Fête des boites/Fête de la Saint Etienne: Attention, une dispute peut en cacher une autre ! (Boxing Day/St Stephen’s Day: Why Christmas brings back bad memories for Jews)

26 décembre, 2013
https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c7/Golden_bough.jpghttps://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f9/Paolo_Uccello_-_Stoning_of_St_Stephen_-_WGA23196.jpghttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/31/Disputation.jpg/220px-Disputation.jpgEarly: Shops opened from 6am today to help bargain-hunters spend as much time as possible insideAh ! quel beau matin, que ce matin des étrennes ! Arthur Rimbaud
Israel has nothing against Christmas or Christmas trees … These symbols remind many Jews of how their ancestors were persecuted in Europe by Christians. Yuli Edelstein (Knesset Speaker, 2013)
Chers pèlerins francophones, au lendemain de Noël, le martyre du diacre Etienne montre que la naissance du Fils de Dieu a inauguré une ère nouvelle, celle de l’amour. L’amour abat les barrières entre les hommes. Il les rend frères en les réconciliant par le pardon, donné et reçu. Que l’intercession de saint Etienne, fidèle jusqu’au bout au Seigneur, soutienne les chrétiens persécutés et que notre prière les encourage ! À sa suite, témoignons sans peur, avec courage et détermination de notre foi. Bonnes fêtes à tous ! » Benoit XVI (2012)
Il sera le juge des nations, L’arbitre d’un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, Et l’on n’apprendra plus la guerre. Esaïe 2: 4
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble point, et ne s’alarme point. Jésus (Jean 14: 27)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. … Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm.Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4: 21-24)
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Paul (1 Corinthiens 1: 23)
Quelques membres de la synagogue dite des Affranchis, de celle des Cyrénéens et de celle des Alexandrins, avec des Juifs de Cilicie et d’Asie, se mirent à discuter avec lui; mais ils ne pouvaient résister à sa sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait. Alors … ils le saisirent, et l’emmenèrent au sanhédrin. … Le souverain sacrificateur dit: Les choses sont-elles ainsi? Étienne répondit: Hommes frères et pères, écoutez! Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il s’établît à Charran; et il lui dit: Quitte ton pays et ta famille, et va dans le pays que je te montrerai. Il sortit alors du pays des Chaldéens, et s’établit à Charran. De là, après la mort de son père, Dieu le fit passer dans ce pays que vous habitez maintenant; il ne lui donna aucune propriété en ce pays, pas même de quoi poser le pied, mais il promit de lui en donner la possession, et à sa postérité après lui, quoiqu’il n’eût point d’enfant. Dieu parla ainsi: Sa postérité séjournera dans un pays étranger; on la réduira en servitude et on la maltraitera pendant quatre cents ans. Mais la nation à laquelle ils auront été asservis, c’est moi qui la jugerai, dit Dieu. Après cela, ils sortiront, et ils me serviront dans ce lieu-ci. Puis Dieu donna à Abraham l’alliance de la circoncision; et ainsi, Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour; Isaac engendra et circoncit Jacob, et Jacob les douze patriarches. Les patriarches, jaloux de Joseph, le vendirent pour être emmené en Égypte. Mais Dieu fut avec lui, et le délivra de toutes ses tribulations; il lui donna de la sagesse et lui fit trouver grâce devant Pharaon, roi d’Égypte, qui l’établit gouverneur d’Égypte et de toute sa maison. Il survint une famine dans tout le pays d’Égypte, et dans celui de Canaan. La détresse était grande, et nos pères ne trouvaient pas de quoi se nourrir. Jacob apprit qu’il y avait du blé en Égypte, et il y envoya nos pères une première fois. Et la seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et Pharaon sut de quelle famille il était. Puis Joseph envoya chercher son père Jacob, et toute sa famille, composée de soixante-quinze personnes. Jacob descendit en Égypte, où il mourut, ainsi que nos pères; et ils furent transportés à Sichem, et déposés dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté, à prix d’argent, des fils d’Hémor, père de Sichem. Le temps approchait où devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite à Abraham, et le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte, jusqu’à ce que parut un autre roi, qui n’avait pas connu Joseph. Ce roi, usant d’artifice contre notre race, maltraita nos pères, au point de leur faire exposer leurs enfants, pour qu’ils ne vécussent pas. A cette époque, naquit Moïse, qui était beau aux yeux de Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père; et, quand il eut été exposé, la fille de Pharaon le recueillit, et l’éleva comme son fils. Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en oeuvres. Il avait quarante ans, lorsqu’il lui vint dans le coeur de visiter ses frères, les fils d’Israël. Il en vit un qu’on outrageait, et, prenant sa défense, il vengea celui qui était maltraité, et frappa l’Égyptien. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu leur accordait la délivrance par sa main; mais ils ne comprirent pas. Le jour suivant, il parut au milieu d’eux comme ils se battaient, et il les exhorta à la paix: Hommes, dit-il, vous êtes frères; pourquoi vous maltraitez-vous l’un l’autre?  Mais celui qui maltraitait son prochain le repoussa, en disant: Qui t’a établi chef et juge sur nous? Veux-tu me tuer, comme tu as tué hier l’Égyptien? A cette parole, Moïse prit la fuite, et il alla séjourner dans le pays de Madian, où il engendra deux fils. Quarante ans plus tard, un ange lui apparut, au désert de la montagne de Sinaï, dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse, voyant cela, fut étonné de cette apparition; et, comme il s’approchait pour examiner, la voix du Seigneur se fit entendre: Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Et Moïse, tout tremblant, n’osait regarder. Le Seigneur lui dit: Ote tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. J’ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, j’ai entendu ses gémissements, et je suis descendu pour le délivrer. Maintenant, va, je t’enverrai en Égypte. Ce Moïse, qu’ils avaient renié, en disant: Qui t’a établi chef et juge? c’est lui que Dieu envoya comme chef et comme libérateur avec l’aide de l’ange qui lui était apparu dans le buisson. C’est lui qui les fit sortir d’Égypte, en opérant des prodiges et des miracles au pays d’Égypte, au sein de la mer Rouge, et au désert, pendant quarante ans. C’est ce Moïse qui dit aux fils d’Israël: Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi. C’est lui qui, lors de l’assemblée au désert, étant avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï et avec nos pères, reçut des oracles vivants, pour nous les donner. Nos pères ne voulurent pas lui obéir, ils le repoussèrent, et ils tournèrent leur coeur vers l’Égypte, en disant à Aaron: Fais-nous des dieux qui marchent devant nous; car ce Moïse qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. Et, en ces jours-là, ils firent un veau, ils offrirent un sacrifice à l’idole, et se réjouirent de l’oeuvre de leurs mains. Alors Dieu se détourna, et les livra au culte de l’armée du ciel, selon qu’il est écrit dans le livre des prophètes: M’avez-vous offert des victimes et des sacrifices Pendant quarante ans au désert, maison d’Israël?… Vous avez porté la tente de Moloch Et l’étoile du dieu Remphan, Ces images que vous avez faites pour les adorer! Aussi vous transporterai-je au delà de Babylone. Nos pères avaient au désert le tabernacle du témoignage, comme l’avait ordonné celui qui dit à Moïse de le faire d’après le modèle qu’il avait vu. Et nos pères, l’ayant reçu, l’introduisirent, sous la conduite de Josué, dans le pays qui était possédé par les nations que Dieu chassa devant eux, et il y resta jusqu’aux jours de David. David trouva grâce devant Dieu, et demanda d’élever une demeure pour le Dieu de Jacob; et ce fut Salomon qui lui bâtit une maison. Mais le Très Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme, comme dit le prophète: Le ciel est mon trône, Et la terre mon marchepied. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, Ou quel sera le lieu de mon repos? N’est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses?… Hommes au cou raide, incirconcis de coeur et d’oreilles! vous vous opposez toujours au Saint Esprit. Ce que vos pères ont été, vous l’êtes aussi. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté? Ils ont tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, que vous avez livré maintenant, et dont vous avez été les meurtriers, vous qui avez reçu la loi d’après des commandements d’anges, et qui ne l’avez point gardée!… En entendant ces paroles, ils étaient furieux dans leur coeur, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne, rempli du Saint Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit: Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait: Seigneur Jésus, reçois mon esprit! Puis, s’étant mis à genoux, il s’écria d’une voix forte: Seigneur, ne leur impute pas ce péché! Et, après ces paroles, il s’endormit. Actes 6: 11- 7: 51-60
Quand viendra le temps du messianisme, ils forgeront des socs avec leurs glaives et des serpes de leurs lances. On ne lèvera plus l’épée peuple contre peuple et l’on n’apprendra plus la guerre. Nahmanide
Quant aux juifs, ils déconcertaient Saint Louis. Ils n’entraient pas dans son schéma du monde: l’Eglise distinguait les chrétiens et les païens. Dans le monde chrétien les hérétiques étaient considérés comme abominables. Mais les juifs étaient à la fois dedans et dehors. Ils sont mêlés aux chrétiens sur un plan territorial, et également religieux par la référence commune à l’Ancien Testament. Saint Louis deviendra au fil du temps de plus en plus antijuif. Je n’emploie pas le terme d’antisémitisme, car il contient une notion de racisme qui n’existait pas alors. Saint Louis voit de plus en plus les juifs sous des traits d’usuriers. Il y eut la malheureuse affaire du Talmud de Babylone que des convertis juifs avaient fait connaître à Saint Louis et qui contenait des horreurs sur le Christ et la Vierge. La dernière année de son règne, il obligea les juifs à porter la rouelle rouge, l’équivalent de la future étoile jaune. Cette mesure avait été décidée par l’Eglise en 1215, mais la plupart des princes chrétiens s’étaient refusés à l’appliquer. Joinville, lui-même très antijuif, soutient que Saint Louis aurait dit qu’il ne faut jamais discuter avec un juif, mais « lui planter l’épée dans le ventre ». Il est possible que l’historiographe en ait rajouté. Dans les enseignements de Saint Louis on citait une invitation à réprimer les juifs, qui a été ajouté au texte, probablement lors du procès en canonisation. Saint Louis a été emporté par un courant naissant en Occident qui pouvait aboutir à la «pureté ethnique». Elle apparaîtra surtout en Espagne à la fin du XVe siècle. Saint Louis rêvait d’un royaume « pur » et pensaient que les juifs sont un élément d’impureté. Saint Louis, qui n’a pas été antisémite, car le racisme n’existait pas à l’époque, a contribué à la lointaine naissance de ce qui deviendra l’antisémitisme. Jacques Le Goff
Du reste, que le nouveau pape des fous se rendit compte à lui-même des sentiments qu’il éprouvait et des sentiments qu’il inspirait, c’est ce que nous sommes loin de croire. L’esprit qui était logé dans ce corps manqué avait nécessairement lui-même quelque chose d’incomplet et de sourd. Aussi ce qu’il ressentait en ce moment était-il pour lui absolument vague, indistinct et confus. Seulement la joie perçait, l’orgueil dominait. Autour de cette sombre et malheureuse figure, il y avait rayonnement. Ce ne fut donc pas sans surprise et sans effroi que l’on vit tout à coup, au moment où Quasimodo, dans cette demi-ivresse, passait triomphalement devant la Maison-aux-Piliers, un homme s’élancer de la foule et lui arracher des mains, avec un geste de colère, sa crosse de bois doré, insigne de sa folle papauté. (…)  Alors la confrérie des fous, la première stupeur passée, voulut défendre son pape si brusquement détrôné. Les égyptiens, les argotiers et toute la basoche vinrent japper autour du prêtre. Victor Hugo (Notre Dame de Paris)
Il y avait seize ans à l’époque où se passe cette histoire que, par un beau matin de dimanche de la Quasimodo, une créature vivante avait été déposée après la messe dans l’église de Notre-Dame, sur le bois de lit scellé dans le parvis à main gauche, vis-à-vis ce _grand image_ de saint Christophe que la figure sculptée en pierre de messire Antoine des Essarts, chevalier, regardait à genoux depuis 1413, lorsqu’on s’est avisé de jeter bas et le saint et le fidèle. C’est sur ce bois de lit qu’il était d’usage d’exposer les enfants trouvés à la charité publique. Les prenait là qui voulait. Devant le bois de lit était un bassin de cuivre pour les aumônes. L’espèce d’être vivant qui gisait sur cette planche le matin de la Quasimodo en l’an du Seigneur 1467 paraissait exciter à un haut degré la curiosité du groupe assez considérable qui s’était amassé autour du bois de lit. Le groupe était formé en grande partie de personnes du beau sexe. (…) — Qu’est-ce que nous allons devenir, disait Jehanne, si c’est comme cela qu’ils font les enfants à présent ? — Je ne me connais pas en enfants, reprenait Agnès, mais ce doit être un péché de regarder celui-ci. — Ce n’est pas un enfant, Agnès. — C’est un singe manqué, observait Gauchère. — C’est un miracle, reprenait Henriette la Gaultière. Victor Hugo (Notre Dame de Paris)
Il baptisa son enfant adoptif, et le nomma Quasimodo, soit qu’il voulût marquer par là le jour où il l’avait trouvé, soit qu’il voulût caractériser par ce nom à quel point la pauvre petite créature était incomplète et à peine ébauchée. En effet, Quasimodo, borgne, bossu, cagneux, n’était guère qu’un à peu près. Victor Hugo (Notre Dame de Paris)
La fête des Fous ou fête des Innocents était pratiquée dans beaucoup de villes de France jusqu’au XVIIe siècle. Elle pouvait même être religieuse (cf. évêque-fou et abbé des fous). On l’appelait aussi :fête de l’Âne, des Sous-Diacres, des Diacres-Saouls, des Cornards, des Libertés de décembre, etc. (…) Ces divertissements avaient ordinairement l’église pour théâtre et les ecclésiastiques pour acteurs. Dans certaines églises, pendant les 3 jours de Saint Étienne, de Saint Jean et des Innocents (26, 27 et 28 décembre), un jeune clerc décoré du titre d’évêque des fous, Episcopus stultorum, occupait le siège épiscopal revêtu des ornements pontificaux à l’exception de la mitre, qui était remplacée par une sorte de bourrelet. À la fin de l’office, il recevait les mêmes honneurs que le prélat véritable, et son aumônier prononçait une bénédiction, dans laquelle il demandait pour les assistants le mal de foie, une banne de pardons, vingt bannes de maux de dents, et deux doigts de teigne sous le menton. La fête des Fous, dit Aubin-Louis Millin de Grandmaison, donnait lieu à des cérémonies extrêmement bizarres. On élisait un évêque, et même dans quelques églises un pape des fous. Les prêtres, barbouillés de lie, masqués et travestis de la manière la plus folle, dansaient en entrant dans le chœur et y chantaient des chansons obscènes, les diacres et les sous-diacres mangeaient des boudins et des saucisses sur l’autel, devant le célébrant, jouaient sous ses yeux aux cartes et aux dés, et brûlaient dans les encensoirs de vieilles savates. Ensuite, on les charriait tous par les rues, dans des tombereaux pleins d’ordures, où ils prenaient des poses lascives et faisaient des gestes impudiques. Ce n’étaient pas seulement dans les cathédrales et dans les collégiales que ces joyeusetés se célébraient : elles étaient aussi pratiquées dans les monastères des deux sexes. Les jeunes personnes qu’on pouvait surprendre au lit le jour des Innocents, 28 décembre, recevaient sur le derrière quelques claques, et quelquefois un peu plus, quand le sujet en valait la peine. La coutume de donner les innocents n’est pas un de ces usages isolés qui ne puisse être comparé à aucun autre. Dans diverses villes, les chanoines, les ecclésiastiques, et quelquefois, les séculiers étaient, à certains jours de l’année, pris le matin, dans leur lit et dans un état complet de nudité, conduits par les rues, dans les églises jusque sur l’autel, où on les arrosait d’eau. Des indécences du même genre avaient aussi trouvé leur place parmi les folies que les ecclésiastiques se permettaient le jour des Innocents. Ils allaient jusqu’à promener par la ville et exposer sur des théâtres des hommes entièrement nus. Des mesures furent prises pour mettre fin à ces désordres. (…) En ouvrant son roman « Notre-Dame de Paris » sur la Fête des Fous, Victor Hugo plonge immédiatement son lecteur dans une atmosphère de liesse populaire, laissant transparaître ses opinions sociales. La tradition française de la Fête des Fous commença comme un événement ecclésiastique dans des villes abritant des cathédrales comme Paris et Autun. Le bas clergé réservait le charivari général le 6 janvier, aussi appelé Jour des Rois, parce que les Rois Mages arrivèrent à Bethléem cette même date. Ce jour-là, pendant vingt-quatre heures, ils s’arrogeaient les privilèges réservés d’habitude à leurs supérieurs au sein de la très puissante Église catholique romaine. Au XVe siècle, époque où se déroule le roman d’Hugo, la coutume s’était étendue du clergé à la rue ; devenue un événement public attendu par tous, elle était l’occasion de réjouissances populaires ; on y buvait, y dansait, on y donnait des spectacles de mime, de magie, des tours, des momeries de théâtre, on y faisait des farces. Les dés roulaient dans les églises ; les prêtres marchaient de côté le long des ruelles, déguisés ; des jongleurs, des acrobates, des voyous de tout poil prenaient possession de la rue. (…) Au point culminant de la fête, les farceurs élisaient le Pape des Fous, la plupart du temps un diacre, souvent même un profane ou un étudiant, qui conduisait ensuite à travers les rues de la ville une procession débridée où les bagarres n’étaient pas rares, constituée de membres du clergé et d’hommes du peuple, qui se mêlaient aux noceurs. Paillarde, exubérante, bruyante, subversive, cette fête dérivait d’une ancienne fête romaine dédiée à Saturne, le dieu de l’agriculture. Pendant « Saturnalia », trois jours de fête durant l’hiver, les tribunaux et les écoles étaient fermés et les esclaves étaient les égaux de leurs maîtres. Wikipedia
Thirty days before the festival they chose by lot from amongst themselves a young and handsome man, who was then clothed in royal attire to resemble Saturn. Thus arrayed and attended by a multitude of soldiers he went about in public with full license to indulge his passions and to taste of every pleasure, however base and shameful. But if his reign was merry, it was short and ended tragically; for when the thirty days were up and the festival of Saturn had come, he cut his own throat on the altar of the god whom he personated. In the year A.D. 303 the lot fell upon the Christian soldier Dasius, but he refused to play the part of the heathen god and soil his last days by debauchery. The threats and arguments of his commanding officer Bassus failed to shake his constancy, and accordingly he was beheaded, as the Christian martyrologist records with minute accuracy, at Durostorum by the soldier John on Friday the twentieth day of November, being the twenty-fourth day of the moon, at the fourth hour. (…) This account sets in a new and lurid light the office of the King of the Saturnalia, the ancient Lord of Misrule, who presided over the winter revels at Rome in the time of Horace and Tacitus. It seems to prove that his business had not always been that of a mere harlequin or merry-andrew whose only care was that the revelry should run high and the fun grow fast and furious, while the fire blazed and crackled on the hearth, while the streets swarmed with festive crowds, and through the clear frosty air, far away to the north, Soracte showed his coronal of snow. When we compare this comic monarch of the gay, the civilised metropolis with his grim counterpart of the rude camp on the Danube, and when we remember the long array of similar figures, ludicrous yet tragic, who in other ages and in other lands, wearing mock crowns and wrapped in sceptred palls, have played their little pranks for a few brief hours or days, then passed before their time to a violent death, we can hardly doubt that in the King of the Saturnalia at Rome, as he is depicted by classical writers, we see only a feeble emasculated copy of that original, whose strong features have been fortunately preserved for us by the obscure author of the Martyrdom of St. Dasius. In other words, the martyrologist’s account of the Saturnalia agrees so closely with the accounts of similar rites elsewhere which could not possibly have been known to him, that the substantial accuracy of his description may be regarded as established; and further, since the custom of putting a mock king to death as a representative of a god cannot have grown out of a practice of appointing him to preside over a holiday revel, whereas the reverse may very well have happened, we are justified in assuming that in an earlier and more barbarous age it was the universal practice in ancient Italy, wherever the worship of Saturn prevailed, to choose a man who played the part and enjoyed all the traditionary privileges of Saturn for a season, and then died, whether by his own or another’s hand, whether by the knife or the fire or on the gallows-tree, in the character of the good god who gave his life for the world. In Rome itself and other great towns the growth of civilisation had probably mitigated this cruel custom long before the Augustan age, and transformed it into the innocent shape it wears in the writings of the few classical writers who bestow a passing notice on the holiday King of the Saturnalia. But in remoter districts the older and sterner practice may long have survived; and even if after the unification of Italy the barbarous usage was suppressed by the Roman government, the memory of it would be handed down by the peasants and would tend from time to time, as still happens with the lowest forms of superstition among ourselves, to lead to a recrudescence of the practice, especially among the rude soldiery on the outskirts of the empire over whom the once iron hand of Rome was beginning to relax its grasp. The resemblance between the Saturnalia of ancient and the Carnival of modern Italy has often been remarked; but in the light of all the facts that have come before us, we may well ask whether the resemblance does not amount to identity. We have seen that in Italy, Spain, and France, that is, in the countries where the influence of Rome has been deepest and most lasting, a conspicuous feature of the Carnival is a burlesque figure personifying the festive season, which after a short career of glory and dissipation is publicly shot, burnt, or otherwise destroyed, to the feigned grief or genuine delight of the populace. If the view here suggested of the Carnival is correct, this grotesque personage is no other than a direct successor of the old King of the Saturnalia, the master of the revels, the real man who personated Saturn and, when the revels were over, suffered a real death in his assumed character. The King of the Bean on Twelfth Night and the mediaeval Bishop of Fools, Abbot of Unreason, or Lord of Misrule are figures of the same sort and may perhaps have had a similar origin. James Frazer (The Golden Bough)
Comme ces rites qu’on avait cru noyés dans l’oubli et qui finissent par refaire surface, on pourrait dire que le temps de Noël, après des siècles d’endoctrinement chrétien, vit aujourd’hui le retour des saturnales. André Burguière
En un siècle et demi, l’enfant, à Noël, a donc quitté la rue pour la chaleur du foyer. Celui qui chantait des Carols sous les fenêtres illuminées des maisons bourgeoises a effectué un double passage : de l’espace public à l’espace domestique, de la communaute villageoise à la famille. De créancier de l’adulte, il est devenu récipiendaire d’un dû sans condition. Cependant, ce passage de la vieille année à la nouvelle a conservé sa symbolique profonde, celle d’un danger qui menace l’enfant et, avec lui, menace notre avenir. Mais la conjuration s’exerce de nos jours à travers une dépense somptuaire, un véritable sacrifice familial. Martyne Perrot
Roman pagans first introduced the holiday of Saturnalia, a week long period of lawlessness celebrated between December 17-25. During this period, Roman courts were closed, and Roman law dictated that no one could be punished for damaging property or injuring people during the weeklong celebration. The festival began when Roman authorities chose “an enemy of the Roman people” to represent the “Lord of Misrule.” Each Roman community selected a victim whom they forced to indulge in food and other physical pleasures throughout the week. At the festival’s conclusion, December 25th, Roman authorities believed they were destroying the forces of darkness by brutally murdering this innocent man or woman. The ancient Greek writer poet and historian Lucian (in his dialogue entitled Saturnalia) describes the festival’s observance in his time. In addition to human sacrifice, he mentions these customs: widespread intoxication; going from house to house while singing naked; rape and other sexual license; and consuming human-shaped biscuits (still produced in some English and most German bakeries during the Christmas season). In the 4th century CE, Christianity imported the Saturnalia festival hoping to take the pagan masses in with it. Christian leaders succeeded in converting to Christianity large numbers of pagans by promising them that they could continue to celebrate the Saturnalia as Christians. The problem was that there was nothing intrinsically Christian about Saturnalia. To remedy this, these Christian leaders named Saturnalia’s concluding day, December 25th, to be Jesus’ birthday. Christians had little success, however, refining the practices of Saturnalia. As Stephen Nissenbaum, professor history at the University of Massachussetts, Amherst, writes, “In return for ensuring massive observance of the anniversary of the Savior’s birth by assigning it to this resonant date, the Church for its part tacitly agreed to allow the holiday to be celebrated more or less the way it had always been.” The earliest Christmas holidays were celebrated by drinking, sexual indulgence, singing naked in the streets (a precursor of modern caroling), etc. The Reverend Increase Mather of Boston observed in 1687 that “the early Christians who first observed the Nativity on December 25 did not do so thinking that Christ was born in that Month, but because the Heathens’ Saturnalia was at that time kept in Rome, and they were willing to have those Pagan Holidays metamorphosed into Christian ones.” Because of its known pagan origin, Christmas was banned by the Puritans and its observance was illegal in Massachusetts between 1659 and 1681. However, Christmas was and still is celebrated by most Christians. Some of the most depraved customs of the Saturnalia carnival were intentionally revived by the Catholic Church in 1466 when Pope Paul II, for the amusement of his Roman citizens, forced Jews to race naked through the streets of the city. An eyewitness account reports, “Before they were to run, the Jews were richly fed, so as to make the race more difficult for them and at the same time more amusing for spectators. They ran… amid Rome’s taunting shrieks and peals of laughter, while the Holy Father stood upon a richly ornamented balcony and laughed heartily.” As part of the Saturnalia carnival throughout the 18th and 19th centuries CE, rabbis of the ghetto in Rome were forced to wear clownish outfits and march through the city streets to the jeers of the crowd, pelted by a variety of missiles. When the Jewish community of Rome sent a petition in 1836 to Pope Gregory XVI begging him to stop the annual Saturnalia abuse of the Jewish community, he responded, “It is not opportune to make any innovation.” On December 25, 1881, Christian leaders whipped the Polish masses into Antisemitic frenzies that led to riots across the country. In Warsaw 12 Jews were brutally murdered, huge numbers maimed, and many Jewish women were raped. Two million rubles worth of property was destroyed. Simple to remember
The Neoplatonic philosopher Porphyry took an allegorical view of the Saturnalia. He saw the festival’s theme of liberation and dissolution as representing the « freeing of souls into immortality »—an interpretation that Mithraists may also have followed, since they included many slaves and freedmen. According to Porphyry, the Saturnalia occurred near the winter solstice because the sun enters Capricorn, the astrological house of Saturn, at that time. In the Saturnalia of Macrobius, the proximity of the Saturnalia to the winter solstice leads to an exposition of solar monotheism, the belief that the Sun (see Sol Invictus) ultimately encompasses all divinities as one. Perceived relations among the Mithraic mysteries, the Dies Natalis Solis Invicti (the « Birthday of the Unconquered Sun ») on December 25, and the Christian Nativity as celebrated in December are a matter of long-standing and complex scholarly debate. The Mishna and Talmud (Avodah Zara 8a) describe a pagan festival called Saturna which occurs eight days before the winter solstice. It is followed eight days after the solstice with a festival called Kalenda. The Talmud ascribes the origins of this festival to Adam, who saw that the days were getting shorter and thought it was punishment for his sin. He was afraid that the world was returning to the chaos and emptiness that existed before creation. He sat and fasted for eight days. Once he saw that the days were getting longer again he realized that this was the natural cycle of the world, so made eight days of celebration. The Talmud states that this festival was later turned into a pagan festival. (…) Unlike several Roman religious festivals which were particular to cult sites in the city, the prolonged seasonal celebration of Saturnalia at home could be held anywhere in the Empire. Saturnalia continued as a secular celebration long after it was removed from the official calendar. As William Warde Fowler noted, Saturnalia « has left its traces and found its parallels in great numbers of medieval and modern customs, occurring about the time of the winter solstice. » A number of scholars, including historian David Stephens from the University of Central Florida and Professor Parker-Ducharme from Tulane University, view aspects of the Saturnalia festival as the origin of some later Christmas customs, particularly the practice of gift giving, which was suppressed by the Catholic Church during the Middle Ages. During the ancient Roman Saturnalia, human-shaped delicacies were consumed and jovial singing was performed in the streets, which makes it a « precursor of modern gingerbread man » and caroling. The ancient Roman Saturnalia was integrated into Christianity in the 4th century, as a means to mass convert the pagan Roman citizens. Due to its pagan origin, the Christmas festival was banned in Massachusetts between 1659 and 1681 by the Puritans as an illegal observance. Certain religious groups such as Jehovah’s Witnesses do not observe Christmas for the same or similar reasons. Wikipedia
Macrobe rapporte diverses traditions romaines sur l’origine de cette fête : plusieurs font référence au séjour de Saturne dans le Latium avant la fondation de Rome. Saturne détrôné se serait réfugié en Italie, dans le Latium, où il rassemble les hommes féroces éparpillés dans les montagnes et leur donne des lois. Son règne est un âge d’or, ses paisibles sujets étant gouvernés avec douceur et équité. Les Saturnales vont contribuer à célébrer la mémoire de cet âge heureux de l’exercice du pouvoir. Pour la recherche moderne, les Saturnales sont une fête typique du « crépuscule de l’année » – Saturne est essentiellement le dieu de la période qui précède le solstice d’hiver – comme la fête celtique de Samain, période qui voit des pratiques de potlatch, de banquets et magnificence, pendant laquelle la paix règne et la communication avec le monde des morts est établie.Au cours des Saturnales, les esclaves jouissent d’une apparente et provisoire liberté. Durant cette fête très populaire, l’ordre hiérarchique des hommes et logique des choses est inversé de façon parodique et provisoire : l’autorité des maîtres sur les esclaves est suspendue. Ces derniers ont le droit de parler et d’agir sans contrainte, sont libres de critiquer les défauts de leur maître, de jouer contre eux, de se faire servir par eux. Les tribunaux et les écoles sont en vacances et les exécutions interdites, le travail cesse. On fabrique et on offre de petits présents (saturnalia et sigillaricia). Des figurines sont suspendues au seuil des maisons et aux chapelles des carrefours. Un marché spécial (sigillaria) a lieu. De somptueux repas sont offerts. La population se porte en masse vers le mont Aventin. On enlève à la statue du dieu les chaînes portées par lui, depuis que Jupiter a voulu contenir son appétit dévorant en le soumettant au rythme régulier des astres et des jours. D’abord fêtées le 14 avant les calendes de janvier (19 décembre), puis le 16 avant les calendes (17 décembre) et durant trois jours après la réforme du calendrier de Jules César3, puis quatre jours sous Auguste, puis cinq sous Caligula4, elles finissent par durer sept jours sous Dioclétien, du 17 au 24 décembre. (…) On dit que les Saturnales ont été en partie l’inspiration de fêtes religieuses ou traditionnelles instituées postérieurement : le jour de Noël chrétien reprend le symbole du solstice d’hiver, soit le thème du Sol invictus, (le soleil invaincu). la galette des rois, laquelle sacrait le « roi » de la fête. Par extension, ce terme de Saturnales désigne (…) des fêtes débridées pendant lesquelles tous les excès sont permis ; un temps de débordement, de débauche, de licence, de manifestation violente de pouvoir ou de vice. Wikipedia
Rabbin de Gérone, ensuite chef spirituel de la communauté juive de Catalogne, ami du roi Jacques Ier d’Aragon, il fait office de médiateur à maintes reprises entre la couronne et les almajas. La quiétude dont il jouit est brisée lorsque, en 1263, il est choisi pour une disputatio en présence du roi avec Pablo Christiani, sur l’ordre de Raymond de Penafort. Pablo Christiani, Juif passé au christianisme et devenu frère dominicain (et responsable d’inventions telles que la rouelle), est déjà connu pour avoir tenté de convertir la communauté juive de Provence. La démarche de Christiani est originale : présumant que son adversaire devra rester mesuré, de crainte de heurter la sensibilité des dignitaires chrétiens, il escompte non pas interdire le Talmud, mais au contraire l’utiliser afin de prouver la vérité de la foi et du message chrétien. En effet, il pense pouvoir attester à partir de plusieurs passages attenant à l’Aggada, que les Sages Pharisiens ont pensé que le Messie vivait à l’époque du Talmud, et donc qu’il s’agissait de Jésus. Nahmanide demande, et obtient, la complète liberté d’expression au cours des 4 jours qui vont suivre, du 20 au 24 juillet 1263. Les objets de la dispute de Barcelone furent de savoir : si le Messie était apparu ; si le Messie annoncé par les Prophètes devait être considéré comme divin, ou humain né de parents humains ; qui des Juifs ou des Chrétiens détenait la vraie foi. La tentative de Christiani tourna court. Le Ramban remit les choses dans leur contexte, prouvant que si les rabbins avaient véritablement cru en la messianité de Jésus, ils se seraient convertis. Ses interprétations étaient donc tendancieuses. Par ailleurs, la Aggada ne lie pas davantage les Juifs, que les chrétiens ne sont tenus de croire aux sermons des évêques. Le Ramban précisa que les Juifs étaient tenus de croire en la vérité de la Bible, et ne tenaient compte des arguments théologiques du Talmud que s’ils influençaient la pratique religieuse. De ce point de vue, les Juifs ne sont pas tenus de croire tout point théologique du Talmud, surtout lorsqu’il s’agit d’Aggada. Pour l’argument de Shilo (Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, jusqu’à ce que vienne Shilo), le Ramban fit valoir que, du fait de l’étymologie même du nom, le Messie devrait être humain, de chair et de sang, et non divin. Le Messie aux portes de Rome fut également rapidement réfuté, car cet enseignement aggadique de Rabbi Josué ben Lévi portait sur la fin des guerres et l’avènement d’un règne de paix et de justice. Où était-il aujourd’hui ? Le Ramban fit aussi remarquer que les questions attenant au Messie avaient moins d’importance pour les Juifs que ce que croyaient les Chrétiens. Selon lui, un Juif a en effet plus de mérite à observer les prescriptions divines en terre d’exil, sous le joug chrétien, qu’en Terre promise sous le règne du Messie, où chacun pratiquerait la Loi de façon naturelle. La disputation fut abrégée à la demande pressante des Juifs de Barcelone craignant d’exciter le ressentiment des Dominicains, et se termina sur la victoire éclatante de Nahmanide, le roi allant jusqu’à lui faire don de 300 maravedis en signe de respect. Cependant, le clergé dominicain prétendit avoir remporté la rencontre. Nahmanide fut obligé de relater la Dispute par écrit. Pablo Christiani s’en servit et sélectionna des passages jugés blasphématoires envers la Chrétienté pour forger le Telae Ignis Satanis, où « Bonastruc da Porta, le maître de Gérone » se trouve souvent pris de court face aux arguments pleins de vérité et ne s’échappe qu’à coup desdits blasphèmes. Ce faux permettra de poursuivre tout un qui s’adonnerait à l’étude du Talmud, reconnu ouvrage hérétique et anti-chrétien, mais il entraînera surtout la mise en accusation de Nahmanide. Le roi fit réunir une commission extraordinaire afin d’assurer l’impartialité du procès, qui se tenait en sa présence. Nahmanide admit avoir porté plusieurs atteintes à la Chrétienté, mais n’avoir rien dit d’autre que les arguments prononcés devant le roi, avec jouissance d’une liberté de parole totale. Bien que le roi et la commission reconnussent la justesse de sa défense, les Dominicains obtinrent que les livres de Nahmanide soient brûlés et qu’il soit exilé pour deux ans, ce qui se commua rapidement en bannissement à perpétuité. Wikipedia
Barcelone, juillet 1263 : devant le roi d’Aragon, la cour, et devant les personnalités les plus éminentes de l’Église chrétienne, s’engage une Dispute qui va durer quatre jours. Elle oppose Paul Christiani, juif converti au christianisme, à Rabbi Moïse ben Nahman (Nahmanide) de Gérone, l’une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol. Quatre jours d’une âpre discussion touchant la venue du Messie et sa nature, et au cours desquels va se dévoiler l’endroit de la rupture entre judaïsme et christianisme : le pouvoir, la souveraineté. Du fond de cette rupture, c’est le sens de l’exil du peuple juif, dépossédé de cette souveraineté, qui devient l’enjeu de l’affrontement. Si le Messie est déjà venu et que les juifs ne l’ont pas connu, leur exil n’est plus qu’une inutile errance, ce qu’il y a de plus vain faisant suite à l’erreur la plus essentielle. Mais si le Messie n’est pas encore venu, le christianisme se trouve relégué au rang de simple puissance politique et sa vérité résumée à l’exercice momentané d’un pouvoir dans le monde. Editions Verdier
Rome est bien le signe de la caducité des empires, des royaumes et des nations appelées à mourir et à disparaître. Et si le messianisme juif met en question le pouvoir de l’Église, si pour lui l’exil n’est qu’une situation où la liberté fait défaut, le sens ultime et privilégié de son message est d’annoncer la fin de la servitude, de la domination d’un peuple par un autre, de la guerre comme éthique de vie. L’Église n’est plus seule à être en question, le judaïsme l’est également, maintenant qu’une puissance temporelle, un État s’en réclame. Phénomène aujourd’hui généralisé, l’on voit le messianisme se changer en son contraire. La théologie, en investissant tout le champ du politique, se pervertit en transcendance de la terreur. La dispute de Barcelone est toujours nouvelle. Edmond Amran el Maleh

Attention: une dispute peut en cacher une autre !

En ce lendemain de l’ancienne fête de préparation des saturnales (dédiée au vieillard dévoreur d’enfants mais subvertie par le christianisme en fête de la naissance du Christ et des enfants) …

Fête du lendemain de Noël qui, sous le nom de « Fête des boites » (« Boxing Day« ) chez nos voisins anglo-saxons,  en est apparemment la fête de conclusion avancée (les fameuses calendes de janvier ou  fête des sygillaires et « ancêtre » de notre Saint Sylvestre, dédiées elles à la déesse Strenia et connues chez nous une semaine plus tard sous le nom d’étrennes, avant le sacre, par hasard interposé – la fève de nos galettes des rois – du « roi » de la fête) où serviteurs et marchands reçoivent les cadeaux de leurs employeurs (pendant que les associations caritatives reprennent les distributions de nos prêtres qui jadis ouvraient les troncs des églises et en distribuaient le contenu aux pauvres dans une petite boîte ?) mais qui aujourd’hui, entre les matches et les chasses d’après-Noël, sert surtout de « Black Friday » de Noël où chacun s’active à revendre ses cadeaux ou profiter des soldes des invendus du potlatch de la veille …

Pendant que, sur fond de massacres continués des chrétiens dans principalement le monde dit musulman, parmi les plus religieux on fête la translation solennelle, par l’évêque Jean de Jérusalem à l’église du Mont-Sion de Jérusalem en l’an 415, du corps de la première victime judéo-chrétienne d’une des premières confrontations théologiques entre judaïsme et christianisme naissant …

Comment, à l’heure où dans leurs voeux l’Etat américain comme nombre d’entreprises ou d’individus n’osent plus même mentionner le nom (trop christique) de Noël et où des chrétiens arabes tentent d’imposer un sapin de Noël au Parlement israélien (à quand un sapin de Noël à la Mecque ?), ne pas repenser au sinistre envers d’une de nos plus chères célébrations dont les « fêtes des fous » médiévales (Victor Hugo ne fait-il pas de son « archétype du monstre sympathique » – bossu, borgne et boiteux, cumulant autrement dit à peu près la totalité des stigmates de victimisation – trouvé un dimanche d’après-Pâques l’un de ces « rois ou papes des fous »?) pouvaient mener aux pires débordements remplaçant, à l’instar du martyre de Saint Dasius de Durostorum bien analysé comme exemple de bouc émissaire par James Frazer, par des juifs, comme victimes des vexations jusqu’au XIXe siècle, les esclaves ou gladiateurs des saturnales romaines ?

Mais comment aussi ne pas se remémorer une autre « disputation » (merci Glaeken Trismegistus), presque aussi fameuse et tragique que celle apparemment plus improvisée de Saint Etienne, où, 23 ans après celle de Paris qui avait vu à l’instiguation du franciscain et apostat juif Nicolas Donin la condamnation et la crémation du Talmud, et entre le 20 et le 24 juillet 1263 à l’initiative du Grand Inquisiteur (Raymond de Peñafort) et en présence du roi Jacques Ier d’Aragon, s’affrontèrent à Barcelone l’une des plus hautes autorités du judaïsme espagnol (Rabbi Moshe ben Nahman de Gérone dit Nahmanide) et un dominicain et juif converti au christianisme  (Pablo Christiani dont le zèle de nouveau converti inspirera plus tard à notre Saint-Louis national le rétablissement de l’usage de la rouelle pour les juifs de France),  à propos de la venue du Messie et de sa nature …

Et qui, redémontrant avec le brio que l’on sait le scandale et la folie d’un Messie crucifié, vit la victoire officielle du talmudiste se transformer en exil forcé et expurgation officielle du Talmud de tous les passages concernant Jésus et Marie ?

Le messie au cœur de la dispute

Michael Blum

Jérusalem Post

12-18 août 2008

Publié en français pour la première fois en 1984, ce texte fondamental est réédité en édition de poche, permettant une lecture plus facile du récit de cette « dispute » qui a marqué l’histoire juive.

Nous sommes en juillet 1263, le roi d’Aragon veut imposer le christianisme dans une Espagne chrétienne au faite de sa gloire. Il convoque deux personnalités, un juif converti, Paul Christiani, soutenu par des dignitaires de l’Église, et Moshe Ben Nahman, plus connu sous le nom de Nahmanide ou Ramban, le grand maître du judaïsme espagnol de son époque.

L’affrontement verbal va durer quatre jours. Évoquant surtout la place du messianisme dans le judaïsme, Nahmanide tente de réfuter les thèses chrétiennes sur l’arrivée du Messie. Nahmanide raconte avec humour et finesse les débats qui l’ont opposé à Christiani. Cette dispute se révélera être plus un procès du judaïsme qu’autre chose.

En lisant cet ouvrage, on a le sentiment de revivre cette scène et d’assister à un véritable spectacle.

De haut niveau intellectuel, le débat est pourtant facile à lire grâce au talent de Nahmanide qui, citant des textes midrashiques et talmudiques, anime chaque joute de la controverse.

L’apostat, de son côté, tente d’utiliser le texte du Talmud pour démontrer que les rabbins de l’époque de Jésus croyaient à la possibilité qu’il soit le messie, tandis que Ramban s’efforce de prouver que la foi chrétienne est erronée.

Un des éléments de l’argumentation de Ramban est la différence marquée entre la foi dans un messie pour les chrétiens, élément essentiel du christianisme, alors que le judaïsme ne le mentionne que rarement.

Bien que le roi d’Aragon, impressionné par les arguments de Nahmanide, lui ait accordé la possibilité de continuer d’exercer sa foi, lui offrant même de l’argent, les Dominicains obtinrent que ses livres soient brûlés et qu’il soit banni du royaume.

Peu de temps après cet épisode, Ramban quitte sa ville de Gérone pour s’installer en Israël où il passera les trois dernières années de sa vie et publiera son commentaire sur la Torah.

La nouvelle édition est suivie des explications de Ramban sur le texte d’Isaïe portant sur le messianisme, qu’il n’a pas eu le droit de prononcer lors de la Dispute.

Isaïe présente le messianisme juif, fondamentalement différent de celui prôné par les chrétiens.

Les archives liées au texte de Nahmanïde, notamment les procès verbaux et les textes papaux de l’époque ajoutés au recueil, donnent des indications précieuses sur le contexte historique de la controverse.

Si les disputes de cette nature entre juifs et chrétiens n’existent plus, la lecture de ce texte prouve sa modernité dans un monde où la tentation du messianisme est toujours vivace.

 Voir aussi:

« Crois-tu, reprit le Frère Paul, que le Messie est venu ? » : un reportage de Na’hmanide sur la dispute de Barcelone en 1263

Henri Smolarski

Tribune juive

9 novembre 1984

Procès verbal royal : « L’année du Seigneur mille deux cent soixante-trois, le treizième jour des calendes d’août, le roi des Aragonais et de nombreuses personnes, barons, prélats, religieux et chevaliers se sont réunis au palais royal de Barcelone… »

Curieux des problèmes religieux, influencé par l’Inquisiteur Raymond de Pennafort, le roi Jaime Ier, en cet été de 1263, a organisé une dispute qui fera date dans l’histoire séculaire des relations judéo-chrétiennes. Devant un public de prêtres, de juifs, de négociants, de nobles et d’artisans, Paul Christiani est opposé à Moïse ben Na’hman.

Né sans doute à Montpellier, juif converti, clerc habile, Paul Christiani est pour l’Église un serviteur de grande valeur. Plus tard, sa fureur anti-juive lui fera exiger de Louis IX, dit Saint-Louis, le port de l’étoile jaune par les juifs de France. Moïse ben Na’hman, dit Na’hmanide, 70 ans, est un des rabbins les plus savants, les plus rayonnants de son temps. Les juifs d’Espagne lui ont naturellement demandé de défendre la Tora dans ce procès à grand spectacle.

Après la dispute, et sur requête de l’évêque de Gérone d’où il est originaire, Na’hmanide rédige sous forme de reportage les quatre journées de débats. Cet extraordinaire document est aujourd’hui traduit en français et publié avec une préface et un commentaire du rabbin espagnol des chapitres 52 et 53 d’Isaïe. La Dispute de Barcelone (collection des « Les Dix Paroles », Verdier) illustre un aspect original, à la fois religieux et politique, de la polémique entre juifs et chrétiens.

En 1240, à Paris, un autre apostat, Nicolas Donin, opposé à quatre rabbins français, dont Rabbi Ye’hiel, a obtenu la condamnation et le bûcher pour le Talmud considéré comme une entreprise blasphématoire. Le propos de Paul Christiani est tout à fait différent. « Il s’agit de montrer, dit l’anonyme préfacier de la traduction, que les docteurs du Talmud avaient reconnu la messianité de Jésus et avaient foi en sa religion. » Ce Na’hmanide, qui n’admet pas l’inspiration chrétienne du Talmud, n’est donc qu’un imposteur qui trompe le peuple sur la réalité de la tradition juive. Si le Messie est venu, l’errance juive, l’existence même du peuple juif est une absurdité. S’il n’est pas venu, tous les pouvoirs, tous les empires sont destinés à être emportés par le torrent de l’histoire, y compris l’Église.

L’enjeu du procès, Paul Christiani et Na’hmanide l’ont fort bien compris.

Selon Na’hmanide, la seule différence pour Israël « entre ce monde et les temps messianiques est la soumission aux pouvoirs ».

L’humour souvent cinglant de Na’hmanide, le mépris ouvert dans lequel il tient le Frère Paul « qui ne connaît rien du tout », confère à cette dispute une allure théâtrale vivante, loin des somnolentes controverses théologiques.

Dès le premier jour, Na’hmanide annonce la couleur et exige l’entière liberté de parole. « À condition de ne point faire outrage à la foi », répondit le Frère Raymond de Pennafort. Éclat de Na’hmanide. Pour qui me prend-on ? Croyez-vous que je n’ai pas assez d’instruction pour exprimer « avec retenue ce qui sera, cependant, mon intime conviction ? »

Paul Christiani lui lance au visage la question de Rabbi Josué au prophète Élie (Sanh. 98a) : Quand viendra le Messie ? Réponse : Demande-le au Messie lui-même ! — Et où est-il ? — À la porte de Rome parmi les malades. Triomphe de Frère Paul. « Tu vois bien, dit-il à Na’hmanide, le Messie est déjà venu et il est dans Rome. » Rire de Na’hmanide. Si le Messie est déjà venu, pourquoi demander à Élie « quand viendra-t-il ? ».

Là-dessus intervient Jaime Ier. « Et où est-il aujourd’hui, demanda le roi ? — Cela n’est pas indispensable à la dispute et je ne répondrai point, déclarai-je. Peut-être le trouveras-tu aux portes de Tolède, si tu y dépêches un de tes émissaires, dis-je en plaisantant… »

Tout au long des quatre jours, Na’hmanide, cette fois sans plaisanter, rappelle que le Messie signifie la fin des guerres, la justice, une civilisation du dialogue. Mais si le Messie est aux portes de Rome, c’est-à-dire de la civilisation romaine et chrétienne, ce n’est pas gratuitement. « Ce n’est que lorsque le Messie viendra devant le pape (à Rome) et lui dira par un commandement de Dieu : “Renvoie mon peuple”, qu’il sera effectivement venu… »

Le quatrième jour, la dispute prend fin par une polémique sur La Trinité. « C’est là, dit Paul Christiani, chose extrêmement profonde, que même les anges et les archanges ne comprennent pas. » Réplique de Na’hmanide : « Il est évident que l’homme n’a pas foi en ce dont il n’a pas connaissance. Aussi, les anges eux-mêmes ne peuvent-ils avoir foi en La Trinité. »

Le roi Jaime d’Aragon sourit, offre à Na’hmanide trois cents dinars et le prie de retourner dans sa ville « pour la vie et la paix », Pendant que le virulent Frère Paul s’en va sermonner les juifs de Provence, Na’hmanide prépare sa montée en Terre d’Israël. Autre façon de continuer la dispute de Barcelone.

 Voir également:

La controverse de Barcelone

Edmond Amran el Maleh

Le Monde

7 décembre 1984

Voici donc un texte essentiel, beau aussi en un sens et d’une grandeur certaine. À Barcelone en juillet 1263, en présence du roi d’Aragon Jaime Ier qui en avait pris l’initiative, eut lieu une des plus célèbres controverses judéo-chrétiennes, et elle dura quatre jours. L’Église est alors au faîte de sa puissance, mais il lui faut assurer sa domination spirituelle sans partage, forcer donc les juifs à la conversion, censurer et récupérer le Talmud, présenter enfin Jésus comme étant le Messie.

La dispute de Barcelone, qui se présente comme une mise en scène d’une ampleur dramatique, avec le concours de hautes personnalités de l’Église, du roi et de toute une foule bigarrée, met en présence, sur les lieux du palais, deux protagonistes. Paul Christiani, juif converti, fort de sa connaissance de l’hébreu et des textes, animé d’un zèle ardent en raison de sa conversion, se présente au débat avec une argumentation rédigée à l’avance, soutenu sur place par des personnalités de l’Église, des représentants des ordres militants, les célèbres « dominicanes, les chiens du Seigneur », les dominicains. En face de lui, Moïse Ben Nahman, l’illustre Nahmanide, de Gérone, commentateur du Talmud et cabaliste de grand renom. S’il est certes « maestro » de la tradition juive, bien qu’il récuse ce titre, il lui faudra tout le génie subtil de son esprit pour maîtriser le hasard de l’improvisation et confondre son redoutable adversaire.

D’entrée, et avec lucidité, Nahmanide engage la dispute : « Je souhaite qu’en cette noble assemblée ne soit débattu que de l’essentiel, de ce à quoi tout est suspendu… Nous nous mîmes d’accord pour parler d’abord du problème du Messie, [était-il] déjà venu comme le veut la foi chrétienne? ou bien [est-il] destiné à venir comme le prétend la foi des juifs ? Jésus est-il le Messie ? » La dispute s’engage dans le champ clos de l’exégèse, mais le monde est là dans sa rumeur et sa fureur, l’ombre de l’inquisition monte à l’horizon. Nahmanide est seul pour ainsi dire, seul en lice. Vainqueur ou vaincu, il se sait condamné à l’avance : « Beaucoup de membres de la communauté sont ici, et tous me pressent et m’implorent de ne pas continuer ; car ils ont grand peur de ces hommes, les prédicateurs qui répandent la terreur dans le monde… Même d’illustres gens d’Église m’ont fait dire de ne pas aller plus loin. » Sa grandeur est celle-là même de Socrate qui va sereinement au-devant de la mort.

La question est posée : quelle est la nature du Messie, du messianisme? « Rome sera détruite lorsqu’un homme dira à son compagnon : Rome et tout ce qu’elle renferme sont à toi pour un sou et qu’il répondra : je n’en veux pas », dit Nahmanide, qui, plus loin, ajoutera : « Quand viendra le temps du messianisme, ils forgeront des socs avec leurs glaives et des serpes de leurs lances. On ne lèvera plus l’épée peuple contre peuple et l’on n’apprendra plus la guerre. » Rome est bien le signe de la caducité des empires, des royaumes et des nations appelées à mourir et à disparaître. Et si le messianisme juif met en question le pouvoir de l’Église, si pour lui l’exil n’est qu’une situation où la liberté fait défaut, le sens ultime et privilégié de son message est d’annoncer la fin de la servitude, de la domination d’un peuple par un autre, de la guerre comme éthique de vie. L’Église n’est plus seule à être en question, le judaïsme l’est également, maintenant qu’une puissance temporelle, un État s’en réclame. Phénomène aujourd’hui généralisé, l’on voit le messianisme se changer en son contraire. La théologie, en investissant tout le champ du politique, se pervertit en transcendance de la terreur. La dispute de Barcelone est toujours nouvelle.

Voir encore:

DISPUTATIONS:

Jewish Encyclopedia

Public debates on religious subjects between Jews and non-Jews. Religious differences have at all times induced serious-minded men to exchange their views in order to win opponents over to their own side by appeals to reason. Abraham is represented in the Midrash as holding a religious debate with Nimrod (see Jew. Encyc. i. 86). In Alexandria disputations between Jews and pagans were probably quite frequent. The first actual disputation before a worldly ruler took place at Alexandria about 150 B.C., under Ptolemy Philometor, between Andronicus ben Messalam (Meshullam), the Judean, and Sabbeus and Dositheus (Theodosius), Samaritans, with reference to the Scripture text which the Samaritans claimed had been omitted by the Jews in the Septuagint translations. (Grätz, « Gesch. » iii. 44, 650; compare Josephus, « Ant. » xiii. 3, § 4). In the time of the emperor Caligula the first disputation between Jews and pagans before a ruling monarch took place at Rome, the erection of statues of Caligula in the synagogues of Alexandria having caused the Jews to send a deputation under Philo to the emperor, while the anti-Jewish party sent a deputation under Apion. It was typical of all later disputations, inasmuch as the defeat of the Jews was a foregone conclusion. Some of Philo’s arguments are probably preserved in part in his « Legatio ad Caium » (§§ 20-45). Papyri fragments discovered in recent years contain records of disputations held before Claudius and a later emperor (« Rev. Et. Juives, » xxxvii. 218-223; Schürer, « Gesch. » 3d ed., i. 65-70).

Between Jews and Romans.

In ‘Ab. Zarah iv. 7 and Baraita ‘Ab. Zarah 54b is recorded a disputation held in Rome between pagan sages () and four Jewish elders, whom Grätz properly identifies with Gamaliel II., Eleazar b. Azariah, Joshua b. Hananiah, and Akiba, who went to Rome to have Domitian’s decree against the Jews withdrawn (Grätz, « Gesch. » 3d ed., iv. 110). The following was the dialogue: « If your God hates idolatry, why, being omnipotent, does He not destroy it? » « Shall sun, moon, and stars, without which the world can not exist, be destroyed on account of the fools that worship them? » « But why are not other idols which are of no consequence destroyed? » « As well should seeds when stolen not grown in the soil, or a child conceived in adultery not be born. No; the world goes on in its prescribed course, and the transgressors shall meet their retribution » (compare Bacher, « Ag. Tan. » i. 84). According to Eccl. R. i. 9, R. Meïr was delegated to represent the Jews at a public disputation with the government in Rome, the boar (), as the Roman emblem, being made the subject of the debate (compare Bacher, l.c. ii. 35 et seq.). R. Meïr also had disputes with the Samaritans (Gen. R. iv.; Bacher, l.c. pp. 32 et seq.).

Between Jews and Christians.

Of an altogether different nature were the disputations between Jews and Christians. At first these were bitter and sarcastic in tone, but, like quarrels between members of one household, harmless in their consequences. As they turned chiefly on Scripture interpretations, the Jew easily obtained the victory over his less skilled adversary. A number are recorded in the Talmud and Midrash between Christians called « minim » (heretics) or philosophers and R. Gamaliel II. (Yeb. 102b; Midr. Teh. to Ps. x.; Ex. R. xxx.; see Derenbourg, « Hist. » 1867, p. 357; Bacher, l.c. i. 87) and R. Joshua b. Hananiah (Ḥag. 5b; see Bacher, l.c. i. 176). How prominent these disputations were in the early days of Christianity is shown by the number of fictitious dialogues written by Christians for apologetic purposes, and mainly copied one from the other, with references to the same Scriptural passages, and all of them ending in the same way: the Jew, who seldom knows how to answer, finally yields and embraces Christianity (see Origen, « Contra Celsum, » iv. 52, where the disputation between Papiscus the Jew and Jason is referred to; Harnack, in « Texte und Untersuchungen, » i. 1-3; Conybeare, « The Dialogues of Athanasius and Zaccheus and of Timothy and Aquila, » Oxford, 1898; McGiffert, « A Dialogue Between a Christian and a Jew, Entitled Αντιβολὴ Παπίσκου καὶ φίλωνος ‘Ιουδαίων προς Μόναχόντινα, » New York, 1889). Most valuable as a characteristic example of such a disputation is Justin Martyr’s « Dialogue with Tryphon the Jew. » The author, who frequently calls himself « philosopher, » took the famous R. Tarfon (also pronounced, probably, « Tryphon »: Derenbourg, l.c. p. 376; Grätz, l.c. iv. 58), noted for his fierce opposition to the Christian sect (Shab. 116a), as a typical representative of Jewish teaching, putting into his mouth rabbinical arguments for the sake of refuting them (see M. Friedländer, « Patristische und Talmudische Studien, » pp. 20 et seq., 80-137, Vienna, 1878; Goldfahn, « Justinus Martyr und die Agada, » in Monatsschrift, » 1873, pp. 49, 104, 145, 194, 257). Often the Jew was horrified at the identification of « Christ » with the « Divine Shekinah, » and termed it « blasphemy » (Friedländer, l.c. pp. 62 et seq.); and as the arguments taken from Gen. i 26, and similar expressions regarding the Deity used in Scripture, were ever reiterated by these troublesome « heretics, » he found these disputations « full of weariness » (Eccl. R. i. 9; compare Sanh. 38b, 105b; Yer. Ber. ix. 12d; Friedländer, l.c. pp. 62, 82). In the course of time, however, polemics became a fine art with some of the rabbis, Cæsarea, a place where Christians and Jews constantly met, being the chief School of controversy (Bacher, « Ag. Pal. Amor. » i. 92). R. Simlai and R. Abahu were known as keen debaters (Bacher, l.c. i. 555, ii. 115). On the fictitious disputation in Rome between Pope Sylvester (314-335) and twelve Pharisaic doctors before the emperor Constantine, see Güdemann, « Gesch. des Erziehungswesens und der Cultur der Juden in Italien, » 1884, pp. 39, 295.

In the Middle Ages.

Learned disputations of a harmless nature took place frequently in Italy, and a controversial Jewish literature sprang up in the thirteenth century (see Güdemann, l.c. pp. 12, 24, 87, 39, 230) with the declared object of defending the truth without giving offense to the Christian Church (see Polemical Literature). Quite different was the tone of the disputations introduced in the Byzantine empire. Here Basil I., about 880, instituted such disputations, and the Jews were to be forced either to admit or to disprove « that Jesus is the culmination of the Law and the Prophets » (Grätz, l.c. v. 229), the result being generally expulsion and persecution. In the West, Jews and Christians disputed freely and on terms of mutual good-will in spite of occasional hostile attacks (see « Rev. Et. Juives, » v. 238 et seq.). The impression prevailed among Christians that they were no match for the learned and witty Jews, while the latter frequently challenged the former, openly and frankly criticizing the dogmas of the Church. Among these Nathan L’Official and his son in France obtained about the close of the twelfth century great renown as bold and skilful debaters, and the disputes they had with popes, archbishops, and other prelates have been partly preserved (Grätz, l.c. vi. 143, 366; Güdemann, « Gesch. des Erziehungswesens und der Cultur der Juden in Frankreich und Deutschland, » 1880, pp. 18, 140 et seq.).

Paris and Barcelona.

It was only after Pope Innocent III. had infused the spirit of the Inquisition into Christendom, and the Dominicans had begun their warfare against every dissenter, that the disputations became associated with relentless persecution of the Jewish faith. Being turned into great spectacles by the presence of the dignitaries of Church and state—mock controversial tournaments in which the Jews were bound to suffer defeat—they became a direct menace to the literature and the very lives of the Jews. In order to secure to the Church the semblance of a victory, Jewish apostates lent themselves to the task of bringing malicious charges against their former coreligionists, supporting these by ferreting out every weak and ambiguous point in the Talmud or the Jewish liturgy that might be construed as a « blasphemy » or as defamation of Jesus and Christian dogma.

The first of these famous disputations took place at the royal court of Louis IX. in Paris June 25-27, 1240, in the presence of the queen – mother Blanche and the prelates of Paris, the rabbis Jehiel of Paris, Moses of Coucy, Judah ben David of Melun, and Samuel ben Solomon of ChâteauThierry being ranged against Nicholas DONIN, the Jewish apostate. The four rabbis were to defend the Talmud against the accusations of Donin, turning mainly upon two points: that the Talmud containes immoral sentiments and blasphemous expressions against the Deity, and that it speaks in an offensive manner of Jesus. R. Jehiel, timid at first, was encouraged by the assurance of protection by the queen, and succeeded in refuting Donin’s charges by proving that Jesus, the son of Panthera, can not be the Jesus of the New Testament; that the term « goy » in the Talmud does not refer to Christians; and that the Minim who are made an object of execration in the Jewish liturgy are not born Christians, but only born Jews who have become sectaries or heretics. R. Jehiel’s defense, however successful for the moment, did not save twenty-four cartloads of copies of the Talmud from being consigned to the flames two years later in Paris (see Levin in « Monatsschrift, » 1869, pp. 97 et seq.; Grätz, l.c. vii. 401; Loeb, in « Rev. Et. Juives, » i. 247, ii. 248, iii. 39).

