leur retour. Bien entendu il y eut des exceptions à ce tableau somme toute idyllique, elles furent néanmoins rares. L’attitude politique du Danemark fut parfois considérée comme discutable, elle parait aujourd’hui, avec le recul, surtout éminemment stratégique. Le pays signe un traité de non-agression en mai 1939 avec l’Allemagne… que celle-ci ne respecte pas, envahissant le pays en avril 1940. L’attitude politique du Danemark devient alors une forme de collaboration exigeante et raisonnée. En effet, se sachant incapable de résister à l’envahisseur (ni du point de vue du nombre, ni du point de vue de l’équipement militaire), le Danemark a sans cesse cherché une position stratégique de moindre mal qui soit tenable afin de réussir, sans entrer dans une opposition frontale qui ne pouvait que mener à la catastrophe, à imposer certaines conditions en échange d’une forme de coopération apparente. Ils ont ainsi réussi à imposer des exigences de première importance comme le refus de combattre aux côtés de l’Allemagne nazie et le refus de toute mesure discriminatoire envers les Juifs. Sonderkommando
Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête. Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.(…) Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser. La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront. Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide. Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre. (…) Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade. Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base. La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges ». (…) Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France. Jacques Semelin
Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. Simone Veil
À l’été 1943, quand Vichy a voulu dénaturaliser des juifs naturalisés après 1927, l’église catholique a menacé de protester publiquement. Et Vichy a renoncé à ce projet. Vichy aurait pu dire «non» en 1942 pour l’ensemble des juifs. Vichy n’a en rien sauvé des juifs. La France n’avait pas à livrer des juifs. Vichy a arrêté les juifs non seulement en zone occupée mais aussi en zone libre.  Klarsfeld (Actualités juives)
La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
[La thèse de Paxton] repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. (…) [Alain Michel] reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des Juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des Juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands -, réussit à sauver les « vieux Israélites français ». (…) Michel ne veut nullement réhabiliter Vichy. Il dénonce sans ambages ce statut des Juifs qui, dès octobre 1940, fait des Israélites des citoyens de seconde zone; mais il ose aller au-delà de l’émotion et de la condamnation légitimes, pour creuser les contradictions d’un pouvoir pétainiste et distinguer entre morale et efficacité politique, qui ne vont pas forcément de pair. Il glisse de la complexité dans une histoire qui appelle le manichéisme; il n’approuve pas les présupposés antisémites de Vichy, mais il reprend tout de même la ligne de défense de ses responsables à la Libération. Eric Zemmour
Quel rôle joua le régime de Vichy dans l’application de « la Solution finale de la question juive » ? Depuis trente ans, en France, l’affaire semble entendue : le régime de Vichy a été un complice actif du génocide perpétré par les nazis. Pourtant, face à cette thèse officielle, des pierres d’achoppement subsistent : comment expliquer, en effet, que 75% des Juifs vivant en France pendant la guerre aient pu échapper à la Shoah ? Et comment expliquer, aussi, que la France fut le pays d’Europe où les réseaux de sauvetage juifs furent les plus nombreux, les plus actifs et les plus efficaces ? Autant de « paradoxes français ». Fort d’une première étude sur les Éclaireurs israélites de France pendant la Seconde Guerre mondiale et fin connaisseur des recherches internationales sur la Shoah, Alain Michel reprend le dossier à sa source. Il présente des chiffres et pose des questions qui dérangent. Ainsi, l’antisémitisme de Vichy, qui distinguait Juifs nationaux et Juifs étrangers, a-t-il vraiment poursuivi les mêmes objectifs que les nazis ? L’existence même du gouvernement de Vichy a-t-elle permis, ou non, de ralentir la machine génocidaire ? Peut-on expliquer l’ampleur des sauvetages, comme le fit le président Jacques Chirac en juillet 1995, par la seule action courageuse des Français qui auraient ainsi pallié les errements de leur gouvernement ? Des questions souvent ignorées du public français et des réponses qui bouleversent notre connaissance de la Shoah en France. Vichy et la Shoah
Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. (…) Ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. (…)  Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. (…) Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux. (…) Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.  (…) Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ. (…) Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.(…) Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. (…) La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible. (…) Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer. Alain Michel
Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy. A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté. Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir. (…) Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier. C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants… Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord. (…)  En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr). (…) Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Les livres [de Raul Hilberg et Léon Poliakov] sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets. Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes. Robert Paxton
Pétain, quelles que soient ses intentions et la façon dont il se voit lui-même, est avant tout un instrument aux mains de Hitler. En traitant au moment de l’armistice avec le « vainqueur de Verdun », chef de l’armée française en 1918, le dictateur nazi donne aux Français le plus convaincant des professeurs de résignation. Jusqu’à l’offensive contre l’URSS déclenchée le 22 juin 1941, Hitler persécute les Juifs sans en tuer beaucoup, à l’exception de la Pologne occupée. L’ère des massacres systématiques s’ouvre avec l’invasion de la Russie, et débouche à la fin de 1941 sur la décision du meurtre de tous les Juifs accessibles aux griffes allemandes. La conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, planifie l’entreprise sous la direction de Reinhard Heydrich. Ce dernier séjourne à Paris du 5 au 11 mai, et s’entend avec un gouvernement Laval mis en place à Vichy par l’ambassadeur Abetz le 18 avril précédent. Après son départ, les discussions se prolongent principalement entre René Bousquet, chef de la police au ministère de l’Intérieur de Vichy, et Carl Oberg, chef des SS en France. Elles aboutissent à une entente suivant laquelle Vichy exerce une pleine autorité sur la police de zone nord, moyennant une participation à la déportation des Juifs. On se met d’accord pour arrêter d’abord les Juifs étrangers. C’est ainsi qu’ont lieu la rafle dite du Vel d’Hiv, le 16 juillet, et la livraison de 7000 Juifs parqués dans des camps de zone sud. En septembre, les SS demandent qu’on passe à la déportation des Juifs français et le gouvernement de Vichy renâcle en invoquant notamment l’opposition voyante du clergé catholique : l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, a donné le branle le 23 août en dénonçant en chaire l’atrocité des rafles en zone sud (« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou »). Soudain, le 25 septembre, arrive un contrordre, connu par une lettre de Knochen (l’adjoint d’Oberg) : les déportations de Juifs français sont provisoirement suspendues, par ordre de Himmler. Or le chef des SS a rencontré Hitler trois jours plus tôt et probablement pris cette décision en concertation avec lui. Il en ressort que, n’en déplaise à Zemmour, Vichy n’a pas convenu avec l’Allemagne que la persécution se limiterait aux Juifs étrangers. Le taux de survie très inférieur de ces derniers doit tout aux circonstances, et aux priorités de l’occupant. En septembre 1942, la montée en puissance des États-Unis pousse l’Allemagne à envisager l’occupation de la zone sud française, tandis que la situation sur le front russe et en Afrique du Nord ne permet guère d’en distraire des troupes : il faut simplifier au maximum la tâche des quelques divisions allemandes qui seront chargées du travail. Il sied d’autre part de redonner à Pétain un peu de lustre « national » afin qu’il prêche une fois de plus aux Français la résignation en prétendant défendre au mieux leurs intérêts. Il faut donc cesser d’isoler la question de la Shoah en France de celle des rapports de force mondiaux, comme d’attribuer à Vichy un rôle dans la survie plus importante des Juifs français. En revanche, il n’est pas juste non plus (comme le font Paxton et Serge Klarsfeld, justement critiqués sur ce point par Zemmour) d’attribuer cette survie à l’action salvatrice de la population française, en l’opposant radicalement au gouvernement. On en viendrait à prétendre que Vichy n’était pas dictatorial, ou pas en mesure d’imposer ses décisions à ses administrés. Titulaires ou non par la suite de la médaille des Justes, les Français qui ont donné un coup de main dans le sauvetage savaient que les autorités qui auraient pu s’y opposer n’y mettaient pas, du gendarme au ministre, autant de zèle que l’occupant, sinon sous une pression nazie directe ou avec l’espoir, à certains moments, d’obtenir quelque avantage en flattant les lubies raciales de cet occupant. Pétain l’impuissant n’a pas mis en sécurité le moindre Juif ; il n’a jamais fait que marchander en position inférieure, jouer avec des dés pipés par l’adversaire et accumuler des choix scabreux à visée immédiate. François Delpla
Paradoxically, Mr. Zemmour often exercises his right to free speech to endorse stricter limits on similar freedoms. He advocates a return to authorizing only Christian first names for children born in France, a restriction lifted in 1993; his ancestors in Algeria had adopted French names, he noted. And he hailed the ban on the public wearing of the full facial veil as a way “to oblige people to become authentically French.” “The state needs to do its job, which it’s always done, of imposing constraints,” he said. “For me, France is the ban on the veil.” He says that his views are those of a silent majority, French people who seek the return of the resplendent France of de Gaulle, a proud, imagined France unencumbered by the guilt of the post-colonial era. Efforts to integrate the country’s immigrant populations have plainly failed, he said, and the country ought to revert to the “assimilationist” approach he says it abandoned decades ago. “We believe that we have the best way of life in the world, the best culture, and that one must thus make an effort to acquire this culture,” he said. By contrast, he said, the notion of a country made great by the diversity of its people and values “is an American logic.” Asked why he believes in the superiority of the French model, he said only that “there is a singular art of living” in France. “For me, France is civilization with a capital ‘C,’ ” he added. The groups that have taken him to court have been urging an American social vision, he said. Yet, he added, they are not also willing to endorse American standards of free speech, and they oppose the taking of American-style ethnic statistics. “I’m taking — because they forced it on me — the American model, and I’m throwing the American model back in their face,” Mr. Zemmour said. “But in the name of French tradition.” NYT

Attention: une polémique peut en cacher une autre !

Alors que n’ayant pu le coincer sur  les chiffres de la délinquance ou l’implication massive et jusque là largement ignorée de la gauche dans la collaboration

C’est sur sa « défense de Pétain » dans son nouveau livre et véritable phénomène éditorial que nos donneurs de leçons patentés de l’antiracisme se ruent pour faire tomber l’empêcheur de tourner en rond gaullo-bonapartiste Eric Zemmour …

Comment avec l’auteur du livre sur lequel l’impétrant s’est appuyé, le rabbin Alain Michel …

Ne pas voir que, loin de défendre le régime vichyste et malgré une évidente maladresse de présentation, notre polémiste ne fait que reprendre une analyse largement déjà évoquée par d’autres chercheurs ?

A savoir que pour expliquer les quelque 75% de « sauvetage » des juifs français (à comparer par exemple avec les 20% des Pays-Bas ou les 30% du Pétain hongrois) …

Il entre probablement pour une part au-delà de l’indéniable action de la population dite des « Justes » et des circonstances d’une armée allemande de plus en plus menacée de surextension impériale

La stratégie vichyste, certes peu glorieuse et tardive de véritable « préférence nationale », de livraison aux nazis de ses juifs étrangers (leurs enfants nés en France compris) en lieu et place de la majorité des « vieux juifs français » ?

Mais peut-être surtout, comme l’ont bien montré les travaux d’Helen Fein ou Diane Wolf reprenant les chiffrages certes anciens d’Hilberg, le cas particulier d’un phénomène plus général pour le reste de l’Europe …

A savoir qu’entre un pays à résistance intérieure maximale avec refus de coopération tant de l’Etat que de l’Eglise comme le Danemark qui sauva quasiment tous ses juifs …

Et des pays à résistance minimale suite à l’exil ou la destruction systématique de leurs élites  comme les Pays-Bas ou la Pologne qui perdirent entre 80 et 100% de leurs juifs …

C’est dans les pays les plus collaborationnistes, autrement dit ayant conservé un certain degré de souveraineté nationale comme la Bulgarie qui sauva près de 100% de ses juifs nationaux au prix elle aussi de « ses juifs étrangers » (thraces et grecs des territoires qu’elle avait envahis) …

Mais gardé aussi une présence importante et active de leurs élites (notamment religieuses) …

Que les juifs ont finalement été les plus préservés ?

« Le livre de Zemmour ne me concerne pas »
Le JDD
13 octobre 2014

INTERVIEW – Historien français et rabbin vivant en Israël, Alain Michel est l’auteur de Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français, dont les idées sont largement reprises par Eric Zemmour. Il plaide pour que s’ouvre un « débat historique » sur la question, jugeant que le l’historiographie de la Shoah est figée en France.

Eric Zemmour reprend vos idées au service d’un ouvrage très politique et idéologique – Le suicide français. N’est-ce pas gênant pour l’historien que vous êtes?
Je ne suis pas responsable de l’utilisation que l’on fait de ce que j’avance, à partir du moment où l’on ne déforme pas ce que j’écris. Le livre d’Eric Zemmour reprend ses idées, ses approches, et cela ne me concerne pas. Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. Je n’ai pas à censurer quelqu’un en raison de ses idées tant que cela reste globalement dans le consensus démocratique.

Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que « Pétain a sauvé 95% des juifs français »?
Non, ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France.

Existe-t-il une doxa paxtonienne (du nom de Robert Paxton, historien américain dont les recherches sur la France de Vichy font référence), comme le répète Eric Zemmour?
Oui, je pense qu’il a tout à fait raison de ce point de vue-là, malheureusement. Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France.

«Je déteste les dirigeants de Vichy, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge»

Les ouvrages de Leon Poliakov (Bréviaire de la haine : le IIIe Reich et les juifs) et Raul Hilberg (La destruction des juifs d’Europe), auxquels vous vous référencez, sont anciens, et ont été écrits sans qu’ils aient eu accès à l’ensemble de la recherche sur le sujet, ce que vous reproche Paxton notamment…
C’est une inexactitude totale. Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux.

Que répondez-vous à Robert Paxton, qui affirme que vous n’êtes pas un historien sérieux?
Un historien sérieux n’est pas là pour distribuer les bonnes et mauvaises notes aux autres chercheurs. Il doit amener des faits. Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.

Que voulez-vous dire?
Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.

Qu’implique un « réexamen du régime de Vichy », que vous appeliez de vos voeux dans votre livre?
Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.

«Il faut rendre la question de la Shoah à l’histoire»

Comment dire que Vichy a « protégé la majorité des juifs français », quand le statut des juifs de 1940 et 1941 les excluait de la plupart des professions et les condamnait à la misère, avec un statut de citoyen de seconde zone?
Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination.

Les enfants victimes de la rafle du Vel d’Hiv étaient, pour la plupart, nés en France et déclarés Français…
La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible.

Vous estimez que l’historiographie de la Shoah est figée, que voulez-vous dire?
Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer.

Voir aussi:

Jacques Semelin : « 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation »
Jacques Semelin, directeur de recherches CERI-CNRS, publie « Persécutions et entraides dans la France occupée » (1).
La Croix
21/3/13


L’historien analyse pour la première fois comment 75 % des juifs de France ont échappé à la mort.

En quoi votre ouvrage, riche de témoignages et d’archives, entend-il réévaluer notre regard sur l’histoire de la Shoah en France ?

Jacques Semelin : Dans notre mémoire collective, les juifs qui ont échappé à la mort sont ceux qui sont revenus de déportation. Mon propos n’est ni de minimiser l’horreur du génocide de 25 % des juifs de France ni de raconter une « histoire rose » du sauvetage des juifs en France. Mes témoins ont perdu des êtres chers durant cette période.

Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête.

Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.

Quelle part a joué l’entraide individuelle dans cette survie ?

Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser.

La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront.

Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide.

Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre.

La religion a-t-elle joué un rôle dans cette solidarité ?

Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade.

Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base.

La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges » .

L’argument du nombre de Français juifs sauvés n’est-il pas, déjà, le principal argument des défenseurs du maréchal Pétain ?

Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ce sujet ?

C’est Simone Veil qui m’a décidé, en 2008, à me lancer dans cette vaste fresque, opérant ainsi un lien entre mes deux domaines de recherches, la résistance civile et les massacres de masse. Le plus grand défi intellectuel et émotionnel consistait à articuler la grande histoire et les histoires individuelles. Mes rencontres avec les survivants m’ont porté pour raconter des histoires de vie, et finalement la vie au-delà de la souffrance.

(1) Les Arènes, Éd. du Seuil, 912 pages, 29 €.
RECUEILLI PAR LAURENT DE BOISSIEU

Voir encore:

Polémique Zemmour : « Vichy, une collaboration active et lamentable »
Robert Paxton
Le Monde
18.10.2014

Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière : au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi…

Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune « préférence nationale » n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des « ressortissants étrangers de race juive ». Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers (qui n’étaient pas nécessairement citoyens français), ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

ANTISÉMITISME CULTUREL FRANÇAIS

Les juifs assimilés comme Léon Blum furent les cibles d’un opprobre tout particulier. Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’antisémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la « solution finale » commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nombre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion. Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouvernement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police française assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas une issue positive. La France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte. L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de « reprendre » ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

DES GENS DE BIEN

Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’importance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’insinue M. Zemmour ; il ressort avec évidence des archives allemandes. « Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel », écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, « l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française ».

Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une critique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide humanitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

Le livre d’Eric Zemmour rencontre le succès parce qu’il exploite avec habileté la peur du déclin. Le lecteur est porté par sa verve, son talent pour l’invective, son don de conteur et son goût de la provocation. Mais tout ce qui est abordé dans ce livre l’est au travers des verres déformants. Sa nostalgie de l’autorité masculine ne fait guère de proposition constructive pour surmonter les problèmes du moment. Je ne crois pas qu’ils seront nombreux à vouloir sérieusement revenir à l’époque d’avant 1965 alors que les femmes ne pouvaient ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris, un changement que Zemmour semble regretter. Une fois que l’énergie criarde de ce livre aura fait son petit effet, l’engouement du moment disparaîtra.

Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’individualisme débridé. Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement « néoconfédéré » vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie.

(Traduit de l’anglais par Frédéric Joly)

Robert O. Paxton, professeur émérite d’histoire Columbia University (New York)

Voir de plus:

Robert Paxton : « L’argument de Zemmour sur Vichy est vide »
Pascal Riché
Rue 89/Nouvel Obs
09/10/2014

style= »text-align: justify; »>Le système Eric Zemmour se nourrit de sa propre surenchère : chaque livre de l’essayiste doit aller plus loin que le précédent – vers l’extrême droite. Il est allé si loin qu’il en arrive, dans son dernier essai, « Le Suicide français » (éd. Albin Michel) – déjà un best seller – à prendre la défense de Vichy, ce sinistre souvenir français. S’il avait vécu à cette époque, Zemmour, issu d’une famille juive algérienne, aurait été déporté ou aurait vécu dans la terreur.

Mais qu’importe : il a choisi de reconsidérer le bilan de Pétain, qu’on aurait tort, selon lui, de classer dans la « malfaisance absolue ». Dans un passage de plusieurs pages de son livre, titré avec dédain « Robert Paxton, notre bon maître », l’essayiste s’en prend à ce qu’il appelle « la doxa paxtonnienne ». En 1972, dans son livre « Vichy France : Old Guard and New Order », traduit en français l’année suivante sous le titre « La France de Vichy » (éd. Seuil), l’historien américain a ouvert les yeux des Français sur leur propre histoire et sur les responsabilités du régime de Pétain dans la persécution et la déportation des juifs.

Mais selon Eric Zemmour, la thèse de Paxton, devenue « parole d’évangile », est idéologique :

« Elle repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. »
On peut la lire à l’envers : selon Zemmour, la malfaisance du régime de Vichy n’est pas absolue, l’action de Vichy n’est pas toujours nuisible, tous ses chefs ne sont pas condamnables…

Selon l’essayiste, si 75% des juifs ont été sauvés en France, c’est en grande partie grâce à « la stratégie adoptée par Pétain et Laval face aux demandes allemandes : sacrifier les juifs étrangers pour sauver les juifs français ». Tout en se gardant de réhabiliter ce régime, il invite à faire le distinguo, dans le jugement que l’on porte sur Vichy, entre « morale » et « efficacité politique ».

« C’est ridicule »
Pour combattre les thèses de Paxton, Zemmour s’appuie sur le livre du rabbin israélien Alain Michel, « Vichy et la Shoah. Enquête sur le paradoxe français » (éd. CLD, 2012), dans lequel ce dernier, né en France, s’emploie à essayer de démolir l’apport de l’Américain. Zemmour écrit :

« Il reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands –, réussit à sauver les “vieux Israélites français”. »

J’ai demandé, par téléphone, à Robert Paxton, professeur à l’université de Columbia, ce qu’il pensait de tout cela.

Rue89. Selon Eric Zemmour, votre regard sur Vichy est idéologique et manichéen : le régime aurait, à la différence de ce qui s’est passé dans d’autres pays comme la Hollande, permis de sauver de nombreux juifs français en sacrifiant les juifs étrangers…

Robert Paxton. Cet argument est parfaitement vide, de même que le livre d’Alain Michel sur lequel il s’appuie. Il suffit de lire les lois promulguées par Vichy entre 1940 et 1942, qui imposent des exclusions sur tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Le statut des juifs qui les exclut des services publics ; l’instauration de quotas à l’université ; la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation des biens juifs… tous ces textes ne font aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers.

Dans leur application, ces mesures frappent durement les juifs de nationalité française, car ce sont eux qui sont les plus impliqués : ce sont des instituteurs, des conseillers d’Etat, des officiers de l’armée… des gens qui ont des propriétés et qui sont les premiers à souffrir de l’aryanisation. C’est absurde de soutenir que Vichy a soutenu les juifs français pendant ces deux premières années.

Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy.

A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté.

Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir.

Il n’y a pas d’accord avec les Allemands ?

Jamais. Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier.

Robert Paxton et Bertrand Delanoë, lors de l’inauguration de l’exposition « Archives de la vie littéraire sous l’Occupation », hôtel de ville de Paris, le 11 mai 2011 (Michel Euler/AP/SIPA)
C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants…

Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord.

Zemmour pousse l’argument selon lequel les trois-quarts des juifs ont survécu en France…

Il fait croire que c’est un bon chiffre. C’est un mauvais chiffre ! En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr).

Voilà le chiffre qu’on pourrait imaginer dans un pays où les Allemands doivent tout faire eux-mêmes, sans l’apport des policiers qu’ils ont eu en France…

Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française.

Zemmour et Alain Michel s’appuient sur plusieurs livres : ceux de Raul Hilberg, Léon Poliakov…

Les livres des deux derniers sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets.

Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes.

Voir encore:

Alain Finkielkraut : « L’analogie avec les années 1930 prétend nous éclairer : elle nous aveugle »
le Figaro
Vincent Tremolet de Villers
13/10/2014

LE FIGARO – Plusieurs ouvrages* qui sortent cet automne font la comparaison entre notre époque et les années 1930. Ils invoquent la crise économique, la montée des populismes, l’antisémitisme. Trouvez-vous cette analogie pertinente?

Alain Finkielkraut – À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs».

Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.»

Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence.

Si l’on poursuit l’analogie telle qu’elle apparaît dans ces livres, les musulmans sont considérés comme des «ennemis de l’intérieur». Comme on considérait les communistes en France, voire les juifs avant la Seconde Guerre mondiale… Que vous inspire cette comparaison?

Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination.

Vous pensez à l’essai d’Edwy Plenel Pour les musulmans?

Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. Voici deux exemples.

Abdennour Bidar: «On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine?»

Mohamed Kacimi, en pleine guerre de Gaza, quand on tentait d’incendier une synagogue à Wuppertal et qu’étaient saccagés des magasins juifs à Sarcelles: «Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans liberté, parqués jour et nuit dans des mosquées où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, la chaîne qatarienne al-Jazeera préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur.»

Abdennour Bidar et Mohamed Kacimi répondent implicitement à Youssef al-Qaradawi, le président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche et le guide spirituel de Tariq Ramadan comme de l’UOIF. Dans ses prêches sur al-Jazeera, celui-ci n’hésite pas à créditer Hitler de s’être débrouillé pour remettre à leur place les juifs arrogants. Il affirme par ailleurs que l’Islam ne doit pas conquérir l’Europe «vautrée dans son matérialisme et la philosophie de promiscuité» par la guerre, mais par l’influence.

Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles.

Votre élection à l’Académie ferait écho à celle de Charles Maurras en 1938, lit-on, dans un de ces ouvrages…

Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse.

Dans la description de ce phénomène, on invoque une «droitisation» dont votre succès serait le symbole. La gauche et la France se «droitisent» de votre fait?

La gauche et la droite communient dans l’idolâtrie du progrès et dans le culte des nouvelles technologies. C’est à qui numérisera le plus vite notre pauvre école. Mais le paradigme prométhéen est épuisé. Il ne s’agit plus de changer ou de transformer le monde. Il s’agit de l’épargner et de sauver ce qui peut l’être. Ni la droite ni la gauche ne veulent se convertir à une pensée des limites et à ce que Hans Jonas appelait une «éthique de la conservation, de la préservation, de l’empêchement». Elles érigent en valeur le fait de l’innovation et avec zèle, ou fatalisme, elles accompagnent les flux économiques et les flux migratoires. Si elles se montrent récalcitrantes, l’Europe les remet très vite dans le droit chemin. Mais il y a en France des gens de toutes origines assez attachés à la civilisation française pour se considérer comme ses héritiers et ne pas vouloir dilapider cet héritage. Je suis de ceux-là.

Alain Juppé évoque, dans un chapitre qui compose le livre programme de l’UMP, «l’identité heureuse». Ce texte vous a-t-il convaincu?

L’identité malheureuse est un constat. L’identité heureuse est un slogan. Peut-être que, grâce à ce slogan, les voix de la gauche et du centre se reporteront sur Alain Juppé au second tour de l’élection présidentielle en 2017. Mais si tout suit son cours, les juifs seront de plus en plus nombreux à faire leur valise et le peuple continuera à se diviser en deux. Le périurbain pour les uns, les «quartiers populaires» pour les autres. Tout cela derrière le village Potemkine de l’identité heureuse. Est-ce la France que nous voulons?

Que vous inspire la polémique autour du livre d’Eric Zemmour: Le suicide français ?

J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. ■

* Enzo Traverso, «La Fin de la modernité juive», La Découverte ; Edwy Plenel, «Pour les musulmans», La Découverte ; Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, «Vers l’extrême, extension des domaines de la droite», Éditions Dehors ; Philippe Corcuff, «Les Années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard», Textuel ; Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch, Yvan Gastaut, «Les Années 30 sont de retour», Flammarion (sortie le 15 octobre).

Voir encore:

The Anti-Hero as Hero.(Review)
Omer Bartov
The New Republic
August 13, 2001
The Fragility of Goodness:
Why Bulgaria’s Jews Survived the Holocaust
By Tzvetan Todorov
translated by Arthur Denner
(Princeton University Press, 197 pp., $26.95)

Omer Bartov is professor of history at Brown University, and the author, most recently, of Mirrors of Destruction: War, Genocide, and Modern Identity (Oxford University Press).

The holocaust is ultimately about the abandonment of an entire people to the murder machine of a powerful state. What facilitated the genocide of the Jews was a combination of circumstances that made escape and rescue increasingly difficult, and made the work of the perpetrators astonishingly easy. The killing occurred within the context of a total and savagely brutal war. The perpetrators could rely on a modern state apparatus and a rich supply of well-trained and willing individuals from the police, the army, and other German state agencies. The German population of the Reich exhibited a distinct lack of interest in the Nazi regime’s genocidal policies, largely carried out east of the country’s expanded borders. The German occupation authorities rarely faced concerted opposition–and often found willing collaboration– among the officials and the population of the countries from which Jews were deported to the death camps or in which large- scale killing of Jews took place. Finally, for most of the war Germany’s enemies did not make the genocide of the Jews a major focus of their military, diplomatic, or propaganda efforts–indeed, they feared that doing so would enhance anti-Semitism among their own populations, or would be detrimental to their wartime and postwar policies.

If we wish to make a general statement about the moral dimensions of this historical event, in other words, we must conclude that it ranged between the radical evil of the planners and the executioners to the more commonplace variety of complicity and indifference, exhibited also by such obviously anti-Nazi institutions as the British Foreign Office and the State Department, which were loath to change their immigration policies, to let Jewish refugees into Palestine, or to act more directly and forcefully against Nazi genocide until late in the war. From what we know today about the ideological commitment and dedication to the task of such characters as Adolf Eichmann and the members of Reinhard Heydrich’s Reich Main Security Office, we can no longer speak about them as representative of the « banality of evil, » as Hannah Arendt suggested four decades ago. Conversely, on the basis of the massive historical research on the Holocaust that has been carried out in the intervening years, neither can we assert that the genocide of the Jews was a precisely planned and executed operation.

The intention to murder the entire Jewish population was finally articulated in late 1941, but the implementation of the genocide depended on myriad factors and circumstances. The very scale of the undertaking, the geographical scope, the complex political, diplomatic, cultural, and logistical issues involved, meant that any resistance, even of an ambivalent and inconsistent nature, might hamper the efficiency of the operation. It should be remembered that the killing of the Jews took place over a relatively short time, primarily between 1942 and 1944. By 1944, Germany was rapidly heading toward defeat, and everyone knew it. What is breathtaking about the Holocaust is the ability of Germany to have murdered so many people from so many countries with such stunning rapidity even as it was losing a horrendously destructive total war. But it is also true that any delay in the killing could have spelled the difference between death and survival, because the Nazis ran out of time just before they ran out of Jewish victims.

It is for this reason that on another moral scale–indeed, on the moral scale that is most urgent to those who try to extract lessons from the Holocaust–what really matters are the moments, however rare, in which a few shades of « goodness » were introduced into the general canvas of evil, opportunism, and indifference. These moments matter not because they made a significant difference in the general scheme of things: they did not. They matter because they illustrate that, all the contemporary (and subsequent) talk of inevitability notwithstanding, it was possible to make choices, and that the right choices made at the right time by the right people could make a difference for some of the victims. From these flickerings of goodness we are forced to conclude that, had they been more prevalent, they might have driven more of the darkness out of the historical canvas. They might have actually changed the picture.

But the lesson is not quite so simple or so edifying. For we also learn from such instances that the difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective kind of goodness–I mean the practical kind, the kind that can actually save lives and not merely alleviate the conscience of the protagonists–is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential …

Voir enfin:

Bookshelf
Book Review: ‘My Grandfather’s Gallery’ by Anne Sinclair
Paul Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may have saved his family from the Holocaust.
Marechal Law
Hugh Eakin
WSJ
Oct. 10, 2014

In November 2013, German tax authorities revealed that they had found more than 1,200 works of art, many of them looted from Jewish collections during World War II, in the Munich apartment of an elderly recluse named Cornelius Gurlitt. The discovery of a fresh trove of Holocaust-era art, years after Germany was supposed to have addressed the issue, was shocking, and the story riveted the international media for weeks. Less noted, however, were Mr. Gurlitt’s aesthetic predilections: His collection included works by such leading figures of the Modern avant-garde as Picasso, Max Beckmann, Marc Chagall, Max Liebermann and Emil Nolde.

My Grandfather’s Gallery
By Anne Sinclair
Farrar, Straus & Giroux, 224 pages, $26
For decades it seemed, Mr. Gurlitt—whose father, Hildebrand Gurlitt, had been assigned by the Nazis to “acquire” Old Masters for the planned Führermuseum in Linz—had communed in his dusty apartment with the very artists Hitler rejected as “degenerate.” Among the first Gurlitt works to be identified was a 1921 portrait by Matisse, “Sitting Woman,” that had belonged to Paul Rosenberg, arguably the foremost French dealer in Modern art. In June 1940, just as the Germans were arriving in Paris, Rosenberg escaped to Portugal, and subsequently to the United States, leaving behind some 400 paintings that were later seized. In June of this year, a German task force declared that “Sitting Woman” rightfully belonged to Rosenberg’s heirs—the latest of dozens of works the family has reclaimed over the past half-century. It is said to be worth as much as $20 million.

Rarely has the cruel paradox of the Nazis’ art program been more directly in view. One of the most prominent Parisian dealers in the 1920s and 1930s, Paul Rosenberg (1881-1959) represented both Picasso and Matisse. As Anne Sinclair observes in “My Grandfather’s Gallery: A Family Memoir of Art and War,” his large gallery on the fashionable Rue la Boétie in the Eighth Arrondissement was “piled to the rafters with those ‘accursed’ or decadent works, the kind that the Nazis called entartete Kunst.” Yet German officials, together with their Vichy acolytes, recognized the Rosenberg gallery’s importance, and, soon after the fall of France in the summer of 1940, they were exploiting its inventory. There was no shortage of international buyers for Modern paintings during the war, and Nazi dealers like Gurlitt could easily trade such works in neutral countries like Switzerland for sought-after “Germanic” art or, as in the case of “Sitting Woman,” keep them for themselves.

Though it was written before the Gurlitt hoard came to light, “My Grandfather’s Gallery” suggests the extent to which the dark fate of Rosenberg’s inventory was also, fundamentally, a story about the art market. A well-known French television personality, Ms. Sinclair says that she had not been particularly involved in the hunt for missing paintings, noting that other family members have pursued them with greater zeal. (Armed with extensive records—which Rosenberg had presciently removed to London before the war—and decades of practice, the Rosenberg heirs have been among the most successful claimants of Nazi-looted art.) Nor, by her own account, did she have much interest in Rosenberg’s life until an unpleasant question from a French bureaucrat made her curious to find out “who my mother’s father really was.”

As a result, “My Grandfather’s Gallery” is less a systematic biography of a major art-world figure than what Ms. Sinclair calls “a series of impressionist strokes” about a man she hardly knew, inflected by her own, sometimes meandering thoughts. There are asides about French politics and oblique references to Ms. Sinclair’s recent travails as the wife of Dominique Strauss-Kahn, during whose house arrest in New York she wrote the book. (They are now divorced.)

Yet in shifting back and forth from the Vichy years to the early ’20s to the aftermath of the war, Ms. Sinclair offers revealing glimpses into what made the gallery such a prime target for the Nazis. Particularly suggestive is her sketch of Rosenberg’s relations to the avant-garde, which draws on the dealer’s four-decade correspondence with Picasso. From his own father, who sold works by van Gogh and Cézanne before they were popular, Rosenberg learned to mix bread-and-butter sales of traditional fare with bold investments in new art. Thus a brisk trade in 19th-century favorites in a seigneurial, Right Bank setting allowed him to support a growing stable of contemporary painters and to give them a kind of establishment pedigree. “If visitors were unsure about Braque or Léger,” Ms. Sinclair writes, “Paul invited them upstairs to see softer-contoured works by Edgar Degas, Pierre-August Renoir, or August Rodin.”

By the 1920s, Rosenberg had become not only Picasso’s chief representative and financial backer but also his neighbor, having persuaded the Spanish genius to live in haute-bourgeois comfort adjacent to the gallery—where Rosenberg could keep close watch on his production. At the same time, through a series of astute alliances, constant promotion and over-the-top, Gagosian-like shows, the dealer helped turn works by Picasso and Matisse into sought-after drawing-room commodities among the beau monde. “I need a large number of canvases for this winter,” Rosenberg wrote Picasso in one typically breathless letter from 1921 quoted by Ms. Sinclair. “I’m ordering 100 from you, to be delivered at the end of the summer.”

As with the art world today, there was big business, but also big risk. Other dealers had tried and failed with Picasso—among them not only Daniel-Henry Kahnweiler, the gifted promoter of his early Cubist works, but also Rosenberg’s own brother, Léonce, who, though a pioneering supporter of the French avant-garde, was chronically insolvent. (Unmentioned by Ms. Sinclair, Braque famously punched Léonce before defecting to his brother’s more reliable firm.) Why was Rosenberg more successful? Scholars like Picasso biographer John Richardson regard him chiefly as a hard-driving entrepreneur who cannily raised prices, held on to inventory and diligently built markets in London, New York and across the Continent. Ms. Sinclair understandably prefers to see her grandfather conversing with “Pic” on a more intellectual plane, but she too wonders whether his retail acumen exceeded his appetite for artistic innovation.

More interesting, however, may be the international implications of Rosenberg’s shrewd dealing. Ms. Sinclair writes that in August 1940, having made it as far as Lisbon, Rosenberg obtained 21 visas to the United States, for himself and his extended family, at a time when very few were being issued. This, she coyly informs us, was thanks to the extraordinary intervention of “his old friend” Alfred Barr Jr., the well-connected director of the Museum of Modern Art in New York.

Barr had tried for years to organize a major Picasso retrospective at MoMA, for which Rosenberg’s collaboration was essential. In 1939, after lengthy negotiations and then weeks spent with Rosenberg in Paris, Barr was able to secure the loans he needed. The result was the landmark exhibition in the winter of 1939-40 that cemented Picasso’s position at the center of the Modern movement. Ms. Sinclair doesn’t reveal whether the two men discussed the possibility of Rosenberg’s relocation to New York during their extensive time together on the eve of the war, but she writes elsewhere that “Barr was deeply grateful for Paul’s willingness to enable this momentous show.” (In fact, though she doesn’t mention it, family records gathered by Elaine Rosenberg, Ms. Sinclair’s aunt, show that Barr was one of several prominent Americans, including Harvard professor Paul J. Sachs, who vouched in 1940 for Rosenberg’s signal importance.)

Thus Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may be ultimately what saved his family from the Holocaust—even as it made him a particular object of Nazi hatred. Back in Paris, the Rosenberg gallery, along with the apartment above it that the Rosenbergs had lived in, was transformed into the Institute for the Study of Jewish Questions, a propaganda office run by the Nazis that was designed, according to its own mandate, to “resolve, at all cost and by all means, the Jewish question in France.” Among its habitués, Ms. Sinclair notes, was Louis-Ferdinand Céline, the great Modernist writer and rabid anti-Semite, who complained that his books attacking Jews were not being sufficiently promoted in the institute’s bookshop.

But how convinced were the Nazis, really, when it came to their opposition to Modern art? As a recent exhibition at the Neue Galerie in New York made clear, some, like Nazi propaganda minister Joseph Goebbels, initially saw Modernism as compatible with National Socialist ideology. Others, like the dealer Hildebrand Gurlitt, had themselves been champions of the avant-garde before being drawn into the Nazi art program. The greater irony, of course, is that the international market that Rosenberg had spent two decades building provided a ready outlet for the Nazis’ plunder.

In an absorbing final chapter, Ms. Sinclair considers her grandfather’s response to this dark story. Because of the MoMA exhibition, his Picassos, at least, had escaped the war, and they helped him establish a flourishing trade in New York City. But he never gave up on his lost works and pursued justice in his own way. As early as the fall of 1945, Rosenberg arrived in Zurich to confront some of the Swiss dealers who had traded them; though he also filed lawsuits, Ms. Sinclair suggests that he preferred to “recover his paintings one by one, in a Monte-Cristo-style personal vendetta.” One wonders what he would have made of Cornelius Gurlitt and his Modern-art-filled apartment, which somehow escaped notice in the same city where the Nazis had put on the notorious 1937 “Degenerate Art” exhibition.

—Mr. Eakin is a senior editor at the New York Review of Books.

Voir par ailleurs:

Horthy, un Pétain hongrois
Joëlle Stolz (Vienne, correspondante)

LE MONDE DES LIVRES

23.10.2014

Au moment où la France, à cause du livre d’Eric Zemmour, Le Suicide français (Albin Michel), discute avec passion du régime de Vichy, un ouvrage éclaire le parcours de l’amiral Miklós Horthy, qui fut ­régent de Hongrie de mars 1920 jusqu’à octobre 1944. Allié d’Hitler et de Mussolini, il porte une part de responsabilité – jusqu’à quel point, telle est la question – dans la déportation de ses com­patriotes juifs, dont au moins 400 000 ont péri à Auschwitz.

Il a fallu attendre le regain d’intérêt pour la Hongrie, suscité par la politique nationaliste du premier ministre Viktor Orban, pour disposer enfin d’une biographie de Horthy en français. Elle est due à la plume alerte de Catherine ­Horel, spécialiste reconnue de l’Europe centrale. Sa prochaine parution en hongrois promet de chauds débats dans un pays où les historiens sont souvent invités sur les plateaux de télévision, tandis que les départements d’histoire des universités sont investis par des étudiants en majorité d’extrême droite. Plus que jamais, l’histoire y est un terrain explosif. On voit s’édifier partout des monuments déplorant le traité de Trianon, qui a amputé la Hongrie, en 1920, de 70 % de son territoire et de 3 millions de magyarophones. Apparaissent aussi des bustes de l’amiral Horthy, une mise à l’honneur qui, sans être ­encouragée par le gouvernement, est tolérée. L’un des prédécesseurs d’Orban, le conservateur Jozsef Antall, avait fait rapatrier, en 1993, les ­restes de Horthy, mort en 1957 au ­Portugal, dans la crypte familiale de Kenderes. Celle-ci est ­devenue le lieu d’un culte florissant qui rappelle la dévotion populaire de l’entre-deux-guerres, lorsque l’amiral semblait capable de rendre à la nation en deuil ses pro­vinces perdues.

Le « rapport douloureux à l’Histoire » caractérise toute l’Europe centrale, souligne Catherine ­Horel, elle-même d’origine hongroise, qui a déjà publié un ouvrage de référence : Cette Europe qu’on dit centrale (Beauchesne, 2009). De la Pologne aux Balkans, la région a été malmenée par les Turcs, les Autrichiens ou les Russes, et reste obsédée par la défaite face à des puissances étrangères. C’est à l’aune de cette mémoire victimaire qu’il faut évaluer le parcours de Horthy, souvent comparé au maréchal Pétain.

Tous deux sont des militaires aguerris, attachés aux vieilles ­valeurs – la terre ancestrale, la religion chrétienne – et prétendent faire don de leur personne pour éviter à leur pays des épreuves cruelles. Avec, dans les deux cas, une issue désastreuse : le « sacrifice » de Horthy n’évitera pas à la Hongrie d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne et de tomber pour finir sous la coupe de l’Union soviétique. Sauf que Miklós Horthy, issu de la petite noblesse calviniste, n’a pas l’auréole du vainqueur de Verdun. Sportif accompli, portant beau mais personnalité médiocre, cet homme, né en 1868, a choisi la marine, carrière peu usuelle pour un Hongrois, ce qui lui a permis de voir le monde. La meilleure période de sa vie, à l’en croire, est pourtant les cinq ans qu’il a ­passés à Vienne, comme aide de camp de François-Joseph : l’empereur restera pour lui un modèle de discipline et de rectitude. La protection que François-Joseph a accordée aux juifs, dans la tradition des Habsbourg (il mettra deux fois son veto à l’élection, comme maire de Vienne, du tribun antisémite Karl Lueger), l’a sans doute marqué.

