Policiers tués à Dallas: Attention, une violence peut en cacher une autre ! (The real danger behind the myths of the “Black Lives Matter” movement)

9 juillet, 2016

Fry'em

Pigs AADL Micah Xavier JohnsonBHOCharleston-Dallas
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2015/10/homicidesbyrace.gif?w=450baby-killed-drive-by-shooting

I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting. While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable. As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men. « There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men. « Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. » Mike Royko
« 60 % à 70 % » des détenus en France sont musulmans alors qu’ils représentent « à peine 12 % de la population totale du pays ». « Sur un continent où la présence des immigrés et de leurs enfants dans les systèmes carcéraux est généralement disproportionnée, les données françaises sont les plus flagrantes. En Grande-Bretagne, 11 % des prisonniers seraient musulmans, pour 3 % de la population. Une étude de l’ONG Open Society du milliardaire américain George Soros souligne de son côté qu’aux Pays-Bas, 20 % des détenus sont musulmans alors qu’ils représentent 5,5 % de la population, et, en Belgique, au moins 16 % de la population carcérale pour 2 % de la population totale. Les chiffres avancés ne sont pas officiels, car l’Etat français ne demande pas à ses citoyens de communiquer leur origine ou leur religion. En revanche, le quotidien affirme qu’il s’agit d’« estimations généralement acceptées » par les démographes et les sociologues. The Washington Post
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Nous devons admettre le fait que ce type de violence n’arrive pas dans d’autres pays développés (…) Le fait que cela ait eu lieu dans une église noire soulève évidemment des questions sur une page sombre de notre histoire. Ce n’est pas la première fois que des églises noires ont été attaquées. Et nous savons que la haine entre les races et les religions posent une menace particulière pour notre démocratie et nos idéaux. Barack Hussein Obama (19.06.2015)
Je pense qu’il est très difficile de démêler les motivations de ce tireur. Par définition, si vous tirez sur des gens qui ne constituent aucune menace pour vous, vous avez un problème. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
L’Amérique n’est pas aussi divisée qu’on le suggère (…)  L’individu dément qui a accompli ces attaques, il n’est pas plus représentatif des Noirs américains que le tireur de Charleston ne l’était des Américains blancs ou que le tireur d’Orlando ou de San Bernardino n’était représentatif des Américains musulmans. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
It’s just not the police. (…) It’s a kind of anti-black mood, anti-semitism, anti-Muslim bashing, immigrant bashing, female bashing, a kind of mean spirited division in the country. (…) The poison of the rhetoric has had a devastating impact. (…) Just the permissiveness of violence towards black people is ready and apparent. We’ve being used as scapegoats for deeper economic and social fears. (…) It’s not just Trump, it’s the followers of Trump. Jessie Jackson
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
When we say fry them, we’re not speaking of killing a police officer…we’re saying, treat the police the same as you’re going to treat a civilian who commits murder against a police officer. Rashad Turner (Black lives matter activist)
Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe. Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe. Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King. Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. (…) «C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak». (…) Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride. L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport. Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable. Le Figaro
Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies. The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (…) Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price. (…) Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer. (…) Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction. (…) Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. (…) The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. (…) But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well (…) Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.” (…) The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away.  This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. (…) Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. Heather Mac Donald
To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong. The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes. For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings. The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers. Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police. Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there. Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force. The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed. (…) The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. (…) Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them. Heather Mac Donald
However intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing. Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. (…) The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone. (…) The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force. The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population. Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. (…) Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects. Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime. The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety. Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name. (…) This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level. What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. (…) For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. (…) In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement. Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force.  (…) As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. (…) On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit. Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. (…) I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” (…) The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop. (…) We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have. I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out. Heather Mac Donald

Et si les principales victimes n’étaient pas celles que l’on croyait ?

Au lendemain d’un nouveau massacre américain …

Perpétré cette fois par un noir, apparemment proche de mouvements appelant au meurtre de policiers, contre des policiers blancs lors d’une manifestation justement contre les brutalités des policiers blancs contre les noirs …

Et qui sera finalement abattu par un robot raciste dont on ne sait toujours pas la couleur …

Comment ne pas voir avec la chercheuse américaine Heather MacDonald (merci Charly Karl Ékoulé Maneng) …

La terrible responsabilité, entre Maison Blanche, universités et médias, de nos pompiers-pyromanes et chasseurs d’ambulances patentés …

Qui lorsqu’ils n’appellent pas explicitement, à l’instar de nos casseurs à nous, à « griller les cochons comme du bacon » …

Nous rebattent les oreilles avec leurs habituelles contre-vérités niant l’évidence de la sur-criminalité noire (deux tiers des cambriolages, plus de la moitié des meurtres et presque la moitié des attaques à main armée dans les principales zones urbaines pour seulement 13% de la population totale – étrangement parallele d’ailleurs a la surcriminalite musulmane en France) …

Comme de la sous-victimisation noire pour les homicides du fait de la police (4% contre 12% pour les blancs et hispaniques) …

Des limites de certains concepts comme celui de « non-armé » (5 sur 7 des victimes noires d’homicides du fait de la police avaient essayé d’arracher l’arme du policier ou de le battre avec son propre équipement) …

De la survictimisation de policiers d’origine minoritaire  (18,5 fois plus probable qu’un policier soit tué par un Noir – 40% de tueurs de policiers sont des Noirs – qu’un policier tue un Noir non armé ou désarmé) mais aussi logiquement de leur plus grande tendance à faire usage de leur arme (3,3 fois plus que les policiers blancs) …

Mais aussi sur le véritable secret de polichinelle ou, comme le dit si bien l’anglais, « l’éléphant dans la pièce » de l’histoire …

A savoir la violence intra-ethnique noirs contre noirs (près de  6 000 noirs tués – sans compter les nombreux blessés et les victimes collatérales dont de nombreux enfants – majoritairement par d’autres noirs soit plus que le total de blancs et d’hispaniques pour seulement 13% de la population totale) …

Et, plus pervers encore, « l’effet Ferguson » qui, sans compter l’explosion des incivilités, l’encouragement au refus des contrôles policiers et le doublement des meurtres de policiers ce dernier semestre, voit une hausse de 17% des meurtres dans les 50 plus grandes agglomérations américaines du fait justement de la moindre activité policière, par peur d’être accusés de racisme, dans certaines zones à risque …

Et donc, à terme, la perte des acquis, en matière de sécurité, de décennies de travail policier (moins 40% d’homicides et moins 85% à New York depuis les annés 90) pour les zones et les populations qui en auraient le plus besoin …

Soit, triste ironie de l’histoire, le retour à ce qui était justement reproché à la police des années 60 et 70 voire bien avant, l’indifférence à la sécurité des plus démunis ?

The Danger of the “Black Lives Matter” Movement
Heather Mac Donald
Manhattan Institute
Imprimis – Hillsdale College
April 1, 2016

The following is adapted from a speech delivered on April 27, 2016, at Hillsdale College’s Allan P. Kirby, Jr. Center for Constitutional Studies and Citizenship in Washington, D.C., as part of the AWC Family Foundation Lecture Series.

For almost two years, a protest movement known as “Black Lives Matter” has convulsed the nation. Triggered by the police shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the Black Lives Matter movement holds that racist police officers are the greatest threat facing young black men today. This belief has triggered riots, “die-ins,” the murder and attempted murder of police officers, a campaign to eliminate traditional grand jury proceedings when police use lethal force, and a presidential task force on policing.

Even though the U.S. Justice Department has resoundingly disproven the lie that a pacific Michael Brown was shot in cold blood while trying to surrender, Brown is still venerated as a martyr. And now police officers are backing off of proactive policing in the face of the relentless venom directed at them on the street and in the media. As a result, violent crime is on the rise.

The need is urgent, therefore, to examine the Black Lives Matter movement’s central thesis—that police pose the greatest threat to young black men. I propose two counter hypotheses: first, that there is no government agency more dedicated to the idea that black lives matter than the police; and second, that we have been talking obsessively about alleged police racism over the last 20 years in order to avoid talking about a far larger problem—black-on-black crime.

Let’s be clear at the outset: police have an indefeasible obligation to treat everyone with courtesy and respect, and to act within the confines of the law. Too often, officers develop a hardened, obnoxious attitude. It is also true that being stopped when you are innocent of any wrongdoing is infuriating, humiliating, and sometimes terrifying. And needless to say, every unjustified police shooting of an unarmed civilian is a stomach-churning tragedy.

Given the history of racism in this country and the complicity of the police in that history, police shootings of black men are particularly and understandably fraught. That history informs how many people view the police. But however intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing.

Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. In Los Angeles, blacks between the ages of 20 and 24 die at a rate 20 to 30 times the national mean. Who is killing them? Not the police, and not white civilians, but other blacks. The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone.

The police could end all lethal uses of force tomorrow and it would have at most a trivial effect on the black death-by-homicide rate. The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force.

The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population.

Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. If we’re going to have a “Lives Matter” anti-police movement, it would be more appropriately named “White and Hispanic Lives Matter.”

Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects.

Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime.

The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety.

Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name.

Ten children under the age of ten were killed in Baltimore last year. In Cleveland, three children five and younger were killed in September. A seven-year-old boy was killed in Chicago over the Fourth of July weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the father refused to cooperate with the police. In August, a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet fired into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level.

What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. They were ruthless, high tension affairs. If a commander was not fully informed about every local crime outbreak and ready with a strategy to combat it, his career was in jeopardy.

Compstat created a sense of urgency about fighting crime that has never left the NYPD. For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. Compstat spread nationwide. Departments across the country now send officers to emerging crime hot spots to try to interrupt criminal behavior before it happens.

In terms of economic stimulus alone, no other government program has come close to the success of data-driven policing. In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement.

Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force. Officer use of force is never pretty, but the public is clueless about how hard it is to subdue a suspect who is determined to resist arrest.

As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. Arrests and summons are down, particularly for low-level offenses. Police officers continue to rush to 911 calls when there is already a victim. But when it comes to making discretionary stops—such as getting out of their cars and questioning people hanging out on drug corners at 1:00 a.m.—many cops worry that doing so could put their careers on the line. Police officers are, after all, human. When they are repeatedly called racist for stopping and questioning suspicious individuals in high-crime areas, they will perform less of those stops. That is not only understandable—in a sense, it is how things should work. Policing is political. If a powerful political block has denied the legitimacy of assertive policing, we will get less of it.

On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit.

Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. Baltimore’s per capita homicide rate last year was the highest in its history. Milwaukee had its deadliest year in a decade, with a 72 percent increase in homicides. Homicides in Cleveland increased 90 percent over the previous year. Murders rose 83 percent in Nashville, 54 percent in Washington, D.C., and 61 percent in Minneapolis. In Chicago, where pedestrian stops are down by 90 percent, shootings were up 80 percent through March 2016.

I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” My diagnosis set off a firestorm of controversy on the anti-cop Left and in criminology circles. Despite that furor, FBI Director James Comey confirmed the Ferguson effect in a speech at the University of Chicago Law School last October. Comey decried the “chill wind” that had been blowing through law enforcement over the previous year, and attributed the sharp rise in homicides and shootings to the campaign against cops. Several days later, President Obama had the temerity to rebuke Comey, accusing him (while leaving him unnamed) of “cherry-pick[ing] data” and using “anecdotal evidence to drive policy [and] feed political agendas.” The idea that President Obama knows more about crime and policing than his FBI director is of course ludicrous. But the President thought it necessary to take Comey down, because to recognize the connection between proactive policing and public safety undermines the entire premise of the anti-cop Left: that the police oppress minority communities rather than bring them surcease from disorder.

As crime rates continue to rise, the overwhelming majority of victims are, as usual, black—as are their assailants. But police officers are coming under attack as well. In August 2015, an officer in Birmingham, Alabama, was beaten unconscious by a convicted felon after a car stop. The suspect had grabbed the officer’s gun, as Michael Brown had tried to do in Ferguson, but the officer hesitated to use force against him for fear of being charged with racism. Such incidents will likely multiply as the media continues to amplify the Black Lives Matter activists’ poisonous slander against the nation’s police forces.

The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop.

The favorite conceit of the Black Lives Matter movement is, of course, the racist white officer gunning down a black man. According to available studies, it is a canard. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception,” i.e., the incorrect belief that a civilian is armed. A study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, has found that black officers in the NYPD were 3.3 times more likely to fire their weapons at shooting scenes than other officers present. The April 2015 death of drug dealer Freddie Gray in Baltimore has been slotted into the Black Lives Matter master narrative, even though the three most consequential officers in Gray’s arrest and transport are black. There is no evidence that a white drug dealer in Gray’s circumstances, with a similar history of faking injuries, would have been treated any differently.

We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have.

I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out.

Voir aussi:

The Myths of Black Lives Matter
The movement has won over Hillary Clinton and Bernie Sanders. But what if its claims are fiction?
Heather Mac Donald
The Wall Street Journal
Feb. 11, 2016

A television ad for Hillary Clinton’s presidential campaign now airing in South Carolina shows the candidate declaring that “too many encounters with law enforcement end tragically.” She later adds: “We have to face up to the hard truth of injustice and systemic racism.”

Her Democratic presidential rival, Bernie Sanders, met with the Rev. Al Sharpton on Wednesday. Mr. Sanders then tweeted that “As President, let me be very clear that no one will fight harder to end racism and reform our broken criminal justice system than I will.” And he appeared on the TV talk show “The View” saying, “It is not acceptable to see unarmed people being shot by police officers.”

Apparently the Black Lives Matter movement has convinced Democrats and progressives that there is an epidemic of racist white police officers killing young black men. Such rhetoric is going to heat up as Mrs. Clinton and Mr. Sanders court minority voters before the Feb. 27 South Carolina primary.

But what if the Black Lives Matter movement is based on fiction? Not just the fictional account of the 2014 police shooting of Michael Brown in Ferguson, Mo., but the utter misrepresentation of police shootings generally.

To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong.

The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes.

For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings.

The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers.

Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police.

Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there.

Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force.

The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed.

A 2015 study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, found that, at a crime scene where gunfire is involved, black officers in the New York City Police Department were 3.3 times more likely to discharge their weapons than other officers at the scene.

The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. The Baltimore Sun reported on Jan. 1: “Blood was shed in Baltimore at an unprecedented pace in 2015, with mostly young, black men shot to death in a near-daily crush of violence.”

Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them.

Ms. Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of “The War on Cops,” forthcoming in July from Encounter Books.

Voir également:
Black and Unarmed: Behind the Numbers
What the Black Lives Matter movement misses about those police shootings
Heather Mac Donald
The Marshall Project
02.08.2016

For the last year or so, the Washington Post has been gathering data on fatal police shootings of civilians. Its database for 2015 is now complete. Commentators have taken the Post’s data as evidence that the police are gunning down unarmed blacks out of implicit bias. But a close examination of the Post’s findings presents a more complicated picture of policing and casts doubt on the notion that these shootings were driven by race.

The Post began its police shootings project in response to the 2014 killing of Michael Brown in Ferguson, Missouri, a death that triggered days of rioting, the assassination of two New York City police officers, and a surge of support for the Black Lives Matter protest movement. Federal tallies of lethal police shootings are notoriously incomplete; the Post sought to correct that lacuna by searching news sites and other information sources for reports of officer-involved homicides. The results: As of Jan. 15, the Post had documented 987 victims of fatal police shootings in 2015, about twice the number historically recorded by federal agencies. Whites were 50 percent of those victims, and blacks were 26 percent. By comparison, whites are 62 percent of the U.S. population, and blacks, 13 percent. The ensuing debate has largely centered on whether the disproportionate number of black deaths was a result of police racism or the relatively high rate of crime in black neighborhoods, which brings black men into more frequent, and more fraught, encounters with the police.

In August of 2015 the Post zeroed in on unarmed black men, who the paper said were seven times more likely than unarmed white men to die by police gunfire. The article noted that 24 of the 60 “unarmed” deaths up to that date — some 40 percent — were of black men, helping to explain « why outrage continues to simmer a year after Ferguson. » By year’s end, there were 36 unarmed black men (and two black women) and 31 unarmed white men (and one white woman) among the total 987 victims. The rate at which unarmed black men were more likely than unarmed white men to die by police gunfire had dropped, but was still six-to-one.

But the numbers don’t tell the whole story. It is worth looking at the specific cases included in the Post’s unarmed victim classification in some detail, since that category is the most politically explosive. The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

Unfortunately, innocent blacks like the elderly Mount Vernon man probably do face a higher chance of getting shot by stray police fire than innocent whites. But that is because violent crime in their neighborhoods is so much higher. The per capita shooting rate in Brownsville, Brooklyn, with its legacy of poverty and crime, is 81 times higher than in working-class Bay Ridge, Brooklyn, a few miles away, according to the New York Police Department. This exponentially higher rate of gun violence means that the police will be much more intensively deployed in Brownsville, trying to protect innocent residents and gangbangers alike from shootings. If the police are forced to open fire, in rare instances a police bullet will go astray and hit a bystander. That is tragic, but that innocent’s chance of getting shot by the police is dwarfed by his chance of getting shot by criminals.

Other unarmed black victims in the Post’s database were so fiercely resisting arrest, judging from press accounts, that the officers involved could reasonably have viewed them as posing a grave danger. In October 2015, a San Diego officer was called to a Holiday Inn in nearby Point Loma, after hotel employees ejected a man causing a disturbance in the lobby. The officer approached a male casing cars in the hotel’s parking lot. The suspect jumped the officer and both fell to the ground. The officer tried to Tase the man, hitting himself as well. The suspect repeatedly tried to wrench the officer’s gun from its holster, according to news reports, and continued assaulting the officer after both had stood up. Fearing for his life, the officer shot the man. It is hard to see how race entered into that encounter. Someone who tries for an officer’s gun must be presumed to have the intention to use it. In 2015, three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. Similarly, in August, an officer from Prince George’s County, Maryland, pursued a man who had fled from a car crash. The man tried to grab the officer’s gun, and it discharged. The suspect continued to fight with the officer until he was Tased by a second officer and tackled by a third. The shot that was discharged during the struggle ultimately proved fatal to the suspect. In January, a sheriff’s deputy in Strong, Arkansas, responded to a pharmacy burglary alarm in the early morning. The burglar inside fought with the deputy for control of the deputy’s gun and it discharged. The suspect fled the store but was caught outside, at which point the deputy noticed the suspect’s gun injury and called an ambulance.

A police critic may reject the officers’ accounts of these deaths, invoking the cell phone videos that discredited police accounts in the shootings of Walter Scott in North Charleston, South Carolina, and Laquan McDonald in Chicago. Viral videos of these events have generated an understandable skepticism towards police narratives. But equal skepticism is warranted towards witness accounts of allegedly unjustified officer shootings. Case in point: the persistent claim by bystanders that a peaceable Michael Brown, hands up, was gunned down in cold blood by Officer Darren Wilson. In fact, as forensic evidence and more credible eyewitnesses established, Brown had assaulted Wilson and tried to grab his gun. Until there is a critical mass of such resolved narratives, whether one trusts officer accounts more than bystander accounts, or vice versa, will depend on one’s prior assumptions regarding the police and the community.

In several cases in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect had gained control of other pieces of an officer’s equipment and was putting it to potentially lethal use. In New York City, a robbery suspect apprehended in a narrow stairwell beat two detectives’ faces bloody with a police radio. In Memphis, Tennessee, a 19-year-old wanted on two out-of-state warrants, including a sex offense in Iowa, kicked open a car door during a car stop, grabbed the officer’s handcuffs, and hit him in the face with them.

In other instances in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect’s physical resistance was so violent that it could reasonably have put the officer in fear for his life. A trespasser at a motel in Barstow, California, brought a sheriff’s deputy to the ground and beat him in the face so viciously that he broke numerous bones and caused other injuries. The suspect refused repeated orders to desist and move away. An officer in such a situation can’t know whether he will lose consciousness under the blows to his head; if he does, he is at even greater risk that his gun will be used against him.

An Orlando, Florida, officer was called about a fight in an apartment complex. The suspect fought so violently with the responding officer that the officer’s equipment had been torn off and was strewn about the scene, including his used Taser, baton, gun magazine, and wristwatch. In Dearborn, Michigan, a probation violator escaped from officers after committing a theft; later in the day, an officer approached him and he again took off running. A fight ensued, which left the officer with his gun belt loosened, his equipment from the belt on the ground, and his uniform ripped. The officer was covered with mud and sustained minor injuries. In Miami, a man crashed a taxi cab in the early morning hours and took off running onto a highway. During the fight, the driver bit the officer’s finger so hard that he nearly severed it; surgery was required to reattach it to the left hand. One can debate the tactics used and the moment when an officer would have been justified in opening fire, but these cases are more complicated and morally ambiguous than a simple “unarmed” classification would lead a reader to believe.

The Post’s cases do not support the idea that the police have a more demanding standard for using lethal force when confronting unarmed white suspects. According to the press accounts, only one unarmed white victim attempted to grab the officer’s gun. In Tuscaloosa, Alabama, a 50-year-old white suspect in a domestic assault call ran at the officer with a spoon; he was Tased and then shot. A 28-year-old driver in Des Moines, Iowa, led police on a chase, then got out of his car and walked quickly toward the officer, and was shot. In Akron, Ohio, a 21-year-old suspect in a grocery store robbery who had escaped on a bike did not remove his hand from his waistband when ordered to do so. Had any of these victims been black, police critics might well have conferred on them instant notoriety; instead, they are unknown.

While the nation was focused on the non-epidemic of racist police killings throughout 2015, the routine drive-by shootings in urban areas were taking their usual toll, including on children, to little national notice. In Cleveland, three children ages five and younger were killed in September. Five children were shot in Cleveland over the Fourth of July weekend. A seven-year-old boy was killed in Chicago that same weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the alleged murderer was reportedly avenging the killing of his own 13-year-old brother in October. In August a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet shot into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. A six-year-old boy was killed in a drive-by shooting on West Florissant Avenue in March in St. Louis, as protesters were again converging on the Ferguson Police Department to demand the resignation of the entire department. Ten children under the age of 10 were killed in Baltimore last year; 12 victims were between the age of 10 and 17. This is just a partial list of child victims. While the world knows who Michael Brown is, few people outside these children’s immediate communities know their names.

Without question, police officers must be constantly retrained in courtesy and respect; too often they develop boorish, callous attitudes towards civilians on the street. Some are unfit to serve. Some are surely racists. And if de-escalation training can safely reduce officer use of force further, it should be widely implemented. But the Black Lives Matter movement’s focus on shootings by police should not distract attention from the most serious use-of-force problem facing black communities: criminal violence. In 2014, there were 6,095 black homicide victims, more than all white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the population. The black homicide toll will be even higher in 2015. In over 90 percent of those black deaths, the killer was another black civilian. By all means, we must try to eliminate unjustified use of force by police. But as long as crime rates in black communities remain so high, officers will be disproportionately engaged there, with all the attendant risks of such deployment. Indeed, the incessant refrain that cops are racist could well increase the likelihood that black suspects will resist arrest, and that witnesses will be reluctant to cooperate.

Heather Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of the forthcoming “The War on Cops.”

Voir encore:

Chicago on the Brink
A retreat from proactive policing has unleashed mayhem in the city
Heather Mac Donald
City journal
Summer 2016

Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies.

The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (An early and influential Ferguson-effect denier has now changed his mind: in a June 2016 study for the National Institute of Justice, Richard Rosenfeld of the University of Missouri–St. Louis concedes that the 2015 homicide increase in the nation’s large cities was “real and nearly unprecedented.” “The only explanation that gets the timing right is a version of the Ferguson effect,” he told the Guardian.)

Chicago mayor Rahm Emanuel warned in October 2015 that officers were going “fetal,” as shootings in the city skyrocketed. But 2016 has brought an even sharper reduction in proactive enforcement. Devastating failures in Chicago’s leadership after a horrific police shooting and an ill-considered pact between the American Civil Liberties Union and the police are driving that reduction. Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price.

Felicia Moore, a wiry middle-aged woman with tattoos on her face and the ravaged frame of a former drug addict, is standing inside a Polish sausage joint on Chicago’s South Side at 10 PM. Asked about crime, she responds: “I’ve been in Chicago all my life. It’s never been this bad. Mothers and grandchildren are scared to come out on their porch; if you see more than five or six niggas walking together, you gotta run.” The violence claimed her only son last year, she says, just as he was being drafted by the Atlanta Hawks. Moore is engaging in some revisionist history: her son, Jeremiah Moore, was, in fact, killed with a shot to his head—but in 2013, a little over a year after he was released from prison for shooting a mother at a bus stop; the Atlantic Hawks don’t enter into it.

Felicia Moore’s assessment of the present crime situation in Chicago, however, is more reality-based. Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer.

A man who calls himself City Streets is standing in a ragtag group of drinkers and hustlers outside a liquor and convenience store on the South Side. They pass around beer, cigarettes, and cash and ask strangers for money. A young woman shoves her boy along, oblivious to the late hour. “It’s terrible out here. Someone gets shot every day,” City Streets tells me. “It ain’t no place to hang,” he adds, ignoring his own advice.

Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction.

But disorder, bad before, seems to be worsening. The night after my conversations with Felicia Moore and City Streets, dozens of teens burst into the intersection of Cicero and Madison on the West Side, stopping traffic and ignoring the loud approach of a fire truck. They hold their cell phones high, the new sign of urban empowerment. Earlier that day, a fight involving at least 60 teens took over a nearby intersection, provoking a retaliatory shooting two days later at a local fried-chicken restaurant. On May 14, a 13-year-old girl stabbed a 15-year-old girl to death in a South Side housing complex; the murderer’s mother had given her the knife. In the summer of 2015, wolf packs of teens marauded down Michigan Avenue’s Magnificent Mile, robbing stores and pedestrians. The phenomenon started even earlier this year. A couple strolling on Lake Shore Drive downtown on Memorial Day weekend were chased by more than a half-dozen young men, at least one armed with a gun. The two tried to escape across the highway, the teens in hot pursuit. A pickup truck hit the couple, killing the female. A police officer flashed his emergency lights at the teens, and they fled. “If it wasn’t for the police being there at the time, I don’t know where I might be now,” the surviving man told the Chicago Sun-Times. “Six feet under?”

Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Oliver, a 34-year-old with a Bloods tattoo and alcohol on his breath, has just been frisked by the police in a West Side White Castle parking lot around 9:30 PM. “The police are assholes,” he says. “I know my rights; I’m selling CDs, so I know I’m doing something wrong, but they weren’t visible in my bag.” Oliver then sells two loosies to a passerby, laboriously counting out change from a five-dollar bill.

Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. After a woman and four men were shot at a bus stop on the South Side in May, a local resident complained about the illegal vending. “This sort of congregation of people who meet at this space dealing drugs and selling loose cigarettes . . . is despicable,” he told the Chicago Tribune. The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. As I approach a Jamaican jerk restaurant on the West Side, the young men in front melt away. “You saw what happened when you pulled up here—everyone disappeared,” a middle-aged man tells me. “They sell drugs everywhere.”

The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. Four-fifths of the Memorial Day shooting victims, for example, were on the Chicago Police Department’s list of gang members deemed most prone to violence. But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well: a 59-year-old Pakistani cabdriver, fatally shot in the head in February by a 19-year-old passenger; a DePaul student brutally beaten in April on the subway while other passengers passively looked on; a 49-year-old female dispatcher with the city’s 311 call center, killed in May while standing outside a Starbucks a few blocks from police headquarters; a worker driving home at night from her job at FedEx, shot four times in the head while waiting at an intersection and saved from death by the cell phone at her ear; a trucker shot in the face in May on the Dan Ryan Expressway; three eighth-graders robbed at gunpoint outside their school in May; a six-year-old girl playing outside her grandmother’s house in June, shot in the back and lung; a man stabbed in the stomach by a felon, who said: “I hate white people. Give me your money.”

The murder that shook the city to its core was the assassination of nine-year-old Tyshawn Lee. He was playing in a park on November 2, 2015, when a 22-year-old gangster, Dwight Boone-Doty, lured him into an alley with the promise of chips and candy. Boone-Doty fatally shot the boy, then fled with two accomplices, bleaching the getaway car and dumping it in Dalton, Illinois. Boone-Doty’s original plan, according to a police source, was to kidnap Tyshawn and send his ears and fingers to his mother. Tyshawn’s father was a member of the gang believed responsible for shooting the brother and mother of one of Boone-Doty’s accomplices a few weeks earlier. After the shooting, local schools went on lockdown, terrified that the children of gang members were now fair game for execution.

Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.”

Antipolice animus is nothing new in Chicago, of course. An Illinois state representative, Monique Davis, told a Detroit radio station in 2013 that people in her South Side community believed that the reason so few homicide cases were solved is that it was the police who were killing young black males. Davis later refused to repudiate her statement: “We can’t say that it is not happening.” The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away. “It’s very dangerous out there now,” a detective tells me. In March 2016, then-chief of patrol (now superintendent) Eddie Johnson decried what he called the “string of violent attacks against the police” after an off-duty officer was shot by a felon who had ordered him on the ground after robbing him. The previous week, three officers were shot during a drug investigation.

This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. But Chicago officers face two additional challenges: a new oversight regime for pedestrian stops; and the fallout from an officer’s killing of Laquan McDonald in October 2014.

In March 2015, the ACLU of Illinois accused the Chicago Police Department of engaging in racially biased stops, locally called “investigatory stops,” because its stop rate did not match population ratios. Blacks were 72 percent of all stop subjects during a four-month period in 2014, reported the ACLU, whereas whites were 9 percent of all stop subjects. But blacks and whites each make up roughly 32 percent of the city’s populace. Ergo, the police are racially profiling. This by-now drearily familiar and ludicrously inadequate benchmarking methodology ignores the incidence of crime. In 2014, blacks in Chicago made up 79 percent of all known nonfatal shooting suspects, 85 percent of all known robbery suspects, and 77 percent of all known murder suspects, according to police department data. Whites were 1 percent of known nonfatal shootings suspects in 2014, 2.5 percent of known robbery suspects, and 5 percent of known murder suspects, the latter number composed disproportionately of domestic homicides. Whites are nearly absent, in other words, among violent street criminals—precisely whom proactive policing aims to deter. Whites are actually over-stopped compared with their involvement in street crime. Nearly 40 percent of young white males surveyed by Northwestern University criminologist Wes Skogan in 2015 reported getting stopped in the previous year, compared with nearly 70 percent of young black males. “Statistically, age is the strongest correlate of being stopped,” says Skogan—not race.

Despite the groundlessness of the ACLU’s racial-bias charges, then–police superintendent Garry McCarthy and the city’s corporation counsel signed an agreement in August 2015 allowing the ACLU to review all future stops made by the department. The agreement also created an independent monitor for police stops. “Why McCarthy agreed to put the ACLU in charge is beyond us,” says a homicide detective. McCarthy’s signing of the stop agreement was indeed ironic, since he had encouraged a dramatic increase in stops. They rose 50 percent in his first two years, ultimately reaching about 700,000 a year, more than the NYPD performed at the height of its own stop activity, even though the CPD is about a third the size of the NYPD.

On January 1, 2016, the police department rolled out a new form for documenting investigatory stops, developed to meet ACLU demands. The new form, traditionally called a contact card, was two pages long and contained a whopping 70 fields of information to be filled out, including three narrative sections. (Those narrative sections were subsequently combined to try to quiet criticism.) The new contact card dwarfs even arrest reports and takes at least 30 minutes to complete. Every contact card is forwarded to the ACLU. Stops dropped nearly 90 percent in the first quarter of 2016. Detectives had long relied on the information contained in contact cards to solve crimes. When 15-year-old Hadiya Pendleton was killed in January 2013, days after performing with her high school band in President Barack Obama’s second inaugural, investigators identified the occupants of the getaway car through descriptions of the vehicle in previous contact cards. Now, however, crime sleuths have almost nothing to go on. Earlier this year, a detective working armed robbery had a pattern of two male Hispanics with tattoos on their faces sticking up people in front of their homes. But virtually no contact cards had been written in the area for three months. So he made car stops in the neighborhood himself, coming across the stolen car used in the robberies and the parolees responsible for the crimes. This is not a maximally efficient division of labor.

Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. The solution, according to officers, is straightforward: “If tomorrow, we still had to fill out the new forms, but they no longer went to the ACLU, stops would increase,” a detective claims.

But a more profound pall hangs over the department because of a shockingly unjustified police homicide and the missteps of top brass and the mayor in handling it. On the night of October 20, 2014, a report went out over the police radio that someone was breaking into cars in a trucking yard in the southwest neighborhood of Archer Heights; the vandal had threatened the 911 caller with a knife. Two officers found 17-year-old Laquan McDonald a block away; he punctured a tire on their squad car and struck its windshield with his three-inch blade. The cops trailed McDonald, who was high on PCP, for nearly half a mile while waiting for backup units with a Taser. Two additional patrol cars pulled up as McDonald strode along the middle of Pulaski Road, energetically swinging his right arm, knife in hand. One car parked behind him; its dashboard camera recorded the subsequent events. The other car stopped about 30 yards ahead. The officers in that forward vehicle jumped out, guns pointed at McDonald, commanding him to drop the knife. Less than ten seconds after exiting, Officer Jason Van Dyke began shooting. McDonald spun 360 degrees under the impact of the first bullets and dropped to the ground. Van Dyke continued shooting, emptying his cartridge into McDonald’s crumpled and gently writhing body.

The shooting, pitiable to watch, represented a catastrophic failure of tactics and judgment. Some police use-of-force experts claim that a suspect armed with a knife can rush and slash an unprepared officer if the assailant is within 21 feet. Even if that so-called 21-foot rule applied here, Van Dyke and his partner had no need to exit the car and put themselves within possible reach of McDonald. If they were in any imminent risk of lethal harm, they created that risk themselves. But even then, McDonald did not appear poised to attack, despite his failure to drop the knife. He was on a slight rightward trajectory away from Van Dyke, who was on his left, before the shooting began.

What followed the homicide was almost as shocking. Five officers at the scene all told variants of the same tale in their written reports: that McDonald had been advancing toward Van Dyke, aggressively raising his knife as if to attack. Once on the ground, McDonald tried to get up, they said, continuing to point his knife at Van Dyke. None of those claims is borne out by the video. McDonald displayed no aggressive behavior toward Van Dyke. It is true that for two strides immediately before the first bullets hit him, McDonald’s trajectory had minimally shifted to the left so as to be perpendicular to Van Dyke rather than veering diagonally away. But that modest and likely unconscious alteration of trajectory does not rise to the level of lethal threat. And having made the mistake of opening fire in the first place, Van Dyke should at least have stopped shooting once McDonald fell. Had McDonald had a gun, capable of striking from a distance, rather than a knife, the analysis might have been different.

A police-union spokesman at the scene of the killing told reporters that McDonald had been threatening Van Dyke. The police department press release a few hours later essentially echoed that account, stating that McDonald continued to approach the officers after being warned. Superintendent McCarthy viewed the video the next day, without retracting the department’s press release, explaining later that he was too busy trying to learn what had happened. From then on out, officials made no effort to countermand the McDonald attack narrative. (A rumor that cops destroyed a video of the incident taken at a nearby Burger King, however, proved not to be true.)

McCarthy immediately stripped Van Dyke of his police powers and forwarded the case to the civilian board that reviews police shootings, the Independent Police Review Authority (IPRA). The case also went to the Cook County state attorney’s office, the U.S. attorney’s office, and the FBI. In April, the mayor’s corporation counsel, Stephen Patton, attained city council approval for a $5 million settlement with the McDonald family, conditioned on the continued non-release of the video. Later that month, the detectives’ bureau cleared and closed the case, astoundingly concluding that the “recovered in-car camera video was . . . consistent with the accounts of the witnesses” and that “Van Dyke’s use of deadly force was within bounds of CPD guidelines.”

By then, the Chicago press was clamoring for the video’s release, but it was not until November 24, 2015, that the video came out, under a judge’s order. The reaction was understandably explosive; weeks of angry protests denouncing alleged police racism and brutality followed.

The Cook County state attorney announced first-degree murder charges against Officer Van Dyke on the day that the McDonald video was released. Mayor Emanuel fired McCarthy a week later and appointed the Police Accountability Task Force, dominated by critics of the police. That task force issued a report in April 2016, claiming that the Chicago Police Department is shot through with “racism.” Emanuel is now genuflecting to the city’s activists. He has adopted many of the report’s most sweeping recommendations, including the appointment of a costly and unnecessary inspector general for the department (that will come on top of the independent monitor for investigatory stops), the replacement of the IPRA with a new entity, the Civilian Police Investigative Agency, and the creation of the “Community Safety Oversight Board.” All these additional layers of oversight will only complicate chains of command and further discourage proactive policing.

McCarthy defends his decision not to release the video or to correct the record early on the ground that he didn’t want to compromise the integrity of the investigation. He did not have the legal authority to comment once the case went to federal agencies, he says. Those protocols may be appropriate in the case of an ordinary police shooting, but this was no ordinary police shooting. Allowing a fabrication about a very bad shooting to stand, especially during the current era of fevered antipolice sentiment, is guaranteed to amplify the demagoguery against the police. McCarthy, an able and accomplished police executive, should have at least called in the investigating bodies in emergency session and worked out with them a way to counter the false narrative without jeopardizing their work. The Emanuel administration also bears enormous responsibility for the crisis in legitimacy that now afflicts the department. Emanuel has praised himself for being the first Chicago mayor to acknowledge an alleged police code of silence, but he knew about the shooting, and his aides had seen the video early on. City hall was already in damage-control mode by February 2015, as Emanuel faced a tight runoff election. It is irresponsible for Emanuel to scapegoat McCarthy when his own administration also failed to set the record straight.

The damage to the Chicago police and to policing nationally from the mishandling of the McDonald homicide is incalculable. The episode can now be invoked to confirm every false generalization about the police peddled by the Black Lives Matter movement. Yet the shooting was a tragic aberration, not the norm. A New York Times Magazine article in April 2016 tried to establish the department’s racially driven malfeasance by citing the absolute number of fatal police shootings in Chicago: from 2010 to 2014, Chicago police killed 70 people, more than any other police agency. The Times article neglected to reveal that Phoenix, Philadelphia, and Dallas all lead Chicago in the per-capita rate of such fatal shootings. Chicago’s rate of police shootings is nearly 50 percent lower than Phoenix’s—even though its murder rate is twice as high—and 35 percent lower than Philadelphia’s.

The number of armed felons that the city’s cops confront dwarfs the number of officer-involved shootings. No other police department takes more guns off the street. In the first nine months of 2015, the CPD recovered 20 illegal weapons a day. From January 2007 to November 30, 2015, the police made 37,408 arrests of an armed felon, or roughly 4,670 a year. Each of those arrests could have turned into an officer shooting. But in 2015, even as crime was increasing under the Ferguson effect, the Chicago police shot 30 people, eight fatally. Those fatal shootings represent 1.6 percent of the 492 homicides that year. Nationally, police shootings make up 12 percent of all white and Hispanic homicide deaths and 4 percent of all black homicide deaths. Chicago’s ratio of fatal police shootings to criminal homicide deaths is less than the national average.