The second disputation took place at Barcelona on July 20, 1263, at the royal palace, in the presence of James I. of Aragon and his court, and of many prominent ecclesiastics and knights, between Naḥmanides and Pablo Christiani, who, like Donin, was the accuser and the instigator. The debate turned on the questions whether the Messiah had appeared or not; whether, according to Scripture, the Messiah is a divine or a human being; and whether the Jews or the Christians held the true faith.

Disputation Between Jewish and Christian Theologians.(From Peter Schwarz, « Der Stern Messhiah, » 1477.)

Differing from R. Jehiel of Paris, Naḥmanides met his antagonist with fearless courage and with the dignity of a true Spaniard; and when Pablo undertook to prove from various haggadic passages the Messianic character of Jesus, Naḥmanides frankly stated that he did not believe in all the haggadic passages of the Talmud, and he went so far as to declare that he had more regard for the Christian monarch than for the Messiah. As to the question whether the Messiah had come or not, he could not believe that he had come as long as the promised cessation of all warfare had not been realized. It was a triumph for the Jewish cause, yet all the more did both the Jewish and the Christian friends of Naḥmanides warn him against the peril threatening his brethren from the terrible power of the Dominicans in case of defeat, and so, at his own request, the disputation was interrupted on the fourth day. But the enemies of the Jews were not set at rest. They claimed the victory, and when Naḥmanides published the frank statements he had made, the king, who had dismissed him with presents and with expressions of his regard, could no longer protect him, and he had to leave the country. Again the Talmud was made the object of attack; but this time, instead of the whole Talmud being proscribed or burned, only the offending passages were singled out for erasure by a censorial committee appointed by the king (see Grätz, l.c. vii. 121-124).

Of literary rather than of historical importance are the public disputations held at Burgos and Avila in 1375 by Moses Cohen de Tordesillas with the apostates John of Valladolid and Abner of Burgos, and that held about the same time in Pampeluna by Shem-Ṭob ben Isaac Shaprut of Tudela with Cardinal Don Pedro de Luna, afterward Pope Benedict XIII., the disputations being made the subjects of the books « ‘Ezer ha-Emunah » (by Moses) and « Eben Boḥan » (by Shem-Ṭob: see Polemics and Polemical Literature).

Disputation of Tortosa.

The most remarkable disputation in Jewish history, for the pomp and splendor accompanying it, the time it lasted, and the number of Jews that took part therein, is the one held at the summons of the antipope Benedict, XIII. in Tortosa. It began in Feb., 1413, and ended Nov., 1414, and was presided over by the pope in state, surrounded by the cardinals and dignitaries of the Church who still retained allegiance to him, while hundreds of monks and knights and men of all degrees were among the audience. Joshua Lorqui (Geronimo de Santa Fé), the apostate, was to prove from the Talmud that Jesus was the Messiah, and the twenty-two most distinguished rabbis and scholars of the kingdom of Aragon had the choice of refuting his arguments or—and this was the scarcely concealed purpose of the pope, anxious to regain power and prestige through the conversion of the Jews of Spain—espousing the Christian faith. To judge from the fragmentary records, there was no great erudition or acumen displayed either by the aggressor, who dwelt on a few haggadic passages concerning the Messiah, or by the defenders, who no longer possessed the courage and self-confidence shown by Naḥmanides. The sixty-nine sessions passed without any other result than that neither the blandishments nor the threats of the pope, nor the fierce attack on the Talmud made by Lorqui, the pope’s physician and chief adviser, could induce the Jews to become traitors to their heritage. A papal bull (May, 1415) of eleven clauses, forbidding the study of the Talmud and inflicting all kinds of degradation upon the Jews, showed the spirit that had prompted the disputation (see Grätz, l.c. viii. 116, 406). Under James II. of Castile, about 1430, Joseph ben Shem-Ṭob and Ḥayyim ibn Musa held frequent disputations with learned Christians at the court of Granada, but henceforth disputations became rare and of no historical importance.

Friendly Disputations. Religious Disputation Between Jews and Christians.(From Kohut, « Geschichte der Deutschen Juden. »)

Belonging to the class of friendly disputations (ib. viii. 417, note 4) are those, whether authentic or embellished by legend, mentioned in Solomon ibn Verga’s « Shebeṭ Yehudah »: (1) Between Don Joseph ibn Yaḥya and King Alfonso V. of Portugal, (a) concerning Jesus’miraculous powers; (b) regarding the perpetual character of the Mosaic, law; (c) as to the efficacy of the prayer of a non-Jew; (d) whether the hosts of angels are numerable or infinite; (e) why sorcery, being based on error, is so severely punished in Scripture. (2) Between three Jewish artisans taken from the street, and Don Joseph ibn Benveniste ha-Levi with Alfonso XI. of Castile, (a) on the qualities of God; (b) on the distance between earth and heaven; (c) on the sun’s radiation of heat; (d) on the forbidden fat and blood of animals; (e) on the night’s sleep; (f) on the immortality of the soul. (3) Between Don Samuel Abrabalia and Don Solomon ha-Levi and Pope Martin (Hebrew text has ; see Grätz, l.c. viii. 128, note), (a) concerning the fierce words of Simon b. Yoḥai, « The best of the heathen deserves killing » (: Mek., Beshallaḥ, i.; Yer. Ḳid. iv. 66c; Massek., Soferim, xv. 9; see Müller’s ed., note): (b) on Jer. 1. 12 (Hebr.), « The end of the heathen is shame and desolation »; (c) on Simon b. Yoḥai’s utterance, « You are called men, but the other nations are not called men » (B. M. 114b; Yeb. 61a; compare Lazarus, « Ethics of Judaism, » i. 264, Philadelphia, 1900). (4) Between Don Pedro IV. of Aragon (1336-1387) and his physician, who, when asked why the Jews were not allowed to drink the wine touched by a Christian, had water brought to wash the king’sfeet, of which he then drank to show that the fear of impurity was not the reason of the prohibition (Grätz, l.c. i. 12). (5) Between Don Abraham Benveniste, Don Joseph ha-Nasi (ben Abrham ibn Benveniste) and R. Samuel ibn Shoshan of Ecija, and Don Alfonso XI. on the social conduct of the Jews, their usury and avarice, their musical accomplishments, their luxury, the Jewish sages ascribing Jewish usury to Christian legislation; as regards the dishonest means by which the Jews were said to have obtained wealth, they remarked, « We Jews are treated like the mice: one mouse eats the cheese, and people say, ‘The mice have done it.’ For the wrong-doing of one the whole race is made responsible » (ib. viii. 25-27). (6) Between a Christian and a Jew, before Don Alfonso (V. ?) of Portugal, on the Messianic passages in Ps. xxii., and on the hyperbolical haggadic passages in the Talmud.  The remarkable disputation of Ephraim ben (Don) Sango (Sancho ? more probably identical with the famous poet Don Santo de Carrion; see « Orient, Lit. » 1851, xii., though disputed by Kayserling, « Sephardim, » p. 328, note) with Don Pedro IV. on the question, Which religion is the better, the Jewish or the Christian? the Jewish sage answering with the parable of the two precious jewels and the two sons, obviously the original of the parable of the three rings, taken from Boccaccio by Lessing for his « Nathan the Wise » (see Wünsche, in Lessing-Mendelssohn’s « Gedenkbuch, »1879, pp. 329 et seq.). The story of a disputation on the question, Which is the best religion? is, however, very old. One is said to have taken place about 740, before Bulan, the king of the Chazars, who, uncertain whether to exchange his heathen religion, which he had come to abhor, for Mohammedanism or Christianity, summoned representatives of these two creeds, as well as of Judaism, for a disputation. None could convince him of the superiority of his faith, and Bulan resolved to espouse the Jewish, since both Christian and Mohammedan referred to it as the basis of their own, and each recognized it as superior to the others (See Chazars). Upon this story the religious disputations in Judah ha-Levi’s « Cuzari » are based. The story of a disputation occurs in Russian legends regarding Vladimir’s conversion, but with a different result (see Karamsin, « History of Russia, » bk. i., ch. vii.).

In Italy, Germany, and Poland.

In order to have a great spectacle to excite the passions of the ignorant masses, John Capistrano, the Franciscan Jew-baiter, arranged in 1450 a disputation at Rome with a certain Gamaliel called « Synagogæ Romanæ magister, » but otherwise very little known (see Vogelstein and Rieger, « Gesch. der Juden in Rom, » 1895, ii. 14). Disputations of a friendly character were held at the court of Ercole d’Este I. at Ferrara by Abraham Farissol with two learned monks, the one a Dominican, the other a Franciscan, the matter of which is produced in Farissol’s « Magen Abraham » and « Wikkuaḥ ha-Dat » (see Grätz, l.c. ix. 45). In Germany it was the Jewish apostate Victor of Carben who, under the direction of Herrman, the Archbishop of Cologne, and in the presence of many courtiers, ecclesiastics, and knights, held a disputation with some Jews of the Rhine provinces about 1500, accusing them of blasphemy against the Christian religion; the consequence of this disputation was that the Jews were expelled from the lower Rhine district (ib. lx. 70).

An Eighteenth Century Disputation.

Quite different in tone and character were the disputations held by the Jews, both Rabbinites and Karaites, with Christians of various denominations in Poland at the close of the sixteenth century. Here the Jews, untrammeled by clerical or state despotism, freely criticized the various religious sects, and it was considered a difficult task for a Christian to convert a Jew (ib. ix. 456; see Isaac b. Abraham Troki). Occasionally disputations for conversionist purposes were arranged at German courts. One is reported to have taken place at the ducal court of Hanover, about 1700, in the presence of the duke, the dowager-duchess, the princes, clergy, and all the distinguished personages of the city, between Rabbi Joseph of Stadthagen and Eliezer Edzard, who had had been the instigator of the disputation. It ended in the complete victory of the rabbi, who not only refuted all the arguments of his antagonist from Scripture and the Midrash, but under the full approval of the court declined to answer under oath the question as to which religion was the best. He said: « We condemn no creed based upon the belief in the Creator of heaven and earth. We believe what we have been taught; let the Christians adhere to what they have been taught » (Bloch in « Oesterreichische Wochenschrift, » 1902, p. 785).

Regarding the disputations between the rabbis and the Frankists before Bishop Dembowski at Kamenetz in 1757, and before the canon Nikulski at Lemberg in 1759, see Frank, Jacob. For others, see Steinschneider in « Monatsschrift, » 1883, pp. 80 et seq., and his « Uebersetzungen, » pp. 305, 461.

Bibliography:

Isidore Loeb. La Controverse Réligieuse Entre les Chrêtiens et les Juifs au Moyen Age, Paris, 1888;

I. Ziegler, Religiöse Disputationen im Mittelalter, Frankfort-on-the-Main, 1894, reproduced in Hamburger, R. B. T. Supplement, v. 1900, s.v. Disputationen.

Voir de plus:

The History of Christmas

Lawrence Kelemen

Simple to remember

I. When was Jesus born?

A. Popular myth puts his birth on December 25th in the year 1 C.E.

B. The New Testament gives no date or year for Jesus’ birth. The earliest gospel – St. Mark’s, written about 65 CE – begins with the baptism of an adult Jesus. This suggests that the earliest Christians lacked interest in or knowledge of Jesus’ birthdate.

C. The year of Jesus birth was determined by Dionysius Exiguus, a Scythian monk, “abbot of a Roman monastery. His calculation went as follows:

a. In the Roman, pre-Christian era, years were counted from ab urbe condita (“the founding of the City” [Rome]). Thus 1 AUC signifies the year Rome was founded, 5 AUC signifies the 5th year of Rome’s reign, etc.

b. Dionysius received a tradition that the Roman emperor Augustus reigned 43 years, and was followed by the emperor Tiberius.

c. Luke 3:1,23 indicates that when Jesus turned 30 years old, it was the 15th year of Tiberius reign.

d. If Jesus was 30 years old in Tiberius’ reign, then he lived 15 years under Augustus (placing Jesus birth in Augustus’ 28th year of reign).

e. Augustus took power in 727 AUC. Therefore, Dionysius put Jesus birth in 754 AUC.

f. However, Luke 1:5 places Jesus’ birth in the days of Herod, and Herod died in 750 AUC – four years before the year in which Dionysius places Jesus birth.

D. Joseph A. Fitzmyer – Professor Emeritus of Biblical Studies at the Catholic University of America, member of the Pontifical Biblical Commission, and former president of the Catholic Biblical Association – writing in the Catholic Church’s official commentary on the New Testament[1], writes about the date of Jesus’ birth, “Though the year [of Jesus birth is not reckoned with certainty, the birth did not occur in AD 1. The Christian era, supposed to have its starting point in the year of Jesus birth, is based on a miscalculation introduced ca. 533 by Dionysius Exiguus.”

E. The DePascha Computus, an anonymous document believed to have been written in North Africa around 243 CE, placed Jesus birth on March 28. Clement, a bishop of Alexandria (d. ca. 215 CE), thought Jesus was born on November 18. Based on historical records, Fitzmyer guesses that Jesus birth occurred on September 11, 3 BCE.

II. How Did Christmas Come to Be Celebrated on December 25?

A. Roman pagans first introduced the holiday of Saturnalia, a week long period of lawlessness celebrated between December 17-25. During this period, Roman courts were closed, and Roman law dictated that no one could be punished for damaging property or injuring people during the weeklong celebration. The festival began when Roman authorities chose “an enemy of the Roman people” to represent the “Lord of Misrule.” Each Roman community selected a victim whom they forced to indulge in food and other physical pleasures throughout the week. At the festival’s conclusion, December 25th, Roman authorities believed they were destroying the forces of darkness by brutally murdering this innocent man or woman.

B. The ancient Greek writer poet and historian Lucian (in his dialogue entitled Saturnalia) describes the festival’s observance in his time. In addition to human sacrifice, he mentions these customs: widespread intoxication; going from house to house while singing naked; rape and other sexual license; and consuming human-shaped biscuits (still produced in some English and most German bakeries during the Christmas season).

C. In the 4th century CE, Christianity imported the Saturnalia festival hoping to take the pagan masses in with it. Christian leaders succeeded in converting to Christianity large numbers of pagans by promising them that they could continue to celebrate the Saturnalia as Christians.[2]

D. The problem was that there was nothing intrinsically Christian about Saturnalia. To remedy this, these Christian leaders named Saturnalia’s concluding day, December 25th, to be Jesus’ birthday.

E. Christians had little success, however, refining the practices of Saturnalia. As Stephen Nissenbaum, professor history at the University of Massachussetts, Amherst, writes, “In return for ensuring massive observance of the anniversary of the Savior’s birth by assigning it to this resonant date, the Church for its part tacitly agreed to allow the holiday to be celebrated more or less the way it had always been.” The earliest Christmas holidays were celebrated by drinking, sexual indulgence, singing naked in the streets (a precursor of modern caroling), etc.

F. The Reverend Increase Mather of Boston observed in 1687 that “the early Christians who first observed the Nativity on December 25 did not do so thinking that Christ was born in that Month, but because the Heathens’ Saturnalia was at that time kept in Rome, and they were willing to have those Pagan Holidays metamorphosed into Christian ones.”[3] Because of its known pagan origin, Christmas was banned by the Puritans and its observance was illegal in Massachusetts between 1659 and 1681.[4] However, Christmas was and still is celebrated by most Christians.

G. Some of the most depraved customs of the Saturnalia carnival were intentionally revived by the Catholic Church in 1466 when Pope Paul II, for the amusement of his Roman citizens, forced Jews to race naked through the streets of the city. An eyewitness account reports, “Before they were to run, the Jews were richly fed, so as to make the race more difficult for them and at the same time more amusing for spectators. They ran… amid Rome’s taunting shrieks and peals of laughter, while the Holy Father stood upon a richly ornamented balcony and laughed heartily.”[5]

H. As part of the Saturnalia carnival throughout the 18th and 19th centuries CE, rabbis of the ghetto in Rome were forced to wear clownish outfits and march through the city streets to the jeers of the crowd, pelted by a variety of missiles. When the Jewish community of Rome sent a petition in1836 to Pope Gregory XVI begging him to stop the annual Saturnalia abuse of the Jewish community, he responded, “It is not opportune to make any innovation.”[6] On December 25, 1881, Christian leaders whipped the Polish masses into Antisemitic frenzies that led to riots across the country. In Warsaw 12 Jews were brutally murdered, huge numbers maimed, and many Jewish women were raped. Two million rubles worth of property was destroyed.

III. The Origins of Christmas Customs

A. The Origin of Christmas Tree

Just as early Christians recruited Roman pagans by associating Christmas with the Saturnalia, so too worshippers of the Asheira cult and its offshoots were recruited by the Church sanctioning “Christmas Trees”.[7] Pagans had long worshipped trees in the forest, or brought them into their homes and decorated them, and this observance was adopted and painted with a Christian veneer by the Church.

B. The Origin of Mistletoe

Norse mythology recounts how the god Balder was killed using a mistletoe arrow by his rival god Hoder while fighting for the female Nanna. Druid rituals use mistletoe to poison their human sacrificial victim.[8] The Christian custom of “kissing under the mistletoe” is a later synthesis of the sexual license of Saturnalia with the Druidic sacrificial cult.[9]

C. The Origin of Christmas Presents

In pre-Christian Rome, the emperors compelled their most despised citizens to bring offerings and gifts during the Saturnalia (in December) and Kalends (in January). Later, this ritual expanded to include gift-giving among the general populace. The Catholic Church gave this custom a Christian flavor by re-rooting it in the supposed gift-giving of Saint Nicholas (see below).[10]

D. The Origin of Santa Claus

a. Nicholas was born in Parara, Turkey in 270 CE and later became Bishop of Myra. He died in 345 CE on December 6th. He was only named a saint in the 19th century.

b. Nicholas was among the most senior bishops who convened the Council of Nicaea in 325 CE and created the New Testament. The text they produced portrayed Jews as “the children of the devil”[11] who sentenced Jesus to death.

c. In 1087, a group of sailors who idolized Nicholas moved his bones from Turkey to a sanctuary in Bari, Italy. There Nicholas supplanted a female boon-giving deity called The Grandmother, or Pasqua Epiphania, who used to fill the children’s stockings with her gifts. The Grandmother was ousted from her shrine at Bari, which became the center of the Nicholas cult. Members of this group gave each other gifts during a pageant they conducted annually on the anniversary of Nicholas’ death, December 6.

d. The Nicholas cult spread north until it was adopted by German and Celtic pagans. These groups worshipped a pantheon led by Woden –their chief god and the father of Thor, Balder, and Tiw. Woden had a long, white beard and rode a horse through the heavens one evening each Autumn. When Nicholas merged with Woden, he shed his Mediterranean appearance, grew a beard, mounted a flying horse, rescheduled his flight for December, and donned heavy winter clothing.

e. In a bid for pagan adherents in Northern Europe, the Catholic Church adopted the Nicholas cult and taught that he did (and they should) distribute gifts on December 25th instead of December 6th.

f. In 1809, the novelist Washington Irving (most famous his The Legend of Sleepy Hollow and Rip Van Winkle) wrote a satire of Dutch culture entitled Knickerbocker History. The satire refers several times to the white bearded, flying-horse riding Saint Nicholas using his Dutch name, Santa Claus.

g. Dr. Clement Moore, a professor at Union Seminary, read Knickerbocker History, and in 1822 he published a poem based on the character Santa Claus: “Twas the night before Christmas, when all through the house, not a creature was stirring, not even a mouse. The stockings were hung by the chimney with care, in the hope that Saint Nicholas soon would be there…” Moore innovated by portraying a Santa with eight reindeer who descended through chimneys.

h. The Bavarian illustrator Thomas Nast almost completed the modern picture of Santa Claus. From 1862 through 1886, based on Moore’s poem, Nast drew more than 2,200 cartoon images of Santa for Harper’s Weekly. Before Nast, Saint Nicholas had been pictured as everything from a stern looking bishop to a gnome-like figure in a frock. Nast also gave Santa a home at the North Pole, his workshop filled with elves, and his list of the good and bad children of the world. All Santa was missing was his red outfit.

i. In 1931, the Coca Cola Corporation contracted the Swedish commercial artist Haddon Sundblom to create a coke-drinking Santa. Sundblom modeled his Santa on his friend Lou Prentice, chosen for his cheerful, chubby face. The corporation insisted that Santa’s fur-trimmed suit be bright, Coca Cola red. And Santa was born – a blend of Christian crusader, pagan god, and commercial idol.

IV. The Christmas Challenge

· Christmas has always been a holiday celebrated carelessly. For millennia, pagans, Christians, and even Jews have been swept away in the season’s festivities, and very few people ever pause to consider the celebration’s intrinsic meaning, history, or origins.

· Christmas celebrates the birth of the Christian god who came to rescue mankind from the “curse of the Torah.” It is a 24-hour declaration that Judaism is no longer valid.

· Christmas is a lie. There is no Christian church with a tradition that Jesus was really born on December 25th.

· December 25 is a day on which Jews have been shamed, tortured, and murdered.

· Many of the most popular Christmas customs – including Christmas trees, mistletoe, Christmas presents, and Santa Claus – are modern incarnations of the most depraved pagan rituals ever practiced on earth.

Many who are excitedly preparing for their Christmas celebrations would prefer not knowing about the holiday’s real significance. If they do know the history, they often object that their celebration has nothing to do with the holiday’s monstrous history and meaning. “We are just having fun.”

Imagine that between 1933-45, the Nazi regime celebrated Adolf Hitler’s birthday – April 20 – as a holiday. Imagine that they named the day, “Hitlerday,” and observed the day with feasting, drunkenness, gift-giving, and various pagan practices. Imagine that on that day, Jews were historically subject to perverse tortures and abuse, and that this continued for centuries.

Now, imagine that your great-great-great-grandchildren were about to celebrate Hitlerday. April 20th arrived. They had long forgotten about Auschwitz and Bergen Belsen. They had never heard of gas chambers or death marches. They had purchased champagne and caviar, and were about to begin the party, when someone reminded them of the day’s real history and their ancestors’ agony. Imagine that they initially objected, “We aren’t celebrating the Holocaust; we’re just having a little Hitlerday party.” If you could travel forward in time and meet them; if you could say a few words to them, what would you advise them to do on Hitlerday?

On December 25, 1941, Julius Streicher, one of the most vicious of Hitler’s assistants, celebrated Christmas by penning the following editorial in his rabidly Antisemitic newspaper, Der Stuermer:

If one really wants to put an end to the continued prospering of this curse from heaven that is the Jewish blood, there is only one way to do it: to eradicate this people, this Satan’s son, root and branch.

It was an appropriate thought for the day. This Christmas, how will we celebrate?

Voir aussi:

Edelstein: Christmas Trees Bring Back ‘Bad Memories’ for Jews

The reason he did not sanction one in front of the Knesset had nothing to do with Christians, but with Jews, says MK Yuli Edelstein.

David Lev

12/26/2013

Israel has nothing against Christmas or Christmas trees, Knesset Speaker Yuli Edelstein said Thursday. The reason he did not sanction one in front of the Knesset had nothing to do with Christians – but with Jews.

Last week, MK Hana Sweid (Hadash), born to a Christian Arab family, formally requested that a Christmas tree be set up in the Knesset as a symbol of Israel’s consideration for its Christian citizens, and the country’s appreciation of its ties to the Christian world. In a letter to Edelstein, Sweid said that the installation of a tree would show that the Knesset would not tolerate so-called “price tag” attacks, in which Jewish nationalists are accused of marring mosques and other non-Jewish institutions and symbols after Israelis undergo terror attacks.

Sweid added that “many Jews put up Christmas trees as well,” apparently referring to the Russian custom of putting up a New Year’s tree. The tree is similar to the traditional Christmas tree put up in many Western countries in appearance, but is not linked to the Christian holiday.

In a letter to Sweid, Edelstein said that he would not put up an “official” Christmas tree in the Knesset, but that the MK was invited to set one up in her office.

Speaking to Israel Radio Thursday, Edelstein explained that he valued Israel’s Christian citizens and did not mean to offend anyone. However, he said, the Christmas tree, like other Christian symbols, brought back bad memories for Jews, and as the Jewish state, Israel needed to ensure that its Jewish citizens were not subject to displays that would hurt their emotions.

“These symbols remind many Jews of how their ancestors were persecuted in Europe by Christians,” Edelstein said. “There are many other ways for the state to pay tribute to its Christian citizens.”

Among other official recognitions of the Christian holiday, Israeli law mandates that Christian employees of government offices receive the day off with pay. The National Insurance Institute also advanced the date it distributed this month’s child allowance and welfare payments to precede Christmas, to ensure that Christian Arabs had enough money to celebrate properly.

Voir également:

Triste Noël : le bilan 2013 des persécutions des chrétiens dans le monde

Contrairement aux idées reçues, le christianisme est la religion la plus violentée. 2013 aura été marquée par un regain de violences à leur encontre, principalement en Afrique et au Moyen-Orient. En cause : la montée en puissance, dans ces territoires, des mouvements islamistes qui souhaitent faire avancer les frontières de l’islam.

Atlantico

25 décembre 2013

Atlantico : Le soir de Noël, alors que les Européens vivent la commémoration de la naissance du Christ comme une fête joyeuse, des chrétiens sont victimes de persécutions dans le reste du monde. Quel est le bilan de ces exactions cette année ?

Alexandre Del Valle : Il est très difficile de répondre de manière précise à cette question étant donné que les chiffres diffèrent selon les sources, suivant qu’il s’agit de l’épiscopat ou du Conseil de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), par exemple. Sur 2,3 milliards de chrétiens dans le monde aujourd’hui, il y a au minimum plus d’une dizaine de milliers d’entre eux qui ont été tués parce qu’ils ont manifesté leur foi. Plus largement, on estime environ à 100 000 le nombre de chrétiens tués, parce qu’ils appartenaient à un groupe assimilé chrétien, c’est-à-dire parce qu’ils sont nés chrétiens, indépendamment même de leur foi et de tout prosélytisme. C’est le chiffre le plus bas. Le Conseil de l’OSCE évoque le chiffre de 105 000 chrétiens et l’épiscopat va jusqu’à 170 000.

Où ces massacres de chrétiens se déroulent-ils majoritairement ?

Ces massacres de chrétiens ont majoritairement eu lieu en Corée du Nord, en Arabie Saoudite,en Égypte, au Nigeria, en Centrafrique, au Soudan, en Irak et en Syrie. Si en Irak le phénomène n’est pas nouveau et qu’en Égypte les chiffres restent constants, en 2013, on a observé une montée des persécutions envers les chrétiens syriens alors que jadis ils étaient protégés par le régime. En outre, la Centrafrique a connu une montée flagrante des massacres chrétiens cette année.

Le phénomène est-il en progression depuis les révolutions arabes ?

Depuis qu’Al Qaeda a récupéré un certain nombre de rébellions là où les révolutions arabes n’ont pas pu se mener de manière démocratique, à l’instar de la Syrie et du Yémen, on a vu une accélération des persécutions. De même, elles se sont amplifiées en Irak, en Libye et même au Maghreb. Dans les pays arabes, les islamistes ont élaboré un plan d’éradication des chrétiens depuis les années 1990-2000. Ce plan d’éradication s’est consolidé avec les révolutions arabes.

L’intervention française en Centrafrique et au Mali sont-elles une réponse à ce « plan d’éradication » ?

En ce qui concerne les pays africains, on assiste depuis une dizaine d’années au « syndrome soudanais » en Côte d’Ivoire, en Erythrée, dans les pays sahéliens : ces pays sont divisés entre des musulmans et des chrétiens selon une fracture Nord/Sud. Depuis une dizaine d’années, et surtout depuis quatre/cinq ans, les mouvements comme AQMI, Ansar al-Islam, Boko Haram ou celui des Shebabs participent de cette division de la Somalie jusqu’aux portes du Maroc et de la Mauritanie. Au Sahel, il y a toute une bande où le Nord musulman, souvent un peu plus proche des Arabes ou qui est arabe, veut progresser vers le Sud noir-chrétien, ancienne réserve d’esclaves en général; c’est le cas au Mali, en Côte d’Ivoire, au Soudan.

L’offensive centrafricaine en est le résultat : des bandes armées islamiques progressent vers le Sud qui est pour eux un véritable champ de conquête et de razzia. Là aussi il y a un plan qui vise à exterminer les minorités chrétiennes. Et pourtant, la Centrafrique est un pays majoritairement chrétien, mais aujourd’hui les islamistes ont mis en place une christianophobie criminelle. Dans le nord du Nigéria, ceci est très flagrant.

Le but de ces mouvements islamistes, aussi bien dans le monde arabe qu’en Afrique, est de faire reculer les frontières de la chrétienté et de faire avancer celles de l’islam. Ils ont une véritable stratégie. Aujourd’hui les chrétiens sont des bouc-émissaires symbolisant la haine de l’Occident : c’est la nouvelle christianophobie.

Voir encore:

The Brits have it right: forget Happy Holidays, just wish people Merry Christmas

I’d rather be able to wish people in the US a Merry Christmas this week without having to worry if they’ll be offended

Heather Long

The Guardian

22 December 2013

A colleague made a curious statement when she returned to New York recently from London, « Everything was so Christmas-y there. »

At first glance, it’s a bizarre statement. New York and London (among other cities in both countries) are decked out for the holidays. Who hasn’t heard of the Rockefeller Center Christmas tree or London’s Oxford Street lights and mince pies? And that’s to say nothing of the famous storefront windows all aglow.

But look beyond the seasonal window treatments at Macy’s and you’ll quickly find a different story. In corporate America, everything is « happy holidays ». Ads refer to « holiday shopping », end-of-year office soirees are « holiday parties » and kids’ school concerts this time of year are « holiday concerts ». You get the idea.

Even at the Guardian, when we put up our Christmas tree in the New York office, the first thing one of our interns said was, « Where’s the menorah? »

It’s the « politically correct » question. Evergreens and menorahs go hand in hand in most public places in the US. Some offices have gone a step further on the PC scale and simply done « winter wonderland » themed decorations. They have silver, gold and white lights aplenty, but no red and green anything. In short, snow globes are fine, Santa is not.

An annual survey that came out last week revealed just how conflicted Americans are on whether it’s better to say « Merry Christmas » or « Happy Holidays » this time of year. Half of America prefers one term and half the other. However, in a business or public setting, nearly two-thirds of those under 30 feel it’s better to wish someone the more generic Happy Holidays. It’s about trying to be polite in an increasingly diverse society.

I see the trend just by looking at the greeting cards I’ve received this year in the mail and how people are signing off their emails. The majority wish me something along the lines of: happy holidays, peace, warm wishes for the New Year, and my least favorite, « seasons greetings ». The cards have nice images of mittens, ice skates and snow covered landscapes (not to mention photos of cute kids), but not much overtly Christmas-y. They offer me everything jolly and merry this time of year, except a Merry Christmas.

I’m not to saying that Christmas isn’t prominently visible in the states. There are still plenty of Santas and pine trees for sale here, and a drive around the neighborhood, especially in parts of America outside of the major cities, and you’ll see people go all out with the Christmas lights and decorations outside their homes (there’s even a TV show about it). But even people who are clearly celebrating Christmas in their homes tend to be conflicted about what to say in the workplace or at school. No one wants to offend anyone or make assumptions about people’s religious beliefs, especially at work.

In America, the term « Christmas » still has a strongly religious connotation to it (despite what years of Santa and the « buy buy buy » mentality have done to the spirit of holiday). That’s only further reinforced by claims on Fox News and other conservative outlets that there is a « war on Christmas » and, by extension, a war on the Christian faith. Now wishing people a « Merry Christmas » almost has a political tone to it.

What’s striking to anyone who has spent time in the UK is that everyone says Merry (or Happy) Christmas. I’ve even had Muslim friends in the UK send me cards and write Merry Christmas on my Facebook wall. The saying in Britain seems to have lost its religious meaning. People say it regardless of whether or not they celebrate Christmas, and businesses feel no remorse whatsoever at openly calling things « Christmas sales » or « Christmas parties ».

Of course, I am making broad generalizations. As a British friend reminded me, the UK has been celebrating Saturnalia long before Christmas, and plenty of places such as Birmingham have generic Winterval celebrations. Christmas isn’t ubiquitous.

But by and large, in two diverse societies with similar roots, Americans have opted to try to find neutral sounding holiday greetings, while Brits have chosen to make Christmas as open to everyone as possible.

Personally, I think the Brits have this one right. I’d rather be able to wish people a Merry Christmas this week without having to worry if they’ll be offended. I’d also rather have people wish me Happy Hanukkah, Happy Diwali or Eid Mubarak when those holidays come around. It makes me feel more a part of their celebration. Let’s call each holiday what it is instead of trying to lump Jewish, Christian and even the Kwanzaa ritual together. If we need a generic holiday, we’ve already got the New Year, which touches all people and cultures.

Telling someone to « enjoy your holiday » or worse, sending them « seasons greetings » are cop-outs. Instead of feeling more diverse and inclusive, it just feels like someone took a bit of sparkle out of the December festivities.

Voir enfin:

3. The Roman Saturnalia

James Frazer (The Golden Bough)

We have seen that many peoples have been used to observe an annual period of license, when the customary restraints of law and morality are thrown aside, when the whole population give themselves up to extravagant mirth and jollity, and when the darker passions find a vent which would never be allowed them in the more staid and sober course of ordinary life. Such outbursts of the pent-up forces of human nature, too often degenerating into wild orgies of lust and crime, occur most commonly at the end of the year, and are frequently associated, as I have had occasion to point out, with one or other of the agricultural seasons, especially with the time of sowing or of harvest. Now, of all these periods of license the one which is best known and which in modern language has given its name to the rest, is the Saturnalia. This famous festival fell in December, the last month of the Roman year, and was popularly supposed to commemorate the merry reign of Saturn, the god of sowing and of husbandry, who lived on earth long ago as a righteous and beneficent king of Italy, drew the rude and scattered dwellers on the mountains together, taught them to till the ground, gave them laws, and ruled in peace. His reign was the fabled Golden Age: the earth brought forth abundantly: no sound of war or discord troubled the happy world: no baleful love of lucre worked like poison in the blood of the industrious and contented peasantry. Slavery and private property were alike unknown: all men had all things in common. At last the good god, the kindly king, vanished suddenly; but his memory was cherished to distant ages, shrines were reared in his honour, and many hills and high places in Italy bore his name. Yet the bright tradition of his reign was crossed by a dark shadow: his altars are said to have been stained with the blood of human victims, for whom a more merciful age afterwards substituted effigies. Of this gloomy side of the god’s religion there is little or no trace in the descriptions which ancient writers have left us of the Saturnalia. Feasting and revelry and all the mad pursuit of pleasure are the features that seem to have especially marked this carnival of antiquity, as it went on for seven days in the streets and public squares and houses of ancient Rome from the seventeenth to the twenty-third of December.

But no feature of the festival is more remarkable, nothing in it seems to have struck the ancients themselves more than the license granted to slaves at this time. The distinction between the free and the servile classes was temporarily abolished. The slave might rail at his master, intoxicate himself like his betters, sit down at table with them, and not even a word of reproof would be administered to him for conduct which at any other season might have been punished with stripes, imprisonment, or death. Nay, more, masters actually changed places with their slaves and waited on them at table; and not till the serf had done eating and drinking was the board cleared and dinner set for his master. So far was this inversion of ranks carried, that each household became for a time a mimic republic in which the high offices of state were discharged by the slaves, who gave their orders and laid down the law as if they were indeed invested with all the dignity of the consulship, the praetorship, and the bench. Like the pale reflection of power thus accorded to bondsmen at the Saturnalia was the mock kingship for which freemen cast lots at the same season. The person on whom the lot fell enjoyed the title of king, and issued commands of a playful and ludicrous nature to his temporary subjects. One of them he might order to mix the wine, another to drink, another to sing, another to dance, another to speak in his own dispraise, another to carry a flute-girl on his back round the house.

Now, when we remember that the liberty allowed to slaves at this festive season was supposed to be an imitation of the state of society in Saturn’s time, and that in general the Saturnalia passed for nothing more or less than a temporary revival or restoration of the reign of that merry monarch, we are tempted to surmise that the mock king who presided over the revels may have originally represented Saturn himself. The conjecture is strongly confirmed, if not established, by a very curious and interesting account of the way in which the Saturnalia was celebrated by the Roman soldiers stationed on the Danube in the reign of Maximian and Diocletian. The account is preserved in a narrative of the martyrdom of St. Dasius, which was unearthed from a Greek manuscript in the Paris library, and published by Professor Franz Cumont of Ghent. Two briefer descriptions of the event and of the custom are contained in manuscripts at Milan and Berlin; one of them had already seen the light in an obscure volume printed at Urbino in 1727, but its importance for the history of the Roman religion, both ancient and modern, appears to have been overlooked until Professor Cumont drew the attention of scholars to all three narratives by publishing them together some years ago. According to these narratives, which have all the appearance of being authentic, and of which the longest is probably based on official documents, the Roman soldiers at Durostorum in Lower Moesia celebrated the Saturnalia year by year in the following manner. Thirty days before the festival they chose by lot from amongst themselves a young and handsome man, who was then clothed in royal attire to resemble Saturn. Thus arrayed and attended by a multitude of soldiers he went about in public with full license to indulge his passions and to taste of every pleasure, however base and shameful. But if his reign was merry, it was short and ended tragically; for when the thirty days were up and the festival of Saturn had come, he cut his own throat on the altar of the god whom he personated. In the year A.D. 303 the lot fell upon the Christian soldier Dasius, but he refused to play the part of the heathen god and soil his last days by debauchery. The threats and arguments of his commanding officer Bassus failed to shake his constancy, and accordingly he was beheaded, as the Christian martyrologist records with minute accuracy, at Durostorum by the soldier John on Friday the twentieth day of November, being the twenty-fourth day of the moon, at the fourth hour.

Since this narrative was published by Professor Cumont, its historical character, which had been doubted or denied, has received strong confirmation from an interesting discovery. In the crypt of the cathedral which crowns the promontory of Ancona there is preserved, among other remarkable antiquities, a white marble sarcophagus bearing a Greek inscription, in characters of the age of Justinian, to the following effect: “Here lies the holy martyr Dasius, brought from Durostorum.” The sarcophagus was transferred to the crypt of the cathedral in 1848 from the church of San Pellegrino, under the high altar of which, as we learn from a Latin inscription let into the masonry, the martyr’s bones still repose with those of two other saints. How long the sarcophagus was deposited in the church of San Pellegrino, we do not know; but it is recorded to have been there in the year 1650. We may suppose that the saint’s relics were transferred for safety to Ancona at some time in the troubled centuries which followed his martyrdom, when Moesia was occupied and ravaged by successive hordes of barbarian invaders. At all events it appears certain from the independent and mutually confirmatory evidence of the martyrology and the monuments that Dasius was no mythical saint, but a real man, who suffered death for his faith at Durostorum in one of the early centuries of the Christian era. Finding the narrative of the nameless martyrologist thus established as to the principal fact recorded, namely, the martyrdom of St. Dasius, we may reasonably accept his testimony as to the manner and cause of the martyrdom, all the more because his narrative is precise, circumstantial, and entirely free from the miraculous element. Accordingly I conclude that the account which he gives of the celebration of the Saturnalia among the Roman soldiers is trustworthy.

This account sets in a new and lurid light the office of the King of the Saturnalia, the ancient Lord of Misrule, who presided over the winter revels at Rome in the time of Horace and Tacitus. It seems to prove that his business had not always been that of a mere harlequin or merry-andrew whose only care was that the revelry should run high and the fun grow fast and furious, while the fire blazed and crackled on the hearth, while the streets swarmed with festive crowds, and through the clear frosty air, far away to the north, Soracte showed his coronal of snow. When we compare this comic monarch of the gay, the civilised metropolis with his grim counterpart of the rude camp on the Danube, and when we remember the long array of similar figures, ludicrous yet tragic, who in other ages and in other lands, wearing mock crowns and wrapped in sceptred palls, have played their little pranks for a few brief hours or days, then passed before their time to a violent death, we can hardly doubt that in the King of the Saturnalia at Rome, as he is depicted by classical writers, we see only a feeble emasculated copy of that original, whose strong features have been fortunately preserved for us by the obscure author of the Martyrdom of St. Dasius. In other words, the martyrologist’s account of the Saturnalia agrees so closely with the accounts of similar rites elsewhere which could not possibly have been known to him, that the substantial accuracy of his description may be regarded as established; and further, since the custom of putting a mock king to death as a representative of a god cannot have grown out of a practice of appointing him to preside over a holiday revel, whereas the reverse may very well have happened, we are justified in assuming that in an earlier and more barbarous age it was the universal practice in ancient Italy, wherever the worship of Saturn prevailed, to choose a man who played the part and enjoyed all the traditionary privileges of Saturn for a season, and then died, whether by his own or another’s hand, whether by the knife or the fire or on the gallows-tree, in the character of the good god who gave his life for the world. In Rome itself and other great towns the growth of civilisation had probably mitigated this cruel custom long before the Augustan age, and transformed it into the innocent shape it wears in the writings of the few classical writers who bestow a passing notice on the holiday King of the Saturnalia. But in remoter districts the older and sterner practice may long have survived; and even if after the unification of Italy the barbarous usage was suppressed by the Roman government, the memory of it would be handed down by the peasants and would tend from time to time, as still happens with the lowest forms of superstition among ourselves, to lead to a recrudescence of the practice, especially among the rude soldiery on the outskirts of the empire over whom the once iron hand of Rome was beginning to relax its grasp.

The resemblance between the Saturnalia of ancient and the Carnival of modern Italy has often been remarked; but in the light of all the facts that have come before us, we may well ask whether the resemblance does not amount to identity. We have seen that in Italy, Spain, and France, that is, in the countries where the influence of Rome has been deepest and most lasting, a conspicuous feature of the Carnival is a burlesque figure personifying the festive season, which after a short career of glory and dissipation is publicly shot, burnt, or otherwise destroyed, to the feigned grief or genuine delight of the populace. If the view here suggested of the Carnival is correct, this grotesque personage is no other than a direct successor of the old King of the Saturnalia, the master of the revels, the real man who personated Saturn and, when the revels were over, suffered a real death in his assumed character. The King of the Bean on Twelfth Night and the mediaeval Bishop of Fools, Abbot of Unreason, or Lord of Misrule are figures of the same sort and may perhaps have had a similar origin. Whether that was so or not, we may conclude with a fair degree of probability that if the King of the Wood at Aricia lived and died as an incarnation of a sylvan deity, he had of old a parallel at Rome in the men who, year by year, were slain in the character of King Saturn, the god of the sown and sprouting seed.


Exécution de Marie-Antoinette/220e: Tous les traits caractéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives (Marie-Antoinette’s execution confirms Tarpeian rock close to the Capitol)

13 novembre, 2013
https://i1.wp.com/www.carnavalet.paris.fr/sites/default/files/styles/oeuvre_zoom/public/33748-8bd.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/11/80825-marie_antoinette_execution.jpgLa punition d’un tyran, obtenue après tant de débats odieux, sera-t-elle donc le seul hommage que nous ayons rendu à la liberté et à l’égalité ? Souffrirons-nous qu’un être non moins coupable, non moins accusé par la Nation, et qu’on a ménagé jusqu’ici, comme par un reste de superstition pour la royauté; souffrirons-nous qu’il attende tranquillement ici le fruit de ses crimes ? Une grande République, outragée avec tant d’insolence, trahie avec tant d’audace, attend de vous l’impulsion qui doit ranimer dans tous les cœurs une sainte antipathie pour la royauté, et donner une nouvelle force à l’esprit public. Robespierre (27 mars 1793)
Mon Dieu, si nous avons commis des fautes, nous les avons certainement expiées aussi ! Marie-Antoinette (16 octobre 1793)
Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature refuse de répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. Marie-Antoinette
La reine appartient à plusieurs catégories victimaires préférentielles; elle n’est pas seulement reine mais étrangère. Son origine autrichienne revient sans cesse dans les accusations populaires. Le tribunal qui la condamne est très fortement influencé par la foule parisienne. Notre premier stéréotype est également présent: on retrouve dans la révolution tous les traits carcatéristiques des grandes crises qui favorisent les persécutions collectives. (…) Je ne prétends pas que cette façon de penser doive se substituer partout à nos idées sur la Révolution française. Elle n’en éclaire pas moins d’un jour intéressant une accusation souvent passée sous silence mais qui figure explicitement au procès de la reine, celui d’avoir commis un inceste avec son fils. René Girard

Suite à notre dernier billet sur le phénomène bouc émissaire

Retour, à l’occasion d’une récente visite de la Conciergerie, sur le guillotinage de la reine Marie-Antoinette

Dont non content de sa double tare de reine et d’étrangère …

On en vint, pour la mettre à mort, à accuser d’inceste avec son fils de huit ans …

Et qui, comme quatre ans plus tôt le tristement fameux dépeçage d’une de ses amies promenée sous ses fenêtres, la princesse de Lamballe

Révèle le statut de victime en sursis des monarques …

03 septembre 1792: princesse de Lamballe est massacrée à la prison de la Forçe

Marie Thérèse Louise de Savoie-Carignan

(en italien, « Maria-Teresa di Savoia-Carignano »)

princesse de Lamballe

est massacrée à la prison de la Forçe

née à Turin le 8 septembre 1749

le même jour et la même année que Yolande de Polastron, duchesse de Polignac

morte lynchée à Paris le 3 septembre 1792

Elle est issue d’une branche cadette de la famille royale de Piémont et devient membre d’une branche légitimée de la famille royale de France par son mariage en 1767 avec le fils du duc de Penthièvre (lui-même fils du comte de Toulouse fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan)

À Paris, pendant les massacres des prisons de Paris, décès de S.A.S. Madame la princesse de Lamballe, née Marie-Thérèse Louise de Savoie-Carignan, princesse de Carignan (Turin, royaume de Sardaigne, le 8 septembre 1749)

Elle était la fille de Louis-Victor de Savoie, prince de Carignan (branche cadette de la maison de Savoie, qui deviendra ainée au XIXe siècle) et de Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rothenbourg (soeur de la duchesse de Bourbon et la reine de Sardaigne)

La princesse passa son enfance à Turin et grandit dans la sagesse et la piété, vertus qui firent que le duc de Penthièvre (petit-fils de Louis XIV, issu de la ligne légitimée) la choisît pour épouse de son fils Louis Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe, un libertin et dévergondé, qui la maria en 1767.

Le ménage fut malheureux mais dura peu car le prince mourut en 1768, des suites d’une maladie vénérienne.

La veuve restera attachée à son beau-père, qui la aimiat comme à sa propre fille.

À partir de 1770 elle fréquenta la Cour et se lia d’amitié à la Dauphine, qui, devenue reine en 1774, la nomme

« surintendante de la Maison de la reine »

Marie-Antoinette partage son coeur entre ses amies la Lamballe et Yolande de Polignac.

Même si cette dernière lui prend sa place dans la faveur royale, la princesse sera toujours una amie dévouée de la Reine.

Elle entra dans la Maçonnerie en 1781 par instigation de son beau-frère le duc d’Orléans (marié a la fille du duc de Penthièvre), mais sans sa malice et pour pure frivolité.

Éclatée la Révolution et lorsque presque tous les amis et proches du couple royal s’enfuirent, Madame de Lamballe revint à côté de la Reine et y resta, reprenant ses fonctions de surintendante aux Tuileries.

Lors de l’assaut du palais, elle alla avec la famille royal se réfugier à l’Assemblée.

C’est alors que fut prononcée la déchéance du roi et décidée son incarcération au Temple.

La princesse fit partie du convoi, mais dix jours plus tard, on vint chercher tous ceux qui n’appartenaient pas à la famille royale « stricto sensu». Les deux amies durent se dire adieu.

La princesse fut conduite à la prison de la Force, d’où ne sortit pas en vie, ayant été la victime de la fureur meurtrière des révolutionnaires.

A la Force, le matin du 3, vers dix heures, la princesse de Lamballe est tirée de son cachot.

Couchée, malade, elle était épouvantée des bruits qu’elle entendait.

Levez-vous, madame, il faut aller à l’Abbaye, lui disent les deux gardes nationaux envoyés pour la chercher.

La malheureuse répond par ses mots ingénus

– Prison pour prison, j’aime autant celle-ci.

On la presse.

Tremblante, la tête perdue, elle s’habille et suit les gardes.

Qui êtes-vous ? lui demande Hébert, accoudé à sa table.

– Marie-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, murmure-t-elle et s’évanouit.

On l’assied, on lui fait reprendre ses sens et l’interrogatoire continue.

Il y a dans les juges, il y a dans la foule qui l’entoure des hommes qui, payés par le duc de Penthièvre, son beau-père, voudraient la sauver.

On lui demande ce qu’elle connaît des complots de la cour.

Elle balbutie

– Je n’ai connu aucun complot.

– Faites serment d’aimer la liberté et l’égalité, jurez haine au roi, à la reine, à la royauté.

La menue, timide créature qui, abritée en Angleterre, n’est revenue en France que pour partager les dangers de la reine, sa maîtresse et son amie, se redresse dans sa robe froissée.

Un doux héroïsme la soulève

– Je ferai facilement le premier serment, je ne puis faire le second, qui n’est pas dans mon cœur.

– Jurez donc, lui souffle quelqu’un, ou vous êtes morte

Elle ne répond pas, se détourne et cache son visage dans ses mains.

Hébert alors, levant sa tête sèche et dure, prononce le mot fatal.

– Elargissez madame.

Deux hommes la prennent par les bras et l’entraînent dans la rue.

Devant l’amas des cadavres dont la plupart sont déjà dépouillés, elle soupire

– Fi ! l’horreur

Un sabre s’abat sur son cou.

Elle est percée de plusieurs coups de piques.

On la dévêt entièrement.

Elle reste ainsi deux heures, étalée nue au coin d’une borne, à la risée lubrique de la foule.

Un peu plus tard, on lui coupe la tête, on lui arrache le cœur.

La princesse de Lamballe – par Danloux – B. N. Estampes

Tandis que sa tête était promenée au bout d’une pique jusqu’à la tour du Temple, son corps fut transporté sur des kilomètres, profané, mutilé et dépecé, jusqu’au comité civil de la section des Quinze-Vingts.

Enfin, la tête fut portée à son tour au comité, à sept heures du soir, après avoir été repoudrée, afin d’être « inhumée auprès du corps » dans une tombe du cimetière des Enfants-Trouvés.

Sa mort donna lieu à une profusion de témoignages, très largement diffusés à l’époque et jusqu’à aujourd’hui, tant parmi les révolutionnaires que dans les milieux royalistes et contre-révolutionnaires, qui sont souvent sujets à caution, traduisant moins la réalité des faits qu’une vision fantasmatique. Ces textes, qui décrivent avec force détails macabres, la mise à mort, la mutilation, le dépeçage, la fragmentation et l’exposition du corps abandonné dans un chantier de construction, vers le Châtelet, jusqu’au petit matin, « expriment les craintes et les luttes qui animent alors les différents protagonistes de la Révolution »

Côté révolutionnaire, on a présenté les « cadavres réparateurs » des victimes des massacres de septembre, laissés sur le pavé, comme une réponse au complot fomenté dans les prisons et à la menace extérieure. Pour Antoine de Baecque, la description morbide de la mise à mort et des outrages visait à « exprimer l’anéantissement du complot aristocratique ». De même, il considère qu’ils servaient à « punir la femme de cour, ainsi que le supposé complot féminin et lesbien – menaçant la prééminence masculine – de « la Sapho de Trianon », vilipendée par les chroniqueurs et les gazetiers sous l’Ancien Régime ». Les royalistes ont repris à leur compte ces récits, « en retournant leur sens pour montrer la régression du révolutionnaire à l’état de barbare et la monstruosité de la Révolution, opposée à la délicatesse du corps de la victime ».

Parmi ces récits, on peut noter La Famille royale préservée au Temple. Extrait du récit de ce qui s’est passé au Temple dans les journées des 2 et 3 septembre 1792, dont le manuscrit a été cité par Georges Bertin en 1888, le récit des événements dans la Révolution de Paris, qui présente la princesse de Lamballe comme une comploteuse, La Vérité tout entière sur les vrais acteurs de la journée du 3 septembre 1792, le Bulletin du comte de Fersen au prince régent de Suède sur ce qui s’est passé en France ou Idée des horreurs commises à Paris dans les journées à jamais exécrables des 10 août, 2, 3, 4 et 5 septembre 1792 ou Nouveau Martyrologe de la Révolution française.

Après les événements, plusieurs auteurs ont repris ces descriptions des événements dans leurs ouvrages, qu’il s’agisse de l’abbé Barruel, Antoine Serieys, Mme de Créquy ou Mme Guénard. Plus récemment, des biographes comme Stefan Zweig ont repris ces descriptions dans leur récit des derniers instants de la princesse de Lamballe.

Quelques heures plus tard, le duc de Penthièvre dépêcha son fidèle valet Fortaire de retrouver sa dépouille, en vain.

La princesse de Lamballe est l’exemple le plus achevé du dévouement de l’amitié jusqu’au sacrifice.

Les massacres de septembre

Joseph-Alexis WALSH

Il y a un peu plus d’un an, mes enfants 1, que je commençais pour vous le long récit d’une révolution qui a ébranlé tous les trônes. Je vous redisais alors l’ouverture des états généraux ; je vous montrais Louis XVI, le plus honnête homme de son royaume, y apportant sa loyauté, ses bonnes intentions et ses espérances ; je vous répétais les promesses des réformateurs ; et tout en en doutant je déroulais sous vos yeux leurs utopies de prospérité, de gloire et de liberté ; et aujourd’hui que je suis arrivé au 10 août et aux journées de septembre, vous êtes à même de juger ce que vaut la parole des révolutionnaires.

Ils avaient déclaré que la personne du souverain est inviolable, et le roi est prisonnier dans la tour du Temple ! ils avaient promis la prospérité, et la misère pèse sur le peuple ! ils avaient crié liberté, et la France n’a plus assez de prisons ! ils avaient annoncé une paix glorieuse, et la guerre vient d’entamer le territoire, avançant avec tous ses fléaux.

Les visites domiciliaires, demandées par Danton et accordées avec tant d’empressement par la commune, venaient de commencer, et dès ce moment un parti tout entier fut livré à la dénonciation d’un autre et dévoué à être tout en masse jeté dans les prisons.

Le samedi 1er septembre, les quarante-huit heures fixées pour la fermeture des barrières et l’exécution des visites domiciliaires étant écoulées, les communications furent rétablies, et beaucoup d’habitants de Paris commençaient à profiter de cet éclair de liberté pour sortir de la capitale, que plusieurs d’entre eux voyaient déjà. au pouvoir des étrangers… La prise de Lougwy leur avait donné cette frayeur ; la nouvelle que Verdun était également tombé en leur pouvoir mit le comble à leur délire… Danton fait aussitôt décréter par la commune que le lendemain 2 septembre on battra la générale, on sonnera le tocsin, on tirera le canon d’alarme, et que tous les citoyens disponibles se rendront en armes au Champ de Mars, y camperont pendant la journée, et partiront le lendemain pour se rendre sous les murs de Verdun.

Pareil ordre répandit une grande agitation dans Paris ; chaque famille fut tout à coup saisie d’effroi. Il y en avait peu qui n’eussent quelques-uns de leurs membres, quelques-uns de leurs amis parmi les détenus, et d’affreux bruits circulaient déjà sur le sort réservé aux prisonniers ; on racontait que Sergent et Panis avaient dit à Mme de Lafosse-Landry, qui s’obstinait à vouloir partager la captivité de son oncle, l’abbé de Rastignac : Vous faites une imprudence, madame ; les prisons ne sont pas sûres. On ajoutait encore que Manuel, le procureur-syndic, venait de mettre en liberté deux femmes de l’illustre famille de La Trémouille en disant : Elles ne méritaient que la prison.

Mais ce qui devait surtout effrayer et les détenus et leurs parents, c’était le terrible discours que Tallien vint prononcer le 31 août à l’Assemblée, épouvantée de toutes les arrestations qui avaient été faites depuis quarante-huit heures.

« Législateurs, cria-t-il d’une voix presque menaçante, les représentants provisoires de la commune ont été calomniés ; ils ont été jugés sans avoir été entendus ; ils viennent vous demander justice. Appelés par le peuple dans la nuit du 9 au 10 août pour sauver la patrie, ils ont dû faire ce qu’ils ont fait ; le peuple n’a pas limité leur pouvoir ; il leur a dit : Allez ; agissez en mon nom, et j’approuverai tout ce que vous aurez fait.

« Nous vous le demandons, messieurs, le corps législatif n’a-t-il pas été longtemps environné des respects des citoyens de Paris ? son enceinte n’a été souillée que par la présence du digne descendant de Louis XI et de l’émule de Médicis… Ces tyrans vivent encore ! n’est-ce pas au respect du peuple pour l’Assemblée nationale qu’ils en sont redevables ? Vous avez vous-mêmes applaudi à toutes nos mesures.

« Vous êtes remontés par nous à la hauteur des représentants d’un peuple libre ; c’est vous-mêmes qui nous avez donné le titre honorable de représentants de la commune, et vous avez voulu communiquer directement avec nous.

« Tout ce que nous avons fait, le peuple l’a sanctionné : ce ne sont pas quelques factieux, comme on voudrait le faire croire, c’est un million de citoyens. Interrogez-les sur nous ; il vous répondront : Ils ont salivé la patrie. Si quelques-uns d’entre nous ont pu prévariquer, nous demandons au nom de la commune leur punition.

« Nous étions chargés de sauver la patrie ; nous l’avons juré, et nous avons cassé des juges de paix indignes de ce beau titre, nous avons cassé une municipalité feuillantine.

« Nous n’avons donné aucun ordre contre la liberté des bons citoyens ; mais nous nous faisons gloire d’avoir séquestré les biens des émigrés : nous avons arrêté des conspirateurs, et nous les avons mis entre les mains des tribunaux.

« Nous avons chassé les moines et les religieuses pour mettre en vente les maisons qu’ils occupaient.

« Nous avons proscrit les journaux incendiaires : ils corrompaient l’opinion publique.

« Nous avons fait des visites domiciliaires ; qui nous les avait ordonnées ? Vous ! Les armes trouvées chez les gens suspects, nous vous les apportons pour les remettre entre les mains des défenseurs de la patrie.

« Nous avons fait arrêter les prêtres perturbateurs : ils sont enfermés dans une maison particulière, et sous peu de jours le sol de la liberté sera purgé de leur présence !

« On nous accuse d’avoir désorganisé l’administration, et notamment celle des subsistances ; mais à qui la faute ? Les administrateurs eux-mêmes, où étaient-ils dans les jours de danger ? La plupart n’ont pas encore reparu à la commune.

« La section des Lombards est venue réclamer contre nous dans votre sein ; mais le vœu d’une seule section n’anéantira pas celui d’une majorité des autres sections de Paris.

« Hier les citoyens dans nos tribunes nous ont reconnus pour leurs représentants ; ils nous ont juré qu’ils nous conservaient leur confiance.

« Si vous nous frappez, frappez donc aussi le peuple qui a fait la révolution du 14 juillet, qui l’a consolidée le 10 août et qui la maintiendra. Il est maintenant en assemblées primaires ; il exerce sa souveraineté : consultez-le ; qu’il prononce sur notre sort.

« Vous nous avez entendus, nous sommes là ; prononcez. Les hommes du 10 août ne veulent que la justice et qu’obéir à la volonté du peuple. »

Tous les membres de l’Assemblée pâlirent à ce discours : ils gardaient encore le silence de la stupeur quand les cris des tribunes éclatèrent… Parmi ces vociférations, qui ne cessent une seconde que pour recommencer plus fortes et plus menaçantes, on distingue ces mots :

– Vive la commune ! c’est elle qui nous a sauvés.

– Vivent nos bons commissaires !

– Vivent les vrais amis du peuple !

– On les menace ; nous les défendrons tous.

– Mort aux ennemis de la commune !

La foule qui entourait depuis longtemps la salle de l’Assemblée pénètre alors dans son enceinte, et un des meneurs s’arrête devant la barre et dit :

« Peuple des tribunes, Assemblée nationale et vous, citoyen président, nous venons au nom du peuple qui attend à la porte demander à défiler dans la salle pour voir les représentants de la commune qui sont ici ; nous mourrons s’il le faut avec eux. »

Le président embarrassé répond à l’orateur populaire que le temps de l’Assemblée était précieux, et qu’il prie le peuple d’envoyer vingt hommes pris dans la foule, qui défileront dans la salle, et qui y verront les représentants de la commune sans interrompre longtemps les travaux des députés… Le peuple prenait assez mal cette proposition ; des cris recommençaient dans les tribunes quand Manuel arriva, et tira l’Assemblée de ses angoisses en blâmant les pétitionnaires qui avaient forcé les portes de la salle et qui avaient fait entendre des menaces.