L’HOMME PROVIDENTIEL
Horthy n’était pas un fasciste – son régime est proche du « corporatisme » clérical de l’Autriche avant l’Anschluss –, mais farouchement anticommuniste. Malgré son dédain pour la politique, il accepte d’être l’homme providentiel qui va « sauver le pays du chaos », en 1919, après la République des Conseils de Bela Kun, d’inspiration soviétique, dont 36 commissaires sur 43 étaient juifs. Il couvre les graves exactions antisémites de la « terreur blanche » commises par les contre-révolutionnaires mais son premier geste, une fois régent, est de recevoir les dirigeants de la communauté juive. Il entérine, dès 1920, l’adoption d’un numerus clausus visant les étudiants juifs, mais ménagera toujours les industriels et les banquiers, qui assurent à la Hongrie une enviable prospérité.

Même lorsque le Parlement de Budapest introduit, en 1939, sous pression de Berlin, des critères raciaux en rupture avec le droit hongrois, Horthy et ses ministres les moins bellicistes (dont Pal ­Teleki, qui s’est suicidé en avril 1941 pour protester contre l’entrée en guerre avec la Yougo­slavie) croient pouvoir « donner le change » aux nazis, tout en évitant « l’inexpiable ». Malgré des restrictions croissantes, les juifs de Hongrie ont été relativement épargnés jusqu’au printemps 1944. Notables exceptions : la mort de 20 000 juifs « apatrides » déportés vers la Galicie en 1941, et les massacres commis par les troupes hongroises contre juifs et Serbes dans la Bacska, une province méridionale que le régime Horthy avait récupérée, comme le sud de la Slovaquie et l’est de la Transylvanie, par la grâce d’Hitler.

Une fois la Hongrie occupée sans résistance par la Wehrmacht, en mars 1944, police et gendar­merie redoublèrent de zèle, éradiquant en un temps record tous les juifs de province. Pour les défenseurs de l’amiral Horthy, celui-ci a au moins sauvé la plupart des juifs de Budapest, en stoppant, au début de l’été 1944, les déportations. Mais il aurait pu démissionner bien avant que les Allemands ne l’y contraignent, quelques mois plus tard : une sortie sans gloire, pour un homme qui a échappé au tribunal de Nuremberg, après guerre, surtout parce que Staline, lorgnant déjà sur la Hongrie, trouvait inopportun d’en faire un martyr.

L’Amiral Horthy. Le régent de Hongrie, 1920-1944, de Catherine Horel, Perrin, « Biographies », 496 p., 25 €.

COMPLEMENT:

27 octobre 2014
Vichy : l’élève Zemmour peut mieux faire !

L’historien François Delpla revient pour Herodote.net sur la polémique lancée par le journaliste Éric Zemmour concernant le rôle de Philippe Pétain dans la Shoah…
Dans son livre Le Suicide français, paru le 1er octobre 2014, le journaliste Éric Zemmour avance une thèse sur l’attitude du gouvernement de Vichy : la survie des Juifs français, dans une proportion bien plus grande que celle des Juifs étrangers présents sur le sol de France, serait due à l’action de Vichy, qui les a défendus tout en abandonnant les Juifs étrangers à leur sort. Il se réclame de trois historiens décédés (Poliakov, Aron, Hilberg) ainsi que d’Alain Michel, l’auteur d’un récent Vichy et la Shoah.

En revanche, il prend feu et flamme contre l’un des plus célèbres historiens de l’Occupation, l’Américain Robert Paxton, auteur en 1972 d’un livre traduit l’année suivante sous le titre La France de Vichy. Pétain et ses ministres y sont présentés comme des valets empressés à exécuter les ordres de l’occupant et souvent à les devancer, par affinité idéologique.

Zemmour ne nie pas que Vichy ait pris contre les Juifs français, dès l’automne de 1940, des mesures discriminatoires mais prétend que c’était pour des raisons patriotiques. Il fallait bien faire des concessions. C’est ainsi qu’on abandonna les Juifs étrangers comme on lâche du lest ; ce n’était ni glorieux ni moral mais conforme à la « raison d’État ». Inversement Paxton, dans ses livres et dans deux tribunes publiées en réponse à Zemmour, insiste sur la servilité de Vichy, son empressement à collaborer même quand on ne le lui demande pas et la fragilisation des Juifs français par les mesures de discrimination.

Or ce débat est largement anachronique. La recherche récente insiste sur deux points que l’histoire avait négligés :

– l’Allemagne nazie agissait avec méthode ; si la destruction des Juifs d’Europe (pour reprendre l’expression de Raul Hilberg) était l’un de ses objectifs principaux, elle cohabitait avec d’autres préoccupations ;

– l’occupation pendant quatre ans, sans grands remous, d’une grande puissance étrangère provisoirement vaincue, au sein d’une guerre plus large qui tourne de plus en plus mal pour l’occupant, est une entreprise des plus délicates, qui requiert doigté et vigilance.

Pétain, quelles que soient ses intentions et la façon dont il se voit lui-même, est avant tout un instrument aux mains de Hitler. En traitant au moment de l’armistice avec le « vainqueur de Verdun », chef de l’armée française en 1918, le dictateur nazi donne aux Français le plus convaincant des professeurs de résignation.

Jusqu’à l’offensive contre l’URSS déclenchée le 22 juin 1941, Hitler persécute les Juifs sans en tuer beaucoup, à l’exception de la Pologne occupée. L’ère des massacres systématiques s’ouvre avec l’invasion de la Russie, et débouche à la fin de 1941 sur la décision du meurtre de tous les Juifs accessibles aux griffes allemandes. La conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, planifie l’entreprise sous la direction de Reinhard Heydrich. Ce dernier séjourne à Paris du 5 au 11 mai, et s’entend avec un gouvernement Laval mis en place à Vichy par l’ambassadeur Abetz le 18 avril précédent.

Après son départ, les discussions se prolongent principalement entre René Bousquet, chef de la police au ministère de l’Intérieur de Vichy, et Carl Oberg, chef des SS en France. Elles aboutissent à une entente suivant laquelle Vichy exerce une pleine autorité sur la police de zone nord, moyennant une participation à la déportation des Juifs. On se met d’accord pour arrêter d’abord les Juifs étrangers. C’est ainsi qu’ont lieu la rafle dite du Vel d’Hiv, le 16 juillet, et la livraison de 7000 Juifs parqués dans des camps de zone sud.

En septembre, les SS demandent qu’on passe à la déportation des Juifs français et le gouvernement de Vichy renâcle en invoquant notamment l’opposition voyante du clergé catholique : l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, a donné le branle le 23 août en dénonçant en chaire l’atrocité des rafles en zone sud (« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou »). Soudain, le 25 septembre, arrive un contrordre, connu par une lettre de Knochen (l’adjoint d’Oberg) : les déportations de Juifs français sont provisoirement suspendues, par ordre de Himmler. Or le chef des SS a rencontré Hitler trois jours plus tôt et probablement pris cette décision en concertation avec lui.

Il en ressort que, n’en déplaise à Zemmour, Vichy n’a pas convenu avec l’Allemagne que la persécution se limiterait aux Juifs étrangers. Le taux de survie très inférieur de ces derniers doit tout aux circonstances, et aux priorités de l’occupant. En septembre 1942, la montée en puissance des États-Unis pousse l’Allemagne à envisager l’occupation de la zone sud française, tandis que la situation sur le front russe et en Afrique du Nord ne permet guère d’en distraire des troupes : il faut simplifier au maximum la tâche des quelques divisions allemandes qui seront chargées du travail. Il sied d’autre part de redonner à Pétain un peu de lustre « national » afin qu’il prêche une fois de plus aux Français la résignation en prétendant défendre au mieux leurs intérêts.

Il faut donc cesser d’isoler la question de la Shoah en France de celle des rapports de force mondiaux, comme d’attribuer à Vichy un rôle dans la survie plus importante des Juifs français.

En revanche, il n’est pas juste non plus (comme le font Paxton et Serge Klarsfeld, justement critiqués sur ce point par Zemmour) d’attribuer cette survie à l’action salvatrice de la population française, en l’opposant radicalement au gouvernement. On en viendrait à prétendre que Vichy n’était pas dictatorial, ou pas en mesure d’imposer ses décisions à ses administrés. Titulaires ou non par la suite de la médaille des Justes, les Français qui ont donné un coup de main dans le sauvetage savaient que les autorités qui auraient pu s’y opposer n’y mettaient pas, du gendarme au ministre, autant de zèle que l’occupant, sinon sous une pression nazie directe ou avec l’espoir, à certains moments, d’obtenir quelque avantage en flattant les lubies raciales de cet occupant.

Pétain l’impuissant n’a pas mis en sécurité le moindre Juif ; il n’a jamais fait que marchander en position inférieure, jouer avec des dés pipés par l’adversaire et accumuler des choix scabreux à visée immédiate.

François Delpla
L’auteur
François Delpla fait partie des historiens qui travaillent sans bruit, loin des modes et des écoles, et dont on s’inspire souvent sans toujours les citer. Ses travaux sur le nazisme et sa guerre ont débouché sur un premier livre, Les Papiers secrets du général Doumenc, en 1992.

Scrutant inlassablement la personne et les actes de Hitler, il met en lumière à la fois son intelligence manœuvrière et sa folie, grosse d’un antisémitisme extrême et spécifique.

Il publie prochainement chez son premier éditeur spécialisé en histoire, Perrin, une vaste synthèse intitulée Une histoire du Troisième Reich (en librairie le 6 novembre 2014). Sur Vichy il a publié Montoire (Albin Michel 1996) et Qui a tué Georges Mandel ? (L’Archipel, 2008). Nous avons par ailleurs fait la recension de son livre L’Appel du 18 juin 1940 (Grasset, 2000).

Son site http://www.delpla.org est l’un des plus riches parmi ceux des historiens en activité.

Voir enfin:

French Provocateur Enters Battle Over Comments
Scott Sayare SCOTT SAYARE
NYT
February 11, 2011
Paris

HE is perhaps France’s best-known professional provocateur, as much adored by the xenophobes of the far-right as he is reviled by immigrants, women and gays. But Éric Zemmour might also be misunderstood by his allies and enemies alike, a sort of hopeless intellectual whose nuance is lost in the sensationalist jumble of the media world he inhabits.

A slight man with a quick tongue and a fearsome intellect, Mr. Zemmour, 52, has made a career of speaking on the edge in a culture where the ideal of social harmony often takes precedence over freedom of speech. He can be heard daily on French radio, read weekly in the news media and seen all over television; he is routinely accused of racism, sexism, homophobia, fear-mongering and narcissism, or some combination thereof.

“I’m reviving the ‘French polemic’ in a world that’s on the one hand Americanized, and on the other, that people want to see sterilized by antiracism, by political correctness,” Mr. Zemmour said over coffee at the back of a dark Paris cafe. “That it is to say, where you’re not allowed to say anything bad about minorities.”

In comments that his critics have parsed and denounced and parsed again, he has spoken of a “white race” and a “black race,” decried what he sees as the feminization of society and called homosexuality a social disorder. Last month, though, his pronouncements for the first time brought him before a court, on charges of defamation and “provocation to racial discrimination.”In a televised debate last March he argued that blacks and Arabs were the targets of illegal racial profiling by the French police “because the majority of traffickers are black and Arab; that’s how it is, it’s a fact.” The same day, on another channel, he suggested that French employers “have the right” to deny employment to blacks or Arabs.

The comments surely do not rank among his most incendiary, and, however uncomfortable, the first point might well be true. Even the rights groups that brought the case acknowledge that France’s poor, immigrant populations account for a disproportionate amount of crime, if not a clear “majority,” in a country that does not keep official racial statistics.

MUCH to Mr. Zemmour’s delight, his three-day trial in January drew droves of supporters, including several prominent politicians, along with hordes of critics and a crush of reporters and photographers. His comments had already fueled months of controversy and hand-wringing; he was nearly fired from his post as an editorial writer at Le Figaro Magazine, and Canal+, the television station that broadcast his statement on traffickers, received a warning from the French audiovisual authority.

The intense reaction to Mr. Zemmour’s case — and more broadly, to Mr. Zemmour himself — seems a measure of the tensions in France around race, Islam and integration. And it speaks to the difficulty of discussing those issues in a nation that is committed constitutionally to treat every person simply as a “citizen,” with no acknowledgment of ethnicity, color or religion.

“When you describe reality,” Mr. Zemmour said at his trial, “you’re treated as a criminal.”

His critics say it is less a question of pronouncing realities than how they are pronounced.

“If he had said that there is an ‘overrepresentation of the immigrant population,’ there wouldn’t have been a trial,” said Alain Jakubowicz, a lawyer who heads one of the rights groups that brought suit. “There are the words that are said, and the words that are received, the words that are understood by listeners.”

“He has rights, of course, but he also has responsibilities,” Mr. Jakubowicz added.

From a young age, Mr. Zemmour said, he dreamed of becoming a “journalist-writer-intellectual” in the style of Voltaire, Émile Zola or François Mauriac and other outspoken, sometime-radicals like them. The ambitious son of Jewish Berbers who emigrated from French Algeria in the 1950s, Mr. Zemmour was raised near Paris and attended the elite Institut d’Études Politiques de Paris, known as Sciences Po. Later, after being twice denied admission to the even more rarefied precincts of the École Nationale d’Administration, which feeds the highest echelons of French power, he became a journalist, covering politics, and joined the newspaper Le Figaro in 1996.

Mr. Zemmour is a busy man. Beyond his books and novels, and the ceaseless interviews he gives, he presents a daily editorial on RTL, France’s most popular national radio station; co-hosts a debate program on news channel i>TELE; writes his weekly editorial for Le Figaro Magazine; and appears on a three-and-a-half hour talk show on Saturday nights on France 2, a state-owned television station.

PARADOXICALLY, Mr. Zemmour often exercises his right to free speech to endorse stricter limits on similar freedoms. He advocates a return to authorizing only Christian first names for children born in France, a restriction lifted in 1993; his ancestors in Algeria had adopted French names, he noted. And he hailed the ban on the public wearing of the full facial veil as a way “to oblige people to become authentically French.”

“The state needs to do its job, which it’s always done, of imposing constraints,” he said. “For me, France is the ban on the veil.”

He says that his views are those of a silent majority, French people who seek the return of the resplendent France of de Gaulle, a proud, imagined France unencumbered by the guilt of the post-colonial era. Efforts to integrate the country’s immigrant populations have plainly failed, he said, and the country ought to revert to the “assimilationist” approach he says it abandoned decades ago.

“We believe that we have the best way of life in the world, the best culture, and that one must thus make an effort to acquire this culture,” he said. By contrast, he said, the notion of a country made great by the diversity of its people and values “is an American logic.”

Asked why he believes in the superiority of the French model, he said only that “there is a singular art of living” in France.

“For me, France is civilization with a capital ‘C,’ ” he added.

The groups that have taken him to court have been urging an American social vision, he said. Yet, he added, they are not also willing to endorse American standards of free speech, and they oppose the taking of American-style ethnic statistics.

“I’m taking — because they forced it on me — the American model, and I’m throwing the American model back in their face,” Mr. Zemmour said. “But in the name of French tradition.”

It is a delicate distinction, one even his friends worry might well be lost on most people.

“He’s a very naïve guy,” said Éric Naulleau, a co-participant on the show on France 2, on a broadcast last year. “He has yet to understand the rules of the screen, Zemmour. He thinks he’s in a book where you can explain things, where you can step back.”

Like Mr. Zemmour, Yazid Sabeg, the government’s commissioner for diversity and equal opportunity, has been a prominent voice on France’s integration problems. An Algerian-born businessman, he is also the country’s foremost advocate for the legalization of ethnic statistics. But he denounced Mr. Zemmour’s statements about traffickers as inaccurate and calculated “to spread hate,” and he said he hoped to see him convicted.

“I’m for saying everything,” Mr. Sabeg said. “But not nonsense like this.”

Mr. Zemmour shrugged off Mr. Sabeg’s stance, and that of the plaintiffs in his case, as an absurd logical contortion. “They want the American model without the drawbacks of the American model, and that’s not possible,” he said.

“Maybe I’ll be convicted,” Mr. Zemmour said, with some satisfaction. “But they’ll never untangle themselves from their contradictions.”


Sim’hat Torah: Comment le judaïsme devint la « religion du livre » et la Torah une « patrie portable » (How Judaism came to be a book religion and the Torah a portable homeland for a people who had been forcibly deprived of all the traditional trappings of a nation: king, land and temple)

16 octobre, 2014

The Siege and Destruction of Jerusalem (David Roberts, 1850)

https://jcdurbant.files.wordpress.com/2006/06/7a2ad-muslems-praying2.jpg?w=449&h=305
Rue de la Roquette Synagogue (Paris)On lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu’au dernier. On célébra la fête pendant sept jours, et il y eut une assemblée solennelle le huitième jour, comme cela est ordonné. Néhémie 8: 18
Les juifs ont porté la Bible pendant des siècles comme une patrie portable. Heinrich Heine
Voir Jérusalem, c’est voir l’histoire du monde; plus encore, c’est voir l’histoire du Ciel et de la Terre. Benjamin Disraeli
Le Pays d’Israel est le centre du monde, Jérusalem est le centre du Pays; le Temple de Salomon est le centre de Jérusalem; le Saint des Saints est le centre du Temple de Salomon; l’Arche d’alliance est le centre du Saint des Saints et la Pierre de Fondation, sur laquelle le monde fut créé, se dresse devant l’Arche d’alliance. Midrash (Tanhum Kedoshim 10)
Il n’y a jamais eu de temple ici. (…) C’est tous des menteurs. Gardien de l’Esplanade du Temple (pardon: « des mosquées » , discussion avec l’auteur, Jérusalem, juillet 2011)
Il n’y a pas de preuve tangible qu’il y ait la moindre trace ou le moindre vestige juif que ce soit dans la vieille ville de Jérusalem ou dans le voisinage immédiat. Communiqué du ministère palestinien de l’Information (10 décembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq [Mur des Lamentations] et sa place sont une propriété religieuse musulmane…[Il fait] partie de la mosquée Al Aqsa. Les Juifs n’ont aucun lien avec cet endroit. Mufti de Jérusalem (nommé par Yasser Arafat, Al Ayyam [journal de l’Autorité palestinienne], 22 novembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq est une propriété musulmane et fait partie de la mosquée Al Aqsa. Hassan Tahboob (Ministre des Affaires religieuses de Yasser Arafat, dans interview accordée à l’agence de presse, IMRA, le 22 novembre 1997)
Ce n’est pas du tout le mur des Lamentations, mais un sanctuaire musulman. Yasser Arafat (Maariv, 11 octobre 1996)
Tous les événements liés au roi Saul, au roi David et au roi Rehoboam se sont déroulés au Yémen, et aucun vestige hébreu n’a été trouvé en Israël pour la bonne et simple raison qu’ils n’y ont jamais vécu. Jarid al-Kidwa (historien arabe, au cours d’un programme éducatif de l’OLP, juin 1997, cité dans Haaretz le 6 juillet 1997)
Jérusalem n’est pas une ville juive, en dépit du mythe biblique qui a été semé dans certains esprits…Il n’y a pas d’évidence tangible de l’existence juive d’un soi-disant « Temple du mont Era »…on doute de l’emplacement du mont du Temple…il se peut qu’il ait été situé à Jéricho ou ailleurs. Walid Awad (directeur des publications pour l’étranger du ministère de l’Information de l’OLP, interviewé par l’agence de presse IMRA, le 25 décembre 1996)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat (Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
[La Shoa] est un mensonge des Sionistes concernant de soi-disant massacres perpétrés contre les Juifs. Al Hayat Al Jadeeda ( journal de l’Autorité palestinienne, 3 septembre 1997)
[Notre but est] d’éliminer l’Etat d’Israël et d’établir un Etat qui soit entièrement palestinien. Yasser Arafat (session privée avec des diplomates arabes en Europe, 30 janvier 1996)
La lutte contre l’ennemi sioniste n’est pas une question de frontières, mais touche à l’existence même de l’entité sioniste. Bassam-abou-Sharif (porte-parole de l’OLP, Kuwait News Agency – Agence de presse koweïtienne, 31 mai 1996)
A document found in the Cairo Geniza describes the way in which Umar I brought a group of Jews to the site of the Temple in order to clean it. The Jewish elders were asked to identify the stone known as the Foundation Stone. When it was found and identified, Umar ordered « a sanctuary to be built and a dome to be erected over the stone and overlaid with gold. » As a reward, Umar permitted the Jews to return to Jerusalem and establish the Jewish Quarter. Reuven Hammer
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD. No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage. This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely. The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself. Zaaretz

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

A l’heure où, après un énième bombardement aveugle des villes israéliennes (systématiquement oublié par nos pleureuses de service), une organisation à visée explicitement génocidaire se voit à nouveau récompensée par une promesse de milliards de dollars de la part d’une communauté internationale dont les plus gros donateurs se trouvent être les financiers des actuels massacres djiahdistes du nord de l’Irak …

Et où, après plus de 1300 ans d’occupation, les islamistes multiplient non seulement les affirmations négationnistes mais à présent les provocations physiques contre ce qui reste du temple détruit par Titus il y a plus de 2 000 ans …

Pendant qu’en un Occident qui commerce oblige a déjà passé aux pertes et profits tant Kobané que Hong Kong, nos concitoyens juifs ne peuvent plus pratiquer leur religion ou même travailler que sous protection policière

Comment en cette fin de la Fête des Cabanes marquant la fin du cycle annuel de lecture du livre saint et l’arrivée de la saison des pluies …..

Et devenue au cours du temps et sous les noms de Chemini Atseret et Sim’hat Torah avec les chants et les danses que l’on sait une véritable fête de la Torah  …

Ne pas repenser au mot fameux du poète allemand Henrich Heine …

Rappelant comment pour un peuple privé de tous les attributs traditionnels d’une nation (roi, terre et temple) …

Le judaïsme se vit contraint et forcé de devenir la « religion du livre » …

Et de faire de sa Torah une véritable « patrie portable » ?

How the end of Sukkot morphed into Shemini Atzeret and Simhat Torah
From a ceremony winding down Sukkot to a celebration of the weather to dancing with the Torah scrolls – this holiday keeps reinventing itself.
Elon Gilad

Haaretz

Oct. 14, 2014

The day after Sukkot is a distinct Jewish holiday called Shemini Atzeret.

Given that its name simply means « Solemn assembly of the eighth » (day of Sukkot), and that Sukkot is seven days long, we may postulate that in the dim reaches of history, it was considered the 8th day of the holiday but over time, became a separate event entirely.

Confused? Wait for it: Shemini Atzeret is both identical to the Jewish holiday of Simhat Torah and distinct from it – depending where one lives.

Let’s untangle this mess.

The bible barely mentions Shemini Atzeret and when it does, it’s always in the context of Sukkot, which it follows.

Shemini Atzeret seems to have been a relatively late addition to the Jewish calendar. It may have been entirely unknown in First Temple times, going by the fact that the few mentions of it in the bible are in sections considered to be later additions, which were most likely written during the Babylonian Captivity (587-539 BCE).

The first mention of Shemini Atzeret is by Nehemiah: « Also day by day, from the first day unto the last day, he [Ezra] read in the book of the law of God. And they kept the feast seven days; and on the eighth day was a solemn assembly. » (Nehemiah 8:18).

The Bible provides scant information on how Shemini Atzeret was marked or what it meant. Sacrifices were made in the Temple, servile work was prohibited as on Shabbat, and an assembly was held – but that’s it.

Rabbinic literature is a little more enlightening on the nature of the holiday during the Second Temple period: « On the eighth day the people were sent off [by the king] and they blessed the king and went to their tents happy and with goodly hearts for all the goodness that God did for David and his people Israel ». (Tosefta Sukkah 4:17).

That would seem to indicate that at least originally, the holiday was simply a closing ceremony for Sukkot, with everyone meeting in the Temple and saying their goodbyes. Not so, say the rabbis: “It is a holiday unto itself” (Babylonian Talmud Sukkah 47a).

They elaborate that the traditions and commands of Sukkot and this « eighth day » are different. Specifically, while you are commanded to sit in your sukkah during the seven days of Sukkot, on Shemini Atzeret you aren’t. Plus, the sacrifices for Sukkot and Shemini Atzeret are listed separately.

The Rainmaker

If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD.

No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage.
The Siege and Destruction of Jerusalem by the Romans Under the Command of Titus, by David Roberts (1796-1864). Photo by: Wikimedia Commons

This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely.

The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself.

This metamorphosis would, over time, give new meaning to the holiday.

The Jewish daily prayer that took form during this time, the Amidah or Shemone Esrei, included a benediction for rain: « He causeth the wind to blow and the rain to descend. » In Israel at least, which has a rainy season (winter) and a dry season (all other times), this was inapplicable during spring and summer. So each year, starting on Passover, by which time the rainy season has usually subsided, “dew” was substituted for rain.

The rabbis decided that Shemini Atzeret – taking place at the start of the fall, when precipitation may begin again – would be a good time to switch back to rain. Thus the holiday became associated with the start of the rainy season, and much of the additional praying done for the holiday centered on the theme of weather.
A sukkah in Tel Aviv. Photo by: Nir Keidar

Babylon and Palestine: Enter Simhat Torah

As we have said, the Torah itself became a central focus of the Jewish religion after the destruction of the Temple, and it became the custom to read a different portion of the Bible each week.

During Talmudic times, two competing systems took form. The Palestinian system involved shorter weekly portions read in a three-year cycle. The Babylonian system was based on longer portions completed in an annual cycle.

The Babylonian system eventually won and is the system used today. This cycle, the rabbis of Babylonia decreed, ended and began on the second day of Shemini Atzeret.

Where did this second day came from, since up to now the holiday we were discussing was a one-day affair?

Well, due to the intricacies of the Jewish calendar, all Jewish holidays (except for Yom Kippur) were given an extra day outside of Israel – so that if you got the count wrong, you would still be celebrating on the right day too.

Thus, when eventually the Babylonian annual cycle was adopted in the Holy Land, probably in the 13th century, the cycle began and ended a day before the rest of the world, on the first and only day of Shemini Atzeret. This difference between Israel and the Diaspora exists to this day.

Middle-Age branding genius

During the Gaonic period following the redaction of the Talmud (500 CE), Jews underwent a process of adapting to this change in the status of Shemini Atzeret, and the holiday began to receive all kinds of names, including “The Day of the Book” and “The Ending Day.” Eventually someone came up with the catchy title “Simhat Torah,” meaning to celebrate Torah, or take joy in it.

This name first appears in the 7th century CE, but only became commonly accepted in the 10th.

Simhat Torah didn’t just spontaneously come into being. It gradually evolved from Shemini Atzeret.

It was in the Diaspora, where Shemini Atezret stretched two days, that the two holidays started to become distinct. Shemini Atzeret became more and more about the rain and Simhat Torah became more and more about the Torah. Different traditions began to appear in different congregations; some vanished, others took hold and are a part of Simhat Torah to this day.

Example of traditions that started appearing in the Middle Ages and are now universally observed by Jews the world over are the special honor given to the person who reads (or recites the benediction before someone else reads for him) the first and last parts of the Torah.

In many congregations, these people are expected to give a hefty donation to the synagogue and hold a celebration at their home after the prayer service. In all communities the Torah scrolls are taken out and paraded around the synagogue accompanied by dancing, singing, waving of flags and just general jubilation. It is a very joyous event.

Voir aussi:

JERUSALEM (Biographie)

Simon Sebag Montefiore

2011

Préface

L’histoire de Jérusalem est à la fois la chronique d’une cité provinciale, souvent miséreuse, perdue dans les collines de Jud?e, et l’histoire du monde. Aujourd’hui plus que jamais, J?rusalem est consid?r?e comme le centre du monde. La ville se trouve au cœur de la lutte entre les religions d’Abraham, c’est le sanctuaire d’un fondamentalisme de plus en plus populaire chez les chr?tiens, les juifs et les musulmans, le champ de bataille strat?gique entre civilisations rivales, la ligne de front entre l’ath?isme et la foi, le centre de l’attention la?que, l’objet de th?ories du complot d?lirantes et de mythes relay?s par Internet, et enfin une sc?ne ?clabouss?e de lumi?re pour les cam?ras du monde entier, ? l’?re de l’information en continu. Les int?r?ts religieux, politiques et m?diatiques se nourrissent les uns des autres et font que J?rusalem est aujourd’hui scrut?e plus intens?ment encore qu’auparavant.

Jérusalem est la Ville sainte, mais elle a toujours été un foyer de superstitions, de charlatanisme et de bigoterie. Convoité par les empires, et pourtant dépourvue de valeur stratégique; domaine cosmopolite de bien des sectes, chacune convaincue que la cité n’appartient qu’à elle; ville aux multiples noms, mais chaque tradition est si sectaire qu’elle exclut toutes les autres. C’est un lieu d’un tel raffinement qu’il est décrit au féminin dans la littérature juive sacrée – une femme vive, sensuelle, toujours de grande beauté, mais parfois aussi une catin, ou une princesse blessée délaissée par ses amants. Jérusalem est la demeure du Dieu unique, la capitale de deux peuples, le temple de trois religions, et elle est la seule ville à exister en deux endroits, sur terre comme au ciel: sa grâce terrestre exceptionnelle n’est rien comparée à sa gloire céleste. Le fait même que Jérusalem soit à la fois terrestre et céleste signifie que la cité peut exister partout: de nouvelles Jérusalem ont été fondées dans le monde entier et chacun a une vision de la ville qui lui est propre. Des prophètes et des patriarches, Abraham, David, Jésus et Mahomet, en auraient foulé les pavés. Les religions d’Abraham y sont nées et c’est ici aussi que le monde prendra fin au jour du Jugement dernier. Jérusalem, sacrée aux yeux des religions du Livre, est la cité du Livre. Sous bien des aspects, la Bible est la chronique même de la ville, et ses lecteurs, des juifs et des premiers chrétiens aux prédicateurs américains, en passant par les conquérants musulmans et les croisés, ont à maintes reprises cherché à influer sur son histoire afin que s’accomplisse la prophétie biblique.

Quand la Bible fut traduite en grec, puis en latin et en langue vernaculaire, elle devint le livre universel et fit de Jérusalem la cité universelle. Chaque grand roi se voulut un David, chaque peuple se croyant élu prétendit être les nouveaux Israélites, chaque noble civilisation se proclama une nouvelle Jérusalem, cette ville qui n’appartient à personne et existe pour tous dans l’imagination de chacun. Et c’est là sa tragédie autant que ce qui la rend magique. Quiconque rêve de Jérusalem, chaque visiteur, à toutes les époques, des apôtres de Jésus aux soldats de Saladin, des pélerins victoriens aux touristes et aux journalistes d’aujourd’hui, arrive avec sa vision de la Jérusalem authentique, puis est amèrement déçu par ce qu’il trouve, cité en perpétuel changement qui a prospéré et périclité, a été détruite et rebâtie à plusieurs reprises. Mais puisqu’il s’agit de J?rusalem, propri?t? de tous, seule l’image qu’ils en ont est la bonne?; c’est la r?alit? qui est corrompue, artificielle, et qu’il faut changer. Tout le monde a le droit d’imposer ??sa J?rusalem?? ? Jérusalem. Ce qu’ils ont souvent fait, par le fer et par le feu.

Ibn Khaldoun, l’historien du xive siècle qui témoigna de certains des événements rapportés dans ce livre autant qu’il y prit part, remarquait que l’histoire est avidement recherchée. L’homme de la rue aspire à la connaître. Rois et dirigeants s’affrontent pour elle. Cela vaut particulièrement pour Jérusalem. Il est impossible d’écrire une histoire de cette ville sans reconnaître qu’elle est aussi un pivot, un axe de l’histoire mondiale. A une époque où, grâce au pouvoir d’Internet, la souris et le cimeterre sont autant d’armes de l’arsenal fondamentaliste, la quête des faits historiques s’avère plus importante encore qu’elle ne l’était pour Ibn Khaldoun.

Une histoire de Jérusalem doit passer par une étude de la nature du sacré. L’expression Ville sainte est constamment utilisée pour rappeler la vénération que suscitaient ses sanctuaires, mais aussi pour signifier que Jérusalem est devenue le lieu essentiel sur terre de la communication entre Dieu et les hommes.

Nous devons également répondre à cette question: de tous les endroits du monde, pourquoi Jérusalem ? Le site se trouvait à l’écart des voies commerciales du littoral méditerranéen; il était pauvre en eau, cuit par le soleil estival, gelé par les vents hivernaux, ses roches dentelées écrasées de chaleur et inhospitalières. Le choix de Jérusalem en tant que ville du Temple fut en partie le fait de décisions personnelles, et en partie une conséquence de son évolution: elle était sainte depuis si longtemps que sa sainteté n’en fut que plus intense. Le sacré n’a pas seulement besoin de spiritualité et de foi, mais aussi de légitimité et de tradition. Un prophète radical animé d’une vision nouvelle doit expliquer les siècles qui l’ont précédé et justifier sa propre révélation dans la langue et la géographie convenues du sacré, en se référant aux prophéties de révélations précédentes et aux sites qui font depuis longtemps déjà l’objet d’un culte. Rien ne rend un lieu plus saint que la concurrence d’une autre religion.

Cette sainteté rebute bien des visiteurs athées, qui y voient une superstition contagieuse dans une ville affligée d’une pandémie de bigoterie vertueuse. Mais c’est nier le besoin profond de spiritualité de l’être humain, sans lequel il est impossible de comprendre Jérusalem. Les religions doivent permettre d’expliquer les joies fragiles et les angoisses éternelles qui mystifient et terrifient l’humanité: nous devons éprouver le sentiment qu’il existe une force qui nous est supérieure. Nous respectons la mort et brûlons d’en trouver le sens. Située à l’intersection entre Dieu et les hommes, Jérusalem est le lieu où ces questions trouvent réponse durant l’Apocalypse – la fin des temps, quand la guerre éclatera, une bataille entre le Christ et l’Antéchrist, quand la Kaaba quittera La Mecque pour Jérusalem, quand se tiendra le jugement, que ressusciteront les morts et que nous assisterons à l’avènement du Messie et du royaume des Cieux, la Nouvelle Jérusalem. Les trois religions d’Abraham croient toutes en l’Apocalypse, mais les détails divergent d’une foi et d’une secte à l’autre. Peut-être que, aux yeux des laïcistes, tout cela n’est qu’un fatras suranné; au contraire, ces idées sont d’une grande actualité. En ces temps de fondamentalismes juif, chrétien et musulman, l’Apocalypse est une force dynamique dans la fièvre politique qui agite le monde.

La mort est notre compagne de tous les instants: longtemps, les pélerins ont eu coutume de venir mourir à Jérusalem pour être enterrés près du mont du Temple, dans l’espoir de renaïtre à la fin des temps, et ils continuent de le faire. La ville est entourée de cimetières, elle repose sur eux. On vénère les fragments racornis des saints antiques – on peut encore contempler la main droite, noircie et desséchée, de Marie-Madeleine dans les appartements du prêtre supérieur grec orthodoxe de l’Eglise du Saint-Sépulcre. De nombreux sanctuaires, et bien des demeures privées également, sont bâtis autour de sépultures. Il émane de cette cit? des morts une atmosphère de t?n?bres qui ne s’explique pas seulement par une sorte de n?crophilie, mais aussi par la n?cromancie?: ici, les morts sont presque vivants, eux qui attendent la r?surrection. Les affrontements incessants pour Jérusalem, les massacres, les troubles, les guerres, le terrorisme, les si?ges et les catastrophes, en ont fait un champ de bataille, abattoir des religions pour Aldous Huxley, charnier pour Flaubert. Melville voyait dans la ville un crâne assiégé par des armées de morts; quant à Edward Said, il se souvenait que son père haïssait Jérusalem car elle lui rappelait la mort.

L’évolution de ce sanctuaire céleste et terrestre n’a pas toujours été due à la providence. Les religions naissent d’une étincelle révélée par un prophète charismatique – Moïse, Jésus, Mahomet. Des empires sont fondés, des villes conquises, grâce à l’énergie et à la chance d’un chef de guerre. Ce sont les décisions de certains, à commencer par le roi David, qui ont fait de Jérusalem ce qu’elle est.

La probabilité que la petite citadelle de David, capitale d’un modeste royaume, devienne le point de mire du monde était faible. Ironie du sort, c’est la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor qui a tracé les grandes lignes de sa sainteté future, parce que cette catastrophe a poussé les juifs à consigner la gloire de Sion et à la proclamer. D’ordinaire, des cataclysmes de cet ordre causent la disparition de peuples entiers. Cette fois, l’incroyable capacité des Juifs à survivre, leur dévotion opiniâtre envers leur Dieu et, par-dessus tout, le fait qu’ils aient couché par ?crit leur version de leur histoire dans la Bible, ont pos? les jalons de la renomm?e et du caract?re sacr? de la ville. La Bible se substitua ? l’?tat et au Temple juifs et devint, comme le dit Heinrich Heine, « la patrie portable des juifs, la Jérusalem portable ». Aucune autre ville ne dispose de son propre livre, et aucun autre livre n’a à ce point guidé le destin d’une ville.

Le caractère sacré de la ville est né de l’exceptionnalisme des juifs en tant que Peuple élu. Jérusalem est devenue la Ville élue, la Palestine, la Terre élue, et cet exceptionnalisme s’est transmis aux chr?tiens et aux musulmans qui l’ont fait leur. La sainteté suprême de Jérusalem et de la terre d’Israël s’est reflétée dans l’obsession religieuse croissante en faveur d’un retour des Juifs en Israël et dans l’enthousiasme occidental pour le sionisme, son équivalent laïc, entre la Réforme du xvie siècle en Europe et les années 70. Depuis, la tragédie des Palestiniens, qui voient dans Jérusalem leur Cité sainte perdue, a modifié la perception d’Israël. Ainsi, la fixation occidentale, ce sentiment de propriété universelle, fonctionne-t-elle dans les deux sens – comme une médaille et son revers, ou comme une épée à double tranchant. Aujourd’hui, ce fait se retrouve dans l’attention que suscitent Jérusalem et le conflit israélo-palestinien, une attention plus soutenue, plus chargée d’émotion que toute autre sur terre.

Pourtant, rien n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. L’histoire est souvent présentée comme une succession de changements brutaux et de basculements violents, mais je tiens à montrer que Jérusalem fut une ville de continuité et de coexistence, métropole hybride formée d’édifices hybrides et de gens hybrides qui résistent à l’étroitesse d’une catégorisation renvoyant aux différentes légendes religieuses et aux récits nationalistes d’époques ultérieures. Chaque fois que cela est possible, je suis l’histoire à travers des Familles – les Davidiens, les Maccabées et les Hérodiens, les Omeyyades et les maisons de Baudouin et de Saladin, jusqu’aux Husseini, aux Khalidi, aux Spafford, aux Rothschild et aux Montefiore. On peut ainsi retrouver les schémas organiques de la vie, indifférents aux incidents soudains et aux discours sectaires de l’histoire conventionnelle. Il n’y a pas que deux camps à Jérusalem, mais de nombreuses cultures et loyautés qui se chevauchent et s’empilent, entremêlées – un kaléidoscope aux multiples facettes et en mutation, composé d’Arabes orthodoxes, d’Arabes musulmans, de Juifs séfarades, de Juifs ashkénazes, de Juifs haredim, de Juifs laïcs, d’Arméniens orthodoxes, de Géorgiens, de Serbes, de Russes, de coptes, de protestants, d’Ethiopiens, de latins, etc. Un seul individu peut endosser diverses identités, équivalent humain des strates de pierre et de poussière de Jérusalem.

En fait, l’importance de la ville a fluctué, toujours mouvante, toujours en transformation, comme une plante qui change de forme, de taille, et même de couleur, et reste pourtant enracinée au même endroit. L’image, clinquante, d’une Jérusalem Ville sainte sacrée pour trois religions telle qu’elle est vantée dans les médias est relativement récente. Certains siècles, Jérusalem sembla perdre de son importance religieuse et politique. Bien souvent, ce fut la nécessité politique, plutôt qu’une révélation divine, qui insuffla une nouvelle dévotion religieuse.

Chaque fois que l’on a pu croire Jérusalem oubliée et dépassée, c’est la bibliolâtrie, l’étude passionnée de la vérité biblique par des gens résidant dans des terres lointaines, que ce soit à La Mecque, à Moscou ou dans le Massachusetts, qui a de nouveau projeté leur foi sur elle. Toutes les villes sont des fenêtres sur des modes de pensée étrangers, mais celle-ci est aussi un miroir qui révèle sa vie intérieure tout en réfléchissant le monde extérieur. Que ce soit à l’époque de la foi totale, de l’arrogance impériale, de la r?v?lation évangélique ou du nationalisme laïc, Jérusalem en est devenue le symbole et l’objectif ultime. Mais comme dans les miroirs d’une foire, les reflets sont déformés, au point d’être effrayants.

Jérusalem a une façon bien à elle de décevoir et de tourmenter tant les conquérants que les visiteurs. Le contraste entre la cité matérielle et la cité spirituelle est si douloureux qu’une centaine de patients sont admis chaque année dans l’asile local, atteints du syndrome de Jérusalem, folie faite d’anticipation, de déception et d’illusion. Le syndrome de Jérusalem est également politique: Jérusalem est un défi au bon sens, à la politique pragmatique et à la stratégie, elle existe dans la sphère des passions dévorantes et des émotions irrepressibles, imperméable à la raison.

Dans cette lutte pour la domination et la vérité, même une victoire ne fait qu’intensifier son caractère sacré aux yeux des autres. Plus le possesseur est avide, plus la concurrence est féroce et la réaction, viscérale. C’est la loi des conséquences involontaires qui prévaut ici.

Aucun autre endroit n’évoque un tel désir de possession exclusive. Or, ce zèle jaloux est paradoxal, puisque la plupart des sanctuaires de Jérusalem, et les histoires qui vont avec, ont été empruntés ou volés et appartenaient auparavant à une autre religion. Le passé de la ville est souvent imaginaire. Chaque pierre ou presque a appartenu au temple oublié depuis longtemps d’une autre foi, à l’arc de triomphe d’un autre empire. La plupart des conquêtes se sont accompagnées de la volonté instinctive d’effacer les traces d’autres fois, tout en récupérant leurs traditions, leurs histoires et leurs sites. Il y a eu bien des destructions, mais, plus souvent encore, les conquérants n’ont pas détruit ce qui était là avant eux, ils l’ont réutilisé et agrandi. Les sites majeurs comme le mont du Temple, la Citadelle, la ville de David, le mont Sion et l’église du Saint-Sépulcre ne présentent pas des couches distinctes d’histoire, mais sont plutôt comme des palimpsestes, des broderies où les fils de soie sont tissés en une trame si serrée qu’ils sont désormais inextricables.
La volonté de s’emparer de la sainteté d’autrui a eu pour conséquence que certains sanctuaires sont devenus sacrés successivement, puis simultanément pour chacune des trois religions; des rois ont émis des décrets à leur sujet, des hommes sont morts pour eux, et pourtant, ils sont aujourd’hui presque oubliés: le mont Sion a été le site d’une vénération fanatique de la part des juifs, des musulmans et des chrétiens; de nouveau essentiellement chrétien, il ne voit plus passer désormais que de rares pèlerins musulmans ou juifs.