The Emanuel-appointed Police Accountability Task Force claimed that police shooting data give “validity to the widely held belief that the police have no regard for the sanctity of life when it comes to people of color.” The task force pointed to the fact that of the 404 individuals shot by the police between 2008 and 2015, both fatally and nonfatally, 74 percent (or 299) were black, and 8 percent (or 33) were white. Predictably, the task force said not one word about black and white crime rates, which were even more disproportionate in 2015 than in 2014. In 2015, blacks were 80 percent of all known murder suspects and 80 percent of all known nonfatal shooting suspects. Whites made up 0.9 percent of known murder suspects in 2015 and 1.4 percent of all known nonfatal shooting suspects. And blacks were overwhelmingly the victims of criminal shootings as well. In 2015, 2,460 blacks were shot lethally and nonlethally, or nearly seven blacks a day. By contrast, roughly 30 blacks were shot lethally and nonlethally by the police in all of 2015. Those 2,460 black victims of criminal shootings constituted nearly 81 percent of all known shooting victims. Seventy-eight whites were shot in 2015, or one white every 4.6 days, constituting 2.5 percent of all known shooting victims. If 74 percent of police shootings have black subjects, that is because officer use of force is going to occur most frequently where the police are trying to protect the law-abiding from armed and dangerous suspects—and that is in predominantly minority neighborhoods.

Emanuel is disbanding the IPRA because it found that of the 404 police shootings between 2008 and 2015, only two were unjustified. The mandate of its replacement body will be clear: penalize more cops. But absent an examination of each of those cases, no conclusion can be reached about whether the low number of findings of misconduct represents a miscarriage of justice. The IPRA has been understaffed over the years, but its fundamental design is strong. The fact that it has not found many bad shootings most likely means that they are rare. The IPRA released more than 100 files of police misconduct cases in early June, as part of a new policy of increased transparency. Prediction: the press will find few cases of clear wrongdoing.

The CPD’s critics are right about one thing, however: the cumbersome disciplinary process makes it too hard to fire officers found guilty of wrongdoing. And Chicago has had some truly bad cops over the years—most infamously, Jon Burge, a detective who tortured suspects from 1972 to 1991 to obtain false confessions. But the vast majority of officers today observe the law and are dedicated to serving the community; what they need is more tactical training, adequate staffing and equipment, and better leadership from an ingrown, highly political management cadre. As for the alleged blue wall, or code, of silence, it is hard in any department to crack the defensive solidarity among officers, who feel that they are facing an uncomprehending and often hostile world. Even now, a few of the officers I spoke with will not pass judgment on the McDonald homicide, on the ground that they were not there. Such solidarity is understandable, but commanders need to stress that when it results in distorting the truth, not only will the officer be severely punished; he is also making today’s anti-cop environment all the worse.

Despite the activists’ charge that the Chicago police are intent on killing black males, it’s easy to find support for the cops in crime-ridden areas. Mr. Fisher, a 55-year-old sanitation worker at a West Side bakery, is waiting for his wife outside Wiley’s Soul Food and Bar-B-Que on the West Side. Fisher was pulled over earlier in 2016 for a missing light on his license plate. The officer was courteous, he says. “I ain’t trying to buck them, I ain’t trying to disrespect them, I ain’t trying to give them a hard time, because I love my job. It’s not them, it’s the younger generation that’s got us messed up.” Civilians provoke confrontations with cops, not vice versa, Fisher says: “I seen a lot of people disrespect them, cussin’ and fussin’. If a cop was to get out of his car here, someone would run. To me, if you’re not doing anything, why would you run?” (Such commonsensical hypotheses have been ruled illegal by many courts—if a cop makes them.) Melissa, a 24-year-old outside D & J’s Hair Club on Pulaski Road, says that she has no problem with the police. “They doing they job. I don’t give them no reason to talk to me.” The problem is crime, she says: “I feel unsafe here. It just gets worse and worse.”

Sometimes support for the cops comes from unexpected places. In May 2016, a 38-year-old drug trafficker named Toby Jones received a 40-year federal prison sentence for repeatedly trying to gun down a federal informant, in the process shooting three people. He told the judge: “Even with all the latest police shootings on minorities in Chicago, I don’t blame these cops one bit for most of their decisions in the field. And the black community has to first come to grips with why these cops are so afraid,” the Chicago Sun-Times reported. Stories of heroic cops go untold, Jones said, “but as soon as a black kid gets shot, everyone is in an uproar.”

Activists and politicians are proposing the usual “root causes” solution to the current crime wave—more government programs—as well as less usual ones, such as abolishing the police department. The mayor’s Police Accountability Task Force wants the mayor and Cook County to “implement programs that address socioeconomic justice and equality, housing segregation, systemic racism, poverty, education, health and safety.” Such top-down spending ignores the normative breakdown that renders government social services largely futile. The bakery where Fisher works has been hiring for the last five years; he tells the “young brothers” about the jobs. “Half of them don’t show up; the others have drugs in their system. Half want to hang out and make the fast money that can get you in jail,” Fisher observes.

But the Chicago violence is also undermining the politically correct consensus about crime and policing. The Chicago Tribune has called for the police to make more traffic stops to quell the highway shootings; it points out that the Illinois vehicle code offers plenty of reasons to stop drivers, whether for a broken taillight or an expired registration sticker. Traffic stops are, of course, a prime target in the specious campaign against racial profiling; the mayor’s Police Accountability Task Force blasted the CPD for its allegedly biased stop rates, ignoring differential rates of vehicle and moving violations.

Police superintendent Eddie Johnson wants three-strikes-and-you’re-out-type sentencing laws for repeat felons. Chicago’s criminal-justice system “fails to hold these individuals accountable and allows them to bring . . . violent acts into our neighborhoods,” he said in March 2016. Stricter sentencing for repeat offenders is also a prime target for Black Lives Matter protesters. A few days after Johnson’s plea, anti-law-enforcement activists assailed former president Bill Clinton for having signed the 1994 Violent Crime Control and Law Enforcement Act, which lengthened federal sentences for repeat felony offenders. Such sentences, protesters charged, resulted in “mass incarceration” for blacks. And an Illinois bill mandating stricter sentencing for illegal gun possession was blocked by the black caucus in Springfield in 2013, on the ground that it would have a disparate impact on blacks.

Some people in the community, however, are demanding even stronger measures than Johnson calls for. After a 15-year-old car passenger was killed in a drive-by shooting on June 1 on the South Side, a friend of his family told the Chicago Tribune, “We need martial law. Period. If it’s to protect our children, then so be it.”

Such calls will undoubtedly multiply this summer, since the violence shows no signs of abating. It may not be time to call out the National Guard yet. But it is time to reinvigorate the Chicago Police Department. With the Police Accountability Task Force charge of endemic racism and the ACLU straitjacket depressing morale, and with resistance of lawful authority growing, that will be no small task. City leaders will need to show that they understand and will support officers like the cold-case homicide detective who told me, in reaction to the task-force report: “Never once has anyone complained to me that I’m racist. I’m in it to do what’s right.”

 Voir encore:

5 Statistics You Need To Know About Cops Killing Blacks
Aaron Bandler
July 7, 2016

The Alton Sterling and Philando Castile shootings have caused an uproar among leftists because they fuel their narrative that racist white police officers are hunting down innocent black men. But the statistics – brought to light by the superb work of Heather MacDonald – tell a different story.

Here are five key statistics you need to know about cops killing blacks.

1. Cops killed nearly twice as many whites as blacks in 2015. According to data compiled by The Washington Post, 50 percent of the victims of fatal police shootings were white, while 26 percent were black. The majority of these victims had a gun or « were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force, » according to MacDonald in a speech at Hillsdale College.

Some may argue that these statistics are evidence of racist treatment toward blacks, since whites consist of 62 percent of the population and blacks make up 12 percent of the population. But as MacDonald writes in The Wall Street Journal, 2009 statistics from the Bureau of Justice Statistics reveal that blacks were charged with 62 percent of robberies, 57 percent of murders and 45 percent of assaults in the 75 biggest counties in the country, despite only comprising roughly 15 percent of the population in these counties.

« Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force, » writes MacDonald.

MacDonald also pointed out in her Hillsdale speech that blacks « commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime » in New York City, even though they consist of 23 percent of the city’s population.

« The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black, » MacDonald said. « Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. »

2. More whites and Hispanics die from police homicides than blacks. According to MacDonald, 12 percent of white and Hispanic homicide deaths were due to police officers, while only four percent of black homicide deaths were the result of police officers.

« If we’re going to have a ‘Lives Matter’ anti-police movement, it would be more appropriately named « White and Hispanic Lives Matter,' » said MacDonald in her Hillsdale speech.

3. The Post’s data does show that unarmed black men are more likely to die by the gun of a cop than an unarmed white man…but this does not tell the whole story. In August 2015, the ratio was seven-to-one of unarmed black men dying from police gunshots compared to unarmed white men; the ratio was six-to-one by the end of 2015. But MacDonald points out in The Marshall Project that looking at the details of the actual incidents that occurred paints a different picture:

The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

MacDonald examines a number of other instances, including unarmed black men in San Diego, CA and Prince George’s County, MD attempting to reach for a gun in a police officer’s holster. In the San Diego case, the unarmed black man actually « jumped the officer » and assaulted him, and the cop shot the man since he was « fearing for his life. » MacDonald also notes that there was an instance in 2015 where « three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. »

4. Black and Hispanic police officers are more likely to fire a gun at blacks than white officers. This is according to a Department of Justice report in 2015 about the Philadelphia Police Department, and is further confirmed that by a study conducted University of Pennsylvania criminologist Gary Ridgeway in 2015 that determined black cops were 3.3 times more likely to fire a gun than other cops at a crime scene.

5. Blacks are more likely to kill cops than be killed by cops. This is according to FBI data, which also found that 40 percent of cop killers are black. According to MacDonald, the police officer is 18.5 times more likely to be killed by a black than a cop killing an unarmed black person.

Despite the facts, the anti-police rhetoric of Black Lives Matter and their leftist sympathizers have resulted in what MacDonald calls the « Ferguson Effect, » as murders have spiked by 17 percent among the 50 biggest cities in the U.S. as a result of cops being more reluctant to police neighborhoods out of fear of being labeled as racists. Additionally, there have been over twice as many cops victimized by fatal shootings in the first three months of 2016.

Anti-police rhetoric has deadly consequences.

Voir de même:

Dallas Shooter Micah Xavier Johnson Followed Groups Promoting Black Panthers and Cop-Killing
Sigrid Johannes and Benny Johnson
Independent Journal
July 8, 2016

Police have identified the dead suspect in the Dallas police shooting incident as Micah Xavier Johnson. The 25-year-old man was a resident of Dallas. Johnson has no criminal record or ties to terror organizations, according to reports.

However, Johnson’s Facebook profile told a different story. CBS News confirmed that this now deleted profile was Johnson’s.

Before Facebook deleted the profile, which is standard practice for the social media site in the wake of one of its users committing a violent act, Independent Journal Review screen grabbed some of Johnson’s alarming activity. Johnson’s Facebook activity dates as far back as 2011.

The LA Times confirmed Johnson’s military history, but there was no mention of service on his Facebook page.

Johnson was killed after a prolonged negotiation with police. He threatened that officers would discover improvised explosives throughout the city. His stated goal was to kill white people, specifically white law enforcement.

Voir de plus:

The Dallas Shooting and the Advent of Killer Police Robots

Chief David Brown says officers used a device equipped with a bomb to kill a suspect, a perhaps unprecedented move that raises new questions about use of lethal force.
David A. Graham

The Atlantic

Jul 8, 2016

In the mourning over the murders of five police officers in Dallas, and relief that the standoff had ended, one unusual detail stuck out: the manner in which police killed one suspect after negotiations failed.

“We saw no other option but to use our bomb robot and place a device on its extension for it to detonate where the suspect was,” Chief David Brown said in a press conference Friday morning. “Other options would have exposed our officers to grave danger. The suspect is deceased … He’s been deceased because of a detonation of the bomb.”

That use of a robot raises questions about the way police adopt and use new technologies. While many police forces have adopted robots—or, more accurately, remote-controlled devices—for uses like bomb detonation or delivery of non-lethal force like tear gas, using one to kill a suspect is at least highly unusual and quite possibly unprecedented.

“I’m not aware of officers using a remote-controlled device as a delivery mechanism for lethal force,” said Seth Stoughton, an assistant professor of law at the University of South Carolina who is a former police officer and expert on police methods. “This is sort of a new horizon for police technology. Robots have been around for a while, but using them to deliver lethal force raises some new issues.”

Robotics expert Peter Singer of New America also told the Associated Press he believed the use was unprecedented.

But while there are likely to be intense ethical debates about when and how police deploy robots in this manner, Stoughton said he doesn’t think Dallas’s decision is particularly novel from a legal perspective. Because there was an imminent threat to officers, the decision to use lethal force was likely reasonable, while the weapon used was immaterial.

“The circumstances that justify lethal force justify lethal force in essentially every form,” he said. “If someone is shooting at the police, the police are, generally speaking, going to be authorized to eliminate that threat by shooting them, or by stabbing them with a knife, or by running them over with a vehicle. Once lethal force is justified and appropriate, the method of delivery—I doubt it’s legally relevant.”

Police forces have adopted remote-controlled devices for a wide variety of tasks in recent years, from tiny to large. These tools can search for bombs, take cameras into dangerous areas, deliver tear gas or pepper spray, and even rescue wounded people. Police used one small robot in the manhunt for Boston Marathon bomber Dzohkar Tsarnaev. In May, the Dallas Police Department posted on its blog that it had acquired new robots. Other law-enforcement agencies have experimented with flying “drones,” again more correctly remotely controlled aerial vehicles. So far, those uses appear to have been solely for surveillance. The Department of Justice said in 2013 that it had used drones in the U.S. on 10 occasions.

In a few cases, forces have used remote-controlled devices to deliver non-lethal force, too, as Vice reported last year. In Albuquerque, New Mexico, in 2014, “the Bomb Squad supported APD’s SWAT Team on November 9 at a local residence. The SWAT team requested robot assistance to assist on a barricaded subject armed with a gun. The Bomb Squad robot was able to deploy chemical munitions into the subject’s motel room, which led to the subject’s surrender.” Vice cited other news reports that involved hostage situations where robots were deployed, though the applications are sometimes vague. A remote-controlled device could also be equipped to deliver a flash-bang grenade, used to disorient suspects.

Brown didn’t explain what kind of explosive DPD attached to their device. While a department might stock flash-bangs, explosives for breaching doors, and a few other explosive devices, “I’m not aware of any police department having on hand something that is intended to be used as a weaponized explosive,” Stoughton said.

Use of remote-controlled devices by law enforcement raises a range of possible questions about when and where they are appropriate. The advent of new police technologies, from the firearm to the Taser, has often resulted in accusations of inappropriate use and recalibration in when police use them. Stoughton pointed out that prior to the Supreme Court’s 1985 decision in Tennessee v. Garner, the “fleeing-felon rule” gave officers the right to use lethal force to prevent a suspect in a serious crime from escaping. But the justices limited the rule, saying that firearms meant the rule was no longer current. Unless either they or civilians are in danger of death or serious bodily harm, police can only use non-lethal force to stop a fleeing felon. Similarly, the adoption of the Taser has raised questions about whether officers are too quick to use the devices when they would be better served to deescalate or use their hands.

“I think we will see similar concerns when we’re talking about the use of robots to employ lethal force,” Stoughton said. For example, in Dallas, the police appear to have faced danger of death or serious bodily harm. But imagine a scenario in which a suspect has been shooting but is not currently firing, and in which all officers are safely covered. In such a case, police would likely not open up a gun battle. But would commanders be quicker to deploy a robot, since there would be less danger to officers? And would current lethal-force rules really justify it? There is reason to believe they would not.

The nascent questions over police use of remote-controlled devices echoes an existing argument over the military use of such tools. U.S. drone strikes overseas are believed to have killed hundreds of civilians, and the legal justifications for when and where they are used are often hotly contested. In some cases, drone strikes have killed American citizens without due process. Many civil libertarians are troubled by the implications for stateside use. In 2013, Senator Rand Paul, a Kentucky Republican, mounted a 13-hour filibuster blocking the confirmation John Brennan, President Obama’s nominee to direct the CIA, over the White House’s refusal to say whether it believed it could use military drones to kill American suspects on American soil. Attorney General Eric Holder later wrote Paul to say that the president does not have the authority to do so.

Move away from the realm of remote-controlled devices into the world of autonomous or partially autonomous robots that could deliver lethal, or even non-lethal, force, and the concerns mount. There’s already a heated debate over whether and how the military should deploy lethal, autonomous robots. That debate, too, could transfer to police forces. But as Stoughton noted, law enforcement serves a different purpose than the army.

“The military has many missions, but at its core is about dominating and eliminating an enemy,” he said. “Policing has a different mission: protecting the populace. That core mission, as difficult as it is to explains sometimes, includes protecting some people who do some bad things. It includes not using lethal force when it’s possible to not.”

A Dallas, la police a utilisé pour la première fois un «robot tueur»
Pierre Jova , AFP agence
Le Figaro
08/07/2016

VIDÉO – Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe.

Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe.

Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King.

Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. La photo d’un robot de ce type a été diffusée par le magazine américain Popular Science.

«C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak».

L’arrivée des robots armés dans la police?
Dans l’armée américaine, les robots terrestres transforment le visage de la guerre depuis plusieurs années déjà. Ils sont notamment capables de récupérer et désactiver une charge explosive, à l’aide d’un bras téléguidé par des soldats restés à l’abri du danger. Ils semblent voués à être désormais de plus en plus employés à des fins de combat. Y compris par les forces de l’ordre.

En Chine, l’université de la défense nationale a conçu un appareil baptisé «AnBot», destiné à avoir «un rôle important à jouer pour renforcer les mesures anti-terroristes et anti-émeutes». «La caractéristique la plus controversée d’AnBot est bien sûr son ‘outil intégré anti-émeute électrisé’ (ressemblant certainement à un Taser ou à un aiguillon pour bétail). Il ne peut être déclenché que par les humains contrôlant Anbot à distance», écrivaient Peter Singer avec un autre spécialiste Jeffrey Lin, en avril, dans Popular Science. «Le fait qu’Anbot soit si grand veut dire qu’il a la place d’intégrer d’autres équipements de police, comme des gaz lacrymogènes et d’autres armes moins létales», poursuivaient les auteurs.

Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride.

L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport.

Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable.

Voir enfin:

The Post-O.J. Trial Upside: Riots As Scarce As Justice

October 6, 1995

 Millions of people were stunned and outraged by the not-guilty verdict in the O.J. Simpson trial. But I always try to look at the upside. And there are plenty of reasons to feel relief and gratitude.

For one thing, there was no rioting. I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting.

While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable.

As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men.

« There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men.

« Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. »

But why haven’t you rioted?

« It would just give men another excuse to kick us around. »

Another group that I feared would riot were obscure waiters.

As one of them said after the verdict: « This figures. Throughout history, obscure waiters have received little respect. A waiter goes to a table and says to someone like O.J., `Hi, I’m Ron and I’ll be your server.’ Would O.J. say, `Hi, Ron, I’m O.J. and I’ll be your customer?’ No, all O.J. would say is: `Get me a clean fork.’

« What do you think that jury would have done if O.J. the superstar had been murdered by a obscure waiter? Do you think Johnnie Cochran would say that some cop planted the waiter’s bloody apron as false evidence? »

Then why didn’t all of you obscure waiters riot?

« What, and miss the dinner trade? »

Another positive development was that Mark Fuhrman, while a Los Angeles cop, was a bigot and had used the infamous « N-word. »

This was a shocking revelation because it shattered the widely accepted stereotype of big city cops as being incurable liberals who support the ACLU and love white wine spritzers and Woody Allen movies.

It also led to the perfectly logical conclusion that any white cop who used the « N-word » was almost certainly involved in a massive racial frame-up, regardless of what DNA and other scientific evidence indicated.

This could lead to a new body of law in which Irish-American cops are asked if they ever said « dago, » Italian-American cops if they ever said « polack, » Polish-American cops if they ever used the word « heeb, » Jewish cops if they ever used the word « schwarz, » and black cops if they ever used the word « honky. »

It could resolve the problem of overcrowded prisons by assuring just about every accused criminal an acquittal on the grounds that policemen use bad words.

My faith in the jury system has also been restored.

Until now, I didn’t believe that someone like O.J. Simpson, a black football hero and star of TV commercials and motion pictures, who could not afford to spend more than $8 million on lawyers, could possibly get a fair shake from a predominantly black jury when accused of killing his white ex-wife and a Jewish body-building young waiter.

But this jury proved that they could overlook the racially volatile fact that Simpson belongs to a mostly white golf club and reach a verdict based strictly on the evidence.

And the verdict helped wipe away the slander that America is a still a racially polarized country. No, the sight of all those middle-aged white people leaping about the streets, hugging, kissing, cheering and giving each other high fives, while blacks grimaced and shook their heads, has inspired hope for the future.

Finally, Simpson, now a free man, has vowed to devote his energies to tracking down the real murderer of his ex-wife.

That’s very good because some people had thought it strange that from the very beginning of this mystery, Simpson had seemed far more concerned with his own feelings than with the terrible fact that the woman he loved had been brutally murdered.

Now he says he will try to find the evil brute who killed the mother of his children. Maybe he can invite the Goldman and Brown families to join him in the hunt.

So those of us who believe in justice should wish him well in his search for the identity of the real killer.

But I wonder – can Simpson shave without looking in the mirror?

 

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Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
clete

Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

Voir de plus:

Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

Voir de plus:

Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Mutilations génitales: A quand une journée de l’excision pour tous ? (It’s islam, stupid ! – Data show a negative relationship between education and excision and between schooling and Islam)

