Héritage Obama: Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ? (Pope Francis in Obama’s footsteps: Have you hugged your dictator today ?)

21 septembre, 2015
https://i0.wp.com/images.csmonitor.com/csm/2015/04/0412-Obama-Castro-handshake.jpghttp://www.brookings.edu/~/media/research/images/z/za%20ze/zarif_kerry_jan15_b/zarif_kerry_jan15_b_16x9.jpghttps://i0.wp.com/www.lesechos.fr/medias/2015/08/13/1144213_john-kerry-a-cuba-avec-la-levee-de-lembargo-en-tete-web-tete-021260107201.jpg
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PopeFidelCastrohttps://external-ams3-1.xx.fbcdn.net/safe_image.php?d=AQDxKAhckyj36Aqu&w=487&h=365&url=https%3A%2F%2Fpbs.twimg.com%2Fmedia%2FCPIeVC4UwAA4P5r.jpgIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord. Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright ( janvier 2006)
The U.N.—General Assembly or Security Council—has no power to create states or to grant all-important formal « recognition » to state aspirants. The right to recognize statehood is a fundamental attribute of sovereignty and the United Nations is not a sovereign. Those who cite as precedent the General Assembly’s 1947 resolution providing for the partition of Palestine misread that instrument and its legal significance. Resolution 181 outlined a detailed (and rigorous) process whereby the British Mandate in Palestine was to end and two new states, one Jewish and one Arab, were to be established. It recommended that process to Great Britain (as the mandate-holder) and to other U.N. members. It did not create or recognize these states, nor were the proposed states granted automatic admission to the United Nations. Rather, once the two states were established as states, the resolution provided that « sympathetic consideration » should be given to their membership applications. In the event, the Arab countries rejected partition and Israel declared (and successfully defended) its independence. Israel’s statehood was recognized, in accordance with international law, by other states—including the United States and the Soviet Union. The Palestinian Authority, by contrast, does not meet the basic characteristics of a state necessary for such recognition. These requirements have been refined through centuries of custom and practice, and were authoritatively articulated in the 1933 Montevideo Convention on the Rights and Duties of States. As that treaty provides, to be a state an entity must have (1) a permanent population, (2) a defined territory, (3) a government, and (4) the capacity to enter into relations with other states. As of today, the PA has neither a permanent population nor defined territory (both being the subject of ongoing if currently desultory negotiations), nor does it have a government with the capacity to enter into relations with other states. This pivotal requirement involves the ability to enter and keep international accords, which in turn posits that the « government » actually controls—exclusive of other sovereigns—at least some part of its population and territory. The PA does not control any part of the West Bank to the exclusion of Israeli authority, and it exercises no control at all in the Gaza Strip. The PA does not, therefore, qualify for recognition as a state and, concomitantly, it does not qualify for U.N. membership, which is open only to states. All of this is surely understood by the PA and its backers, and is also why the administration has correctly labeled this effort as a distraction— »stunt » being a less diplomatic but even more accurate term in these circumstances. What is unfortunate is that the Obama administration has failed to present the case against a Palestinian statehood resolution in legal rather than tactical terms, even though these arguments are obvious and would greatly reinforce the U.S. position, also providing a thoroughly neutral basis for many of our allies, particularly in Europe, to oppose Mr. Abbas’s statehood bid. The stakes in this battle are high. The PA’s effort to achieve recognition by the U.N., even if legally meaningless, is not without serious consequences. To the extent that state supporters of that measure may themselves have irredentist populations or active border disputes with their neighbors—as do Russia, China, Britain and Turkey—they will certainly store up future trouble for themselves. David B. Rivkin Jr. And Lee A. Casey
Comme le notent Evelyn Gordon commentatrice, et Eugene Kontorovich spécialiste du droit constitutionnel et international, chercheur – les mêmes fonctionnaires de l’UE qui traitent de l’occupation israélienne comme criminelle  » facilitent favorablement l’activité turque dans la partie occupée de Chypre du Nord, l’activité marocaine au Sahara occidental, l’activité chinoise au Tibet occupé , et bien plus ». P. David Hornik
D’autant qu’on n’a jamais coupé les ponts avec l’Iran. La fidélité paie dans une industrie à cycle très long. Source haut placée chez Total
Le président de l’autorité Palestinienne est arrivé dimanche à Paris pour une visite de trois jours au cours de laquelle il doit rencontrer le président François Hollande, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Anne Hidalgo, la maire de Paris. Anne Hidalgo, accueillera à l’hôtel de ville, « Son Excellence Monsieur Mahmoud Président de la Palestine » en visite officielle en France. À cette occasion, la maire de Paris lui remettra la médaille Grand Vermeil, la plus haute distinction de la ville. Apres avoir été l’ange de la Paix du Pape François, Abbas devient une icone de la paix pour la mairie de Paris, le monde marche vraiment sur la tête…qu’a fait Abbas pour la paix ? Telavivre
I would like Pope Francis’ agenda to include a meeting with people who were persecuted for their beliefs, imprisoned, beaten and tortured for their thinking. I wish Pope Francis would embrace women who are beaten every Sunday leaving the church [the so-called « Ladies in White », mothers, sisters, wives who protest every Sunday for the release of their husbands or relatives]. I would love to see the Pope embraces the victims, even before going to greet their torturer. Cuban exile
Nothing says « mercy » and « joy » like a seven-story high neon picture of a communist mass-murderer. Yes folks, it’s the Pope Francis in Cuba show! Brought to you by the Obama administration and Pope no-one-was-ever-merciful-in-the-Catholic-Church-until-I-came-along Francis.
In reality one can say that the young Syrian men are lured to Sweden by the oldest trick in the book – money and girls. Pictures of blonde beauties are published, and that Swedish women require real men … Dala-Demokraten
The Syrian citizens are mainly Muslim and speak Arabic. The refugees have their own culture. Because our school is directly next to where they are staying, modest clothing should be worn in order to avoid disagreements. Revealing tops or blouses, short shorts or miniskirts could lead to misunderstandings. Lettre au parents du lycée allemand Wilhelm-Diess-Gymnasium
When Muslim teenage boys go to open air swimming pools, they are overwhelmed when they see girls in bikinis. These boys, who come from a culture where for women it is frowned upon to show naked skin, will follow girls and bother them without their realizing it. Naturally, this generates fear. German local politician
According to an editorial comment in the newspaper Westfalen-Blatt, police are refusing to go public about crimes involving refugees and migrants because they do not want to give legitimacy to critics of mass migration … Soeren Kern

Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ?

Après la poignée de mains historique du président et du secrétaire d’Etat américains …

Et au lendemain d’une autre visite historique d’un autre des plus notoires dictateurs de la planète …

Par un pape qui n’avait tout récemment pas de mots assez doux pour se féliciter, avec nos hommes d’affaires qui voient leur fidélité enfin récompensée et sur fond de boycott de la seule vraie démocratie du Moyen-Orient, d’un autre accord historique du Monde dit libre …

Légitimant le retour de centaines de milliards d’avoirs gelés et l’accès au nucléaire d’un régime qui non content de semer le fer et le sang sur l’ensemble du Moyen-Orient appelle depuis des décennies à l’annihilation d’un de ses voisins …

Et à la veille d’une autre visite, à Paris cette fois-ci, du dirigeant, élu pour quatre ans en 2005, d’un état-fantôme et d’un mouvement qui lui aussi appelle à l’annihilation d’un de ses voisins …

Alors que, suite à l’abandon de l’Irak puis de la Syrie et de la Libye par le prétendu chef du Monde libre et au coup de folie d’une chancelière allemande jusqu’ici exemplaire,  l’Europe entière est à présent balayée, aux cris d’Allah Akbar et à coups de pierres, par une véritable horde de centaines de milliers de migrants illégaux …

Pendant qu’en Amérique même et  sous prétexte que sa religion appelle ouvertement au massacre des mécréants comme on l’a vu un certain 11 septembre et quasi-quotidiennement au Moyen-orient ou ailleurs, un petit Ahmed est à son tour victime d’autorités scolaires et d’une police sur-protectrices pour avoir pporté en classe un engin qui faisait tic t,ac comme une bombe …

Comment ne pas voir avec ce rapport de l’Institut Galestone …

Sur le silence-radio, pour ne pas légitimer les critiques des migrations de masse, de la police et des autorités allemandes …

A propos de la véritable épidémie de violence et notamment de viols qui sévit actuellement dans le pays non seulement das les camps de réfugiés mais à leurs abords …

Une énième illustration de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont le monde moderne est désormais rempli …

Prophétisées il y a un siècle par l’auteur britannique G.K. Chesterton ?


Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

27 mai, 2015
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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

Voir de même:

Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

Voir encore:

Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

Voir de plus:

Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.


Polémique Ménard: Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques (No demographics, please, we’re French)

6 mai, 2015
https://i0.wp.com/www.ons.gov.uk/ons/resources/figure5religionbyethnicity_tcm77-310415.pnghttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/44/Census-2000-Data-Top-US-Ancestries.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Religions_of_the_US.PNGhttps://i2.wp.com/si.wsj.net/public/resources/images/NA-BH463_numbgu_NS_20100813185901.gifhttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Religions_of_the_United_States.png https://i1.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2014/05/06/article-2620957-1D97975900000578-999_634x572.jpg
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https://i0.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2014/05/05/article-2620957-1D97AE0F00000578-460_306x348.jpg

Ethnic groups: Celtic and Latin with Teutonic, Slavic, North African, Indochinese, Basque minorities;  overseas departments: black, white, mulatto, East Indian, Chinese, Amerindian. CIA factbook
Ethnic groups: This entry provides an ordered listing of ethnic groups starting with the largest and normally includes the percent of total population. CIA factbook
Il y a plus d’un siècle, Jean Jaurès définissait par ces mots sa vision du vivre-ensemble entre citoyens issus des deux rives de la Méditerranée : « l’action socialiste se produira, en chaque pays, avec d’autant plus de force et d’autorité qu’elle sera universelle et universellement probe, et que nul ne pourra y soupçonner un piège ». A l’heure où les crises économique, écologique et sociale s’abattent de concert sur notre pays et où de trop longues années de mauvaise gouvernance favorisent la montée des haines et du rejet de l’autre, il nous incombe de revenir aux valeurs fondatrices de notre pacte républicain et du projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. Ces jours-ci, nous célébrerons la grande fête de solidarité et de partage qu’est l’Aïd-al-Fitr. A l’issue du mois de jeûne du Ramadan, temps fort de joie, d’échange de vœux et de présents, elle illumine la vie et les demeures de millions de nos compatriotes de culture musulmane. Issue d’une longue tradition et porteuse de riches héritages culturels, par les valeurs qu’elle porte et l’idéal social qu’elle vise, elle s’inscrit pleinement dans cette démarche d’universalité. François Hollande (31 août 2011)
La République française une, indivisible et laïque. Et la République ne craint pas la diversité, parce que la diversité c’est le mouvement. La diversité, c’est la vie. Et l’uniformité, c’est l’oubli. Diversité des parcours, diversité des origines, diversité des couleurs, mais pas diversité des races. Il n’y a pas de place dans la République pour la race. Et c’est pourquoi je demanderai au lendemain de l’élection présidentielle au Parlement de supprimer le mot race de notre Constitution» (…) «parce que le mot a pris un autre sens aujourd’hui. (…) Nous ne connaissons qu’une seule race, une seule famille, la famille humaine. Notre pays s’est construit d’apports successifs de populations issues d’horizons multiples. Et l’Outre-mer en a été un des atouts. Si nous avons été capables de faire cette unité, ce rassemblement, cette construction, c’est parce que nous portons par notre histoire, par nos valeurs, une belle espérance qui se nomme l’universalité — c’est-à-dire l’universalité de la République, de ses valeurs. François Hollande
En ce début du XXI° siècle, un nouveau péril terrifiant vient assombrir encore davantage l’avenir de ce malheureux continent que l’on pourrait croire décidément voué au malheur. C’est une explosion démographique à venir, inouïe, sans précédent dans l’histoire du monde. Ce phénomène, selon les prévisions des Nations Unies, pourrait porter la population africaine au chiffre véritablement hallucinant de 4,2 milliards de personnes, soit autour de 47 % de la population mondiale prévue pour la fin de ce siècle. En 2100, un homme sur deux sur la planète vivrait en Afrique ! Cela alors que l’Afrique n’est, de toute évidence, nullement préparée à affronter ce prodigieux défi démographique. En conséquence, l’Afrique, naguère sous-peuplée, va-t-elle devenir un continent maudit, surpeuplé et affamé, livré à tous les déchirements que la misère extrême peut engendrer ? Sans compter que son déversoir naturel serait inévitablement une Europe d’abord réticente, puis un jour peut-être, hostile. Yves-Marie Laulan (Institut de Géopolitique des Populations)
Dans sa lettre aux musulmans à l’occasion de l’Aïd-al-Fitr, François Hollande évoque le « projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. ». Quel est exactement ce projet ? (…) Il ne s’agit pas d’un projet secret, mais d’une utopie à moyen-long terme, qui est plus ou moins distillée dans les réflexions de Terra Nova, la Nouvelle Civilisation de Martine Aubry, le projet du Parti Socialiste pour 2012, ou bien encore dans cette petite phrase de François Hollande. (…) Mais (…) comment faire pour « bâtir cette société véritablement universelle » ? Eh bien puisque l’exportation n’a pas fonctionné, tentons le pari de l’importation ! (…) Cela fait quelque temps déjà que l’extrême-gauche prône en quelque sorte la création d’une « nouvelle civilisation » sur nos terres. Ceci en faisant venir en masse des immigrés, en important de nouveaux « prolétaires » pour remplacer ceux qui font défaut en France, afin de faire exploser le système capitaliste (si c’est sous le poids des prestations sociales, c’est bien vu !). Mais aussi pour mettre à mal l’ordre établi dans notre société judéo-chrétienne et blanche, donc  « fondamentalement raciste ». Stéphane Buret
La basilique de Saint-Denis, où reposent les rois de France, n’est qu’à quelques stations de RER ou de métro du coeur de Paris. Mais en vingt minutes de trajet, on change radicalement de monde. Je me souviens m’y être rendue il y a dix ans, trois mois après la réélection de Jacques Chirac. À la sortie du métro, les jeunes filles voilées étaient déjà nombreuses devant l’université. À l’entrée de la basilique, alors occupée par des sans-papiers, trois femmes voilées de noir, assises derrière une longue table qui barrait l’accès de la nef, contrôlaient les visiteurs. Ce jour-là, j’ai pensé que si j’avais dû habiter là-bas, j’aurais probablement voté FN. Christine Clerc
Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société (…)  sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique. Hervé Le Bras
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde (03.12.09)
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Jean-François Revel explique très justement, dans La connaissance inutile, que les scientifiques ne sont pas plus raisonnables que le commun des mortels dès qu’ils s’éloignent de leur domaine d’études : « le travail scientifique , par sa nature particulière, comporte et impose de façon prédominante des critères impossibles à éluder durablement (…) Un grand savant peut se forger ses opinions politiques ou morales de façon aussi arbitraire et sous l’empire de considérations aussi insensées que les hommes dépourvus de toute expérience du raisonnement scientifique. (…) Vivre à une époque modelée par la science ne rend aucun de nous plus apte à se comporter de façon scientifique en dehors des domaines et des conditions où règnent sans équivoque la contrainte des procédures scientifiques. »(..) « le chercheur scientifique n’est pas un homme par nature plus honnête que l’ignorant. C’est quelqu’un qui s’est volontairement enfermé dans des règles telles qu’elles le condamnent, pour ainsi dire, à l’honnêteté. »(…) Yan van Beek, un chercheur néerlandais parle de la lecture morale selon laquelle un savoir n’est pas jugé en fonction de son mérite factuel mais en raison de ses conséquences sociales, politiques ou morales. Des normes existent et sont d’autant plus difficiles à transgresser qu’elles touchent certains sujets. Il ne faut sous-estimer l’ignorance. La méconnaissance des faits et la préférence pour le politiquement correct se conjuguent pour expliquer pourquoi il n’est nul besoin d’être sous le joug d’un pouvoir autoritaire pour voir fleurir des versions officielles sur de nombreux sujets. Les médias ont une arme plus terrible encore que le dénigrement : le silence. Une thèse qui n’est pas connue ne risque pas d’être populaire. Cependant, le pluralisme ne garantit pas la vérité. Vous pouvez mettre la plus grande diversité des incompétences devant une caméra, il est peut probable qu’il en sorte quelque chose d’instructif. Il manque un véritable attachement à la liberté d’expression, un goût de la vérité, une plus grande confiance dans l’aptitude de la société à réagir sainement aux informations. Il faudrait également que les médias cessent de vouloir réformer l’opinion publique pour l’informer. Michèle Tribalat
L’avantage fécond, sans être colossal, appliqué à une structure par âge beaucoup plus jeune, est loin d’être négligeable et favorise les croyants les plus impliqués. Combiné à une immigration dont on ne voit pas bien qu’elle puisse se réduire dans les années qui viennent, à une rétention élevée due à une endogamie religieuse très importante et à une « réislamisation » des jeunes générations, il donne à la confession musulmane un dynamisme tout à fait incongru dans un pays très fortement laïcisé, en voie de déchristianisation avancée et qui a pris l’habitude de penser cette sécularisation galopante comme à la fois progressiste et inexorable. On a, j’ai moi-même, longtemps pensé que l’islam ne ferait pas exception à ce puissant courant. Rien n’est moins sûr. Un contexte très sécularisé peut, au contraire, être le ferment d’un durcissement identitaire et religieux, l’islam n’étant pas perçu comme ringard, à la différence de l’intégrisme catholique, et bénéficiant d’un « climat relativiste », propice à son expansion. Michèle Tribalat
En 1992, on (…) observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse. Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages. (…) L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement. (…) L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps. (…) Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement. (…) j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques. Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées. L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam. (…) après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native. (…) Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN. Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste. La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques. Michèle Tribalat
My name is Jamaal; I’m white. Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow). (…) Halfway through my first year teaching, the principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job. (…)  They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up.  But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity. Jaamal Allan
Nous sommes à un tournant identitaire car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.explique Christiane Taubira (députée PRG de Guyane, 2005)
Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. Christiane Taubira (2007)
Ce qu’il a fait est un crime contre la République ! Il y a une procédure judiciaire qui suivra son cheminement. Le destituer est possible dans la loi, c’est une décision qui peut être prise mais ce n’est pas à moi qu’il appartient de la prendre. Christiane Taubira (sur Robert Ménard, 2015)
Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! (…) Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont des gens qui ne sont pas républicains et ne conçoivent pas que l’on fasse société en étant différent ce sont des gens qui passent leur temps à regarder la société en la fragmentant et en cherchant un bouc-émissaire, un ennemi intérieur, quelqu’un sur qui concentrer la haine. (…) Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! Christiane Taubira (sur la famille Le  Pen, 2015)
« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine  (…) pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre… Manuel Valls (2009)
Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos… Manuel Valls (Evry, 06.06.09)
Evidemment avec les stands qu’il y avait là, le sentiment que la ville, tout à coup, ça n’est que cela, (…) ça n’est que cette brocante, alors que j’ai l’idée au fond d’une diversité, d’un mélange, qui ne peut pas être uniquement le ghetto. On peut le dire, ça ? (…) On a besoin d’un mélange. Ce qui a tué une partie de la République, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, qui sont une réalité. Un véritable apartheid s’est construit, que les gens bien-pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure, comme ça a été le cas en 2005, à l’occasion des émeutes de banlieues. Manuel Valls (Direct 8)
Je l’assume totalement. Je veux lutter contre le ghetto. C’est quoi le ghetto? On met les gens les plus pauvres, souvent issus de l’immigration – et pas seulement – dans les mêmes villes, dans les mêmes quartiers, dans les mêmes cages d’escalier, dans les mêmes écoles. (…) Je l’assume parce que je suis républicain et que je lutte contre tous les communautarismes. (…) Ca arrange beaucoup de gens qu’il y ait des ghettos (…) moi, je veux les casser, c’est ça l’émancipation de ces quartiers qui méritent de représenter demain l’avenir de ce pays. Manuel Valls
Honte au Maire de Béziers. La République ne fait AUCUNE distinction parmi ses enfants. Manuel Valls (05.05.15)
Le fichage d’élèves dans les écoles est contraire à toutes les valeurs de la République. Il y a des principes dans la République et quand ils sont gravement atteints, les tribunaux en sont saisis et des sanctions seront prononcées par les juges compétents. François Hollande (Ryad, 05.05.15)
On a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer. Patrick Lozès (Cran)
 Il y a 64,6 % d’enfants de confession musulmane à Béziers. (…) Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. Robert Ménard
Il y a tout un tas de pays où il y a de statistiques ethniques et ils ne sont pas moins démocratiques, pas moins républicains que les autres ! Robert Ménard
Ils sont où les enfants de nos ministres ? Dans quelle écoles ? Robert Ménard
En un mot, la gauche, elle n’a pas de leçons à nous donner et à me donner. Je voudrais juste rappeler. Quand Manuel Valls en 2008 [2009 en fait, ndlr] se plaint qu’il y a trop de noirs et d’arabes sur les marchés de sa ville et qu’il demande à un membre de son cabinet, je le cite : ‘tu me mets quelques blancs, quelques white, quelques blancos’. Qui tient ces propos ? C’est Manuel Valls. Quand Martine Aubry affirme, c’était en 2012, qu’il y a 35% de Maghrébins à Lille et que c’est génial, elle le sait  comment ? Au faciès ? Quand Jack Lang écrit en 2014 l’an dernier au premier ministre  pour liui dire que les deux tiers des prisonniers en France sont des musulmans. Il le sait comment ? Par l’opération du Siant-Esprit ?  Robert Ménard
La mairie de Béziers ne constitue pas et n’a jamais constitué de fichiers des enfants scolarisés dans les écoles publiques de la ville. Le voudrait-elle qu’elle n’en a d’ailleurs pas les moyens. Il ne peut donc exister aucun « fichage » des enfants, musulmans ou non. Le seul fichier existant à notre connaissance recensant les élèves des écoles publiques de la ville est celui de l’Éducation nationale. C’est donc à elle, et elle seule, de rendre publique cette liste. Elle ne le fera certainement pas au prétexte de motifs juridiques. Mairie de Béziers
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014. D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie. Le Monde
La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête. Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul? Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer! S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti? Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite? (…) Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui. (…) Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus. (…) Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus. On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme. Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés. Le fourre-tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence. (…) Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Philippe Bilger
Le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée, sans le consentement exprès de l’intéressé, des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou les appartenances syndicales des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à l’orientation ou identité sexuelle de celles-ci, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données à caractère personnel concernant des infractions, des condamnations ou des mesures de sûreté. Code pénal (Article 226-19, modifié par LOI n°2012-954 du 6 août 2012 – art. 4)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
Il serait ironique que des associations qui ont pour objectif de défendre les droits et les libertés cherchent à imposer une censure préalable de la recherche. Il est toujours dangereux que des acteurs politiques prétendent dire quelle est la «bonne» science ! Remplacer l’enquête, comme le suggère la pétition, par du «testing» à grande échelle n’a pas de sens. Le testing a toute son utilité pour révéler des pratiques discriminatoires ouvertes. Il ne permet pas de reconstruire et comparer des trajectoires socioprofessionnelles, d’aller à la racine des inégalités et de repérer leur imposition, fût-elle involontaire. Du reste, en choisissant de présenter des candidats «noirs», «arabes» ou «maghrébins» et «français blancs», le testing manipule les catégories par lesquelles se construisent les discriminations. Collectif de chercheurs français et étrangers
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Chaque fois que l’on construit des catégories statistiques, il y a un débat. L’histoire des catégories socioprofessionnelles en France le montre. Quand on a créé la catégorie «cadre», la catégorie «ouvriers», les marxistes ont dit «cela ne reflète pas les vrais rapports d’exploitation entre la bourgeoisie et le prolétariat».Aujourd’hui, on connaît les Français par acquisition, par le lieu de naissance des parents et des grands-parents, mais il y a des catégories de personnes qui sont de longue date en France et qui échappent à cette statistique. Utiliser des catégories plus fines permettrait d’avoir un reflet assez fidèle de la population française.(…) Le prénom ou le patronyme d’un individu …C’est un moyen détourné qui tient plutôt du bricolage et qui ne vaut que dans la mesure où d’autres indicateurs plus directs ne sont pas disponibles.Si vous cherchez à mesurer les discriminations dans une entreprise, vous allez constituer un échantillon sur la base des prénoms. Vous retiendrez des personnes certainement susceptibles d’être discriminées parce qu’elles s’appellent Mohamed ou Fatoumata. Mais vous passerez à côté d’un Patrick pourtant noir car antillais ou d’origine africaine. (…)  L’une des solutions est de passer par l’autodéfinition. Votre père est asiatique, votre mère noire, mais comment vous définissez-vous ? Georges Felouzis (Bordeaux-II)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
Just under a year ago, France’s Marine Le Pen told TIME her far-right National Front Party would be in power within a decade. That’s a nightmarish prospect for millions who regard her France-for-the-French message as mere jingoism—and it seemed like a stretch. Her prediction, however, no longer seems preposterous. Le Pen has spun gold from voter exasperation, mixing charm and ambition to rack up wins in European Parliament and local elections with an anti-Europe, anti-immigration campaign. That’s made her Europe’s leading right-winger, giving like-minded politicians across the continent a dose of electability. And this month she finally split from her father, National Front founder Jean-Marie Le Pen, over his noxious anti-Semitism. Le Pen has strong allure for many French, who have hit the wall with asphyxiating political elitism and near zero growth. To stop her race for the Élysée Palace in its tracks, France’s lackluster leaders will need to overhaul their ineffectual, gutless style and mount a more appealing revolution of their own. Vivienne Walt (Marine Le Pen, France’s nationalist force, The 100 most influential people, Time, April 16, 2015)
Lorsqu’il s’agit de fichiers nominatifs, la crainte est de voir se constituer un « fichage ethnique » potentiellement dangereux si, par exemple, arrivait au pouvoir un gouvernement raciste qui voudrait mener des politiques défavorables à certaines catégories de la population. Mais si un tel gouvernement venait au pouvoir, il n’aurait pas forcément besoin de tels fichiers pour mener à bien ce type de politiques (…) L’autre inconvénient, c’est que l’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le communautarisme. Le modèle français s’efforce de ne prendre en compte que les individus, dans ce qu’ils ont à la fois d’universel et de particulier (nous sommes tous des individus, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, et nous sommes tous différents), et non les groupes, qu’ils soient ethniques, raciaux ou religieux. L’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le séparatisme et les affrontements (idéologiques, politiques…) entre groupes, ce qui n’est pas l’effet recherché. Pierre-Yves CussetLe refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux. Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne. Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté. Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument. (…) Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés. (…) Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain. C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence. (…) Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir. (…) Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas. (…) la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises. Robert Castel

Pas de statistiques ethniques, s’il vous plait, nous sommes français !

En ces temps étranges …

Où une ministre prénomme sa fille Térébenthine

Mais où certains prénoms doivent encore être manipulés avec soin …

Pendant que d’autres peuvent contribuer à régler le problème du chômage …

Et où, pour avoir osé évoquer le taux d’élèves d’origine musulmane dans sa commune à partir  de la consultation des registres d’élèves de l’Education nationale, un maire se voit immédiatement fustigé et menacé de poursuites judiciaires pour « fichage » …

Tant par un président qui, pour cause de gros contrats et faillite économique, flatte la croupe des pires régimes politiques de la planète …

Qu’un premier ministre qui il n’y a pas si longtemps se plaignait de la ghettoïsation de sa ville et appelait de ses voeux la relance du débat sur les statistiques ethniques …

Alors qu’à l’instar de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis et certes non sans leurs propres dérives, nombre d’autres états publient régulièrement tant les statistiques ethniques que religieuses de leur population …

Comment ne pas voir avec un entretien du feu sociologue Robert Castel …

Les évidentes limites d’une telle « cécité volontaire » …

Qui non seulement empêche d’agir sérieusement sur un problème dont on ne peut mesurer l’ampleur …

Mais surtout ne peut que « redoubler l’injustice » de la discrimination pour ceux qui en sont victimes  ?

France : peut-on retourner la race contre les racistes ?
Entretien avec Robert Castel, Sociologue. Robert Castel est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il vient de publier La Discrimination négative. Citoyens ou indigènes? (La République des idées et Le Seuil, 2007).
et Gwénaële Calvès, Juriste. Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La Discrimination positive (PUF-QSJ, nouvelle édition à paraître en avril 2008).
Propos recueillis par Yann Mens

Alternatives Internationales

mars 2008

Alternatives Internationales : La République française se veut aveugle à toute distinction fondée sur l’origine, la race ou la religion, selon les termes de la Constitution. Cette position de principe est-elle encore tenable aujourd’hui, notamment pour lutter contre les discriminations ?

Robert Castel : Je suis très attaché au modèle républicain. Et le refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux.

Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne.

Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté.

Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument.

Gwénaële Calvès : La lutte contre les discriminations, selon moi, n’implique aucunement de renoncer au principe de cécité à l’origine, la race ou la religion. La discrimination n’est pas une offense faite à « l’Autre », c’est une offense faite au « Même ». Elle prend pour cible des Français dont la République doit, plus que jamais, affirmer qu’à ses yeux ils sont des Français comme les autres, égaux en droits et également protégés contre la violence et l’arbitraire – notamment l’arbitraire policier que vous avez évoqué. Sur un plan plus pragmatique, je ne vois pas à quoi servirait la consécration officielle de ce que vous appelez le « critère racial ». Ce n’est pas sur la victime qu’il faut mettre le projecteur, c’est sur celui qui discrimine ! Exalter la diversité pour lutter contre les discriminations, c’est prendre le risque de cautionner les fantasmes racistes qui voudraient enfermer certains d’entre nous dans une culture ou identité « autre », « différente », « étrangère »…

R. C. : Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés.

N’est-il pas dangereux d’utiliser un concept comme la race, fût-ce pour combattre le racisme ?

R. C. : Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain.

C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence.

G. C. : C’est ce que fait déjà le droit français ! L’expression en vigueur est celle d’appartenance « vraie ou supposée » à « une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées ». La formule, par son ambiguïté, peut satisfaire ceux qui accordent une forme de réalité à ces constructions sociales. Et elle est assez ouverte pour saisir la variété des racismes, qu’ils soient biologisants, culturalistes, xénophobes… L’analyse des fondements du racisme, d’un point de vue juridique, est d’ailleurs sans intérêt. Ce qui compte, c’est de réprimer des comportements, pas de sonder les reins et les cœurs.

Ne faut-il pas établir des statistiques ethniques pour mesurer l’ampleur de la discrimination, et ainsi mieux la combattre, comme on peut le faire dans le cadre du respect de la parité ?

G. C. :La distinction entre les hommes et les femmes ne peut pas servir de modèle à l’établissement de statistiques ethniques. Elle repose sur un critère que personne ou presque ne conteste, car il renvoie à une réalité sociale très largement admise, et il n’a rien de stigmatisant. D’autre part, et c’est le plus important d’un point de vue juridique, ce critère ne pose pas de problème d’application : c’est un critère stable dans le temps, et compréhensible par tous – rares sont ceux qui hésitent à se classer dans une catégorie ou une autre.

La question des statistiques ethniques se pose de manière tout à fait différente. Ici, les critères de classement sont éminemment problématiques. Il faudrait, d’abord, les choisir, ce qui supposerait de privilégier soit la couleur de la peau, soit l’apparence physique, soit l’origine géographique, soit encore un mélange de tout ça… Il faudrait, ensuite, créer un consensus autour de ces critères. Si celui qui est perçu comme métis ou comme indien se classe dans la catégorie « Noir », ou inversement, la nomenclature n’a guère d’utilité.

De la même manière, si ceux qui estiment avoir des origines multiples (ils sont nombreux…) choisissent de cocher plusieurs cases, on se sera donné beaucoup de mal pour rien. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il est assez vain d’ethniciser l’appareil statistique national. On obtiendrait des données trop globales pour être utiles à l’évaluation des phénomènes discriminatoires. Si on veut caractériser une situation de discrimination à l’échelle, par exemple, d’un secteur professionnel ou d’un bassin d’emploi (et a fortiori d’une entreprise), il faut disposer de données beaucoup plus fines. En effet, la discrimination n’existe que toutes choses égales par ailleurs. Les membres du groupe discriminé ont-ils, en moyenne, le même âge que les autres ? Ont-ils les mêmes qualifications ? Disposent-ils, aussi souvent que les autres, du permis de conduire ? Etc. Si on veut faire des statistiques ethniques, il faut en faire sérieusement. Cela suppose d’être littéralement obsédé par la race, en introduisant cette donnée dans tous les systèmes de gestion, d’enquête et de comptage. Je crois qu’il faut avoir conscience de la violence qui serait faite aux individus.

R. C. :Pourquoi parler d’obsession ? Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir.

G. C. : Les enquêtes dont nous disposons démontrent assez clairement que la discrimination existe…

R. C. : Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas.

G. C. : Je ne crois pas. Ce qu’il faut reconnaître, pour le sanctionner et le réparer, c’est le préjudice subi par les individus qui demandent justice. La lutte contre les discriminations doit être centrée sur les auteurs de discrimination, afin de les sanctionner. Il faut donc inciter les victimes à porter plainte, pour que la police mène une enquête et que la justice instruise le dossier comme pour n’importe quel type de délit. Il reste beaucoup de progrès à faire pour que le droit de la non-discrimination soit enfin perçu comme une arme offerte à chacun d’entre nous pour se défendre contre l’arbitraire.

Aux Etats-Unis, de puissantes associations, comme la NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), disposent de juristes et d’avocats chevronnés pour aider les victimes à se pourvoir devant les tribunaux et à monter leur dossier, ce qui n’est hélas pas le cas en France, où les associations équivalentes sont bien moins outillées. Le droit devrait aussi être utilisé comme un levier pour l’action collective. Le travail remarquable qu’une association comme le Gisti (Groupement d’information et de soutien des immigrés) a réalisé, depuis trente-cinq ans, pour faire progresser le droit des étrangers, n’a guère d’équivalent en matière de lutte contre les discriminations.

R. C. : On peut effectivement regretter que de telles modalités existent beaucoup moins en France. Cependant, la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises.

Robert Castel est sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? (éd. La République des idées-Le Seuil, 2007).

Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La discrimination positive (PUF-QSJ, 2008).

Propos recueillis par Yann Mens

Voir aussi:

Polémique Robert Ménard : que dit la loi sur les statistiques ethniques ?
Métro news

05-05-2015

SUJET SENSIBLE – Provoquant un nouveau tollé, le maire de Béziers, Robert Ménard, a annoncé lundi soir sur France 2 avoir recensé le nombre d’enfants de confession musulmane dans sa commune, en fonction de leurs prénoms. Une pratique illégale de fichage ethnique qui lui vaut d’être sous le coup d’une enquête préliminaire. Pour autant, les statistiques ethniques, souvent controversées, ne sont pas toujours interdites en France. Explications.

« Le maire a les noms classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Robert Ménard sait bien que la pratique n’a rien de légal. Mais cela n’a pas empêché le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, de révéler, lundi soir sur France 2, qu’il a classé les enfants de sa commune en fonction de leurs prénoms. Le but ? Savoir qui est de confession musulmane et qui ne l’est pas. Résultat, selon ses calculs : 64,6% des élèves seraient issus de familles musulmanes dans les écoles de sa ville. Des chiffres qui permettent à l’élu d’affirmer dès le lendemain, lors d’une conférence de presse que, « oui, il y a trop d’immigration en France ».

Ces révélations placent le fondateur de Reporters sans frontières sous le feu des critiques. Et le procureur de la République de Béziers d’annoncer l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». Car en France, à la différence du Royaume-Uni ou du Brésil, les statistiques ethniques sont interdites. Elles sont contraires à la loi « Informatique et libertés », votée le 6 janvier 1978. D’après ce texte, « il est interdit de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. » C’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui veille d’ailleurs au respect de ces dispositions.

Des conclusions « douteuses »

Toutefois, des exceptions existent. La Cnil autorise ainsi la détention de ces informations à partir du moment où la personne concernée a donné son accord écrit. Les associations à caractère religieux sont autorisées à tenir des fichiers regroupant leurs membres. À ce titre, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) publiait en 2007 un sondage – qui a fait beaucoup de bruit – sur les populations noires en France et les discriminations dont elles se disaient victimes.

Les statisticiens, eux aussi, échappent à la règle. Ils peuvent mener des études sur la diversité, tout en garantissant l’anonymat des personnes. L’Ined (Institut national des études démographiques) par exemple, ne s’en prive pas, au risque là aussi, de susciter la polémique. Michèle Tribalat, démographe, tente dès les années 1990 de catégoriser les ethnies, selon des données qu’elle qualifie « d’objectives » comme le lieu de naissance des parents ou encore la langue parlée. Mais pour beaucoup de ses confrères, les conclusions qu’elle en tire sont plus que « douteuses ».

En attendant, le procédé extrêmement raccourci de Robert Ménard selon lequel « les prénoms disent les confessions » ne bénéficie d’aucune dérogation au regard de la loi française. Au cas où la justice reconnaît l’existence d’un fichier ethnique à la mairie de Béziers, l’élu risque une peine de cinq ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

Voir également:

Valls pour des statistiques ethniques
Le Figaro/AFP
12/12/2009

Le député PS Manuel Valls a annoncé aujourd’hui qu’il déposerait début 2010 une proposition de loi préconisant le recours aux statistiques ethniques, à l’issue d’un colloque sur la diversité organisé à Evry avec le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France).

« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine », a indiqué le député-maire d’Evry. « Pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre », a-t-il expliqué assurant qu’il y a « des députés prêts à suivre ».

L’annonce a été soutenue par le président du Cran, Patrick Lozès, invité du colloque, pour qui « on a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer ». C’est à la suite de propos controversés sur l’absence d’habitants « blancs » sur un marché d’Evry le 7 juin dernier que Manuel Valls avait rencontré les responsables du Cran et décidé d’organiser à Evry ce colloque intitulé « Faire des égaux – Pour un nouveau dialogue sur la diversité en France ».

Voir encore:

Polémique Ménard, guerre des Le Pen : le réquisitoire de Philippe Bilger
Philippe Bilger
Le Figaro

05/05/2015

La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête.

Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul?

Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer!

S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti?

Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite?

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.
Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui.