A Jérusalem, la vérité importe souvent bien moins que le mythe. A Jérusalem, ne me demandez pas de faire l’histoire des faits, déclare l’éminent historien palestinien Nazmi al-Jubeh. Retirez la fiction et il ne reste rien. L’histoire est ici si puissante, si virulente, qu’elle est régulièrement déformée: l’archéologie est elle-même une force historique et les archéologues ont parfois exercé autant de pouvoir que les militaires, recrutés pour s’emparer du passé au nom du présent. Une discipline qui tend à l’objectivité scientifique peut servir à rationaliser des préjugés ethno-religieux et à justifier des ambitions impériales. Les Israéliens, les Palestiniens et les missionnaires des puissances impérialistes du xixe siècle ont tous été coupables d’avoir réquisitionné les mêmes évènements et de leur avoir attribué des significations et accolé des faits contradictoires. Une histoire de Jérusalem doit donc être une histoire à la fois de la vérité et de la légende. Mais les faits sont là, et ce livre a pour objectif de les raconter, aussi déplaisants soient-ils pour tel ou tel camp.

J’ai pour but d’écrire l’histoire de Jérusalem pour des lecteurs athées ou croyants, chrétiens, musulmans ou juifs, sans motivation politique, même en ces temps de conflit.

Je rapporte l’histoire chronologiquement, à travers les existences des hommes et des femmes – soldats et prophètes, poètes et rois, paysans et musiciens – et des familles qui ont fait Jérusalem. Je pense que c’est le meilleur moyen de donner vie à la ville et de montrer comment ses vérités complexes et inattendues sont le résultat de cette histoire. Ce n’est que grâce à la narration chronologique que l’on peut échapper à la tentation de voir le passé à travers le prisme des obsessions du présent. Je me suis efforcé d’éviter la téléologie, de décrire l’histoire comme si chaque évènement était inévitable. Puisque toute mutation est une réaction à celle qui l’a précédée, la chronologie reste la meilleure façon de trouver un sens à cette évolution, de répondre à la question pourquoi Jérusalem ? et de montrer pourquoi les gens ont agi comme ils l’ont fait. J’espère que c’est également l’angle le plus divertissant. Qui suis-je pour ruiner une histoire qui est – pour reprendre un cliché hollywoodien justifié, pour une fois – la plus formidable jamais contée ? Parmi les milliers de livres sur Jérusalem, très peu sont des récits historiques. Quatre ?poques (celles de David et de J?sus, les Croisades et le conflit isra?lo-arabe) nous sont familières grâce ? la Bible, au cinéma, aux romans et aux informations, mais elles sont souvent mal comprises. Quant au reste, je tiens sincèrement à faire découvrir à de nouveaux lecteurs cette histoire oubliée.

Ce livre est une histoire de J?rusalem en tant que centre de l’histoire mondiale, mais ne constitue en aucun cas une encyclop?die de chacun des aspects de J?rusalem, ou un guide pour chacune des niches, coupoles et arches du moindre de ses ?difices. Il ne s’agit pas d’une histoire d?taill?e des orthodoxes, des catholiques ou des Arm?niens, des ?coles de droit hanafites ou chaafistes islamiques, des juifs hassidiques ou kara?tes, pas plus qu’elle n’est racont?e d’un point de vue sp?cifique. La vie de la ville musulmane des mamelouks jusqu’au mandat britannique a ?t? n?glig?e. Les familles musulmanes de J?rusalem ont ?t? ?tudi?es par les universitaires sp?cialistes de la Palestine, mais n’ont gu?re int?ress? les historiens populaires. Leurs histoires ont ?t? et sont encore essentielles pour la compr?hension de J?rusalem?: certaines sources cl?s n’existent qu’en arabe, mais je les ai fait traduire et me suis entretenu avec les membres de tous ces clans afin d’apprendre leur pass?. Toutefois, ils ne repr?sentent qu’une partie de la mosa?que. Ce livre n’est pas une histoire du juda?sme, du christianisme ou de l’islam, ni une ?tude de ce qu’incarne la foi en un Dieu unique ? J?rusalem?: tout cela a d?j? ?t? accompli avec talent par d’autres – notamment par Karen Armstrong dans son excellent A History of Jerusalem. One City, three Faiths (??J?rusalem?: une ville, trois croyances??). Pas plus qu’il ne s’agit d’une histoire d?taill?e du conflit isra?lo-palestinien, qui fait actuellement l’objet d’une analyse obsessionnelle. Le d?fi redoutable que je me suis lanc? est de couvrir tous ces champs, de mani?re ?quitable, j’esp?re.

Je me suis fix? pour mission de retracer les faits, non de porter un jugement sur les myst?res de diff?rentes religions. Je ne pr?tends pas avoir le droit de juger si les prodiges divins et les textes sacr?s des trois grandes religions sont ??vrais?? ou non. Quiconque ?tudie la Bible ou J?rusalem ne peut qu’admettre que la v?rit? existe ? bien des niveaux. Les croyances d’autres religions et d’autres temps nous paraissent ?tranges, alors que les coutumes famili?res de nos propres temps et lieux nous semblent toujours fort raisonnables. M?me le xxie?si?cle, que beaucoup consid?rent apparemment comme le summum de la raison la?que et du sens commun, a ses id?es re?ues et ses orthodoxies quasi religieuses que nos arri?re-petits-enfants trouveront incroyablement absurdes. En revanche, les religions et leurs miracles ont eu un impact ind?niable sur l’histoire de J?rusalem, et il est impossible de conna?tre J?rusalem sans ?prouver un certain respect pour la religion.

Dans l’histoire de la ville, il est des si?cles dont on ne sait rien ou presque et o? tout est sujet ? controverse. Puisque c’est J?rusalem qui est en jeu, les d?bats universitaires et arch?ologiques sont toujours d?l?t?res, parfois violents, menant m?me ? des ?meutes et ? des affrontements. Les ?v?nements des cinquante derni?res ann?es sont si contest?s que l’on en trouve de multiples versions.

En ce qui concerne les ?poques primitives, les historiens, les arch?ologues et les illumin?s ont tous manipul?, fa?onn? et tritur? les rares sources disponibles afin d’?tayer toutes les th?ories imaginables, qu’ils ont alors d?fendues avec une assurance reposant sur une certitude absolue. Dans tous les cas, j’ai ?tudi? les sources originales et les nombreuses th?ories, puis je suis parvenu ? une conclusion. Si j’avais voulu me couvrir totalement dans chacun de ces cas, les mots que l’on croiserait le plus fr?quemment dans ce livre seraient ??peut-?tre??, ??probablement??, ??pourrait?? et ??aurait pu??. Chaque fois que je l’ai pu, j’ai ?cart? ces termes, mais j’invite le lecteur ? comprendre que chaque phrase repose sur une bibliographie colossale et en perp?tuelle ?volution. Chaque partie a ?t? v?rifi?e et relue par un sp?cialiste universitaire. J’ai la chance d’avoir pu en cela compter sur l’aide de quelques-uns des professeurs les plus distingu?s aujourd’hui en activit?.

La plus ?pineuse de ces controverses est celle li?e au roi David, dont les implications politiques sont particuli?rement actuelles et lourdes de sens. M?me parmi les scientifiques, ce d?bat a suscit? davantage de ferveur et d’acharnement que toute autre question, ? l’exception de ceux sur la nature du Christ et de Mahomet. La source de l’histoire de David est la Bible. On a longtemps consid?r? sa vie historique comme un fait ?tabli. Au xixe?si?cle, l’int?r?t des puissances imp?rialistes chr?tiennes pour la Terre sainte a ?t? ? l’origine de la qu?te arch?ologique de la J?rusalem de David. La nature chr?tienne de ces recherches a connu une r?orientation avec la cr?ation de l’?tat d’Isra?l en 1948, qui lui a attribu? une signification politico-religieuse passionn?e, David se voyant par? du statut de fondateur de la J?rusalem juive. Faute d’indices remontant au xe?si?cle avant notre ?re, les historiens isra?liens r?visionnistes ont revu ? la baisse l’importance de la cit? de David. Certains ont m?me remis en cause l’historicit? du personnage, au grand dam des juifs traditionalistes et ? la joie des politiciens palestiniens, puisque cela revenait ? saper les revendications juives. Mais la d?couverte de la st?le de Tel Dan, en 1993, a prouv? que le roi David avait bel et bien exist?. La Bible, bien que n’ayant pas ?t? ?crite principalement comme une chronique historique, reste une source historique, dont je me suis servi pour raconter cette histoire. L’importance de la ville de David et la fiabilit? de la Bible sont abord?es dans ce livre. Sur le conflit actuel au sujet de la cit? de David, vous pouvez vous reporter ? l’?pilogue.

Pour une autre ?poque, celle, beaucoup plus tardive, du xixe?si?cle, il est impossible d’?chapper au poids de L’Orientalisme, d’Edward Said. Said, chr?tien palestinien n? ? J?rusalem, professeur de litt?rature ? l’universit? de Columbia ? New York, qui ?tait une voix ? part dans le monde du nationalisme palestinien, affirmait que le ??pr?jug? eurocentrique, subtil et persistant, vis-?-vis des peuples arabo-musulmans et de leur culture??, surtout chez des voyageurs du xixe?si?cle comme Chateaubriand, Melville et Twain, avait d?nigr? la culture arabe et justifi? l’imp?rialisme. Les travaux de Said ont pouss? quelques-uns de ses disciples ? vouloir effacer ces intrus occidentaux de l’histoire, ce qui est une aberration. Il est n?anmoins vrai que ces visiteurs ne virent ou ne comprirent que peu de chose de la vraie vie de la J?rusalem arabe et juive?; voil? pourquoi, comme nous l’avons dit, je me suis efforc? de d?crire les existences r?elles de la population locale. Mais ce livre n’a rien de pol?mique, et l’historien de J?rusalem doit mettre en lumi?re l’influence dominante de la culture romantique imp?riale de l’Occident sur la ville, car elle explique pourquoi le Moyen-Orient a tant compt? pour les grandes puissances.

De m?me, j’ai d?peint l’?volution du pro-sionisme britannique, la?que et ?vang?lique, de Palmerston et Shaftesbury ? Lloyd George, Balfour, Churchill et leur ami Weizmann pour la simple raison que son influence a ?t? d?cisive sur le destin de J?rusalem et de la Palestine aux xixe et xxe?si?cles.

Le corpus central de ce livre se termine en 1967, parce que la guerre des Six-Jours a pour l’essentiel accouch? de la situation que nous connaissons aujourd’hui, et qu’elle constitue une conclusion majeure. L’?pilogue pr?sente rapidement l’?volution politique jusqu’? nos jours, et s’ach?ve par un portrait d?taill? d’une matin?e typique dans les trois Lieux saints. Mais la situation ne cesse de changer. Si je devais ?crire l’histoire au pr?sent, cet ouvrage n’aurait jamais de fin, et devrait ?tre mis ? jour presque heure par heure. Au lieu de cela, j’ai voulu montrer pourquoi J?rusalem continue d’?tre ? la fois le cœur du processus de paix et un obstacle pour ce dernier.

Ce livre est une synth?se fond?e sur la lecture des grandes sources, antiques et modernes, sur des rencontres personnelles avec des sp?cialistes, des professeurs, des arch?ologues, des familles et des hommes d’?tat, et sur d’innombrables s?jours ? J?rusalem, sur les sanctuaires et les chantiers de fouilles. J’ai eu la chance de retrouver quelques sources nouvelles, ou rarement utilis?es. Mon travail m’a donn? trois grandes joies?: passer beaucoup de temps ? J?rusalem?; lire les œuvres merveilleuses d’auteurs comme Oussama ibn Mounqidh, Ibn?Khaldoun, Evliy? Tch?l?bi et Wassif Jawhariyyeh, Guillaume de Tyr, Flavius Jos?phe et T.E. Lawrence?; et enfin, m’?tre fait des amis et avoir ?t? aid?, avec tant de confiance et de g?n?rosit?, au beau milieu de violentes crises politiques, par des J?rusal?mites de toutes les origines – des Palestiniens, des Isra?liens, et des Arm?niens, des musulmans, des juifs et des chr?tiens.

J’ai l’impression de m’?tre toute ma vie pr?par? ? ?crire ce livre. Depuis l’enfance, j’ai err? autour de J?rusalem. ? cause de liens familiaux que je d?cris dans ces pages, ??J?rusalem?? figure sur le blason de ma famille. Mais quelles que soient ces attaches personnelles, je suis ici pour raconter l’histoire de ce qui s’est pass? et de ce qu’ont cru les gens. Pour revenir ? notre point de d?part, il y a toujours eu deux J?rusalem, la temporelle et la spirituelle, toutes deux gouvern?es davantage par la foi et l’?motion que par la raison et les faits. Et J?rusalem est toujours au centre du monde.

Mon approche ne plaira pas ? tous – apr?s tout, c’est de J?rusalem qu’il s’agit. Mais en ?crivant ce livre, j’ai toujours gard? ? l’esprit le conseil de Lloyd George ? Storrs, qu’il avait nomm? gouverneur de la ville, et qui ?tait l’objet de critiques enflamm?es tant de la part des juifs que des Arabes?: ??Eh bien, si l’un ou l’autre camp cesse de se plaindre, vous serez renvoy?.??

Prologue

Le huiti?me jour du mois juif d’Ab, ? la fin du mois de juillet de l’an 70 de notre ?re, Titus, le fils de l’empereur romain Vespasien, qui dirigeait depuis quatre mois le si?ge de J?rusalem, ordonna ? l’ensemble de ses forces de se pr?parer ? prendre le Temple d’assaut ? l’aube. L’attaque devait avoir lieu le jour m?me o?, plus de cinq cents ans plus t?t, les Babyloniens avaient d?truit la ville. Titus commandait une arm?e de quatre l?gions, soit soixante mille l?gionnaires romains et auxiliaires locaux, impatients de porter le coup de gr?ce ? la cit? orgueilleuse mais bris?e. Derri?re ses murailles, peut-?tre pr?s d’un demi-million de juifs affam?s survivaient dans des conditions abominables?: certains ?taient des z?lotes, des fanatiques religieux, d’autres de simples pillards, mais la plupart ?taient des familles innocentes incapables de fuir ce pi?ge aussi magnifique que mortel. Bien des juifs vivaient hors des fronti?res de la Jud?e – on en trouvait sur tout le pourtour m?diterran?en et au Proche-Orient – et ce dernier combat d?sesp?r? d?ciderait non seulement du sort de la ville et de ses habitants, mais aussi de l’avenir du juda?sme et du christianisme, alors culte juif de peu de port?e, voire, en se propulsant six si?cles dans le futur, de la forme que prendrait l’islam.

Les Romains avaient ?difi? des rampes contre les murs du Temple. Mais leurs assauts avaient ?t? repouss?s. Plus t?t dans la journ?e, Titus avait d?clar? ? ses g?n?raux que ses efforts pour prot?ger ce ??temple ?tranger?? lui co?taient trop de soldats, et il avait ordonn? que le feu soit bout? aux portes de l’?difice. L’argent des portes avait fondu et l’incendie s’?tait propag? aux encadrements de bois des portes et des fen?tres, puis aux poutres des couloirs du Temple lui-m?me. Titus avait exig? que l’incendie soit ?teint. Les Romains, avait-il lanc?, ne devaient ??point se venger d’objets inanim?s plut?t que d’hommes??. Puis il s’?tait retir? pour la nuit dans son quartier g?n?ral, dans la tour d’Antonia qui, ? demi en ruine, surplombait le superbe complexe du Temple.
Tout autour des murs se d?roulaient des sc?nes semblables ? l’enfer sur terre. Des milliers de cadavres se putr?fiaient sous le soleil. La puanteur ?tait insupportable. Des meutes de chiens et de chacals se gorgeaient de chair humaine. Les mois pr?c?dents, Titus avait ordonn? que tous les prisonniers ou d?serteurs soient crucifi?s. On crucifiait cinq cents juifs par jour. Le mont des Oliviers et les hauteurs escarp?es entourant la ville ?taient si encombr?s de croix qu’il n’y avait plus de place pour en planter d’autres, ni d’arbres pour les fabriquer. Les soldats de Titus s’amusaient ? clouer leurs victimes membres ?cart?s dans des positions absurdes. Nombre de J?rusal?mites ne pensaient plus qu’? fuir la ville. En partant, ils avalaient leur argent pour le dissimuler, esp?rant le r?cup?rer quand ils seraient en s?curit?, loin des Romains. Ils sortaient, ??gonfl?s de famine, enfl?s comme des hommes souffrant d’œd?me??, mais s’ils mangeaient, ils ???clataient??. Quand leurs ventres explos?rent, les soldats d?couvrirent les tr?sors naus?abonds cach?s dans leurs entrailles. Ils entreprirent donc d’?visc?rer tous les prisonniers et de fouiller dans leurs intestins alors qu’ils ?taient encore en vie. Horrifi?, Titus tenta d’interdire ces pillages anatomiques. En vain?: ses auxiliaires syriens, qui ha?ssaient les juifs et ?taient ha?s d’eux avec toute la hargne de voisins, se r?jouissaient de ces jeux macabres. Les cruaut?s commises par les Romains et les rebelles derri?re leurs murailles sont dignes de certaines des pires atrocit?s du xxe?si?cle.

La guerre avait commenc? quand l’aristocratie de Jud?e elle-m?me, les alli?s juifs de Rome, avait ?t? pouss?e par l’ineptie et la cupidit? des gouverneurs romains ? faire cause commune avec une r?volte populaire. Les rangs des rebelles se composaient de Juifs religieux et de brigands opportunistes qui avaient profit? du d?clin de l’empereur N?ron et du chaos qui avait suivi son suicide pour chasser les Romains et r?tablir un ?tat juif ind?pendant ayant le Temple pour centre. Mais la r?volution juive s’?tait aussit?t transform?e en purges sanglantes et en guerre des gangs.

Trois empereurs succ?d?rent ? N?ron en ? peine plus d’un an. Le temps que Vespasien monte sur le tr?ne et envoie Titus prendre J?rusalem, la ville avait ?t? partag?e entre trois chefs de guerre en perp?tuel conflit. Ils avaient d’abord livr? de violents combats dans les cours du Temple, ruisselantes de sang, avant de piller la ville. Leurs guerriers p?n?traient dans les quartiers les plus ais?s, saccageaient les maisons, assassinaient les hommes et violentaient les femmes – ??c’?tait pour eux comme un jeu??. Ivres de pouvoir et de l’excitation de la chasse, sans doute aussi du vin qu’ils avaient pill?, ils ??s’adonnaient ? la lascivit? f?minine, se couvraient les cheveux, rev?taient des atours de femmes, se barbouillaient d’onguents et se fardaient les paupi?res??. Ces truands de province, se pavanant dans des ??manteaux aux teintes les plus raffin?es??, tuaient quiconque croisait leur chemin. Dans leur ing?niosit? d?prav?e, ils ??inventaient des plaisirs illicites??. J?rusalem, abandonn?e ? une ??intol?rable souillure??, devint ??un bordel?? et une salle de tortures – tout en conservant son aura de sanctuaire.

Car, malgr? tout, le Temple continuait de fonctionner. En avril pr?c?dent, des p?lerins ?taient venus pour la P?que, juste avant que les Romains n’assi?gent la cit?. La population se chiffrait d’ordinaire en dizaine de milliers, mais les Romains avaient pris au pi?ge les p?lerins et beaucoup de r?fugi?s fuyant la guerre, si bien que la ville abritait des centaines de milliers de personnes. Les chefs rebelles ne mirent un terme ? leurs luttes intestines que quand Titus eut encercl? les murailles. Alors, ils unirent leurs forces et align?rent leurs vingt et un mille guerriers face aux Romains.

La ville que Titus vit pour la premi?re fois du haut du mont?Scopus, du grec skopeo, qui signifie ??regarder??, ?tait, pour reprendre les termes de Pline, ??de loin la cit? la plus vant?e de l’Orient??, m?tropole opulente et prosp?re b?tie autour de l’un des temples les plus grandioses du monde antique, lui-m?me gigantesque œuvre d’art. J?rusalem existait depuis des mill?naires, mais jamais cette ville aux multiples tours et remparts, ? cheval sur deux hauteurs dans la d?solation escarp?e de Jud?e, n’avait ?t? aussi peupl?e ni aussi superbe qu’en ce premier si?cle de notre ?re. De fait, il faudrait attendre le xxe?si?cle pour que J?rusalem renoue avec une telle grandeur. C’?tait l? l’accomplissement d’H?rode le Grand, le monarque de Jud?e, fou g?nial dont les palais et les forteresses avaient ?t? construits ? une ?chelle si monumentale, et d?cor?s avec tant de luxe que l’historien juif Flavius Jos?phe reconna?t qu’ils ??d?passent [s]a capacit? ? les d?crire??.

Le Temple lui-m?me surpassait tout le reste dans sa gloire sacr?e. ??D?s que se levait le soleil??, ses cours scintillantes et ses portes dor?es ??r?fl?chissaient la lumi?re en une splendeur flamboyante qui contraignait quiconque osait la contempler ? d?tourner le regard??. La premi?re fois que des ?trangers voyaient le Temple – comme Titus et ses l?gionnaires –, il ?tait ??semblable ? une montagne couverte de neige??. Les juifs fervents savaient qu’au centre des cours de cette ville dans la ville au sommet du mont Moria se trouvait une pi?ce minuscule et sacr?e entre toutes, qui ne contenait pour ainsi dire rien du tout. Ce lieu ?tait le cœur de la foi juive?: le Saint des Saints, l? o? Dieu Lui-m?me r?sidait.

Si le Temple d’H?rode ?tait un sanctuaire, c’?tait aussi une forteresse presque inexpugnable ? l’int?rieur de la cit?. Les juifs, encourag?s par la faiblesse des Romains durant l’Ann?e des quatre empereurs, et tirant parti des escarpements inaccessibles de J?rusalem, de ses murailles et du labyrinthe du Temple, s’?taient dress?s contre Titus, confiants dans leur force. Apr?s tout, cela faisait pr?s de cinq ans qu’ils d?fiaient Rome. Or, Titus disposait de l’autorit?, des ambitions, des ressources et du talent n?cessaires pour remplir sa mission. Il entreprit de r?duire les d?fenses de J?rusalem avec une efficacit? syst?matique et une puissance ?crasante. Des pierres de baliste, probablement lanc?es sur son ordre, ont ?t? retrouv?es dans les tunnels le long du mur ouest du Temple, preuve de l’intensit? du bombardement romain. Les juifs se battirent pour chaque pouce de terrain avec un acharnement presque suicidaire. Ce qui n’emp?cha pas Titus, qui d?ploya tout l’arsenal des engins de si?ge, des catapultes et du g?nie poliorc?tique romain, de s’emparer de la premi?re enceinte en quinze jours. Il entra?na un millier de l?gionnaires dans le labyrinthe des march?s de J?rusalem et s’empara de la deuxi?me enceinte. Les juifs effectu?rent une sortie et la reprirent. Les murs ne cess?rent alors de changer de mains. Titus tenta ensuite d’impressionner la ville en faisant d?filer son arm?e – cuirasses, casques, lames luisantes, enseignes claquant au vent, aigles scintillantes, ??chevaux richement capara?onn?s??. Des milliers d’habitants s’assembl?rent sur les remparts pour contempler le spectacle et admirer ??la beaut? de leurs armures et l’ordre admirable des hommes??. Mais les juifs continuaient de le d?fier, ou peut-?tre craignaient-ils trop leurs chefs de guerre pour d?sob?ir ? leurs ordres?: pas de capitulation.
Pour finir, Titus d?cida d’encercler et d’isoler l’ensemble de la cit? gr?ce ? des lignes de circonvallations. ? la fin de juin, les Romains prirent d’assaut l’imposante forteresse Antonia, qui dominait le Temple, puis la ras?rent, ? l’exception d’une tour o? Titus installa son quartier g?n?ral.

Vers le milieu de l’?t?, alors que les hauteurs dentel?es et br?l?es par le soleil se h?rissaient d’une for?t de cadavres crucifi?s environn?s de mouches, le sentiment que la fin ?tait proche s’abattit sur la ville, en proie ? un fanatisme implacable, aux caprices sadiques de ses ma?tres et ? une famine terrible. Des bandes arm?es r?daient en qu?te de nourriture. Les enfants arrachaient les vivres des mains de leurs p?res?; les m?res volaient la part de leurs propres nourrissons. Quand ils se heurtaient ? des portes verrouill?es, les guerriers, soup?onnant les occupants de dissimuler des vivres, en for?aient l’entr?e, enfon?ant des pieux dans le rectum de leurs victimes pour les obliger ? r?v?ler o? ils avaient cach? leurs c?r?ales. Quand ils ne trouvaient rien, ils se montraient d’une ??cruaut? plus barbare encore??, comme s’ils avaient ?t? ??tromp?s??. Bien que disposant eux-m?mes encore de nourriture, ils tuaient et torturaient par habitude, ??pour exercer leur folie??. J?rusalem fut le th??tre de chasses aux sorci?res, les gens se d?non?ant les uns les autres comme des accapareurs et des tra?tres. Nulle autre ville, rapporta Flavius Jos?phe, t?moin oculaire, ??n’autorisa tant de mis?res, nulle autre ?poque n’accoucha d’une g?n?ration plus propice ? la malice que celle-ci, depuis le commencement du monde??.
Les jeunes erraient dans les rues ??comme des ombres, tout gonfl?s de faim, et tombaient morts l? o? leur malheur les frappait??. Des gens mouraient en tentant d’enterrer leurs proches tandis que d’autres ?taient inhum?s ? la va-vite alors qu’ils respiraient encore. La famine ravageait des familles enti?res. Les J?rusal?mites voyaient mourir leurs ?tres chers ??l’œil sec et la bouche ouverte. Un profond silence et une sorte de nuit mortelle s’abattirent sur la ville?? – et pourtant, ceux qui p?rissaient gardaient ??le regard fix? sur le Temple??. Les cadavres s’entassaient dans les rues. Bient?t, en d?pit de la loi juive, plus personne n’enterra ses morts dans ce charnier grandiose. Peut-?tre J?sus-Christ l’avait-il pr?dit quand il avait annonc? la prochaine Apocalypse, d?clarant?: ??Que les morts enterrent les morts.?? Parfois, les insurg?s se contentaient de balancer les corps du haut des murs. Les Romains les laissaient se d?composer en des piles putr?fi?es. Mais les rebelles continuaient le combat.

Titus en personne, soldat de m?tier peu impressionnable qui avait occis douze juifs de sa propre arbal?te au cours de sa premi?re ?chauffour?e, en fut horrifi? et ?tonn?: il ne put que g?mir devant les dieux que cela n’?tait pas de son fait. Connu pour sa g?n?rosit?, il ?tait ??le ch?ri et la joie de l’humanit?. ??Mes amis, j’ai perdu ma journ?e??, avait-il coutume de dire quand il n’avait pas trouv? le temps d’offrir des pr?sents ? ses camarades. Robuste, rude, le visage rond orn? d’une bouche g?n?reuse et d’un menton fendu, Titus, fils populaire du nouvel empereur Vespasien, se r?v?lait un brillant g?n?ral?: mais leur dynastie n’avait pas encore fait ses preuves et d?pendait de sa victoire sur les rebelles juifs.

Dans l’entourage de Titus se trouvaient nombre de ren?gats juifs, dont trois J?rusal?mites – un historien, un roi et (semble-t-il) une double reine qui partageait la couche du Romain. L’historien Flavius Jos?phe, commandant rebelle pass? dans le camp imp?rial, notre unique source sur les ?v?nements, ?tait ?galement le conseiller de Titus. Le roi ?tait H?rode Agrippa?II, juif tout ? fait romanis?, ?lev? ? la cour de l’empereur Claude. Il avait occup? les fonctions de surveillant du Temple, b?ti par son arri?re-grand-p?re H?rode le Grand, et avait souvent r?sid? dans son palais de J?rusalem, bien que gouvernant des territoires disparates dans le nord de l’Isra?l moderne, en Syrie et au Liban.

Le roi ?tait presque certainement toujours accompagn? de sa sœur, B?r?nice, fille d’un monarque juif, deux fois reine par mariage, depuis peu la ma?tresse de Titus. Ses ennemis romains la tax?rent plus tard de ??Cl?op?tre juive??. Elle avait dans les quarante ans, mais ???tait dans la force de l’?ge et au fa?te de sa beaut?, note Flavius Jos?phe. Au d?but de la r?volte, son fr?re et elle, qui vivaient ensemble (incestueusement, affirmaient leurs d?tracteurs), avaient voulu confronter les rebelles entre eux et les appeler une derni?re fois ? la raison. D?sormais, ces trois juifs assistaient impuissants ??? l’agonie d’une cit? c?l?bre?? – B?r?nice depuis le lit de son destructeur.

Les prisonniers et les transfuges apportaient des nouvelles de la ville qui inqui?t?rent particuli?rement Flavius Jos?phe, dont les parents ?taient pris au pi?ge derri?re les murailles. M?me les combattants commen?aient ? manquer de vivres, aussi fouillaient-ils et diss?quaient-ils les vivants et les morts, ? la recherche d’or, de miettes, de simples graines, ??titubant et oscillant comme des chiens enrag?s??. Ils mangeaient de la bouse, du cuir, des ceintures, des chaussures et du chaume. Une riche dame du nom de Marie, ayant perdu toute sa fortune et sa nourriture, devint folle au point de tuer son propre fils, de le r?tir, d’en manger la moiti? et de garder le reste pour plus tard. Le d?licieux fumet se r?pandit dans les rues. Les rebelles, mis en app?tit, en cherch?rent l’origine et p?n?tr?rent dans la maison, mais m?me ces soudards ?prouv?s, ? la vue du cadavre de l’enfant ? demi d?vor?, ??s’en furent en tremblant??.
J?rusalem la Sainte, comme elle ?tait baptis?e sur les pi?ces de monnaie juives, sombra dans l’espionnite et la parano?a. Charlatans d?lirants et pr?dicateurs hantaient les rues, promettant la d?livrance et le salut. J?rusalem ?tait, remarqua Flavius Jos?phe, ??telle une b?te sauvage rendue folle par la faim et qui se nourrissait maintenant de sa propre chair??.

En cette nuit du huiti?me jour d’Ab, quand Titus se fut retir? pour se reposer, ses l?gionnaires s’efforc?rent d’?teindre l’incendie d?clench? par l’argent en fusion, ainsi qu’il l’avait ordonn?. Mais les rebelles les attaqu?rent. Les Romains ripost?rent et repouss?rent les juifs jusque dans l’enceinte m?me du Temple. Un l?gionnaire, saisi ??d’un divin courroux??, s’empara de brandons et, soulev? par un autre soldat, mit le feu aux tentures et ? l’encadrement d’une ??fen?tre dor?e??, qui donnait sur les salles entourant le Temple lui-m?me. Au matin, l’incendie s’?tait r?pandu jusqu’au cœur des lieux sacr?s. Voyant les flammes l?cher le Saint des Saints et menacer de le d?truire, les juifs ??pouss?rent une grande clameur et se pr?cipit?rent pour l’en emp?cher??. Mais il ?tait trop tard. Ils se barricad?rent dans la cour int?rieure, puis ne purent que contempler la sc?ne dans un silence horrifi?.
? quelques pas de l?, parmi les ruines de la forteresse Antonia, Titus s’?tait r?veill?; il bondit sur ses pieds et ??courut vers la Sainte Maison pour faire cesser l’incendie??. Son entourage le suivit, dont Flavius Jos?phe, et sans doute le roi Agrippa et B?r?nice, entra?nant derri?re eux des milliers de soldats romains, tous en proie ??? un grand ?tonnement??. Le combat fut acharn?. Flavius Jos?phe affirme que Titus ordonna une fois encore que le feu soit ma?tris?, mais en tant que collaborateur des Romains, il avait de bonnes raisons de vouloir exon?rer son protecteur. Quoi qu’il en soit, tout le monde hurlait, l’incendie se d?cha?nait, et les soldats romains savaient que, conform?ment aux lois de la guerre, une ville qui avait r?sist? aussi opini?trement ne pouvait que s’attendre ? ?tre mise ? sac.

Faisant mine de ne pas avoir entendu Titus, ils exhort?rent m?me leurs camarades ? jeter davantage de combustible dans les flammes. Les l?gionnaires ?taient si imp?tueux que beaucoup finirent pi?tin?s ou br?l?s dans leur ru?e sanguinaire et leur soif d’or, dont ils pill?rent de telles quantit?s que son prix chuta bient?t dans tout l’Orient. Titus, incapable de ma?triser l’incendie et fort probablement soulag? ? la perspective de sa victoire finale, progressa dans le Temple en flammes jusqu’au Saint des Saints. M?me le grand pr?tre n’?tait autoris? ? y p?n?trer qu’une fois par an. Aucun ?tranger n’en avait souill? la puret? depuis Pomp?e, le g?n?ral et homme d’?tat romain, en 63?av. J.-C.?Mais Titus regarda ? l’int?rieur et ??contempla le sanctuaire avec son contenu, tr?sor bien sup?rieur ? ce que la renomm?e avait publi? ? l’?tranger??, ?crit Flavius Jos?phe, et ??non inf?rieur ? sa glorieuse r?putation parmi les gens du pays??. Aussi ordonna-t-il aux centurions de frapper les soldats qui r?pandaient l’incendie, mais ??leurs passions ?taient trop vives??. Alors que le sinistre gagnait le Saint des Saints, Titus fut emmen? par ses officiers qui le mirent en s?curit?, ??et personne n’emp?cha plus les troupes d’activer l’incendie??.
Au beau milieu des flammes, les combats faisaient rage. Des J?rusal?mites affam?s, ?berlu?s, erraient et, d?sempar?s, franchissaient les portes calcin?es. Des milliers de civils et de rebelles se rassembl?rent sur les marches menant ? l’autel, pr?ts ? se battre jusqu’au dernier ou simplement ? mourir sans espoir. Les Romains euphoriques leur tranch?rent la gorge ? tous comme s’il s’?tait agi d’un gigantesque sacrifice humain, jusqu’? ce qu’??autour de l’autel une multitude de cadavres s’amonc[elle]??, le sang d?goulinant sur les marches. Dix mille juifs p?rirent dans le Temple en feu.

Les ?normes pierres et les solives se fendaient avec un bruit semblable au tonnerre. Flavius Jos?phe assista ? la mort du Temple?:

Le cr?pitement des flammes d?cha?n?es se m?lait aux g?missements de ceux qui tombaient?; la hauteur de la colline et la grandeur de l’ouvrage incendi? donnaient l’impression que la ville enti?re br?lait. ? cela s’ajoutait un bruit terrible qu’on ne peut imaginer, fait de la clameur victorieuse des l?gions romaines s’?lan?ant en masse, des hurlements des factieux pris dans un cercle de fer et de feu, de la fuite ?perdue du peuple, surpris sur la hauteur, tombant avec stupeur sur les ennemis et poussant des lamentations dans sa d?tresse. Aux cris des Juifs de la colline se m?laient ceux de la multitude r?pandue dans la ville. Beaucoup, d?j? ?puis?s par la faim, devenus silencieux en voyant le Temple en flammes, retrouv?rent des forces pour g?mir et pour crier. L’?cho de la P?r?e et des montagnes des alentours redoublait l’intensit? du bruit. Mais les souffrances ?taient plus affreuses encore que le tumulte?; il semblait que la colline du Temple, parmi ces flammes qui l’enveloppaient de toutes parts, bouillonn?t jusque dans ses fondements.
Le mont Moria, une des deux hauteurs de J?rusalem, o? le roi David avait plac? l’Arche d’alliance et o? son fils Salomon avait ?rig? le premier Temple, n’?tait plus que ??feu br?lant de toutes parts??, tandis qu’? l’int?rieur le sol ?tait couvert de cadavres. Mais dans leur triomphe, les soldats les foul?rent au pied. Les pr?tres r?sist?rent, certains se jetant dans la fournaise. Alors, les Romains en furie, voyant que le Temple int?rieur ?tait d?truit, se saisirent de l’or et du mobilier, et emport?rent leur butin avant de mettre le feu au reste du complexe.

Pendant que la cour int?rieure br?lait, l’aube approchant, les rebelles rescap?s perc?rent les lignes romaines dans le labyrinthe des cours ext?rieures, quelques-uns se r?fugiant dans la ville. La cavalerie romaine contre-attaqua, extermina les insurg?s et mit le feu aux salles du tr?sor du Temple, qui regorgeaient des richesses fournies par la taxe du Temple que versaient tous les juifs, d’Alexandrie ? Babylone. Ils y trouv?rent six mille femmes et enfants blottis l? dans l’attente de l’Apocalypse. Un ??faux proph?te?? avait plus t?t proclam? qu’ils d?c?leraient les ??signes miraculeux de leur d?livrance?? dans le Temple. Les l?gionnaires se content?rent d’incendier les couloirs, et tous moururent br?l?s vifs.
Les Romains apport?rent leurs enseignes sur la montagne sacr?e, y offrirent des sacrifices ? leurs dieux et salu?rent Titus du titre d’imperator, commandant en chef. Des pr?tres se cachaient encore dans le Saint des Saints. Deux d’entre eux se jet?rent dans les flammes, et l’un parvint ? faire sortir les tr?sors du Temple – les aubes du grand pr?tre, les deux cand?labres d’or, ainsi que des sacs de cannelle et de graines de cassier, des ?pices que l’on br?lait chaque jour dans le Sanctuaire. Quand les autres se rendirent, Titus les fit ex?cuter, car ??il convenait ? des pr?tres de p?rir avec leur Temple??.
J?rusalem ?tait, et est encore, une ville de tunnels. Aussi les rebelles se volatilis?rent-ils dans les sous-sols, tout en tenant toujours la Citadelle et la ville haute, ? l’ouest. Il fallut ? Titus un mois de plus pour conqu?rir le reste de la cit?. Quand elle tomba, les Romains et leurs auxiliaires syriens et grecs ??se r?pandirent dans les ruelles. ?p?e ? la main, ils massacr?rent sans distinction tous ceux qu’ils croisaient et incendi?rent les maisons avec tous ceux qui y avaient trouv? refuge??. La nuit, quand la tuerie cessa, ??le feu s’assura la ma?trise des rues??.

Titus parlementa avec les deux chefs de guerre juifs sur le pont qui franchissait la vall?e entre le Temple et la ville, et leur offrit la vie sauve en ?change de leur reddition. Ils refus?rent. Il ordonna que la Ville basse, o? presque toutes les maisons ?taient pleines de cadavres, soit pill?e et incendi?e. Quand les chefs de guerre j?rusal?mites se repli?rent sur le palais d’H?rode et la Citadelle, Titus fit creuser des sapes et, le 7 du mois d’Elul, ? la mi-ao?t, les Romains prirent les fortifications d’assaut. Les insurg?s se battirent dans les tunnels jusqu’? ce qu’un de leurs chefs, Jean de Gischala, d?pose les armes (il fut ?pargn?, mais fut condamn? ? un emprisonnement ? vie). L’autre chef, Simon ben Giora, ?mergea d’un tunnel sous le Temple drap? d’une robe blanche, et eut l’insigne honneur de jouer un r?le de premier plan dans le triomphe de Titus, le d?fil? de la victoire ? Rome.
Dans le d?sordre et la destruction m?thodique qui s’ensuivirent, un monde disparut, ne laissant derri?re lui que de rares instants fig?s dans le temps. Les Romains massacr?rent les vieux et les infirmes?: le squelette d’une main de femme, trouv?e sur le seuil de sa maison incendi?e, constitue une preuve de la panique et de la terreur qui r?gnaient alors?; les cendres des demeures du quartier juif r?v?lent la violence des flammes. Deux cents pi?ces de bronze ont ?t? retrouv?es dans une boutique de la rue qui passait sous les degr?s monumentaux du Temple, sans doute enfouies l? dans les derni?res heures de la chute de la ville. Bient?t, m?me les Romains furent las du carnage. Les J?rusal?mites furent rassembl?s dans des camps de regroupement install?s dans la Cour des femmes du Temple, o? ils furent pass?s au crible?: les combattants furent tu?s?; les vigoureux envoy?s travailler dans les mines d’?gypte?; les jeunes et les plus beaux vendus comme esclaves, les autres choisis pour mourir face aux lions du cirque ou pour ?tre pr?sent?s lors du triomphe.

Flavius Jos?phe chercha parmi les prisonniers, dans un ?tat pitoyable, qui ?taient r?unis dans les cours du Temple, et retrouva son fr?re ainsi que cinquante amis que Titus l’autorisa ? remettre en libert?. Ses parents ?taient sans doute morts. Mais il reconnut trois de ses amis parmi les crucifi?s. ??Mon cœur saignait et je m’en ouvris ? Titus??, qui ordonna qu’ils soient descendus de leurs croix et confi?s aux soins des m?decins. Un seul surv?cut.
Titus d?cida, comme Nabuchodonosor, d’?radiquer J?rusalem, d?cision dont Flavius Jos?phe rejette la faute sur les rebelles?: ??La r?bellion a d?truit la ville et les Romains ont d?truit la r?bellion.?? Le nivellement du Temple, le monument le plus impressionnant d’H?rode le Grand, dut constituer un formidable d?fi en termes d’ing?nierie. Les ?normes pierres de taille du Portique royal s’abattirent sur les nouveaux dallages en contrebas, et c’est l? qu’on les retrouva pr?s de deux mille ans plus tard, formant un tas colossal o? elles ?taient tomb?es, dissimul?es sous des si?cles de d?bris. Les gravats furent jet?s dans la vall?e jouxtant le Temple et commenc?rent ? combler le ravin, aujourd’hui presque invisible, qui s?parait le mont du Temple de la ville haute. Mais les murs de sout?nement du mont du Temple, dont le mur occidental actuel, r?sist?rent. Les spolia, les pierres tomb?es du Temple et de la cit? d’H?rode, encore partout pr?sentes dans la ville, furent utilis?es et r?utilis?es ensuite pendant plus d’un mill?naire par tous les conqu?rants et b?tisseurs de la ville, des Romains aux Arabes, des crois?s aux Ottomans.