Pendant que ceci se passait aux Feuillants, les listes de proscription se dressaient dans l’hôtel du ministre de la justice, et le surlendemain, le 2 septembre, jour de dimanche, des attroupements nombreux et bruyants se montraient dans tous les différents quartiers de Paris, et de tous les groupes arrêtés dans les rues on entendait sortir ces mots : Dans trois jours l’ennemi peut être à Paris !

Vergniaud, pour changer la frayeur publique en enthousiasme, arrive à l’Assemblée et dit :

« Il paraît, d’après les rapports qui arrivent de nos armées, que le plan de l’ennemi est de marcher droit sur la capitale en laissant les places fortes derrière lui. Eh bien ! ce projet fera notre salut et sa perte : nos armées, trop faibles pour lui résister, seront assez fortes pour le harceler sur ses derrières, et tandis qu’il arrivera poursuivi par nos bataillons, il trouvera en sa présence l’armée parisienne rangée en bataille sous les murs de la capitale ; et, enveloppé là de toutes parts il sera dévoré par cette terre qu’il aura profanée. Mais au milieu de ces espérances flatteuses, il est un danger qu’il ne faut pas dissimuler : c’est celui des terreurs paniques ; nos ennemis y comptent et sèment l’or pour les produire ; et, vous le savez, il est des hommes pétris d’un limon si fangeux qu’ils se décomposent à l’idée du moindre danger. Je voudrais qu’on pût signaler cette espèce sans âme et à figure humaine, en réunir tous les individus dans une même ville, à Longwy par exemple, qu’on appellerait la ville des lâches, et là couverts d’opprobre ils ne sèmeraient plus l’épouvante chez leurs concitoyens ; ils ne leur feraient plus prendre des nains pour des géants et la poussière qui vole devant une compagnie de uhlans pour des bataillons armés.

« Parisiens, c’est aujourd’hui qu’il faut déployer une grande énergie ! Pourquoi les retranchements du camp ne sont-ils pas plus avancés ? où sont les bêches, les pioches qui ont élevé l’autel de la fédération et nivelé le Champ de Mars ? Vous avez manifesté une grande ardeur pour les fêtes ; sans doute, vous avez chanté, célébré la liberté ; il faut maintenant la défendre ! Nous n’avons plus à renverser des rois de bronze, mais des rois vivants et armés de leur puissance. Je demande donc que l’Assemblée nationale donne le premier exemple, et envoie douze commissaires, non pour faire des exhortations, mais pour travailler eux-mêmes et piocher de leurs mains à la face du peuple.

– Oui, au camp ! au camp ! crièrent plusieurs membres de l’Assemblée ; mais Danton avant de les laisser sortir de la salle avait aussi à leur adresser la parole… parole de sang qui serait comprise.

– Une partie du peuple, dit l’ami de Marat, va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième avec des piques défendra l’intérieur de nos villes… Mais ce n’est pas assez ; il faut envoyer partout des commissaires et des courriers pour engager la France entière à imiter Paris ; il faut rendre un décret par lequel tout citoyen soit obligé, sous peine de mort, de servir de sa personne ou de remettre ses armes. Le canon que vous allez entendre n’est point le canon d’alarme, c’est le pas de charge sur les ennemis de la patrie ; pour les vaincre, pour les atterrer que faut-il ? DE L’AUDACE, ENCORE DE L’AUDACE ET TOUJOURS DE L’AUDACE.

Danton venait de se faire comprendre ; sa motion fut adoptée, et il sortit de l’Assemblée fier et triomphant, car il sentait que ses paroles allaient tout à l’heure porter des fruits sanglants.

Le 2 septembre, toutes les autorités, tous les corps, l’Assemblée, la commune, les sections étaient en séance, et sur les pensées de tous ces hommes réunis il y avait quelque chose d’inconnu qui pesait ; je ne sais quelle attente les inquiétait ou les préoccupait tous. Les ministres, réunis à l’hôtel de la marine, attendaient leur collègue Danton, dont le premier soin avait été de se rendre au comité de surveillance. Paris ne faisait plus autant de bruit, les rues étaient presque désertes, et dans les maisons on faisait silence dans la crainte d’attirer l’attention… Au Temple, malgré la hauteur et l’épaisseur des murs du donjon, la famille royale, que chaque mouvement devait menacer plus que tous les autres prisonniers, demandait avec anxiété la cause des allées et des venues des conciliabules et des chuchotements des municipaux préposés à sa garde. Dans les diverses prisons il était tout à coup survenu une tristesse plus sombre, plus inquiète que de coutume ; les geôliers, les guichetiers n’étaient plus si impassibles, et plusieurs d’entre eux avaient renvoyé leurs femmes et leurs enfants. Le dîner avait été servi aux prisonniers deux heures avant l’instant accoutumé ; tous les couteaux avaient été retirés de leurs serviettes. « Pourquoi donc, demandèrent-ils à leurs gardiens, pourquoi ce changement ? pourquoi nous prenez-vous nos couteaux ? »

Les geôliers hochaient la tête et ne répondaient rien.

Enfin à deux heures la générale commença à battre.

« Il se passe quelque chose d’extraordinaire », disaient les prisonniers ; et, approchés des portes, ils écoutaient… Le tocsin suivit de près la générale, puis le canon d’alarme. « Oh ! s’écriaient les détenus, c’est peut-être notre dernier jour ! » Et les amis se réunissaient ensemble, et les enfants venaient près de leurs pères, et les pères leur montraient le ciel et disaient : Mettons notre espoir en Dieu.

Si l’inquiétude était dans toutes les prisons, au dehors l’agitation était extrême : de nombreux rassemblements se rendaient au Champ de Mars ; d’autres groupes, précédés de drapeaux noirs, couraient vers la salle de l’Assemblée. Devant l’Hôtel-de-Ville la multitude ne cessait de crier : L’ennemi approche ; mort aux traîtres ! ils nous livreront.

Pendant que ces vociférations retentissaient autour de l’Hôtel-de-Ville, on vit sortir de la cour six voitures de place ; elles contenaient vingt-quatre prêtres. Billaud-Varennes venait de donner l’ordre de les conduire à l’Abbaye. Leur faire traverser les flots de cette foule altérée de sang, c’était les envoyer à la mort ; cette pensée entrait dans le programme de la journée ; aussi les voitures remplies de victimes partirent… Elles ne pouvaient aller qu’au pas, tant la multitude se pressait autour d’elles pour voir les prêtres et les outrager. Arrivées dans la rue Dauphine, au carrefour Bussy, les voitures sont quelques instants arrêtées, les portières en sont ouvertes : « Voilà, s’écrient les Marseillais et les Jacobins, voilà les conspirateurs qui devaient égorger nos femmes et nos enfants tandis que nous serions à la frontière. » Un des prisonniers repousse alors un brigand à bonnet rouge, et veut fermer la portière ; celui-ci furieux d’avoir été frappé, tire son sabre, monte sur le marchepied, et le plonge à trois reprises dans la poitrine du jeune homme qui a eu l’audace de contrarier la volonté du peuple, qui voulait voir de près les victimes qu’il allait immoler.

Quand le fédéré montra son sabre tout dégouttant de sang et qu’il le brandit au-dessus de sa tête, la populace battit des mains, et cria : Bien ! Bien ! il faut les tuer tous ; ce sont des scélérats, des aristocrates !

À l’instant les deux portières de la voiture qui roulait toujours sont ouvertes, et je ne sais combien de bras se pressent, s’enfoncent dans le fiacre, et les trois compagnons de celui qui venait d’être massacré sont égorgés. Parmi les premières victimes il y avait un jeune laïque d’une figure intéressante, mais pâle et éteinte : il était en robe de chambre ; on l’avait arraché malade de son lit ; moins résigné que les prêtres qui étaient avec lui, il avait demandé grâce…

Cette voiture était la dernière, et, comme je viens de vous le dire, n’avait point été arrêtée pendant le carnage. Quand elle arriva à l’Abbaye, les égorgeurs demandèrent à ceux qu’elle renfermait de descendre ; mais aucune voix ne répondait à leur ordre. Ils ouvrirent, et trouvèrent quatre cadavres dont le sang ruisselait encore. Les bourreaux virent avec regret qu’on leur avait enlevé de leur travail.

Les seize prisonniers vivants qui étaient dans les autres fiacres descendirent, et en se rendant au comité civil purent voir les corps de leurs compagnons que les femmes dépouillaient déjà. L’abbé Sicard, instituteur des sourds et muets, était un de ces seize prêtres. Un horloger dont je me hâte de vous dire le nom, M. MONNOT, eut la gloire de détourner de la poitrine du digne successeur de l’abbé de l’Épée le fer qui avait déjà effleuré ses vêtements. Maillard, le sanguinaire Maillard, se tenait debout à la porte de la chambre où cinq bourreaux s’étaient fait juges, et en moins de quelques minutes, de tous les prêtres que les voitures avaient amenés à l’Abbaye, il n’en restait plus qu’un seul vivant, celui que je viens de vous nommer.

Avant d’aller plus loin dans le sang répandu pendant les premières journées de septembre, il faut, mes enfants, que je vous montre comment les meurtres avaient été organisés par le parti révolutionnaire ; meurtres que les partisans de la révolution de 1789 veulent taire retomber sur quelques scélérats subalternes, mais qui dérivent bien réellement du philosophisme moderne, dont les principes avaient été mis en action par l’Assemblée constituante et les autres Assemblées qui lui ont succédé.

À toutes les prisons, par une profanation sacrilège de ce que l’ordre social a de plus grave et de plus sacré, mais aussi par une application non moins juste qu’horrible de la souveraineté du peuple, des assassins accrédités par des forfaits s’étaient dès le 2 septembre transformés en juges et jurés. Ces tribunaux, dressés entre les guichets et ni plus ni moins révolutionnaires que ne le fut plus tard celui de Fouquier-Tinville, étaient d’après la volonté du peuple composés de douze citoyens patriotes. Rien ne manquait à cette hideuse et sanglante saturnale de la justice : on lisait l’écrou au prisonnier, on lui faisait des questions ; après l’interrogatoire, les juges, qui venaient de tuer avec un calme infernal, imposaient leurs mains mal essuyées et encore tachées de sang sur la tête de l’accusé, et se demandaient par l’organe du président : Croyez-vous que dans notre conscience nous puissions élargir monsieur ?

Ce mot élargir était son arrêt de mort. À peine le fatal oui était-il prononcé que le malheureux, qui se croyait absous, était précipité sur les piques et les sabres des égorgeurs, et tout palpitant d’espérance périssait dans d’horribles tourments.

Un autre le suivait de près, et avait le même sort. Ce mode d’exécution était si expéditif que les bourreaux, parmi lesquels il y avait plusieurs garçons bouchers, fatigués d’abattre quarante ou cinquante prisonniers par heure, demandaient de temps en temps quelques instants de repos.

Malgré la rapidité du carnage, les ordonnateurs des massacres dans les prisons de l’Abbaye commandèrent que les Suisses seraient exécutés en masse ; on les fait avancer.

Les officiers marchent les premiers et la tête haute comme un jour de bataille.

– C’est vous, leur dit Maillard, qui avez assassiné le peuple au 10 août ?

– Nous étions attaqués ; nous avons repoussé la force par la force, répondent ces fidèles gardes.

– Au reste, reprend froidement Maillard, il ne s’agit que de vous conduire à la Force.

Mais les malheureux qui avaient entrevu les sabres et les piques de l’autre côté du guichet ne peuvent s’abuser : il faut sortir ; ils reculent, se rejettent en arrière, ils sont sans armes… Un d’eux demande aux brigands qui les escortent par où il faut passer.

– Par cette porte, répond un geôlier.

– Eh bien ! ouvrez…

Et dès que la porte est ouverte il se précipite tête baissée au milieu des piques ; les autres s’élancent après lui, et subissent le même sort. Il fut moins horrible que si l’exécution se fût faite un à un. Mourant ainsi, ces vaillants soldats purent se croire au milieu de la mêlée.

Après eux le fils cadet du duc de Rohan-Chabot et le vicomte de Maillé furent froidement massacrés.

Mme de La Trémouille, princesse de Tarente, femme d’un noble caractère et d’un grand courage, était au nombre des prisonnières de la Force. Quand son tour de comparaître devant l’horrible tribunal qui s’était établi à la porte de chaque prison fût venu, elle se leva du banc où elle était assise ; elle fit le signe de la croix, et marcha avec calme vers le guichet. Ceux qui étaient assis comme juges, sachant qu’elle était dame du palais de la reine, avaient entrepris de lui faire signer une déclaration qui aurait inculpé cette auguste princesse.

– Vous avez connaissance des intrigues de la ci-devant reine avec les étrangers et les émigrés, révélez-nous ce que vous savez.

– Je ne sais que les hautes vertus, que la bonté, que le grand caractère de la reine, que vous aimeriez si vous la connaissiez comme je la collais. Oui, vous ne l’insultez, vous ne la maudissez que parce que vous ne l’avez pas vue de près.

– Répondez à nos questions : avez-vous eu connaissance du complot du 10 août ?

– Il n’y a point eu de complot le 10 août au château ; on n’a fait que se défendre.

– La reine a ordonné aux Suisses de tromper le peuple et de tirer sur lui.

– C’est calomnier la reine que dire qu’elle a commandé de tirer sur le peuple ; le peuple, elle l’aime et ne le trahit pas. Si vous l’aviez vue comme moi occupée sans cesse de soulager les misères des pauvres familles, si vous l’aviez vue travailler de ses mains pour vêtir ceux qui étaient nus, si vous l’aviez vue vider sa cassette pour donner du pain et du bois à ceux qui en manquaient, vous ne l’accuseriez pas d’être ennemie du peuple.

– En la louant ainsi vous vous déclarez ennemie de la nation.

– En disant ce que vous venez d’entendre je ne fais que lui rendre justice ; on vous a trompés sur son compte.

– Que cette femme se taise et s’en aille, dit un des juges du guichet.

– Oui, tais-toi et retourne chez toi, répétèrent d’autres jurés.

Le courage, la noble franchise de Mme de Tarente, cette puissance que Dieu accorde souvent aux paroles qui partent du cœur pour confesser la vérité, l’air inspiré de la femme qui ne tremblait pas en défendant une reine devant des ennemis de la royauté, toutes ces choses avaient ému et désarmé les bourreaux. À peine Mme la princesse de Tarente avait-elle fait un pas hors de la prison qu’elle tomba à genoux pour remercier Dieu qui venait de la délivrer. Quand elle se releva, elle s’aperçut que sa robe était rougie de sang jusqu’aux genoux tant il y en avait dans la rue.

Un poète qui n’a jamais chanté que l’honneur et la fidélité a célébré le courage de la princesse de Tarente ; Delille s’est écrié :

Tarente, que te veut cet assassin farouche ?

À trahir ton amie il veut forcer ta bouche.

En vain s’offre à tes yeux le sanglant échafaud ;

La reine dans les fers te parle encor plus haut.

Amené devant le sanguinaire Maillard, M. de Montmorin déclare que soumis à un tribunal régulier il n’en peut reconnaître d’autre.

– Soit, lui répondit Maillard ; vous irez donc à la Force attendre un nouveau jugement.

Alors l’ancien ministre demanda une voiture.

Vous en trouverez une à la porte.

Il s’avance vers cette porte, et il reçoit la mort. Après lui se présente Thierry, premier valet de chambre de Louis XVI.

– Tel maître tel valet, dit encore Maillard ; et ces mots furent la sentence de condamnation du fidèle serviteur !

Buob et Bocquillon, accusés d’avoir fait partie du comité secret des Tuileries, sont aussi égorgés.

Comme vous le voyez, les égorgeurs avaient peu de repos, et le carnage avait déjà fait ruisseler le sang dans les cours quand un commissaire 2 se présenta le livre des écrous à la main, et, montant sur un tabouret, il dit aux furieux qui remplissaient la salle :

« Mes camarades, mes amis, vous êtes de bons patriotes, votre ressentiment est juste, et vos plaintes sont fondées : guerre ouverte aux ennemis du bien public ! ni trêve ni ménagement ; c’est un combat à mort. Je sens comme vous qu’il faut qu’ils périssent ; mais si vous êtes de bons citoyens vous devez aimer la justice : il n’est pas un de vous qui ne frémisse de l’idée affreuse de tremper ses mains dans le sang innocent.

– Oui, oui, répondirent plusieurs voix ; nous n’en voulons qu’aux coupables.

– Eh bien, je vous le demande, reprit l’homme monté sur le tabouret, quand vous voulez, sans rien entendre, sans rien examiner, vous jeter comme des tigres en fureur sur des hommes qui sont vos frères, ne vous exposez-vous pas au regret tardif et désespérant d’avoir frappé l’innocent au milieu des coupables ?

Ici le commissaire orateur fut interrompu par un assistant qui, armé d’un sabre ensanglanté, les yeux étincelants de rage, fendit la presse, et le réfuta en ces termes :

« Dites donc, citoyen, parlez donc ; est-ce que vous voulez aussi nous endormir ? Si les gueux de Prussiens et d’Autrichiens étaient à Paris, chercheraient-ils aussi les coupables ? ne frapperaient-ils pas à tort et à travers comme les Suisses du 10 août ? Eh bien ! non, je ne suis pas orateur ; je n’endors personne. Je vous dis que je suis père de famille ; que j’ai une femme et cinq enfants que je veux bien laisser ici à la garde de ma section pour aller combattre l’ennemi ; mais je n’entends pas que pendant ce temps les scélérats qui sont dans cette prison, à qui d’autres scélérats viendront ouvrir les postes, aillent égorger mes enfants et ma femme.

– Il a raison, répète un cri général ; point de grâce, il faut entrer.

Et alors il se fait un mouvement qui annonce que de nouveaux massacres vont commencer sous les auspices du tribunal populaire.

Là étaient assis deux officiers municipaux en écharpe et trois hommes ayant sous les yeux les registres d’écrous ouverts et faisant l’appel nominal ; d’autres faisaient les fonctions de jurés et de juges. Une trentaine de bourreaux les bras nus et déjà couverts de sang, les uns avec des sabres et des coutelas dégouttants de carnage, les autres avec des massues et des hallebardes, exécutaient les jugements.

Il y a dans ces horribles scènes de septembre un tel délire de cruautés que pour les redire on recourt aux citations ; car on craint en racontant les faits exacts d’être accusé d’exagération et d’invention de crimes.

« Il est impossible, dit un des prisonniers de l’Abbaye sauvé de cette horrible boucherie, d’exprimer ce que nous ressentions dans les salles où nous étions renfermés en attendant que l’on appelât notre nom : de là nous entendions le cri des mourants. Comment exprimer l’horreur du profond silence qui régnait pendant les exécutions ! il n’était interrompu que par la voix de ceux que l’on immolait et par les coups de sabre qu’on leur donnait sur la tête. Aussitôt qu’ils étaient terrassés, il s’élevait un murmure renforcé par des cris de VIVE LA NATION ! mille fois plus effrayants pour nous que l’horreur du silence.

« Dans l’intervalle d’un massacre à l’autre, intervalle bien court, nous entendions dire sous nos fenêtres : Il ne faut pas qu’il en échappe un seul ; il faut les tuer tous et surtout ceux qui sont dans la chapelle : il n’y a là que des conspirateurs. »

Saint-Médard, de qui j’emprunte ces détails, était du nombre des prisonniers ; apprenez de lui quelle était l’occupation de ceux qui entendaient mourir tout près d’eux.

« Notre occupation la plus importante, dit-il, était de savoir quelle serait la position que nous devions prendre pour recevoir la mort le moins douloureusement quand nous entrerions dans le lieu du massacre. Nous envoyions de temps en temps quelques-uns de nos camarades à la fenêtre de la tourelle pour nous instruire de la position que prenaient les malheureux que l’on massacrait, et pour calculer d’après leur rapport celle que nous ferions bien de prendre quand notre tour de mourir serait venu. Ils nous rapportaient que ceux qui étendaient leurs mains souffraient beaucoup plus longtemps, parce que les coups de sabre étaient amortis avant de porter sur la tête, qu’il y en avait même dont les mains et les bras tombaient à terre avant le corps… et que ceux qui les plaçaient derrière le dos devaient souffrir beaucoup moins. »

Quelle étude que celle-là, et quelles étaient déchirantes les recommandations que les amis faisaient à leurs amis quand ils étaient appelés pour aller mourir !

Je vous ai montré toute l’atrocité des bourreaux. Il faut pour diminuer, s’il se peut, l’horreur que je vous ai inspirée pour leurs cruautés que je vous redise, mes enfants, ce que fit un des membres du comité sanguinaire. Un religieux l’avait intéressé ; il va droit à lui et lui dit :

– Finis-en avec tes prières, et suis-moi !

– Où ? demanda le prêtre.

– Au comité, répondit l’homme au bonnet rouge.

Le religieux se leva et le suivit ; arrisé dans le bureau où siégeaient les jugeurs, il lui fit signe de s’asseoir à la table où l’on dressait procès-verbal des exécutions qui venaient d’avoir lieu, et lui dit : Écrivez.

Le prêtre le comprit, et fit semblant d’écrire pendant que les brigands qui circulaient autour de lui s’applaudissaient de tous les services qu’ils venaient de rendre à la république en abattant tant de ses ennemis, et se plaignaient qu’un prêtre leur eût échappé.

Le commissaire, choisissant le moment où il était le moins épié, s’approcha de l’homme qu’il avait résolu de sauver, eut l’air de regarder ce qu’il avait écrit, et, lui faisant prendre ses papiers sous le bras, l’emmena chez lui comme son secrétaire.

On apportait sur la table du comité 3 les montres, les portefeuilles les mouchoirs dégouttants de sang, trouvés dans les poches des prêtres massacrés. Jourdan, président du comité, ayant témoigné l’horreur que ces objets lui inspiraient, un des commissaires lui dit :

– Le sang des ennemis est pour les yeux des patriotes l’objet qui leur plaît le plus !

Au même instant un des bourreaux entra tout rougi du carnage.

– Je viens, cria-t-il, vous demander les souliers que ces aristocrates ont à leurs pieds : nos braves frères sont nu-pieds, et ils partent demain pour la frontière.

– Rien de plus juste, répondit le comité.

Un autre travailleur succéda à l’homme qui venait de réclamer les souliers des aristocrates ; celui-ci demanda du vin pour lui et ses compagnons.

– Qu’on donne aux citoyens un bon pour vingt-quatre pots de vin.

À cet ordre du président du comité l’on dresse une table dans la cour ; et là, les pieds dans le sang, entourés des monceaux de morts qu’ils ont abattus, les meurtriers se versent du vin, en emplissent leurs verres, trinquent et boivent À LA NATION !

Vers cinq heures du soir (le massacre avait commencé à deux), Billaud-Varennes, substitut du procureur de la commune, vint revêtu de son écharpe tricolore à la cour de l’Abbaye ; avec un regard d’hyène il contempla l’ouvrage qu’avaient déjà fait ses travailleurs, puis avança vers les hommes qui buvaient, et s’écria : PEUPLE, TU IMMOLES TES ENNEMIS, TU FAIS TON DEVOIR !

Excités par ses paroles, les égorgeurs se remirent bientôt à l’œuvre avec un redoublement de fureur : gorgés de vin, ils voulaient se gorger de sang !

– La mut va bientôt venir, dit l’un deux : il nous faudra des torches, car nous ne devons pas nous arrêter.

Et, comme l’avait demandé cet homme, quand l’obscurité s’étendit sur la prison, des flambeaux furent allumés, et les massacres se continuèrent à leur clarté.

Avant de frapper les prêtres, on leur demandait s’ils avaient fait le serment civique. Ils auraient pu échapper à la mort par un mensonge, et pas un seul ne voulut mentir !

Les bourreaux allaient avoir un repos forcé, car le fer avait tout moissonné. Il ne restait plus de prisonniers à égorger quand à trois heures du matin M. Hurtrel et un autre prêtre, qui venaient d’être découverts dans leur maison, furent arrêtés : de féroces cris de joie retentirent alors ; mais soit que les égorgeurs attendissent d’autres victimes, soit qu’un instant de pitié leur fût venu, ils accordèrent aux deux nouveaux arrivants quelques heures pour se préparer à la mort. L’abbé Sicard, témoin de cette scène, la raconte, et je le laisse parler.

« Les assassins employèrent cet intervalle de temps à ordonner qu’on amenât des charrettes pour enlever les cadavres, et se mirent à laver et à balayer la cour toute ruisselante de sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés à l’avenir, malgré les massacres qu’ils se disposaient à y faire encore, ils consultèrent entre eux divers expédients, et adoptèrent celui de faire apporter de la paille, d’en former une espèce d’estrade, que l’on exhausserait encore avec les habits des victimes déjà immolées et sur laquelle on ferait monter celle qu’on égorgerait dorénavant ; au moyen de quoi le sang absorbé par ce lit de mort n’irait plus inonder la cour. Un des sicaires se plaignant alors de ce que chacun d’eux n’avait pas le plaisir de frapper chaque victime, ils décidèrent que l’on commencerait par la faire courir entre deux haies formées par tous, mais qu’alors on ne frapperait qu’avec le dos des sabres, et lorsqu’elle serait montée sur le tas de paille et de vêtements, frapperait qui pourrait avec la pointe. Ils résolurent en outre qu’autour de cette estrade il y aurait des bancs pour les hommes et pour les femmes qui voudraient voir de près l’exécution, et qu’ils appelaient les messieurs et les dames.

« Tout ceci je l’ai vu et entendu ; j’ai vu ces dames du quartier de l’Abbaye se rassembler autour du lit préparé pour les victimes, y prendre place comme elles auraient pu faire à un spectacle amusant. Enfin vers les dix heures du matin les deux prêtres furent amenés, et périrent suivant le mode récemment convenu entre les assassins. »

De si exécrables cruautés furent encouragées par Billaud-Varennes, qui revint une seconde fois à l’Abbaye dans ces journées de meurtre : on le voyait arriver partout, jamais son activité n’avait été si grande, jamais il n’avait autant prodigué à la populace de remerciements et de sourires. Au moment où pour la seconde fois il entrait dans la cour des exécutions, il entendit de grands éclats de rires ; ce qui les excitait, c’était un prisonnier, Rulhières-Radel ; déjà percé de plusieurs coups de piques, il courait nu dans l’espace ensanglanté, tombant, se relevant et fuyant encore ; enfin un jeune bourreau l’atteignit, et d’un coup de sabre qui lui fendit le crâne lui donna la mort.

Alors Billaud-Varennes prit la parole, et dit :

« Citoyens, vous venez d’immoler des scélérats, vous avez sauvé la patrie ; la France entière vous doit une reconnaissance éternelle : la municipalité ne sait comment s’acquitter envers vous. Sans doute le butin et la dépouille de ces scélérats appartiennent à ceux qui nous en ont délivrés ; mais, sans croire pour cela vous récompenser, je suis chargé de vous offrir à chacun vingt-quatre livres qui vous seront payées sur-le-champ. Respectables citoyens, continuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de nouveaux remerciements 4. »

Oh ! après ces paroles du substitut de la commune, quel horrible spectacle ! Voyez tous les égorgeurs, les bras nus et ensanglantés, se presser, se ruer dans la salle du comité. Pour obtenir leur salaire, plusieurs de ces monstres montrent ce qu’ils ont fait : celui-ci présente une tête coupée qu’il tient par les cheveux, celui-là un cœur d’homme au bout d’un sabre ; cet autre… Je m’arrête ; si je disais tout, je blesserais un autre sentiment que celui de la pitié.

À droite et à gauche de l’espèce d’allée que formaient les deux haies de bourreaux et de curieux, et que suivaient les prêtres pour aller tout blessés, tout transpercés de piques, mourir sur le tas de paille, on remarqua deux Anglais placés vis-à-vis l’un de l’autre, tenant des bouteilles et des verres et offrant à boire aux massacreurs !!!… Ils payaient ainsi les émotions qu’ils venaient d’avoir en voyant tuer des prêtres français.

Parmi ceux qui moururent comme prédestinés, il faut nommer l’abbé Lenfant, prédicateur du roi, homme d’une piété aimable et douce, et l’abbé Chapt de Rastignac, vicaire général d’Arles et membre de l’Assemblée constituante. En marchant au supplice, ces deux vieillards vinrent à passer dans la tribune de la chapelle où étaient entassés un grand nombre de prisonniers ; du haut de la galerie ils leur dirent :

– Nous allons mourir, et votre tour viendra bientôt. Ainsi nous vous demandons au nom de Dieu et de votre salut de vous réconcilier avec vos ennemis, de leur pardonner et de prier le Seigneur des miséricordes.

– Vous qui allez mourir, bénissez-nous, crièrent quelques vox dans le bas de la chapelle.

Et alors les deux confesseurs de la foi qui marchaient au martyre, se penchant sur la foule agenouillée, lui donnèrent l’absolution qu’on accorde aux mourants.

Autrefois sous les voûtes de l’Abbaye, des saints avaient prié et médité ; mais la piété de ces solitaires n’avait pu donner aux murailles qui les habitaient une illustration aussi grande que celle que leur ont attachée depuis deux jeunes filles, Mlle de Sombreuil et Mlle Cazotte, héroïnes de la piété filiale.

Lorsque le vénérable gouverneur des Invalides, M. de Sombreuil, avait été enlevé de l’hôtel pour être conduit en prison, sa fille avait obtenu de l’humanité des puissants du jour d’accompagner son père dans son cachot. Dans le malheur de ces horribles temps, elle se trouvait heureuse de la faveur qui lui était laissée de soigner son vieux père ; plusieurs fois les gardiens lui avaient dit :

– Vous qui n’êtes pas écrouée, allez-vous-en ; nous prendrons soin du général, que nous estimons tous.

– Personne ne le soignera comme sa fille, avait-elle répondu : je veux rester.

– Mais vous savez ce qui se passe…

– Raison de plus pour que je demeure auprès de mon père.

La vertu a son obstination ; Mlle de Sombreuil resta.

Le 3 septembre les assassins arrivent, et le nom de Sombreuil est appelé… Le général a entendu et se lève ; sa fille se lève aussi, elle veut le suivre ; il lui ordonne de rester ; mais elle n’a plus d’obéissance, elle sait que ce sont les bourreaux qui ont appelé son père, et cette certitude la détermine : elle le sauvera ou mourra avec lui… Elle s’attache aux habits du général. Les gardiens veulent lui faire lâcher prise ; mais son amour, son désespoir l’ont rendue forte, et elle arrive en tenant le bras de son père au redoutable guichet en face des bourreaux, qui se sont déjà réjouis de la victime qu’on leur amène. Ils ont interrogé Sombreuil ; il ne s’est point défendu. Les massacreurs sont prêts, impatients ; ils lèvent déjà leurs sabres et leurs piques. La noble jeune fille se jette au devant de tout ce fer à genoux ; elle étend les bras, elle pleure, elle prie, elle conjure… Les assassins se sentent émus, et l’un deux lui présentant un verre rempli de sang lui dit :

– Bois ce sang d’aristocrate, et nous ne tuerons pas ton père.

Mlle de Sombreuil prit le verre, et but… 5 À ce prix son père fut sauvé… sauvé pour quelque temps, car plus tard, quand il n’aura plus son ange auprès de lui, il périra comme tout ce qui était honorable et vertueux.

Lorsque Cazotte, homme d’esprit, de cœur et de talent, avait été conduit à la prison de l’Abbaye, sa fille Élisabeth était comme Mlle de Sombreuil parvenue à ne pas être séparée de son père ; au moment des massacres on la sépara de lui, et malgré ses pleurs et ses cris elle fut placée dans le logement du concierge avec la nièce de l’abbé Chapt de Rastignac et la noble fille du gouverneur des Invalides, réunion digne du regard des anges… car ces colombes sont devenues comme des aigles par leur courage, et affrontent tout pour sauver ceux qu’elles ont suivis.

Lorsque Élisabeth entendit son père descendre l’escalier, entraîné par les massacreurs, aucune force ne put la retenir :

– Laissez-moi passer, laissez-moi passer, criait-elle ! et dans sa voix Dieu avait mis je ne sais quelle autorité qui faisait se ranger devant elle. Parvenue dans les bras de son père, elle intercéda pour lui avec tant de chaleur, avec tant d’amour ! En suppliant les bourreaux elle était si éloquente et si belle qu’ils suspendirent leurs coups et lui dirent :

– Eh bien, emmenez-le.

Alors elle saisit son père, l’entraîna hors de la prison, et personne dans la foule n’osa l’arrêter. Il y avait en ce moment comme un rayon du ciel au-dessus de la courageuse fille, et de droite et de gauche on se rangeait pour la laisser passer, avec son père qu’elle venait d’arracher à la mort.

Hélas, ce triomphe ne fut pas de longue durée ! dix jours plus tard Cazotte monta sur l’échafaud.

Quand Maillard, le grand exterminateur, eut vu que ses travailleurs étaient au fait de leur besogne et qu’ils avaient pris goût au carnage, il pensa qu’ils se passeraient de sa surveillance, et à la tête d’une autre bande il sortit de l’Abbaye ; Aux Carmes ! aux Carmes ! c’est là que la patrie a besoin de nos bras ! avait-il crié de sa voix de stentor ; et tout aussitôt la bande de tigres s’était mise à le suivre en hurlant d’atroces refrains.

Ô mes enfants ! le cœur est prêt à me défaillir ; car si la scène va changer de lieu elle ne changera pas de nature ; ce sera du sang, toujours du sang que je vais avoir à vous montrer !

Dès le lendemain du 10 août, M. Dulau, archevêque d’Arles, avait été amené devant la section du Luxembourg avec soixante-deux autres prêtres.

– Jurez obéissance et fidélité à la constitution, leur avait dit le chef du comité du district.

Et tous avaient répondu comme le vénérable archevêque.

– Notre conscience nous défend de prêter le serment que vous nous demandez.

– Vous savez ce que la loi prononce contre les prêtres qui refusent le serment ?

– Oui, mais nous ne pouvons le prêter, et nous sommes résolus à mourir plutôt que de renier le nom de Jésus-Christ.

– On ne vous demande pas de renier votre Dieu.

– Ce serait le renier que de promettre obéissance à des lois en opposition avec la foi de l’Église.

– Vous persistez ?

– Oui ; et avec la grâce de Dieu nous espérons persister jusqu’à notre dernier soupir.

Forcés d’admirer le calme et la fermeté de ces confesseurs de la foi, les hommes du district ordonnèrent que l’archevêque et les soixante-deux prêtres fussent renfermés dans l’église des Carmes de la rue de Vaugirard. Avant de les y conduire, on les fouilla pour leur enlever tous les instruments qui auraient pu leur servir ou pour se défendre ou pour mettre fin à leurs jours trop pleins de persécutions et de malheur.

L’église des Carmes existe encore aujourd’hui, et je vous conseille, mes enfants, d’aller la visiter : il est bon de méditer et de prier sur les lieux illustrés ; l’âme s’y élève mieux qu’ailleurs ; moi, avant de me mettre à raconter la mort des martyrs des 2 et 3 septembre 1792, je suis allé le 13 octobre 1889 m’inspirer à l’endroit où leur sang se voit encore. Une petite fille de douze à quatorze ans, l’enfant du portier de l’ancien clos des Carmes, a conduit moi et un de mes amis, le comte Albert de Ruays, dans la petite chapelle où les religieux pendant les jours de paix et de piété allaient chanter des hymnes et des cantiques à la reine des anges. Cet oratoire, placé à un coin du jardin et au bout d’une longue allée de tilleuls, est un vrai reliquaire ; le sang des prêtres s’y voit partout, une natte de paille le recouvre ; et quand les pèlerins viennent pour l’honorer, le portier et sa fille lèvent cette espèce de tapis, et vous font voir les dalles devenues rousses de grisâtres qu’elles étaient jadis. C’est surtout au pied de l’autel qu’il y a le plus de traces de sang, et l’on conçoit pourquoi. Quand les égorgeurs vinrent à la grille fermée de la chapelle, tous les prêtres coururent vers le sanctuaire, voulant se rapprocher de Dieu pour mieux mourir.

Un de ceux renfermés aux Carmes et qui a échappé aux septembriseurs, l’abbé Berthelet, raconte ainsi l’horrible scène qu’il a vue de si près :

« Une fois enfermés à l’église des Carmes, il nous fut détendu de nous parler ; une garde fut mise à côté de nous, et l’on nous apporta pour toute nourriture du pain et de l’eau. C’est ainsi que nous passâmes la première nuit, et jusqu’au cinquième ou sixième jour nous couchâmes sur le pavé de l’église : il fut ensuite permis à ceux qui en avaient les moyens de se procurer des lits de sangle et des paillasses. Le lendemain du jour où nous avions été enfermés était un dimanche, nous demandâmes la permission de dire ou d’entendre la messe, et cette consolation nous fut refusée non seulement ce jour-là, mais encore pendant tout le temps de notre détention.

« Nous évitâmes avec soin tout sujet de plaintes contre nous, et même nous rejetâmes la proposition qui nous fût faite à différentes reprises par un jeune homme nommé Vigouroux, qui portait l’habit ecclésiastique sans être attaché à cet état, de profiter des occasions qu’on semblait nous offrir de prendre la fuite ; car on laissa plusieurs fois les portes ouvertes et même des armes à notre disposition. Sans examiner si c’était ou non une perfidie, n’écoutant que notre conscience, nous craignîmes de nous rendre coupables ou de compromettre quelqu’un par notre fuite, et nous continuâmes à rester soumis aux ordres que nous avions reçus. Cependant notre prison se peuplait tous les jours davantage, et, comme c’était la nuit principalement qu’arrivaient d’autres prisonniers, nous étions fréquemment réveillés par les propos outrageants contre les prêtres et par le cliquetis des armes des hommes qui les amenaient.

« Sur la fin du mois d’août un commissaire vint faire aux Carmes un appel général des prisonniers, et l’on demanda à chacun de nous en particulier s’il était prêtre ou dans les ordres sacrés. On écrivait nos réponses, et on élargit deux prisonniers qui déclarèrent n’être pas liés par les ordres : on retint cependant parmi nous deux laïques, M. du Plain de Saint-Albine et M. de Valfons, ancien officier du régiment de Champagne, qui déclara être catholique romain et ne pas connaître d’autres motifs à sa détention. Quelques jours après cette visite, un autre commissaire de la section, qui nous parla en particulier, nous demanda nos couteaux, nos ciseaux et nos canifs après nous avoir dit quelques mots de consolation. Nous voyions aussi très souvent M. Manuel, procureur de la commune : il nous dit un jour que l’on avait examiné nos papiers, que l’on n’avait rien trouvé qui pût nous faire paraître coupables, et que nous serions bientôt rendus à la liberté.

« Il nous revit le 30 août, et nous dit que les Prussiens étaient en Champagne, que le peuple de Paris se levait en masse, et envoyait toute la jeunesse les combattre ; que l’on ne voulait pas laisser d’ennemis derrière soi, et que nous devions pour notre propre sûreté et pour obéir au décret de déportation nous disposer à sortir de France. Sur les observations de l’un de nous, il répondit que l’on nous accorderait quelques heures pour prendre dans nos maisons les choses dont nous avions besoin pour le voyage ; et le soir même un commissaire, accompagné de gendarmes, nous lut le décret sur la déportation, et le laissa affiché dans le sanctuaire. Dès le lendemain nous nous hâtâmes de recueillir le plus d’argent qu’il nous fût possible pour des voyages dont nous ne connaissions ni le terme ni la durée : nous étions alors environ cent soixante prisonniers. »

Quand Manuel annonçait aux captifs qu’ils allaient bientôt être hors de France, quand il leur disait : « Disposez-vous à aller dans une terre étrangère jouir du repos que vous ne pouvez plus trouver ici », le monstre savait que la terre vers laquelle ils allaient être conduits serait celle de la tombe, et que leur repos serait celui du cercueil. Quand on réfléchit à la cruauté de ce mensonge, on la trouve atroce : le tigre dévore et ne trompe pas.

Le surlendemain des promesses de Manuel, les confesseurs de la foi, renfermés dans l’église des Carmes, s’encourageaient à supporter chrétiennement les rigueurs de cette déportation qui allait les frapper quand le son du tocsin, quand le bruit de la générale, quand les terribles rumeurs de la foule parvinrent jusqu’à eux.

Je laisse de nouveau parler l’abbé Berthelet ; car lui peut dire : « J’ai vu, j’ai entendu, j’ai souffert, et j’ai pardonné. »

« Les mouvements précipités des gardes qui veillaient sur nous, les vociférations qui des rues voisines parvenaient jusqu’à nos oreilles, le canon d’alarme que nous entendions tirer, tout était fait pour donner de l’inquiétude ; mais notre confiance en Dieu était parfaite. Le commissaire du comité de la section vint faire précipitamment un appel individuel de toutes nos personnes, et nous envoya dans le jardin, où nous descendîmes par un escalier à une seule rampe qui touchait presque à la chapelle de la sainte Vierge comprise dans l’église où nous étions prisonniers. Nous arrivâmes dans le jardin au travers de gardes nouveaux, qui étaient sans uniformes, armés de piques et coiffés de bonnets rouges ; le commandant seul avait un habit de garde national. À peine fûmes-nous dans ce lieu de promenade, sur lequel donnaient les fenêtres des cellules du cloître, que des gens placés à ces fenêtres nous outragèrent par les propos les plus infâmes et les plus sanguinaires. Nous nous retirâmes au fond du jardin, entre une palissade de charmille et le mur qui le sépare de celui des dames religieuses du Cherche-Midi. Plusieurs d’entre nous se firent un refuge d’un petit oratoire placé dans un angle du jardin, et s’y étaient mis dire les vêpres des morts lorsque tout à coup la porte du jardin fut ouverte avec fracas. Nous vîmes alors entrer en furieux sept à huit jeunes hommes, dont chacun avait une ceinture garnie de pistolets, indépendamment de celui qu’ils tenaient de la main gauche, en même temps que de la droite ils brandissaient un sabre.

« Le premier ecclésiastique qu’ils rencontrèrent fut M. de Salins qui, profondément occupé d’une lecture, ne s’était aperçu de rien. Ils le massacrèrent à coup de sabres.

« Les meurtriers, après avoir crié vive la nation sur ce nouveau cadavre, demandèrent où était l’archevêque d’Arles. Le prêtre qu’ils interrogeaient ainsi, l’abbé de Panonie, pensant que par sa mort il sauverait peut-être les jours de son vénérable évêque, se contenta de baisser les yeux sans répondre ; cependant il ne put tromper les bourreaux.

« À ce moment même le saint prélat que les égorgeurs demandaient à grands cris exhortait ceux qui allaient être les compagnons de son martyre. « Mes frères, leur disait-il, remercions Dieu qui nous appelle à sceller de notre sang la foi que nous professons ; implorons la grâce que nous ne pouvons obtenir par notre propre mérite ; demandons au Seigneur la persévérance finale. »

« M. Hébert, allant au-devant des assassins, leur dit :

– Nous sommes citoyens français ; nous demandons à être juges.

« Vous le serez, répondirent les brigands ; et ils avançaient vers l’oratoire en brandissant leurs sabres et leurs piques et en répétant toujours : L’archevêque d’Arles ! l’archevêque d’Arles !

« Il était alors à prier au pied de l’autel ; s’entendant nommer, il se leva pour aller s’offrir aux meurtriers ; mais une foule de prêtres dévoués l’entourèrent, et cherchèrent à le cacher aux brigands.

« Ce fut en vain ; le digne ministre se fit jour jusqu’aux furieux qui l’appelaient toujours, et croisant les mains sur la poitrine, il leur dit avec un calme céleste :

« – Je suis celui que vous cherchez.

« – Ah ! c’est toi, vieux cafard, qui as fait verser le sang des patriotes d’Arles !

« – Je n’ai jamais fait verser de sang… je n’ai jamais fait de mal à personne…

« – Eh bien, moi je t’en ferai, s’écrie un homme à bonnet rouge. Et à l’instant il lui assène un coup de sabre sur le front ; le saint vieillard ne tombe pas : un autre massacreur le frappe sur le haut du crâne ; le sang jaillit à grands flots ; mais l’archevêque comme la colonne d’un vieux temple reste encore debout ; un troisième assassin lui perce la poitrine du fer de sa pique ; alors le martyr succombe, et étendu à terre le brigand lui met le pied sur la poitrine, et crie : Vive la nation !

Pendant quelque temps les meurtres continuèrent dans le jardin, et pour les travailleurs de Billaud-Varennes, c’était une joie féroce que cette chasse aux prêtres. Quelques-uns des plus jeunes lévites, pour se soustraire à la mort, étaient montés dans les tilleuls de la longue allée, et là on les fusillait, et quand leurs corps criblés de balles de branche en branche tombaient sur l’herbe, les cris des cannibales redoublaient. Dans cette horrible chasse près de quarante prêtres périrent !

« Deux frères, deux saints, MM. de Larochefoucauld, l’un évêque de Beauvais, et l’autre évêque de Saintes, avaient été renfermés aux Carmes, et le matin même du jour de leur mort ils se disaient : Nous sommes heureux de souffrir pour Jésus-Christ et de souffrir ensemble. Ces deux hommes, que l’amour fraternel avait étroitement unis en ce monde, devaient être réunis par le martyre dans le ciel. Tous les deux étaient avec trente prêtres dans le petit oratoire, et une grille les séparait des assassins ; ceux-ci firent plusieurs décharges de leurs fusils presque à bout portant, et ils en tuèrent la majeure partie. L’évêque de Beauvais ne fut pas atteint ; mais son frère, l’évêque de Saintes, eut la jambe cassée par un coup de feu.

« Pendant que l’on massacrait ainsi dans la chapelle, quelques prêtres qui s’étaient cachés dans le jardin parvinrent à se sauver par-dessus le mur qui longe la rue Cassette. Les travailleurs du comité des massacres s’aperçurent que quelques victimes allaient leur échapper. L’éparpillement dans le jardin favorisait les évasions ; aussi le directeur des vengeances du peuple donna ordre de faire rentrer tous les prisonniers dans l’église. Ceux qui avaient été blessés étaient relevés de terre à coups de plat de sabre. M. l’évêque de Saintes était de ce nombre ; la jambe cassée, il gisait dans une mare de sang ; deux des égorgeurs le prirent sous les bras, et le reconduisirent à l’église.

« En se retrouvant sous ces voûtes sacrées et dans ce sanctuaire, qui leur avait servi de prison pendant quinze jours, les confesseurs de la foi purent croire que les bourreaux étaient lassés de carnage et que les massacres étaient finis… mais il n’en était rien : les travailleurs que la nation avait choisis étaient de rudes ouvriers, et qui ne se lassaient pas si vite. Bientôt un appel commença deux par deux ; les prêtres étaient obligés d’y répondre ; quand leurs noms étaient prononcés par le héraut du terrible comité, ils se levaient de devant l’autel sur les marches duquel tous étaient agenouillés, priant et se confessant les uns aux autres : avant de sortir un des évêques ou un autre vieux pasteur leur donnait l’absolution, et ils disparaissaient par une petite porte qui donnait sur l’escalier du jardin.

« Au bas de cet escalier un commissaire, nommé Violette, était assis à une table sur laquelle étaient ouverts les registres de la prison ; quand les deux prêtres arrivaient devant lui, il les faisait arrêter et leur demandait

« – Voulez-vous à l’instant prêter le serment d’obéissance et de fidélité à la constitution ?

« Et quand ils avaient répondu :

« – Ce serment est contraire à notre foi ; nous ne le prêterons pas.

« L’exécuteur des vengeances nationales faisait un signe, et les bourreaux debout derrière lui s’emparaient des deux victimes, les entraînaient dans un corridor, où elles étaient tout de suite immolées.

« Ce double appel se renouvela soixante fois. Avant que l’exécution fût commencée, dès le matin du jour du massacre, les gardiens des captifs avaient enlevé de l’église tout ce qui aurait pu servir de moyens de défense. Ainsi un grand crucifix de cuivre doré, des flambeaux de même métal furent emportés des autels ; une croix de bronze qui se trouvait à droite du sanctuaire, ne pouvant être arrachée du tabernacle qu’elle surmontait, fut brisée par les révolutionnaires avec d’horribles blasphèmes, et pendant que ces sacrilèges se commettaient les prêtres agenouillés répétaient : Parce, Domine, parce populo tuo !

« Quand le moment des exécutions fût venu, un jaune vicaire de campagne trouva dans la sacristie une croix de bois, et l’apporta sur l’autel dépouillé. – C’est une croix de bois qui a sauve le monde ! Et ce fut avec un frémissement de sainte joie que tous les chrétiens qui allaient mourir se levèrent pour voir replacer sur l’autel ce signe de rédemption au milieu d’eux. Ne pouvaient-ils pas dire en l’adorant : Morituri te salutant.

« Il y avait déjà plusieurs prêtres rentrés dans l’église, lorsque deux brigands y apportèrent avec une sorte de compassion et de respect monseigneur l’évêque de Beauvais, blessé et tout couvert de sang ; ils le déposèrent sur un matelas, et bientôt son frère, l’évêque de Saintes, accourut près de lui, et le prenant dans ses bras il lui répétait : Ah ! mon ami, j’avais peur de mourir séparé de vous ! C’était une consolation pour les deux frères d’être ensemble ; un des geôliers vint les séparer.

« Cependant le terrible appel continuait toujours, et dans le sanctuaire on voyait des places vides autour de l’autel ; ceux qui y avaient prié, il y a quelques instants, chantaient maintenant dans le ciel le cantique de la délivrance, et la palme du martyre rayonnait déjà dans leurs mains !

« L’homme dont la voix sinistre appelait ceux qui devaient sortir de l’église prononça le nom de Pierre-Louis de Larochefoucauld.

« – Me voici, répondit l’évêque de Saintes ; et il sortit en regardant du côté où était gisant son frère. Bientôt après, la même voix appela François-Joseph de Larochefoucauld, évêque de Beauvais.

« – Me voici, dit aussi le prélat, dont un coup de fusil avait cassé la jambe ; mais je ne puis marcher, et je vous prie d’avoir la charité de vouloir bien m’aider vous-même à aller où vous m’appelez.

« Alors deux bandits se hâtèrent près de lui, avec une sorte d’humanité, de respect même, le soulevèrent de dessus son matelas, et le conduisirent aux exécuteurs !…

« L’évêque de Beauvais fut presque la dernière victime immolée, et quand son corps tomba, ce fut dans une grande mare de sang et tout à côté d’une montagne de cadavres. »

On porte à cent cinquante le nombre des prêtres massacrés dans l’enclos des Carmes, et l’abbé Barruel croit que de ceux qui y avaient été renfermés, trente-six ou trente-huit parvinrent à s’échapper. L’abbé de Panonie, MM. de Lépine, Bardet, du Tillet, Chariot, Forestier et Berthelet durent leur salut à des hommes qui avaient eu le saint courage de se mêler à la bande d’assassins avec la résolution de sauver de leurs coups toutes les victimes qu’ils pourraient.

Au commencement du massacre une vingtaine de prêtres avaient escaladé le mur du bas du jardin ; mais tout à coup plusieurs d’entre eux se dirent : Notre évasion va irriter les porteurs de piques et de bonnets rouges ; ils seront plus inexorables pour nos doyens : il faut retourner près de nos pères dans la foi et partager leur sort : ce n’est pas aux plus jeunes athlètes à craindre le combat. Et, obéissant à cette généreuse pensée, quinze ou seize prêtres revinrent dans l’enclos d’où ils étaient parvenus à sortir 6.

Quand les massacreurs crurent que tout leur ouvrage était fini, quand la nuit fut venue, quand sous les ombrages du jardin on ne vit plus aller et venir les horribles chasseurs d’hommes, quand on n’entendit plus les coups de sabres frappant sur les crânes et les victimes, les travailleurs de Billaud-Varennes commencèrent une orgie dans l’église maintenant vide de tous ses prisonniers ; sur les autels furent apportés des cruches de vin, du pain et des plats de viande, et pendant que l’on dressait ainsi le souper des ouvriers, eux dansaient la Carmagnole sous la rotonde du centre, et quelques chandelles placées de distance en distance éclairaient ces horribles joies. Tout à coup les bourreaux entendent du bruit sortant d’une espèce de niche ou d’armoire ménagée dans les murs de l’église, et ils voient apparaître un homme couvert de sang et dont les habits déchirés pendent en lambeaux. Cet homme a posé le pied sur le haut d’une échelle qui vient aboutir à l’armoire, et descend lentement. À son aspect les égorgeurs cessent leurs danses :

– C’est encore un de ces scélérats de prêtres ; s’il nous a échappé ce n’aura pas été pour longtemps.

– Messieurs, crie du haut de l’échelle l’homme blessé et qui ressemblait à un spectre, vous me tuerez si vous le voulez ; mais par pitié donnez-moi un verre d’eau… Une soif ardente me dévore ; mes blessures m’ont donné la fièvre… c’est la soif qui m’a fait sortir de ma cache !… Par pitié, par pitié, un verre d’eau, et puis vous ferez de moi ce que vous voudrez !…

Les bourreaux semblaient s’adoucir à ses paroles, quand une voix s’écrie :

– En voici encore un !

Effectivement, c’était M. Dubray, prêtre de Saint-Sulpice, caché et étouffant entre deux matelas ; en faisant un mouvement pour respirer il fut découvert par un des travailleurs qui était venu s’asseoir sur un lit voisin… Cet homme qui avait déposé son sabre près de lui pour manger le reprend aussitôt, se saisit du prêtre, l’entraîne jusqu’aux marches de l’autel et là lui fend le crâne… et les piques l’achèvent.

Du haut de l’échelle l’abbé de Lostande (c’était lui qui s’était caché dans l’armoire du mur) fut témoin de cette rapide exécution ; mais ni cette vue ni la crainte d’une fin semblable ne pouvant le retenir, il descend, et vient au milieu des brigands qui essuyaient leurs piques, leur demande un verre d’eau. En répétant : De l’eau ! par pitié quelques gouttes d’eau ! il tombe évanoui… Pendant que l’autre sang fume vont-ils y mêler le sien ? Non, un mouvement de pitié les prit ; il le firent revenir de son évanouissement, lui donnèrent de l’eau fraîche, le portèrent à la section et de là à l’hôpital.

Souvent des fidèles et pieux catholiques vont bien loin et font de périlleux pèlerinages pour aller honorer des lieux consacrés par de saints trépas ; moi, mes enfants, je conseille à ceux qui ne redoutent pas les fortes impressions d’aller s’agenouiller dans la chapelle de l’ancien jardin des Carmes : là il y a de quoi remuer fortement les âmes les plus endormies dans la vie plate de tous les jours… Sur un banc on m’a montré comme un grand anneau sanglant ; c’est une tête coupée qui avait été placée là, et le rond du coup a laissé sa trace sur le bois.

Pendant que l’on massacrait à l’Abbaye et aux Carmes, on égorgeait aussi à la maison Saint-Firmin, où quatre-vingt-douze prêtres avaient été renfermés depuis plusieurs jours. Tandis que les assassins faisaient leurs sanglantes besognes dans l’intérieur du séminaire, une foule nombreuse se tenait en dehors et criait aux travailleurs : Jetez-nous de ces scélérats par les fenêtres, et nous les achèverons ; et lorsqu’un prêtre tombait d’une des croisées, des furies, des femmes avinées, armées de ces massues qui servent à écraser le plâtre, couraient sur lui en hurlant, et l’assommaient. Ainsi périt l’abbé Copeine ; du lit où il était mourant les bourreaux ne firent que le prendre et le précipiter dans la rue, et sa tête fut écrasée par les massues des femmes. M. Gros, curé de la paroisse où ces horribles meurtres étaient commis, eut la même fin que l’abbé Copeine. D’abord M. Gros avait prêté le serment ; mais bien vite il s’était noblement rétracté : des hommes que sa charité avait nourris se ruèrent sur son cadavre, coupèrent sa tête, la portèrent au bout d’une pique dans toute sa paroisse.

Un autre homme avait proposé la veille à M. Gros de le faire s’évader, et il avait répondu : « Le peuple sait que j’ai été conduit ici ; malgré tout ce que j’ai fait pour lui, je suis le principal objet de sa fureur : s’il ne me trouve pas il bouleversera toute la maison ; ceux qui pourront s’être cachés seront découverts, je les ferai ainsi tomber aux mains de leurs ennemis : il vaut mieux que je sois sacrifié. » Il le fut en effet comme il l’avait prévu ; son corps, mutilé, souillé de boue, était encore gisant dans la rue en face du séminaire, quand on ouvrit son testament par lequel il laissait tous ses biens aux pauvres de la paroisse. Quelques-uns de ses meurtriers auront peut-être aussi eu part dans ses aumônes.

Pendant que le sang de prêtres coulait à l’Abbaye, aux Carmes et à Saint-Firmin, on massacrait également à la Conciergerie du palais, au grand Châtelet et à la Force, à la Salpêtrière et à Bicêtre : jamais la mort n’avait eu tant d’aides ! Les victimes avaient été en général désignées aux assassins par leur rang, leurs noms et leurs vertus ; cependant dans ces journées de septembre il y en a eu de moins pures d’immolées. Le cloître des Bernardins était devenu le dépôt où l’on avait transféré les forçats destinés aux galères : ils étaient au nombre de soixante-treize renfermés dans la tour de Saint-Bernard ; ils y périrent tous. Là ce n’était pas des agneaux qui tendaient le cou et qui mouraient avec douceur ; c’était une horrible lutte entre gens de la même espèce, un combat acharné entre des voleurs déterminés et des égorgeurs qui voulaient gagner leur paie.

À la prison de la Force il y avait encore des prêtres, car les visites domiciliaires et les dénonciations en faisaient découvrir journellement, et des campagnes on en voyait arriver harassés de lassitude et tout meurtris des coups de leurs conducteurs qui avaient hâte de les amener à l’horrible boucherie qui durait depuis deux jours ; mais dans le peuple on répétait : La Force, c’est la prison des ci-devant seigneurs ; et en effet la princesse de Lamballe, Mme de Tourzel, gouvernante des enfants de France, Mme de Saint-Brice, attachée au service de la reine, M. de Chamilly, valet de chambre du roi, M. de Mailly, maréchal de camp ; M. Journiac de Saint-Médard, un des rédacteurs du Journal de la cour et de la ville, y étaient renfermés ; aussi les brigands disaient en s’y rendant : À nous tes honneurs de la journée ! c’est nous qui allons travailler la cour.

La marquise de Tourzel et sa fille Pauline, qui avaient suivi la famille royale au Temple, et qui avaient eu l’espoir de partager toute la captivité des augustes prisonniers, leur furent arrachées dans la même nuit que Mme la princesse de Lamballe et conduites avec elle à la prison de la Force. Là, la fille fut séparée de la mère, et pendant de bien longs jours, Mlle de Tourzel crut qu’on ne l’avait éloignée de sa mère que pour qu’elle ne fût pas témoin de l’exécution de la gouvernante des enfants de France. De son côté la malheureuse mère avait eu de cruelles inquiétudes malgré sa confiance en Dieu ; elle commençait à ne plus espérer quand un homme vint lui dire dans son cachot : Soyez tranquille sur le sort de votre fille. Ce peu de mots lui rendit tout son courage : et quand après Mme de Tarente elle fut appelée devant les bourreaux jugeurs, elle montra un grand caractère et une grande présence d’esprit.

– Pourquoi, lui demandèrent les égorgeurs, pourquoi avez-vous suivi le roi à Varennes ?

– Avant de vous répondre, leur dit-elle, je vous prie de me dire s’il faut tenir ses serments ?

– Oui, sans doute, répliquèrent les hommes de la république.

– Eh bien, j’avais fait le serment de ne jamais quitter M. le dauphin et sa sœur, et c’est pour tenir ce serment que j’ai suivi le roi et la reine.

Écoutez comme elle raconte elle-même sa mise en liberté.

« Je savais, dit-elle dans une lettre écrite à sa fille aînée la comtesse de Sainte-Aldégonde, je savais que les prisonniers étaient menés tour à tour au peuple qui était attroupé aux portes de la prison, et qu’après avoir subi une espèce de jugement on était absous ou massacré. Malgré cela j’avais le pressentiment qu’il ne m’arriverait rien, et ma confiance fut bien augmentée, lorsque je vis à la tête des gens qui venaient me chercher le même homme qui m’avait donné des nouvelles de ma fille… Je me présentai donc tranquillement devant le tribunal ; je fus interrogée environ dix minutes, au bout desquelles des hommes à figures atroces s’emparèrent de ma personne : ils me firent passer le guichet de la prison, et je ne puis vous exprimer le trouble que j’éprouvais de l’horrible spectacle qui s’offrit à moi.