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.

Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats
Ce n’est pas prétendre que demain le FN, même autrement baptisé, volera de succès en succès jusqu’à la victoire pour sa candidate en 2017. Je ne crois absolument pas à cette élection et j’irais même jusqu’à soutenir que pour le second tour, tout n’est pas perdu malgré l’inéluctabilité toute d’impuissance avec laquelle on annonce la présence de Marine Le Pen dans la joute finale.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats.

Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus.

On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme.

Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés.

Le fourre -tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence.

De la même manière, même s’il progresse de plus en plus par ce mélange qui fait de lui un parti à la fois inscrit dans l’espace officiel – malgré ses deux députés seulement et à cause de sa forte présence médiatique – et un mouvement encore imprégné d’une forme de dissidence, il se devra de forcer sur les rêves d’officiel ou de se camper sur les aspirations à l’atypique.

Pour l’instant, il gagne sur les deux tableaux. Officiel, il mériterait davantage. Populiste, il attire les réfractaires, les laissés pour compte, les désespoirs civiques. Le bord de la route est empli d’adhérents du FN et les cités exsangues et mortes aussi. Et les victimes des crimes et des délits ne sont pas consolées par François Hollande et Christiane Taubira.

Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Je rejoins Jérôme Fourquet qui, sur ce plan, a eu l’analyse la plus fine et la plus objective.

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière ?
La plus objective?

Pourquoi l’hostilité politique se traduirait-elle par de l’indifférence démocratique? Pourquoi, pour la cause commune, n’aurait-on pas le droit de se féliciter, pour une certaine conception de la République, de l’éviction du père et de l’autorité de la fille? Faut-il absolument tout haïr tout le temps au point de ne plus rien voir?

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière?

Serait-ce trop demander des politiques que de savoir, parfois, pour être respectés, penser contre eux-mêmes pour la cause républicaine? On ne s’en porterait que mieux.

Voir de même:

Robert Ménard, un habitué des mesures polémiques
Le Monde

05.05.2015

Il est un feuilleton à lui tout seul. Depuis son arrivée à la tête de la mairie de Béziers, en mars 2014, Robert Ménard n’a cessé de provoquer son opposition en prenant des mesures polémiques.

Dernière en date : des statistiques ethniques déterminant le taux d’écoliers de confession musulmane dans la sous-préfecture de l’Hérault, statistiques dont il a révélé l’existence sur le plateau de « Mots croisés », sur France 2, lundi 4 mai. Des chiffres dont il a assuré qu’ils n’étaient pas issus d’une forme de fichage ethnique, interdit par la loi, mais de la consultation des registres d’élèves fournis par l’éducation nationale, l’identification de la confession reposant sur « les prénoms » des enfants, avait-il précisé sur France 2.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Béziers pour établir s’il y a eu violation de la loi. Des perquisitions ont suivi dans l’après-midi à la mairie héraultaise.

C’est la première fois que la justice se penche sur la gestion de l’élu, proche du Front national. Avant, ses mesures étaient restées dans le cadre de ses attributs de maire, tout en faisant grand bruit.

Couvre-feu pour les mineurs
Premier coup d’éclat du maire : l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs, « du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires », dans certains quartiers de Béziers pour les moins de 13 ans non accompagnés. Après avoir envisagé des amendes contre les mineurs, la mairie avait été obligée de choisir de poursuivre les parents en cas de manquements.

Ni crachats, ni linge aux fenêtres, ni paraboles, ni crottes de chien
En tout début de mandat, il avait multiplié les arrêtés prévoyant des sanctions contre les incivilités sur la voie publique : interdiction de l’accrochage de linge aux fenêtres, balcons et façades dans le centre sauvegardé de la ville au nom de son « attractivité économique et touristique ». Il avait également prévu de sanctionner par des amendes les crachats, au motif que « c’est dégoûtant », les crottes de chien, car elles donnent « une image déplorable de [la] ville », ou encore l’installation de paraboles.

« Les gens, quand vous leur dites, ils comprennent, mais tant qu’il n’y a pas de menace de sanction, ils ne le font pas », avait justifié le maire, qui ajouta : « Quand vous leur expliquez, les gens vous écoutent : c’est juste du laisser-aller auquel il faut mettre un point final. »

Des blouses à l’école

La mesure avait fait un flop, après avoir fait grand bruit : Robert Ménard avait proposé d’offrir une blouse à tous les écoliers de la ville. Mais cela devait se faire sur la base du volontariat des élèves et de leurs parents. Finalement, selon Midi libre, à l’automne, 1 250 blouses avaient été livrées, mais les élèves d’une seule école privée en portaient.

Une crèche à la mairie
A Noël, l’installation d’une crèche à la mairie provoqua la colère de la Ligue des droits de l’homme, qui a saisi la justice pour que cette « atteinte à la laïcité » soit réparée. Le tribunal administratif de Montpellier avait refusé de statuer dans l’urgence, repoussant sa décision à l’année suivante.

Un historien polémique pour écrire la ville
Selon les informations du Monde, le maire de Béziers envisageait de confier à l’écrivain Renaud Camus, condamné pour « provocation à la haine religieuse et à la violence » et inventeur de la théorie du « grand remplacement », la rédaction d’un livre sur la ville.

Le revolver, « un nouvel ami » de la police
Enfin, en février, c’est la campagne vantant le nouvel armement de la police municipale qui provoqua l’agacement des opposants à la mairie. Flanquée d’un revolver, l’affiche placardée dans les rues affirmait que « désormais la police municipale a un nouvel ami ». Une campagne de « shérif de pacotille », selon Sébastien Denaja, député socialiste de l’Hérault.

La mairie avait alors signé une convention avec l’Etat lui permettant d’armer ses policiers municipaux de pistolets 7.65 automatiques, en plus de « gilets pare-balles, bâtons de défense, bombes lacrymogènes et casques », selon Midi libre.

Voir de même:

Pourquoi Robert Ménard n’a pas le droit de ficher les écoliers musulmans de Béziers
Delphine Roucaute et Samuel Laurent

Le Monde

05.05.2015

Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, proche du Front national, aime les polémiques et n’a pas peur d’afficher ses actions. Lorsqu’il arme la police municipale, il le fait savoir par des affiches montrant un revolver avec le slogan : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami ».

Et lorsqu’il est invité de France 2 et qu’on lui demande comment il peut évaluer la proportion de musulmans parmi les écoliers de sa ville, l’édile de Béziers ne cache pas sa méthode : « Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. »

Si l’on en croit le maire, les services municipaux de Béziers recensent donc les prénoms en fonction de leur consonance et de leur origine supposée. Ils établissent ainsi un ratio par « confession » présumée (en clair, le petit Ahmed est présumé musulman et la petite Léa, non). Une enquête préliminaire a été ouverte.

Pourquoi n’est-il pas légal de faire des statistiques ethniques ?
Robert Ménard l’a lui-même reconnu : il n’a pas droit de faire ce genre de statistiques. En effet, selon la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, dite « loi informatique et libertés », le traitement de données « relatives aux origines des personnes » est interdit. L’article 8 spécifie bien que :

« Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. »
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) précise que « [ces] critères ne peuvent pas être utilisés pour opérer des tris et s’adresser à des populations ciblées ». Le non-respect de cette interdiction peut entraîner, en application du code pénal, une peine de cinq ans de prison et jusqu’à 300 000 euros d’amende. La CNIL peut également sanctionner les responsables de ce genre de fichiers délictueux par des amendes.

La loi prévoit toutefois une dizaine de cas dans lesquels cette collecte serait autorisée, notamment en cas de consentement de la ou les personnes visées, de traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine, de données déjà publiées par la personne concernée ou de recherches nécessaires dans des cadres juridique ou médical.

La démarche de M. Ménard ne semble, à l’évidence, correspondre à aucune de ces dérogations. Pire, elle repose sur le détournement de données récoltées par la mairie dans le cadre de la scolarisation des enfants. Des données qui ont tout sauf une visée de statistiques ethniques.

Pourquoi la méthode employée est-elle discutable ?
Les services municipaux de Béziers n’ont donc pas le droit de procéder à un tel fichage, pour des raisons de protection des enfants et de respect de la vie privée de leurs familles. Mais outre le fait qu’il est illégal, il présente de grands risques d’erreur.

Un enfant prénommé Ahmed sera ainsi présumé « musulman », même si ses parents ne sont pas croyants ou pratiquants. De même, si une petite Fatima d’origine portugaise dont les parents sont catholiques fréquente les cantines biterroise, elle sera logiquement classée parmi les « musulmans » sur le fichier.

On peut évidemment aussi s’interroger sur l’emploi que comptent faire M. Ménard et ses services de telles statistiques.

Quels sont les antécédents de Robert Ménard ?
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014.

Lire aussi : Les méthodes d’extrême droite de l’ancien président de Reporters sans frontières

D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie.

Mardi 5 mai, le parquet de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». La mairie de Béziers a démenti tout fichage, renvoyant à l’Education nationale et contredisant de fait le maire lui-même.

Voir de même:

Michèle Tribalat, démographe et Cassandre
Intégration et islam : peut-on tout dire?
Propos recueillis par Gil Mihaely
Causeur
17 mars 2015

Causeur. En 1995, vous publiez Faire France, qui offre une vision franchement optimiste de l’intégration des immigrés et de leurs enfants. Puis, à la fin des années 1990, vous semblez changer d’avis ou au moins d’état d’esprit. En 1999, sur la base d’une enquête menée l’année précédente à Dreux, vous publiezVoyage au cœur du malaise français. Que vous est-il, ou que nous est-il arrivé ?

Michèle Tribalat. Je travaille sur l’immigration depuis quarante ans. Les questions de mesure et de méthode m’ont toujours plus intéressée que la nature des résultats. Mon évolution est directement liée aux études successives que j’ai menées.

En 1992, les résultats de l’enquête statistique « Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) » (qui était la base statistique de Faire France) incitaient à un certain optimisme.

Cette enquête reposait sur trois échantillons tirés du recensement de 1990 : un premier composé d’immigrés appartenant aux grands courants migratoires, un échantillon dit témoin de la population de France métropolitaine et un troisième échantillon portant sur des enfants nés en France de parent(s) immigré(s).

On y observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse.

Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages.

Pourquoi n’avez-vous rien vu venir ? Est-ce parce que vous manquiez de données ?

L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement.

Je ne l’ai pas obtenu pour le recensement de 1999 et il a fallu attendre 2008 pour qu’une nouvelle enquête statistique soit entreprise. Pendant ce temps, les médias continuaient à commenter les résultats de 1992, laissant croire que ces résultats seraient éternellement pertinents. Et ils en faisaient souvent un usage inapproprié.

Exemple, j’avais mis en garde contre l’extrapolation du taux de mixité lors des débuts de vie en couple des jeunes d’origine algérienne pour évaluer le taux de mariages mixtes : une copine c’est une chose, une épouse une autre. Je n’ai guère été entendue. Par ailleurs, ces résultats nationaux étaient trop souvent opposés aux perceptions communes, qui se forgent souvent dans l’environnement local.

L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps.

Donc, c’est l’enquête sur Dreux qui vous a « ouvert les yeux » ? Avez-vous forgé de nouveaux outils d’observation ou, à tout le moins, revu vos méthodes de travail ?

Non, en un sens, c’est parce que j’avais compris l’importance de l’observation locale pour détecter à temps d’éventuelles dérives que je me suis retrouvée à Dreux.

Mon idée était que, pour y parvenir, il fallait se porter sur des lieux où la concentration ethnique est très élevée et construire des outils d’observation rigoureux dans quelques communes soigneusement sélectionnées.

J’avais donc élaboré, en 1996, un projet d’observatoire de la vie locale que je comptais proposer à des élus locaux. J’ai eu un premier contact positif avec André Gerin pour étudier la faisabilité d’un tel projet à Vénissieux.

Puis, en 1997, l’institut de sondage IPSOS m’a proposé de prendre en charge une étude commandée par le député-maire de Dreux, Gérard Hamel, dont l’aboutissement pouvait être la mise en place d’un tel observatoire. L’observation était locale mais l’enjeu national : ce qui se passait à Dreux était peut-être annonciateur de difficultés à grande échelle.

Suite à ce travail, un rapport a été remis au maire en 1998 et a abouti à la publication du Voyage au cœur du malaise français. En revanche le projet d’observatoire local a capoté. Comme l’indique la postface de Gérard Hamel, celui-ci n’était pas très content des conclusions de l’enquête et n’avait aucune envie de prolonger l’observation.

Il ne voulait pas voir ce qu’il voyait, en somme. Comment en êtes-vous venue à intégrer la dimension culturelle, ethno-religieuse, dans vos travaux de démographe ?

Ma formation démographique m’a conduit très tôt à me poser des questions de méthode et, avec le temps, j’ai essayé de faire en sorte que l’appareil statistique français soit adapté.

Avec Bernard Aubry, j’ai également utilisé les recensements et les enquêtes annuelles de recensement qui les ont remplacés, pour construire des indicateurs de concentration ethnique et de voisinage, qui ont révélé de grandes disparités géographiques.

Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement.

N’étant ni anthropologue ni sociologue, je traite des origines ethniques ou de l’affiliation religieuse sous l’aspect démographique, par exemple pour observer comment certaines pratiques évoluent avec l’âge.

C’est ainsi que j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques.

Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées.

L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam.

Votre travail sur Dreux marque un double virage dans votre œuvre : vous découvrez que l’intégration des enfants d’immigrés marque sérieusement le pas et subissez vos premiers procès en sorcellerie…

Il faut dire que j’avais connu un certain état de grâce médiatique. À la parution de l’étude « Mobilité géographique et insertion sociale », l’accueil de la presse avait été dithyrambique.

Dans Le Monde du 24 mars 1995, Philippe Bernard écrivait :

« C’est une révolution salutaire dans l’approche de la question des immigrés en France qu’inaugure l’enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) sur l’insertion des populations d’origine étrangère… Cette démarche inédite a permis d’embrasser, bien au-delà des seuls étrangers, la population des jeunes Français de première et parfois de deuxième génération suivant l’immigration. Plutôt que de continuer à manier un vocabulaire hypocrite propice aux manipulations, l’étude saisit la question ethnique à bras-le-corps, transgressant un tabou sans pour autant encourir la moindre suspicion de xénophobie ou de ségrégation. »

Et, en prime, Philippe Bernard reprenait l’expression Français de souche sans guillemets !

À la fin des années 1990, le ton de la presse a changé. Moi, j’ai le sentiment d’avoir évolué avec les résultats de mes recherches. Certains ont préféré voir dans cette évolution personnelle somme toute normale au cours d’une existence un revirement idéologique.

Par exemple, dans un article publié dans Le Monde du 17 juin 2003, Xavier Ternisien préconisait de me psychanalyser pour trouver la raison cachée de ces changements. D’autres y ont vu la persistance d’un racisme jusque-là passé inaperçu.

Pourtant, en 1998, l’année de la remise du rapport sur Dreux, sortait un livre que j’avais coécrit avec Pierre-André Taguieff – Face au Front national. Arguments pour une contre-offensive – dans lequel je démontais les supercheries statistiques du rapport Milloz de 1997 – « L’immigration sans haine ni mépris. Les chiffres qu’on vous cache ».

Ma réponse à cet auteur proche du FN me vaudra même, en 1999, le prix Lyssenko, décerné par le Club de l’Horloge, c’est dire si j’étais d’extrême droite ! Mais les procès en sorcellerie que vous évoquez n’avaient rien de spontané. Un collègue de l’INED avait allumé la mèche.

Au-delà de conflits de bureau, que vous reprochait-on ?

En 1998, Hervé Le Bras sortait l’artillerie lourde dans un livre intitulé Le Démon des origines. Il y réglait ses comptes avec l’INED en général et avec moi en particulier, après une histoire interne qui n’avait pas tourné à son avantage.

Dans ce livre, il revenait sur un ouvrage collectif, publié sous ma direction, en 1991, dans lequel il croyait déjà déceler les racines du mal qui me rongeait.

« Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société », écrivait-il en désignant l’INED comme l’un de ces pseudopodes.

Le Bras distinguait les opportunistes des autres, qui « se trouvent sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique ».

En gros, j’étais un relais de la pensée frontiste, probablement à mon insu mais aussi par… ambition personnelle !

Plusieurs mois durant, le livre de Le Bras a été le prétexte de salves savamment orchestrées dans la presse, dont les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire n’étaient évidemment pas absentes.

On a même vu circuler à l’INED un document anonyme qui fournissait de prétendues informations sur moi et sur des personnalités liées au Front national – j’y étais traitée de nataliste conservateur et l’on mettait en cause, pour insuffisance professionnelle, ma nomination comme directeur de recherche.

De cette époque date l’étiquette de démographe « douteuse » ou « contestée » que la presse aime m’accoler encore aujourd’hui. Ajoutez à cela que Marine Le Pen a déclaré en 2010 avoir aimé mon livre Les Yeux grands fermés, et vous comprendrez que mon compte était bon !

Si Marine Le Pen vous fait les yeux de Chimène, c’est qu’elle cherche une caution scientifique à sa critique de l’immigration. Que pensez-vous du diagnostic frontiste sur la question ?

Si le FN a, depuis longtemps, fait de l’immigration étrangère son cheval de bataille, jusqu’au début des années 2000, son discours constant sur la question n’avait pas grand-chose à voir avec l’évolution réelle des flux migratoires.

En effet, après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native.

Le FN contestait alors farouchement les « chiffres officiels ». Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN.

Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste.

La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques.

Partager certains de ses constats ne signifie pas donner quitus au Front national. Approuvez-vous le programme de Marine Le Pen en matière d’immigration et de contrôle des frontières ?

Marine Le Pen propose de diviser par 20 le nombre d’entrées légales en cinq ans pour ne laisser entrer que 10 000 étrangers par an, tout en réduisant à zéro toute immigration clandestine. Quel genre d’État faut-il pour y arriver vraiment ? Telle est la question.

En fait, elle déclare vouloir en finir avec tous les droits accordés a priori aux immigrants, même sous certaines conditions. Elle compte interdire le regroupement familial, dont il faut souligner qu’il n’est pas la part la plus importante des flux familiaux, contrairement aux conjoints de Français.

Comment limiter les flux de ces derniers ? Il ne suffit pas de sortir de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Restent de sérieux obstacles : la Cour de justice de l’UE, qui garantit le respect des traités et dont les décisions font jurisprudence pour les juridictions nationales, mais aussi la jurisprudence du Conseil d’État.

Bref, si l’objectif visant à limiter le nombre d’entrées d’étrangers est légitime, cela implique de prendre toute une série de décisions qui ne seront pas sans effet sur les droits des citoyens.

Que faut-il en conclure ? La politique migratoire restrictive que nombre de Français demandent explicitement est-elle irréalisable ?

En l’état du droit français et plus largement européen, oui.

Voir par ailleurs:

6 Words: ‘My Name Is Jamaal … I’m White’
NPR
May 06, 2015

Jamaal Allan is a teacher in Des Moines, Iowa. His name has taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.
Courtesy of Jamaal Allan
NPR continues a series of conversations from The Race Card Project, in which thousands of people have submitted their thoughts on race and cultural identity in six words.

People make a lot of assumptions based on a name alone.

Jamaal Allan, a high school teacher in Des Moines, Iowa, should know. To the surprise of many who have only seen his name, Allan is white. And that’s taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.

Those experiences prompted him to share his six words with The Race Card Project: « My name is Jamaal … I’m white. »

Allan grew up in southern Oregon, in a house on 18 acres with a commune on one side and a llama ranch on the other.

The origins of his name weren’t that remarkable, Allan tells NPR Special Correspondent Michele Norris.

« My parents decided they wanted less traditional names for their children. … My dad was a Los Angeles Lakers fan and they had had a player named Jamaal Wilkes, and that name kind of came up, » he says.

His mother — who was pregnant with Allan’s sister at the time — fell in love with the sound of the name. Their parents named his sister Madera, and they named their son Jamaal — « just to spice things up a bit, I guess, » he says.

As Allan wrote for a blog called The Poetry Question:

« Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow).

« In a high school soccer game I was called ‘a white man with a [horrific racial expletive deleted] name.’

« In January of 2002 I flew to London. I was randomly selected for additional passenger screening. It was me, Muhammad, Abdul, Tariq, and an old white haired lady named Jenny Smith. Seriously. I’m not sure what was faster, Jenny Smith’s pat down or the dropping of the TSA agent’s face when I responded to the name Jamaal. »
Jamaal means « beauty » in Arabic.

« Learning the meaning behind it and, well, the beauty that comes in the sound of the name, I like that quite a bit, » Allan says.

It’s also a name that give him an unusual perspective on questions of identity, race and cultural stereotypes.

When he goes out in Des Moines for drinks with friends who are black, the waitress or bartender often hands his debit card to someone else — someone black.

« They’re making an assumption based on the name on the card and not paying attention to who handed it to them, » Allan says. « They say, ‘Jamaal, oh that must be the black guy sitting here.’ « 

‘We Could Use Some Diversity Here’

These kinds of assumptions also spill over into his professional life as a teacher.

« People usually don’t bring it up on a first day, but after I’ve developed a rapport with the students and they feel comfortable having open conversations, they’ll say, ‘You know, when class started I thought you were going to be black,’  » Allan says.

And he uses that as a jumping-off point for more questions: Why you would assume that and what did that mean? And were you disappointed? What were your thoughts when you actually saw me?

Many people have written to The Race Card Project about how people make assumptions about their identity, based on their name.

Race-neutral name, foot in the door — Meredith, Texas

Your name doesn’t match your face — Kimberly Jackson, New York, N.Y.

My name sounds black, I’m not — Lynea Ramse, Nashville, Tenn.

You judge me by my name? — Chaka Babarovich, Anacortes, Wash.
The question of someone’s name, particularly if it has ethnic overtones, can have real consequence. One study found that after responding to 1,300 classified ads, applicants with black-sounding names were 50 percent less likely to get a callback than white-sounding names with comparable resumes.

But the opposite was at work in Allan’s case. The principal who hired him told him he was lucky to get the job because they hadn’t been planning to take another student teacher. Then Allan’s application showed up.

« They scanned through it … and they saw someone named Jamaal who played basketball, listed Muhammad Ali among his heroes and inspirations, and thought, ‘We could use some diversity here, so let’s bring this guy on, I think he’d be good for some of our younger minority male students,' » he says. « And, well, then I showed up. »

If someone argued that the only reason Jamaal Allan got the job was affirmative action — well, the joke would be on them.

The school got diversity with Allan, but not necessarily the kind they thought. Not many people can say they grew up between a commune and a llama ranch.

« They said we need more diversity, we need someone who resonates well and connects with some of the young male students here, » Allan says. « It may not have been because of how I look, but through actions, that was exactly what they got. »

On Allan’s first day of work, he showed up at school and introduced himself to one of the secretaries.

« And she said, ‘Oh, you’re Jamaal, I expected you were going to be’ — and there was a very long, very pregnant pause, » Allan recalls. « And the word she came up with was ‘taller.’ « 

« I just sort of chuckled and said, ‘Yeah, I get reactions like that a lot.’ « 

Voir aussi:

Ethnic minorities ‘will make up one third of the population by 2050’ as Britain’s melting pot continues to grow

One in four children under ten is already from a minority group
Over next few decades the proportion will soar, Policy Exchange says
Currently 14 per cent of the UK population are from ethnic minorities
James Chapman

The Daily Mail

5 May 2014

Britain’s black and ethnic minority communities could account for almost a third of the population by 2050, according to a report published today.

The number of people from minority groups could as much as double by then, it says.

One in four children under the age of ten in the UK is already from a minority group and over the next few decades the proportion will soar, according to think-tank Policy Exchange.

Currently, eight million people, or 14 per cent of the UK population, are from ethnic minorities. But they now account for 80 per cent of population growth, while the white population remains constant.

Experts predict that as a result, by the middle of the century between 20 per cent and 30 per cent of the population – up to 16million people – will be from a minority community, the report says.

Ethnic minority communities predominantly live in three main cities, with 50 per cent living in London, Manchester and Birmingham alone. They are seven times more likely to live in an urban area than someone who is white.

But over time, ethnic minorities will move out of deprived inner city areas and into suburbs and surrounding towns, echoing the way that white groups migrated in the past with the growth of the middle classes, the report predicts.

Ethnicities are increasingly mixing: one in eight multi-person households contains people from more than one ethnic group.

The report draws on survey, census, academic and polling data to build up a comprehensive picture of the five largest black and minority ethnic (BME) groups in the UK – Indian, Pakistani, Bangladeshi, Black African and Black Caribbean.

Indians are he largest minority group in the UK, with 1,412,958 people accounting for 2.5 per cent of the population. Britain is home to the second largest Indian population in the western world outside India, after only the US.

There are 989,628 Black Africans in the UK. They are the fastest growing of the main ethnic groups, and also the most diverse, coming from countries both inside and outside the Commonwealth.

There are 1,124,511 Pakistanis in the UK, 447,201 Bangladeshis and 594,825 Black Caribbeans.

Minorities account for only 5 per cent of the total over-60 population, but 25 per cent of those under ten. Almost 30 per cent of pupils in state primary schools and around 25 per cent of pupils at secondary schools are classified as being from a minority ethnic group.

‘With such a youthful age structure, it is likely the UK’s BME population will represent a larger proportion of the UK’s population over time,’ the report says. All groups except Indians have unemployment rates that are more than double the rate of the white population.

People from ethnic minority backgrounds also have a far stronger association with being British than the white population, the report says.

It argues that politicians should stop treating ethnic minorities as one homogeneous group and start appealing to the varied political views and concerns of non-white Britons.

Rishi Sunak, co-author of the report, said: The UK is now home to a melting pot of different cultures and traditions. These communities will continue to become an ever more significant part of Britain, especially in future elections.

‘However, ethnic minorities are not one homogeneous political group. From education to employment, housing to trust in the police, politicians from all parties must understand the different issues affecting individual communities.’

Voir aussi:

Que sont les statistiques ethniques ?
Musée de l’histoire de l’immigration

Un repérage ethnique des citoyens
Historiquement, le terme d’« ethnie » fait partie du vocabulaire de l’administration coloniale et des pays de ségrégation (l’Inde, par exemple) pour identifier et recenser les populations. L’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis de la ségrégation raciale l’ont également adopté. En France, les principes républicains se sont opposés au repérage ethnique ou racial des citoyens, à l’exception des lois de Vichy de 1940 sur le statut des Juifs.

Aujourd’hui, la réalité des « quartiers sensibles » et les phénomènes de discrimination raciste ont conduit à engager un débat public pour ou contre la constitution de statistiques ethniques.

Les arguments pour…
Les arguments favorables aux statistiques ethniques sont principalement :

L’exemple des pays anglo-saxons ;
La lutte contre les inégalités visant des catégories discriminées comme les Blacks ou les Beurs ;
La nécessité de prendre des mesures de « discrimination positive » pour réparer des inégalités persistantes.
… et les arguments contre
Les arguments contre la constitution de statistiques ethniques reposent sur :

Le lien historique entre ségrégation raciale et statistique ethnique ;
L’abandon du système par certains pays (les Pays-Bas, par exemple, ont mis fin à leur « politique d’émancipation des minorités ethniques ») ;
Le caractère arbitraire et réducteur de la définition « ethnique » ou « raciale » de catégories à part de population ;
Le « labelling » ethnique vise uniquement les situations de domination sociale, culturelle et politique ;
La catégorie ethnique renforce les phénomènes de discrimination et de victimisation par l’assignation identitaire à une origine ou une appartenance réelle ou supposée ;
L’ethnicisation se fait au détriment du bien commun, de l’intérêt général, de la communauté des citoyens et elle nie le métissage croissant des sociétés modernes.
Vers un « oui, mais » ?
Deux rapports récents (2007), du Haut Conseil à l’intégration (HCI) et de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), soulignent les dangers des statistiques ethniques mais posent les conditions de la mesure de la diversité en prenant en compte la question des discriminations.

En savoir plus : Avis au Premier Ministre du Haut Conseil à l’intégration (HCI) sur « Les indicateurs de l’intégration. Statistiques ethniques, enquêtes sur les patronymes, mesure de la diversité, baromètre de l’intégration », publié dans le Rapport 2007 du HCI ; et le rapport de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) du 15 mai 2007 sur la Mesure de la diversité et protection des données personnelles.

URL source: http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/que-sont-les-statistiques-ethniques
Liens:
[1] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/les-mots/qu-est-ce-qu-un-immigre
[2] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-evaluer-l-immigration-legale-en-france
[3] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-compte-t-on-les-immigres-en-france
[4] http://www.histoire-immigration.fr/2010/9/la-statistique-des-autres-compter-les-immigres-et-les-coloniaux
[5] http://www.strategie.gouv.fr/content/statistiques-ethniques
[6] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000077/index.shtml

Le retour du débat sur les statistiques ethniques
Pour aller plus loin
Comment lutter contre les discriminations ?
Chômage : discriminations sans frontières , Alternatives Economiques n∞ 251.
De la discrimination positive par Eric Keslassy
Démographie : Faut-il analyser les discriminations ?
Des CV anonymes pour lutter contre les discriminations
Des discriminations de mieux en mieux évaluées , Alternatives Economiques Hors-série n∞ 078.
Discrimination : des emplois bien français
Discrimination : la RATP ouvre ses portes
Discrimination : un phénomène très répandu
Discrimination positive et justice sociale par Simon Wuhl , Alternatives Economiques n∞ 265.
Discriminations : 4 % de Noirs en France , Alternatives Economiques n∞ 256.
Discriminations : contrôles au faciès ? , Alternatives Economiques n∞ 272.
Discriminations : la galère des jeunes issus de l’immigration , Alternatives Economiques n∞ 246.
Statistiques ethniques : la Cnil se prononce , Alternatives Economiques n∞ 259.
Statistiques ethniques : pro et anti s’affrontent , Alternatives Economiques n∞ 257.
À lire également
L’état de la mondialisation 2010
Sommaire du numéro

Climat : comment enrayer le réchauffement?
Sommaire du numéro

Menaces sur la reprise
Sommaire du numéro
Le député d’Evry Manuel Valls s’apprête à déposer une proposition de loi visant à autoriser les « statistiques ethniques ». Il relance ainsi un débat complexe, illustré par ces échanges entre la juriste Gwenaele Calvès, attachée au « principe de la cécité à l’origine », et le sociologue Robert Castel, qui plaide pour de telles statistiques pour combattre les discriminations…

Voir encore:

Ethnic minorities
Into the melting pot
The rapid rise of mixed-race Britain is changing neighbourhoods—and perplexing the authorities
The Economist

Feb 8th 2014

ZADIE SMITH, a novelist born to a black Jamaican mother and a white British father, recently recalled that when she was growing up in Willesden Green, a London district with a large immigrant population, “nothing could be more normal than a mixed-race girl”. The surprise, she said, was entering publishing and finding that people thought it unusual. Nobody could get that impression now: Britons are mixing at extraordinary speed.

The 2011 census revealed a country that is decreasingly white and British: England’s ethnic-minority population grew from 9% of the total in 2001 to 14%. But the biggest single increase was in the number of people claiming a mixed-ethnic background. This almost doubled, to around 1.2m. Among children under the age of five, 6% had a mixed background—more than belonged to any other minority group (see chart). Mixed-race children are now about as common in Britain as in America—a country with many more non-whites and a longer history of mass immigration.

As Britain’s mixed-race population swells, another group appears destined to shrink. The Labour Force Survey reveals that 48% of black Caribbean men and 34% of black Caribbean women in couples are with partners of a different ethnic group—with higher proportions still among younger cohorts. Black Caribbean children under ten years old are outnumbered two-to-one by children who are a mixture of white and black Caribbean.

Rob Ford of Manchester University points out that Caribbean folk are following an Irish pattern of integration, in that their partners are often working-class. The Irish parallel also suggests they will eventually be fully absorbed into the British population. Polls show that adults who are a mixture of white and black Caribbean tend to see themselves not so much as black, Caribbean or even as British, but rather as English—the identity of the comfortably assimilated.

Indians, who began arriving in large numbers in the 1960s, were slower to mix. They are now doing so—but along Jewish, rather than Irish, lines. For them, assimilation follows education: according to research by Raya Muttarak and Anthony Heath, Indians with degrees are far more likely to marry whites. Indians are not so much marrying into the white majority as into its suburban middle class, says Shamit Saggar at the University of Essex.

Their children are quietly transforming Britain’s suburbs and commuter towns. Whereas Asians are still concentrated in cities such as Leicester and in London boroughs like Tower Hamlets and Harrow, mixed Asian and white children are widespread (see maps). In Chiltern, an affluent commuter district in Buckinghamshire, 5% of children under five years old were mixed Asian and white in 2011—more than in most of London. Their parents may have met at university or while working in the capital. Within Birmingham, too, mixed Asian and white children are especially common in the largely middle-class white suburbs of Edgbaston, Moseley and Harborne.

Still warming up

Pakistanis and Bangladeshis mostly remain in cities, and are mixing more slowly. Just 8% of Pakistani men and 7% of Bangladeshi men in couples are with people of a different ethnic group, and the proportions for women are smaller. Oddly, older Pakistani men are more likely to have partners of another ethnicity, perhaps because many early migrants were single men. But even these groups are assimilating: another study finds that Pakistanis and Bangladeshis born in Britain are far likelier to socialise with whites than their parents were.

Britain’s newer minorities are blending into the larger population, too, but in ways that defy easy categorisation. Mixed black- African and white children are particularly common in working-class suburbs and commuter towns such as Croydon and Southend-on-Sea, possibly because black Africans are rarely tied to city centres through social-housing tenancies. They are also mixing with new immigrants from continental Europe. Most of the 21,000 children born to Polish mothers in 2012 had Polish fathers; but of the rest, 23% had African or Asian fathers.

Such esoteric partnerships can confuse the authorities. Last November the Home Office invited journalists to accompany officers on a raid of an apparent sham wedding between an Italian man and a Chinese woman in north London. After interrogating the bride, groom and guests, the officers emerged sheepishly to admit that the union was probably real.

As race becomes less clear-cut, schools, hospitals and police forces, which record people’s ethnic identity at almost every opportunity, will have to deal with more fragmented definitions. So too will researchers trying to measure racial injustices. Confusingly, police officers now record the ethnicity of the people they stop and search according to two separate systems: observed ethnic appearance (which does not include a mixed-race category) and self-identified ethnicity (which does).

Politicians in the habit of treating Britain’s ethnic groups as distinct “communities” will also have to adapt. The shrewder black and Asian politicians have already built power bases that do not depend on ethnic block votes (see Bagehot). Speeches such as the one made by Tony Blair in 2007 about the culture of black youth violence will look silly when so many black teenagers have white parents too. Crude racist politics, thankfully now rare in Britain, ought to become almost impossible as more white families acquire non-white members. Englishness, which has remained distinctly a white identity for many, may become less exclusive.

Most of all, the rise of mixed-race Britain shows that Britain is capable of absorbing even large numbers of newcomers. For the young, who are used to having people of all backgrounds in their midst, race already matters far less than it did for their parents. In a generation or two more of the melting pot, it may not matter at all.

Voir de plus:

The Numbers Guy
Estimates of Religious Populations Require a Bit of Faith
Carl Bialik
WSJ

Aug. 14, 2010

In the debate over a plan to build an Islamic center near Ground Zero in New York, one number has been elusive: the population of Muslims in the city. Commentators have cited figures that have been all over the map—from 600,000 in the city’s five boroughs to between 600,000 and 800,000 in Manhattan alone.

That is because no one knows for sure how many Muslims, or Jews, or Christians, live in New York or anywhere else in the U.S. The Census Bureau doesn’t ask Americans to disclose their faith, and the surveys and studies that attempt to fill in the gap come up with different numbers—particularly when it comes to relatively small religious groups. That leaves the U.S. behind much of the world when it comes to understanding the religious beliefs of its inhabitants, and has sparked controversy about the number of Muslims in the country.

These are important numbers because « religion is very consequential in how people see the world, view politicians, and view social, economic and even environmental issues, » says Barry Kosmin, a sociologist at Trinity College and a principal investigator with the American Religious Identification Survey, which has surveyed Americans about their faith three times in the past decade.

The Numbers Guy Blog
Elusive Numbers: U.S. Population by Religion
National censuses in at least 70 countries, including the U.K. and Canada, ask about religion, according to United Nations data. « The census question on religious affiliation is used to measure cultural and religious diversity in Canada, » Peter Frayne, spokesman for Statistics Canada, wrote in an email. It is used, among other things, to monitor discrimination, diversity and the need for faith-based schools, Mr. Frayne says.

The U.S. Census Bureau debated including a question on religion in the late 1950s and again in 1976. But each time it decided not to. The census director in 1976, Vincent P. Barabba, decided to exclude such a question, concerned that including it would lead to a controversy over the separation of church and state that could impede the bureau’s work. Later that year, Congress passed a law prohibiting mandatory questions about religion.

« It’s a tough trade-off, » says Mr. Barabba, who is now retired. « You want to collect everything that’s of interest in society. [However,] you want to be careful about which ones you ask. »

That opens the door for controversy about true population counts. There is particularly sharp disagreement about the U.S. Muslim population. Several surveys have arrived at figures of 2.4 million or lower. But Ibrahim Hooper, spokesman for the Council on American-Islamic Relations, says those surveys have « real weaknesses, » and cites an estimate of seven million. He referred further questions to Ihsan Bagby, associate professor of Islamic studies at the University of Kentucky.

Prof. Bagby surveyed mosques in 2000 to arrive at a figure of two million active Muslims, including those who attend religious services on high holy days. That suggests to Prof. Bagby a true count of about four million or five million in 2000, including those who identify as Muslim but don’t attend mosques. He has found the number of mosques has increased by more than 50% to 1,900 since 2000, though it is unclear if that reflects population growth or construction to address existing demand.

Columbia University researchers estimating New York City’s Muslim population a decade ago used a figure of five million to seven million for the national population in arriving at their count of 600,000—later revised to 700,000—because they figured, based on studies of mosque affiliation, that one in 10 American Muslims live in New York.

But general population surveys suggest a much lower number of Muslims. The American Religious Identification Survey asks simply, « What is your religion, if any? » In 2008, the survey found 1.3 million adult Muslims in the U.S.