Nul ne sait combien de gens moururent ? J?rusalem, et les historiens antiques font g?n?ralement peu de cas de l’exactitude des chiffres. Tacite dit que six cent mille personnes vivaient dans la ville assi?g?e, tandis que Flavius Jos?phe, lui, parle de plus d’un million. Quelle que f?t la r?alit?, leur nombre ?tait consid?rable, et tous moururent de faim, furent tu?s ou vendus en esclavage.

Titus se lan?a dans une macabre tourn?e victorieuse. Sa ma?tresse B?r?nice et son fr?re le roi le re?urent dans leur capitale, C?sar?e de Philippe, aujourd’hui sur le plateau du Golan. L?, il regarda des milliers de juifs se battre entre eux et contre des animaux sauvages – ? mort. Quelques jours plus tard, il assista ? l’ex?cution de deux mille cinq cents autres prisonniers dans le cirque de Césarée maritime et d’autres encore furent massacrés par jeu à Beyrouth avant que Titus ne rentre à Rome célébrer son triomphe.


Non-violence: Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix (James’s epistle is still relevant for today as it speaks to issues of how Christians should respond to injustice)

11 octobre, 2014
https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xfp1/v/t1.0-9/10690013_4785735338343_7769564921204604104_n.jpg?oh=17131eaac71635b1f283f694486bf4ab&oe=54B27D59https://i1.wp.com/www.mehach-magazine.com/wp-content/uploads/2014/10/Kailash-Satyarthi-800x516.jpgLaissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 14)
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 5)
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Jésus (Matthieu 5: 10-12)
Celui qui a dit: Tu ne commettras point d’adultère, a dit aussi: Tu ne tueras point. Or, si tu ne commets point d’adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi. Jacques 2: 11
Vous convoitez, et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Jacques 4: 2
A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. (…) Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos coeurs au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté. Jacques 5: 1-6
Si vous avez dans votre coeur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions. La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix. Jacques 3: 14-18
Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix une semence qui aura pour fruit ce qui est juste. Jacques 3: 18 (Bible du semeur)
Mais beaucoup d’entre eux, encouragés par l’impunité, se tournèrent au métier de brigand ; dans toute la contrée ce ne furent que pillages et soulèvements, fomentés par les plus audacieux (…) Des individus vagabonds et fourbes, qui ne cherchaient que changements et révolutions sous le masque de l’inspiration divine, poussaient la multitude à un délire furieux et l’entraînaient au désert, où Dieu, disaient-ils, devait leur montrer les signes de la liberté prochaine (…) A peine ce mouvement réprimé, l’inflammation, comme dans un corps malade, reparut sur un autre point.  Les imposteurs et les brigands se réunirent pour entraîner à le défection et appeler à la liberté un grand nombre de Juifs, menaçant de mort ceux qui se soumettaient à la domination romaine et déclarant qu’ils supprimeraient de force ceux qui acceptaient volontairement la servitude. Répartis par bandes dans le pays, ils pillaient les maisons des principaux citoyens, tuaient les propriétaires et incendiaient les bourgades. Toute la Judée fut remplie de leur frénésie, et de jour en jour cette guerre sévissait plus violente. Flavius Josèphe
The modern world is not evil; in some ways the modern world is far too good. It is full of wild and wasted virtues. When a religious scheme is shattered (as Christianity was shattered at the Reformation), it is not merely the vices that are let loose. The vices are, indeed, let loose, and they wander and do damage. But the virtues are let loose also; and the virtues wander more wildly, and the virtues do more terrible damage. The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. The virtues have gone mad because they have been isolated from each other and are wandering alone. G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
We treasure the precious words of Hizbullah and your expression of goodwill towards the American people. Also, we praise your initiative for dialogue and mutual understanding. We cherish these statements that bring us closer to you. As an elder of our church, I’d like to say that according to my recent experience, relations and conversations with Islamic leaders are a lot easier than dealings and dialogue with Jewish leaders. Ronald Stone (Presbyterian leader)
Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne. Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance. (…) La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme). Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie. Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus. L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident. Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ? Brice Couturier
L’exécution de James Foley (…) Ça a provoqué une indignation générale des pays occidentaux. Bon, moi, j’ai été préoccupé par la lapidation d’Albert Ebossé, vous savez, ce footballeur camerounais, là, qui s’est fait allumer sur un stade. Bon, il s’est pris une caillasse en Algérie (…) Les cadres de la mafia des Rothschild (…) Ils ont tous condamné la barbarie de ce crime ignoble. Apparemment, la décapitation en mondovision sur Internet, c’est pas leur truc (…) Khadafi, son exécution où il s’est fait lyncher moins qu’un chien, tu sais, non, ça ça passe, Saddam Hussein, sa pendaison, pareil, mais là, James Foley, ça n’est pas passé (…) Moi, ce que je trouve étrange, c’est que la décapitation, ça symbolise avant tout le progrès, l’accès à la civilisation. (…) C’est pour ça que j’ai pas compris, en France, on a quand même décapité en place publique, devant le peuple. C’est pour ça que je suis étonné qu’aujourd’hui on fasse tout ce foin (…) Vous savez que je suis originaire du Cameroun (…) Bon, je suis né dans les années 60 et regardez ce qui se passe (…) la décapitation, c’était bien vu (…) Vous voyez tout autour des têtes coupées (…) , eh bien, il y a l’armée française, enfin la civilisation qui est venue nous apporter quoi ? Le progrès (….) Donc pour progresser, on peut pas faire l’économie de certains sacrifices (…) C’est pour ça,  je voudrais m’adresser aux parents de James Foley (…) je voudrais leur dire (…): détendez-vous, c’est-à-dire vous commencez à accéder à la civilisation (…) en réalité, tout va bien. (…) A chaque époque ses pratiques. Avant, c’était la pendaison aux Etats-Unis (…) on pendait des nègres un peu partout dans la rue aux réverbères (…) Moi, je suis contre la violence mais quand elle se présente, il faut s’adapter … Y a même pépé Aznavour qui s’y est mis (…) « Oeil pour oeil, dent pour dent », l’autre, carrément: « vous égorgez, les islamistes, on vous égorge ». Au nom du Christ, tu parles ? (…) Jésus a jamais demandé à ce qu’on égorge des gens enfin !En son nom ! (…) Jésus nous a appris autre chose, Jésus nous a appris le pardon … (…) ebola (…) J’ai l’impression qu’il y a vraiment un programme d’extermination qui est en train d’être mis en place … Dieudonné
On ne discute pas avec des étrangleurs. (…) on fait comme eux: vous égorgez, on égorge. Alors là, c’est oeil pour oeil dent pour dent ! Charles Aznavour
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
I don’t reject Christ. I love Christ. It’s just that so many of you Christians are so unlike Christ. Oh, I don’t reject Christ. If Christians would really live according to the teachings of Christ, as found in the Bible, all of India would be Christian today. Gandhi
Le 9 octobre 2012, les talibans m’ont tiré sur le côté gauche de mon visage. Ils ont tiré sur mes amis aussi. Ils pensaient que les balles allaient nous faire taire. Mais ils ont échoué. Et puis, sur ce silence se sont élevées des milliers de voix. Les terroristes pensaient qu’ils pourraient nous faire changer d’objectifs et arrêter nos ambitions mais cela n’a rien changé dans ma vie, sauf ceci: la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts. La force, la puissance et le courage sont nés. (…)  Chers frères et sœurs, je ne suis contre personne. Je ne suis pas non plus ici pour parler en termes de vengeance personnelle contre les talibans ou contre tout autre groupe de terroristes. Je suis ici pour parler du droit à l’éducation de chaque enfant. Je veux de l’éducation pour les fils et les filles de tous les extrémistes, en particulier les Talibans. Je n’ai même pas de haine contre le Talib qui m’a tiré dessus. Même si j’avais une pistolet en main et qu’il se trouvait en face de moi, je ne lui tirerait pas dessus. C’est la compassion que j’ai apprise de Mohammed, le prophète de la miséricorde, que j’ai apprise de Jésus-Christ et de Bouddha. C’est l’héritage du changement que j’ai hérité de Martin Luther King, de Nelson Mandela et de Muhammad Ali Jinnah. C’est la philosophie de la non-violence que j’ai apprise de Gandhi Jee, de Bacha Khan et de Mère Teresa. Et c’est le pardon que mon père et la mère m’ont appris. Et c’est ce que mon âme me dit, soit pacifique et aimant pour tout le monde. Malala
Malala Yousafzaï (…) devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive. Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier. Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ». L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »  Le Monde
Showing great personal courage, Kailash Satyarthi, maintaining Gandhi’s tradition, has headed various forms of protests and demonstrations, all peaceful, focusing on the grave exploitation of children for financial gain. He has also contributed to the development of important international conventions on children’s rights. Nobel committee
This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour. The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. Satyarthi (Save Child Movement)
I thanked President Obama for the United States’ work in supporting education in Pakistan and Afghanistan and for Syrian refugees. I also expressed my concerns that drone attacks are fueling terrorism. Innocent victims are killed in these acts, and they lead to resentment among the Pakistani people. If we refocus efforts on education it will make a big impact. Malala Yousafzai
It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. Tariq Khattak (Pakistan Observer)
Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes. Adam Nossiter
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées. Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie. Pierre Haski
Yes, I am amazed by Malala. How can one not be? Her courageous young body, shattered by Taliban bullets, her strong, kind stance in that Jon Stewart interview everyone on my Facebook timeline shared.. It is hard not to be moved by her. But she is but one courageous person. Fortunately for the world, there is no shortage of such brave, courageous individuals. In fact, there is an abundance of them, especially in poor, authoritarian countries. If you think Malala is rare, that is probably because you have not spent much time in such countries. Most Malala’s, however, go nameless, and are not made into Western celebrities. (That interview’s most telling moment was when Jon Stewart said “I want to adopt you” to her right after she repeatedly mentioned how great her own father was–such a striking sentiment in which our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore). What the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people. Everyday. Little by little. But without which lives are shattered and countries crumble (as they do now) (…) activism and social justice too often gets reduced to celebrity culture. Angelina Jolie visits refugee camps–good for her, but the crucial work of providing clean water to thousands of people trapped in such unsanitary conditions gets underfunded, and children die of cholera. No country takes in the refugees. Diseases spread, hunger and cold settle in. But by then, the celebrity has moved on, the cameras have moved on, and those under-appreciated bureaucrats, technicians, the planners, the institutions that improve lives of millions of people, everyday, get dismissed, underfunded, even ridiculed. Hey, they are just bureaucrats and technocrats! Yes, one by one, they are just that. But as institutions they are what the world needs much, much more of. Just in case you feel compelled to point out, I am well aware of the shortcoming of multilateral organizations. Overpaid staff and lack of accountability are real issues. But that does not take away from the fact that more institutional capacity with better oversight and principles is the gaping hole in a world in which almost all our major problems are internationalized, at least to a degree, and yet our institutions and tools remain woefully, dramatically inadequate. (…) Multilateral capacity within a framework of international law (yep, I’m bored typing it) is the only way forward because the other alternatives are whims of existing powerful nations, or celebrity moments on television which make us feeling good, but not much more than that. So (…) work of organizations (…) help keep future brave young Malala’s alive and thriving so that they don’t have to be heroes, but can be the children that they deserve to be. Zeynep Tufekci
While the (somewhat inexplicable) prestige of the Nobel can certainly bring attention to worthy individuals, there’s less evidence to suggest it helps their causes. For instance, the prize given to human rights activist Liu Xiaobo in 2010 has probably made it less likely that Chinese authorities will let him out of prison. Some also find the western media’s fascination with Yousafzai a little troubling. When she was passed over for the prize last year, blogger and technology researcher Zeynep Tufekci argued in a widely read post that in the Malala narrative “our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore.” Whereas, she continued, “what the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people.” There is something irritatingly smug and condescending about some of the coverage of “the bravest girl in the world.” It was a particular low point when, on The Daily Show, Jon Stewart said “I want to adopt you” to a young woman who’s spoken very publicly about the support she’s received from her father—a pretty brave guy in his own right. But that’s our problem, not hers. My guess is that someone’s who’s comfortable telling the president of the United States to his face that his military policies are fueling terrorism isn’t going to let herself be reduced to a cuddly caricature. Joshua Keating
For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. » That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan. Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan. Elias Groll
Jacques accuse-t-il sérieusement ses lecteurs de meurtre ? Douglas J. Moo
James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder! This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus. I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? » James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor, and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades. So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.
The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle. (…) James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice. Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance. James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”. Jim Reiher 

Attention: une violence peut en cacher une autre !

Crucifixions, décapitations, attentats-suicide, assassinats …

Travail des enfants, servage et esclavage modernes, écarts de plus en plus criants entre riches et pauvres, formidable croissance économique se faisant au prix de la vie des plus faibles et notamment des enfants …

Militant ayant arraché, parfois au péril de sa vie, quelque  80 000 enfants à l’exploitation et au servage, adolescente de 17 ans, qui, malgré la balle en pleine tête qui aurait dû lui ôter la vie il y a deux ans, continue à prôner l’amour des ennemis …

En ces temps étranges du retour massif des crucifixions et égorgements au couteau de boucher comme du sacrifice d’enfants

Mais où se voient aussi récompenser, au plus haut niveau, la cause des enfants et la tradition du « Christ indien« …

Pendant qu’en Occident même, nos jeunes sont de plus en plus tentés de s’engager dans de véritables brigades internationales du djihad, certains se font les apologues de la brutalisation en cours ou, y compris parmi nos Eglises, appellent ouvertement au soutien des pires mouvements terroristes ou d’autres au contraire prônent le retour à la loi du talion

Et que d’autres, face aux équipes médicales venues les traiter pour le sida ou le virus ebola, voient des complots partout …

Comment, y compris dans ses pires dérives (comme par exemple l’inversion diabolique des rôles où un Israël ayant enfin recouvré sa terre se voit, face à des groupes terroristes à visée proprement génocidaire, taxé d’ « occupant »), ne pas voir l’incroyable triomphe de la singulière tradition biblique du souci de l’autre et du plus faible ?

Mais aussi, comme le rappellait récemment le bibliste américain Jim Reiher, la brûlante actualité, étendue bientôt à la planète entière, d’un texte comme l’Epitre de Jacques jusqu’ici réduite à une vulgaire « épître de paille » (Luther) ou à un « petit livre de Proverbes » ?

Du moins si on lui restitue, comme le fait brillamment Reiher, son contexte pré-insurrectionnel de la Judée des années 40 après Jésus-Christ …

Où, sur fond d’occupation du pays et d’exploitation extrême des plus faibles, pullulaient toutes sortes de mouvements terroristes et d’imposteurs ..

Et où croissait, un siècle après la révolte maccabéenne et une génération avant l’insurrection zélote qui allait provoquer la destruction du temple de Jérusalem, la tentation de prendre les armes devant tant d’injustice jusque chez les émules du Christ lui-même …

D’où du coup, contre la rapacité des riches et la violence zélote, l’enfin compréhensible véhémence des attaques du frère du Christ ?

Violent Language– a clue to the Historical Occasion of James

Jim Reiher

Evangelical quaterly

19 September 2013

Introduction

The thesis of this paper is that there is an identifiable historical occasion behind the letter of James which can be supported by internal evidence. James, it will be argued, wrote for a purpose. In fact, he wrote for a pressing and urgent reason. The epistle is much more than just a collection of wise sayings, or pearls on a string lacking a compelling historical setting that caused James to write.[1]

Some form critics will disagree. Dibelius, for example, wrote: « not every admonition in James is prompted by a concrete situation in the life of the church. »[2]  He adds: « inferences cannot be drawn from the occurrence of isolated technical terms. »[3] His reason for this position is the genre he has decided for the writing: « relatively little material is ever found in paraenesis which makes possible such a delineation. »[4] This underlying assumption of Dibelius colours everything he sees in James. « All . . . judgements regarding the circumstances of the origin of James must take their departure from the paraenetic character of the writing. »[5]

Indeed, one has to be careful not to treat words and phrases in a vacuum. However, it is acceptable to study significant terms used by an author, in the context of the writing as a whole, and to see if the terms used can fit neatly into a certain historical occasion. The assumptions of Dibelius’ paraenesis are highly questionable.[6] From a redaction critical basis, the words in context must be investigated to see if they assist in identifying the occasion to the epistle.

An occasion behind the epistle of James

J.H. Ropes has said that “The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs. . . . There is no indication of war or of public calamity. »[7]  Ropes is a celebrated theologian and his commentary on James is still used. However, I would suggest that he is incorrect in this analysis. This paper will demonstrate support for the thesis that James wrote his letter because the times he was living in were dangerous and violent. Christian Jews were being tempted to use the world’s methods (violence, revenge, war) to solve their problems (4:1-4).

This letter was written, arguably, in the late 40’s or early 50’s AD.[8]  If James the brother of the Lord, was the author of this epistle, then he wrote in those troubled times.[9] From his perspective in Jerusalem, he was witnessing conflict and turmoil. Injustice and corruption was rampant from both Roman administrators as well as from wealthy Jews exploiting weaker ones. Jewish Christians were witnessing oppression and injustice and some of them were tempted to, and did, respond with violence. Numerous social bandit movements were emerging, seeking revenge for injustice, or plunder for compensation.[10] Before and after Agrippa’s rule, there was growing unrest. Martin Noth highlights the excesses of Caligula in AD 39, as the real starting point for the early expressions of the zealot movement.[11] It did calm down a little during Agrippa’s few years, but as soon as there was a return to direct Roman rule, it picked up again. As Reicke has written: « The glory of Herod’s kingdom, restored according to strict religious principles . . . had suddenly to vanish. From the very outset, therefore, the Jews detested their new guardians. »[12]

Josephus records numerous stories and examples of the growing violence and oppression in Palestine during the late 40’s and for the next 20 years, right up to war with Rome. Cumanus (governor from AD 48-52) is blamed by Josephus for beginning the troubles that eventually led to the war with Rome.[13] Religious extremists fought what they perceived as injustice and religious insults: some 10,000 citizens perished in one incident of religious indignation during a gathering for the feast of unleavened bread.[14] Around the same time, robbers “fell upon and seized” furniture being transported by a servant of Caesar called Stephen.[15] It led to the unjust rounding up of local villagers on the accusation they had not tried to capture the culprits. During this rounding up, a soldier was seen tearing up and burning a book of the Law.[16]  There was such religious indignation over this incident that it led to a huge multitude demonstrating and assembling outside Cumanus’ residence demanding punishment. Josephus states: “the Jews were in great disorder, as if their whole country were aflame, and assembled themselves so many of them by the zeal for their religion.”[17] In this incident, Cumanus saw too large a crowd to subdue, so he executed the offender. The story demonstrates how religious zeal could lead to disorder and violent commotion. Misdirected religious anger was expressed in violence and tumult. And it did not stop there. More troubles are described during the time of Cumanus that blur religious zeal, ethnic pride, and covetousness, and Josephus sums up what was happening with: “there were a great number who betook themselves to robbing in hopes of impunity, and rapines and insurrections of the bolder sort happened over the whole country”.[18]

The following governors did not help the situation. Under Felix (AD 52-58), “the affairs of the Jews grew worse and worse continually; for the country was again filled with robbers and imposters who deluded the multitude.”[19]  Felix even employed some ruthless robbers and assassins to kill the high priest Jonathan.[20]  This emboldened these and other robbers to greater acts of daring, feeling they had immunity.[21] Religious Jews were hoodwinked into following such people: “…these imposters and deceivers persuaded the multitude to follow them into the wilderness, and pretended that they would manifest wonders and signs, that should be performed by the providence of God.”[22] Religious zeal and insurrection were easily joined then, (as now).

It did not settle down. One incident might momentarily subside, only to be followed by more trouble. Jospehus describes it thus: “Now when [one incident] quieted, it happened as it does in a diseased body, that another part was subject to an inflammation; for a company of deceivers and robbers got together, and persuaded the Jews to revolt, and exhorted them to assert their liberty, inflicting death on those that continued in obedience to the Roman government…[so] they lay in wait up and down the country, and plundered the houses of the great men, and slew the men themselves and set the villages on fire; and this till all Judea was filled with the effects of their madness. And thus the flame was every day more and more blown up, till it came to a direct war.”[23]

Jewish Christians would have been faced with a pressing dilemma. As Townsend has said: “There was no escape from the problem. Whether they wished to or not, every Jew in Palestine was forced to take some sort of stand regarding the issue.”[24] These early growing zealot movements were popular, and for some could even seem « godly ». We have seen from Josephus how there was a blurring between religious zeal, nationalistic ambitions, envy and revenge. Some violent Jews might have even compared themselves to the famous Maccabee family: the Maccabee family were fighting corruption and injustice, and were religious Jews.[25]

Nationalistic Jews, including Christian Jews, would have been tempted to join or support social banditry groups.[26] James knew that good Jews were joining, or sympathising with, such political factions.[27] He knew that these groups had appeal. He was deeply concerned with the possibility that some Jewish Christians were compromising the Christian message and participating in this worldly option of using violence to address injustice. He wrote making it very clear that a Christian cannot be a part of such activity. A Christian must not murder[28], rob[29], join in violent uprisings[30], or join extreme political factions[31]. Rather, the Christ-follower should live like Christ: be a non-violent activist[32], caring for those in need and suffering,[33] but not succumbing to worldly ways while doing that[34].

James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth.

Such is the proposed setting behind the epistle of James. A careful consideration of numerous terms and phrases used in the epistle will demonstrate a violent backdrop behind this letter, that is consistent to the historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD.

James’s crescendo of teaching to avoid using violence when confronted by injustice

1) Be slow to anger

“Everyone should be quick to listen, slow to speak and slow to become angry, for man’s anger does not bring about the righteous life that God desires. » 1:19,20.

James Chapter 1 has been effectively setting the stage for the whole letter. In fact the three themes of the last two verses of this chapter summarise his deep concerns that will recur throughout the letter: guard your tongue; care for those being exploited and suffering; and in the process, keep yourself unstained by the world. James in particular defines “true religion” as embracing the final two of those themes; care for the poor and exploited, and don’t become like the world, in the process.

When Christians face injustice and poverty, cruelty and exploitation,[35] it is tempting to respond in anger and violence. James sees this, however, as blatantly inconsistent with their faith in Jesus Christ. James wants his readers to care about the “widow and the orphan” (a phrase for the poor, the suffering, and the exploited), and he is distressed at injustice (eg. 5:1-5). Nevertheless, James wants his readers to respond to injustice with the character of Christ. He wants them to offer practical assistance to the poor, but at the same time to care in ways that are “not of this world”. He wants a response built on practical help (1:27; 2:14-16), non-violence (1:19,20; 2: 10-13; 3:17,18; 4:1-10), a guarded tongue that does not judge (1:26; 2:12, 14-17; 3:1-12; 4:11-16; 5:9,12), mixed with prayer (1:6-8; 4:2,3,8; 5:4,13-18) and longsuffering (1:3-4;  5:13-18). The world might say: “kill your enemies and take back what is rightly yours”. Even the famous Maccabees from James’ recent Jewish history, used such violent methods. But not so James. He wants his Jewish Christian readers to respond not like a Judas Maccabee, but rather like a Jesus Christ.

In Chapter 1:19,20 James reminds his readers that they must not become angry easily. They should be “slow to anger”. This comes just after the passage about not falling into error, and realising that all truly good gifts come from God. Continuing the thought that we can fall into error, he adds these verses. The term for anger refers to a « mental bent, impulse, anger, indignation, wrath. »[36] Stahlin defines it as wrath with deliberation, as distinct from sudden passionate boiling up of rage.[37] Temptations for worldly desires can lead quite naturally to a lack of listening, an overabundance of the wrong kind of speech and a snowballing of wrath from it all. Focusing on worldly desires can lead to wrathful actions that come from deliberation – well thought out and planned.

The word “righteousness”, (dikaiosune) is equally translated as “justice”.[38] Both options are available to the reader. To the Jewish Christian readers of the first century, they were virtually synonyms. For us today, popular use tends to make “righteousness” more a personal holy walk with God – a kind of inner spirituality and piety. “Justice” to the modern ear, tends to mean social justice: people not being exploited or dominated, ripped off or left in poverty. While we might compartmentalise such definitions (one is personal, the other communal) that was not the way the first century Christian Jew read the word. To be “righteous” meant to do “justice”. One could not separate social implications and relationships, from inner holiness or personal piety.

Therefore, here, when we read that the anger of humans does not bring about the righteous life that God requires, it is not limited to the inner personal life of the individual believer. A deliberated anger that builds up and plans its response, does not bring about justice in the world around you.

2) Adultery and Murder

« For he who said `Do not commit adultery’ also said ` Do not murder.  » 2:11.

We noted above that Ropes wrote: « The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs . . . there is no indication of war or of public calamity ».[39]  The verse before us (2:11) is just one of a number of important examples that demonstrates the violent backdrop behind the epistle of James.[40]

This first (but not last) use of this word ‘murder’ by James is an illustration that he gives after he highlighted hypocrisy in the lives of those who show partiality. His readers have a way of fawning around the wealthy, while at the same time, ignoring the poor. James can not accept that. Some Jewish Christian congregations are going out of their way to pamper the very people who are responsible for some of the injustices against the Christian community. The practice of partiality demonstrated evil motives and intent. It was sinful behaviour (2:9). James was distressed and angry. How could they be so mistaken in what was appropriate Christian behaviour? James’ concern for the poor is obvious. James is led to offer an illustration to show that being only “partly law-abiding” is not good enough. Being only partly righteous in keeping the commands of God, is inadequate. You can not do one thing right, while showing partiality against the poor. James wants an example or illustration, to drive the point home his point, and the example he gives is fascinating. His illustration reminds the reader that he is also angry about the use of violence. He wants Christians to care for the poor: to not show partiality. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder!

This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus.[41] I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? »

James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor,[42] and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements[43]. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades.

So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.

3) Bitter zeal, and allegiances with extreme political factions

« But if you harbour bitter zeal and rivalry/faction serving in you hearts, do not boast about it or deny the truth. . . . For where you have zeal and rivalry/faction serving,there you find anarchy/sedition/insurrection and every worthless practise. » 3:14-16.

We are now well and truly in the climax of the epistle[44] (3:13 – 4:10). It is all about living non-violent lives, (very different to the adulterous ways of the world), as one is confronted by injustice.

The Greek word for « bitter or harsh zeal »[45] should not be missed. Bauer adds in his definition, « embittered. »[46] Some zeal is legitimate (eg. Rom. 12:11) but some zeal is worldly, and devilish. James describes the latter type as « bitter » or « harsh. » Social banditry groups that grew and evolved to become the Zealot movement, were examples of this “bitter zeal”. It could justify murder, hatred, robbery, revenge and violence. For James there is no question about its source. No matter how much false teachers might say they were being led by God, for James, the fact is that they were being led by a wisdom of the world.

Interestingly, Ropes admits the term is best interpreted as « harsh zeal » or « fanatical devotion to a cause, » but he limits it here to a fanatical devotion of some Christians to wanting to view their own opinions.[47] Such a restrictive interpretation is ignoring the very real social setting of Palestine in the 40’s -60’s AD. Of course, Ropes and others have decided to date James late (for reasons that have lost credibility over the decades[48]) and this demands a weakened application of terms like this.

The second phrase adds to this. « Rivalry » (NIV) or « strife » (KJV), are common English options, but the more full meaning is « the service of a party, party spirit; feud, faction, contentious disposition. »[49] It is a political term: « a self-seeking pursuit of political office by unfair means. »[50] The use of this word adds strength to the suggestion that the context of this letter is at a time when Jews (including Jewish Christians) were tempted to join the politically as well as religiously motivated, social bandit parties or groups.

James explains the outcome of the wrong kind of zeal, and the service of factions or parties: « tumult and every worthless practise. » Perschbacher defines the word for this as « instability, hence an unsettled state, disorder, commotion, tumult, sedition. »[51] Bauer describes it as « disorder, unruliness » and « insurrections. »[52] In the context of political movements and social banditry, this is another important choice of words. James is lamenting that the wrong kind of zeal leads to instability, commotions, seditions and insurrections. The theologian who wants to find no hint of an historical occasion behind this epistle, is ignoring terms such as these. Ropes, for example, gives an honest enough discussion on the term, but makes no conclusion about it. He says of the word, that it has similar associations to our modern word « anarchy, » and that political instability since the time of Alexander was described with that term.[53] He then moves on to discuss v.17 without considering the implications of all this. Without the presupposition of a late date and settled times, one is free to let the term imply its actual meaning.

4) Wars and fighting; coveting and killing

« What causes wars and fighting among you? Don’t they come from your desires that battle within you? You want something but don’t get it. You murder and covet, but you cannot have what you want. You fight and you war.You do not have because you do not ask God. » 4:1,2.

In 4:1,2 we have another of the terms used by James that undermines the claim of Ropes that this letter is written in peaceful times.[54] Concerning the words wars and fighting, Ropes writes: they « cover the chronic and the acute hostility in the [church] community. »[55] However the meanings of the words are stronger than that. ‘Wars’ has a range of possible meanings including: « war, battle engagement, combat . . . battling, strife. »[56] And ‘fighting’ means: « a fight, battle, conflict . . . contention, dispute, strife, controversy. »[57] Bauer, interestingly, sees the particular usage in this verse as « battles and fights » and does not include it in the verses he lists under the softer alternative meaning « strife, conflict, quarrel. »[58] Moo takes Ropes position, and suggests that the terms are being used metaphorically. « The Christians to whom James wrote were obviously engaged in . . . verbal battles. »[59]

While such a view seems to make sense of the preceding material (the misuse of the tongue in 3:1-12), it does not make sense of the most recent material on earthly verses heavenly wisdom (3:13-18). This metaphorical explanation also fails to prepare the reader for the serious charges James levels in 4:4-6 and the explosion of imperatives that bombard the reader in 4:7-10.  Moo does entertain the question: « Is James seriously accusing his readers of murder? »[60] He rejects this, however, although he admits that isolated theologians have argued it. He cites Townsend.[61] Townsend does indeed advocate such a position. He sees James as possibly addressing new Jewish Christian converts who had been active in the zealot movement prior to conversion and who are now being reminded that their previous lifestyle and aggressive activities are inconsistent with their new faith.[62] Moo rejects this on the basis that James is writing about « wars and fighting » as actually « among you » and not about the old lives of new members. In James’ mind, it is happening in the present, not the past.[63] This paper agrees that this is a present tense discussion, but does not reach the same conclusion as Moo. Rather, the Jewish Christians whom James addresses are either actively involved in the early zealot movement or else currently sympathising with their methods. The early zealot movement was making inroads into the Jewish Christian community.[64] As A. Ross admits: “The fanatical Zealots were at all times ready to stir the people to insurrection and murder. . . . Many of the Christians were, no doubt, being contaminated by the corrupt atmosphere around them.”[65] Rendall, also, writing of the words « wars and fighting » observes: “The words used are not applicable to the disagreements and quarrels of a congregation: they refer to fierce and murderous affrays, the `wars and battles’ of rival religious factions.”[66]

The second use of the word for murder, appears in this important passage as well. It reveals the occasion most strongly. Here we see the verse: « You want something but don’t get it. You kill and covet, but you cannot have what you want. » It is not a soft word. Bauer defines it simply as « murder, kill. »[67] Perschbacher agrees: « to put to death, kill, stay, to commit murder. »[68] There is no soft option here. There is no choice for “anger” or “disagreements and quarrels” with this word which is being used to take further his comments in the verse before it. If this verse were not in the text, one might be excused for softening the words in verse 1. But this verse is here, further elaborating the issue that so distresses the author. It is contextual denial in the extreme to make verse 1 take the softer option.

Even Ropes can not deny the meaning of this word in verse 2. Nevertheless he rejects the implication that some people who might read, or hear, this letter were actually killing others or agreeing that it was all right to do so. Instead, he says of 4:2 that while it does mean kill and murder, and « No weaker sense is possible, »[69] he adds:

James is not here describing the condition of any special community, but is analysing the result of choosing pleasure instead of God.. . . . In the use of the second person plural the writer is taking the readers as representative of the world of men in general.[70]

James’ whole chain of thought here is summed up by Ropes as « hypothetical and general. »[71] Ropes offers this as his alternative to seeing a meaningful occasion behind the epistle. However, there is no justification for his conclusion. The « use of the second person plural » does not imply a hypothetical statement. Rather it implies that there are many who need to hear the message, and that the epistle is a circular letter. As Townsend says: « The constant use of the second person plural » stresses « the specificity of the warnings. »[72] Nowhere in the passage 3:13-4:10, do we see James give a hint of a hypothetical address. Ropes is unconvincing in his attempt to bolster his position that there is no specific occasion to the epistle.

What we do have here, is an indication that there is indeed fighting, covetousness and even murder happening – and some Jewish Christians are involved in it. James is speaking to a real life setting. James’ vocabulary leads us to the conclusion that there is something extremely serious and violent happening. He is writing to a very real historical occasion.[73]

5) But Above All

« But above all,  my brothers, do not swear – not by heaven or by earth or by anything else. Let your `yes’ be `yes’ and your `no’ `no’ or you will be condemned. » 5:12.

”But above all”- is an unexpectedly strong introduction for a command about not making oaths. It has led numerous commentators to argue that James does not really mean that this is the most important thing he is writing. Davids says that the phrase should be viewed as an « emphatic epistolary introduction » and « not as referring to the preceding and making 5:12 more important. »[74] Laws sees it as starting a new set of material, not a reflection on preceding matter.[75] Forbes concludes: « the point seems disconnected . . . I prefer to regard it as an important saying of Jesus that simply could not be omitted. »[76] Francis see it as a typical mechanism that letters of the time used in their concluding comments,[77] and therefore sees it as  relatively insignificant to the thematic purpose of the letter. « James 5:12 is a minor addition. »[78]

All these attempts to downplay the importance of “above all” leave the reader feeling as if a square peg has been forced into a round hole. There are only three other times such a phrase is used in the New Testament, and in all three occasions, it introduces a most significant point: the climax of thought, or the high point of a discussion. In Luke 3:20, the writer reflects on how Herod committed much wickedness, and then “above all” the other acts he had committed up to then, he topped off his list by putting John the Baptist in prison. In Col. 3:14 Paul exhorts the readers “and above all these things put on love.” And in I Peter 4:8 (where the Greek is the most like the verse in James – none of the three examples is word for word identical), Peter writes “Above all, love each other deeply.” It is hard to explain any of these away. “Above all” when used by New Testament writers, seems to mean what it says: here is the climax – the main point being made.

Furthermore, if one reflects on the nature of oaths in New Testament times, one is compelled to give this verse more force. Paul Minear, for example, sees the oath passage as very significant. Minear’s thesis points out that the oral-aural culture of Palestine considered oaths in a totally different way to people from cultures like our own.[79] Oaths were deeply significant and revealed much about the character of the person making them. To the good Jew of the first century, « any dishonest word (even when supported by an oath) discloses an atheistic view of the self and world. »[80] For the Christian it was absolutely essential to be completely honest (cf. Acts 5:1-11). Minear states that speech was « the test of inner integrity, and every instance of deceitful speech receives condemnation. »[81] The imperatives concerning oaths are imperatives demanding absolute honesty. James sees this as essential to true Christian faith. Minear notes: « Transparent honesty may have seemed especially difficult and urgent as an expression of patience in the midst of persecution and suffering. »[82]

In fact, this brief comment on oaths may just be one of the high points of the epistle. Participation in different social bandit organisations, involved taking oaths. Consider Acts 23:12 where an oath is used to seal commitment to violence: “The next morning the Jews formed a conspiracy and bound themselves with an oath, not to eat or drink until they had killed Paul. More than forty men were involved in this plot.” Josephus also mentions the fact that zealots used oaths to crystallise and deepen commitment to their cause. Josephus’ Antiquities 15. 8..3-4: “Ten men that were citizens [of Jerusalem] conspired together against Herod and swore to one another to undergo any dangers in the attempt, and took daggers with them under their garments for the purpose of killing Herod. … and this resolution they took, even if they should die for it…”[83] Julius Rappoport writes: « Even if fraudulently obtained . . . or erroneously made . . . the oath was considered inviolable. »[84]

In the light of the importance, and the common use of oaths in Palestine, and examples as above, it is reasonable to conclude that this was a normal practise for many groups, but even more so for zealous violent activists. James may be thinking of this when he exhorts the readers not to make oaths.[85] Consider how in modern countries today, a written signed contract is the final step in sealing commitment to a cause. In the first century Palestine, giving an oath was of the same level of commitment. You would not break an oath. We might say to someone today “whatever you do, above all else, don’t sign that contract until you are absolutely sure you know what you are doing.” Perhaps James had the same attitude concerning oaths and commitment to violent revolutionary groups. It certainly adds a new level of relevance and urgency to the rather lengthy “guard your tongue” passage in the middle of the epistle (3:1-12). “…How great a forest is set aflame by such a small fire!…the tongue … defiles the entire body and sets on fire the course of our life and is set on fire by hell…it is a restless evil full of deadly [literally ‘bringing on death; causing death’] poison…” It is worthy of consideration in the light of his “anti-war and fighting and murder” passage at the start of chapter 4. If the Jewish believer took an oath of allegiance, it could well be, in James’ mind, the final seal of them leaving the Christian faith, or abandoning Christ and his teachings. With this in mind, then, above all could be read as it appears: above all don’t make oaths! Don’t make that final decision. Do not make that final commitment to the wrong thing. James’ could well be thinking specifically of his readers effectively abandoning the faith to join violent revolutionary groups. In the light of all that has been said, don’t make that final permanent commitment to live a way that is the complete opposite of how Jesus taught us to live. Such an interpretation helps make sense of “above all” before it.

The importance of what is being said here is further highlighted by the fact that this is the only direct quote from Jesus in the entire letter. There are of course, many allusions and echoes of Jesus all through the short epistle, but this is the only actual quote (Matthew 5:34-37). James has found a specific Jesus saying to reinforce his point here. It is not enough that he has mustered numerous good arguments against the use of violence. Now that he is at the end of his letter, he wants to drive home the point. Don’t make oaths! The urgency of the plea is reinforced by words from the lips of Christ himself.

Conclusion

The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle.

The above article has demonstrated that James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice.

Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance.

James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”.

Abstract:

The epistle of James is often seen to be nothing more than a New Testament book of proverbial sayings, to live the Christian life by. Form criticism over the last century has reduced James to a collection of pearls randomly strung together in no particular order and with no overarching specific theme or purpose. This paper challenges that view and offers the reader an alternative way of seeing James. It is argued that James wrote in days of social turmoil and injustice, when social banditry groups were growing in Palestine. The very vocabulary used and illustrations made, adds weight to the thesis that James was written during violent times. James wrote in a context where even Jewish Christians were being tempted to join these pre-zealot banditry groups. Indeed some had joined and were participating in violent reprisals against the perpetrators of injustices. James is furious. He calls on Jewish Christians to live like Christ: to be non-violent, peacemakers, practical in their help for those who are suffering, patient and prayerful. He categorically rejects the idea that Christians can use the ways of the world (violence, warring, theft) in their response to poverty and injustice.

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This article appeared in EQ in July 2013: “Violent Language – a clue to the Historical Occasion of James.” Evangelical Quarterly. Vol. LXXXV No. 3. July 2013. I have edited out the Greek words and phrases and replaced them with English words, in bold and italicised.

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Footnotes:
[1]This has been a popular starting point for many authors. Consider for example, William Barclay, The Daily Study Bible, rev. ed., 17 vols. (Philadelphia: The Westminster Press, 1976), Vol 14, The Letters of James and Peter, p. 28.; Martin Dibelius, James, revised by Heinrich Greeven, translated by Michael A. Williams, edited by Helmet Koester (Philadelphia: Fortress Press, 1975), p.3; Simon J. Kistemaker, « The Theological Message of James, » Journal of the Evangelical Theological Society 29 (March 1986):55; and Ralph Bruce Terry, « Some Aspects of the Discourse Structure of the Book of James, » Journal of Translation and Text Linguistics 5 (1992):106,109. Grappling with ones own subjective lens that one reads material through, is a never ending challenge. My own lens is that of a historian: as I read and re-read the epistle my presuppositions undoubtedly filter all I see. And I see a complete and compelling treatise: one that is full of passion and energy. Here is an author who is angry about injustice and poverty, but who is equally angry at Christ-followers who respond to injustice and poverty in an un-Christ-like way. As I read the epistle from start to finish I see recurring themes and common ideas covered in a number of ways. It does not sit as a string of disconnected sayings randomly thrown together. On the contrary it sits as an emotional and powerful response on how to address injustice and poverty. The challenge now, is to test the historical setting and context that I see in the letter, against the actual specific content of that letter, and weigh it against external primary source historical evidence as well.

[2]Dibelius, p. 46. More recent form critics have not been as dogmatic in rejecting evidence of a social setting in James. Consider for example, Leo G. Perdue, “Paraenesis and the Epistle of James,” ZNW 72 (1981):247.
[3]Dibelius, p. 24.
[4]Ibid.
[5]Ibid., p. 46.
[6]For example he says that James is not structurally a letter, and by implication can not have the purpose of a letter (Ibid., p.2). Numerous later studies argue convincingly for a letter- structure to James. See, for example, Euan Fry, « Commentaries on James, I and 2 Peter, and Jude, » The Bible Translator, 41 (July 1990): 330, and F.O. Francis, « The Form and Function of the Opening and Closing Paragraphs of James and I John, » ZNW 61 (1970):110-126. This is really a significant point of disagreement. If James is a letter, then it will have the normal functions of a letter: it will be addressing issues relevant to the readers. It will reflect the concerns of the writer in a specific context. Another questionable assumption of Dibelius is that borrowed material is pointless material in so far as helping us identify an historical occasion. This starting point neglects to entertain the possibility that James could select and adapt known sayings for his own purpose in relation to the audience it is going to.
[7]James Hardy Ropes, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistle of St. James (Edinburgh: T. & T. Clark, 1973), p. 42.
[8]The mountain of debate over dating this epistle will not be tackled here. The reader is invited to explore: the primitive Jewish-Christian language in the letter; the lack of any reference to the Gentile debate, the Jerusalem Council, or issues like circumcision; the eschatological expectations expressed; the lack of developed theology; and the primitive state of the church structure alluded to in James. These areas all add considerable weight to an early date.