« Une espèce de montagne s’élevait contre la muraille ; elle était formée par les membres épars et les vêtements sanglants de tous ceux qui avaient été massacrés à cette place, et une multitude d’assassins entouraient ce monceau de cadavres. Deux hommes étaient montés dessus ; ils étaient armés de sabres et couverts de sang ; c’étaient eux qui exécutaient les malheureux prisonniers qu’on amenait l’un après l’autre : on les y faisait monter sous prétexte de prêter le serment de fidélité à la nation ; mais dès qu’ils étaient en haut leur tête était coupée et livrée au peuple, et leur corps en tombant sur ceux qui y étaient déjà servait à élever cette horrible montagne. On voulut aussi m’y faire monter ; mais M. Hardy, qui me donnait le bras, et huit ou dix hommes qui m’entouraient me défendirent ; ils assuraient que j’avais déjà prêté le serment à la nation, et autant par force que par adresse ils m’arrachèrent des mains de ces furieux et m’entraînèrent hors de leur portée… Un fiacre nous attendait… Dès que je fus en état de parler, ma première parole fut pour m’informer de Pauline ; M. Hardy me dit qu’elle était en sûreté, et que j’allais la revoir ! »

La douce et fidèle amie de Marie-Antoinette, la belle et gracieuse princesse de Lamballe, avait vu Mme et Mlle de Tourzel, Mme de Saint Brice sauvées par Manuel, et, elle, elle n’avait eu aucune puissante main pour la tirer de son cachot… Autrefois l’amitié d’une reine pouvait sauver de la mort ; mais, hélas ! ce temps était bien loin, et maintenant elle vous mettait bien avant sur le chemin de l’échafaud. La princesse de Lamballe le savait bien, et dans sa prison elle répétait : Ils me tueront… Oh ! s’ils ne tuaient que moi ! s’ils n’allaient pas au Temple !…

Quand elle entrevoyait ainsi sa prochaine fin, elle avait raison, car la haine que le parti d’Orléans avait soufflée au peuple contre Marie-Antoinette s’était étendue jusque sur son amie. Sa mort avait été résolue au Palais-Royal : le prince qui y demeurait avait depuis deux ans perdu beaucoup de son influence sur les affaires publiques ; mais il en avait conservé une grande dans les massacres, et si les ministres de l’Assemblée ne l’écoutaient plus, Maillard et ses hommes lui avaient gardé une grande déférence.

Quand on voit la plupart des nobles prisonnières trouver grâce aux yeux de leurs bourreaux dans les sanglantes journées de septembre, on s’étonne que la plus belle, la plus touchante, la plus faite pour désarmer les bourreaux n’ait pas été sauvée ; elle l’eut été sans la haine du duc d’Orléans : ce prince gagnait deux cent mille francs de rente à sa mort.

Pendant les deux jours que Mme la princesse de Lamballe avait passés aux Feuillants, elle avait dit plusieurs fois à la reine : S’ils ne me séparent pas de Votre Majesté, je leur pardonnerai bien des larmes qu’ils m’ont fait répandre. Et le soir, quand elle s’était trouvée au Temple avec la famille royale, elle était tombée à genoux, et avait remercié Dieu de l’avoir laissée auprès de sa royale amie ; elle éprouvait toute une consolation à répéter : Nous sommes ensemble !

Vous savez, mes enfants, que ce bonheur ne fut pas de longue durée. Arrachée du donjon du Temple malgré ses prières et les larmes de Marie-Antoinette, elle avait été amenée à la Force, où tous les outrages lui étaient prodigués : les insultes, elle les pardonnait ! mais ce qui lui brisait le cœur c’étaient les horribles propos, les menaces qu’elle entendait proférer tant que le jour durait contre la reine. Par un barbare raffinement de cruauté, des guichetiers et des valets de prison venaient s’asseoir sur un banc au-dessous de la fenêtre de son cachot, et là déversaient toute leur haine contre la famille royale, et s’amusaient à inventer d’alarmantes nouvelles pour donner la torture de la pensée à la pauvre captive.

À la Force, comme aux Carmes, comme à la Conciergerie, comme partout, la sanglante moquerie d’un tribunal avait été établie ; Hébert et Luillier, ceints de leur écharpe tricolore, faisaient partie du jury de la Force ; Chépy remplissait l’office de greffier.

C’était devant de tels hommes, devant le rebut et l’écume de Paris que la jeune et belle femme qui avait fait l’ornement de la cour de Versailles, que la princesse qui était toujours restée simple, bonne et aimante malgré sa haute faveur ; que celle que le souffle de la calomnie n’avait pas essayé de flétrir, que celle qui, menacée de la proscription, n’avait pas voulu s’y soustraire pour demeurer dans les jours de péril auprès de sa royale amie, que Louise de Savoie, princesse de Lamballe, comparaissait le 3 septembre 1792.

À huit heures du matin des guichetiers à bonnet rouge entrèrent dans sa chambre ; depuis longtemps elle les attendait, car pendant toute la nuit les insultes, les menaces et les chansons de mort n’avaient cessé de retentir tout près de sa cellule. Le sommeil qui vient parfois aux malheureux aurait pu fermer ses yeux rougis de larmes et les hommes qui avaient hâte de se faire ses meurtriers n’avaient pas voulu lui laisser ce repos… Oh ! pour faire souffrir leurs victimes, les révolutionnaires ont autre chose que leurs piques et leurs sabres !

Quand, amenée par deux brigands, elle parut devant le hideux tribunal, elle fut prête à défaillir.

– Qui êtes-vous ? lui demandèrent les bourreaux en écharpe.

– Marie-Louise de Savoie, princesse de Lamballe.

– Vous étiez au château des Tuileries pendant la nuit du 10 août.

– Oui, c’était ma place comme surintendante de la maison de la reine.

– Vous êtes accusée d’avoir été complice des crimes de la reine contre la nation.

– Je ne connais point de crime de la reine contre la nation.

– Vous étiez instruite de la conspiration du 10 août contre le peuple.

– Je proteste ignorer encore cette conspiration contre le peuple.

– Vous avez eu des correspondances avec les émigrés, et vous avez reçu du prince de Condé la lettre que vous avez sous les yeux.

– Recevoir des lettres d’un parent n’est pas un crime. Celle que vous me présentez ne contient rien contre la nation.

– Faites serment d’aimer la liberté et l’égalité ; faites serment de haïr le roi et la reine.

– Le premier serment je le ferai ; le second je ne le ferai pas : il n’est pas dans mon cœur.

– Jurez donc, dit à la princesse un des assistants qui voulait la sauver, jurez donc, et vous serez sauvée.

– Jurer haine au roi, à la reine ! Jamais ! jamais !

– Qu’on élargisse madame, dit le chef du guichet.

Et tout aussitôt les deux massacreurs qui l’avaient amenée l’entraînèrent vers la fatale porte… Quand cette porte s’ouvrit, quand, échevelée, vêtue de sa robe blanche, la victime du haut d’un petit perron fut montrée aux cannibales qui l’attendaient depuis longtemps, ils se mirent à rugir de joie. La proie qu’on allait leur livrer était si jeune, si noble et si belle ! Tout à l’heure devant le jury des bourreaux, elle avait pu garder la tête haute, et répondre à leur interrogatoire ; mais à présent ses jambes défaillantes lui refusent secours ; elles fléchissent dessous elle. Elle vient d’apercevoir des têtes coupées, des bras, des jambes jetés çà et là dans la cour ; elle vient de voir qu’au bas des marches il va lui falloir marcher sur des cadavres entassés. Une horrible vapeur de carnage l’entoure ; elle ne peut plus faire un pas et serait tombée sur les marches du perron si les deux guichetiers ne la soutenaient sous les bras.

– Avancez ! avancez ! lui crient-ils ; il faut passer là-dessus.

– Fi ! quelle horreur !…

À cet instant, au mouvement qu’elle fait pour obéir, un des meurtriers qui la suit de près lui assène un coup de sabre sur le derrière de la tête et fait jaillir son sang. Mortellement blessée, les infâmes guichetiers la forcent toujours à marcher… à marcher sur des cadavres dont plusieurs ne sont pas encore refroidis !

– À genoux ! à genoux ! crient les égorgeurs ; qu’elle demande pardon à la nation !

– Je n’ai de pardon à demander à personne.

Alors un second coup de sabre lui est porté par le même bourreau, et la délivre de la vie… de la vie, mais non des outrages ; car à peine est-elle tombée sur cette montagne de corps morts où ses guichetiers l’avaient entraînée que des monstres à face humaine se ruèrent sur elle pour la dépouiller de ses vêtements, pour exposer aux regards, outrager, déchirer et mutiler son beau corps. Alors sur ses restes une exécrable lutte s’engage entre les assassins ; chacun veut avoir quelque morceau de son cadavre pour le porter au bout de sa pique et le promener dans les rues de Paris. Mais un assassin à haute taille, plus fort que les autres, peut-être un des chefs du massacre, est parvenu à faire reculer cette bande de cannibales, et quand il est resté maître du corps de la noble victime il se penche sur elle et lui coupe la tête !… C’est à lui qu’elle doit appartenir, c’est lui qui la portera sous les fenêtres du Temple pour la faire baiser à la reine !… Ô mes enfants, y aura-t-il dans le récit de ces affreuses journées quelque chose de plus atroce que cette pensée ? Les monstres pourront-ils aller plus loin ?… Oui, ils vont se surpasser eux-mêmes. Quand cette tête, que les fleurs et les diamants avaient si souvent couronnée dans les fêtes de Versailles, fut séparée du corps, un coiffeur fut forcé de venir boucler et poudrer ses cheveux blonds, qu’elle avait eus les plus beaux du monde, et puis, comme la pâleur était venue à ses joues, ils lui firent du rouge avec du sang, et après cette toilette impie ils placèrent la tête sur la plus haute de toutes leurs piques, et se mirent en marche en chantant Ça ira.

Auprès du porteur de tête, un autre assassin montrait à la pointe de son sabre le cœur de la princesse, que lui-même avait arraché de sa poitrine ! Pendant que la horde sanguinaire s’en allait vers le Temple avec le cœur et la tête de l’amie de Marie-Antoinette, des femmes et des filles d’égorgeurs, assises sur la montagne de cadavres qui s’élevait devant la porte de la Force, gardaient le corps de la Lamballe 7, et le montraient à la foule avec d’horribles plaisanteries, prenant soin de laver le sang qui souillait le cadavre pour en faire voir la blancheur.

Du Palais-Royal l’abominable cortège prit la route du Temple. Je laisse parler Cléry ; il va redire l’arrivée des bourreaux sous les fenêtres du roi et de la reine.

« À une heure, le 3 septembre, le roi et sa famille témoignèrent le désir de se promener dans le jardin ; on s’y refusa. Pendant le dîner on entendit le bruit des tambours et bientôt les cris de la populace ; la famille royale sortit de table avec inquiétude, et se réunit dans la chambre de la reine. Je descendis pour dîner avec Tison et sa femme.

« Nous étions à peine assis qu’une tête au bout d’une pique fut présentée à la croisée ; la femme de Tison jeta un grand cri. Les assassins crurent avoir reconnu la voix de la reine, et nous entendîmes le rire effréné de ces barbares. Dans l’idée que Sa Majesté était encore à table ils avaient placé la victime de manière qu’elle ne pût échapper à ses regards. C’était la tête de Mme la princesse de Lamballe ; quoique sanglante, elle n’était point défigurée ; ses cheveux blonds bouclés flottaient autour de la pique.

« Je courus aussitôt vers le roi. La terreur avait tellement altéré mon visage que la reine s’en aperçut ; il était important de lui en cacher la cause : je voulais seulement avertir le roi ou Mme Élisabeth ; mais les deux municipaux étaient présents.

« – Pourquoi n’allez-vous pas dîner ? me dit la reine.

« – Madame, lui répondis-je, je suis indisposé.

« Dans ce moment un municipal entra dans la tour, et vint parler avec mystère à ses collègues ; le roi leur demanda si sa famille était en sûreté.

« – On fait courir le bruit, répondirent-ils, que vous et votre famille n’êtes plus dans la tour. On demande que vous paraissiez à la croisée ; mais nous ne le souffrirons point ; le peuple doit montrer plus de confiance en ses magistrats.

« Cependant les cris du dehors augmentaient : on entendit très distinctement des injures adressées à la reine. Un autre municipal survint, suivi de quatre hommes pour s’assurer si la famille royale était dans la tour. L’un d’eux, en habit de garde national, portant deux épaulettes et armé d’un grand sabre, insista pour que les prisonniers se montrassent à la fenêtre : les municipaux s’y opposèrent.

« Cet homme dit alors à la reine du ton le plus grossier :

« – On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l’on vous apportait, pour vous montrer comment le peuple se venge de ses tyrans. Je vous conseille de paraître si vous ne voulez pas que le peuple monte ici.

« À ces paroles la reine tomba évanouie.

« Je volai à son secours ; Mme Élisabeth m’aida à la placer sur un fauteuil : ses enfants fondaient en larmes et cherchaient par leurs caresses à la ranimer.

« Cet homme regardait et ne s’en allait pas.

« Le roi alla à lui, et lui dit avec fermeté :

« – Monsieur, nous nous attendons à tout ; mais vous auriez pu vous dispenser d’apprendre à la reine ce malheur affreux.

« Cet homme sortit alors avec ses camarades ; leur but était atteint.

« La reine, revenue à elle, mêla ses larmes à celle de ses enfants, et passa avec la famille royale dans la chambre de Mme Élisabeth, d’où l’on entendait moins les clameurs du peuple. Je restai quelques instants dans la chambre de la reine, et, regardant par la fenêtre à travers les stores, je vis une seconde fois la tête de Mme la princesse de Lamballe ; celui qui la portait était monté sur les décombres des maisons que l’on abattait pour isoler la tour. Un autre à côté de lui tenait au bout d’un sabre le cœur tout sanglant de l’infortunée princesse. Ils voulurent forcer la porte de la tour ; un municipal nommé Daujon les harangua et j’entendis très distinctement qu’il leur disait :

« – La tête d’Antoinette ne vous appartient pas ; les départements y ont des droits. La France a confié les grands coupables à la ville de Paris : c’est à vous de nous aider à les garder jusqu’à ce que la justice nationale venge le peuple.

« Ce ne fut qu’après une heure de résistance qu’il parvint à les éloigner.

« Le soir de la même journée un des commissaires me dit que la populace avait tenté de pénétrer avec la députation et de porter dans la tour le corps nu et sanglant de Mme la princesse de Lamballe, qui avait été traîné depuis la prison de la Force jusqu’au Temple ; que des municipaux après avoir lutté contre cette populace lui avaient opposé pour barrière un ruban tricolore attaché en travers de la porte d’entrée ; qu’ils avaient inutilement réclamé du secours de la commune de Paris, du général Santerre et de l’Assemblée nationale pour arrêter les projets qu’on ne dissimulait plus, et que pendant six heures il avait été incertain si la famille royale ne serait pas massacrée. En effet la faction n’était pas encore toute-puissante ; les chefs quoique d’accord sur le régicide ne l’étaient pas sur le moyen de l’exécuter, et l’Assemblée désirait peut-être que d’autres mains que les siennes fussent l’instrument des conspirateurs. Une circonstance assez remarquable, c’est qu’après son récit le municipal me fit payer quarante-cinq sous qu’avait coûtés le ruban aux trois couleurs.

« À huit heures du soir tout était calme aux environs de la tour ; mais la même tranquillité était loin de régner dans Paris, où les massacres continuaient. J’eus occasion en déshabillant le roi de lui faire part des mouvements que j’avais vus et des détails que j’avais appris. Il me demanda quels étaient ceux qui avaient montré le plus de fermeté pour défendre les jours de sa famille. Je lui citai Daujon, qui avait arrêté l’impétuosité du peuple quoiqu’il ne fût rien moins que porté pour Sa Majesté : ce municipal ne revint à la tour que quatre mois après ; le roi n’avait pas oublié sa conduite et l’en remercia. »

Maintenant à l’Abbaye, aux Carmes, au séminaire de Saint-Firmin, à la Conciergerie, à la Force, il n’y avait plus de victimes à immoler. Les cadavres même n’y étaient plus ; une réquisition de chariots avait été faite pour les emporter hors de Paris ; et puis, entassés, souillés de poussière et de sang, sans un drap jeté sur eux, ils avaient traversé Paris, et Paris était resté muet à les regarder, et pas un être à cœur d’homme et de chrétien ne s’était trouvé dans les rues, sur le passage de ces tombeaux chargés de chair humaine, pour en arracher les furies, les femmes avinées qui s’étaient assises sur les corps des massacrés, et qui y chantaient d’obscènes et d’atroces refrains.

Cependant il fallait encore de l’ouvrage aux travailleurs : ils n’étaient pas lassés de carnage. On les conduisit à Bicêtre ; là il y avait quelques milliers de prisonniers enfermés pour toute espèce de vices et de crimes : impur ou pur, il fallait encore du sang aux hommes de Danton ; on leur donna à répandre celui des malfaiteurs : ils avaient commencé par celui des saints.

À Bicêtre le massacre dura trois jours entiers. Cette maison servait alors comme aujourd’hui de prison et d’hôpital ; là étaient réunis et gardés ensemble le crime, la misère et la folie. Tuer les riches pour battre monnaie sur leurs échafauds, se défaire d’adversaires politiques pour obéir à des rancunes et à des haines de parti, c’est de tous les temps et de toutes les révolutions ; mais aller arracher le pauvre de sa paille, le malade de son grabat, le fou de sa loge ; aller prendre le vice au bagne et la vertu au pied des autels pour en faire un même sacrifice ; faire main basse en même temps sur des sœurs de la charité et sur des prostituées ; déclarer la guerre aux hôpitaux, refuges de la souffrance et de la pauvreté, le même jour qu’aux palais, demeures de la puissance et de la grandeur, sont les traits distincts de la révolution faite par le philosophisme, qui n’ayant aucune croyance n’a aucune pitié.

Les massacreurs de la commune se doutèrent que les hommes destinés aux galères auraient moins de résignation que les prêtres, et que si la pitié, comme un agneau sans tache, avait tendu le cou au fer des bourreaux, le vice et le crime défendraient en désespérés leur vie entachée et souillée ; aussi, en outre de leurs armes ordinaires, les travailleurs traînèrent de l’artillerie contre Bicêtre.

Le concierge voulut résister ; à leur approche il avait fait braquer contre eux deux pièces. Au moment d’y mettre le feu il reçut une balle au front qui le fit tomber mort tenant encore la mèche allumée. Les prisonniers, les malades, les fous, les hommes que le fer du bourreau avait marqués et flétris et ceux que les galères attendaient, défendirent l’entrée de leurs cachots comme des hommes d’honneur défendraient la maison où sont leurs femmes, leurs mères, leurs sœurs et leurs filles. On vit alors plusieurs insensés recouvrer subitement la raison : plusieurs traînaient encore dans la mêlée les fers rivés à leurs pieds et que l’on n’avait pas eu le temps de détacher. Aux Carmes, à Saint-Firmin, à l’Abbaye, les massacreurs avaient entendu les martyrs glorifier Dieu sous leurs glaives ; ici se sont des jurements, des malédictions qui répondent à leurs ordres. Rien de plus horrible que cette lutte qui dura longtemps. Pour résister à leurs agresseurs, les Bicêtriens démolissaient leurs loges de galériens ou de fous, et s’armaient de pierres et de barres de fer. Les assaillants auraient été vaincus sans le secours de leur artillerie : ils pointèrent leurs canons sur une cour où les prisonniers avaient établi leur principale défense, et tirèrent à mitraille, et quand ils virent comme leurs décharges avaient porté dans la foule compacte et serrée entre les bâtiments, ils se hasardèrent dans la maison, poursuivant les fuyards à coups de fusil, et achevant les blessés avec leurs sabres et leurs piques.

Ceux qui purent échapper à cette horrible boucherie se réfugièrent dans les cachots souterrains dont l’obscurité pouvait les soustraire aux yeux des assassins ; mais on imagina d’inonder avec des pompes ce dernier asile, et l’eau montant dans les caves força les misérables à en sortir et à venir sous le fer des meurtriers.

Pétion, qui depuis les quatre jours sanglants n’avait pas arrêté un seul massacre, n’arriva dans les cours de Bicêtre que lorsqu’on n’y pouvait plus marcher que dans le sang et parmi les cadavres des mitraillés : il voulut empêcher de poursuivre les prisonniers qui avaient cherché un refuge dans l’intérieur de la maison ; son autorité fut complètement méconnue.

« Il a été impossible, dit Dulaure, de compter les morts de Bicêtre ; quelques rapports en ont portés le nombre à six mille : cette évaluation est sans doute exagérée, mais ce qui est certain c’est que les assassins n’épargnèrent personne, prisonniers, malades, gardiens, excepté deux cents qui n’avaient point été flétris et qui furent renfermés dans l’église. »

« Il fallut, ajoute le même historien révolutionnaire, inhumer les corps de ceux qu’on avait tués depuis cinq jours ; leur nombre s’élevait, dit-on, à environ douze mille huit cents ; mais ce résultat parut fort exagéré 8. Tous les cimetières et charniers de Paris et des environs, ceux de Clamart, de Montrouge, de Vaugirard, les carrières de la Tombe-Issoire à Montsouris, s’enrichirent de ces cadavres, qui furent couverts d’une couche de chaux afin de hâter leur dissolution. »

Pendant ce vertige de sang qui avait pris aux hommes, il y a eu de telles horreurs commises qu’on voudrait jeter sur elles un voile bien épais pour qu’on n’en sût jamais rien ; mais les partisans des révolutions répètent si souvent qu’elles régénèrent les hommes qu’il est devenu indispensable de montrer quelle est la régénération qu’elles amènent. Écoutez ce que deux ouvrages sur la révolution de 1789 racontent. « Sur la place Dauphine le peuple avait allumé un grand feu, où à la manière des sauvages et des cannibales on amenait les prisonniers, les prêtres, les nobles et les aristocrates : là, devant la foule, les hommes et les femmes tombés aux mains des septembriseurs étaient dépouillés de tout, et dans un état de nudité complète rapprochés tellement du foyer ardent que leur chair y rôtissait… Pendant que les victimes fumantes et à moitié brûlées jetaient des cris perçants… d’infernales rondes tourbillonnaient autour de l’immense brasier en hurlant. Ça ira, ça ira !

« La comtesse de Pérignon 9 y fut traînée avec ses filles ; toutes trois furent dépouillées, frottées d’huile par tout le corps. L’aînée des jeunes personnes, qui n’avait pas encore quinze ans, suppliait en grâce qu’on lui arrachât la vie ; pour la délivrer de cet horrible supplice un jeune homme cruellement humain courut à elle et lui tira un coup de pistolet dans le cœur… La populace en fut si irritée qu’elle se saisit du jeune homme et le jeta dans le feu : Il l’a délivrée ; eh bien, qu’il souffre à sa place.

« Quand la chair des victimes fut prête pour leur horrible festin, les cannibales en prirent chacun une part, et quelques-uns en présentèrent à des prêtres en leur ordonnant d’en manger. Ceux-ci fermèrent les yeux et ne répondirent rien : alors le plus âgé des ecclésiastiques fut déshabillé et poussé dans les flammes ; puis au bout de quelque temps son corps fut retiré du brasier, coupé en morceaux, et les monstres qui présidaient à ces scènes d’enfer dirent aux jeunes prêtres : Mangez de celui-ci, vous aimerez la chair d’un des vôtres. Menacés d’être mis à mort s’ils n’obéissaient pas aux cannibales, les cinq prêtres s’embrassèrent, et se précipitèrent ensemble dans les flammes. Les barbares s’efforcèrent de les en retirer afin de prolonger leurs tourments ; mais leur cruauté fut trompée, la fumée avait étouffé les cinq victimes, et ils ne purent plus les faire souffrir. »

La Salpêtrière eut aussi son massacre ; quarante-cinq malheureuses femmes y furent assommées à coup de massue.

Prudhomme, après avoir passé en revue toutes les prisons par où la justice du peuple avait passé, en désignant le Temple s’écrie : Il reste encore une prison à vider ; le peuple fut tenté un moment de couronner ses expéditions par celle-là, puisque sous le règne de l’égalité le crime reste impuni parce qu’il a porté sur une tête couronnée ; mais le peuple en appelle et en réfère à la Convention !

Joseph-Alexis WALSH,

Les journées mémorables de la Révolution française,

1839-1840.

Recueilli dans Les grands écrivains de toutes les littératures,

6e série, tome 4e.

1. Les journées mémorables de la Révolution française (5 vol. in-18), d’ou nous avons tiré le récit des massacres de septembre, étaient dédiés par l’auteur à ses petits-enfants.

2. L’abbé Papon.

3. Histoire du clergé de France, par M. R…

4. Histoire du clergé de France, par M. R…

5. Mademoiselle de Sombreuil, devenue Mme de… est restée toute sa vie d’une pâleur extrême.

6. Un des égorgeurs fut remarqué dans le jardin ; il cherchait l’abbé Lenfant parmi les cadavres amoncelés ; pour le reconnaître il avait pris de l’eau ; il lavait les visages tout couverts de sang et de poussière pour s’assurer que le prédicateur du roi n’avait pas échappé aux justices du peuple. Il ne put le retrouver parmi les victimes immolées aux Carmes ; il avait été massacré à l’Abbaye.

7. Prudhomme ne l’appelle jamais autrement.

8. D’après toutes nos recherches nous le croyons exact.

9. Faits avérés pour servir à l’histoire de ce siècle, sous ce titre : Idée des horreurs commises à Paris, citation de l’abbé Barruel, tome Ier, page 158.

Voir aussi:

Procès de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793

Pierre Bouillon

(1776-1831)

Musée Carnavalet – Histoire de Paris

1793

Pierre noire

Hauteur: 0,39 cm Longueur: 0,53 cm

Devant l’accusation d’inceste avancée par Hébert, le substitut du procureur de la Commune, et relancée par un juré qu’on voudra voir dans la figure satanique, c’est la fameuse parole : « Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature refuse de répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».

Marie-Antoinette se leva-t-elle réellement de son fauteuil, où elle a longtemps promené les doigts « comme si elle jouait du piano-forte ? » Un des avocats, Chauveau-Lagarde, raconte qu’elle s’aperçut de l’impression produite et qu’ayant entendu dans l’assistance « vois-tu comme elle est fière », elle lui demanda à voix basse « N’ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? ». Le souci, qu’a observé son défenseur, de n’être ni au-dessous d’elle-même ni au-dessus, le rédacteur des Révolutions de Paris le lui reconnaît, bien qu’il y voie l’habitude des Grands de demander pardon de petits riens. Sûrement, l’émotion fut vive : le Moniteur même la rapporte. Apprécions encore la retenue avec laquelle, à travers Thermidor, Bouillon s’en fait l’écho : nul aboyeur, nul adorateur. Entre la légitimité des sentiments individuels et la marche de l’Histoire nationale, la foule fut vraisemblablement un temps partagée. Celle-ci, avec l’interruption de séance d’une heure qui suivit de peu l’incident, allait se clairsemer.

Le dessin est de 1794 si l’on en croit les mots de la gravure qu’en exécuta Cazenave (déposée en 1802). Bouillon lui prévoyait-il pour pendant la Séparation de Marie-Antoinette dessinée en 1795 et connue par une gravure de Vérité ? Le rythme vertical des baies le rapproche davantage de notre Dévouement de Madame Élisabeth.

L’éclairage volontairement morne du dessin, et le voile du temps, achèvent de faire imaginer au-delà de cet instant les vingt heures presque consécutives du procès, et la torpeur venant avec la nuit et ce relatif « silence que gardaient les anxieux veilleurs de l’agonie royale » devant le défilé des témoins. La clef de l’estampe de Cazenave permet d’identifier les veilleurs. Entre Hébert sur le devant et Chauveau-Lagarde vers la droite, ils ont noms : debout à l’estrade, Herman, et à sa gauche, Collier puis Cofinal, en contre-bas, Fouquier-Tinville l’accusateur public – celui qui allait accuser tant de Girondins et Montagnards avant d’être à son tour accusé – en face Foucaud, la tête dans la main, et Pâris dit Fabricius écrivant.

Pascal de la Vaissière

Exécution de Marie-Antoinette

Le procès du roi et sa condamnation à mort pouvaient se justifier par la volonté des républicains d’en finir avec le principe monarchique qu’il incarnait et de briser le lien affectif qui rattachait la masse des Français à la dynastie.

Le procès expéditif de la reine (38 ans) n’est quant à lui justifié par aucune raison politique mais il est provoqué par une intensification de la Terreur, sous l’effet d’attaques tant extérieures qu’intérieures contre le pouvoir parisien.

Une reine mal-aimée

Le 1er août, Bertrand Barère, député à la Convention et porte-parole du Comité de Salut public, fait voter un décret qui met en jugement la reine déchue en même temps qu’il programme la destruction de tous les symboles de la royauté.

La reine Marie-Antoinette est le quinzième et avant-dernier enfant de l’impératrice d’Allemagne, Marie-Thérèse de Habsbourg, et de son mari, François de Lorraine. Elle a été mariée au Dauphin Louis à 14 ans, en 1770, le roi Louis XV ayant souhaité rapprocher les deux grandes puissances rivales du continent européen, l’Autriche et la France.

Mais le mariage a été d’emblée critiqué par l’opinion publique. Celle-ci, sous la monarchie comme, plus tard, sous la République, a toujours rejeté la perspective d’une alliance avec Vienne, lui préférant l’amitié du roi de Prusse.

Pendant toute la durée de son règne, Marie-Antoinette est surnommée avec dédain l’«Autrichienne» (rien à voir avec Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII). Elle doit faire face à l’impopularité et aux ragots. Sa réputation est atteinte par des affaires auxquelles elle n’a aucune part comme le vol d’un collier de diamants auquel Alexandre Dumas a consacré un roman célèbre : Le collier de la Reine.

Mal aimée de son mari, Marie-Antoinette éveille la passion d’un beau Suédois, Axel de Fersen. Celui-ci, au début de la Révolution, fait son possible pour aider le couple royal à quitter la France. Mais la fuite échoue piteusement au relais de poste de Varennes, dans l’Argonne, le 20 juin 1791.

Infâmes accusations

Marie-Antoinette à son procès, croquis d’audience Après la chute de la monarchie, le 10 août 1792, Marie-Antoinette est jetée en prison avec son mari, sa belle-soeur, Madame Élisabeth, et ses deux enfants, le Dauphin Louis et sa jeune soeur Marie-Thérèse, surnommée «Charlotte» et plus tard «Madame Royale».

La famille royale est enfermée dans l’enclos du Temple, une ancienne demeure des Templiers située à l’emplacement de l’actuelle mairie du 3e arrondissement de Paris.

Peu après l’exécution du roi, le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette a la douleur d’être séparée de son fils, le petit Louis XVII (8 ans), qui est confié à un cordonnier, le citoyen Simon, pour être élevé en domestique et en sans-culotte (il mourra deux ans après dans des conditions sordides).

Prodigue et légère du temps de sa splendeur, Marie-Antoinette témoigne de courage et de fermeté devant le Tribunal révolutionnaire de Billaud-Varenne. Elle fait face avec dignité à d’infâmes accusations d’inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, le polémiste et jacobin Jacques Hébert.

Robespierre lui-même déplore la tournure du procès qui affecte l’image de la Révolution…

Extrait de l’audience du 15 octobre 1793

Après la déposition d’Hébert, le président Hermann interpelle l’accusée : «Qu’avez-vous à répondre à la déposition du témoin ?» D’une voix tremblante, elle répond : «Je n’ai aucune connaissance des faits dont parle Hébert».

Hébert reprend la parole et accuse la reine et Madame Elisabeth d’avoir traité l’enfant en roi en lui donnant en toutes occasions la préséance. Marie-Antoinette se tourne vers Hébert et demande : «L’avez-vous vu ?»

Hébert : «Je ne l’ai point vu, mais la Municipalité le certifiera», puis il coupe court à l’aparté et, changeant de sujet, il se lance sur une autre affaire.

Un juré dont on n’a pas le nom se lève et demande : «Citoyen-Président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l’accusée qu’elle n’a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert à l’égard de ce qui s’est passé entre elle et son fils». Le président répète la question et la reine se lève – «vivement émue» affirme le procès verbal – : «Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère». Elle se tourne vers la foule : «J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici».

Marie-Antoinette lors de son procès(plaque de lanterne magique,collection de Michelle Lorin, association Marie-Antoinette)

Deux témoins, les frères Humbert, rapportent qu’un courant passe dans la foule, même les tricoteuses se sentent remuées. L’audience est suspendue quelques minutes et la reine, se penchant vers son avocat Chauveau-Lagarde, lui demande à voix basse : «N’ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ?»

– Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien ; mais pourquoi cette question ?

– C’est que j’ai entendu une femme du peuple dire à sa voisine : vois-tu comme elle est fière !

La belle-soeur de la reine, Madame Élisabeth (29 ans), est à son tour guillotinée le 10 mai 1794. Marie-Thérèse («Charlotte») a plus de chance. Elle fait l’objet d’un échange contre des prisonniers français et quitte la France pour l’Autriche le 19 décembre 1795, le jour de ses 17 ans. Elle mourra en 1851 dans son pays d’adoption.

Le 21 janvier 1815, les restes de la reine Marie-Antoinette seront transférés avec ceux de Louis XVI dans la basilique Saint-Denis, traditionnelle nécropole des rois de France.

Fabienne Manière

Sexe et pouvoir

Vie publique, vie privée

Octobre 2011 : pour la première fois depuis les débuts de la République française, un nouveau-né sera enregistré au palais de l’Élysée, résidence officielle du Président.

Ce choc entre vie familiale et vie publique n’est pas chose nouvelle. Sous l’Ancien Régime et plus loin encore au Moyen Âge, le chef de l’État est en permanence en représentation. La confusion entre la vie privée et la vie publique du monarque atteint son paroxysme avec Louis XIV.

Étiquette et prestige de la monarchie

Soucieux du prestige de sa dynastie et de son royaume, le roi impose une «étiquette» très contraignante pour lui-même.

L’étiquette participe au prestige de la monarchie capétienne, sanctifiée par le sacre de Reims et une légitimité qui repose sur la règle de primogéniture masculine (la couronne va à l’héritier masculin le plus âgé).

D’Hugues Capet à Charles X, cette règle n’a connu qu’une anicroche à la succession de Charles IV le Bel, dernier Capétien direct.

Tous les faits et gestes du monarque sont observés par les courtisans et enregistrés par les chroniqueurs. Ceux-ci, toutefois, y mettent les formes, de même que les peintres et sculpteurs chargés de diffuser son image. Le roi apparaît toujours en digne père de ses sujets.

L’intimité du monarque est à peu près nulle. C’est ainsi qu’en 1685, Louis XIV se fit opérer en public d’une très douloureuse fistule anale.

Chaque jour, à son lever, les courtisans étaient tenus informés de son devoir conjugal. S’il s’en était acquitté, Louis XIV les en avisait d’un claquement des deux mains. Cela dit, on ne lui en demandait pas autant concernant ses maîtresses !

Naissance du duc de Bordeaux le 29 septembre 1820 (gravure d’époque)La reine elle-même se devait d’accoucher en public, devant familiers et courtisans. Ce rituel a au moins une raison pratique : couper court à toute rumeur sur une éventuelle substitution de l’enfant.

On s’en acquitta très consciencieusement le 29 septembre 1820 en faisant entrer des anonymes et des gardes dans la chambre où Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, veuve du duc de Berry, héritier de la couronne, donna le jour au futur duc de Bordeaux.

Faiblesse et fragilité

Avec les derniers rois de l’Ancien Régime, Louis XV et Louis XVI, l’étiquette demeure mais perd de son sens. Elle ne met plus en relief la majesté du souverain mais souligne au contraire son autoritarisme velléitaire.

L’opinion publique éprouve un sentiment d’insécurité devant un roi doté d’attributs quasi-divins mais qui se laisse balloter par les coteries de la cour et change de ministre au gré de celles-ci. Le pouvoir conféré à un seul homme convient tant que cet homme se montre à la hauteur de ses responsabilités.

Lorsque le monarque défaille, on ne se satisfait plus de l’image hiératique dessinée par les chroniqueurs et les peintres officiels ; on monte en épingle ses écarts de conduite et ses faiblesses réelles ou présumées. Ainsi des frasques sexuelles du vieux Louis XV – Berlusconi avant l’heure -, comme de l’impuissance du jeune Louis XVI et de la frivolité de la reine.

Aussi Louis XV fut-il dans la deuxième partie de son règne moqué dans les chansons de rues et honni du peuple, de même que son successeur et l’épouse de celui-ci, Marie-Antoinette.

N’est pas monarque républicain qui veut

Le général de Gaulle, monarchiste de cœur, républicain de raison, songeait à Louis XIV quand il a formulé la Constitution de la Ve République, avec un Président arbitre et au-dessus des partis. Lui-même s’est moulé sans difficulté dans ce rôle taillé sur mesure. Et tout en protégeant son intimité, il a veillé à ce que rien d’inconvenant ne vienne altérer son image de premier serviteur de l’État.

Son successeur présomptif, Georges Pompidou, eut moins de chance. Dans l’ombre du Président, pendant six ans, il assuma sa fonction de Premier ministre avec l’austérité qui convient à ce rôle, en dissimulant avec soin sa vie privée.

Mais à partir de 1968, lorsque l’imminence de la succession se fit jour, c’est sur cette vie privée que se concentrèrent les attaques de ses concurrents potentiels de la majorité. Georges Pompidou découvrit alors des rumeurs immondes sur son épouse à laquelle il était très attaché, mais qui avait la faiblesse de fréquenter les défilés de mode et les cercles branchés de Saint-Tropez et de la capitale.

Ces rumeurs contribuèrent à la dégradation de sa santé mais ne l’empêchèrent pas d’être élu à la présidence ni de conserver l’estime de ses concitoyens car il sut, tout ce temps-là, gouverner avec la majesté requise par la fonction.

Son successeur Valéry Giscard d’Estaing, élu à seulement 48 ans, lors de la première crise pétrolière, crut habile de descendre du piédestal présidentiel. Ainsi, le jour de son investiture, descendit-il à pied et en complet veston une partie des Champs-Élysées. Puis il s’invita à dîner chez des Français ordinaires et se montra à l’accordéon. Il lui prit même la fantaisie d’inviter des éboueurs à partager son petit-déjeuner à l’Élysée.

Ces gestes furent mal ressentis par l’opinion car, d’une part, ils s’accordaient mal avec le personnage, riche bourgeois et faux aristocrate, coureur de jupons et amateur de chasse au grand gibier, d’autre part, ils rompaient avec le rôle dévolu au Président, celui d’un arbitre qui se tient au-dessus de la mêlée et se doit donc d’éviter toute familiarité. Ils lui coûtèrent en grande partie sa réélection.

Ses successeurs se le tinrent pour dit. Tout socialiste qu’il fût, François Mitterrand enfila d’emblée la livrée de Louis XIV et de Gaulle et c’est en grande pompe qu’il se recueillit au Panthéon le jour de son investiture. Il veilla à séparer sa vie privée de sa vie publique et ce n’est qu’à la fin de son deuxième mandat qu’il consentit à laisser filtrer des informations sur sa fille adultérine, dans l’intérêt de cette dernière.

Bien davantage que ses écarts conjugaux, l’opinion lui tint rigueur de sa relation désinvolte avec l’argent public et de ses amitiés coupables avec d’anciens collaborateurs des nazis, au premier rang desquels René Bousquet.

Jacques Chirac, si différent qu’il fût du précédent, eut le même souci de la majesté présidentielle. D’un naturel cordial et empathique, il ne donna jamais prise aux rumeurs sur sa vie sexuelle agitée. Il conserva jusqu’à la fin l’estime de ses homologues étrangers et s’il s’attira de virulentes critiques, ce fut exclusivement sur sa politique et, comme son prédécesseur, sur sa relation avec l’argent public.

Le président Nicolas Sarkozy a renoué avec la rupture façon Giscard. Il est descendu du piédestal gaullien et a donné libre cours à ses pulsions et ses sentiments. Chacun a pu être témoin de ses dépits amoureux comme de ses émois à la rencontre de sa future troisième épouse. La naissance d’un troisième enfant, joie intime survenant au cœur de la crise européenne, est-elle de nature à la rassurer ?

Les limites du modèle américain

Nicolas Sarkozy, nourri par la télévision des années 1960, a confié dès avant son élection qu’il serait un président à la façon Kennedy, et sa femme (Cécilia) une nouvelle Jackie (Kennedy).

Il a souhaité s’émanciper du cadre gaullien de la Ve République et américaniser les mœurs politiques de la France. Ainsi a-t-il inscrit dans la Constitution un Discours devant le Congrès calqué sur l’équivalent américain. Mais quand il a voulu changer l’image du Président, les choses se sont révélées beaucoup plus difficiles… à moins qu’il n’ait été trompé par un contre-modèle américain pas si éloigné que cela du modèle français.

Nourris de la Bible et de la rigueur protestante, les présidents américains s’affichent depuis George Washington en bons époux et bons pères de famille. Ils se doivent de présenter leur famille au moment de leur entrée en fonction afin de rassurer chacun sur leurs bonnes mœurs.

La règle ne souffre pas d’exception, même si elle cache une réalité parfois très différente. À côté de maris exemplaires comme Lincoln et McKinley, les historiens recensent quelques autres ménages plus agités comme ceux de Jefferson et Franklin Roosevelt.

Le cas Kennedy est particulier. Élu d’extrême justesse grâce au soutien de son clan, le jeune président (43 ans) met en avant sa jeune épouse (31 ans), enceinte d’un troisième enfant au moment de l’élection, en novembre 1960.

Comme les autres présidents américains, Kennedy veille à son image officielle. Il se garde de toute familiarité. Mais il use aussi des médias et de la télévision pour offrir à l’opinion l’image d’une famille idéale et moderne. Ce conte de fées est d’autant mieux accepté par l’opinion publique que l’Amérique est alors prospère et au summum de son prestige et de sa puissance.

Dans la réalité, le couple va on ne peut plus mal. John a, comme son père Joe, une sexualité débridée et compulsive. Il enchaîne goulûment les aventures, aventures brèves et le plus souvent tarifées, avec des courtisanes de luxe. Celles-ci sont parfois introduites à la Maison Blanche au mépris de toutes les règles de sécurité. Parmi les «conquêtes» présidentielles figure l’actrice la plus troublante de l’heure, Marylin Monroe.

On peut sans exagération rapprocher le comportement sexuel de John Kennedy de celui de Dominique Strauss-Kahn, avec cette différence que le premier a été assez bien maintenu à l’abri des indiscrétions par l’entourage présidentiel.

Le jeune frère du président, Robert Kennedy, au ministère de la Justice, fait de son mieux pour étouffer les rumeurs médisantes. En dépit d’une presse beaucoup plus pudique que de nos jours et de l’absence de la «Toile», on peut se demander si le secret aurait pu être longtemps conservé si l’assassinat de Dallas n’était pas venu offrir à John Kennedy la palme du martyre…

Ses successeurs, jusqu’à Barack Obama, s’inscrivent dans la tradition américaine : ils se présentent en bons époux et bons pères, dignes donc d’accéder à la fonction suprême. La seule véritable exception est Bill Clinton, élu en novembre 1992 à 46 ans.

Celui-là ne se contente pas de présenter son épouse Hillary ; il en fait sa plus proche collaboratrice. Et dans le même temps, se laisse piéger dans quelques liaisons adultérines. À l’aube de l’internet, ce genre d’écart est devenu impossible à dissimuler. Les médias et l’opposition en font leurs choux gras, de sorte que Bill Clinton finit son deuxième mandat en charpie.

Laxisme royal

Nous avons évoqué jusqu’ici des régimes monarchiques ou présidentiels, dans lesquels le chef de l’État est aussi le chef de l’exécutif. D’une part, il représente la Nation ; d’autre part, il dirige les affaires courantes. Il se doit d’être à la fois respectable et assidu à la tâche.

Tout autres sont les monarchies constitutionnelles, qu’il s’agisse de la monarchie française sous Louis-Philippe 1er (1830-1848) ou des monarchies actuelles, en premier lieu l’anglaise.

À la différence de leurs cousins français, les rois anglais, bousculés par leurs barons et plusieurs fois détrônés, voire assassinés, décapités ou tués au combat, ont très tôt perdu leur aura. Bien que chefs de l’Église anglicane depuis Henri VIII, ils n’ont jamais bénéficié du prestige religieux attaché au sacre.

Sous la dynastie des Hanovre-Windsor, depuis le XVIIIe siècle, la réalité du pouvoir appartient au Premier ministre proposé par le Parlement. Les citoyens, échaudés par les velléités absolutistes des souverains Stuart et Tudor, ne demandent rien d’autre à leur monarque que de tenir sagement son rôle de représentation.

Le roi George III, apprécié pour sa bonhomie, monte sur le trône en 1760 mais sombre progressivement dans la folie. Cela n’influe en rien le cours des affaires. En 1811, seulement, on se résigne à confier la régence à son fils. Celui-ci, roi en 1820 sous le nom de George IV, est un parfait débauché, bigame et adultérin. Son frère, qui lui succède en 1830 sous le nom de Guillaume IV, ne vaut pas mieux. Il a dix enfants illégitimes… et aucun légitime.

Ces désordres ne troublent pas outre-mesure leurs sujets qui, pendant cette période, s’imposent comme les vainqueurs de Napoléon et les maîtres des mers. Ils vont être récompensés de leur patience avec l’intronisation de la jeune nièce de Guillaume IV, qui règnera sous le nom de Victoria de 1837 à 1901.

Victoria et Albert en famille en 1846, par Winterhalter (château d’Osborne) ; de gauche à droite : Alfred, Edouard, Victoria, Albert, Alice, Helena et Vicky

Modèle du monarque constitutionnel, elle se montre épouse aimante, veuve digne et mère attentionnée. Autant de qualités qui n’impressionnent guère la haute aristocratie et son propre fils, le Prince de Galles, futur Édouard VII, amateur de bonne chère et de jolies femmes. Ses sujets ne lui en tiennent pas rigueur, bien au contraire, tout comme ils apprécient la séduction de son petit-fils, le futur Édouard VIII, avant qu’il ne soit contraint d’abdiquer en raison de son amour déplacé pour Wallis Simpson.

De Victoria à Elizabeth II en passant par George V et George VI, les souverains anglais connaissent des mariages d’amour. Il n’y a guère que l’actuel Prince de Galles, Charles, qui ait accepté un mariage de raison avec Diana. L’affaire a mal tourné comme l’on sait…

Serviteur de l’État

En matière de vie privée, les Anglais se montrent beaucoup plus exigeants vis-à-vis de leur Premier ministre.

À la fin du XVIIIe siècle, William Pitt le Jeune, Premier ministre à 24 ans, en 1783, meurt à la tâche 23 ans plus tard, après avoir engagé le combat contre les armées de la Révolution française et Napoléon. Il meurt célibataire, ruiné et ravagé par l’abus de porto, avec une seule obsession : son pays !

Les Premiers ministres qui lui succèdent se montrent tout aussi discrets. On ne sait rien ou presque de leur vie privée. Les portraits officiels les montrent solitaires, dans des poses convenues et sévères, hiératiques, en costume sombre, tels des moines au service de l’État.

François Guizot (par Paul Delaroche)Cette règle s’applique aussi aux Présidents du Conseil qui, tel François Guizot, dirigent la France sous la houlette de Louis-Philippe 1er. Tandis que les gazettes se nourrissent de tous les faits et gestes de la famille royale, de la reine Marie-Amélie et des princes, elles ne disent mot des ministres, dont on n’attend que du travail et des résultats.

Cette tradition se poursuit sous la IIIe République. La vie privée des Présidents du Conseil n’intéresse pas davantage les journalistes que leurs lecteurs. Quant aux Présidents de la République, qui n’ont qu’un rôle de représentation, on leur pardonne assez volontiers leurs frasques. À l’exception de Félix Faure, le « Président-Soleil », la plupart, il est vrai, sont des personnalités chenues, en fin de carrière, qui n’ont guère l’envie d’aller faire les cent coups.

Clemenceau, Président du Conseil à la fin de la Grande Guerre, apparaît exclusivement comme chef de guerre, dans les tranchées et au côté des combattants. Même chose pour Churchill, Premier ministre pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il faut attendre l’arrivée au 10, Downing Street de Tony Blair (43 ans), en 1997, pour que les tabloïds s’intéressent à la famille du Premier ministre. Comme le président Clinton, Blair met en avant son épouse, une avocate de choc, Cherie. Celle-ci donne aussi le jour à un quatrième enfant, Leo, pendant le gouvernement de son mari…

C’était avant la crise des «subprimes», quand Londres affichait une insolente prospérité. C’était aussi à un moment où le pavillon de la monarchie était en berne, après le divorce de Charles et Diana et la mort tragique de celle-ci.

Notons que 3 mois après son arrivée au pouvoir en 2010, l’épouse de l’actuel Premier ministre anglais David Cameron (44 ans) a donné le jour à son quatrième enfant. Nicolas Sarkozy a donc des devanciers à Londres…

Les difficultés qui se profilent nous permettront de juger si les chefs de l’exécutif sont devenus des hommes et des femmes comme les autres, s’il leur est permis d’afficher leurs émois et de confondre vie publique et vie privée.

André Larané

Sexe et pouvoir

Galanterie et puritanisme

Au XVIIe siècle, dans des sociétés profondément inégalitaires, la plupart des souverains et des membres de la haute noblesse pratiquent à leur aise la galanterie, comme dans les siècles précédents, avec parfois des raffinements de violence.

Mais un revirement s’amorce peu à peu dans les mœurs et les idées, sous l’influence de la bourgeoisie montante. Il va s’exprimer pleinement dans le puritanisme du XIXe siècle…

André Larané

Frivolité des moeurs

Suite aux guerres de religion et à l’émergence d’une philosophie agnostique, on voit apparaître dans les campagnes comme dans l’aristocratie des formes d’indifférence religieuse.

Elles coïncident avec un relâchement des mœurs dans les cours européennes, chez les Bourbons bien sûr mais aussi chez les Habsbourg de Madrid et les Stuart de Londres. Même la luthérienne Suède fait parler d’elle avec les frasques de la reine Christine.

En Angleterre, le roi Charles 1er paie de sa tête les écarts de conduite de ses favoris et en particulier du duc de Buckingham.

À Versailles, le vieux roi Louis XIV s’émeut des frasques et, parlons clair, des crimes des jeunes libertins de la cour : «tortures sadiques infligées à des prostituées, assassinat d’un jeune marchand de gaufres qui résistait à l’odieuse bande d’aristocrates pédérastes en chaleur. Tous sont au-dessus des lois : fils du roi, fils de Colbert, neveu de Condé, duc de La Ferté, marquis de Biran, et quelques autres…» (Georges Minois, Bossuet). À quoi s’ajoutent messes noires et sorcellerie, illustrées par l’affaire des Poisons.

Au «Siècle des Lumières» (le XVIIIe), les paysans voient en Europe occidentale leurs conditions de vie s’améliorer. Dans les villes s’affirme une bourgeoisie prospère, tant dans le commerce et l’industrie que dans l’administration. Mais dans les cercles aristocratiques, qui accumulent privilèges et richesses, le libertinage et la galanterie ne rencontrent plus guère d’obstacle.

Cela se vérifie en France comme en Angleterre et dans la plupart des autres pays européens. Montesquieu écrit en 1729 : «Point de religion en Angleterre. Un homme ayant dit, à la Chambre des Communes :  »Je crois cela comme article de foi », tout le monde se mit à rire» (cité par André Maurois, Histoire de l’Angleterre).

Les Anglais se souviennent de cette époque avec nostalgie sous le nom de «Merry England». C’est l’Angleterre joyeuse, rurale, décomplexée et débridée, qu’évoque le cinéaste Stanley Kubrick dans le film Barry Lyndon (1975).

En France, le roi Louis XV, las de son épouse polonaise, se jette dans les plaisirs avec une démesure inconnue de son aïeul Louis XIV. La marquise de Pompadour aménage l’hôtel du Parc-aux-Cerfs, à Versailles, pour les rencontres clandestines du vieux roi avec de très jeunes filles (façon Silvio Berlusconi).

Louis XVI, petit-fils et successeur du précédent, est un jeune homme timide et sans appétit sexuel. Il n’est pas plus populaire pour autant et les médisances pleuvent sur son épouse, Marie-Antoinette, «l’Autrichienne». Pierre Choderlos de Laclos illustre dans Les liaisons dangereuses (1782) les mœurs délétères de l’aristocratie.

Les jeunes États-Unis eux-mêmes n’y échappent pas. La nouvelle République est dirigée par de riches planteurs virginiens qui vivent selon les mœurs de la vieille Europe. Parmi eux, le futur président Thomas Jefferson suscite des commérages lors de son ambassade en Europe du fait d’une liaison avec une esclave noire dont il aura des enfants.

À Saint-Pétersbourg, Catherine II fait assassiner son mari par l’un de ses amants puis gouverne la Russie avec une poigne de fer tout en distribuant ses faveurs aux jeunes hommes de son entourage.

Chez les Bourbons d’Espagne, le scandale n’est pas moindre. À Madrid, en 1788, Godoy, un parvenu de petite noblesse, devient l’amant de la reine Marie-Louise et le conseiller du roi Charles IV.

À Londres, le roi George III affiche une conduite décente jusqu’à ce qu’il soit frappé par une douce folie en 1810. Son fils, qui devient Régent puis roi sous le nom de George IV, en 1820, se montre quant à lui plus débauché que quiconque. Cela lui vaut le surnom de «Prinny» (scandaleux).

Marié secrètement à une catholique, il est contraint de se marier une deuxième fois avec une princesse plus présentable. Bigame de fait, il multiplie par ailleurs les liaisons adultérines. Il a de nombreux bâtards mais aucun enfant légitime pour lui succéder quand il meurt en 1830, victime de l’obésité, de la goutte et de l’alcool.

Son frère Guillaume IV lui succède brièvement avant de laisser le trône à une jeune nièce Victoria, une pure jeune fille de 18 ans. Il n’était que temps car, en Angleterre comme sur le Continent, les frasques de la royauté et de la haute aristocratie commençaient à lasser l’opinion.

Amours romantiques, ménages puritains

Dès avant la Révolution française, une nouvelle sensibilité s’est fait jour dans la bourgeoisie montante, en France et en Europe. Elle est illustrée par l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau (même si l’auteur de L’Émile a lui-même une conduite qui laisse à désirer). On encense l’amour conjugal, grande nouveauté, et aussi l’amour maternel. Les enfants ne sont plus seulement des faire-valoir et des bâtons de vieillesse. Ils deviennent des objets d’affection.

La Révolution amène au pouvoir des notables de province qui, pour la plupart, vivent sagement, voire de façon monastique comme Robespierre. L’exception la plus notable est Mirabeau, député issu de la noblesse provençale.

La fin de la Terreur entraîne une brève période d’euphorie sous le Directoire. Les gouvernants et les grands bourgeois étalent avec vulgarité leur fortune mal acquise (on pense ici à l’oligarchie russe du temps de Boris Eltsine). Malgré les toilettes vaporeuses des élégantes, cela ne vaut pas toutefois l’Ancien Régime. «Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 n’a pas connu le plaisir de vivre», confiera Talleyrand – fin connaisseur – à Guizot.

Le maître de l’Europe, Napoléon 1er, aurait bien aimé restaurer ce plaisir de vivre mais l’humeur n’y est plus. Lui-même est plus à l’aise dans les bivouacs que dans les alcôves. Ce n’est pas un grand séducteur mais plutôt un amant à la hussarde, comme le montrent les récits que font ses maîtresses de leurs relations.

Ses successeurs Louis XVIII et Charles X ne modifient pas la donne, non plus le «roi-bourgeois» Louis-Philippe 1er, époux modèle de Marie-Amélie. C’est que l’Europe fait sa révolution industrielle et les bourgeois mettent toute leur énergie dans cette entreprise. «S’enrichir par le travail et l’épargne», selon l’exhortation de Guizot, est incompatible avec la prodigalité de l’ancienne aristocratie.

Adolphe Thiers, bourgeois typiquement balzacien, épouse à 35 ans Élise Dosne (15 ans), la fille de sa maîtresse Sophie Dosne, épouse du receveur général de Brest. Il encaisse pour l’occasion une copieuse dot de 300.000 francs. Le mariage demeurera stérile et la mariée très distante à l’égard du grand homme, dont l’intérêt continue à se porter plutôt sur sa mère.

Les changements de mœurs sont pleinement illustrés par le mariage d’amour de la reine Victoria avec son cousin allemand, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Celui-ci a souffert dans son enfance d’une famille éclatée. Par réaction, il impose à sa jeune épouse et à la cour anglaise une extrême rigueur de comportement que l’on qualifiera plus tard de «victorienne» («albertienne» eut mieux convenu).

On stigmatise les relations hors mariage et le plaisir solitaire cependant que l’on encense l’amour chaste et son exutoire naturel, le mariage. La bourgeoisie accueille avec transport cette nouvelle éthique. Victor Hugo, qui n’est pas lui-même un parangon de vertu conjugale, fait pleurer ses lecteurs avec le pur amour de Cosette et Marius dans Les Misérables (1862).

Les Églises chrétiennes s’y rallient également. Rien de surprenant en ce qui concerne les luthériens et les calvinistes, de tous temps alignés sur les valeurs bourgeoises et démocratiques. Plus inattendu est le revirement de l’Église catholique qui, sous l’Ancien Régime, par la voix des jésuites, savait se montrer compréhensive à l’égard des pécheurs. Que l’on se souvienne des dialogues savoureux mis en scène par Pascal dans Les Provinciales…

La discrétion est la règle

Dans la pudibonderie ambiante, Louis-Napoléon Bonaparte fait tache. Il accède au pouvoir grâce au soutien financier d’une riche maîtresse anglaise, Miss Howard. Devenu empereur des Français sous le nom de Napoléon III, il se montre plus attiré par le beau sexe que son oncle et fait de son règne une fête perpétuelle.

Les bourgeois prônent la fidélité conjugale mais celle-ci s’arrête à la porte des maisons closes. On peut se dire bon mari et bon père tout en fréquentant les luxueux établissements de plaisir qui font le charme de la «Belle Époque».

Pour ne pas compliquer les choses, une loi interdit les recherches en paternité. Il ne faudrait pas que des soubrettes réclament une aide au bourgeois qui leur a fait un enfant et salissent son honneur.

En pratique, il n’y a que les épouses qui soient menacées par le délit d’adultère. Georges Clemenceau, comme tous les hommes de son rang, prend du bon temps au bordel et s’offre quelques liaisons clandestines. Mais quand il découvre que sa femme, une Américaine qui lui a donné trois enfants, a eu une faiblesse pour un ami de passage, il la met illico sur un paquebot et la renvoie chez elle.

Flagrant délit d’adultère

Le 1er mai 1891, dans la campagne bretonne, un jeune avocat de 29 ans est surpris en aimable posture avec l’épouse d’un banquier local. Le flagrant délit lui vaut d’être condamné à six mois de prison mais sa peine est heureusement cassée en raison d’un vice de procédure… et de la bienveillance de ses collègues du barreau. Son nom ? Aristide Briand. Plusieurs fois Président du Conseil, il obtiendra à la fin de sa vie le prix Nobel de la Paix sans jamais renoncer aux fréquentations féminines. Parmi ses conquêtes : Marie Bonaparte, traductrice de Sigmund Freud.

Les femmes se rapprochent du pouvoir

Les mœurs s’adoucissent au tournant du XXe siècle. L’hypocrisie n’est plus de mise. Français et Anglais se régalent des frasques du Prince de Galles, fils indigne d’Albert, qui succède à Victoria en 1901 sous le nom d’Édouard VII. Ce bon vivant ne se cache pas d’aimer les plaisirs, tout comme d’ailleurs feu le président Félix Faure, mort d’avoir trop aimé une demi-mondaine.

Plus sérieusement, les femmes supportent de moins en moins leur vocation de potiche et revendiquent même le droit de vote. Après la tragédie de la Grande Guerre, elles sont appelées à remplacer les défunts dans les usines, les bureaux et les champs. Il n’est plus permis de les mépriser. Le roman La Garçonne, de Victor Margueritte (1922), montre comment une jeune femme se venge d’avoir été trompée par son fiancé.

Parallèlement, la deuxième révolution industrielle (production à la chaîne et grande série) conduit à un resserrement des revenus, à l’émergence d’une classe moyenne majoritaire ainsi qu’au renforcement des institutions représentatives et à l’apparition d’une presse populaire à grand tirage. Même dans les régimes dictatoriaux de l’entre-deux-guerres, l’oligarchie ne peut plus comme par le passé assouvir ses pulsions en toute impunité.

– Les hommes ne se refont pas

L’un des plus illustres séducteurs de l’époque est le général Philippe Pétain. Les femmes sont folles de lui et le poursuivent jusque sur le front, pendant la Grande Guerre. Jusqu’à un âge très avancé, il continuera de leur rendre hommage. Cela permet de mieux comprendre l’idolâtrie dont a bénéficié le Maréchal pendant le deuxième conflit mondial.

Autre grand séducteur, Benito Mussolini. De riches maîtresses se sont ruinées pour l’aider à accéder au pouvoir, sans qu’il leur en ai gardé beaucoup de reconnaissance (voir le film Vincere de Marco Bellocchio, 2009, sur le triste sort d’Ida Dalser). Le Duce sera exécuté et pendu à la fin de la partie avec l’une de ses dernières maîtresses, Clara Petacci.

Tout cela n’a rien à voir avec les autres «monstres» de l’époque : Hitler est populaire auprès des femmes mais a une relation pathologique avec le sexe. Sa nièce Geli se suicide dans des conditions mystérieuses dans leur appartement de Munich en 1931. Et on ne connaît au Führer aucune maîtresse certaine, hormis Eva Braun avec qui il cultive une relation tout sauf romantique jusqu’à leur suicide apocalyptique. Lénine, entre sa femme et sa maîtresse, fait figure de bourgeois rassis. Quant à Staline, homme à femmes, il conduit assez normalement celles-ci dans la folie ou la mort.