That survey, though, may undercount non-Christian groups, because members of some such minority groups may be reluctant to respond. Also, the survey is conducted only in English and Spanish. Surveys that focus on non-Christian groups can help produce more statistically reliable results. For instance, a Pew survey in 2007 of American Muslims also conducted interviews in Arabic, Farsi and Urdu. The survey also drew respondents more heavily from places expected to have more Muslims to produce a greater sample size and learn more demographic details about the population. Then researchers weighted the results to correct for the oversampling.

This may have helped the survey arrive at a larger number of Muslims than many other polls: 1.4 million adults and 2.35 million total Muslims. Yet even this survey had shortcomings, for instance, not dialing cellphones, though many Muslims are young immigrants who may be more likely to eschew landlines, according to the Pew report.

Similar issues have afflicted efforts to count the number of American Jews. Jewish groups funded a survey a decade ago that found the total population was 5.2 million. Brandeis University researchers reanalyzed the data and found because of groups that were underrepresented in the survey, the true population likely was between six million and 6.4 million.

Not all religion researchers are interested in more reliable population counts. « I don’t think it matters that much, » says Daniel A. Madigan, associate professor of theology at Georgetown University. How people self-identify doesn’t indicate much about their involvement in the religion, nor attitude toward it. « The actual numbers don’t translate necessarily into anything else. »

Voir enfin:

Marine Le Pen dans le top 100 des personnalités les plus influentes
Le Point

22/04/2015

VIDÉO. La présidente du Front national et députée européenne a été distinguée par l’hebdomadaire américain « Time » dans la catégorie des « leaders » du monde.

La présidente du parti français d’extrême droite Front national Marine Le Pen, désignée par l’hebdomadaire américain Time comme l’une des 100 personnalités influentes du monde, a salué mardi la reconnaissance d' »un mouvement politique important qui monte ».

Cette distinction, « c’est un symbole qu’outre-Atlantique on considère que le Front national est un mouvement sérieux, un mouvement de gouvernement, et que peut-être dans quelques mois il y aura en France des changements importants », a expliqué Mme Le Pen en arrivant à la soirée de gala organisée à New York par le magazine Time en l’honneur de ces personnalités. « Comme je suis la seule représentante politique de la France, il était de bon ton que je sois présente », a ajouté Mme Le Pen, hélée par des journalistes à l’entrée du Time Warner Center, à quelques pas de Central Park.
« Leaders » du monde
Marine Le Pen a été placée par Time parmi les « leaders » du monde, une catégorie où figurent aussi les présidents américain, russe et cubain Barack Obama, Vladimir Poutine et Raul Castro, ainsi que le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la chancelière allemande Angela Merkel ou encore le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un. L’économiste français Thomas Piketty fait également partie des personnalités retenues, tout comme le pape François, la starlette Kim Kardashian ou encore le patron d’Apple Tim Cook.

Cette nomination a été l’occasion pour Mme Le Pen de passer quelques jours à New York, avant de se rendre à la soirée de gala accompagnée de son compagnon Louis Aliot. Vêtue d’une robe longue bleu nuit et d’une cape de velours noir, elle y a fait une arrivée remarquée sur tapis rouge, un peu après la styliste Diane von Fürstenberg, l’actrice Mia Farrow et le chanteur de country Tim McGraw, et avant la skieuse Lindsey Vonn ou encore l’actrice Julianne Moore.
Il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole »
« Je suis fière pour mon pays, je suis fière que les millions de Français qui font un choix différent de l’UMP et du PS soient présents un peu ce soir », a également déclaré Mme Le Pen. « Vous voyez la France des oubliés, ce soir, elle n’est pas oubliée. » Elle a assuré au micro de la radio Europe 1 qu’il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole » : « Il y a évidemment une partie des gens qui sont des artistes, mais il y a aussi une partie des gens dont la pensée influence le monde, dont les actes, dont les décisions influencent le monde, c’est ça qui m’intéresse au plus haut point », a-t-elle assuré.

Voir enfin:

Les statistiques « ethniques » : état des lieux, état des problèmes
Pierre-Yves Cusset
2006
Ce document de travail vise à faire le point sur l’état du droit et des pratiques en matière de statistiques « ethniques » ou « relatives aux origines ». On présente ainsi l’état du droit et des pratiques statistiques en France, afin de mettre en évidence les possibilités et les limites de notre système statistique, notamment en termes de mise au jour des différentes formes de discrimination et de ségrégation sur critères ethniques. La troisième partie du document est consacrée à la mesure de la discrimination indirecte et de la diversité ; quelques dispositifs de suivi statistique de la diversité ethnique, adoptés à l’étranger, y sont présentés.La collecte, le traitement et la diffusion de données sont ici comme ailleurs encadrés par la loi et régulés, au moins pour ce qui est de la statistique publique, par des instances garantes des principes déontologiques propres au métier de statisticien. On présente dans cette partie l’état du droit en matière de « données à caractère personnel » et de « données sensibles » (1.1.), tel qu’il ressort de la nouvelle loi Informatique et liberté du 6 août 2004 et de l’avis de la CNIL formulé en juillet 2005 sur la mesure de la diversité des origines par les employeurs. Puis, après un bref rappel historique relatif à la prise en compte des variables liées aux origines par l’appareil statistique français (1.2.), on dresse un tableau récapitulatif de la façon dont est prise en compte aujourd’hui la variable « origine » dans les grandes enquêtes de la statistique publique.L’état du droit• La rénovation de la loi Informatique et libertéLa loi du 6 août 2004, dont l’un des objectifs était de transposer la directive européenne 95/46 du 24 octobre 1995 sur la « protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation des données », a profondément remanié la loi Informatique et liberté de 1978.Le champ matériel de cette loi s’étend désormais à toute opération automatisée ou non (collecte, enregistrement, organisation, conservation, adaptation ou modification, extraction, consultation, utilisation, communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, rapprochement ou interconnexion, verrouillage, effacement ou destruction) portant sur des « données à caractère personnel », entendues comme « toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou par référence à un numéro d’identification ou à plusieurs éléments qui lui sont propres ».La loi retient une acception large de la notion de donnée à caractère personnel puisqu’elle précise que « pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de considérer l’ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou tout autre personne ». Autrement dit, sont visées toutes les données se rapportant à une personne identifiable, même par des moyens indirects.La loi subordonne, à son article 6, la collecte et le traitement de ces données à un certain nombre de conditions : − la loyauté et la licéité des traitements ; − le strict respect des finalités pour lesquelles les données ont été recueillies ; toutefois, des retraitements peuvent être réalisés ultérieurement à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique sous réserve qu’ils respectent les conditions de licéité, les formalités préalables à la mise en œuvre des traitements et les obligations imposées aux responsables des traitements et, enfin, s’ils ne sont pas utilisés pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ; − le caractère adéquat, pertinent et non-excessif du traitement au regard des finalités poursuivies ; − l’exactitude et la complétude des données ; − la durée limitée de leur conservation, proportionnée à la finalité du traitement.• Le cas des « données sensibles »La loi réserve un sort particulier aux données dites sensibles. L’article 8-I prohibe en principe toute collecte de « données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appar10 > Les statistiques « ethniques » : état des lieuxtenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci».Toutefois, cette règle souffre dix catégories d’exception qui tiennent soit à la finalité du traitement, soit aux conditions de collecte des données, soit encore à la nature de l’organisme qui réalise le traitement.Il s’agit : − des traitements de données sensibles pour lesquels la personne concernée a donné son consentement exprès (sauf dans les cas où un texte de niveau législatif prévoit que l’interdiction ne peut être levée) ; − des traitements portant sur des données ayant été rendues publiques par la personne concernée ; − les fichiers des associations et organismes à caractère religieux, philosophique, politique ou syndical (seules les données sensibles correspondant à l’objet de l’association peuvent être collectées, et ce uniquement pour les membres entretenant avec l’organisme des contacts réguliers) ; − des traitements nécessaires à la constatation, à l’exercice ou à la défense d’un droit en justice ; − des traitements nécessaires aux fins de médecine préventive, des diagnostics médicaux, de l’administration des soins ou de traitements ou de la gestion des services de santé, et mis en œuvre par un professionnel de santé ou par une autre personne tenue au secret professionnel ; − des traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine ; − des traitements de données de santé à des fins de recherche médicale ; − des traitements de données de santé pouvant faire l’objet « à bref délai », d’un procédé d’anonymisation reconnu conforme à la loi par la CNIL ; − des traitements statistiques réalisés par l’INSEE ou par un service statistique ministériel, après avis du Conseil national de l’information statistique (CNIS) ; − des autres traitements de données sensibles justifiés par l’intérêt public et autorisés par la CNIL ou par décret en Conseil d’État pris après avis de la CNIL.La CNIL veille avec une particulière attention au respect de ces dispositions, comme le montrent par exemple ses prises de position sur les traitements portant sur les patronymes (cf. encadré).• La position de la CNIL sur la mesure de la diversité des origines par les employeursLa CNIL a adopté lors de sa séance du 5 juillet 2005 une série de recommandations 2. Elle recommande aux employeurs de ne pas recueillir de données relatives à l’origine raciale ou ethnique, réelle ou supposée de leurs employés ou de candidats à l’embauche, même avec l’accord de ces derniers. La CNIL constate en effet qu’il n’existe ni référentiel national de typologies « ethnoraciales », ni indicateurs « ethno-raciaux » diffusés par la statistique publique qui pourraient servir aux employeurs de base de comparaison fiable (indicateurs nationaux ou par bassin d’emploi). La CNIL ajoute que l’adoption d’un tel référentiel est du ressort du législateur.La CNIL estime également que l’analyse de la consonance du nom ou du prénom, de la nationalité ou de l’adresse des personnes aux fins de classement dans des catégories « ethno-raciales » n’est pas pertinente, encore une fois en raison de l’absence d’un référentiel national de typologies « ethnoraciales » et en l’absence d’un lien fiable entre ces données et l’appartenance à une catégorie raciale ou ethnique déterminée.Elle autorise en revanche l’utilisation de données relatives à la nationalité et au lieu de naissance du salarié, données qui figurent dans les fichiers de gestion du personnel. L’employeur doit faire la déclaration d’un tel traitement des fichiers de gestion du personnel à la CNIL et en informer les employés. Toutefois, les statistiques produites ne doivent pas porter sur des groupes de moins de dix personnes afin de garantir l’anonymat et les fichiers de données individuelles constitués pour la réalisation de l’étude doivent être détruits à l’issue de la production des résultats statistiques.En revanche, les fichiers de gestion du personnel ne peuvent en aucun cas contenir, même au motif de mesure de la diversité, de données telles que la nationalité d’origine d’un employé ou d’un candidat à un emploi, de même que la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

Enfin la CNIL admet la réalisation d’enquêtes ad hoc par questionnaires anonymes. Par anonyme, il faut comprendre que le questionnaire ne doit pas permettre d’identifier directement (par le nom) ou indirectement (via un numéro, la désignation d’un poste particulier ou par recoupement d’informations) la personne qui y répond. Là encore, aucun résultat statistique ne doit concerner des groupes de moins de dix personnes. Les questionnaires individuels doivent être détruits à l’issue de la phase d’exploitation des réponses. Le recours à des questionnaires permet en revanche de recueillir et de traiter des données indisponibles (car interdites) dans les fichiers de gestion du personnel, et en particulier la nationalité d’origine de l’individu et la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

La prise en compte progressive des origines dans la statistique française : de la nationalité à l’« ethnicité »

L’émergence d’une forme de reconnaissance par la statistique des origines des individus s’est faite par étapes3. L’introduction dans le recensement d’une question relative à la nationalité des habitants remonte à 1851 (elle ne fut abandonnée qu’une fois, en 1856). La formulation de la question n’a pas varié entre 1871 et 1946. La nationalité est alors enregistrée en trois catégories : Français de naissance, Français par naturalisation (ou par « assimilation »), et étrangers. Si les étrangers doivent indiquer leur nationalité précise, les « naturalisés » ne doivent signaler que le caractère acquis de leur nationalité française. Ce n’est qu’en 1962 que leur nationalité antérieure leur sera demandée.

Pendant l’entre-deux guerres et jusqu’en 1946, à la lecture des tableaux publiés à partir des informations tirées du recensement, on note un vif intérêt pour la catégorie des « naturalisés », même si l’État français ne reconnaît pas de différences de statut entre citoyens français selon le mode d’acquisition de la nationalité. Il est vrai que l’importance numérique de cette catégorie a nettement augmenté depuis la fin du XIXe siècle : les naturalisés sont 202 000 en 1896, 517 000 en 1936 et 833 000 en 1946. L’information relative à la nationalité antérieure des naturalisés n’étant alors pas disponible, les services statistiques attribuent une « origine » aux naturalisés en fonction du lieu de naissance des individus, tout au moins pour ceux qui sont nés hors de France (c’est le cas de 85 % des naturalisés en 1931, mais de seulement 65 % en 1946). L’enregistrement des « Français par acquisition » et l’exploitation qui est faite de cette catégorie dans les tableaux de présentation du recensement répond déjà au besoin d’étudier l’assimilation des étrangers dans la population française.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les flux de population en provenance d’Algérie sont assez importants (le « stock » s’élève à 200 000 en 1954) pour qu’on lui réserve un traitement particulier. Le bulletin du recensement de 1954 ne permet pas de séparer les « Français d’Algérie » des « Français musulmans ». Cette dernière catégorie naît avec la loi organique du 20 septembre 1947 qui étend la citoyenneté française à l’ensemble des habitants d’Algérie mais qui continue à les distinguer selon leur statut (civil ou personnel). Pour reconstruire cette distinction, les services du recensement suivent une règle de chiffrement inédite : ils classent en « musulmans originaires d’Algérie » les personnes nées en Algérie ayant à la fois un nom et un prénom à consonance arabe ou berbère et en « Français de naissance originaire d’Algérie » ceux qui ont un « prénom chrétien ou israélite ». Le même principe de recours au nom et prénom est appliqué en 1962, alors même que l’Algérie vient d’accéder à l’indépendance. Les catégories décrivant les migrants d’Algérie distinguent cette fois « rapatrié français de naissance », « Français musulman ayant choisi de conserver la nationalité française », « Français musulman devenu Algérien ». Alors qu’en 1954, on cherchait à retrouver les catégories juridiques existantes, avec le recensement de 1962, le critère juridique semble donc s’effacer derrière le critère « ethnique ». Il faut attendre le recensement de 1968 pour retrouver une distinction par nationalité clarifiée.

La catégorie « immigrée », elle, ne se stabilise vraiment qu’au début des années 1990. La démographe Michèle Tribalat 4 a joué un rôle pionnier en recommandant l’usage d’un concept précis pour catégoriser la population immigrée, après que de nombreux travaux eurent montré les limites et les erreurs liées à l’usage exclusif de la nationalité pour traiter de questions relatives à l’immigration. La nouvelle catégorie, adoptée par le Haut Conseil à l’intégration en 1991, combine le lieu de naissance et la nationalité de naissance, les immigrés étant définis comme les personnes résidant en France, nées étrangères à l’étranger. La reconstitution de la catégorie « immigré » ne pose pas de véritable problème. Le plus souvent, on dispose directement du lieu de naissance et de la nationalité de l’individu. Si ce n’est pas le cas, on établit une catégorie plus ou moins proche en rassemblant les étrangers et les Français par acquisition.

Cela dit, la catégorie « immigré » reste insuffisante pour qui ne s’en tient pas à l’analyse de l’immigration mais s’intéresse aussi à la question plus vaste et de plus en plus prégnante des « relations interethniques ». L’étude de cette réalité suppose pour le moins de construire une catégorie « population issue de l’immigration ». Pour ce faire, et à condition de ne pas aller au-delà de la fameuse « seconde génération », ou « première génération née en France » pour reprendre la typologie de M. Tribalat, il faut disposer du lieu de naissance des parents. Or, avant l’enquête Etude de l’histoire familiale (EHF) de 1999, complémentaire au recensement, cette variable ne figurait dans aucune enquête à large échantillon 5.

Conscient de cette lacune, le Haut Conseil à l’intégration, dans son rapport de 1993, recommande le développement d’études sur des populations définies par leurs origines, à condition que l’utilisation des catégories d’origine soit réservée à des enquêtes spécifiques telles l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale réalisée par l’INED en 1992 en collaboration avec l’INSEE.

Hors ces enquêtes spécifiques, et avant l’enquête EHF de 1999, les démographes et autres statisticiens s’en sortent donc en « bricolant », tentant par divers moyens de surmonter le handicap lié à l’absence de catégorie statistique stable s’ajustant précisément à l’objet « seconde génération » (et a fortiori à « l’ethnicité »). Par exemple, dans l’étude de L.-A. Vallet et J.-P. Caille sur les « élèves étrangers ou issus de l’immigration », réalisée à partir du panel de la DEP, l’une des stratégies utilisées a consisté à construire une catégorie « groupe d’appartenance de l’élève » qui combinait la nationalité et le lieu de naissance de l’élève et la langue parlée à la maison 6.

Aujourd’hui, comme on va le voir maintenant, la question sur le lieu de naissance des parents tend à être plus fréquente dans les grandes enquêtes publiques.

Un exemple de refus par la CNIL d’un traitement reposant sur la constitution d’un échantillon à partir des patronymes

La CNIL a refusé d’autoriser la réalisation par la SOFRES, mandatée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), d’un sondage d’opinion par téléphone, à partir d’un échantillon résultant d’un tri sur les patronymes. Le refus tient à la méthode de collecte employée et non à l’objet du sondage qui consistait à « objectiver, mesurer et analyser l’état de l’opinion de la communauté juive de France ».

Pour effectuer cette enquête par téléphone, la SOFRES entendait constituer l’échantillon des personnes à interroger selon la méthode patronymique suivante : − identifier d’abord une liste d’environ 160 noms à consonance juive sur la base d’un Guide des patronymes juifs; − procéder ensuite à une sélection aléatoire, au sein du fichier des abonnés au téléphone, d’environ 15 000 personnes portant un des patronymes identifiés ; − tirer enfin, sur la base de cette liste, un échantillon de cinq cents personnes qui seraient interrogées par téléphone.

Lors de sa séance du 2 février 2006, la CNIL a estimé que, la constitution de l’échantillon des personnes à interroger reposant uniquement sur un tri par leur nom, le traitement ainsi mis en œuvre se heurtait au principe posé par l’article 8 de la loi Informatique et libertés d’interdiction de collecte ou de traitement de données faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques ou les appartenances religieuses des intéressés.

En l’espèce aucune des dérogations prévues par la loi ne pouvait être invoquée,

le consentement préalable des personnes concernées ne pouvant être recueilli. La CNIL a refusé par ailleurs d’autoriser le recours à un procédé d’anonymisation de la base d’exploitation des réponses par la SOFRES, jugeant que le traitement envisagé ne répondait pas aux conditions posées par l’article 6 de la loi aux termes duquel les données doivent être « adéquates, pertinentes et non-excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées ».

En effet, la CNIL conteste le postulat selon lequel les personnes ayant un nom figurant dans le Guide des patronymes juifs seraient présumées appartenir à la « communauté juive » et souligne les risques liés à une sélection de ce type.

Le CRIF et la SOFRES ont déposé une nouvelle demande d’autorisation le 21 mars 2006. Dans cette demande, les modalités de constitution de l’échantillon reposent sur l’établissement d’une liste des 50 noms juifs les plus fréquents parmi le fichier des 50 000 donateurs de l’Appel Unifié Juif de France qui devait servir ensuite de base à la sélection aléatoire au sein du fichier des abonnés au téléphone portant l’un des 50 patronymes juifs sélectionnés.

La CNIL a également refusé d’autoriser cette étude en considérant que, même dans ces conditions, la méthode de sélection par le nom n’était pas admissible, l’établissement d’un lien entre un nom et l’appartenance à la communauté juive restant contestable dans son principe.

Source : http://www.cnil.fr

2. Ces recommandations sont consultables sur le site de la CNIL : http://www.cnil.fr.

3. Ce paragraphe s’appuie essentiellement sur SIMON P. (1998), « Nationalité et origine dans la statistique française », Population, n° 3, p. 541-568. On ne traite pas ici du cas particulier de la statistique coloniale. Pour approfondir la question, on pourra se reporter à RALLU J.-L. (1998), « Les catégories statistiques utilisées dans les DOM-TOM depuis le début de la présence française », Population, n° 3, p. 589-608, ou bien à KATEB

K. (1998), « Gestion statistique des populations dans l’empire colonial français : quelques éléments relatifs à l’histoire des populations d’Algérie (1830-1960) », Histoire & Mesure, vol. 13, n° 1-2.

4. TRIBALAT M. (1989), « Immigrés, étrangers, Français : l’imbroglio statistique », Population et Sociétés, n° 242, p. 17-29.

Voir par ailleurs:

La bombe migratoire
Régions
Marianne Payot

L’Express

01/12/2005

François Baroin n’a pas été pris au dépourvu. En évoquant, dès le mois de juillet, lors d’une visite à Mayotte, puis deux mois plus tard dans Le Figaro Magazine, l’éventualité d’une remise en question du droit du sol «pour certaines collectivités d’outre-mer», le ministre (UMP) de l’Outre-Mer savait qu’il allait déclencher une polémique. Ou tout du moins l’espérait-il? «Ce débat, je l’ai voulu, explique-t-il aujourd’hui, il était indispensable et volontairement provocateur. Comme toutes ces collectivités sont loin, il faut parler fort.»

L’enjeu d’une telle fronde? Les flux d’immigration considérables qui touchent en premier lieu Mayotte et la Guyane, où 1 habitant sur 3 serait un étranger. Mais aussi la Guadeloupe, en proie, depuis deux ans, à un afflux massif d’Haïtiens. «Si l’on avait dans l’Hexagone un même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins, souligne le ministre, chiraquien dans l’âme. L’outre-mer avait besoin d’un message clair et rassurant de la France.» D’où, en guise de ballon d’essai, ses propos iconoclastes. Cela dit, Baroin sait parfaitement que la – difficile – acquisition de la nationalité française n’est pas, de loin, l’unique moteur de l’immigration ultramarine. Un enfant né en France de parents étrangers ne peut en effet obtenir la nationalité française qu’à sa majorité (ou, par anticipation, à partir de 13 ans) et à condition qu’il vive encore en France et que ses parents et lui-même le réclament.

Autant de démarches longues et compliquées, impraticables par la plupart des Comoriens qui déferlent sur l’ «île aux parfums» (Mayotte) et par les Haïtiens, Dominicains, Brésiliens, Surinamiens? qui «investissent» les départements français d’Amérique (DFA). «Seul un millier de « nos » étrangers ont acquis la nationalité française», rappelle le président (PSG [Parti socialiste guyanais]) du conseil régional, Antoine Karam. «En fait, affirme Victorin Lurel, son homologue PS de Guadeloupe, plutôt que le droit du sol, qui a eu la vertu d’émanciper les esclaves, c’est le droit du sang qui devrait être remis en cause. Ou, en tout cas, mieux encadré: il faut sanctionner les paternités fictives.»

La «faute originelle» de ces collectivités? Constituer de – relatifs – îlots de prospérité dans des environnements plus que sinistrés. Ainsi de l’île de Mayotte, confetti de 374 kilomètres carrés perdu dans l’océan Indien – la Réunion est à 1 500 kilomètres! – mais toute proche de ses «s?urs» de l’Union des Comores, l’un des Etats les plus pauvres de la planète. De même la Guyane peut-elle «s’enorgueillir» de détenir un PIB par habitant de cinq à dix fois supérieur à celui de ses voisins, le Brésil et le Suriname. Quant à Haïti, à l’économie exsangue et à l’instabilité politique chronique, il voit essaimer ses misérables ressortissants tout à la fois en Guyane et aux Antilles.

Pour enrayer cette volumineuse immigration économique et sociale, le premier réflexe voudrait qu’on empêche ces visiteurs d’entrer dans l’ «eldorado» français. Une tâche guère aisée: des centaines d’embarcations – les kwassa-kwassa à Mayotte (lire l’article Mayotte : marée humaine ) et les saintoises en Guadeloupe – déversent nuitamment leur lot de boat people sur les côtes des îles, tandis qu’en Guyane les? 3 000 kilomètres de frontière – de fleuves et de forêt – sont franchis allègrement par les clandestins hors des points de contrôle. Une porosité qui fait la joie des passeurs: l’Haïtien en proie au rêve guadeloupéen devra ainsi débourser environ 2 500 dollars, comprenant l’acheminement en voiture jusqu’à Saint-Domingue, puis l’avion pour la Dominique et, enfin, le bateau vers Grande-Terre. L’Anjouanais, lui, s’acquittera de 150 à 200 dollars pour franchir les 70 kilomètres du lagon et gagner Mayotte. A ses risques et périls: 200 personnes meurent chaque année dans «le plus grand cimetière de l’océan Indien», selon l’expression de Mansour Kamardine, le député (UMP) de l’île.

C’est à ces réseaux que tente donc de s’attaquer la police aux frontières (PAF) des différentes collectivités. «Nous en avons démantelé 33 en un an», annonce fièrement le commissaire Garcia, de Guyane. Mais le pain quotidien de ses 224 hommes, ce sont les interpellations dans la rue (baptisées prosaïquement «ramassage»), auxquelles s’adonnent également les gendarmes – spécialisés notamment dans la lutte contre l’orpaillage clandestin – puis les reconduites à la frontière. Une mission facilitée par le régime «d’exception» qui prévaut ici, tout comme à Saint-Martin (et dont tous les élus de Guadeloupe réclament à cor et à cri l’extension à l’archipel entier): depuis 1993, en effet, les arrêtés de reconduite ne peuvent plus faire l’objet de recours suspensifs et les contrôles d’identité peuvent s’effectuer dans un périmètre de 20 kilomètres au-delà des frontières.

Aussi suffit-il, pour faire du «chiffre», d’aller, par exemple, faire un tour du côté du marché de Saint-Laurent-du-Maroni, la ville frontière de l’Ouest guyanais. On y trouve nombre de Surinamiens qui seront embarqués le soir, avec le sourire, de l’autre côté du fleuve? D’où ils reviendront très vite, afin de vendre, côté français, quelques épices, de visiter un proche ou encore de se faire soigner (lire l’article Guyane : bousculade à la maternité ) – une réalité tellement ubuesque que les autorités recherchent actuellement une solution originale. Les autres (Brésiliens, Haïtiens, Péruviens, Chinois…) séjourneront, eux, au centre de rétention administrative (CRA) de Cayenne. Vétuste, surchargé, il devrait, Nicolas Sarkozy vient de l’annoncer, être agrandi l’année prochaine. Tout comme celui des Abymes, en Guadeloupe, beaucoup plus décent, mais dont les 20 places se révèlent souvent insuffisantes.

Parallèlement, la France s’agite sur le front diplomatique, afin de multiplier les accords de réadmission. Car les Etats ne sont pas toujours prompts à accepter le retour de leurs ouailles ni à favoriser le transit sur leur territoire de ressortissants étrangers. Après le Brésil en 2001 et le Suriname fin 2004, c’est avec la Guyana que le Quai d’Orsay, épaulé par le ministre délégué au Tourisme, Léon Bertrand, par ailleurs maire (UMP) de Saint-Laurent-du-Maroni, s’efforce de poser des jalons. Un accord d’autant plus nécessaire que les Guyaniens jouissent ici d’une mauvaise réputation, souvent justifiée (ils représentent près de 28% de la population carcérale de Cayenne).

«Nous avons créé lors de ma visite, fin octobre, un climat de confiance, qui devrait, à terme, déboucher sur l’installation d’un consulat, souligne, satisfait, Bertrand. Avec des contreparties, bien sûr, comme l’aide à la formation de leur police, confrontée à une forte criminalité et au trafic de drogue.» C’est ce même principe de donnant-donnant qui régit les négociations conduites ces jours-ci avec la Dominique, plaque tournante de l’émigration vers l’archipel guadeloupéen. Pour Haïti, gros «exportateur» de clandestins, c’est Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération et prédécesseur de François Baroin, qui est montée en première ligne en septembre. Dans le dessein d’aider financièrement le pays afin de fixer, à terme, les Haïtiens sur leur terre.

Tournant identitaire
Pourquoi un tel branle-bas de combat? Par peur de désordres sociaux. Rien à voir avec nos banlieues – durant les trois semaines d’émeutes en métropole, l’outre-mer est restée remarquablement calme. On craint, en revanche, les mouvements d’humeur de citoyens, qui se multiplient çà et là. A Mayotte, ce sont plusieurs milliers de Mahorais qui descendent dans la rue pour manifester contre l’immigration; en Guadeloupe, une pétition, diligentée par une petite radio surfant sur la xénophobie, a recueilli 40 000 signatures enjoignant notamment aux autorités d’endiguer l’ «invasion étrangère». En Guyane, enfin, un collectif dit «des mille lettres» déverse son courroux sur les ondes et dans les squats – qu’il n’hésite pas évacuer manu militari.

L’immigré, responsable de tous les maux: chômage, délinquance, carence de logements… L’antienne n’est pas nouvelle. «Nous sommes à un tournant identitaire, explique Christiane Taubira, députée (PRG) de Guyane, car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.» Même son de cloche du côté d’Antoine Karam, qui pointe, par ailleurs, les défaillances de l’Etat en termes d’aménagement du territoire et de lutte contre les occupations illégales, tout en s’inquiétant d’une Guyane «en voie de palestinalisation» – en clair, des communautés vivant séparées sur un même territoire.

A 1 500 kilomètres de là, le Guadeloupéen Victorin Lurel en appelle à une véritable coopération avec Haïti, la Dominique et Antigua-et-Barbuda. L’autre député de gauche de l’archipel, Eric Jalton, craint pour sa part les débordements: «Le jour où un Haïtien violentera une Guadeloupéenne, cela mettra le feu aux poudres!» «Le Haïtien est tout sauf une racaille, proteste André Théodore, délégué général de l’association de Haïtiens Tèt Kole, affolé par l’anathème jeté sur ses 13 000 compatriotes légaux de Guadeloupe. Il est dans le besoin, mais pas dans la violence. Son problème, c’est de trouver du travail.»Et du travail, il en trouve. Déclaré ou pas. Sur les champs de canne à sucre, dans les bananeraies, sur les chantiers? Car ici, comme partout, règne une bonne dose d’hypocrisie. On crie à l’invasion et on emploie, au noir et pour 30 euros par jour, une main-d’?uvre malléable à souhait. «Vous avez aussi des marchands de sommeil qui louent des taudis 800 euros la semaine», s’indigne Gérald Coralie, président de la Ligue des droits de l’homme. Dieunie Fanfan, consul d’Haïti aux Antilles, ne sait plus où donner de la tête. Avec ses maigres moyens, elle doit s’occuper de sa communauté, épauler les plus démunis, s’escrimer pour donner une image moins dramatique de son pays? Choquée par les rabatteurs de Port-au-Prince qui rackettent les candidats à l’exil à coups de 3 000 dollars le faux passeport, elle exhorte ses concitoyens à ne plus tenter l’aventure.

L’accalmie, c’est ce que souhaitent aujourd’hui tous les protagonistes, afin d’éviter les drames. Ici, en outre-mer, une nouvelle politique d’immigration est à inventer. La paix sociale est à ce prix.

Voir enfin:

Questions internationales (1)
Les territoires français d’outre-mer s’alarment de l’afflux d’immigrés clandestins

Jean Piel

RFI

20/04/2007

(MFI) Alors que l’immigration est l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale en France, deux collectivités d’outre-mer – la Guyanne et Mayotte – comptent plus de 20 % de clandestins. Le renforcement des contrôles de police depuis 2005 n’a pas inversé la tendance. Dirigeants politiques locaux et population dénoncent ce qu’ils considèrent être un facteur de chômage et d’insécurité, mais profitent aussi de ces clandestins.

Quelle est l’importance de l’immigration clandestine en Guyane et à Mayotte ?

La scène se répète plusieurs fois par jour. Dissimulés sous les branchages de l’épaisse végétation, des gendarmes surveillent le fleuve Maroni qui sépare la Guyane du Surinam. Dès qu’une embarcation accoste sur la rive française du fleuve, ils interviennent. La plupart du temps, il s’agit d’un clandestin qui sera immédiatement refoulé… Avant de retenter sa chance quelques heures plus tard.
A 15 000 kilomètres de là, sur l’île de Mayotte dans l’océan Indien, le scénario est le même. Quotidiennement, les forces de l’ordre envahissent le bidonville de Cavani et arrêtent les immigrés comoriens qui n’ont pas eu le temps de s’enfuir dans la forêt voisine. Ils seront expulsés le soir même sans autre forme de procès vers Anjouan, la plus proche île de l’archipel des Comores indépendantes.
Depuis plusieurs années, les collectivités françaises d’outre-mer – Guyane et Mayotte en tête – sont confrontées à un afflux d’immigrés clandestins. En Guyane, on estime leur nombre à 35 000, soit 20 % de la population ; 59 % de ceux arrêtés sont des récidivistes. Ces immigrés viennent en majorité du Surinam, du Guyana et du Brésil.
Le constat est le même à Mayotte où les clandestins sont estimés à 50 000, soit le tiers de la population. Tous viennent des Comores, distantes de 80 kilomètres par la mer. « Mayotte est devenu le premier port d’entrée de clandestins en France », s’alarme Ali Souf, le président de l’association des maires de l’île. Comme le déclarait en 2005 François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer et aujourd’hui ministre de l’Intérieur : « Si l’on avait en métropole le même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins. »

Comment expliquer cette immigration clandestine ?

Par la ruée vers l’or, au sens propre comme au figuré. Au sens propre puisque environ 7 000 clandestins en Guyane sont des orpailleurs qui travaillent dans les mines d’or ou cherchent un filon en solo. Au figuré, dans la mesure où ces collectivités françaises d’outre-mer représentent des îlots de prospérité au milieu de régions sinistrées et instables politiquement. Ainsi le PIB par tête de la Guyane est 5 à 10 fois supérieur à celui de ses voisins brésilien, surinamais ou haïtien. Les possibilités d’y trouver un petit boulot sont nombreuses, comme vendeur à la sauvette ou domestique. « Je suis exploité, mais au moins je suis payé. J’ai été expulsé 7 fois ; je suis prêt à l’être encore 20 fois car je n’ai pas d’autres choix que de travailler en Guyane pour nourrir ma famille », témoignait dans Le Monde un Brésilien employé dans une exploitation agricole.
Si la Guyane abrite la base spatiale de Kourou et 200 entreprises associées, ce n’est pas le cas de Mayotte, région peu industrialisée, qui vit de la pêche et de l’agriculture. Néanmoins, Mayotte est nettement plus riche que les Comores dont l’économie est en ruine, qui ne sont pas autosuffisantes au plan alimentaire et dépendent de l’argent envoyé par la diaspora. Le PIB par tête est de 500 dollars par an aux Comores et de 4 000 dollars à Mayotte.
Certains observateurs expliquent aussi cette immigration par un facteur culturel. Ainsi la Guyane accueille des habitants de nombreuses origines pour lesquels la notion de frontière serait relative. On peut citer les Créoles, les Amérindiens, les H’mongs (d’origine laotienne), les Békés… Pour sa part, Mayotte est la seule île de l’archipel à avoir choisi de rester française lors du référendum d’autodétermination de décembre 1974 ; les trois autres îles ont opté pour l’indépendance. Mais jusqu’en 1993, les Comoriens pouvaient facilement s’installer à Mayotte. Cette année-là, le gouvernement d’Edouard Balladur a instauré un sauf-conduit spécial pour entrer sur l’île aux parfums, comme on surnomme Mayotte. « Les Comoriens ont toujours voyagé librement d’une île à l’autre. Ce visa fait de nous des étrangers dans notre archipel. Pour nombre d’habitants d’Anjouan ou de Mohéli, la notion de visa est difficile à comprendre, tout comme ils font mal la différence entre un Mayotte français et des îles indépendantes. Pour eux, c’est leur territoire », s’insurgeait un clandestin interviewé par Le Journal de la Réunion.
Mais l’argument culturel laisse dubitatif ceux qui vivent dans les DOM-TOM. Selon eux, les clandestins savent ce qu’est un visa et ont conscience du potentiel économique de Mayotte et de la Guyane. Ils sont séduits par le meilleur niveau de protection sociale qu’offrent les collectivités françaises. Même si le revenu minimum d’insertion (RMI) n’a pas cours à Mayotte. Avec 7 600 naissances par an, la maternité de Mamoudzou – capitale de Mayotte – est la première de France ; 80 % des mères sont en situation irrégulière. Même cas de figure à Maripasoula, un gros bourg sur les rives du fleuve Maroni, en Guyane, où l’on compte 4 457 habitants, mais 18 000 dossiers médicaux au dispensaire. Quant aux écoles, elles sont surchargées et comptent en moyenne 40 % d’élèves étrangers. « En ayant un enfant né en France ou qui y est scolarisé, le but des parents est d’obtenir un titre de séjour, puis la nationalité grâce au droit du sol », accusent les partisans d’un contrôle strict de l’immigration. « N’exagérons rien. Moins de mille étrangers enregistrés à Cayenne ont obtenu la citoyenneté française depuis dix ans. Et on ne peut pas reprocher à une mère de vouloir accoucher dans les meilleures conditions ou de faire soigner au mieux sa famille », réplique Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane.
Ce flux migratoire est évidemment facilité par la géographie. La Guyane compte 3 000 kilomètres de frontière, souvent noyés au milieu de la forêt amazonienne. Un simple fleuve la sépare du Brésil et du Surinam. Il serait illusoire de vouloir tout contrôler, même si les moyens de la gendarmerie ont été renforcés depuis 2005. Quant aux 80 km d’océan entre Mayotte et les Comores, les patrouilles maritimes ne peuvent pas en assurer une surveillance totale. Les candidats à l’exode embarquent de nuit sur de frêles embarcations, des kwassa kwassa, malgré les risques encourus. Depuis 1995, plus de 1 000 Comoriens se sont noyés, faisant de ce bras de l’Océan Indien l’un des plus grands cimetières maritimes au monde.

Comment ces immigrés clandestins sont-ils accueillis par la population locale ?