[9]James was murdered in either 61 or 62 AD during a few months gap between two governors (Festus and Albinus). Indeed, that fact is what helps us pinpoint his murder with such accuracy. On the death of James see Josephus Antiquities, 20.9.1 and Eusebius II.23.1-18. He lived and died during violent times, as this paper will now demonstrate.
[10]The term « zealots » is not universally accepted as appropriate for the early social groups that caused much unrest. Consider Richard A. Horsley, and John S. Hanson, Bandits, Prophets, and Messiahs: Popular Movements in the Time of Jesus (San Francisco: Harper and Row Publishers, 1985), pp. 48,49,216,217, and The Jewish Encyclopedia: A Descriptive record of the History, Literature, and Customs of the Jewish People from the Earliest Times. S.v. « Zealots, » by Kaufmann Kohler. (Vol. 12. p. 640). I will be using the terms « early zealot movements » and « zealots » to refer to the growing social unrest and social bandit movements of the 40’s and 50’s AD. They become the actual “zealots” in the 60’s of course, and are at war with Rome in 66.
[11]Martin Noth, The History of Israel, second ed. (New York: Harper and Row, 1960), p. 433.
[12]Bo Reicke, The New Testament Era: The World of the Bible from 500 B.C. to A.D. 100, trans. by David E. Green (London: Adam and Charles Black, 1968), p. 203.
[13]The Works of Josephus, complete and unabridged, Trans. By William Whiston, (Massachusetts: Hendrickson, 1987),  Wars. 2.12.1.(223)  “Cumanus began the troubles, and the Jews ruin came”.

[14]Josephus, Wars 2.12.1(224).
[15]Josephus, Wars. 2.12.2.(228).
[16]Josephus, Wars. 2.12.2.(229).
[17]Josephus, Wars. 2.12.2.(230). It is interesting to note some key words used here, and see them occur in James’ list of negative traits when he describes worldly wisdom in 3:13-18. Notably “disorder” (see James 3:16) and “zeal” (James 3:14,16 – often translated in English as “jealously”).
[18]Josephus,Wars. 2.12.5.(238). At one point respected elders of Jerusalem personally intervened for peace during the worst of the fighting. That particular affair settled down only with the intervention of « the most eminent persons at Jerusalem, and that both in regard to the respect that was paid them, and the families they were of. » (Josephus, Antiquities, 20.6.1.(123). One might wonder if James himself could have been one of the respected persons of Jerusalem who intervened here. It was his place of residence and he was highly regarded even by non-Christian Jews. Josephus records the respect of many “most equitable citizens” of Jerusalem towards James the brother of Christ (Josephus, Antiquities 20.9.1.(201). And Hegesippus makes the comment that « for his excessive righteousness he was called the Just. » (recorded in Eusebius, Ecclestical History, 2.23.4-7) Taking this speculation further, is it possible that the epistle of James could have been penned around this time while all this violence and upheaval burned on James’ mind?
[19]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(160).
[20]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(162). In Wars, 2.13.2.(254) he calls these assassins “Sicarii”.
[21]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(165).
[22]Josephus, Antiquities, 20.8.6.(167,168). In Wars, 2.13.4.(258-259) he adds: “There was another body of wicked men…these were such men as deceived and deluded the people under pretense of divine inspiration, but who were [really] for procuring innovations and changes of the government, and these prevailed with the multitude…”.
[23]Josephus, Wars. 2.13.6.(264-265). I find it hard to not think of the James passage: “…you do not know what your life will be like tomorrow. You are just a vapour that appears for a little while and then vanishes…” (4:14).

[24]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):212.
[25]It is interesting that the Jews had learnt under the Maccabees to bend the law when it came to using violence or in defence of their national religion. Josephus, Antiquities, 12.6.2  It was very much engrained in their recent history and national psyche. It was acceptable to fight, to kill, to use the world’s violent methods, in the pursuit of righteous outcomes. Judas (one of the five sons of Mattathias) become the general of the rebels army, and “cast their enemies out of the country, and put those of their own country to death who had transgressed its laws…” (Josephus Antiquities, 12.6.4.(286).)
[26]cf. James 2:11; 4:2.
[27]cf. James 3:14 – his  use of eritheia – see below for a full discussion of that word.
[28]James 2:11; 4:2.
[29]James 5:4,5.
[30]James 3:14-16.
[31]James 4:13.
[32]James 1:19-22; 2:11; 3:17,18; 4:1-4.
[33]James 1:27b; 2:1-3, 14-17; 5:1-5.
[34]James 1:27c; 3:13-18; 4:1-6.
[35]As were the Jewish Christians in and around Palestine, during the late 40’s and through the 50’s and 60’s, up to the war with Rome.

[36]Wesley J. Perschbacher, The New Analytical Greek Lexicon (Peabody, Mass.: Hendrickson, 1990), p. 296.
[37]Gustav Stahlin, in Kittel, Gerhard and Friedrich, Gerhard. Theological Dictionary of the New Testament. Trans. and ed. by Geoffrey W. Bromiley. 9 vols. plus Index. Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing Company, 1964. vol.5, p. 419.

[38]Perschbacher. P. 102, defines it as “fair and equitable dealing, justice”. Bauer gives a very long analysis of the nuances of this word, beginning with “uprightness, justice”, but also admitting that in some contexts it can be about personal piety (he suggests Matthew 5:20 by way of example). Nevertheless, it is also more than that: “the characteristic required of men by God”; “since dikaisoune constitutes the specific virtue of Christians, the word becomes almost equivalent to Christianity, eg Matthew 5:10; I Peter 2:24…” Bauer, Walter. A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature. Trans. by William F. Arndt and F. Wilber Gingrich. 2nd ed. Revised and augmented by F. Wilber Gingrich and Frederick W. Danker. Chicago: University of Chicago Press, 1979,  pp. 196-197.  This word certainly incorporates our life, our dealings in community, our behaviour in relation to others.
[39]Ropes, p. 42.
[40]This verse can and has been interpreted in many different ways, just as all the passages referred to in this article, have been. In particular, 2:11 has been used to try to defend a Stoic philosophical background for this epistle. Consider Ropes, ‘Introduction’, for a detailed explanation. If one treats the epistle as simply “New Testament wisdom literature” and approaches it from that construct, then such might seem reasonable. But if we seek to actually consider internal and external evidence that values context, as well as historical primary sources, then a very different contribution is made by verses like this. I find myself agreeing with the aside by Adamson when he writes about the “unlikely” influence of the Augustinian discussion of the Stoic idea of the solidarity of virtues, on James. (James A. Adamson, The Epistle of James, Grand Rapids: Eerdmans1976, p.116.)

[41]Eg: Douglas Moo, James, p.100, in George Guthrie and Douglas Moo, Hebrews James, Grand Rapids: Zondervan, 2002; Peter Davids, The New International Greek Testament Commentary: The Epistle of James, A Commentary on the Greek Text (Michigan: William B. Eerdmans, 1982), p.74; Adamson, p. 116; Ropes p.200. Some also note that murder and mistreating the poor, were often linked together in Jewish thought (eg Davids, p. 74). Indeed, that might explain the use of this illustration, and must be weighed against what I am arguing here. If there was not another reference in this letter where the writer unambiguously accuses his readers of murder (4:2) it might suffice to explain James’ intent. The fact that it comes up again, not as an illustration, but as an accusation needs to be weighed as well.
[42]Josephus, Wars 2. and Anti. 20.
[43]See James 4:1-2 and the discussion below in section 4.

[44]Ralph Terry’s detailed study of the structure of the epistle of James uses ten tools to determine the peak or peaks in the epistle and comes to the conclusion that 3:13-4:10 is unquestionably the climax of the letter. Terry, pp. 121-123.
[45]Perschbacher, pp. 327 & 188.
[46]Bauer, p. 657.
[47]Ropes, p. 245.
[48]These arguments have tended to focus on the Greek being too good, the lack of mention of the Jew/Gentile controversy in the church; and the lack of strong early church father testimony. So Dibelius, p. 18, and Ropes, p. 50. Such arguments have been soundly rebutted. For example, on the first issue (the quality of the Greek) see: A.W. Argyle, « Greek Among Palestinian Jews in New Testament Times, » New Testament Studies 20 (1973):87-89; F.F. Bruce, « The Church of Jerusalem in the Acts of the Apostles, » Bulletin of the John Rylands University Library of Manchester 67 (Spring 1985):646; Allen Cabaniss, « A note on Jacob’s homily, » Evangelical Quarterly 47 (October-December 1975):219; William Fairweather, The Background of the Epistles (Minneapolis: Klock and Klock Christian Publishers, 1977), pp. 84-85; James Hope Moulton, ed., A Grammar of New Testament Greek, 4 vols. (Edinburgh: T. & T. Clark Ltd, 1976), Vol. 4: Style, by Nigel Turner, p. 114; and Gerald H. Rendall, The Epistle of James and Judaic Christianity (Cambridge: University Press, 1927), pp. 38-40. Regarding the lack of Jewish/Gentile controversy in the letter, this is actually an argument for an early date, before such controversy. Finally, regarding early church fathers: those who do comment on the epistle’s authorship, in the end come down on the side of James the brother of Christ. (See Eusebius Ecc. Hist. 2.23.24-25 and Jerome Illus. Lives 2).

[49]Perschbacher, p. 172.
[50]Bauer, p. 309.
[51]Perschbacher, p. 11.
[52]Bauer, p. 30.
[53]Ropes, pp. 248-249. Even the conservative Fritz Rienecker, (who uses Ropes and Dibelius quite generously in his book), almost begrudgingly admits that « the word sometimes had political associations and had the meaning `anarchy’. » Fritz Rienecker, A Linguistic Key to the Greek New Testament, trans. and ed. by Cleon L Rogers (Grand Rapids: Zondervan, 1982), p. 735. Why he inserts « sometimes » is open to question. It is arguably its more common meaning, and it is « sometimes » read as the lighter « disorder. »
[54]Ropes, p. 42.
[55]Ibid., p. 253. He goes on to list occurrences in Greek literature and a few Biblical passages where one or the other of the terms are used in a less severe way. However, relying on exceptions is a poor principal, unless there are other reasons for deeming the passage under study as an exception too. Ropes noticeably neglects to do this.
[56]Perschbacher, p. 337.
[57]Ibid., p. 267.
[58]Bauer, p. 685.
[59]Douglas J. Moo, The Letter of James: An Introduction and Commentary (Leicester: Inter-Varsity Press, 1985), p. 138. Spencer discusses the passage in the same way. Aida Besancon Spencer, « The Function of the Miserific and beatific images in the letter of James, » Evangelical Journal 7 (Spring 1989):9. Allen Cabaniss argues narrowly, that it is a specific type of church conflict: bickering by women. Cabaniss, p.221. His main arguments are: the term « adulteresses » (4:4) is in the feminine; there is no use of the term « brothers » in the paragraph; and women in the ancient world were particularly seen as having the characteristics of « quarrelsomeness, bickering, envy, gossip, [and] love of pleasure. » Ibid. These arguments are not strong. « Adulteresses » is an illustration, drawing Jewish Christian readers minds to the familiar passage in Prov. 30:20. Refer: John J. Schmitt, « You Adulteresses! The Image in James 4:4, » Novum Testamentum 28 (1986):337. It is not a literal description of one sex. Also, the same passage has more gender inclusive terms like « Whoever » (osean), and the male « arrogant men » (uperhfaois). Cabaniss’ attempt to see women in the gossiping, envious, and quarrelsome descriptions is subjectively selective. He noticeably leaves out fighting, murdering, and killing – terms one might see as more masculine.
[60]Moo, p. 141.
[61]Ibid.
[62]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):211-213.
[63]Moo, p. 141.
[64]The present tense reality of the passage also forces one to reject the interpretation of Luke Timothy Johnson. He argues that the whole of 3:13-4:10 is a call to conversion. « James 3:13-4:10 and the topos peri phthonou » Novum Testamentum 25 (September 1982):334.
[65]Alexander Ross, The Epistles of James and John (London: Marshall, Morgan and Scott, 1964), p. 75.
[66]Rendall, Gerald H. The Epistle of James and Judaic Christianity. Cambridge: University Press, 1927, p. 30.
[67]Bauer, p. 864.
[68]Perschbacher, p. 431.
[69]Ropes, p. 254. He even admits that « interpreters . . . have felt bound to see in foneuetean actual description of the Christian community addressed [and] have been driven to various expedients. The more usual methods have either to reduce the meaning of foneueteto `hate,’ or else to assume an hendiadys, by which `murder and envy’ becomes `murderously envy’ . . . Both methods are linguistically impossible. » (Ibid., p. 256). I agree that we have to accept the strong meaning of the word, but I do not do so in the same ways as Ropes.
[70]Ibid., pp. 254-255.
[71]Ibid., p. 255.
[72]Townsend, p.212.
[73]Consider too the burst of imperatives in 4:7-10. There is nothing like this anywhere else in the New Testament. Indeed, James has over 60 imperatives in 108 verses – the most as a ratio, anywhere in the Greek text. Eleven of them are here, in 4 short verses. James explodes in anger and barks out a series of commands, after the descriptions of war and fighting, covetousness and murder: after he describes it as adultery – friendship with the world. He orders his readers (Christian Jews) to turn back to God, to repent, to turn their laughter into mourning, to cleanse themselves anew, to be miserable and to mourn and weep! Clearly something is really troubling James: he is flabbergasted that so called Christ-followers can be so anti-Christ-like in following the way of the world, and using wars and fighting and violence to address their desires. It has to stop!

[74]Davids, p. 189. Robertson argues much the same way with his brief comment: « No connection with what immediately precedes. » Archibald Thomas Robertson, Word Pictures in the New Testament, 4 vols. (Nashville: Broadman Press, 1933), 4:63.
[75]Sophie Laws, A Commentary on the Epistle of James (San Francisco: Harper Row Publishers, 1980), p. 220.
[76]P.B.R. Forbes, « The Structure of the Epistle of James, » Evangelical Quarterly 44 (1972):153.
[77]Francis, p. 125.
[78]Ibid., p. 126. This is not unlike Rendall’s aside: he calls it a « detached injunction about oaths. » Rendall, p. 104.
[79]P.S. Minear, « Yes or No, the Demand for Honesty in the Early Church, » Novum Testamentum 13 (1971):12-13.
[80]Ibid., p. 12.
[81]Ibid., p. 8.
[82]Ibid., p. 7.
[83]In Josephus Antiquities 15.10.4 we also see how binding oaths were.
[84]The Jewish Encyclopedia, s.v. « Oaths, » by Julius Rappoport.
[85]Attempting to conclude what anyone from the past was actually thinking when they wrote certain words, is a risky business. All we can do is look at the context of the entire letter, the things that have been said already, the emphasis that James has been making, and match that to the circumstances of his day. It is in the end speculation. But some speculation sits well with evidence and is worthy of consideration – even cautious acceptance. Indeed, remember again that he introduces this section with “above all” – a phrase that really should not be softened in the light of how it is used elsewhere in the New Testament. If it should not be softened, then it is actually quite difficult to think of anything else James could plausibly be thinking of deserving such an emphasis.

Voir aussi:

Child labour: India’s hidden shame
Shilpa Kannan
BBC News
5 February 2014

Delhi Rescued from forced employment, 13-year-old Lakshmi is frail and frightened.

Two child protection officers hold her on either side as she walks into the police station.

She was abducted four years ago from her village in north-east India.

Until her rescue, she had been working in people’s homes across West Delhi – cooking, cleaning and taking care of children.

« I was not allowed to rest, » she says. « If I did something wrong or it was not what they wanted, they hit me.

« If I wanted to sit down for a bit because I was so tired, they would scream at me.

« I was never allowed to leave the house, so I didn’t realise that I’m in Delhi. My employers told me that we are in Madras in South India. »

As the police and counsellors question her, Lakshmi breaks down. She tells the police that she was sexually assaulted by the men who kidnapped her.

She was threatened that if she told anyone about it, they would tell everyone back home in her village and her honour would be destroyed.

And then, when she started working the agent who arranged her work withheld all her wages leaving her with nothing.

‘Lured with clothes and sweets’Her uncle is just relieved to have found her. A tea garden worker from Assam, he says her parents died when she was young and her grandmother is worried sick about the young girl. He is also angry about the abduction.

« What can we really do? We are poor people – I didn’t have enough money to come to Delhi to look for my missing niece.

« Unscrupulous agents and middlemen just come into our homes when parents are away working at the tea gardens and lure young girls with new clothes and sweets. Before they know it, they are on a train to a big city at the mercy of these greedy men. »

He is not alone. One child goes missing every eight minutes in India and nearly half of them are never found.

Kidnapped children are often forced into the sex trade. But many here feel that children are increasingly pushed into domestic labour – hidden from public view within the four walls of a home.

The government estimates half a million children are in this position.

Demand from middle classesAt a rehabilitation home in northern Delhi run by a charity for children, Bachpan Bachao Andolan, many families have gathered.

They are all tea workers from the north-east state of Assam and have come here searching for their missing daughters.

They estimate that just from one particular area – Rangpura in Assam – 16 girls have been lost in the last three to four years.

Helping these families find their daughters is Kailash Satyarti, the head of Bachpan Bacchao Andolan.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » he says.

« The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

‘Hellish life’Offering them a ray of hope is the case of 18-year-old Sumila Munda, who was rescued earlier this month. The information she provided led to police arresting a couple of alleged traffickers.

She says she still has nightmares about her employers.

« I don’t want anyone to go through what I did. I often wondered if I will ever escape from the hellish life I was stuck in. I had dreams of being in school, studying. Now I will get back to my studies. »

India is estimated to have more child labourers than anywhere else in the world.

But while abducting children is illegal, the law is vague on when they can legally work. Child labour law does not allow children under the age of 14 to be employed, but anyone under 18 is legally considered a child.

Government helplessAnd the government body in charge of children’s rights admits they are helpless.

« Unfortunately our child labour prohibition and regulation act is totally outdated, » says Kushal Singh, head of the National Commission for Protection of Child Rights.

« It says children below the age of 14 cannot be employed in hazardous occupations. Does that mean in non-hazardous occupations a two-year-old child can be employed?

« So obviously it’s a very regressive act. This issue has been raised and now an amendment is pending in the parliament. However, it has been pending for a very long time. »

If the law changes, it will make the fight against child exploitation a little easier.

But that’s no relief for families like these. Many here fear that their daughters may be lost forever.

You can hear more on this story on The World Tonight on BBC Radio Four at 22:00 GMT, or listen again on iPlayer.

*Some names in this report have been changed to protect the identities of victims.

 Voir également:

Will Malala’s Nobel Prize Backfire?
Elias Groll
Foreign Policy
October 10, 2014

Well done, Norwegian Nobel Committee! You managed not to shoot yourself in the foot by giving the Peace Prize to Pope Francis, the putative frontrunner for the award. Instead, it went the child rights campaigners Malala Yousafzai and Kailash Satyarthi.

It’s hard to think of two more deserving candidates. For her efforts to ensure that all Pakistani girls are able to gain an education, Yousafzai, now 17, was shot in the head as a 15-year-old by Taliban militants. After her miraculous survival, she has emerged as a vocal, eloquent advocate for the right of all children to win an education. Satyarthi, meanwhile, is one of India’s most prominent anti-child labor activists. He has staged raids on factories employing children and is credited with freeing 80,000 children from slavery and labor.

The selection of Yousafzai, the youngest recipient in the Peace Prize’s history, and Satyarthi also forms an important binary. Yousafzai is a Pakistani Muslim, Satyarthi is an Indian Hindu. (Their joint selection is an obvious nod towards the ongoing global efforts to bring a peaceful end to Pakistan and India’s long-standing conflict with one another, which has recently seen firing across the contested quasi-border in Kashmir.)

Yousafzai is world famous, Satyarthi rarely gets much media coverage. Yousafzai is young, Satyarthi, 60, is old. The right to an education and freedom from child labor represent the two of the most important challenges to children around the world.

Satyarthi’s selection plucks him out of relative obscurity, and it’s a wonderful decision by the Nobel Committee. There are  some 60 million child slaves in India, a tragic figure that represents the dark side of that country’s dizzying economic development. With the country’s middle class rapidly expanding, India has seen an explosion in the demand for cheap labor. All too often that labor has come in the form of child workers, stripping them of their childhood.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » Satyarthi, who heads the Save Child Movement, told the BBC in February. « The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. »

That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan.

Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan.

That strain of thought remained alive and well on Friday. « I condemn this decision in the strongest possible words, » Tariq Khattak, an editor at the Pakistan Observer, told the BBC. « It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. »

How a 17-year-old activist goes on to build a career from that point is very much an open question. Since she was shot in 2012, Yousafzai has been perpetually mentioned as a candidate for the Peace Prize, and her selection this year probably has to do in part with the speech she delivered last year before the United Nations General Assembly, which created a sensation.

That speech showed how powerful a voice she can be on behalf ensuring access to education, but a huge international profile does not necessarily translate into change on the ground in Pakistan, especially when many of her countrymen remain deeply suspicious of her.

After all, it is highly unclear whether a Peace Prize does anything at all to advance the cause to which it is given. Repressive regimes have cracked down on activists they believe will receive the award, and there is little evidence to indicate that the aspirational winners — those laureates who have received the prize in support of the better society they seek to build — have substantively benefited by receiving it.

If anything, those in Pakistan who are hostile toward Yousafzai may only harden in their opposition now that she has received the Peace Prize. That may set her work back more than it advances her cause.

Voir encore:

Prix Nobel de la paix 2014 : Kailash Satyarthi, le sauveur d’esclaves
Le Point
10/10/2014

Aussi courageux que discret, le militant est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a libéré 80 000 enfants au moins du travail forcé.

Bien moins connu du grand public que Malala Yousafzai, le militant indien Kailash Satyarthi est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a « libéré » au moins 80 000 enfants du travail forcé. Brillant ingénieur électricien, Kailash Satyarthi n’était pourtant pas voué à un tel destin. Mais, à l’âge de 26 ans, il délaisse une prometteuse carrière pour se consacrer aux millions d’enfants travailleurs en Inde. Sa mission : porter secours à ces employés mineurs, réduits à l’état d’esclave au sein des usines indiennes. À longueur de journée, ils sont contraints d’effectuer les tâches les plus pénibles et sont victimes de violences, y compris sexuelles.

Fondateur en 1980 de l’ONG Bachpan Bachao Andolan (Sauver le mouvement de la jeunesse), Kailash Satyarthi mène au départ des actions coups de poing. Il organise des raids contre des usines et des ateliers afin de libérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser leurs prêts. « C’est une expérience joyeuse que d’apercevoir le changement d’expression traverser le visage de cette merveilleuse fille », raconte-t-il au site PBS au sujet d’une enfant libérée d’une carrière de pierres. « Elle est un livre ouvert, et ce changement d’expression nous raconte une histoire, celle d’une transition de l’esclavage vers une nouvelle vie de liberté », poursuit ce militant discret, qui ne sort de sa réserve que pour promouvoir la cause de l’enfance.

Après avoir sauvé des milliers d’esclaves, Kailash Satyarthi oeuvre à la création de la « Marche mondiale contre le travail de l’enfant », un conglomérat de 2 000 organisations et syndicats à travers 140 pays. Conscient de la nécessité de s’attaquer aux causes réelles du fléau de l’esclavage infantile, le militant s’engage aussi dans la défense et la scolarisation de l’enfance. Pour le président du Comité Nobel norvégien, Kailash Satyarthi a fait preuve d’un « grand courage personnel » et « a maintenu la tradition de Gandhi » en menant « diverses formes de protestations et de manifestations, toutes pacifiques ». « Il a aussi contribué au développement d’importantes conventions internationales sur les droits des enfants », souligne Thorbjoern Jagland.

« Millions d’enfants qui souffrent »

L’ingénieur électricien est ainsi à l’origine d’un programme baptisé « Bal Mitra Gram », encourageant les villages indiens à abolir le travail des enfants. Il a également fait pression sur les entreprises en développant le programme « Rugmark », un label assurant que les tapis ne sont pas l’oeuvre d’enfants, grâce à l’instauration de contrôles fréquents à l’intérieur des usines. Désormais, le militant ambitionne d’étendre ces certifications à d’autres produits, notamment les ballons de football de grande marque, habituellement fabriqués par des mineurs.

Sa cible, les clients occidentaux. « Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si ce n’est pas vous, alors qui ? » interpelle le militant indien. « Si nous sommes en mesure de répondre à ces questions fondamentales, alors peut-être pouvons-nous effacer la tache que représente l’esclavage humain. » En tout cas, Kailash Satyarthi n’a pas failli à sa réputation de héros très discret. Réagissant vendredi à l’annonce de sa récompense, il a estimé que le prix Nobel de la paix représentait la « reconnaissance de la détresse de millions d’enfants qui souffrent ». En effet, d’après le Comité Nobel, il y a aujourd’hui 168 millions d’enfants travailleurs dans le monde.

Voir de même:

Malala Yousafzaï : « Je veux l’éducation pour les enfants de tous les terroristes »
Frédéric Bobin (New Delhi, correspondant régional)
Le Monde
10.10.2014

Son visage légèrement déformé a pris au fil des ans des allures de figure iconique, celle d’une adolescente au courage exceptionnel ayant manqué de périr sous une balle extrémiste dans sa vallée natale de Swat. En codécernant, vendredi 10 octobre, le prix Nobel de la paix à Malala Yousafzaï – l’autre lauréat est l’Indien Kailash Satyarthi –, le comité d’Oslo a récompensé la jeune Pachtoune pakistanaise (17 ans) militante du droit à l’éducation, laquelle devient ainsi la plus jeune des lauréats de l’histoire du prix.

Déjà consacrée en 2013 par le Prix Sakharov du Parlement européen, reçue par les grands de ce monde – dont Barack Obama – Malala Yousafzaï doit sa renommée à un engagement sans relâche en faveur de la scolarisation des enfants, au Pakistan même comme à travers le monde. Elle s’était associée cet été à la campagne « Bring back our girls » pour obtenir la libération des jeunes Nigérianes enlevées par la secte extrémiste Boka Haram.

Malala Yousafzaï a frôlé la mort pour ses idées. Quand les talibans ont manqué de l’assassiner, le 9 octobre 2012, dans un bus scolaire de Mingora, le chef- lieu de Swat, région préhimalayenne naguère paradis touristique, la colère a été générale à travers le Pakistan. De Lahore à Peshawar en passant par Islamabad, les manifestations de soutien à la jeune fille grièvement blessée se sont multipliées.

Déjà connue pour militer en faveur du droit à l’éducation des filles – elle avait tenu un blog en ourdou hébergé par le site de la BBC à l’époque où Swat était occupée par les talibans (2007-2009) –, Malala Yousafzaï devenait soudain une martyre de l’extrémisme. Le porte-parole du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) avait revendiqué la tentative d’assassinat en ces termes : « C’est une fille à la mentalité occidentale qui passe son temps à nous dénoncer. Quiconque critiquera les talibans subira le même sort. » Durant l’occupation de Swat par les talibans, elle avait raconté – sous le pseudonyme Gul Makai – le quotidien des exactions des extrémistes, notamment contre les écoles fréquentées par les filles. Elle survécut miraculeusement à la balle qu’elle reçut en plein visage.

ACCUSÉE D’ÊTRE UN « AGENT AMÉRICAIN »

Elle devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive.

Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier.

Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ».

« NOS CAHIERS ET NOS CRAYONS SONT NOS ARMES »

L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »

Elle eût droit à une ovation debout. Dans l’assistance, beaucoup pleuraient. Avait-elle clamé dans son discours : « Je n’ai pas changé » ? Pourtant, la manière dont le monde la percevait a probablement changé ce jour-là. Une autre Malala Yousafzaï venait de naître. Une gamine éblouissante de ferveur à la consécration mondiale désormais établie. La victoire de son combat ne sera pourtant totale que lorsqu’elle pourra retourner sans risque dans son propre pays. Elle n’en a pas encore le luxe.

Peur
Le virus Ebola alimente les théories du complot
Pierre Haski
Rue 89
03/08/2014

Obama veut imposer une « tyrannie médicale » et des médecins apportent la maladie en Afrique. Voilà les explications qui émergent alors que l’épidémie s’amplifie, et menacent prévention et mesures de précaution.

Une épidémie d’une maladie incurable, mystérieuse, alimente toujours les théories du complot ou les thèses farfelues. Ce fut le cas du sida dans les années 80, avant que le monde devienne -hélas- familier de ce virus ; c’est aujourd’hui le cas d’Ebola, qui sévit en Afrique de l’ouest.

Le rapatriement aux Etats-Unis, samedi, d’un médecin américain contaminé par le virus Ebola, a donné un nouvel élan aux amateurs de complots, jouant avec le risque de prolifération de l’épidémie sur le sol américain.

Le Dr Kent Brantly, qui travaillait au Libéria avec les patients d’Ebola, a été contaminé et rapatrié samedi à Atlanta, où il est arrivé revêtu d’un scaphandre de protection, suffisamment fort pour descendre seul de l’ambulance. Une deuxième américaine contaminée devrait être rapatriée dans les prochains jours, dans les mêmes conditions.

« Complot eugéniste et mondialiste »
Dès samedi, l’un des « complotistes » les plus célèbres des Etats-Unis, Alex Jones, qui débusque le « globaliste » derrière chaque geste de l’administration américaine et a l’oreille du « Tea Party », s’en est ému dans une vidéo sur son site Infowars.com et sur YouTube. Il s’insurge :

« Mesdames, Messieurs, c’est sans précédent pour un gouvernement occidental d’amener une personne atteinte de quelque chose d’aussi mortel qu’Ebola dans leur propre pays. (…) C’est le signe qu’on cherche à susciter la terreur et l’effroi, afin d’imposer une tyrannie médicale encore plus forte. »

Pour ce « guerrier de l’info », comme il se décrit, qui n’a pas moins de 250 000 abonnés à son compte Twitter, le virus ne restera pas confiné à l’hôpital et s’échappera. « Il s’agit d’un gouvernement et d’un système politique qui se moquent des gens », accusant les « eugénistes “ et les ‘mondialistes’ de déployer un scénario catastrophe.

Au même moment, pourtant, les autorités américaines expliquent qu’elles ont ramené le Dr Brantly à Atlanta pour lui donner une chance de survivre, en renforçant ses défenses dans l’espoir qu’il surmonte l’attaque du virus. Le taux de mortalité de cette souche d’Ebola n’est ‘que’ de 60% environ, contre plus de 90% pour d’autres épidémies antérieures en Afrique.

Et ils le font dans l’endroit le plus adapté : Atlanta est le siège du Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis, et de l’un des seuls labos au monde spécialisés dans les virus, un laboratoire de niveau P4, le plus élevé et dans lequel la sécurité est la plus rigoureuse, avec plusieurs sas de décontamination pour s’y déplacer. L’autre labo du même type au monde se trouve … à Lyon.

‘Ebola, Ebola’
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la menace d’Ebola suscite fantasmes et peurs quasi-millénaristes : Adam Nossiter, l’envoyé spécial du New York Times racontait il y a quelques jours de Guinée –l’un des pays les plus touchés par Ebola– comment des villageois ont constitué des groupes d’autodéfense pour empêcher les équipes médicales d’approcher. ‘Partout où elles passent, on voit apparaître la maladie’, dit un jeune Guinéen interdisant l’accès de son village.

Son récit se poursuit :

‘Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes.

C’est très inhabituel, on ne nous fait pas confiance, dit Marc Poncin, coordinateur pour la Guinée de Médecins sans Frontières, le principal groupe luttant contre le virus. Nous ne pouvons pas stopper l’épidémie.’
Le journaliste ajoute que les gens s’enfuient à la vue d’une croix rouge, et crient ‘Ebola, Ebola’ à la vue d’un Occidental. Un homme en train de creuser une tombe pour un patient décédé du virus conclut : ‘nous ne pouvons rien faire, seul Dieu peut nous sauver’.

Sur le site du New Yorker, Richard Preston, auteur d’un livre sur Ebola dont nous avons cité de larges extraits récemment, raconte qu’au Libéria, les malades d’Ebola quittent la capitale, Monrovia, dont le système de santé est dépassé par l’épidémie, et retournent dans leur village d’origine pour consulter des guérisseurs ou simplement rejoindre leurs familles. Au risque de diffuser un peu plus le virus.

Le sida pour ‘décourager les amoureux’
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées.

Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie.

Avec le temps, la connaissance de la maladie et de ses modes de transmission a progressé, même s’il reste de nombreuses inégalités dans les accès aux soins.

Bien que le virus ait été identifié en 1976, il y a près de quatre décennies, les épidémies ont été très localisées, et de brève durée. Elle reste donc peu connue en dehors des spécialistes, et surtout entourée d’une réputation terrifiante : pas de remède, fort taux de mortalité, virus mutant…

Avec retard, la mobilisation internationale se met en place pour contenir l’épidémie apparue en Afrique de l’Ouest. L’information des populations n’est pas la tache la moins importante. Même s’il est probable qu’aucun argument rationnel ne pourra convaincre Alex Jones et ses disciples que l’administration Obama, malgré tous ses défauts, n’est pas en train d’importer Ebola pour quelque projet d’eugénisme au sein de la population américaine…

Voir enfin:

Romantisme djihadiste et brutalisation
Brice Couturier

France culture

23.04.2014

L’International Centre for the Study of Radicalisation, basé au Kings’College de Londres, estime à environ 9 000 les djihadistes étrangers, venus combattre le régime, déclaré “impie” de Bachar Al-Assad, en Syrie. La grande majorité d’entre eux arrive des pays arabes proches, en particulier de Jordanie, du Liban mais aussi d’Arabie Saoudite. Mais plusieurs centaines proviendraient aussi d’Europe et leur nombre ne cesse d’augmenter. Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne.

Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance.

Les autorités, en Europe, se sont rapidement inquiétées de la participation de certains de leurs nationaux, à une guerre civile qui a déjà causé » 150 000 morts dans la Syrie martyre. Ainsi Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, a déclaré : « Le djihadisme représente, pour moi, le plus grand danger auquel nous devrons faire face dans les prochaines années. »

La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme).

Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie.

Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus.

L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident.

Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ?


Islamophobie: C’est la faute à l’Occident, imbécile ! (When in doubt, blame the West)