Plus rafraîchissant est le cas de Franklin Delanoo Roosevelt. Il a épousé une nièce de Théodore Roosevelt, un lointain cousin qui fut aussi président des États-Unis. Eleanor lui a donné cinq enfants et prend à cœur son rôle de «First Lady» en s’investissant dans des actions caritatives et des associations féminines.

Mais, révulsée par les infidélités de son mari, elle se console avec Lesbos. L’amitié et le soutien de la journaliste et romancière Lorena Hickok lui valent d’acquérir une grande popularité.

Les médias idéalisent le couple Roosevelt, occultant au passage la maladie du président qui l’empêche de marcher (films et photos le montrent toujours assis ou soutenu par deux colosses).

Les journalistes font mine de rien quand ils interviewent le président tandis que sa secrétaire «Missy» (Marguerite LeHand) se prélasse sur un sofa. Il ne s’agit pas de troubler l’image du président qui a la charge écrasante de guider les Américains à travers la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale.

L’autre héros de l’heure, Winston Churchill, a une vie sentimentale des plus tranquilles. Son énergie phénoménale est toute entière dissipée dans l’action, sur les champs de bataille, dans les salles de rédaction, sur les bancs des Communes et bien sûr à son bureau de Premier ministre. Son épouse Clementine lui a donné cinq enfants. On ne lui connaît aucune infidélité mais il a pardonné à sa femme une fugue avec un amant occasionnel.

Côté français, Charles de Gaulle a connu, avant la Grande Guerre, une vie de garnison «agitée». Il était à bonne école sous les ordres du colonel Philippe Pétain ! Mais il s’est ensuite rangé en épousant la très sage Yvonne Vendroux et n’a jamais offert la moindre prise aux rumeurs, tout occupé qu’il était de la seule maîtresse qui lui importait, la France.

Il n’empêche que son retour au pouvoir, en 1958-1959, coïncide avec l’un des plus étonnants scandales sexuels qui soient.

Ce scandale des «ballets roses de la République» met en cause 23 notables parmi lesquels le président de la précédente Assemblée nationale, André Le Troquer, un ancien poilu de 76 ans.

On leur reproche leur participation à des parties fines avec des mineurs des deux sexes. Ils s’en tirent avec des peines légères.

– «American lovers»

Le monde politique anglo-saxon connaît sa première grande affaire de mœurs en 1963 avec la mise hors course en 1963 de John Profumo. Ce dirigeant anglais talentueux et honnête est contraint à la démission pour avoir noué une relation avec une prostituée de luxe liée aux services secrets soviétiques.

La même année, l’assassinat de John Kennedy libère la parole des journalistes. Ceux-ci révèlent par petites touches l’extraordinaire appétit sexuel du président américain et par exemple ses liens avec Marilyn Monroe. L’actrice partageait ses faveurs entre le président et son frère Bob.

Du vivant du président, les médias avaient eu soin d’entretenir l’image d’un couple présidentiel idyllique. Cette image rassérénait les classes moyennes qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’étaient ralliées à un modèle familial inédit : papa, maman, trois enfants et un bon salaire. De ce modèle, nous conservons la nostalgie en oubliant qu’il n’a jamais existé en aucune autre époque de l’Histoire…

Lyndon Baines Johnson, qui succède à Kennedy, s’irrite de la réputation de celui-ci. Plus âgé et moins photogénique, il n’en est pas moins un redoutable séducteur. «Kennedy courait après les femmes ; moi, je les tombe sans même m’en rendre compte», confiait-il à qui voulait l’entendre. Johnson va accélérer l’engagement américain au Vietnam mais il va aussi poursuivre et amplifier les grandes réformes sociales engagées par son prédécesseur.

Sexe et réforme

Lesquels, des séducteurs ou des puritains, sont les plus qualifiés pour diriger un grand pays ? L’Histoire n’offre heureusement pas de réponse catégorique mais quelques précieuses indications.

Parmi les grands hommes du passé à la sexualité sage ou modeste, nous relevons : Robespierre, Lincoln, Thiers, Gladstone, Lénine, Hitler, Churchill, de Gaulle et dans une certaine mesure Napoléon 1er… À part Gladstone, tous ont attaché leur nom à une entreprise guerrière, voire criminelle (la Terreur avec Robespierre, la Commune avec Thiers…).

Rappelons maintenant quelques personnalités à la sexualité débordante : Napoléon III, Mussolini, Atatürk, Pétain, Roosevelt, Kennedy, Johnson… Plus près de nous, évoquons Giscard d’Estaing, Mitterrand, Clinton ou encore Chirac. Plusieurs ont laissé avant tout le souvenir de grandes réformes sociales, tout en attachant là aussi leur nom à une entreprise guerrière.

Bien entendu, ces listes n’ont rien d’exhaustif ni d’objectif. Elles constituent une base modeste pour notre réflexion.

Les féministes et le sexe

L’élection en 1980 d’un ancien acteur d’Hollywood, Ronald Reagan, divorcé et remarié, atteste de l’ouverture d’esprit des Américains. Comme les Français, ils se montrent indifférents à la vie sentimentale de leur président pourvu que celui-ci fasse son «job» et ne transgresse pas la loi.

Les choses changent subrepticement dans la décennie suivante. Le président Bill Clinton est mis sur la sellette et échappe de peu à la démission pour avoir eu une relation consentante avec une stagiaire à la Maison Blanche.

C’est qu’entre temps, le courant féministe a progressé dans les mentalités, en stigmatisant les comportements machistes de la classe dominante et les relations sexuelles obtenues par abus de pouvoir. Le harcèlement sexuel de la part d’un supérieur hiérarchique ne fait plus sourire personne.

Ce courant féministe est limité pour l’heure à l’Europe et au Nouveau Monde européen (Amériques et Australasie). Il commence à imprégner les mentalités orientales (Afrique du nord et Moyen-Orient), plus sensibles qu’on ne le croit à la modernité occidentale.

André Larané


Cinéma: Le Majordome ou la subversion par le service (The Butler: when subservience becomes subversive)

23 octobre, 2013
https://i1.wp.com/www.awardsdaily.com/wp-content/uploads//2013/06/butlerwindow-1370279347.jpgQuiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. Jésus (Matthieu 20: 26-28)
il n’y a pas de travail insignifiant. Tout travail qui aide l’humanité a de la dignité et de l’importance. Il doit donc être entrepris avec une perfection qui ne recule pas devant la peine. Celui qui est appelé à être balayeur de rues doit balayer comme Michel-Ange peignait ou comme Beethoven composait, ou comme Shakespeare écrivait. Il doit balayer les rues si parfaitement que les hôtes des cieux et de la terre s’arrêteront pour dire : « Ici vécut un grand balayeur de rues qui fit bien son travail. Martin Luther King
Le domestique noir défie les stéréotypes raciaux en étant assidu et digne de confiance… bien que serviles, ils sont subversifs sans même le savoir. Martin Luther King Jr.
Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. John Kennedy
Il n’aura même pas eu la satisfaction d’être tué pour les droits civiques. Il a fallu que ce soit un imbécile de petit communiste. Cela prive même sa mort de toute signification. Jackie Kennedy
It was people like Eugene and Helene Allen who helped build the black middle class in this country. And that is a big reason why I took this role. Oprah Winfrey
Ce qui était exceptionnel, c’était de faire un film sur une famille afro-américaine. Il y en a eu très peu. Je me souviens de Diahann Carroll dans Claudine (de John Berry) ou de Cicely Tyson dans Sounder (de Martin Ritt). Le reste, c’est mon histoire, c’est notre parcours . Lee Daniels
Devinez lequel des deux a grandi dans une Virginie sous le coup de la ségrégation, a pris un travail à la Maison-Blanche et est monté jusqu’au titre de maître d’hôtel, la plus haute position dans le service dédié à la Maison-Blanche? Devinez lequel menait une vie heureuse et paisible, et a été marié à la même femme pendant 65 ans? Et lequel avait un fils qui a honorablement servi au Vietnam et n’a jamais émis la moindre protestation durant l’ère pré- et post- droits civiques? Maintenant, devinez quel majordome a grandi dans une ferme de Géorgie, a vu son patron violer sa mère, puis son père s’élever contre ce viol, puis se faire tirer une balle dans la tête en réponse? Devinez quel majordome ressent si profondément la peine des injustices raciales de l’Amérique qu’il quitte son travail à la Maison-Blanche et rejoint son fils dans un mouvement de protestation? (…) La position de mon père sur la levée des sanctions sud-africaines dans les années 80 n’avait rien à voir avec la question strictement raciale. Il avait à faire avec la géopolitique de la guerre froide. Les faits n’ont pas d’importance pour les propagandistes créatifs de Hollywood. La vérité est trop compliquée et pas assez dramatique au goût des scénaristes, qui pensent en terme de minute, pas de contexte, quand il s’agit d’un conservateur. Contrairement à ce que les libéraux de Hollywood pensent, mon père ne voyait pas les gens en couleurs. Il les voyait en tant qu’individus américains. Michael Reagan
Les petits garçons et les petites filles américains s’assiéront ensemble dans n’importe quelle école – publique ou privée – sans aucune distinction de couleur. La ségrégation, la discrimination et le racisme n’ont pas leur place en Amérique. Vice President Richard Nixon (Campagne Eisenhower, octobre 1956)
No one should ever deny the senseless tragedies that dogged the civil rights movement during the 1950s and 1960s, including the murders of Emmett Till in 1955, of Medgar Evers in 1963, of James Chaney, Andrew Goodman, and Michael Schwerner 1964, and of course, of Martin Luther King in 1968. But by 1986, the United States was a different place. The Butler’s negative reimagination comes at a real social cost. Watching the movie, the viewer comes away thinking that the civil rights movement has largely failed. But the actual record is more upbeat. It is unfortunate that Daniels did not start The Butler during the Truman years. In 1948, Truman decided to desegregate the U.S. armed forces by executive order. That action would have been unthinkable at the beginning of the Second World War, given the dominant southern presence in the military. Hence, the United States had the dubious distinction of fighting Hitler’s Germany and Tojo’s Japan with segregated armed forces. Perhaps an executive order is not cinematic stuff. But the same cannot be said of baseball’s racial integration in 1947, when a determined Branch Rickey brought Jackie Robinson up from a farm team in Montreal to the Brooklyn Dodgers. That story was the subject of 1950 movie and the more recent film 42 released this year. This transformative event was done, not through legislation, but voluntarily by one courageous man who took the risk that a major backlash might follow. Change was happening at the state level as well. In 1947, New Jersey abolished segregation by a state constitutional amendment. When these changes are executed voluntarily, they are less likely to face the massive resistance that followed the Supreme Court’s decision on racial segregation in Brown v. Board of Education, handed down in June 1954 and itself the culmination of a long campaign that first chopped away at segregation in railroad transportation and law school education. In time, of course, the cultural clash crystallized in the highly confrontational sit-ins that occupy much of the screen time in The Butler. It is these cases that led to the passage of Title II of the 1964 Civil Rights Act, which deals with access of all persons to public accommodations. Its basic command reads that all persons are entitled to ”the full and equal enjoyment of the goods, services, facilities, privileges, advantages, and accommodations of any place of public accommodation, as defined in this section, without discrimination or segregation on the ground of race, color, religion, or national origin. Richard A. Epstein
Pourquoi les Démocrates feraient-ils l’impasse sur leur propre histoire entre 1848 et 1900 ? Peut-être parce que ce n’est pas le genre d’histoire des droits civiques dont ils veulent parler – peut-être parce que ce n’est pas le genre d’histoire de droits civiques qu’ils veulent avoir sur leur site Web. David Barton
How likely is it that the chief White House butler not only witnessed his mother raped and his father murdered by a plantation owner’s racist son but also had an intermittently estranged son of his own who became, first, one of the Fisk University student heroes of the Nashville lunch-counter sit-ins; second, one of the original Freedom Riders; third, so close an aide to King that he was in the Memphis motel room with Ralph Abernathy, Andrew Young, and Jesse Jackson when King was assassinated; fourth, a beret-wearing Black Panther in Oakland; fifth, an unsuccessful candidate for Congress; sixth, a leader of the South Africa divestment movement; and, seventh, a successful candidate for Congress? Hendrik Hertzberg
The Butler is fiction, although its audience may assume otherwise. Those cagey words “inspired by a true story” can be deceptive. The script was triggered by Wil Haygood’s 2008 Washington Post article “A Butler Well Served by This Election.” Published after Obama’s landmark victory, and later spun into a book, it unearthed the story of former White House butler Eugene Allen, who served American presidents for 34 years. But screenwriter Danny Strong (HBO’s Game Change) has created a fictional butler named Cecil Gaines (Forest Whitaker), whose life mirrors the drama of the civil rights movement with cut-glass symmetry. Straining to serve an overcharged agenda, The Butler is a broadly entertaining, bluntly inspirational history lesson wrapped around a family saga that gives new resonance to the term “domestic drama.” Director Lee Daniels (Precious, The Paperboy) is not known for subtlety, and this movie is no exception. But at the heart of its sprawling narrative, he has corralled some fine performances. Whitaker navigates gracefully between his public and private personae—White House butlers he says, have two faces: their own “and the ones we got to show the white man.” As Cecil stoically weathers the upheavals of history, and his splintered family, we can feel him being gradually crushed under the weight of his own quiet dignity, yet mustering shy increments of resistance over the decades. Between his role as a virtually mute servant/sage in the White House and a beleaguered patriarch trying to hold together his middle-class family, this a character with a lot on his plate. The story’s long march begins with Cecil’s boyhood on a cotton plantation in the South in 1926, where he sees his father shot dead in a field for looking the wrong way at a white man. Cecil is adopted by a thin-lipped matriarch who tells him, “I’m going to teach you how to be a house nigger.” Which sounds strange coming from the mouth of Vanessa Redgrave. The term “house nigger,” and the n-word in general, recurs again and again, shocking us each time, and never letting us forget that there’s no higher house than the White House. A model of shrewd obedience, Cecil learns to make the perfect martini, to be invisible in a room, and to overhear affairs of estate in stony silence—unless asked for his opinion, which he’ll pretend to offer with a wry, Delphic diplomacy that makes the questioner feel validated. The script goes out of its way to ennoble Cecil’s work, plucking a quote from Rev. Martin Luther King Jr. —”the black domestic defies racial stereotyping by being hardworking and trustworthy … though subservient, they are subversive without even knowing it.” The Uncle Tom issue is front and centre, especially in Cecil’s feud with his radicalized son Louis (David Oyelowo), who rejects his father as a race traitor. The conflict comes to a head amid a family debate about the merits of Sidney Poitier, a legendary actor brashly dismissed by Louis as “a white man’s fantasy of what he wants us to be.” The fondly nostalgic references to In the Heat of the Night and Guess Who’s Coming to Dinner may fly over the heads of younger viewers. But it’s a lovely scene, mixing rancour and wit and a deft touch. Although this is a movie on a mission, it does have a sense of humour. When Cecil’s eldest son, shows up to dinner in his Black Panther beret and black leather, with a girlfriend sporting a vast Angela Davis Afro, it’s pure caricature as Daniels presents a whole other take on Guess Who’s Coming to Dinner, played as both drama and farce. Brian D. Johnson
The film opens with young Cecil in Macon, Georgia, in the 1920s, working in a cotton field alongside his father. His mother (Mariah Carey) is raped by a white plantation overseer, Thomas Westfall (Alex Pettyfer), loud enough for everyone to hear. When Westfall returns, Cecil’s father shows his anger, and Westfall shoots him dead in front of Cecil and the other plantation workers. The plantation matriarch (Vanessa Redgrave) then decides that Cecil should leave the fields to become a “house nigger” and learn to serve her family. Those appear to be the inventions of screenplay writer Danny Strong; they are never mentioned in Haygood’s piece.Eugene Allen was born in 1919, and, like Cecil, he grew up on a plantation (in Virginia, not Georgia). He, too, became a “house boy” for a white family. When he spoke to Haygood about his childhood, “There was nary a hint of bitterness in his voice about his upbringing.” Allen left the plantation in hopes of finding better work, as Cecil does—but unlike his fictional counterpart, he never broke into a hotel restaurant to steal food. (He did, however, land a job at a Virginia hotel as a waiter, as Cecil ultimately does in North Carolina.) Allen learned of a job at a country club in Washington, D.C., a fact that aligns with Cecil’s move to the nation’s capital. But their entries to the White House differ considerably: Allen learned via word of mouth that Alonzo Fields, a black maître d’ at the White House, was looking for pantry workers, and he went to talk to him. He began working there in 1952, during the Truman administration, but didn’t get promoted to butler until several years later. In the movie, the White House calls Gaines after a white senior staffer witnesses Cecil in action at the D.C. hotel—a point Cecil, in voiceover, emphasizes proudly. Aisha Harris

Attention: une subversion peut en cacher une autre !

Mère violée, père assassiné, fils ainé panthère noire, cadet tué au Vietnam, président démocrate assassiné par le racisme, présidents républicains congénitalement racistes …

Comment devant l’histoire de ce « nègre de maison » qui finit majordome de la Maison-Blanche et qui, pendant 34 ans et de Truman à Reagan, servit huit présidents  …

Et malgré l’invraisemblable accumulation, sans parler des contre-vérités anti-républicaines, de péripéties à la Forrest Gump et de stars de la pop ou d’Hollywood que se sent obligé de lui adjoindre le film de  Lee Daniels …

Comme le véritable accident industriel que s’est révélé être l’arrivée du premier président noir à la Maison Blanche ….

Ne pas repenser à ces milliers de pères et mères de famille sans lesquels il n’y aurait pas de classe moyenne noire aujourd’hui aux Etats-Unis …

Ceux dont Martin Luther King évoquait  la dignité et l’importance …

Comme celle du balayeur de rues qui « balaye comme Michel-Ange » …

Ou du domestique noir qui par sa servilité même devient « subversif sans même le savoir » …

Mais surtout à cette ultime subversion à laquelle avait appelé le Christ …

A savoir celle de la grandeur du service et du don de soi ?

The Butler: Hit and miss, though Oprah steals every scene

Brian D. Johnson

August 16, 2013

This is turning out to be an exceptional year for black filmmakers mining true stories of race and violence in America. Last month saw the release of Ryan Coogler’s Fruitvale Station, an explosive drama about the last day in the life of Oscar Grant, a 22-year-old black man who was shot dead by police while handcuffed in an Oakand subway station on New Year’s Day in 2009. At next month’s Toronto International Film Festival, one of the most hotly anticipated premieres is Steve McQueen’s 12 Years A Slave, about Solomon Northrup, a free-born African American who was kidnapped in 1841, sold into slavery, and rescued by a Canadian abolitionist (Brad Pitt). And opening this week is Lee Daniels’ The Butler, a star-studded epic inspired by the life of a dedicated butler who served under eight presidents in the White House while the civil rights movement raged outside its walls.

Unlike the other two movies, The Butler is fiction, although its audience may assume otherwise. Those cagey words “inspired by a true story” can be deceptive. The script was triggered by Wil Haygood’s 2008 Washington Post article “A Butler Well Served by This Election.” Published after Obama’s landmark victory, and later spun into a book, it unearthed the story of former White House butler Eugene Allen, who served American presidents for 34 years. But screenwriter Danny Strong (HBO’s Game Change) has created a fictional butler named Cecil Gaines (Forest Whitaker), whose life mirrors the drama of the civil rights movement with cut-glass symmetry.

Straining to serve an overcharged agenda, The Butler is a broadly entertaining, bluntly inspirational history lesson wrapped around a family saga that gives new resonance to the term “domestic drama.” Director Lee Daniels (Precious, The Paperboy) is not known for subtlety, and this movie is no exception. But at the heart of its sprawling narrative, he has corralled some fine performances. Whitaker navigates gracefully between his public and private personae—White House butlers he says, have two faces: their own “and the ones we got to show the white man.” As Cecil stoically weathers the upheavals of history, and his splintered family, we can feel him being gradually crushed under the weight of his own quiet dignity, yet mustering shy increments of resistance over the decades. Between his role as a virtually mute servant/sage in the White House and a beleaguered patriarch trying to hold together his middle-class family, this a character with a lot on his plate. The real surprise is Oprah Winfrey, who’s blessed with a juicy, freewheeling role, and shows once and for all she can really act, stealing every scene with a saucy gravitas, if there can be such a thing. With a performance that’s charismatic yet deeply grounded, she sails through a character arc that ranges from drunken feints at infidelity to ferocious loyalty—undercut with droll asides that are impeccably timed.

The story’s long march begins with Cecil’s boyhood on a cotton plantation in the South in 1926, where he sees his father shot dead in a field for looking the wrong way at a white man. Cecil is adopted by a thin-lipped matriarch who tells him, “I’m going to teach you how to be a house nigger.” Which sounds strange coming from the mouth of Vanessa Redgrave. The term “house nigger,” and the n-word in general, recurs again and again, shocking us each time, and never letting us forget that there’s no higher house than the White House.

A model of shrewd obedience, Cecil learns to make the perfect martini, to be invisible in a room, and to overhear affairs of estate in stony silence—unless asked for his opinion, which he’ll pretend to offer with a wry, Delphic diplomacy that makes the questioner feel validated. The script goes out of its way to ennoble Cecil’s work, plucking a quote from Rev. Martin Luther King Jr. —”the black domestic defies racial stereotyping by being hardworking and trustworthy … though subservient, they are subversive without even knowing it.”

The Uncle Tom issue is front and centre, especially in Cecil’s feud with his radicalized son Louis (David Oyelowo), who rejects his father as a race traitor. The conflict comes to a head amid a family debate about the merits of Sidney Poitier, a legendary actor brashly dismissed by Louis as “a white man’s fantasy of what he wants us to be.” The fondly nostalgic references to In the Heat of the Night and Guess Who’s Coming to Dinner may fly over the heads of younger viewers. But it’s a lovely scene, mixing rancour and wit and a deft touch. Although this is a movie on a mission, it does have a sense of humour. When Cecil’s eldest son, shows up to dinner in his Black Panther beret and black leather, with a girlfriend sporting a vast Angela Davis Afro, it’s pure caricature as Daniels presents a whole other take on Guess Who’s Coming to Dinner, played as both drama and farce.

The story is a bit of a slog. It unfolds against a parade of presidents that amounts to a clumsy sideshow of cameos. Some are dismal, beginning with a ludicrous incarnation of Dwight D. Eisenhower by Robin Williams desperately trying not to look like Robin Williams. John Cusack’s Nixon is a bad joke. James Marsden’s John F. Kennedy is too young and callow—JFK as just another pretty face. But Liev Schreiber throws some mustard on a snappy portrayal of Lyndon B. Johnson. And an almost unrecognizable Allan Rickman creates a masterful Ronald Reagan, complemented by Jane Fonda’s brief, brilliant turn as Nancy. First The Newsroom, now this; Hanoi Jane has grown up to be an expert at playing ballsy Republican grand dames.

Despite the film’s shortcomings, it does its job. The tragic events of America’s race war, no matter how schematically presented, burn through the narrative with potency. Intercutting horrific scenes of bigots disrupting a lunch counter protest in the South with shots of a black butlers setting fine china for a White House dinner may be contrived, but they’re brutally effective.

With his hit-and-miss direction, it’s as if Daniels is the movie’s ultimate butler, juggling an overloaded tray as he tries to serve all sides of history at once. He’s most assured in the scenes of Cecil’s extended family, which swing from rollicking banter to bitter conflict, and least comfortable in his role as history teacher. Every so often I kept wishing Spike Lee were behind the camera, cutting through clichés. Though The Butler‘s tidy sentiments can be cloying, it’s hard to remain unmoved—and unimpressed by the stubbornly authentic performances by Whitaker and Oprah, which will likely be remembered at Oscar time.

Voir aussi:

Top 5 Inaccuracies in ‘The Butler’

Christian Toto

Breitbart

16 Aug 2013

The new political drama Lee Daniels’ The Butler takes its cues from a Washington Post article about a black servant named Eugene Allen who worked in eight presidential administrations.

That part of the story is essentially unchanged. The rest of the film, a movie stuffed with politics, historical re-creations and presidential imitations, is rife with inaccuracies that should be corrected.

Note: Some story spoilers ahead …

President Ronald Reagan was indifferent to the suffering of people of color. Breitbart News reported this week that Reagan biographer Craig Shirley shredded this notion by detailing the president’s legislative achievements and personal outtreach to his black peers.

The Democrats helped pass the Civil Rights Act: This is more of an inaccuracy by omission. The film showcases how both Presidents Kennedy and Johnson rallied on behalf of civil rights, but what’s left out is the voting record on the historic Civil Rights Act. Turns out « 80 percent of the “no” votes in the Senate came from Democrats, including the late Robert Byrd (W.Va.) and Albert Gore (Tenn.), father of the future vice president, » so Republicans teamed up with President Johnson to pass the legislation.

President Nixon dismissed black Americans–save for their votes: The film shows Nixon (John Cusack) promoting his upcoming election battle with John F. Kennedy by giving campaign buttons to the butler and his fellow black servers. Later, Nixon talks up black enterprise but only with an eye on winning votes. Moviefone.com notes Nixon’s record on school integration outpaced his predecessors, and Allen has spoken fondly of Nixon in press interviews.

The Butler disliked President Reagan: The real Eugene Allen has expressed affection for all the presidents he served, noting he voted for each when they were inhabiting the White House. A framed picture of the Reagans was displayed on Allen’s living room wall, and he noted that Nancy Reagan gave him a warm hug when he finally retired. Hardly sounds like the character in the movie, played by Forest Whitaker, who appeared to be fed up with the Reagans and quit for that very reason.

The Butler met Obama: The film uses a framing device of the titular Butler waiting to meet personally with President Barack Obama. There’s no official record of such a meeting, although Allen was a VIP guest at Obama’s swearing in.

Extra: Screenwriter Danny Strong (Game Change) took tremendous liberties with Allen’s life beyond the name change to Cecil Gaines. Strong gave the butler two sons, not one, made the main character’s wife (Oprah Winfrey) a heavy drinker and fictionalized much of his life story prior to entering the White House.

Voir également:

« The Butler » Distorts Race Relations

Richard A. Epstein

Hoover

August 20, 2013

The film’s retelling of history comes at a real social cost.

Next year, this nation will celebrate the fiftieth anniversary of the Civil Rights Act of 1964. That occasion will rightly give rise to many reflections about how far this nation has come and where it will go in the future.

One early entrant into this dialogue is The Butler, a new film by Lee Daniels. In the movie, Forest Whitaker plays the fictional butler Cecil Gaines, who worked for seven presidential administrations from Eisenhower to Reagan. The movie was inspired by the life of Eugene Allen, who did in fact serve in the White House between 1952 and 1986 under eight presidents from Harry Truman to Ronald Reagan. Days after Barack Obama was elected president, an affectionate account of Allen’s service was written up by Wil Haygood in the Washington Post.

But Allen’s story stands in stark contrast to the fictional Cecil Gaines’.

A Tale of Two Butlers

Born in 1919, Eugene Allen grew up in segregated Virginia, and slowly worked his way up the butler profession, largely without incident. Unlike the fictional Cecil Gaines, he did not watch the boss rape his mother on a Georgia farm, only to shoot a bullet through his father’s head as he starts to protest the incident, leading Cecil years later to escape his past for a better future.

Instead, over a period of years, Allen rose from a “pantry man” to the highest position in White House service, Maître d’hôtel. His life was marked by quiet distinction and personal happiness. He was married to the same woman, Helene, for 65 years. He had one son, Charles, who served in Vietnam. During the Reagan years, Nancy Reagan invited Allen and his wife to a state dinner as guests. When he retired shortly afterwards, “President Reagan wrote him a sweet note. Nancy Reagan hugged him, tight,” according to the story in the Washington Post. During service, he never said a word of criticism about any president. Nor was his resignation an act of political protest.

The fictional Cecil, however, does not come to the White House under Truman, but arrives in 1957, just in time for one of the defining events of the civil rights movement—namely, President Eisenhower’s reluctant but firm decision to move federal troops into Little Rock, Arkansas, after Orval Faubus quite literally barred the school room door.

In general, the movie is full of hype. Cecil’s wholly fictional older son Louis gets involved in the civil rights movement from the time of the sit-ins through the rise of the Black Panther movement, and a younger brother, who professes pride in his country pays the ultimate sacrifice in Vietnam. Cecil’s wife, Gloria, falls prey to alcoholism and a time has a shabby affair with the guy next door. Gaines’ service is marked by quiet frustration, knowing that black workers suffered a 40 percent wage deficit that lasted under the Reagan years, while being excluded from well-deserved promotions. When the weight of these injustices hit him, Cecil resigns to join his son Louis in a protest movement. When Slate’s, Aisha Harris was asked “How True is The Butler?” her candid answer was “not much.”.

The Dangers of Docudrama

Why is Lee Daniels not content to tell the real story? The obvious answer is that his version makes for a better movie. Another explanation is that his tale is more downbeat so that it can belittle some of the progress that the civil rights movement has made over this time.

No one should ever deny the senseless tragedies that dogged the civil rights movement during the 1950s and 1960s, including the murders of Emmett Till in 1955, of Medgar Evers in 1963,

of James Chaney, Andrew Goodman, and Michael Schwerner 1964, and of course, of Martin Luther King in 1968. But by 1986, the United States was a different place.

The Butler’s negative reimagination comes at a real social cost. Watching the movie, the viewer comes away thinking that the civil rights movement has largely failed. But the actual record is more upbeat. It is unfortunate that Daniels did not start The Butler during the Truman years. In 1948, Truman decided to desegregate the U.S. armed forces by executive order.

That action would have been unthinkable at the beginning of the Second World War, given the dominant southern presence in the military. Hence, the United States had the dubious distinction of fighting Hitler’s Germany and Tojo’s Japan with segregated armed forces.

Perhaps an executive order is not cinematic stuff. But the same cannot be said of baseball’s racial integration in 1947, when a determined Branch Rickey brought Jackie Robinson up from a farm team in Montreal to the Brooklyn Dodgers. That story was the subject of 1950 movie and the more recent film 42 released this year. This transformative event was done, not through legislation, but voluntarily by one courageous man who took the risk that a major backlash might follow.

Change was happening at the state level as well. In 1947, New Jersey abolished segregation by a state constitutional amendment. When these changes are executed voluntarily, they are less likely to face the massive resistance that followed the Supreme Court’s decision on racial segregation in Brown v. Board of Education, handed down in June 1954 and itself the culmination of a long campaign that first chopped away at segregation in railroad transportation and law school education.

Sit-Ins and Public Accommodations

In time, of course, the cultural clash crystallized in the highly confrontational sit-ins that occupy much of the screen time in The Butler. It is these cases that led to the passage of Title II of the

1964 Civil Rights Act, which deals with access of all persons to public accommodations.

Its basic command reads that all persons are entitled to ”the full and equal enjoyment of the goods, services, facilities, privileges, advantages, and accommodations of any place of public accommodation, as defined in this section, without discrimination or segregation on the ground of race, color, religion, or national origin.”

To most people, the argument in favor of this section is easy enough to understand. These rights are basic entitlements of citizens, and die-hard segregationists abridged them. The sustained moral indignation directed to segregationists in the movie is deserved. But some of the long-term legal implications of Title II of the CRA are more difficult to unpack.

My take runs as follows. In general it is a mistake for any government law to require one private person to do business with another against his will: the principle of freedom of organization is fundamental to a just society. The major counterweight to that, on classical liberal theory, is in cases of monopoly, which meant in bygone days railroads and inns on isolated roads.

At first blush, there are no such monopolies in luncheon counters. Standard neoclassical economics predicts that some firms will cater to African American clientele if others choose to shun them. To that confident prediction, the obvious reply was, that just didn’t happen. It is at this point that the true horror of southern system of segregation becomes clear. The old south was a closed society, which did not allow for the free entry of these competitive firms that would have transformed its culture.

It had two means of enforcement: (1) Private violence backed by a police force that either turned a blind eye to private force, or openly backed it, and (2) state regulatory bodies that could use their power over public utilities like power and light to punish those firms that broke the color line.

A solution to this problem neutralizes these two forces and then lets entry do its work. But in a federal system, it is hard for the central government to use its limited powers to exert so fundamental a change. The bottom line, therefore, is either to impose the duty from without or watch the system of southern dominance chew up its citizens by propping up the status quo ante.

The question then arises of how best to change the system. As a rhetorical matter, the only path that works is an appeal to fundamental rights. No argument about institutional imperfections could put the public accommodation provisions over the top. Indeed, it is worthy to note that the national businesses subject to these regulations often begged for federal intervention under Title II as a means to neutralize local pressures that kept them from integrating. Indeed, the success of Title II has been so great that the provision enforces itself, so that direct regulation and private litigation occupy only a tiny corner of that world.

Nonetheless, the flawed conceptual arguments for Title II did create serious complications in others areas. The parallels to private housing and to employment are not nearly so easy to draw. In the early years, the insistence on color-blind employment relations actually had the unfortunate effect of limiting private affirmative action programs when businesses and unions came, rightly in my view, to see these as social imperatives in the aftermath of the violence of the 1960s. On the other side, the constant use of disparate impact tests in education, housing, and employment led to an overreach by the new civil rights establishment of today.

My quarrel with The Butler is that its wrong narrative of the evolution of race relations serves to strengthen a set of misguided government programs at a time when it is no longer possible to bless all actions of the civil rights movement.

Richard A. Epstein, the Peter and Kirsten Bedford Senior Fellow at the Hoover Institution, is the Laurence A. Tisch Professor of Law, New York University Law School, and a senior lecturer at the University of Chicago. His areas of expertise include constitutional law, intellectual property, and property rights. His most recent books are Design for Liberty: Private Property, Public Administration, and the Rule of Law (2011), The Case against the Employee

Voir encore:

“Lee Daniels’ The Butler”: An Oscar-worthy historical fable

Forest Whitaker and Oprah Winfrey shine in a clunky but powerful yarn about race and American history

Andrew O’Hehir

Aug 15, 2013

There’s a scene about midway through “Lee Daniels’ The Butler” – an ungainly title for an ungainly picture – that captures many of the movie’s contradictions, and its surprising power. It’s 1968, and Martin Luther King Jr. (Nelsan Ellis) is discussing the Vietnam War with some of his closest aides and friends. “How many of your parents support the war?” he asks this group of African-American men. Almost all of them raise their hands. King then asks Louis Gaines (David Oyelowo), a young man sitting next to him, what his father does for a living. “My father’s a butler,” Louis says, not without embarrassment. He doesn’t tell King that his father, Cecil Gaines (Forest Whitaker), is a butler at the White House, and was almost certainly in the room during King’s historic meeting with Lyndon B. Johnson in the Oval Office.

Black domestic workers, King tells Louis, have played an important role in the struggle for civil rights. At first Louis assumes this is meant as mockery, but King presses on. Maids, butlers, nannies and other domestics have defied racist stereotypes by being trustworthy, hardworking and loyal, King says; in maintaining other people’s households and raising other people’s children, they have gradually broken down hardened and hateful attitudes. Their apparent subservience is also quietly subversive. This poignant and humbling recognition of the sacrifices made by millions of African-Americans who appeared to have no voice is an important turning point for Louis, in his consideration of his father’s life, but it also captures King’s extraordinary philosophical depth in a few moments. In case there isn’t enough going on in that scene, let us note that it takes place in the Lorraine Motel in Memphis. Minutes or hours later, the great civil rights leader will step outside onto the balcony and be shot dead.

I’d be hard-pressed to describe “Lee Daniels’ The Butler” as a good movie. It’s programmatic, didactic and shamelessly melodramatic. (Danny Strong’s screenplay is best viewed as fictional, although it’s loosely based on the true story of longtime White House butler Eugene Allen, who died in 2010.) Characters constantly have expository conversations built around historical markers, from the murder of Emmett Till to the Voting Rights Act. Every time Cecil serves coffee in the Oval Office, he stumbles upon epoch-making moments: Dwight Eisenhower (Robin Williams) debating whether to send federal troops to desegregate the schools in Little Rock; Richard Nixon (John Cusack) plotting a black entrepreneurship program to undercut the Black Panthers; or Ronald Reagan (Alan Rickman) telling Republican senators he plans to defy Congress and veto sanctions against South Africa. Cecil and Louis, the warring father and son played by Whitaker and Oyelowo, might as well come with labels: Cecil is following in the footsteps of Booker T. Washington; Louis in those of W.E.B. Du Bois.

But “The Butler” is indisputably an important film and a necessary one, arriving at the end of the summer of Paula Deen and George Zimmerman and the Detroit bankruptcy, a summer that has vividly reminded us that if America’s ancient racial wounds have faded somewhat, they have never healed. For a black filmmaker to tell this fraught and complicated story now, in a mainstream picture with an all-star cast, is significant all on its own. Faulkner’s observation that the past is never dead and isn’t even past has come to sound trite through endless repetition by politicians and journalists, but it speaks to our country in 2013, and to the impact of this movie. And before I wander too far afield, “The Butler” is also a showcase for numerous terrific black actors, including Whitaker, Oyelowo, Terrence Howard, Cuba Gooding Jr. and Lenny Kravitz, not to mention a fiery and sure-to-be-Oscar-nominated supporting role for Oprah Winfrey as Cecil’s wife, Gloria.

For someone of my generation, the civil rights movement may seem like an overly familiar pop-culture topic. But it’s been more than 20 years since “Malcolm X,” “Mississippi Burning” and “The Long Walk Home,” and closer to 40 years since groundbreaking TV specials like “The Autobiography of Miss Jane Pittman” or the miniseries “King.” Much of the sweep of history in “The Butler,” which begins in the Jim Crow Deep South of the 1920s and ends with a black man in the White House, may seem like a dim, black-and-white flicker to many younger Americans.

Daniels, previously the director of “Precious” and “The Paperboy” (forever famous as the movie in which Nicole Kidman pees all over Zac Efron), may not be a subtle storyteller, but he delivers big, emotional moments with considerable force. He makes the impact of the Kennedy and King assassinations seem real and present by focusing on individuals and details – Cecil, trying to comfort a sobbing, blood-spattered Jackie Kennedy (Minka Kelly) – and his re-creation of the Woolworth lunch counter sit-ins of 1960, or the Birmingham street scenes when dogs and fire hoses were turned on marchers, possess a startling violence and freshness. In a time when a dominant current in American conservatism is dedicated to erasing both history and science, to insisting that “there are no lessons in the past,” it’s useful to be reminded how much about contemporary American life is shaped and conditioned by those events.

Daniels performs another public service by turning the well-meaning condescension of “The Help” upside down and telling the story of a black domestic worker and his family entirely from their point of view, with minor supporting characters that include five United States presidents. (Cecil also served under Gerald Ford and Jimmy Carter, but they’re only seen in news footage.) The parade of famous white actors playing White House occupants is bizarre and almost arbitrary – Cusack looks nothing like Nixon, although James Marsden is well cast as JFK and Liev Schreiber makes a surprisingly good Johnson – but that’s a sideshow attraction. (Daniels understands precisely how he’s twisting the knife with Jane Fonda’s cameo as Nancy Reagan, by the way.) The main event is a terrific cast of African-American principals, headlined by the immensely dignified performance of Whitaker, playing a man who has raised himself by his own wits and almost Nietzschean willpower from the brutal cotton fields of Georgia to the corridors of power.

As a boy, Cecil witnesses his mother raped and his father murdered by a white overseer, and that’s the background his son – raised in the polite, formal segregation of 1950s Washington – can never understand. Then the overseer’s guilt-ridden mother (Vanessa Redgrave) takes Cecil in and trains him as a “house nigger,” a polite, well-dressed automaton who is almost invisible and virtually silent. (I quote that offensive expression because it’s important and recurs several times.) The instruction delivered to Cecil over and over, including at the White House, is that he sees and hears nothing, and that a room should feel empty when he is in it. Whatever Daniels’ flaws as a filmmaker may be, in all his movies he’s acutely sensitive to the possibilities of human communication, even in impossible situations. Redgrave’s character clearly feels for Cecil and gives him what little she can; in her own way, she too is a victim of the system that has destroyed his family.

Over the years, Cecil makes his way from Georgia to North Carolina to a luxury hotel in Washington and finally to the segregated service staff of the White House. (Implausibly enough, it was Ronald Reagan, a font of old-school racist policy and personal generosity, who finally insisted on equal treatment for black employees.) He learns the intricacies of wine and whiskey, builds up an autodidact’s vocabulary and masters the fine art of being charming without appearing confrontational. Every black person in this line of work (Cecil observes in voice-over) has two faces, of necessity – one for his white employers and clientele, one for his family and friends. Whitaker plays Cecil as a man making a long, lonely trek uphill with a heavy load on his back, and the film’s other black characters all deal with life under a racist system in their own way.

Cecil’s friend Howard (Terrence Howard) is a good-time Charlie and numbers runner; Cecil’s colleagues at the White House include foulmouthed ladies’ man Carter (Gooding) and educated, upward-bound James (Kravitz). I suppose Winfrey is customarily too busy playing her own public persona to play dramatic roles, but she’s damn good at it; the proud, angry, boozing, cheating and ultimately ferociously loyal Gloria has a vivid and very non-Oprah reality about her. If Daniels and screenwriter Danny Strong intend the tension between Cecil’s bootstraps assimilationism and Louis’ Freedom Rider-turned-Panther radicalism to be the movie’s central driving force, it doesn’t quite work. In a picture driven by a vibrant portrayal of African-American life and the visceral, explosive force of history, their opposed and intersecting character arcs feel overly constructed.

Daniels’ point, of course, echoes what King tells Louis: The traditions of Du Bois and Washington, of self-sacrifice and hard work on one hand, and street protest and political organizing on the other, are not as distinct or disconnected as they may appear. Both have driven a history that isn’t finished yet. While the election of Barack Obama serves as the culmination of this story — and for African-Americans of Cecil Gaines’ generation it was an unimaginable, even millennial victory – in the larger story of America it was an unexpected plot twist whose true consequences remain unknown. One hundred and fifty years ago, Abraham Lincoln asked whether a country conceived in liberty and dedicated to equality would work out, and we still don’t know. “Lee Daniels’ The Butler” is big, brave, crude and contradictory, very bad in places and very good in others, and every American should see it.

The Butler, Jobs: Two ways to turn inspirational into mediocre

LIAM LACEY

The Globe and Mail

Aug. 16 2013

Two new inspirational movies, Lee Daniels’ The Butler and Jobs, are the kind of unsophisticated biographical films that don’t earn much critical respect but occasionally rack up Oscar nominations. They belong in what Dennis Bingham, author of Whose Lives Are They Anyway? The Biopic as Contemporary Film Genre, calls “a respectable genre of very low repute.” Both movies trip over the usual bio-hazards – gratuitous montages, speechifying characters and plots with historical incidents layered between private crises – but they play out in very different ways.

Lee Daniels’ The Butler (the director’s name was imposed after a legal dispute forbid the use of The Butler) stars Forest Whitaker as a long-serving White House butler during a turbulent period. The film has a lot of momentum thanks to a star-studded ensemble cast, including Whitaker in the titular role and Oprah Winfrey in her first big-screen role in 15 years. The filmmakers claim that The Butler was inspired by the late Eugene Allen, a White House employee who worked for presidents from Truman to Reagan and lived to see the first black president. But Allen’s story has little to do with The Butler’s script, a Forrest Gump-like tale of a servant who was a front-row witness to modern civil-rights history. The butler’s name has been changed to Cecil Gaines.

As a filmmaker, Daniels (Precious, The Paperboy) likes things pulpy, and you quickly get the sense that he can’t restrict himself to the Masterpiece Theatre model here. The Butler starts with an entirely fabricated sequence, straight out of a Blaxploitation movie, in which pre-teen Cecil witnesses his mother’s rape and his father’s murder. The killer’s mom (Vanessa Redgrave) takes the boy into her house, where he learns to serve and shut up. Eventually, Cecil (played by a slim and convincingly youthful Whitaker) marries Gloria (Winfrey) and has two sons before being hired at the White House. Though he’s instructed to see and hear nothing, he is invariably hovering over the shoulder of one president or another during critical historical moments.

Screenwriter Danny Strong, who wrote the sharp television satire of the Sarah Palin campaign, Game Change, offers the usual biographical double strands of the character’s public and private roles. One of Cecil and Gloria’s improbable friends is Howard (Terrence Howard), a layabout numbers-runner with a missing front tooth and a yen for Gloria. Gloria turns to drink and adultery when Cecil puts the president’s needs before his wife’s, which provides Oprah with some juicy scenes. The couple also has two opposite-minded sons. Louis (David Oyelowo), under the influence of his groovy college girlfriend Carol (Yaya Alafia), joins the wave of northern students who pushed for desegregation in the south in 1961. Little brother Charlie (Elijah Kelley), meanwhile, signs up for duty in Vietnam.

By contrast, the White House feels like comic relief, with a parade of presidential caricatures: pensive Dwight Eisenhower (Robin Williams), who ponders sending federal troops to enforce school integration while painting flowers; awkward vice-president Richard Nixon (John Cusack), found in the kitchen scrounging for snacks; bumptious Lyndon Johnson (Liev Schreiber), who bellows instructions to his cabinet while seated on the toilet; and folksy Ronald Reagan (Alan Rickman), whose smoothly controlling wife Nancy is played by former lefty activist Jane Fonda.

Some of this is fun if heavy-handed, but from time to time Daniels’ broad approach hits home emotionally, particularly a scene that contrasts preparations for a White House state dinner with black students being spat upon and cursed for sitting on the white side of a segregated Woolworth’s counter. The Butler may be a sanctimonious cartoon, but it points to events in the civil rights struggle that were as grotesque and extraordinary as any fiction can invent.

(…)

The Butler

All-star parade of presidents helps blunt any dramatic edge in Lee Daniels film starring Forest Whitaker as the protagonist

Katey Rich

The Guardian

9 August 2013

The Butler

More historical pageant than drama, Lee Daniels’ The Butler takes the Forrest Gump approach to another corner of American history, filtering the dramatic civil rights movement of the 1960s through the life of an ordinary butler who served seven different presidents from Dwight D Eisenhower to Ronald Reagan. Based very loosely on a real man, The Butler sets its mild-mannered protagonist Cecil Gaines (Forest Whitaker) in sharp contrast to his son Louis (David Oyelowo), a Freedom Rider and eventually Black Panther who conveniently finds himself at the centre of a series of civil rights landmark moments.

The Butler

Production year: 2013

Country: USA

Directors: Lee Daniels

Cast: David Oyelowo, Forest Whitaker, Oprah Winfrey

There are fascinating wrinkles to be found in that relationship, and director Daniels does stumble upon a few. But for the most part his usual heavy hand draws only the thickest lines between two generations of African-Americans, and Danny Strong’s script muddles the family story with too many « significant » encounters between Cecil and his presidential employers. It’s impossible not to be distracted when Robin Williams appears in a bald cap as Eisenhower, or Liev Schreiber blusters his way across the screen as a noisy Lyndon Johnson. When John Cusack shows up as a flop-sweating Richard Nixon, the film is playing dress-up and passing it as history. By the time Jane Fonda eerily transforms herself into Nancy Reagan, the film itself seems in on the joke.

If it’s possible to look past Daniels’ directorial flourishes, The Butler does occasionally muster its own power, contrasting Cecil’s work at a White House state dinner with Louis’s beating by the police after a protest, or the riot that broke out in Washington DC after Martin Luther King’s assassination. Aware that he has a good job that provides for his family, Cecil is unwilling to rock the boat politically, which leads to clashes with his son but an otherwise passive performance for Whitaker. Oprah Winfrey, channelling Elizabeth Taylor’s Who’s Afraid Of Virginia Woolf? performance as Cecil’s hard-drinking wife, has more to play with but literally nowhere to go, her scenes almost exclusively limited to their airless, modest home.

The quick glimpses into the lives of middle-class African-Americans in this time of massive social upheaval – the house parties, the front porch conversations – are evocative and frequently charming, but The Butler is trying to cover way too much ground to get into that, or anything, to any real satisfaction.

With an ensemble and a story this large casting often substitutes for characterisation – Cuba Gooding Jr and Lenny Kravitz are Cecil’s amiable White House co-workers, Vanessa Redgrave is the kindly owner of the farm where Cecil grew up, Mariah Carey is his loving mother, and so on. James Marsden comports himself well as JFK, and Alan Rickman makes for a spot-on Ronald Reagan, but the string of presidential cameos also gives the film its numbing structure. Over and over again the leaders ask Cecil a pointed civil rights-related question and seem inspired by his humble, wholly uninteresting presence. Cecil Gaines is a witness to important historical events but a participant in none of them, and at times even Daniels seems to wish he were making a film entirely about the Freedom Riders or Black Panthers (Oyelowo’s fiery performance makes that draw even stronger).

A great film about the American civil rights movement is way overdue. The Butler, overwhelmed by flash and good intentions, doesn’t even come close.

Wil Haygood: Eugene Allen, America’s Butler

Johnathan Eaglin

irockjazz

2013-06-26

This summer Oscar nominated director, Lee Daniels and an all-star cast of actors including Oscar winners, Forrest Whitaker and Cuba Gooding, Jr., will release the highly anticipated major motion picture, “The Butler”. The film will present a portrayal of a man, Eugene Allen, who served eight U.S. presidents over 35 years as a White House butler.

iRock Jazz was granted an exclusive interview with author and journalist, Wil Haygood, the writer of the 2008 Washington Post article, “A Butler Well Served by This Election” which sparked the initial interest in Eugene Allen’s story. Days after the article – a vivid chronicle by Haygood of Eugene Allen’s life in the historical context of the long and complex relationship between African-Americans and the White House – was published the story went viral. The article was later reposted in the Los Angeles Times and shortly thereafter, nearly 15 Hollywood actors and producers reached out to Haygood hoping to secure a movie deal. Four and a half years later, “The Butler” will share with the world one of the unsung champions of history.

Speaking to Haygood, a prolific biographer, having written celebrated texts on Adam Clayton Powell, Jr., Sugar Ray Robinson, and Sammy Davis, Jr., you get the sense that Eugene Allen’s story may be Haygood’s masterwork, an assertion not solely based upon the brilliant content of the article or Haygood’s adept journalistic rectitude, but the striking parallels that weave Allen and Haygood together. Both men, gracious and professional, proud and persevering, fully committed to their vocation, and in the face of worldwide attention are remarkably humble.

Haygood’s two year immersion into Allen’s life strengthens his confidence that his story has the elements to resonate on the big screen. To Haygood, Allen is nothing short of an American hero whose life plays out like a movie and whose story deserves to be told. “It had the stuff of drama, the stuff of cinema – this one man that was in the white house for eight presidents. It’s almost like a novel, but it’s a real story. It really happened. Now he has a movie about his life. His life is important enough to be on the big screen. It’s really pretty magical,” exclaimed Haygood.

However, the life of Eugene Allen may not fit the standard mold of the blockbuster Hollywood biopic. While the sweeping grandeur of riveting cinematography, a gripping screenplay, and a lush emotion evoking score can serve as a recipe to garnering box office success, audience’s appetites are often whet with the star power of larger than life historical figures whose name and life are more recognizable throughout popular culture. So, why is the story of Eugene Allen noteworthy? Why make a film about his life? Why would Lenny Kravitz, after reading the script, cancel his European tour for a role in the movie? Why would Oprah Winfrey appear in this film after a 15 year hiatus? Eugene Allen did not break the color barrier on the baseball field or shake up the world in the boxing ring. He didn’t liberate a people from the shackles of slavery with the stroke of a pen or revolutionize the world through music or technology. Eugene Allen, a butler, a humble man from Virginia, is not a mainstay in history books, but he was an eye-witness to history for over three decades from a significant vantage point – 1600 Pennsylvania Avenue – the most powerful address in the world.

Retired for over twenty years before receiving Haygood’s call, Allen and his wife Helene lived according to Haygood in a, “Very modest house, small, on a quiet street, here, in northwest Washington D.C.”. Haygood would soon discover that the stories Allen held within him were just as rich as the treasure that lay beneath the Allen residence floors. Haywood describes the scene as he enters the Allen’s basement, “There were pictures of him and Harry Truman, him and President Eisenhower, him and President Kennedy, him and the Kennedy children, him and Duke Ellington when Duke Ellington visited the White House, him and Sarah Vaughn, him and Frank Sinatra. I almost started spinning on a top. It was like finding this unknown man and his life that nobody had written about.”

It is possible nobody had written about Eugene Allen for the same reasons the date January 20th came and went sixteen times, through ten U.S. presidents for nearly 60 years before President Barack Obama invited Allen to attend his first Presidential Inauguration in 2008. In 1986, Allen made history as the first White House butler to be invited as a guest to a Presidential State Dinner, a tribute bestowed upon him by President Ronald and First Lady Nancy Reagan. He took the moment so serious that a picture of he and his wife at the event is the only White House photo in the front room of their home. Yet, there was a time when he grappled with the racism and segregation that kept black American’s stifled from social, economic, and political progress. And with his training he defaulted to react discreetly, not wearing his political affiliation or views on his sleeve. The effect was nonetheless impactful. To witness both emotional events like assassinations, Civil Rights movement violence and, in time, triumphs like the passing of The Civil Rights Act and Voting Rights Act, it is evident that he exhibited a herculean amount of restraint.

Even the White House, his daily destination of duty, was not immune nor could it serve as a place of refuge. “In 1962 he was working at 1600 Pennsylvania Avenue, the most powerful address in the world. He could leave there, get in his car and drive to a rest stop in his native Virginia and have to use a bathroom for blacks only. And then go back to work under the American flag. The dual emotions that must have been rumbling inside of him – he was able to quiet any anger and go in to work every day, not in a restaurant, a bar, or factory, but at the most powerful address in the world that was supposed to be an emblem for world freedom. He didn’t have his rights and yet he never missed a day of work,” Haygood presented with zeal.

“When JFK was assassinated, Mr. Allen stayed at the White House all day heart stricken. He waited until the plane from Dallas had flown back to Washington, D.C. He stayed around as long as he could and helped everybody and then he went home at about 11:00pm. His son told me this – at about three o’clock in the morning he woke up, he got dressed and his wife asked him where he was going. He said, ‘I have to go back to the White House. Somebody might wake up in the middle of the night and need me. Everybody is in pain. Everybody is in shock’. And as he was walking down the hallway he crumpled to the floor and sobbed. And his son told me it was the first time he had seen his father cry. As with the assassination of Dr. King, Allen was heartbroken, but determined. Washington D.C. was engulfed in riots. While he drove to the White House through the fire and violence he got out of his car, parked it and walked the rest of the way. As grief stricken as he was it was important for him to get to work that day,” Haygood explained.

Eugene Allen’s resilience of character in the face of internal turmoil displays an example of what we all hope to be – courageous, everyday heroes who know quitting is not a viable option. Quite possibly the studio upped the release date three months earlier not to delay capitalizing on the opportunity to connect the public with Allen’s story. In describing Eugene Allen’s stature amongst celebrated history makers, which ultimately reveals both his conviction and connection to everyman, Haygood places Allen near the top. “He almost rises to the top. It’s interesting that the men I wrote about are famous figures and Mr. Allen was unknown to those men. Two of them he probably served. He probably served coffee or tea to Adam Clayton Powell or Sammy Davis, Jr. in the White House.

Mr. Allen stayed on the same job for thirty-four years. He represented to those eight presidents an example of a black man who works for his family, who believes in the country, who salutes his flag, and he never quit. There were other butlers who came and went especially after the 1960s and the social revolution during a time where it might not have seemed so cool to be a butler, a servant, in the White House. The Civil Rights Bill had not really taken full hold yet, and to stay on that job had to have meant that he believed in America and that he loved his country. And it didn’t matter that the occupant of the Oval Office was a Democrat or a Republican. He did his job very well and in the end he rose to be the maître d’, the highest ranking butler at the White House. So, his life had an amazing American song to it and I think we are in his debt to him.”

Oprah Winfrey, who plays Eugene Allen’s wife, Helene, explains her reason for taking this role which reveals more of Allen’s heroic commitment to provide a better life for his family and many others. “It was people like Eugene and Helene Allen who helped build the black middle class in this country. And that is a big reason why I took this role.” Allen chose to leave a legacy by staying on the job, which enabled him to put his son through college, extend finances to relatives who desired to migrate from the brutal south, and mentor many of the butlers and service people that came through the White House. According to Haygood, “Many who passed under his tutelage went on to get jobs in big hotel chains in LA or Chicago.”

Eugene and Helene Allen were very much inspired by the life of Barack Obama and his vision for the country. The election of President Obama in 2008, a black man who defied the odds, who noticed the historically relevant achievements of another black man enough to help him see, “the dream” not as a servant, but as a special guest, not as butler, but as a beacon of bravery and beneficiary to that dream. As Martin Luther King, Jr. gave voice to the dream, it was men like Eugene Allen whose life made the dream real every day. Eugene Allen served more than the inhabitants of the White House, he served humanity.

“If a man is called to be a street sweeper, he should sweep streets even as a Michelangelo painted, or Beethoven composed music or Shakespeare wrote poetry. He should sweep streets so well that all the hosts of heaven and earth will pause to say, ‘Here lived a great street sweeper who did his job well.”

-Martin Luther King, Jr.

iRock Jazz is honored to have a first look at Eugene Allen’s life and Wil Haygood’s enlightening perspective and story.

Voir aussi:

How True Is The Butler?

Aisha Harris

Borwbeat

2013/08/15

A few days after Barack Obama was elected president in 2008, the Washington Post published an article about a black butler who served in the White House for 34 years, under eight presidents, from Truman to Reagan. Eugene Allen represented, as journalist Wil Haygood wrote, “a story from the back pages of history. A figure in the tiniest of print. The man in the kitchen.”

“He was there,” Haygood continued, “while America’s racial history was being remade: Brown v. Board of Education, the Little Rock school crisis, the 1963 March on Washington, the cities burning, the civil rights bills, the assassinations.” Allen undoubtedly lived a fascinating life, meeting countless historical figures during especially polarizing times, and it’s unsurprising that Haygood’s profile caught the eye of Hollywood. It is now the basis for Lee Daniels’ The Butler (the director’s name is included thanks to silly copyright claims made by Warner Bros).

But as interesting as Haygood’s profile is, “A Butler Well Served by This Election” doesn’t provide that many details about Allen’s time in the White House outside a handful of facts and humorous anecdotes. (Allen’s wife Helene referred affectionately to former First Lady Rosalynn Carter as “country,” for instance.) The Butler is a bit more than 2 hours long, spans several decades, and includes multiple storylines. It’s fair to say it has epic ambitions.

So how much of Allen’s real-life experience actually made it into the film?

Not much. According to Daniels’ foreword in The Butler: A Witness to History, a book by Haygood published to accompany the film, the movie “is set against historical events,” but “the title character and his family are fictionalized.” The skeleton of Allen’s story is there: the childhood on a plantation in the early 1920s, the interactions with several presidents. But the names have been changed: Allen and his wife, Helene, are called Cecil and Gloria Gaines. (They’re played by Forest Whitaker and Oprah Winfrey.) At least one key character, Cecil’s son Louis (David Oyelowo), is entirely made up.

The following breakdown is based on Haygood’s profile and the accompanying book. (I have emailed Haygood and will update the post if he provides additional information.) Spoilers follow.

The butler’s backstory

The film opens with young Cecil in Macon, Georgia, in the 1920s, working in a cotton field alongside his father. His mother (Mariah Carey) is raped by a white plantation overseer, Thomas Westfall (Alex Pettyfer), loud enough for everyone to hear. When Westfall returns, Cecil’s father shows his anger, and Westfall shoots him dead in front of Cecil and the other plantation workers. The plantation matriarch (Vanessa Redgrave) then decides that Cecil should leave the fields to become a “house nigger” and learn to serve her family.

Those appear to be the inventions of screenplay writer Danny Strong; they are never mentioned in Haygood’s piece.* Eugene Allen was born in 1919, and, like Cecil, he grew up on a plantation (in Virginia, not Georgia). He, too, became a “house boy” for a white family. When he spoke to Haygood about his childhood, “There was nary a hint of bitterness in his voice about his upbringing.” Allen left the plantation in hopes of finding better work, as Cecil does—but unlike his fictional counterpart, he never broke into a hotel restaurant to steal food. (He did, however, land a job at a Virginia hotel as a waiter, as Cecil ultimately does in North Carolina.)

How the butler got his job at the White House

Allen learned of a job at a country club in Washington, D.C., a fact that aligns with Cecil’s move to the nation’s capital. But their entries to the White House differ considerably: Allen learned via word of mouth that Alonzo Fields, a black maître d’ at the White House, was looking for pantry workers, and he went to talk to him. He began working there in 1952, during the Truman administration, but didn’t get promoted to butler until several years later. In the movie, the White House calls Gaines after a white senior staffer witnesses Cecil in action at the D.C. hotel—a point Cecil, in voiceover, emphasizes proudly.

Cecil is hired as butler just as soon as black maître d’ Freddie Fallows (Colman Domingo) confirms that he is not actively political and is experienced in his field. He begins working in the White House under Eisenhower’s administration, in 1957.

Other moments from the film appear to be true: Allen witnessed presidents mulling over important historical decisions, including Eisenhower’s fight with Arkansas governor Orval Faubus regarding the desegregation of Little Rock. And his wife Helene did pass away just prior to Obama’s election (though it was the Sunday night prior, not the morning of, as the film implies).