23 avril, 2016

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Percentage of girls and women aged 15 to 49 years who have undergone FGM, by religion
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Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n’exagère pas car c’est plus agréable pour la femme et meilleur pour le mari. Hadith
 La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme. Hadith
Comment une religion qui protège l’être humain pourrait-elle recommander un acte si douloureux, si mutilant, si handicapant pour celle qui l’a subi ? Il serait incohérent d’attribuer à l’islam une telle pratique alors que celui-ci accorde à la femme de nombreux droits dont celui d’être satisfaite par son mari. Aslim Taslam
Toute la jurisprudence islamique, depuis l’avènement de l’islam il y a 14 siècles, reconnait et permet l’excision. Il existe des désaccords concernant le statut de l’excision dans la charia. Certains estiment que l’excision est exigée par la charia tout comme l’est la circoncision masculine. D’autres estiment que c’est une pratique traditionnelle. Mais tout au long de l’histoire de l’islam, jamais personne n’a émis l’idée que l’excision est un crime. Il y a un consensus religieux sur ce point depuis 14 siècles. Muhammad Al-Mussayar, Al-Azhar)
Concernant la circoncision féminine, il y a consensus parmi les savants que la circoncision féminine est Sunnah, qu’elle est recommandée par la charia. Coupez légèrement et ne coupez pas beaucoup. C’est susceptible d’encourager la chasteté des organes sexuels et c’est meilleur pour le mari. Cheikh Haitham al-Haddad (basé au Royaume-Uni)
La « mutilation génitale féminine » est avant tout une étiquette désobligeante et subversive L’utilisation préemptive de cette expression est aussi blessante que de commencer une conversation au sujet du droit des femmes à l’IVG en qualifiant l’avortement de « meurtre d’une vie innocente ». Les avocats revendiquant le droit à l’avortement ont raison de s’opposer au dénigrement implicite de cette étiquette; beaucoup de femmes africaines s’opposent pareillement à qualifier de « mutilation» une pratique qu’elles décrivent en termes locaux comme « fête » ou « purification » ou « nettoyage » ou « embellissement ». Il est d’ailleurs significatif que dans la plupart des groupes ethniques où les opérations génitales féminines sont courantes, les opérations génitales masculines sont également courantes et décrites dans les mêmes termes. Richard Shweder (anthropologue, Université de Chicago, 05.12. 07)
Oui, c’est une évidence flagrante qu’il y a des risques liés aux infibulations. Mais il est tout aussi évident qu’une petite entaille, pratique qui ne comporte aucune ablation de tissu ou d’altération définitive des organes génitaux féminins, n’est pas plus risquée que les formes de circoncision masculine ou de piercing qui sont largement (bien qu’évidemment pas uniformément) admises dans la société occidentale. (…) La recherche épidémiologique nous renseigne sur le degré de risque de divers types associé à différentes formes de pratiques. Elle ne nous dit pas quand le risque est trop grand. Et qui décide quand le risque devient trop important ? Cela doit-il être décidé par des organismes internationaux? Des gouvernements ? Quand cela devient-il une nouvelle forme d’impérialisme culturel? Bettina Coquille-Duncan (anthropologue, université de Washington, 28.02.08)
Il serait peut-être plus efficace, en guise de compromis, pour éviter un mal plus grand, que les lois fédérales et les états autorisent les pédiatres à pratiquer une entaille rituelle pour satisfaire la demande des familles. Académie de Pédiatrie Américaine (06.05.10)
Les médecins australiens envisagent d’accepter une forme de mutilation sexuelle chez les nouveau-nés de sexe féminin. La mutilation aurait lieu dans un environnement clinique adapté pour empêcher les pratiques “sauvages” réalisées par les immigrés africains. The Daily Telegraph
Un des risques pour la science est quand des résultats politiquement corrects sont bien accueillis, aisément publiés et sans cesses cités, alors que des résultats politiquement embarrassants sont ignorés ou marginalisés. Ceci n’est peut-être jamais plus évident que dans l’étude « de la mutilation génitale féminine » où les rôles des chercheurs et des activistes politiques semblent souvent confondus. (…) La question clé est la suivante: Accepterions-nous aussi aisément les résultats de la recherche qui contredisent la connaissance médicale existante dans d’autres domaines que « la mutilation génitale féminine »? Les résultats de la recherche au sujet du diabète ou de l’asthme seraient-ils acceptés par exemple sans les habituelles procédures de contrôle les plus rigoureuses? Sara Johnsdotter et Birgitta Essen (Uppsala University, 23.02.08)
A partir de quelle quantité de sang les parents seront-ils satisfaits? Il y a de par le monde des pays où battre sa femme est autorisé, où l’esclavage et les abus sexuels sur les enfants sont permis. Nous n’autorisons pas ces coutumes dans notre pays. Nous n’autorisons pas les gens à pratiquer “un peu d’esclavage” parce qu’ils risquent de le pratiquer malgré tout. Nous n’autorisons pas les gens à battre leur femme “un petit peu”, pour prévenir le fait qu’ils le feront de toute façon. Georganne Chapin (directrice de Intact America)
Ce que nous proposons, c’est que des formes inoffensives de rituels génitaux féminins soient permises en vertu de la loi, et que les gens qui pratiquent les mutilations génitales soient encouragés à pratiquer cette procédure mineure plutôt que la mutilation. Il s’agit essentiellement d’une procédure où l’extérieur du vagin, la vulve, est entaillée avec un bistouri ou une aiguille, causant un écoulement de sang de manière stérile avec un crème anesthésiante. (…) Il n’y a aucune ablation. On parle d’une coupure d’environ un millimètre, qui devrait guérir complètement et rapidement sans laisser de cicatrice, de problèmes sexuels, de problèmes de reproduction, ou de douleur résiduelle. Le but est d’offrir aux gens qui croient qu’il doit y avoir une procédure rituelle spécifique selon le sexe – par exemple certaines cultures ou religions pratiquent la circoncision des garçons – une alternative sûre, dans la mesure où ils sont disposés à l’accepter. (…) C’est un manque de sensibilité culturelle car ces choses sont importantes pour des gens, et nous leur disons qu’ils ont tort, qu’ils sont des criminels. Et dans certains cas – pas avec l’infibulation, mais avec quelque chose comme une entaille vulvaire – nous autorisons des procédures comparables dans la culture majoritaire. Si c’est une chose à laquelle nous sommes habitués, nous permettrons la circoncision masculine, si une adolescente veut modifier la forme de ses seins, nous lui permettrons de subir cette opération. Si nous devons faire une comparaison avec l’entaille vulvaire : nous permettons aux parents de percer les oreilles de leurs fillettes, mais si la culture est étrangère, si elle est plus exotique, s’il s’agit d’une culture que beaucoup de gens n’aiment pas, dans ce cas, les procédures les plus minimalistes telles qu’une entaille vulvaire sont criminelles, et cela semble discriminatoire. (…) On parle d’un nouveau-né, peut-être un nouveau-né qui n’a pas développé la sensation de ses organes génitaux. On parle d’une entaille qui dure une seconde, qui est complètement guérie dans une couple de jours et dont les effets objectifs ne diffèrent pas du perçage des oreilles. La différence, bien sûr, est qu’il s’agit des organes génitaux, et tout ce qui touche à ces organes suscite des réactions très fortes. Dr Allan Jacobs (2016)
It is incredibly comfortable and there’s no sun block and you’re not getting a tan. Celebrity chef Nigella Lawson
A Sciences-Po chaque jour est une fête. Grâce à un bureau des étudiants hyperactif, l’année est plus rythmée qu’une semaine au Club Med. On connaissait bien sûr la Queer Week, «espace d’action et de réflexion autour des genres et des sexualités», organisée depuis 2010, dont la marraine était cette année la «lesbienne invisible» Océane RoseMarie. Cette année, durant une semaine en mars 2016, les étudiant-e-s et leurs professeur-e-s ravi-e-s ont pu admirer les stands de la Brigade du Stupre, ou celui du collectif GARCES dont l’animatrice confie «arpenter les manifs pour crier des misandries intersectionnelles et emmerder les mascu». Après Océane Rosemarie, il se dit que le Concombre Masqué parrainera l’édition 2017, placée sous le signe de l’intersectionnalité heureuse et du mascu vaincu. Non mais c’est vrai quoi : H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir ? Si le mois de mars était celui de la guerre des genres, du dévoilement transgressif et de la chasse au mascu, en avril en revanche on ne se découvrira pas d’un fil à Sciences-Po puisqu’un autre collectif «d’étudiant-e-s» a décidé d’organiser cette fois un «hijab day» dans les murs de la vénérable institution qui doit quelquefois se fatiguer elle-même d’être de tous les combats. Après la récente polémique de la mode islamique, les étudiants de Sciences-Po ont dû penser qu’il était temps d’inverser la vapeur et de hisser les voiles pour voler au secours des minorités opprimées tout en restant trop tendance. Non mais c’est vrai quoi: H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir? Pas question, quand on étudie à deux pas des plus jolies enseignes parisiennes, de laisser passer la sortie d’une nouvelle collection printemps-été! Et puis afficher sa solidarité avec les femmes voilées c’est bien, Esther Benbassa l’avait dit et Europe-Ecologie-Les Verts avait organisé une ‘journée hijab’ contre la voilophobie il y a près de trois ans, en août 2013, dans le sillage de la styliste américaine Nazma Khan qui a lancé l’initiative reprise aujourd’hui dans 140 pays… sauf la France, se désolaient il y a quelques mois les initiateurs du World Hijab Day Lyon, «un événement destiné à déconstruire les préjugés», malheureusement interdit en janvier dernier par le méchant préfet Delpuech et la préfecture de Lyon, sous couvert d’état d’urgence. Heureusement que Sciences-Po Paris est là pour rattraper le coup! Quand on pense que 116 pays ont pu tranquillement organiser une journée du hijab, que la ville d’Ottawa a même accepté que s’organise une journée d’ateliers d’essayage pour inviter les non-musulmanes à «porter le foulard islamique pour mieux comprendre la réalité des hijabis, leurs sœurs voilées», on comprend qu’un collectif d’étudiants de Sciences-Po ait décidé qu’il était temps que la patrie d’Yves Saint-Laurent, Dior et Chanel soit moins voilophobe et textilorétrograde. Et puis même Geneviève de Fontenay est d’accord: «Moi je les soutiens ces femmes musulmanes! Quand on voit la mode française avec ses jeans troués et rapiécés, tout cet exhibitionnisme, soyons au moins tolérants!» Avec une caution pareille, comment ne pas se sentir légitime? Pour remercier Geneviève, les étudiants de Sciences-Po auraient dû imposer en sus du hijab celui du chapeau à large bord pour toutes les étudiantes. Que les réfractaires se rassurent cependant, Fatima Elo, présidente-fondatrice de l’association Politiqu’Elles, association féministe soutenant l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, expliquait ce mercredi matin à l’antenne de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, que «personne ne sera forcé à porter le voile, c’est du volontariat». Par contre, on ne s’assiéra plus à côté des grincheux voilophobes à la cantine. Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire. Fatima Elo expliquait également ce matin chez Bourdin que derrière l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, «l’idée était d’aborder la question du voile avec humour». Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire, et les nombreuses intéressées qui subissent menaces, insultes et violences quand elles refusent de porter le voile ont dû bien rire à cette bonne blague et être soulagées que les étudiants de Sciences-Po s’intéressent enfin à leur sort. Comme les y invitait ce matin une twitto: «Aux nanas de @sciencespo qui font le #HijabDay n’oubliez pas de servir les garçons à table à midi et de mettre des gants pour serrer la main.» Mais la blagounette a l’air d’être mal passée, à en juger par l’avalanche de réactions négatives qu’elle a provoqué dans la presse. On pourrait presque croire que le sujet est devenu ces derniers temps un peu sensible…Et comme on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, voilà que l’antenne FN de Sciences-Po Paris produit un communiqué assassin: «Ce geste relève de l’imposture politique d’une bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales, qui exacerbe par ce jeu naïf les tensions communautaires». Maudit Richard Descoings! En instituant ses antennes ZEP et ses bourses à destination des étudiants plus défavorisés, l’ex-vénéré directeur de Sciences-Po a fait rentrer dans les murs une cohorte de jeunes loups qui ont grossi les rangs du parti lepéniste et lui ont permis de faire une entrée fracassante dans le pré carré du progressisme éclairé où il vient désormais s’autoriser à gâcher la fête en toutes occasions. Laurent Cantamessi 
While we would consider female genital surgeries as both unnecessary and hazardous—unnecessary because they have no health benefit, and hazardous because the risks they are associated with are considered high—these two convictions, in fact, constitute fundamental points of disagreement. In the societies where they are practiced, female genital surgeries may be considered necessary for reasons that have nothing to do with health but that are thought to be crucial to the definition of a beautiful feminine body, the marriageability of daughters, the balance of sexual desire between the sexes, or the sense of value and identity that comes from following the traditions of the group (…). In that sense, these operations may be compared to some of the « unnecessary » surgeries that men and women undergo in other societies, a topic on which much has been written. The parallels have been made, and readily come to mind: what about the circumcision of male infants? and what about breast implants, nose jobs, and other plastic surgeries? Are female genital surgeries different from the former because of what they excise—an organ whose sole purpose is sexual enjoyment, compared to a somewhat less indispensable piece of skin? Do they differ from the latter because of who makes the decision—the person herself versus her parents? And if so, then is the harm less in the exact consequences of the operations than in the fact that they are carried out without the true consent of the individual? It be- comes clear from these questions that unequivocal answers cannot emerge from applying objective criteria, and that scientific assessments are inseparable from subjective judgments and ethical principles. In addition, female genital surgeries would not be perceived to be especially risky by the population if it is, in fact, true that most women go through them without severe complications, and because the extent to which discomfort is expected and thought to be unavoidable varies greatly among different groups. The actuarial notion of health risk that is familiar to most individuals in societies with high literacy and numeracy, as well as extensive health systems and insurance coverage, is not as likely to be found in societies where schooling is limited, life expectancy is lower, health systems are rudimentary, and pain must often be confronted. Hence, modifying the evaluation that individuals make of the risks of genital surgeries entails not merely education about the possible health damage, but also changes in a whole set of factors that shape the demography, economy, and health care of the population. Carla Makhlouf Obermeyer (Harvard)
Dans les régions (d’Afrique) où il fait chaud, les gens sont contraints d’exciser les filles à titre de thérapie car dans ces régions, les clitoris sont trop grands et gênent l’époux. On excise ce qu’il y a en plus, mais ce n’est pas vrai que l’excision supprime le plaisir chez les femmes, c’est l’occident qui a exagéré le sujet. L’excision est une opération esthétique pour la femme. Habib Ellouze (député tunisien Ennahda, 2013)
L’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le grand imam de la Mosquée Al Azhar au Caire en 1997 pour justifier son interdiction. De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées ! Martine Gozlan (Marianne)
Dans le monde, 100 à 140 millions de filles et de  femmes  ont  subi  une  mutilation  sexuelle.  (…) Le  phénomène est présent essentiellement en Afrique sub-saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient  et de l’Asie du Sud-Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).  Près de 5  % des victimes vivent dans des pays du Nord,  soit  plus  de  6,5  millions  de  filles  et  de  femmes.  Elles  résident principalement dans les pays européens d’immigration africaine ainsi qu’en Amérique du Nord. Une trentaine de pays d’Afrique concernés. En  Afrique,  on  recense  28  pays  où  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  pratiquées. (…) D’un  pays à l’autre, la proportion de femmes excisées varie  beaucoup,  s’échelonnant  de  1,4  %  au  Cameroun  à  96  %  en  Guinée  au  début  des  années  2000.  Trois  groupes de pays se distinguent  : les pays où la  grande  majorité  des  femmes  sont  excisées  (plus  de  85  %)  ; ceux où la proportion varie selon l’ethnie, la  catégorie  sociale et la génération, seules certaines fractions de la population étant touchées, et où, au total,  entre  25  et  85  %  des  femmes  sont  excisées  ;  enfin,  les  pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25  %. (…) La pratique des mutilations sexuelles féminines  est souvent présentée comme la conséquence d’injonctions religieuses, notamment de l’islam. Pourtant, l’excision  était  pratiquée  en  Afrique  bien  avant  l’arrivée  des religions monothéistes et aucun texte religieux ne  permet de la justifier. Il n’y a pas de relation entre la  diffusion de l’islam dans un pays et la proportion de  femmes qui y sont excisées et on rencontre tous les cas  de  figures  en  Afrique.  En  Éthiopie,  par  exemple,  les  trois quarts des femmes sont excisées alors qu’un tiers  seulement de la population est musulmane. Dans  l’autre sens, au Niger, seule une toute petite minorité de femmes est excisée (2  %) alors que le pays est presque  entièrement musulman. En revanche, dans le pays voisin à l’Ouest, le Mali, également musulman, plus de 90  %  des  femmes  sont  excisées.  Quant  aux  pays  voisins  d’Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie et le Maroc, l’excision n’y existe pas alors que la quasi- totalité de la population est de confession musulmane. En réalité, le principal facteur du risque de mutilation est l’appartenance ethnique et non la religion, ces  pratiques s’inscrivant traditionnellement dans les rites  d’initiation associés à l’entrée dans l’âge adulte dans  certains groupes ethniques. Ainsi, au Sénégal, musulman à 95  %, et où un peu plus d’un quart seulement des  femmes sont excisées, le groupe ethnique majoritaire,  les Wolofs, ne pratique pas l’excision. Traditionnellement,  elle  n’existe  que  chez  les  minorités,  notamment  les  Peuls, les Toucouleurs, les Soninkés et les Malinkés. La  pratique  recule  dans  la  plupart  des  pays  depuis  quelques années, même si les changements sont lents  dans certains. (…) Le recul dépend beaucoup du degré de mobilisation  des  États  (…)  Des  lois  existent  dans  la  plupart  des  pays mais sont encore rarement appliquées. Par ailleurs, la scolarisation croissante des femmes a  un effet favorable, l’instruction ayant un rôle protecteur  :  dans tous les pays, le risque de mutilation décroît avec  l’augmentation du niveau d’instruction. Armelle Andro et Marie Lesclingand (INED, 2007)
S’il est exact que l’excision n’est pas mentionnée dans le Coran, les « malikites salafistes » affirment néanmoins qu’une certaine forme de « circoncision féminine » (khifâd) serait recommandée pour les filles dans le rite musulman malékite. Ils invoquent le principe d’égalité entre les hommes et les femmes comme argument clé pour justifier l’excision. (…) Certains intellectuels, notamment américains, défendent l’excision au nom du relativisme culturel et de la liberté de culte et remettent en cause la gravité de ses conséquences sur la santé et la sexualité des femmes. La lutte contre l’excision est décrite comme une forme de colonialisme. Les principaux anthropologues qui remettent en cause la lutte contre l’excision sont Richard Shweder, Janice Boddy, Carla Obermeyer, Ellen Gruenbaum et Fuambai Ahmadu, auxquels se joignent certains féministes africains. L’un des arguments les plus forts de ceux qui défendent l’excision explique qu’elle serait l’équivalent d’opérations de chirurgie esthétique pratiquées en Occident, comme la pose d’implants mammaires ou la rhinoplastie. Les militants contre l’excision mettent en avant, eux, que l’excision est la plupart du temps réalisée de manière forcée, sans le consentement de celle à qui les organes génitaux appartiennent. (…) En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées. La proportion de femmes excisées varie selon les pays. Trois groupes peuvent être distingués (chiffres au début des années 2000) : les pays où la grande majorité des femmes sont excisées soit plus de 85 % : Djibouti, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Leone, Somalie, Soudan. les pays où seules certaines fractions de la population étant touchées et où 25 à 85 % des femmes sont excisées, proportion variant selon l’ethnie, la catégorie sociale et la génération : Burkina Faso, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Bissau, Kenya, Liberia, Mauritanie, Sénégal, Tchad. les pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25 % : Bénin, Cameroun, Ghana, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Tanzanie, Togo. Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes. Wikipedia
Bien qu’aucun texte religieux ne prescrive cette intervention, les praticiens pensent souvent qu’elle a un fondement religieux. Les autorités religieuses adoptent des positions variables à l’égard des mutilations sexuelles féminines: certaines les préconisent, d’autres les considèrent comme étrangères à la religion et d’autres encore contribuent à leur élimination. Les structures locales du pouvoir et de l’autorité, tels que les dirigeants communautaires, les chefs religieux, les circonciseurs et même certains agents de santé peuvent contribuer à conforter cette pratique. Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, argument souvent avancé pour les perpétuer. Dans certaines sociétés l’adoption récente de cette pratique s’explique par la volonté de copier les traditions de groupes voisins. On trouve parfois à son origine un mouvement de recrudescence religieuse ou traditionnelle. OMS (2016)
Le capuchon clitoridien ou prépuce, repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment). Brigitte Mauroy (article « Vulve », Dictionnaire de la sexualité, 2004)
Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique. le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques. (…)  Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure… Docteur Gérard Zwang (2004)
Par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle. Antonio Fischetti (Charlie hebdo)
La référence à l’Abyssinie n’a pas été produite par hasard. En effet, c’est dans ce territoire que dès le XVIe siècle des missionnaires jésuites portugais, qui avaient converti la population, ont tenté d’interdire toutes les sortes de circoncision – masculine et féminine. Ils n’agissaient pas par « humanisme » mais pour abolir ce qu’ils croyaient être un rite juif. Aussi se sont-ils heurtés à une forte résistance. Par la suite, rappelle F. Hosken, « les missionnaires se tournèrent alors vers Rome, et appelèrent à l’aide le Collège des Cardinaux de propaganda fide (pour la propagation de la foi) qui dépêcha sur place une mission composée de médecins expérimentés, pour faire un rapport sur la situation. A leur retour, ces médecins déclarèrent qu’à cause de la chaleur, du climat ou de toute autre cause naturelle, « les parties » des femmes de ces pays étaient exceptionnellement développées. Ce qui provoquait le dégoût chez l’homme, et constituait donc un obstacle au mariage. En conséquence, le clergé catholique autorisa ces opérations, à condition toutefois que les Éthiopiens déclarent « qu’elles n’avaient aucun rapport avec la religion juive ». Le clergé proclama que « tout obstacle au mariage devait être supprimé » et l’excision obtint ainsi la bénédiction papale. » En d’autres termes, il y a 500 ans, l’Église a admis que chez les Abyssins la taille des organes sexuels féminins – « exceptionnellement » développés, faisant « obstacle » au mariage – faisait procéder à une « circoncision ». Hélas !, cette « bénédiction papale » a visiblement couru les siècles. Un ouvrage « de référence » en anatomie, figurant dans la bibliographie de l’article de Mauroy, nous en donne une idée terrifiante. En 1889, l’anatomiste Léo Testut publiait la première édition de son Traité d’anatomie humaine, republié huit fois jusqu’en 1948. Et – « ironie » de l’histoire ? –, dans son chapitre consacré à la vulve, il écrit exactement – un peu plus d’un siècle, donc, avant Mauroy –, que le « capuchon du clitoris ou prépuce », ce « repli préputial est relativement peu développé dans nos races européennes. Chez certains peuples de l’Asie et de l’Afrique, il atteint une longueur beaucoup plus considérable et l’on sait que quelques-uns d’entre eux, notamment les Abyssins pratiquent la circoncision chez la femme aussi bien que chez l’homme. » On l’aura compris, la phrase de Mauroy est un plagiat grossier. Une mauvaise copie d’un texte de 1889, dont le propos original est réduit « indélicatement » : le mot « race » – encore heureux – disparaît de la copie, mais chez Testut, il n’est pas écrit « ce qui fait procéder »… Aussi pour en finir, après avoir autopsié cette phrase, rappelons les arguments portés par Mauroy pour la défendre. (…) Tout d’abord, l’argumentation de la plaignante souligne le fait que la phrase traite de « circoncision » et non d’excision, donc de mutilation. Comme nous l’avons vu plus haut, cette assertion n’est aucunement fondée. D’abord parce que la pratique en question n’est pas précise, ni précisée ; ensuite parce que la classification qui fait autorité, celle de l’OMS, définit ce type de « circoncision » comme une mutilation. A ce propos, Fischetti raconte que, en appel, quand son avocat « l’interroge là-dessus, Brigitte Mauroy dit qu’il faudrait changer la classification de l’OMS ! » Et toujours selon le journaliste : « il est question, ici, de l’ablation du capuchon clitoridien, le morceau de peau qui recouvre le clitoris. Cette opération, l’urologue lilloise l’appelle « circoncision », car c’est l’équivalent de l’ablation du prépuce chez l’homme (ce qui est vrai). Elle la différencie de l’« excision » en tant qu’ablation du clitoris, et, comme la circoncision masculine est très répandue, Brigitte Mauroy banalise l’ablation du capuchon clitoridien. Dans ses colloques, elle dénonce donc l’ablation du clitoris, mais pas la circoncision du capuchon clitoridien. » Encore faut-il que la « circoncision du capuchon clitoridien » soit effectuée pour « raisons médicales », par des « professionnels de la santé »… On trouve sur Internet le compte-rendu d’un colloque dans lequel Mauroy est intervenue – organisé en 2006 à Lille par l’association Gynécologie Sans Frontières. En introduction, le gynécologue Richard Matis rappelle que « la circoncision [masculine] est le plus souvent réalisée dans des conditions chirurgicales correctes et les complications revêtent un caractère exceptionnel. Or les mutilations sexuelles féminines n’entrent pas dans ce cas de figure. La circoncision masculine peut être le sujet d’un débat, mais celui-ci se trouve dépourvu de rapport avec la question des mutilations sexuelles féminines. » Lorsqu’une « circoncision du capuchon clitoridien » est opérée à des fins « non médicales », sur des fillettes, il s’agit d’une mutilation sexuelle féminine : c’est le cas « chez les abyssins notamment » où l’on peut franchement douter des « conditions chirurgicales » réunies par les « praticiennes traditionnelles » qui, comme nous l’avons dit, y détiennent un « monopole ». Celui du rasoir qui ne fait aucune différence entre « capuchon », « gland » ou « corps » du clitoris. Il tranche. Deuxièmement l’urologue et son conseil ont affirmé, en première instance et en appel, que cette phrase est chargée d’une portée historique. Elle serait un rappel de ce qui se faisait/se disait jadis. Certes, les références bibliographiques de son article « Vulve » sont diachroniques, d’un traité d’anatomie datant de 1791 aux manuels les plus récents. Et, cela a été dit, la phrase est en réalité une copie d’un texte de 1889. Mais aucune référence n’indique qu’elle est tirée du Testut ou qu’elle se rapporte à telle ou telle époque. De plus, elle n’est pas entourée de guillemets de citation et, plus exactement, est conjuguée au présent, un présent de vérité générale. Il est donc impossible de cerner la moindre analyse diachronique ou de comprendre que Mauroy a « repris » Testut. A ce propos l’argument entendu en première instance selon lequel l’article en question constitue un texte de vulgarisation scientifique qu’il conviendrait de lire avec plus d’indulgence laisse perplexe. Car vulgariser ne veut pas dire bâcler. Ni plagier. Vulgariser ne permet pas d’oublier la rigueur et la méthode critique. Bien au contraire puisque, par définition, un texte de vulgarisation sera moins soumis aux critiques de la communauté scientifique et plus directement exposé au reste de la société. Il s’agit donc pour son auteur de redoubler de vigilance. D’autant plus lorsque le scientifique aborde une « coutume » mutilatrice, pratiquée sur des fillettes, par des « praticiennes traditionnelles » et chez des peuples qu’il ne connaît pas. (…) A nos yeux, les enjeux voilés par ce procès « de presse » ne sont d’aucune commune mesure avec la réputation d’une savante, entrée en politique et par là dans la ligne de mire d’un journal que nous ne soutenons guère. Que devient son statut de « scientifique » quand, de peur d’être disgraciée, elle refuse d’étayer ou de réfuter ses dires, mis en cause par un membre de sa corporation ? Tout ça n’est que politique. Cette histoire est certes « inutilement blessante », mais pas pour la plaignante… Elle l’est pour les victimes, exclusivement pour les victimes de mutilations sexuelles. Lillie 43000
À quoi peuvent bien songer à cette heure les patientes qui attendent leur tour dans les cabinets respectifs des docteurs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, à Cleveland, Ohio ? Sont-elles en train de feuilleter le dernier numéro du Journal of Medical Ethics, dans lequel ces deux gynécologues américains se déclarent favorables à des excisions « minimalistes », au nom d’un « compromis » permettant de préserver les « traditions culturelles et religieuses » tout en restant civilisé et en pratiquant des honoraires libres ? N’éprouvent-elles pas une légère appréhension au moment de poser les pieds sur les étriers du siège ? Si j’étais une femme, j’y réfléchirais à deux fois avant de confier la santé de mes parties intimes à de tels praticiens… Certes, ces deux experts en « éthique » médicale semblent imbattables en finasseries sémantiques – ils répugnent à employer le terme « mutilation » pour qualifier l’excision, préférant parler d’ « altération génitale » -, mais je doute que le fait de passer un coup de langue de bois sur le clitoris avant de le trancher rende l’opération plus agréable. Ni plus justifiable. Charlie hebdo (0.03.2016)
Jews from Arab countries where FGM  is practiced do not practice FGM. However, major  immigration of Jews from Ethiopia to Israel permit- ted study of this practice. We confirmed the report  that Ethiopian Jews did practice FGM in Ethiopia (17).  Moreover, we reported the dramatic and total cessation  of this custom among this community after immigra- tion to Israel. This study of FGM is one of the few to  combine  anthropological  interviewing  techniques   with physical gynecological examination. Interviews  were conducted in two different absorption centers for  recent Ethiopian immigrants. First we interviewed (18)  six elderly women from the Tigray area and six elderly  women from the Gondar area. They were considered  to be good informants by social welfare staff. Two  young educated translators, one from Tigray and one  from Gondar, were also interviewed. One member of  each group had been a professional female circumciser  (Gherazit)  in Ethiopia (…) All interviewed women agreed that FGM was norma- tive among Jews in Ethiopia. None felt that the custom  was a result of assimilation into Christianity.  (…) y  contrast  with  the   Bedouin, Ethiopian Jews give up FGM immediately on  arrival in Israel. They see themselves a part of a Jewish  society that does not practice FGM. No signs of distress  or nostalgia for the custom were expressed. These data  suggest that cultural change is often a function of iden- tity. Rapid cultural change without evident distress may be possible, if individuals or a group consciously accepts  a new identity. An additional finding in this study, as  in the Bedouin study (3), was a gap between physical  findings and the anthropological report. Although  FGM was normative for all Jewish female infants in  Ethiopia, only about a third had evidence of old genital  scars, and only 27% had clitoridectomy. This illustrates  a well-known phenomenon in anthropology whereby  interviews elicit descriptions of accepted norms that  may reflect behavior of only a minority of individuals in  practice. For instance, interviews of Israeli or American  adults about marriage would yield various normative  customs, although in practice divorce, out of wedlock  motherhood, and adultery are commonplace. It would  be interesting to discover what factors affect whether a  Gherazit  made a major or minor incision in practice,  despite the normative custom of clitoridectomy. This study and its predecessor (3) are among the few  studies of FGM to combine anthropological interviews  with physical examination (19, 20). Most knowledge of  the physical nature of FGM comes from the occasional  cases that reach hospital because of medical complica – tions; these could be only the most extreme forms in  the population. Our study also emphasizes the dangers  of drawing conclusions from interview data only, since  many women are unaware of the anatomical nature of  their own FGM. RH Belmaker (2012)
In the UNICEF’s document (…) the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years (…) does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women. (…) Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society. (…) The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%. (…)  56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it. Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it. (…)  In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. Dioscorius Boles
Circumcision is a part of the Islamic teachings that were recommended for Muslims, both male and female. The MUI and Islamic organizations in the country firmly stand against any efforts to ban female circumcision. Amrisyah Tambunan (MUI)
I’m happy. My daughter is now clean. Many girls are getting pregnant out of wedlock these days. Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up. Yuli (27-year-old seamstress, Bandung)
Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country. It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals. (…) According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania. (…) The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent. (…) FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam. Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice. In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision. The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice. The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€. The Jakarta Post
Various forms of FGM/C are practised in different parts of  Indonesia. Type I (commonly referred to as clitoridectomy)  and less invasive procedures (Type IV) are the two forms  generally practised in the country. A  fatwa  issued by the  Indonesian Ulema Council ( Majelis Ulama Indonesia  – MUI) 1 in 2008 recommends that female Muslims undergo FGM/C  since it is considered a rule and symbol of Islam. According  to the  fatwa , the practice should be done by eliminating the  membrane (jaldah/colum/praeputium) that covers the clitoris  but that it should not involve cutting, injuring or damaging  the clitoris by either incision or excision. According to the Ministry of Health regulation (Article 1,  paragraph 1 Permenkes 1636/2010), FGM/C is an act of  scratching the skin that covers the front of the clitoris,  without injuring the clitoris. It is cleaning the vulva from  dirt/smegma or mucus that exists between the cover/frenu- lum of the clitoris and the glans of the clitoris. UNICEF
Unlike findings of FGM practices in Africa that tends to ruin almost all female  genital parts, from the cutting of all the clitoris, labia minora, to even stitching the vagina  and only leaving a hole for sexual intercourse, the literature review on FC practices in  Indonesia could not present sufficient evidence of a harmful traditional practice with  sexual, reproductive and psychological health impacts.  This implies that any efforts to  eliminate FC can not be carried out by health and development advocates simply using  legal and international human rights mechanisms related to the concept of women’s equity,  health rights and bodily integrating.   The FC practices in Indonesia  seem to relate to the descriptions in the unclassified type (Type IV) which combines:  pricking, piercing or inc ising of the clitoris and/or labia, stretching of the clitoris and/or  labia, cauterization by burning of the clitoris and surrounding tissue; scraping of tissue  surrounding the vaginal orifice or cutting of the vagina, introduction of corrosive  substances  or herbs into the vagina to cause bleeding or for the purposes of tightening or  narrowing it; and any other procedure that falls under the definition of FGM given above  (WHO, 1998). The existing literature could not present any evidence that FC in Indonesi a is  similar to FC in Egypt and some African countries.  (…) Previous studies in Indonesia confirmed findings from international literat ure that  FC is not a religious requirement for Muslims in Indonesia.  FC is merely the practice of  tradition.  There is no verses in the Qur’an that support FC, however, many associated the  practice with the hadith or sayings in which the Prophet Muhammad  PBUH instructed the  circumciser to  “Cut off only the foreskin (the prepuce or outer fold of skin over the clitoris)  and do not cut off deeply (not cutting the clitoris itself), for this is brighter for the face (of  the girl) and more favorable with husband.”   This hadith is quoted by many Islamic  scholars such as Al – Hakim, Al – Baihaqi, and Abu Dawood.   Most Indonesian Muslim leaders know that, “Circumcision is a commendable act  for men ( sunnah ) and merely an honorable thing for women ( makromah )” (Al – Shawkan i  cited in Badawi, 2002, Salim Al – Awwa, n.d).   Sunnah  includes the words, actions and  approval (or consent) of Prophet Muhammad.  In the context of religious obligation,  sunnah  refers to acts that are commendable but not obligatory.  Therefore, the above hadith  distinguishes male circumcision (MC) as a religious obligatory practice from the non-obligatory of female circumcision (FC) by using the term s unnah.   The existing hadiths  that refer to the removal of a miniscule segment of skin from the female prepu ce clearly  emphasize that FC practice should not provide any harm to the girl-child.  This is merely a  ritual act of tolerance to the pre – Islamic practices (the dark age or  jahiliyah ).  It is clear that  removal of partial or complete clitoris (clitoridectomy) or the entire labia minora, and  medial part of labia majora (infibulation) were never mandated because these acts will  impair a woman’s ability to enjoy sexual relations ( http://www.minaret.org/fgm.htmhttp://www.jannah.org/genderequity/equityappendix.html ).  Unfortunately, individual interpretation in various places has turned this cultural  tradition into a religious doctrine that commands FC as a basic element of religious faith,  similar to the abstention of pork in daily food.  Th ey declared FC practices as a required  act of purification, or a pre – condition to become a Muslim (Ramali, 1951, cited in Feillard  and Marcoes, 1998; Adrina et al, 1998; Tatapangarsa, 1980; Research Team of LSPPA,  1999).  In Limbangan, Central Java, the Is lamic religious leaders perceived that FC is  required by the Islamic law (sunnah  or recommended by the Prophet), a duty for male  believers as well as for the females.  However, the researchers found out that in reality  circumcision was practiced by non – Islamic Javanese too, a practice inherited as a custom  or tradition  (Research Team of LSPPA, 1999).  Feillard and Marcoes (1998) concluded that FC practices in Indonesia were  introduced by Islamic scholars who introduced Islam, because these practices were  p resented only in regions where the majority of the population are Muslim and is non – 10 existent in the areas where non – Muslim ethnic groups live such as the islands of Nias,  Timor, Lombok, Sumba, Flores, Solor, Roti, and among the ethnics of Batak in North  Su matra and Dayaks in Kalimantan. (…) Almost all of the mothers surveyed themselves reported as Islam followers.  They  stated that religious duty was the main reason for practicing FC.  When asked about the  source of such information, they said that the information came from their Islamic teachers  or their parents.  None of the mothers, however, could mention  specific sources or  statements on female circumcision if it were written in the Islamic Holy Book (Al Qur’an)  or the Prophet Guidance (Hadith).  At the same time, many mothers also regarded FC as an  inherited tradition, with inherent cultural value indepe ndent of specific religious obligation.  From in – depth interviews with religious leaders about the basis for FC in Islamic  law, we found that FC had never been an issue in their ‘ dakwah’  and there is no concensus  or ‘ fatwa’  among religious leaders about t he Islamic law or basis for FC.  The law varies  from one  mazhab  to another, from ‘ wajib ’ (obligatory), to ‘ sunnah ’ (recommended but  optional), while some place it at the lowest level of religious duty.  Most of religious  leaders said that not many follower s had ever questioned FC as a subject, and therefore  they seemed to be unprepared to answer questions about FC. (…) Since only households with at least one girl under 19 years of age were included,  the survey encompassed more girl children (2,660) than boys (1,516) from the households  sampled.  The survey demonstrated that circumcisio n among girls and boys is a universal  practice in the study sites.  Across the sites, among all the children aged 15 – 18, 86 – 100% of  the girls and 100% of the boys were reported already circumcised. USAID
91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have. Bill Maher
It’s a central African problem. Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue. (…) You know, but this is the problem, is that these kinds of conversations that we’re having aren’t really being had in any kind of legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry. Reza Aslan
Seven of the top eight countries with very high rates of female circumcision are majority Muslim, including the « almost universal » levels in Somalia, Egypt, Guinea and Djibouti. But Eritrea, as Aslan said, is No. 5 among countries with high prevalence at 89 percent, and it is home to more Christians than Muslims, according to Pew Research’s Religion and Public Life Project. Ethiopia, which is 63 percent Christian and 34 percent Muslim, has a moderately high rate of 74 percent, making it No. 11 on the list. So the countries in which female genital cutting is a practice are mostly Muslim, but they are not exclusively Muslim. Of the 29 countries tracked by UNICEF, 14 are home to more Christians than Muslims. The two Middle Eastern, and predominantly Muslim, countries, Yemen and Iraq, have much lower rates of 23 percent and 8 percent, respectively. Other majority-Muslim countries, such as Saudi Arabia and Iran, are not listed. While it stems from neither Christianity nor Islam, some women in Chad, Guinea and Mauritania report a « religious requirement » as a benefit of cutting. Some communities consider a clitoridectomy — one type of female genital mutilation — as « sunna, » which is Arabic for « tradition » or « duty, » according to the UNICEF report. However, it is not a requirement of the Koran and has been specifically rejected by some Muslim leaders in Egypt. « There are different positions within Islam on the issue, » said Marit Tolo Østebø, a University of Florida lecturer on human rights and culture, global sexuality, and anthropology of religion. « So you would have some Islamic scholars who will say, and might use parts from the hadith, to support that it’s good to do some cutting, but they will often emphasize that it is not an obligation. » (The hadith refers to commentary about the Koran that explains the traditions of the Prophet Mohammad.) However, UNICEF and international groups consider it a « global » problem since it happens in parts of Asia, Europe and North America because of immigration … PundictFact
Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key … Oliver Scott Curry

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

A l’heure où rivalisant dans la cécité volontaire entre deux attentats ou actes de barbarie, nos belles âmes et nos beaux esprits nous répètent que l’islam n’a rien à voir avec l’évidente brutalisation qui s’étend progressivement à l’ensemble de la planète …

Et où se confirment les soupçons de financement des attentats du 11/9 par le même Etat qui depuis une cinquantaine d’années inocule le monde avec son idéologie mortifère …

Pendant qu’après nos boutiques de prêt-à-porter, c’est au tour de nos grandes écoles d’initier nos jeunes filles au port ludique du voile alors qu’à Genevilliers on célèbre à sa manière la journée de la jupe …

Et sans parler de l’apologie, par nos propres médecins et au nom du respect des différences culturelles, des « excisions minimalistes » (pardon: de l' »altération génitale« ) …

Qui parle encore …

Hormis peut-être quelques esprits mal tournés à la Bill Maher ou Charlie hebdo …

Des liens jusqu’ici déniés des mutilations génitales et de l’islam ?

Qui prend la peine de regarder derrière les quelques exceptions systématiquement et commodément mises en avant comme l’Erythrée et l’Ethiopie à majorité traditionnellement chrétienne (passée récemment de 63 à 50% pour l’Erythrée) ou le Niger à majorité musulmane

Le cas du plus grand pays musulman du monde avec ses 50 % de jeunes filles au-dessous de 11 ans excisées (68%, bien que d’une forme plutôt « atténuée« , à Jakarta !) ?

Qui  fait l’effort de voir au-delà des chiffres par pays qui peuvent souvent cacher un décalage de pratiques sur place (un pays à majorité chrétienne et à très faible minorité juive – dont les membres l’abandonnent d’ailleurs dès leur arrivée en Israël – comme l’Ethiopie peut quand même avoir plus de musulmans pratiquant l’excision) …

Et derrière la ligne officielle (« rien dans le Coran ») …

La réalité du terrain (les hadiths qui, aussi « faibles » sont-ils censés être, gouvernent probablement en fait la pratique de la  majorité ) ?

Qui  ose encore suggérer …

Mis à part quelque obscur professeur d’anthropologie évolutionniste d’Oxford …

Qu’il pourrait bien y avoir, via le problème de l’alphabétisation des femmes, une surpratique de l’excision dans les pays à dominante musulmane ?

The relationship between Islam and female genital mutilation

Dr. Oliver Scott Curry works on the evolution of morality at the Institute of Cognitive and Evolutionary Anthropology at Oxford. Just to check out Reza Aslan’s claim that female genital mutilation (FGM) was an African rather than an Islamic problem, Curry did a preliminary statistical analysis. As you’ll see below, his results (and he emphasizes again that they’re tentative and need deeper analysis) don’t support the “African Hypothesis”. Note that “rs” is the nonparametric Spearman rank correlation coefficient between two variables, a measure of their association. It ranges from -1 (perfect negative correlation) through 0 (no correlation) to 1 (perfect positive correlation). The statistically significant positive relationship between Islam and FGM is given in his title.

*******

Question: What’s the relationship between Islam and Female Genital Mutilation? Answer: rs=.54

Oliver Scott Curry

Readers of this blog will be familiar with the debate between Bill Maher and Reza Aslan about Islam and female genital mutilation (FGM). Maher has argued that FGM is an Islamic problem, pointing out that: “91 percent of Egyptian women have had their clitorises forcibly removed. 98 percent of Somalian women have.” Aslan countered that it is “empirically, factually, incorrect” to say that FGM is an Islamic problem, rather it is an African problem: “Eritrea has almost 90 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Ethiopia has 75 percent female genital mutilation. It’s a Christian country. Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue.”

Who’s right? You can’t tell on the basis of these cherry-picked examples, as you have to look at all of the data. This is not my area… but the data is not difficult to find. We have WHO data on FGM, and Pew data on the prevalence of Islam (and from Wikipedia, Christianity), in 28 African countries (and Yemen as well).

These data [JAC: presented as a plot below] clearly show that there is a large significant positive correlation between the percentage of women subject to FGM, and the prevalence of Islam. Both variables are non-normal, so technically we should report a Spearman’s correlation: rs=0.54, p=.003. The correlation between FGM and Christianity is negative (rs=-0.48, p=.01).

So Aslan is wrong. There is a “factual, empirical” relationship between Islam and FGM. Maher’s examples illustrate this relationship, whereas Aslan’s examples are conspicuous outliers.

Aslan is also wrong to say that “Nowhere else in the Muslim, Muslim-majority states is female genital mutilation an issue”. It would be more accurate to say that we just don’t know whether the relationship between Islam and FGM holds elsewhere because (as far as I can tell) there is no reliable data on FGM outside of Africa. Absence of evidence is not evidence of absence.

Of course, correlation does not prove causation. Why there is this relationship between Islam and FGM is a separate question. And certainly the outliers—Senegal, Yemen and especially Niger—suggest that there is no necessary connection between Islam and FGM. So what other factors may be at work? Poverty? Healthcare? Education? Here are some UN development data for the same 28 countries: Gross National Income / capita, life expectancy, years of schooling, and a composite Human Development Index (HDI). Of these, Islam remains the single best predictor. And surprisingly, there is no relationship between FGM and income, life expectancy or development. But there is a negative relationship between education and FGM (-.44) (And schooling is strongly negatively correlated with Islam [-.55]). So who knows, perhaps education is key.

Like I said, this is not my area. I don’t know how this problem might be solved. (Perhaps a reader of this blog with expert knowledge of FGM can help illuminate the issue, or point to additional data.) But I do know that it won’t be solved by misrepresenting the evidence. As Aslan himself says in the CNN interview: “You know, this is the problem, is that these kinds of conversations we’re having aren’t really being had in a legitimate way. We’re not talking about women in the Muslim world. We’re using two or three examples to justify a generalization. That’s actually the definition of bigotry.”

Voir aussi:

PREVALENCE OF AND SUPPORT FOR FEMALE GENITAL MUTILATION WITHIN THE COPTS OF EGYPT: UNICEF REPORT (2013)
March 12, 2014

I a previous article, I surveyed Egypt’s statistics in respect of the prevalence of and support for female genital mutilation (FGM) as revealed in the UNICEF’s document, published in July 2013, Female Genital Mutilation/Cutting: A statistical overview and exploration of the dynamics of change. The figures given are concerned with Egypt as a whole, and so when the percentage of 91% is given as prevalence of FGM in Egyptian girls and women in reproductive age, that is between 15 and 49 years, it does not differentiate between Muslim and Christian Egyptian girls and women.  Now, I am going to try to find the statistics relevant to the Coptic Christians.

Unlike in Islam, FGM has no religious backing whatsoever in Christianity; nonetheless, it’s practiced by Copts, and it has become a social norm within Coptic communities, in the sense that Coptic families that have their daughters cut do that a. because others who matter to them have their daughters cut; and b. and because they believe that others who matter to them think they should have their daughters cut. This is a consequence of assimilation to the dominant Muslim society.

When the UNICEF published its general figures about Egypt as a whole, it made use of the Egyptian state Demographic and Health Surveys of the years 1995, 2000, 2003, 2005 and 2008; however, when separating figures by religion, it used only the latest DHS 2008. This survey studied some odd 900 individuals. We do not know how many Copts were represented in that sample, and so there are criticisms about its accuracy when it comes to the Copts.  There is a real need to study the Coptic community separately, using large samples, and asking more relevant questions.

But let us use what we have in the UNICEF’s Female Genital Mutilation/Cutting. The first thing to note is that the prevalence of FGM in the Copts is lower than that in Muslim Egyptian society but, nevertheless, it’s still high: 92% in Muslims and 74% in Copts, a difference of 18%.

How many Coptic girls and women aged 15-49 years support the continuation of FGM in comparison to Muslim girls and women of the same age group? 56% of Muslim girls and women support FGM while only 22% Copts support it.

Coptic boys and men are, too, ahead in their support for the discontinuation of FGM when compared to Muslim boys and men, all aged 15-49 years: Only 20% of Coptic boys and men support FGM while 60% Muslim boys and men support it.

This is not to demonise one group over the other but it’s an attempt to study the prevalence of and support for FGM within the Copts, an essential matter for us to know where we stand on FGM. The strategies that one can employ to end FGM must differ to some extent in each group. The problem of FGM in both Muslims and Copts, despite the noticeable difference in prevalence, is huge. Further, the mechanisms by which FGM endures in each community are different. In my opinion, the FGM problem within the Muslim society is religious[3] and social – in the Coptic society the forces that work to sustain it are social and not religious. One hopes that the lesser support for the FGM within Coptic communities, together with the support of the Coptic Church, which clearly condemns the practice[4], and the activism of Coptic civil society, will end this child abuse. The Coptic nationalists strongly condemn it, inter alia, as an alien tradition and a produce of Arabisation and Islamic assimilation[5] that must be resisted by all means.

Our efforts must not undermine the general Egyptian attempt to eradicate FGM from Egypt. Muslim girls and women concern us no less than Coptic girls and women. But by better understanding of the variation in prevalence of and support for FGM within the Muslims and Coptic Christians of Egypt, the causes of its endurance, and the strategies we should employ to tackle the problem, we will be more successful in our common efforts to end this barbaric tradition.

[1] The graph is mine and created on the figures given in UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting (2013), pp. 178-179.

[2] The graph is mine and is based on the figures given in p. 180.

[3] It is not the intention of the writer to talk about the religious support in Islam for FGM but there must be no doubt that Muhammad’s traditions support FGM as is the Shafii School of Islamic Jurisdiction that is widespread in Egypt. The UNICEF report gives a figure of 52% of Egyptian boys and men (15-49 years) and 49% of Egyptian girls and women (15-49 years) who regard FGM as a religious requirement (see p. 73). Again, 72% in DHS 1995, 73% in the DSH 2000, and 72% in the DHS 2003 of ever-married girls and women aged 15 to 49 years in Egypt agreed with the statement that “FGM is an important religious tradition (see p. 95). This, in this sense, let’s agree, is a Muslim problem that needs to be tackled religiously.

[4] The reader is advised to read: The Position of the Coptic Church on Female Genital Mutilation.

[5] For these two processes, go here.

Voir également:

FGM in Indonesia hits alarming level
Anggi M. Lubis and Hans Nicholas Jong
The Jakarta Post
February 6 2016

Half of girls under 11 years old in Indonesia are circumcised, according to the latest finding by UNICEF, raising awareness and calls for bans on female genital mutilation (FGM) practices in the world’€™s most populous Muslim majority country.

It is the first time the global report has included Indonesia on the list, but the country ‘€” combined with Egypt and Ethiopia ‘€” accounts for half of 200 million girls and women in 30 countries that have undergone FGM, the study reveals.

The inclusion of Indonesia on the list, published on Friday, has raised the tally from 130 million circumcised girls and women in 29 countries estimated in 2014, albeit the study claimed that the prevalence of FGM has fallen significantly.

According to the data, 14-year-old girls and below represent 44 million of those who have been cut, and Indonesia is among the three countries with the highest prevalence of FGM among this age group, along with Gambia and Mauritania.

UNICEF Indonesia spokeswoman Kinanti Pinta Karana said the survey indicated that 13.4 million Indonesian girls aged 11 and below might have undergone FGM.

She said the government’€™s involvement in the global report was a good sign of increasing awareness of the practice, which is illegal and deemed a violation of human rights in several countries.

‘€œThis is a significant step toward eradicating the practice because data collection is critical to increase understanding of FGM and what leads to its decline or vice versa,’€ she said.

UNICEF data said prevalence of FGM in Indonesia was generally high in every province, with only Papua, East Nusa Tenggara and Bali recording one-digit percentages of circumcised girls in their respective populations. The practice is common in Jakarta, which is among the 10 provinces with the highest percentage of circumcised girls aged 11 and below, at 68.1 percent.

FGM in Indonesia is strongly related to culture and religion. In Gorontalo, girls are circumcised before their third birthday in a traditional ceremony called mongubingu, as proof of their compliance to Islam.

Indonesian authorities tried to ban FGM 10 years ago, but the Indonesian Ulema Council (MUI) issued a fatwa saying that female circumcision was part of religious practice.

In response, the Health Ministry softened its stance, issuing regulations that said the practice should only be done by medical professionals in a noninvasive way that did not injure girls and women. However, in 2013, the ministry revoked its regulations on female circumcision.

The ministry’€™s director general of mother and child health and nutrition supervision, Anung Sugihantono, said the government did not acknowledge female genital mutilation as a medical practice.

The reasoning behind it is that the government acknowledges female circumcision only as a part of Indonesian culture, according to him. The government’€™s definition of female circumcision was ‘€œan act of scratching the skin that covers the front of the clitoris without injuring the clitoris’€.

National Commission on Violence Against Women (Komnas Perempuan) vice chairwoman Budi Wahyuni said her commission saw the practice as sexual violence toward children and called on the government to be more consistent in regulating FGM.

Budi said they could limit the ability to orgasm, thus it was vital for individuals to gain a thorough understanding of genital cutting before undergoing a procedure.

‘With no sanctions and no visible harms, parents will opt to circumcise their daughters so that they can grow up as a sholihah [pious woman],’€ she explained
INDONESIA – ISLAM
Indonesian Ulema in favour of female circumcision: a « human right »
Mathias Hariyadi
Asia news
01.24.2013

The practice is « recommended » and according to « tradition », although it can not be made compulsory. For the head of the MUI it is within the « human rights » and is « guaranteed by the Constitution. » Judge who « joked » about rape of women risks expulsion from judiciary.

Jakarta (AsiaNews) – The Indonesian Council of Ulema (MUI) is in favour of female circumcision (and men) that, although it can not be considered mandatory, it is still « morally recommended. » This is shown by the words of the leader of the largest Islamic organization in the most populous Muslim country in the world. He warns, however, to avoid « excesses », coming to the removal or cutting of the clitoris. In the meantime, has come under investigation and will be prosecuted by a court « ethical » the judge who, in recent days, he « joked » about sexual violence to women, causing a veritable wave of outrage (see AsiaNews 15/01 / 2013 Ordinary Indonesians against judges and politicians who « justify » sexual violence).

The reference point for Islamic issues (such as the legality of a food and a drink), a « consultor » to the government in matters of faith, the body responsible for issuing fatwas – the answers on Muslim questions of faith and morals – the MUI has taken a position on female circumcision. And by the mouth of his head, Kiai Hajj Amin Ma’ruf, pointed out that it is an »advisable practise on moral grounds », at the same time, he rejects any attempt to declare this practice illegal or contrary to the principles. It comes under the sphere of « human rights, » said the Islamist leader, and is « guaranteed by the Constitution. »

« Female circumcision – said Amin – is commonly practiced by cutting out parts that cover the clitoris » and, at the same time, he invites believers to refrain from « excessive circumcision » that ends up becoming a real mutilation genital. He recalled that the Mui can not make this practice « mandatory », but « strongly rejects » the possible cancellation of this « tradition » which is performed in a « ritualistic ceremony » and also applies to men.

Meanwhile, a committee has called for trial before an « ethical » court for the judge Daming Sunusi. During a question and answer session – in the context of a competition for a few places in the Supreme Court, headed by a parliamentary committee – responding to a question regarding a rape, the judge had stated that « both the rapist because the victim ‘enjoyed’ sexual intercourse . For this reason the death penalty should not be applied to rapists ».

Colleagues have branded the words of the judge Sunusi as « reprehensible », which have outraged the country’s civil society and women’s rights groups, rape and abuse victims. The proposed sanctions include expulsion from the judiciary. Following his statement he has tried to tone down the controversy by saying that it was a « joke » in order to ease the tension of the exam.

Female circumcision not mutilation: Jakarta
Japan Times
AFP-JIJI
Mar 25, 2013

Thrashing wildly, 5-year-old Reta wails as she is hoisted onto a bed during a circumcision ceremony in a school hall-turned-clinic on Indonesia’s island of Java. “No, no, no,” she cries, punching and kicking as her mother cups her tear-soaked face to soothe her.

Doctors cheer encouragingly. One of them gently swipes the girl’s genital area with antiseptic and then swiftly pricks the hood of her clitoris with a fresh sewing needle, drawing no blood. The ordeal is over in seconds.

Doctors say the procedure will have no effect on the girl, her sexual pleasure in later life or ability to bear a child.

“I’m happy. My daughter is now clean,” her mother Yuli, a 27-year-old seamstress who goes by one name, said at a mass circumcision of 120 girls at the Assalaam Foundation’s Islamic school in the city of Bandung.

She believes the ritual will nevertheless have an effect.

“Many girls are getting pregnant out of wedlock these days,” she noted. “Circumcision hopefully will prevent my daughter from becoming oversexed, and will make her less amorous when she grows up.”

Indonesia, home to the world’s biggest Muslim population, argues that this form of circumcision is largely symbolic, not harmful and should not be seen as mutilation.

The U.N. thinks otherwise. In December, it passed a resolution banning female genital mutilation, which extends to the form of circumcision practiced in Indonesia. Procedures such as pricking, piercing, incising, scraping, cauterization or burning that are carried out for nonmedical purposes are classed by the WHO as mutilation, along with practices that alter or remove any part of the genitals. The more extreme practices can lead to severe bleeding, urination problems and complications during childbirth, according to the WHO.