28 septembre, 2014
https://i1.wp.com/www.barenakedislam.com/wp-content/uploads/2013/12/slide131.jpg
https://i0.wp.com/www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpgJe suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire … Gavroche
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
In many respects, Iraq today looks tragically similar to the Iraq of 2006, complete with increasing numbers of horrific, indiscriminate attacks by Iraq’s al Qaeda affiliate and its network of extremists. Add to that the ongoing sectarian civil war in Syria — which is, in many aspects, a regional conflict being fought there — and the situation in Iraq looks even more complicated than it was in 2006 and thus even more worrisome — especially given the absence of American combat forces. David H. Petraeus (October 29, 2013)
La réalité est que, depuis 2002 et l’offensive alliée contre le régime Taliban d’Afghanistan et ses protégés djihadistes, Al-Qaïda relève plus du mythe que de la réalité. C’est un mythe qui a été entretenu par le fait que tout contestataire dans le monde musulman, quelles que soient ses motivations et ses objectifs, a bien compris qu’il devait se réclamer de l’organisation qui avait épouvanté l’Amérique s’il voulait être pris au sérieux. C’est un mythe qui a été entretenu par certains dirigeants des pays musulmans qui ont bien compris qu’ils devaient coller l’étiquette Al-Qaïda sur leurs opposants s’ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement. C’est enfin un mythe qui a été entretenu par les dirigeants et les médias d’un certain nombre de pays occidentaux pour légitimer leur politique sécuritaire intérieure et extérieure. Mais dans la galaxie salafiste, tout le monde sait bien que Al-Qaïda se résumait depuis 2003 à un Ben Laden réfugié dans un « resort » des services pakistanais et à un sentencieux Ayman Zawahiri distribuant les bons et les mauvais points de djihadisme et s’appropriant verbalement des actes de violence commis un peu partout dans le monde qu’il n’avait ni commandités, ni prescrits ni contrôlés. Il était difficile pour des djihadistes ambitieux de remettre en cause la figure emblématique de Ben Laden mais plus facile de s’affranchir de la tutelle morale de Zawahiri. En particulier pour des chefs de bande locaux qui n’avaient que faire du « djihad mondial » sans bénéfice immédiat et souhaitaient plutôt se bâtir un petit sultanat local où ils pourraient exercer un pouvoir sans partage et rançonner la population. C’est ce type de raisonnement, joint aux aléas des rivalités locales et des surenchères entre l’Arabie et le Qatar, qui a poussé un Abou Bakr al-Baghdadi à rejeter le parrainage d’Al-Qaïda et – comme on dit en France – à s’autoproclamer « Calife à la place du Calife ». (…) L’EIIL n’a pas « émergé » comme par miracle l’année dernière. Il est la filiation directe de ce que l’on appelait il y encore quelque temps « Al-Qaïda en Irak » ou « Al-Qaïda en Mésopotamie ». Cette organisation avait été elle-même formée en 2003 par Abou Moussaab al-Zarqawi, ancien membre d’Al-Qaïda rejeté par Ben Laden pour son aventurisme, à partir d’un groupe djihadiste préexistant dans le nord est de l’Irak et connu sous le nom de Ansar al-Islam (Partisans de l’Islam). Après la mort de Zarqawi tué dans un bombardement américain, l’organisation a été reprise en main par son chef actuel qui a continué de bénéficier du soutien actif des services saoudiens dans la perspective de s’opposer à la mainmise totale des chiites sur le pouvoir irakien et à la connivence de plus en plus marquée entre Baghdad et Téhéran. Les choses se sont compliquées début 2011 avec l’émergence des troubles en Syrie. Les services spéciaux saoudiens du Prince Bandar Ben Sultan et le Qatar se sont lancé dans des initiatives rivales pour accélérer la chute de Bashar el-Assad. Les Saoudiens ont organisé en Syrie l’émergence d’un front salafiste anti-régime sous la désignation de Jabhat al-Nosra tandis que les Qataris ont lancé une « OPA hostile » sur l’EIIL en diversifiant ses activités sur la Syrie en complément de l’Irak et en concurrence avec les autres groupes djihadistes. Et tout ce paysage confus s’est transformé à l’été 2013 quand le coup d’État feutré qui a eu lieu à Qatar a écarté l’Emir et son activiste Premier ministre et recentré les investissements de l’Émirat sur des activités économiques plutôt que politiques. Dans le même temps, à la lueur du désordre politique et social induit en Égypte par la gestion des Frères Musulmans, le cabinet royal saoudien – plutôt partisan d’un ordre régional apaisé et d’un système de coexistence plutôt que d’affrontement avec l’Iran – a repris la main sur les extrémistes du clan familial, écarté le Prince Bandar et ses partisans, apporté son soutien au coup d’État du Maréchal Sissi et, surtout, condamné et criminalisé les activités djihadistes au Levant. Brutalement privés de soutiens extérieurs significatifs, Jabhat el-Nosra et surtout l’EIIL se sont retrouvés condamnés à une fuite en avant, coincés sur place et contraints d’y trouver les ressources financières et militaires nécessaires à leur survie. Ce n’est pas par hasard que le premier objectif de l’EIIL dans sa fulgurante offensive du printemps dernier a été de s’emparer de la succursale de la banque centrale d’Irak à Mossoul pour y rafler près d’un demi-milliard de dollars en or et en billets. (…) Ces organisations fonctionnent sur un mode féodal et mafieux où des chefs de bandes locales prêtent allégeance au chef de l’organisation en fonction de leur intérêt du moment. Les frontières entre les mouvements sont donc poreuses mais avec les risques que cela comporte en cas de trahison. D’autre part il faut considérer qu’il existe en Syrie comme en Irak une multitude de groupes armés locaux, parfois à l’échelle du village, du quartier ou du groupe d’immeubles, à l’allégeance mal définie et qui se rallient à tel ou tel en fonction des circonstances et du profit à en espérer.(…) Pour l’instant l’EIIL dispose d’un trésor de guerre estimé à 2 milliards de dollars. Ce trésor repose essentiellement sur le racket de « l’impôt révolutionnaire », sur le contrôle d’un certain nombre de site d’extraction d’hydrocarbures, sur le pillage systématique et la revente sur le marché noir turc des matériaux de construction (souvent arrachés des maisons existantes), matériels industriels et agricoles, véhicules, objets volés dans les propriétés publiques et privées dans les zones contrôlées. Mais il faut se garder pour autant de considérer que l’EIIL dispose maintenant d’un budget annuel fixe et permanent. Le pillage de la succursale de la Banque Centrale d’Irak à Mossoul était un fusil à un coup. Il a été largement dilapidé dans la « location » de chefs de tribus sunnites d’Irak qui ont permis à l’EIIL sa rapide offensive du printemps. Le pillage des biens d’équipement sera bientôt tari par épuisement. De même que « l’impôt révolutionnaire » par suite de ruine ou exode des « assujettis ». Reste le contrôle des ressources pétrolières (vulnérables car les puits ne sont pas déplaçables) qui est soumis au bon vouloir des Turcs et d’un certain nombre d’intermédiaires irakiens, tous susceptibles de « retourner leur veste » en fonction de la conjoncture internationale. Bref, dans six ou huit mois, il ne restera plus grande chose et c’est là que se posera (s’il n’est pas réglé avant) le problème du retour vers leur pays d’origine des mercenaires et volontaires étrangers (Tchétchènes, Bosniaques, Maghrébins, Libyens, Saoudiens interdits de retour au royaume, et – en ce qui nous concerne – Européens.) (…) Al-Qaïda était un mouvement terroriste stricto sensu. C’est-à-dire un groupe restreint ayant une stratégie globale mais pas de tactique définie, mettant en œuvre des non-professionnels de la violence sacrifiables en vue de commettre dans le monde entier des attentats aveugles comme ils pouvaient, où ils pouvaient, quand ils pouvaient pourvu que la violence soit spectaculaire, médiatisée et porte la signature et le message de la mouvance. L’EIIL est, au contraire, une véritable armée de professionnels de la violence avec un chef, une mission, des moyens, un agenda et des objectifs précis dans un espace limité. Le seul fait de se désigner sous le nom d’Etat (Dawla) montre bien que ses responsables entendent se donner un ancrage institutionnel (al-Islami) et géographique (fil-Iraq wa ash-Sham). Ce n’était pas du tout le cas de Ben Laden, au moins dans sa version finale des années 1998-2001 qui prônait une violence déterritorialisée contre le monde entier. Mais qui dit État, dit chef de l’État et – en version islamique fondamentaliste – Calife. D’où l’initiative de Baghdadi qui vise aussi bien à faire un pied de nez aux Saoudiens, gardiens autoproclamés des Lieux saints qui l’ont abandonné et dont il conteste ainsi la légitimité, qu’à mettre l’ensemble des musulmans du monde en demeure de choisir leur camp en ayant à accepter ou rejeter son autopromotion. C’est ce qui explique qu’en se proclamant Calife, il abandonne aussitôt dans la dénomination du mouvement la référence territoriale à l’Irak et au Levant pour devenir « seulement » Etat Islamique (Dawlat al-Islami). Mais tout cela révèle plutôt des finasseries calculatrices de survie plutôt qu’une « vision globalisée du djihad ». (…) L’EIIL pose le même problème que l’Etat Taliban en Afghanistan, AQMI au Sahel, les Shebab en Somalie ou Boko Haram au Nigeria. Il s’agit d’armées constituées, souvent en uniforme ou portant des signes de reconnaissance, utilisant des matériels militaires, des véhicules dédiés, des implantations localisables, des moyens de communication identifiables. Cela relève à l’évidence d’une riposte militaire consensuelle et concertée face à laquelle on semble pourtant tergiverser. Pendant plus de dix ans, les Etats-Unis ont placé l’ensemble du monde musulman sous une loi permanente des suspects, détruit irrémédiablement plusieurs pays, espionné la planète entière – y compris leurs plus proches alliés et leurs concitoyens -, harcelé des millions de voyageurs dans les aéroports, multiplié les tortures et les internements illégaux au nom d’une « guerre globale contre la terreur » qui n’a ramené dans ses filets que quelques seconds couteaux et un Ben Laden « retiré des affaires ». Et aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la Présidence américaine vient dire qu’elle « n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme »…. Alain Chouet
Je ne pense pas qu’ils se soient retournés contre ces monstres qu’ils ont conçus, enfantés et nourris en armes, en argent, en combattants et en idéologie ! Ou du moins pas encore. Les deux organisations, Daech et Al-Nosra, sont le pur produit de l’idéologie salafiste wahhabite. Les pays occidentaux et leurs supplétifs du Golfe ainsi que la Turquie avaient, dès les premiers mois du déclenchement de la crise syrienne, opté pour armer l’opposition qu’ils avaient décrite comme «modérée». (…) L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence de ces groupes terroristes. (…) Les pays qui avaient favorisé l’émergence de ce chaos indescriptible en Syrie, réalisant que le renversement du régime de Damas n’est plus accessible, craignant le retour des dizaines de milliers de djihadistes dans leurs pays respectifs, ont pris peur et commencent à se mobiliser contre eux. Mais ce retournement n’est jusqu’ici que verbal. (…) Officiellement, les Etats-Unis et leurs alliés et supplétifs n’ont cherché à éradiquer Daech que lorsque ce groupe a décapité des journalistes et des citoyens occidentaux d’une façon répugnante et barbare qui a choqué l’opinion publique. Ils ne pouvaient pas ne pas réagir, ou faire semblant de réagir. En s’emparant d’une grande partie du territoire irakien et de la deuxième ville du pays, Mossoul, en infligeant une défaite humiliante à l’armée irakienne et, enfin, en avançant vers le Kurdistan irakien, en s’attaquant aux minorités chrétienne, turkmène, yézidie… (…) Les mouvements qui prônent un pseudo djihad global, par opposition au djihad local, maîtrisent magistralement l’art de la communication et de la propagande, notamment sur les réseaux sociaux. Aqmi est actuellement sur la défensive. Elle est traquée et rejetée partout. Elle ne survit que grâce au racket, au crime organisé, à la contrebande et aux kidnappings générateurs de rançons que certains pays occidentaux continuent malheureusement à payer. Son projet idéologique, si l’on peut dire, n’attire pas grand monde. Il est donc normal que des dissensions apparaissent dans ses rangs. Pourchassée dans le Nord Mali, elle est actuellement repliée sur la Libye, un pays livré au chaos, aux milices armées et aux bandits de grands chemins. Il est normal, en période de repli, que des dissensions apparaissent mais sans lendemain. Il s’agit le plus souvent de disputes entre gangs autour d’un butin ou dans l’espoir d’accaparer une partie du butin saisi par Daech en Irak et évalué à quelque deux milliards de dollars. Je ne pense pas qu’il faudra accorder beaucoup de crédit à ces dissensions appelées à se multiplier. Le vrai danger c’est le chaos en Libye elle-même devenue le sanctuaire de nombreux terroristes ayant sévi en Syrie et en Irak et qui sont rentrés poursuivre leur combat sous des cieux plus cléments. (…) Cela signifie que ces deux pays ne cherchent pas réellement à éradiquer Daech. Car c’est actuellement la Syrie qui combat le plus efficacement ce fléau. Sans la contribution syrienne à la guerre contre ce monstre, Daech serait déjà en Jordanie, au Liban et à la frontière d’Israël. Il faut cependant discerner entre le refus médiatique et la coordination indirecte mais réelle pour faire barrage à cette organisation. Sur ce plan, une coordination réelle et efficace est engagée entre la Syrie et l’Irak. (…) Les Etats-Unis et la France, après avoir clamé que les jours de Bachar étaient comptés, ont quelque réticence à avaler leur chapeau, reconnaître leur erreur de jugement et retrouver le chemin de Damas. C’est une question de temps. Damas a déjà été approché par des émissaires français et américains pour reprendre une coopération secrète entre services. Mais ils se sont vu répondre que cette époque est bel et bien révolue et que si ces deux pays veulent réellement reprendre la coopération d’antan, il faudrait que ça se fasse à travers des structures diplomatiques. Donc pas avant la réouverture des ambassades américaine et française à Damas.(…) On a d’ailleurs remarqué que les pays du Maghreb, qui se disaient «amis du peuple syrien» (Maroc, Tunisie, Libye) n’avaient pas voulu participer à la conférence de Paris. Ils observent avec inquiétude le retour certain de leurs djihadistes qui sèment la terreur chez eux. C’est le cas également des pays occidentaux qui avaient fermé les yeux, voire encouragé le départ de ces djihadistes en Syrie et en Irak dans l’espoir de s’en débarrasser. A lire la presse occidentale, le retour de ces anciens de la Syrie, qui nous rappelle le retour des anciens d’Afghanistan, est le cauchemar de tous les services de sécurité, à tel point que pour certains analystes, la question n’est plus de savoir si ces terroristes vont passer à l’action en Europe même, mais quand et comment. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. (…) Il est certain que la coalition anti-Daech est actuellement inexistante. Elle est médiatique. Obama, qui ne veut pas terminer son deuxième mandat par une guerre, l’a dit ouvertement : c’est une guerre qui va durer des années. Conclusion : il cherche à épuiser la Syrie et l’Irak et à tout faire pour que ces deux pays retrouvent la place qui leur revient sur l’échiquier du Moyen-Orient. (…) C’est un secret de Polichinelle. Tous ces pays avaient juré la perte de l’Etat syrien. En armant ces mouvements djihadistes, ils pensaient ramener la Syrie dans le giron occidental, l’extraire de son alliance avec l’Iran, la Russie et la Chine et la contraindre à une paix au rabais avec Israël. Jusqu’ici, cette stratégie a lamentablement échoué. Et ces monstres qu’ils ont nourris vont se retourner contre eux. Le jour où les Américains vont constater les dégâts de cette stratégie sur leurs propres intérêts et sur les intérêts de leurs supplétifs du Golfe, ils vont arrêter la partie. On n’en est malheureusement pas encore là. (…) Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du président Obama pour contraindre l’Arabie et les pétromonarchies du Golfe à «choisir leur camp» et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.» Majed Nehmé
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
En cette année proclamée par les Nations Unies Année internationale de solidarité avec le peuple palestinien, Israël a choisi d’en faire l’année d’une nouvelle guerre de génocide contre le peuple palestinien. Mahmoud Abbas
Qatar couldn’t care less about the Muslim Brotherhood, it means nothing to them… there is nothing sentimental in this, » just cold, hard realpolitik. They are reassessing the strategic landscape… They realize that, particularly since the recent (ISIS) beheadings, there is a growing international sentiment against Islamism, political Islam, and they don’t want to find themselves on the wrong side,but whether this is permanent remains to be seen (…) If Qatar moves away from supporting the Muslim Brotherhood it’s also going to move away from Hamas, for the simple reason that all the Arabs states will say: ‘If you want to be pro-Palestinian you can support the Palestinian Authority.’ There is an alternative. Professor Hillel Frisch (Begin-Sadat Center for Strategic Studies)
Le but est la raison d’être même de cet Etat: propager la terreur. De plus, l’Etat Islamique dispose d’un véritable pouvoir de séduction, notamment par rapport à Al-Qaïda, grâce à ses ressources, à son statut autoproclamé d’Etat, ainsi qu’à sa parfaite utilisation des média et des réseaux sociaux. Ses succès militaires sont ainsi largement relayés et diffusés et participent de son rayonnement dans le monde. (…) Les services de renseignement et les spécialistes effectuent un énorme travail de repérage, mais il suffit qu’une seule personne passe à travers les mailles du filet pour semer la terreur et le chaos. Il y a actuellement plus de 900 français en Irak et en Syrie, prêts à revenir en France. De plus, le message audio de l’Etat Islamique est à mon sens un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires. Le porte-parole de Daech y enjoint tous ceux se sentant en empathie avec leur Etat à prendre les armes, ou, à défaut, à percuter les gens avec leur voiture, ou à les étrangler. Il s’agit d’un véritable appel au meurtre, visant à faire basculer les personnes fragiles psychologiquement ou isolées dans le terrorisme. On ne peut donc jamais être totalement prêt, car tout peut arriver. Les services font ce qu’ils peuvent pour prévenir ces risques, mais l’acte terroriste est par définition imprévisible. Le pire est toujours à attendre, malgré les progrès de la surveillance et la coopération internationale. Il suffit d’une personne influençable, d’un fou isolé, pour qu’un acte terroriste soit commis. Ce genre d’attentat est donc bien plus difficile à prévoir qu’une action coordonnée, structurée et financée par Al-Qaïda, par exemple. (…) Le terrorisme a énormément évolué, et un attentat comme celui du 11 septembre appartient au XXème siècle et n’arriverait plus aujourd’hui. Les Etats peuvent contrecarrer ce type d’action, et tout ce qui est organisé peut être déjoué puis puni par notre système législatif. Aujourd’hui, le terrorisme prend plutôt la forme du loup solitaire, un concept théorisé aux Etats-Unis par le FBI pour qualifier les attaques des groupuscules d’extrême-droite suprématistes. Ces groupes souhaitaient multiplier les actions terroristes, tout en limitant la possibilité d’arrestation. Ils ont donc commencé à créer de petites cellules, de une à trois personnes, très difficiles à identifier. Hugues Moutouh
Les autorités des pays du Golfe ont traîné des pieds face à Daech (le sobriquet en arabe de l’EI) « afin de ne pas trop heurter une partie de l’opinion publique séduite par la spectaculaire progression du groupe djihadiste, à un moment de crise d’identité des sunnites dans la région », explique le politologue Laurent Bonnefoy, chercheur au Ceri Sciences-Po.  Les monarchies de la région ont toutes les raisons d’être inquiètes : l’EI compterait dans ses rangs, selon certaines sources, plus de 5000 combattants originaires des pays du Golfe, dont quelque 4000 Saoudiens -Il ne faut pas oublier que 15 des 19 kamikazes des attentats du 11 septembre 2001 venaient d’Arabie saoudite. C’est pourquoi Riyad a tardé à s’engager militairement contre l’EI … L’Express
« Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme », toute l’artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d’avoir peur. Nemmouche n’est pas un monstre. C’est un sale type, narcissique et paumé, prêt à tout pour avoir son heure de gloire. Ses raisons d’aller en Syrie se rapprochaient probablement plus de celles qui, à un certain degré, mènent des adolescents américains à abattre toute leur classe ou certains de nos contemporains à participer à une émission de télé-réalité, qu’à une quelconque lecture du Coran. Ce qu’il incarne, c’est une forme particulièrement triviale de nihilisme. Il est, à cet égard, un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes. In fine, tout le discours antiterroriste est ce qui auréole un Nemmouche de gloire. Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu’il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l’antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d’arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population. Ces nouvelles prérogatives concernent des restrictions de circulation et d’expression pour certaines personnes dont le profil sera considéré à risque par un ou plusieurs Big Brothers bienveillants : la possibilité pour des parents d’inscrire leurs enfants aux fichiers des personnes recherchées ; une association de malfaiteur à une seule personne – un humour auquel Nemmouche sera des plus sensibles. Et, glissé subrepticement dans le tas, un arsenal de pénalisation de la cybercriminalité qui s’attaquera davantage à des initiatives de libre information comme WikiLeaks, plus qu’à des poseurs de bombe sur Internet. J’admets avoir commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu’est l’antiterrorisme. Cela va à l’opposé des positions et des combats que représente mon engagement de journaliste. Je m’en excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger. Pierre Torres ( ex-otage en Syrie)
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Sur ces questions Mandela a été très ferme (…) En 2001, aux Etats-Unis, lors d’une conversation avec Thomas Friedman, un journaliste américain spécialisé dans le Proche-Orient, il lui dira: « C’est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus exactement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid. »car, dit-il, « les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud. » En revanche, il soulignait, sur les questions de la justice, de la terre, de l’occupation: « Israël a montré qu’il n’était pas encore prêt à rendre ce qu’il avait occupé en 1967, que les colonies restent, que Jérusalem est toujours sous souveraineté exclusivement israélienne et les Palestiniens n’ont pas d’Etat indépendant mais sont sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau, de la mer. (…) Israël, c’était  la conclusion de Mandela, ne pense pas à un « Etat » mais à une « séparation » avec des guillemets qui renvoient à l’apartheid. Je voudrais rappeler cela pour un peu déranger etmontrer l’actualité de ces combats. Edwy Plenel
Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed. Julien Salingue
The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title. I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman. Arjan El Fassed
L’enquête progresse sur le document publié par Mediapart pour accuser Nicolas Sarkozy d’avoir reçu de l’argent de la Libye sous le régime de Kadhafi. Les derniers éléments recueillis par les juges d’instruction parisiens René Cros et Emmanuelle Legrand renforcent le soupçon d’une falsification, sans que l’origine d’un éventuel montage puisse à ce stade être précisée.(…) Dans un rapport remis aux juges le 7 juillet dernier, les gendarmes évoquent par ailleurs le témoignage d’un ancien diplomate devenu chercheur, spécialiste de la Libye, consulté sur la forme du document. Celui-ci leur a déclaré avoir « reçu les confidences d’un journaliste du Canard enchaîné » qui lui aurait indiqué que l’hebdomadaire satirique détenait la même note « depuis 2008 » mais qu’il n’avait pas souhaité le publier « par principe de précaution », eu égard aux incertitudes sur son authenticité. Hervé Gattegno (Vanity Fair)
« Il y a un problème de l’islam en France », n’hésite pas à proclamer un académicien, regrettant même « que l’on abandonne ce souci de civilisation au Front national ». À cette banalisation intellectuelle d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un « problème juif » en France, ce livre répond en prenant le parti de nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes. L’enjeu n’est pas seulement de solidarité mais de fidélité. Pour les musulmans donc, comme l’on écrirait pour les juifs, pour les Noirs et pour les Roms, ou, tout simplement, pour la France.» Edwy Plenel
C’est notre voix, à ceux qui ne sont pas musulmans, qui manque (…) Avant de leur dire « montrez que vous êtes contre le terrorisme », à nous de montrer que nous combattons toute cette islamophobie, bienséante, banale qui se répand hélas trop souvent dans le débat public. Edwy Plenel
Dans cet ouvrage en forme de brûlot contre les idées reçues, le journaliste s’élève adroitement contre le poncif selon lequel, citant dans le texte l’académicien Alain Finkielkraut, « il y a un problème de l’islam en France ». Cet essai démasque notamment les tentatives dispersées d’une essentialisation « en bloc ». Dont la conséquence pratique consiste à figer « tout ce qui ressort, peu ou prou, de l’islam dans une menace indistincte », légitimant au passage « l’exclusion et l’effacement » de nos compatriotes musulmans. Tout en constatant le « poids d’un passé colonial jamais vraiment soldé », l’auteur prend le contre-pied de la doxa xénophobe en jugeant que « la question musulmane détient aujourd’hui la clé de notre rapport au monde et aux autres ». L’Humanité
Un de nos compatriotes, tombé entre les mains d’un groupe de barbares fanatisés, vient d’être assassiné et a rejoint ainsi la liste des otages qui ont servi d’exutoire au nom d’un prétendu islam dans lequel aucun de nous ne se reconnaît nullement. Nous musulmans de France, ne pouvons qu’exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d’une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie. Nous dénions à ces êtres sauvages le droit de se revendiquer de l’islam et de s’exprimer en notre nom. Les supplices et la mort qu’ils ont infligés à nos frères chrétiens, yazidis ou musulmans, en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, nous ont révulsés et nous ont rendus encore plus malheureux de ne pouvoir faire rien d’autre que d’exprimer notre solidarité et notre immense compassion. Faut-il pour autant se contenter d’exprimer notre solidarité sans aller plus loin dans l’expression de notre fraternité? Non! Car il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d’appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie. Certes, cette majorité de musulmans n’est pas toujours audible, faute d’avoir accès aux médias, ou dans l’incapacité de créer elle-même ses propres outils de communication, pour rétablir l’image déformée que l’on renvoie d’eux et qui en fait soit des djihadistes, soit des fondamentalistes mais jamais des citoyens ordinaires soucieux de vivre leur foi dans le cadre des lois de la République et de sauvegarder les traditions et les cultures qui constituent chaque citoyen français dans la diversité de ses origines. Collectif de musulmans
 Les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la « barbarie » La Croix
On se souvient, il y a quelques semaines, des 500 manifestations organisées en France pendant l’opération défense israélienne ‘’bordure protectrice’’. L’immense majorité des protestataires dans ces cortèges étaient de confession musulmane. La haine, la rage contre Israël, les juifs et la France était partout bien présente, palpable, ce n’est plus à démontrer aujourd’hui.(…) En revanche, lorsqu’il s’agit comme hier pour les musulmans de protester contre la barbarie de l’Etat islamiste et des djihadistes, de protester contre le meurtre abject d’Hervé Gourdel, il n’y a exactement P.E.R.S.O.N.N.E. Devant la grande mosquée de Paris, il devait en effet y avoir tout au plus 300 individus qui, si on retire les journalistes, politiques et autres bobos Ve arrondissement, il ne devait y avoir guère plus d’une centaine de musulmans, c’est-à-dire grosso modo ceux sortant de la prière de la grande mosquée de Paris le vendredi. Pourtant, comme d’habitude, la propagande médiatique a fonctionné à plein régime afin de promouvoir cet évènement. En 24h, tous les journalistes ont appelé à cette manifestation sur toutes les chaines, dans tous les journaux : bilan 300 personnes. Si on considère qu’il y a près de 2000 djihadistes ‘’français’’ auprès de l’Etat islamique, le nombre de manifestants était bien moindre, ce qui est dramatique, alors qu’il y a en France des millions de musulmans. Europe-Israël
C’est bien Obama et non Bush qui a interrompu le processus de stabilisation existant en Irak depuis le « surge » de 2008 en quittant l’Irak avec précipitation et en laissant tout le pouvoir aux chiites inféodés à l’Iran, ce qui a démantelé tout l’effort entamé par David Petraeus commencé sous Bush et gagné en faisant alliance avec les tribus sunnites. C’est bien Obama et non Bush qui a laissé faire en Syrie en 2013, refusant d’armer les résistants dits « laïcs », et fermant les yeux sur le financement des groupes islamistes (dont l’ancêtre de l’E.I actuel) opéré par l’Arabie Saoudite et le Qatar aujourd’hui apeurés de voir leur pouvoir féodal vaciller sous les coups de boutoir d’un mouvement islamique parfaitement fidèles aux critères historiques de l’islam depuis le début, l’islam étant par exemple une religion de « paix » dans la mesure où l’on accepte de vivre sous son joug : « que la paix (de l’islam) soit avec toi » voilà ce que veut dire son salut et non pas cette pâle imitation du christianisme, certains imams parlant même « d’amour » ce qui est d’un risible sans pareille lorsque l’on observe le nombre infime d’occurrence en la matière dans leur texte sacré… Que l’Occident soit à l’heure actuelle son défenseur intransigeant (à coup de drones également) en dit long non seulement sur son masochisme mais surtout sa prétention à transformer tout taureau radical en boeuf aseptisé. En tout cas il semble bien qu’il n’existe pas d’islam modéré comme il n’a pas existé de communisme modéré, à moins d’abandonner la dictature du prolétariat, ou la « charia » comme le veulent certains en Tunisie, au Maroc, en Égypte, au Yémen… Wait and see. Lucien SA Oulahbib

C’est la faute à Voltaire !

Alors qu’à coup de « selfies sanglants » les bouchers djihadistes lâchés dans la nature par l’Administration Obama appellent nos concitoyens, de ce côté comme de l’autre côté  de l’Atlantique, à littéralement « égorger nos fils et nos compagnes » …

Pendant qu’à la tribune de l’ONU, nos amis palestiniens dénoncent une « nouvelle guerre de génocide » lancée devinez par qui et que sans compter la perspective de l’arrivée du virus ébola à La Mecque, les argentiers du jihad tremblent eux aussi à Riadh comme à Doha devant les effets en retour du virus salafiste que depuis des décennies ils propagent de par leur monde …

Et qu’après les quelque 500 manifestations contre « l’horreur barbare » à Gaza de l’été et la massive manifestation d’au moins 300 personnes à la sortie de la Grande Mosquée de Paris de vendredi, « les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la ‘barbarie’  » …

Comment ne pas voir, avec l’ancien journaliste trotskyste et autre notoire maitre-faussaire à ses heures perdues Edwy Plenel ou le journaliste et ancien otage en Syrie Pierre Torres …

La grande faute d’un Occident dominateur et colonialiste face à ces nouveaux juifs que sont aujourd’hui les musulmans, pourchassés de la Syrie à l’Irak et de l’Afrique à nos banlieues ?

Edwy Plenel : misère du trotsko-djihadisme
Pour Mediapart, l’Occident est coupable de tout
Luc Rosenzweig
Causeur
25 septembre 2014

Le fondateur de Médiapart, en opération de promotion de son dernier opus Pour les musulmans, promène sa moustache et son sourire crispé sur les plateaux de télévisions et dans les studios des principales radios. Son message est simple : tout le mal qui advient aujourd’hui dans ce bas monde est le résultat, en dernière instance, de l’indignité de l’homme blanc dominateur, marqué pour l’éternité de la flétrissure colonialiste, qui se transmet de génération en génération. Les musulmans sont, de son point de vue, les victimes absolues de ce désordre universel, en Irak, en Syrie, comme dans les banlieues de nos métropoles. J’exagère ? Ceux qui ont regardé « Ce soir ou jamais », le soir du 19 septembre, on pu le voir voler au secours de l’ex-otage en Syrie Pierre Torres, qui avait écrit, dans une tribune publiée par Le Monde : « Mohammed Nemmouche est un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes. ». Interpellé à ce sujet par Elisabeth Lévy, avant que Torrès ait pu bredouiller un semblant de justification, Plenel s’exclame : « C’est le passage le plus fort et le plus digne de ce texte ! ». Ce tortionnaire d’Alep, ce tueur de juifs de Bruxelles est donc « notre monstre », à qui il est même dénié d’avoir plus d’autonomie de pensée et d’action que celle octroyée par Mary Shelley à la créature du docteur Frankenstein.

Le jeudi suivant, c’est le jour d’Edwy aux « Matins » de France Culture, où l’excellent Marc Voinchet lui offre un créneau hebdomadaire pour administrer aux auditeurs une dose concentrée de ses délires idéologiques. Ce jeudi là, le 25 septembre 2014, la France est sous le choc de l’assassinat, par égorgement, du guide de haute montagne Hervé Gourdel par les émules algériens de Daech. Comment allait-il s’en sortir ? Difficile, dans ce cas là, de mettre la barbarie des assassins sur le compte des misères subies par des jeunes victimes de harcèlement policier, de contrôles au faciès à répétition, de déréliction sociale dans des cités-ghettos. Lorsque l’actualité vous envoie un uppercut, il convient, en bonne logique plenelienne, de botter en touche dans le champ de l’Histoire : «  C’est reparti comme en 14 !» claironne Edwy. Le scandale du jour, pour lui, ce n’est pas l’assassinat de sang froid, dans des conditions horribles d’un guide de montagne accompagnant des alpinistes algériens dans le massif du Djurdjura, mais l’union nationale, sincère et spontanée, qui s’est révélée pour condamner ce crime, et le soutien quasi-unanime de la classe politique française à la riposte militaire aux égorgeurs de Daech. L’émotion légitime qui nous étreint relève, selon lui d’un « bourrage de crâne » à l’image de celui, dénoncé jadis par les fondateurs du Canard Enchaîné, en 1915, en pleine guerre de 14… À propos de bourrage de crâne, Plenel passe bien évidemment sous silence celui subi par ces jeunes déboussolés qui vont chercher dans le djihad un sens à leur mort. Nous sommes « historiquement » forcément coupable de tout, y compris de la guerre de religion qui oppose les sunnites au chiites dans un affrontement sauvage qui dure depuis près de trente ans au Moyen-Orient. Plenel, et ses amis de Mediapart condamnent toutes les opérations conduites pour limiter l’expansion de cette idéologie mortifère, au Mali, comme en Irak. Ce n’est pas la conduite stratégique et tactique de ces interventions qui sont critiquées – ce qui est parfaitement légitime – mais leur principe même. Quoi que nous fassions, c’est le mal, renversement de la vision binaire et manichéenne des Ronald Reagan et George W. Bush…

Plenel veut de l’Histoire ? On va lui en donner. Plongeons-nous, par exemple dans le passé du trotskisme, dont il persiste à se réclamer, dans sa version «  culturelle », sinon organisationnelle. L’estampille stalinienne de l’expression « hitléro-trotskiste » ne doit pas nous empêcher, comme l’ont fait tous les historiens sérieux, de revisiter le passé de cette mouvance pendant la Seconde guerre mondiale. Dès 1938, le ton est donné par le patron, Léon Trotsky, dans son article «  La lutte anti-impérialiste » : « Il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. Je vous le demande : de quel côté sera la classe ouvrière ? Je répondrai pour ma part que, dans ce cas, je serai du côté du Brésil “fasciste” contre l’Angleterre “démocratique”. Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas ». Après l’assassinat de Trotsky, ses émules de la IVème internationale mettront cette ligne en application, en substituant l’Allemagne hitlérienne au Brésil. Les trotskistes français, dans leur grande majorité1, et jusqu’à la Libération pratiqueront l’entrisme dans les partis collaborationnistes, notamment le Rassemblement national populaire de Marcel Déat, et prôneront le « défaitisme révolutionnaire » face à l’Allemagne nazie. Voici ce qu’on pouvait lire dans La Vérité, organe du mouvement trotskyste, le 22 août 1944, alors que la bataille pour vaincre Hitler faisait rage. Sous le titre «  Pourquoi nous n’avons pas adhéré à la Résistance », on peut lire cette adresse à la classe ouvrière française : « Nous savons que ce programme n’est pas le vôtre. Vous croyez devoir maintenir votre Union Sacrée avec les partis de la bourgeoisie, et prendre à votre compte leurs buts de guerre. Nous croyons qu’une telle politique creuse le fossé entre les ouvriers français et allemands, qu’elle a, entre autres résultats celui de souder les ouvriers allemands autour de leur propre bourgeoisie, de prolonger par là l’existence de Hitler, de paralyser la révolution en Allemagne et en Europe ».

Les temps ont changé, mais l’esprit reste le même : l’ennemi, ce n’est pas le fasciste, aujourd’hui le djihadisme massacreur et égorgeur, mais ceux qui s’unissent pour le combattre.

Une poignée de militants trotskistes, dont le plus connu est David Rousset, rompirent avec cette ligne aberrante, participèrent à la Résistance, notamment dans le travail militant en direction des soldats allemands. Certains d’entre eux furent fusillés et déportés. Mais, comme les poissons volants, ils ne constituent pas la majorité de l’espèce… ↩

Voir également:

Islam : Edwy Plenel publie un plaidoyer « Pour les musulmans »
Le journaliste et essayiste Edwy Plenel publie un livre-plaidoyer contre ceux qui stigmatisent les musulmans de France.
RTL  avec AFP
16/09/2014

Edwy Plenel lance « un cri d’alarme et un geste de solidarité » pour les musulmans de France. Dans son livre-plaidoyer « Pour les musulmans » (éd. La Découverte), qui sort jeudi 18 septembre, le journaliste et essayiste fustige ceux qui ciblent l’islam « comme notre problème de civilisation ».

C’est une petite phrase du philosophe Alain Finkielkraut qui a suscité l’ire du fondateur du site d’information Mediapart et l’a conduit à rédiger ce court essai « à contre-courant », tracé d’une plume vive et engagée: « Il y a un problème de l’islam en France ».

« Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation », explique Edwy Plenel.

L’auteur poursuit de sa vindicte l’ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant, qui avait considéré comme un problème « l’accroissement du nombre des fidèles » musulmans – ils seraient 3,5 à 5 millions en France selon les estimations. Ou encore Manuel Valls qui, avant d’accéder à Matignon, avait selon Edwy Plenel posé la question « de la compatibilité de l’islam avec la démocratie ».

« De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes », écrit le pamphlétaire.

Le titre de son ouvrage renvoie à « Pour les Juifs », article qu’Emile Zola rédigea en 1896, vingt mois avant son fameux « J’accuse » en défense du capitaine Dreyfus. « Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction +il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France+. Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes (musulmans, NDLR) qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple », dit Edwy Plenel, précisant que son livre aurait pu s’intituler « Pour les minorités » ou « Pour la France ».

« Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés », confie l’essayiste. Tout en rêvant d’un retour à la « laïcité originelle » inscrite dans la loi de 1905 qui, « loin d’une crispation face à l’affirmation des cultes minoritaires, signifiait leur reconnaissance », écrit-il.

« J’ai commis l’erreur de collaborer avec les services de l’antiterrorisme français »
Pierre Torres (Journaliste, ancien otage en Syrie)
Le Monde
17.09.2014

Juin 2014, me voilà au siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avec mes anciens co-otages. Nous sommes face à plein de gens sûrement très importants qui nous expliquent en chœur qu’ils ont Nemmouche et qu’il était peut-être l’un de nos geôliers en Syrie. Ils précisent que, en théorie, ils ont la possibilité de le garder encore des jours et des jours mais que bon, comme ils l’ont déjà depuis un moment, ils vont devoir le refourguer aux Belges.

On sait que la police peut à peu près tout faire avec ceux que l’on soupçonne d’être terroristes, mais là, il y aurait urgence et il faut que nous rappliquions dare-dare pour déposer. Certes, l’oiseau en question n’est pas près de s’envoler et quand bien même il aurait participé à mon enlèvement, quoi qu’il arrive, il n’est pas tout à fait près de sortir de prison. Mon témoignage n’a donc non seulement aucun intérêt pratique à ce moment-là, mais il n’en a aucun dans l’absolu.

GRAVITÉ DE LA SITUATION

Parmi nos hôtes d’importance, Camille Hennetier, procureure, qui dirige le parquet antiterroriste. Elle nous promet qu’aucune instruction ne sera ouverte contre ce suspect, au sujet de notre enlèvement, tant qu’un danger pèsera sur les otages occidentaux. Elle attendra que la crise soit finie. Elle comprend la gravité de la situation. Elle nous rassure.

Trois mois s’écoulent jusqu’à ce qu’une lecture audacieuse de l’actualité pousse on ne sait qui à décréter que le temps était venu de révéler le contenu de nos dépositions. Qu’il est facile d’être audacieux lorqu’on n’est pas en Syrie enfermé entre quatre murs !

Depuis l’assassinat de James Foley, le 19 août, de nombreuses informations ont fuité et de nombreux mensonges ont été proférés. Cela au détriment des familles de ceux encore détenus en Syrie. Les mensonges peuvent émaner de n’importe qui, pas les fuites. Ou plutôt si, nos dépositions ont pu fuiter par n’importe quel bout de l’antiterrorisme français mais pas sans l’aval et l’intérêt de tous.

Aux questions telles que : « Reconnaissez-vous Medhi Nemmouche ? Est-il le sarcastique et pétulant jeune homme que l’on dit ? », il me faut répondre par une autre question : pourquoi le parquet, la Direction générale de la sécurité intérieure ou on ne sait quel juge, donnent-il accès à des dépositions qui, un jour ou l’autre, seront légalement rendues publiques ? Lequel d’entre eux a-t-il perdu à Action ou vérité ?

OPÉRATION DE PROMOTION

Cela relève évidemment de l’opération de promotion. Promotion de quoi ? Nous ne le savons pas encore – promouvoir la nouvelle loi antiterroriste en discussion au Parlement, démontrer que « les services » servent à autre chose qu’à mettre en examen des adolescentes de 14 ans « pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » –, nous verrons bien. Ce qui est certain, c’est que la seule chose qui puisse justifier la mise en danger des autres otages, c’est que quelqu’un ou quelque institution policière a vu là la possibilité de se faire mousser.

Du point de vue des organisateurs de cette fuite, l’opération a bien fonctionné. « Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme », toute l’artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d’avoir peur. Nemmouche n’est pas un monstre. C’est un sale type, narcissique et paumé, prêt à tout pour avoir son heure de gloire. Ses raisons d’aller en Syrie se rapprochaient probablement plus de celles qui, à un certain degré, mènent des adolescents américains à abattre toute leur classe ou certains de nos contemporains à participer à une émission de télé-réalité, qu’à une quelconque lecture du Coran. Ce qu’il incarne, c’est une forme particulièrement triviale de nihilisme. Il est, à cet égard, un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes.

In fine, tout le discours antiterroriste est ce qui auréole un Nemmouche de gloire. Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu’il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l’antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d’arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population.

Ces nouvelles prérogatives concernent des restrictions de circulation et d’expression pour certaines personnes dont le profil sera considéré à risque par un ou plusieurs Big Brothers bienveillants : la possibilité pour des parents d’inscrire leurs enfants aux fichiers des personnes recherchées ; une association de malfaiteur à une seule personne – un humour auquel Nemmouche sera des plus sensibles. Et, glissé subrepticement dans le tas, un arsenal de pénalisation de la cybercriminalité qui s’attaquera davantage à des initiatives de libre information comme WikiLeaks, plus qu’à des poseurs de bombe sur Internet.

J’admets avoir commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu’est l’antiterrorisme. Cela va à l’opposé des positions et des combats que représente mon engagement de journaliste. Je m’en excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger.

Voir encore:

Le masque est définitivement tombé. Fiasco absolu de la manifestation des musulmans contre le meurtre d’Hervé Gourdel et la barbarie de l’Etat islamique (photos)
Europe-Israël
sept 27, 20149

On se souvient, il y a quelques semaines, des 500 manifestations organisées en France pendant l’opération défense israélienne ‘’bordure protectrice’’. L’immense majorité des protestataires dans ces cortèges étaient de confession musulmane. La haine, la rage contre Israël, les juifs et la France était partout bien présente, palpable, ce n’est plus à démontrer aujourd’hui.

On se souvient également des très nombreux débordements des supporters algériens pourtant ‘’français’’, descendant par centaines de milliers dans les rues des villes de France et occasionnant, comme toujours, de nombreuses exactions sur les biens et sur les personnes.

On se souvient enfin des prières de rue qui mobilisaient des milliers d’individus, occupant sans vergogne des rues entières au mépris des lois, de la culture française et du bien-être des habitants locaux.

En revanche, lorsqu’il s’agit comme hier pour les musulmans de protester contre la barbarie de l’Etat islamiste et des djihadistes, de protester contre le meurtre abject d’Hervé Gourdel, il n’y a exactement P.E.R.S.O.N.N.E.

Devant la grande mosquée de Paris, il devait en effet y avoir tout au plus 300 individus qui, si on retire les journalistes, politiques et autres bobos Ve arrondissement, il ne devait y avoir guère plus d’une centaine de musulmans, c’est-à-dire grosso modo ceux sortant de la prière de la grande mosquée de Paris le vendredi.
Pourtant, comme d’habitude, la propagande médiatique a fonctionné à plein régime afin de promouvoir cet évènement. En 24h, tous les journalistes ont appelé à cette manifestation sur toutes les chaines, dans tous les journaux : bilan 300 personnes.
Si on considère qu’il y a près de 2000 djihadistes ‘’français’’ auprès de l’Etat islamique, le nombre de manifestants était bien moindre, ce qui est dramatique, alors qu’il y a en France des millions de musulmans.

La situation est donc claire et les masques sont définitivement tombés. Il n’est en aucun cas outrancier de dire que les musulmans vivant en France n’ont aucune intention de protester contre l’ignoble Etat islamique et par conséquent, à des degrés divers, se sentent solidaires de celui-ci.

Un collectif de musulmans de France : «Nous sommes aussi de “sales Français”»
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Par vidéos FigaroVox
25/09/2014

FIGAROVOX/TRIBUNE- Ils sont médecins, politiques, avocats, français et musulmans. Ils expriment avec la plus grande force la répulsion que leur inspire l’assassinat d’Hervé Gourdel.

Bariza Khiari (première vice-présidente du Sénat), Madjid Si Hocine (médecin et militant associatif), Saad Khiari (cinéaste-auteur), Ghaleb Bencheikh (président de la conférence mondiale des religions pour la paix), Farid Yaker (président du Forum France Algérie), Kamel Meziti (écrivain), Dounia Bouzar (anthropologue du fait religieux), Said Branine (journaliste rédacteur en chef d’Oumma.com), Humeyra Filiz (représentante de l’EMISCO auprés du conseil de l’Europe), l’ONG COJEP internationale, Anissa Meziti (présidente de l’association Agir contre le racisme), Abderahim Hamdani ( financier), Yasser Khaznadar (gériatre), Marwane Ben Yahmed (directeur de la publication de Jeune Afrique), Elie Melki (traducteur), Majed Nehmé (directeur de la rédaction d’Afrique Asie), Adel Kachermi (courtier en aviation), Kamel Kabtane (recteur de la Mosquée de Lyon), Faycal Megherbi (avocat au barreau de Paris), Kamel Maouche (avocat au barreau de Paris)

Un de nos compatriotes, tombé entre les mains d’un groupe de barbares fanatisés, vient d’être assassiné et a rejoint ainsi la liste des otages qui ont servi d’exutoire au nom d’un prétendu islam dans lequel aucun de nous ne se reconnaît nullement. Nous musulmans de France, ne pouvons qu’exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d’une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie.

Nous dénions à ces êtres sauvages le droit de se revendiquer de l’islam et de s’exprimer en notre nom. Les supplices et la mort qu’ils ont infligés à nos frères chrétiens, yazidis ou musulmans, en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, nous ont révulsés et nous ont rendus encore plus malheureux de ne pouvoir faire rien d’autre que d’exprimer notre solidarité et notre immense compassion.

Faut-il pour autant se contenter d’exprimer notre solidarité sans aller plus loin dans l’expression de notre fraternité? Non! Car il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d’appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie.

Certes, cette majorité de musulmans n’est pas toujours audible, faute d’avoir accès aux médias, ou dans l’incapacité de créer elle-même ses propres outils de communication, pour rétablir l’image déformée que l’on renvoie d’eux et qui en fait soit des djihadistes, soit des fondamentalistes mais jamais des citoyens ordinaires soucieux de vivre leur foi dans le cadre des lois de la République et de sauvegarder les traditions et les cultures qui constituent chaque citoyen français dans la diversité de ses origines.

Nous, Français de France et de confession musulmane, tenons à exprimer avec force notre totale solidarité avec toutes les victimes de cette horde de barbares, soldats perdus d’un prétendu État islamique, et dénonçons avec la dernière énergie toutes les exactions commises au nom d’une idéologie meurtrière qui se cache derrière la religion islamique en confisquant son vocabulaire.

Personne ne peut s’arroger le droit de s’exprimer en notre nom, et, pour mieux attester de notre solidarité dans les circonstances dramatiques actuelles, nous revendiquons l’honneur de dire que «nous sommes aussi de sales Français».

Voir de plus:

Les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la « barbarie »
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées vendredi 26 septembre en début d’après-midi devant la Grande Mosquée de Paris en hommage à Hervé Gourdel, l’otage français assassiné mercredi 24 septembre.
Lucie Gruau
La Croix
26/9/14

Contrairement à leurs voisins britanniques qui ont choisi Internet et la campagne Not in my name  (pas en mon nom) pour faire entendre leur voix, les musulmans de France ont préféré se rassembler, vendredi 26 septembre, devant un lieu hautement symbolique : la Grande Mosquée de Paris.

Dire non au terrorisme
Pendant qu’à l’intérieur, certains prient, plusieurs centaines de personnes investissent bientôt la place du puits de l’ermite. Toutes les générations sont représentées dans l’assemblée, les jeunes y côtoient les anciens.

Tous sont venus là pour dire « non au terrorisme » et rendre hommage à Hervé Gourdel, l’otage français assassiné par le groupe djihadiste algérien Jund al-Khilafa (les soldats du califat). « L’annonce de cet assassinat m’a énormément touché, raconte Fatia. Ces gens-là ne sont pas des musulmans, ils n’ont rien en commun avec nous ! ».

Un message de paix
Karim et Mohamad, deux amis trentenaires, discutent un peu plus loin sur le trottoir. « On est là par solidarité mais c’est comme si nous musulmans on devait toujours se justifier, et expliquer sans cesse qu’on est contre ce genre de barbarie », regrettent-ils.

Sadek, quarante ans, préfère rester à l’écart de l’agitation. « Je veux faire passer un message de paix, explique-t-il. Quelle que soit notre religion, nous sommes avant tout des êtres humains. »

Unité nationale
Partageant cette idée, certains chrétiens, comme Françoise, ont aussi fait le déplacement pour apaiser le climat actuel, « très tendu ». « Je suis là parce que j’ai des amis musulmans et je ne veux pas d’un climat soupçonneux à leur égard », lance-t-elle alors que la foule se met à scander « Daech assassin ! ».

Sur le parvis de la mosquée, apparaissent alors plusieurs personnalités politiques et religieuses. Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, est le premier à prendre la parole : « Ce rassemblement, c’est l’expression forte et vivante de notre volonté d’unité nationale et de notre volonté inébranlable de vivre ensemble ».