« La xénophobie est croissante en Guyane. Jusqu’à présent, cela n’a pas dégénéré. Mais je redoute le jour où les Guyanais décideront de faire justice eux-mêmes. L’Etat doit rétablir son autorité sur le territoire ». Cette déclaration de Jean Cesto, conseiller municipal de Matoury, résume l’opinion d’une grande partie de la population. Les immigrés clandestins ne sont pas les bienvenus. Le sentiment est le même à Mayotte où plusieurs manifestations rassemblant des milliers de Mahorais ont réclamé l’arrêt de « l’invasion étrangère ». Dans les deux régions, des milices musclées ont incendié des squatts occupés par des clandestins.
Les immigrés sont accusés de tous les maux : insécurité, chômage, carence des logements… Le refrain est connu. Mais dans des régions où les clandestins sont effectivement nombreux, il prend un relief particulier. D’autant qu’à Cayenne comme à Mamoudzou, le taux de chômage dépasse les 26 %. En matière de délinquance, les DOM-TOM connaissent des chiffres plutôt faibles. Sauf la Guyane, où les statistiques sont dignes de celles de la région parisienne. Et 28 % des détenus pour vols ou agressions sont originaires du Guyana. Pire : on a enregistré, en 2006, 84 meurtres (souvent des règlements de compte entre orpailleurs) pour 200 000 habitants alors que Paris – 2,1 millions d’habitants – n’a connu la même année que 52 assassinats. « Les classes sont surchargées et le niveau baisse. Les hôpitaux n’arrivent plus à faire face à l’afflux de patients. Les rues sont peu sûres et l’emploi manque. Tout ça à cause des clandestins », entend-t-on, de façon quelque peu simpliste, à Cayenne et Mamoudzou.
Les élus ne sont pas en reste, quelle que soit leur affiliation politique. Réunis en congrès en novembre dernier, les maires de Guyane, de Guadeloupe et de Mayotte ont réclamé un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. « Pour éviter qu’un jour la situation ne devienne incontrôlable et que des violences contre les étrangers ne dégénèrent », se sont-ils justifiés. « Ici, l’immigration est un thème électoral majeur. C’est à celui qui montrera le plus de fermeté. Personne n’exprime de problèmes de conscience face à des situations de détresse comme en métropole. Les électeurs approuvent le durcissement des lois contre les immigrés, et ils sont peu nombreux à se dire choqués quand des milices organisent des battues contre les clandestins », reconnaît Ali Souf, le président de l’association des maires de Mayotte. Le discours est le même en Guyane où nombre d’élus ont approuvé, en juillet 2005, la proposition de François Baroin de remplacer, dans les DOM-TOM, le droit du sol par le droit du sang (voir article ci-joint). « Si cette proposition contribue à soulever le dossier de l’immigration en Guyane, tant mieux. Peu importe le tollé qu’elle a provoqué. Je suis prêt à inviter mes amis du Parti socialiste et de SOS-Racisme à venir deux mois en Guyane au lieu d’y passer 48 heures », avait alors déclaré Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane, pourtant membre du PS.
Ce même Antoine Karam a récemment dénoncé une « palestinisation de la région », évoquant le repli des communautés sur elles-mêmes. La crainte de perdre son identité s’exprime de vive voix. « Les enfants comoriens susceptibles d’acquérir la nationalité française par le droit du sol seront bientôt plus nombreux que les Mahorais », s’alarme Ali Souf. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », lui répond en écho Christiane Taubira, député et membre du Parti radical de gauche.
Evidemment les immigrés clandestins trouvent des défenseurs. A l’instar de l’avocat guyanais Gérald Coralie : « Les gens crient à l’invasion, mais emploient des clandestins comme jardinier ou domestique pour 20 euros par jour. Des marchands de sommeil louent des taudis 800 euros par mois. C’est le règne de l’hypocrisie. » Quant à Ali Souf, il n’a pas de mots assez durs contre « ceux qui se plaignent mais font construire leur maison dix fois moins cher par des Comoriens, puis les dénoncent à la police une fois les travaux effectués ». Un ancien commandant de gendarmerie se rappelle de « ces Guyanais qui vont acheter illégalement du poisson au Brésil pour le revendre sur le marché de Cayenne, puis se plaignent de la concurrence déloyale des clandestins ».
Du côté des politiques, on souligne que les écoles surchargées et les hôpitaux débordés tiennent aussi au manque d’investissement de l’Etat français dans les infrastructures. La conclusion revient à Daniel Bergeron, conseiller général UMP de Guyane : « Il est certain que les immigrés clandestins posent un problème et sont trop nombreux. Il est tout aussi certain qu’on a fermé les yeux pendant des années et que beaucoup en profitent. Mais bien malin celui qui arrêtera l’immigration en Guyane. Même en durcissant les lois, les clandestins ont trop intérêt à être là tant que la région d’où ils viennent sombrent dans la misère.

COMPLEMENT:

‘I’m a white guy with a black name’: Caucasian Oregon man given Arabic name by parents says he has suffered a lifetime of prejudice 
Jamaal Allan revealed most people are surprised that he’s white
He said his name seemed to get him selected for an airport security check
Most waiting staff, he said, hand his debit card to one of his black friends
Ted Thornhill

The Daily Mail

7 May 2015

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian
A white man called Jamaal Allan has revealed how his name has led to him being racially stereotyped throughout his life.

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian.

He said that one of the most common responses to his name is ‘I never would’ve guessed your name was Jamaal’.

In a blog post he aired his thoughts on this, writing: ‘Really, are you frequently good at guessing people’s names?’

Another reaction to his name, he said, is ‘you don’t look like a Jamaal’. He asked in response: ‘And how exactly does one look like a name?’

He wrote that some people, after meeting him, say ‘I thought you’d be…’ and then pause with ‘a sudden realization they are on the verge of sounding racist’, before finding a word such as ‘taller’ or ‘older’ to end the sentence with.

Others are outright racist.

He explained that at a high school soccer game he was called ‘a white man with a horrific racial expletive deleted name’.

And his name once appeared to get him selected for a random security check while on a trip to London in 2002, as the others picked out by officials were called Muhammad, Abdul and Tariq.

He also explained that waitresses and waiters usually hand his credit card back to a black person at his table when he’s dining out.

His name, which means ‘beauty’ in Arabic, did have one very positive effect on his life, though – because it landed him his teaching job at Des Moines, Iowa.

Jamaal said: ‘The principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job…

‘They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up. But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity.’

He told NPR recently that his dad was a fan of the Los Angeles Lakers basketball team and that he was named after one of their players, Jamaal Wilkes.


Polémiques Reynié-Cukierman: Ils ont dit la vérité, ils doivent être exécutés (French researcher and community leader castigated for spilling the beans on the reality of Muslim and leftist antisemitism)

25 février, 2015

Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Le Président de la République condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye. Il dénonce l’appel au meurtre et à la haine religieuse des terroristes. Il exprime sa préoccupation face à l’extension des opérations de Daech en Libye et rappelle la détermination de la France et de ses alliés à lutter contre ce groupe. Le Président de la République présente ses sincères condoléances au peuple égyptien et s’associe au deuil national que le président Sissi a décrété en République Arabe d’Egypte. François Hollande (commuiniqué de l’Elysée, 15.02.15)
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Je pense qu’à partir du moment où un mouvement d’extrême droite fait 45% et professe la haine de l’autre ce n’est pas anodin. (…) Il faut bien comprendre qu’à partir du moment où l’on stigmatise tel ou tel dans la vie, dans la société, eh bien, ça se termine comme ça. Jean-Christophe Cambadélis
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit ! L »‘islamo-fascisme » cautionné par Roger Cukierman, c’est une « terminologie d’une autre siècle et d’autres horizons que les nôtres. Dalil Boubakeur
Considérer que toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulman sont des déclarations irresponsables et inadmissibles quii contreviennent au principe même du vivre ensemble. Communiqué du Conseil français du Culte Musulman (CFCM)
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen. Daniel Schneidermann
Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère. Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».(…) Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ». Daniel Schneidermann
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar. S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. Bruno Le Maire
Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes. On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad. Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat. (…) Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique. Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer… (…) L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Luc Rosenzweig
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. Michel Gurfinkiel
Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès (…) Aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français. Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (…). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël. Lucien Oulahbib
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Roger Cukierman (…) n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans (…) Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir. (…) Le CRIF (…) paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste (dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! Gilles-William Goldnadel 

Attention: un scandale peut en cacher un autre  !

A l’heure où contre les clients d’une épicerie parisienne « tués au hasard » de Barack Obama et les « Egyptiens égorgés » de François Hollande …

Nos djihadistes ne savent plus quoi inventer pour démontrer l’origine religieuse de leurs barbaries …

Pendant qu’en France comme Grande-Bretagne et sans compter le double jeu de nos prétendus amis saoudiens et qataris, il semble bien que contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, ce soit non l’incitation du FN que les attaques djihadistes comme les déchainements de violence verbale des manifestations anti-israéliennes qui entrainent les regains d’actes antisémites …

Et qu’un chercheur et un responsable communautaire se voient mis au pilori pour avoir, dix ans après le Rapport Rufin, rappelé l’évidence …

A savoir la surreprésentation des musulmans dans les violences intercommunautaires …

Comme, sans compter le quitus ô combien coupable accordé sur ce point précis à la présidente du FN, celle des Français d’origine musulmane et des proches de l’extrême-gauche dans les opinions antisémites …

Comment ne pas se demander avec le journaliste de radio Brice Couturier …

Si ce n’est pas « parce que le nouvel anti-judaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité » ?

Et ne pas voir, avec l’avocat Gilles-William Goldnadel, le vrai scandale que « de tels propos puissent faire encore scandale » ?

Goldnadel : le scandale est que les propos de Cukierman fassent encore scandale !
Propos recueillis par Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
24/02/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN- L’avocat Gilles-William Goldnadel réagit aux polémiques provoquées par les déclarations de Roger Cukierman sur le Front National et les musulmans. Il revient sur le dîner du Crif.

Gilles- William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Il tient une chronique hebdomadaire sur FigaroVox.

Le diner du Crif a provoqué une sérieuse polémique entre Roger Cukierman et le CFCM. M. Boubakeur a-t-il eu raison de ne pas se rendre au dîner? Roger Cukierman a-t-il eu tort de pointer du doigt les musulmans?

Il me semble que Roger Cukierman avait pris la précaution de préciser que les jeunes musulmans visés étaient ultra minoritaires. Dès l’instant ou il n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans – et dans les circonstances actuelles, la décision de M. Boubakeur est déplorable et étonnante venant d’une personnalité aussi respectable.

En ce qui concerne l’antisémitisme Marine Le Pen est elle selon vous «irréprochable» comme l’a dit Roger Cukierman?

Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir.

Depuis qu’elle est présidente du FN , Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père , elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah.

François Bayrou refuse de s’y rendre, le FN n’y est jamais invité, Nicolas Sarkozy y est resté une demi heure…Ce qui devait être un dîner de rassemblement n’est-il pas devenu un rendez vous politicien et même polémique?

Je ne me rends plus aux dîners du CRIF depuis trois ans. Celui-ci paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste ( dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! J’ai toujours dit a Roger Cukierman: «ou tous les extrêmes ou aucun!»… Quand on est incohérent et louvoyant, on le paye. La facture est arrivée.

Voir aussi:

A nouveau, l’antisémitisme tue en France 
Brice Couturier

France Culture

23.02.2015

Après la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem par le général romain Titus, fils de l’empereur Vespasien, en l’an 70 de notre ère, et l’extermination d’un quart de la population vivant alors en Palestine, les Juifs survivants furent dispersés aux quatre coins de la Méditerranée. Comment un peuple peut-il survivre à 19 siècles de dispersion, « comme autant de fines gouttelettes d’huile sur les eaux profondes des autres civilisations », selon l’expression de Fernand Braudel ? Par quel miracle, a-t-il ensuite réchappé à l’entreprise d’extermination hitlérienne ? Puis à son expulsion, au cours des années 50 et 60, des pays arabes où les Juifs vivaient depuis des siècles ? Shmuel Trigano a une explication : les Juifs sont à la fois un peuple et une église – le judaïsme. Ca aide à persister. « Quand le peuple se dispersa dans l’exil, c’est l’église qui prédomina et assura l’unité des dispersés. » (Quinze ans de solitude, p. 31) Et réciproquement.

Les Juifs de France furent émancipés par la Révolution à titre individuels, en tant que citoyens. C’était sous-entendre qu’ils allaient se fondre dans cette humanité sans appartenances dont avaient rêvée nos philosophes. Comme on sait, les choses se passèrent autrement : les citoyens devinrent des patriotes et notre Révolution déboucha sur une idéologie toute nouvelle, le nationalisme. Toute l’Europe s’y convertit au cours du XIX° siècle, amenant les Juifs à se demander où était leur place au juste dans cette configuration nouvelle, l’Etat-nation. L’empereur Napoléon 1°, en tirant les conséquences, leur commanda de s’organiser, face à son Etat, sous la forme d’un Consistoire. C’est à cette occasion que naît, d’après vous, la légende du « complot juif mondial ».

Si on ajoute le fait que les Juifs, après avoir longtemps hésité sur la meilleure façon d’échapper aux persécutions – ont été le dernier peuple en Europe à vouloir s’émanciper par la construction d’un Etat-nation, mais qu’ils y sont parvenus au moment même où en Europe, cette conception avait du plomb dans l’aile pour cause de guerres mondiales, on conçoit que la situation n’est pas simple.

C’est que nous vivons sous l’empire de l’idéologie de la déconstruction, que vous avez remarquablement décrite dans un petit livre à recommander, « La nouvelle idéologie dominante ». Et que cette idéologie sape de manière prioritaire la démocratie représentative dans le cadre de l’Etat-nation, pour lui substituer le dialogue entre des communautés, la « démocratie participative » qui offre une prime aux minorités. Minorités, qui « ne sont plus définies en fonction d’un critère quantitatif, mais qualitatif : elles désignent une situation réputée dominée et victime ».

Les Juifs pourraient facilement s’intégrer dans ce jeu nouveau, eux que l’histoire européenne reconnaît depuis quelques temps comme les victimes les plus absolues du XX° siècle. C’est un jeu que vous refusez, Shmuel Trigano, car il enclenche un processus de concurrence victimaire avec d’autres « minorités ». Et qu’une telle histoire, outre qu’elle confinerait les Juifs à ce statut de victimes, ferait d’eux les simples objets d’une histoire écrite par leurs persécuteurs.

En outre, comme vous le montrez, la Shoah, en passant du registre de l’histoire des Juifs d’Europe à une forme de sacralité occidentale, est devenue une abstraction qu’on se jette à la tête. Le plus formidable paradoxe de notre époque « post-moderniste » étant qu’elle puisse aujourd’hui resservir contre l’Etat d’Israël, devenu, pour l’idéologie dominante, « le paria des nations », alors qu’il s’agit sans doute de la seule démocratie pluriculturelle du Moyen Orient.

Pour en revenir à notre pays, il y a eu une montée des actes antisémites depuis une quinzaine d’années. Elle fut d’abord niée, afin, disait un ancien ministre de l’Intérieur, de « ne pas jeter de l’huile sur le feu ». Puis, il y eut l’enlèvement, la torture et le meurtre d’Ilan Halimi. Les enfants et professeurs assassinés par Mohamed Merah, à l’école Ozar Hatorah Toulouse. Le crime du musée juif de Bruxelles, commis par un Français, Mehdi Nemmouche. Le dernier en date, celui de Amedi Coulibaly, contre des clients du supermarché cacher de la Porte de Vincennes. La semaine dernière, 250 tombes d’un cimetière juif alsacien ont été profanées. Selon Le Monde, le meneur de la bande est connu comme « militant anti-fasciste ». Dans quel monde vivons-nous pour que l’antifascisme new look puisse inspirer un regain d’antisémitisme ?

Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ?

 Voir aussi:

Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès
Lucien SA Oulahbib

Resiliencetv

Le 24/2/2015
Car il y en a plus qu’assez d’entendre, pratiquement, de la part de certains dirigeants musulmans français que ce serait en quelque sorte à cause de certains (là-aussi) de leurs concitoyens juifs français qu’il y aurait eu des meurtres opérés par des individus se réclamant de l’islam.

Parce que s’offusquer des propos du Président du CRIF revient dire à cela. Déjà en niant l’évidence : ces individus qui ont tué l’on fait systématiquement au nom de l’islam, et ils ne sont pas les seuls à le faire ces temps-ci dans le monde ; or, rétorquer, et ce principalement, et avec colère en plus, ce qui est un comble, que l’on n’est pas concerné, revient en fait à s’en laver les mains, surtout en mettant en équivalence le fracas de stèles, des insultes verbales et écrites, et la balle qui fracasse la tête d’un enfant comme ce fut le cas à Toulouse.

Si tant de gens de part le monde tuent au nom de l’islam, c’est bien parce qu’ils cherchent à légitimer leur acte, or, indiquer que d’autres tuent aussi bien au nom d’autres légitimations n’effacent en rien ces actes effectués au nom de l’islam. Simplement celui-ci, et d’ailleurs son histoire le prouve amplement, n’est pas exempt de tels conflits et contradictions, surtout lorsque toute réforme en son sein a été tuée dans l’oeuf, à la différence des autres religions qui ont dû évoluer. Au tour de l’islam de le faire ou de se démettre puisque sa « paix » ne peut être celle des cimeterres comme naguère…

Il ne faut donc quand même pas pousser, car, aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français.

Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (alors que les Marocains et Tunisiens leur étaient préférés concernant l’embauche comme l’a démontré Daniel Lefeuvre dans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël.

Aussi ces dirigeants musulmans français qui refusent de voir la réalité de leurs ouailles devraient cesser de montrer la paille nichée dans l’oeil de leur voisin au lieu de se préoccuper de la poutre qui se trouve plantée dans leur propre oeil. Aussi « pacifique » soit-il.

Voir aussi:

Les vieillards se lâchent : contrer Cukierman
Daniel Schneidermann
Rue 89

24.02.15

Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson (1), après Dumas (2), voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère (3)).
Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses (4). Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».
Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu’elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur « les Noirs et les arabes » (5). Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC (6), tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu’il en soit autrement.
Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de…Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c’est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de « Français de souche, comme on dit », première occurence remarquable du terme (7) dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l’oreille, s’intepréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s’est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c’est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s’arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ».

Antisémitisme : le nommer, hélas
Daniel Schneidermann
Rue 89

19.02.15

Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen.
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons de se boucher les oreilles aux cris d’orfraie du CRIF, à sa manière de délégitimer toute critique de la politique israélienne en la faisant passer pour de l’antisémitisme. Et si ce n’était que le CRIF ! On se souvient des discours gouvernementaux français contre les manifs pro Gaza, l’été dernier. Manifester contre les bombardements de Netanyahu, bien entendu, c’était faire preuve d’un antisémitisme exacerbé.
Bien sûr bien sûr bien sûr. Tous ces « bien sûr », c’étaient nos Bien sûr d’avant Charlie. Et d’avant l’Hyper Kacher -car il ne faut pas oublier l’Hyper Kacher, derrière Charlie. Epoque confortable, où on pouvait s’abriter derrière des Bien sûr. Mais il y a eu Charlie. L’inconcevable est advenu. On ne l’imaginait même pas, et c’est là. Il y a mille leçons à en tirer, dont une : on n’a plus le droit de s’abriter derrière des Bien sûr, quels qu’ils soient, où qu’ils soient. L’après Charlie nous oblige, dans notre appréhension du paysage, à une certaine humilité du regard. Et notamment, à regarder en face ce que nous mettent sous les yeux même ceux que l’on avait toutes les bonnes raisons de ne pas vouloir écouter. A admettre, par exemple, que les cinq ados du cimetière de Sarre-Union ont bien crié Heil Hitler dans le cimetière, si l’on en croit, selon le procureur, leurs aveux de garde à vue (attention aux aveux de garde à vue, je sais, mais en attendant le procès, on n’a pas d’autres éléments pour l’instant). Heil Hitler. Cinq ados, dont la veille encore, leurs copains de classe expliquaient à toutes les caméras du pays à quel point ils étaient sympas, bons camarades, travailleurs en classe, et tout et tout.
Admettre, donc, que se développe bien un antisémitisme mutant, certainement pour une part borborygmatique, inconscient de lui-même, certainement aussi pour une part provoqué par le CRIF et ses hurlements au loup, par les démonstrations tarabiscotées à la Reynié, donc créé, en coproduction avec les soralo-dieudonnistes, par ceux-là même qui voulaient le combattre, oui. Mais tout de même admettre qu’il est là, maintenant, installé, stagnant, incrusté, sur des territoires évidemment limités, sans doute très distincts les uns des autres, mais solidement tenus. L’admettre, et le nommer, puisqu’on ne peut pas nommer autrement le fait de détruire des tombes juives en criant « Heil Hitler ». Le regarder en face comme un des fléaux de la société, pas le seul, parmi bien d’autres, mais avec toute sa glorieuse place, conquise de haute lutte, sur le podium des bonnes raisons de poursuivre le combat. Comme dit un bon auteur, on n’a pas fini de rire.

Tribune libre
« Devrais-je faire semblant ? »
Azzouzi Abdel-Rahmène

Le Monde des religions

10/02/2015

Abdel-Rahmène Azzouzi est urologue, chef de service au CHU d’Angers. Membre du Conseil municipal de la ville d’Angers, il a décidé de mettre fin au mandat qu’il occupait depuis 2008. Dans une lettre ouverte – que nous publions ici et qui n’engage que son auteur – à ses collègues et amis élus de la ville, il explique sa décision : celle d’un élu de confession musulmane qui ne se reconnaît plus dans la lecture des valeurs républicaines que font nos dirigeants successifs.

Chers collègues et amis,

Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous dans une France qui chaque jour renie un peu plus ses valeurs républicaines. Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. Devrais-je faire semblant d’accepter votre absence de réaction, alors que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre adhésion religieuse à une laïcité qui est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre mutisme lorsque l’école de la République s’attaque avec violence à des enfants de 8 et 10 ans parce que musulmans ? Devrais-je faire semblant d’accepter que vous détourniez le regard lorsque la police française, institution républicaine où le racisme est endémique, tout comme dans l’armée française, interroge ces mêmes enfants, comme on interroge des criminels, sous la bienveillance de la ministre de l’Éducation ? Devrais-je faire semblant d’accepter qu’une mère de famille, parce que musulmane, se voit retirer brutalement ces cinq enfants un matin, à 6h00, par ces mêmes forces de police qui vont jusqu’à refuser qu’elle allaite son bébé de 3 mois ? Devrais-je accepter dans la mort de Bertrand Bilal à Joué-les-Tours que le parquet fasse obstruction à la justice en refusant de nommer un juge d’instruction, empêchant ainsi de réfuter la version officielle de djihadisme reprise machiavéliquement par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer la politique islamophobe de l’État français qui, premier pourfendeur de la laïcité, s’immisce en permanence dans la gestion du culte musulman pour mieux l’empêcher de s’organiser, tel que le fait le préfet Burdeyron qui privilégie la gestion du culte musulman angevin par le consulat du Maroc plutôt que par les dignitaires angevins d’obédience musulmane ? Devrais-je faire semblant d’ignorer cette lecture de la laïcité à géométrie variable par le gouvernement français qui demande aux musulmans d’être invisibles dans l’espace sociétal français, mais qui termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire, en présence des Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères du gouvernement israélien sous les cris de « Bibi » et de nombreux drapeaux israéliens agités dans un lieu de culte par des citoyens français de confession juive ? Devrais-je continuer de feindre l’approbation lorsqu’à longueur de temps, et malgré le tsunami qui vient de s’abattre sur la France, les médias continuent, comme si de rien n’était, à inviter les mêmes Zemmour, Finkelkrault, Fourest et autre Pelloux pour nous prodiguer les règles d’un vivre-ensemble dont ils n’auront jamais le secret ? Devrais-je faire semblant d’accepter l’ostracisation permanente de Tariq Ramadan, intellectuel contemporain hors norme, pendant que Zemmour sature les plateaux des médias, mais aussi les salles municipales de France et de Navarre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer l’apartheid médiatique et politique dans lequel sont tenus des milliers d’intellectuels et d’experts français de confession musulmane qui pourraient apporter la contradiction, voire la construction, dans les innombrables débats et questions qui les concernent directement et dont les Français sont  abreuvés jusqu’à plus soif ? Devrais-je faire semblant d’ignorer que la discrimination à l’emploi et aux logements dont sont victimes les Français de confession musulmane est la règle plutôt que l’exception ? Devrais-je faire semblant de soutenir aux prochaines élections cantonales la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres, comme pour mieux signifier, génération après génération, que les minorités n’auront jamais vocation à représenter l’ensemble de leurs concitoyens, ce qui me donnent la nausée ?

Insidieusement, la France est probablement devenue la nation démocratique la plus islamophobe du monde et vous, élus du peuple de France, vous en portez, que vous le vouliez ou non, que vous en soyez conscients ou inconscients, une part de responsabilité. Parce que vous avez trop longtemps détourné le regard, des millions de Français de confession musulmane vivent quotidiennement dans le malaise et l’incertitude. Je vous reproche, toutes ces années, d’avoir laissé vos hauts responsables politiques, mais également les grands médias nationaux installer progressivement le poids d’une culpabilité imaginaire sur les épaules, déjà chargées par l’Histoire, de vos concitoyens français d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français.

Honte sur ces puissants, mais lâches, de jeter en pâture toute une partie de la population française, parce que musulmane, à la vindicte populaire. Et si ce n’était cet attachement viscéral aux véritables valeurs de la République, qui n’ont plus cours dans notre présente société asservie par l’argent, mais également à cette incompressible volonté de donner corps à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, véritable patrimoine génétique du digne et généreux peuple de France, alors notre lien à la France serait pour le moins conflictuel. Je n’ai, en effet, aucune appétence pour les États malveillants et ceux qui les servent.

Parce que la France est cette nation particulière dans laquelle vivent pacifiquement de citoyens athées, chrétiens, juifs et musulmans, pendant longtemps, j’ai cru que nous finirions, à force de bonne volonté, par construire une Terre d’Andalousie, fruit du génie français qui aurait pu servir de modèle de société dans un monde en perte de repères et de sérénité. Mais le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix et actes du camp des conciliateurs. Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions et celui de vos combats ou capitulations. Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre. Aussi petite fut ma contribution, mon retrait n’est pas une défaite pour moi mais pour vous. À présent, je m’en lave les mains et après toutes ces années de luttes et d’avertissements sans succès, je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. Fraternellement.

Pr Azzouzi Abdel-Rahmène,
Chef de service d’urologie – CHU d’Angers,
Ex-conseiller municipal de la ville d’Angers.

Perspectives
Il y a dix ans, un rapport entendait lutter contre le racisme et l’antisémitisme : le rapport Rufin

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF

Trop libre

octobre 24, 2014

C’est dans une actualité bouillonnante qu’en juin 2004, le ministre de l’Intérieur confie à Jean-Christophe Rufin, écrivain, médecin, ancien président de Médecins sans frontières et président d’Action contre la faim, une mission : approfondir la connaissance des mécanismes qui peuvent conduire à des actes ou à des menaces de caractère raciste ou antisémite. En octobre suivant, Rufin remet à Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur de l’époque, son rapport, intitulé « Lutte contre le racisme et l’antisémitisme ». Il y recense les dispositifs existants de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, et s’interroge sur la façon de les faire évoluer pour répondre à l’accroissement des violences au cours des dernières années. Il propose notamment de revoir la publication des chiffres consacrés aux violences antisémites et racistes : une concurrence entre des chiffres « notablement différents » publiés par les ministères concernés, qui n’utilisent pas les mêmes instruments de mesure, est nocive, soutient-il. Il suggère de mettre en œuvre des médiations aux niveaux politique, policier, judiciaire et scolaire, pour agir contre les manifestations du racisme, et notamment contre le « racisme organisé ».

A l’occasion du dixième anniversaire de la publication de ce rapport, nous revenons succinctement sur ce rapport, en exposant les grandes lignes concernant la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Racisme : les grandes lignes du rapport

Constat opéré par Jean-Christophe Ruffin : les formes d’expression du racisme sont nombreuses et complexes. Les violences, insultes et actes d’intimidation sont les plus spectaculaires, ceux qui laissent des traces et peuvent être confirmés par des témoins. Mais d’autres phénomènes, plus silencieux, constituent une forme aussi grave, parfois plus, du racisme : la discrimination dans le travail, l’accès au logement, l’éducation. Ainsi va le racisme, qui en fait un sujet déroutant, à aborder avec prudence. Les « frottements » de la vie en société, particulièrement dans les grandes villes, peuvent faire exploser des paroles à caractère raciste et provoquer un grand tapage, constate le rapporteur (page 37).

La réponse politique

Selon le rapporteur, il faudrait à tout prix équilibrer soigneusement les réactions politiques lorsqu’un acte grave est porté à la connaissance des autorités. « La réactivité aux actions antisémites a été forte », écrit-il, « trop forte sans doute si l’on observe les affaires survenues pendant l’été », précise-t-il. « Au contraire, l’impression chez beaucoup de membres de communautés qui subissent elles aussi des agressions est que l’attention qui leur est portée n’est pas suffisante ». Mais, ajoute-t-il aussitôt, en réalité, ces démarches politiques « à chaud » n’ont que peu d’influence sur les actions de fond qui doivent être menées. « L’essentiel est ailleurs : dans le symbole. Les victimes ne voient dans la réaction politique ni une protection (il est en général trop tard), ni une condamnation des coupables (il est en général trop tôt) mais plutôt comme le baromètre du respect que leur témoigne la nation. Le politique ne doit pas se mobiliser seulement en fonction de la gravité des actes commis ; il doit surtout rassurer ceux qui, dans l’épreuve, mesurent la fragilité de leur intégration citoyenne » (p.38).

La réponse policière

Jean-Christophe Ruffin le souligne d’emblée : « ce n’est pas faire injure aux forces de police que de leur rappeler qu’en matière de racisme, ils se doivent d’être irréprochables ». De grands efforts de formation et d’information ont été menés ces dernières années, rappelle-t-il et la police est consciente de ces impératifs déontologiques. C’est ainsi que l’amélioration de l’accueil et de l’écoute a permis aux policiers d’accompagner la mutation de plus en plus sociale de leur métier. « Reste que la création dans les postes d’un référent anti discrimination, demandée conjointement par nous et par le chantier « égalité des chances » devrait encore améliorer la prise en charge des victimes du racisme » (p.39). Reste également qu’il y aurait certainement beaucoup à attendre de la poursuite « d’un recrutement policier plus diversifié au regard des origines ethniques. Le programme des « Cadets de la République » ouvre ainsi les carrières policières à des jeunes issus des quartiers difficiles. La mixité d’origine dans le recrutement policier semble avoir, à terme, des effets favorables ».

La réponse judiciaire

C’est certainement dans ce domaine que la législation actuelle montre ses limites (non pas dans les principes mais dans les procédures), selon Jean-Christophe Ruffin. En effet, toute injure, diffamation ou incitation à la haine raciale, dès lors qu’elles sont publiques, tombent sous le coup de la loi de 1972 et de ce fait se trouvent placées dans le cadre procédural très particulier de la loi sur la presse de 1881. « On aboutit ainsi à des résultats paradoxaux : pour des événements relativement bénins (ce qui ne veut pas dire tolérables) on enclenche une procédure d’une grande lourdeur vu les protections qu’elle garantit, qui aboutit trop souvent à l’abandon des poursuites pour diverses raisons de nullité ». « On prend un marteau pour écraser une mouche et finalement on se tape sur le doigt », ironise le rapporteur.

La réponse scolaire

Là encore, il faut faire preuve de discernement dans la judiciarisation des comportements racistes à l’école. Il est capital de distinguer ce qui est superficiel, tel que les injures proférées entre groupes dans le cours de la vie scolaire et ce qui peut devenir une véritable persécution par la mise à l’écart, la stigmatisation violente et parfois l’agression physique d’un élève ou d’un groupe minoritaire et vulnérable. Cette dimension de protection est essentielle dans la réponse scolaire et la judiciarisation qui s’y attache, souligne le rapporteur.

Lutter contre l’organisation raciste

Premier point développé par Jean-Christophe Ruffin : contrairement aux actes antisémites, où la participation de ce courant est devenue minoritaire, l’extrême droite continue de porter une importante responsabilité dans des actes de violence raciste. Un certain partage des tâches existe en la matière entre les idéologues qui stigmatisent l’étranger et les hommes de main prêts à passer à l’acte.

Le pôle légaliste composé des grands partis d’extrême droite se garde évidemment de toute participation directe à des violences. L’action est menée sur les marges, par des éléments isolés ou groupusculaires. Même au sein de ces groupuscules, il faut encore distinguer entre doctrinaires et activistes. On parvient ainsi à tracer les contours de la subtile géographie de ces milieux. L’absence de coordination centralisée donne à ces réseaux une large autonomie et une spécificité locale. Pour agir sur ces activistes d’extrême droite, une approche très locale est donc nécessaire, élaborée en référence aux situations particulières, note Jean-Christophe Ruffin.

Le cas des violences racistes en Corse fait l’objet d’un chapitre spécifique : pour Rufin comme pour Villepin, elle est le fait de microgroupes mafieux se livrant à des rackets, «très isolés dans l’ensemble de la population».

Sur les réseaux virtuels, Internet constitue, en matière de racisme, un réseau de tags planétaires autrement plus dangereux. En matière d’organisation du racisme, au sens du regroupement et de l’articulation d’opinions d’origines diverses, la « toile » constitue sans doute le principal défi, note avec justesse Ruffin.

Le rapport propose enfin un débat national sur la migration économique afin de «sortir du mythe de l’immigration zéro». L’idée étant de «décriminaliser l’image de l’étranger nourrie de stéréotypes désastreux à base de parasitisme, fraude et paresse».

Antisémitisme : les grandes lignes du rapport

Selon Rufin, trois formes d’antisémitisme soulignent des responsabilités spécifiques et appellent des réponses individuelles. Les chiffres représentent la partie visible, quantifiable, de la violence antisémite. Mais que recouvrent ces actes ? Qui les commet ? Qui les inspire ? Qui en tire profit ? Pourquoi se sont-ils multipliés ces dernières années ? Et surtout, comment les réduire et restaurer un climat de confiance ? Les explications généralement mises en avant sont les suivantes :

–          la baisse tendancielle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites ;

–          la montée d’un « nouvel » antisémitisme qui serait le propre de jeunes issus de l’immigration, en particulier maghrébine. Leurs passages à l’acte semblent étroitement corrélés aux évènements du Moyen-Orient.

Le rapport avance que ces explications, sans être fausses, ne rendent pas compte de la complexité des faits. Surtout, elles ne permettent pas de tirer de conclusions pour l’action. C’est pourquoi, il préfère aborder ces questions selon trois niveaux de responsabilités :

1)      L’antisémitisme comme pulsion :

Les auteurs des violences, dont la majorité « ne peut être cataloguée ni à l’extrême droite, ni parmi les délinquants connus des quartiers difficiles » (la plupart des jeunes interpellés dans ces quartiers pour actes antisémites ne sont pas d’origine maghrébine, mais originaires de pays sans lien avec la question israélo-arabe), selon le rapporteur. « Le trait commun semble plutôt à rechercher du cote du déracinement, de la perte de repère, de l’échec social et de la confusion identitaire. ≫ Cette affirmation soulève la question des sources utilisées par le rapporteur, en particulier concernant les pays d’origine des agresseurs ? Si ces derniers n’ont aucun lien avec le conflit israélo-palestinien, comment expliquer alors que les agressions se multiplient chaque fois que les tensions s’intensifient en Israël ?

2)      Les manipulateurs : l’antisémitisme comme stratégie et par procuration

Selon Rufin, les manipulateurs sont l’extrême droite et les milieux terroristes. Que dit-il à ce sujet ? Que l’on peut être « agacé par les jugements à l’emporte-pièce, en particulier à l’étranger, « quand ils font de la France un pays globalement antisémite ». Il a raison. De plus, les Juifs sont admirablement intégrés dans la société française: « la République a su secréter quand il le fallait les anticorps nécessaires pour combattre l’antisémitisme. Cela ne signifie pas pour autant que les préjugés aient disparu », certes. La nouveauté selon Rufin est que ces préjugés « n’ont plus à s’exprimer directement par des propos, des écrits ou des actes. Il suffit de laisser agir les jeunes irresponsables des banlieues difficiles », écrit-il. Ainsi Rufin veut-il définir un « antisémitisme par procuration ». Selon lui, « il est le fait de personnes qui ne se rendront elles-mêmes coupables d’aucune exaction, qui ne manipuleront pas directement des auteurs de passage à l’acte, ne les inciteront pas ouvertement à agir, mais dont pourtant les opinions, les propos et quelquefois simplement le silence viendront a l’appui de ces violences ». Par ailleurs, il soutient ensuite que l’antisémitisme menace la République car il la frappe en son cœur : ses valeurs : la fraternité et le vivre ensemble.

A toutes ces questions et réflexions, Rufin apporte les réponses suivantes :

« La création d’un observatoire national de l’antisémitisme, doté de compétences universitaires pluralistes, serait un moyen d’approfondir ces questions et de nourrir le débat public sur des bases plus sérieuses. » L’idée est intéressante, mais pas nouvelle. Un tel observatoire a déjà été créé par SOS Racisme en 1989 en vue d’analyser et de répertorier les comportements antisémites en France, et présidé par le politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff. Mais, celui-ci a quitté son poste en 1991, en raison de désaccords avec l’institution sur la conception de l’antiracisme.
Une réflexion d’ensemble doit également être menée sur l’enseignement de la Shoah, avec les associations et fondations qui œuvrent dans ce domaine. Il est à la fois nécessaire de le renforcer et, peut-être de le réorienter en fonction des circonstances présentes, de façon a mieux rendre sensible en quoi, que l’on soit juif ou non, chacun est concerné.
Lutter contre « l’esprit de Durban » et Rufin a bien raison. Durban a officialisé, légitimé l’antisémitisme. Lutter contre l’esprit de Durban, c’est pointer du doigt l’esprit criminel qui prévalait lors de cette conférence, et qui a prévalu depuis, faisant d’Israël, des Juifs, des sionistes, les responsables de tous les maux de l’Humanité, la quintessence du mal, d’un mal absolu.
Sur « l’esprit de Durban », Rufin fait l’analyse suivante : qu’un discours dominant émerge : l’antisionisme. Pour Rufin « cet antisionisme revêt différentes formes d’expression qui servent d’écran les unes aux autres et contribuent à le banaliser. » Cet antisionisme moderne « est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes ». Un antisionisme qui est fortement représenté « au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte », explique-t-il. Dans cette représentation du monde, « Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-Monde. »

Il précise aussitôt que cet antisionisme « n’est pas la simple critique d’une politique, mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël. » L’antisionisme est en effet amalgamé à des thématiques auxquelles les jeunes sont sensibles: l’avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-Monde. Par ailleurs, l’intervention de penseurs « islamistes modérés », dont le « discours reste ambigu complète cette identification et la prolonge ». Derrière les critiques violentes qui assimilent le sionisme au nazisme, « on entend, en écho subliminal, la voix interdite mais bien relayée des terroristes islamistes qui généralisent le combat et affirment « qu’il faut attaquer les Juifs partout où ils se trouvent ». Ainsi se trouve constitué l’une des mécanique les plus redoutables aujourd’hui qui fait d’un antisionisme en apparence politique et antiraciste l’un des facteurs facilitateurs du passage à l’acte, l’un des instruments de l’antisémitisme par procuration ».