The butler’s family

Allen had one son, Charles, who served in Vietnam, just as Cecil’s younger son (also named Charles) does. Allen’s son survived the war, while his fictional counterpart does not. The real-life Charles is still alive, and has seen and approved of the new movie, according to Haygood.

The invented older son, Louis, serves as the main source of conflict in the narrative of Cecil’s life, in an attempt to highlight the clash between the older and younger black generation. Louis, who’s ashamed that his father is content with serving white people, is himself present for several important historical moments, including the attack and burning of a Freedom Riders bus in 1961; he’s also imprisoned in the same jail as Martin Luther King, Jr. after a protest.

Gloria Gaines, the butler’s wife, has an affair with a neighbor (Terrence Howard) and struggles with alcoholism. These storlines appear to be fictional.

The butler and the Reagans

Judging from Haygood’s interview, it seems that Allen, like Cecil, was grateful to have his job at the White House, and wary of involving himself in the politics of the time—even in his old age, he is not quoted saying anything disparaging about the presidents he worked under. In the movie, Cecil asks for equal pay among the black and white service staff, who each perform the same level of duties. His request is denied, and he accepts this. Years later, he again asks for a raise, and when he is turned down a second time, he tells his supervisor that he spoke to President Reagan personally, and that Reagan insists on the raise himself. Allen did receive a promotion to maître d’ in 1980, but there’s no indication that he ever asked for a raise.*

Cecil’s character arc is complete when Nancy Reagan invites him to the state dinner as a guest—the first black butler to receive such an invitation in the history of the White House. This did, in fact, happen to Allen, but the cinematic version unfolds quite differently. Here’s how it’s described in Haygood’s profile:

“Had champagne that night,” the butler’s wife would remember all these years later. As she said it, Eugene, rocking in his chair, just grinned: for so many years he had stocked champagne in the White House.

In the film, on the other hand, Cecil’s discomfort at sitting among the white elite is made clear through voiceover, as he describes feeling like an outsider and a traitor to his black colleagues who are now serving him. He can now see first-hand how each server “performs” for guests, and recognizes that he’s been unknowingly wearing the same mask for years. This moment, along with Cecil overhearing Reagan’s promise to veto the sanctions against apartheid-ridden South Africa, prompts the butler to hand in his resignation. Haygood’s article only mentions that Eugene “left the White House in 1986” and received a “sweet note” from the president and a “tight” hug from First Lady Nancy.

The butler and Obama

The film ends with Cecil returning to the White House to meet President Obama. I can’t tell if Allen ever actually met the president, but he did get a VIP invitation to the inauguration in 2009, and was in attendance on that historical day. When he passed away in 2010, the president sent a letter to his family acknowledging his years in service and “abiding patriotism.”

A Butler Well Served by This Election

Wil Haygood

Washington Post

November 7, 2008

For more than three decades Eugene Allen worked in the White House, a black man unknown to the headlines. During some of those years, harsh segregation laws lay upon the land.

He trekked home every night, his wife, Helene, keeping him out of her kitchen.

At the White House, he worked closer to the dirty dishes than to the large desk in the Oval Office. Helene didn’t care; she just beamed with pride.

President Truman called him Gene.

President Ford liked to talk golf with him.

He saw eight presidential administrations come and go, often working six days a week. « I never missed a day of work, » Allen says.

His is a story from the back pages of history. A figure in the tiniest of print. The man in the kitchen.

He was there while America’s racial history was being remade: Brown v. Board of Education, the Little Rock school crisis, the 1963 March on Washington, the cities burning, the civil rights bills, the assassinations.

When he started at the White House in 1952, he couldn’t even use the public restrooms when he ventured back to his native Virginia. « We had never had anything, » Allen, 89, recalls of black America at the time. « I was always hoping things would get better. »

In its long history, the White House — just note the name — has had a complex and vexing relationship with black Americans.

« The history is not so uneven at the lower level, in the kitchen, » says Ted Sorensen, who served as counselor to President Kennedy. « In the kitchen, the folks have always been black. Even the folks at the door — black. »

Sorensen tried to address the matter of blacks in the White House. But in the end, there was only one black man who stayed on the executive staff at the Kennedy White House past the first year. « There just weren’t as many blacks as there should have been, » says Sorensen. « Sensitivities weren’t what they should have been, or could have been. »

In 1866 the abolitionist Frederick Douglass, sensing an opening to advocate for black voting rights, made a White House visit to lobby President Andrew Johnson. Johnson refused to engage in a struggle for black voting rights. Douglass was back at the White House in 1877. But no one wished to discuss his political sentiments: President Rutherford Hayes had engaged the great man — it was a time of high minstrelsy across the nation — to serve as a master of ceremonies for an evening of entertainment.

In the fall of 1901, another famous black American came to the door. President Theodore Roosevelt invited Booker T. Washington, head of the Tuskegee Institute, to meet with him at the White House. Roosevelt was careful not to announce the invitation, fearing a backlash, especially from Southerners. But news of the visit leaked quickly enough and the uproar was swift and noisy. In an editorial, the Memphis Scimitar would write in the ugly language of the times: « It is only recently that President Roosevelt boasted that his mother was a Southern woman, and that he is half Southern by reason of that fact. By inviting a nigger to his table he pays his mother small duty. »

Fifty years later, invitations to the White House were still fraught with racial subtext. When the Daughters of the American Revolution refused to allow pianist Hazel Scott to perform at Constitution Hall because of her race, many letters poured into the White House decrying the DAR’s position. First lady Bess Truman was a member of the organization, but she made no effort to get the DAR to alter its policy. Scott’s husband, Harlem congressman Adam Clayton Powell, subsequently referred to Bess Truman as « the last lady of the land. » The words outraged President Truman, who vowed to aides he would find some way to punish Powell and barred the fellow Democrat from setting foot inside the Truman White House.

The first black to hold a policy or political position in the White House was E. Frederick Morrow, a former public relations executive with CBS. Gen. Dwight Eisenhower’s presidential campaign operatives were so impressed with Morrow’s diligent work during the 1952 campaign that they promised him a White House executive job if Ike were elected. Ike won, but Morrow ended up being placed at the Department of Commerce. He felt slighted and appealed to Republican friends in New York to force the White House to make good on its promise.

The phone finally rang in 1955 and Morrow was named administrative officer for special projects. He had hoped the title would give him wide responsibilities inside the White House, but found himself dealing, for the most part, with issues related to the Brown desegregation ruling, the Rosa Parks-led bus boycott in Montgomery, Ala., and the 1957 Little Rock school crisis.

« He was a man of great dignity, » says Stephen Hess, senior fellow emeritus at the Brookings Institution, who worked as a speechwriter for Eisenhower. Morrow was in a lonely position, but « he did not complain, » says Hess. « That wasn’t Fred Morrow. »

When Morrow left his White House position, he imagined there’d be corporate job offers. There were not. « Only thing he was offered were jobs related to the black community, » says Hess. Nonetheless, « after Morrow, it was appropriate to have a black person on the staff of the White House. »

‘Pantry Man’

Before he landed his job at the White House, Gene Allen worked as a waiter at the Homestead resort in Hot Springs, Va., and then at a country club in Washington.

He and wife Helene, 86, are sitting in the living room of their home off Georgia Avenue NW. A cane rests across her lap. Her voice is musical, in a Lena Horne kind of way. She calls him « honey. » They met in Washington at a birthday party in 1942. He was too shy to ask for her number, so she tracked his down. They married a year later.

In 1952, a lady told him of a job opening in the White House. « I wasn’t even looking for a job, » he says. « I was happy where I was working, but she told me to go on over there and meet with a guy by the name of Alonzo Fields. »

Fields was a maitre d’, and he immediately liked Allen.

Allen was offered a job as a « pantry man. » He washed dishes, stocked cabinets and shined silverware. He started at $2,400 a year.

There was, in time, a promotion to butler. « Shook the hand of all the presidents I ever worked for, » he says.

« I was there, honey, » Helene reminds. « In the back, maybe. But I shook their hands, too. » She’s referring to White House holiday parties, Easter egg hunts. They have one son, Charles. He works as an investigator with the State Department.

« President Ford’s birthday and my birthday were on the same day, » he says. « He’d have a birthday party at the White House. Everybody would be there. And Mrs. Ford would say, ‘It’s Gene’s birthday, too!’ « 

And so they’d sing a little ditty to the butler. And the butler, who wore a tuxedo to work every day, would blush.

« Jack Kennedy was very nice, » he goes on. « And so was Mrs. Kennedy. »

« Hmm-mmm, » she says, rocking.

He was in the White House kitchen the day JFK was slain. He got a personal invitation to the funeral. But he volunteered for other duty: « Somebody had to be at the White House to serve everyone after they came from the funeral. »

The whole family of President Jimmy Carter made her chuckle: « They were country. And I’m talking Lillian and Rosalynn both. » It comes out sounding like the highest compliment.

First lady Nancy Reagan came looking for him in the kitchen one day. She wanted to remind him about the upcoming dinner for West German Chancellor Helmut Kohl. He told her he was well ahead in the planning and had already picked out the china. But she told him he would not be working that night.

« She said, ‘You and Helene are coming to the state dinner as guests of President Reagan and myself.’ I’m telling you! I believe I’m the only butler to get invited to a state dinner. »

Husbands and wives don’t sit together at these events, and Helene was nervous about trying to make small talk with world leaders. « And my son says, ‘Mama, just talk about your high school. They won’t know the difference.’

« The senators were all talking about the colleges and universities that they went to, » she says. » I was doing as much talking as they were.

« Had champagne that night, » she says, looking over at her husband.

He just grins: He was the man who stacked the champagne at the White House.

Moving Up, but Slowly

President Kennedy, who succeeded Eisenhower, started with two blacks, Frank Reeves and Andrew Hatcher, in executive positions on his White House staff. Only Hatcher, a deputy press secretary, remained after six months. Reeves, who focused on civil rights matters, left in a political reshuffling.

The issue of race bedeviled this White House, even amid good intentions. In February 1963, Kennedy invited 800 blacks to the White House to commemorate the 100th anniversary of the Emancipation Proclamation. Louis Martin, a Democratic operative who helped plan the function, had placed the names of entertainer Sammy Davis Jr. and his wife, May Britt, on the guest list. The White House scratched it off and Martin would put it back on. According to Martin, Kennedy was aghast when he saw the black and white couple stroll into the White House. His face reddened and he instructed photographers that no pictures of the interracial couple would be taken.

But Sammy Davis Jr. was not finished with 1600 Pennsylvania Ave. He got himself invited to the Nixon White House to meet with the president and talk about Vietnam and business opportunities for blacks. He even slept in the Lincoln Bedroom once. When Davis sang at the 1972 Republican convention in Miami, he famously wrapped his arms around Nixon at a youth rally there, becoming forever identified with a White House that many blacks found hostile.

Lyndon Johnson devoted considerable energy and determination to civil rights legislation, even appointing the first black to the Supreme Court. But it did not translate to any appreciable number of blacks working on his staff. Clifford Alexander says he was the sole black in Johnson’s White House, serving first as a National Security Council officer, then as associate White House counsel.

« We were fighting for something quite new, » says Alexander. « You knew how much your job meant. And you knew President Johnson was fighting on your behalf. » As a young man growing up in Harlem, Alexander had heard about Morrow. Mothers and fathers pointed to him as a grand success story. « Fred was a lovely man, » says Alexander. « But they did not pay any attention to him in the Eisenhower White House. »

Colin Powell would become the highest-ranking black of any White House to that point when he was named President Reagan’s national security adviser in 1987. Condoleezza Rice would have that same position under President George W. Bush.

The butler remembers seeing both Powell and Rice in the Oval Office. He was serving refreshments. He couldn’t help notice that blacks were moving closer to the center of power, closer than he could ever have dreamed. He’d tell Helene how proud it made him feel.

Time for Change

Gene Allen was promoted to maitre d’ in 1980. He left the White House in 1986, after 34 years. President Reagan wrote him a sweet note. Nancy Reagan hugged him, tight.

Interviewed at their home last week, Gene and Helene speculated about what it would mean if a black man were actually elected president.

« Just imagine, » she said.

« It’d be really something, » he said.

« We’re pretty much past the going-out stage, » she said. « But you never know. If he gets in there, it’d sure be nice to go over there again. »

They’ve got pictures of President and Mrs. Reagan in the living room. On a wall in the basement, they’ve got pictures of every president Gene ever served. There’s a painting President Eisenhower gave him and a picture of President Ford opening birthday gifts, Gene hovering nearby.

They talked about praying to help Barack Obama get to the White House. They’d go vote together. She’d lean on her cane with one hand, and on him with the other, while walking down to the precinct. And she’d get supper going afterward. They’d gone over their Election Day plans more than once.

« Imagine, » she said.

« That’s right, » he said.

On Monday Helene had a doctor’s appointment. Gene woke and nudged her once, then again. He shuffled around to her side of the bed. He nudged Helene again. He was all alone.

« I woke up and my wife didn’t, » he said later.

Some friends and family members rushed over. He wanted to make coffee. They had to shoo the butler out of the kitchen.

The lady whom he married 65 years ago will be buried today.

The butler cast his vote for Obama on Tuesday. He so missed telling his Helene about the black man bound for the Oval Office.

Voir par ailleurs:

LE MAJORDOME : chronique

Emmanuelle Spadacenta

11-09-2013

Lee Daniels retrace le parcours du majordome qui a servi trente-quatre ans à la Maison-Blanche sous huit présidents. Un homme qui a accompagné l’histoire américaine.

Cecil Gaines, incarné par Forest Whitaker, est l’avatar fictionnel d’Eugene Allen, majordome qui officia à la Maison-Blanche de 1952 à 1986. Retracer le destin de l’homme qui servit huit Présidents (de Eisenhower à Reagan), c’est raconter, via un témoin privilégié, l’éradication du racisme et de la ségrégation au plus haut sommet de l’État. LE MAJORDOME n’est pas une biographie : certains faits ont été modifiés ou créés de toutes pièces, afin que Cecil cristallise l’Histoire américaine et que, par son seul regard, le film puisse balayer soixante ans d’évolutions. Et poser encore davantage de questions. Car Cecil, jeune esclave des champs de coton, va s’élever socialement en devenant le serviteur des blancs. Son recruteur lui explique qu’ »à la Maison-Blanche, il n’y a aucune tolérance pour la politique ». Une ironie qui le force à se dépolitiser. Ainsi privé de toute conscience civique, il va se perdre entre les décisions des puissants et l’activisme du peuple noir. Et s’éloigner de son fils (David Oyelowo), engagé auprès de Martin Luther King puis de Malcolm X. Cecil est-il un esclave consentant d’une Amérique qui a conditionné les Noirs à s’asservir ou est-il au contraire, comme Luther King l’affirme, un être « subversif » qui s’ignore ? LE MAJORDOME est donc plus que l’hagiographie d’un témoin politique. Il ouvre des pistes de réflexion sur l’émancipation des opprimés et tend un miroir cruel à tous les Américains, via de nombreuses scènes à la puissance dévastatrice. Le réalisateur Lee Daniels est un rebelle pacifiste mais au cinéma, il dérange. LE MAJORDOME n’est ni poli ni beau sous tous rapports. C’est une œuvre de mauvais goût où le grain de l’image est gros, où les lumières sont cramées. Où Mariah Carey joue une esclave violée par son propriétaire terrien, où Oprah Winfrey incarne une desperate housewife alcoolique, où Lenny Kravitz met le tablier pour faire des petits fours. S’il n’est bien-pensant, LE MAJORDOME peut être rebutant : les maquillages prothétiques y sont franchement borderline, et cette certaine théâtralité peut friser la soirée déguisée. Mais sous cette grossièreté cinématographique, explosent une vraie flamboyance et une grande honnêteté. On est loin de l’entreprise cynique et bâclée. L’histoire, qui idéologiquement peut atteindre une grande complexité, est submergée par l’émotion, elle est racontée sans ambages, en ligne droite, et le règlement de compte que l’Amérique entreprend avec elle-même est douloureux. Il y a chez Lee Daniels, déjà responsable de PRECIOUS et PAPERBOY, une manière de s’exprimer sans s’excuser qui peut passer pour de l’arrogance ou de l’inconscience. Mais elle peut aussi révéler une personnalité entière des plus touchantes.

De Lee Daniels. Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo. États-Unis. 2h12. Sortie le 11 septembre

L’ombre de ton ombre

Le Majordome

Lee Daniels

Critiques

10 septembre 2013

À peine ce Majordome nous intrigue-t-il – surtout par la cinglante démesure avec laquelle il semble endosser le genre du « film à Oscars » – que nous devons déjà ravaler nos minces espoirs : il n’y a que peu à sauver dans une entreprise à la fois aussi ambitieuse et aussi diminuée.

Cecil Gaines est un témoin privilégié de l’histoire contemporaine : il a officié durant sept présidences – nous n’en verrons réellement que cinq – en tant que majordome à la Maison Blanche. C’est aussi un Noir américain, né dans les champs de coton du Sud où il a vu son propre père se faire assassiner par son employeur blanc, avant de partir de son côté pour Washington et « servir », d’abord dans un palace, puis dans la demeure présidentielle. Le Majordome tente, ainsi, deux grands écarts : faire tenir en un seul film à la fois un résumé de toute l’histoire contemporaine américaine (par le prisme du Bureau ovale), et un résumé de toute la lutte pour la libération des Noirs (par le prisme d’une famille dont chaque génération constitue un chapitre de l’histoire des civil rights).

C’est cette vaste entreprise de pédagogie qui fait du Majordome un projet essentiellement grotesque, qui n’a que le temps de saisir les bouleversements historiques sous forme d’instants, de saynètes d’un plus grand tableau qui serait l’hagiographie d’un pays, les Etats-Unis, et d’une figure semi-divine, le Président. Ainsi se trouvent vignettées l’assassinat de Kennedy [1] (une dizaine de minutes), la guerre du Vietnam (pas mieux), la démission de Richard Nixon (un plan), où Lee Daniels visite l’histoire comme on visiterait un musée en courant, jetant des coups d’œil vaguement curieux aux mandats traversés. La question de l’émancipation des Noirs, essentiellement structurée autour de la relation entre un père bien rangé (Forest Whitaker) et son fils militant du Black Panther (David Oyelowo), n’en est pas moins caricaturale : Lee Daniels consacre une intarissable énergie à faire du « nègre de maison » (ainsi qu’ils sont appelés dans les riches propriétés du Sud) une image de libération en refusant de voir qu’elle cumule tous les attributs de la servilité.

À l’arrivée, difficile de déterminer quel versant du film est la toile de fond de l’autre. Avançant conjointement, présidence et mouvement des civil rights se font les deux points cardinaux de la contemporanéité politique américaine. Le Majordome pose ainsi l’empreinte d’un imaginaire collectif, brutalement matérialisé par une saisie de l’histoire qui est à rapprocher de l’écriture automatique. Chaque donnée politique se trouve ramenée à une image-réflexe, un souvenir prégnant ; ainsi se voient d’ailleurs tout bonnement évacués deux présidents déjà dissous dans l’amnésie générale (Gerald Ford et Jimmy Carter). La présidence de Barack Obama apparaît alors comme le salut du film, la rencontre pacifiée de ses deux sillages contradictoires. Versant littéralement dans le fanatisme – Cecil Gaines, vieillard et veuf, fond en larmes devant l’annonce des résultats en 2008 –, le final du Majordome nous rappelle à quel point l’écriture de l’histoire au cinéma n’est jamais mieux prise en défaut que dans son écriture du présent : l’agenouillement aveugle sur lequel le film s’achève vaut pour preuve de son simplisme généralisé.

Théo Ribeton

Notes

[1] Il faudrait d’ailleurs se demander pourquoi les deux films américains se proposant de représenter cette année l’assassinat d’un président ont systématiquement écarté l’image même de cet assassinat, dissimulée dans une ellipse. On ne verra pas plus la mort de John F. Kennedy qu’on ne vit celle d’Abraham Lincoln chez Steven Spielberg. Refoulé traumatique ?

« Le majordome », plus de trente ans dans la peau d’un Noir à la Maison-Blanche

Cette fresque humaniste sur un majordome qui a servi sept présidents des États-Unis et sur les tensions raciales figure déjà parmi les favoris pour la course aux Oscars.

10/9/13

Au début de sa carrière de majordome, Cecil Gaines (incarné par Forest Whitaker) est au service d…

ANNE MARIE FOX /Butler Films/LLC

Au début de sa carrière de majordome, Cecil Gaines (incarné par Forest Whitaker) est au service de Dwignt D. Eisenhower (Robin Williams).

LE MAJORDOME *** de Lee Daniels

Film américain, 2 h 05

« Je ne dois pas t’entendre respirer. » Telle est la première recommandation, terrible, de la vieille propriétaire de la plantation à Cecil Gaines, âgé de 7 ans en 1926, qui quitte les champs de coton pour devenir « nègre de maison ». Une promotion en guise de consolation : son père a été tué pour avoir esquissé une protestation contre le viol de sa mère par le maître des lieux.

L’orphelin apprend la place des couverts, la présentation des mets, la discrétion qui confine à l’invisibilité. Jeune adulte, il part de la plantation et trouve un emploi de majordome dans un bel hôtel, d’abord en Virginie puis à Washington où il épouse Gloria qui met au monde deux fils.

Sa méticulosité et sa culture l’amènent à devenir l’un des six majordomes en fonction à la Maison-Blanche. Embauché en 1957 alors qu’Eisenhower est au pouvoir, il demeure à ce poste durant sept présidences.

De la ségrégation raciale à l’élection de Barack Obama

En 2008, au moment de l’élection présidentielle, le Washington Post publie les entretiens d’un journaliste avec Eugene Allen, majordome pendant trente-quatre ans à la Maison-Blanche et qui mourra en 2010 à 90 ans. Le film de Lee Daniels s’inspire de son parcours exceptionnel. Un sujet en or dont le réalisateur tire une fantastique page d’histoire tout en ne perdant jamais de vue la petite histoire de son héros, Cecil Gaines.

En deux heures, ce long métrage balaie le demi-siècle où les États-Unis sont passés d’une période où un Blanc pouvait abattre un Noir, en toute impunité, à l’élection de Barack Obama à la présidence. Une révolution à l’échelle d’une vie. Se succèdent les étapes souvent sanglantes de la condition des Noirs, sans pesanteur grâce à l’entrelacs de ce propos avec la vie des personnages.

Étudiant, Louis, le fils aîné de Cecil, part dans le Sud afin de participer au mouvement pour l’égalité des droits civiques par la résistance pacifique chère à Gandhi et Martin Luther King ; il occupe des places réservées aux Blancs dans les restaurants et les bus, ce qui lui vaut blessures et séjours en prison. Cecil suit cet engagement avec affliction : il ne comprend pas ce militantisme et l’ingratitude d’un fils à qui il a tout donné pour mener une vie bourgeoise et paisible.

« À la Maison-Blanche, nous ne tolérons pas que vous soyez politisé »

C’est l’excellente idée du film de Lee Daniels : il ne se contente pas d’être une biographie filmée et de dérouler les étapes de l’émancipation des Noirs. Par l’antagonisme père-fils, il montre la complexité de cette mutation et deux stratégies opposées : l’intégration du père qui a trouvé sa place, même modeste, dans le saint des saints de la démocratie américaine, et la rébellion du fils, d’abord pacifiste avant de se radicaliser avec les Black Panthers.

Cecil Gaines accepte sans sourciller l’énormité énoncée lors de son recrutement : « À la Maison-Blanche, nous ne tolérons pas que vous soyez politisé. » Mais peut-être, de l’intérieur, peut-il œuvrer en douceur pour une évolution, à défaut d’une révolution.

Malcolm X oppose les « nègres de maison », conservateurs, et les « nègres des champs », révoltés. Martin Luther King au contraire voit la dimension subversive des premiers, dociles et travailleurs, à l’encontre des stéréotypes des racistes.

Film à la réalisation classique voire académique, Le Majordome brille par sa distribution où se bousculent les stars. Forest Whitaker donne une élégance retenue et un charisme modeste à Cecil Gaines. Oprah Winfrey incarne Gloria, son épouse délaissée. Inégal, le casting des présidents réunit Robin Williams (Dwight D. Eisenhower), James Marsden (John F. Kennedy) et Alan Rickman (Ronald Reagan) accompagné de Jane Fonda (Nancy Reagan).

De facture hollywoodienne, le film joue (parfois trop) sur la corde de l’émotion, au point de tirer des larmes aux spectateurs et à Barack Obama. « J’ai pleuré, a-t-il expliqué, non seulement parce que je pensais aux majordomes qui ont travaillé ici, à la Maison-Blanche, mais aussi à une génération entière de gens qui étaient capables et talentueux, mais ont été bridés à cause des lois raciales, à cause des discriminations. »

CORINNE RENOU-NATIVEL

Le Majordome

Frédéric Strauss

Télérama

11/09/2013

Au service de huit présidents à la Maison-Blanche, Eugene Allen (1919-2010) passa sa vie dans les coulisses de l’Histoire. Rebap­tisé Cecil Gaines, il devient, en quelque sorte, l’ambassadeur de tout un peuple : les Noirs américains. Lee Daniels est l’un d’eux et il n’hésite pas à politiser son propos. C’est d’ailleurs la bonne surprise de ce film, qu’on pouvait redouter bien plus décoratif et anecdotique… Deux ou trois scènes où passe un plateau d’argent suffisent à résumer le travail de ce valet des présidents. Eisenhower, Kennedy ou Nixon sont représentés avec un minimum de crédi­bilité, Jane Fonda vient faire sa Nancy Reagan : elle est très drôle, mais toute cette reconstitution reste simplette. L’important est ailleurs. Lee Daniels insiste sur la principale qualité d’un bon majordome : être invisible. La clé d’une discrétion qui va de soi, mais aussi une règle de survie sociale : pour être tolérés par les Blancs, les Noirs doivent éviter de se faire remarquer. Un principe contre lequel va s’élever le fils du majordome qui devient, lui, un héros de la bataille des droits civiques, dans le sillage de Martin Luther King et Malcolm X.

Cet aspect symbolique ne va pas sans une certaine schématisation. Mais Lee Daniels réussit à raconter, expliquer cette Amérique qui a difficilement renoncé à la discrimination raciale et n’en est pas encore complètement remise. Un pays, cependant, où un Noir, embauché à la Maison-Blanche, y revint, à la fin de sa vie, pour rencontrer Barack Obama. Un parcours qui a tout d’une parabole.


Antiracisme: Dur dur d’être un King ou un Mandela aujourd’hui ! (Pity our poor civil right leaders: How do you keep blaming a system you’ve long been part of ?)

23 juillet, 2013
https://i2.wp.com/www.drybonesproject.com/blog/D13728_1.gifDry Bones cartoon: Prisoner Release, Convicts, Negotiations, Palestinians, Abbas, Kerry, Pollard, Jonathan Pollard, Peace, Peace Agreement, terrorists, Terrorism, PLO, IsraelPhotoDo you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards. We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. Dr. Martin Luther King Jr.
The world will tell us he was killed by accident. Yes, it was a social accident. … It’s an accident to allow an apartheid ambulance service in the middle of Crown Heights. … Talk about how Oppenheimer in South Africa sends diamonds straight to Tel Aviv and deals with the diamond merchants right here in Crown Heights. The issue is not anti-Semitism; the issue is apartheid. … All we want to say is what Jesus said: If you offend one of these little ones, you got to pay for it. No compromise, no meetings, no kaffe klatsch, no skinnin’ and grinnin’. Pay for your deeds. Al Sharpton (Crown Heights, 1991)
Vous savez, quand Trayvon Martin a été tué, j’avais dit qu’il aurait pu être mon fils. Une autre manière de formuler les choses, c’est de dire que Trayvon Martin, ç’aurait pu être moi, il y a 35 ans. (…) Dans ce pays, il y a très peu d’hommes Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience d’être suivis quand ils faisaient des courses dans un grand magasin. Je l’ai été moi aussi. Il y a très peu d’Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience de prendre l’ascenseur et de voir une femme serrer son porte-monnaie nerveusement et retenir sa respiration jusqu’à ce qu’elle puisse sortir. Cela arrive souvent. Obama (2013)
High rates of black violence in the late twentieth century are a matter of historical fact, not bigoted imagination. The trends reached their peak not in the land of Jim Crow but in the more civilized North, and not in the age of segregation but in the decades that saw the rise of civil rights for African Americans—and of African American control of city governments. William Stuntz (Harvard Law professor)
Today’s black leadership pretty much lives off the fumes of moral authority that linger from its glory days in the 1950s and ’60s. The Zimmerman verdict lets us see this and feel a little embarrassed for them. Consider the pathos of a leadership that once transformed the nation now lusting for the conviction of the contrite and mortified George Zimmerman, as if a stint in prison for him would somehow assure more peace and security for black teenagers everywhere. This, despite the fact that nearly one black teenager a day is shot dead on the South Side of Chicago—to name only one city—by another black teenager. This would not be the first time that a movement begun in profound moral clarity, and that achieved greatness, waned away into a parody of itself—not because it was wrong but because it was successful. Today’s civil-rights leaders have missed the obvious: The success of their forbearers in achieving social transformation denied to them the heroism that was inescapable for a Martin Luther King Jr. or a James Farmer or a Nelson Mandela. Jesse Jackson and Al Sharpton cannot write a timeless letter to us from a Birmingham jail or walk, as John Lewis did in 1965, across the Edmund Pettus Bridge in Selma, Ala., into a maelstrom of police dogs and billy clubs. That America is no longer here (which is not to say that every trace of it is gone). The Revs. Jackson and Sharpton have been consigned to a hard fate: They can never be more than redundancies, echoes of the great men they emulate because America has changed. Hard to be a King or Mandela today when your monstrous enemy is no more than the cherubic George Zimmerman. The purpose of today’s civil-rights establishment is not to seek justice, but to seek power for blacks in American life based on the presumption that they are still, in a thousand subtle ways, victimized by white racism. This idea of victimization is an example of what I call a « poetic truth. » Like poetic license, it bends the actual truth in order to put forward a larger and more essential truth—one that, of course, serves one’s cause. Poetic truths succeed by casting themselves as perfectly obvious: « America is a racist nation »; « the immigration debate is driven by racism »; « Zimmerman racially stereotyped Trayvon. » And we say, « Yes, of course, » lest we seem to be racist. Poetic truths work by moral intimidation, not reason. In the Zimmerman/Martin case the civil-rights establishment is fighting for the poetic truth that white animus toward blacks is still such that a black teenager—Skittles and ice tea in hand—can be shot dead simply for walking home. But actually this establishment is fighting to maintain its authority to wield poetic truth—the authority to tell the larger society how it must think about blacks, how it must respond to them, what it owes them and, then, to brook no argument. One wants to scream at all those outraged at the Zimmerman verdict: Where is your outrage over the collapse of the black family? Today’s civil-rights leaders swat at mosquitoes like Zimmerman when they have gorillas on their back. Seventy-three percent of all black children are born without fathers married to their mothers. And you want to bring the nation to a standstill over George Zimmerman? Shelby Steele
Any candid debate on race and criminality in this country would have to start with the fact that blacks commit an astoundingly disproportionate number of crimes. African-Americans constitute about 13% of the population, yet between 1976 and 2005 blacks committed more than half of all murders in the U.S. The black arrest rate for most offenses—including robbery, aggravated assault and property crimes—is typically two to three times their representation in the population. The U.S. criminal-justice system, which currently is headed by one black man (Attorney General Eric Holder) who reports to another (President Obama), is a reflection of this reality, not its cause. (…) The left wants to blame these outcomes on racial animus and « the system, » but blacks have long been part of running that system. Black crime and incarceration rates spiked in the 1970s and ’80s in cities such as Cleveland, Detroit, Chicago and Philadelphia, under black mayors and black police chiefs. Some of the most violent cities in the U.S. today are run by blacks. (…) Did the perception of black criminality play a role in Martin’s death? We may never know for certain, but we do know that those negative perceptions of young black men are rooted in hard data on who commits crimes. We also know that young black men will not change how they are perceived until they change how they behave. The homicide rate claiming black victims today is seven times that of whites, and the George Zimmermans of the world are not the reason. Some 90% of black murder victims are killed by other blacks. Jason L. Riley

Comment continuer à dénoncer un système dont on fait partie depuis des décennies ?

A l’heure où l’Europe nous refait le coup de la la différence entre son « aile militaire » et le parti de Dieu aux 18 000 fusées (ou 40 000 ?) …

Et où le dernier lauréat du concours de chaises musicales de Téhéran nous rejoue la repentance

Pendant que le secrétaire d’Etat américain nous refait le numéro des négociations avec des Palestiniens qui ne se sont toujours pas résolus à reconnaitre l’existence du pays avec lequel ils sont censés négocier …

Comment ne pas compâtir aux efforts presque attendrissants tant du premier président noir-américain que de ses amis chasseurs d’ambulances pour tenter de ranimer des flammes interraciales tellement désespérément vacillantes …

Que pour une communauté qui ne représente que 13% de la population et est impliquée dans plus de la moitié des meurtres,  à peine 10% de ceux-ci sont inter-raciaux ?

Et ce, à un moment historique où ladite communauté contrôle non seulement la présidence et le ministère de la justice …

Mais,  depuis des décennies, la mairie et la police de nombre des plus grandes et des plus violentes villes américaines ?

Sans compter qu’avec 73% des enfants nés de mères célibataires, ladite situation ressemble encore étrangement …

A celle qu’avait décrite, en pleine lutte pour les droits civiques il y a plus de 50 ans, un certain Martin Luther King ?

Race, Politics and the Zimmerman Trial

The left wants to blame black criminality on racial animus and ‘the system,’ but blacks have long been part of running that system.

Jason L. Riley

WSJ

July 15, 2013

George Zimmerman’s acquittal of murder charges in a Florida court has been followed by predictable calls for America to have a « national conversation » about this or that aspect of the case. President Obama wants to talk about gun control. Civil-rights leaders want to talk about racial profiling. Others want to discuss how the American criminal justice system supposedly targets black men.

All of which is fine. Just don’t expect these conversations to be especially illuminating or honest. Liberals in general, and the black left in particular, like the idea of talking about racial problems, but in practice they typically ignore the most relevant aspects of any such discussion.

Any candid debate on race and criminality in this country would have to start with the fact that blacks commit an astoundingly disproportionate number of crimes. African-Americans constitute about 13% of the population, yet between 1976 and 2005 blacks committed more than half of all murders in the U.S. The black arrest rate for most offenses—including robbery, aggravated assault and property crimes—is typically two to three times their representation in the population. The U.S. criminal-justice system, which currently is headed by one black man (Attorney General Eric Holder) who reports to another (President Obama), is a reflection of this reality, not its cause.

« High rates of black violence in the late twentieth century are a matter of historical fact, not bigoted imagination, » wrote the late Harvard Law professor William Stuntz in « The Collapse of American Criminal Justice. » « The trends reached their peak not in the land of Jim Crow but in the more civilized North, and not in the age of segregation but in the decades that saw the rise of civil rights for African Americans—and of African American control of city governments. »

The left wants to blame these outcomes on racial animus and « the system, » but blacks have long been part of running that system. Black crime and incarceration rates spiked in the 1970s and ’80s in cities such as Cleveland, Detroit, Chicago and Philadelphia, under black mayors and black police chiefs. Some of the most violent cities in the U.S. today are run by blacks.

The jury’s only job in the Zimmerman trial was to determine whether the defendant broke the law when he shot and killed 17-year-old Trayvon Martin last year in a gated community near Orlando, Fla. In cases of self-defense, it doesn’t matter who initiated the confrontation; whether Mr. Zimmerman singled out Martin because he was a black youngster in a neighborhood where there had been a series of burglaries by black youngsters; or whether Mr. Zimmerman disregarded what the police dispatcher told him before he got out of his car. Nor does it matter that Martin was unarmed and minding his own business when Mr. Zimmerman approached.

All that really mattered in that courtroom is whether Mr. Zimmerman reasonably believed that his life was in danger when he pulled the trigger. Critics of the verdict might not like the statutes that allowed for this outcome, but the proper response would not have been for the jury to ignore them and convict.

Did the perception of black criminality play a role in Martin’s death? We may never know for certain, but we do know that those negative perceptions of young black men are rooted in hard data on who commits crimes. We also know that young black men will not change how they are perceived until they change how they behave.

The homicide rate claiming black victims today is seven times that of whites, and the George Zimmermans of the world are not the reason. Some 90% of black murder victims are killed by other blacks.

So let’s have our discussions, even if the only one that really needs to occur is within the black community. Civil-rights leaders today choose to keep the focus on white racism instead of personal responsibility, but their predecessors knew better.

« Do you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards, » Dr. Martin Luther King Jr. told a congregation in 1961. « We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. »

Mr. Riley is a member of the Journal’s editorial board.

Voir aussi:

The Decline of the Civil-Rights Establishment

Black leaders weren’t so much outraged at injustice as they were by the disregard of their own authority

Shelby Steele

WSJ

July 21, 2013

The verdict that declared George Zimmerman not guilty of murdering Trayvon Martin was a traumatic event for America’s civil-rights establishment, and for many black elites across the media, government and academia. When you have grown used to American institutions being so intimidated by the prospect of black wrath that they invent mushy ideas like « diversity » and « inclusiveness » simply to escape that wrath, then the crisp reading of the law that the Zimmerman jury displayed comes as a shock.

On television in recent weeks you could see black leaders from every background congealing into a chorus of umbrage and complaint. But they weren’t so much outraged at a horrible injustice as they were affronted by the disregard of their own authority. The jury effectively said to them, « You won’t call the tune here. We will work within the law.

Today’s black leadership pretty much lives off the fumes of moral authority that linger from its glory days in the 1950s and ’60s. The Zimmerman verdict lets us see this and feel a little embarrassed for them. Consider the pathos of a leadership that once transformed the nation now lusting for the conviction of the contrite and mortified George Zimmerman, as if a stint in prison for him would somehow assure more peace and security for black teenagers everywhere. This, despite the fact that nearly one black teenager a day is shot dead on the South Side of Chicago—to name only one city—by another black teenager.

This would not be the first time that a movement begun in profound moral clarity, and that achieved greatness, waned away into a parody of itself—not because it was wrong but because it was successful. Today’s civil-rights leaders have missed the obvious: The success of their forbearers in achieving social transformation denied to them the heroism that was inescapable for a Martin Luther King Jr. or a James Farmer or a Nelson Mandela. Jesse Jackson and Al Sharpton cannot write a timeless letter to us from a Birmingham jail or walk, as John Lewis did in 1965, across the Edmund Pettus Bridge in Selma, Ala., into a maelstrom of police dogs and billy clubs. That America is no longer here (which is not to say that every trace of it is gone).

The Revs. Jackson and Sharpton have been consigned to a hard fate: They can never be more than redundancies, echoes of the great men they emulate because America has changed. Hard to be a King or Mandela today when your monstrous enemy is no more than the cherubic George Zimmerman.

Why did the civil-rights leadership use its greatly depleted moral authority to support Trayvon Martin? This young man was, after all, no Rosa Parks—a figure of indisputable human dignity set upon by the rank evil of white supremacy. Trayvon threw the first punch and then continued pummeling the much smaller Zimmerman. Yes, Trayvon was a kid, but he was also something of a menace. The larger tragedy is that his death will come to very little. There was no important principle or coherent protest implied in that first nose-breaking punch. It was just dumb bravado, a tough-guy punch.

The civil-rights leadership rallied to Trayvon’s cause (and not to the cause of those hundreds of black kids slain in America’s inner cities this very year) to keep alive a certain cultural « truth » that is the sole source of the leadership’s dwindling power. Put bluntly, this leadership rather easily tolerates black kids killing other black kids. But it cannot abide a white person (and Mr. Zimmerman, with his Hispanic background, was pushed into a white identity by the media over his objections) getting away with killing a black person without undermining the leadership’s very reason for being.

The purpose of today’s civil-rights establishment is not to seek justice, but to seek power for blacks in American life based on the presumption that they are still, in a thousand subtle ways, victimized by white racism. This idea of victimization is an example of what I call a « poetic truth. » Like poetic license, it bends the actual truth in order to put forward a larger and more essential truth—one that, of course, serves one’s cause. Poetic truths succeed by casting themselves as perfectly obvious: « America is a racist nation »; « the immigration debate is driven by racism »; « Zimmerman racially stereotyped Trayvon. » And we say, « Yes, of course, » lest we seem to be racist. Poetic truths work by moral intimidation, not reason.

In the Zimmerman/Martin case the civil-rights establishment is fighting for the poetic truth that white animus toward blacks is still such that a black teenager—Skittles and ice tea in hand—can be shot dead simply for walking home. But actually this establishment is fighting to maintain its authority to wield poetic truth—the authority to tell the larger society how it must think about blacks, how it must respond to them, what it owes them and, then, to brook no argument.

The Zimmerman/Martin tragedy has been explosive because it triggered a fight over authority. Who gets to say what things mean—the supporters of George Zimmerman, who say he acted in self- defense, or the civil-rights establishment that says he profiled and murdered a black child? Here we are. And where is the authority to resolve this? The six-person Florida jury, looking carefully at the evidence, decided that Mr. Zimmerman pulled the trigger in self-defense and not in a fury of racial hatred.

And here, precisely at the point of this verdict, is where all of America begins to see this hollowed- out civil-rights establishment slip into pathos. Almost everyone saw this verdict coming. It is impossible to see how this jury could have applied the actual law to this body of evidence and come up with a different conclusion. The civil-rights establishment’s mistake was to get ahead of itself, to be seduced by its own poetic truth even when there was no evidence to support it. And even now its leaders call for a Justice Department investigation, and they long for civil lawsuits to be filed—hoping against hope that some leaf of actual racial victimization will be turned over for all to see. This is how a once-great social movement looks when it becomes infested with obsolescence.

One wants to scream at all those outraged at the Zimmerman verdict: Where is your outrage over the collapse of the black family? Today’s civil-rights leaders swat at mosquitoes like Zimmerman when they have gorillas on their back. Seventy-three percent of all black children are born without fathers married to their mothers. And you want to bring the nation to a standstill over George Zimmerman?

There are vast career opportunities, money and political power to be gleaned from the specter of Mr. Zimmerman as a racial profiler/murderer; but there is only hard and selfless work to be done in tackling an illegitimacy rate that threatens to consign blacks to something like permanent inferiority. If there is anything good to be drawn from the Zimmerman/Martin tragedy, it is only the further revelation of the corruption and irrelevance of today’s civil-rights leadership.

Mr. Steele is a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution. Among his books is « White Guilt » (HarperCollins, 2007).

Voir également:

The Zimmerman Verdict

WSJ

July 15, 2013

New federal civil-rights charges would smack of double jeopardy.

An American criminal defendant is presumed to be innocent until proven guilty beyond a reasonable doubt, and that’s the standard to keep in mind when considering the jury’s not guilty verdict Saturday for George Zimmerman in the murder of 17-year-old Trayvon Martin.

The case has been fraught with racial politics from the start, but inside the Sanford, Florida courtroom, the jurors had to wrestle with the standard that is a hallmark of American justice. No one but Mr. Zimmerman knows what happened that early evening in 2012 when he followed Martin, an unfamiliar young, African-American male visiting the neighborhood. A scuffle ensued, Zimmerman shot Martin in what he says was self-defense, and prosecutors never produced an eyewitness or even much evidence to disprove Mr. Zimmerman.

The verdict compounds the tragedy for the Martin family, but no one can claim that their son was not represented in court. The state threw everything it had at Mr. Zimmerman. Gov. Rick Scott replaced local prosecutors with a special team from Jacksonville, the judge often ruled favorably for the prosecution, including the addition of the lesser manslaughter charge (in addition to second-degree murder) at the end of the trial.

Still the state could not prove its case to the satisfaction of the six jurors, all women, for whom the easiest decision in terms of public approval would have been to convict. No less than President Obama had commented on the local case after Mr. Zimmerman was not originally charged by local authorities.

« If I had a son, he’d look like Trayvon, » Mr. Obama said. He was echoed by hundreds of politicians and commentators who wanted to put racial profiling on trial as much as they did Mr. Zimmerman. But a criminal trial is not a legislature, or a venue to debate social policy.

Benjamin Jealous of the NAACP is already lobbying Attorney General Eric Holder to indict Mr. Zimmerman on federal civil-rights charges. To do so and win a conviction would require proof that Mr. Zimmerman was motivated by racial animus when the record shows little more than a reference by Mr. Zimmerman to « punks » in a comment to a police dispatcher.

Millions of Americans would see such federal charges as an example of double jeopardy, and a politicized prosecution to boot. In this context, it was good to see Mr. Obama’s statement Sunday that « we are a nation of laws, and a jury has spoken. »

The larger issue of how American society, and especially the police, treat young black males deserves attention and often receives it. There is no doubt that many law-abiding black men are eyed suspiciously in some quarters because they are black. The motivation may sometimes be racial. But such a discussion also cannot exclude that the main victims of crimes committed by young black men are other blacks. A policy like New York City’s « stop and frisk » rule prevents more crime in minority neighborhoods against minorities than it does in white areas of Manhattan.

Mr. Zimmerman made many mistakes that February evening, not least failing to heed police advice not to pursue Martin. Despite his acquittal, he will pay for those mistakes for years as he defends against a possible civil suit and must wear a bullet-proof vest to protect himself from threats of violent revenge that he has to take seriously.

If there is any satisfaction in his acquittal, it is that the jurors followed the law’s requirements that every defendant deserves a fair trial, even one who becomes a symbol of our polarized racial politics.

 Voir encore:

The Zimmerman Verdict and the Broader Perspective

Letters to the Editor

WSJ

LETTERS July 21, 2013

The Zimmerman Verdict and the Broader

Perspective

Zimmerman verdict shows our system working as designed.

Regarding your editorial « The Zimmerman Verdict » (July 15): The outcry over the Zimmerman not-guilty verdict reveals the general public’s ignorance of the U.S. criminal justice system. A guilty verdict means the government presented evidence against the defendant proving guilt beyond a reasonable doubt. A not-guilty verdict means the evidence could have been 70% to 85% against the defendant, but still subject to a reasonable doubt. To win a civil damages case the party bringing the suit need only present a weight or preponderance of evidence, meaning 51% or greater, to prevail.

Trayvon Martin’s family could very well sue Mr. Zimmerman in civil court and win a damages award under the lower « weight of evidence » standard of proof. O.J. Simpson’s victims did just that and won big. Whether they actually collected anything is another matter. Despite having sat through civics classes in high school and perhaps American government in college, Americans still naively view the criminal justice system as a « High Noon » good versus evil shootout, which it is not and never was, but still is the best in the world.

David P. Carter

Seminole, Fla.

After weeks of Mr. Zimmerman’s trial, we are now inundated with negative reactions, including demonstrations, against his not-guilty verdict. More amazing is the possibility that the federal government might try him a second time. Meanwhile, completely unnoticed, the Chicago Tribune reported 74 shooting victims and 12 deaths during the same Fourth of July period in President Obama’s hometown.

Dick Ettington

Palos Verdes, Calif.

What a refreshingly honest and courageous article by Jason Riley (« Race, Politics and the Zimmerman Trial, » op-ed, July 16). I hope that any « national conversation » about these issues would, similarly, use facts and data to make arguments, rather than the emotional distortions that more typically drown out rational discussion. By accepting the real risk of being labeled a bigot, he has provided a factual guide to help focus the broader discussion. The disproportionate rate of crime in and against black communities cannot be effectively addressed without honest and frank assessments based on the available data.

Richard Zahren

Pittsburgh

Mr. Riley’s piece is proper but misses the injustice done to the defendant by the prosecution.

Though Mr. Zimmerman won the trial, he lost everything of value to him and his parents. They cannot live in their own home. They must be in hiding from the fear of death threats against them.

Mr. Zimmerman cannot get a job easily. He will have to pay legal fees for his defense. If this were a civil case, the plaintiff would have to pay his attorney fees for losing the unwarranted trial without weighing the facts of the case.

If the Justice Department continues on the same journey by bringing charges, it would further ruin Mr. Zimmerman.

Shantu Shah

Portland, Ore.

Mr. Riley writes that « young black men will not change how they are perceived until they change how they behave. » All citizens deserve equal rights, including the right to freedom of movement. By appearing to hold law-abiding individuals responsible for wrongdoers in their (perceived) group, statements like this amount to an apology for interference with these rights.

Jonathan Levine

Ann Arbor, Mich.

Voir par ailleurs:

EU’s Moral Confusion on Terrorism

Emanuele Ottolenghi

Commentary

07.22.2013

Today, the European Union decided to put the armed wing of Hezbollah on its terror list. This is a welcome, if belated, step, given that it took the EU a whole year after Hezbollah conducted a murderous operation on European soil to take action.

It is also a sign of the moral confusion reigning over EU Middle East foreign policy.

You will be shocked to know that a Google search for “red brigades” and “armed wing” will not yield much. Same for “IRA” and “armed wing.” Or Baader-Mainhof group and the same. Can you imagine, for example, a 1979 headline from an Italian daily announcing that the European Economic Community (the precursor to the European Union) had finally deliberated, a year after the Italian Red Brigades had kidnapped and murdered a former prime minister, that only their armed wing deserved to be called a terrorist group?

Granted, the EEC powers were more limited back then. But Europeans never found it as difficult to look at terror organizations and call them by their name. They did not waste time in intellectual contortionism and rhetorical hair splitting about what these organizations were–or what their members engaged in. The IRA, ETA, the Red Brigades, and the entire array of murderous groups from the extreme left and the extreme right of the European political spectrum became terrorists the minute they impugned a weapon and sought to achieve their political goals by murdering their adversaries and occasionally killing civilians indiscriminately. That those who gave the orders may have sat in an elected body, worked as members of a respectable profession, or served as the heads of a charitable foundation mattered little.

It took no great wisdom to see that the hand that held the gun and the mind that guided it were one and the same thing–that there was an inseparable, organic link between the ideologues who provided moral, intellectual, and political justification for violence, which in turn guided the violent executioners’ actions.

Similarly, there is no trace in newspaper clips or court proceedings for an “armed wing” of the mob or an “armed wing” of the drug cartels, which are somehow distinct, in terms of “command responsibility” from the rest of the organization. Mob hit man Giovanni Brusca, one of the Corleone clan’s most ruthless killers, did not somehow belong to the “armed wing” of the mafia, where he killed people unbeknownst to the otherwise charitable dons. The Mexican Zetas certainly have a military wing–more like an army of gruesome murderers–and it is certainly integral to the entire organization and its aims. Whether the Zetas or the mob provide a pension to their family members or send them to good doctors is immaterial to the way we understand these groups, their aims, and their methods. Nor are their business interests somehow classified into “legitimate” and “illegitimate.” Whether it’s drug trafficking or money laundering through art and real estate, we call it criminal, because … well, it is criminal.

But the EU sticks to its own imagined distinction when it comes to radical Islamic groups engaged in terrorist activities. Though you will be hard pressed to find reference to an armed wing of Hezbollah within Hezbollah, such references abound in the Western press. It is a convenient way to avoid having to tackle the problem of Hezbollah–a proxy of the Iranian regime whose ideology justifies the use of violence for political ends and whose entire structure thus serves the purpose of carrying out such violence.

All this, of course, is not to make the perfect the enemy of the good–better sanctions against a legal fiction than no sanctions at all, if the former have more real consequences than the latter.

But longer term, the EU will prove itself yet again ineffectual in the Middle East unless it is prepared to exercise moral clarity and recognize that the “armed wing” of Hezbollah is not a case of the right hand not knowing what the left hand does–more like a case of a division of labor within an organization where the military wing executes the vision of its political leadership.

Voir de même:

The High Price of Kerry’s Pyrrhic Victory

Jonathan S. Tobin

Commentary

07.19.2013

After weeks of looking silly chasing his tail in what appeared to be a futile attempt to revive Middle East peace talks, Secretary of State John Kerry is looking like a winner this afternoon as he was able to announce that he had been able to “establish a basis” for a new round of negotiations of between Israel and the Palestinian Authority. Assuming the Palestinians actually show up next week in Washington as Kerry thinks they will, this will be something of a victory for a secretary who has gone from humiliation to humiliation during his brief term in office. Even if all it amounts to is a photo op, Kerry can claim it is evidence of the diplomatic prowess he thinks he possesses. But before he starts writing his Nobel Peace Prize acceptance speech (if it isn’t already composed at least in his head), we need to understand that it is highly unlikely that anything good may come of this initiative. Even worse, the price the United States has paid for getting even this far may be far higher than any possible good that could come from this event.

It should be understood that the tentative and highly conditioned agreement to return to negotiations was only won by an American agreement to accept Palestinian preconditions that President Obama had already rejected and that would, in no small part, tilt the diplomatic playing field against Israel:

Ahmed Majdalani, a PLO executive committee member, told the Associated Press that Kerry has proposed holding talks for six to nine months focusing on the key issues of borders and security arrangements. He said Kerry would endorse the 1967 lines as the starting point of negotiations and assured the Palestinians that Israel would free some 350 prisoners gradually in the coming months.

This came after President Obama phoned Prime Minister Netanyahu yesterday to pressure him to cooperate with Kerry. Israel had already agreed to talk without preconditions, but apparently the president wanted Netanyahu’s assurance that he would not protest the way the secretary had buckled to PA leader Mahmoud Abbas’s conditions. But having arrived at negotiations in this manner, neither Kerry nor Obama seems to have considered what comes next. The Palestinians have already made it abundantly clear that they won’t actually negotiate in good faith but will only show up expecting the U.S. to deliver Israeli concessions to them on a silver platter. Even if he wanted to sign an accord, Abbas hasn’t the power to speak for all Palestinians. Since that is a certain formula for failure, it is incumbent on Washington to understand that another breakdown in talks could serve as a new excuse for Palestinian violence.

The reason why rational observers have been so wary of Kerry’s initiative is not just the fact that the Palestinians had no interest in returning to negotiations they’ve been boycotting for four and a half years. Both Israel and the Palestinians didn’t wish to obstruct Kerry’s desire for talks. He might have left off once the Palestinians demonstrated their lack of interest, but since he persisted in this manner, they felt they had no choice but to show up.

But Abbas and the PA are too weak to agree to any deal that would conclusively end a conflict that neither Hamas nor much of Fatah actually wants to end. Recognizing the legitimacy of a Jewish state, no matter where its borders might be drawn, is something that no Palestinian leader can afford to do at this point in history. The culture of Palestinian politics that has revolved around the delegitimization of Israel and Jewish history makes it impossible. That’s why they’ve already rejected three Israelis offers of a Palestinian state including almost all of the West Bank and a share of Jerusalem. So even if Netanyahu were foolish enough to agree to withdrawals that would, in effect, recreate the independent Palestinian terror state that already exists in Gaza in the West Bank, Abbas still can’t say yes.

But by forcing this confrontation at a time when conditions simply don’t exist for a resolution of the conflict, Kerry is not just occupying himself with an issue that is clearly less pressing that the other crises in the Middle East like Egypt, Syria or the Iranian nuclear threat. Since failure is foreordained and the Palestinians are likely to bolt the talks at the first opportunity, what will follow will be far worse than merely a continuation of the present stalemate. The Palestinians will treat any outcome—even one created by their intransigence—as an excuse for either an upsurge in violence against Israel or an effort to use their status at the United Nations to work to further isolate the Jewish state.

Just as damaging, by again putting the U.S. seal of approval on the Palestinian demand for the 1967 lines as Israel’s borders, Kerry and Obama have also worsened Israel’s position once the talks collapse. Any outcome other than total Israeli acquiescence to Palestinian demands would also serve as justification for more European Union sanctions on Israel, even, as is likely, if such a surrender were to fail to be enough to entice the Palestinians to take yes for an answer.

Netanyahu will be criticized by many in his party for going along with what is likely to be at best, a farce, and, at worst, a dangerous trap. But having already rightly said that he was willing to negotiate with Abbas under any circumstance, he must send representatives to Washington. But neither he, the people of Israel, nor the Jewish state’s friends in this country should be under any illusions that what will ensue from Kerry’s diplomatic experiment will be helpful.

As much as Israel wants and needs peace, the conflict is at a stage when the best that can be hoped for is that it be managed in such a way as to minimize violence and encourage Palestinian development. Though Kerry is offering the PA lots of cash, there is little chance it will be used appropriately or get the desired result.

Next week’s talks may be heralded as an unprecedented opportunity for peace, but the odds are, we will look back on this moment the way we do foolhardy efforts such as President Clinton’s Camp David summit in 2000 that set the stage for a bloody intifada that cost the lives of over a thousand Jews and far more Palestinians. The agreement to talk about talking is a pyrrhic victory for Kerry. Those who cheer this effort should think hard about who will bear the responsibility for the bloodshed that could result from Kerry’s folly.

Voir enfin:

Caught in the Flytrap of Tehran

The new president of the Islamic Republic, a reputed reformist, has invited exiles to return to Iran without fear. The last such offer had tragic results.

Bret Stephens

WSJ

July 22, 2013

« The Shanghai Russians expressed their delight. They were told they could take with them as many possessions as they wanted and whatever they wanted. . . . They were told they could settle wherever they wanted to in the Soviet Union and, of course, work at any profession or trade. They were transported from Shanghai in steamships. »

This is from Aleksandr Solzhenitsyn’s « The Gulag Archipelago. » It describes a postwar episode when Joseph Stalin lured expatriate Russians—many of them exiles (or children of exiles) from the Russian Revolution—back to the Soviet Union with patriotic appeals to rebuild their shattered motherland. Russians from Shanghai to Paris heeded the call, seeking to show, as Solzhenitsyn wryly noted, that « they had not been lying previously about their love » of their ancestral home.

The history comes to mind following a speech last week by Hassan Rouhani, Iran’s president-elect and reputed moderate. Addressing a group called the « Assembly of the Pioneers for Jihad and Martyrdom, » Mr. Rouhani made an overture to Iranians living abroad who wanted to make their peace with the regime.

« Those [Iranians] who are ready to return should have the way paved for them, since repentance is for everyone, » he said, according to a report by Radio Farda.

In 1945. . . a plenipotentiary from the Soviet government went to Shanghai and announced a decree of the Presidium of the Supreme Soviet extending forgiveness to all émigrés. Well, now, how could one refuse to believe that? The government certainly couldn’t lie! . . .

This isn’t the first time a supposedly reformist president of the Islamic Republic urged the estimated three million exiled Iranians to come home. Beginning in the early 1990s, and especially after Mohammad Khatami’s election as president in 1997, the regime made the same pitch. « Today, Islamic Iran opens its arms to you, » Mr. Khatami said in a message to exiles, adding that they were needed to help rebuild the country. Promises were made that no returnee would face prison time.

It’s impossible to say how many exiles returned to Iran for good. But many did begin traveling back and forth from the country, often for long stints, to work or study or visit relatives. Mr. Khatami’s outreach also had the effect of dividing the exile community politically between those who thought the regime could never be trusted and needed to be toppled, and those who believed in engaging it for the sake of reform.

It was the latter camp that wound up having the greatest influence in the West, not least by providing intellectual cover and moral standing to U.S. and European policy makers eager to reach out to Iran and make concessions. But it was also this camp that often paid the greatest personal price for trusting the regime.

Consider Ramin Jahanbegloo, a well-known Iranian philosopher and advocate of cultural dialogue. He was teaching at the University of Toronto when he decided to return to Iran in 2001 to take up an academic post. In 2006 he was imprisoned for four months on suspicion of being « one of the key elements in the American plan for the smooth toppling of the Islamic regime, » according to the Iranian Jomhuri Eslami newspaper.

Similar prison ordeals awaited Iranian expatriates such as Woodrow Wilson Center scholar Haleh Esfandiari, journalist Maziar Bahari, businessmanAli Shakeri, urban planner Kian Tajbakhsh. Far worse was the fate of Iranian-Canadian photojournalist Zahra Kazemi, who was arrested, tortured, raped and beaten to death in July 2003.

Then there is Hossein Derakhshan, a left-wing blogger who in 2006 made a case in the Washington Post for Iran’s acquisition of nuclear weapons. But he also visited Israel that year, writing that while it might be illegal for him to do so as an Iranian, as « a citizen of Canada I have the right to visit any country I want. » He was arrested in Iran in 2008, held in solitary confinement and tortured. In 2010 he was sentenced by an Iranian court to 19.5 years in Tehran’s infamous Evin prison.

Which brings us back to Mr. Rouhani’s invitation to Iranian exiles to return and repent. Last week, I asked dissident Saeed Ghasseminejad, a leader of the Iranian Liberal Students and Graduates who was jailed in Evin before coming to the U.S., how he would respond to the president-elect’s offer.

« The one who should repent his sins is Mr. Rouhani himself, » Mr. Ghassaminejad wrote me in an email. « He is part of a regime which has killed, raped and tortured thousands and expelled and displaced millions of Iranians. »

It would be nice if the West could treat the arrival of yet another alleged regime reformer with the same hard-earned skepticism. In the meantime, it’s worth recalling what happens to those who put their faith in the word of a totalitarian regime:

« The fate of the passengers varied. . . . Some of them were actually delivered to inhabited places, to cities, and allowed to live there for two or three years. Others were delivered in trainloads straight to their [Gulag] camps and were dumped out somewhere off a high embankment into the forest beyond the Volga, together with their white pianos and their jardinieres.