« Je ne partage pas votre foi mais je la respecte »
Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry et président du conseil pour les relations interreligieuses à la Conférence des évêques de France (CEF) s’adresse alors aux musulmans présents. « Je suis là pour vous dire de redresser la tête, soyez fiers de ce que vous faites, lance-t-il à la foule. Je ne partage pas votre foi mais je la respecte. »

Puis vient le tour de la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS) qui rappelle devant le public que « la communauté nationale ne se laissera pas diviser ».

Voir aussi:

« Le message de l’Etat Islamique est un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires« 
Wladimir Garcin
Le Figaro
22/09/2014

Pour Bernard Cazeneuve, nous sommes prêts à faire face à la menace de l’Etat Islamique. Est-ce vraiment le cas ? Le décryptage d’Hugues Moutouh.

Hugues Moutouh a été conseiller spécial du ministre de l’Intérieur. Il est désormais avocat. Il est l’auteur de 168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah.
FigaroVox: Dans un message audio, les djihadistes de l’Etat Islamique menacent les ressortissants français à cause de notre engagement militaire en Irak. Faut-il prendre ces menaces au sérieux?

Hugues MOUTOUH: Le message a été authentifié: la menace doit donc être prise au sérieux. Il ne s’agit certes pas de la première fois qu’un réseau terroriste menace de frapper nos ressortissants, mais cela confirme la dangerosité extrême de cet Etat islamique. Ce groupe est bien plus puissant et dangereux que tous ceux connus jusqu’ici. Installé sur un territoire vaste, disposant d’importantes ressources financières, militaires (un matériel sophistiqué, hérité des stocks américains abandonnés sur place), Daech a les moyens de mener une politique agressive. Le danger va donc croissant, et tous les services de renseignement français le savent.

Quel est le but des terroristes à travers ces intimidations?

Le but est la raison d’être même de cet Etat: propager la terreur. De plus, l’Etat Islamique dispose d’un véritable pouvoir de séduction, notamment par rapport à Al-Qaïda, grâce à ses ressources, à son statut autoproclamé d’Etat, ainsi qu’à sa parfaite utilisation des média et des réseaux sociaux. Ses succès militaires sont ainsi largement relayés et diffusés et participent de son rayonnement dans le monde.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a déclaré que «même si le risque zéro n’existe pas, nous prenons 100% de précaution», et que «La France n’a pas peur» face à la menace terroriste. Sommes-nous vraiment prêts à faire face aux djihadistes?

Les services de renseignement et les spécialistes effectuent un énorme travail de repérage, mais il suffit qu’une seule personne passe à travers les mailles du filet pour semer la terreur et le chaos. Il y a actuellement plus de 900 français en Irak et en Syrie, prêts à revenir en France. De plus, le message audio de l’Etat Islamique est à mon sens un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires. Le porte-parole de Daech y enjoint tous ceux se sentant en empathie avec leur Etat à prendre les armes, ou, à défaut, à percuter les gens avec leur voiture, ou à les étrangler. Il s’agit d’un véritable appel au meurtre, visant à faire basculer les personnes fragiles psychologiquement ou isolées dans le terrorisme.

On ne peut donc jamais être totalement prêt, car tout peut arriver. Les services font ce qu’ils peuvent pour prévenir ces risques, mais l’acte terroriste est par définition imprévisible. Le pire est toujours à attendre, malgré les progrès de la surveillance et la coopération internationale. Il suffit d’une personne influençable, d’un fou isolé, pour qu’un acte terroriste soit commis. Ce genre d’attentat est donc bien plus difficile à prévoir qu’une action coordonnée, structurée et financée par Al-Qaïda, par exemple.

La France n’a pas connu d’attaques majeures depuis la vague d’attentats des années 1995-1996. Comment la menace a-t-elle évolué depuis? Les services de sécurité français ont-ils adapté leurs techniques de renseignement?

Le terrorisme a énormément évolué, et un attentat comme celui du 11 septembre appartient au XXème siècle et n’arriverait plus aujourd’hui. Les Etats peuvent contrecarrer ce type d’action, et tout ce qui est organisé peut être déjoué puis puni par notre système législatif. Aujourd’hui, le terrorisme prend plutôt la forme du loup solitaire, un concept théorisé aux Etats-Unis par le FBI pour qualifier les attaques des groupuscules d’extrême-droite suprématistes. Ces groupes souhaitaient multiplier les actions terroristes, tout en limitant la possibilité d’arrestation. Ils ont donc commencé à créer de petites cellules, de une à trois personnes, très difficiles à identifier. Le FBI a donc inventé le terme de loup solitaire pour qualifier ces individus. Les islamistes utilisent aujourd’hui ce type d’organisations pour préparer leurs actions.

Tout ne peut être fait ou interdit au nom de la lutte contre le terrorisme. La question est aujourd’hui de savoir s’il faut déplacer le curseur entre la sécurité et la liberté vers plus de protection, ce qui impliquerait automatiquement une limitation des libertés et droits.
Dans un précédent entretien, vous déclariez que la principale menace actuelle était celle des loups solitaires, comme Mohamed Merah, endoctrinés et formés sur Internet. L’Etat est-il aujourd’hui capable de surveiller, d’identifier et d’interpeller ce type de menaces plus efficacement, ou Internet reste-t-il une zone difficilement contrôlable?

Internet est évidemment difficilement contrôlable, et, plus largement, la limite de la surveillance, de la protection de la société est le cadre de l’Etat de droit. Tout ne peut être fait ou interdit au nom de la lutte contre le terrorisme. La question est aujourd’hui de savoir s’il faut déplacer le curseur entre la sécurité et la liberté vers plus de protection, ce qui impliquerait automatiquement une limitation des libertés et droits. Ce débat ne peut cependant être mené par les services de sécurité, mais par le Parlement et le gouvernement. Si l’on estime que le risque devient trop important, ces derniers doivent proposer un nouveau cadre pour la société. La question centrale d’un tel débat est bien celle du prix à payer pour la sécurité.

Au-delà des services de police, les citoyens sont-ils prêts psychologiquement à lutter contre la menace terroriste?

Depuis de nombreuses années, les moyens nécessaires à la lutte contre le terrorisme sont refusés au ministère de l’Intérieur, comme l’a montré le scandale du fichier Edvige. Or, un nouveau système, utilisant les nouvelles technologies, les écoutes, la reconnaissance faciale et les fichiers de renseignement est aujourd’hui nécessaire. Les Français sont, à mon sens, prêts à accepter ce nouveau cadre s’il défini et approuvé par le Parlement, et s’ils sont informés intelligemment et clairement à ce propos.

Si l’utilisation de ces nouvelles technologies est régulée et contrôlée, nous pourrons lutter bien plus efficacement contre la menace terroriste, et identifier les déséquilibrés en amont pour les éviter d’agir.

Voir encore:

Alain Chouet : « L’Etat islamique manquera bientôt de ressources humaines et financières »
Saïd Branine et Ian Hamel
Oumma
10 septembre 2014
En exclusivité pour Oumma.com, Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), analyse les chances de survie de l’Etat islamique.

A propos de l’auteur

Ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Alain Chouet a notamment été en poste au Liban et en Syrie. Il avait été l’un des premiers spécialistes du terrorisme à révéler que l’organisation Al-Qaïda était « morte sur le plan opérationnel dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 ». Et qu’« il ne resterait qu’une cinquantaine de membres, essentiellement des seconds couteaux, incapables d’animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique ». En exclusivité pour Oumma.com, Alain Chouet analyse les chances de survie de l’Etat islamique (*).

Comment expliquez-vous que la presse francophone n’ait parlé que tardivement de cette scission d’Al-Qaida, aujourd’hui à la tête de l’Etat islamique. On sait pourtant que depuis la mort de Ben Laden, certains djihadistes ont refusé de prêter allégeance à Zawahiri.

La réalité est que, depuis 2002 et l’offensive alliée contre le régime Taliban d’Afghanistan et ses protégés djihadistes, Al-Qaïda relève plus du mythe que de la réalité. C’est un mythe qui a été entretenu par le fait que tout contestataire dans le monde musulman, quelles que soient ses motivations et ses objectifs, a bien compris qu’il devait se réclamer de l’organisation qui avait épouvanté l’Amérique s’il voulait être pris au sérieux. C’est un mythe qui a été entretenu par certains dirigeants des pays musulmans qui ont bien compris qu’ils devaient coller l’étiquette Al-Qaïda sur leurs opposants s’ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement. C’est enfin un mythe qui a été entretenu par les dirigeants et les médias d’un certain nombre de pays occidentaux pour légitimer leur politique sécuritaire intérieure et extérieure.

Mais dans la galaxie salafiste, tout le monde sait bien que Al-Qaïda se résumait depuis 2003 à un Ben Laden réfugié dans un « resort » des services pakistanais et à un sentencieux Ayman Zawahiri distribuant les bons et les mauvais points de djihadisme et s’appropriant verbalement des actes de violence commis un peu partout dans le monde qu’il n’avait ni commandités, ni prescrits ni contrôlés.

Il était difficile pour des djihadistes ambitieux de remettre en cause la figure emblématique de Ben Laden mais plus facile de s’affranchir de la tutelle morale de Zawahiri. En particulier pour des chefs de bande locaux qui n’avaient que faire du « djihad mondial » sans bénéfice immédiat et souhaitaient plutôt se bâtir un petit sultanat local où ils pourraient exercer un pouvoir sans partage et rançonner la population. C’est ce type de raisonnement, joint aux aléas des rivalités locales et des surenchères entre l’Arabie et le Qatar, qui a poussé un Abou Bakr al-Baghdadi à rejeter le parrainage d’Al-Qaïda et – comme on dit en France – à s’autoproclamer « Calife à la place du Calife ».

Comment expliquer l’émergence de l’EIIL et par qui ce groupe était-il financé (avant qu’il ne mette la main sur des banques et des puits de pétrole)?

L’EIIL n’a pas « émergé » comme par miracle l’année dernière. Il est la filiation directe de ce que l’on appelait il y encore quelque temps « Al-Qaïda en Irak » ou « Al-Qaïda en Mésopotamie ». Cette organisation avait été elle-même formée en 2003 par Abou Moussaab al-Zarqawi, ancien membre d’Al-Qaïda rejeté par Ben Laden pour son aventurisme, à partir d’un groupe djihadiste préexistant dans le nord est de l’Irak et connu sous le nom de Ansar al-Islam (Partisans de l’Islam). Après la mort de Zarqawi tué dans un bombardement américain, l’organisation a été reprise en main par son chef actuel qui a continué de bénéficier du soutien actif des services saoudiens dans la perspective de s’opposer à la mainmise totale des chiites sur le pouvoir irakien et à la connivence de plus en plus marquée entre Baghdad et Téhéran.

Les choses se sont compliquées début 2011 avec l’émergence des troubles en Syrie. Les services spéciaux saoudiens du Prince Bandar Ben Sultan et le Qatar se sont lancé dans des initiatives rivales pour accélérer la chute de Bashar el-Assad. Les Saoudiens ont organisé en Syrie l’émergence d’un front salafiste anti-régime sous la désignation de Jabhat al-Nosra tandis que les Qataris ont lancéune « OPA hostile » sur l’EIIL en diversifiant ses activités sur la Syrie en complément de l’Irak et en concurrence avec les autres groupes djihadistes.

Et tout ce paysage confus s’est transformé à l’été 2013 quand le coup d’État feutré qui a eu lieu à Qatar a écarté l’Emir et son activiste Premier ministre et recentré les investissements de l’Émirat sur des activités économiques plutôt que politiques. Dans le même temps, à la lueur du désordre politique et social induit en Égypte par la gestion des Frères Musulmans, le cabinet royal saoudien – plutôt partisan d’un ordre régional apaisé et d’un système de coexistence plutôt que d’affrontement avec l’Iran – a repris la main sur les extrémistes du clan familial, écarté le Prince Bandar et ses partisans, apporté son soutien au coup d’État du Maréchal Sissi et, surtout, condamné et criminalisé les activités djihadistes au Levant.

Brutalement privés de soutiens extérieurs significatifs, Jabhat el-Nosra et surtout l’EIIL se sont retrouvés condamnés à une fuite en avant, coincés sur place et contraints d’y trouver les ressources financières et militaires nécessaires à leur survie. Ce n’est pas par hasard que le premier objectif de l’EIIL dans sa fulgurante offensive du printemps dernier a été de s’emparer de la succursale de la banque centrale d’Irak à Mossoul pour y rafler près d’un demi-milliard de dollars en or et en billets.

Existe-t-il encore des liens entre le Front Al Nosra en Syrie et l’EIIL?

Ces organisations fonctionnent sur un mode féodal et mafieux où des chefs de bandes locales prêtent allégeance au chef de l’organisation en fonction de leur intérêt du moment. Les frontières entre les mouvements sont donc poreuses mais avec les risques que cela comporte en cas de trahison. D’autre part il faut considérer qu’il existe en Syrie comme en Irak une multitude de groupes armés locaux, parfois à l’échelle du village, du quartier ou du groupe d’immeubles, à l’allégeance mal définie et qui se rallient à tel ou tel en fonction des circonstances et du profit à en espérer.

L’EIIL est-il capable d’administrer les territoires conquis?

C’est douteux, faute de ressources humaines et, à terme, de ressources financières. Pour l’instant l’EIIL dispose d’un trésor de guerre estimé à 2 milliards de dollars. Ce trésor repose essentiellement sur le racket de « l’impôt révolutionnaire », sur le contrôle d’un certain nombre de site d’extraction d’hydrocarbures, sur le pillage systématique et la revente sur le marché noir turc des matériaux de construction (souvent arrachés des maisons existantes), matériels industriels et agricoles, véhicules, objets volés dans les propriétés publiques et privées dans les zones contrôlées.

Mais il faut se garder pour autant de considérer que l’EIIL dispose maintenant d’un budget annuel fixe et permanent. Le pillage de la succursale de la Banque Centrale d’Irak à Mossoul était un fusil à un coup. Il a été largement dilapidé dans la « location » de chefs de tribus sunnites d’Irak qui ont permis à l’EIIL sa rapide offensive du printemps. Le pillage des biens d’équipement sera bientôt tari par épuisement. De même que « l’impôt révolutionnaire » par suite de ruine ou exode des « assujettis ».

Reste le contrôle des ressources pétrolières (vulnérables car les puits ne sont pas déplaçables) qui est soumis au bon vouloir des Turcs et d’un certain nombre d’intermédiaires irakiens, tous susceptibles de « retourner leur veste » en fonction de la conjoncture internationale. Bref, dans six ou huit mois, il ne restera plus grande chose et c’est là que se posera (s’il n’est pas réglé avant) le problème du retour vers leur pays d’origine des mercenaires et volontaires étrangers (Tchétchènes, Bosniaques, Maghrébins, Libyens, Saoudiens interdits de retour au royaume, et – en ce qui nous concerne – Européens.)

Quelles sont les différences majeures entre le mode de fonctionnement d’Al-Qaida et l’EIIL? En s’autoproclamant calife, Baghdadi a également une vision globalisée du djihad, comme l’avait Ben Laden.

Al-Qaïda était un mouvement terroriste stricto sensu. C’est-à-dire un groupe restreint ayant une stratégie globale mais pas de tactique définie, mettant en œuvre des non-professionnels de la violence sacrifiables en vue de commettre dans le monde entier des attentats aveugles comme ils pouvaient, où ils pouvaient, quand ils pouvaient pourvu que la violence soit spectaculaire, médiatisée et porte la signature et le message de la mouvance.

L’EIIL est, au contraire, une véritable armée de professionnels de la violence avec un chef, une mission, des moyens, un agenda et des objectifs précis dans un espace limité. Le seul fait de se désigner sous le nom d’Etat (Dawla) montre bien que ses responsables entendent se donner un ancrage institutionnel (al-Islami) et géographique (fil-Iraq wa ash-Sham). Ce n’était pas du tout le cas de Ben Laden, au moins dans sa version finale des années 1998-2001 qui prônait une violence déterritorialisée contre le monde entier.

Mais qui dit État, dit chef de l’État et – en version islamique fondamentaliste – Calife. D’où l’initiative de Baghdadi qui vise aussi bien à faire un pied de nez aux Saoudiens, gardiens autoproclamés des Lieux saints qui l’ont abandonné et dont il conteste ainsi la légitimité, qu’à mettre l’ensemble des musulmans du monde en demeure de choisir leur camp en ayant à accepter ou rejeter son autopromotion. C’est ce qui explique qu’en se proclamant Calife, il abandonne aussitôt dans la dénomination du mouvement la référence territoriale à l’Irak et au Levant pour devenir « seulement » Etat Islamique (Dawlat al-Islami). Mais tout cela révèle plutôt des finasseries calculatrices de survie plutôt qu’une « vision globalisée du djihad ».

Quels sont les moyens les plus efficaces pour combattre cette organisation?

L’EIIL pose le même problème que l’Etat Taliban en Afghanistan, AQMI au Sahel, les Shebab en Somalie ou Boko Haram au Nigeria. Il s’agit d’armées constituées, souvent en uniforme ou portant des signes de reconnaissance, utilisant des matériels militaires, des véhicules dédiés, des implantations localisables, des moyens de communication identifiables. Cela relève à l’évidence d’une riposte militaire consensuelle et concertée face à laquelle on semble pourtant tergiverser.

Pendant plus de dix ans, les Etats-Unis ont placé l’ensemble du monde musulman sous une loi permanente des suspects, détruit irrémédiablement plusieurs pays, espionné la planète entière – y compris leurs plus proches alliés et leurs concitoyens -, harcelé des millions de voyageurs dans les aéroports, multiplié les tortures et les internements illégaux au nom d’une « guerre globale contre la terreur » qui n’a ramené dans ses filets que quelques seconds couteaux et un Ben Laden « retiré des affaires ».

Et aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la Présidence américaine vient dire qu’elle « n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme »….

Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du Président Obama pour contraindre l’Arabie et le pétromonarchies du Golfe à « choisir leur camp » et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.

L’Iran va-t-il devenir un partenaire à part entière pour combattre l’EIIL?

S’il veut préserver l’avenir et laisser la porte ouverte à l’élaboration d’un système de confiance régional avec les pétromonarchies arabes, l’Iran n’a pas vraiment intérêt à s’afficher comme le fer de lance ou un élément actif d’une coalition pilotée par les Occidentaux pour combattre l’extrémisme sunnite violent.

Téhéran ne peut que se réjouir de l’éradication des salafistes et soutiendra résolument mais aussi discrètement que possible ses alliés chiites irakiens, syriens et libanais comme il l’a toujours fait. Mais pourquoi voudrait-on, alors que l’Arabie multiplie les signaux d’apaisement, qu’il aille compromettre ses chances de coexistence future avec son environnement sunnite pour résoudre un problème qui ne le menace pas directement et qui est la conséquence des erreurs de gestion américaines dans la zone ?

Au-delà des dérapages verbaux de certains de leurs responsables politiques, les Iraniens sont prudents et calculateurs. Selon toute probabilité, ils laisseront les Occidentaux s’occuper du dossier en apportant juste l’aide qu’il faut pour qu’on reconnaisse et salue leur contribution et leur sens des responsabilités internationales mais avec le souci de ne pas justifier l’accusation constante qui leur est faite par les wahhabites d’être des hérétiques ennemis de l’Islam.

Si l’Etat islamique est détruit, ce n’est pas à Téhéran qu’iront se répandre les militants du djihadisme défaits, déçus et avides de vengeance….

(*) Alain Chouet donne une conférence sur le thème « Syrie, le carrefour des contradictions », le 19 septembre à 19 h 30 à la librairie arabe L’Olivier, 5, rue de Fribourg à Genève (Suisse).

Voir encore:

« L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence du terrorisme »

Majed Nehmé, directeur d’Afrique Asie

Le Temps d’Algérie

21-09-2014

Le Temps d’Algérie : Certains pays ont fait alliance avec «la rébellion» pour renverser le président Al Assad. Aujourd’hui, ces pays font partie de la coalition anti-Daech. Comment expliquez-vous ce retournement ?

Je ne pense pas qu’ils se soient retournés contre ces monstres qu’ils ont conçus, enfantés et nourris en armes, en argent, en combattants et en idéologie ! Ou du moins pas encore. Les deux organisations, Daech et Al-Nosra, sont le pur produit de l’idéologie salafiste wahhabite.

Les pays occidentaux et leurs supplétifs du Golfe ainsi que la Turquie avaient, dès les premiers mois du déclenchement de la crise syrienne, opté pour armer l’opposition qu’ils avaient décrite comme «modérée». Lors de la conférence des «Amis de la Syrie» réunis à Tunis en février 2012, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Fayçal, avait déclaré publiquement que son pays allait armer l’opposition. Mais très vite, les chancelleries occidentales, et plus particulièrement la France et les Etats-Unis d’Amérique, à travers leurs ambassadeurs à Damas, Eric Chevalier et Robert Ford, avaient compris que les marionnettes du
Conseil national syrien, qu’ils avaient créées de toutes pièces pour se substituer au pouvoir syrien légal, était dominé, directement et indirectement, par des cadres des Frères musulmans. Les libéraux et les démocrates, que j’appellerai les «idiots utiles» de la rébellion, n’avaient aucune représentativité.

En décidant de militariser la contestation, les Occidentaux et leurs marionnettes ont été très vite submergés par des organisations takfiries qui rejetaient à la fois le pouvoir syrien et l’opposition extérieure. Leurs calculs étaient basés sur un pari stupide, à savoir que les jours de Bachar Al Assad étaient désormais comptés (trois à six mois !), que l’armée allait se retourner contre lui et, enfin, que le CNS allait prendre le pouvoir et chasser les extrémistes qui avaient fait le sale boulot pour eux et qu’ils n’avaient qu’à attendre dans les hôtels cinq étoiles en Turquie, en Arabie saoudite, au Qatar et en Europe pour le ramasser.

Pour Burhan Ghalioun et Georges Sabra, les premiers présidents du CNS, «tous ceux qui combattent le régime syrien, y compris Al Nosra, sont des révolutionnaires et des alliés». Auparavant, ils prétendaient que ces groupes islamistes issus souvent de la nébuleuse d’Al Qaïda, étaient manipulés par les services syriens. Mais peu à peu, l’armée syrienne libre était balayée, l’opposition démocratique pacifique réduite au silence ou à l’exil. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence de ces groupes terroristes.

Ils pensaient que ce sont les seuls capables d’écraser le régime syrien.
Plutôt que d’écraser le régime de Damas, ces groupes ont commencé à se livrer bataille entre eux. Le Font Al Nosra, qui a été reconnu officiellement par le successeur de Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri, comme le seul représentant d’Al Qaïda au pays du Cham (grande Syrie) est actuellement en guerre larvée contre Daech. Il y a aussi d’autres mouvements rebelles, tous d’obédience takfirie, qui pullulent sur l’ensemble du territoire syrien et qui s’entredéchirent férocement. Ainsi, l’aspiration à la démocratie et au respect des droits de l’homme qui avait animé les premières manifestations n’est plus de mise. Désormais, c’est la création d’un califat et d’un Etat islamique qui semble animer tous ces mouvements hétéroclites.

Les pays qui avaient favorisé l’émergence de ce chaos indescriptible en Syrie, réalisant que le renversement du régime de Damas n’est plus accessible, craignant le retour des dizaines de milliers de djihadistes dans leurs pays respectifs, ont pris peur et commencent à se mobiliser contre eux. Mais ce retournement n’est jusqu’ici que verbal.
Que cherchent les Etats-Unis en mettant en place cette «coalition» contre Daech ?

Officiellement, les Etats-Unis et leurs alliés et supplétifs n’ont cherché à éradiquer Daech que lorsque ce groupe a décapité des journalistes et des citoyens occidentaux d’une façon répugnante et barbare qui a choqué l’opinion publique. Ils ne pouvaient pas ne pas réagir, ou faire semblant de réagir. En s’emparant d’une grande partie du territoire irakien et de la deuxième ville du pays, Mossoul, en infligeant une défaite humiliante à l’armée irakienne et, enfin, en avançant vers le Kurdistan irakien, en s’attaquant aux minorités chrétienne, turkmène, yézidie…

Daech a poussé les Etats-Unis à intervenir symboliquement. Ils en ont profité pour exiger le départ de Maliki et son remplacement par quelqu’un de plus docile. Ce qui a effectivement été fait. Si les bombardements aériens ont pu avoir un impact positif sur le moral des troupes loyalistes et des peshmergas kurdes, et stopper l’avancée des hordes de Daech, il n’en reste pas moins que c’est l’intervention des militaires iraniens et des combattants turcs et syriens du PKK qui a permis de stopper net cette avancée. Or les pasdarans iraniens et les PKK kurdes en Turquie et en Syrie sont considérés par les Occidentaux comme des terroristes !
En fait, tout ce cirque médiatique fait autour de Daech a pour ultime objectif de faire durer la tuerie et la destruction de la Syrie et de l’Irak et ultérieurement, l’Iran.

Une «dissension» a été annoncée au sein d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), de laquelle serait née une nouvelle organisation terroriste appelée «Djound Al Khilafa» et qui a déjà annoncé son allégeance à Daech. Pourquoi maintenant et pourquoi la région du Sahel ?

Les mouvements qui prônent un pseudo djihad global, par opposition au djihad local, maîtrisent magistralement l’art de la communication et de la propagande, notamment sur les réseaux sociaux. Aqmi est actuellement sur la défensive. Elle est traquée et rejetée partout. Elle ne survit que grâce au racket, au crime organisé, à la contrebande et aux kidnappings générateurs de rançons que certains pays occidentaux continuent malheureusement à payer. Son projet idéologique, si l’on peut dire, n’attire pas grand monde.

Il est donc normal que des dissensions apparaissent dans ses rangs. Pourchassée dans le Nord Mali, elle est actuellement repliée sur la Libye, un pays livré au chaos, aux milices armées et aux bandits de grands chemins. Il est normal, en période de repli, que des dissensions apparaissent mais sans lendemain. Il s’agit le plus souvent de disputes entre gangs autour d’un butin ou dans l’espoir d’accaparer une partie du butin saisi par Daech en Irak et évalué à quelque deux milliards de dollars. Je ne pense pas qu’il faudra accorder beaucoup de crédit à ces dissensions appelées à se multiplier. Le vrai danger c’est le chaos en Libye elle-même devenue le sanctuaire de nombreux terroristes ayant sévi en Syrie et en Irak et qui sont rentrés poursuivre leur combat sous des cieux plus cléments.

Comment qualifiez-vous le refus des Etats-Unis et de la France de coopérer avec l’Etat syrien contre Daech ?

Cela signifie que ces deux pays ne cherchent pas réellement à éradiquer Daech. Car c’est actuellement la Syrie qui combat le plus efficacement ce fléau. Sans la contribution syrienne à la guerre contre ce monstre, Daech serait déjà en Jordanie, au Liban et à la frontière d’Israël.

Il faut cependant discerner entre le refus médiatique et la coordination indirecte mais réelle pour faire barrage à cette organisation. Sur ce plan, une coordination réelle et efficace est engagée entre la Syrie et l’Irak.

L’échange d’informations se fait par l’intermédiaire du gouvernement irakien qui joue, jusqu’ici, le go-between entre Américains et Syriens.

Les Etats-Unis et la France, après avoir clamé que les jours de Bachar étaient comptés, ont quelque réticence à avaler leur chapeau, reconnaître leur erreur de jugement et retrouver le chemin de Damas. C’est une question de temps. Damas a déjà été approché par des émissaires français et américains pour reprendre une coopération secrète entre services. Mais ils se sont vu répondre que cette époque est bel et bien révolue et que si ces deux pays veulent réellement reprendre la coopération d’antan, il faudrait que ça se fasse à travers des structures diplomatiques. Donc pas avant la réouverture des ambassades américaine et française à Damas.

Les «djihadistes» libyens, tunisiens et ceux d’autres pays du Maghreb arabe, partis faire le «djihad» au sein d’organisations criminelles, dont Daech, Al Qaïda et le Front Al Nosra, en Syrie et en Irak, constituent-ils un danger à leur retour dans leurs pays respectifs ?

C’est une évidence. On a d’ailleurs remarqué que les pays du Maghreb, qui se disaient «amis du peuple syrien» (Maroc, Tunisie, Libye) n’avaient pas voulu participer à la conférence de Paris. Ils observent avec inquiétude le retour certain de leurs djihadistes qui sèment la terreur chez eux. C’est le cas également des pays occidentaux qui avaient fermé les yeux, voire encouragé le départ de ces djihadistes en Syrie et en Irak dans l’espoir de s’en débarrasser.
A lire la presse occidentale, le retour de ces anciens de la Syrie, qui nous rappelle le retour des anciens d’Afghanistan, est le cauchemar de tous les services de sécurité, à tel point que pour certains analystes, la question n’est plus de savoir si ces terroristes vont passer à l’action en Europe même, mais quand et comment. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

Ne croyez-vous pas que cette «coalition anti-Daech pourrait être utilisée par les Etats-Unis pour effectuer des frappes contre l’armée syrienne et l’affaiblir dans le but de faciliter l’avancée de ce qui est appelée «opposition armée modérée» ?

Il est certain que la coalition anti-Daech est actuellement inexistante. Elle est médiatique. Obama, qui ne veut pas terminer son deuxième mandat par une guerre, l’a dit ouvertement : c’est une guerre qui va durer des années. Conclusion : il cherche à épuiser la Syrie et l’Irak et à tout faire pour que ces deux pays retrouvent la place qui leur revient sur l’échiquier du Moyen-Orient.
Quant à l’avancée d’une opposition armée modérée, c’est une vue de l’esprit. Obama lui-même l’avait reconnu. Actuellement, l’initiative est entre les mains de l’armée syrienne et je ne vois pas comment une opposition fanatisée pourra réaliser ce qu’elle n’a pu faire en trois ans de guerre totale. L’objectif réel est de détruire la Syrie à petites doses. Et la situation actuelle arrange bien tous les ennemis de la Syrie.

Ne pensez-vous pas également que certains pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite et la Turquie, et certains pays occidentaux, dont les Etats-Unis d’Amérique, ont grandement contribué à armer les organisations terroristes comme Daech et le Front Al Nosra ?

C’est un secret de Polichinelle. Tous ces pays avaient juré la perte de l’Etat syrien. En armant ces mouvements djihadistes, ils pensaient ramener la Syrie dans le giron occidental, l’extraire de son alliance avec l’Iran, la Russie et la Chine et la contraindre à une paix au rabais avec Israël. Jusqu’ici, cette stratégie a lamentablement échoué. Et ces monstres qu’ils ont nourris vont se retourner contre eux. Le jour où les Américains vont constater les dégâts de cette stratégie sur leurs propres intérêts et sur les intérêts de leurs supplétifs du Golfe, ils vont arrêter la partie. On n’en est malheureusement pas encore là.
Alain Chouet, le plus fin et informé des spécialistes français du renseignement, a mis les points sur les «i» en soulignant l’incohérence occidentale face à Daech.

«Aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la présidence américaine, écrit-il,  vient dire qu’elle «n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme»…

Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du président Obama pour contraindre l’Arabie et les pétromonarchies du Golfe à «choisir leur camp» et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.»

Des médias évoquent une «rupture» entre Al Qaïda et Daech, alors qu’Al Qaïda vient d’annoncer son soutien à Daech face à la «coalition». Comment expliquez-vous cela ?

C’est une rupture de façade. Les deux organisations, qui se disputent entre elles pour des raisons de contrôle de territoire ou de partage des butins, sont toutes les deux, malgré les apparences, dans une position de repli. Elles poursuivent les mêmes objectifs.

Edwy Plenel et la fausse «lettre de Mandela»
Meir Wentrater
Comme un juif en France
11 décembre 2011

S’exprimant en direct depuis la Jordanie, où il participait à une rencontre d’une ONG vouée au «journalisme d’investigation», Edwy Plenel a consacré un billet, diffusé le 11 décembre 2013 dans «Les Matins de France Culture», à Nelson Mandela [1]. Il a longuement cité une lettre adressée en 2001 par Nelson Mandela au journaliste américain Tom Friedman, dans laquelle le dirigeant sud-africain condamnait sévèrement l’attitude d’Israël envers les Palestiniens.

Le problème est que cette lettre est un faux. Son véritable auteur, un journaliste palestinien vivant aux Pays-Bas nommé Arjan el-Fassed, ne s’en est d’ailleurs jamais caché: il entendait utiliser le genre littéraire de la fausse lettre, afin d’accuser Israël de pratiquer envers les Palestiniens une forme d’apartheid.

Cependant, la prétendue «lettre à Friedman» a circulé sur des forums Internet militants où elle a été présentée comme une parole authentique de Mandela. Jusqu’à ce qu’en 2002 les journalistes du quotidien israélien Haaretz s’adressent à la présidence sud-africaine, et découvrent le pot aux roses [2]. Tout le monde sait aujourd’hui que, non seulement cette «lettre» n’a pas été écrite par Nelson Mandela, mais elle ne représente en rien les positions du dirigeant sud-africain sur le conflit israélo-palestinien [3].

Julien Salingue, l’un des principaux porte-parole de la «cause palestinienne» en France, résume bien les choses quand il écrit sur son blog, le 6 décembre 2013: «Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed» [4].

Edwy Plenel figure donc parmi «ceux qui ont pris pour argent comptant» la prétendue «lettre de Mandela». Plus de dix ans après que la fausseté de celle-ci a été démontrée par les journalistes israéliens, il continue de la citer comme parole d’Evangile. Or non seulement le document auquel il se réfère est un faux, mais son contenu ne représente pas – comme le souligne le militant pro-palestinien Julien Salingue – les positions véritables de Mandela sur le sujet [5].

Edwy Plenel, participant en Jordanie à une conférence vouée au «journalisme d’investigation», aurait là un bon sujet d’étude sur la valeur de l’investigation en matière journalistique: comment ne pas s’appuyer sur des faux documents, comment distinguer – chez les autres, et éventuellement chez soi-même – l’analyse des faits et la passion militante [6]. Bref, une réflexion sur un thème qui devrait être cher au cœur des journalistes: la vérité.
NOTES

1. Le billet d’Edwy Plenel: http://www.franceculture.fr/emission-le-monde-selon-edwy-plenel-podcast-2013-12-11#.UqgLcaFeUKk.twitter

2. L’auteur de la «lettre», Arjan el-Fassed, raconte cela lui-même sur son blog: http://arjansweblog.blogspirit.com/mandela_memo

3. Sur ce que Nelson Mandela pensait d’Israël, nous disposons du témoignage d’Abe Foxman, qui participa à la rencontre entre Mandela et les dirigeants juifs américains, à Genève en 1990 (Mandela avait été libéré de prison peu de temps auparavant, et entamait le processus qui devait conduire à la fin de l’apartheid): «Lors de notre rencontre, Mandela exprima non seulement son soutien sans équivoque au droit d’Israël à exister mais aussi son profond respect pour ses dirigeants, parmi lesquels David Ben-Gourion, Golda Meïr et Menahem Begin. Il nous assura également qu’il soutenait le droit d’Israël à la sécurité et son droit de se protéger contre le terrorisme.»
http://blogs.timesofisrael.com/how-mandela-won-over-the-jewish-community/
En octobre 1999, Nelson Mandela, qui avait quitté quelques mois plus tôt la présidence de l’Afrique du Sud, visita les pays du Proche-Orient. Lors de son séjour en Israël, il déclara au terme d’une longue rencontre avec le ministre des affaires étrangères David Lévy: «Selon moi, les discours sur la paix restent creux tant qu’Israël continue d’occuper des territoires arabes. (…) Je ne peux pas imaginer qu’Israël se retire si les Etats arabes ne reconnaissent pas Israël à l’intérieur de frontières sûres.»
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/aponline/19991019/aponline113258_000.htm

4. Voir le blog de Julien Salingue (par ailleurs très hostile à Israël):
http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/comme-la-rappele-pierre-haski-de-rue89.html

5. Le journal en ligne (activement anti-israélien) MondoWeiss défend la thèse bizarre selon laquelle ce sont les pro-israéliens inconditionnels qui diffusent la thèse selon laquelle Nelson Mandela aurait accusé Israël de pratiquer l’apartheid, et ce afin de porter atteinte à l’image de Nelson Mandela:
http://mondoweiss.net/2013/12/apologists-discredit-apartheid.html

6. La réapparition de cette prétendue «lettre», au lendemain de la mort de Nelson Mandela, est significative de l’état d’esprit régnant dans certains milieux où l’activisme anti-israélien va de pair avec l’ignorance des faits. Voir, par exemple, ici:
http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Gilles_Devers.061213.htm

Voir aussi:

Mandela memo
How it started?

On March 27, 2001, Thomas Friedman wrote a column in the style of a ‘mock memo’ entitled Bush’s First Memo. In this ‘mock memo’ Thomas Friedman writes in the name of U.S. President George W. Bush a memo to Palestinian President Yasir Arafat.

This ‘mock memo’ — Thomas Friedman had published a number of them in the New York Times, for example, a ‘mock memo’ he wished Secretary of State Colin Powell would have sent to President George W. Bush was published on February 20, 2001 — triggered me to write to the New York Times’ Readers Opinions in the the ‘mock memo’ style that Friedman himself liked to use and offered Nelson Mandela responding to Friedman’s Bush’s First Memo to Arafat.

Mandela’s first memo to Thomas Friedman (30 March 2001)

Since Thomas Friedman tells his readers that Palestinians should forget about 1948 and forget about returning to their homes, I wanted to show that current policies against Palestinians resemble an apartheid-like situation. Since Nelson Mandela has become the personification of the struggle against apartheid, I thought a ‘mock memo’ including Mandela was the logical thing to do. I could also have taken Steven Biko who has said that “the most potential weapon in the hands of the oppressor is the mind of the oppressed” or Oliver Tambo or others anti-apartheid activists.

The confusion

On 27 March 2001, after reading Friedman’s ‘mock memo’ I wrote a letter entitled Mandela’s first memo to Thomas Friedman to the op-ed editor of The New York Times and I posted the memo on the Thomas Friedman Discussion Board of the New York Times, hoping that Thomas Friedman would read it and that the New York Times would publish it. However, after two days, I came to the conclusion that the New York Times would not dare publishing this piece and I sent it on March 30, 2001 to Media Monitors, “a Platform for Serious Media Contributors”, an online daily.

Soon, however, I found the ‘mock memo’ I wrote and which clearly indicated that I wrote it, on various listservers and websites but without the byline mentioning that it was in fact written by me.

The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title.

I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman.

How things got worse

On April 24, 2001, Akiva Eldar, chief political columnist and editorial writer for the Israeli national daily Ha’aretz wrote in his Strong Quote from Mandela that the Palestinian daily Al Quds published a letter that Nelson Mandela sent to New York Times columnist Thomas Friedman, in response to a March 27 Frideman column, dubbed “Memo to President Bush.”

Immediately, I wrote a letter to Ha’aretz explaining what happened. Most probably, someone translated the memo (without byline) into Arabic and which was taken up by the Palestinian daily and printed on April 16, 2001, however, without verifying the source. The editor of Al Quds, Marwan Abu Zalaf, said that he had no idea it was a fake, and that one of his reporters found it on the Internet.

On Friday, April 18, the Lebanese daily As-Safir re-published the ‘mock memo’ in Arabic based on the article as printed by the Palestinian daily Al-Quds. On Monday, April 21, The Daily Star had an op-ed entitled “Sharon: Why does the world ignore me?” and at the top of the ‘memo’, they had the following boxed introduction:

« New York Times columnist Thomas L. Friedman has recently popularized the idea of writing opinion pieces framed as « memos » from world leaders to various recipients, prompting various other writers to mimic the practice.

For the byline, at the bottom, the Star wrote in italics: Arjan El Fassed wrote this commentary for MediaMonitors, a website dedicated to providing a platform for all political opinions (NB. The Daily Star’s archive is currently not working).

The Norwegian newspaper Dagsavisen published a commentary in which it quoted The Jerusalem Times which published the ‘mock memo’ on April 6, 2001, again without source, byline, or author, in its publication.

On April 24, 2001, someone wrote to Akiva Eldar the following:

——- Original Message ——-
From: ******* <********@yahoo.com>
To: eldar@haaretz.co.il
Sent: Tuesday, April 24, 2001 7:26 PM
Subject: Strong quote from Mandela

For the record, I have received the original messages containing each of Arjan El Fassed’s “memos,” sent directly from him (via an e-group). Mr. El Fassed’s byline is clearly present on each article, the articles come from his own e-mail address, and the more recent ones contain an explicit warning against forwarding the article without the byline. There is no possible basis for arguing that Mr. El Fassed intends for people to believe the memos were written by anyone other than himself.

It is hard to imagine that anyone would accuse Tom Friedman of impersonating a world leader if one of his “memos” was forwarded, sans byline, and then re-printed in another newspaper (though the newspaper re-printing the story would be a legitimate target for criticism).

To claim that Mr. El Fassed “tends to sign various missives he sends out to the world signed with the names of famous people” is, if not an intentional lie, than an inadvertent gross misstatement of fact. Whether you like Mr. El Fassed’s writing or not, you have a responsibility to correct what you wrote.

The next day, Akiva Eldar, replied:

—- haaretz eldar@haaretz.co.il wrote:
From: “haaretz”
To: “*******” <*******@yahoo.com>
Subject: Re: Strong quote from Mandela
Date: Wed, 25 Apr 2001 09:15:42 +0200

Mr El Fassed has give me a full account of his position and it will be reported in my next column.

However, instead of being reported in his next column, Ha’aretz published my own response instead.

Worse, however, Toronto Star columnist, Michele Landsberg wrote on May 20, 2001, Forged letter slights dignity of Nelson Mandela, in which she claimed that she checked with Mandela’s office in South Africa and that she heard from his assistant:

« You enquired about the infamous article that has been doing the rounds across the globe. We’ve received numerous enquiries… . Mr. Mandela did not write the article/letter, and this matter has been referred to his lawyers for further action. »

Nigel Parry responded to that column by writing a letter to the Toronto Star editor:

« Regarding Michele Landsberg’s column, « Forged letter slights dignity of Nelson Mandela », there was no « rat ». Someone obviously forwarded her the memo without its byline and she failed to seek out its source.

The memo was a clearly signed spoof that was first published on the Media Monitors Network.

Landsberg’s assertion that the letter was a “forgery” is as baseless as her claim that the political philosophy of Zionism — which directly resulted in the establishment of an Israeli state on the ruins of 415 Palestinian villages ethnically cleansed of nearly one million Arabs, with a legal system that still discriminates between “Jewish” and “Non Jewish” citizens in areas such as property ownership — is somehow not racist.