De fait, quelle est l’attitude à adopter face à l’antisionisme ? Ruffin répond qu’elle est difficile à déterminer et les Juifs sont sans doute les plus mal places pour agir. « Il a été maintes fois souligne qu’on ne devait ni ne pouvait assimiler les Juifs de France à Israël. Le soupçon de double allégeance est un des thèmes classiques de l’antisémitisme. Beaucoup de juifs français se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur Israël. Ce d’autant qu’ils sont souvent divises quant à leur jugement sur la politique de son gouvernement. Autant l’antisémitisme les trouve mobilisés, autant l’antisionisme les prend au dépourvu car il joue sur le caractère complexe, intime et à certains égards paradoxal du lien entre Israël et les Juifs de France », précise-t-il. De fait, l’antisionisme radical « enferme les Juifs dans un piège redoutable : il les désigne ici à la vindicte de ceux qui s’identifient aux victimes de l’Etat d’Israël », observe-t-il.

Ce serait alors une grande lâcheté que de laisser la communauté juive se débattre seule dans ces sables mouvants. « Si l’on estime que l’antisémitisme a reculé grâce au droit (en particulier la loi de 1972), il faut tenter d’appliquer la même méthode à la nouvelle judéophobie et il revient aux autorités politiques d’en prendre l’initiative. »

Les réactions au rapport Ruffin et la polémique

Les associations, globalement favorables au rapport Rufin sont divisées néanmoins sur l’une de ses propositions: la pénalisation de l’antisionisme radical au même titre que l’antisémitisme. Les critiques, notamment de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et du MRAP, portent sur un point très particulier : la proposition de « punir les accusations de racisme » portées contre « des groupes, institutions ou Etats ≫, à commencer par Israël. Cet « antisionisme radical » peut en effet, selon Rufin, s’apparenter a de l’antisémitisme.

Dans l’édition de Libération du 22 octobre 2004, le président de la LDH, Michel Tubiana, parle d’un vrai « dérapage ». Jean-Christophe Rufin, dit-il, « joue au pompier pyromane », et son rapport instaure un déséquilibre au profit du problème de l’antisémitisme. Reprochant à l’auteur de « ne prendre aucune distance » et de « réintroduire le débat sur le conflit du Proche-Orient », Tubiana souligne que la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) tomberait sous le coup de la loi si cette proposition était adoptée. Le MRAP, qui se dit pourtant globalement satisfait de l’analyse et des propositions du rapport, émet également de fortes réserves sur ce point. Enfin, dans Le Monde diplomatique du 21 octobre 2004, le journaliste Dominique Vidal tout en reconnaissant dans le rapport Rufin « un certain nombre de suggestions positives » (en particulier celles qui prennent en compte les propositions de la CNDCH et des associations antiracistes –, souligne selon lui deux erreurs: « séparer radicalement l’antisémitisme des autres formes de racisme » par « une hiérarchisation implicite des racismes » visant à présenter l’antisémitisme comme « un “racisme” en quelque sorte supérieur aux autres ». Et « assimiler antisémitisme, “antisionisme radical” et critique de la politique du gouvernement israélien, pour placer sur le banc des accusés “l’extrême gauche altermondialiste et verte” » directement visée par la partie du rapport qui propose le vote, par le Parlement, d’une nouvelle loi destinée à punir « ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats des accusations de racisme ≫. En conclusion, Vidal trouve paradoxal que Jean-Christophe Rufin se fasse ainsi « le héraut du délit d’opinion ».

Dans Le Monde du 2 novembre 2004, Jean-Christophe Rufin s’efforce de désamorcer la polémique naissante avec les associations par une mise au point : il appelle à « pacifier le débat sur le racisme et l’antisémitisme » : « En France, aujourd’hui, il existe un nombre important de personnes, la plupart du temps jeunes, voire très jeunes, souvent issues de l’immigration – pas nécessairement maghrébine, contrairement aux idées reçues –, que la perte de repères, la frustration sociale et de nombreuses discriminations rendent vulnérables à des idéologies dangereuses qui les mènent vers la violence. L’existence de ce public chauffe a blanc doit nous inciter tous a la responsabilité. Les mots, dans ce contexte, peuvent tuer… Ceux qui ont l’oreille des jeunes, parce qu’ils traitent de questions qui les passionnent, telles que l’écologie, l’avenir du tiers monde et de la mondialisation, me paraissent avoir un devoir de vigilance dans leurs propos. Sans doute la formalisation de cette idée a-t-elle pris, dans mon rapport, une manière trop abrupte. Le fait d’évoquer la possibilité de créer de nouveaux outils juridiques était probablement maladroit. La présentation simplifiée de cette proposition a pu laisser croire, a tort, qu’il s’agissait d’attenter à la liberté d’opinion. Je m’en excuse auprès de ceux qui ont pu être abusés de bonne foi. »

En revanche, dans la communauté juive et a SOS Racisme, le rapport est accueilli avec satisfaction, qualifié de « travail d’analyse important », dont « l’auteur a essayé de comprendre et de trouver des propositions originales, juge Haïm Musicant, directeur général du CRIF. Il dénonce d’une manière très fine les antisémites par procuration qui se cachent derrière une forme d’antisionisme ». L’UEJF approuve surtout le fait que soient analysées les « différences d’origine, de nature et d’expression » entre racisme et antisémitisme, « qui doivent donc faire l’objet de traitements spécifiques ». « Ce rapport permet de sortir une fois pour toute du discours simpliste et inopérant de la lutte contre l’intolérance », selon son président, Yonathan Arfi. « C’est une bonne analyse de ce nouvel antisémitisme qu’on voit poindre dans la société française, un antisémitisme d’extrême-gauche qu’on ne connaissait pas il y a quelques années ≫, affirme Assane Fall, secrétaire général de SOS-Racisme, qui regrette par ailleurs que le rapport occulte « les discriminations, alors que c’est la réalité quotidienne de millions de personnes dans notre pays ».

Au-delà de cette polémique, que reste-t-il du rapport Ruffin, dix ans plus tard ?

A notre connaissance, ce rapport ne donnera lieu à aucune mesure concrète, comme toujours (ou presque) en France. Car, et en vérité, nous souffrons dans ce pays de cette étrange « maladie » : une surabondance de rapport sur toutes sortes de sujets mais qui, au final, se retrouvent dans quelques tiroirs fermés de ou des ministères et par là-même sont totalement oubliés.

Voir enfin:

Nos amis les émirs
Notre pays déroule le tapis rouge aux monarques saoudiens ou qataris, principaux financiers des mouvements djihadistes.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

——

1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

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1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.


Attentats de Copenhague: Ce qui est arrivé est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam (No, Mr. Boubakeur, it’s not a blow to Islam or Muslims !)

15 février, 2015
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Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. Khadafi (Paris, décembre 2007)
Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. Vous croyez que Jésus a été crucifié mais ce n’est pas vrai, c’est Dieu qui l’a emmené au ciel. Ils ont crucifié quelqu’un qui lui ressemblait. Les juifs ont essayé de tuer Jésus parce qu’il voulait remettre la religion de Moïse sur le juste chemin. Khadafi (Rome, novembre 2009)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan
Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. Rouhollah Musavi Khomeini (Radio téhéran, 14 février 1989)
Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets. (…) Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. Flemming Rose
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans. (…) Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté. Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète. La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme. Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ». Docteur Dalil Boubakeur (Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, 1er février 2006)
[Les musulmans de France] ne sentent pas que c’est au nom de l’Islam, ils sentent que c’est un coup porté à l’ensemble des musulmans. Dalil Boubakeur
Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis ! (…) Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine. (…) Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur. (…) J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher. Tareq Oubrou (imam de Bordeaux)
Le prophète n’a pas été vengé, mais notre religion, nos valeurs et les principes de l’islam ont été trahis. Tariq Ramadan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence. Radu Stoenescu
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam. (…) Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence.  Abdelwahab Meddeb
Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. Fethi Benslama
Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme. A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie. Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique. (…) Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté. La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur. Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes. Jean Birnbaum (Le Monde)
Vous (…) avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. (…)  puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir. (…) Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. (…)  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.(…) lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées? En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression. (…) Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah? (…) Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. (…) Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. (…) D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et (…) impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Sami Aldeeb

Attention: des larmes peuvent en cacher d’autres !

Au lendemain d’une nouvelle réplique, cette fois dans la patrie des premières caricatures de Mahomet et le jour-anniversaire de la fatwa iranienne contre Salman Rushdie, du massacre de Paris du mois dernier …

Et suite aux tombereaux de bons sentiments à la je suis Charlie et à la pas d’amalgame qui ne sont en fait que la retraduction politiquement correcte du rappel à l’ordre et à la la loi islamique que venaient de faire lesdits djihadistes …

Comment ne pas voir …

Avec l’universitaire suisse-palestinien chrétien Sami Aldeeb

Et contre les larmes de crocodile de nos Dalil Boubakeur qui, ultime outrage aux victimes et pour disculper l’islam à l’instar de l’Administration Obama, pleurent sur les musulmans …

La confirmation que « ce qui est arrivé à Paris est bien « entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman » ?

Et comment ne pas rappeler …

Contre les mêmes qui, oubliant ou faisant mine d’oublier que les têtes de l’écrivain britannique Salman Rushdie ou du député néerlandais Gert Wilders ou d’autres sont toujours, au nom du même islam, mises à prix …

profitant du fouillis de sourates classées au mépris de toute chronologie ou logique par leur seule longueur, nous renvoient à chaque fois aux sourates mecquoises quand le prophète n’avait pas encore l’épée …

La nécessité absolue et vitale de « revoir l’ensemble des enseignements islamiques », en « levant la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam »  pour en « permettre la critique comme l’ont fait depuis longtemps les textes juifs et chrétiens dont ils s’inspirent ?

Mais comment aussi ne pas voir avec Radu Stoenescu reprenant les analyses de René Girard

La véritable distorsion que, dans leur rivalité mimétique avec leurs devanciers, le Coran et l’islam ont fait subir aux textes de ceux-ci …

Jusqu’à en nier, dans le cas du christianisme, l’essentiel …

A savoir la crucifixion du Christ (Issa sauvé à la dernière minute par le sacrifice d’un inconnu dans la tradition coranique) …

Par laquelle loin du Dieu vengeur qui donne ou ordonne la mort de ses créatures  …

La divinité subit en victime pour mieux en dénoncer et définitivement l’impasse ?

Lettre à Dalil Boubakeur: revoir intégralement les enseignements de l’islam
Sami Aldeeb,
jan 08 2015

Traduction d’un article paru dans un forum arabe

Lettre ouverte à l’imam de la Mosquée de Paris

Cher Dr Dalil Boubakeur, Imam de la Mosquée de Paris,

J’ai visionné plusieurs vidéos dans lesquelles vous condamnez l’attentat contre le magazine Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à un certain nombre de journalistes. Vous y avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. Vous démontrez ainsi que vous vous moquez de la vie des journalistes assassinés et que votre seule préoccupation consiste à éviter l’accusation de l’islam et des musulmans pour ce qui s’est passé. Vous vous êtes contredit et vous avez prouvé que vous manquez de la moindre sympathie pour les victimes. Vous avez perdu votre humanité par ces déclarations.

Mais soyons honnêtes, absolument honnêtes. Ne dit-on pas, en arabe, que de la franchise naît la tranquillité? Parlons en termes médicaux, puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir.

Permettez-moi de vous dire que votre diagnostic sur les événements d’hier à Paris ne saurait convaincre que les idiots et les hypocrites. Si vous n’êtes pas conscient de votre erreur, c’est un signe de votre ignorance. Et si vous savez que votre diagnostic est erroné, cela signifie que vous êtes un malhonnête, pour ne pas dire un menteur.

Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. Et je vous défie de me présenter la moindre preuve de l’inexactitude de mes propos.  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.

Revenons sur ce qui s’est passé à Paris. Vous avez certainement appris que lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées?

En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression.

Je vous invite à un moment de franchise avec vous-même. Vous dites vouloir le vivre-ensemble en France. Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah?

Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. C’est le diagnostic que personne d’informé ne saurait mettre en doute. Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. Et ce pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

En ce qui concerne les mosquées, il faut surveiller ce qui y est dit et ce qui y est enseigné afin qu’elles ne deviennent pas des nids de terrorisme et d’extrémisme. Pour cela, je suggère que les mosquées soient ouvertes à tous, que les prêches soient prononcés en français, que les imams étrangers ne soient pas autorisés à y officier, et je propose de soumettre les imams actuels à des mesures administratives et éducatives. Vous savez sans doute qu’en Egypte les prêches sont distribués aux imams par les autorités étatiques, qui contrôlent la stricte observance de leur contenu. Tous les prêches des mosquées de France doivent être soumis à l’approbation préalable des autorités françaises, ces prêches doivent être enregistrés et les contrevenants doivent être sanctionnés par le retrait de la nationalité et le renvoi dans le pays d’origine. Et ce, encore une fois, pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et l’orienter vers la doctrine de Mahmoud Mohamed Taha, qui a été pendu sur instigation de l’Azhar. Ce penseur estimait qu’il fallait impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Les autorités françaises doivent imposer cette exigence sous peine de retrait de la nationalité française et de renvoi dans le pays d’origine.

Ce sont là des mesures que vous devez prendre en tant qu’imam de la Mosquée de Paris, et que doivent prendre les autorités françaises le plus rapidement possible afin de permettre le vivre-ensemble en France.

Veuillez agréer, Monsieur l’imam de la Mosquée de Paris, l’expression de ma haute considération.

Sami Aldeeb, Dr en droit, professeur des universités
Directeur du Centre de droit arabe et musulman: http://www.sami-aldeeb.com
Auteur d’une traduction française du Coran par ordre chronologique,
d’une édition arabe du Coran par ordre chronologique et d’autres ouvrages

Voir aussi:

L’islam comme mimétogonie
Radu Stoenescu

« Si Allah ne neutralisait (repoussait) pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. » (Coran 2 : 251)

L’objet de ce texte est de présenter une hypothèse interprétative des fondements de l’islam sunnite, à partir de l’anthropologie de René Girard. N’étant ni islamologue, ni arabophone, je ne saurais polémiquer ni avec le texte coranique original, ni avec l’original de la Sîra (vie de Mahomet). Je travaillerai donc à partir de la traduction de ces textes. Il s’agit de présenter ici quelques intuitions qui nécessiteraient un travail beaucoup plus vaste pour être étayées solidement. Autant la visée de ce texte est ambitieuse, autant mes moyens sont limités, cependant j’invite le lecteur à ne jamais oublier qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, pas d’une conclusion. Cette hypothèse prend appui sur l’idée que le modèle de Mahomet est essentiel dans l’émergence de l’islam, qui pourrait sans exagération être défini comme une « imitation de Mahomet ». Comprendre Mahomet, c’est comprendre l’islam.

Pour mettre tout de suite les pieds dans le plat, formulons l’hypothèse herméneutique : l’islam me semble être l’expression d’un désir métaphysique au sens de René Girard, c’est-à-dire d’un désir de l’être de son modèle, le judéo-christianisme. C’est aussi un désir métaphysique dans le sens où son objet est Dieu Lui-même. La démarche de Mahomet a pour but à la fois d’être pris pour le véritable juif et le véritable chrétien, et d’enlever l’objet de désir (Dieu) aux monothéistes qui le précédent. L’islam est mimétogonique par rapport au judéo-christianisme.

1. Mimétisme, rivalité et légitimité de Mahomet

La légitimité de la prédication de Mahomet tient à ce qu’il prétend refaire un geste déjà accompli par d’autres prophètes : révéler aux hommes la loi du Dieu unique et transcendant. En fait, c’est moins Mahomet qui répéterait un geste, que Dieu qui, à travers Mahomet, réitérerait un geste qu’Il aurait déjà accompli plusieurs fois, à travers Moïse et Jésus notamment. Dieu aurait envoyé dans l’Histoire des messages armés de son code de Loi, Mahomet étant le dernier envoyé, le « sceau des prophètes ».

Le Dieu transcendant connaît ainsi une temporalité toute historique, tandis que le temps historique est happé par la transcendance : le passé est aboli et le futur est fermé. Le seul événement historique dans cette perspective est l’abolition de l’Histoire, accomplie par la révélation de la Loi transcendante éternellement valable : la descente du Coran.

Ce qui m’intéresse dans la fondation de l’islam, c’est l’idée d’imitation et de répétition. C’est le mimétisme de Mahomet qui est fondateur, dans la perspective même du Coran. Si Mahomet n’avait pas de modèle, il n’aurait pas de légitimité. Mahomet dit aux autres monothéistes : « je fais comme vos prophètes », ou plutôt « Dieu fait à travers moi ce qu’il a fait à travers les autres prophètes ».

Il y a vingt-cinq prophètes cités par la Coran, qui vont d’Adam à Mahomet, Jésus le précédant directement. Un hadith mentionne que chaque peuple de l’histoire a reçu au moins un prophète et qu’il y en aurait eu 124 000 au total. Cette démultiplication légendaire doit être lue comme une tentative de fonder par analogie la légitimité du geste singulier de Mahomet : on augmente le nombre de prophètes pour rendre banale l’apparition d’un prophète. Cette généalogie des prophètes est donc absolument essentielle pour la fondation de l’islam. Elle n’est pas un simple préambule rhétorique : c’est la justification proprement mythique de la rivalité de Mahomet par rapport aux autres monothéistes.

Pour que la vision musulmane soit valide, il faut que chaque prophète ait accompli exactement le même geste que Mahomet : avoir donné aux hommes un livre divin contenant leurs devoirs envers le Créateur. Car l’islam prétend que tous les livres révélés par le Créateur contenaient exactement la même chose que le Coran. La chaîne des prophètes doit être absolument ininterrompue : c’est une chaîne de moments identiques, dont Mahomet n’est que le dernier imitateur. Ces moments sont identiques parce que Dieu est immuable, et ne fait que se répéter, par clémence pour Ses créatures qui oublient sans cesse Sa loi. Si la chaîne est brisée, la logique même de la légitimité de Mahomet est mise en défaut.

Des prophètes que le Coran mentionne, au moins deux ont encore les disciples qui prétendent connaître les textes: Moïse et Jésus. Les autres prophètes et leurs textes sont plus ou moins légendaires, et de toute manière n’ont plus de sectateurs. De la chaîne des prophètes censée aboutir à Mahomet, il subsiste deux anneaux. Pour que la vision musulmane soit légitime, Jésus doit s’être posé par rapport à Moïse de la même manière que Mahomet se pose par rapport à Jésus et à Moïse, sinon la chaîne se brise. Selon la logique divine de remplacement d’un prophète par un autre, Jésus doit être le rival prophétique de Moïse. Si Jésus n’est pas le rival heureux de Moïse, Jésus n’est pas un prophète. Or le problème, c’est que Jésus n’est justement pas le rival de Moïse et cela selon le texte des chrétiens eux-mêmes. Jésus n’abolit pas la Loi de Moïse et ne prétend jamais le faire, bien au contraire.

Si l’on prétend que les chrétiens ont altéré le message de Jésus et que « l’Evangile », comme disent les musulmans, était essentiellement identique au Coran, le christianisme historique n’aurait jamais existé et le nom même de Jésus ne serait jamais parvenu aux oreilles de Mahomet. Si les évangiles chrétiens sont authentiques, alors Jésus n’est pas un prophète au sens de Mahomet, et la chaîne des messagers divins se brise. Bref, si Jésus n’était pas le rival de Moïse, Mahomet ne pourrait pas être le rival de Jésus. Mais si Jésus était le rival de Moïse, il n’y aurait pas eu de christianisme et Mahomet ne pourrait pas le connaître. Dans les deux cas, la légitimité de Mahomet s’effondre.

Si le christianisme se comprend comme il se doit, c’est-à-dire avec et à partir de l’Ancien Testament, il n’y a pas de rivalité que Mahomet pourrait imiter. Mahomet ne peut donner sa rivalité pour légitime que si elle trouve un modèle en Jésus. Il faut à l’islam que Jésus se soit opposé radicalement au judaïsme pour que Mahomet puisse prétendre s’opposer légitimement aux deux. L’islam s’oppose en dernière analyse au judéo-christianisme, il attaque et reprend une supposée attaque de Jésus contre Moïse.

Mahomet est pris dans une escalade mimétique par rapport à Jésus. Il veut faire la même chose et mieux. D’ailleurs, il n’est pas le premier non plus à succomber à cette rivalité avec Jésus pour attaquer les monothéismes : Mani, pour ne citer qu’un autre fondateur de religion, avait fait quelque chose de semblable quatre cents ans auparavant. L’empire perse tout proche de l’Arabie avait laissé fleurir le manichéisme, et à l’époque de Mahomet, cette religion aujourd’hui éteinte, était encore très vivante. En témoigne la conversion de Bögü, troisième khan des Ouïghours, qui en 762, s’est emparé de Luoyang, la capitale de l’Empire chinois. Le manichéisme fleurira au Turkestan oriental (aujourd’hui la province chinoise de Xinjiang) jusque vers la fin du premier millénaire.

Mani avait aussi apporté un livre sacré, que ses disciples devaient apprendre par cœur, comme devront le faire plus tard les musulmans avec le Coran. Il se pourrait que l’expression « sceau des prophètes », qui désigne Mahomet, soit d’origine manichéenne. Mani s’était aussi donné pour le dernier prophète, pour une réincarnation de Jésus et Bouddha, dont il achevait et corrigeait les doctrines.

J’avance l’hypothèse que la foule de « prophètes » qui a sévi pendant le premier millénaire était en partie une sorte de réplique mimétique aux débats entre les juifs et les chrétiens. Ceux-ci se sont livrés à des joutes oratoires pendant des siècles, souvent devant un auditoire païen. Schématiquement, ce que le vulgaire devait retenir, c’est qu’il y avait un Dieu unique, que celui-ci avait d’abord révélé la Torah à Moïse, ensuite la Bonne Nouvelle à Jésus. Les deux révélations étaient enfermées dans un livre, et les juifs et les chrétiens se déchiraient sur le fait de savoir à travers quel livre prêter allégeance à Dieu.

Ce que les débats judéo-chrétiens donnaient superficiellement à voir, c’était une violence entre jumeaux : texte contre texte, révélation contre révélation, prophète contre prophète. Cette violence entre jumeaux est le germe de toute violence, qui la copie. On la reproduit alors pour la conjurer : il y a apparemment deux rivaux, et leur rivalité obscurcit le rapport à Dieu. Pourquoi ne pas créer un nouveau livre qui concilierait tout le monde ? Dieu a envoyé un autre prophète et révélé un deuxième livre, pourquoi pas un troisième ? On peut dire que toute nouvelle religion, comme celle de Mani, était une sorte de tentative d’arrêter la rivalité entre les révélations par une nouvelle révélation. La violence interconfessionnelle devait être arrêtée par une violence encore plus grande. C’est une violence qui s’exerce sur le plan symbolique, qui relègue le sacré de l’autre au statut de pseudo-sacré, voire à celui d’hérésie.

Ce spectacle n’est pas révolu, et les syncrétismes d’aujourd’hui tentent d’accomplir la même chose. De même beaucoup d’athées et de laïcs abhorrent la religion et les débats théologiques parce qu’ils y voient un indécidable combat de jumeaux, et qu’il ne veulent pas être happés dans la violence de ces débats. Leur position est tout aussi religieuse : si les religions qu’ils condamnent en bloc revendiquent des différences, ils font tout pour les indifférencier, en commençant généralement leurs phrases avec « toute religion… ». Ce n’est pas seulement de la paresse intellectuelle devant le travail à accomplir pour étudier chaque religion dans sa spécificité. C’est une peur sacrée de la différence ! Car si jamais les religions pouvaient être différenciées, si elles n’étaient pas de simples jumeaux pris dans un combat rivalitaire, alors on ne pourrait plus les condamner en bloc. Ce qui est tragique et comique à la fois, c’est que cette indifférenciation est faite au nom de la raison, alors qu’elle est tout sauf raisonnable, puisqu’elle se moque de l’expérience et de l’histoire de chaque religion en particulier.

Celui qui s’élève au nom de la raison contre toutes les religions, accomplit en fait un geste religieux fondateur : il condamne le « chaos ». Il a besoin de ce chaos pour que son geste soit légitime. Sans l’indifférenciation, il n’y aurait pas de chaos. Alors que les religions revendiquent leur différence, comme étant ce qui arrête la violence rivalitaire, la position athée veut annuler leurs différences, et les annuler aussi du même geste, exactement pour la même raison.

L’islam fait au fond exactement la même chose : il veut aplanir les conflits doctrinaux pas une violence symbolique encore plus grande. Pour réussir, cette violence symbolique doit indifférencier ses adversaires et trouver une légitimité plus grande. Mahomet a deux rivaux contre lesquels il ne cesse de polémiquer dans le Coran : les juifs et les chrétiens. L’objet de la rivalité, c’est Dieu lui-même. La prédication de Mahomet est centrée autour de l’affirmation d’être le véritable adorateur de Dieu, celui qui restaure la véritable religion du Dieu Unique, que les juifs et les chrétiens auraient selon lui corrompue. Mahomet ne polémique pas avec les arabes polythéistes et idolâtres. Ceux-ci n’ont pas de doctrine unie à lui opposer. Ils ne peuvent pas lui disputer son objet de désir, le Dieu Unique, et pour cause. Mahomet prend à revers les polythéistes, en leur imposant un autre objet de désir.

Mais Mahomet doit polémiquer sans cesse avec ceux qui ont historiquement connu le Dieu Unique avant les arabes, les monothéistes préislamiques. Sa tactique par rapport à eux a toutes les caractéristiques de la revendication rivalitaire : il copie le désir d’un autre, il est un suiveur, puis il emploie toutes ses forces pour montrer qu’il a été le premier à désirer cet objet, en l’occurrence Dieu.

Au tout début de sa prédication, Mahomet veut être reconnu comme un prophète par les juifs. Il imite tout d’abord leurs usages : lors de l’installation à Médine en 622, il instaure des règles alimentaires semblables à la cacheroute, il prie vers Jérusalem, il accepte le mariage des musulmans avec les femmes juives. Mais vers 624, deux ans après son arrivée à Médine, devant le refus des juifs de le reconnaître comme un des leurs, et prophète de surcroît, il change la direction de la prière (qibla), et demande aux musulmans de prier vers la Mecque. De l’imitation, on passe au désir de distinction.

Pour prouver que son « désir de Dieu » est premier, qu’il n’est pas simplement imité du désir des juifs ou des chrétiens, Mahomet s’échinera ensuite à rendre seconde leur expression du désir. Pour avoir un droit absolu sur l’objet, il doit montrer qu’il l’a désiré le premier. Donc Mahomet doit faire apparaître son désir avant celui des juifs et des chrétiens. C’est pourquoi il le déplace dans le passé le plus ancien, en disant qu’Adam lui-même était musulman, qu’Abraham était musulman, que Moïse était musulman, et que Jésus était musulman. De cette manière, le « désir de Dieu » des juifs et des chrétiens, c’est-à-dire leurs religions, se retrouvent reléguées au rang de prétentions secondes. S’ils veulent avoir accès à l’objet, c’est-à-dire à Dieu, ils doivent à présent se convertir à l’Islam.

(Khadafi, lors de son voyage controversé à Paris, a clairement rappelé cette position de l’islam : « L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. »[1])

Mahomet indifférencie ses adversaires et s’oppose violemment à eux d’un seul mouvement : Mahomet se présente comme un prophète qui « rappelle » une Loi. Cependant, il la créé et la déplace dans le temps, pour la placer avant la loi de ses modèles. Ce mouvement d’ancrage d’un désir suiveur avant le désir de son modèle trouve son achèvement dans la doctrine de l’Islam sunnite du « Coran incréé ». La prétention d’être premier s’exacerbe ici au point de se placer avant le temps lui-même.

Dans sa prédication, Mahomet reprend les « structures de rappel » présentes dans les textes prophétiques juifs, mais avec une différence de taille : il n’y aucune trace avant lui de ce qu’il « rappelle », sauf bien sûr, l’objet de son désir, le Dieu unique. Les prophètes de l’Ancien Testament se réfèrent sans cesse à une loi existante, la loi de Moïse, qu’ils ne donnent pas pour corrompue. De même Jésus, dans sa revendication du titre de Fils de Dieu, se réfère au Psaume 82, et respecte toujours la loi de Moïse. C’est pourquoi le « rappel » de Mahomet n’en est pas véritablement un. Rien ne le distingue d’une prétention gratuite. Parce qu’il est conscient du problème, Mahomet doit poser une deuxième affirmation gratuite : il accuse les juifs et les chrétiens d’avoir corrompu les textes réunis aujourd’hui dans la Bible, la Thora et le Nouveau Testament.

Mahomet n’avance pas de preuve. Cependant, pour asseoir son « désir de Dieu » avant le désir des autres monothéistes, il doit affirmer ces deux choses complètement gratuites et inséparables : il « rappelle » une Loi dont on n’a aucune trace, et les monothéistes d’avant lui ont corrompu leurs textes. Si la Bible n’est pas corrompue, Mahomet ne rappelle rien, il invente. Et s’il invente, il n’a pas la préséance sur les premiers monothéistes.

Plus encore, la corruption dont sont accusés les chrétiens et les juifs a trait surtout à sa personne : ils sont accusés d’avoir changé la Bible pour ne pas le reconnaître comme prophète. Toutes ces accusations gratuites ont un et un seul but : fonder la primauté de son désir de Dieu, c’est-à-dire la primauté de son culte, l’islam. Comme ces accusations sont complètement gratuites, elles pourraient être réitérées par un autre que Mahomet, après sa mort. Rien ne pourrait empêcher logiquement quelqu’un d’appliquer à l’Islam exactement la même stratégie que Mahomet a appliqué vis-à-vis des juifs et des chrétiens, et d’affirmer que les musulmans ont corrompu leur texte, et qu’il faut adorer le Dieu unique en suivant d’autres préceptes. C’est pourquoi Mahomet doit affirmer aussi être le dernier prophète. C’est le sens de l’expression « le sceau des prophètes ». Après avoir placé son désir de Dieu avant ses modèles et annexé ainsi leur passé, il anéantit par avance toute rivalité future comme étant une hérésie. C’est ainsi que les Bahaïs ont été persécutés dès leur apparition en Iran.

Mahomet accomplit l’indifférenciation de ses ennemis en réduisant le judaïsme et le christianisme à deux versions inachevées, ou corrompues de l’islam, qui doivent rester rivales entre elles. Il a besoin de leur rivalité dans l’indifférenciation, car c’est de cette rivalité qu’il tire sa propre légitimité. Si Dieu n’avait fait qu’un geste avec le judéo-christianisme, il n’y aurait pas de rivalité à imiter.

La rivalité a une place centrale dans le Coran lui-même, car certains versets sont contradictoires. C’est pourquoi les savants musulmans ont développé la théorie de l’abrogation : un verset plus tardif remplace un autre plus ancien qui lui est contraire. Cette méthode est inscrite dans le Coran lui-même : « Nous n’abrogeons un verset, ni ne le faisons passer à l’oubli sans en apporter de meilleur ou d’analogue. » (Sourate 2, verset 106). Les versets abrogeants remplacent les versets abrogés tout comme le Coran remplace les autres livres sacrés. Si même le Coran s’abroge lui-même, a fortiori la Bible est abrogée du point de vue des musulmans.

Le problème de la fondation de l’islam, c’est sa nature rivalitaire. Le christianisme n’a pas ce problème avec le judaïsme. Mahomet ne fait qu’affirmer sa légitimité, or cette prétention ne résiste pas à la confrontation avec le judéo-christianisme historique, selon les critères analogiques de Mahomet lui-même. Si Mahomet ne s’était pas placé dans la lignée des prophètes judéo-chrétiens, il n’y aurait pas eu un conflit aussi violent. Or la légitimité de Mahomet dérive de son inscription dans cette lignée, et elle n’est qu’affirmée, nullement prouvée.

Mahomet ne peut se passer de ses modèles pour être un prophète, mais il doit aussi les détruire car il ne peut démontrer sa précellence par rapport à eux. La destruction doit être totale car l’enjeu de la rivalité avec ses modèles, c’est Dieu lui-même. C’est pourquoi l’islam peut être vu comme un délire rivalitaire paranoïaque, et que l’on peut dire que l’islam est intrinsèquement violent.

2. Les doubles monstrueux : Jésus et Issa

La mimétogonie de l’islam par rapport au judéo-christianisme est mise en scène dans le Coran lui-même. Elle est explicite dans la dénégation de la crucifixion de Jésus, rappelée par Kadhafi : « Ils disent : nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. » (Sourate IV, verset 157.)

Ce passage du Coran est extraordinaire à la lumière de la théorie du bouc émissaire. Le Coran parle explicitement de substitution sacrificielle. Dieu fait tuer quelqu’un d’autre pour sauver Jésus. Pendant des siècles les exégètes musulmans se sont demandés qui était cet inconnu, ce sosie de Jésus qui meurt à sa place sur la croix, et ils ont avancé plusieurs hypothèses : un compagnon de Jésus, Simon de Cyrène, Judas…

Quel que soit celui qui remplace Jésus, ce qui est essentiel dans ce passage du Coran, c’est que l’on assiste à l’apparition d’un double : le sosie de Jésus. Dans la perspective musulmane, un prophète bénéficie du soutien indéfectible de Dieu, c’est pourquoi il ne saurait être crucifié. Un messager de Dieu est un élu dans un sens aussi bien terrestre que spirituel : il peut toujours compter sur la force divine. On est ici au cœur de la vision archaïque de la divinité, en tant que violence et toute puissance effrayante. La dénégation de la réalité de la crucifixion procède de cette conception humaine, trop humaine, qui voit dans le prophète un surhomme armé de la foudre divine. Dans les moqueries de ceux qui étaient présents sur le Golgotha, c’était la même vision qui s’exprimait : « Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu. » (Matt. 27. 41-43)

Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence.

Dans le passage du Coran niant la crucifixion, ce qui est en jeu c’est la dénégation de la violence, pas la crucifixion elle-même. Car il y a bien quelqu’un de crucifié, même dans la version musulmane, un inconnu que l’on ne mentionne même pas. C’est le silence même sur l’identité du crucifié qui indique qu’il s’agit d’un bouc émissaire, c’est-à-dire, dans une perspective chrétienne, d’une image du Christ. En fin de compte, même selon le Coran, Jésus a été crucifié. Cet inconnu substitué à Issa, c’est… Jésus !

A la lumière de la théorie du bouc émissaire, ce passage du Coran est une paradoxale confirmation de la réalité du supplice du Christ. Cependant, le message en est complètement inversé : la violence des lyncheurs est niée. En quelques lignes, le texte musulman renie par trois fois la participation des hommes à la mise à mort : « Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, » et « ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant ». On est ici en présence de la négation mythique de l’implication humaine dans le lynchage sacré : « Dieu l’a haussé à lui. » Tout comme Iphigénie, ravie aux cieux et remplacée par une biche, Issa est enlevé au ciel et remplacé par Jésus, qui meurt véritablement à sa place. On ne pourrait pas revenir plus directement au sacrifice archaïque !

Dans le sacrifice, Dieu est violent, et la violence est sacrée. Elle n’appartient plus aux hommes. Le Coran l’affirmera explicitement dans la sourate au titre significatif Le butin : « Vous, les croyants quand vous rencontrez les incroyants en marche, ne tournez pas le dos. Quiconque tourne alors le dos, à moins que ce ne soit pour combattre ou pour rejoindre une bande, s’attire la colère de Dieu et n’aura de refuge que la géhenne. Quel mauvais avenir ! Vous ne les avez pas tués, c’est Dieu qui les a tués ! Tu n’as pas jeté (de pierre) quand tu jetais, c’est Dieu qui a jeté pour que les croyants éprouvent sa grâce. » (8 : 15-17)

La portée de la version musulmane de la crucifixion est énorme. Il s’agit là d’une adhésion assumée à la violence sacrificielle, dirigée explicitement contre la révélation de cette violence par le spectacle de la croix. L’islam se montre ainsi comme l’anti-christianisme par excellence. Le nom de Jésus est usurpé par son double monstrueux, Issa, qui le met à mort pour se sauver lui-même.

Ce qui corrobore encore le caractère sacrificiel de l’islam, c’est la règle de l’unanimité des croyants : l’ijma` (arabe : unanimité; consensus) est une des sources du droit musulman, après le Coran et la Sunna. Les écoles juridiques lui accordent une place plus ou moins grande. Le consensus est généralement compris comme celui des oulémas spécialistes du domaine dont il est question. Une règle de droit prise par ce procédé ne peut en aucun cas contredire le Coran ou la Sunna. Les écoles juridiques sunnites admettent cette règle du consensus en vertu d’un hadith disant : « Ma communauté ne se réunira pas sur une erreur. »

On sait que le mécanisme sacrificiel a besoin de l’unanimité pour être efficace. Celle-ci étant sanctifiée par Mahomet, le processus d’exclusion unanime peut être facilement mis en branle dans les communautés musulmanes, qui ne ressentent pas le besoin d’une légitimité autre que leur uniformité d’opinion. C’est ce qui s’est manifesté lors de l’affaire des caricatures danoises de Mahomet.