A ritual dating back thousands of years and typically seen in parts of Africa, Asia and the Middle East, its most brutal forms require stitching together the inner and outer labia, or excising all or part of the clitoris.

Indonesia says genital cutting does not take place and that it has worked to eradicate other more extreme circumcisions as it seeks compromise between conforming with international standards and placating cultural and religious traditions. It banned female circumcision in 2006 but backtracked in 2010, arguing many parents were still having their daughters circumcised, often by unskilled traditional doctors who often botched the procedure.

In response to the ban, the Indonesian Ulema Council (MUI), the country’s top Islamic clerical body, issued a fatwa in 2008 allowing the practice but did not make it compulsory.

While no official data is available to measure the extent of the practice in Indonesia, it is common among its 240 million people, according to aid agencies. A 2003 study by the Population Council found that 22 percent of 1,307 female circumcision cases were excisions, meaning part of the clitoris or labia was removed. Of the rest, 49 percent involved incisions while 28 percent were “symbolic.”

Jakarta issued a 2010 regulation allowing “scraping the clitoral hood, without injuring the clitoris” — a practice that is nevertheless defined by the WHO as mutilation — while criminalizing more severe procedures.

Islamic foundations such as the Assalaam Foundation in Bandung say they ditched scissor-snipping for pinpricks. “In the past, we had used one or two doctors and more traditional healers and they used scissors to snip a bit on the hood. We abandoned that method many years ago,” said the foundation’s coordinator, Eulis Sri Karyati.

Health Ministry official Budi Sampurno said Indonesia wants to replace scraping with swiping “with a cotton bud,” hoping the U.N. would not view this as mutilation. Jakarta has not indicated how it would enforce it.

Despite the U.N. resolution, the custom still has deep meaning for Indonesian Muslims and will likely remain, officials say.

Housewife Tita Lishaini Jamilah, 28, said Indonesia should not bow to the U.N.’s ban on the practice, insisting that the ritual was safe. “Why would any parent hurt her child? If any doctor were to mutilate my daughter, I’d be the first to protest,” she said.

L’excision, le cauchemar des Africaines
La pratique de l’excision est en baisse en Afrique, mais n’a pas disparu. Synonyme de souffrance, elle plonge dans la détresse de nombreuses femmes.
Nicole Suzis
Slate Afrique
20.11.2012

Mise à jour du 28 novembre 2012: l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 26 novembre sa première résolution dénonçant les mutilations génitales féminines qui affectent quelque 140 millions de femmes dans le monde.

Ces pratiques, dont l’excision, sont illégales dans une vingtaine de pays africains et en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada notamment, mais elles n’avaient encore jamais fait l’objet d’une condamnation à un tel niveau dans les instances de l’ONU. Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux Etats membres de «compléter les mesures punitives par des activités d’éducation et d’information».

*****

La femme africaine est pétrie des différentes facettes de sa culture. Elle y est naturellement attachée, qu’elle le veuille ou non.

L’une des facettes de cette culture est l’excision. Certaines femmes l’acceptent malgré elles. Mais elles représentent une minorité. Ces femmes veulent tout simplement respecter les décisions des parents. Ne pas le faire est un sacrilège.

D’autres femmes la rejettent de toutes leurs forces, au grand dam des lourdes conséquences dans les relations familiales.

La majorité des femmes qui subissent l’excision sont de confession musulmane, une infime partie est chrétienne ou animiste. Les femmes en souffrent terriblement dans leur corps et dans leur cœur au quotidien.

Comment est-elle pratiquée?

La pratique de l’excision diffère selon les pays, les villages ou les ethnies. L’âge de la jeune femme varie tout autant: certaines femmes sont excisées avant leur puberté, alors que d’autres le sont après.

L’excision se fait en trois phases: la première est l’ablation du clitoris seul, la deuxième consiste en l’ablation du clitoris et des petites lèvres et enfin la troisième phase, la plus sévère on enlève le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. Il ne lui reste qu’un orifice…

Certains témoignages sont édifiants en Côte d’Ivoire où j’ai commencé mon enquête. L’excision est pratiquée chez les Yacouba, les Guéré, les Wobè  et surtout dans le nord. Mais elle est pratiquée aussi dans plusieurs autres ethnies.

Au Bénin, au Mali, en Indonésie ou dans plusieurs pays arabes, les mutilations sexuelles aux femmes sont monnaie courante.

Pour l’honneur de la famille

L’excision a été instituée dans les us et coutumes prétendument pour le salut de la femme. Une femme excisée ne ressent pas de désir sexuel. Son homme peut s’absenter du foyer pendant des années: dix, vingt ans et parfois plus, il est assuré qu’elle ne le trompera jamais. Ce serait pour préserver l’honneur de la femme, de son couple et de sa famille car, une femme divorcée fait la honte à ses parents et toute sa communauté.

K.T est excisée depuis l’âge de 10 ans:

«Un matin, ma mère m’a dit, tu vas être une vraie femme maintenant. Mes tantes et mes parents m’ont offert des friandises et plusieurs autres cadeaux. Puis, on m’emmena chez une vieille femme. Son regard profond et froid m’a fait comprendre que quelque chose de grave allait se passer. Elle donna l’ordre qu’on me tienne fermement, les jambes écartées. J’ai cru que j’allais mourir. Je n’avais jamais eu autant mal… J’ai vu du sang et un pansement. Elle m’a tout enlevé. Le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres. A 18 ans, je me suis mariée. Ma vie sexuelle est un cauchemar. Je suis mère de quatre enfants, après 15 ans de mariage. Pourtant, pour préserver mon couple, je simule l’orgasme…»

Mme D, imposante femme catholique et professeure d’anglais, mère de trois enfants n’en veut pas à ses parents. Elle fait partie de ces femmes qui ont accepté l’excision pour respecter la tradition. Mais elle a promis de protéger ses filles de cette pratique et son mari la soutient dans son combat:

«Je suis excisée du clitoris et des petites lèvres. A chaque accouchement c’est le calvaire. Pendant les menstrues, les petits morceaux de chair se fragilisent de plus en plus et je suis obligée parfois de mettre un pansement. Lors des rapports avec mon mari, je n’ai aucun plaisir. Lorsque mes copines et moi parlons de l’orgasme, je donne aussi mon avis. Pourtant, je ne sais pas ce que c’est. Pardonnez-moi, mais j’aime mes enfants et je refuse que mon mari prenne une seconde épouse, si je me plains. Je ne fais pas l’amour, je subis l’acte sexuel. A certains moments, mon époux pense que je pleure de plaisir

Une vie dans la souffrance

Le cas de M.K, un jeune mannequin de 28 ans est plus triste. Elle pense souvent au suicide, sa vie n’a plus de sens, selon elle. Pas d’histoires d’amour ni de projets. Elle est introvertie et souffre de son état. Elle a failli mettre fin à ses jours en se tailladant  les veines des deux poignets. Sa sœur l’a retrouvée inanimée, alors qu’elle se vidait de son sang. Aujourd’hui, elle en parle encore les larmes aux yeux:

«Je n’ai connu que trois hommes dans ma vie, pourtant je suis très courtisée. Les hommes me trouvent très belle. Mes collègues pensent que je suis imbue de ma personne et orgueilleuse. Une femme qui attend l’homme parfait, quoi. Mais non, ce n’est pas le cas. J’ai simplement honte que des hommes s’aperçoivent que je suis excisée. Alors je souffre en silence. Je les éconduis, alors que je suis parfois follement amoureuse

Certaines femmes n’ont pas le choix. Elles essayent de trouver ce fameux plaisir dans les bras d’autres hommes tout en préservant leur couple. C’est l’histoire vécue par S.B.,  mariée depuis dix ans:

«Un jour, j’ai franchi malheureusement le pas. J’ai rencontré un homme dans un avion alors que j’allais à Paris pour affaires. Je me suis dit pourquoi pas? J’ai pour la première fois de ma vie connu la jouissance dans les bras d’un homme. Une semaine plus tard, il a su me rendre heureuse. Son épouse est excisée aussi. Il pouvait m’aimer pendant deux ou trois heures. Depuis, je trouve toujours une excuse d’être à Paris. Mon métier me sauve, je suis commerçante. Mes voyages me permettent de retrouver mon amant. Cette relation m’a équilibrée dans ma vie de femme, je me sens plus épanouie. J’aime mon mari et pour rien au monde je ne le quitterais.»

L’excision, «une abomination»

Ces témoignages m’ont poussée à aller plus loin dans ma quête d’informations. J’ai discuté avec Ali, un directeur de banque de 45 ans, marié et père de quatre garçons:

«Ma femme et moi avions beaucoup souffert pendant trois ans. Je n’arrivais pas à lui donner du plaisir. Alors que  moi j’y parvenais à chaque rapport. J’ai donc commencé à pratiquer la retenue: pendant nos rapports, au moment où je sentais que j’allais jouir, je me bloquais volontairement quelques secondes et reprenais de plus belle mon acte d’amour. Un jour, au bout de deux heures, elle y est arrivée. Il faut beaucoup d’amour et de patience pour y arriver. Et surtout de l’endurance. Depuis, notre couple se porte à merveille.»

J’ai poussé mes investigations au Ghana, pays qui a pratiquement les mêmes traditions que le sud de la Côte-d’Ivoire.

Là-bas, quelles que soient les ethnies et les confessions religieuses, l’excision est un sujet tabou. J’étais parfois regardée avec curiosité et servie par un mutisme total. Un jour, j’ai croisé John, pasteur depuis bientôt cinq ans, et lui ai demandé ce qu’il pensait de l’excision:

«L’excision ? C’est une abomination, Madame. Je n’en dirai pas plus. Comprenez-moi.»

Pas un mot de plus.

Vers un bannissement?

C’est finalement par le truchement d’un notable à Accra, qui a bien voulu m’expliquer ce mutisme des Ghanéens sur l’excision que j’ai pu savoir qu’elle était  pratiquée au nord du Ghana.

Les femmes en ont beaucoup souffert et certaines gardent encore psychologiquement des séquelles. A l’instar de plusieurs pays, elle a été interdite depuis plusieurs décennies. Au point qu’aujourd’hui dans ce pays, l’excision ne fait plus partie des conversations. Pour le peuple du Ghana, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir. Un très mauvais souvenir…

Dans certains pays africains tel que le Mali, où l’on pratique l’excision, en dehors de la fidélité évoquée comme raison primordiale, j’ai voulu savoir ce qu’on faisait du clitoris. J’ai eu droit à un mutisme total. C’est un secret, m’a-t-on répondu.

Les gouvernants ont pris des résolutions fermes, l’excision est interdite dans leurs différents pays. Les récidivistes sont emprisonnées.

Ces femmes ont finalement accepté de ne plus l’exercer en recevant l’aide de leurs Etats pour qu’elles gagnent leur vie autrement. L’excision tend à disparaître progressivement mais sûrement. Ce qui est souhaitable c’est qu’elle disparaisse à jamais.

Chantal Compaoré, épouse du président du Burkina Faso en a fait son combat. En effet, dans son pays, les mutilations sexuelles faites aux femmes persistent encore.

A la tribune des Nations-unies à New-York, elle a demandé qu’une résolution soit prise très rapidement, afin de convaincre tous les pays où malheureusement l’on note encore des poches de résistance, de la bannir totalement.

Voir également:

Tunisie : le « cyclone salafiste » appelle à l’excision

Il a osé le dire. Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, le gourou du nouvel islamisme d’Etat, s’est offert une déclaration attendrie et compréhensive sur  ceux qu’il appelle «  les frères salafistes » dans une interview au . Voici des extraits de ses propos, relevés par plusieurs sites d’information tunisiens :

« Nous ne pensons pas que l’approche de l’intimidation et les distorsions pratiquées par certaines forces dites modernistes réussiront à faire plier le phénomène du salafisme en Tunisie. Par contre, nous sommes appelés en tant que Tunisiens à nous adapter aux différents courants et à vivre ensemble dans le cadre du respect mutuel de l’Islam et des vraies valeurs de la modernité »

Le problème est que ce discours, plein d’une pieuse empathie, tombe au plus mal : , invité par plusieurs associations religieuses ( Pour l’apprentissage du Coran, Pour la prédication et autres douceurs bigotes) déclenche un nouveau scandale. L’homme est une star et une télé-star salafiste. Ghanim défend l’excision, l’ablation du clitoris, qu’il qualifie avec ravissement « d’opération esthétique ».

Il appelle à l’application de la charia, ce qui est du reste parfaitement contradictoire avec son goût pour la mutilation des petites filles au rasoir : la charia est affreusement prolixe sur les châtiments corporels. D’autant plus que l’excision n’est mentionnée dans aucune tradition islamique ni dans le Coran. Les textes qui la recommandent sont totalement trafiqués, comme le soulignait le en 1997 pour justifier son interdiction.

De toute façon, l’excision est pratiquée autant chez les Coptes, les chrétiennes d’Egypte, que chez les musulmanes. Cette horreur remonte à la nuit des temps, celle des Pharaons. Jusqu’à aujourd’hui, puisque malgré les lois les filles du Nil n’en sont toujours pas préservées : en 2008, on estimait à 70% le nombre d’Egyptiennes excisées !
Ce combat prioritaire des féministes — là-dessus fermement soutenues par Suzanne Moubarak, l’épouse du Raïs déchu — est aujourd’hui dénoncé par les salafistes, plébiscités à plus de 20% de voix aux législatives en Egypte.

Les Frères musulmans, crédités de 50% des voix à ces mêmes élections, ne sont pas très clairs non plus sur le sujet.
« L’excision, c’est un débat en Islam » m’avait déclaré au Caire en décembre 2011 une candidate du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères Musulmans. Cette « sœur », Omaima Kamel, médecin et m’affirmant être très engagée sur le terrain de la misère féminine. Visage angélique, drapée dans un beau voile bleu, le Dr Kamel bredouillait ainsi avec un embarras manifeste :
«  Bon… Je ne vais pas pousser les gens à l’excision… mais je ne peux pas l’interdire… je ne peux pas dire que c’est un crime… parfois il y a des indications… » Avec de pareilles alliées, les malheureuses Egyptiennes risquent de suivre encore longtemps le chemin du sang et de la honte.

Revenons en Tunisie. Wajdi Ghanim a donc fait sa tournée à Tunis, et dans de nombreuses villes. Les salafistes avaient vu grand pour lui offrir un succès extraordinaire, et tant les voilées intégrales que les longues barbes étaient au rendez-vous. On se demande si les dames en noir, invisibles mais bien présentes, avaient vraiment envie d’être excisées. Etaient-elles seulement au courant de qui les avait manipulé, instrumentalisé, chosifié ?
En tous cas, à l’un des rendez-vous, sous le chapiteau d’ El Kobba, dans la toute proche banlieue de Tunis,
« il y avait au moins 5 000 personnes » constatait .
Tous les observateurs ont également été témoins d’une déferlante de slogans antisémites, dans le style de ceux qui avaient accueilli Ismaïl Haniye, Premier ministre Hamas de Gaza, le 5 janvier dernier, à l’aéroport de Tunis :
« Dehors les Juifs, dehors ! Nous sommes prêts ! »

Saigner les femmes, saigner les juifs : l’horrible bal pornographique des fantasmes intégristes battait son plein.
Mais le lendemain, quel choc ! C’est le sursaut. Les avocats et de nombreuses associations montent un collectif, animé notamment par et qui n’entend pas céder à la suivante. Ils portent immédiatement plainte pour atteinte aux droits élémentaires de la personne humaine, enjoignant le gouvernement de mettre un terme à de tels débordements.

Ils sont appuyés par , qui organise un meeting de mobilisation. Tous ceux qui ont fait la révolution sont dans la salle. Ceux qui en ont récolté les fruits sans prendre une balle ni une grenade lacrymogène, eux, sont au pouvoir. Une rumeur terrible court : il y aurait eu des petites filles excisées après le passage de Wajdi Ghanim. Ce n’est pas encore vérifié.

La révolte paie : le ministre de la Santé, tout islamiste qu’il soit, est forcé de monter au créneau. Il rappelle dans un communiqué les conséquences catastrophiques de l’excision, l’adhésion de la Tunisie aux conventions internationales qui interdisent les mutilations génitales et appelle les médecins tunisien à rejeter formellement cette pratique.
Personne, cependant, que je sache, n’a osé virer manu militari du sol tunisien Wajdi Ghanim, qui devait s’en retourner, repu d’anathèmes et de vivats, ce vendredi dans son Egypte natale.

En revanche, pendant que se déroulait tranquillement sa tournée, on a arrêté pour de bon des « perturbateurs ». Des journalistes, figurez-vous. Ceux du quotidien arabophone qui s’était amusé à mettre en une un footballeur d’origine tunisienne, Sami Khedine, de nationalité allemande, et qui enlaçait sa fiancée à la poitrine sans autre voile que les paumes du bien-aimé. Enfer et damnation ! Directeur, directeur de la rédaction et rédacteur ont été immédiatement déférés au parquet  pour «  trouble à l’ordre public ». Ils risquent entre 6 mois et 5 ans de prison. Montrer la beauté d’un corps de femme amoureuse, c’est un crime dans la Tunisie islamiste. Défendre la mutilation au rasoir du sexe des petites filles, c’est une opinion.

Pour protester contre ce qu’on appelle désormais à Tunis « le cyclone salafiste » et les horreurs qui se succèdent, une manifestation est prévue samedi 18 février, à midi au Bardo. Devant ce même Parlement, dont les révolutionnaires du 14 janvier refusent qu’il devienne la chambre d’enregistrement de la grande régression.

Voir encore:

«Excisions minimalistes»: Pourquoi cette idée de gynécologues américain révolte les associations

SOCIETE Des gynécologues américains ont proposé de pratiquer des excisions qui seraient moins traumatisantes que celles exercées hors du cadre hospitalier…

Audrey Chauvet
20 minutes

23.02.2016

Un « compromis » : c’est ainsi que Kavita Shah Arora et Allan J.Jacobs présentent leur idée d’excision « minimaliste » dans un article paru dans le Journal of medical ethics. Ils pensent qu’une excision bénigne, qu’ils qualifient « d’altération génitale », pourrait concilier la tradition culturelle et la santé des femmes alors que la pratique de l’excision est en forte hausse aux Etats-Unis : 150.000 à 200.000 jeunes filles seraient susceptibles d’y être excisées et ce chiffre a augmenté de 35 % entre 1990 et 2000, d’après les dernières statistiques officielles sur le sujet.

L’excision médicalisée, une fausse bonne idée

Les mutilations sexuelles féminines sont interdites aux Etats-Unis depuis 1996. Mais les excisions clandestines, pratiquées avec des outils rudimentaires, continuent et exposent les fillettes à de graves complications médicales (hémorragies, infections, douleurs, puis plus tard difficultés pendant les rapports sexuels et complications à l’accouchement). Faire pratiquer les excisions par des médecins ne serait pas une meilleure option, estime Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice du Gams (Groupe Femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles) : « En Egypte par exemple, 50 % des excisions sont pratiquées en milieu médical et paramédical, mais même en admettant que ça peut éliminer le risque d’hémorragie et d’arrêt cardiaque, l’excision demeure un traumatisme et les complications à moyen-terme restent possibles. » Une jeune fille de 13 ans est ainsi morte en Egypte en 2013 des suites d’une excision pratiquée par un « convoi médical » qui sillonnait les villages afin d’y exciser les jeunes filles.

Les gynécologues américains estiment eux que des excisions qui n’auraient aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux, ou qui modifieraient « légèrement » leur apparence sans effet durable sur la capacité de reproduction ou l’épanouissement sexuel des femmes seraient tolérables, au même titre que la circoncision, très pratiquée aux Etats-Unis toutes confessions religieuses confondues. « Mais l’excision n’est pas l’équivalent de la circoncision, rappelle Isabelle Gillette-Faye. L’équivalent, ce serait une ablation du gland du pénis. »

Le chirurgien français Pierre Foldes, l’inventeur de la technique de réparation de l’excision, a été confronté à quelques cas de femmes qui avaient été excisées par des médecins: «C’est une catastrophe», annonce-t-il d’emblée. «Ce n’est pas une chirurgie « minimale » car les conséquences en sont dramatiques: certaines femmes peuvent le ressentir très mal, parfois cela conduit à supprimer toute sexualité pour elles. Et ce n’est pas de la médecine de faire des mutilations sur des femmes non consentantes», explique-t-il à 20 Minutes.

« Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes »

Pourquoi ces deux médecins américains ont-ils jeté ce pavé dans la mare ? Pour éviter des catastrophes dans des familles qui ne sont pas prêtes à abandonner cette pratique, selon eux. Pour le business, selon Isabelle Gillette-Faye : « C’est un moyen pour certains de se faire de l’argent. Ça l’était à l’époque où l’excision était pratiquée aux Etats-Unis sur des jeunes filles américaines, au 19e siècle notamment avec le mouvement des orificialistes [qui excisaient les fillettes coupables de se masturber]. »

Pierre Foldès rappelle que l’excision est aussi un trafic qui doit être dénoncé: «En France, les familles peuvent payer 6.000 euros une exciseuse traditionnelle. Alors qu’on a obtenu que la réparation soit indemnisée par la Sécurité sociale.»

En 2010, des médecins américains avaient déjà avancé une idée pour éviter que les familles n’envoient leurs filles à l’étranger pour être excisée : une piqûre, qui serait administrée par un docteur comme un rituel. La levée de bouclier des associations de défense des femmes avait été unanime. Georganne Chapin, directrice de l’association Intact America, avait déclaré : « Il y a des pays dans le monde où il est permis de battre sa femme, de réduire des gens en esclavage et d’abuser des enfants, mais nous n’autorisons pas ces pratiques dans notre pays. Nous ne laissons pas des gens être « un peu » esclavagistes ou de battre « un peu » leur femme en disant qu’ils le feront de toute façon. »

Voir de même:

Deux gynécologues choquent en proposant des excisions «minimalistes»

POLEMIQUE Dans leur argumentation, les deux spécialistes comparent cette pratique assimilée à une mutilation à la circoncision…

20 Minutes avec AFP

23.02.2016

Limiter des dégâts qu’on ne peut, de toute façon, pas éviter. Telle est, en substance, la position de deux gynécoloques américains qui suscitent la controverse avec leur proposition de rendre possible la pratique d’excisions «minimalistes». Ce type d’opération permettrait de respecter les traditions culturelles sans mettre en danger la santé des femmes, soutiennent ces médecins.

«Nous ne disons pas que les interventions sur les organes génitaux de la femmes sont souhaitables, mais plutôt que certaines interventions devraient être tolérées par des sociétés libérales», écrivent les deux auteurs dans une revue spécialisée, le Journal of Medical Ethics.

Plutôt que de parler de mutilation génitale, ils préconisent d’utiliser le terme «d’altération génitale» pour décrire les différents procédés d’excision et les risques qui leur sont associés. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a lancé une campagne contre cette pratique, quelque 200 millions de femmes ont été victimes d’excisions dans le monde, principalement en Afrique et au Moyen-Orient.

Une comparaison avec la circoncision

L’intervention consiste en l’ablation totale ou partielle des organes génitaux externes féminins (clitoris, petites et grandes lèvres) et est pratiquée sur des fillettes, parfois très jeunes, et sur des adolescentes pour des raisons culturelles, religieuses, voire sociales. C’est une opération qui peut entraîner la mort de la patiente, en cas de choc hemorragique.

Pour les Drs Kavita Shah Arora et Allan J. Jacobs, tous deux de Cleveland (États-Unis), deux types d’excisions pourraient être tolérées : celles qui n’ont aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux ou celles qui modifient «légèrement» leur apparence, sans avoir d’effet durable sur la capacité de reproduction ou sur l’épanouissement sexuel des femmes. Ils comparent ces interventions à la circoncision masculine qui est légale dans le monde occidental. En revanche, explique-t-ils, toutes les excisions aboutissant à perturber la sexualité et le déroulement de la grossesse ou de l’accouchement doivent en revanche être interdits.

« Une tradition destinée à contrôler les femmes»

Une prise de position qui suscite de très vives réactions dans le milieu médiacal américain. Selon le Pr Ruth Mackin du College de médecine Albert Einstein de New York, «une tradition culturelle destinée à contrôler les femmes, même dans sa forme la moins nocive, doit être abandonnée». Brian D. Earp, un chercheur américain en bioéthique redoute pour sa part que l’autorisation d’excisions «minimalistes» aboutisse à un «fiasco», en multipliant les problèmes légaux, réglementaires, médicaux et sexuels.

Il préconise également une «attitude moins tolérante» face à la circoncision, soulignant que les enfants des deux sexes «ne doivent pas avoir leurs organes sexuels endommagés ou retirés avant qu’ils ne soient en âge de comprendre et de donner leur accord à ce type d’intervention». Le Dr Arianne Shahvisi de l’Université britannique du Sussex estime de son côté qu’une approche minimaliste aurait peu de chance d’aboutir au but recherché «qui est de contrôler l’appétit sexuel des femmes».

Voir aussi:

Brigitte Mauroy: annulation de la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation
Nord éclair
23/11/2011

La Cour de cassation a annulé la condamnation de Charlie Hebdo pour diffamation de l’urologue Brigitte Mauroy, accusée en 2008 par le journal de «justifier» l’excision.

En première instance, à Lille, le journal satirique avait été relaxé. Mais le 29 juin 2010, la cour d’appel de Douai avait infirmé cette décision et condamné le directeur de publication Philippe Val et le journaliste Antonio Fischetti à s’acquitter d’une amende de 2.000 euros chacun. Ils devaient en outre verser solidairement 10.000 euros de dommages et intérêts à la plaignante. Mme Mauroy, nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, réclamait plus de 70.000 euros. Charlie Hebdo s’était alors pourvu en cassation. Dans un arrêt rendu mardi, dont les motivations n’étaient pas disponibles, la chambre criminelle de la Cour de cassation a annulé l’arrêt de la cour d’appel de Douai.

Annulation définitive de la condamnation pour diffamation

Cette annulation est définitive. Le dossier n’aura pas à être rejugé par une nouvelle cour d’appel. Dans un article paru le 5 mars 2008, Antonio Fischetti dénonçait quelques lignes d’un chapitre du Dictionnaire de la sexualité humaine (2004) signé par Brigitte Mauroy. L’article était paru quatre jours avant le premier tour des élections municipales à Lille pour lesquelles Mme Mauroy figurait en 2e position sur la liste UMP.

Le journal jugeait que Brigitte Mauroy se rendait « complice de mutilations sexuelles », « par maladresse ou en toute lucidité »

L’urologue écrivait, à propos du capuchon du clitoris, que « ce repli peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision ». Antonio Fischetti l’avait accusée de « se rendre complice de mutilations sexuelles » en légitimant, « par maladresse ou en toute lucidité », l’ablation des clitoris prétendument hypertrophiés. Les juges d’appel avaient estimé que Charlie Hebdo avait porté « atteinte à l’honneur et à la considération » de Mme Mauroy, qui « a toujours fait sienne la lutte contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines ».

Voir parallèlement:

à l’attention du Docteur Brigitte MAUROY

Centre hospitalier St Philibert de Lomme

Docteur Gérard Zwang

Mercredi 5 Mai 2004

Madame,

Lisant dans le Dictionnaire de la sexualité (éditions l’Esprit du temps) auquel nous avons collaboré, l’article Vulve que vous avez signé, je me suis grandement étonné de certaines descriptions, sous la plume d’un professeur d’anatomie, de surcroît femme, et dans un ouvrage se voulant à la pointe du progrès scientifique.

Je vous cite mes principales causes de « sursaut » :

– la fourchette n’a jamais uni les grandes lèvres, mais les nymphes, par leur extrémité postérieure : pour former le pli commissural de Jayle. Les grandes lèvres n’ont aucune commissure jointive en arrière, pas plus qu’en avant.

– « l’érection des petites lèvres » à ma connaissance n’a aucun support physiologique, ce qui ne les empêche pas de gonfler au cours du stade en plateau; de même les mamelons ne possèdent-ils aucun appareil érectile : le durcissement de leurs fibres musculaires lisses provoque non une érection, mais le thélotisme, terme consacré.

– pourquoi citer le déplorable Sabatier, qui traite « d’humeur épaisse et jaunâtre » ce qui, chez les femmes bien tenues, ne correspond qu’au sébum le plus normal et le moins répugnant ? Les salles d’eau ont fait des progrès depuis 1791… Quant à nos ancêtres paléolithiques, elles ne vivaient jamais loin d’une eau courante ou lacustre, qui leur permettait les ablutions les plus élémentaires.

– le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » qui n’est en fait qu’une excision clitoridienne complète; suivie de la salutaire infibulation, triomphe de « l’intégration symbolique » au groupe ethno-culturel. Cette fable d’anatomie-fiction sert d’excuse aux coupeuses de filles. Les premiers « explorateurs des pays chauds » ont gobé ces inepties, qu’Ambroise Paré et Voltaire ont avalées à leur tour… Il y a quelques siècles. Alors qu’ils n’avaient jamais vu de près la moindre Abyssine ou Turque adulte, et surtout porteuse de son clitoris natif, amputé dès l’enfance. Évidemment les tout dévoués « ethno-psychologues » du style de l’abominable Ehrlich, toujours prêts à venir défendre les plus ignobles mutilatrices, du moment qu’ils peuvent pérorer dans les prétoires, se font l’écho de ces billevesées. Mon Atlas du sexe de la femme (la Musardine, 2001) pourra vous montrer, sur ses 150 photos, des prépuces clitoridiens de toutes les couleurs, mais de conformation rigoureusement identique chez les Européennes, Africaines ou Asiatiques.

Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué.

Il reste à souhaiter qu’une deuxième édition, après le gros succès de l’ouvrage permette de remettre les pendules à l’heure…

Avec mes sentiments confraternels.

Voir aussi:

En mars dernier, nous vous annoncions que la nièce de l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, colistière du candidat UMP à la mairie de Lille, avait décider d’attaquer Charlie Hebdo en justice, car un articulet d’Antonio Fischetti l’accusait de complicité de mutilation sexuelle. Ce denier, quelques jours avant le procès qui se tient le jeudi 20 novembre à Lille [1], présente dans le journal quelles sont les positions qu’il va défendre (« Polémique clitoridienne », 12/11/08).

En premier lieu, le journaliste affirme que « l’ablation du capuchon est bien une mutilation génitale ». Argument qui repose sur une définition de l’Organisation mondiale de la santé, où l’on peut lire que l’ablation du prépuce est une forme de « clitoridectomie » (ablation du clitoris). Même si « l’ablation de cette partie n’est pas aussi grave que l’excision », concède Antonio Fischetti, « elle n’en reste pas moins moins une vraie mutilation », écrit-t-il.

Second argument, non plus institutionnel mais scientifique, « rien ne prouve que le capuchon clitoridien soit plus long chez certaines ethnies ». Selon le journaliste de Charlie, l’allégation selon laquelle les femmes originaires d’Éthiopie « auraient un capuchon surdimensionné » relève plus du cliché et du préjugé que de la science. Pour cela, il cite un article de revue scientifique sur « l’apparence génitale féminine » qui conclut qu’« il n’y a pas d’association statistiquement significative avec […] l’ethnie », étude mise en balance avec la thèse de « théoriciens de l’excision » qui avancent que la taille du clitoris varierait en fonction du climat.

Troisième point, qui rejoint le précédent, « la taille des organes : argument classique des mutilateurs ». L’excision serait justifiée lorsque le clitoris est « trop saillant », affirment les défenseurs de cette opération. L’Égypte, nous apprend A. Fischetti, vient cependant de passer une loi qui interdit l’excision « … sauf en cas de nécessité médicale ». Reste à savoir de quelle genre de « nécessité médicale » il s’agit, s’inquiète le journaliste. Pour lui, « un seul principe pour lutter contre les mutilations génitales : pas touche au sexe, un point c’est tout. »

« Brigitte Mauroy invoque une citation bibliographique : faux. » Le quatrième argument porte sur la forme. L’urologue a en effet soutenu que sa définition reposait sur un traité d’anatomie. Mais, d’après Antonio Fischetti, puisque « la phrase de Brigitte Mauroy n’est pas entre guillemet et ne renvoie à aucune source, il ne s’agit pas, en toute logique, d’une citation ». Elle ne pourrait donc pas se défausser sur les travaux qu’elle évoque.

Cinquième et dernier argument, « l’argument politicien ». Comme Brigitte Mauroy se présentait sous l’étiquette UMP, l’article de Charlie Hebdo aurait constitué une manœuvre politicienne pour déstabiliser la liste conduite par Sébastien Huyghe à Lille. « La meilleure preuve que ma motivation n’est pas politicienne, écrit le journaliste, c’est que je fais cause commune avec Gérard Zwang, qui est notoirement engagé à droite. » Antonio Fischetti réaffirme, pour conclure, son « opposition à toute forme d’atteinte génitale ».

P.-S.

À (re)lire sur Charlie enchaîné : « Trois affaires judiciaires autour de Charlie Hebdo — Lille : Brigitte Mauroy attaque Charlie Hebdo ».

Ajout du 21/11/08. Suite au commentaire de Mugen, voici un article sur le sujet trouvé sur le site Lille 43000 : « Brigitte Mauroy attaque un journaliste ».

Notes

[1] Le procès a été reporté au 12 février 2009.

Voir également:

« L’organe coupable »*. Ce que le procès Brigitte Mauroy/Charlie Hebdo ne dit pas

En février 2009 s’est tenu à Lille un procès intenté par Brigitte Mauroy contre Charlie Hebdo et son journaliste Antonio Fischetti. L’urologue poursuivait ce dernier pour diffamation à la suite d’un papier publié un an auparavant, dans lequel il affirmait qu’elle se rendait « complice de mutilation sexuelle ». En cause un article de la scientifique, intitulé « Vulve », paru en 2004 et comportant une phrase sur le prépuce du clitoris particulièrement ambigüe. Au final la justice avait tranché en prononçant une relaxe complète. Mais le 25 mai dernier, le procès en appel s’est soldé par une condamnation de Charlie, coupable cette fois d’attenter à « l’honneur et la réputation de la plaignante ». Le plus inquiétant, dans cette histoire, c’est qu’on en oublierait presque le fond du problème : les mutilations sexuelles féminines.

• Dans son article « Vulve » publié en 2004 au sein d’un ouvrage « grand public »[1], Brigitte Mauroy introduit sa description anatomique en expliquant que la connaissance des organes érectiles, « de leur morphologie, leur vascularisation et leur innervation est essentielle pour poursuivre les études physiologiques, et par là améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines. » Remarque préliminaire louable, qui prend pourtant une autre saveur deux pages plus loin, lorsqu’on apprend que « le capuchon clitoridien ou prépuce », ce « repli, peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ». Puis rien, à la ligne, on passe à autre chose.

Quelques mois plus tard, Gérard Zwang – autre urologue[2] qui a participé au même ouvrage – adresse une lettre à Brigitte Mauroy pour lui faire remarquer entre autres que « le prépuce du clitoris des abyssines, pas plus que celui des Turques, Bambaras, Malinkés ou Asiatiques ne souffre d’aucune « hypertrophie ethnique » légitimant un « retranchement » » : « Qu’une anatomiste du XXIe siècle cautionne ces racontars « hors d’âge » et donc la légitimation de la « rectification clitoridienne » de millions de fillettes massacrées, m’a profondément choqué. » Mauroy ne répond pas, et la lettre atterrit sur la toile.

Quatre années se sont écoulées avant qu’Antonio Fischetti publie son papier, quelques jours avant les municipales de 2008 et l’élection de Mauroy sur une liste UMP. Partant de la lettre de Zwang, il écrit que « par maladresse, ou en toute lucidité (son refus de répondre plaide pour la seconde hypothèse), Brigitte Mauroy se rend complice de mutilation sexuelle  ». N’ayant pas daigné répondre aux questions du journaliste, l’urologue envoie après coup un droit de réponse. Mais le canard refuse de le publier et elle se décide finalement à porter plainte.

Or le 12 février 2009, en première instance du procès, trois juges – trois femmes – ont estimé que le propos de Brigitte Mauroy « pouvait être objectivement lu comme une justification anatomique de la pratique de l’excision. »[3] Le procureur lui-même, qui demandait la condamnation de Charlie, a déclaré dans son réquisitoire : « Oui, je crois que Mme Mauroy a écrit là un article dont elle se repent et se repentira.  » Hélas, celle-ci n’était pas là pour clarifier ses positions ou revenir sur cette phrase. Le rejet de ses plaintes semblait être « sans appel ».

Mais en appel justement, à Douai en mai dernier, l’urologue s’est présentée à la barre. Et cette fois, la cour – majoritairement masculine – a condamné Fischetti, jugeant qu’il avait « porté atteinte de façon particulièrement indélicate et inutilement blessante à l’honneur et à la réputation de la plaignante »[4]. Autrement dit, ce qu’a fait le journaliste, dénoncer selon le premier jugement une « justification anatomique de la pratique de l’excision », ceci devient en appel « inutilement blessant », « particulièrement indélicat »…

Au-delà de l’objet du procès, la diffamation d’un côté, la liberté de la presse de l’autre, au-delà de la personne de Brigitte Mauroy – qui, cela a été répété plusieurs fois, « milite contre les mutilations sexuelles » –, il est important de disséquer la phrase incriminée par Fischetti et avant lui par Zwang. Car le problème soulevé par ce « petit » procès de presse relève d’une toute autre gravité. Et ses enjeux dépassent largement « la réputation de la plaignante ».

Une phrase à autopsier

Le prépuce, « peu développé chez les occidentales est beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision (chez les abyssins notamment) ».

Littéralement, cette phrase pose la question de sa véracité et de sa scientificité. Est-il exact et vérifié qu’il existe des différences de taille des organes génitaux selon des critères « ethniques » ? Une recherche sur le web permet de répondre par la négative : aucune synthèse n’a été dirigée là-dessus – et encore moins sur le seul capuchon clitoridien –, et établir une « association statistiquement significative » entre dimension des organes génitaux féminins et origine ethnique semble impossible[5]. De plus, quand des observations localisées et empiriques ont été menées, l’hypothèse d’une « hypertrophie ethnique » du clitoris – organe pris au sens large[6] – a été nettement réfutée. Ainsi le « Dr Alfons Huber, un gynécologue autrichien qui a longtemps travaillé en Ethiopie dans les années 60, a examiné personnellement des milliers de femmes éthiopiennes de tout âge. Il n’a jamais constaté une fréquence anormale de cas d’hypertrophie ou de croissance inhabituelle des organes sexuels ou du clitoris. »[7]

En outre ce « beaucoup plus long », cette « hypertrophie » « fait procéder à une circoncision »… Convient-il d’entendre par là que cette hypertrophie est une « pathologie » ? Une anomalie qu’il faut, « chez les abyssins notamment », « rectifier » ? Est-ce qu’il s’agit ici, comme Mauroy le présente en introduction, d’« améliorer la prise en charge des dysfonctions sexuelles féminines » et donc d’opérer pour « raisons médicales » ? Il n’y a, bien entendu, aucune réponse dans le texte. A noter, par ailleurs, que dans le Larousse Médical le terme de « circoncision » concerne uniquement l’« ablation du prépuce » masculin, la posthectomie, pratiquée par un médecin « en pathologie ». Et que le terme « excision », se rapportant quant à lui aux mutilations sexuelles féminines, a pour premier sens : « ablation chirurgicale d’un tissu malade, ne laissant en place que des tissus sains. »[8]

Si l’on tient compte de ces définitions, le mot « circoncision », dans cette phrase, manque cruellement de « scientificité ». Cette « circoncision » en tant que telle, c’est-à-dire pratiquée sur des femmes « asiatiques ou africaines », n’a aucun fondement. Le terme doit être précisé : il s’agit d’une circoncision – ou plutôt d’une excision – dite « sunna » ou « a minima » qui vise juste le capuchon clitoridien, avec ou sans ablation totale ou partielle du clitoris. Le problème étant qu’elle est considérée par l’OMS, le FNUAP et l’UNICEF (donc l’ONU), plusieurs États, de nombreuses ONG, des médecins et militants, comme une mutilation sexuelle de type I appartenant à la catégorie de « la clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris). »[9]

Ainsi il est possible d’interpréter la phrase étudiée comme suit : le prépuce est hypertrophié chez certaines Asiatiques et Africaines – différentes à ce titre des « Occidentales » –, ce qui fait procéder – mais est-ce pour des raisons médicales ? –, ce qui conduit à pratiquer la circoncision dite « sunna » – une mutilation sexuelle selon l’OMS – « chez les abyssins notamment », donc en Éthiopie principalement[10] – où, d’ailleurs, plus de 90 % des femmes déclarent avoir fait exciser leurs filles par une praticienne traditionnelle contre moins d’1 % par un professionnel de la santé (UNICEF).