« In 1948-1949, the former Far Eastern emigres who had until then managed to stay out of camps were scraped up to the last man. »


Antisémitisme: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (Mark Twain and the Jews: When good intentions are not enough)

22 juillet, 2013
http://hiram7.files.wordpress.com/2008/06/mark-twain.jpgEt si Dieu était juif ça t´inquiéterait petite ? Serge Gainsbourg
Comment peut-on ne pas lire dans cette pièce le désir de caricature alors que le cliché de la riche juive (comme tous les autres) est montré, souligné, expliqué avec autant de transparence? Eric Noël (dramaturge canadien)
On m’a expliqué que tous ces stéréotypes étaient là pour être dénoncés, écrit-il dans un des textes qu’il a rédigés depuis la représentation de cette pièce. Selon des membres de la troupe, tous les personnages étaient déshumanisés et stéréotypés, pas seulement les juifs : la Chinoise tenait un balai, la prostituée était vulgaire […]. Puisque tout le monde en prend, pourquoi pas les juifs. Je me permets simplement de rappeler que tous les stéréotypes n’ont pas la même histoire. Certains stéréotypes ont servi à tuer. Ils ont même beaucoup tué. Michel Goldberg (professeur, université de la Rochelle)
Pourquoi, à votre avis, les Juifs sont-ils encore aujourd’hui la cible de tant d’animosités et que peuvent-ils faire en Amérique ou à l’étranger pour éviter cela ? Avocat juif américan (lettre à Mark Twain)
Si les statistiques sont justes, les juifs constituent un quart de un pour cent de la race humaine… A proprement parler, on ne devrait pas entendre parler d’eux. Mais on parle d’eux, on a toujours parlé d’eux. Les juifs ne sont pas plus importants que les autres peuples, mais leur place est pourtant hors de proportion avec la petitesse de leur nombre. Leur contribution à la liste des grands noms de la littérature, de la science, de l’art, de la musique, de la finance, de la médecine et des connaissances absconses, est également hors de proportion avec leur nombre… Les Egyptiens, les Babyloniens et les Perses s’élevèrent, remplirent la planète de sons et de splendeur, puis s’évanouirent comme dans un rêve pour ne plus revenir ; les Grecs et les Romains suivirent faisant grand bruit pour disparaître à leur tour… Les juifs les ont vu passer tous, leur ont survécu et demeurent ce qu’ils ont toujours été… Toutes choses meurent sauf les juifs ; les autres forces passent mais ils restent. Quel est le secret de leur immortalité ? Mark Twain
J’ai la conviction que la persécution du Juif n’est pas due pour une large part à des préjugés religieux. Non, le Juif est un faiseur d’argent. Il en a fait la fin et le but de sa vie. Il l’est depuis toujours. Son succès l’a rendu ennemi de toute la race humaine. Mark Twain
Le Juif est un homme d’argent ? Les familles Vanderbilt, Gould, Astor, Havemeyer, Rockefeller, Mackay, Huntington, Armure, Carnegie, Sloane, Whitney, n’étaient pas Juives, et contrôlaient pourtant plus de vingt-cinq pour cent de toutes les richesses distribuées aux États-Unis. Rabbin M. S. Levy
From the beginning of the Dreyfus case to the end of it all France, except a dozen moral paladins, lay under the smother of the silent assertion-lie that no wrong was being done to a persecuted and unoffending man. Mark Twain (1899)
It was an odious spectacle–odious and awful. For one moment it was an unbelievable thing–a thing beyond all credibility; it must be a delusion, a dream, a nightmare. But no, it was real–pitifully real, shamefully real, hideously real. These sixty policemen had been soldiers, and they went at their work with the cold unsentimentality of their trade. They ascended the steps of the tribune, laid their hands upon the inviolable persons of the representatives of a nation, and dragged and tugged and hauled them down the steps and out at the door; then ranged themselves in stately military array in front of the ministerial estrade, and so stood. (…) Some of the results of this wild freak followed instantly. The Badeni government came down with a crash; there was a popular outbreak or two in Vienna; there were three or four days of furious rioting in Prague, followed by the establishing there of martial law; the Jews and Germans were harried and plundered, and their houses destroyed; in other Bohemian towns there was rioting–in some cases the Germans being the rioters, in others the Czechs–and in all cases the Jew had to roast, no matter which side he was on. Mark Twain
The show of military force in the Austrian Parliament, which precipitated the riots, was not introduced by any Jew. No Jew was a member of that body. No Jewish question was involved in the Ausgleich or in the language proposition. No Jew was insulting anybody. In short, no Jew was doing any mischief toward anybody whatsoever. In fact, the Jews were the only ones of the nineteen different races in Austria which did not have a party – they are absolutely non-participants.Yet in your article you say that in the rioting which followed, all classes of people were unanimous only on one thing, viz., in being against the Jews. (…) Tell me, therefore, from your vantage-point of cold view, what in your mind is the cause. Can American Jews do anything to correct it either in America or abroad? Will it ever come to an end? Will a Jew be permitted to live honestly, decently, and peaceably like the rest of mankind? What has become of the golden rule? American Jewish lawyer
Have you heard of his [Herzl’s] plan? He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. At the Convention of Berne, last year, there were delegates from everywhere, and the proposal was received with decided favor. I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.
When I published the above article in Harper`s Monthly, I was ignorant — like the rest of the Christian world — of the fact that the Jew had a record as a soldier. I have since seen the official statistics, and I find that he furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 percent of his numerical strength — the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections. This large fact means more than it seems to mean; for it means that the Jew`s patriotism was not merely level with the Christian`s, but overpassed it. (…) In the above article I was not able to endorse the common reproach that the Jew is willing to feed upon a country but not to fight for it, because I did not know whether it was true or false. I supposed it to be true, but it is not allowable to endorse wandering maxims upon supposition — except when one is trying to make out a case. That slur upon the Jew cannot hold up its head in presence of the figures of the War Department. It has done its work, and done it long and faithfully, and with high approval: it ought to be pensioned off now, and retired from active service. Mark Twain
In his very attempt to extol the race in question, he ratified the most inflammatory pretext for resentment. Justin Kaplan
The Jew “has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him,” Twain wrote. “He could be vain of himself, and be excused for it.” But in Twain’s telling, there is scant mystery as to why Jews have been the objects of such enmity, going all the way back to the beginnings of history. In his decidedly eccentric take on Genesis 41, Joseph cornered the grain market and charged exorbitant prices when famine struck, beggaring the Egyptian nation. The real problem with Jews, Twain goes on, is that they’re too clever by half. If a Jew “entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.” (…) For all that, Twain’s admiration for the Jews was genuine; it is to his credit that he wrote and published a postscript in 1904, “The Jew as Soldier,” in which he corrected his animadversions on the Jews’ “unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier.” Far from avoiding military service, he wrote, the Jews “furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 per cent of his numerical strength—the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections.” The Jewish capacity for “fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one’s,” he added. Still, it is a testament to Twain’s wrongheadedness in other respects that “Concerning the Jews” sparks lively discussions on white nationalist websites to this day. What they focus on aren’t his suppositions about Jewish intellectual superiority. It is his off the cuff observations like this one: “the Jew is a money-getter. He made it the end and aim of his life. He was at it in Rome. He has been at it ever since. His success has made the whole human race his enemy. Arthur Goldwag
Mark Twain, considered America’s greatest writer, was far more than a humorist. After the Civil War, he served as America’s conscience on ethnic and racial issues. Twain defended Jews, African-Americans and Indians against prejudice. While a majority of his contemporaries negatively stereotyped the Jewish people, Twain defended Jewry in word and deed. Ironically, his major published protest against anti-Semitism alienated some of the American Jews he tried to defend. (…) In his youth, Twain held the same negative stereotypes of Jews that his neighbors embraced – that they were all acquisitive, cowardly and clannish. Hannibal, Missouri, his hometown, had only one Jewish family, the Levys, and Twain joined in hazing the young Levy sons. In 1857, Twain wrote a humorous but uncomplimentary newspaper article about Jewish coal dealers for a Keokuk, Iowa newspaper. (…) Twain replaced his earlier negative stereotype of the Jewish people with another, more positive one. (…) While Twain had meant to pay the Jewish people a compliment, his facts were inaccurate. Some of these inaccuracies would later haunt him. (…) Twain argued that prejudice against Jews derived neither from their public conduct nor their religion, but from envy that Christians felt toward Jewish economic achievements. He cited the speech of a German lawyer who wanted the Jews driven from Berlin because, according to the lawyer, « eighty-five percent of the successful lawyers of Berlin were Jews. » Twain observed that envy « is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion. » Twain thought Jewish success a product of their good citizenship, family loyalty, intelligence and business acumen. He thought crime and drunkenness non-existent among Jews; that they cared for their needy without burdening the larger community; and that they were honest in business. Yes, honest in business. Twain knew most of his contemporaries viewed Jewish businessmen as crooked, but he cited the very success of Jews as proof of their integrity. (…) Twain mistakenly criticized world Jewry for not taking an active role in the Dreyfus Affair. He suggested that Jews should become a political force by concentrating their votes behind single issues, candidates and parties, and that they organize military companies to raise their prestige. He believed that Jews exhibited an « unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier, » and that they had made no significant contributions to American independence. (…) Twain described « Concerning the Jews » as « my gem of the ocean, » but predicted « neither Jew nor Christian will approve it. » In the case of America’s Jewish leadership, he proved correct. Jewish critics acknowledged Twain’s respect for Jews but bemoaned his errors of fact. They denied that Jews had played a minimal role in gaining American liberty, or that they dominated commerce, or that they shirked military duty. Several critics were especially offended by Twain’s saying that Jews had done nothing to help acquit Captain Dreyfus. His friendliest critics believed that Twain was innocently ignorant of the facts. (…) Twain took the criticism to heart. In 1904, he wrote a postscript to his essay titled « The Jew as Soldier, » conceding that Jews had indeed fought in the Revolution, the War of 1812 and the Mexican War in numbers greater than their percentage of the population. This meant that « the Jew’s patriotism was not merely level with the Christian’s but overpassed it. » Twain did not respond to Levy’s charges about Jews in the economy, but he never again raised this stereotype in print. Jewish Virtual library

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, s’il on en croit une série de rapports de l’Union Européenne enterrés comme il se doit, 40% des Européens déclarent des opinions anti-israéliennes …

Et où, pour mieux faire passer son apologie de Mahomet, le premier petit révisionniste venu nous fait du Jésus historique non seulement un chef de guerre mais un chef de guerre raté …

Pendant que, pour dénoncer la mondialisation  dans l’université française, on se paie le luxe de jouer avec le stéréotype de la « riche juive »

Retour, avec la Jewish Virtual Library, sur un texte du célèbre écrivain et pamphlétaire américain Samuel Clemens dit Mark Twain, souvent présenté comme une défense des juifs …

Le fameux « A propos des juifs » que l’auteur avait publié au retour d’un long séjour en Europe en 1898 où, de l’Affaire Dreyfus au parlement autrichien, il avait pu toucher du doigt la virulence de l’antisémitisme européen …

Mais aussi d’une question qui lui avait été posée par un juriste juif-américain sur les raisons d’un tel phénomène et les éventuelles solutions qui pouvaient y être portées …

Pour découvrir en fait, derrière l’intention indéniablement apologétique du texte (surtout si on le remet dans son contexte historique d’une population occidentale, écrivains compris, largement antisémite à une époque où les statistiques n’étaient bien sûr pas aussi disponibles qu’aujourd’hui), un ramassis d’affirmations et d’hypothèses plus ou moins sérieuses présentées comme faits …

Mais surtout, derrière les contre-stéréotypes positifs mais jamais vraiment étayés (comme le reconnaitra, dans un courageux post script, Clemens lui-même) et le vrai stéréoptype de la sur-rapacité supposée des juifs (d’un Joseph super-prévaricateur qui coule à lui tout seul l’économie égyptienne aux dangers similaires que pourrait présenter un futur Etat d’Israël !) comme mobile ultime de l’envie des autres peuples…

L’embarrassant honneur, comme l’avait prévu l’auteur lui-même, de non seulement déplaire à tous, non-juifs  comme juifs …

Mais de pouvoir être utilisé aussi bien par les philosémites que les antisémites

Mark Twain and the Jews

Jewish Virtual Library

Mark Twain, considered America’s greatest writer, was far more than a humorist. After the Civil War, he served as America’s conscience on ethnic and racial issues. Twain defended Jews, African-Americans and Indians against prejudice. While a majority of his contemporaries negatively stereotyped the Jewish people, Twain defended Jewry in word and deed. Ironically, his major published protest against anti-Semitism alienated some of the American Jews he tried to defend.

In his youth, Twain held the same negative stereotypes of Jews that his neighbors embraced – that they were all acquisitive, cowardly and clannish. Hannibal, Missouri, his hometown, had only one Jewish family, the Levys, and Twain joined in hazing the young Levy sons. In 1857, Twain wrote a humorous but uncomplimentary newspaper article about Jewish coal dealers for a Keokuk, Iowa newspaper.

Twain seems to have had a change of heart about Jews around the time of the Civil War. He confided to his daughter Suzy that « the Jews seemed to him a race to be much respected . . . they had suffered much, and had been greatly persecuted, so to ridicule or make fun of them seemed to be like attacking a man when he was already down. And of course that fact took away whatever was funny in the ridicule of a Jew.

A key moment came in 1860, when a trusted Mississippi River captain, George Newhouse, told Twain a story (the veracity of which cannot be established) about courageous Jew who boldly saved a slave girl in a poker dispute between a desperate planter and a cheating, knife-yielding gambler. The Jew killed the cheater in a duel and returned the slave girl to the planter’s daughter, who had been her mistress, friend and companion from birth. Twain later reported hearing similar versions of this story from other « eye witnesses » as well.

In the moral world of 1860, returning a slave girl to her mistress rather than freeing her was an act of chivalry and Twain saw no contradiction in it. Rather, the story led Twain to conclude that the Jewish hero was « an all-around man; a man cast in a large mould. » These same words found their echo in Twain’s reaction upon learning in 1909 that his daughter Clara was engaged to a Russian-Jewish pianist, Ossip Gabtilowitsch. Twain told Clara, « Any girl could be proud to marry him. He is a man – a real man. »

Twain replaced his earlier negative stereotype of the Jewish people with another, more positive one. In 1879, he wrote privately:

Sampson was a Jew – therefore not a fool. The Jews have the best average brain of any people in the world. The Jews are the only race who work wholly with their brains and never with their hands. There are no Jewish beggars, no Jewish tramps, no Jewish ditch diggers, hod-carriers, day laborers or followers of toilsome, mechanical trades. They are peculiarly and conspicuously the world’s intellectual aristocracy.

In truth, there were indeed impoverished Jewish beggars, as there were sweated Jewish toilers in the garment and cigar industries. Just a year earlier, New York’s Jewish cigar makers conducted a bitter, five-month strike for higher pay and shorter hours. While Twain had meant to pay the Jewish people a compliment, his facts were inaccurate. Some of these inaccuracies would later haunt him.

Twain’s personal view of Jews meant little until March 1898, when he wrote an article titled « Stirring Times in Austria. » Twain had been living in and traveling around Europe to gather materials for his writing, and settled in Vienna in 1896. As part of a complicated attempt to hold together the Austro-Hungarian Empire in the face of ethnic nationalist fervor, in 1898 the imperial Hapsburg family designated Czech as the official language of Bohemia (the major province of what is now the Czech Republic), displacing the more popular German. This policy triggered rioting by German-speaking members of the Austrian parliament, who wanted German language and culture to predominate in the empire. To distract the populace, according to Twain, the Austrian government stirred up anti-Semitic feelings, and Vienna’s Jews became the victims of widespread attacks, both political and physical.

In March 1898, Harper’s Magazine published Twain’s essay. Historian Philip Foner notes, « At the very close of the lengthy article, [Twain] mentioned, without comment, the attacks on the Jews, pointing out that, although they were innocent parties in the dispute, they were ‘harried and plundered.’ Twain noted, ‘In all cases the Jew had to roast, no matter which side he was on.’ »

Twain’s account generated several letters, and one poignant response in particular from an American Jewish lawyer who asked Twain « why, in your judgment, the Jews have been, and are even now, in these days of supposed intelligence, the butt of baseless, vicious animosities? » The lawyer asked, « Can American Jews do anything to correct [this prejudice] either in America or abroad? Will it ever come to an end?

In response, Twain penned « Concerning the Jews, » which Harper’s also published. Twain expected the article to please almost no one. His prediction was correct.

Twain argued that prejudice against Jews derived neither from their public conduct nor their religion, but from envy that Christians felt toward Jewish economic achievements. He cited the speech of a German lawyer who wanted the Jews driven from Berlin because, according to the lawyer, « eighty-five percent of the successful lawyers of Berlin were Jews. » Twain observed that envy « is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion. »

Twain thought Jewish success a product of their good citizenship, family loyalty, intelligence and business acumen. He thought crime and drunkenness non-existent among Jews; that they cared for their needy without burdening the larger community; and that they were honest in business. Yes, honest in business. Twain knew most of his contemporaries viewed Jewish businessmen as crooked, but he cited the very success of Jews as proof of their integrity. He wrote:

A business cannot thrive where the parties do not trust each other. In the matter of numbers, the Jew counts for little in the overwhelming population of New York, but that his honesty counts for much is guaranteed by the fact that the immense wholesale business of Broadway, from the Battery to Union Square, is substantially in his hands. »

Twain mistakenly criticized world Jewry for not taking an active role in the Dreyfus Affair. He suggested that Jews should become a political force by concentrating their votes behind single issues, candidates and parties, and that they organize military companies to raise their prestige. He believed that Jews exhibited an « unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier, » and that they had made no significant contributions to American independence.

Commenting on the recently held first World Zionist Congress in Basel, Twain noted that Theodor Herzl had enunciated a plan to « gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. »

I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world are going to be made into a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let that race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride anymore.

Twain concluded by observing:

The Egyptian, the Babylonian, and the Persian rose, filled the planet with sound and splendor, then . . . passed away. The Greek and the Roman followed. The Jew saw them all, beat them all, and is now what he always was, exhibiting no decadence, no infirmities of age, no weakening of his parts. … All things are mortal but the Jew; all other forces pass, but he remains. What is the secret of his immortality?

Twain described « Concerning the Jews » as « my gem of the ocean, » but predicted « neither Jew nor Christian will approve it. » In the case of America’s Jewish leadership, he proved correct. Jewish critics acknowledged Twain’s respect for Jews but bemoaned his errors of fact. They denied that Jews had played a minimal role in gaining American liberty, or that they dominated commerce, or that they shirked military duty. Several critics were especially offended by Twain’s saying that Jews had done nothing to help acquit Captain Dreyfus.

His friendliest critics believed that Twain was innocently ignorant of the facts. Simon Wolf, a founder of the American Jewish Historical Society, sent Twain a copy of his book, The American Jew as Patriot, Soldier and Citizen, to correct some of his misconceptions. Others, like Rabbi M. S. Levy, thought Twain’s observations were actually « tinged with malice and prejudice. » Levy cited Jewish participants in the American Revolution who « fought and bled » for the new nation. He called Twain’s assertions « a libel on [the Jew’s] manhood and an outrage historically. » Levy also challenged Twain’s assertion that « the Jew is a money-getter. »

Money-getters? The Vanderbilts, Goulds, Astors, Havemeyers, Rockefellers, Mackays, Huntingtons, Armours, Carnegies, Sloanes, Whitneys, are not Jews, and yet they control and possess more than twenty-five per cent of all the circulated wealth of the United States.

Twain took the criticism to heart. In 1904, he wrote a postscript to his essay titled « The Jew as Soldier, » conceding that Jews had indeed fought in the Revolution, the War of 1812 and the Mexican War in numbers greater than their percentage of the population. This meant that « the Jew’s patriotism was not merely level with the Christian’s but overpassed it. » Twain did not respond to Levy’s charges about Jews in the economy, but he never again raised this stereotype in print.

When Twain died in 1910, the American Jewish press mourned. His obituaries in that press often reprinted the words of the president of New York’s Hebrew Technical School for Girls: « In one of Mr. Clemens’s works he expressed his opinion of men, saying he had no choice between Hebrew and Gentile, black men or white; to him, all men were alike. »

Source: American Jewish Historical Society

Voir aussi:

Mark Twain’s Jews. By Dan Vogel. N.J.: KTAV Publishing House, Inc. Pp. xiv + 146. Hardcover. $22.95. ISBN 0881259160.

Barbara Schmidt

Mark Twain Forum

8 December 2006

Was Mark Twain guilty of anti-Semitism? Dan Vogel offers his answers in Mark Twain’s Jews, which documents and analyzes references to Jews in Twain’s writings. The book consists of eleven chapters, a facsimile of « Concerning the Jews » from September 1899 Harper’s New Monthly Magazine, reference notes and a bibliography.

Mark Twain’s Jews begins with Twain’s first exposure to Jewish playmates, the Levin brothers, in Hannibal, Missouri. Vogel describes Hannibal as a « hotbed of bigotry » and blames the town for instilling in Twain « The Hannibal Syndrome »–a disease « normally in remission whose symptoms would intermittently, gratuitously, slither out of Mark Twain’s subconscious to infest his writings as brief, passing slurs about the Jews » (p. 3).

Vogel’s second chapter titled « Out West with Two Jews and a Righteous Gentile » examines Twain’s relationships with Artemus Ward (a gentile), Bret Harte and Joseph Goodman. Vogel’s assertion that Goodman was a Jew may come as a surprise to some Twain scholars and Vogel admits that few sources are available to confirm this supposition. However, rather than proving that Twain was aware of Goodman’s Jewish heritage, Vogel simply states, « It never occurred to Mark Twain to ever mention that his fast friend was Jewish. It was not that that made him special » (p. 19). Vogel may have made a stronger argument for positive Jewish influence if had he been familiar with Shelley Fisher Fishkin’s recent contribution to Arizona Quarterly, (Spring 2005) titled « Mark Twain and the Jews » wherein Fishkin discusses Adolph Sutro of San Francisco as a prominent influence in Twain’s development of positive feelings towards Jews. Fishkin’s essay does not appear in Vogel’s bibliography and may not have been available to him at the time his book went to press. However, it is one of several essays by Twain scholars that appears to have been overlooked by Vogel.

Vogel’s third and fourth chapters are examinations of Twain’s 1867 contributions to the San Francisco Alta California newspaper and his best-seller The Innocents Abroad. Vogel asserts that much of Twain’s emphasis on Jewish noses in descriptions of the Holy Land are the careful observations of a newspaper journalist. « However, Mark Twain’s preoccupation with the squalor, disease, and noses » (p. 35) raised criticism from at least two scholars. Vogel refutes arguments by scholar Sander Gilman who claimed Twain’s tracing of diseases was a commentary on the role of Jews in Western civilization. Vogel counters that Twain described the deplorable conditions of the Jews the same as he described all inhabitants of the Holy Land. Vogel also disputes scholar Andrea Greenbaum who believed Twain was influenced by theories of « pseudoscience of ethnology » that were popular at the time. Vogel argues that Greenbaum never cited any such works in Mark Twain’s personal library nor found evidence of it elsewhere in his writing.

Vogel finds only a small number of Jewish references in Twain’s writings during his most productive years between 1867-1897. Among these are anti-Jewish comments in a letter to Henry H. Rogers about Broadway producer Daniel Frohman. Vogel points out that Frohman recalled in his memoirs that he and Twain played amicable games of pool each night together while engaged in litigation against one other. Vogel suggests that Twain could have emulated Dickens’s creation of Fagin the Jew (from Oliver Twist) or followed the trend of Christian « popular scribblers » by creating greedy Jewish characters in the form of the Duke and the Dauphin in Huckleberry Finn. But he did not. Vogel states « the silence of the missed opportunity in his creative years speaks of his basic humanity » (p. 46).

In a chapter titled « A Triad of European Jews » Vogel discusses Twain’s numerous writings on the Alfred Dreyfus affair, his friendship with journalist Theodor Herzl, and his association with Sigmund Freud. Twain apparently never met Dreyfus but continually condemned the French miscarriage of justice in Dreyfus’s conviction for treason. Vogel discusses Theodor Herzl’s play The New Ghetto and Twain’s interest in translating the work, which featured an innocent Jew and a Christian villain who compromises their friendship for political and personal gain. Twain’s relationship with Sigmund Freud is not well documented but Freud’s admiration of Twain is.

In a chapter titled « Shock Treatment in Vienna » Vogel examines Twain’s visit to the Austrian parliament and the resulting « Stirring Times in Austria » essay published a few months later in March 1898 Harper’s. Twain reported the Jewish slurs and insults he heard hurled around the parliament and the fights that broke out on the floor. Vogel sees « Stirring Times in Austria » as the stimulus for Twain’s major statement on the Jewish race the following year–« Concerning the Jews. »

As one might expect, the longest chapter in Vogel’s book is devoted to analyzing « Concerning the Jews. » Vogel identifies the two motifs of Twain’s essay as the Jews’ ability to acquire money and the envy it arouses in those less successful and how Jews should guard themselves against this reaction by organizing their political power. Vogel’s explanation of Twain’s indictment of the Biblical Joseph as a cruel money-grabber is that Twain’s intent was to prove that prejudices that are instilled early are never entirely erased. Vogel does not include in his bibliography the studies of Mark Twain’s writings on Joseph by Twain scholars Lawrence Berkove and Louis J. Budd. Budd’s statement that « even Twain should have seen that it did not help his own side to describe Joseph as the greediest stockmarket wolf in all history » was certainly worth quoting.

One passage in « Concerning the Jews » that has been controversial among scholars is Twain’s statement, « . . .if that concentration of the cunningest brains in the world was going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let that race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride anymore. » Vogel believes that Twain’s « sense of humor went awry at this point in his essay » (p. 79).

Vogel provides his readers with summaries of reactions to « Concerning the Jews » from the Jewish community in America and London–« Misdirected, misguided, narrowly educated on this subject, Mark Twain was still, after all, a friend » (p. 84). As a result of criticism concerning Twain’s statements regarding the pacifist posture of Jews, subsequent reprintings of « Concerning the Jews » include Twain’s « Postscript–The Jew as a Soldier. » Vogel points out that « Concerning the Jews » is still controversial because « the ‘Jewish Question’ has not been answered, not in 1899 nor thereafter » (p. 86). Vogel concludes that Twain’s misspent humor in « Concerning the Jews » indicated he had not yet fully recovered from the « Hannibal syndrome. »

In a chapter titled « Two Fantasies and a Twice-Told Tale » Vogel examines the positive characteristics of Solomon Goldstein in Captain Stormfield’s Visit to Heaven (contained in a passage that was not published in Twain’s lifetime) and Solomon Isaacs from The Mysterious Stranger manuscripts. « Newhouse’s Jew Story » and its longer version « Randall’s Jew Story, » is a story of a brave Jew defending a Negro girl and Vogel offers the theory that Twain wrote the story in response to criticism he received from « Concerning the Jews. » Vogel laments the fact that it was too late in Twain’s creative life to build good fiction around positive Jewish characters. However, Vogel believes these final works indicate Twain had at last cured himself of the « Hannibal syndrome. »

Vogel’s book concludes with a brief account of Twain’s activities in Jewish social events during the last years of his life and the marriage of his daughter Clara to Ossip Gabrilowitsch, a Russian Jew. In the final analysis Vogel concludes that the worst Twain could be accused of is innocent anti-Semitic writing in his early career.

In addition to Sander Gilman and Andrea Greenbaum, Vogel disagrees with interpretations of Twain’s work published by scholars Jude Nixon, Cynthia Ozick, and Susan Gillman. (See their citations in the end notes below.) Vogel provides worthy arguments against their positions.

Vogel was a professor at Yeshiva University and later head of the English Department at Michlalah-Jerusalem College. Mark Twain’s Jews will be a good companion to Arizona Quarterly, Spring 2005 which contains Shelley Fisher Fishkin’s « Mark Twain and the Jews. » While the two works overlap, there is much to distinguish both and help further the understanding of the Jewish-related debates that arise in Twain studies.

_____

End Notes:

Essays that contain interpretations of Twain’s work with which Vogel disagrees include:

Susan Gillman. « Mark Twain’s Travels in the Racial Occult: Following the Equator and the Dream Tales, » Cambridge Companion to Mark Twain (Cambridge University Press, 1995).

Sander Gilman. « Mark Twain and the Diseases of the Jews, » American Literature, March 1993.

Andrea Greenbaum. « ‘A Number-One Troublemaker': Mark Twain’s Anti-Semitic Discourse in ‘Concerning the Jews’, » Studies in American-Jewish Literature, 1996.

Jude Nixon. « Social Philosophy, » The Mark Twain Encyclopedia (Garland Publishing, 1993).

Cynthia Ozick. « Mark Twain and the Jews, » Commentary, May 1995. Also « Introduction, » The Man that Corrupted Hadleyburg and Other Stories and Essays (Oxford University Press, 1996).

Essays by Twain scholars that are not referenced in Vogel’s bibliography include:

Lawrence Berkove. « Mark Twain’s Hostility Toward Joseph, » CEA Critic, Summer 2000.

Louis J. Budd. « Mark Twain on Joseph the Patriarch, » American Quarterly, Winter 1964.

Shelley Fisher Fishkin. « Mark Twain and the Jews, » Arizona Quarterly, (Spring 2005).

Voir encore:

Arthur Goldwag on the perplexing prejudices of Walt Whitman and Mark Twain

Guest blog post by Arthur Goldwag, author of The New Hate: A History of Fear and Loathing on the Populist Right

 Library of America

February 21, 2012

American letters has had more than its share of haters. Henry Adams, T. S. Eliot, H. L. Mencken and Ezra Pound leap immediately to mind; there are countless other examples as well. Though most merely reflect the prevailing attitudes of their time, class, and place, it’s natural for a reader to feel a sense of disappointment when she comes up against their prejudices. We want our literary writers to be, if not necessarily ahead of their times, at least outside of them. Faulkner’s racial politics were disappointingly retrograde and boilerplate when he expressed them in his own voice, but the characters in his novels, black and white alike, were, in Allen Tate’s words, “characters in depth, complex and, like all other people, ultimately mysterious.” Walt Whitman and Mark Twain’s attitudes about Catholics and Jews are at once offensive and well-intended; neither could be described as a hater, though both employed hateful tropes.

Fanny Fern, America’s first female newspaper columnist, was one of the early reviewers of Leaves of Grass. “The world needed a ‘Native American’ of thorough out and out breed,” she wrote in The New York Ledger on May 10, 1856, “Something beside a mere Catholic-hating Know-Nothing.” The Know-Nothings, of course, were members of the explicitly anti-Catholic political movement that arose in the 1840s.

Whitman might have celebrated “the nation of many nations” in his poetry, but what Fanny Fern didn’t know was that as a young newspaperman in the early 1840s, he had been something of a Know-Nothing himself, editorializing in The New York Aurora about the “gang of false and villainous priests whose despicable souls never generate any aspiration beyond their own narrow and horrible and beastly superstition…dregs of foreign filth—refuse of convents.” But as ethnocentric as his rhetoric undoubtedly was, it wasn’t inconsistent with his ethos. Whitman hated the authoritarianism of the Catholic hierarchy, not the Catholic immigrants themselves. Writing in Democratic Vistas in 1871, he envisioned a democracy that would supplant the “old belief in the necessary absoluteness of establish’d dynastic rulership, temporal, ecclesiastical, and scholastic” with the “doctrine or theory that man, properly train’d in sanest, highest freedom, may and must become a law, and series of laws, unto himself.”

“I have no race prejudices,” Mark Twain averred, “and I think I have no color prejudices nor caste prejudices nor creed prejudices. Indeed, I know it. I can stand any society. All that I care to know is that a man is a human being—that is enough for me; he can’t be any worse. I have no special regard for Satan; but I can at least claim that I have no prejudice against him. It may even be that I lean a little his way, on account of his not having a fair show.”

Huckleberry Finn critiqued antebellum southern norms from a vantage that was outside the verge of respectability; its racial politics are profoundly subversive—probably more so than its author intended. Though Twain has been rightly celebrated as a philo-Semite (one of his daughters would marry a Jew), he would perpetuate some of the most invidious—and inflammatory—Jewish stereotypes. While living in Vienna in the late 1890s, Twain wrote about the rise of Karl Lueger, who was elected the city’s mayor in 1895, and the anti-Semitic political movement he spearheaded. When an American Jew, responding to the article, asked Twain to speculate on the causes of Jew hatred, he ventured an elaborate, five-part answer. “Concerning the Jews” appeared in Harpers Magazine in 1898. As biographer Justin Kaplan has noted, “in his very attempt to extol the race in question, he ratified the most inflammatory pretext for resentment.”

The Jew “has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him,” Twain wrote. “He could be vain of himself, and be excused for it.” But in Twain’s telling, there is scant mystery as to why Jews have been the objects of such enmity, going all the way back to the beginnings of history. In his decidedly eccentric take on Genesis 41, Joseph cornered the grain market and charged exorbitant prices when famine struck, beggaring the Egyptian nation. The real problem with Jews, Twain goes on, is that they’re too clever by half. If a Jew “entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.”

Twain’s take on the idea of political Zionism is chilling. “Have you heard of [Dr. Herzl’s] plan?” he wrote. “He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own—under the suzerainty of the Sultan, I suppose . . . I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.”

As dark as Twain’s view of humanity might have been, Hitler and the Holocaust were beyond his capacity to imagine. “Among the high civilizations,” he wrote, the Jew “seems to be very comfortably situated indeed, and to have more than his proportionate share of the prosperities going. It has that look in Vienna. I suppose the race prejudice cannot be removed; but he can stand that; it is no particular matter.”

For all that, Twain’s admiration for the Jews was genuine; it is to his credit that he wrote and published a postscript in 1904, “The Jew as Soldier,” in which he corrected his animadversions on the Jews’ “unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier.” Far from avoiding military service, he wrote, the Jews “furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 per cent of his numerical strength—the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections.” The Jewish capacity for “fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one’s,” he added.

Still, it is a testament to Twain’s wrongheadedness in other respects that “Concerning the Jews” sparks lively discussions on white nationalist websites to this day. What they focus on aren’t his suppositions about Jewish intellectual superiority. It is his off the cuff observations like this one: “the Jew is a money-getter. He made it the end and aim of his life. He was at it in Rome. He has been at it ever since. His success has made the whole human race his enemy.”

Also of interest:

“Mark Twain and the Jews” on Jewish Virtual Library discusses the reaction of contemporary American Jews to “Concerning the Jews”

In “Walt Whitman & the Irish” on The Walt Whitman Archive Joann Krieg tracks how Whitman’s attitudes toward Catholics and the Irish evolved

« A Presidential Candidate » by Mark Twain, this week’s Story of the Week

« Mark Twain and William Dean Howells: the friendship that transformed American literature, » a previous Reader’s Almanac post

Related LOA works: Walt Whitman: Poetry and Prose (includes Democratic Vistas); Mark Twain: Collected Tales, Sketches, Speeches & Essays 1891-1910 (includes “Concerning the Jews” and the 1904 postscript “The Jew as Soldier”)

Voir enfin:

Concerning The Jews

Mark Twain

Harper’s Magazine

March 1898

Some months ago I published a magazine article descriptive of a remarkable scene in the Imperial Parliament in Vienna. Since then I have received from Jews in America several letters of inquiry. They were difficult letters to answer, for they were not very definite. But at last I have received a definite one. It is from a lawyer, and he really asks the questions which the other writers probably believed they were asking. By help of this text I will do the best I can to publicly answer this correspondent, and also the others – at the same time apologizing for having failed to reply privately. The lawyer’s letter reads as follows:

I have read ‘Stirring Times in Austria.’ One point in particular is of vital import to not a few thousand people, including myself, being a point about which I have often wanted to address a question to some disinterested person. The show of military force in the Austrian Parliament, which precipitated the riots, was not introduced by any Jew. No Jew was a member of that body. No Jewish question was involved in the Ausgleich or in the language proposition. No Jew was insulting anybody. In short, no Jew was doing any mischief toward anybody whatsoever. In fact, the Jews were the only ones of the nineteen different races in Austria which did not have a party – they are absolutely non-participants.

Yet in your article you say that in the rioting which followed, all classes of people were unanimous only on one thing, viz., in being against the Jews. Now will you kindly tell me why, in your judgment, the Jews have thus ever been, and are even now, in these days of supposed intelligence, the butt of baseless, vicious animosities? I dare say that for centuries there has been no more quiet, undisturbing, and well-behaving citizen, as a class, than that same Jew. It seems to me that ignorance and fanaticism cannot alone account for these horrible and unjust persecutions.

« Tell me, therefore, from your vantage-point of cold view, what in your mind is the cause. Can American Jews do anything to correct it either in America or abroad? Will it ever come to an end? Will a Jew be permitted to live honestly, decently, and peaceably like the rest of mankind? What has become of the Golden Rule? » I will begin by saying that if I thought myself prejudiced against the Jew, I should hold it fairest to leave this subject to a person not crippled in that way. But I think I have no such prejudice. A few years ago a Jew observed to me that there was no uncourteous reference to his people in my books, and asked how it happened. It happened because the disposition was lacking. I am quite sure that (bar one) I have no race prejudices, and I think I have no color prejudices nor caste prejudices nor creed prejudices. Indeed, I know it.

I can stand any society. All that I care to know is that a man is a human being – that is enough for me; he can’t be any worse. I have no special regard for Satan; but I can at least claim that I have no prejudice against him. It may even be that I lean a little his way, on account of his not having a fair show.

All religions issue bibles against him, and say the most injurious things about him, but we never hear his side. We have none but the evidence for the prosecution, and yet we have rendered the verdict. To my mind, this is irregular. It is un-English; it is un-American; it is French. Without this precedent Dreyfus could not have been condemned.

Of course Satan has some kind of a case, it goes without saying. It may be a poor one, but that is nothing; that can be said about any of us. As soon as I can get at the facts I will undertake his rehabilitation myself, if I can find an unpolitic publisher. It is a thing which we ought to be willing to do for any one who is under a cloud. We may not pay him reverence, for that would be indiscreet, but we can at least respect his talents.

A person who has for untold centuries maintained the imposing position of spiritual head of four-fifths of the human race, and political head of the whole of it, must be granted the possession of executive abilities of the loftiest order. In his large presence the other popes and politicians shrink to midges for the microscope. I would like to see him. I would rather see him and shake him by the tail than any other member of the European Concert.

In the present paper I shall allow myself to use the word Jew as if it stood for both religion and race. It is handy; and, besides, that is what the term means to the general world. In the above letter one notes these points:

1. The Jew is a well-behaved citizen.

2. Can ignorance and fanaticism alone account for his unjust treatment?

3. Can Jews do anything to improve the situation?

4. The Jews have no party; they are non-participants.

5. Will the persecution ever come to an end?

6. What has become of the Golden Rule?

Point No. 1.

We must grant proposition No. 1 for several sufficient reasons. The Jew is not a disturber of the peace of any country. Even his enemies will concede that. He is not a loafer, he is not a sot, he is not noisy, he is not a brawler nor a rioter, he is not quarrelsome. In the statistics of crime his presence is conspicuously rare – in all countries. With murder and other crimes of violence he has but little to do: he is a stranger to the hangman. In the police court’s daily long roll of « assaults » and « drunk and disorderlies » his name seldom appears.

That the Jewish home is a home in the truest sense is a fact which no one will dispute. The family is knitted together by the strongest affections; its members show each other every due respect; and reverence for the elders is an inviolate law of the house. The Jew is not a burden on the charities of the state nor of the city; these could cease from their functions without affecting him.

When he is well enough, he works; when he is incapacitated, his own people take care of him. And not in a poor and stingy way, but with a fine and large benevolence. His race is entitled to be called the most benevolent of all the races of men. A Jewish beggar is not impossible, perhaps; such a thing may exist, but there are few men that can say they have seen that spectacle. The Jew has been staged in many uncomplimentary forms, but, so far as I know, no dramatist has done him the injustice to stage him as a beggar. Whenever a Jew has real need to beg, his people save him from the necessity of doing it. The charitable institutions of the Jews are supported by Jewish money, and amply. The Jews make no noise about it; it is done quietly; they do not nag and pester and harass us for contributions; they give us peace, and set us an example – an example which we have not found ourselves able to follow; for by nature we are not free givers, and have to be patiently and persistently hunted down in the interest of the unfortunate.

These facts are all on the credit side of the proposition that the Jew is a good and orderly citizen. Summed up, they certify that he is quiet, peaceable, industrious, unaddicted to high crimes and brutal dispositions; that his family life is commendable; that he is not a burden upon public charities; that he is not a beggar; that in benevolence he is above the reach of competition. These are the very quint-essentials of good citizenship. If you can add that he is as honest as the average of his neighbors – But I think that question is affirmatively answered by the fact that he is a successful business man.

The basis of successful business is honesty; a business cannot thrive where the parties to it cannot trust each other. In the matter of numbers of the Jew counts for little in the overwhelming population of New York; but that his honesty counts for much is guaranteed by the fact that the immense wholesale business houses of Broadway, from the Battery to Union Square, is substantially in his hands. I suppose that the most picturesque example in history of a trader’s trust in his fellow-trader was one where it was not Christian trusting Christian, but Christian trusting Jew.

That Hessian Duke who used to sell his subjects to George III. to fight George Washington with got rich at it; and by-and-by, when the wars engendered by the French Revolution made his throne too warm for him, he was obliged to fly the country. He was in a hurry, and had to leave his earnings behind – $9,000,000. He had to risk the money with some one without security. He did not select a Christian, but a Jew – a Jew of only modest means, but of high character; a character so high that it left him lonesome – Rothschild of Frankfort. Thirty years later, when Europe had become quiet and safe again, the Duke came back from overseas, and the Jew returned the loan, with interest added.

[Footnote *: Here is another piece of picturesque history; and it reminds us that shabbiness and dishonesty are not the monopoly of any race or creed, but are merely human:

« Congress has passed a bill to pay $379.56 to Moses Pendergrass, of Libertyville, Missouri. The story of the reason of this liberality is pathetically interesting, and shows the sort of pickle that an honest man may get into who undertakes to do an honest job of work for Uncle Sam. In 1886 Moses Pendergrass put in a bid for the contract to carry the mail on the route from Knob Lick to Libertyville and Coffman, thirty miles a day, from July 1, 1887, for one year. He got the postmaster at Knob Lick to write the letter for him, and while Moses intended that his bid should be $400, his scribe carelessly made it $4. Moses got the contract, and did not find out about the mistake until the end of the first quarter, when he got his first pay. When he found at what rate he was working he was sorely cast down, and opened communication with the Post-Office Department.

The department informed him that he must either carry out his contract or throw it up, and that if he threw it up his bondsmen would have to pay the government $1459.85 damages. So Moses carried out his contract, walked thirty miles every week-day for a year, and carried the mail, and received for his labor $4 – or, to be accurate, $6.84; for, the route being extended after his bid was accepted, the pay was proportionately increased. Now, after ten years, a bill was finally passed to pay to Moses the difference between what he earned in that unlucky year and what he received. »

The Sun, which tells the above story, says that bills were introduced in three or four Congresses for Moses’ relief, and that committees repeatedly investigated his claim. It took six Congresses, containing in their persons the compressed virtues of 70,000,000 of people, and cautiously and carefully giving expression to those virtues in the fear of God and the next election, eleven years to find out some way to cheat a fellow-Christian out of about $13 on his honestly executed contract, and out of nearly $300 due him on its enlarged terms. And they succeeded.

During the same time they paid out $1,000,000,000 in pensions – a third of it unearned and undeserved. This indicates a splendid all-around competency in theft, for it starts with farthings, and works its industries all the way up to ship-loads. It may be possible that the Jews can beat this, but the man that bets on it is taking chances.]

The Jew has his other side. He has some discreditable ways, though he has not a monopoly of them, because he cannot get entirely rid of vexatious Christian competition. We have seen that he seldom transgresses the laws against crimes of violence. Indeed, his dealings with courts are almost restricted to matters connected with commerce. He has a reputation for various small forms of cheating, and for practising oppressive usury, and for burning himself out to get the insurance, and for arranging cunning contracts which leave him an exit but lock the other man in, and for smart evasions which find him safe and comfortable just within the strict letter of the law, when court and jury know very well that he has violated the spirit of it.

He is a frequent and faithful and capable officer in the civil service, but he is charged with an unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier – like the Christian Quaker. Now if you offset these discreditable features by the creditable ones summarized in a preceding paragraph beginning with the words, « These facts are all on the credit side, » and strike a balance, what must the verdict be? This, I think: that, the merits and demerits being fairly weighed and measured on both sides, the Christian can claim no superiority over the Jew in the matter of good citizenship. Yet in all countries, from the dawn of history, the Jew has been persistently and implacably hated, and with frequency persecuted.

Point No. 2.

« Can fanaticism alone account for this? » Years ago I used to think that it was responsible for nearly all of it, but latterly I have come to think that this was an error. Indeed, it is now my conviction that it is responsible for hardly any of it. In this connection I call to mind Genesis, chapter xlvii. We have all thoughtfully – or unthoughtfully – read the pathetic story of the years of plenty and the years of famine in Egypt, and how Joseph, with that opportunity, made a corner in broken hearts, and the crusts of the poor, and human liberty – a corner whereby he took a nation’s money all away, to the last penny; took a nation’s livestock all away, to the last hoof; took a nation’s land away, to the last acre; then took the nation itself, buying it for bread, man by man, woman by woman, child by child, till all were slaves; a corner which took everything, left nothing; a corner so stupendous that, by comparison with it, the most gigantic corners in subsequent history are but baby things, for it dealt in hundreds of millions of bushels, and its profits were reckonable by hundreds of millions of dollars, and it was a disaster so crushing that its effects have not wholly disappeared from Egypt to-day, more than three thousand years after the event.

Is it presumable that the eye of Egypt was upon Joseph the foreign Jew all this time? I think it likely. Was it friendly? We must doubt it. Was Joseph establishing a character for his race which would survive long in Egypt? and in time would his name come to be familiarly used to express that character – like Shylock’s? It is hardly to be doubted.

Let us remember that this was centuries before the crucifixion. I wish to come down eighteen hundred years later and refer to a remark made by one of the Latin historians. I read it in a translation many years ago, and it comes back to me now with force. It was alluding to a time when people were still living who could have seen the Savior in the flesh. Christianity was so new that the people of Rome had hardly heard of it, and had but confused notions of what it was.

The substance of the remark was this: Some Christians were persecuted in Rome through error, they being « mistaken for Jews. » The meaning seems plain. These pagans had nothing against Christians, but they were quite ready to persecute Jews. For some reason or other they hated a Jew before they even knew what a Christian was. May I not assume, then, that the persecution of Jews is a thing which antedates Christianity and was not born of Christianity? I think so.

What was the origin of the feeling? When I was a boy, in the back settlements of the Mississippi Valley, where a gracious and beautiful Sunday-school simplicity and unpracticality prevailed, the « Yankee » (citizen of the New England States) was hated with a splendid energy. But religion had nothing to do with it. In a trade, the Yankee was held to be about five times the match of the Westerner. His shrewdness, his insight, his judgment, his knowledge, his enterprise, and his formidable cleverness in applying these forces were frankly confessed, and most competently cursed.

In the cotton States, after the war, the simple and ignorant negroes made the crops for the white planter on shares. The Jew came down in force, set up shop on the plantation, supplied all the negro’s wants on credit, and at the end of the season was proprietor of the negro’s share of the present crop and of part of his share of the next one. Before long, the whites detested the Jew, and it is doubtful if the negro loved him.

The Jew is being legislated out of Russia. The reason is not concealed. The movement was instituted because the Christian peasant and villager stood no chance against his commercial abilities. He was always ready to lend money on a crop, and sell vodka and other necessaries of life on credit while the crop was growing. When settlement day came he owned the crop; and next year or year after he owned the farm, like Joseph.

In the dull and ignorant England of John’s time everybody got into debt to the Jew. He gathered all lucrative enterprises into his hands; he was the king of commerce; he was ready to be helpful in all profitable ways; he even financed crusades for the rescue of the Sepulchre. To wipe out his account with the nation and restore business to its natural and incompetent channels he had to be banished the realm.

For the like reasons Spain had to banish him four hundred years ago, and Austria about a couple of centuries later. In all the ages Christian Europe has been obliged to curtail his activities. If he entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.

Trade after trade was taken away from the Jew by statute till practically none was left. He was forbidden to engage in agriculture; he was forbidden to practise law; he was forbidden to practise medicine, except among Jews; he was forbidden the handicrafts. Even the seats of learning and the schools of science had to be closed against this tremendous antagonist.

Still, almost bereft of employments, he found ways to make money, even ways to get rich. Also ways to invest his takings well, for usury was not denied him. In the hard conditions suggested, the Jew without brains could not survive, and the Jew with brains had to keep them in good training and well sharpened up, or starve. Ages of restriction to the one tool which the law was not able to take from him – his brain – have made that tool singularly competent; ages of compulsory disuse of his hands have atrophied them, and he never uses them now.

This history has a very, very commercial look, a most sordid and practical commercial look, the business aspect of a Chinese cheap-labor crusade. Religious prejudices may account for one part of it, but not for the other nine. Protestants have persecuted Catholics, but they did not take their livelihoods away from them. The Catholics have persecuted the Protestants with bloody and awful bitterness, but they never closed agriculture and the handicrafts against them. Why was that? That has the candid look of genuine religious persecution, not a trade-union boycott in a religious disguise.

The Jews are harried and obstructed in Austria and Germany, and lately in France; but England and America give them an open field and yet survive. Scotland offers them an unembarrassed field too, but there are not many takers. There are a few Jews in Glasgow, and one in Aberdeen; but that is because they can’t earn enough to get away. The Scotch pay themselves that compliment, but it is authentic.

I feel convinced that the Crucifixion has not much to do with the world’s attitude towards the Jew; that the reasons for it are older than that event, as suggested by Egypt’s experience and by Rome’s regret for having persecuted an unknown quantity called a Christian, under the mistaken impression that she was merely persecuting a Jew. Merely a Jew – a skinned eel who was used to it, presumably.

I am persuaded that in Russia, Austria, and Germany nine-tenths of the hostility to the Jew comes from the average Christian’s inability to compete successfully with the average Jew in business – in either straight business or the questionable sort. In Berlin, a few years ago, I read a speech which frankly urged the expulsion of the Jews from Germany; and the agitator’s reason was as frank as his proposition.

It was this: that eighty-five per cent. of the successful lawyers of Berlin were Jews, and that about the same percentage of the great and lucrative businesses of all sorts in Germany were in the hands of the Jewish race! Isn’t it an amazing confession? It was but another way of saying that in a population of 48,000,000, of whom only 500,000 were registered as Jews, eight-five per cent. of the brains and honesty of the whole was lodged in the Jews.

I must insist upon the honesty – it is an essential of successful business, taken by and large. Of course it does not rule out rascals entirely, even among Christians, but it is a good working rule, nevertheless. The speaker’s figures may have been inexact, but the motive of persecution stands out as clear as day. The man claimed that in Berlin the banks, the newspapers, the theatres, the great mercantile, shipping, mining, and manufacturing interests, the big army and city contracts, the tramways, and pretty much all other properties of high value, and also the small businesses, were in the hands of the Jews.

He said the Jew was pushing the Christian to the wall all along the line; that it was all a Christian could do to scrape together a living; and that the Jew must be banished, and soon – there was no other way of saving the Christian.

Here in Vienna, last autumn, an agitator said that all these disastrous details were true of Austria-Hungary also; and in fierce language he demanded the expulsion of the Jews. When politicians come out without a blush and read the baby act in this frank way, unrebuked, it is a very good indication that they have a market back of them, and know where to fish for votes. You note the crucial point of the mentioned agitation; the argument is that the Christian cannot compete with the Jew, and that hence his very bread is in peril. To human beings this is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion.

With most people, of a necessity, bread and meat take first rank, religion second. I am convinced that the persecution of the Jew is not due in any large degree to religious prejudice. No, the Jew is a money-getter; and in getting his money he is a very serious obstruction to less capable neighbors who are on the same quest. I think that that is the trouble.

In estimating worldly values the Jew is not shallow, but deep. With precocious wisdom he found out in the morning of time that some men worship rank, some worship heroes, some worship power, some worship God, and that over these ideals they dispute and cannot unite – but that they all worship money; so he made it the end and aim of his life to get it.

He was at it in Egypt thirty-six centuries ago; he was at it in Rome when that Christian got persecuted by mistake for him; he has been at it ever since. The cost to him has been heavy; his success has made the whole human race his enemy – but it has paid, for it has brought him envy, and that is the only thing which men will sell both soul and body to get.

He long ago observed that a millionaire commands respect, a two-millionaire homage, a multi-millionaire the deepest deeps of adoration. We all know that feeling; we have seen it express itself. We have noticed that when the average man mentions the name of a multi-millionaire he does it with that mixture in his voice of awe and reverence and lust which burns in a Frenchman’s eye when it falls on another man’s centime.

Point No. 3.

« Can Jews do anything to improve the situation? » I think so. If I may make a suggestion without seeming to be trying to teach my grandmother how to suck eggs, I will offer it. In our days we have learned the value of combination. We apply it everywhere – in railway systems, in trusts, in trade unions, in Salvation Armies, in minor politics, in major politics, in European Concerts. Whatever our strength may be, big or little, we organize it. We have found out that that is the only way to get the most out of it that is in it. We know the weakness of individual sticks, and the strength of the concentrated fagot.

Suppose you try a scheme like this, for instance. In England and America put every Jew on the census-book as a Jew (in case you have not been doing that). Get up volunteer regiments composed of Jews solely, and, when the drum beats, fall in and go to the front, so as to remove the reproach that you have few Massenas among you, and that you feed on a country but don’t like to fight for it. Next, in politics, organize your strength, band together, and deliver the casting vote where you can, and, where you can’t, compel as good terms as possible.

You huddle to yourselves already in all countries, but you huddle to no sufficient purpose, politically speaking. You do not seem to be organized, except for your charities. There you are omnipotent; there you compel your due of recognition – you do not have to beg for it. It shows what you can do when you band together for a definite purpose. And then from America and England you can encourage your race in Austria, France, and Germany, and materially help it.

It was a pathetic tale that was told by a poor Jew in Galicia a fortnight ago during the riots, after he had been raided by the Christian peasantry and despoiled of everything he had. He said his vote was of no value to him, and he wished he could be excused from casting it, for, indeed, casting it was a sure damage to him, since no matter which party he voted for, the other party would come straight and take its revenge out of him.

Nine per cent. of the population of the empire, these Jews, and apparently they cannot put a plank into any candidate’s platform! If you will send our Irish lads over here I think they will organize your race and change the aspect of the Reichsrath.

You seem to think that the Jews take no hand in politics here, that they are « absolutely non-participants. » I am assured by men competent to speak that this is a very large error, that the Jews are exceedingly active in politics all over the empire, but that they scatter their work and their votes among the numerous parties, and thus lose the advantages to be had by concentration. I think that in America they scatter too, but you know more about that than I do.

Speaking of concentration, Dr. Herzl has a clear insight into the value of that. Have you heard of his plan? He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. At the Convention of Berne, last year, there were delegates from everywhere, and the proposal was received with decided favor.

I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.

Point No. 4.

« The Jews have no party; they are non-participants. » Perhaps you have let the secret out and given yourself away. It seems hardly a credit to the race that it is able to say that; or to you, sir, that you can say it without remorse; more than you should offer it as a plea against maltreatment, injustice, and oppression. Who gives the Jew the right, who gives any race the right, to sit still, in a free country, and let somebody else look after its safety?

The oppressed Jew was entitled to all pity in the former times under brutal autocracies, for he was weak and friendless, and had no way to help his case. But he has ways now, and he has had them for a century, but I do not see that he has tried to make serious use of them. When the Revolution set him free in France it was an act of grace – the grace of other people; he does not appear in it as a helper. I do not know that he helped when England set him free. Among the Twelve Sane Men of France who have stepped forward with great Zola at their head to fight (and win, I hope and believe ^*) the battle for the most infamously misused Jew of modern times, do you find a great or rich or illustrious Jew helping?

In the United States he was created free in the beginning – he did not need to help, of course. In Austria and Germany and France he has a vote, but of what considerable use is it to him? He doesn’t seem to know how to apply it to the best effect. With all his splendid capacities and all his fat wealth he is to-day not politically important in any country. In America, as early as 1854, the ignorant Irish hod-carrier, who had a spirit of his own and a way of exposing it to the weather, made it apparent to all that he must be politically reckoned with; yet fifteen years before that we hardly knew what an Irishman looked like.

As an intelligent force and numerically, he has always been away down, but he has governed the country just the same. It was because he was organized. It made his vote valuable – in fact, essential.

You will say the Jew is everywhere numerically feeble. That is nothing to the point – with the Irishman’s history for an object-lesson. But I am coming to your numerical feebleness presently. In all parliamentary countries you could no doubt elect Jews to the legislatures – and even one member in such a body is sometimes a force which counts. How deeply have you concerned yourselves about this in Austria, France, and Germany? Or even in America, for that matter? You remark that the Jews were not to blame for the riots in this Reichsrath here, and you add with satisfaction that there wasn’t one in that body. That is not strictly correct; if it were, would it not be in order for you to explain it and apologize for it, not try to make a merit of it?

But I think that the Jew was by no means in as large force there as he ought to have been, with his chances. Austria opens the suffrage to him on fairly liberal terms, and it must surely be his own fault that he is so much in the background politically. As to your numerical weakness. I mentioned some figures awhile ago – 500,000 – as the Jewish population of Germany. I will add some more – 6,000,000 in Russia, 5,000,000 in Austria, 250,000 in the United States. I take them from memory; I read them in the Cyclopaedia Britannica ten or twelve years ago. Still, I am entirely sure of them.

If those statistics are correct, my argument is not as strong as it ought to be as concerns America, but it still has strength. It is plenty strong enough as concerns Austria, for ten years ago 5,000,000 was nine per cent. of the empire’s population. The Irish would govern the Kingdom of Heaven if they had a strength there like that.

I have some suspicions; I got them at second-hand, but they have remained with me these ten or twelve years. When I read in the C. B. that the Jewish population of the United States was 250,000, I wrote the editor, and explained to him that I was personally acquainted with more Jews than that in my country, and that his figures were without a doubt a misprint for 25,000,000. I also added that I was personally acquainted with that many there; but that was only to raise his confidence in me, for it was not true.

His answer miscarried, and I never got it; but I went around talking about the matter, and people told me they had reason to suspect that for business reasons many Jews whose dealings were mainly with the Christians did not report themselves as Jews in the census. It looked plausible; it looks plausible yet. Look at the city of New York; and look at Boston, and Philadelphia, and New Orleans, and Chicago, and Cincinnati, and San Francisco – how your race swarms in those places! – and everywhere else in America, down to the least little village.

Read the signs on the marts of commerce and on the shops; Goldstein (gold stone), Edelstein (precious stone), Blumenthal (flower-vale), Rosenthal (rose-vale), Veilchenduft (violet odor), Singvogel (song-bird), Rosenzweig (rose branch), and all the amazing list of beautiful and enviable names which Prussia and Austria glorified you with so long ago. It is another instance of Europe’s coarse and cruel persecution of your race; not that it was coarse and cruel to outfit it with pretty and poetical names like those, but that it was coarse and cruel to make it pay for them or else take such hideous and often indecent names that to-day their owners never use them; or, if they do, only on official papers.

And it was the many, not the few, who got the odious names, they being too poor to bribe the officials to grant them better ones. Now why was the race renamed? I have been told that in Prussia it was given to using fictitious names, and often changing them, so as to beat the tax-gatherer, escape military service, and so on; and that finally the idea was hit upon of furnishing all the inmates of a house with one and the same surname, and then holding the house responsible right along for those inmates, and accountable for any disappearances that might occur; it made the Jews keep track of each other, for self-interest’s sake, and saved the government the trouble. ^*

[Footnote *: In Austria the renaming was merely done because the Jews in some newly acquired regions had no surnames, but were mostly named Abraham and Moses, and therefore the tax-gatherer could not tell t’other from which, and was likely to lose his reason over the matter. The renaming was put into the hands of the War Department, and a charming mess the graceless young lieutenants made of it. To them a Jew was of no sort of consequence, and they labelled the race in a way to make the angels weep. As an example, take these two: Abraham Bellyache and Schmul Godbedamned. – Culled from « Namens Studien, » by Karl Emil Franzos.]

If that explanation of how the Jews of Prussia came to be renamed is correct, if it is true that they fictitiously registered themselves to gain certain advantages, it may possibly be true that in America they refrain from registering themselves as Jews to fend off the damaging prejudices of the Christian customer. I have no way of knowing whether this notion is well founded or not. There may be other and better ways of explaining why only that poor little 250,000 of our Jews got into the Cyclopaedia. I may, of course, be mistaken, but I am strongly of the opinion that we have an immense Jewish population in America.

Point No. 5.

« Will the persecution of the Jews ever come to an end? » On the score of religion, I think it has already come to an end. On the score of race prejudice and trade, I have the idea that it will continue. That is, here and there in spots about the world, where a barbarous ignorance and a sort of mere animal civilization prevail; but I do not think that elsewhere the Jew need now stand in any fear of being robbed and raided.