3. Rivalité fondamentale et interdiction des représentations en islam

Si la rivalité est centrale dans l’islam, elle doit être aussi constamment conjurée. L’enjeu du monothéisme islamique, c’est la toute puissance de Dieu, et la précellence de son prophète Mahomet. Celui-ci fonde sa légitimité sur sa rivalité réussie avec les autres monothéistes, et doit se prémunir contre toute rivalité éventuelle. C’est la raison de l’interdiction de l’art figuratif en islam. « Nulle part le Coran n’interdit de dessiner une image, une forme, mais comme ce terme est rattaché à l’œuvre de Dieu, celui qui se livre à une telle tâche est perçu comme faisant œuvre de Dieu et un concurrent redouté, surtout que l’image peut faire l’objet d’adoration, et donc promouvoir le polythéisme (association d’autres divinité à Dieu). »[2]

Je crois qu’il faut comprendre la toute puissance divine dans l’islam comme toute puissance créatrice des représentations. Dieu est le seul autorisé à représenter un être animé, et à représenter Sa parole. La non validité des traductions du Coran va de pair avec l’interdiction de sculpter des êtres vivants. On ne doit pas se représenter ce qui est, c’est-à-dire redoubler l’étant par une reproduction. Re-produire, c’est d’une part usurper le pouvoir divin, rivaliser avec Dieu dans la création, et d’autre part c’est aussi faire proliférer des réalités rivales avec la Création.

Le récit de la création d’Adam dans le Coran est explicite en ce sens : « Il (Dieu) instruisit Adam de tous les noms. » (Sourate II, verset 31). Cela est à comparer avec Genèse 2.19 : « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. »

Pour l’islam, l’homme doit respecter les formes données par Dieu, il doit nommes les choses d’après Dieu, il doit réciter la parole d’Allah. Cette parole est unique en un sens théologique fort. La reproduire scinderait l’unité de la divinité même. Par contre, pour le judéo-christianisme, c’est l’homme qui nomme les êtres vivants, et c’est Dieu qui écoute. La dialectique chrétienne entre l’essence et l’apparence dépend de cet espace qui est ménagé dès le début entre la capacité de nommer donnée par Dieu à Adam et les noms effectifs que celui-ci donne aux créatures. Pour le dire avec les termes de Saussure, dans l’islam, Allah donne les signifiés avec les signifiants correspondants.

L’interdiction des représentations au sens large, que ce soit de la traduction du Coran, des œuvres littéraires, ou des films sur les prophètes, tente de conjurer de la rivalité possible qui pourrait surgir entre le modèle et sa copie, et entre l’homme-artisan et Dieu-créateur. Plus encore, Sami Aldeeb Abu-Sahlieh écrit que « l’interdiction des objets animés chez les musulmans est due à la conception superstitieuse, prophylactique et apotropaïque admettant implicitement la possibilité de consubstantialité de la représentation et du représenté, et en conséquence, une substitution de l’un à l’autre. Ainsi les lions, les dragons, les chiens sont exclus du répertoire des sujets possibles de l’art, parce qu’on leur prête implicitement la faculté de quitter l’état d’image et d’agir comme des êtres vivants. »[3]

L’iconoclasme musulman peut être vu comme le pendant de la peur de la rivalité entre les doubles. L’essence tend à se confondre avec l’apparence dans une mentalité sacrificielle. Si les artistes étaient libres de créer des représentations de ce qui est, ils feraient surgir des doubles qui se disputeraient la réalité dans la pensée du croyant musulman.

4. L’attentat suicide comme manifestation exemplaire du désir métaphysique

Le désir métaphysique de Mahomet est l’héritage qu’il a laissé à tous les musulmans. Leur position psychologique par rapport aux « Gens du Livre », comme ils appellent les juifs et les chrétiens, est empreinte de cette rivalité mimétique qui doit aller jusqu’à la négation totale de l’être du modèle. Ce désir métaphysique trouve une expression particulièrement concise dans l’attentat suicide. Dans cet événement, la « montée aux extrêmes » et l’islamisme s’articulent d’une manière fulgurante.

Quand un « shahid » se fait exploser pour tuer des « infidèles », il accomplit simultanément la destruction du modèle, et l’appropriation de l’essence convoitée, car il accède au statut de martyre, le seul qui selon la doctrine de Mahomet garantisse l’accès au paradis.[4]

Une précision doit être faite ici. Une des différences essentielles entre l’islam et le judéo-christianisme est le caractère supraterrestre du paradis islamique. Le jardin d’Eden biblique est un lieu mythique, mais terrestre, alors que le Paradis musulman est décrit d’emblée comme supraterrestre : Adam et Eve « tombent » littéralement des cieux sur terre.[5]

Dans toute rivalité, il y a un objet, et la rivalité ne devient métaphysique que lorsque les frères ennemis oublient l’objet de rivalité au profit de l’essence de l’autre. La rivalité musulmano-occidentale est présentée tout d’abord comme un conflit politique ayant pour enjeu la domination d’un certain territoire, voire de la Terre entière. Cependant, dans l’attentat suicide, ce qui devient manifeste, c’est que l’objet même de la rivalité a été oublié. Le kamikaze qui brûle du désir métaphysique ultime oublie sa vie terrestre, la terre qu’il disputait à son ennemi, pour se concentrer uniquement sur la négation de l’autre. Il peut d’autant plus facilement le faire que, pour lui, le Paradis n’a jamais été de ce monde, à la différence de l’enseignement du judéo-christianisme.

Nous sommes ici en présence d’une conjonction effrayante entre un désir métaphysique et, en dernière analyse, le déni de la valeur de l’objet de la rivalité. La pente entre la rivalité d’objet et la rivalité métaphysique ne pourrait pas être plus glissante. Le judéo-christianisme affirme incessamment la valeur de la création (« Et Dieu vit que cela était bon. »). L’islam dit au contraire : « Ce pan de la création que Je viens de te révéler, Adam, n’ajoute rien à Ma grandeur, à Ma gloire ou à Mon pouvoir, rien à ce que J’ai, si ce n’est ce qu’ajoute une gouttelette d’eau tombant dans sept mers, prolongées par autres sept mers sans limites. »[6]

Si jamais un jour la possibilité d’un affrontement nucléaire entre l’Islam et le judéo-christianisme deviendrait réalité, la destruction de la terre, c’est-à-dire de la création divine, n’arrêterait pas un musulman dans sa montée aux extrêmes. Car Allah ne lui accorde pas la même importance que Dieu.

Conclusion

Cet article, j’en suis tout à fait conscient, manque de références. C’est l’ébauche d’un projet qui nécessiterait plus d’efforts que je ne peux fournir actuellement. Pour étayer cette hypothèse de l’islam comme mimétogonie violente par rapport au judéo-christianisme, il faudrait effectuer deux analyses complémentaires, et homothétiques : d’une part il faudrait analyser la vie de Mahomet et ses rapports avec ses contemporains monothéistes, d’autre part les rapports de l’Islam avec les autres communautés, en tant que ces derniers rapports reproduisent les premiers à une plus grande échelle. La première étude porterait sur le texte du Coran, en tenant compte de l’ordre de la « révélation » des sourates, mis en regard avec la vie de Mahomet telle que la tradition musulmane l’a canoniquement fixée (Al Sîra d’Ibn Isham). La seconde nécessiterait un travail beaucoup plus vaste, qui pourrait par exemple constituer une thèse de doctorat d’Histoire.

Le chantier est énorme, mais les instruments analytiques de la théorie mimétique semblent suffisamment puissants pour comprendre le caractère de la religion islamique. Ce serait un travail passionnant, dans la mesure où la religion islamique porte avec elle une négation explicite de la révélation de la croix, qui est la source de la compréhension anthropologique du fonctionnement de la violence, explicitée par René Girard. On peut dire que l’islam est l’anti-girardisme par excellence, dans la mesure où il est l’anti-christianisme par excellence.

L’enjeu est de taille : si c’est la croix qui nous révèle notre violence, et nous enjoint de la contrôler sous peine d’y succomber, toute négation de la croix, comme l’islam, favorise la méconnaissance de notre violence, la montée aux extrêmes, et la mise à mort des boucs émissaires. La critique de l’islam est donc un combat urgent, et littéralement vital.

[1] Le Monde, le 12 décembre 2007.

[2] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, L’art figuratif en droits juif, chrétien et musulman. Licencié et docteur en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et diplômé en sciences politiques de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé, Lausanne. Auteur de nombreux ouvrages et articles (voir la liste dans: http://www.sami-aldeeb.com).

[3] Idem, p.36.

[4] « Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah (jihad), Il ne rendra jamais vaines leurs actions. Il les guidera et améliorera leur condition, et les fera entrer au Paradis qu’Il leur aura fait connaître. » (Sourate 47, versets 4-6)

[5] Mahmoud Hussein, Al Sîra, tome 1, p. 62.

[6] Al Sîra, p.64

Voir également:

Condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo

Le Conseil français du culte musulman et les musulmans de France condamnent avec la plus grande détermination l’attaque terroriste d’une exceptionnelle violence commise contre le journal Charlie Hebdo. Cet acte barbare d’une extrême gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse.

Nos premières pensées attristées vont aux victimes et à leurs familles à qui nous exprimons notre totale solidarité dans la terrible épreuve qui les touche.

Dans un contexte international politique de tensions alimenté par les délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’Islam, nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Face à ce drame d’ampleur nationale, nous appelons la communauté musulmane à faire preuve de la plus grande vigilance face aux éventuelles manipulations émanant de groupes aux visées extrémistes quels qu’ils soient.

Paris, mercredi 7 janvier 2015

Docteur Dalil Boubakeur

Président Conseil français
du culte musulman – CFCM

Voir encore:

« Une profanation de la mémoire du Prophète »
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (Gironde)
Propos recueillis par V.Md

08 Janv. 2015

Recteur de la mosquée de Bordeaux (Gironde), Tareq Oubrou est un ardent défenseur du dialogue interreligieux. A ce titre, il participait hier matin, avec d’autres imams de France, à l’audience générale du pape François au Vatican.

Attentat à Charlie Hebdo : « Ils font honte à tous les musulmans »
C’est en sortant de cette rencontre, après avoir échangé quelques mots avec le souverain pontife, qu’il a appris l’horrible nouvelle.

Comment réagissez-vous à l’attentat commis contre « Charlie Hebdo » ?
Tareq Oubrou. Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis !

Que faut-il faire pour lutter contre cette haine ?
Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine.

Craignez-vous que les musulmans de France soient les victimes collatérales de cette barbarie ?
Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur.

Ces dernières années, une partie de la communauté musulmane s’était élevée contre les caricatures du Prophète par « Charlie Hebdo ». Comment aviez-vous réagi ?
J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher.

 Voir aussi:

Caricatures offensantes du Prophète Mohamed
Paris, le 1er février 2006

La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans.

La personne du Prophète Muhammad est fortement vénérée dans le monde. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de ridiculiser les fondateurs d’autres religions ou croyances tels que Jésus, Moïse, Bouddha, Confucius, etc…

De tels actes prémédités pour porter atteinte et humilier la foi musulmane sont gratuits, délibérés et pernicieux pour nuire, notamment à la paix religieuse.
Cela ne peut que raviver les tensions en Europe et dans le monde où l’on cherche plutôt à rapprocher les idées et les hommes, non à la diviser et à les opposer.
Les caricatures danoises apportent ainsi des éléments supplémentaires à tous ceux, de tous bords qui ne travaillent que pour aggraver les fractures entre l’Islam et l’Occident.

Aujourd’hui les boutefeux du révisionnisme et les négationnistes touchent à la relecture du nazisme et de ses crimes, et ne se gênent plus pour porter atteinte au sentiment du Sacré qui n’a pas à être jugé ni ridiculisé et encore moins caricaturé par ceux qui n’y croient pas.

Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté.

Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète.

La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme.

Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ».

La Grande Mosquée de Paris condamne fermement cette atteinte inqualifiable du respect que mérite toute croyant quelle qu’elle soit de par le monde. “

Docteur Dalil Boubakeur Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Voir par ailleurs:

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie
L’Express

18/09/2012

La fondation religieuse iranienne qui avait mis à prix la tête de Salman Rushdie en février 1989, après la publication des Versets sataniques, a décidé de porter la prime pour son assassinat à 3,3 millions de dollars. Retour en arrière.

Vingt-quatre ans après la publication des Versets sataniques, Salman Rushdie est toujours la cible d’extrémistes musulmans. Dans son roman publié en 1988, deux acteurs indiens décédés dans un accident d’avion reviennent sur Terre, le premier dans la peau de l’archange Gabriel, l’autre sous les traits du diable. Ils deviennent alors les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Peu après sa parution, le roman est accusé de ridiculiser le Coran et Mahomet, et provoque des émeutes et manifestations en Iran, au Pakistan puis dans l’ensemble du monde arabe.

1. Rushdie condamné à mort en 1989
En 1988, un député musulman du parlement de Delhi parvient à faire interdire les Versets sataniques en Inde, afin d’éviter « des heurts entre communautés religieuses ». Quelques mois plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, chef de la révolution islamique iranienne, publie une fatwa (décret religieux) appelant tous les musulmans à tuer Salman Rushdie. La Fondation du 15 Khordad, proche du gouvernement, met sa tête à prix.

L’écrivain britannique d’origine indienne est alors contraint de vivre sous protection policière, changeant de domicile fréquemment. « Je doute que ceux qui me condamnent aient lu une seule ligne de mon livre », s’indigne-t-il. Au cours des dix années qui suivent, il fait l’objet d’une vingtaine de tentatives d’assassinat. Ses traducteurs japonais et italien sont poignardés et son éditeur norvégien grièvement blessé.

Afin de pacifier les relations entre Londres et Téhéran, le gouvernement iranien dirigé par Mohammad Khatami s’engage publiquement, le 24 septembre 1998, à « ne plus encourager les tentatives d’assassinat contre Rushdie » . Mais la fatwa de Khomeini est toujours d’actualité: son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé en janvier 2005 que Salman Rushdie était un apostat pouvant être tué impunément.

2. Une autobiographie pour raconter son calvaire
Dans son autobiographie à la troisième personne intitulée Joseph Anton, qui paraîtra le 20 septembre en France, Salman Rushdie revient sur les années de cauchemar qui ont suivi sa condamnation à mort, en février 1989. Le titre de l’ouvrage fait référence au nom de substitution qu’il avait choisi afin de garantir sa sécurité. « Il écrivit, côte à côte, les prénoms de Conrad et Tchekhov. Ce nom serait le sien pendant les onze années suivantes. Joseph Anton », raconte-t-il.

3. L’auteur des Versets sataniques n’est toujours pas le bienvenu en Inde
Le 20 janvier 2012, l’écrivain britannique est forcé d’annuler sa venue au festival littéraire de Jaipur après avoir reçu des menaces de mort de militants islamistes. Le premier ministre du Rajahstan, Ashok Gehlot, affirme au Times Of India que la présence de l’auteur des Versets sataniques pourrait déclencher « des manifestations de groupes musulmans » et mettre en péril la sécurité de tous.

Quant à l’adaptation cinématographique du roman de Rushdie, Les Enfants de minuit, elle n’a toujours pas trouvé de distributeur en Inde. « Quel dommage que des politiques frileux empêchent la population indienne de se forger sa propre opinion concernant ce film », déplore sa réalisatrice, Deepa Mehta.

4. Les Versets sataniques: un livre « qui ne serait pas publié aujourd’hui »
Salman Rushdie a récemment déclaré, dans une interview accordée à la BBC, qu’il serait « difficile » de publier aujourd’hui un « livre qui critique l’islam » comme Les Versets sataniques. Pour accréditer sa position, il cite notamment la décision récente de la chaîne de télévision Channel 4 d’annuler la projection privée d’un documentaire sur l’histoire de l’islam pour des raisons de sécurité. Dans une autre interview donnée à la chaîne de télévision indienne NDTV et diffusée sur leur site internet, l’écrivain qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre The Innocence of Muslims (L’Innocence des musulmans), un film « stupide », selon ses termes, qui dénigre la religion musulmane.

5. Rushdie, plus menacé que jamais?
Après les troubles suscités dans le monde musulman par la diffusion sur internet du film The Innocence of Muslims, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a décidé d’augmenter de 500 000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars. « Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie […] n’aura pas été exécuté, les attaques comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront », a déclaré l’ayatollah Sanei. « L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment », a-t-il ajouté.

Voir de plus:

Après Charb, la triste liste des dix personnes à abattre selon Al-Qaida

Vanity Fair
15/01/201515

L’attentat à Charlie Hebdo a été revendiqué par Al-Qaida au Yémen. Le dessinateur Charb, abattu par les deux terroristes mercredi 7 janvier, figurait sur la liste des onze personnes à tuer du magazine djihadiste Inspire.

La publication, créée en 2010 par Al-Qaida dans la péninsule arabique, est distribuée sur internet, à destination des candidats au djihad anglo-saxons. Elle bénéficie d’un traitement occidental dans sa maquette et ses articles. Son contenu, lui, fait pâlir : interviews de djihadistes, recettes pour faire des bombes artisanales ou incendier des voitures et une kill-list, regroupant, selon Inspire, les ennemis de l’Islam. « Recherchés morts ou vifs pour crimes contre l’Islam. Une balle par jour pour lutter contre les infidèles » (« One bullet a day keeps the infidele away », en référence à l’adage anglais : « One apple a day keeps the doctor away »)

La liste cite des journalistes, des autorités religieuses, penseurs ou écrivains aux opinions très diverses sur l’Islam. Pêle-mêle, on retrouve des critiques constructives envers l’intégrisme, mais aussi des islamophobes notoires.

Selon le New York Mag, ils ont « tous commis au moins une action considérée par les djihadistes comme méritant la mort ». Ces 11 personnes ont déjà reçu des menaces de mort, mais jusqu’à mercredi 7 janvier, aucun d’eux ne les avait vues mises à exécution.

Il en reste 10 :

Ayaan Hirsi Ali : Activiste d’origine somalienne, citoyenne néerlandaise, elle s’est fait connaître pour ses positions contre l’excision puis sur l’incompatibilité, selon elle, entre l’Islam et les valeurs occidentales. Elle était une proche de Theo van Gogh, cinéaste assassiné en 2004. Elle s’est exilée aux États-Unis.

Terry Jones : Ce pasteur américain s’est fait connaître pour ses sorties contre l’islam. En 2010, c’est lui qui a brûlé 3000 exemplaires du Coran, un pour « chaque personne tuée par l’Islam le 11-Septembre ».

Molly Norris : Journaliste au Seattle Weekly, elle mène profil bas depuis 2010, quand Inspire l’a ajoutée à sa liste, après avoir voulu créer « le jour de la caricature de Mahomet ». Selon l’association qui se bat pour elle, elle a changé d’identité et de métier.

Carsten Juste : Journaliste danois, ancien rédacteur en chef du Jyllands-Posten, qui a publié, en 2005, les caricatures de Mahomet, reprises ensuite par Charlie Hebdo. Il s’est excusé depuis, mais a fait l’objet de nombreuses menaces de mort.

Flemming Rose : Rédacteur en chef du service culture du Jyllands-Posten, il n’a pas cédé aux pressions et exerce toujours son métier de journaliste dans le journal danois, collaborant aussi au New York Times.

Kurt Westergaard : Le dessinateur danois qui a caricaturé Mohamet dans le Jyllands-Posten en 2005. Contrairement à son journal qui a présenté des excuses, Westergaard n’a pas montré de regret et a été l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat.

Salman Rushdie : L’écrivain britannique d’origine indienne est le plus connu de la liste. Auteur des Versets sataniques, il est toujours l’objet d’une fatwa lancée par l’ayatollah Khomeini, en 1989.

Morris Sadek : Chrétien copte américain d’origine égyptienne, cet avocat a fait la promotion de L’Innocence des musulmans, le film qui a mis le feu aux poudres du Moyen-Orient en 2012.

Lars Vilks : Le dessinateur suédois s’est fait connaître en publiant plusieurs caricatures de Mahomet en 2007, le représentant sous la forme d’un chien. Il a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, dont une fomentée par des citoyens américains et irlandais. Il vit sous protection policière.

Geert Wilders : Homme politique, il est le leader de l’extrême droite néerlandaise, qui a basé une partie de son argumentaire sur l’islamophobie, proposant de bannir le Coran des Pays-Bas, le comparant à Mein Kampf. Son parti a bénéficié d’un regain de sympathie après l’attaque contre Charlie Hebdo.

Voir encore:

Attentats djihadistes : « rien à voir » avec les musulmans ?
Jean Birnbaum

Le Monde

11.02.2015

Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme.

A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie.

Provoquer un sursaut
Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique.

« Constater la misère de l’islam sous les effets de l’islamisme devrait apporter sursaut, éveil, vigilance », écrivait Abdelwahab Meddeb, récemment disparu, dans un livre intitulé Face à l’islam (Textuel, 2004), où il affirmait que « la tâche de l’heure est de séparer l’islam de ses démons islamistes ». Deux ans plus tôt, Meddeb signait un essai au titre emblématique, La Maladie de l’islam (Seuil), où il allait jusqu’à écrire : « Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam », avant d’ajouter, quelques lignes plus loin : « Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence. »

Une volonté de destruction et d’autodestruction
Outre Abdelwahab Meddeb, il faut citer, si l’on s’en tient aux livres écrits en français, le nom de Mohammed Arkoun, lui aussi disparu (Humanisme et Islam, Vrin, 2005), et encore ceux de penseurs bien vivants, eux, comme Rachid Benzine, donc, Hichem Djaït (La Crise de la culture islamique, Fayard, 2003), Malek Chebel (Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette littérature, 2004), Abdennour Bidar (L’Islam sans soumission, Albin Michel, 2012) ou Fethi Benslama.

Ce dernier, qui est psychanalyste, note dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005) : « Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. »

Pluralité des lectures du coran
Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté.

La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur.

Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes.

Voir enfin:

Le déroulé de l’attentat de Copenhague
AFP/Libération

14 février 2015

LE POINT La fusillade contre les participants à une conférence a fait un mort et trois blessés. Un suspect est toujours en fuite.

L’attentat de Copenhague samedi a été un assaut bref et violent d’un homme armé d’un pistolet-mitrailleur contre les participants à un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression, dont un artiste qui a caricaturé Mahomet.

Sur le même sujetLe fil de la journéeCopenhague: un mort dans un «acte terroriste», un suspect recherché
Programmé à 15 heures au centre culturel Krudttønden, dans un quartier aisé du nord de la capitale danoise, le débat s’intitule «Art, blasphème et liberté». Des dizaines de personnes y assistent.

Il se tient sous protection policière puisque l’un des principaux participants est Lars Vilks, artiste suédois auteur en 2007 d’une caricature de Mahomet qui a lui valu une tentative d’assassinat.

Au bout d’une demi-heure, l’assaillant arrive armé d’un pistolet-mitrailleur. Sur un enregistrement diffusé par la BBC, on entend une intervenante interrompue par des dizaines de coups de feu qui claquent sans répit, plusieurs par seconde.

L’ambassadeur de France au Danemark François Zimeray, invité un peu plus d’un mois après l’attaque contre les locaux à Paris du journal satirique Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts début janvier, raconte que toutes les personnes se jettent à terre dès qu’elles entendent les balles.

«Intuitivement je dirais qu’il y a eu au moins 50 coups de feu, et les policiers ici nous disent 200. Des balles sont passées à travers les portes», dira-t-il.

Dans la fusillade, un homme de l’assistance est tué, et trois policiers blessés. Plusieurs participants au débat, dont l’ambassadeur et le caricaturiste, se replient dans une autre salle où ils resteront pendant de longues minutes.

L’assaillant quitte rapidement les lieux dans une Volkswagen Polo. La police, qui n’a pu déterminer s’il ciblait quelqu’un en particulier, part à sa recherche.

Dans un premier temps, l’impression des enquêteurs est qu’il y avait deux hommes, dont l’un aurait aidé l’autre dans sa fuite. Mais après avoir recueilli une multitude de témoignages, la police conclut qu’il n’y avait qu’un homme.

L’homme ne garde pas sa voiture longtemps: il l’abandonne à deux kilomètres au nord du lieu de l’attentat, près d’une gare.

Il est filmé par des caméras de vidéosurveillance, vêtu d’une doudoune foncée, un bonnet ou une cagoule bordeaux, et un grand sac noir.

A 17h07, la police rend publique l’immatriculation de cette voiture, et demande aux habitants de Copenhague de ne surtout pas tenter d’appréhender de suspect. Elle annonce à 17h54 que la voiture a été retrouvée.

A partir des éléments recueillis, les enquêteurs diffusent à 19h23  cette description de l’assaillant: un homme «entre 25 et 30 ans, d’environ 1,85 m, athlétique, d’apparence arabe, (…) les cheveux lisses».

A 20h06, la police publie une photo tirée de la bande d’une caméra de vidéosurveillance. L’homme était introuvable samedi soir, et aucun élément n’a filtré sur son identité.


Je suis Charlie: Attention, un slogan peut en cacher bien d’autres ! (Who needs terrorism when you’ve got PC ?)

10 janvier, 2015
https://i1.wp.com/www.allmystery.de/dateien/rs5862,1291189852,stop_we_have_run_out_of_virgins.gifhttps://i1.wp.com/resources3.news.com.au/images/2015/01/09/1227180/194155-51b90552-97e8-11e4-a48c-65589599f0ae.jpg
http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2014/07/manifgaza3.jpg?itok=yeR4GP-xhttp://www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpg
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Guevara in de rigueur keffiehFashion victims in de rigueur keffieh
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Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent leur chemin comme si rien ne s’était passé. Winston Churchill
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
A Paris comme à Falluja la guérilla vaincra! Slogan des manifestations contre la guerre en Irak (2005)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes. (…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller (2005)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. Barack Hussein Obama
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je n’ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J’ai lu ce qui a été publié dans la presse (des chapitres des Versets sataniques ont été publiés quelques jours plus tôt par Libération, le Nouvel Observateur et l’Evénement du jeudi, ndlr). C’est misérable. Et en règle générale, je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent. Jacques Chirac (maire de Paris, 26.02.89)
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
Suite à la parution de cette tribune, M. Redeker a fait l’objet de menaces de mort. Le MRAP les condamne avec autant de force et d’indignation qu’il a condamné les déclarations irresponsables d’un philosophe amateur de polémiques dont il croyait sans doute sortir à jamais indemne. C’est d’abord à ses propres limites que vient de se heurter Monsieur REDEKER. Preuve, s’il en était besoin, que toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrémistes encore. Le MRAP réclame d’une même voix la condamnation des propos provocants de M. REDEKER, sa protection contre toute atteinte physique et le châtiment des auteurs de ces inadmissibles intimidations et menaces de mort. MRAP (29.09.06)
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Charlie Hebdo ce n’est pas mes copains. Qu’ils crèvent ! Ils ont pris des risques sur la peau des autres. En plus ils ne sont pas drôles. C’était nul l’histoire de Mahomet. Guy Bedos (2012)
 Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech. Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.(…) The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.” The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate. Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right. Jonathan Turley
A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West. We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time. (…) How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties. (…) The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.(…) My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it. The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing and we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason. Andrew Parker (MI5)
The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings. You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. Christopher Hitchens
Il nous faut réfléchir à ce à quoi nous sommes confrontés, et j’ai en effet déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. C’est incroyable que la pensée que nous tenons pour sainte pousse la communauté musulmane à être une source d’inquiétude, de peur, de danger, d’assassinats et de destruction dans le monde entier. (…) Est-il possible que 1,6 milliards de personnes aient envie de tuer le reste de la population mondiale — c’est-à-dire 7 milliards – pour qu’ils puissent vivre ? Impossible ! (…) Nous avons besoin d’une révolution religieuse. Imams, vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier, je le répète, tout le monde attend votre réaction car cette oumma est ravagée, elle est détruite, elle est perdue, et elle est perdue par nos propres mains. Abdel Fattah al-Sissi (président égyptien)
Qu’a donc fait l’Etat Islamique que Mahomet n’a-t-il pas fait lui-même ? Ahmed Harqan (talk-show de télévision populaire)
Les islamistes n’ont fait qu’appliquer la charia élémentaire. Aldo Sterone
Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time. Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world. Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear. My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. Dr Raied Al-Wazzan (Belfast Islamic Centre)
Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. Nekfeu (rappeur français, 2013)
Je ne connais pas ce rappeur. Je ne connais pas sa réputation. Mais je suis effaré qu’on appelle à brûler un journal. Surtout que cela s’est déjà passé. Ce qui me choque vraiment c’est l’opposition entre ces propos de haine et la marche de 1983. Il n’y a pas grand rapport entre le film sur la marche de 1983 et des rappeurs qui visiblement cherchent à instrumentaliser le film. Je suis stupéfait que la production du film laisse passer ça. Certains de ces rappeurs mélangent des sujets différents : ils se servent de l’anti-racisme pour défendre des thèses religieuses réactionnaires. (…) il n’y a pas que cette phrase. Quand un rappeur dit par exemple qu’il préfère une copine voilée que des filles maquillées… La marche de 1983 n’était pas une marche de filles voilées ! Et puis un autodafé, c’est littéralement un acte de foi [le terme autodafé provient du portugais « acto da fé », traduction du latin « actus fidei », « acte de foi », NDLR]. Par ailleurs, lorsqu’on nous appelle des « chiens », c’est clairement « chiens d’infidèles » que l’on veut dire. Charb
J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013. Charb (directeur de Charlie Hebdo)
Je n’avais pas à valider les paroles. Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo. Hugo Sélignac (producteur du film « La Marche »)
Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd’hui au siège de Charlie Hebdo. Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an  (…) mes intentions de l’époque n’étaient évidemment pas de m’attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d’expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. (…) Je dois avouer qu’en ce jour de deuil effroyable la formule en question résonne dans mon coeur avec regret, que je suis choqué et que je tiens fermement à soutenir la liberté d’expression qui m’est chère (‘§et la cohésion entre toutes les communautés qui forment notre pays. Paix et Amour. Pour de vrai. Nekfeu
Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment du bien-être de la nation. Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir (…) Par conséquent, les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde (…) les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe. L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort.  Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Dans le contexte actuel – des manifestations dans le monde musulman contre un film anti-islam, une ambassade américaine incendiée et des diplomates tués –, « Charlie Hebdo » fait de la pure provocation. Il joue à la fois sur la peur des Français non musulmans et sur celle des musulmans, qui craignent la stigmatisation et la prise à partie. Il est important de préciser que les récentes manifestations violentes ne concernent que quelques centaines d’individus et sont condamnées par les gouvernements, y compris ceux issus des Frères musulmans. Elles sont le fruit d’une minorité d’excités, qui ne représentent en rien l’ensemble des musulmans. Il faut se garder de tout amalgame entre cette image minoritaire et déformée de l’islam et la réalité. Or le numéro de « Charlie Hebdo » de cette semaine fait tout l’inverse et participe à l’amalgame. Le moment me semble donc particulièrement mal choisi, « Charlie Hebdo » aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme. Tout ça ne va pas faciliter la tâche de nos diplomates à l’étranger et il faut souhaiter que nos ambassades ne soient pas prises à partie. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de « Charlie Hebdo ». Ce journal sait que quand on tape sur l’islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Il est très différent de se moquer de la mort de De Gaulle dans une France gaulliste, où l’opposition était faible et la liberté de la presse pas aussi conséquente qu’aujourd’hui, et se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Le premier cas de figure relève du courage, pas le second. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les puissants. Là est le courage. (…) La tradition libertaire de « Charlie Hebdo » appartient depuis plusieurs années déjà au passé du journal, qui joue maintenant à fond la carte « beauf-raciste ». Il ratisse ainsi un nouveau type de lectorat, bien éloigné à mon avis des libertaires du début. (…) Il faut faire tomber les masques et dire que « Charlie Hebdo » est devenu journal populiste et non plus libertaire. Il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque. Pascal Boniface
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ? Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?. (…) Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité. André Grjebine
Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ». Métronews
On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. (…) Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire. Ministère de l’Intérieur
In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture. On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.” Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds. “Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner. Edward Morrissey
With respect to the current protest against the use of the word “illegal” in describing aliens applying for driver’s licenses, understand that the ultimate goal of the activists involved is to do away with the concept of immigration law altogether in favor of open borders and universal citizenry. They are attacking the use of the term “illegal” not because they are offended, but because they seek to affect the outcome of a national debate by controlling language in order to stifle dissent. With respect to this attack on a truthful and accurate headline, George Orwell said it best: “Political language is designed to make lies sound truthful and to give an appearance of solidarity to pure wind. Political speech is intended to hide the truth rather than express it.” The truth is, the term “illegal alien” accurately describes a foreigner who has entered or resides in a country unlawfully or without the country’s authorization, even if California chooses to issue driver’s licenses to the same. As such, the use of the word “illegal” to describe the status of an alien is neither race- or national origin-specific. Illegal aliens can hail from any country and race on earth, but these details are actually irrelevant to the discussion at hand. I would hope Wednesday’s terror attack in Paris is not lost in this debate, as it more closely mirrors what is going on here rather than any vague connections to Ferguson and New York. The point is, to what degree does society cater to people who claim the right to not be offended? Who do we check with to determine our speech meets the PC code? The critics who are the most threatening? Andy Caldwell
Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires. Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ». Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours. Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ». Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ». BC
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne! Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat». Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)! Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux. Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»! Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités. Mezri Haddad

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

Mode du keffieh, bidonnages médiatiques à la petit Mohmmed, manifestations pro-Saddam ou pro-Hamas aux cris de « Mort aux juifs ! »,  polémique du voile islamique, affaire Redeker, tollé contre la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, torture et assassinat d’Ilan Halimi, massacres de Toulouse ou de Bruxelles, tapis rouge élyséen pour les financiers du djihad, drapeau noir de l’Etat islamique trônant sur la statue de la République, prédication du djihad en vente libre dans les hypermarchés, chansons de rap appelant au meurtre, viol de Créteil, lieux de culte sous constante surveillance policière, communauté qui avec à peine 1% de la population concentre quelque 50% des persécutions, dénonciation systématique de notre arsenal antiterrorriste et encensement de ceux qui les dévoilent au monde,  reconnaissance d’un prétendu Etat prônant rien de moins que la Solution finale

Au lendemain, suite au carnage de Charlie hebdo, du nouvel assassinat de quatre juifs dans un supermarché cacher parisien …

Et, derrière un slogan plus que galvaudé depuis le « Nous sommes tous américains » des attentats du 11 septembre, à la veille d’un nouveau rassemblement et d’un unanimisme de façade (avec un Abbas en vedette américaine ?) commandés par un pouvoir complètement discrédité

Alors qu’après des années d’atermoiements des grands médias en un pays qui croule sous les lois liberticides, les journaux se décident enfin à publier certaines des meilleurs caricatures des dessinateurs assassinés …

Comment ne pas voir avec le philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO Mezri Haddad …

 Produit de « trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme » et faisant le lit du second …

Ce véritable terrorisme intellectuel de la pensée politiquement correcte ?

Terrorisme islamiste: cette guerre qui commence était hélas prévisible!
Le Figaro
Mezri Haddad
09/01/2015

Pour le philosophe tunisien Mezri Haddad le rejet des amalgames ne doit pas empêcher la remise en cause de la dogmatique ambiante. L’intégration de l’islam dans les pays européens a échoué et a laissé place au développement de l’intégrisme.

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d’essais sur la réforme de l’islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression.
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d’amalgames, mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s’attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Voir aussi:

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d’interdiction
Métronews

29-07-2014

RELIGION – A l’occasion du ramadan, la large diffusion en France d’un livre intitulé « La voie du musulman » fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l’islam, il fait l’objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l’Intérieur indique à metronews qu’il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

« La voie du musulman » a été mis dans les rayons de près de 1000 points de vente partout en France. Photo : Albouraq
Dans le cadre d’une « opération Ramadan », la maison d’édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l’un d’entre eux fait polémique. Intitulé « La voie du musulman », il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente, rapporte ce mardi Le Figaro.

« La voie du Musulman », éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture « des solutions conformes aux exigences du monde moderne ». L’auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l’islam. Mais après des chapitres sur « la foi » du musulman, « la bienséance », « la morale du musulman » ou les « pratiques religieuses », le chapitre « rapports sociaux » évoque longuement un sujet pour le moins controversé : « la guerre sainte, le djihad ».

« Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement »

Dans ces onze pages, l’auteur développe une analyse belliqueuse de l’islam. « Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir », commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, « les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ». Page 267, le livre indique que « les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe ». Et d’asséner, 13 pages plus loin : « L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort ».

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que « d’autres magasins le vendent aussi » à l’occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l’enseigne souligne que sa vente s’est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l’ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que « vu le contexte, c’est sensible ».
« Il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme »

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ».

Le ministère de l’Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre « salafiste aux propos radicaux ». Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad, les services de Bernard Cazeneuve assurent qu’ils ne peuvent rien faire. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible », affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener « une expertise juridique » pour s’en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n’est pas l’apanage d’ouvrages islamiques : « Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire ».

Voir également:

« La Marche » : « Charlie Hebdo » effaré par une chanson liée au film
L’Obs avec AFP
25-11-2013
D’abord présentée comme la bande originale du film « La Marche », une chanson issue d’un projet parallèle attaque les « chiens de Charlie Hebdo »… qui réagit vivement.
Le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » : interprétée par une dizaine de rappeurs, une chanson particulièrement violente à l’égard de l’hebdomadaire satirique, d’abord présentée comme faisant partie de la bande originale du film « La Marche » – sur les écrans mercredi – a déclenché une polémique lundi 25 novembre. Mais face à « l’effarement » du quotidien satirique, le producteur Hugo Sélignac a pris ses distances. Il assure que la chanson « n’a jamais été prévue pour la B.O. du film ». Elle a néanmoins été réalisée avec son accord et soutien.

« Je n’avais pas à valider les paroles »
Diffusée sur internet depuis vendredi 22 novembre, la chanson controversée est présentée sur de nombreux sites comme « BO du film ‘La Marche' ». Ecrite et interprétée par une dizaine de rappeurs renommés, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu, la chanson est en fait un projet parallèle monté par le rappeur Kore et le producteur du film, Hugo Sélignac, à l’occasion des 30 ans de la Marche antiraciste de 1983, qui est aussi le sujet du long métrage. Selon ce producteur, tous les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme située à Vénissieux, dans le Rhône.

J’ai apporté mon soutien à cette chanson qui n’a jamais été prévue pour la BO du film. J’ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j’ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l’affiche du film soit la même. Je n’avais pas à valider les paroles », explique Hugo Sélignac.
« Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo », ajoute-t-il.