Un autre problème survient : il n’est vraisemblablement pas possible, au XXIe siècle, en France, qu’une scientifique « de renom », qui publie régulièrement et milite contre les mutilations, puisse écrire en toute conscience « épistémologique » une phrase de ce genre. Car ses mots semblent dévoiler une désagréable part d’« inconscient ». Ils semblent être le reflet quasi « invisible » d’un long processus historique prenant racines dans des temps reculés. En quelques sortes, cette phrase est restée inchangée, figée, immobile, depuis des siècles.

L’« Occidental » fait appel à l’abstraction pour « classifier » les autres. Il partage le monde entre aires « de civilisation », ou plutôt entre l’aire de civilisation et les aires de non-civilisation. D’un côté les « Occidentaux », et de l’autre les « Africains », les « Asiatiques »…. Ce découpage géographique du monde, repris par Mauroy, permet de procéder à un découpage « ethnique » large et peu contraignant lorsqu’il s’agit de « dire » les prétendues différences[11]. Ceci dit, peut-être par souci de nuancer a minima, la phrase nous indique que l’hypertrophie du prépuce ne concerne que « certaines asiatiques ou africaines ». Par contre, il n’est nullement besoin de nuancer « chez les occidentales » qui ne connaissent manifestement pas cette « anomalie ». Inutile de préciser que cette affirmation, elle, suinte d’« occidentalité ». Enfin, on apprend que « chez les abyssins » on pratique cette « circoncision ». Le terme est au masculin, il évoque une pseudo-civilisation « abyssine », la culture du peuple (ou des peuples) abyssin(s). De ce fait, il englobe, encore de façon large et peu contraignante, les ethnies érythréennes, éthiopiennes, etc. ; il les homogénéise[12]. Cette phrase dévoile la manière dont l’« Occident » toise son monde[13].

Cependant moins de « théorique » s’impose ici, car la référence à l’Abyssinie n’a pas été produite par hasard. En effet, c’est dans ce territoire que dès le XVIe siècle des missionnaires jésuites portugais, qui avaient converti la population, ont tenté d’interdire toutes les sortes de circoncision – masculine et féminine. Ils n’agissaient pas par « humanisme » mais pour abolir ce qu’ils croyaient être un rite juif. Aussi se sont-ils heurtés à une forte résistance. Par la suite, rappelle F. Hosken, « les missionnaires se tournèrent alors vers Rome, et appelèrent à l’aide le Collège des Cardinaux de propaganda fide (pour la propagation de la foi) qui dépêcha sur place une mission composée de médecins expérimentés, pour faire un rapport sur la situation.

A leur retour, ces médecins déclarèrent qu’à cause de la chaleur, du climat ou de toute autre cause naturelle, « les parties » des femmes de ces pays étaient exceptionnellement développées. Ce qui provoquait le dégoût chez l’homme, et constituait donc un obstacle au mariage. En conséquence, le clergé catholique autorisa ces opérations, à condition toutefois que les Éthiopiens déclarent « qu’elles n’avaient aucun rapport avec la religion juive ». Le clergé proclama que « tout obstacle au mariage devait être supprimé » et l’excision obtint ainsi la bénédiction papale. »[14] En d’autres termes, il y a 500 ans, l’Église a admis que chez les Abyssins la taille des organes sexuels féminins – « exceptionnellement » développés, faisant « obstacle » au mariage – faisait procéder à une « circoncision ».

Hélas !, cette « bénédiction papale » a visiblement couru les siècles. Un ouvrage « de référence » en anatomie, figurant dans la bibliographie de l’article de Mauroy, nous en donne une idée terrifiante. En 1889, l’anatomiste Léo Testut publiait la première édition de son Traité d’anatomie humaine, republié huit fois jusqu’en 1948. Et – « ironie » de l’histoire ? –, dans son chapitre consacré à la vulve, il écrit exactement – un peu plus d’un siècle, donc, avant Mauroy –, que le « capuchon du clitoris ou prépuce », ce « repli préputial est relativement peu développé dans nos races européennes. Chez certains peuples de l’Asie et de l’Afrique, il atteint une longueur beaucoup plus considérable et l’on sait que quelques-uns d’entre eux, notamment les Abyssins pratiquent la circoncision chez la femme aussi bien que chez l’homme. »[15]

On l’aura compris, la phrase de Mauroy est un plagiat grossier. Une mauvaise copie d’un texte de 1889, dont le propos original est réduit « indélicatement » : le mot « race » – encore heureux – disparaît de la copie, mais chez Testut, il n’est pas écrit « ce qui fait procéder »…

Une phrase indéfendable

Notre intérêt ici ne réside pas dans le procès en tant que tel, mais dans ce qu’il ne dit pas. Nous ne cherchons pas à accuser Brigitte Mauroy, comme le fait Fischetti, et nous répétons qu’elle lui a opposé son engagement contre les mutilations sexuelles. Que cette phrase ait été écrite par elle ou non ne fait aucune différence. Le problème avec cette phrase, ce n’est pas l’« auteur », c’est simplement qu’elle existe, depuis des centaines d’années. C’est qu’elle trouve ses origines dans une « bénédiction papale » du XVIe siècle, et qu’elle est transmise depuis par un quasi travail de copiste, de traité d’anatomie en traité d’anatomie ; jusqu’en 2004… Aussi pour en finir, après avoir autopsié cette phrase, rappelons les arguments portés par Mauroy pour la défendre.

Tout d’abord, l’argumentation de la plaignante souligne le fait que la phrase traite de « circoncision » et non d’excision, donc de mutilation. Comme nous l’avons vu plus haut, cette assertion n’est aucunement fondée. D’abord parce que la pratique en question n’est pas précise, ni précisée ; ensuite parce que la classification qui fait autorité, celle de l’OMS, définit ce type de « circoncision » comme une mutilation. A ce propos, Fischetti raconte que, en appel, quand son avocat « l’interroge là-dessus, Brigitte Mauroy dit qu’il faudrait changer la classification de l’OMS ! » Et toujours selon le journaliste : « il est question, ici, de l’ablation du capuchon clitoridien, le morceau de peau qui recouvre le clitoris. Cette opération, l’urologue lilloise l’appelle « circoncision », car c’est l’équivalent de l’ablation du prépuce chez l’homme (ce qui est vrai). Elle la différencie de l’« excision » en tant qu’ablation du clitoris, et, comme la circoncision masculine est très répandue, Brigitte Mauroy banalise l’ablation du capuchon clitoridien. Dans ses colloques, elle dénonce donc l’ablation du clitoris, mais pas la circoncision du capuchon clitoridien. »[16] Encore faut-il que la « circoncision du capuchon clitoridien » soit effectuée pour « raisons médicales », par des « professionnels de la santé »…

On trouve sur Internet le compte-rendu d’un colloque dans lequel Mauroy est intervenue – organisé en 2006 à Lille par l’association Gynécologie Sans Frontières. En introduction, le gynécologue Richard Matis rappelle que « la circoncision [masculine] est le plus souvent réalisée dans des conditions chirurgicales correctes et les complications revêtent un caractère exceptionnel. Or les mutilations sexuelles féminines n’entrent pas dans ce cas de figure. La circoncision masculine peut être le sujet d’un débat, mais celui-ci se trouve dépourvu de rapport avec la question des mutilations sexuelles féminines. » Lorsqu’une « circoncision du capuchon clitoridien » est opérée à des fins « non médicales », sur des fillettes, il s’agit d’une mutilation sexuelle féminine : c’est le cas « chez les abyssins notamment » où l’on peut franchement douter des « conditions chirurgicales » réunies par les « praticiennes traditionnelles » qui, comme nous l’avons dit, y détiennent un « monopole ». Celui du rasoir qui ne fait aucune différence entre « capuchon », « gland » ou « corps » du clitoris[17]. Il tranche.

Deuxièmement l’urologue et son conseil ont affirmé, en première instance et en appel, que cette phrase est chargée d’une portée historique. Elle serait un rappel de ce qui se faisait/se disait jadis. Certes, les références bibliographiques de son article « Vulve » sont diachroniques, d’un traité d’anatomie datant de 1791[18] aux manuels les plus récents. Et, cela a été dit, la phrase est en réalité une copie d’un texte de 1889. Mais aucune référence n’indique qu’elle est tirée du Testut ou qu’elle se rapporte à telle ou telle époque. De plus, elle n’est pas entourée de guillemets de citation et, plus exactement, est conjuguée au présent, un présent de vérité générale. Il est donc impossible de cerner la moindre analyse diachronique ou de comprendre que Mauroy a « repris » Testut.

A ce propos l’argument entendu en première instance selon lequel l’article en question constitue un texte de vulgarisation scientifique qu’il conviendrait de lire avec plus d’indulgence laisse perplexe. Car vulgariser ne veut pas dire bâcler. Ni plagier. Vulgariser ne permet pas d’oublier la rigueur et la méthode critique. Bien au contraire puisque, par définition, un texte de vulgarisation sera moins soumis aux critiques de la communauté scientifique et plus directement exposé au reste de la société. Il s’agit donc pour son auteur de redoubler de vigilance. D’autant plus lorsque le scientifique aborde une « coutume » mutilatrice, pratiquée sur des fillettes, par des « praticiennes traditionnelles » et chez des peuples qu’il ne connaît pas.

En guise de conclusion

Dans son œuvre sur l’« orientalisme », E. Said écrit qu’« aucun savant […] ne peut résister aux pressions qu’exerce sur lui son pays ou la tradition érudite dans laquelle il travaille », et développe : « Les ennuis commencent quand la tradition corporatiste de l’orientalisme emporte le savant qui n’est pas vigilant, quand sa conscience professionnelle n’est pas sur ses gardes vis-à-vis d’« idées reçues » que lui transmet trop facilement sa profession »[19].

Il semble que l’idée d’un capuchon clitoridien « beaucoup plus long chez certaines asiatiques ou africaines, ce qui fait procéder à une circoncision » fasse partie des tristes « idées reçues » que la « tradition corporatiste » de l’anatomie traîne depuis des siècles. Ce « qui fait procéder à une circoncison », ce n’est aucunement une prétendue hypertrophie ; ce qui fait procéder aux mutilations, c’est uniquement la phallocratie, la misogynie, le sexisme, sur quoi les « Occidentaux » ont plaqué un langage soi-disant médical. En ce sens, il est ô combien nécessaire de critiquer cette idée reçue, de la bannir, de l’« exciser » définitivement. Ce que Brigitte Mauroy, la savante, ne fait pas. Ni dans son article, ni à la barre.

A nos yeux, les enjeux voilés par ce procès « de presse » ne sont d’aucune commune mesure avec la réputation d’une savante, entrée en politique et par là dans la ligne de mire d’un journal que nous ne soutenons guère. Que devient son statut de « scientifique » quand, de peur d’être disgraciée, elle refuse d’étayer ou de réfuter ses dires, mis en cause par un membre de sa corporation ? Tout ça n’est que politique. Cette histoire est certes « inutilement blessante », mais pas pour la plaignante… Elle l’est pour les victimes, exclusivement pour les victimes de mutilations sexuelles. •

* Nous reprenons cette expression à S. Arc (Les lesbiennes, Le Cavalier Bleu, 2006, p. 55) qui explique que dans « le Larousse de 1876, le lesbiannisme est ainsi associé à une hypertrophie clitoridienne, que l’on prétend guérir en pratiquant la résection de l’organe coupable (« clitoridectomie ») ».


[1] P. Brenot (dir.), Dictionnaire de la sexualité humaine, L’esprit du temps, 2004, p. 702.

[2] Zwang s’est fait connaître en 1967 avec son ouvrage Le sexe de la femme, réédité régulièrement depuis.

[3] Charlie Hebdo, 13/07/2010.

[4] Id.

[5] Difficile donc de parler de « normalité » en la matière, J. Lloyd et alii, «  Female genital appearance: ‘normality’ unfolds », BJOG: an International Journal of Obstetrics and Gynaecology, mai 2005.

[6] « Une petite masse cylindrique de tissu érectile et de nerfs, le clitoris est situé à la jonction antérieure des petites lèvres. Le prépuce du clitoris, une couche cutanée, se trouve au point de rencontre des petites lèvres et recouvre le corps du clitoris. La partie exposée du clitoris est le gland du clitoris. », in Tortora et Grabowski, Principes d’anatomie et de physiologie, De Boeck Université, 1994, p. 1008.

[7] F. Hosken, Les mutilations sexuelles féminines, Paris, Denoël/Gonthier, 1983, p. 82.

[8] Larousse Médical, Paris, Larousse, 2002. Le terme d’« excision » a été introduit par les Européens au XIXe siècle par souci de « médicaliser » ce qui était insaisissable à leurs yeux. Les médecins ont vite considéré que chez les femmes une « hypertrophie sexuelle » – ou toutes sortes de prétendues pathologies mentales – était causée par une hypertrophie des organes sexuels. C’est ainsi que l’« excision » a intégré les pratiques chirurgicales d’exérèse « occidentales ».

[9] Classification du Dr Robin Cook, 1995, modifiée en 2007. Ou voir ici.

[10] L’empire d’Éthiopie, aboli en 1975, a été nommé Abyssinie en Europe. « Pendant la majeure partie de son existence, il couvre ce qui est aujourd’hui l’Éthiopie et l’Érythrée ; toutefois, à son apogée, il inclut également le nord de la Somalie, Djibouti, le sud de l’Égypte, l’est du Soudan, le Yémen et l’ouest de l’Arabie saoudite. » (Wikipedia)

[11] Qu’on se souvienne du discours de Dakar, prononcé par Sarkozy en 2007, selon lequel « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

[12] La situation n’est pourtant pas homogène. En Éthiopie, par exemple, on compte 80 ethnies. Et « quelque 80% des femmes éthiopiennes âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme » de mutilation, mais « les taux de prévalence sont plus faibles chez les femmes des régions de Tigray (36%) et de Gambela (43%), alors qu’ils atteignent presque 100% dans les régions Somali et Affar. » (UNICEF)

[13] Ce qui, à nos yeux, s’apparente à une forme d’« orientalisme », au sens que lui donne E. Said : « la distribution d’une certaine conception géo-économique dans des textes d’esthétique, d’érudition, d’économie, de sociologie, d’histoire et de philologie ; c’est l’élaboration non seulement d’une distinction géographique (le monde est composé de deux moitiés inégales, l’Orient et l’Occident), mais aussi de toute une série d’« intérêts » que non seulement il crée, mais encore entretient par des moyens tels que les découvertes érudites, la reconstruction philologique, l’analyse psychologique, la description de paysages et la description sociologique ; il est (plutôt qu’il n’exprime) une certaine volonté ou intention de comprendre, parfois de maîtriser, de manipuler, d’incorporer même, ce qui est un monde manifestement différent (ou autre et nouveau) ; surtout, il est un discours qui n’est pas du tout en relation de correspondance directe avec le pouvoir politique brut, mais qui, plutôt, est produit et existe au cours d’un échange inégal avec différentes formes de pouvoirs, qui est formé jusqu’à un certain point par l’échange avec le pouvoir politique (comme dans l’establishment colonial ou impérial), avec le pouvoir intellectuel (comme dans les sciences régnantes telles que la linguistique, l’anatomie comparées, ou l’une quelconque des sciences politiques modernes), avec le pouvoir culturel (comme dans les orthodoxies et les canons qui régissent le goût, les valeurs, les textes), la puissance morale (comme dans les idées de ce que « nous » faisons et de ce qu’« ils » ne peuvent faire faire ou comprendre comme nous). », in L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Éditions de Seuil, 2005 (1978 pour l’édition originale), p. 25.

[14] F. Hosken, op. cit., p. 80-81.

[15] Nous avons consulté L. Testut, Traité d’anatomie humaine, t. 4 (« Appareil de la digestion – Appareil uro-génital – Embryologie »), Paris, Octave Doin éditeur, 1905, p. 778. Mauroy donne en référence de son article l’édition de 1948, la dernière pour laquelle a été associé le nom du « fils spirituel » de Testut, Antoine Latarjet. Testut était mort en 1925.

[16] Charlie, art. cit.

[17] Non seulement il s’agit de quelques millimètres, mais c’est « également l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain avec 8 000 terminaisons nerveuses au niveau du gland » (Wikipedia).

[18] Que Zwang fustige dans sa lettre : « pourquoi citer le déplorable Sabatier, qui traite « d’humeur épaisse et jaunâtre » ce qui, chez les femmes bien tenues, ne correspond qu’au sébum le plus normal et le moins répugnant ? Les salles d’eau ont fait des progrès depuis 1791… Quant à nos ancêtres paléolithiques, elles ne vivaient jamais loin d’une eau courante ou lacustre, qui leur permettait les ablutions les plus élémentaires. »

[19] E. Said, op. cit., p. 303 et p. 351.

Voir de plus:

Les mutilations sexuelles féminines: le point sur la situation en Afrique et en France

Armelle Andro, Marie Lesclingand
Population et Sociétés
octobre 2007

Dans le monde, 100 à 140 millions de filles et de  femmes  ont  subi  une  mutilation  sexuelle.  Ces  mutilations  entraînent de nombreux problèmes de santé, variables  selon le type et la gravité de la lésion (encadré 1). Le  phénomène est présent essentiellement en Afrique sub- saharienne et dans quelques régions du Proche-Orient  et de l’Asie du Sud-Est (Yémen, Indonésie et Malaisie).  Près de 5  % des victimes vivent dans des pays du Nord,  soit  plus  de  6,5  millions  de  filles  et  de  femmes.  Elles  résident principalement dans les pays européens d’im – migration africaine ainsi qu’en Amérique du Nord [1]. Une trentaine de pays d’Afrique concernés En  Afrique,  on  recense  28  pays  où  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  pratiquées.  Le  nombre  de  femmes excisées et la fréquence des différentes formes  d’excision y sont mieux connues depuis le début des  années 1990 grâce à des enquêtes nationales [2]. D’un  pays à l’autre, la proportion de femmes excisées varie  beaucoup,  s’échelon nant  de  1,4  %  au  Cameroun  à  96  %  en  Guinée  au  début  des  années  2000  (carte).  Trois  groupes de pays se distinguent  : les pays où la  grande  majorité  des  femmes  sont  excisées  (plus  de  85  %)  ; ceux où la proportion varie selon l’ethnie, la  catégorie  sociale et la génération, seules certaines fractions de la population étant touchées, et où, au total,  entre  25  et  85  %  des  femmes  sont  excisées  ;  enfin,  les  pays où seules quelques minorités ethniques sont concernées et où la proportion d’excisées est inférieure à 25  %. Les mutilations sexuelles ont généralement lieu sur  les jeunes filles avant l’âge de 15 ans [1, 2]. Les plus fréquemment pratiquées sont de type I et II (encadré 1), les  mutilations de type III étant plus rares et très localisées. La pratique des mutilations sexuelles féminines  est souvent présentée comme la conséquence d’injonctions religieuses, notamment de l’islam. Pourtant, l’excision  était  pratiquée  en  Afrique  bien  avant  l’arrivée  des religions monothéistes et aucun texte religieux ne  permet de la justifier (1). Il n’y a pas de relation entre la  diffusion de l’islam dans un pays et la proportion de  femmes qui y sont excisées et on rencontre tous les cas  de  figures  en  Afrique.  En  Éthiopie,  par  exemple,  les  trois quarts des femmes sont excisées alors qu’un tiers  seulement de la population est musulmane. Dans  l’autre sens, au Niger, seule une toute petite minorité de   femmes est excisée (2  %) alors que le pays est presque  entièrement musulman. En revanche, dans le pays voisin à l’Ouest, le Mali, également musulman, plus de 90  %  des  femmes  sont  excisées.  Quant  aux  pays  voisins  d’Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye, mais aussi la Tunisie et le Maroc, l’excision n’y existe pas alors que la quasi- totalité de la population est de confession musulmane. En réalité, le principal facteur du risque de mutilation est l’appartenance ethnique et non la religion, ces  pratiques s’inscrivant traditionnellement dans les rites  d’initiation associés à l’entrée dans l’âge adulte dans  certains groupes ethniques. Ainsi, au Sénégal, musulman à 95  %, et où un peu plus d’un quart seulement des  femmes sont excisées, le groupe ethnique majoritaire,  les Wolofs, ne pratique pas l’excision. Traditionnellement,  elle  n’existe  que  chez  les  minorités,  notamment  les  Peuls, les Toucouleurs, les Soninkés et les Malinkés.

Les mutilations en recul en Afrique

La  pratique  recule  dans  la  plupart  des  pays  depuis  quelques années, même si les changements sont lents  dans certains. Une façon de repérer les évolutions dans  un pays est de comparer la proportion de femmes excisées  parmi  celles  ayant  entre  30  et  49  ans  à  la  même  proportion dans la génération plus jeune, ayant entre  15 et 29 ans (figure 1). Dans la plupart des pays, les femmes les plus  jeunes  sont moins souvent victimes de mutilations que leurs  aînées et ce décrochage générationnel est particulièrement visible dans les pays où l’excision est très répandue,  comme  par  exemple  en  Guinée  ou  en  Érythrée.  En  outre, même dans les pays où l’excision était peu fréquente, la pratique touche encore moins les jeunes générations, à l’exception du Cameroun où il n’y a pas eu  de changements jusqu’ici (figure 1). Le recul dépend beaucoup du degré de mobilisation  des  États  :  si  dès  1952,  les  mutilations  sexuelles  féminines  apparaissent  dans  une  résolution  de  la  commission des droits de l’homme des Nations unies,  ce n’est qu’à partir des années 1990 que des recommandations internationales explicites sont diffusées et il  faut encore attendre 2003 pour que l’ensemble des pays  membres  de  l’Union  africaine  signent  un  protocole  condamnant officiellement les mutilations sexuelles et  les  interdisant.  Des  lois  existent  dans  la  plupart  des  pays mais sont encore rarement appliquées. Par ailleurs, la scolarisation croissante des femmes a  un effet favorable, l’instruction ayant un rôle protecteur  :  dans tous les pays, le risque de mutilation décroît avec  l’augmentation du niveau d’instruction (2) (figure 2).

Les mutilations sexuelles féminines  : le point sur la situation en Afrique et en France

En France, une réalité liée à l’immigration des dernières décennies Initiées dans les années 1960, les migra – tions africaines vers la France se sont  peu  à  peu  féminisées,  et  en  2004,  les  femmes sont majoritaires chez les nou – veaux entrants [4]. Mais la présence de  femmes  excisées  est  un  phénomène  connu depuis près de 30 ans. Dès le dé – but des années 1980, la pratique de l’ex – cision sur des fillettes nées en France a  suscité la réaction des pouvoirs publics  et des associations. La première réponse  apportée par l’État a pris la forme judi – ciaire (3), celle des associations étant  avant tout préventive et informative [5]. Le nombre de femmes concernées  en France reste pourtant mal connu (4).  Les mutilations sexuelles  touchent des  migrantes mais aussi des femmes nées  en  France  de  parents  originaires  de  pays où l’excision est encore pratiquée.  Elle s’est très vraisemblablement per – pétuée en France chez les filles de mi – grants jusqu’au début des années 1980.  Elle a sans doute régressé ensuite, ou a  même été abandonnée dans certaines  familles, les générations les plus récentes  ayant pu bénéficier des campagnes de  prévention  ciblées  sur  les  petites  filles.  Mais  on  ne  dispose pour l’instant  d’aucune donnée nationale sur  ces générations plus jeunes. Le seul chiffrage possible  concerne la population adulte, âgée de 18 ans ou plus.  Moyennant  quelques  hyp othèses,  on  peut  estimer  qu’il  y  a  en  France  en  2004  environ  50  000 femmes  adultes excisées (encadré 2). Pour les femmes et les jeunes filles qui ont subi une  mutilation et qui en supportent aujourd’hui les consé – quences, une politique de prise en charge sanitaire  reste à définir. Récemment, une étape marquante a été  franchie avec la mise au point d’un protocole de chirur – gie réparatrice remboursé par l’assurance maladie (5).  Cette avancée médicale ouvre la voie à la réversibilité  des lésions qu’entraîne l’excision et permet d’envisager  les conséquences des mutilations sexuelles féminines  comme un problème de santé publique. Figure 2 – Diminution du risque d’excision avec l’instruction des femmes 96 98 90 92 78 76 74 47 46 50 30 13 19 16 2,3 2,1 90 92 83 87 64 64 58 23 31 17 19 29 5 3 0,7 0,4 Guinée, 2005 Egypte, 2005 Er ythrée, 2002 Mali, 200 1 Burkina Faso, 2003 Ethiopie, 2005 Mauritanie, 200 1 RCA, 1994-95 T chad, 2004 Côte d’Ivoire, 2005 Sénégal, 2005 Nigeria**, 2003 Bénin, 2001 Ta nzanie, 2004 Niger , 1998 Cameroun, 2004 primaire ou moins secondaire et  supérieur Propor tion d’excisées (% ) parmi les femmes ayant  un niveau d’instruction:  Diminution du risque d’excisio n entre le groupe moins instruit et celui le plus instruit (rappor t de risques (odd-ratio))* Pays et date d’enquête Rappor t de risque s 1 2 3 4 6 5 INED 1 880 7 (A. Andro, M. Lesclingand,  Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) Lecture  :  en Côte d’Ivoire, en 2005, une femme ayant un niveau  d’instruction  primaire  ou  pas  d’instruction  a  environ  cinq  fois  plus de risques d’avoir été excisée qu’une femme ayant un ni – veau d’instruction secondaire ou supérieur. * Calcul  :  voir figure 1.  ** Voir note 2 dans le texte. Source  : Enquêtes démographiques et de santé et calculs des auteurs.. Propor tion :  supérieure à 85 % entre 25 et 85 % inférieure à 25 % Excision non pratiquée INED 1 890 7 République démocratique du congo Angola Namibie Botswana Zimbabwe Mozambique Zambie Malawi Comores Tanzanie Ouganda Kenya Somalie Madagascar Swaziland Lésotho Afrique du Sud Ethiopie Ér ythrée Dijbouti Nigeria Cameroun Guinée Equatoriale Rwanda Burundi Gabon Congo Centrafrique Soudan Egypte L ybie T chad Niger Algérie Maroc T unisie Sahara Occ. Mauritanie Mali Burkina Faso Ghana Ghana Bénin Côte- d’Ivoire Liberia Sierra Leone Guinée Guinée- Bissau Gambie Sénégal Cabinda  Carte – Proportion de femmes de 15 à 49 ans ayant subi des mutilations sexuelles selon le pays d’Afrique (situation au début des années 2000) (A. Andro, M. Lesclingand, Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) (3) La France est le premier pays européen à avoir intenté des procès  dès 1979  : les mutilations relèvent de l’article 222 du code pénal sur  les violences. Les peines encourues par les parents et les personnes  pratiquant  la  mutilation peuvent  aller  jusqu’à  20  ans  de  réclusion  criminelle. En outre, dans le cadre de la protection de l’enfance, les  professionnels sont soumis à un devoir de signalement (article 223-6  du Code pénal). (4) Les deux seules estimations du nombre de femmes excisées en  France  remontent  à  plus  de  quinze  ans,  à  une  époque  où  la  popu – lation  originaire  d’Afrique  sub-saharienne  était  moins  importante  qu’aujourd’hui. L’une, en 1982, estimait qu’«  environ 24  000  femmes  et  fillettes  étaient  excisées  ou  menacées  de  l’être  (pour  les  plus  jeunes)  »   ; la seconde, en 1989, évaluait à «  environ 27  000 la popula – tion féminine à risque  » [5]. (5) Actuellement, une dizaine d’hôpitaux et de cliniques proposent  l’opération, principalement en région Île-de-France. 4 résumé Dans le monde, 100 à 140 millions de femmes ont subi  une mutilation sexuelle. Habitant principalement en  Afrique sub-saharienne, 5 % vivent dans les pays euro – péens d’immigration africaine ainsi qu’en Amérique du  Nord. Dans les pays d’origine, la situation varie, certains  pays pratiquant massivement l’excision, comme la Guinée, où 96 % des femmes sont excisées, et d’autres, pres – que pas, comme le Niger,  où seulement 2 % des femmes  le sont. L’excision est par ailleurs en recul  dans ces pays.  La France compterait en 2004 autour de 50 000 femmes  adultes  excisées.  Une  enquête  est  en  préparation  pour  mieux connaître les conséquences de ces mutilations afin  d’améliorer la prise en charge sanitaire de ce problème.

RÉFÉRENCE S [1]   OMS  –  «  Female  genital  mutilation  –  new  knowledge  spurs optimism  »,  Progress in Sexual and Reproductive Health  Research , n°  72, 2006, 8 p. [2]    Y oder  P. Stanley, A bderrahim  Noureddine et  Zhuzhuni Arlinda – Female Genital Cutting in the Demographic and  Health Surveys  : A Critical and Comparative Analysis, ORC  Macro, Calverton, Maryland, ( DHS Comparative Reports n° 7 ),  2004, 65 p. [3]   UNICEF  –  Female  genital  mutilation/cutting  :  a  statistical  exploration , New York, UNICEF, 2005, 58 p. [4]  Borrel  Catherine – «  Enquêtes annuelles de recensement  2004  et  2005,  près  de  5  millions  d’immigrés  à  la  mi-2004  »,  Insee Première , n°  1098, août 2006, 4 p. [5]   Gillette -F aye  Isabelle –  La polygamie et l’excision dans  l’immigration africaine en France, analysées sous l’angle de la souf – france sociale des femmes , Villeneuve d’Ascq, Presses universi – taires du Septentrion, thèse de doctorat en sociologie, Paris 7,  2002, 352 p. Les mutilations sexuelles féminines  : le point sur la situation en Afrique et en France Tous les numéros de  Population & Sociétés  sont accessibles sur le site de l’Ined : http://www.ined.fr L’État continue de s’engager dans la lutte contre les  mutilations sexuelles à travers le renforcement de l’arsenal  juridique  [5]  et  par  la  prise  en  compte  de  cette  question dans le plan national «  Violences et Santé  » (6).  Dans le cadre de ce plan, une enquête nationale Exci – sion et handicap (ExH) est en préparation  : elle permet – tra u ne meilleure con naissance des conséquences  sanitaires, sociales et psychologiques des mutilations  sexuelles et débouchera sur des propositions pour la  prise en charge des femmes mutilées vivant aujourd’hui  en France. La prévention de l’excision chez les fillettes et les  jeunes filles vivant en France reste essentielle, et doit  continuer à être soutenue par les pouvoirs publics. Les  excisions sont désormais rarement pratiquées sur le sol  français, les filles étant excisées lors de séjours tempo – raires dans le pays d’origine de la famille, ou suite à des  reconduites.  La  prévention  passe  par  une  protection  accrue lors de ces déplacements. (6) Plan prévu par la loi du 9 août 2004, relative à la politique de santé  publique, visant à limiter l’impact des différentes formes de violence  sur la santé. Tous les numéros de  Population & Sociétés  sont accessibles sur le site de l’Ined :  http://www.ined.f r (1) La définition retenue pour la population de femmes originaires d’un pays à risque est très restrictive  : seules les femmes dont le père  et  la mère sont  originaires d’un pays à risque sont comptabilisées. Encadré 2 Nous avons estimé dans un premier temps l’effectif de femmes âgées de 18 ans et plus vivant en France et immigrées ou filles d’immigrés  d’un pays à risque, où les mutilations sexuelles sont encore pratiquées (1). Nous avons utilisé pour cela l’«  Étude de l’Histoire Familiale  »,  enquête complémentaire au recensement de 1999, réalisée auprès de 380  000 hommes et femmes, en actualisant à la hausse l’effectif de  1999 avec les données publiées jusqu’à ce jour par l’Insee [4].  Le nombre de femmes excisées parmi elles a été estimé en fai – sant  l’hypothèse  que  dans  chaque  sous-groupe  de  femmes  origi – naires d’un même pays à risque, la proportion d’excisées était la  même que dans le pays concerné (carte). On a cependant distin – gué les femmes nées au pays (8 sur 10) de celles nées en Europe  (2 sur 10). Et, au sein des premières, celles arrivées en France  après 15 ans de celles arrivées avant, pour tenir compte du fait que  les  mutilations  sexuelles  féminines  sont  essentiellement  pratiquées  avant l’âge de 15 ans. Sous l’hypothèse haute, le risque de mutilation est le même quel  que soit le lieu de naissance  : on applique les taux de prévalence à  toutes les femmes originaires d’un pays à risque. Sous l’hypothèse  moyenne, on suppose que le risque de mutilation est nul pour les  femmes nées en Europe  : on applique les taux de prévalence uni – quement aux femmes originaires et nées dans un pays à risque.  Enfin, sous l’hypothèse basse, on considère que seules les femmes  arrivées en France après l’âge de 15 ans ont été soumises au ris – que. Si l’on retient l’estimation moyenne, environ 53  000 femmes  adultes vivant en France en 2004 auraient subies des mutilations  sexuelles féminines (schéma). Combien de femmes adultes excisées en France ? (A. Andro, M. Lesclingand,  Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) Schéma – Estimation du nombre en 2004 de femmes adultes,  vivant en France, victimes de mutilations sexuelles fémnines Femmes originaires d’un pays à risque : Femmes non excisées Femmes excisées nées en Europe avant l’âge de 15 ans Arrivées en France : après l’âge de 15 ans nées dans un pays à risque * * * Hypothèse basse : 42 000 * Hypothèse moyenne : 53 000 Hypothèse haute : 61 000 INED 19 00 7

Pour lutter contre l’excision en France, il importe de mieux connaître la population de femmes concernées et les pratiques dans les pays d’origine, africains principalement. Armelle Andro et Marie Lesclingand nous expliquent que la situation varie d’un pays d’Afrique à l’autre, ceci indépendamment de la reli – gion. Concernant la France, elles tentent une évaluation du nombre de femmes ayant déjà subi cette mutilation sexuelle et annoncent une enquête pour mieux connaître les conséquences de cette pratique, afin d’améliorer la prise en charge de ces femmes. Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Armelle Andro* et Marie Lesclingand** * Université Paris 1 et Institut national d’études démographiques. ** Université de Nice et Institut national d’études démographiques. Éditorial – Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Une trentaine de pays d’Afrique concernés – p. 1 • Les mutilations en recul en Afrique – p. 2 • En France, une réalité liée à l’immigration des dernières décen – nies – p. 3 – Encadrés 1 : Les différents types de mutilations sexuelles féminines et leurs conséquences sur la santé des femmes – p. 2 • Encadrés 2 : Combien de femmes adultes excisées en France – p. 4 Octobre 2007 (1) Les églises protestantes sont actives depuis plusieurs décennies dans la lutte contre les mutilations sexuelles alors que l’église catho – lique s’est rangée dans les années 1990 derrière les engagements pris par la communauté internationale. Récemment, lors d’une réunion internationale à l’Université d’al-Azhar du Caire en 2006, de hauts représentants religieux sunnites ont émis une fatwa déclarant que les mutilations sexuelles féminines étaient infondées en droit musulman et appelant à lutter contre ces pratiques. 2 INED

Population & Sociétés n° 438, octobre 2007 Figure 1 – Proportion de femmes excisées parmi les 30-49 et les 15-29 ans dans quelques pays d’Afrique Guinée, 2005 Egypte, 2005 Er ythrée, 2002 Mali, 200 1 Soudan, 1990 Burkina Faso, 2003 Ethiopie, 2005 Mauritanie, 200 1 RCA, 1994-95 Tc had, 2004 Côte d’Ivoire, 2005 Sénégal, 2005 Nigeria, 2003 Bénin, 2001 Ta nzanie, 2004 Niger , 1998 Cameroun, 2004 30-49 ans 15-29 ans Diminution du risque d’excision entre les femmes de 30-49 ans et celles de 15-29 ans (rappo rt de risques (odd-ratio)) * Pays et date d’enquête Propor tion d’excisées (% ) parmi les : 98 96 94 92 90 82 80 73 48 45 44 30 23 21 18 2,6 1,5 93 96 85 92 89 73 70 70 40 45 40 27 17 14 13 2,0 1,4 Rappo rt de risque s 1 2 3 4 6 5 INED 18 70 7 P ays où la plupart des femmes sont excisées (groupe I) Pays où entre 25 et 85 % des femme s sont excisées (groupe II) Pa ys où moins de 25 % des femme s sont excisées (groupe III) (A. Andro, M. Lesclingand, Population & Sociétés , n° 438, Ined, octobre 2007) * Calcul du rapport de risques (odd-ratio) : dans un premier temps, le rapport entre l’effectif des femmes excisées et l’effec – tif des femmes non-excisées a été calculé pour chaque groupe d’âge. Le rapport pour les femmes de 30 à 49 ans a ensuite lui- même été rapporté à celui pour les femmes de 15 à 29 ans, le résultat étant un rapport de rapports. Celui-ci indique le sens des évolutions. S’il est égal à 1, le risque d’excision est iden – tique pour les femmes de 15 à 29 ans et pour les femmes de 30 à 4 9 ans. S’il est supérieur à 1, le risque a diminué pour la génération plus jeune, le facteur de diminution étant indiqué par la figure. Source : Enquêtes démographiques et de santé et calculs des auteurs. (2) Au Nigeria, les femmes instruites sont plus fréquemment excisées que celles qui ne le sont pas. Ce résultat étonnant vient de ce que seuls les Yoruba et les Igbo pratiquent l’excision dans ce pays. Or ces deux groupes ethniques sont localisés dans le sud du pays, région beaucoup plus urbanisée que le Nord, et où l’instruction est plus développée. Les différents types de mutilations sexuelles féminines et leurs conséquences sur la santé des femmes L’Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue quatre types de mutilations sexuelles féminines : – type I : excision du capuchon, avec ou sans excision partielle ou totale du clitoris, – type II : excision du clitoris, avec excision partielle ou totale des petites lèvres, – type III : excision partielle ou totale des organes génitaux ex­ ternes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation), – type IV : autre (piqûre, perforation ou incision). Les conséquences pour la santé des femmes sont liées au type de mutilation pratiquée. L’OMS les classe en trois catégories : – les conséquences médicales à court terme, telles que la dou leur, les hémorragies, le risque de rétention urinaire, les infec tions et l’état de choc consécutif à l’événement, – les conséquences médicales à long terme, comme les infec tions pelviennes, la stérilité, les difficultés menstruelles et les problèmes pendant la grossesse et l’accouchement (déchirures périnéales plus fréquentes et souffrances fœtales), les fistules vésico ­vaginales ou recto ­vaginales entraînant des problèmes d’incontinence, – les conséquences psychologiques, mentales et sociales comme l’altération de la sensibilité sexuelle ou les complications psychia triques (angoisses, dépression). Source : OMS, 2006 Encadré 1 3 INED Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France Population & Sociétés n° 438, octobre 2007