Among the high civilizations he seems to be very comfortably situated indeed, and to have more than his proportionate share of the prosperities going. It has that look in Vienna. I suppose the race prejudice cannot be removed; but he can stand that; it is no particular matter. By his make and ways he is substantially a foreigner wherever he may be, and even the angels dislike a foreigner. I am using this word foreigner in the German sense – stranger. Nearly all of us have an antipathy to a stranger, even of our own nationality. We pile gripsacks in a vacant seat to keep him from getting it; and a dog goes further, and does as a savage would – challenges him on the spot.

The German dictionary seems to make no distinction between a stranger and a foreigner; in its view a stranger is a foreigner – a sound position, I think. You will always be by ways and habits and predilections substantially strangers – foreigners – wherever you are, and that will probably keep the race prejudice against you alive. But you were the favorites of Heaven originally, and your manifold and unfair prosperities convince me that you have crowded back into that snug place again.

Here is an incident that is significant. Last week in Vienna a hailstorm struck the prodigious Central Cemetery and made wasteful destruction there. In the Christian part of it, according to the official figures, 621 window-panes were broken; more than 900 singing-birds were killed; five great trees and many small ones were torn to shreds and the shreds scattered far and wide by the wind; the ornamental plants and other decorations of the graves were ruined, and more than a hundred tomb-lanterns shattered; and it took the cemetery’s whole force of 300 laborers more than three days to clear away the storm’s wreckage. In the report occurs this remark – and in its italics you can hear it grit its Christian teeth « . . . lediglich die israelitische Abtheilung des Friedhofes vom Hagelwetter ganzlich verschont worden war. » Not a hailstone hit the Jewish reservation! Such nepotism makes me tired.

Point No. 6.

« What has become of the Golden Rule? » It exists, it continues to sparkle, and is well taken care of. It is Exhibit A in the Church’s assets, and we pull it out every Sunday and give it an airing. But you are not permitted to try to smuggle it into this discussion, where it is irrelevant and would not feel at home. It is strictly religious furniture, like an acolyte, or a contribution-plate, or any of those things. It has never been intruded into business; and Jewish persecution is not a religious passion, it is a business passion.

To conclude. – If the statistics are right, the Jews constitute but one per cent. of the human race. It suggests a nebulous dim puff of star-dust lost in the blaze of the Milky Way. Properly the Jew ought hardly to be heard of; but he is heard of, has always been heard of. He is as prominent on the planet as any other people, and his commercial importance is extravagantly out of proportion to the smallness of his bulk. His contributions to the world’s list of great names in literature, science, art, music, finance, medicine, and abstruse learning are also away out of proportion to the weakness of his numbers.

He has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him. He could be vain of himself, and be excused for it. The Egyptian, the Babylonian, and the Persian rose, filled the planet with sound and splendor, then faded to dream-stuff and passed away; the Greek and the Roman followed, and made a vast noise, and they are gone; other peoples have sprung up and held their torch high for a time, but it burned out, and they sit in twilight now, or have vanished.

The Jew saw them all, beat them all, and is now what he always was, exhibiting no decadence, no infirmities of age, no weakening of his parts, no slowing of his energies, no dulling of his alert and aggressive mind. All things are mortal but the Jew; all other forces pass, but he remains. What is the secret of his immortality?

Postscript — The Jew as Soldier

When I published the above article in Harper`s Monthly, I was ignorant — like the rest of the Christian world — of the fact that the Jew had a record as a soldier. I have since seen the official statistics, and I find that he furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 percent of his numerical strength — the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections. This large fact means more than it seems to mean; for it means that the Jew`s patriotism was not merely level with the Christian`s, but overpassed it. When the Christian volunteer arrived in camp he got a welcome and applause, but as a rule the Jew got a snub. His company was not desired, and he was made to feel it. That he nevertheless conquered his wounded pride and sacrificed both that and his blood for his flag raises the average and quality of his patriotism above the Christian`s. His record for capacity, for fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one`s. This is true of the Jewish private soldiers and the Jewish generals alike. Major-General O.O. Howard speaks of one of his Jewish staff-officers as being « of the bravest and best »; of another — killed at Chancellorsville — as being « a true friend and a brave officer »; he highly praises two of his Jewish brigadier-generals; finally, he uses these strong words: « Intrinsically there are no more patriotic men to be found in the country than those who claim to be of Hebrew descent, and who served with me in parallel commands or more directly under my instructions. »

Fourteen Jewish Confederate and Union families contributed, between them, fifty-one soldiers to the war. Among these, a father and three sons; and another, a father and four sons.

In the above article I was not able to endorse the common reproach that the Jew is willing to feed upon a country but not to fight for it, because I did not know whether it was true or false. I supposed it to be true, but it is not allowable to endorse wandering maxims upon supposition — except when one is trying to make out a case. That slur upon the Jew cannot hold up its head in presence of the figures of the War Department. It has done its work, and done it long and faithfully, and with high approval: it ought to be pensioned off now, and retired from active service.”


Antisémitisme/Europe: Qui sème le vent … (Reaping the whirlwind: 40% of Europeans hold demonic views of Israel)

21 juillet, 2013
demonizingisraelandthejewsPhoto : WHAT'S WRONG WITH THIS PICTURE ? (Burn, baby, burn : More ambulance chasing from Post racial in chief)To me belongeth vengeance and recompence; their foot shall slide in due time: for the day of their calamity is at hand, and the things that shall come upon them make haste.Deuteronomy 32: 35Dearly beloved, avenge not yourselves, but rather give place unto wrath: for it is written, Vengeance is mine; I will repay, saith the Lord.Paul (Romans 12: 19)http://www.breitbart.com/Big-Government/2013/07/20/Rally-for%20Trayvon-Vegas-StyleBefore the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steelehttps://jcdurbant.wordpress.com/2012/04/12/antiracisme-une-generation-de-chasseurs-dambulances-black-teenagers-are-afraid-of-black-teenagers-stupid/http://blogcritics.org/watts-riots-burn-baby-burn/https://i0.wp.com/sadhillnews.com/wp-content/uploads/2012/03/120324-if-i-had.jpgPuisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête. Osée 8: 7
Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère; car il est écrit: A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. Paul (Romains 12: 19)
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer
Vous savez, quand Trayvon Martin a été tué, j’avais dit qu’il aurait pu être mon fils. Une autre manière de formuler les choses, c’est de dire que Trayvon Martin, ç’aurait pu être moi, il y a 35 ans. (…) Dans ce pays, il y a très peu d’hommes Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience d’être suivis quand ils faisaient des courses dans un grand magasin. Je l’ai été moi aussi. Il y a très peu d’Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience de prendre l’ascenseur et de voir une femme serrer son porte-monnaie nerveusement et retenir sa respiration jusqu’à ce qu’elle puisse sortir. Cela arrive souvent. Obama
My publisher, Rene van Praag of RVP Publishers says that just as many stories are too small for leading newspapers, a few are ‘too big’. Once it becomes widely known that out of 400 million adult E.U citizens, 150 million have demonic anti-Semitic views, the possible consequences for the EU’s image, its politics and its need to act, cannot be ignored. The EU presents itself as a “model of democracy and promoter of human rights.” From the 150 million number of citizens with demonic views of Israel and the book’s interviews, it also emerges as a conglomeration of anti-Israel hate-mongering and a widespread criminal worldview. In the 1930’s European countries had huge number of citizens with a criminal worldview of the Jews. In view of the Holocaust thereafter and other atrocities this similarity pulls the bottom out of the image of a humanitarian Europe. It may for instance become difficult for the EU to avoid investigating who has contributed to creating this criminal worldview? That should lead to explosive results. One will for instance, have to point at leading EU and national politicians in various countries. This would not only be a further assault on the EU’s contrived humanitarian image, but also on some countries and political parties. These European hate-mongers do not necessarily believe themselves that Israel exterminates the Palestinians, or behaves like the Nazis. Their biased statements however, all contribute to this image. This is the method of “the thousands cuts.” On an individual basis, none of these attacks has caused the dramatic results the studies show. However, together they have created them. Another element is the trivialization and partly hiding of major horrific events in the European countries’ own past. In this way, a far too rosy picture of Europe’s own history is painted. This is then compared to the greatly falsified picture of Israel. Very important is also the far too little attention given to the widespread criminality and hate-mongering in large parts of Palestinian society and many Arabic and Muslim states. If mass murders, terror attacks and other major crimes there were highlighted proportionally to the size of the population and misconduct in those countries, news about Israel would be comparatively negligible. Looking away from major crimes in the Muslim world is an example of what we might call humanitarian racism. Many people ignore the crimes of colored people because they are perceived as weak. Such racists often falsely claim that they belong in the anti-racist camp. Another major one is that the widespread European criminal worldview of the 1930’s was the precursor to major crimes committed in Europe in the 1940’s. It raises the question – what could the current criminal worldview lead to? Will it again lead to major European crimes, this time against Israel? Or will Europeans be criminal bystanders when many in Muslim countries will want to commit extreme crimes against Israel? Dr. Manfred Gerstenfeld
Au moins 150 millions d’Européens perçoivent Israël comme animé d’intentions maléfiques. Ce sont les résultats d’une étude de l’Université de Bielefeld, publiée en 2011, à la demande de la Fondation allemande, sociale et démocratique Freidrich Ebert. En dépit de ces découvertes scandaleuses, ce rapport n’a guère capté la moindre attention, où que ce soit. Cette enquête s’est déroulée dans sept pays européens. Les chercheurs ont sondé les gens pour savoir s’ils pensaient qu’Israël se livre à une guerre d’extermination contre les Palestiniens. Les pourcentages les plus faibles de ceux en accord avec cette proposition se trouvent en Italie et aux Pays-Bas, avec un taux légèrement au-dessus de 40%. L’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal et la Hongrie se situaient tous entre 40 et 50%. En Pologne, la configuration atteignait 63%. Une étude du Centre sur la Shoah de Norvège posait la question d’une façon quelque peu différente : « Les Israéliens se comportent-ils comme les Nazis ? ». Trente-huit pour cent de ceux interrogés ont répondu : « Oui ». (…) Les découvertes de ces deux études apportent un éclairage saisissant sur l’image qu’un grand nombre d’Européens entretiennent de l’Etat Juif comme étant, nécessairement, malveillant et extrémiste. Elles évoquent l’antisémitisme le plus grave des deux derniers millénaires passés. (…) Avec une vision aussi diabolisée de l’Etat Juif, un vaste nombre d’Européens a, ainsi, ranimé un état d’esprit antisémite qui semble surgi du Moyen-Âge. Il y a, probablement, autant d’Européens contaminés par ces opinions profondément erronées qu’il existait d’antisémites en Europe avant qu’Hitler ne parvienne au pouvoir. Cette vision radicale d’Israël reste encore latente. Pourtant, elle s’exprime aussi à travers les incidents antisémites et anti-israéliens. Cela dit, ce qui demeure souterrain pourrait exploser à l’avenir, tout comme cela s’est produit auparavant. La question cruciale subsiste : d’où provient ce point de vue diabolisant ? Trois facteurs, au moins, ont, graduellement, contribué à son apparition. Le premier correspond à la méthode de délégitimation à « petit feu ». Elle consiste à publier, aussi fréquemment que possible des nouvelles négatives au sujet d’Israël. Elle est instaurée par des mensonges répétitifs, de fausses accusations, la fabrication de « meurtres rituels », d’articles bourrés de distorsions et de préjugés, de condamnations officielles et ainsi de suite. La télévision, d’autres medias, des hommes politiques et d’anciens politiciens, certains dirigeants d’Eglise, de nombreuses ONG humanitaires politisées, des universitaires, autant que des Juifs et Israéliens animés par la haine de soi, ont tous, à un degré ou un autre, contribué à cet état de fait. Cela s’ajoute au façonnement de cette opinion extrêmement malveillante envers Israël. Les nouvelles positives en provenance d’Israël sont souvent occultées par les médias. En noircissant l’image d’Israël, les sentiments de culpabilité relatifs à la collaboration avec les Nazis et à l’échec de beaucoup de représentants des autorités et de destins individuels, durant la Shoah, peuvent, ainsi, être réprimés, refoulés. Le second point réside dans l’attention réduite accordée à l’énorme taux de criminalité et au très haut degré d’incitation à la haine qui se propagent dans de vastes secteurs de la société palestinienne et de nombreux Etats arabo-musulmans. Si les massacres de masse, les attaques terroristes et d’autres crimes fondamentaux bénéficiaient d’un éclairage proportionnel à la taille de la population et à la hauteur des fautes commises dans ces pays, les nouvelles concernant Israël resteraient comparativement négligeables. En même temps, les Etats Européens n’ont pas été à la hauteur de leurs engagements, dans le cadre de la Convention de l’ONU sur le Génocide, d’envoyer devant un Tribunal International des planificateurs musulmans de génocide, tels que l’Iran et le Hamas. Le troisième facteur qui a contribué à la délégitimation d’Israël c’est la minimisation de sinistres évènements s’étant déroulés, dans le propre passé des pays européens. De cette façon, on dépeint une image bien plus rose de l’histoire de cette société, qui est ensuite comparée au portrait excessivement malmené et déprécié d’Israël. Dr. Manfred Gerstenfeld

Qui sème le vent …

A l’heure où, sondages calamiteux obligent en ces temps de basses eaux médiatiques estivales, le Chasseur d’ambulances en chef de la Maison blanche se sent à nouveau obligé d’attiser les flammes suite à l’acquittement du vigile bénévole George Zimmerman …

Et où, pour mieux faire passer son apologie de l’islam, le candidat mandchou Reza Aslan nous sort la diffamation du siècle sur un Jésus non seulement chef de guerre mais chef de guerre raté …

Faut-il s’étonner, comme le rappelle le nouveau livre du Dr. Manfred Gerstenfeld, de cette série d’enquêtes soigneusement conservées depuis des années dans les tiroirs de l’Union européenne …

Pointant toutes les quelque 40 % d’Européens déclarant des opinions anti-israéliennes ?

Car ne font-elles après tout autre chose …

Sans compter la pression nouvelle de millions d’immigrés et d’électeurs d’origine musulmane …

Que réfléter les décennies de délégitimation à petit feu de l’Etat juif par nos élites et leurs relais médiatiques ?

The Untold Truth: 150 Million Europeans Hate Israel

Simon Plosker

July 1, 2013

In a thought-provoking new book, Demonizing Israel and the Jews, Dr. Manfred Gerstenfeld, a board member of the Jerusalem Center for Public Affairs, posits that today, well over 150 million Europeans believe that Israel is exterminating the Palestinians. This current widespread demonic view of Israel is a new mutation of the diabolical beliefs about Jews which many held in the Middle Ages, and those promoted more recently by the Nazis and their allies.

This collection of 57 interviews with scholars, politicians, and the like, including HonestReporting’s Managing Editor Simon Plosker, depicts how extensive and intense the hate-mongering is.

In an exclusive two-part interview to coincide with the publication of his book (available for purchase on Amazon), we asked Manfred Gerstenfeld about the important issues raised and why its conclusions appear to have been swept under the carpet by the mainstream media.

HR: In your new book Demonizing Israel and the Jews, you state that more than 150 million adult citizens of the European Union hold a demonic view of Israel and that this resembles the diabolical view many people in the Middle Ages had of Jews. What do you mean by that?

MG: The core element of anti-Semitism for almost two millennia has been that Jews represent “absolute evil.” The notion what absolute evil is, has changed over the centuries. Many Christians falsely claimed that the Jews had killed God’s alleged son – the worst thing imaginable in their minds. For the Nazis, absolute evil was if people were sub-human, vermin, bacteria and so on in their eyes. After the Holocaust, the worst thing possible now is to commit genocide, or to behave like the Nazis did.

HR: What is your book’s statement that more than 150 million EU citizens have a demonic view of Israel based upon?

MG: Various studies asked respondents whether they agree with statements such as, “Israel is conducting a war of extermination against the Palestinians,” or “Israel behaves toward the Palestinians like the Nazis did toward the Jews.” Studies in seven E.U. countries confirm that about 40% or more people there hold such demonic views. Similar studies confirm this for the non-E.U. countries Norway and Switzerland. Several other studies also show strongly negative views of E.U. citizens about Israel.

HR: Most of these studies are not new. Why weren’t they given prominence much earlier?

MG: One can only guess. Results of these studies should make European leaders and opinion-makers extremely uncomfortable. For instance, the Norwegian Government paid for a 2012 study by the Oslo Holocaust Center. The authors of the study avoided writing that the 38% of Norwegians who believe that Israel behaves like Nazis toward the Palestinians, are extreme anti-Semites. Yet they must have known that having such attitudes is an anti-Semitic act as defined by the European working definition of anti-Semitism.

HR: If these studies are already known, what is new about your book on this issue?

MG: For the first time, these studies which point to the same conclusions are listed together. They back up my estimate that at least 150 million adult citizens of the EU have such a demonic view of Israel. This a clear strong message to convey widely.

HR: Have journalists been in contact with you about this?

MG: I have been interviewed at length by several European journalists about my book. Some work for newspapers with huge circulations. They have shown great interest in this story and told me that the figures were convincing I have not seen anything in their papers yet, however.

HR: Why do you think that is?

MG: My publisher, Rene van Praag of RVP Publishers says that just as many stories are too small for leading newspapers, a few are ‘too big’.

HR: What does a ‘too big story mean” in this case?

MG: Once it becomes widely known that out of 400 million adult E.U citizens, 150 million have demonic anti-Semitic views, the possible consequences for the EU’s image, its politics and its need to act, cannot be ignored. The EU presents itself as a “model of democracy and promoter of human rights.” From the 150 million number of citizens with demonic views of Israel and the book’s interviews, it also emerges as a conglomeration of anti-Israel hate-mongering and a widespread criminal worldview. In the 1930’s European countries had huge number of citizens with a criminal worldview of the Jews. In view of the Holocaust thereafter and other atrocities this similarity pulls the bottom out of the image of a humanitarian Europe.

HR: Are there other possible consequences?

MG: It may for instance become difficult for the EU to avoid investigating who has contributed to creating this criminal worldview? That should lead to explosive results. One will for instance, have to point at leading EU and national politicians in various countries. This would not only be a further assault on the EU’s contrived humanitarian image, but also on some countries and political parties. These European hate-mongers do not necessarily believe themselves that Israel exterminates the Palestinians, or behaves like the Nazis. Their biased statements however, all contribute to this image. This is the method of “the thousands cuts.” On an individual basis, none of these attacks has caused the dramatic results the studies show. However, together they have created them.

HR: What else has contributed to Europe’s criminal worldview of Israel?

MG: Another element is the trivialization and partly hiding of major horrific events in the European countries’ own past. In this way, a far too rosy picture of Europe’s own history is painted. This is then compared to the greatly falsified picture of Israel.

Very important is also the far too little attention given to the widespread criminality and hate-mongering in large parts of Palestinian society and many Arabic and Muslim states. If mass murders, terror attacks and other major crimes there were highlighted proportionally to the size of the population and misconduct in those countries, news about Israel would be comparatively negligible. Looking away from major crimes in the Muslim world is an example of what we might call humanitarian racism. Many people ignore the crimes of colored people because they are perceived as weak. Such racists often falsely claim that they belong in the anti-racist camp.

HR: Any other possible considerations concerning the findings of your book?

MG: Another major one is that the widespread European criminal worldview of the 1930’s was the precursor to major crimes committed in Europe in the 1940’s. It raises the question – what could the current criminal worldview lead to? Will it again lead to major European crimes, this time against Israel? Or will Europeans be criminal bystanders when many in Muslim countries will want to commit extreme crimes against Israel? My book thus exposes a potentially huge story.

Voir aussi:

La Vision Criminelle portée par l’Europe sur Israël

Manfred Gerstenfeld

Lessakale

18 avril 2013

Au moins 150 millions d’Européens perçoivent Israël comme animé d’intentions maléfiques. Ce sont les résultats d’une étude de l’Université de Bielefeld, publiée en 2011, à la demande de la Fondation allemande, sociale et démocratique Freidrich Ebert-1-[1]. En dépit de ces découvertes scandaleuses, ce rapport n’a guère capté la moindre attention, où que ce soit.

Cette enquête s’est déroulée dans sept pays européens. Les chercheurs ont sondé les gens pour savoir s’ils pensaient qu’Israël se livre à une guerre d’extermination contre les Palestiniens. Les pourcentages les plus faibles de ceux en accord avec cette proposition se trouvent en Italie et aux Pays-Bas, avec un taux légèrement au-dessus de 40%. L’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal et la Hongrie se situaient tous entre 40 et 50%. En Pologne, la configuration atteignait 63%. Une étude du Centre sur la Shoah de Norvège posait la question d’une façon quelque peu différente : « Les Israéliens se comportent-ils comme les Nazis ? ». Trente-huit pour cent de ceux interrogés ont répondu : « Oui » -2-[2].

L’accusation selon laquelle Israël est en train d’exterminer les Palestiniens relève d’une calomnie criminelle. Au cours des deux années allant de la fin 1941 à la fin 1943, seulement dans les camps d’extermination de Treblinka, Belzec et Sobibor, 2 millions de Juifs ont été assassinés par les Allemands. Les moyens technologiques ont grandement « évolué » depuis lors. Si l’accusation génocidaire avait la moindre once de vérité, on aurait fini d’exécuter les derniers enfants et adultes palestiniens, il y a belle lurette ! Pourtant le nombre de Palestiniens a continué d’augmenter considérablement, tout au long de ces dernières décennies. Des enfants palestiniens voient le jour dans des hôpitaux israéliens et ceux qui sont malades sont soignés par des médecins israéliens.

Les découvertes de ces deux études apportent un éclairage saisissant sur l’image qu’un grand nombre d’Européens entretiennent de l’Etat Juif comme étant, nécessairement, malveillant et extrémiste. Elles évoquent l’antisémitisme le plus grave des deux derniers millénaires passés. Aux premiers siècles de la Chrétienté, fut lancée la fasse accusation, disant que les Juifs avaient commis un déicide, en tuant le prétendu fils de D.ieu. A cette époque, on n’aurait pas pu imaginer un crime plus grand. Des Juifs, identifiables comme tels, vivant dans certains pays européens m’ont raconté que, même de nos jours, des gens les abordent parfois pour leur dire : « Vous avez tué Jésus ».

La sécularisation n’a cessé de se poursuivre, après le siècle des Lumières. De ce fait, les symboles du Mal Absolu ont aussi subi une mutation. Au sein d’Etats fortement nationalistes, on a commencé à considérer d’autres groupes ethniques comme inférieurs. Dans l’Allemagne nazie, cette vision a été portée à son paroxysme : les Juifs ont été totalement déshumanisés et définis comme « sous-hommes » « vermine », ou « bactéries ». A nouveau, ils incarnaient le « Mal Absolu », de la façon dont ils étaient perçus à cette époque et cela a mené à la Shoah et au génocide des Juifs.

La représentation du Mal Absolu a encore changé dans le monde occidental, après la Seconde Guerre Mondiale. Il s’est transformé en soupçon de commettre un génocide et de se comporter comme les Nazis. Les deux études mentionnées précédemment montrent qu’une minorité très consistante d’Européens porte ce type de regard sur Israël. L’étude ne couvre pas tous les pays européens, cela dit, on peut considérer qu’elle reste représentative.

Avec une vision aussi diabolisée de l’Etat Juif, un vaste nombre d’Européens a, ainsi, ranimé un état d’esprit antisémite qui semble surgi du Moyen-Âge. Il y a, probablement, autant d’Européens contaminés par ces opinions profondément erronées qu’il existait d’antisémites en Europe avant qu’Hitler ne parvienne au pouvoir. Cette vision radicale d’Israël reste encore latente. Pourtant, elle s’exprime aussi à travers les incidents antisémites et anti-israéliens. Cela dit, ce qui demeure souterrain pourrait exploser à l’avenir, tout comme cela s’est produit auparavant.

La question cruciale subsiste : d’où provient ce point de vue diabolisant ? Trois facteurs, au moins, ont, graduellement, contribué à son apparition. Le premier correspond à la méthode de délégitimation à « petit feu ». Elle consiste à publier, aussi fréquemment que possible des nouvelles négatives au sujet d’Israël. Elle est instaurée par des mensonges répétitifs, de fausses accusations, la fabrication de « meurtres rituels », d’articles bourrés de distorsions et de préjugés, de condamnations officielles et ainsi de suite.

La télévision, d’autres medias, des hommes politiques et d’anciens politiciens, certains dirigeants d’Eglise, de nombreuses ONG humanitaires politisées, des universitaires, autant que des Juifs et Israéliens animés par la haine de soi, ont tous, à un degré ou un autre, contribué à cet état de fait. Cela s’ajoute au façonnement de cette opinion extrêmement malveillante envers Israël. Les nouvelles positives en provenance d’Israël sont souvent occultées par les médias. En noircissant l’image d’Israël, les sentiments de culpabilité relatifs à la collaboration avec les Nazis et à l’échec de beaucoup de représentants des autorités et de destins individuels, durant la Shoah, peuvent, ainsi, être réprimés, refoulés.

Le second point réside dans l’attention réduite accordée à l’énorme taux de criminalité et au très haut degré d’incitation à la haine qui se propagent dans de vastes secteurs de la société palestinienne et de nombreux Etats arabo-musulmans. Si les massacres de masse, les attaques terroristes et d’autres crimes fondamentaux bénéficiaient d’un éclairage proportionnel à la taille de la population et à la hauteur des fautes commises dans ces pays, les nouvelles concernant Israël resteraient comparativement négligeables. En même temps, les Etats Européens n’ont pas été à la hauteur de leurs engagements, dans le cadre de la Convention de l’ONU sur le Génocide, d’envoyer devant un Tribunal International des planificateurs musulmans de génocide, tels que l’Iran et le Hamas.

Le troisième facteur qui a contribué à la délégitimation d’Israël c’est la minimisation de sinistres évènements s’étant déroulés, dans le propre passé des pays européens. De cette façon, on dépeint une image bien plus rose de l’histoire de cette société, qui est ensuite comparée au portrait excessivement malmené et déprécié d’Israël. La question subsiste, par conséquent, de savoir s’il n’y a uniquement que le fait que des désastres s’abattent sur Israël qui puissent encore ouvrir les yeux des peuples ou s’il y a quoi que ce soit d’autre qu’on puisse faire pour combattre cette tendance ?

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.


Syndrome de Stockholm/40e: Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français (France discovers anti-white racism)

22 juin, 2013
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b1/The_Intervention_of_the_Sabine_Women.jpghttps://i1.wp.com/images1.wikia.nocookie.net/__cb20071104124311/psychology/images/4/47/Stockholm_syndrome.jpgLes voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville. Wikipedia
Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres. Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle.  F. G. (étudiant de Sciences Po, après son agression dans un bus de nuit parisien, 2009)
Appelons cela le syndrome du Noctilien (en référence à ce bus de nuit parisien dans lequel un jeune passager a été roué de coups, dernièrement) : il consiste à nier la gravité de certaines évidences, en détournant l’attention, si possible, sur la source du désordre. En l’espèce, pour cet étudiant qui n’a pas voulu voir une agression raciste dans ce qui lui est arrivé, les coupables sont celui qui a diffusé la vidéo de son passage à tabac et ceux qui l’ont commentée. Le politiquement correct raisonne de cette manière. Ivan Rioufol
Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses.  Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe ! (…) J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille. Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris … Arnaud
Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre. Guillaume
Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français. Céline
Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche. Caroline (enseignante)
Il suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible. Tarik Yildiz
Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français « pure souche » – les « blancs » – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier  Tarik Yildiz
Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ? Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera. Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle. Antoine Menusier
Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves. Benoît Rayski

Vous avez dit syndrome de Stockholm ?

Renvoi de huit mois en l’absence de plaignants, accusé absent parce que non retrouvé, co-accusé jugé mais blanc, refus d’une association anti-raciste (MRAP) de se porter partie civile (Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement), refus des parties civiles comme de la défense d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle

Au lendemain, suite à la bastonnade accompagnée d’injures racistes sur un quai de métro parisien en septembre 2010 d’un jeune homme blanc, du premier pour « racisme anti-blanc » …

Et une semaine après les simples sursis et avertissements des adolescents impliqués dans l’attaque du RER à la gare de Grigny …

Mais aussi trois ans après une vidéo qui avait révélé (outre la suspension et la garde à vue du policier l’ayant mise en ligne et la défense de ses agresseurs par l’agressé: « habillé de façon bourgeoise ») le genre de phénomène d’attaques en meute que peuvent subir certains usagers des bus de nuit parisiens …

Comment ne pas voir, évoquée à demi-mot  si l’on en croit les extraits de presse dans le livre d’un jeune sociologue, l’étrange forme de syndrome de Stockholm (qui fête ses 40 ans cette année) …

Qui de la presse à nos belles âmes des beaux quartiers mais aussi apparemment à ses premières victimes que sont les derniers mohicans de certains quartiers des villes d’Ile-de-France les plus touchées par l’immigration (jusqu’à, pression de l’environnement oblige, mentir sur ses propres origines) …

Semble à présent s’être étendu l’ensemble de nos sociétés ?

Comment parler du racisme anti-blanc?

Julie Saulnier

L’Express

14/03/2011

Le racisme anti-blanc est une réalité embarrassante. Dans un essai, le sociologue Tarik Yildiz l’aborde de front, pour éviter notamment de laisser le sujet aux extrêmes.

« Sale Français(e) de merde! » Cette expression les renvoyant à leurs origines françaises, Guillaume, Bastien, Anne, Hasan et les autres l’ont entendue souvent. C’est ce que décrit Tarik Yildiz au travers de neuf entretiens avec un collégien, un lycéen, une étudiante, des professeurs et des parents d’élèves de Seine-Saint-Denis.

Dans son essai, Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité*, ce doctorant en sociologie de seulement 25 ans dresse une cartographie du phénomène dans certains quartiers de certaines villes d’Ile-de-France.

Insultes, crachats, coups, les protagonistes de l’étude se disent victimes d' »une intolérance qui touche les blancs parce qu’ils sont – ou sont considérés – comme des ‘Français de souche’, en opposition aux Français issus de l’immigration », explique l’auteur, par ailleurs collaborateur du Bondy Blog.

Ne pas laisser la voie libre aux extrêmes

« Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre », raconte Guillaume, collégien. Céline confie que, pendant ses années de collège, elle maquillait la vérité pour qu’on la laisse en paix: « Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français. » « Chaque jour, la seule chose que j’espérais, c’était de rentrer sans avoir pris de coups ou sans me faire insulter », ajoute de son côté Bastien, lycéen. Anne, sa mère, est abasourdie. « Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un tel racisme pouvait exister chez des enfants », déplore-t-elle.

Le phénomène est réel, mais circonscrit. Alain, qui a soutenu un appel « contre les ratonnades anti-blanc » en 2008, précise « que ceux qui profèrent ces insultes (…) représentent une minorité dans les classes. Et comme souvent, la minorité violente est la plus visible. » « Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente, analyse Caroline. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche. » Tarik Yildiz reconnaît qu’il « suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible ».

Il faut aussi ne pas oublier, comme Caroline, enseignante, qu' »on a plus de chance de trouver un emploi ou un appartement quand on s’appelle François que quand on s’appelle Kader ». Ou qu’il « est plus facile d’entrer en boîte de nuit, qu’on se fait beaucoup moins contrôler par la police quand on a la peau claire. » Et d’attirer l’attention sur la dimension sociale: « Les jeunes qui posent des problèmes dans les établissements scolaires sont les plus défavorisés socialement (…) Ce n’est pas vraiment du racisme, mais une manière de vouloir prendre leur place dans une société où ils se sentent mal à l’aise. »

Pour sa part, Fatima, étudiante française issue de l’immigration, estime qu' »il ne faut pas faire de distinction entre les racismes ». Ce qu’admet bien volontiers Caroline, selon qui faire des différences, « c’est établir une hiérarchie ». D’où l’importance de reconnaître l’existence de ces discriminations. « Lorsqu’on ne parle pas d’un problème, les victimes se sentent incomprises, déconsidérées. Cela peut les pousser elles-mêmes vers du racisme », observe Alain. « Ne pas entendre ceux qui souffrent, c’est prendre le risque de l’engrenage et les jeter dans les bras des partis extrêmistes, renchérit Tarik Yildiz. Il ne faut pas laisser le champs de ce qui préoccupe les Français aux extrêmes. Les partis traditionnels ne doivent pas avoir peur d’aborder le racisme ‘anti-blanc’. Ce sont les solutions apportées à cette forme de racisme qui doivent être différentes. »

Le racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité, Tarik Yildiz, Les Editions du Puits du Roulle, 58 p., 8 euros.

Avertissement de modération: comme vous l’aurez noté, l’un des objectifs de Tarik Yildiz est de ne pas laisser aux extrêmes le sujet du racisme anti-blanc. Nous serons extrêmement attentifs à ce que ces mêmes extrêmes ne puissent exprimer des idées extrémistes dans les commentaires. LEXPRESS.fr

Voir aussi:

« Le racisme anti-blanc est réversible »

Julie Saulnier

L’Express

26/09/2012

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé dénonce le racisme anti-blanc. Une récupération politique qui risque de « jeter de l’huile sur le feu », selon le sociologue Tarik Yildiz, auteur de Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP, dénonce le racisme anti-blanc. Que pensez-vous de ses propos?

Je ne suis pas dupe des intentions électoralistes de Jean-François Copé. Il veut envoyer un message fort à la base de l’UMP et lui dire qu’il est proche d’elle et de ses idées. Car beaucoup de gens pensent et disent que le racisme anti-blanc existe. Jean-François Copé ne fait que relayer cette idée.

Il est bon d’évoquer le racisme anti-blanc, comme il est bon de parler toute sorte de racisme. Mais la récupération partisane d’un sujet aussi délicat que celui-ci risque de jeter de l’huile sur le feu.

Comment éviter de tomber dans cet écueil?

Il faut parler du racisme anti-blanc mais éviter à tout prix la récupération politique. Pour cela, la dénonciation de cette forme de racisme doit venir, en premier lieu, des associations antiracisme. Elles seules peuvent aborder le sujet sans être taxées de xénophobie.

Si ces associations, donc, dénoncent clairement et sans gêne cette réalité, on gagnera en crédibilité. Et les tabous tomberont. Dès lors, les responsables politiques, y compris de gauche, pourront en parler sereinement.

Jean-François Copé limite ce phénomène aux « quartiers sensibles »…

Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français « pure souche » – les « blancs » – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier. Ce constat dressé, ce n’est pas autant qu’il faut y voir un lien de causalité – mais plutôt un lien de corrélation.

Peut-on endiguer cette forme de racisme?

Oui, car le racisme anti-blanc est quelque chose de très concret et qu’il est perpétré par des jeunes immatures. En cela, ce phénomène me semble réversible. Une bonne politique éducative et une punition adaptée permettraient d’en venir à bout. La solution consisterait à instaurer plus de discipline à l’école, et ce dès le collège, et à fixer des limites à ne pas dépasser pour éviter l’effet de surenchère.

Le sociologue Tarik Yildiz est l’auteur de l’essai Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Avertissement de modération: compte tenu du caractère sensible de ce thème, nous serons particulièrement sensibles à la bonne tenue des débats. Merci donc de ne pas tenir de propos xénophobes, racistes ou discriminatoires.

Voir également:

Justice : un Blanc jugé pour racisme… anti-Blanc

Marc Leplongeon

Le Point

26/04/2013

« Sale Blanc », « blanc-bec »… Un cuisinier était jugé vendredi à Paris pour avoir entaillé le visage d’un homme sur le quai du RER et proféré des injures racistes.

« Racisme anti-Blanc », l’expression est devenue presque banale. Pour SOS Racisme, elle appartient historiquement au vocabulaire de l’extrême droite. Mais elle est devenue ensuite un argument de campagne. Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP contre François Fillon, avait raconté fin 2012 l’histoire d’un jeune qui s’était fait « arracher son pain au chocolat par des voyous », au motif qu' »on ne mange pas au ramadan ». D’après un rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNCDH), ces propos pourraient avoir eu une incidence sur la diffusion de l’idée d’un hypothétique racisme « anti-Français » dans la société. « 4 % des personnes interrogées considèrent que les Blancs sont les principales victimes de racisme dans l’Hexagone », explique le rapport. Et « le sentiment que les Français sont les principales victimes de racisme en France est en hausse, avec 12 %, dont 18 % parmi les sympathisants de droite et 5 % parmi ceux de gauche », poursuit l’étude.

Vendredi après-midi, au palais de justice de Paris, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’est portée pour la première fois partie civile dans une affaire de « racisme anti-Blanc ». Situation ubuesque : le prévenu est lui-même blanc. « Je n’aime pas ce terme [de racisme anti-Blanc, NDLR] », explique Mario Pierre Stasi, président de la commission juridique de la Licra. « Mais je n’en vois pas d’autres », lâche-t-il. À l’audience, un homme de 37 ans, crâne rasé, est appelé à la barre. La démarche lourde, les mains dans les poches de son jean recouvertes par une veste grise, Arnaud écoute, sans broncher, le président du tribunal. Son casier judiciaire est déjà bien rempli : plusieurs condamnations pour port d’armes (des couteaux), outrages contre policiers et infractions à la législation sur les stupéfiants (cannabis).

Pour Mario Pierre Stasi, avocat de la Licra, une infraction à connotation raciste peut être constituée, « qu’importe la pigmentation de la peau ».

Balafre de 15 centimètres

Le 12 septembre 2010, au petit matin, la victime, un jeune homme de 28 ans, attend son métro à la station Strasbourg-Saint-Denis. Il est apostrophé par un homme qui accompagnait Arnaud, mais qui n’a jamais pu être identifié. « Sale Français ! » lui aurait-il lancé. La victime descend du métro à Gare du Nord, avant de se rendre sur les quais du RER D. La vidéosurveillance laisse supposer qu’Arnaud et son acolyte l’y ont suivie. Vers 6 heures du matin, quoi qu’il en soit, l’agresseur non identifié se rue vers sa victime et lui porte un premier coup. La bagarre commence. L’agresseur tombe à terre, la victime prend le dessus. « Quand il était à terre, j’ai voulu le défendre. Il l’étranglait avec ses genoux, donc je lui ai mis des coups avec la droite, et un dernier avec un tesson de bouteille », lâche benoîtement Arnaud. Lorsque la bagarre se termine, la victime a une balafre de 15 centimètres de long sur la joue gauche. Le sang coule sur son torse.

Lors de ses premières auditions, Arnaud nie tout, malgré les images des caméras. Jusqu’à ce que le juge d’instruction lui parle d’une éventuelle circonstance aggravante : les injures racistes. Là, Arnaud se décide enfin à parler. « Je suis vraiment dégoûté. Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses », lâche-t-il. Problème : la victime est « blanche », comme lui. À l’audience, il s’énerve : « Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe ! » Son acolyte ? Il l’aurait rencontré lors d’une soirée. Mais il n’en dira pas plus. « Je sais juste ce qu’il aimait comme filles, c’est tout », résume-t-il. Pas de provocation dans sa voix, juste le ton un peu benêt qu’il adoptera tout au long de l’audience.

« Sale blanc-bec »

Les témoins de la scène, des usagers et des agents de la société Effia, n’ont pas bougé. Certains n’étaient pourtant qu’à cinq mètres de la bagarre. Seule une dame a eu le cran de s’interposer, note la procureur. Trois d’entre eux ont cependant entendu les insultes « sale Français », « sale Blanc » (en français et en arabe), « sale blanc-bec », « va niquer ta mère », de la bouche de l’agresseur anonyme. Deux témoins sont formels : Arnaud a lui aussi prononcé ces mots avant, pendant et après l’agression. Lui assure que ces mots n’ont pas franchi ses lèvres. Arnaud semble accorder la même importance à une affaire de violences (qui ont causé 39 jours d’interruption temporaire de travail) qu’à quelques insultes racistes. « Pour moi, c’est pareil », lâche-t-il à l’audience.

« Vous vous considérez comme violent ? » lui demande le président du tribunal. « Nan », répond-il. Puis il raconte quelques bribes de sa vie. « J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille », argue-t-il. « Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris », lâche le prévenu. Pour l’avocat de la victime, Arnaud n’a rien d’un « sauveur ». Il ne croit pas à la thèse de l’agression avec un tesson de flasque d’alcool, qui se serait brisée dans sa poche. Pour l’avocat, Arnaud a utilisé un couteau ou un cutter. Et il enfonce le clou sur les injures racistes. « La victime m’a dit : C’est tombé sur moi parce que j’étais blanc », explique-t-il.

Le procureur réclame quatre ans de prison, dont un avec sursis assorti d’un contrôle judiciaire. Le jugement a été mis en délibéré au 21 juin. Pour l’avocat de la défense, Me Grégoire Etrillard : « On est en train de faire un exemple de racisme anti-Blanc. Il y a une frustration de ne pas avoir attrapé le vrai coupable. »

Voir encore:

Le premier procès pour racisme anti-Blancs n’a pas eu lieu

Quand la partie civile n’assume pas son audace de principe

Antoine Menusier

Causeur

29 avril 2013

Le premier procès pour « racisme anti-Blancs », tenu en l’absence de la victime, vendredi 26 avril, devant la 13e Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris, s’est arrêté au plus mauvais moment : quand il aurait pu vraiment commencer. Tant qu’à juger des motivations racistes du prévenu, un jeune homme de 28 ans qui comparaissait libre, cuisinier de métier, condamné à sept reprises pour des délits, la cour et les avocats de la partie civile et de la défense auraient pu aller « au fond », comme disent les juristes. Au fond du sujet. Un procès d’assises l’aurait sans doute permis, des psychologues auraient été cités à charge et à décharge pour éclairer le jury sur la personnalité de l’accusé. Ce dernier a d’ailleurs échappé de peu aux assises, a indiqué la procureur, agitant cette menace a posteriori, le chef d’accusation de tentative de meurtre n’ayant pas été retenu. La magistrate a requis quatre ans ferme, dont un avec sursis et mise à l’épreuve.

Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ?

Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera.

Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle.

Les faits : le 12 septembre 2010, vers 6 heures du matin, Arnaud D. se trouve sur un quai de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, à Paris, en compagnie d’un autre homme. Ils rentrent d’une soirée arrosée, se sont connus à cette occasion, raconte le prévenu, qui dit ignorer l’identité du second. Tout aurait commencé par une vague histoire de cigarette entre l’ami d’un soir d’Arnaud D. et Térence C., une vingtaine d’années, vendeur dans le prêt-à-porter, également présent sur le quai. L’ami aurait traité Térence C. de « sale Français », a rapporté la victime aux enquêteurs.

L’altercation reprend à trois stations de là, sur un quai de RER, gare du Nord. Arnaud D. et son acolyte y croisent à nouveau Térence C. – ils étaient à sa recherche, soupçonnent les parties civiles. L’acolyte attaque Térence C., lui donne des coups de poing. Celui-ci parvient à immobiliser son agresseur. C’est à ce moment-là qu’intervient Arnaud D., dans le dos de la victime. Il la frappe de ses poings, lui entaille la joue gauche au moyen d’un tesson de bouteille ou d’un couteau – d’« un tesson d’un flash de Cognac que j’avais dans la poche », explique le prévenu sans convaincre –, « sur quinze centimètres de long », selon le rapport d’enquête.

Une femme tente de s’interposer, en vain. Deux témoins passifs de la scène, agents de la RATP, absents à l’audience – la défense met en doute le sérieux de leurs témoignages –, ont affirmé que ces violences étaient accompagnées d’insultes : « Sale Français », « sale blanc-bec », « sale Blanc, « sale gaouri » (terme dépréciatif en argot maghrébin, désignant un Français ou plus généralement un étranger). Arnaud D. dit n’en avoir proféré aucune : « J’ai jamais entendu “gaouri”, je ne sais pas ce que ça veut dire. » Le président de la cour : « Ça veut dire “sale Français”. »

L’agression a été filmée, sans le son, par des caméras de vidéo-surveillance. Le complice d’Arnaud D. apparaît sur ces images muettes comme étant un Noir ou un métis. N’ayant pas été identifié, il a échappé à la justice. Un début de bande est diffusé au tribunal, mais le président met fin à son déroulé, la touche « avance rapide » ne fonctionnant pas. Ce 12 septembre 2010, Arnaud D. est vêtu d’un pantalon noir, d’un sweat rouge et porte une chaînette au cou. Il a le crâne ras. Ras, comme vendredi à l’audience, à laquelle il s’est présenté en blazer gris, chemise noire et cravate lilas pâle. Grand, sec, il dit le minimum, affirme qu’il ne peut pas être raciste, « toutes mes copines sont noires ou métisses ». Lors de l’instruction, niant dans un premier temps être la personne que les images désignent, il l’a d’abord dépeinte comme de « type arabe », avant d’admettre sa participation à l’agression.

Les insultes qu’il aurait proférées durant l’agression lui valent la circonstance aggravante de racisme, conformément à l’article 132-76 du Code pénal qui établit cette circonstance dès lors que l’infraction est commise « à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. » Me Grégoire Etrillard, l’avocat d’Arnaud D., a demandé à la cour de transmettre une Question Prioritaire de Constitutionnalité au Conseil constitutionnel, afin qu’il se prononce sur cette disposition pénale, qu’il trouve floue. En effet, s’étonne-t-il, comment un individu mêlé à une agression au cours de laquelle des propos racistes sont prononcées, pourrait-il en être tenu responsable alors qu’il ne les a pas tenus ?

Sur leur banc, Me Pierre Combles de Nayves, le conseil de la victime, et son confrère Me Mario-Pierre Stasi, plaidant au nom de la Licra, soupirent et s’étranglent en silence. Pas pour longtemps. Me Stasi rappelle que, selon la loi, « le complice (d’une agression) encourt toutes les circonstances aggravantes ». S’ensuit un échange sur un cas, pas que d’école : des violences racistes commises en réunion par des skinheads. Me Etrillard admet qu’en cette circonstance, aucun des agresseurs ne peut se désolidariser pénalement de l’infraction.

Le 26 octobre 2012, Térence C. ne s’était pas présenté à une première audience parce qu’il suivait une formation professionnelle de « trois mois dans la région lilloise ». La tenue du procès avait été reportée. « Je regrette l’absence de Monsieur C. Il n’est pas un héros, c’est un homme comme vous et moi. C’est toujours difficile d’avoir été agressé. Il a été licencié ce matin », a argumenté Me Combles de Nayves pour expliquer la nouvelle défection de son client.

L’accusé a énuméré ses états de service dans la restauration, CAP de cuisine, commis, demi-chef de partie, chef de partie, second de cuisine, un passage « chez Dalloyau », une succession de « CDI ». Il lui arrive de porter sur lui des couteaux de travail, des armes aux yeux de la loi. Une personnalité complexe, dit-on banalement pour caractériser pareil individu. En refusant, par crainte de récupération politique, de fouiller la personnalité de l’accusé, la partie civile s’est peut-être privé de la preuve sinon matérielle du moins morale qui lui aurait permis de le confondre. Verdict le 21 juin.

Voir de même:

Diffusion d’une agression filmée: un policier en garde à vue

La mise en ligne sur Internet des images d’une violente agression survenue en décembre dans un bus parisien a conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Le Parisien

09.04.2009

Hier, un policier a été placé en garde à vue par l’inspection générale des services (IGS). La police des polices soupçonne ce jeune gardien de la paix d’être impliqué dans la diffusion sur le Net de la vidéo d’une agression extrêmement violente d’un passager, tabassé par une bande dans un bus de nuit, le 7 décembre dernier à Paris. Ces images proviennent de la caméra du bus de la RATP.

L’IGS cherche à savoir comment le policier relâché dès hier soir a pu se procurer ce document. La mise en ligne de cette vidéo, relayée et exploitée politiquement par des sites et des blogs d’extrême droite, a créé un buzz sur le Net, qui a explosé cette semaine. « C’est plus qu’une fuite, c’est une manipulation d’un document à usage policier et judiciaire à des fins de communication externe », dénonce Pierre Mongin, le patron de la RATP.

L’agression. Le 7 décembre 2008, vers 3 h 45, plusieurs jeunes gens s’en prennent au passager d’un Noctilien qui circule dans le XVIII e arrondissement de Paris. Assis non loin du chauffeur, l’usager se fait voler son portefeuille puis est violemment frappé par au moins quatre adolescents qui s’acharnent à coups de pieds et de poings, aux cris de « sale Français » et de « fils de pute ». D’autres passagers, dont une personne âgée et une femme, tentent de s’interposer et sont à leur tour molestés. Le chauffeur n’intervient pas mais déclenche une alarme silencieuse reliée au PC de sécurité. « Son attitude a été irréprochable », souligne-t-on à la RATP.

La vidéo. Quelques jours plus tard, les images de l’agression apparaissent en toute illégalité sur une page de Facebook. Le patron de la RATP, qui a porté plainte, rappelle que la « diffusion sur Internet de cette vidéo est constitutive d’un délit ». L’internaute qui l’a mise en ligne serait le policier entendu hier par l’IGS. Ce dernier est affecté au service régional de la police des transports (SRPT), service justement chargé de l’enquête sur l’agression filmée. « Ce fonctionnaire travaille en tenue à la sécurisation dans les trains, il n’a rien à voir avec les investigations sur les faits du 7 décembre, ni de près ni de loin », soutient un policier du SRPT. Reste à connaître les motivations du gardien de la paix. « Si c’est lui, il a dû vouloir montrer certaines réalités à des copains, sans aucune arrière-pensée politique, croit savoir un de ses collègues. Une connerie de jeunesse. » Ce comportement n’est pas anodin.

Le buzz. D’abord passée inaperçue, la vidéo est petit à petit sortie de la confidentialité. Le blogueur d’extrême droite François Desouche est l’un des premiers à l’avoir décelée sur la Toile. La vidéo a fini par faire son apparition sur les grandes plates-formes telles Dailymotion et YouTube. Depuis, ces sites la censurent sans relâche. Mais certains contournent l’obstacle en diffusant le document sur des plates-formes étrangères.

L’enquête. Alertés par le chauffeur du Noctilien, les policiers du SRPT ont interpellé dès la nuit des faits deux des agresseurs présumés, puis un troisième le 11 décembre. Au total, trois majeurs et un mineur ont été mis en examen, deux étant placés en détention provisoire. La vidéo enregistrée par la caméra du bus est une pièce à conviction capitale dans cette affaire, dont l’instruction est terminée.

La sécurité. L’agression du passager est-elle un fait isolé ? « Elle fait partie du top 20 des cas les plus graves que l’on traite. C’est évidemment choquant », indique un policier spécialisé. Selon ce dernier, ce type d’agression est loin d’être rare dans les transports en commun. Il évoque des jeunes, souvent mineurs, qui agissent en « meute » et de façon ultraviolente. « Quant au Noctilien, c’est souvent chaud, à l’image des trains de nuit, ajoute le policier. Si vous n’avez pas d’argent pour un taxi le samedi soir, mieux vaut rester en boîte et attendre le matin. »

Voir encore:

Vidéo de l’agression : la victime nie tout caractère raciste

Le Parisien

10.04.2009

Le jeune homme agressé dans un bus Noctilien, à Paris, dans la nuit du 6 au 7 décembre dernier s’est confié au journal Le Figaro après que la vidéo de son agression a été diffusée à grande échelle sur internet, provoquant une vive polémique.

Agé de 19 ans et élève en première année à Sciences Po Paris, le jeune homme n’a rien oublié de son agression qui a été filmée par une caméra de vidéosurveillance.

Interrogée sur les injures raciales proférées sur la video, la victime identifiée comme F. G., un élève de 19 ans en première année de Science Po, à Paris, affirme: «Personnellement, je n’ai rien entendu de la sorte».

Sur la vidéo montrant l’agression d’un jeune homme par quatre adolescents cherchant à lui dérober son porte-monnaie, la victime était rouée de coups de pied et de poing aux cris de «fils de pute» et de «sale Français».

«Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres», déclare la victime, qui n’a pas souhaité être identifiée, selon le journal.

«Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle», ajoute F. G.

Aujourd’hui, en pleine forme, le jeune homme estime être totalement sorti de cette affaire.

Voir de même:

Procès pour racisme anti-blanc : lettre ouverte d’un « sale blanc » au Mrap

Alors que s’ouvre le premier procès pour « racisme anti-blanc », le représentant du Mrap a expliqué à Europe 1 pourquoi l’association, exceptionnellement, ne se porte pas partie civile. Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement.

Mea Culpa

Benoît Rayski

Atlantico

27 avril 2013

Je suis un sale Blanc et j’espère que de l’avoir confessé me vaudra l’indulgence du tribunal où siègent peut-être les membres du Syndicat de la magistrature.

Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves.

Je suis un sale Blanc car j’ai usé de toute mon influence, qui est grande, pour que des dizaines de milliers d’Africains et d’Antillais soient enfermés dans des prisons appelées HLM.

Je suis un sale Blanc parce qu’un jour où mon fils s’était fait qualifier de « face de craie », frapper et dépouiller à la Foire du Trône je suis allé avec lui porter plainte et je ne l’ai pas dissuadé de dire que ses agresseurs étaient des Noirs.

Je suis un sale Blanc car j’habite un immeuble où aucune seringue ne jonche les escaliers et où aucun guetteur ne signale l’arrivée de mes visiteurs.

Je suis un sale Blanc car un jour, dans un regrettable mouvement de colère, j’ai dit à un grand gaillard notoirement plus foncé que moi et qui m’avait bousculé parce que je tardais à lui donner un clope : « Appelle-moi bwana! » (« Patron », comme disaient les Africains aux administrateurs coloniaux à une certaine époque).

Je suis un sale Blanc car, écrivant dans les journaux, je n’ai pas pris ma plume pour dénoncer l’affreux Eric Zemmour qui s’était permis de dire que les Noirs et les Arabes étaient largement majoritaires dans nos prisons.

Je suis un sale Blanc car, toute honte bue, je n’ai pas jeté à la poubelle mon exemplaire de « Tintin au Congo » que les forces progressistes, anti-racistes et anti-colonialistes tentent, à juste titre, de faire interdire.

Je suis un sale Blanc car je ne milite pas au MRAP et que j’ai refusé -alors que j’ai de la thune- d’envoyer un chèque de soutien au CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires).

Je suis un sale Blanc car j’ai infiniment de respect pour Félix Eboué (nommé gouverneur de l’Afrique Occidentale Française par De Gaulle), pour Léopold Sédar Senghor et pour Rama Yade que je trouve très jolie. Or, ces gens-là sont, comme on dit dans les cités, des « Bounty », noirs à l’extérieur et blanc à l’intérieur, des « suceurs de Blancs », des traîtres.

Et, enfin, je suis un sale Blanc car je suis blanc.

Pour tous ces motifs-là, j’admets que je mérite d’être poursuivi. Je demande pardon pour l’esclavage et pour toutes les horreurs que je viens de citer. Faute avouée étant à moitié pardonnée, j’espère que le MRAP aura la bonté de ne pas exiger un verdict trop sévère. Peut-être même que les juges, compréhensifs et touchés par mon remord sincère, se contenteront de m’épingler sur le « Mur des Cons ».

Voir enfin:

The six day war in Stockholm

Dr Nils Bejerot, professor of social medicine, Karolinska Institute, Stockholm

New Scientist (volume 61, number 886, page 486-487)

1974

The use of gas in the Swedish bank drama last August was widely criticised. Here a consultant psychiatrist to the police, who was in the bank throughout the affair, gives his explanation of the strategy adopted. The bank robbery in Stockholm in August 1973 held all Swedes, from the government and police to the mass media and the public, in horrified suspense for six days. I spent the whole of that week at the bank as psychiatric consultant to the police. I consider it instructive to answer the criticism of our strategy expressed during and after the operation.

During the drama I was rung up by some uninitiated psychiatrists and psychologists who declared that all signs pointed to a bloody outcome. In their opinion, the bank robber, when cornered and desperate, would probably shoot the hostages and perhaps himself, too. I was told that it was my duty to persuade the police to stop the action and also to induce the government to change its instructions forbidding the robbers to leave the bank with the hostages. In several newspapers journalists supported this theory, on television a similar opinion was expressed by a well-known child psychiatrist, and nine lecturers in criminology at the University of Stockholm broadcast an appeal along the same lines.

In spite of all this pressure we followed the opposite line. Here I can only give a short account of some of the most important considerations on which our strategy was based.

1. Right at the beginning the robber very nearly killed a policeman with shots from his submachine gun. Conclusion: The man would be a serious danger to the police in a confrontation in the bank, or in a later chase. A few days afterwards another policeman was shot, and here again it was only by chance that this did not end in the murder of a policeman. Or, the other hand in the early stages two policemen, after agreement with the bank robber, were able to go into the bank unharmed and negotiate without being shot at. As a physician I was able to move freely in the bank and speak to the robber at close quarters. It was clear that the man was not under the influence of alcohol or drugs, nor was he psychotic (“insane”). He was a resolute man of normal intelligence, and he functioned in a rational way from the standpoint of his criminal ambitions. Had he been psychotic, it would have been very difficult to predict his behaviour.

2. The robber demanded three million crowns and insisted that Clark Olofsson, a prisoner who had a further six years to serve, and who, two weeks previously, had made an unsuccessful attempt to escape by blowing up a prison door, should be brought to the bank. He also demanded two pistols and safe conduct for himself and Olofsson together with the hostages. Conclusion: ‘We were faced with a shrewd, daring and ambitious professional criminal. He would not be expected to do anything unless he would gain something by it, directly or indirectly. It must be remembered that among professional criminals shooting at the police in a threatening situation gives high status. It is, however, beneath the dignity of these criminals to injure hostages. With political terrorists the whole situation is different, but this subject will not be discussed here.

3. The Swedish government quickly took two decisions: (a) It agreed to the police using Olofsson, with his own consent, in negotiations with the bank robber; (b) the bank robber was not to be permitted to leave the bank with the hostages. Otherwise the police had a free hand. The decision not to let the bank robber take the hostages with him established a vitally important principle. If the government had accepted that the robbers had disappeared with three million crowns and the hostages, we would probably have been faced with a series of similar crimes in many countries, just as with hijacking. We would have been at a great psychological disadvantage in relation to professional criminals and gangsterism.

4. My conversations with Olofsson confirmed the opinion of the police. that he would not commit any desperate act or do anything which would hazard his own life. He was therefore allowed to join the bank robber, although at that stage we were unable to release the hostages in exchange for Olofsson as the government had intended. Conclusion: Apart from the fact that the bank robber seemed to act logically in relation to his aims, we now had in the bank also an intelligent man with a strong will to live and a rational way of thinking.

5. In this situation the outcome of the drama was given, and only a tactical blunder from one side or the other could have caused bloodshed. At an early stage the police had asked for a psychological assessment of the risk to the hostages. I judged this to be about 2 to 3 per cent in unfavourable circumstances, for instance, if we forced the operations too quickly and did not give the robber enough time to realise that the fight was lost. With a drawn-out course and the right amount of pressure, I considered that the action was practically free from risk for the hostages. It was clear to all initiated persons that the hazards would be far greater if the hostages had been allowed to accompany the robber, regardless of where the journey might lead or how long it might take.

6. Throughout the drama the bank robber acted in a way we had predicted at an early stage. He shot at the police when he had a chance, and in order to emphasise his demands he demonstratively detonated explosive paste in the bank hall and in the ventilation system. He kept his promise not to shoot people who came with food and drink, realising that otherwise he would not have received any necessities. As expected, also, he put up a long and determined resistance. Only two unexpected events occurred: (a) In connection with the first attempt to use gas, the robber made the hostages stand up with a noose round their necks. The police and hostages were given to understand that if gas was let in the hostages would be strangled when they were no longer able to stand up. This scheme took us completely by surprise. We heard through the microphones in the vault that the hostages experienced this as a direct threat to their lives, and the action was therefore immediately discontinued for a time. Nobody outside or inside the bank vault had slept properly for three days, and there was a certain risk that one side or the other might make a tactical mistake unless everyone had an opportunity of resting. As with the robber’s previous behaviour, the hanging arrangement was a serious threat, but in my interpretation, not really intended to injure the hostages. The bank robber here proved a little more cunning than we were. A much-needed 12- hour truce followed. (b) The other psychological misjudgement was that we expected the robber, during the final break through into the bank vault, to shoot off all his ammunition through the inner door to the vault before he capitulated. Obviously the tear gas and the determination of the final assault had such an effect on him that he considered it best to give up a few seconds earlier than we predicted.

Criminals are rational

It is astonishing that those critics who consider they have a great understarding of criminals and their reaction patterns, and who declared throughout that we should let the robbers escape with the hostages and the money, is fact did not believe that criminals think in a rational manner. Afterwards the critics argued that it was mere luck that everything went well. We who have worked with criminals for decades and are now accused of regarding them as madmen and monsters, know that they function rationally in the situation in which they have placed themselves. They are like players or gamblers, and they are very good at their game, otherwise they would never have become professional criminals. As a piquant political addendum I would like to point out that the government would have been in an almost hopeless situation if I had collected some of these so-called “progressive” critics, almost all of whom were strong government supporters, and consulted them on the situation. The Prime Minister would then have been confronted with a demand for the release of the robbers with the hostages. Even if I had put in a reservation, the government could hardly have stood out against this massive “expert opinion’”. The release .of the bank robbers on these premises, two weeks before a general election, would have been political suicide.


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