Joint également par l’AFP, le producteur de la chanson a défendu celle même « liberté d’expression » des rappeurs qui ont participé à la chanson : « Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s’offusque, mais ce n’est pas cette réaction que j’attends d’eux. Réagir comme ils le font, c’est jouer le jeu des extrêmes », a estimé Kore. Le rappeur Disiz, qui a participé à l’élaboration de la chanson, a quant à lui réagi sur Instagram, et réaffirmé sa position : « Fuck Charlie Hebdo ».

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »
Un peu plus tôt dans la journée, la rédaction de « Charlie Hebdo » avait fait part de son « effarement » en découvrant la « violence » à son égard des paroles de la chanson. Dans le 7e couplet qu’il interprète, le rappeur Nekfeu chante notamment : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Nekfeu est membre du collectif parisien « 1995 » (Polydor), très apprécié de la critique et pas coutumier des polémiques.

« Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film ‘La Marche’ à son encontre. Ainsi, la chanson ‘Marche’ […] reprend les propos que tient habituellement l’extrême droite musulmane lorsqu’elle évoque notre journal », estime Charlie Hebdo dans un communiqué signé de « la rédaction ».

« Nous avons l’habitude de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles »
« S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier », ajoute le communiqué de Charlie Hebdo. « Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles. »

« Nous sommes juste très surpris que le réalisateur [Nabil ben Yadir] d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son oeuvre », conclut Charlie Hebdo.

« Pas de plainte, ni de demande particulière. J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013 », a déclaré Charb, le directeur de Charlie Hebdo.

(Le clip vidéo de la chanson « Marche »)

Avec Jamel Debbouze à l’affiche, le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme.

Le 2 novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo avait été détruit par un incendie criminel, le jour où il publiait à la une une caricature de Mahomet.

Voir encore:

« Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. »
BC, @sinaute

Arrêt sur images

9 janvier 2015 13:52

« Je ne suis pas descendu parmi la foule. » Un @sinaute exprime, dans le forum de discussion de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, son malaise vis-à-vis de « l’union nationale » suite aux attaques meurtrières qui ont visé Charlie Hebdo. En cause, la « dérive islamophobe » du journal et de cette gauche « Onfray/Charlie/Fourest laïcarde ».

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours.

Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ».

Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ».

« Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là »

Résultat: des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l’identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant: mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer? Et vous, les musulmans « modérés », pourquoi on vous entend pas plus? A partir d’aujourd’hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l’accepter, c’est la culture Française ». Super l' »unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c’est pas possible, c’est trop gros, c’est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là: manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu’au 11/09/01. La réalité est qu’on les a déjà perdus depuis longtemps, et c’est pas avec des veillées publiques à la bougie qu’on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » – mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie? Et ça va changer quoi?

« La majorité va se sentir mieux, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. »

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l’oubli des causes réelles et profondes de l’anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s’était fait du bien en 1998 et 2002, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu’ils ont tué: ils étaient juste sur la liste des cibles d’AlQaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l’unanimisme de façade devant l’horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu’elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu’elle a généré en un peu plus d’une décennie ses propres ennemis intérieurs.

« La plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON »

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON. Personne n’a compris que la France n’a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l’immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation » et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l’ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d’expression, dernier rempart d’une collectivité qui n’est plus capable de se donner comme raison d’être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n’arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n’y arriverez pas. Car ce n’est pas CA notre problème. Notre problème, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus personne en France qui n’ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d’en être réduit à n’avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu’ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu’ils en soient là: ce n’est pas facile mais c’est la seule chose qui compte si on ne veut pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l’anomie.

Après, c’est trop tard. Et c’est déjà trop tard….

Voir encore:

The biggest threat to French free speech isn’t terrorism. It’s the government.
The murders at Charlie Hebdo, while tragic, aren’t the problem.
Jonathan Turley
Washinton Post
January 8
Jonathan Turley is the Shapiro professor of public interest law at George Washington University.

Within an hour of the massacre at the headquarters of the Charlie Hebdo newspaper, thousands of Parisians spontaneously gathered at the Place de la Republique. Rallying beneath the monumental statues representing Liberty, Equality and Fraternity, they chanted “Je suis Charlie” (“I am Charlie”) and “Charlie! Liberty!” It was a rare moment of French unity that was touching and genuine.

Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech.

Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.

In 2006, after Charlie Hebdo reprinted controversial cartoons of the prophet Muhammad that first appeared in a Danish newspaper, French President Jacques Chirac condemned the publication and warned against such “obvious provocations.”

“Anything that can hurt the convictions of someone else, in particular religious convictions, should be avoided,” he said. “Freedom of expression should be exercised in a spirit of responsibility.”

The Paris Grand Mosque and the Union of French Islamic Organizations sued the newspaper for insulting Muslims — a crime that carries a fine of up to 22,500 euros or six months’ imprisonment. French courts ultimately ruled in Charlie Hebdo’s favor. But France’s appetite for speech control has only grown since then.
The cases have been wide-ranging and bizarre. In 2008, for example, Brigitte Bardot was convicted for writing a letter to then-Interior Minister Nicolas Sarkozy about how she thought Muslims and homosexuals were ruining France. In 2011, fashion designer John Galliano was found guilty of making anti-Semitic comments against at least three people in a Paris cafe. In 2012, the government criminalized denial of the Armenian genocide (a law later overturned by the courts, but Holocaust denial remains a crime). In 2013, a French mother was sentenced for “glorifying a crime” after she allowed her son, named Jihad, to go to school wearing a shirt that said “I am a bomb.” Last year, Interior Minister Manuel Valls moved to ban performances by comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, declaring that he was “no longer a comedian” but was rather an “anti-Semite and racist.” It is easy to silence speakers who spew hate or obnoxious words, but censorship rarely ends with those on the margins of our society.

Notably, among the demonstrators this past week at the Place de la Republique was Sasha Reingewirtz, president of the Union of Jewish Students, who told NBC News, “We are here to remind [the terrorists] that religion can be freely criticized.” The Union of Jewish Students apparently didn’t feel as magnanimous in 2013, when it successfully sued Twitter over posts deemed anti-Semitic. The student president at the time dismissed objections from civil libertarians, saying the social networking site was “making itself an accomplice and offering a highway for racists and anti-Semites.” The government declared the tweets illegal, and a French court ordered Twitter to reveal the identities of anti-Semitic posters.

Recently, speech regulation in France has expanded into non-hate speech, with courts routinely intervening in matters of opinion. For example, last year, a French court fined blogger Caroline Doudet and ordered her to change a headline to reduce its prominence on Google — for her negative review of a restaurant.

While France long ago got rid of its blasphemy laws, there is precious little difference for speakers and authors in prosecutions for defamation or hate speech. There may also be little difference perceived by extremists, like those in Paris, who mete out their own justice for speech the government defines as a crime. To them, this is only a matter of degree in responding to what the government has called unlawful provocations. As the radical Muslim cleric Anjem Choudary wrote this past week, “Why in this case did the French government allow the magazine Charlie Hebdo to continue to provoke Muslims?”

It was the growing French intolerance of free speech that motivated the staff of Charlie Hebdo — and particularly its editor, Stéphane Charbonnier — who made fun of all religions with irreverent cartoons and editorials. Charbonnier faced continuing threats, not just of death from extremists but of criminal prosecution. In 2012, amid international protests over an anti-Islamic film, Charlie Hebdo again published cartoons of Muhammad. French Prime Minister Jean-Marc Ayrault warned that freedom of speech “is expressed within the confines of the law and under the control of the courts.”
Editor’s note: This video contains graphic content. Videos shot near the Paris office of Charlie Hebdo captured two gunmen fleeing the area. One shows the gunmen shooting a police officer. (The Washington Post)
Carbonnier wasn’t cowed — by the government pressure, the public protests or the inclusion of his name on a list of al-Qaeda targets. In an interview with the French newspaper Le Monde, he echoed Mexican revolutionary Emiliano Zapata and proclaimed, “I would rather die standing than live on my knees.” Carbonnier was the first person the gunmen asked for in their attack on the office, and he was one of the first to be killed.

The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.”
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate.

Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right.

Voir par ailleurs:

The Next Islamist Rampage
The West has to reinforce its terror defenses, including surveillance.
WSJ
Jan. 9, 2015

France’s terror rampage ended Friday as police killed three Islamists, but not before they had paralyzed much of the country, taken more hostages, and killed at least four more innocents. Europe and the U.S. had better brace for more such attacks, while reinforcing the antiterror defenses, moral and military, that have come under political assault in recent years.

***
The biggest question raised by Paris is whether it presages a new offensive by homegrown jihadists carrying European or U.S. passports who are inspired by al Qaeda or Islamic State. Officials say one of the killers was trained by the al Qaeda offshoot in Yemen, and we can expect other such links or sympathies.

It’s tempting but probably wrong to think that France has a unique jihadist problem because of its relatively large Muslim population (about 7.5% of the country) and the immigrant ghettoes where they congregate. These certainly are breeding grounds for radicalism. Yet the United Kingdom has Birmingham, the Islamist petri dish for the London subway bombers, and the U.S. sheltered the killer Tsarnaevs in Boston and the Somali immigrants in Minnesota who’ve gone to Syria.

America may have a better historical record of assimilating diverse peoples, but that was when the U.S. had a less fragmented national culture and an elite that was more confident in Western values. The Internet, for all its benefits, also makes it possible for young men in the West to be inspired or recruited by jihadist networks around the world.

The threat is compounded by America’s abdication in the Syrian civil war, which has become a Grand Central Station for global jihad. Thousands from the Muslim diaspora have flooded into Syria as they did in Iraq after the fall of Saddam Hussein. The difference is that in Iraq they were killed by the U.S.-Iraq counter-insurgency campaign.

In Syria they have had four years to develop safe havens and training camps. Hundreds of Europeans and Americans have joined the ranks of al-Nusrah, the al Qaeda branch in Syria, or Islamic State, which controls territory from Aleppo in Western Syria through the suburbs of Baghdad.

“A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West,” said Andrew Parker, the director general of British security service MI5, in a speech Thursday. His timing was no accident. Mr. Parker said some 600 British citizens have traveled to Syria, many joining Islamic State. “We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time.”

How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties.

The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.

“My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it,” Mr. Parker, the British security chief, also said this week. “The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing” and “we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason.”

Surveillance by itself isn’t enough, given the many reports that French security had tracked this week’s killers. We’ll learn in the coming days if the French missed clues that the Kouachi brothers were ready to strike, but other countries have had similar oversights. The FBI was tipped off that Tamerlan Tsarnaev had visited the North Caucusus terrorist hotbed of Dagestan in 2012 but failed to act.

The West will have to consider more aggressive interventions, including arrest or exile, for citizens who visit terror regions and show signs of embracing jihad. Tracking Muslim student groups and clerics is also essential to preventing future attacks. The Associated Press campaign three years ago against the New York police for legal monitoring of Muslim groups looks more morally obtuse with each homegrown attack.

***
The indispensable and now-missing requirement for this counteroffensive is U.S. leadership. Mr. Obama clearly is unable to supply it. His May 2013 speech announcing victory in the war against al Qaeda may have reflected his sincere belief. But it also revealed his willful naivete about the nature of Islamist terror, and it encouraged jihadists to conclude the U.S. was in retreat. He can’t even find the words to forthrightly defend the antiterror programs his own Administration uses.

Members of Congress in both parties, and especially Republican presidential candidates, have an obligation to show the world that help is on the way. Rand Paul has made the clearest public impression by echoing Mr. Obama’s theme that the U.S. has gone too far in its antiterror defenses. Other candidates who disagree will have to speak clearly about how they define the Islamist threat and how the West can defeat it.

Stand up for Denmark!
Why are we not defending our ally?
Christopher Hitchens
Slate
Feb. 21 2006

Put the case that we knew of a highly paranoid religious cult organization with a secretive leader. Now put the case that this cult, if criticized in the press, would take immediate revenge by kidnapping a child. Put the case that, if the secretive leader were also to be lampooned, two further children would be killed at random. Would the press be guilty of « self-censorship » if it declined to publish anything that would inflame the said cult? Well, yes it would be guilty, but very few people would insist on the full exertion of the First Amendment right. However, the consequences for the cult and its leader would be severe as well. All civilized people would regard it as hateful and dangerous, and steps would be taken to circumscribe its influence, and to ensure that no precedent was set.

The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings.

You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. It was the arrogant Danish mullahs who patiently hawked those cartoons around the world (yes, don’t worry, they are allowed to exhibit them as much as they like) until they finally provoked a vicious response against the economy and society of their host country. For good measure, they included a cartoon that had never been published in Denmark or anywhere else. It showed the Prophet Mohammed as a pig, and may or may not have been sent to a Danish mullah by an anonymous ill-wisher. The hypocrisy here is shameful, nauseating, unpardonable. The original proscription against any portrayal of the prophet—not that this appears to be absolute—was superficially praiseworthy because it was intended as a safeguard against idolatry and the worship of images. But now see how this principle is negated. A rumor of a cartoon in a faraway country is enough to turn the very name Mohammed into a fetish-object and an excuse for barbaric conduct. As I write this, the death toll is well over 30 and—guess what?—a mullah in Pakistan has offered $1 million and a car as a bribe for the murder of « the cartoonist. » This incitement will go unpunished and most probably unrebuked.

Could things become any more sordid and cynical? By all means. In a mindless attempt at a tu quoque, various Islamist groups and regimes have dug deep into their sense of wit and irony and proposed a trade-off. You make fun of « our » prophet and we will deny « your » Holocaust. Even if there were any equivalence, and Jewish mobs were now engaged in trashing Muslim shops and embassies, it would feel degrading even to engage with such a low and cheap stunt. I suppose that one should be grateful that the Shoah is only to be denied rather than, as in some Islamist propaganda, enthusiastically affirmed and set out as a model for emulation. But only a moral cretin thinks that anti-Semitism is a threat only to Jews. The memory of the Third Reich is very vivid in Europe precisely because a racist German regime also succeeded in slaughtering millions of non-Jews, including countless Germans, under the demented pretext of extirpating a nonexistent Jewish conspiracy. As it happens, I am one of the few people to have publicly defended David Irving’s right to publish, and I think it outrageous that he is in prison in Austria for expressing his opinions. But my attachment to free speech is at least absolute and consistent. Those who incite murder and arson, or who silkily justify it, are incapable of rising above the childish glee that culminates in the assertion that two wrongs make a right.

The silky ones may be more of a problem in the long term than the flagrantly vicious and crazy ones. Within a short while—this is a warning—the shady term « Islamophobia » is going to be smuggled through our customs. Anyone accused of it will be politely but firmly instructed to shut up, and to forfeit the constitutional right to criticize religion. By definition, anyone accused in this way will also be implicitly guilty. Thus the « soft » censorship will triumph, not from any merit in its argument, but from its association with the « hard » censorship that we have seen being imposed over the past weeks. A report ($$) in the New York Times of Feb. 13 was as carefully neutral as could be but nonetheless conveyed the sense of menace. « American Muslim leaders, » we were told, are more canny. They have « managed to build effective organizations and achieve greater integration, acceptance and economic success than their brethren in Europe have. They portray the cartoons as a part of a wave of global Islamophobia and have encouraged Muslim groups in Europe to use the same term. » In other words, they are leveraging worldwide Islamic violence to drop a discreet message into the American discourse.
You may have noticed the recurrence of the term « One point two billion Muslims. » A few years ago, I became used to the charge that in defending Salman Rushdie, say, I had « offended a billion Muslims. » Evidently, the number has gone up since I first heard this ridiculous complaint. But observe the implied threat. There is not just safety in numbers, but danger in numbers. How many Danes or Jews or freethinkers are there? You can see what the « spokesmen » are insinuating by this tactic of mass psychology and mobbishness.
And not without immediate success, either. The preposterous person of Karen Hughes is quoted in the same New York Times article, under her risible title of « Under Secretary of State for Public Diplomacy. » She tittered outside the store she was happily giving away: « The voices of Muslim Americans have more credibility in the Muslim world frankly than my voice as a government official, because they can speak the language of their faith and can share their experience of practicing their faith freely in the West, and they can help explain why the cartoons are so offensive. » Well, let’s concede that almost any voice in any world has more credibility on any subject than this braying Bush-crony ignoramus, but is the State Department now saying that we shall be represented in the Muslim world only by Muslims? I think we need a debate on that, and also a vote. Meanwhile, not a dollar of Wahhabi money should be allowed to be spent on opening madrasahs in this country, or in distributing fundamentalist revisions of the Quran in our prison system. Not until, at the very least, churches and synagogues and free-thought libraries are permitted in every country whose ambassador has bullied the Danes. If we have to accept this sickly babble about « respect, » we must at least demand that it is fully reciprocal.
And there remains the question of Denmark: a small democracy, which resisted Hitler bravely and protected its Jews as well as itself.  Denmark is a fellow member of NATO and a country that sends its soldiers to help in the defense and reconstruction of Iraq and Afghanistan. And what is its reward from Washington? Not a word of solidarity, but instead some creepy words of apology to those who have attacked its freedom, its trade, its citizens, and its embassies. For shame. Surely here is a case that can be taken up by those who worry that America is too casual and arrogant with its allies. I feel terrible that I have taken so long to get around to this, but I wonder if anyone might feel like joining me in gathering outside the Danish Embassy in Washington, in a quiet and composed manner, to affirm some elementary friendship. Those who like the idea might contact me at christopher.hitchens@yahoo.com, and those who live in other cities with Danish consulates might wish to initiate a stand for decency on their own account.
Update, Feb. 22: Thank you all who’ve written. Please be outside the Embassy of Denmark, 3200 Whitehaven Street (off Massachusetts Avenue) between noon and 1 p.m. this Friday, Feb. 24. Quietness and calm are the necessities, plus cheerful conversation. Danish flags are good, or posters reading « Stand By Denmark » and any variation on this theme (such as « Buy Carlsberg/ Havarti/ Lego ») The response has been astonishing and I know that the Danes are appreciative. But they are an embassy and thus do not of course endorse or comment on any demonstration. Let us hope, however, to set a precedent for other cities and countries. Please pass on this message to friends and colleagues.

Caricatures: il faut se moquer de la religion
Christopher Hitchens

Traduit par Peggy Sastre

08.01.2015

En 2006, le monde était secoué par l’affaire dite des caricatures de Mahomet, publiées par un journal danois et reprises en France par Charlie Hebdo. Christopher Hitchens, grand défenseur de la laïcité aujourd’hui décédé, réaffirmait la nécessité de ne pas céder aux menaces et de critiquer les religions.

Mercredi, des hommes armés ont attaqué les bureaux de Charlie Hebdo, faisant au moins 12 morts. Le magazine était connu pour avoir publié des images du prophète Mahomet, y compris les dessins de 2005 parus pour la première fois dans le quotidien danois Jyllands-Posten, des caricatures qui avaient été à l’origine d’une vague de violence dans le monde entier. En février 2006, Christopher Hitchens, mort en 2011, se saisissait du problème à son inimitable manière. Nous republions aujourd’hui des extraits de son article.

Il débutait par la déclaration du porte-parole du Département d’Etat américain réagissant aux caricatures:

«Les images anti-musulmanes sont aussi inacceptables que le sont les images antisémites, les images anti-chrétiennes ou celles qui s’attaquent à n’importe quelle autre croyance religieuse.»
Une déclaration contestée par Hitchens:

[…] Comme il est effroyable que le pays du Premier Amendement soit représenté par une telle administration [l’administration Bush, NDLE]. Que veut-il dire en parlant d’«inacceptable»? Que les images devraient être interdites? Et comme il est lamentable qu’un «porte-parole» soit incapable de faire la différence entre la critique d’un système de croyance et le dénigrement d’un peuple entier.

Néanmoins, McCormack [le porte-parole]  l’analphabète a raison quand il compare sans le vouloir libelles racistes et foi religieuse. D’aucuns ont souligné combien la presse arabe et musulmane regorge de caricatures anti-juives, et souvent de la plus évidente et haineuse espèce. En un sens, la comparaison est désespérément inexacte.

Ces fétides illustrations apparaissent pour la plupart dans des pays où un Etat décide ce qui est publiable ou diffusable. Pour autant, quand des musulmans réimpriment Les protocoles des sages de Sion ou perpétuent les rumeurs de sacrifices rituels lors de la Pâque juive, ils recyclent les fantasmes de la police secrète russe chrétienne orthodoxe (dans le premier cas) et des siècles de propagande catholique romaine et luthérienne (dans le second). Et quand un politicien israélien compare les Palestiniens à des serpents, des porcs ou des singes, il est quasi certain qu’il s’agira d’un rabbin (le plus souvent, le Rabbin Ovadia Yosef, leader de l’odieux parti Shass [depuis décédé, NDLE]) et qu’il se référera à une autorité talmudique quelconque pour légitimer son racisme. Pendant quasiment toute l’histoire de l’humanité, la religion et le sectarisme ont été les deux revers d’une même médaille, chose toujours visible aujourd’hui.

Dès lors, il y a fort à penser que le quotidien danois Jyllands-Posten, et tous ceux qui ont solidairement réitéré son initiative, affirment un droit de critiquer non pas simplement l’islam, mais la religion en général. […] Soyez certains que les journaux européens consacrés ont aussi caricaturé leur lot de nonnes, de papes et de colons israéliens messianiques, et brocardent les prêtres violeurs d’enfants. Il y eut un temps où tout cela n’aurait pas été possible. Mais ces tabous ont été brisés.

C’est à cela que servent les tabous: à être brisés

Et c’est à cela que servent les tabous, d’ailleurs bien présents au sein de l’islam. Dans son art, il existe un préjudice hostile à toute représentation humaine. L’interdiction de dessiner le prophète –qui n’était qu’un énième mammifère mâle– est apparemment absolue. Comme l’est celle du porc ou de l’alcool et comme sont prohibées, dans certaines sociétés musulmanes, la musique ou la danse.

Parfait, qu’on laisse un bon musulman s’en abstenir. Mais dès qu’il revendiquera le droit de me faire m’en abstenir à mon tour, alors la menace et la preuve de l’hostilité de ses intentions seront les plus évidentes possibles. Notre actuelle et importune coexistence n’est qu’un interlude, semble-t-il dire. Pour le moment, je ne peux qu’affirmer posséder la vérité absolue et réclamer une absolue immunité contre toute forme de critique. Mais à l’avenir, tu feras ce que je dis et tu le feras sous peine de mort.

Je refuse qu’on me parle sur ce ton, que je trouve au demeurant tout à fait «nauséabond». (Au fait, le mot «nauséabond» ne s’est-il pas mis réellement à puer ces derniers temps?) Face à la profanation du sacré, la répulsion innée de l’humain est bien plus ancienne que le plus ancien des monothéismes: sa plus puissante expression se retrouve dans l’Antigone de Sophocle.

Elle fait corps avec la civilisation. Je ne demande pas le droit d’égorger un porc dans une synagogue ou une mosquée, ni à me soulager sur un livre «saint». Mais on ne m’interdira pas de manger du porc et je n’aurais aucun respect pour ceux qui brûlent des livres tous les quatre matins.

Voyez, j’ai moi aussi de très profondes convictions et croyances, et je mets les Lumières au-dessus de tout sacerdoce ou de tout fétiche sacré. Il m’est révoltant de respirer le même air que celui qu’exhalent les éructations des madrassas, les putrides fumets des assassins kamikazes ou les sermons de Billy Graham et de Joseph Ratzinger [pape quand Hitchens écrivait ce texte, NDLE].

Mais les mêmes principes que je fais miens m’empêchent de ravager l’église la plus proche, de kidnapper le premier musulman que je croise dans la rue pour le retenir en otage, d’enfreindre l’immunité diplomatique en attaquant l’ambassade ou le personnel consulaire d’un Etat, fût-il le pire des pays islamiques, ou de me mettre en scène dans un spectacle grotesque et menacer de répandre le feu et le sang sur d’éloignés inconnus qui auraient pu heurter mes convictions intimes.

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où?

Les grosses colères de bébés gavés de rumeurs que d’aucuns piquent à tout bout de champ, notamment dans le monde musulman, ne cessent de prouver combien la foi relève du stade infantile le plus pourri-gâté et le plus égoïste de notre espèce.

En l’occurrence, les caricatures incriminées ne sont ni très brillantes ni particulièrement mordantes. Mais si des musulmans ne veulent pas que leur soi-disant prophète soit assimilé à des actes barbares ou des fantasmes d’adolescent, ils devraient dire publiquement que le meurtre à l’aveugle récompensé par des vierges n’appartient pas à leur religion. Et on se heurte ici à une curieuse réticence… De fait, les dirigeants musulmans sunnites semblent tout bonnement incapables de condamner le plastiquage de mosquées chiites et de processions funéraires, que même quelqu’un comme moi pourrait qualifier de sacrilège. Bien évidemment, plusieurs millions de musulmans s’en affligent, et une autre raison de condamner les débiles de Washington et leur prise de position, à bien des égards dangereuse, veut que la première victime des lynchages auxquels nous assistons aujourd’hui est la véritable voix du peuple. Il s’agit d’une insulte à l’islam, si vous voulez.

Le problème de l’«outrage» est facile à résoudre.

Premièrement: imaginez que nous nous accordions tous pour nous comporter de façon à éviter d’offenser les croyants. Comment être sûr d’avoir pris suffisamment de précautions? Samedi, je suis intervenu sur CNN, une chaîne tellement terrifiée par d’éventuelles représailles qu’elle allait «pixeliser» les caricatures que ses téléspectateurs avaient précisément besoin de voir [en 2015 encore, certains médias anglosaxons censurent les dessins sur l’islam de Charlie Hebdo, NDLE]. Et ces ignobles angoisses ont fait irruption à Atlanta, aux Etats-Unis, à cause d’une illustration parue dans un tout petit journal scandinave dont personne n’avait entendu parler auparavant!

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où? Nous ne pourrons jamais nous contorsionner suffisamment pour plaire à ces fanatiques, ne serait-ce qu’essayer de le faire est avilissant.

Ensuite (et il convient d’insister là-dessus): est-il possible de mener cette discussion sans être menacé par la violence, ou par un recours immédiat à celle-ci? Quand Salman Rushdie publia Les Versets sataniques en 1988, il le fit avec l’espoir de poursuivre un débat qui s’était d’ores et déjà ouvert dans le monde musulman, entre des rigoristes coraniques et ceux qui en appelaient à une possibilité d’interprétation du texte.

Il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre

Nous savons aujourd’hui quelle allait être sa récompense et nous oublions parfois que la fatwa n’était pas uniquement dirigée contre lui, mais contre «tous ceux qui ont participé à sa publication», ce qui eut comme conséquence la mort du traducteur japonais du livre et les quasi-morts d’un autre traducteur et d’un éditeur.

A un moment donné, j’avais là aussi été invité sur CNN pour débattre avec un quelconque porte-parole de la foi outragée et avais dit que, pour notre part, nous serions heureux de débattre de la pertinence d’utiliser les saintes écritures à des fins littéraires et artistiques. Mais que nous n’échangerions pas un seul mot tant que la personne de l’autre côté de la table n’avait pas rangé son pistolet. (La sinistre grande gueule musulmane que j’avais en face de moi refusait de désavouer l’étatique appel au meurtre et pouvait, bien entendu, compter sur le soutien du bigot catholique Pat Buchanan).

La chose est aussi vraie des relations internationales: il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre. Et la société civile consiste à faire passer la liberté d’expression avant les émotions de toute personne susceptible de considérer malséante une telle liberté. Il est déprimant d’avoir à réaffirmer l’évidence de ces principes et positivement odieux que notre gouvernement ait choisi de les jeter aux orties à peine le combat commencé.

As Americans Muzzle Free Speech, Terrorists Rejoice
Political correctness has eliminated real debate about race and gender
Students get ‘trigger warnings’ lest they suffer undue stress

Edward Morrissey,
The Fiscal Times

January 8, 2015

Sometimes, the world feels as though it would be better off if everyone went back to kindergarten. At least when I attended that grade, the teachers made us learn a mantra that has stuck with me ever since — Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me. That instruction was meant to keep the children from resorting to violence over every little criticism or humiliation and to toughen us up for the life ahead of us.

A few decades later (more than I’d care to admit), that lesson has been lost, in a number of ways. In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture.

On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.”

Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds.

“Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner.

The growth of political correctness, however, pales in comparison to the horrors seen in Paris yesterday. The satirical magazine Charlie Hebdo had produced caustic, satirical commentary for years on a wide range of topics. Its cartoonists had skewered political leaders, cultural figures, and religion ever since its relaunch in 1992. Despite its ecumenical approach to the latter subject – Christianity and Judaism came in for blasphemous criticism – their attacks on Islam drew threats for years, as well as a lawsuit in 2006 (later dismissed).

Related: The Most Powerful Twitter Reactions to the Charlie Hebdo Massacre

After an issue in November 2011 purported to be guest-edited by Mohammed himself, the offices of Charlie Hebdo were destroyed in a firebomb attack. Almost a year later, the magazine ran another satire of Mohammed, drawing criticism from French Foreign Minister Laurent Fabius, as well as the White House. France had to tighten security as a result of threats after the publication.

“A drawing never killed anyone,” Editor in Chief Stéphane Charbonnier responded. « When you start saying that you can’t create such drawings, then the same thing will soon apply to other, more harmless representations. »

Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me.

Unfortunately for “Charb,” extremists don’t know that common wisdom. Using children as hostages, three Muslim gunmen forced their way into Charlie Hebdo’s offices on Wednesday, executing targeted members of the staff, including Charbonnier and two police officers. According to witnesses, they rejoiced for having “avenged the Prophet.” The attack left at least 12 people dead, making it one of the worst terrorist attacks in Europe in several years.

The deaths caused an outpouring of condemnations for the attacks – and oddly, a few for the victims. Columnist Tony Barber wrote in the Financial Times that Charlie Hebdo had “a long record of mocking, baiting, and needling French Muslims.” Barber scolded that “editorial foolishness [had] prevailed … Common sense would be useful at publications such as Charlie Hebdo and Denmark’s Jyllands-Posten, which purport to strike a blow for freedom when they provoke Muslims, but are actually just being stupid.” (The magazine’s editors took a much different view.)

The Catholic League’s Bill Donohue declared himself aligned with Muslims angered over being intentionally insulted by the magazine while helpfully prefacing his remarks by opposing murder over personal insults. “Stephane Charbonnier, the paper’s publisher, was killed today in the slaughter,” he wrote. “It is too bad that he didn’t understand the role he played in his tragic death.” Many others took to social media to declare that the biggest threat in the wake of this massacre was “Islamophobia” in reactions to the shooting.

Charlie Hebdo is not above criticism, certainly, but this is a strange moment to deliver it. The issue at hand stopped being a matter of etiquette and taste when the first bullets flew, and instead became a moment to stand for free expression. It’s also possible to overdo criticism and push it into hate speech. But twelve people dead in the streets of Paris make it clear that commentary is not the real threat. In fact, this should make it clear that commentary is the target.

Perhaps we have grown too accustomed to free speech to appreciate it. Some among us are too eager to push for silence in exchange for a modicum of ease and peace. One does not need to approve of Charlie Hebdo’s caricatures to understand that its editors and contributors had every right to publish them – and that its critics had every right to scold them over its content — without either having to be concerned over whether it would cost them their lives. The only way one can conclude that Charb played “a role … in his own tragic death” is to accept that the price of staying alive is to refrain from criticism, especially of Islam and its extreme adherents.

It took centuries for Western values to develop to the point where we could enjoy and exercise our right to speak out, dissent, criticize, and even be wildly wrong without that choice becoming a life or death matter. Those values are under attack from both within and without, as this episode clearly demonstrates. If this does not serve as a wake-up call to those threats, one may never exist.

Charb understood the risks, and the stakes. « I have neither a wife nor children, not even a dog. But I’m not going to hide,” he told Der Spiegel in 2012 after the criticism of Fabius and the US government, preferring to “die standing than live on my knees.” In the wake of the Charlie Hebdo massacre, we should stand for free speech and free expression. Mere words will never break our bones, but acquiescence to those who wish to silence criticism will eventually enslave us.
– See more at: http://www.thefiscaltimes.com/Columns/2015/01/08/Americans-Muzzle-Free-Speech-Terrorists-Rejoice#sthash.dhXe2NHJ.dpuf

Un journal publie une caricature du prophète
Le Figaro avec AFP
10/01/2015

Un journal australien a publié un dessin humoristique du prophète Mahomet discutant avec Jésus et a appelé à soutenir la liberté d’expression dans le monde, après la tuerie de Paris contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Le dessin publié par ce journal, The Weekend Australian, est intitulé « Prions ». Signé du dessinateur Bill Leak, il montre Jésus tenant le Coran et déclarant à Mahomet: « Je t’ai déjà dit qu’il a besoin d’une suite », une référence au fait que la Bible comporte un Ancien Testament et un Nouveau Testament.

Ce à quoi Mahomet, qui brandit un journal portant le titre « Le monde en guerre », répond qu’actuellement il ne peut pas reprendre une forme humaine parce qu’il serait « crucifié » s’il le faisait. Les représentations de Mahomet, telles que les caricatures publiées en 2006 par Charlie Hebdo, sont interdites par l’islam, et toute forme de dérision envers le prophète irrite un grand nombre de musulmans.

Dans un éditorial, The Weekend Australian appelle le monde occidental à ne pas montrer de faiblesse dans la défense de ses valeurs fondamentales et à ne pas céder sur la liberté d’expression.

A propos de l’attentat commis mercredi par deux jihadistes français d’origine algérienne contre Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, le journal écrit: « Que cela soit délibéré ou pas, l’un des aspects les plus dévastateurs de cette atrocité est qu’elle a frappé notre civilisation à un endroit qui est déjà en train de devenir notre talon d’Achille: un penchant lâche pour le politiquement correct ». « Au cours des dernières années, face à ceux qui sont perpétuellement outragés, nos sociétés pluralistes, démocratiques et libres ont progressivement lâché du terrain sur la liberté d’expression que nous avions durement conquise », déclare l’éditorial.

L’auteur du dessin, Bill Leak, a estimé dans un article publié hier que les extrémistes qui ont commis un massacre à la rédaction de Charlie Hebdo avaient délibérément choisi « un symbole de la liberté de parole qui est au fondement même de la civilisation occidentale ». Selon lui, « un beau sens de l’humour est l’une des caractéristiques distinctives des êtres humains hautement évolués et civilisés », et « son absence est l’une des caractéristiques distinctives de la barbarie ».

How terrorism harms radical Islam
Daniel Pipes

January 9, 2015

An epidemic of recent high-profile attacks by Muslims in the name of Islam – in Canada, Israel, Nigeria, Australia, Pakistan, and France – raises an obvious question: How do the Islamist perpetrators figure that murdering an honor guard, driving cars into pedestrians, slaughtering non-Muslim bus passengers, taking hostage the patrons of a café, or massacring army kids and cartoonists will achieve their goal of applying Islamic law and building a caliphate?

Logically, their violence only helps if it terrorizes their enemies and compels them to bend to the Islamists’ wishes; intimidation, after all, is the essence of terrorism. Sometimes, Islamist terrorism does achieve this objective. For example, to stay out of trouble, a sizeable number of artists have censored themselves concerning Islam; and the botched government response to the 2004 Madrid train bombings helped the opposition party win an election, then withdraw Spanish forces from Iraq.

As a rule, however, terrorism leads not to intimidation but to anger and hostility. Instead of cowing a population, it raises consciousness and provokes hatred for the Islamist cause among Muslims and non-Muslims alike. Rather than advance the Islamist cause, high profile acts of violence harm it.

Some prominent examples:

9/11 removed Islamism from the shadows where it had flourished, stimulating an American-led « war on terror » and a large increase in anti-Islamic sentiment;

The 2004 massacre of school children in Beslan poisoned Russian attitudes toward Muslims and helped Vladimir Putin consolidate power;

The 2013 Boston Marathon bombing locked down a large metropolitan area, giving millions a first-hand taste of Islamist oppression.

Wednesday’s killing of twelve in Paris created a national mood of defiance that put Islamists on the defensive as never before. If the first hours anticipate future developments, a significant portion of the French electorate will demand more effective measures against radical Islam.

Ironically, obscure acts of terror do not have this counterproductive effect. To take one of many examples, when an Egyptian Muslim beheaded two Coptic Christians in New Jersey in 2013, few took notice and little anger ensued. Because of reluctance among police, politicians, the press, and the professoriate, most jihadi-style attacks of this nature tend not to be publicized, thus avoiding an increase in anti-Islamic sentiments. (Sadly, those with a duty to protect too often hide the truth.)

If high-profile violence is counterproductive, why do Islamists persist in this self-defeating behavior? Out of anger and because of a violent disposition.

Anger: Islamists, especially the more extreme ones, exude bitterness, bile, resentment, and envy. They celebrate the medieval period, when Muslims were the richest, most advanced, and most powerful of peoples, and interpret Muslim decline as the result of Western duplicity and betrayal. Only by striking back righteously at these conniving Crusaders and Zionists can Muslims regain their rightful place of honor and power. Expressing anger becomes an end in itself, leading to myopia, an inability to plan, an absence of strategic thinking, and pulsating grandiosity.

A violent disposition: Exulting in their sense of direct knowledge of God’s will, Islamists favor violence. To make the enemy cower in fear, then smite him is the ultimate Islamist dream, a fulfillment of intense ill will, a triumph of Islam’s superiority over other religions and those Muslims who lack the fire of their faith. Suicide bombings, beheadings, gangland-style murders, and other acts of grotesque recrimination express a deep desire for vengeance.

In the long term, then, these acts of violence do immense damage to the Islamist cause. Turned around, the victims of that violence – some 10,000 fatalities in 2,800 attacks in 2013 alone – did not die in vain but unwittingly sacrificed their lives in a dreadful war of wills. Targeted assassinations, such as those against the French cartoonists, have an outsized impact on public opinion.

In sum, self-indulgence and strategic ineptitude are the hallmarks the Islamist campaign. The catastrophe of the Islamist program is matched by the ineptitude of its tactics. And so, I conclude, its fate will be the same dust-heap of history where fascism and communism can be found. Like those two other totalitarianisms, it promises terrible destruction and many deaths before ultimately failing. The war will be long and painful but in the end, again, the forces of civilization will vanquish those of barbarism.

The recent drumbeat of terrorism in the name of Islam may appear to help the Islamist cause. In fact, it brings its agenda closer to a deserved collapse.

Daniel Pipes is president of the Middle East Forum.