Voir de plus:

L’Excision des filles au regard de l’Islam

Dr. Mohamed Salim Al-Awwa, Secretaire Géneral des Ulemas Musulmans

L’EXCISION DES FILLES AU REGARD DE L’ISLAM

ECRIT PAR DR. / MOHAMED SALIM AL-AWWA
SECRETAIRE GENERAL DE L’UNION MONDIALE DES ULEMAS MUSULMANS

pour « The National Council for Childhood and Motherhood » (Egypt), preparé pour la Conférence de Djibouti

Question (1) : Est-ce que l’excision des filles est un précepte de l’Islam et ceci conformément à des hadiths rapportés par le Prophète ?
Réponse (1) :
La Charia tire ses principes dans ses sources originales et authentiques, à savoir : le Saint Coran, la Sunna authentique du Prophète, le Consensus (Al-Ijma’) répondant aux conditions bien précises de la science de la méthodologie juridique, l’Analogie(Al-Qiyas) répondant également aux conditions d’authenticité.
Aussi, si nous souhaitons connaître l’avis de la Chari’a sur la question concernant l’excision des filles, nous devons d’abord commencer notre recherche dans le Saint Coran, puis dans la Sunna, puis le Consensus puis étudier dans quelle mesure il est possible d’appliquer l’Analogie.
– Le Coran ne contient aucun texte faisant allusion, ni de près ni de loin, à l’excision des filles. De même, il n’y a aucun consensus sur un arrêt légal (hukm char’i) concernant cette question, tout comme aucune analogie ne peut s’y appliquer,
– En effet, c’est dans la Sunna que cette question puise sa légitimité basée sur une interprétation de certains hadiths attribués au Prophète (PBSL). Toutefois, il n’existe aucun texte authentique justifiant un arrêt légal sur une question aussi importante concernant la vie humaine,
– Et selon la science, ce type de hadiths ne peut être pris en considération, seul les hadiths authentiques pouvant faire force de loi.
Les hadiths concernant l’excision :
Premier hadith, le plus répandu :
On rapporte que le Prophète (PBSL) a dit à « Umm ‘Atiya », une femme qui pratiquait l’excision des filles à Médine :
« Ô Umm ‘Atiya, coupe légèrement et n’exagère pas (ashimmi wa-la tanhaki) car c’est plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ».
–         Ce hadith a été rapporté par Al-Hakim, Bayhaqi et Abu Daoud avec des versions similaires et avec une chaîne faible, comme l’a indiqué Al-Hafidh Zen Al-Din Al-‘Iraqi dans son analyse de « La revivification des Sciences de la Religion » écrit par Al-Ghazali (148/1),
–         Abu Daoud a fait le commentaire suivant sur le même hadith dans son recueil avec une version différente de la précédente : ce hadith a été rapporté par Abdallah Bin ‘Amru de Abdoul-Malik avec le même contenu et la même chaîne de transmission, mais ce hadith n’est pas authentique, il est de type « mursal » (la chaîne de garants n’est pas fiable), et son rapporteur Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas connu, par conséquent ce hadith est faible,
–         L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-‘Adhim Al-Abadi a, dans son commentaire du texte de Abu Daoud, écrit ceci : « le hadith est donc faible en raison de son irrégularité et parce que son rapporteur, Mohamed Bin Hassaan Al-Koufi n’est pas fiable. Ibn ‘Adi et Al-Bayhaqi ont confirmé comme Abu Daoud l’identité obscure du rapporteur, mais Al-Hafidh Abel-Ghani Bin Saïd a, quant à lui affirmé ceci : « le rapporteur s’appelle en fait Mohamed Bin Said tué pour apostasie. Aussi, Mohamed Bin Hassaan ou plutôt Mohamed Bin Said Al-Masloub est un menteur et les savants disent qu’il a inventé quatre mille hadiths qu’il a attribués au Prophète (PBSL). L’Imam Ahmed rapporte qu’il a été assassiné et crucifié par Al-Mansour pour athéisme (zandaqa).
–         Les contemporains ont rassemblé les chaînes de transmission de ce hadith mais toutes sont faibles et ne font pas force de loi. D’ailleurs, le savant Mohamed Lutfi Al-Sabbagh (Professeur des Etudes Islamiques à l’Université de Riyad en Arabie Saoudite) a, dans sa thèse sur l’excision affirmé ceci : « Prends plutôt l’avis de ces deux grands que sont Abu Daoud et AL-Bayhaqi qui l’ont jugé de faible et ne considère pas ceux qui l’ont authentifié par la suite ».
L’Imam Shamsel-Din Al-Haqq Al-Adhim Al-Abadi avait affirmé ceci : « en fait, la question de l’excision des filles a été rapportée dans plusieurs textes mais tous ces sources sont faible et peu fiables, qui ne peuvent faire en aucun cas force de loi ».
Aussi, le hadith de « umm ‘atiya » n’est en aucun cas valable.
Deuxième hadith :
Il est rapporté d’après le Prophète (PBSL) :
« La circoncision est une sunna pour l’homme et un honneur pour la femme »
–         Al-Hafidh Al-‘Iraqi a, dans son analyse de « La revivification des sciences de la Religion » affirmé que ce hadith est également faible. Les Imams Al-Bayhaqi, Ibn Abi Hatim et Ibn Abdal-Ber l’ont précédé dans ce même avis. D’ailleurs, l’ensemble des chaînes finissent par Al-Hajjaj Bin Artat qui n’est pas digne de confiance,
–         Al-Hafidh Ibn Hajr a aussi confirmé la faiblesse de ce hadith dans son livre « résumé de l’œuvre de l’actualisation des hadiths de Rafi’i) et repris les propos de Al-Bayhaqi disant « c’est un hadith faible et de transmission discontinue », ainsi que les commentaires de Ibn Abdal-Ber dans « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muwatta’ », a fait savoir que sa chaîne de transmission comprend un rapporteur indigne de confiance,
–         Al-Hafidh Abi Omar Bin Abdel-Ber avait écrit dans son livre « introduction à la sémantique et aux chaînes de garants dans le Muatta’ » : que ceux qui se basent sur le hadith de ce Ibn Malih pour rendre l’excision sunna ont tort, puisque le texte est rapporté par Hajjaj ibn Arta’a qui n’est pas digne de confiance, contrairement au consensus des musulmans sur la circoncision des garçons.
Aussi, ce texte ne peut faire force de loi car c’est un texte faible attribué à un rapporteur peu crédible en matière de transmission de hadiths, par conséquent on ne peut s’y référer pour justifier un arrêt légal concernant une sunna, un miracle, ou même un acte recommandable lequel est également un arrêt légal qui doit être basé sur une preuve authentique.
Ceci ne veut surtout pas dire que ce cas est isolé, au contraire, il existe d’autres hadiths comme celui d’umm ‘atiya , sauf que ceux qui se sont basés sur ces preuves ont avancé des interprétations se contredisants et rendant ces hadiths encore plus faibles.
Supposant que ce hadith soit acceptable – même s’il ne l’est pas – il ne peut y avoir de comparaison possible entre la circoncision des garçons et l’excision des filles car cette dernière n’est pas sunna, mais peut être makrumah « honorifique ». Et même si c’était le cas (makrumah), cette pratique était courante bien avant l’Islam, et l’Islam l’aurait adoucit par ces termes « coupe mais n’exagère pas » comme cela a été rapporté dans le hadith faible.
Certaines femmes de mérite ont relevé une contradiction dans le hadith même, disant que le début du texte contredit la fin : en effet, le début du hadith encourage l’excision et la fin reconnaît que le fait de garder une partie du clitoris est « plus agréable (asra) pour la femme et meilleur (ahda) pour le mari ». Or si tel est le cas, pourquoi ne pas le garder entièrement, parfaire la beauté de la femme et satisfaire le mari. Par ailleurs, le hadith ne peut supporter une autre interprétation autre que celle-ci, à supposer qu’il soit authentique.
Si le Prophète avait voulu mettre au même niveau la circoncision des garçons et l’excision des filles,
il aurait tout simplement dit « La circoncision est une sunna pour l’homme et pour la femme » ou « La circoncision est une sunna » de façon à en faire un arrêt légal général.
Tout ce raisonnement confirme les dires de l’Imam Ibn Al-Moundhir, un des grands savants du 4ème Siècle de l’Hégire « il n’existe aucun texte instituant l’excision ni aucune sunna à suivre ».
D’ailleurs, le savant et professeur Mohamed Rachid Rida a repris ces dires pour répondre à une question qui lui a été posé par le journal « Al-Manar ».
L’Imam Al-Chawkani dit à ce propos: “le hadith en soit ne peut être retenu comme preuve puisqu’il ne traite même pas le thème en question. Quant au terme « sunna », il a un sens plus large aux « yeux des législateurs (Allah et Son Messager) », par rapport aux juristes. De plus, il n’existe aucune obligation claire en ce qui concerne la circoncision des garçons même s’il est convenu que c’est une sunna. C’est le cas pour le reste des autres normes de la « fitra » (Réf : Neyl Al-Awtar), 1/135).
Le savant, Cheikh Sayid Sabeq a, dans son livre intitulé « la jurisprudence » confirmé que « les hadiths sur l’excision des filles étaient tous faibles ».
Troisième hadith :
Ce Hadith a été rapporté par Abdallah Bin Omar que lors d’un discours le Prophète a ordonné aux femmes des Ansars de faire la circoncision, mais c’est un hadith faible. Al-Chawkani dit à son propos : « dans la chaîne de transmission avancée par Abi Nou’am, un rapporteur de hadiths, on retrouve Moundil Ibn Aliqui qu’ est peu fiable, quant à la chaîne des garants avancée par Ibn ‘Adiy, on retrouve Khaled Bin ‘Amrou Al-Qarachi qui est moins crédible.
Quatrième hadith :
Dans la Sunna authentique, on retrouve un hadith rapporté par ‘Aïcha et remontant jusqu’au Prophète (PBSL) : « si les deux parties circoncises «(al-khitan) se rencontrent, les grandes ablutions s’imposent », on retrouve ce hadith dans le « Muwatta’ » de Malik, dans le « Sahih Muslim », Thirmidi et Ibn Maja le citent également ainsi que les auteurs des autres recueils de hadiths.
–         Les termes pris comme preuve ici sont « les deux parties circoncises ». En effet, certains peuvent avancer ces arguments pour légitimer l’excision puisque le Prophète a bien spécifié qu’il existe des parties circoncises chez l’homme comme chez la femme,
–         Or il n’existe aucune preuve dans ces mots légitimant l’excision des filles, car en langue arabe, il est possible de généraliser un terme pour désigner des choses similaires, en utilisant le terme le plus connu, le plus fort, le plus simple ou le plus puissant et l’on retrouve dans les dires des savants par exemple :
–         les deux Omars( pour désigner Abu Bakr et Omar), les deux lunes
( le soleil et la lune), les deux feux( également le soleil et la lune, or la lune n’émet aucune lumière mais reflète simplement celle du soleil), les deux ‘ichas soirs ( la prière du maghreb et celle de ‘icha), les deux dhouhrs ou midis (prières de midi et après midi),les deux noirs (les dattes et l’eau) alors que l’eau n’a aucune couleur. Les arabes avaient l’habitude de faire prévaloir le plus fort ou le plus capable dans la dénomination de façon générale, ils ont par ailleurs appelé le père et la mère « parents » sur le même principe, dérivant le mot à partir de « père ».
–         Nous retrouvons le même cas de figure dans Coran : sourate Al-Fatir, verset 12 : « Les deux mers ne sont pas identiques, celle-ci est potable, douce et agréable à boire, et celle-ci est salée, amère. » , la 1ère est la rivière et la 2ème la véritable mer, dans ce cas la mer prévaut sur la rivière car elle est plus imposante.
–          Parfois, c’est le féminin qui prévaut, par exemple « les marwatan » pour désigner « safa et marwa » à la Mecque, ou les deux ors « l’or et la soie », la couleur de l’or étant plus éclatante. Ces méthodes sont donc très courantes dans la langue arabe.
Par conséquent, le terme « khitan » ne peut être avancé comme preuve pour légitimer l’excision des filles puisqu’il n’a été utilisé que dans cette figure de style où le plus fort, c’est-à-dire l’homme ici, prime sur le plus faible qu’est la femme. De plus, le hadith en question évoque les grandes ablutions et ne parle pas du tout de la circoncision. Quant aux ulémas, ils interprètent ce hadith, toujours dans le sens des grandes ablutions et ne rendent celles-ci obligatoires qu’en cas de pénétration et ne s’arrêtent pas au touché. Or si le hadith n’a même pas été considéré dans son sens littéral pour le cas qu’il est sensé traiter, à savoir les grandes ablutions, comment peut-on aller loin dans son interprétation et lui attribuer d’autre notion.
Cinquième hadith :
On le retrouve dans les deux grands recueils et il est également rapporté par Abou Daoud, Al-Thirmidi, Al-Nissa’i, Ahmed et Malik dans son « Muwatta’ » : Abou Hourayra a rapporté du Prophète ceci : « la fitra consiste en cinq (normes que Dieu inculque à sa création) ou cinq appartiennent à la fitrah : le rasage du pubis, la circoncision, la coupe des moustaches, l’épilation des aisselles et la taille des ongles »
D’après Aïcha et d’autres compagnons, les normes de la « fitra » vont jusqu’à dix dont le fait de raser les moustaches et laisser pousser la barbe.
Ce hadith ne peut être considéré comme une preuve de l’institution de l’excision des filles puisque le fait de couper les moustaches et laisser pousser la barbe concerne uniquement les hommes. D’ailleurs, le hadith concernant la fitra a été rapporté par Malik, d’après Yahya, d’après Saïd : le Prophète Ibrahim (PBSL) fut le premier circoncis et tous les savants ont été unanimes à ce propos. Ibn Abdel-Bar a, dans son « introduction » rappelé que cette pratique a été observée par l’ensemble des Prophète et qu’en aucun cas il n’était permis à l’homme de l’outrepasser. Quant à l’excision des filles, il l’a rejetée.
Par conséquent, on ne peut se baser sur certains de ces hadiths pour prétendre que l’excision des filles fait partie de la fitra, car seul la circoncision a été évoqué dans ces derniers et le terme « khitan » en arabe ne fait référence qu’à la circoncision des garçons et les ulémas sont unanimes là dessus. En ce qui concerne l’excision des filles, le terme de « khitan » n’y est utilisé que dans le cadre de figure de style et non parce qu’il comprend le même sens, le terme « khifadh » serait plus approprié car il comprend le sens de diminution, de réduction.
Le fait que le Prophète(PBSL) n’ a pas excisé ses quatre filles est une preuve suffisante que l’excision n’est pas un précepte de l’Islam, car si c’en était un le Prophète (PBSL) aurait été le 1er à l’appliquer sur ses filles.
Ainsi, on ne trouve aucune trace dans la sunna authentique justifiant cette pratique, et tous les arguments avancés se basent sur des hadiths faibles ne pouvant justifier un arrêt légal. Par conséquent, cette pratique n’est qu’une tradition parmi tant d’autres que l’Islam a laissé au temps et à la science de réglementer et interdire.
Deuxième question
les écoles juridiques avancent des avis différents sur cette question, par exemple d’après l’Imam Chafi’i : « la circoncision est obligatoire pour l’homme et la femme », d’après l’Imam Ahmed Bin Hanbal : « la circoncision est obligatoire pour l’homme mais elle est honorable makrumah pour la femme », d’après l’Imam Abi Hanifa et l’Imam Malik « la circoncision est une sunna pour l’homme et makrumah pour la femme ». Aucun n’a interdit l’excision des filles. Aussi, ne peut-on pas conclure que sa pratique est permise puisque aucun ne l’interdit ?
Deuxième réponse :
Les Ulémas en jurisprudence conviennent que la science de la jurisprudence pratique est une science qui se base sur des preuves claires tirées des textes du Saint Coran, de la Sunna authentique, du consensus avec ses conditions définies par la jurisprudence et de l’analogie répondant également aux conditions bien définies.
Quant au jurisconsulte, il doit avoir, en plus d’une connaissance pratique de la jurisprudence et de la Chari’a, une connaissance du contexte dans lequel il évolue, enseigner, donner des avis et juger les gens conformément à ce contexte.
Les jurisconsultes sont des êtres humains qui se sont spécialisés dans les sciences de la Chari’a pour en tirer des lois concernant les affaire des musulmans. Mais les avis des jurisconsultes ne peuvent être considérés comme « la Chari’a même », ni constituer une preuve en matière de « religion ». C’est plutôt, une démarche qui consiste à comprendre les textes religieux pour les rendre pratique dans la réalité. Elle n’est donc pas infaillible. Cette démarche peut être sujet à l’erreur. Le jurisconsulte est rétribué dans les deux cas, s’il voit juste, il aura une double récompense et s’il commet une erreur, il obtient une récompense(pour l’effort).
D’ailleurs, l’Imam AL-Chafi’i reconnaît lui-même : « mon avis est juste et peut être sujet à l’erreur et l’avis des autres est faux mais peut devenir juste ».
Par ailleurs, tout ce qui se trouve dans les livres de la jurisprudence ne relève pas de la « religion », tels que les questions concernant la médecine, la nourriture, l’habillement, etc..
– Nous retrouvons un bel exemple illustrant cela : il s’agit du cas de la fécondation des palmiers. Le Prophète (PBSL) a, dans un premier temps interdit aux musulmans de pratiquer cette méthode, les musulmans se sont conformés aux instructions du Prophète mais la récolte n’ a pas été fructueuse et le Prophète (PBSL) a reconnu : « vous connaissez mieux (que moi) vos affaires temporelles ».
Ainsi, il a marqué une nette différence entre ses instructions concernant les questions ayant trait à la religion et le dogme et les questions relatives à la vie d’ici-bas.
Aussi, partant de ce principe, le jurisconsulte doit laisser les gens pratiquer ce qui leur convient du moment que cela ne contrevient pas à un texte authentique.
Quant aux questions concernant la médecine dans les recueils de hadiths et les livres de jurisprudence, elles ont trait au monde profane. Par conséquent, le jurisconsulte n’est sollicité qu’une fois que la science et la médecine aient statué sur une question précise, car c’est au savant et au médecin de définir la réalité et l’avis du jurisconsulte se base sur celui du médecin et non le contraire.
Si nous appliquons les règles précitées, seule une personne répondant au profil du jurisconsulte devra se penche sur une question aussi sensible et délicate touchant de très près la vie de nos filles et leur avenir, afin de mieux les guider et les orienter, et non au profil du prêcheur, exégète ou spécialiste du hadith.
De plus, celui-ci devra avoir une excellente connaissance des différentes sciences islamiques – notamment la jurisprudence et sa méthodologie – en plus d’une connaissance approfondie de la tradition en question, tant sur ses origines historiques, que ses raisons sociales et culturelles, mais également la réalité scientifique sur la fonction des parties enlevées et la perte du plaisir légitime reconnu par la religion. Le jurisconsulte pourra émettre un avis après avoir réuni tous ces éléments et non en se basant sur des considérations populaires.
Or l’avis médical sur cette question est bien clair : l’ablation d’une partie ou de la totalité des organes génitaux externes de la femme constitue une atteinte à l’intégrité physique de celle-ci et la priver du plaisir sexuel. Par conséquent, ceci est une pratique sociale visant à assujettir la femme et limiter ses droits.
Troisième question : Le fait de prouver que les hadiths concernant l’excision des filles sont faibles, n’est pas assez pour interdire cette pratique, étant donné que certains prétendent qu’il est tout à fait possible de suivre des hadiths faibles du moment qu’ils appellent à l’éthique et aux bonnes mœurs ?
Troisième réponse :
Ceux qui utilisent ces arguments font allusion aux pratiques louables et non pas aux pratiques humiliantes et laissant des séquelles physiques et psychologiques sur les êtres humains comme ceci est le cas pour l’excision.
De plus, le fait d’interdire l’excision des filles conformément aux principes de l’Islam ne se base pas uniquement sur la réfutation des hadiths relatifs mais c’est une logique basée sur plusieurs points :
Premièrement : la compréhension scientifique et sociale du phénomène et non les propos populaires, à savoir :
1-     définition scientifique de cette pratique,
2-     les fonctions naturelles des parties en question chez la femme,
3-     les conséquences médicales et psychologiques que cette pratique engendrent chez la fillette et la femme plus tard,
4-     les raisons sociales, c’est à dire quelles sont les raisons qui poussent la famille égyptienne à pratiquer l’excision de leurs filles.
Deuxièmement : l’avis du jurisconsulte basé sur une compréhension de ladite pratique tant sur le plan scientifique que social. A partir de cette démarche, il promulgue un arrêt légal tiré des sources authentiques, à savoir le Coran ; la sunna, l’analogie, etc..
Premièrement :
1- la compréhension scientifique de l’excision des filles :
* la définition scientifique : il s’agit de procéder à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme :
La définition scientifique est différente de la définition courante dans le milieu des praticiens qui prétendent enlever une partie « excédante » de ces organes, et le terme « partie excédante » suppose que celle-ci n’a aucune fonction et que sa présence peut entraîner des problèmes de santé , alors que la définition scientifique précise qu’il s’agit d’organes, et le terme organe signifie tout ensemble de cellules nourries par les veines sanguines et traversées par des nerfs, remplissant des rôles vitaux pour l’organisme humain.
* les fonctions naturelles de ces organes selon les médecins :
– protège les autres organes du vagin,
– émet des sécrétions facilitant le rapport sexuel et augmentant le plaisir charnel de l’homme et de la femme,
– réalise la jouissance sexuelle chez la femme – légitime sur le plan religieux et humain – de façon naturelle,
– oriente le liquide urinaire vers l’extérieur sans contact avec le corps et assure par la même occasion l’hygiène de cette partie du corps.
2- LES CONSEQUENCES MEDICALES, PSYCHOLOGIQUES ET SOCIALES CAUSEES PAR L’ABLATION DE CES PARTIES :
En se basant sur tout ce qui précède , nous pouvons mesurer les conséquences médicales et psychologiques de l’excision des filles, à court et à long terme comme l’ont fait par ailleurs les livres de médecine, à savoir :
Sur le plan de la santé :
• la femme est privée d’une partie ou de la totalité des fonctions naturelles assurées par ces organes, et cela en fonction du type d’excision pratiquée,
• la petite fille puis la femme plus tard subie des complications sanitaires dont elle souffrira tout au long de sa vie.
Sur le plan psychologique et social :
• l’excision est en soi une expérience douloureuse pour la petite fille pouvant lui causer des problèmes psychologiques, telles que ; la peur, l’angoisse, la perte de confiance en soi et dans les parents,
• la fillette garde une image dénigrante de sa personne, considérée comme un être irresponsable et incapable de respecter son corps, de le préserver et de maîtriser son comportement grâce à ses principes religieux, sa raison et sa conscience. Et, qu’il faut par conséquent, procéder à l’ablation de ses organes génitaux pour l’obliger à observer une bonne conduite. De cette façon, nous inculquons de mauvais enseignements à nos filles aussi bien sur le plan individuel que collectif, d’autant plus que ces derniers sont complètement faux.
3- Pourquoi les familles égyptiennes excisent leurs filles, et quelles sont les croyances et les traditions qui favorisent sa perpétuation ?
Les chercheurs ont conclu que l’excision des filles était une coutume sociale soutenue par un ensemble de traditions ancestrales – n’ayant aucune preuve scientifique – dont les plus importantes sont les suivantes :
• l’excision contribue à la réduction de l’instinct sexuel chez la jeune fille et la femme mariée, par conséquent, elle aide à préserver la chasteté et l’honneur,
• la femme non excisée est très exigeante sur le plan sexuel, alors que la femme excisée est plus calme et moins exigeante, pouvant préserver l’honneur de son mari en cas de maladie ou d’absence. Tout cela pour garantir le bonheur et la satisfaction du mari et le rassurer sur le bon comportement de sa femme,
• les croyances légendaires concernant l’importance et le rôle de ces organes génitaux : à savoir que l’excision aiderait la jeune fille à mûrir et la préparerait au mariage la rendant plus féconde,
• l’excision est une opération esthétique et hygiénique la débarrassant de parties impures et laides.
Deuxièmement :
– la lumière de ce qui a précédé, nous pouvons exposer les principes de l’Islam pour réfuter cette coutume ancestrale :
• il n’existe aucune preuve, dans le droit musulman, instituant l’excision des filles en tant qu’obligation, sunna ou même makrumah comme nous l’avons démontré plus haut,
• la valeur de corps en Islam et les autres religions célestes, ainsi que le droit de chaque individu (homme ou femme) de jouir d’une âme et d’un corps saints, conformément au hadith du Prophète (PBSL) « ni nuisance ni préjudice ».
Ce hadith interdit à tout musulman et musulmane de porter préjudice sur soi-même ou sur les autres. Toutes les sciences nouvelles et l’expérience humaine ont démontré que l’ablation des organes génitaux de la femme la privant d’une partie vitale de son corps et des fonctions nécessaires à l’organisme que ces derniers assuraient, lui causaient des conséquences médicales et psychologiques tout au long de sa vie.
Par conséquent, il est impossible de tolérer ce préjudice conformément à la Chari’a car Dieu dit dans la sourate Al-Nissa’, verset 29 « Et ne vous tuez pas vous-même » et dans la sourate Al-Baqara, verset 195 « et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction ». Or il est évident que c’est un grand dommage et même une sorte de crime moral, de priver la femme de son droit à la jouissance à cause de cette tradition obsolète attribuée sans preuve à l’Islam.
3-interdiction de changer la création de Dieu :
Dieu dit dans Son Saint Coran, sourate Al-Tiin verset 4 « Nous avons certes créé l’Homme dans la forme la plus parfaite », est-ce que les gens viendraient prétendre que l’excision est une opération esthétique pour la femme comme si Dieu a créé le corps de la femme avec des défauts qu’ils se chargeraient de corriger. A Dieu n’en plaise !!!
Au contraire, l’excision est une transformation et déformation de la création de Dieu par la blessure et l’amputation.
De même, le Prophète a interdit de déformer la création de Dieu en maudissant « les transformateurs de la création de Dieu ». Le Coran considère comme péché l’amputation d’une partie des organes même des animaux. D’ailleurs, c’est le pacte que Satan s’est fixé pour détourner les êtres humains du droit chemin en les incitant à changer la créature de Dieu.
Dieu dit dans le Coran, sourate Al-Nissa’ verset 119 « Dieu l’ayant maudie [Le démon dit] : Oui, je prendrai un nombre déterminé de tes serviteurs; je les égarerai et je leur inspirerai de vains désirs; je leur donnerai un ordre, et ils fendront les oreilles des bestiaux; je leur donnerai un ordre, et ils changeront la création de Dieu. Et quiconque prend le diable pour allié au lieu d’Allah, sera, certes, voué à une perte évidente ».
4- les enseignements de l’Islam confirment le droit de la femme à jouir de sa relation conjugale :
Les enseignements de notre religion nous invitent à respecter la relation sexuelle entre l’homme et sa femme, et confirment le droit de chacun des partenaires à réussir cette relation. Or celle-ci est vouée à l’échec si un partenaire jouie et non l’autre. Elle devient purement sexuelle (physique)et favorise l’égoïsme, ce dont l’Islam nous interdit.
Les croyances que nous avons héritées de nos ancêtres concernant cette relation glorifie le droit de l’homme à la jouissance et n’évoque pas la femme. Aussi, ces idées se sont-elles perpétuées au fil des temps au sein de nos sociétés, au point d’associer l’excision de la femme au bonheur de l’homme et sa jouissance.
L’Islam reconnaît le besoin de l’homme et de la femme et considère la recherche du plaisir sexuel comme étant un droit naturel. Le rôle de la religion n’étant pas de combattre les normes de la nature (fitra), mais de les réglementer et assurer la réalisation du plaisir dans un cadre légal. L’Islam s’est effectivement intéressé à cette question et appelé au respect de cet aspect afin de permettre à la femme de bénéficier de son droit à la jouissance autant que l’homme.
Le Coran garantit à la femme ce droit dans la sourate Al-Baqara verset 223 « Vos épouses sont pour vous un champs de labour, allez à votre champ comme (et quand) vous le voulez et oeuvrez pour vous-mêmes à l’avance. », c’est à dire préparez vos femmes avec des avances et des préliminaires de façon à ce que la femme puisse apprécier et jouir.
On trouve dans la sunna « si l’un de vous approche son épouse, qu’il l’aborde avec des préliminaires jusqu’à ce qu’elle ressente la même chose que lui, puis qu’ils s’unissent », « et si l’un deux vous s’unie avec son épouse, qu’il la fasse jouir, après l’acte, qu’il ne se détourne pas jusqu’à ce qu’elle obtienne également satisfaction ».
Or comment pourra-t-elle le faire si elle est privée des organes qui remplissaient cette fonction vitale dans son organisme ?
L’Islam a donc respecté les sentiments de la femme, contrairement à ces traditions que nous avons héritées de nos ancêtres et qui l’ont dénigrés au point de les écraser.
5-Les enseignements de l’Islam rejettent les croyances sociales poussant la société à pratiquer l’excision des filles :
Ainsi, l’Islam rejette les croyances qui poussent les familles à pratiquer l’excision de leurs filles. Par conséquent, ceux qui prétendent que la femme est un corps sans esprit, ou qu’elle n’a pas de personnalité, ou encore que le désir sexuel chez la femme est vingt cinq fois plus puissant ( !!!) n’avancent aucune preuve logique e scientifique allant dans ce sens. De plus, ces allégations vont à l’encontre des enseignements et des principes de l’Islam, notamment le hadith suivant « les femmes sont les sœurs des hommes ». Ce texte rejette de façon catégorique toutes ces allégations.
La femme, tout comme l’homme a des sentiments, des désirs, elle est douée d’une raison et d’une conscience lui permettant de préserver les principes de la religion et respecter son corps et sa chasteté. Elle dispose de tous les moyens pour devenir pieuse préservant les principes de Son Seigneur dans toutes ses affaires.
Certains ont prétendu que « l’excision était une façon d’ordonner et de contrôler les ardeurs de la femme », ce qui est contraire à la science, qui prouve que la source du désir de la femme est le cerveau et non les organes. Le comportement sexuel de la femme est comme celui de l’homme, qu’il soit bon ou mauvais, il est provoqué par le cerveau qui transmet l’ordre aux organes, ces derniers ne faisant qu’obéir. En effet, le corps ne fait qu’obéir aux instructions du cerveau et cela dans tous les besoins de l’être humain (nourriture, sommeil, sexe, etc….). Par conséquent, ce ne sont pas les organes génitaux externes de l’homme ou de la femme qui suscitent le désir ou définissent le comportement sexuel.
L’excision de la femme ne peut donc aider celle-ci à contrôler son désir ou son comportement sexuel. Ce comportement est le même chez la femme excisée et la femme non excisée, il ne peut être régulé que par les bonnes mœurs, l’éducation de la famille dans laquelle cette dernière évolue.
Par contre, le dérèglement ne survient que chez la femme excisée en raison de l’ablations des organes naturels qui sont désormais privé de leur fonction naturelle.
En Islam, la pureté, la chasteté et la préservation sont des valeurs requises chez la femme tout comme chez l’homme. Aussi, l’éducation, l’enseignement des bonnes mœurs et la crainte de Dieu sont les meilleurs garants pour préserver l’homme et la femme.
Quatrième question : La règle étant que tout est permis, puisqu’il n’y a pas de texte qui l’interdit, l’excision est donc permise selon la famille et le tuteur de la fillette ?
Quatrième réponse :
En effet, cette règle existe effectivement en jurisprudence, et elle concerne toutes les choses que Dieu a créé pour l’homme, comme l’eau, les arbres et autres ressources naturelles, quant aux questions concernant le corps de l’être humain, ses biens, son honneur et sa réputation, la règle est plutôt l’interdiction. L’Islam considère que le fait de porter atteinte aux biens et à la réputation des gens comme étant un crime et une violation, tout comme l’agression physique (coups et blessures, etc..) , et tout cela est très sévèrement puni par la Chari’a.
Or l’excision des filles est une agression physique, condamnable par la loi et la Chari’a. La règle étant dans le cas du sang, des biens et de l’honneur, l’interdiction et non la permission.
Cinquième question : l’excision des filles est une tradition ancestrale, or les coutumes font partie intégrante de la Chari’a, aussi, est-il permis de prendre cela en considération pour légitimer cette pratique ?
Cinquième réponse :
La tradition qui sera retenue ne devra pas contredire un texte juridique et doit être bénéfique aux gens et à la société. Or l’excision contrevient à la règle qui interdit de porter atteinte à l’intégrité physique des gens. Cette pratique ne peut donc être permise quoiqu’elle dure, car les traditions ne peuvent être considérées comme étant des preuves dans le contexte de la Chari’a. Par conséquent, un jurisconsulte ou une école juridique ne peuvent prendre cette pratique en considération à partir du moment où il leur apparaît qu’il n’existe aucune preuve authentique dans la Chari’a.
Sixième question : l’accord du tuteur de la fillette ou de son propre accord ne peut-il pas permettre l’excision sur le plan de la Chari’a ?
Sixième réponse :
Non, car le corps de la fillette n’appartient ni au tuteur ni à la fillette elle-même, et celui-ci n’a aucun droit d’en faire ce que bon lui semble, ce dernier n’a que le droit de l’éduquer et de la protéger. Le corps appartient au Créateur, nous n’y avons aucun droit ? Par ailleurs, l’Islam a interdit de porter préjudice au corps comme il a interdit le suicide.
Par conséquent, l’excision des filles devient un crime selon la loi et la Chari’a. Les jurisconsultes ont d’ailleurs imposé le prix de sang au complet en cas d’ablations des lèvres (partie externe des organes génitaux de la femme), ce prix est un sanction pour la personne ayant commis l’acte et un dédommagement pour la victime, car ont-ils précisé ces deux lèvres sont « le moyen de jouissance lors de l’union ». Or toute réduction ou suppression de ce plaisir est considéré comme un délit et une sanction s’impose. Aussi, il vaut mieux l’interdire au lieu d’attendre les conséquences et punir par la suite.
Septième question
Ce que nous voulons c’est l’excision selon la sunna et non l’excision africaine ou pharaonique( les mutilations génitales ), ceci afin de se conformer à la sunna prophétique et non pas aux propos des occidentaux. Par ailleurs, est-ce que tous les problèmes de l’Egypte ont été résolus pour concentrer tous nos efforts sur l’excision des filles ?
Septième réponse :
Il n’y a aucune pratique dans la sunna qu’on appelle « excision sunna des filles », d’autant plus que la vie du Prophète et de sa famille a été relatée en détails, mais à aucun moment il n’est mentionné que le Prophète a fait exciser ses filles et ses femmes.
La plupart des pays musulmans, tels que l’Arabie Saoudite, les pays du Golfe, le Liban, la Syrie, la Palestine, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Indonésie, la Malaisie, etc…. ne connaissent pas cette pratique. Or, est-il possible que tous ces musulmans puissent rejeter un des préceptes de l’Islam, ou une sunna prophétique que serait l’excision des filles comme le prétendent certains ?
L’intérêt de supprimer cette pratique n’a pas été suscité par la propagande occidentale, ni ne répond aux recommandations de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement qui s’est tenue au Caire en 1994, avec la projection d’un film représentant une opération d’excision en Egypte par la chaîne de télévision CNN, même si cela a provoqué l’indignation de tout citoyen et musulman soucieux de son pays et de sa religion.
Ce n’est pas non plus, un intérêt récent de la part des Muftis et Savants musulmans, ni de l’Etat et la société égyptienne. En effet, les médecins égyptiens ont appelé à la suppression de cette pratique pour des raisons de santé et ceci dès les années 20, à travers l’association des médecins (à ce moment-là le syndicat des médecins n’existait pas encore).
De même, il existe depuis les années 40, des fatwas (avis juridique) affirmant que l’excision des filles n’a rien à voir avec la sunna et qu’il n’y avait aucun mal à l’abandonner. A titre d’exemple, on citera la fatwa du grand savant et mufti égyptien Sheikh Hassanayn Makhlouf en 1949 , celle de Sayed Sabeq, auteur de « La jurisprudence » dans les années 40, une œuvre qui est devenue par la suite une référence car il y a traité tout les aspects de la jurisprudence musulmane en se basant sur les sources les plus authentiques. Celui-ci a écrit dans son livre : « les hadiths concernant l ‘excision des filles sont tous faibles ». De même, les fatwas du Mufti Mohamed Rachid Rida dans le journal « Al-Manar » de 1904 vont dans le même sens.
Par conséquent, l’intérêt pour cette question est d’ordre humanitaire avant tout. Je me demande comment un père ou une mère conscient des conséquences présentes et futures de cette opération peuvent l’accepter.
Alors, craignons Dieu en ce qui concerne nos filles et rappelons-nous le conseil du Proph&

Voir par ailleurs:

Les burkinis « Marks & Spencer » font polémique
Soumission aux diktats religieux ? La chaîne de magasins britannique est critiquée pour ses maillots de bain couvrant l’intégralité du corps féminin.
Clara Brunel
Le Point
31/03/2016

La mode « pudique » a le vent en poupe. Après la firme japonaise Uniqlo et sa récente commercialisation de voiles islamiques (hidjabs) dans sa boutique londonienne, c’est au tour de la chaîne de magasins anglaise Marks & Spencer de lancer son tout premier burkini, néologisme né de « burqa » et de « bikini ». Disponible en ligne pour 62,95 euros, la tenue bleue à motifs floraux garantit « couvrir l’ensemble du corps à l’exception du visage, des mains et des pieds, sans faire de compromis sur le style ». Légère, elle permettrait aux consommatrices concernées de nager à l’aise.

Appels au boycott
La mise en vente sur le site de M&S de cette « combinaison de bain trois pièces » a suscité une avalanche de commentaires déplaisants, allant jusqu’à l’appel au boycott. « Désolé, M&S, mais vous venez de perdre un client de longue date », « Par pitié, n’encouragez pas ces bêtises en Angleterre », « Et moi qui croyais vivre dans un pays chrétien… » comptent parmi les critiques acerbes signées des résidents du Royaume-Uni. En France, où ce type de vêtement est souvent pointé du doigt, le débat fait également rage. La ministre des Droits des femmes en personne a fustigé l’essor du style vestimentaire islamique favorisé par certaines enseignes de distribution. « Lorsque des marques investissent ce marché […] parce qu’il est lucratif, elles se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et font, d’un certain point de vue, la promotion de cet enfermement du corps des femmes », a souligné Laurence Rossignol mercredi au micro de  RMC .