The Toronto Star chose not to publish his letter.

On May 26, 2001, the Lebanese newspaper an-Nahar published a clarification in Arabic which is similar to my own response in Ha’aretz.

Even now, some emails are still circulating with the ‘mock memo’. For example, the Palestinian Council for Justice and Peace circulated the ‘mock memo’ and sent a message to their own list on 14 February 2002, saying that

« We sent you a letter, which was supposedly written by Nelson Mandela and addressed to Thomas Friedman. As we received it by email from a friend who was excited about a good answer to Friedman’s latest article in the New York Times, we misread the address, and thought it was in fact written in the New York Times. Thanks to the queries of some of you, we went to the source, and now we know for certain that Mandela did not write the article. It is still a good response, but we have no clue so far as to the author. »

What other readers said

In a message posted on April 13, 2002 on a listserver called Ecunews, Rick Mitchell wrote that the ‘mock memo’:

« reinforces [my] claim that Israel is maintaining a system of Apartheid by keeping Palestinians in captivity (the current occupation dates back to June, 1967) and subject to second-class status. One need not agree with all of his statements, but it is illuminating to recognize that we see and hear very little of this argument in the U.S., as the policy of our government and of the mainstream media has been consistently pro-Israeli. Politics is, of course, politics, but the important point to consider is El Fassed’s (and others’) contention that Zionism is inherently racist and un-democratic, resulting quite logically in an apartheid system of discrimination. It is also the policy of the U.S. government. »

What’s interesting is that some even argued, “but there is also a sense in which the ‘true’ or original author does not matter — and that sense is related to the question, ‘Is it true?’”

Others wrote on various lists, “If this is authentic, it is truly a moral bombshell in the present level of discussion…” and “[It may have been written] as a statement about what perhaps Nelson Mandela would say to someone such as journalist Thomas Friedman.”

« For those of you who are concerned about the authenticity of the Mandela memo, I have researched the matter with the help of others. Apparently Thomas Friedman often writes as though he were someone else and this piece is written with this understanding. I do not question the content because from my own personal experience, I can attest to an apartheid situation. »

Someone else posted this question:

« How could I find an email for Nelson Mandela to alert him to the efforts of us in the Jewish world who oppose Israel’s current treatment of Palestinians – and to discuss with him strategies for having an impact? »

« My husband (among other people) forwarded the ‘Nelson Mandela memo’ to me. I checked up on it through my sources in Palestine and found that it was not written by Nelson Mandela but by someone else using the style of Friedman’s articles. The name of the person is in some email in my file but the name doesn’t really matter. Someone was trying to do good but left the rest of us with egg on our faces. You may want to pass this information on to those from whom you got it and to those to whom you sent it. »

Another reader made this observation, “The existential reality of injustice witnessed first-hand…is a far more powerful teaching tool than injustice heard or read about.”

What Nelson Mandela indeed has said

« It is completely wrong that the United States must be the mediator in this conflict. Everybody knows the United States is a friend of Israel. »

« As far as we are concerned what is being done to the Palestinians is a matter of grave concern. We are the friends of Yasser Arafat. We are the friends of the Palestinians. We support their struggle » (Reuters, 1 June 2001, Mandela, speaking at a news conference after talks with French Prime Minister Lionel Jospin).

« Israel should withdraw from the areas which it won from the Arabs — the Golan Heights, south Lebanon and the West Bank — that is the price of peace » (Dispatch, 20 October 1999)

« Our men and women with vision choose peace rather than confrontation, except in cases where we cannot get, where we cannot proceed, where we cannot move forward. Then, if the only alternative is violence, we will use violence » (Associated Press , 20 October 1999)

« The histories of our two peoples, Palestinian and South African, correspond in such painful and poignant ways, that I intensely feel myself being at home amongst compatriots » (Associated Press , 20 October 1999)

« The long-standing fraternal bonds between our two liberation movements are now translating into the relations between two governments » (Associated Press, 20 October 1999)

Address by President Nelson Mandela at the International Day of Solidarity with the Palestinian People, Pretoria, 4 December 1997

Voir par ailleurs:

Obama est-il responsable de la situation en Irak?
Lucien SA Oulahbib
ResilienceTV
27/9/2014

Certainement. N’en déplaise à tous ceux qui n’ont de cesse de commencer tel un mantra l’amorce d’une réflexion en maudissant d’abord Bush fils et « 2003 ». Or, c’est bien Obama et non Bush qui a interrompu le processus de stabilisation existant en Irak depuis le « surge » de 2008 en quittant l’Irak avec précipitation et en laissant tout le pouvoir aux shiites inféodés à l’Iran, ce qui a démantelé tout l’effort entamé par David Petraeus commencé sous Bush et gagné en faisant alliance avec les tribus sunnites.

C’est bien Obama et non Bush qui a laissé faire en Syrie en 2013, refusant d’armer les résistants dits « laïcs », et fermant les yeux sur le financement des groupes islamistes (dont l’ancêtre de l’E.I actuel) opéré par l’Arabie Saoudite et le Qatar aujourd’hui apeurés de voir leur pouvoir féodal vaciller sous les coups de boutoir d’un mouvement islamique parfaitement fidèles aux critères historiques de l’islam depuis le début, l’islam étant par exemple une religion de « paix » dans la mesure où l’on accepte de vivre sous son joug : « que la paix (de l’islam) soit avec toi » voilà ce que veut dire son salut et non pas cette pâle imitation du christianisme, certains imams parlant même « d’amour » ce qui est d’un risible sans pareille lorsque l’on observe le nombre infime d’occurrence en la matière dans leur texte sacré…

Que l’Occident soit à l’heure actuelle son défenseur intransigeant (à coup de drones également) en dit long non seulement sur son masochisme mais surtout sa prétention à transformer tout taureau radical en boeuf aseptisé. En tout cas il semble bien qu’il n’existe pas d’islam modéré comme il n’a pas existé de communisme modéré, à moins d’abandonner la dictature du prolétariat, ou la « charia » comme le veulent certains en Tunisie, au Maroc, en Égypte, au Yémen… Wait and see.

Enfin, il semble bien que le 11 septembre 2001 ne soit pas la conséquence de « 2003 » (jusqu’à preuve du contraire).

Et à ceux qui rétorquent qu’il aurait fallu (« yaka ») construire des écoles, des routes et des hôpitaux plutôt que d’envoyer des armes il se trouve que tout cela a été construit et a été immédiatement dynamité (comme au Nigeria) parce que « école » n’a pas du tout la même signification en islam et en terre judéo-chrétienne républicaine et libérale.

Par ailleurs si les Kurdes avaient eu leur État dès 1923 à la chute de l’empire ottoman, ou du moins s’ils avaient été armés aussi bien que l’armée irakienne, peut-être que les Kurdes ne seraient pas acculés à reculer sous les coups de boutoir des néo-wahhabites, créatures échappées du laboratoire saoudien, toujours sous la bienveillance américaine et…française… Mais nous ne sommes pas à une contradiction près…

Il est navrant de rappeler ces quelques vérités premières à de si éminents « experts ».

 Voir enfin:

Argument
How We Won in Iraq
And why all the hard-won gains of the surge are in grave danger of being lost today.
David H. Petraeus
Foreign Policy
October 29, 2013

The news out of Iraq is, once again, exceedingly grim. The resurrection of al Qaeda in Iraq — which was on the ropes at the end of the surge in 2008 — has led to a substantial increase in ethno-sectarian terrorism in the Land of the Two Rivers. The civil war next door in Syria has complicated matters greatly, aiding the jihadists on both sides of the border and bringing greater Iranian involvement in Mesopotamia. And various actions by the Iraqi government have undermined the reconciliation initiatives of the surge that enabled the sense of Sunni Arab inclusion and contributed to the success of the venture.  Moreover, those Iraqi government actions have also prompted prominent Sunnis to withdraw from the government and led the Sunni population to take to the streets in protest.  As a result of all this, Iraqi politics are now mired in mistrust and dysfunction.

This is not a road that Iraqis had to travel. Indeed, by the end of the surge in 2008, a different future was possible.  That still seemed to be the case in December 2011, when the final U.S. forces (other than a sizable security assistance element) departed; however, the different future was possible only if Iraqi political leaders capitalized on the opportunities that were present.  Sadly, it appears that a number of those opportunities were squandered, as political infighting and ethno-sectarian actions reawakened the fears of Iraq’s Sunni Arab population and, until recently, also injected enormous difficulty into the relationship between the government in Baghdad and the leaders of the Kurdish Regional Government.

To understand the dynamics in Iraq — and the possibilities that still exist, it is necessary to revisit what actually happened during the surge, a history now explored in a forthcoming book written by my executive officer at the time, Col. (Ret.) Peter Mansoor, now a professor of military history at the Ohio State University.

Leading the coalition military effort during the surge in Iraq in 2007 and 2008 was the most important endeavor — and greatest challenge — of my 37 years in uniform. The situation in Iraq was dire at the end of 2006, when President George W. Bush decided to implement the surge and selected me to command it. Indeed, when I returned to Baghdad in early February 2007, I found the conditions there to be even worse than I had expected. The deterioration since I had left Iraq in September 2005 after my second tour was sobering. The violence — which had escalated dramatically in 2006 in the wake of the bombing of the Shiite al-Askari shrine in the Sunni city of Samarra — was totally out of control. With well over 50 attacks and three car bombs per day on average in Baghdad alone, the plan to hand off security tasks to Iraqi forces clearly was not working. Meanwhile, the sectarian battles on the streets were mirrored by infighting in the Iraqi government and Council of Representatives, and those disputes produced a dysfunctional political environment. With many of the oil pipelines damaged or destroyed, electrical towers toppled, roads in disrepair, local markets shuttered, and government workers and citizens fearing for their lives, government revenue was down and the provision of basic services was wholly inadequate. Life in many areas of the capital and the country was about little more than survival.

In addition to those challenges, I knew that if there was not clear progress by September 2007, when I anticipated having to return to the United States to testify before Congress in open hearings, the limited remaining support on Capitol Hill and in the United States for the effort in Iraq would evaporate.

In short, President Bush had staked the final years of his presidency — and his legacy — on the surge, and it was up to those on the ground to achieve progress. In the end, that is what we did together, military and civilian, coalition and Iraqi. But as my great diplomatic partner Ryan Crocker, the U.S. ambassador to Iraq, and I used to note, Iraq was « all hard, all the time. »

The Surge of Forces and the Surge of Ideas

The surge had many components. The most prominent, of course, was the deployment of the additional U.S. forces committed by President Bush — nearly 30,000 of them in the end. Without those forces, we never could have achieved progress as quickly as we did. And, given the necessity to make progress by the hearings anticipated in September 2007, improvements before then were critical.

As important as the surge of forces was, however, the most important surge was what I termed « the surge of ideas » — the changes in our overall strategy and operational plans. The most significant of these was the shift from trying to hand off security tasks to Iraqi forces to focusing on the security of the Iraqi people. The biggest of the big ideas that guided the strategy during the surge was explicit recognition that the most important terrain in the campaign in Iraq was the human terrain — the people — and our most important mission was to improve their security. Security improvements would, in turn, provide Iraq’s political leaders the opportunity to forge agreements on issues that would reduce ethno-sectarian disputes and establish the foundation on which other efforts could be built to improve the lives of the Iraqi people and give them a stake in the success of the new state.

But improved security could be achieved only by moving our forces into urban neighborhoods and rural population centers. In the first two weeks, therefore, I changed the mission statement in the existing campaign plan to reflect this imperative. As I explained in that statement and the guidance I issued shortly after taking command, we had to « live with the people » in order to secure them. This meant reversing the consolidation of our forces on large bases that had been taking place since the spring of 2004. Ultimately, this change in approach necessitated the establishment of more than 100 small outposts and joint security stations, three-quarters of them in Baghdad alone.

The establishment of each of the new bases entailed a fight, and some of those fights were substantial. We knew that the Sunni insurgents and Shiite militias would do everything they could to keep our troopers from establishing a presence in areas where the warring factions were trying to take control — and those areas were precisely where our forces were needed most. Needless to say, the insurgents and militias would do all that they could to keep us from establishing our new operating bases, sometimes even employing multiple suicide car bombers in succession in attempts to breach outpost perimeters. But if we were to achieve our goal of significantly reducing the violence, there was no alternative to living with the people — specifically, where the violence was the greatest — in order to secure them. Our men and women on the ground, increasingly joined during the surge by their Iraqi partners, courageously, selflessly, and skillfully did what was required to accomplish this goal.

« Clear, hold, and build » became the operative concept — a contrast with the previous practice in many operations of clearing insurgents and then leaving, after handing off the security mission to Iraqi forces that proved incapable of sustaining progress in the areas cleared. Then — Lt. Gen. Ray Odierno, commander of the Multi-National Corps-Iraq, and his staff developed and oversaw the execution of these and the other operational concepts brilliantly. Indeed, in anticipation of the new approach, he ordered establishment of the initial joint security stations in the weeks before I arrived.  His successor in early 2008, then Lt. Gen. Lloyd Austin, did a similarly exemplary job as our operational commander for the final portion of the surge. On receiving the Corps’ guidance, division and brigade commanders and their headquarters orchestrated the implementation of these concepts. And our company, battalion, and brigade commanders and their troopers translated the new strategy and operational concepts into reality on the ground in the face of determined, often barbaric enemies under some of the most difficult conditions imaginable.

But the new strategy encompassed much more than just moving off the big bases and focusing on security of the people. Improving security was necessary, but not sufficient, to achieve our goals in Iraq. Many other tasks also had to be accomplished.

The essence of the surge, in fact, was the pursuit of a comprehensive approach, a civil-military campaign that featured a number of important elements, the effects of each of which were expected to complement the effects of the others. The idea was that progress in one component of the strategy would make possible gains in other components. Each incremental step forward reinforced and gradually solidified overall progress in a particular geographic location or governmental sector. The surge forces clearly enabled more rapid implementation of the new strategy and accompanying operational concepts; however, without the changes in the strategy, the additional forces would not have achieved the gains in security and in other areas necessary for substantial reduction of the underlying levels of ethno-sectarian violence, without which progress would not have been sustained when responsibilities ultimately were transferred to Iraqi forces and government authorities.

The Sunni Awakening and Reconciliation

Beyond securing the people by living with them, foremost among the elements of the new strategy was promoting reconciliation between disaffected Sunni Arabs and our forces — and then with the Shiite-dominated Iraqi government. I often noted at the time that we would not be able to kill or capture our way out of the industrial-strength insurgency that confronted us in Iraq. Hence we had to identify those insurgents and militia members who were « reconcilable, » and we then had to persuade them to become part of the solution in Iraq rather than a continuing part of the problem. Reconciliation thus became a critical component of the overall strategy.

We were fortunate to be able to build on what ultimately came to be known as the Sunni Awakening, the initial increment of which began several months before the surge, outside the embattled Sunni city of Ramadi in violent Anbar Province, some 60 miles west of Baghdad. There, in the late summer of 2006, during the height of the violence in Anbar, Col. Sean MacFarland, a talented U.S. Army brigade commander, and his team agreed to support a courageous Sunni sheikh and his tribal members who decided to oppose al Qaeda in Iraq, which the tribesmen had come to despise for its indiscriminate attacks on the population and implementation of an extreme version of Islam that was not in line with their somewhat more secular outlook on life.  The initiative included empowering young men of the tribes who wanted to help secure their areas against al Qaeda depredations. Ultimately, shortly after the surge of forces commenced and throughout 2007 and into 2008, this arrangement was replicated over and over in other areas of Anbar Province and Iraq. The Awakening proved to be a hugely important factor in combating al Qaeda terrorists and other Sunni insurgents and, over time, similar initiatives in the Shiite population proved important in combating some militias in select areas as well.

Some observers have contended that we got lucky with the Awakening. Undeniably, it was fortunate that the initial development of a tribal rebellion against al Qaeda had begun by the time the surge began. Despite this reality, however, the spread of the Awakening beyond Ramadi was not serendipity; rather, it was the result of a conscious decision and a deliberate effort. I was well aware that there had previously been reconciliation initiatives that had worked in the short term. Indeed, I oversaw the first of these initiatives, in the summer of 2003, when I commanded the 101st Airborne Division in northern Iraq and Amb. Jerry Bremer, the head of the Coalition Provisional Authority, personally authorized me to support an Iraqi-led reconciliation effort. That effort helped make that part of Iraq surprisingly peaceful well into the fall of 2003, as the Sunni Arabs cast out of jobs and out of society by the de-Ba’athification policy still had hope of being part of the new Iraq in our area. Ultimately, however, that initiative, along with reconciliation efforts in subsequent years in western Anbar Province and elsewhere, foundered due to a lack of support by Iraqi authorities in Baghdad. I watched these initiatives during my second tour in Iraq, as commander of the Multi-National Security Transition Command-Iraq from June 2004 to September 2005.

Given my recognition of the importance of reconciliation, I was determined that we would support the nascent Awakening and then, over time, gain our Iraqi partners’ support, as well. In fact, my first trip outside Baghdad, shortly after taking command on Feb. 10, 2007, was to assess the progress of the initiative in Ramadi. After seeing the results of the Awakening up close, I quickly resolved that we would do all that we could to support the tribal rebellion there and also to foster its spread through other Sunni areas of Iraq. (Eventually, we also supported Shiite awakenings in some of the areas troubled by Shiite militias.) We would, in effect, seek to achieve a « critical mass » of awakenings that would set off a « chain reaction » as rapidly as was possible — initially up and down the Euphrates River Valley in Anbar Province and then into neighboring Sunni Arab areas of Iraq. Of equal importance, we would also seek the support of Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki for these initiatives. (I personally took him to Ramadi in March 2007 to speak to the tribal sheikhs leading the Awakening there, and I subsequently took him to other Sunni areas for similar endeavors as well.)

The decision to support the Awakening movement and, in essence, reconciliation carried considerable risk and was not initially embraced by all of our commanders. Many correctly pointed out that the leaders and members of the groups that wanted to reconcile with us — groups that might be willing to embrace the Awakening — had American blood on their hands. Beyond that, it was clear early on that Prime Minister Maliki was willing to allow us to support awakenings in strictly Sunni areas such as Anbar, but that he had understandable concerns about them when they approached areas of greater concern to his Shiite coreligionists; moreover, he also was not at all enthusiastic initially about providing Iraqi resources and assistance for what came to be known as the « Sons of Iraq, » the young men who helped augment coalition and Iraqi police and army forces in securing their tribal areas. Regardless, I was convinced that there was no alternative if we were to reduce the violence and divert key elements of the Sunni insurgency from their actual or tacit support for the actions of al Qaeda. So we pressed ahead and dealt with the many issues that arose along the way, helped initially by my first deputy, British Lt. Gen. Sir Graeme Lambe, a friend and colleague of many years, and then by the establishment of a Force Reconciliation Cell that was headed by a talented two-star British officer and an impressive senior U.S. diplomat.

Ultimately, the Awakening movement — and, in effect, reconciliation — did spread dramatically. There were many challenges as this transpired, especially when Prime Minister Maliki and other Shiite leaders developed concerns over the spread of the movement into Baghdad and areas near predominantly Shiite or mixed communities. Our reconciliation team — aided enormously by Emma Sky, a brilliant British woman who served as a special assistant to me during the latter part of the surge (having served as General Odierno’s political adviser earlier and subsequently) — worked tirelessly to deal with the seemingly endless list of issues and with the woman appointed by Prime Minister Maliki to oversee reconciliation initiatives for the Iraqi government. And, ultimately, a year and a half into the surge, we had on our payroll more than 100,000 « Sons of Iraq » (more than 20,000 of them Shiite), young men who lived in the areas of the Awakening movements and who then helped secure their neighborhoods from both Sunni insurgents and Shiite militias.

In sum, the spread of the Awakening was not serendipity; it was the result of a deliberate decision I took soon after taking command. To be sure, the timing of the initiative outside Ramadi was fortuitous, but from even before taking command I knew that reconciliation had to take place if we were to reduce violence significantly by the fall of 2007. We thus were determined to capitalize on the Ramadi initiative by promoting the spread of Awakening movements and facilitating the resulting reconciliation among sects, tribes, and factions. I understood the numerous risks, and we took measures to ensure that Awakening movements and the « Sons of Iraq » did not turn into an unaccountable militia force that would cause more trouble for Iraq in the long run than they were worth in the near term. Looking back, the risks clearly were worth the resulting gains.

Targeted Special Operations

Another critical component of our comprehensive approach was an intensive campaign of targeted operations by U.S. and British Special Operations Forces to capture or kill key insurgent and militia leaders and operatives. Although I publicly acknowledged from the outset that we would not be able to kill or capture our way to victory (hence the need to support the Awakening), killing or capturing the most important of the « irreconcilables » was an inescapable and hugely important element of our strategy. Indeed, we sought to pursue key irreconcilables even more aggressively than was the case before the surge.

Then-Lt. Gen. Stan McChrystal, commander of the U.S. Joint Special Operations Command and the Counter-Terrorism Special Operations Task Force operating in Iraq, led this effort brilliantly. Our special operators were relentless in the pursuit of al Qaeda and other Sunni Arab extremist leaders, bomb makers, financiers, and propaganda cells — and of key Iranian-supported Shiite Arab extremists as well (though the latter effort was frequently constrained by Iraqi political factors, given the proclivities of the Shiite-led government). As the surge proceeded, the capacity and pace of U.S.- and coalition-targeted Special Operations under Lt. Gen. McChrystal and subsequently by then-Vice Adm. William H. McRaven increased substantially, as did the tempo of targeted operations by the Iraqi counterterrorist forces that we trained, equipped, advised, and also enabled with helicopters and various intelligence, surveillance, and reconnaissance assets. The results were dramatic: the targeted operations — as many as 10 to 15 per night — removed from the battlefield a significant proportion of the senior and midlevel extremist group leaders, explosives experts, planners, financiers, and organizers in Iraq. Looking back, it is clear that what the American and British special operators accomplished, aided enormously by various intelligence elements, was nothing short of extraordinary. Their relentless operations, employment of unmanned aerial vehicles and other advanced technology, tactical skill, courage, and creativity were truly inspirational. But by themselves they did not and could not turn the tide of battle in Iraq; once again, the key was a comprehensive approach, in which this element, like the others, was necessary but not sufficient.

The Development of Iraqi Security Forces

Supporting the development of the Iraqi Security Forces was also vitally important — and an effort with which I was intimately familiar, as I had led the establishment of the so-called « train and equip » organization and commanded the Multi-National Security Transition Command-Iraq for the first 15 and a half months of the organization’s existence, during which I was also dual-hatted as the first commander of the NATO Training Mission-Iraq.

Although I halted the transition of tasks from coalition to Iraqi forces shortly after I took command, we knew that ultimately such transitions would be essential to our ability to draw down our forces and send them home. As President Bush used to observe, « U.S. forces will stand down as the Iraqi forces stand up. » We knew that ultimately the U.S. military could not support the replacement of the five surge brigades and the other additional forces deployed to Iraq in 2007. It thus was imperative that Iraqi forces be ready by the latter part of 2007 to assume broader duties so that coalition forces could begin to draw down and the surge forces could go home. Beyond that, Iraqi leaders, frequently with unrealistically elevated assessments of the capabilities of their security forces, repeatedly advocated the continued transition of security and governance tasks — a desire that was commendable, if sometimes premature.

Under the capable leadership of then-Lt. Gen. Marty Dempsey and his successor, Lt. Gen. Jim Dubik, the train-and-equip mission steadily expanded its efforts not just to develop Iraqi army, police, border, and special operations units but also to build all of the institutions of the Ministries of Interior and Defense, their subordinate headquarters and elements, and the infrastructure and systems needed for what ultimately grew to a total of 1 million members of the Iraqi security forces.

These tasks required Herculean efforts. Our programs supported every aspect of Iraqi military and police recruiting, individual and collective training, leader development (for example, the creation of basic training complexes, a military academy, branch schools, a staff college, a war college, and a training and doctrine command), equipping Iraqi forces with everything from vehicles and individual weapons to tanks and aircraft, the conduct of combat operations (with advisory teams at every level from battalion and above), development of logistical organizations and depots, construction of tactical and training bases and infrastructure, establishment of headquarters and staffs, and, as noted earlier, the development of all of the elements of the ministries themselves. Indeed, it is hard for anyone who did not see this endeavor firsthand to appreciate its magnitude. Additionally, progress required our Iraqi counterparts to replace substantial numbers of senior army and police leaders who proved to be sectarian, corrupt, or ineffective in the performance of their duties before or during the early months of the surge. Fortunately, Prime Minister Maliki and his senior military and police leaders proved willing to undertake the vast majority of the necessary changes.

Over time, we and our Iraqi counterparts achieved slow but steady progress in building the capabilities of the Iraqi Security Forces. With effective partnering of Iraqi and U.S. forces, Iraqi forces steadily shouldered more of the burdens and took over more tasks. They also increasingly bore the brunt of combat operations, with their losses totaling several times those of coalition forces. I often noted to the president, the prime minister, and others, in fact, that as the surge proceeded, Iraqi security forces clearly were fighting and dying for their country. Progressively, over the months and years that followed, the coalition turned over responsibility for security tasks to Iraqi forces until, at the end of 2011, Iraqi elements assumed all security tasks on their own, with only a residual U.S. office of security cooperation remaining in Iraq.

The Civilian Components

The comprehensive strategy employed during the surge also had significant civilian components. Indeed, Ambassador Crocker and I worked hard to develop unity of effort in all that our respective organizations and coalition and Iraqi partners did. The campaign plan we developed in the spring of 2007, in fact, was a joint effort of my command, Multi-National Force-Iraq, and the U.S. embassy, with considerable input from coalition partners such as Britain. (This civil-military plan built on the partnership that my predecessor, Gen. George Casey, had developed with then-U.S. Ambassador Zalmay Khalilzad, albeit with the changes in strategic and operational concepts that I have described.) And over time, our plan was also, of course, synchronized in close coordination with our Iraqi counterparts. Appropriately, the mission statement in the campaign plan we finalized in the early summer of 2007 included many nonmilitary aspects, highlighting the combined approach on which we all embarked together.

As security improved, the tasks in the civilian arena took on greater importance. It was critical, for example, that we worked with our coalition and Iraqi civilian partners to help repair damaged infrastructure, restore basic services, rebuild local markets, reopen schools and health facilities, and support the reestablishment of the corrections and judicial systems and other governmental institutions. While not determinative by themselves, such improvements gave Iraqi citizens tangible reasons to support the new Iraq and reject the extremists, insurgents, and militia members who had caused such hardship for them.

To facilitate and coordinate such efforts, each brigade and division headquarters was provided an embedded provincial reconstruction team of approximately a dozen civilian and military experts (often led by retired diplomats and development specialists). The U.S. Congress also provided the units substantial funding (through the Commander’s Emergency Response Program) to help with these efforts (and the U.S. embassy and some coalition nations did likewise through their sources of funding). Again, over time, progress in these initiatives proved essential to gaining the support of the Iraqi people for their government and to turning the people against both Sunni and Shiite extremists. These tasks were huge and often expensive, but they were essential to gradually improving basic services and other aspects of life for the Iraqi people. With steadily improving security and with the U.S. Army Corps of Engineers taking on the oversight of the larger reconstruction projects for the embassy as well as for the military, the effort moved forward relatively well, although there were innumerable challenges, including security issues, corruption, design and management shortfalls, and so on. But even in the face of such obstacles, substantial reconstruction progress was nonetheless achieved.

Detainee Operations and Rule-of-Law Initiatives

Another important component of the comprehensive approach was the conduct of detainee operations. In this area also, we had to implement significant changes. The scope of this effort was enormous. In fact, the number of detainees in U.S.-administered facilities reached 27,000 after I temporarily halted releases until we could implement programs that provided a review process for the detainees in our facilities and could establish rehabilitation and reintegration programs to reduce the recidivism rate of those we released back to their communities.

Early on in the surge, it was clear to many of us that the detainee facilities we were operating had become breeding grounds for extremism. Indeed, some of our special operators, having recaptured the same individuals more than once, began calling our facilities « terrorist universities. » We were, to be sure, providing humane treatment; however, we had not identified and segregated from the general detainee population the hardcore extremists. Until that was done, the extremists asserted control (often brutally) in the facility enclosures — some of which contained up to 800 detainees — and spread extremist thinking and expertise among the detainee population. It became clear that we had to carry out « counterinsurgency operations inside the wire » in order to identify and separate from the detainee population the irreconcilables, just as we sought to do outside the wire in Iraqi communities. The leadership of Marine Maj. Gen. Doug Stone and of those who led the elements that constituted our detainee operations task force was instrumental in this component of our overall campaign. And the performance of the thousands of soldiers, airmen, and sailors who carried out the myriad duties in the facilities — individuals who often had been retrained from other specialties to augment the limited number of military police detention specialists available in the U.S. Army — was equally impressive.

Over time, Maj. Gen. Stone’s team also began helping our Iraqi partners as they sought to increase their own capacity and to build the prison infrastructure to conduct Iraqi corrections operations. This was another significant U.S. civil-military effort, and it was complemented by a similarly large civil-military initiative to help the Iraqis reestablish their judicial system and to rebuild the infrastructure to support it.

Then-Col. Mark Martins led the judicial support effort on the military side, staying in Iraq for two full years — as he was later also to do in Afghanistan — to oversee it, even as he also served as my senior legal counsel. The scope of this civil-military endeavor was enormous, encompassing construction of judicial facilities, training of judicial security elements, and support for reestablishment of judicial systems and structures. Partners from the U.S. State Department, Department of Justice, FBI, and other government agencies also played key roles in this substantial effort.

Another important initiative that supported the overall campaign was the effort to improve our intelligence about the various extremist elements and what was going on in Iraq more broadly. Here again, we pursued civil-military programs to build our capabilities (including fusion cells started under General Casey at each division headquarters to bring together all elements of the U.S. intelligence community); to expand the intelligence, surveillance, and reconnaissance assets available (everything from drones to cameras on towers); to build a massive database that our analysts could use to identify correlations and linkages between individuals and organizations; and to improve intelligence sharing with coalition and Iraqi partners. We also established human terrain teams at each brigade headquarters to help our commanders understand in a more granular manner the composition, power structures, customs, and views of the Iraqi people in their areas of responsibility. And we extended secure Internet access to unprecedented levels (down to most company headquarters) within our organizations, as well. Counterinsurgency operations depend on a keen understanding of the political, historical, cultural, economic, and military situation in each area, and our initiatives built on those begun earlier in the war to further our understanding of the dynamics of each province, district, and community. Truly understanding the human terrain was vital to our ability to improve its security.

The Iraqi Political Component and Strategic Communications

The heart of the struggle in Iraq was a competition for power and resources between the major factions in the country — the majority Shiite Arabs and the minority Sunni Arabs and Kurds. (There were subfactions of each group as well, of course, in addition to other minority sects and ethnicities such as Turkoman, Yezidis, and Iraqi Christians, among others.) Achieving enduring progress in Iraq thus required achievement of political agreements on a host of key issues that divided the various factions. Consequently, seeking to foster agreement on such issues was yet another important component of the overall approach, and it developed into one to which Ambassador Crocker and I devoted considerable focus and effort. During the course of the surge, there were important laws passed and initiatives agreed upon — for example, a provincial powers act, an elections law, a reform of the de-Ba’athification decree, an amnesty law, and so forth; however, it was in this area that the most additional progress was (and still is) needed. Nonetheless, the surge made politics once again the operative mechanism through which Iraqis would divide power and resources — even as they struggled to create the political impetus and find the common ground to seize the moment and the opportunity offered to them.

Strategic communications, or public affairs, was another important element of the campaign. My guidance here was clear: we should seek to « be first with the truth, » to be as forthright as possible, to provide information on all developments and not just « good news, » and to avoid the practice of « putting lipstick on pigs » (trying to make bad news look good through spin). This also meant highlighting the violent acts carried out by al Qaeda and the Sunni insurgents, as well as those carried out by Shiite extremists. Hanging around the neck of Shiite cleric Moqtada al-Sadr was the assassination of Shiite police chiefs and governors and the violent acts of his followers in the holy city of Karbala in the summer of 2007, for example, which contributed to his decision to order his militia to stand down until the following March. (Of course, increased pressure by coalition and Iraqi forces and Prime Minister Maliki’s courageous confrontation with the militia members in Karbala contributed to Sadr’s decision, as well.) Clearly establishing in the eyes of the Iraqi people that Iranian elements were supporting members of the most violent Shiite militias also helped turn some Iraqis against Tehran’s meddling in their country. And fostering concepts of integrity in government and pride in the Iraqi security forces, as well as awareness of what was being achieved by coalition and Iraqi efforts — even while acknowledging our shortfalls and mistakes — was all part of a comprehensive strategic communications campaign. Like most of our other efforts, this campaign was increasingly coordinated with — and, over time, replaced by — Iraqi efforts.

There were, of course, many other components of the overall campaign: engagement with religious and academic leaders, jobs programs, support for governance at all levels, initiatives to attract outside investment back to Iraq, work with countries in the region to reengage with Baghdad and to prevent their young men from traveling to Iraq to join the extremist elements, initiatives to improve security on the borders and to reestablish customs and immigrations facilities, and programs to reduce terrorist and insurgent financing. But the elements I have outlined were the major components of the comprehensive civil-military campaign plan that guided our operations and activities. Each was of central importance to the achievement of progress during the course of the surge and accomplishments in each component reinforced and made possible further steps forward in other areas — the cumulative effect of which was considerable by the end of the surge in July 2008. Indeed, some of the various facets of our strategy continue to contribute to the situation in Iraq today, even after all U.S. combat forces have left the country, despite the considerable backsliding in the political and security situation.

Once again, it is important to note that the surge was all of the above, a comprehensive civil-military campaign, not just a substantial number of additional forces. The extra forces were critical to achieving progress as rapidly as we did, but they would not have been enough without the other components of the campaign.

The Magnitude of the Difficulty

As I’ve made clear, all of this was extraordinarily difficult and carried out in an environment of tremendous violence and frustratingly difficult Iraqi political discord. Moreover, we knew — and I stated publicly on numerous occasions — that the situation in Iraq would get worse before it got better. That proved true. There was no way to stop the violence without confronting those responsible for it. And there was no way that we could do that without putting our troopers and those of the Iraqi forces on the sectarian battle lines in Baghdad and elsewhere, especially in the areas most affected by al Qaeda terrorists and sectarian militias. When we did that, the insurgents and militia members predictably fought back. Consequently, violence rose throughout the first five months of the surge, reaching a crescendo in May and June, to well over 200 attacks per day, before beginning to abate and then falling fairly rapidly in July, August, and September of 2007.

The decline in violence overall, and the substantial reduction in car bombings in particular, as well as gradual improvements in a number of other areas of our effort made possible by the improved security, enabled Ambassador Crocker and me to report guarded progress in congressional hearings in September 2007. While highly charged emotionally at the time, those hearings gained us critical additional time and support, without which it is likely that the mission in Iraq would have failed. And, after we were able to report further progress when we testified again in April 2008, having already commenced the drawdown of the surge as well, we were able to gain still further time and support for our efforts in Iraq.

The progress continued throughout the remainder of the surge and beyond, with periodic upticks in violence, to be sure, but with the overall trajectory positive, despite continued inability to resolve many of the major political issues that divided the Iraqi people. Nonetheless, the comprehensive civil-military endeavor pursued during the surge made it possible over time to transfer tasks from U.S. and other coalition forces to Iraqi soldiers and police and, ultimately, for the United States to withdraw its final combat elements at the end of 2011 without a precipitate descent back into the violence and civil conflict that made the surge necessary in the first place. None of this could have been possible were it not for the extraordinary sacrifices and service of the men and women in uniform in Iraq during the surge and their diplomatic, intelligence, and development community partners.

At the highest level, President Bush’s decision to conduct the surge was exceedingly courageous. His advisers were split on the decision, with many favoring other approaches that in my view would have failed. And as the going did get tougher over the early months of the surge, President Bush’s steadfast leadership and his personal commitment to seeing the war through to a successful conclusion (albeit one that might take many years to unfold) took on enormous significance.

I was privileged, together with Ambassador Crocker, to participate in a weekly video teleconference with the president and the members of the National Security Council. It began promptly at 7:30 a.m. Washington time each Monday, thereby ensuring that all participants were focused at the start of the week on the mission to which the president had given his total commitment. I do not believe that any battlefield commander ever had that frequency of contact with his commander in chief, and it was of vital importance to me, as was the support of Secretary of Defense Bob Gates.

I also had a weekly video teleconference with Secretary Gates, who personally drove forward a number of programs of incalculable value to our men and women on the ground, programs such as the accelerated production of mine-resistant, ambush-protected MRAP vehicles; a huge increase in intelligence, surveillance, and reconnaissance assets (such as Predator unmanned aerial vehicles and optics on towers, among many others); and a host of individual protective systems and enablers for our troopers — not to mention the additional forces that I requested once I got on the ground and identified additional needs beyond those addressed by the initial surge force commitment. Secretary Gates and all of us in Iraq were supported enormously, as well, by Gen. Pete Pace and then Adm. Mike Mullen, the two officers who served as chairman of the Joint Chiefs during the surge. General Pace and Admiral Mullen also did yeoman service in maintaining the support of the military service chiefs who were understandably under enormous strain to produce the forces that we needed, while also gradually increasing the effort in Afghanistan, as it began to go downhill. At one point, of course, this required the extension of the tours in Iraq and Afghanistan from 12 to 15 months, an enormous sacrifice to ask of our men and women there and their families at home, but one that proved hugely important to the campaign.

President Bush’s commitment had an enormous psychological effect on our men and women in Iraq, as well as on the Iraqi people. Our troopers recognized that we had a chance to do what was needed to reverse the terrible cycle of violence that had gripped Iraq in the throes of civil war. And the citizens of the Land of the Two Rivers realized that there was still hope that the new Iraq could realize the potential that so many had hoped for in the wake of the ousting of Saddam Hussein and the collapse of the Ba’athist regime in 2003.

Commanding MNF-I

I recognized early on that I had become the face of the surge. I had not asked for this role, but whether I liked it or not, I had to fill it. Beyond that, of course, it was essential that I determine the right big ideas (with lots to help, to be sure), provide clear direction, communicate that direction in all possible forms, and then oversee the implementation of the resulting plans. It was also critical that I spend time with our troopers on the ground, that I share a measure of risk with them, and that I give encouragement and provide cautious optimism that we could, indeed, achieve the objectives we’d set out for ourselves and our Iraqi partners. In truth, from the beginning I believed that our approach was correct and that we would achieve progress; however, there were undeniably moments when I was uncertain whether we could achieve sufficient progress quickly enough to report that to Congress by September 2007. On more than one occasion as the early months went by, in fact, I sat alone with Gen. Odierno after our morning updates and discussed with him when we thought the situation was going « to turn. » No theater commander ever had a better « operational architect » than I had in him.

As the coalition commander, I also had extensive contact with the military and civilian leaders and legislators of the countries contributing forces to the coalition and also, of course, with Prime Minister Maliki and our key Iraqi partners from all sectors of the population. I had considerable interaction as well with the U.S., international, and Iraqi press. In the latter effort, as with the leaders of the coalition countries, I worked hard to avoid projecting unfounded optimism. When asked whether I was an optimist or a pessimist, for example, I typically replied, « I am neither an optimist nor a pessimist; rather, I am a realist. And reality is that Iraq is all hard, all the time. » I would then note the progress we’d achieved and setbacks we’d suffered in recent weeks. I worked hard, in fact, to maintain credibility with coalition leaders and the media, as well as with our troopers and their Iraqi counterparts. The provision of realistic assessments was hugely important and ranked among the biggest of the many « rocks » in my personal rucksack.

Needless to say, it was the greatest of privileges to serve with the selfless men and women, Iraqi and American and those of our coalition partners, civilian as well as military, who did the hard, dangerous work of the surge. There seldom was an easy period; each day was tough. But those on the ground consistently demonstrated the skill, initiative, determination, and courage needed to turn the big ideas at my level into reality at their levels and in their areas of responsibility. They also displayed the flexibility that was required to ensure that Multi-National Force-Iraq was a learning organization, one that could react faster and display greater adaptability than our terrorist, insurgent, and militia opponents. As the surge progressed, the men and women I was privileged to command continually refined tactics, techniques, and procedures, and they ultimately defeated their enemies in both the physical and intellectual manifestations of counterinsurgency battle.

Because of the complexity of counterinsurgency operations and the mixture of military and civilian tasks that they entail, it is sometimes said that counterinsurgency is the graduate level of warfare. However debatable that assessment may be, there is no question that the men and women of the surge demonstrated a true mastery of all that was required to conduct such operations. As I often noted in later years, they earned the recognition accorded them as « America’s New Greatest Generation. »

The Road Ahead

In many respects, Iraq today looks tragically similar to the Iraq of 2006, complete with increasing numbers of horrific, indiscriminate attacks by Iraq’s al Qaeda affiliate and its network of extremists. Add to that the ongoing sectarian civil war in Syria — which is, in many aspects, a regional conflict being fought there — and the situation in Iraq looks even more complicated than it was in 2006 and thus even more worrisome — especially given the absence of American combat forces.

As Iraqi leaders consider the way forward, they would do well to remember what had to be done the last time the levels of violence escalated so terribly. If Iraqi leaders think back to that time, they will recall that the surge was not just more forces, though the additional forces were very important. What mattered most was the surge of ideas — concepts that embraced security of the people by « living with them, » initiatives to promote reconciliation with elements of the population that felt they had no incentive to support the new Iraq, ramping up of precise operations that targeted the key « irreconcilables, » the embrace of an enhanced comprehensive civil-military approach, increased attention to various aspects of the rule of law, improvements to infrastructure and basic services, and support for various political actions that helped bridge ethno-sectarian divides.

The ideas that enabled progress during the surge are, in many respects, the very ideas that could help Iraq’s leaders reverse the tragic downward spiral that we have seen in recent months. As we discovered in the run-up to the surge of 2007, a singular focus on counterterrorist operations will most likely fail to stem the violence gripping Iraq. If Iraq and the Iraqis are to have yet one more opportunity to move forward, they would likely find it useful to revisit the entire array of approaches pursued in 2007 and 2008. It is heartening, thus, to know that some of the veterans of the surge, American as well as Iraqi, are engaged in the effort to help Iraq determine and then pursue the initiatives needed to address the terrible increase in violence in that country. This is a time for them to work together to help Iraqi leaders take the initiative, especially in terms of reaching across the sectarian and ethnic divides that have widened in such a worrisome manner.  It is not too late for such action, but time is running short.


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