Voir de plus:

Le Danemark hésite à diffuser une série satirique sur les islamistes
Agathe Heintz

L’Express

26/11/2010

Ce programme est jugé inopportun, au regard du scandale provoqué par la publication de caricatures de Mahomet en 2005.

Pas question de se moquer des terroristes islamistes au Danemark, et surtout pas à la télévision. En effet, la chaîne télévisée danoise SBS TV a reporté sine die la diffusion d’une série satirique sur le sujet, selon le quotidien danois Jyllands Posten.

Intitulée initialement « Terrorcellen » (« La cellule terroriste ») puis renommée « Cellen » (« La cellule »), la série en 12 épisodes est écrite par le comique danois Omar Marzouk. Le pitch? Elle relate les péripéties absurdes et déjantées d’un trio de terroristes islamistes (et de leur poisson rouge… George Bush) qui résident au Danemark.

Alerté par la décision de SBS TV, son auteur Omar Marzouk déplore la lâcheté de la chaîne: « La série se moque des taliban et d’Al Qaeda, mais par principe, elle se moque de tout le monde », explique-t-il.

Le moment est « inopportun » déclare de son côté le porte-parole de la télévision, en faisant référence aux menaces terroristes qui pèsent sur le pays. Il estime que la diffusion de « Cellen » risque également d’éloigner les annonceurs, inquiets à l’idée que cela cause une polémique similaire à celle de la publication des caricatures de Mahomet, par le journal Jyllands Posten, voici cinq ans.

« Auto-censure nourrie par la peur »
Ce choix a également soulevé une vague de protestations au Parlement et au gouvernement. Le ministre de la Culture, Per Stig Moeller, s’est élevé contre « cette auto-censure nourrie par la peur », qui fait « le jeu des terroristes ». Il a averti SBS TV: « s’ils ne diffusent pas la série -avant le 6 juin 2011-, ils doivent rembourser l’argent reçu des fonds publics », soit plus de 600 000 euros.

Pour le directeur de l’Institut du film danois, Henrik Bo Nielsen, qui a octroyé cette aide à SBS TV, la décision de la chaîne est « incompréhensible ». « Il s’agit d’une série très amusante qui se moque des terroristes d’une manière légère, et ne cloue au pilori en aucun cas l’islam ou les islamistes », a-t-il remarqué.

Voir encore:

Mosul most peaceful city in world, claims Belfast Muslim
IS took over the Iraqi city of Mosul last June

BBC news

9 January 2015

An Iraqi city seized by Islamic State (IS) is « the most peaceful city in the world », one of Northern Ireland’s most senior Muslims has claimed.

IS, a radical Islamist group whose tactics include mass killings and abductions of minorities, overran the northern city of Mosul last June.

Dr Raied Al-Wazzan of Belfast Islamic Centre said relatives living there had told him life was better now.

« These people are less evil than the Iraqi government, » he said.

Dr Al-Wazzan said Western governments had created the conditions for the growth of IS by « establishing a failed state in Iraq, run by militias ».

« Islamic State came to protect a section of society that had been marginalised, and foreign policy had pushed part of society to reach this point, » he told BBC Radio Ulster’s Talkback programme on Friday.

Islamic State has become one of the most formidable jihadist groups in the world
Tents at a camp hosting displaced Iraqi from the Yazidi community near Mosul
IS took control of Mosul in June, introducing a strict regime in line with its radical interpretation of Islamic law.

Dr Al-Wazzan said that while mainstream Islam « never supports radicalisation », it was « important to look at the facts ».

« Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time, » he said.

« Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world.

« Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear.

« My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. »

Voir par ailleurs:

Caricatures : le syndrome de Copenhague
André Grjebine*
06/02/2006

Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ?

Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?

Toutes ces déclarations témoignent d’une profonde incompréhension de ce qu’est l’esprit de tolérance. En effet, si chacun est libre de professer les opinions qu’il veut, la tolérance suppose que chacun puisse également contester n’importe quelle religion.

Dans un Etat démocratique, la seule limite que l’on peut exiger des adversaires d’une religion comme de ses fidèles est de ne pas dériver vers le racisme, c’est-à-dire de critiquer autant qu’ils veulent les croyances, mais de ne jamais stigmatiser de supposées caractéristiques ethniques. Se moquer d’une religion, ce n’est pas se moquer d’un peuple. Rien ne permet d’attribuer une telle dérive aux caricaturistes danois. On ne peut malheureusement en dire autant de la presse de plusieurs Etats musulmans qui fustige régulièrement les juifs en tant que tels, quand elle ne construit pas des procès d’intention contre eux fondés sur des faux comme le Protocole des sages de Sion.

Comme le suggère Umberto Eco, dans Le Nom de la rose, ce que toutes les institutions religieuses craignent le plus, c’est le rire, la remise en question décapante de la Révélation.

Il n’y a rien de plus redoutable que des hommes qui sont incapables de relativiser leurs croyances et qui entendent forcer les autres à les partager, ou au moins, à leur interdire de mettre ces croyances en question.

C’est pourquoi il est fondamental de défendre le droit de rire pour aider ceux qui entendent défendre la liberté et la tolérance à l’intérieur même de l’islam, comme Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas ou Shabana Rehman en Norvège. Le flambeau de la lutte contre l’intolérance religieuse, allumé au XVIIIe siècle, par Voltaire et d’autres philosophes des Lumières, ne doit pas s’éteindre, ou plutôt il doit être rallumé. Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité.

* Philosophe, essayiste, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences po.

Voir enfin:

Quand ils sont venus chercher les communistes

Martin Niemöller

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester


Guerre des sexes: Les transports new-yorkais s’attaquent à la fertilité masculine (Dude, close your legs: From manspreading to infertility spreading ?)

7 janvier, 2015

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https://pbs.twimg.com/media/B6v_v-bCEAAcP5s.jpgLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie hebdo ! Cherif Kouachi (jeune victime de l’islamophobie, Paris, 07.01.15)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu
C’est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes… La jupe, c’est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s’asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d’allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque. La jupe, c’est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d’opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou…) qui fonde l’ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec » tiens ton couteau dans la main droite « , se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l’opposition entre la droite et la gauche, la droite est » naturellement » le côté de la virtus comme vertu de l’homme (vir). La jupe, ça montre plus qu’un pantalon et c’est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l’attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l’érotisme, toute l’ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c’est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu’elle montre. Il fut un temps où il suffisait d’une cheville entr’aperçue!… Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu’elles s’adressent d’abord au corps et qu’elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s’exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. (…) Les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c’est toujours celles qu’elles trouvent trop » grandes » ou trop » grosses » ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu’ils jugent trop » petites « . Parce qu’il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l’on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l’autel et du prie-dieu. Pierre Bourdieu
À quoi ressemble l’homme idéal ? Il s’épile. Il achète des produits de beauté. Il porte des bijoux. Il rêve d’amour éternel. Il croit dur comme fer aux valeurs féminines. Il préfère le compromis à l’autorité et privilégie le dialogue, la tolérance, plutôt que la lutte. L’homme idéal est une vraie femme. Il a rendu les armes. Le poids entre ses jambes est devenu trop lourd. Certaines féministes se sont emparées de cette vacance du pouvoir, persuadées que l’égalité c’est la similitude.  Aujourd’hui, les jeunes générations ont intégré cette confusion. Les fils ne rêvent que de couple et de féminisation longue durée. Ils ne veulent surtout pas être ce qu’ils sont : des garçons. Tout ce qui relève du masculin est un gros mot. Une tare. Mais la révolte gronde. Les hommes ont une identité à reprendre. Une nouvelle place à conquérir. Pour ne plus jamais dire à leurs enfants : «Tu seras une femme, mon fils. Eric Zemmour
Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ? Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France. (…) La tactique du masculinisme est, souvent, de récupérer les outils d’analyse et le vocabulaire féministe pour les retourner contre les féministes en dénonçant un système d’oppression imaginaire. Ainsi, le matriarcat aurait désormais remplacé le patriarcat. Ce n’est pas sans faire penser à ces journalistes défenseurs du système capitaliste qui, inversant les rôles, n’ont de cesse de dénoncer « la dictature des syndicats »… Cette mauvaise foi, c’est celle d’un Patrick Guillot, auteur de La Cause des hommes, et pour qui il a suffi qu’une seule femme soit devenue pilote de Concorde, en 2000, pour affirmer que la profession s’était féminisée et que les hommes n’avaient « plus de modèle ». Plus magnanime, Michel Schneider reconnaît que les hommes dominent largement les sphères du pouvoir, mais… qu’ils gouvernent comme des « mères », imposant des « valeurs féminines » à la France. Des héros comme Zidane ne sont plus des modèles masculins parce que, selon Zemmour – qui ne se prive pas de flirter avec l’homophobie –, ils jouent « comme des femmes », avec un esprit d’entraide, et adoptent une esthétique homosexuelle… Pour théoriser la « crise des hommes », les masculinistes développent systématiquement quatre arguments : les filles réussissent mieux à l’école ; des hommes sont également victimes de violences conjugales ; les hommes se suicident plus que les femmes ; et en cas de divorce les tribunaux attribuent généralement la garde des enfants à la mère. Examinons chacun de ces arguments. Primo, si les filles ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires, cette donnée fluctue selon les écoles, et les milieux favorisés ne présentent pas ce type d’écart. Dans les écoles qui le sont moins, les filles seraient en moyenne plus studieuses parce qu’elles savent, consciemment ou non, que le marché de l’emploi est généralement bien plus favorable aux hommes. Secundo, les masculinistes brandissent des chiffres selon lesquels les hommes sont autant, sinon davantage, victimes de violence conjugale que les femmes. Ils s’abstiennent toutefois de se pencher sur le contexte des violences conjugales. La violence des hommes est majoritairement plus brutale et répétitive – s’inscrivant dans une logique de pouvoir sur les femmes –, et celle des femmes relève davantage de la défense. Tertio, le taux de suicide des hommes serait plus élevé que celui des femmes. Cette affirmation est, encore une fois, isolée de son contexte. En fait la proportion de tentatives de suicide est quasi la même pour les femmes que pour les hommes même si ces derniers « réussissent » davantage. Et c’est sans compter que d’autres phénomènes de désespoir, comme la dépression, touchent majoritairement les femmes. Quarto, en réalité, dans la grande majorité des cas, les divorces se concluent à l’amiable, et la grande majorité des pères délèguent volontiers à la mère la garde des enfants. Certes, lorsque les tribunaux doivent trancher, les juges attribuent plus souvent la garde des enfants aux mères qu’aux pères, mais c’est bien le patriarcat qui est en cause, la magistrature considérant qu’il est plus « naturel » qu’une femme s’occupe des enfants. Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité. Sophie Bouchet (Glamour)
Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué “efféminé” depuis la petite école ; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ou bien “masculine” (vulgaire) ou bien “aguicheuse” (surtout si elle porte une jupe)… Margot Baldassi
Le taux moyen de spermatozoïdes (…) a décliné toute la seconde moitié du XXe siècle, avec en France une accélération dans les années 1970 : en 20 ans, les donneurs de sperme du CECOS de Paris ont perdu — en moyenne — 40 % de leurs spermatozoïdes (− 2,1 %/an) ; le nombre de spermatozoïdes chutant de 89×106/mL de sperme en 1973 à 60×106/mL en 1992. Après ajustement (âge et durée de l’abstinence sexuelle), sur ces 20 ans, chaque nouvelle génération (par année civile de naissance) a perdu 2,6 % des spermatozoïdes de la cohorte née l’année précédente, et le taux de spermatozoïdes mobiles a diminué de 0,3 % par an, et celui des spermatozoïdes de forme normale a diminué de 0,7 %/an. (…)  À ce rythme, en 2070 (dans les pays d’où proviennent les études) toute la population masculine devrait être infertile, et dès 2025, le sperme ne serait plus assez fécondant pour qu’un couple puisse se passer d’une fécondation assistée. Cette tendance ne peut cependant être qu’indicative, car la cause du phénomène est encore mal cernée, et pourrait peut-être avoir été corrigée dans les prochaines décennies, avant un seuil fatal. Wikipedia
La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse.  La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence. Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque. Stéphane Droupy (professeur d’urologie, CHU de Nîmes)
There are anecdotal reports that men who wear (Scottish) kilts have better sperm quality and better fertility. But how much is true? Total sperm count and sperm concentration reflect semen quality and male reproductive potential. It has been proven that changes in the scrotal temperature affect spermatogenesis. We can at least affirm that clothing increases the scrotal temperature to an abnormal level that may have a negative effect on spermatogenesis. Thus, it seems plausible that men should wear skirts and avoid trousers, at least during the period during which they plan to conceive children. Methods and results Analysis of literature concerning scrotal temperature and spermatogenesis and fertility. Wearing a Scottish kilt in a traditional (‘regimental’) way may have clear health-related benefits. Kilt wearing likely produces an ideal physiological scrotal environment, which in turn helps maintain normal scrotal temperature, which is known to be beneficial for robust spermatogenesis and good sperm quality. Based on literature on scrotal temperature, spermatogenesis and fertility, the hypothesis that men who regularly wear a kilt during the years in which they wish to procreate will, as a group, have significantly better rates of sperm quality and higher fertility. EJO Kompanjie
A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm. Dr. Marc Goldstein (director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at New York-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center)
You have been taught to grow out, I have been taught to grow in. You learn from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence. You used to lose your voice every other week from shouting so much. I learned to absorb. I took lessons from our mother in creating space around myself. I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters. Lily Myers
Have I ever thought that I’m taking up too much space? Not really. But maybe now I am. Manspreader
Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags. In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs. Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender. The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct. This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA. A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue. Cathy Young
I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it. Katherine Timpf
I see these guys all the time. Legs spread wide, taking up the space of three or four people, leaning against the train doors and blocking the entrance, stretched out so no one sit next to them. It all plays out like an assertion of male dominance, in which every one of them feels as if they have to claim their territory and their manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers. Who gives a fuck if you can’t sit, they are men. See their balls. I never thought about the way I sit or stand in public before now. I never felt the need to sit with my legs wider than the shoulders of an NFL linebacker to feel comfortable. When I stand, I sometimes cross my legs. I move to accommodate people. And now I wonder what people see when they look at me doing so. Perhaps they think I’m exceedingly polite. Maybe I’m a docile black man. I may be read as effeminate. I never worried about these things from behind the driver’s seat of a car. But now people can see me, and as much as I want to divorce myself from the idea of there being a proper way to perform masculinity, I find myself burdened with thinking I’m doing it wrong. And this is what our culture does. It takes the most mundane of activities and turns them into performances that are supposed to articulate or worthiness as human beings. When I stand with my legs crossed on a train where people can clearly see me, I’m supposed to feel bad about myself. I’m supposed to adjust into a more “manly” pose, whether no regard for whether it feels natural or comfortable. Apply that to things more important than how one looks riding the subway, and the crisis of masculinity becomes a real, dangerous one that requires our introspection. Mychal Denzel Smith
Research in environmental sciences has found that the ergonomic design of human-made environments influences thought, feeling and action. (…) The first three experiments found that individuals who engaged in expansive postures (either explicitly or inadvertently) were more likely to steal money,cheat on a test, and commit traffic violations in a driving simulation. Results suggested that participants’ self-reported sense of power mediated the link between postural expansiveness and dishonesty. Study 4 revealed that automobiles with more expansive driver’s seats were more likely to be illegally parked on New York City streets. Taken together, results suggest that:(1) environments that expand the body can inadvertently lead us to feel more powerful, and (2) these feelings of power can cause dishonest behavior. Andy J. Yap (MIT)
In groups of men, those with higher status typically assume looser and more relaxed postures; the boss lounges comfortably behind the desk while the applicant sits tense and rigid on the edge of his seat.  Higher-status individuals may touch their subordinates more than they themselves get touched; they initiate more eye contact and are smiled at by their inferiors more than they are observed to smile in return.  What is announced in the comportment of superiors is confidence and ease… Sandra Lee Bartky
Psychologist Andy Yap and his colleagues tested whether “expansive body postures” like the ones associated with masculinity increase people’s sense of powerfulness and entitlement.  They did.  In laboratory experiments, people who were prompted to take up more space were more likely to steal, cheat, and violate traffic laws in a simulation.  A sense of powerfulness, reported by the subjects, mediated the effect (a robust finding that others have documented as well). In a real world test of the theory, they found that large automobiles with greater internal space were more likely than small ones to be illegally parked in New York City.  Lisa Wade
By virtue of being occupied by both men and women, space is inherently gendered. The way women and men interact is guided by norms and scripts that steer our behavior in a way that is so powerful that it is often unconscious. Research shows that when in public, women tend to occupy less space, holding legs closer together and keeping their arms closer to their bodies. Men on the other hand are more likely to have their legs spread at a 10- to 15-degree angle and keep their arms 5 to 10 degrees away from their bodies. But this isn’t just about space. Researchers have found that taking expansive body postures doesn’t just make people feel more entitled, it also makes them more likely to steal, cheat and fail to respect traffic laws. So manspreading can breed bigger problems than just crowded subway cars: It reinforces attitudes and behaviors that are harmful for society as a whole. Elizabeth Plank

Et après on s’étonne de la baisse de fertilité des hommes !

En ces temps étranges, entre marche des salopes et bataille des toilettes, de mariage et de gestation assistée pour tous mais aussi d’euthanasie peut-être bientôt remboursée par la Sécurité sociale …

Pendant qu’entre polluants, sédentarisation, vêtements et sous-vêtements serrés voire ordinateurs portables, la baisse de la fertilité masculine des pays riches depuis 50 ans pourrait à terme rendre nécessaire la fécondation assistée, poussant déjà certains à prôner pour les hommes le retour  de cette conquête sociale devenue désormais corset invisible pour les femmes …

Et que longtemps tolérée voire encouragée quand il s’agissait d‘Israël, la barbarie islamiste atteint à présent nos propres rues

Comment à l’heure où le métro de New York lance une campagne de sensibilisation contre les incivilités et notamment l’étalement masculin (pardon: le « manspreading »)  …

Ne pas voir la grandeur d’une société occidentale en voie de mondialisation toujours plus soucieuse du plus faible

Mais aussi les dérives victimaires de ces idées chrétiennes devenues folles dont Chesterton parlait déjà au siècle dernier ?

« Manspreading »: une campagne de sensibilisation dans les transports new-yorkais s’attaque aux incivilités masculines
Morgane Fabre-Bouvier
Le HuffPost
23/12/2014

SOCIÉTÉ- Le vendredi 19 décembre, la Metropolitan Transportation Authority de New-York, l’équivalent de la RATP parisienne ou de la RTM marseillaise, a dévoilé les visuels de sa nouvelle campagne « courtesy counts », soit « l’importance de la courtoisie ». La campagne entend éduquer les voyageurs et combattre l’incivilité. En ligne de mire ceux qui mangent dans les rames de métro, les porteurs de sacs à dos à l’heure de pointe, mais surtout les « manspreaders », ces usagers qui se rendent coupables de « man-spreading ».

Le man-spreading ? C’est le fameux Urban Dictionnary, le dictionnaire en ligne des mots argotiques anglophones, qui popularise le terme. « Lorsqu’un mec s’assoit en étalant ses jambes au maximum, avec la forme d’un V » peut-on lire sur le site. Le terme dénonce ces hommes envahissants qui s’assoient en écartant les jambes, prenant parfois l’équivalent de deux places dans les trains, métros ou bus, souvent au détriment de leurs voisines.

En France, le terme apparaît pour la première en 2013, lorsque le succès du Tumblr Men taking up too much space on the train (ces hommes qui prennent trop de place dans le métro) traverse l’Atlantique. Sur le site du Monde, un billet de blog affirmait déjà à l’époque: « Constatée dans le ‘subway’ de New York, la domination masculine sur les bancs du métro est également avérée à Paris, voire dans les trains du quotidien, en France’.

De fait, sur internet, les témoignages, photos et articles sur le sujet affluent. Dans Glamour, on peut lire: « Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité ». Le débat se poursuit sur Twitter. Le blog pop-up urbain résume : « Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué ‘efféminé’ depuis la petite école; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ‘masculine’ (vulgaire) ou bien ‘aguicheuse’ (surtout si elle porte une jupe) « .

Sur Kombini, on essaye tant bien que mal d’avancer des explications : « la tendance masculine à écarter les cuisses en position assise relève avant tout d’un réflexe physiologique », tente l’auteur. « Mon grand, je doute que ton sexe soit si énorme qu’il ait besoin de sa propre banquette » réplique le blog féministe Jezebel. Sur le tumblr Saving room for cats (je garde la place pour des chats) des internautes photoshopent des chats entre les jambes des « manspreaders ».

Libérer la parole

Avec cette campagne de publicité, la Metropolitan Transportation Authority tente avant tout d’ouvrir le débat. « Il va sans dire que l’objectif de cet exercice n’est pas de bêtement pointer du doigt les manspreaders », peut-on lire sur le site Distractify. « Il s’agit d’ouvrir le dialogue et d’essayer de comprendre pourquoi quelque chose d’aussi énervant continue d’exister », poursuit l’auteur.

Lorsque la journaliste Lauren Evans part à la rencontre des manspreaders du métro new-yorkais, nombreux sont ceux qui affirment ne tout simplement pas se rendre compte que leur position est gênante (vidéo en anglais)…

Quel effet pour cette campagne ? Le métro new-yorkais ne prévoit aucune sanction pour les contrevenants. Dans le New-York Times, la majorité des hommes abordés semble prendre la question à la légère. Interrogé, un jeune homme de 20 ans répond « je ne vais pas croiser mes jambes comme le font les femmes. Je vais continuer de m’asseoir de la façon dont je veux ».

Dans le même article toutefois, une jeune femme affirme que grâce à ces affiches, elle a enfin l’impression d’être prise au sérieux et d’avoir l’autorité de son côté. « De cette façon, j’oserai davantage demander à ces hommes de me faire de la place » explique-t-elle. De fait, les langues se délient progressivement autour du problème. Au Japon, des affiches representant les « manspreaders » en envahisseur venus de l’espace pullulent dans le métro. En Turquie, une organisation féministe a lancé en Février un mouvement sur les réseaux sociaux pour inciter les hommes à laisser de la place aux femmes dans les transports en commun.

Voir aussi:

N.Y. / Region
A Scourge Is Spreading. M.T.A.’s Cure? Dude, Close Your Legs.
‘Manspreading’ on New York Subways Is Target of New M.T.A. Campaign
Emma G. Fitzimmons
NYT

Dec. 20, 2014

It is the bane of many female subway riders. It is a scourge tracked on blogs and on Twitter.

And it has a name almost as distasteful as the practice itself.

It is manspreading, the lay-it-all-out sitting style that more than a few men see as their inalienable underground right.

Now passengers who consider such inelegant male posture as infringing on their sensibilities — not to mention their share of subway space — have a new ally: the Metropolitan Transportation Authority.

Taking on manspreading for the first time, the authority is set to unveil public service ads that encourage men to share a little less of themselves in the city’s ever-crowded subways cars.

The targets of the campaign, those men who spread their legs wide, into a sort of V-shaped slouch, effectively occupying two, sometimes even three, seats are not hard to find. Whether they will heed the new ads is another question.

Riding the F train from Brooklyn to Manhattan on a recent afternoon, Fabio Panceiro, 20, was unapologetic about sitting with his legs spread apart.
Manspreading in action. The Metropolitan Transportation Authority will address the practice as part a new ad campaign. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
“I’m not going to cross my legs like ladies do,” he said. “I’m going to sit how I want to sit.”

And what if Mr. Panceiro, an administrative assistant from Los Angeles, saw posters on the train asking him to close his legs? “I’d just laugh at the ad and hope that someone graffitis over it,” he said.

For Kelley Rae O’Donnell, an actress who confronts manspreaders and tweets photos of them, her solitary shaming campaign now has the high-powered help of the transportation authority, whose ads will be plastered inside subway cars.

“It drives me crazy,” she said of men who spread their legs. “I find myself glaring at them because it just seems so inconsiderate in this really crowded city.”

When Ms. O’Donnell, who lives in Brooklyn and is in her 30s, asks men to move, she said, they rarely seem chastened: “I usually get grumbling or a complete refusal.”

Kelley Rae O’Donnell, who confronts manspreaders and posts their photos online, captured an image of one on a train this month. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
The new ads — aimed at curbing rude behavior like manspreading and wearing large backpacks on crowded trains — are set to go up in the subways next month. They will all carry the slogan, “Courtesy Counts: Manners Make a Better Ride.”

One of the posters is likely to be especially welcome to women — as well as to men who frown on manspreading: “Dude… Stop the Spread, Please” reads the caption next to an image of riders forced to stand as a man nearby sits so that he takes up two seats.

The campaign is the latest in a long line of courtesy-themed crusades by the authority going back to at least the 1940s. One such ad urged women annoyed by impolite male riders to, “Hit Him Again Lady, We Don’t Like Door-Blockers Either.”

The new ads come as more riders are crowding onto the subways than at any time in recent history. In 2014, the system logged as many as 6.1 million riders on a single day, up from just under 5.1 million riders on the busiest day a decade ago. The city’s population, meanwhile, has swelled to more than 8.4 million people, pushing everyone closer and closer.

With crime no longer rampant on the subway, the campaign is the latest sign that other unwelcome behavior is getting attention.

A poster taking aim at the practice of manspreading is part of a new civility-themed campaign by the Metropolitan Transportation Authority. Credit Metropolitan Transportation Authority.
Several blogs regularly highlight instances of manspreading where knees stretch several feet apart. On some sites, images of large objects like the Death Star from “Star Wars” have been added with Photoshop into the space between the splayed legs. While there are women who take up more than their share of space, the offenders are usually men.

One admitted manspreader, John Hubbard, sat with his legs wide apart on an F train as it traveled through Manhattan recently.

“It’s more comfortable,” he said with a shrug.

Mr. Hubbard, 45, an engineer who lives in New Jersey, said he might move his leg, but not for just anyone. For an older person, he would. And for an attractive woman, he said, he definitely would.

Sherod Luscombe shook his head when he saw two men sitting with their legs spread on another train, taking up three seats between them. Mr. Luscombe, 58, a clinical social worker, said he thought the men should move, but he was not about to confront them.

“I’m not going to say, ‘Bro, there is a lady standing up right there. Cross your legs, young man,’ ” he said.

Women have theories about why some men sit this way. Some believe it is just a matter of comfort and may not even be intentional. Others consider it an assertion of power, or worse.

Bridget Ellsworth, a 28-year-old music teacher, views manspreading as sexual harassment because some men engage in it near her even when the subway car is not packed.

“They could move over and spread out their legs all they want,” she said, “but they’re squeezing next to me and doing it.”

For men who think that sitting with their legs spread is socially acceptable, manners experts say it is not. Peter Post, the author of the book “Essential Manners for Men” and great-grandson of etiquette guru Emily Post, said the proper way for men to sit is with their legs parallel rather than in a V-shape.

“I’m baffled by people who do that kind of thing, who take other people’s space,” he said.

Olof Hansson, a director of the Manhattan men’s spa John Allan’s, put it more succinctly. “A true gentleman doesn’t sit on the subway, he stands.”

As for men who may worry that crossing their legs could hurt their virility, doctors say there is nothing to fear. A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm, said Dr. Marc Goldstein, director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at NewYork-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center.

Philadelphia has a new etiquette campaign, too, with posters that say, “Dude It’s Rude… Two Seats — Really?”

But Kristin Geiger, a spokeswoman for the Southeastern Pennsylvania Transportation Authority, said the campaign in the City of Brotherly Love is aimed at passengers with bags on seats, not people spreading their legs too far apart. Manspreading, she said, may be a “localized” problem in New York. “I don’t know of any complaints that have come through customer service about manspreading,” she said. Transit officials in Chicago and Washington said the phenomenon is not a major concern for riders in those cities either.

In New York, the transportation authority went back and forth about what tone to take when tackling the topic, said Paul Fleuranges, the authority’s senior director for corporate and internal communications. Officials knew it could be ripe for parody on late night television and did not want their approach to be too snarky. But Mr. Fleuranges said he knew that the ads had to speak directly to the spreaders.

“I had them add the dude part,” he said, “because I think, ‘Dude, really?’ « 

Voir également:

Why ‘Manspreading’ Is Definitely a Serious Issue, as Explained by the Feminist Internet
The government should maybe do even more.

Katherine Timpf

National review online

January 6, 2015

You might not think that it’s appropriate for the government to launch a campaign telling men how to sit on the subway. Well guess what? You’re wrong.

If you “manspread” on the subway (which, by the way, means to sit with your legs apart, in case you are a fixture of the patriarchy who doesn’t educate himself on important women’s issues), you are doing so much more than taking up space.

Here’s what’s really going on with manspreading, as explained by some of the bright, forward-thinking minds on the Feminist Internet:

1. Manspreading is saying, “Who gives a fuck if you can’t sit, [we] are men. See [our] balls.”

This is as explained by a man, Mychal Denzel Smith, for the blog Feministing. (Finally a man courageous enough to cue the rest of the world in to the secret language of the subway brotherhood!)

2. Manspreading is “an assertion of male dominance,” and “every one” of the manspreaders does it because he feels like he has to “claim [his] territory and [his] manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers.”

Another great point by Smith. Who, by the way, also wrote: “When I stand, I sometimes cross my legs.” Sexy, sexy, sexy! Amirite ladies?!

3. “Let’s talk about these f***ing guys for a second because they’re f***ing everywhere. The MTA is full of them.”

Madeleine Davies of Jezebel really makes a great point here. In her brilliant piece, titled “F*** You, Dudes Who Sit With Their Legs Spread So Wide That They Take Up Two Seats,” Davies explains that it’s not just like two or three dudes who sit this way. Seeing as literally millions of people ride the subway every day, I might have been able to use context clues to figure out that probably there are a lot of people doing this, but she deserves praise for putting it so eloquently.

4. “There is no worse, man-centric behavior than manspreading on the subway.”

Seriously — Brian Moylan is totally right. There is nothing worse than manspreading. I would much rather be sneezed on or purposely verbally sexually harassed. I wonder if he crosses his legs when he stands the way Smith does. If so, there are wayyyyy more sexy men in NYC than I thought!

See, it’s so much worse than just being rude. It’s the patriarchy. I’m pretty angry that the MTA campaign will also cover people taking up space with backpacks and stuff as if it’s even close to the same thing. Stupid idiot female traitors like Cathy Young, who wrote a piece called “‘Manspreading’? But Women Hog Subway Space, Too,” don’t help. But I guess some people just don’t get it. Manspreading is nothing like when I sometimes come on the train with a giant backpack, because my backpack does not metaphorically spit on your face for your gender.

I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it.

— Katherine Timpf is a reporter at National Review Online.

Voir encore:

‘Manspreading’? But women hog subway space, too

Cathy Young

Newsday

January 5, 2015

As we enter 2015, the latest feminist crusade seems to come straight from the life-imitates-satire department. It has everything one could want in a caricature of feminism: petty grievances, gleeful male-bashing, egregious double standards. And it also seems to have the official blessing of the Metropolitan Transportation Authority. It’s the war on « manspreading, » the male habit of sitting with legs apart and (supposedly) taking up too much space on the subway.

Gripes about this alleged offense have been cropping up on feminist blogs for a couple of years. Now it is the target of a new public service ad campaign. MTA posters will show a figure seated with wide-open legs next to two standing passengers, with the tagline, « Dude . . . Stop the spread, please. It’s a space issue. »

Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags.
CartoonMatt Davies’ latest cartoon: ‘Broken windows’

In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs.

Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender.

The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct.

This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA.

A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue.

Voir de plus:

Shrinking Women
Lily Myers
2013

Across from me at the kitchen table, my mother smiles over red wine that she drinks out of a measuring glass.
She says she doesn’t deprive herself,
but I’ve learned to find nuance in every movement of her fork.
In every crinkle in her brow as she offers me the uneaten pieces on her plate.
I’ve realized she only eats dinner when I suggest it.
I wonder what she does when I’m not there to do so.

Maybe this is why my house feels bigger each time I return; it’s proportional.
As she shrinks the space around her seems increasingly vast.
She wanes while my father waxes. His stomach has grown round with wine, late nights, oysters, poetry. A new girlfriend who was overweight as a teenager, but my dad reports that now she’s « crazy about fruit. »

It was the same with his parents;
as my grandmother became frail and angular her husband swelled to red round cheeks, round stomach,
and I wonder if my lineage is one of women shrinking,
making space for the entrance of men into their lives,
not knowing how to fill it back up once they leave.

I have been taught accommodation.
My brother never thinks before he speaks.
I have been taught to filter.
« How can anyone have a relationship to food? » he asks, laughing, as I eat the black bean soup I chose for its lack of carbs.
I want to say: we come from difference, Jonas,
you have been taught to grow out,
I have been taught to grow in.
You learned from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence, you used to lose your voice every other week from shouting so much.
I learned to absorb.
I took lessons from our mother in creating space around myself.
I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters,
and I never meant to replicate her, but
spend enough time sitting across from someone and you pick up their habits-

that’s why women in my family have been shrinking for decades.
We all learned it from each other, the way each generation taught the next how to knit,
weaving silence in between the threads
which I can still feel as I walk through this ever-growing house,
skin itching,
picking up all the habits my mother has unwittingly dropped like bits of crumpled paper from her pocket on her countless trips from bedroom to kitchen to bedroom again.
Nights I hear her creep down to eat plain yogurt in the dark, a fugitive stealing calories to which she does not feel entitled.
Deciding how many bites is too many.
How much space she deserves to occupy.

Watching the struggle I either mimic or hate her,
And I don’t want to do either anymore,
but the burden of this house has followed me across the country.
I asked five questions in genetics class today and all of them started with the word « sorry. »
I don’t know the requirements for the sociology major because I spent the entire meeting deciding whether or not I could have another piece of pizza,
a circular obsession I never wanted, but

inheritance is accidental,
still staring at me with wine-soaked lips from across the kitchen table.

Voir par ailleurs:

Les sous-vêtements ont-ils un impact sur la fertilité masculine?
Anaïs Giroux
L’Express
26/04/2013

Alors qu’une récente étude prône l’absence de sous-vêtements pour favoriser la fertilité, Stéphane Droupy, professeur d’urologie, nous explique le réel impact des slips et des caleçons sur la fecondité masculine.

Des sous-vêtements trop serrés peuvent-ils réellement nuire à la production de spermatozoïdes?

Le port du kilt favoriserait la fertilité, affirme une étude publiée le 24 avril 2013 dans une revue scientifique… écossaise. Tiens donc. Derrière le trait d’humour, les chercheurs avancent néanmoins que les sous-vêtements et pantalons serrés nuiraient à la production de spermatozoïdes en tenant les testicules trop au chaud. « La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse », confirme Stéphane Droupy, professeur d’urologie au CHU de Nîmes.

La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence
Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés, explique Pr Droupy -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. « A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque, poursuit le spécialiste. Certains chercheurs ont donc proposé comme méthodes de contraception le port d’un slip chauffant ou des opérations pour rentrer les testicules à l’intérieur du corps en les faisant remonter dans le canal inguinal. »

Les sous-vêtements n’ont aucun impact sur la fertilité
Entre ce genre d’intervention et le fait d’être à l’étroit du paquet, il y a une marge. Boxer, slip ou caleçon, le type de sous-vêtement n’a donc aucune incidence réelle sur votre futur de papa -« à moins d’être en fourrure, et encore », plaisante l’urologue. La cigarette, le cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis sur une longue durée ont en revanche un impact scientifiquement prouvé. Parmi ses patients traités pour des problèmes de fertilité, Stéphane Droupy compte notamment des chauffeurs routiers, qui passent le plus clair de leur temps assis au volant de leur véhicule.

Le boxer plébiscité par les hommes
Coupes ou matières, vous êtes donc libre de choisir ce qui vous sied le mieux. En gardant peut-être en tête que, comme le rappelle avec humour le professeur, « pour faire des enfants, la première étape reste de trouver une partenaire. » Sur les forums comme au sein de la rédaction du site de L’Express, le boxer moulant de couleur sobre fait presque l’unanimité.
Le slip, boudé par tous
Message reçu pour 57% des hommes qui en portent d’ailleurs quotidiennement, selon un sondage de Kantar Worldpanel réalisé à l’occasion du salon de la lingerie 2011. Si le caleçon est apprecié par la gent masculine pour son confort, le slip, quant à lui, ne fait plus rêver personne. Il faut croire que Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés ou encore Gros Dégueulasse, héros de la bande-dessinée de Reiser qui porte parfaitement son nom, ont réussi à ternir sa réputation à jamais.

L’urologue Stéphane Droupy est responsable d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association Française d’Urologie.

Voir de plus:

Renouveau de l’antiféminisme : L’éclosion du phénomène « masculiniste »
Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Alternative libertaire
3 octobre 2008

De ce côté-ci de l’Atlantique, on ne les prend pas vraiment au sérieux. Pourtant, l’expérience nord-américaine montre que les provocations d’un énergumène comme Eric Zemmour ou d’un plumitif aigri comme Alain Soral peuvent être les signes avant-coureurs d’une vague antiféministe plus large.

Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ?

Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France.

Actions spectaculaires
Comme tout mouvement social, le masculinisme adopte différentes stratégies et tactiques pour promouvoir « la cause des hommes » : lobbying et dépôt de mémoires en commissions parlementaires, publication de livres, création de sites web et réseautage sur Internet, activisme juridique et actions directes. Au Québec, c’est le mouvement masculiniste qui a réussi les actions de perturbation les plus spectaculaires ces dernières années. En septembre 2005, par exemple, un militant a escaladé la structure du pont Jacques-Cartier, à Montréal pour bloquer la voie rapide et attirer l’attention sur la prétendue « crise des hommes ».

Une étude menée auprès d’environ 80 groupes de femmes au Québec (maisons d’hébergement, comités de femmes de quartier, etc.) a révélé que près de la moitié ont été la cibles de menaces diverses, allant de coups de fil anonymes à des courriels haineux, en passant par des intimidations physiques, de la part de militants masculinistes ou, à tout le moins, antiféministes.

En plus des intellectuels et des militants radicaux de groupes de pères qui mènent des actions chocs, comme Fathers for Justice (F4J), le mouvement masculiniste peut compter sur le relais de certains éditorialistes, de professeurs d’université, de professionnels de la santé, de députés et même de militants de gauche et d’extrême gauche qui reprennent leur discours selon lequel le féminisme serait « allé trop loin ».

Inversion des rôles
La tactique du masc