L’homme d’affaires Pierre Bergé lui donne également raison. L’ex-compagnon d’Yves Saint Laurent a lancé dans la foulée un appel aux créateurs impliqués : « J’ai toujours cru qu'[ils] étaient là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté, pas pour être complices de cette dictature », a-t-il entre autres asséné sur les ondes d’Europe 1. Pour la créatrice Agnès b., l’épineux sujet mérite réflexion. Interrogée par Le Parisien, la styliste estime que la question a trait au religieux autant qu’à la mode : « Il y a un côté obscène à proposer des tenues pour des femmes riches dans des pays où certaines fuient les bombes avec leur voile de fortune sur la tête. Moi, je n’en ferai jamais. »

Dans la foulée de H&M
Le plus grand distributeur de prêt-à-porter du Royaume-Uni emboîte en fait le pas au géant suédois H&M. Dans un spot publicitaire mis en ligne début septembre, une jeune femme musulmane aux cheveux recouverts d’un foulard bicolore se démarquait des autres mannequins. « Il n’y a pas de règle dans la mode, sauf une : recyclez vos vêtements », énonçait alors la griffe pour promouvoir sa campagne écologique. Un coup de pub réussi qui avait valu au modèle, originaire du Maroc, une pluie d’éloges sur les réseaux sociaux. Côté haute couture, la maison italienne Dolce et Gabbana s’était jetée à l’eau en janvier avec une ligne de hidjabs et d’abayas (robe islamique modeste, NDLR), clou du spectacle de la collection printemps-été 2016.

Voir de même:

Hijab Day : quand Sciences-Po hisse les voiles du politiquement correct
Laurent Cantamessi
Le Figaro
20/04/2016

FIGAROVOXTRIBUNE – Des étudiants de Sciences-Po Paris ont lancé l’opération «Hijab Day», invitant leurs camarades à «se couvrir les cheveux d’un voile le temps d’une journée», ce mercredi. Une initiative idéologique et déconnectée des réalités, estime Laurent Cantamessi.

Laurent Cantamessi est co-animateur du site Idiocratie.

A Sciences-Po chaque jour est une fête. Grâce à un bureau des étudiants hyperactif, l’année est plus rythmée qu’une semaine au Club Med. On connaissait bien sûr la Queer Week, «espace d’action et de réflexion autour des genres et des sexualités», organisée depuis 2010, dont la marraine était cette année la «lesbienne invisible» Océane RoseMarie. Cette année, durant une semaine en mars 2016, les étudiant-e-s et leurs professeur-e-s ravi-e-s ont pu admirer les stands de la Brigade du Stupre, ou celui du collectif GARCES dont l’animatrice confie «arpenter les manifs pour crier des misandries intersectionnelles et emmerder les mascu». Après Océane Rosemarie, il se dit que le Concombre Masqué parrainera l’édition 2017, placée sous le signe de l’intersectionnalité heureuse et du mascu vaincu.

Non mais c’est vrai quoi : H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir ?
Si le mois de mars était celui de la guerre des genres, du dévoilement transgressif et de la chasse au mascu, en avril en revanche on ne se découvrira pas d’un fil à Sciences-Po puisqu’un autre collectif «d’étudiant-e-s» a décidé d’organiser cette fois un «hijab day» dans les murs de la vénérable institution qui doit quelquefois se fatiguer elle-même d’être de tous les combats. Après la récente polémique de la mode islamique, les étudiants de Sciences-Po ont dû penser qu’il était temps d’inverser la vapeur et de hisser les voiles pour voler au secours des minorités opprimées tout en restant trop tendance. Non mais c’est vrai quoi: H&M se lance dans le burkini et le petit hijab fashion et Sciences-Po devrait rester les bras croisés sans réagir? Pas question, quand on étudie à deux pas des plus jolies enseignes parisiennes, de laisser passer la sortie d’une nouvelle collection printemps-été! Et puis afficher sa solidarité avec les femmes voilées c’est bien, Esther Benbassa l’avait dit et Europe-Ecologie-Les Verts avait organisé une ‘journée hijab’ contre la voilophobie il y a près de trois ans, en août 2013, dans le sillage de la styliste américaine Nazma Khan qui a lancé l’initiative reprise aujourd’hui dans 140 pays… sauf la France, se désolaient il y a quelques mois les initiateurs du World Hijab Day Lyon, «un événement destiné à déconstruire les préjugés», malheureusement interdit en janvier dernier par le méchant préfet Delpuech et la préfecture de Lyon, sous couvert d’état d’urgence. Heureusement que Sciences-Po Paris est là pour rattraper le coup! Quand on pense que 116 pays ont pu tranquillement organiser une journée du hijab, que la ville d’Ottawa a même accepté que s’organise une journée d’ateliers d’essayage pour inviter les non-musulmanes à «porter le foulard islamique pour mieux comprendre la réalité des hijabis, leurs sœurs voilées», on comprend qu’un collectif d’étudiants de Sciences-Po ait décidé qu’il était temps que la patrie d’Yves Saint-Laurent, Dior et Chanel soit moins voilophobe et textilorétrograde. Et puis même Geneviève de Fontenay est d’accord: «Moi je les soutiens ces femmes musulmanes! Quand on voit la mode française avec ses jeans troués et rapiécés, tout cet exhibitionnisme, soyons au moins tolérants!» Avec une caution pareille, comment ne pas se sentir légitime? Pour remercier Geneviève, les étudiants de Sciences-Po auraient dû imposer en sus du hijab celui du chapeau à large bord pour toutes les étudiantes. Que les réfractaires se rassurent cependant, Fatima Elo, présidente-fondatrice de l’association Politiqu’Elles, association féministe soutenant l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, expliquait ce mercredi matin à l’antenne de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, que «personne ne sera forcé à porter le voile, c’est du volontariat». Par contre, on ne s’assiéra plus à côté des grincheux voilophobes à la cantine.

Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire.
Fatima Elo expliquait également ce matin chez Bourdin que derrière l’initiative du Hijab Day de Sciences-Po, «l’idée était d’aborder la question du voile avec humour». Apporter son joli foulard pour aborder avec humour le traitement des femmes voilées et même dans certains coins de banlieue de France où le port du voile n’est pas vraiment présenté comme du volontariat, c’est vrai que la blague était à faire, et les nombreuses intéressées qui subissent menaces, insultes et violences quand elles refusent de porter le voile ont dû bien rire à cette bonne blague et être soulagées que les étudiants de Sciences-Po s’intéressent enfin à leur sort. Comme les y invitait ce matin une twitto: «Aux nanas de @sciencespo qui font le #HijabDay n’oubliez pas de servir les garçons à table à midi et de mettre des gants pour serrer la main.»

Mais la blagounette a l’air d’être mal passée, à en juger par l’avalanche de réactions négatives qu’elle a provoqué dans la presse. On pourrait presque croire que le sujet est devenu ces derniers temps un peu sensible…Et comme on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, voilà que l’antenne FN de Sciences-Po Paris produit un communiqué assassin: «Ce geste relève de l’imposture politique d’une bourgeoisie parisienne déconnectée des réalités sociales, qui exacerbe par ce jeu naïf les tensions communautaires». Maudit Richard Descoings! En instituant ses antennes ZEP et ses bourses à destination des étudiants plus défavorisés, l’ex-vénéré directeur de Sciences-Po a fait rentrer dans les murs une cohorte de jeunes loups qui ont grossi les rangs du parti lepéniste et lui ont permis de faire une entrée fracassante dans le pré carré du progressisme éclairé où il vient désormais s’autoriser à gâcher la fête en toutes occasions.

Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, voilà qu’un collectif d’empêcheurs de voiler en rond s’est rassemblé contre le Hijab Day pour proposer de contrecarrer l’initiative de l’association Politiqu’Elles, en organisant une odieuse agitprop’ vestimentaire: «En réaction au «Hijab Day», qui propose aux étudiants de Sciences Po de venir voilés, nous proposons une journée pour s’habiller comme on veut: du crop top à la jupe longue, tout est permis! (Sauf les collants chairs, évidemment depuis la jurisprudence Cristina Cordula). Pour les plus audacieux, un bikini peut même se tenter!», proclame la page Facebook du «Bikini/Jupe/Robe/Whatever Day à Sciences-Po», organisé aujourd’hui à partir de 8h.

Au XVIIe siècle, Miguel de Cervantès s’était moqué de la querelle des Anciens et des Modernes, opposant les partisans de l’imitation des modèles antiques à ceux qui voulaient s’en détacher:

«Dans ce grand tumulte tous ensemble se jettoient leurs Livres à la teste, & se faisoient des armes de leurs Ouvrages. Vous jugez bien que les auteurs de petite taille, comme vous pourriez dire les In-Douze, n’eurent pas l’avantage dans ce démêlé ; certains géants qu’on appelle les Infolio les battirent à plate couture, et c’étoit une pitié de voir comme on en accabloit d’autres, qui n’avoient que des feuilles volantes pour leur défense.»

A l’approche de la clôture des primaires américaines, on pourra leur proposer d’organiser en juin un « Donald Trump Day ». Chaque étudiant sera invité à venir coiffé d’un postiche blond pour rendre hommage au tribun new-yorkais d’avoir déconstruit de manière foucaldienne l’establishment politique de nos voisins d’outre-atlantique et fichu un fameux boxon au parti républicain.
La civilisation de l’écrit étant sur le déclin, nous voici parvenus à l’ère du bout de tissu politisé et médiatisé. A l’image des auteurs de Cervantès, verra-t-on à Sciences-Po, en ce jour de confrontation entre Hijab Day et N’importe quoi Day, les porteuses de voiles et leurs adversaires se battre à coups de foulards et de minijupes, le petit top skinny se confrontant au burkini, les hijabs volant dans les plumes des robes à frou-frou et la bretelle apparente lutter pied à pied contre la tunique musulmane de chez Mark&Spencers? L’affrontement promet d’être tendu comme une ficelle de string.

Pour leur prochain coup d’éclat, les assos étudiantes de Sciences-Po devront en tout cas faire encore plus assaut d’originalité pour être à l’avant-garde de la subversion. Après la Queer Week et le Hijab Day, il va falloir sérieusement se creuser les méninges pour trouver quelque chose de nouveau et d’innovant. A l’approche de la clôture des primaires américaines, on pourra leur proposer d’organiser en juin un «Donald Trump Day». Chaque étudiant sera invité à venir coiffé d’un postiche blond pour rendre hommage au tribun new-yorkais d’avoir déconstruit de manière foucaldienne l’establishment politique de nos voisins d’outre-atlantique et fichu un fameux boxon au parti Républicain. Après la Queer Week, le Hijab Day et les Class Actions de tout acabit, ce serait la classe américaine, tout simplement.

Voir de plus:

Female genital alteration: a compromise solution

Kavita Shah Arora1,2,

 

+ Author Affiliations


  1. 1Department of Obstetrics and Gynecology, MetroHealth Medical Center, Cleveland, Ohio, USA

  2. 2Department of Bioethics, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio, USA

  3. 3Director of Gynecologic Oncology at Coney Island Hospital, Professor of Obstetrics and Gynecology and Associate Faculty in Bioethics, Stony Brook University, Stony Brook, New York, USA
  1. Correspondence to Dr Kavita Shah Arora, Department of Obstetrics and Gynecology, MetroHealth Medical Center, 2500 MetroHealth Drive, G230E, Cleveland, OH 44109, USA; Kavita.shah.arora@gmail.com
  • Received 17 July 2014
  • Revised 24 February 2015
  • Accepted 21 July 2015
  • Published Online First 22 February 2016

Abstract

Despite 30 years of advocacy, the prevalence of non-therapeutic female genital alteration (FGA) in minors is stable in many countries. Educational efforts have minimally changed the prevalence of this procedure in regions where it has been widely practiced. In order to better protect female children from the serious and long-term harms of some types of non-therapeutic FGA, we must adopt a more nuanced position that acknowledges a wide spectrum of procedures that alter female genitalia. We offer a revised categorisation for non-therapeutic FGA that groups procedures by effect and not by process. Acceptance of de minimis procedures that generally do not carry long-term medical risks is culturally sensitive, does not discriminate on the basis of gender, and does not violate human rights. More morbid procedures should not be performed. However, accepting de minimis non-therapeutic f FGA procedures enhances the effort of compassionate practitioners searching for a compromise position that respects cultural differences but protects the health of their patients.

Procedures that surgically alter the external genitalia of children are quite common throughout the world, though the distribution varies greatly by geography. The majority of male children in America are circumcised.1 While non-therapeutic female genital alteration (FGA) procedures in children are unusual in the USA, an estimated 80–140 million women throughout Africa, the Middle East, India and South-East Asia have had such procedures.2 ,3 The WHO, American Academy of Pediatrics (AAP), and the American Congress of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) have policies in place to support circumcision; however, FGA has been deemed a human rights violation by these same organisations as well as by the United Nations.2–4 In fact, the US government has expressly outlawed any procedure that incises or changes a female child’s external genitalia in the absence of medical indications.5

While years of advocacy and legislation aimed at eliminating non-therapeutic procedures on female external genitalia has resulted in a decline in the prevalence of the practice, the magnitude of this decline has been soberingly small. In Egypt, the percentage of women who had any procedure that altered external genitalia performed on a daughter only fell from 77.8% to 71.6% over 5 years from 2006 to 2011. This relatively small decrease in prevalence was associated with minimal change in attitude towards the procedures.6 In a study in Somalia, the country in the world with the highest prevalence of these procedures, 81% of subjects underwent infibulation and only 3% did not have FGA. Eighty-five per cent had an intention to subject their daughters to an extensive FGA procedure, and 90% supported the continuation of the practice.7 There have been some more encouraging studies, however. In Kenya, for example, prevalence has dropped from 49% in women ages 45–49 years to 15% in girls ages 15–19 years and in Liberia, the prevalence has dropped from 85% to 44%, respectively.8 ,9

Immigrants to Western nations may continue to subject their daughters to genital alteration,10–12 though the frequency is difficult to assess. While laws enacted in these countries make procedures that alter a female’s external genitalia illegal, they may in some instances worsen health outcomes by driving the practice underground by sending female children to Africa or by inviting circumcisers to the West.11 Making the practice illegal also hampers the ability to study the actual incidence and effects of these procedures, limits an open dialogue regarding changing the practice, and may impede efforts to voluntarily reduce the incidence of these procedures (thereby improving public health).13 ,14 This local culture of silence is due to a distrust of the global eradication campaigns as being ‘sensationalized, ethnocentric, racist, culturally insensitive and simplistic’.15

Since progress in reducing FGA procedures has been limited in states where they are endemic and the commitment of people from these cultures to these procedures has led to their persistence in states where they are legally discouraged, alternative approaches should be considered.7 To accommodate cultural beliefs while protecting the physical health of girls, we propose a compromise solution in which liberal states would legally permit de minimis FGA in recognition of its fulfilment of cultural and religious obligations, but would proscribe those forms of FGA that are dangerous or that produce significant sexual or reproductive dysfunction.

Regrettably, academic and public health consideration of non-therapeutic FGA has been hampered by several issues. First, there is no recognised nomenclature based on the functional effects of each of the several procedures that may be employed to alter female genitalia. Second, discussion often is infused with a strong cultural and gender bias against FGA in all forms. Third, grouping all forms of FGA in discourse and condemnation assumes that all FGA procedures carry the same risks, which is medically inaccurate. Finally, authors arguing against all forms of FGA construe the concepts of beneficence and non-maleficence narrowly with regard to their scope, and too broadly with regard to their applicability. On the one hand, they argue that physical well-being trumps social and cultural well-being. On the other hand, they argue that concepts originally used to apply to the actions of physicians are equally applicable to parents.

We are not arguing that any procedure on the female genitalia is desirable. We are also not suggesting that people whose beliefs or sense of propriety leads them to perform these procedures on their children would necessarily accept alterations in their practices to conform to the authors’ views of what is acceptable. Rather, we only argue that certain procedures ought to be tolerated by liberal societies. We hold that the ethical issues are no different for procedures that are performed as cultural or religious expressions by a minority group than for procedures that are performed for aesthetic reasons by members of a mainstream culture. Finally, we believe that all procedures should be performed with adequate analgesia. FGA is a highly complex issue. In some forms, it is deeply rooted in traditions of female submission to their male counterparts. We by no means condone oppression. Given that most communities that practice FGA also practice male circumcision, some forms of FGA reflect cultural norms of gender differentiation that are more pronounced than in Western society. However, in order to reduce the prevalence of the extensive forms of FGA, we propose a compromise solution that is ethical, culturally sensitive and practical.

We will begin by discussing nomenclature, then describe the various types of FGA and classify them according to their effects. This revised classification will rationalise discussion of the subject, and should prove useful even to those who disagree with our conclusions. After discussing the medical safety of FGA procedures, we will argue that liberal governments should tolerate de minimis procedures with no more effect than other accepted procedures performed on minors for aesthetic enhancement. Finally, we will argue that labelling these de minimis procedures as ‘mutilation’ is culturally insensitive and discriminatory towards women, and that they do not constitute a human rights violation. In doing so, we offer a tiered argument and compromise solution—First, given that the more extensive forms of FGA are physically harmful and may constitute oppression towards women, these practices should be actively discouraged by means such as education, social pressure, regulation and prohibition. Second, since progress at eradicating the extensive forms of FGA has been slow and the de minimis alternate procedures are not associated with the same risks of long-term harm, these should be encouraged as a compromise solution that upholds cultural and religious practices without sacrificing the health and well-being of female children.

We acknowledge that issues of cultural sensitivity and gender discrimination in the disparate treatment of male circumcision and FGA could also be treated by proscribing both, instead of the position for which we are advocating. In fact, many have criticised male circumcision as a human rights violation due to the lack of autonomous decision-making and the irreversible nature of the procedure.16–18 However, we have argued elsewhere that male circumcision does not constitute a human rights violation.19 It is not within the scope of this paper to re-examine this argument or discuss the ethics of male circumcision. However, we will assume the validity of this position for the sake of argument and will argue that a liberal society that tolerates expression of culture and/or religion in the manner of male circumcision should also permit certain de minimis FGA procedures. We believe this is an appropriate assumption because all Western nations in fact permit ritual circumcision of men.

Nomenclature

We use the term ‘procedure’ in the context of FGA rather than ‘surgery’ to emphasise that there is no medical benefit established by well designed trials, and that the primary purpose is not health-related. ‘Procedure’ is defined by Merriam-Webster as a “series of steps followed in a regular definite order,” and does not imply that the intervention is done for health reasons, in a health facility or by a medical professional.20 The terms ‘surgery’ and ‘operation,’ however, connote a medical context. Much as circumcision performed by a mohel, ear piercing done at a mall, or tattoo performed at a tattoo parlour follow a series of steps in a regular, definite order, morphological alterations of the female external genitalia are also procedures, whether or not performed by a medical professional or in a health facility.

Many terms have been used to describe the procedures that alter female external genitalia, such as ‘female circumcision,’ ‘female genital cutting,’ ‘female genital alteration,’ ‘female genital surgery,’ and ‘female genital mutilation’.13 ,14 ,21 ‘Female circumcision’ has been abandoned as critics of the procedures felt it conferred the greater ‘respectability’ of male circumcision.21 We agree that the word circumcision should be confined to men as it applies to a specific procedure, whereas procedures on female external genitalia encompass a wide variety of distinct procedures. Also, circumcision potentially confers health benefits on the male child and on his future sexual partners.1 ,4 ,19 While health benefits may be a component behind the motivation for FGA, there is a paucity of empirical data supporting this and the primary advantages are aesthetic as well as compliance with religious or cultural norms.22 Second, since the majority of procedures are not being performed in hospitals or by trained healthcare professionals, ‘female genital surgery’ is an inappropriate term, since it inaccurately implies a medical context.21

While ‘female genital mutilation’ is the term currently used most widely by international health and policy organisations, it inappropriately conflates all procedures that alter female external genitalia, while not accounting for their disparate risk profiles. Reclassifying procedures based on their impact rather than the process (as we introduce below), allows for a more informed and clear discussion of these procedures. Female genital mutilation is not an appropriate term to use for de minimis procedures. These procedures are equivalent or less extensive than male circumcision in procedure, scope and effect. Indeed, they are equivalent or less extensive than orthodontia, breast implantation or even the elective labiaplasty for which affluent women pay thousands of dollars. Furthermore, a nick that heals completely is not mutilation in that there is no morphological alteration.

While we acknowledge that critics of male circumcision may label it as ‘mutilation’ as well,23 ,24 it is important to note that the procedure is supported by AAP, ACOG and WHO. Thus, in a liberal society that accepts male circumcision, room for discussion surrounding the acceptability of FGA exists. Calling such elective genital procedures ‘mutilation’ prejudges the appropriateness of the procedures, thereby precluding discussion. Use of this term precludes discussion of their acceptability in any context, even those that are safe and respectful of an individual’s culture. Charged rhetoric such as ‘mutilation,’ that portrays de minimis procedures as the product of a savage and uncivilised culture, is unworthy of academic discourse. Thus, we prefer ‘non-therapeutic FGA,’ which is value-neutral, allowing for discourse and potentially, compromise solutions.

Classification of non-therapeutic FGA procedures

It is essential to describe FGA procedures in a way that is accurate and allows people with different viewpoints to discuss issues respectfully. There are a myriad of ways various cultures alter female external genitalia. These range from minimal to markedly invasive and dangerous.25 The categorisation currently used by medical and public health organisations is as follows: Type I includes removal of the prepuce or clitoral hood with or without clitorectomy. Type II is the removal of the entire clitoris as well as part or all of the labia minora. Type III, known as infibulation, is the most severe form and involves the removal of the labia majora and/or labia minora, possible removal of the clitoris, and stitching together of the vulvar tissue to cover the urethra and introitus, leaving only a small opening for urine, menstrual flow and intercourse. Finally, Type IV includes pricking, nicking or incisions of the external genitalia, stretching of the clitoris or labia, cauterisation or the introduction of corrosive substances into the vagina.25 ,26

However, this categorisation inadequately reflects the consequences to the recipient of the procedure. It has also not aided in discussion because of the wide variety of procedures included in each category, as well as due to omissions of some procedures altogether. We therefore propose a new categorisation that is based on the effects of the procedure, rather than the process. Given that it is the health consequences of these procedures that are the most worrisome to international health groups, it is logical to group the procedures based on these effects, rather than groups of procedures with a wide range of resultant consequences within each group.

Category 1 includes procedures that should almost never have a lasting effect on morphology or function if performed properly. A small nick in the vulvar skin fits into this category. Category 2 consists of procedures that create morphological changes, but are not expected to have an adverse effect on reproduction or on the sexual satisfaction of the woman or her partner. Examples include surgical retraction of the clitoral hood or procedures resembling elective labiaplasty as performed in Western nations. Surgical resection of the clitoral hood is the vulvar procedure that most closely resembles male circumcision. Category 3 contains those procedures that are likely to impair the ability of the recipient to engage in or enjoy sexual relations. Clitorectomy, whether partial or complete, falls into this category. Category 4 contains procedures likely to impair reproductive function, either by reducing the chances of conception or by making vaginal delivery more dangerous. Infibulation is an example. Category 5, advanced only for the sake of completeness, contains any procedure that is likely to cause other major physiological dysfunction or death, even if performed correctly. To our knowledge, there are no FGA procedures that fall into this category.

Due to a lack of data regarding the specific risks and outcomes with each FGA procedure, it may be difficult to accurately assign specific procedures to these categories. Being criminal in Western societies, they have not been studied systematically. However, Type 1 and 2 procedures have counterparts in Western gynaecology. Accidental traumatic lacerations of the labia majora are not uncommon. While longer and deeper than a controlled nick, and not created under clean conditions, they almost always heal without sequelae.27 It is reasonable to assume that a nick from a scalpel would do likewise. The similarity of removal of the clitoral hood to male circumcision and of labial excision to aesthetic labial reduction procedures is sufficiently close that the effects can reasonably be considered identical pending empirical proof. At the other end of the spectrum, the more extensive procedures such as infibulation are associated with risks such as severe bleeding, infection, obstructed labour, dyspareunia, depression and post-traumatic stress disorder.28 ,29

We acknowledge three shortcomings of this classification. First, it is not entirely stable; procedures could shift from one category to another if the common understanding of their effect changes. Second, there may not be agreement on the effects. Finally, procedures are grouped in their anticipated risk profile, not in the actual risk profile for each patient. For example, while infibulation is likely to cause long-term sexual and reproductive health impairments, it does not normally lead to death and therefore is not placed in that category. That is not to say it does not ever lead to death, but the anticipated impact is not death.

Medical safety

Of course, the issue of harm is the heart of the distinction in the categorisation of FGA that we propose. While any procedure is associated with several predictable short-term risks (namely bleeding and infection), the long-term sequelae should be rare for Category 1 and Category 2 procedures. In a WHO study, there were no statistically significant differences in health outcomes between those women that underwent Type I surgery (equivalent to our Category 2) and those that had no surgery.14 In fact, our classification scheme would exclude clitorectomy (included in the current Type I procedures) from this category and thus further decrease the risks of the procedure. This is in stark contrast to the risks of Category 3 and 4 procedures which are severe: obstructed labour, caesarean section, postpartum haemorrhage, 80% risk of flashbacks, depression, 30% risk of post-traumatic stress disorder and death from sepsis.18 ,29

Critics of FGA have pointed out that there is no medical benefit to factor in the risk versus benefit calculus so often used in medicine and when compared with male circumcision.29 However, up to recently, the medical benefits of male circumcision were also thought to be tenuous, contested or so minor that circumcision was classified as an elective, cosmetic procedure.1 Thus, disallowing Categories 1 and 2 of FGA because it lacks medical benefit is an unjust and inappropriate hurdle to legalisation.

Jacobs’s three-pronged test has been previously proposed that, if satisfied, would morally preclude a government or regulatory agency from reversing a parental decision to involve a child in a minority group practice. First, the practice in question must not significantly burden either society or its members outside the group. Second, the practice must not (A) create burdens that a reasonable person outside the group would not accept for himself, or that a reasonable parent would not accept for her child (such as child marriage or slavery); or (B) carry a substantial chance of death or of major disruption of a physiological function. Third, the burden on society or individuals must be actual and substantial, and not hypothetical or unlikely. All of these criteria must be satisfied if a government is to tolerate the practice, and we argue that governments should tolerate procedures under these circumstances. Categories 1 and 2 of FGA (but not Categories 3–5) fulfil these criteria and thus, a government or regulatory agency does not have a medical basis for interfering with a parental decision to practice a cultural or religious belief.30

Ethical underpinnings

The standard that guides ethical and legal decision-making on behalf of children is the best interests standard.31 Unfortunately, the standard is conclusory rather than definitive. At least in USA, the best interests of a child are determined by judicial and quasi-judicial decisions in individual cases, rather than arising from an established heuristic that would almost always predict the decision prospectively. Furthermore, in the USA, the courts either balance the interests of the child against parental beliefs and rights, as established by three key Supreme Court decisions,32–34 or rebuttably presume that the interests of the child are congruent with the parents’ beliefs. In using the best interests standard, we are including prepubertal children, in whom any decision is made exclusively by the child’s proxy, as well as adolescents, in whom ethical paediatric decision-making requires assent to the procedure. We acknowledge that not all procedures (eg, Category 2 procedures such as removal of the clitoral hood or labia minora) are technically feasible or commonly performed in prepubertal children. The best interests of a child encompass physical well-being, and social, economic, psychological and spiritual well-being. That the human rights movement accepts this view is clear from documents such as the Convention on the Rights of the Child, which does not privilege the physical well-being of children over other types of well-being.35

Second, analysis of issues in medical ethics generally regards principles as being prima facie in nature, rather than absolute. Therefore, important emotional and social considerations can trump minor medical considerations. Third, the transactional costs of governmental action to stop parents from subjecting children to these procedures must be considered. For this reason, the Royal Dutch Medical Society stopped short of advocating that male circumcision be outlawed for fear that the practice would be driven underground.36 Compounding the potential for FGA practices to be driven underground, is the fact that the remedy for violation of laws limiting genital procedures on minors will have a direct or indirect adverse impact on the child. Whether parents who otherwise are uncontroversially adequate, are fined, imprisoned or lose parental rights because they subject their children to FGA, the child will suffer.

Therefore, we must ask what harm is befalling the child. Procedures that compromise sexual function, sexual enjoyment and reproductive capacity clearly violate the best interest of the child. De minimis procedures such as removal of the clitoral hood or a ritual nick on the external female genitalia (Categories 1 and 2) cause little or no functional harm. Therefore, it is difficult to characterise them as unethical or a human rights violation. If these procedures are not unacceptable on beneficence or maleficence grounds, and the imposition on the child’s autonomy is no greater than the imposition that is currently accepted for other procedures or non-physical interventions whose effect is of equal or greater magnitude, then there are no reasonable autonomy grounds for restricting the procedure.

We re-emphasise that we do not support the more severe FGA procedures (Categories 3–5), nor would we diminish international efforts to end the practice of these procedures, with their resultant harm to sexual and reproductive function. We believe it is ethically appropriate to work for their elimination through the legal system as well as through educational and grass-roots efforts, for the sake of the female children that are subjected to these dangerous procedures.37 However, Category 1 and Category 2 procedures do not reach the threshold of a human rights violation. Opposition to these de minimis procedures on female genitalia inhibits the effort of compassionate practitioners searching for a compromise procedure to respect the culture but safeguard the health of their patients.15 ,38 Indeed, by preventing such compromise, absolutists may create further harm to children. Instead of receiving Category 1 or 2 procedures, girls may continue to receive more extensive procedures underground in the USA or in their home countries because there is no safe alternative.

Cultural sensitivity

FGA is ‘embedded in many cultural systems through multiple ties to historical tradition, tribal affiliation, social status, marriageability and religion,’ but is most frequently associated with Muslim culture.39 Critics have argued that there is no reference to any procedure altering female external genitalia in the Quran and thus, there is no religious basis for the practice.38 However, legal protection of a religious practice is not contingent either on the orthodoxy of the practice or on a consensus within a religious tradition accepting the practice. Furthermore, outsiders to a religious tradition cannot infer the practices of a religious system from a literal reading of its canonical texts. It is no more possible to define Islam within the four corners of the Quran than to define Christianity (which includes traditions ranging from Presbyterian to Pentecostal to Greek Orthodoxy) solely from a reading of the Bible. Rather, the content of religious belief and practice are guided by interpretive texts and traditions. Thus, many Muslim scholars classify FGA as ‘Sunnah’ or practice established by the prophet Muhammad. Though not prescribed explicitly in the Quran, the practice thus is religiously virtuous. In fact, the colloquial term for FGA procedures in Arabic refers to a ritual state of purity.38

FGA also has strong cultural ties that are not explicitly religious. While objectionable to some Western feminists, marriage is associated strongly with quality of life in these traditions. In some cultural milieus, a woman who has not undergone a procedure to alter her external genitalia may find it difficult to marry.38 Additionally, there may be an aesthetic component to labiaplasty as practiced in some societies.40 Contrary to the picture painted by many international organisations, then, it could be stated that “children [undergo FGA procedures] because their parents love them and want them to be happy in their adult lives”.38 By labelling FGA as female genital mutilation, our discussions run the risk of demonising important cultural practices.15

It is important to note that the debate does not need to simply distil to the irreconcilable positions of cultural relativism and universalism.2 ,41 Rather, we can invoke universally shared values against long-term harm and thus continue to advocate for the cessation of Categories 3 and 4 of FGA. This is the same rationale used for authorising blood transfusions on the children of Jehovah’s Witnesses—that is, irrespective of culture, the risk of long-term harm is sufficient that society’s mandate can ethically outweigh cultural interests.42 It is important to ensure, however, that the discourse remains sensitive to and respectful of the voices of the women who experience these practices, and that we take into account historical relationships of power so that we can arrive at a nuanced and balanced solution.2 ,15 One of the responses to the current strategy of charged rhetoric has been a cultural backlash or a ‘defense of traditions by African women against what is perceived as Western cultural imperialism’ and thus, the lack of sensitive discourse is not productive towards reaching a compromise solution.38

Policies that attempt to suppress all forms of FGA that alter female external genitalia are culturally supremacist. Members of a majority culture are more likely to consider their own practices voluntary, reasonable and even desirable, while perceiving minority practices (such as FGA by female African Muslims) as unreasonable, coercive and unacceptable.30 ,38 The tolerant attitude in the USA to male circumcision is in stark contrast to its treatment of FGA.5 Yet, ‘both are likely voluntary choices influenced by cultural conditioning’.30 In a liberal society, then, government and regulatory agencies should tolerate minority practices unless they cause substantial damage to society and its members. While Categories 3, 4 and 5 of FGA cause harm and thus should not be tolerated, Categories 1 and 2 do not and thus should be approached from a culturally tolerant perspective that acknowledges a parental right to raise a child according to the parents’ own religious and cultural customs, which are well established in American law.32–34 In the USA, the Federal Prohibition of Female Genital Mutilation Act, which was enacted in 1996, is deliberately worded broadly enough to not differentiate between the categories of FGA. The law is likely unconstitutional and should be altered to allow for religious and cultural freedom for a safe procedure that does not result in long-term harm.4 ,38

Gender discrimination

We approach this subject with the understanding that most of the cultures and communities that practice FGA also practice male circumcision. To the extent that Category 1 and Category 2 procedures are intended to curb sexual desire, the same is true of comparable procedures performed on boys. The balance of medical evidence demonstrates that male circumcision does not negatively affect male sexuality, though the data are neither consistent nor methodologically optimal.19 ,35 ,43 Similarly, by definition, these de minimis female procedures do not curb sexuality; if they did they would be Category 3. The goal of curbing sexual desire is debateable, but if it applies to men and women there are no discrimination issues. Furthermore, if a procedure intended to curb sexual desire does not, in fact, do so, then restricting it assumes low priority.

To the extent that gender discrimination is present, it lies in restrictive policies towards Categories 1 and 2 of FGA. Laws that prohibit these procedures and international advocacy against them are culturally insensitive and supremacist and discriminatory towards women. Male circumcision is legal in USA and tolerated in most of the world, even when done by non-medical practitioners in the home.38 Yet comparable or less radical procedures in women are deemed misogynistic and human rights violations.38 ,44 Feminists trying to protect women in these cultures are mistaking Categories 1 and 2 of FGA as an example of male domination in philosophical and practical terms.

Categories 1 and 2 of FGA have been called misogynistic because the aim is usually to curb female sexuality and thus oppress women. However, if removal of the prepuce curbs sexuality (as has been argued, though contrary to the best evidence), then male circumcision should be viewed as misandrist.45 ,46 If we are not willing to label male circumcision as misandrist because it affirms males in the eyes of their cultural and religious communities, then the same should be true of Categories 1 and 2 of FGA in that it affirms women in the cultures and religions practicing FGA. If, on the other hand, removal of the prepuce does not curb sexuality, then the basis for claiming the practice as misogynistic is invalidated.44 In summary, the de minimis procedures do not oppress as much as they differentiate and thus should be tolerated.

These asymmetrical judgments based on gender also have practical consequences which, paradoxically, decrease women’s control over their bodies. FGA is typically ‘controlled and managed by women’.14 Data reveal that women in many of these cultures favour the continuance of FGA equally or at an even higher rate than the men in these cultures.14 ,38 Laws to ban FGA are enacted by predominantly male legislatures and enforced by predominantly male police. Furthermore, it is almost exclusively women who are penalised for the crime of FGA in areas it has been outlawed. All this further brings women’s bodies under male religious and political control, thus disempowering the very women feminists are hoping to protect.14 ,38

Human rights violation

Finally, the International Federation of Gynecology and Obstetrics as well as WHO have labelled all forms of FGA as a human rights violation as it violates ‘bodily integrity in the absence of any medical benefit’ and victimises vulnerable girls.47 However, male circumcision is also a procedure that violates bodily integrity and up to recently was thought not to have justifiable medical benefit—but was instead tolerated due to religious and cultural freedom and the lack of long-term harm. Thus, Categories 3, 4 and 5 of FGA are certainly human rights violations as they violate bodily integrity and cause long-term harm (but not because they lack medical benefit). Other examples of procedures that lack medical benefit but are not classified as human rights violations that society accepts (though perhaps does not ethically condone) include piercings, cosmetic surgery, removal of an asymptomatic ganglion cyst, etc. Also, neonatal boys are certainly just as vulnerable as girls. In fact, one could argue that the pubescent or adolescent girl undergoing FGA is more capable of assenting to the procedure and claiming the culture/religion as her own, than the neonatal boy.5 We do not condone the forcible practice of FGA if a child developmentally capable of providing assent declines to do so.

In analysing the putative harm done by rites involving genital procedures, we must ask ourselves whether it actually is harmful in the eyes of the people involved, or whether the harm is perceived only by people who view the situation from a different perspective. The concept of liberalism in various Western societies involves a spectrum ranging from those who advocate widespread freedom, tolerating government interference only to remedy the threat or actuality of serious harm; to those who advocate government mobilisation of physical, legal and educational resources to promote a thick agenda expressed in the international Human Rights proclamations adopted after World War II, but actually reflecting the nation’s own values and prejudices. Recognising that a society is entitled to protect its own values, even if these are not universal values, we nevertheless believe that it is rarely appropriate for governments to intrude into familial, cultural and religious practices that create little tangible harm.

Finally, while parenthood certainly does not connote unrestricted ownership, Categories 1 and 2 of FGA should not be considered child abuse. Permanent injury does not result from these procedures and thus parents should be granted latitude in terms of the decisions they make in the best interest of their children. If FGA is viewed culturally as a means to moral or ritual purity, then it could be argued that parents are acting in the best interest of their children by partaking in procedures that uphold these beliefs but do not cause long-term harm. In Western pluralistic society, where reasonable people may disagree regarding the best interest of a child in terms of the calculus of medical risks and non-medical benefits, parents should be granted wide authority for determining whether or not to perform Categories 1 and 2 of FGA insofar as the state’s or society’s interest of ensuring that no long-term harm is committed is met.1 ,15

To summarise, in a liberal society, arguments supporting de minimis FGA fall into at least three areas. The first is based on individual rights of parents. The second is based on respect for minority cultures. The last is based on the concept that government should exercise restraint if fundamental interests of society are not at stake.

Utilitarian considerations

Even if one were to reject all of the arguments proposed so far, toleration of de minimis procedures is warranted. This is because it is necessary to protect girls. There is reason to believe that some communities that practice Categories 3 and 4 of FGA will accept de minimis procedures in their stead. In 1996, physicians at Harborview Medical Center in Seattle which served a large Somali population, after much deliberation, decided to offer a ritual nick under analgesia to adolescent girls able to assent to the procedure. This compromise was reached in partnership with the Somali patient population with the knowledge that if the alternative and safe procedure would not be able to be performed in the USA, the women would take their female children back to Somalia for a more extensive, likely Category 4 procedure.

Against this background, the AAP’s Committee on Bioethics issued an opinion stating that genital nicking was ethically acceptable. It stated that AAP “opposes all types of female genital cutting that poses risks of physical or psychological harm”. It further stated that the ritual nick is not physically harmful, is a compromise that that “may build trust between hospitals and immigrant communities”, may save some girls from undergoing more extensive and damaging procedures and “play a role in the eventual eradication” of female genital cutting.21

In both cases, thoughtful physicians confronted first-hand by girls with FGA sought a reasonable way to bridge the ‘impasse between respecting cultural diversity and promoting basic human rights’.2 However, each of these two attempts was met with brisk and severe resistance by critics of FGA that believed such a compromise would ‘handicap health and government workers in stamping out the more horrible forms of this practice’.38 Paradoxically, this is more likely to perpetuate destructive Category 3 and Category 4 procedures than to decrease them. The media and public outcry of utter condemnation led Harborview to end the compromise.38 As for the AAP change in position, swift, negative reactions from the media, human rights organisations and advocacy groups resulted, in which it was reiterated that all forms of FGA were human rights violations and that the global advocacy efforts aimed at eradicating FGA was weakened by AAP’s new stand. AAP retracted its statement and again adopted strong opposition to all female genital cutting, removed its endorsement of the clitoral nick and educated its members not to perform such ritual procedures.25 ,48 ,49

Such opposition to Category 1 nicking sacrifices the needs of actual individuals to the imperatives of ideology. We believe that such opposition to Category 1 and Category 2 procedures that are acceptable to some populations that practice FGA are more likely to perpetuate the medically deleterious Category 3 and Category 4 procedures rather than aid in eradicating them. We acknowledge that our proposed strategy may be mistaken or misconveyed to grant a sense of acceptability to all FGA procedures.49 Careful policy and advocacy efforts, however, can assist in conveying the stark difference between Category 1 and Category 2 procedures versus those in Category 3 and Category 4. A second criticism of such a strategy that ‘opens the door’ is that it is difficult prevent more invasive procedures from being done under the guise of de minimis procedures or regulate the amount of tissue being removed. However, given the widespread nature currently of Categories 3 and 4 of FGA, if even a few girls undergo a de minimis procedure instead of a more invasive one due to this strategy, than the strategy is appropriate. The concern regarding amount of tissue being removed is also not unique to FGA, but is similar to male circumcision as well as cosmetic surgeries on adults. Furthermore, the advocacy efforts aimed at completely eliminating FGA have had only limited success; therefore, a new strategy is required that accounts for cultural requirements while safeguarding the health of female children.7 If a girl, by undergoing a small vulvar nick in infancy, forestalls subsequent vulvar infibulation done under dangerous conditions, we would consider this a worthwhile trade-off.

Conclusion

This ‘complex cross-cultural issue cannot be adequately dealt with by a simple condemnation’ and any impetus to end FGA must come from within the religions and cultures that practice it.2 ,50 By working together respectfully with, and not independently of, local communities we can offer and promote the alternative of Categories 1 and 2 of FGA as a compromise that respects culture and religion but provides the necessary protections against child abuse.2 ,38 Critics of FGA worry that a compromise position of accepting de minimis procedures weakens the effort to eliminate FGA completely.51 Yet, despite 30 years of advocacy, we have not made dents in the prevalence of the practice in many countries and have been largely unable to change the attitudes regarding the acceptability of FGA. The goal of eradicating procedures that do not cause significant harm is at worst, morally questionable and at best, an invitation to waste resources that could be applied to ends that are more likely to further human well-being. In order to better protect female children from the long-term harms of Categories 3 and 4 of FGA, we must adopt a more nuanced position that acknowledges that Categories 1 and 2 are different in that they are not associated with long-term medical risks, are culturally sensitive, do not discriminate on the basis of gender and do not violate human rights.

Acknowledgments

The authors thank Insoo Hyun, PhD for his valuable feedback and critical reading of this manuscript.

Footnotes

  • Contributors Both authors are responsible for the design, drafting and editing of this manuscript. KSA is responsible for the overall manuscript.

  • Competing interests None declared.

  • Provenance and peer review Not commissioned; externally peer reviewed.

References

  1. Ben Rhodes would not speak directly about the classified 28 pages of the report that have become the subject of new scrutiny as Congress weighs legislation that would allow Americans to sue the Saudi government.
    But in an a new episode of « Axe Files, » the David Axelrod podcast produced jointly by CNN and the University of Chicago Institute of politics, Rhodes did talk broadly about the report, the Saudis and how the U.S. relationship has evolved. The U.S., said Rhodes, is much more blunt with Saudis, who he said have become an anti-terror partner of the U.S.
    Before the terror attacks in 2001, Rhodes said he doesn’t think the government was actively funneling money to al Qaeda, but they weren’t trying to stop it, either.
    « The question is two things — one is, was the government actively trying to prevent (funding of al Qaeda) from happening? And I think the answer is no, » said Rhodes. « Not because they necessarily supported them, just because there was a bit of unregulated space, you know, and rich people can make different contributions. And, but the other element of this is, you know, there may be individuals, you know, who are operating, who kind of get to do their own thing. »
    Listen to the whole podcast and read the portion on the 9/11 Commission report below:
    DA: What did you learn on that commission? Obviously what you guys learned has become an issue again recently. Bob Graham (former Florida senator) set off about the role of the Saudis, but tell me what you took away from that because you didn’t have a background in national security issues then even though you studied international relations. This is a whole different education.
    BR: Yeah. You know what was interesting about that is you learned that- I mean there are all these very practical things about homeland security and aviation security and how the intelligence community is organized and kind of the wiring of the U.S. government that is important and the 9/11 Commission led to significant reforms in those areas. But I think the main thing that the 9/11 Commission did that was interesting beyond that was tell the story of how we got to 9/11, and did it in this book that, you know, is written almost like a novel.
    DA: And you participated in that?
    BR: I did, I did. You know, Hamilton was very focused on the recommendations, so that was the main part that I focused on, but I also, you know, was tracking all these other things. I think what I learned is that as this was kind of happening … how deep the roots were that led to 9/11. You know, it went back to Afghanistan, to the war that the Mujahadeen fought against the Soviet Union, and Bin Laden kind of cut his teeth there, and then he bounced around Sudan and Afghanistan. And you know, Americans weren’t really paying attention to some of these things, but …
    DA: Although we were supportive of their effort to repel the Russians … the Soviets at that time.
    BR: That’s right, that’s right. And you know, kind of what you learn is that there are all these unintended consequences to our foreign policies, because in the ’80s we were supporting the Mujahideen, that ends up including people like Bin Laden, the people who became the Taliban. In the ’90s we had the Gulf War. Bin Laden kind of used that event and the fact that U.S. Troops are stationed in Saudi Arabia as kind of his pivot point to focusing on the United States. And you know, these things were right at the time, it was the right thing to do, for us to kick Iraq out of Kuwait, and to support opponents to the Soviet invasion of Afghanistan, but you know, there are unintended consequences to everything that we do, and there are these trends that build up in different parts of the world. And the other fact of the matter was that Al Qaeda also prayed upon the grievances of young people in the Middle East and North Africa and South Asia, who resented their repressive governments. So all of these different forces, you know, created this space that Bin Laden filled with Al Qaeda, and in many ways we’re dealing with similar problems today.
    DA: I would be remiss if I didn’t ask you about the Saudis, and I know you probably are proscribed from being too responsive, but I’m going to take a run at it anyway, which is how valid is the charge that they were complicit through various sponsorships and so on.
    BR: Well I think that, you know there’s this issue of the 28 pages, and without getting into that …
    DA: They are classified.
    BR: Without getting into that specifically because that’s still classified, I think that it’s complicated in the sense that, it’s not that it was Saudi government policy to support Al Qaeda, but there were a number of very wealthy individuals in Saudi Arabia who would contribute, sometimes directly, to extremist groups, sometimes to charities that were kind of, ended up being ways to launder money to these groups. So, a lot of the funding – and you know Bin Laden himself was a wealthy Saudi – so a lot of the money, the seed money if you will, for what became Al Qaeda, came out of Saudi Arabia.
    DA: Could that happen without the government’s awareness?
    BR: I think that’s … I think there are two … The question is two things — one is, was the government actively trying to prevent that from happening? And I think the answer is no. Not because they necessarily supported them, just cause there was a bit of unregulated space, you know, and rich people can make different contributions. And, but the other element of this is, you know, there may be individuals, you know, who are operating, who kind of get to do their own thing, you know …
    DA: Within the government?
    BR: Within the government, or family members you know, because remember you have a large royal family, and they have you know, people — the Bin Ladens for instance were contractors essentially for the, that royal family — So basically there was, at – certainly, at least kind of an insufficient attention to where all this money was going over many years from the government apparatus.
    DA: What about the notion that they wanted to keep quiescent extremists within the country, and this was a way of doing that?
    BR: Yea, well, I think there has been a margin for many years in Saudi Arabia, where essentially the royal family, kind of runs the affairs of state, and runs kind of the oil company, and the security services, but then there are clerics who have enormous power and can operate on their own. And that’s kind of the bargain. Now, some of those clerics are completely legitimate, some people you know, over the time have propagated a more rigid form of Islam, again not necessary the vision of al Qaeda and ISIL, but a fairly rigid version of Islam, that we saw over time get taken and perverted by the more extremist elements into the ideology that we see out of al Qaeda.
    DA: Do you – this to me underscores sort of the complexity of foreign policy and national security, because the Saudis are considered an ally, and yet there are elements of activities there that seeded the greatest attack perhaps helped seed the greatest attack on our country. How do you explain that to Americans, that, you know, on the one hand we call them an ally on the other hand they have these deep roots in these extremist elements?
    BR: Well, you know again, first of all it is important, I wouldn’t, I would stop short of saying that there was any willful government intention from Saudi Arabia to support al Qaeda. Again, this is more just how are individuals operating in Saudi Arabia. I think the difficult thing that Americans need to understand is we forge these relationships with governments because we have some shared interest with them. And for many years the basic interest at the root of the U.S.-Saudi was simply they provided the oil that sustained the global economy and we provided essentially security for the Saudi state. And we didn’t really think about any other aspect of it at great length at least, and yet over time these trends emerge with respect to extremism and funding of extremist groups. And we were slow to pay attention to that because the way the relationship was set up was we just kind of thought about security and oil and didn’t kind of go that other layer down. And I think the point for Americans is sometimes we fail to recognize how omnipresent we are around the world. People in other countries are aware of the role we play and are aware the fact that we are the most important country in the world, so if they have grievances against their own government or against their own economic situation they blame us. So I think it’s hard for Americans to understand why does this constantly come back to us, but the fact of the matter is we are inevitably seen as the one superpower as a potential source of grievances from all kinds of people all over the world.
    DA: But the obvious question is — well let me ask it this way: how blunt are the conversations with the Saudis about breaking ties of some of these elements?
    BR: Well, they’re very blunt. And look, since 9-11 the Saudi government has shifted and now they are a counter-terrorism partner. And so now it’s not just oil and security, it’s also cooperation against terrorist organizations. So we’re very blunt. We’re very direct. And they too now are threatened by these groups themselves, so they have turned hard against al Qaeda in the aftermath of 9-11. They’re working with us against ISIL. So they share the counter-terrorism policies that we would pursue. They still have a system of government that is very different from ours and in some cases a view of regional conflicts that are different from ours, so we’re not totally aligned –
    DA: Plainly they were unhappy with the Iran agreement.
    BR: They’re kind of the center of Sunni Islam in some ways. Iran is Shia. So there’s a sectarian element to a lot of these regional conflicts in Yemen, Syria, and Iraq that in our view sometimes takes more precedence to some of our allies and partners than the necessity of focusing on these extremist elements like ISIL.

Viols de masse: Nos arrière-grands-parents ont violé l’Italie (Looking back at another Arab invasion: How French colonial troops raped their way through Italy)

17 mars, 2016
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VaincreSansGloireNos arrière-grands-parents ont libéré la France, nos grands-parents l’ont reconstruite, nos parents l’ont nettoyée, nous, on va la raconter. Jamel Debbouze
Ce que l’ONU redoutait est arrivé. Les photos pornographiques prises par un employé français de la mission de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC) ont commencé à « sortir ». Vendredi 11 février, la chaîne de télévision ABC a révélé l’identité de ce cadre, ancien chef de l’unité de logistique à Goma. Il s’agit de Didier Bourguet, qui est âgé de 41 ans. La chaîne publie sa photo et affirme avoir pu prendre connaissance du disque dur de son ordinateur. Y figurent « des milliers de photographies de lui en train d’avoir des relations sexuelles », indique ABC. Des « centaines de jeunes Congolaises » sont impliquées. Les Nations unies avaient toujours refusé, jusqu’à présent, de détailler les faits qui sont reprochés à cet employé, arrêté le 31 octobre 2004 à Goma et livré aux autorités françaises à l’ambassade à Kinshasa. Mais des sources officieuses avaient fait état de photos digitales et de vidéos, faisant circuler dans les couloirs l’angoisse d’avoir à subir un « Abou Ghraib à l’ONU ». Le Monde snes (13.02.05)
Le véritable scandale, c’est l’hypocrisie et la répétition de ce genre d’affaires. On envoie des jeunes gens dans un pays où la misère est absolue, sans assurer l’encadrement adéquat. Comme si cela faisait partie des risques du genre. Comme si on vivait à l’époque des bordels de campagne ambulants, sauf qu’au Congo, c’est le pays qui est traité comme un bordel. Et c’est d’autant plus choquant que les gens qu’on envoie sont censés protéger et rassurer des gens traumatisés par des années de guerre et de violences. Me Emmanuel Daoud
On sort de ce documentaire abasourdi, mais guère surpris, la violence sexuelle ayant longtemps été considérée comme un inévitable dommage de guerre. Il aura fallu soixante ans pour qu’un livre et un film dévoile la face cachée de la libération de l’Europe, quelques mois ont suffi pour que le monde entier apprenne, et condamne, les exactions commises lors de la « libératon » de l’Irak. Ce sera notre seule raison d’éspérer. Christian Sorg (15/3/06)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Récemment, toutes les femmes de Patrica, Pofi, Isoletta, Supino, et Morolo ont été violées. À Lenola, pris par les Alliés le 21 mai, cinquante femmes ont été violées, et -comme il n’y en avait pas assez pour tous- des enfants et même des vieux furent violés. Il semble normal que deux Marocains s’en prennent simultanément à une femme, l’un ayant une relation normale, tandis que l’autre la sodomise.Norman Lewis (Naples ’44: A World War II Diary of Occupied Italy)
La bataille du Monte Cassino a été très violente et très frustrante pour les soldats qui ont piétiné pendant des mois dans le froid, sans pouvoir vraiment avancer. Il y a donc eu un phénomène de décompensation qui s’est retourné contre les civils. Par ailleurs, le commandement français a clairement entretenu l’esprit de revanche des troupes à l’égard des Italiens qui avaient « trahi la France ». Résultat : les civils ont parfois été considérés comme le butin de cette guerre. (…) Si l’armée n’en parle pas ouvertement, c’est aussi pour ne pas ternir l’image glorieuse de la bataille de Monte Cassino, surtout à un moment où l’on commence à redonner sa juste place à la contribution des troupes coloniales, car cela brouille le message politique. Julie Le Gac
Quiconque se trouve sur leur route est attaqué à main armée […]. Ils s’emparent de tout […], et si dans le groupe se trouvent des femmes, elles sont déshabillées avec violence en cas de résistance. Si, par exemple, ils s’engouffrent dans quelques fermes encore habitées, ils s’adonnent à un vrai saccage ; à la suite de quoi, les armes à la main, ils chassent les hommes des maisons et violent les femmes sans aucun respect ni pour les jeunes ni pour les personnes âgées. […] Dans tous les cas, on déplore que les actes de violence charnelle s’accompagnent de coups très violents. Les rapports médicaux mentionnent dans leurs diagnostics des déflorations associées à des lésions multiples, des ecchymoses et autres traumatismes […]. Dans l’ensemble, on peut affirmer, sans risque d’être démenti, que 90 % des personnes qui ont traversé la zone d’opérations des troupes marocaines ont été détroussées de tous leurs biens, qu’un nombre élevé de femmes ont été violentées, et que l’on a compté un nombre important d’hommes auxquels on a fait subir des actes contre nature. Officier de l’armée italienne
Cette libération s’accompagna d’un comportement particulièrement agressif et violent envers les populations locales. Dès les premiers temps de leur progression victorieuse, les soldats du contingent français se rendirent coupables de « graves […] violences et […] abus […] dans toutes les régions où ils sont passés », s’abandonnant « à une activité terroriste » marquée par « des centaines de vols, homicides, attaques à main armée, violences sexuelles, coups et blessures, saccages et dévastations ». (…) Les conditions particulières de la « libération » des villages du Latium méridional sont reconstituées de manière détaillée dans une longue lettre de Giovanni Moretti envoyée au commandement militaire français. Passée la première journée d’occupation, le 17 mai, le maire de la commune d’Esperia écrit : « On a constaté dans de nombreuses habitations les premiers cas de violence contre des femmes, des vols, des saccages, des vols à main armée, et le meurtre de ceux qui tentèrent de défendre leurs femmes, ainsi que des incendies. Terrorisées par ces agissements, les populations cherchèrent de l’aide auprès des officiers français commandant ces détachements ; on leur répondit toujours évasivement et parfois négativement. Les troupes purent impunément poursuivre leurs actions criminelles durant les deux ou trois jours qui suivirent, sans que la population civile ne se livre à des mesures de rétorsion : affamée et dépitée, elle dut subir ces humiliations de la part des troupes. Comme les unités marocaines étendirent leur occupation sur tout le territoire de la commune et qu’elles y stationnèrent pendant plus de dix jours, les maisons, les granges, les taudis furent fouillés et saccagés, parfois incendiés et dépouillés de tous les objets : « L’or, l’argent liquide, le bétail, les nappes, le linge, etc. En un court laps de temps, la zone tout entière fut pillée et la population terrorisée. […] Par la suite, la population s’achemina vers Spigno Saturnio, siège du commandement américain, et fut agressée durant le parcours pour être systématiquement dépossédée de ses derniers objets de valeur ; souvent les femmes furent violentées et durent subir des sévices. (…) En tenant compte à la fois du nombre élevé de communes concernées par le passage des troupes coloniales (plus d’une quarantaine) et de la longueur relativement importante de la période durant laquelle des violences sexuelles eurent lieu, le chiffre de douze mille femmes violées qu’avance l’organisation communiste féminine l’Unione Donne Italiane semble crédible. Selon la même enquête, les demandes d’indemnités pour des dommages matériels causés par les soldats français à la population italienne (catégorie générale regroupant des réalités aussi différentes que les vols ou les homicides) s’élevaient à soixante mille environ. Par-delà la spéculation autour des chiffres, un élément paraît irréfutable : dans le Latium méridional, les violences sexuelles perpétrées par les troupes alliées ont eu une dimension massive, faisant de la situation italienne un cas unique. Certes, différents cas de viols commis, par exemple, par les soldats américains peuvent être dénombrés en Europe occidentale durant la seconde guerre mondiale ; mais il s’agissait, la plupart du temps, d’initiatives individuelles se produisant à l’arrière du front. Ces événements italiens semblent en revanche s’insérer à mi-chemin entre l’aspect épisodique des viols commis par les soldats alliés en Angleterre, en France ou en Allemagne, et le côté systématique des violences sexuelles qui accompagnèrent l’avancée de l’Armée rouge vers l’Allemagne. La mémoire des habitants du bas Latium présente de fortes similitudes avec celle de la population de l’Autriche méridionale : dans cette région également, l’attente de la fin de la guerre fut compromise par le comportement des « libérateurs » russes enclins, au-delà des prises de positions officielles, à considérer les civils comme des ennemis vaincus, devant acquitter la défaite aux prix du saccage et du viol. Comme les troupes soviétiques, les soldats coloniaux purent, durant leur offensive contre la ligne Gustav et sur une période importante, profiter d’un régime disciplinaire particulièrement permissif. Le relâchement de la discipline interne aux subdivisions se confirme lorsqu’on analyse l’attitude adoptée par le commandement français face aux délits commis avant la percée du front. Depuis le débarquement en Italie, des violences contre la population civile avaient été perpétrées par les membres du corps expéditionnaire français, particulièrement en Campanie. Les autorités françaises avaient alors collaboré avec les forces de l’ordre italiennes, en cherchant à identifier les coupables. À Atella, par exemple, une jeune fille avait « perdu sa virginité avec violence et été violée pendant plus d’une heure par trois militaires arabes de l’armée française, puis abandonnée à terre », le 24 décembre 1943. Les responsables du viol furent « identifiés et arrêtés par le commandement de leur régiment », et déférés devant le tribunal militaire allié. Devant des crimes plus atroces encore, des méthodes plus expéditives avaient été employées. Après la découverte du cadavre d’un enfant de 9 ans dans la commune de Santa-Maria-la-Fossa, comprenant « des lacérations de l’orifice anal, des signes évidents de blessures dans la région abdominale et d’étranglement au moyen d’une corde, et des ecchymoses sur tout le corps », l’auteur de ce délit macabre, un militaire français de couleur, avait été non seulement identifié mais également emmené par la police militaire française près du cimetière du village où il avait été fusillé en présence de tout son détachement. Même les documents français relatifs au corps expéditionnaire, conservés au Service historique de l’armée de terre, relate de nombreux épisodes similaires à ceux qui viennent d’être narrés. Dans les zones éloignées du front, les autorités françaises punirent des soldats responsables de violences contre les civils. Environ trois cent soixante militaires du corps expéditionnaire français furent déférés devant les tribunaux militaires pour des délits commis durant la campagne d’Italie. Mais « au moment où se déroule cette bataille, aucun pouvoir ne peut, ou ne veut, intervenir pour défendre les civils. (…) Les soldats du corps expéditionnaire commirent encore, mais dans une moindre mesure, de graves violences à l’encontre des populations locales dans le Latium septentrional et la Toscane. Les autorités militaires italiennes signalaient que « les militaires marocains […] continuaient à développer une activité terroriste dans toutes les zones où ils passaient comme […] à Montefiascone, et en général dans toute la zone du lac de Bolsena, où ils avaient commis des centaines de vols, d’homicides, de braquages, de viols, de coups et blessures, des saccages et des dévastations ». Après le Viterbois on dénombra des incidents même dans la province de Sienne. « Même là en effet, reprenaient les autorités italiennes, les troupes françaises, et particulièrement les contingents marocains, ont continué à recourir à des violences à caractère sexuel contre les populations, suscitant la panique et la honte », au point qu’elles accueillirent avec soulagement la rumeur selon laquelle « dans ces zones les troupes françaises seraient rapidement relevées par des contingents britanniques ». Les passages des troupes coloniales dans la province de Livourne et à l’île d’Elbe furent particulièrement dramatiques. Ils suivirent les mêmes modalités que lors de la percée de la ligne Gustav. Là aussi, viols et homicides succédèrent à des opérations militaires délicates et semblent avoir bénéficié du consentement de la hiérarchie militaire. Les soldats du corps expéditionnaire français (soit environ 17 400 hommes), Sénégalais et Marocains dans leur grande majorité, dirigés par des gradés français, débarquèrent dans la nuit du 17 juin 1944. Après avoir débordé en deux jours « la défense – dans certaines zones – acharnée de divisions allemandes et fascistes de la République sociale italienne », ils s’abandonnèrent « envers la population de l’île à toutes sortes d’excès, violant, volant, razziant villages et domaines, prélevant le bétail, le vin, et tuant qui tentait de s’opposer à leur arbitraire ». « Les officiers assistèrent dans l’indifférence à ces massacres », obligeant les habitants du lieu à se retirer « dans les maisons en montagne », en attendant le retour à la normale, qui n’intervint « qu’au départ des divisions, vingt-cinq jours plus tard ». Selon « les vérifications diligentes » des carabiniers, outre les vols, braquages, et dévastations, s’étaient produits dans cette zone 191 cas de violences sexuelles, 20 tentatives de viols sur des femmes, et une tentative de viol sur une petite fille. Les homicides liés à la résistance furent nombreux. Mais la plus grande partie des troupes présentes en Italie fut retirée pour être engagée dans le débarquement en Provence, suivant le vœu du général de Gaulle qui préférait, de loin, engager ces troupes dans la libération du territoire national, plutôt que de les utiliser sur un théâtre d’opération à ses yeux secondaire. L’ampleur des violences perpétrées par les militaires du corps expéditionnaire français en Italie mérite une réflexion sur les causes plus profondes de ces événements. Dans cette perspective, l’existence ou non d’ordres (écrits ou oraux) cautionnant le comportement des troupes françaises ne constitue pas un enjeu décisif. En revanche, la conception selon laquelle des populations civiles impliquées dans des événements guerriers ont été considérées comme un butin de guerre représente un élément central. Les soldats coloniaux en profitèrent tant lors des viols isolés, effectués de nuit dans les campagnes sans l’aval des hiérarchies militaires, que lors de violences sexuelles, liées aux opérations militaires, implicitement admises par le commandement. Dans le Latium méridional, ces violences n’ont cependant pas eu pour objectif une affirmation ethnique. Le comportement des troupes coloniales a souvent été interprété en référence à l’appartenance tribale des soldats, celle des goumiers notamment. Lors de leur passage caractérisé par son extrême brutalité, avec droit de saccages et de viols, auraient été transposées des coutumes encore en vigueur sur le continent africain. Lorsqu’ils traitent des viols, les documents américains font allusion « à l’habitude des Africains de se comporter ainsi contre les populations hostiles quand ils sont victorieux », tout en insistant sur d’autres causes, la présence insuffisante d’officiers européens notamment. Cette position est fortement réductrice et influencée par le « regard colonial », l’Occident redéfinissant sa propre identité, en s’opposant à celle que l’on attribuait aux colonies. Le discours colonial français a ainsi fréquemment déshumanisé les soldats marocains, représentés comme des sauvages naturellement enclins à la guerre, dotés de dispositions ataviques à la vie militaire du fait même de leur appartenance au grade le plus bas de la civilisation humaine. En réalité, cette disposition au saccage et au viol, loin d’être propre aux troupes coloniales, est fréquente parmi les armées européennes, au moins jusqu’au 17e siècle. Plus justement, la violence des troupes coloniales, et spécialement celle des goumiers, doit être reliée aux fonctions de police coloniale que ces troupes exerçaient. Les goumiers furent souvent recrutés de manière coercitive et entraînés par des officiers de l’armée régulière, afin de réprimer les résistances antifrançaises, encore fréquentes durant les années 1930. De nombreuses techniques guerrières, dont celles relatives aux comportements envers les civils, se forgèrent dans ce contexte et furent finalement exportées vers d’autres théâtres d’opérations. Il est donc difficile de distinguer ce qui, dans la pratique militaire adoptée par les soldats coloniaux, dérive des « traditionnelles barbaries africaines », de ce qui au contraire provient de l’apport européen à la violence coloniale contre les civils indigènes. Ce même problème de la « sauvagerie » des troupes coloniales s’était pour la première fois manifesté lors de la première guerre mondiale, quand des contingents furent engagés en Europe par la France et par la Grande-Bretagne, provoquant la protestation des empires centraux qui accusèrent les puissances de l’Entente de se servir de soldats barbares et sauvages. Ils contestaient une manière de conduire les conflits qui, en réalité, était pratiquée par tous dans les territoires extra-européens. L’opinion publique européenne fut, dans son ensemble, perturbée par la présence de soldats de couleur sur son sol, comme le prouve la forte préoccupation relative aux éventuels rapports sexuels entre soldats africains ou asiatiques et femmes occidentales. Cette donnée amena l’État français à opter pour une ségrégation des races et des genres, jusque dans les hôpitaux, des militaires provenant des colonies d’avec les infirmières françaises. Relancé par une vaste campagne de presse développée en Allemagne contre les viols commis par des soldats marocains durant l’occupation française de la Rhénanie, le stéréotype du soldat noir, barbare et violeur, se renforça dans l’imaginaire du vieux continent. De même dans l’Italie des années 1930, les auxiliaires indigènes de l’armée royale furent considérés comme particulièrement féroces et sanguinaires en raison de leur origine tribale. Dans l’imaginaire européen, l’agressivité et la férocité du soldat de couleur sont associées à sa condition de « bête sauvage » et d’animalité. Dans un ouvrage consacré aux goumiers, Yves Salkin finit par les comparer à des bêtes sauvages pour leur aptitude à se déplacer dans les zones de montagne les moins praticables.  (…) Les conséquences de cette vision sont loin d’être anodines. Assimiler les soldats coloniaux à des bêtes dominées par des pulsions naturelles et privées de raison aboutit inévitablement à les soustraire du jugement moral, en faisant de leur comportement « sauvage » une réaction instinctive ou automatique, « animalière » précisément. La « naturalisation » de la violence a une signification différente selon les acteurs. Si les dirigeants politiques et militaires français justifient par leur « bestialité » les crimes des soldats marocains, ils se délient de toute responsabilité même indirecte. La population italienne, elle, se sert de l’animalité des troupes pour souligner le rôle des commandements militaires, français ou américains. En insistant sur les responsabilités générales des commandements alliés, les habitants des villages « libérés » par les troupes françaises semblent percevoir la nature moderne des viols. Ceux-ci, selon le point de vue des habitants, sont liés à la « totalisation » du conflit, à laquelle les Anglo-Américains contribuent dans une certaine mesure. Afin de poursuivre leur objectif stratégique, ces derniers choisissent d’engager des troupes propices à une forte agressivité à l’encontre des civils durant les combats, soutenant ainsi leurs comportements, même s’ils n’en sont pas les promoteurs directs. Les violences sexuelles commises dans le Latium méridional sont donc à replacer dans le contexte de la culture européenne de la guerre. Tout en refusant les révisionnismes infondés, n’oublions pas que les Anglo-Américains n’étaient pas totalement étrangers à cette culture de la guerre, fondée sur la notion absolue d’« ennemi ». Dans un contexte spécifique et particulier, les « libérateurs » ne sont donc pas toujours reconnus dans ce rôle par les populations locales, précisément parce qu’ils choisissent de conduire la guerre de façon très pénalisante pour les civils. Dans le Latium méridional s’est forgée une mémoire très critique de leur comportement, sans engendrer pour autant de réflexion collective. Les épisodes des violences commis par les soldats coloniaux, dont le souvenir reste fort au niveau individuel, ont suscité trop de contradictions dans une société locale marquée par une culture masculine et machiste dominante, tendant à culpabiliser les victimes des viols et leur imposant le silence sur les méfaits subis. « C’était passé… c’était fait… on ne pensait qu’à çà… cela ne sortait plus de notre esprit », raconte Marianna Corelli, se référant au comportement de la famille de son mari envers la belle-sœur violée. Les municipalités évitèrent donc d’initier des politiques commémoratives dans les communes où les soldats français étaient passés. L’expérience belliqueuse vécue par la population civile ne trouva ni reconnaissance ni forme de codification. Les récits dissonants relatifs aux viols perpétrés dans le bas Latium n’ont pas pu trouver d’écho dans la mémoire publique nationale de l’après-guerre. En adhérant à l’OTAN en 1949, l’Italie républicaine pouvait difficilement faire accepter des visions critiques de la campagne militaire menée en 1944 par deux nouveaux et importants alliés : la France et, plus encore, les États-Unis. Revenir sur les violences sexuelles auraient pu inciter « à discuter les valeurs de l’Allié et de l’Alliance occidentale », en fournissant d’utiles arguments aux partis de gauche qui s’opposaient à l’entrée italienne dans le Pacte atlantique. Il n’était donc pas judicieux, du point de vue de la politique intérieure comme extérieure, d’ouvrir cette boîte de Pandore. Sur un tout autre plan, cette reconnaissance se révélait absolument « incompatible avec le processus de reconstruction d’un sentiment masculin national valorisant». L’exaltation de la figure du partisan en armes, mise au centre du discours public sur la résistance, célébrait également la renaissance de la patrie italienne, en proposant de nouveau l’idéal proprement masculin de l’homme-guerrier. En combattant contre l’étranger et ses collaborateurs, les partisans avaient aussi tenté de restaurer le prestige de la composante masculine nationale qui s’était évaporée avec la crise de l’armée, consécutive à l’armistice du 8 septembre 1943. La thématique des viols obligeait au contraire à se confronter avec la défaite italienne, avec l’effondrement des institutions de l’État, et surtout avec l’incapacité attestée des hommes à défendre leurs femmes. Le thème de la défense de la nation est étroitement lié à celui de la sexualité féminine : la défense des femmes passe « par la sauvegarde de la cohésion interne et des frontières extérieures de la spécificité nationale ». Le recours au viol comme acte de guerre est une des façons de sanctionner la défaite des groupes masculins des nations belligérantes. Rappeler ouvertement les viols revenait donc à souligner la longue impuissance des hommes italiens à la suite de la reddition. Dans ce contexte, le thème des violences sexuelles ne pouvait trouver d’exutoire dans le discours public. Cette expérience particulière n’avait pas la possibilité d’être lue à travers les lunettes du patriotisme et de la résistance à l’envahisseur étranger. Les auteurs de ces viols n’étaient pas des ennemis (les Allemands) contre qui une communauté masculine « retrouvée » (les partisans) prenait les armes, mais au contraire des « alliés », au côté desquels on combattait pour faire renaître la nation détruite par le fascisme. En outre, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien, servant à dénoncer l’ennemi fasciste et nazi. De même, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien permettant de dénoncer l’ennemi fasciste ou nazi, au rebours de ce qui s’est récemment passé au Kosovo. La situation italienne en 1944 ne correspond pas au modèle du « héros masculin » accolé à l’image féminine de la « victime souffrante ». On comprend, dès lors, que cette dimension soit longtemps restée absente de l’historiographie italienne. Aussi, l’analyse des massacres nazis en Italie, caractérisée par une forte attention aux mémoires locales, a récemment focalisé l’attention des historiens qui se sont intéressés aux populations civiles en temps de guerre. Dans les zones traversées par la ligne Gustav, l’étude de la seconde guerre mondiale a conduit certains d’entre eux, recourant aux sources orales, à s’interroger sur le thème des violences alliées, évoquées de nouveau par les interviewés, tant sous le biais des bombardements anglo-américains que sous l’angle du passage dramatique des troupes du corps expéditionnaire français. Sans être toujours relayés par l’opinion publique, ces événements ont laissé des traces très profondes dans la mémoire collective, traces que les outils propres à l’historiographie permettent aujourd’hui d’analyser. Tommaso Baris
Disparus de la mémoire de la Libération, les viols de masse commis au printemps 1944 par les troupes françaises restent une plaie ouverte dans le cœur des Italiens du Latium. Sept décennies plus tard, la France ne s’est jamais excusée et les victimes n’ont pas oublié. (…) Le 11 mai 1944 … au terme de six mois de guerre, de pertes humaines considérables, l’armée de Libération remporte la bataille de Monte Cassino. Grâce à l’intervention décisive du général Juin et des soldats du Corps expéditionnaire français (CEF), la route vers la capitale est ouverte, la Wehrmacht est défaite, la libération de Rome n’est plus qu’une question de semaines. Ivres de leur victoire, des milliers de soldats du CEF déferlent sur les petits villages du Latium. Mais, à la surprise des civils qui croient accueillir une armée de libérateurs, l’esprit de conquête se libère en fureur… Entre le 15 mai 1944 et le début du mois de juillet, des milliers de viols sont commis par les soldats tricolores. Femmes, hommes, enfants, vieillards, les civils de 8 à 72 ans sont victimes des marocchinate, des «maroquinades», un mot générique (et particulièrement injuste) pour désigner les «viols de masse» (2) commis par les soldats du CEF (dont 60% étaient originaires d’Afrique du Nord). Le général Juin, lui, deviendra un des plus grands héros militaires de la Seconde Guerre mondiale. (…) Pour ne rien arranger, le général Juin mettra neuf jours à réagir aux exactions alors que les alertes arrivent de toutes parts. Le héros de Monte Cassino ne le fera qu’«à la demande insistante des Alliés». (…) Les récits des survivants ou de leurs descendants rivalisent d’horreur, et pourtant ils sont moins cruels que les comptes rendus factuels des tribunaux militaires. Ces documents, que nous nous sommes procurés, décrivent avec force détails le traitement réservé aux civils et mettent en cause la responsabilité du haut commandement qui avait obtenu de la part des gendarmes, des médecins et des coupables eux-mêmes, la preuve de ces exactions. «En réunion et sous le regard des proches.» C’est ainsi que Pierre D., soldat 2e classe, reconnaît avoir, le 12 juin 1944, «conduit dans une grotte» sous la «menace d’une arme» un garçon de 12 ans – qui témoigne également dans l’acte d’accusation. «Dans cette grotte, je l’ai déshabillé pour le violer, comme il s’opposait à ma volonté, je l’ai frappé de plusieurs coups de poing à la figure, puis je l’ai jeté à terre et l’ai fait coucher sur le ventre. A ce moment, le garçon s’est mis à crier, je l’ai menacé de mon arme en lui disant « ne crie pas ou bien je te tue ». Afin d’étouffer ses cris, j’ai appliqué ma main sur sa bouche, puis me jetant sur lui, je l’ai violé.» Le militaire sera condamné à dix ans de travaux forcés pour «atteinte à la pudeur». Cette histoire fait terriblement écho à celle de Pietro, le vieux paysan de Lenola, et pourtant le mode opératoire de cette agression reste exceptionnel. En effet, selon les actes d’accusation dont nous avons eu copie, les militaires du général Juin qui se sont rendus coupables de violences sexuelles l’ont fait presque toujours en réunion, sous la garde d’au moins un camarade. Dans la majorité des cas, les soldats entraînaient les victimes un peu à l’écart du lieu de la rencontre ou commettaient leur crime dans la maison sous le regard des proches. C’est ainsi que le 30 mai 1944, quatre soldats français, Belgacem B., Jean-Marie G., François S. et Mohamed G. sont reconnus coupables de viol sur deux jeunes femmes de Castro dei Volsci, âgées de 20 et 29 ans. La première avait été agressée dans sa propre chambre en présence de sa mère et de sa tante, avant de l’être de nouveau par deux autres soldats, dans un champ de blé voisin. La seconde avait été violée dans la grange de la ferme. Bien que les quatre soldats furent reconnus coupables, seuls Jean-Marie G. et François S., les soldats français, obtiendront des suspensions d’exécution de peine. Indiqué dans les comptes rendus, le motif de la clémence est identique dans les deux cas : «Il semble bien résulter des données et des débats que X s’est laissé entraîner par des camarades indigènes et qu’il ne se soit pas rendu compte de la gravité de sa faute.» Aucun des historiens interrogés n’a pu expliquer cette différence de traitement. Selon les données récoltées par Julie Le Gac, 207 soldats seront jugés pour violences sexuelles, et 19%, soit 39 hommes, seront acquittés, «le plus souvent faute de preuves». Vingt-huit soldats pris en flagrant délit seront exécutés sans jugement. L’historienne précise que «55 % d’entre eux bénéficieront de circonstances atténuantes attribuées de manière discrétionnaire». Pour certains, ces décisions de justice sont la preuve que la France a bien condamné ces exactions. En outre, après enquête, le 1er janvier 1947, Paris a autorisé l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles. Une forme de reconnaissance ? Peut-être. Sauf que c’est Rome qui a payé. Selon la procédure mise en place par les Alliés, l’Italie, pays vaincu, a dû indemniser les victimes des exactions. Au-delà de la question financière, pour Fabrizio Battistelli, professeur de sociologie à l’université de Rome (Sapienza), c’est avant tout une affaire de «reconnaissance». Selon le chercheur qui a travaillé sur les violences du CEF dans le Latium méridional, «il ne semble pas que, du côté français, il y ait eu une prise de conscience appropriée de la gravité des faits». Pour lui, «la responsabilité de la République française, représentée sur le terrain par le général Juin et ses subordonnés, est indiscutable». En effet, le professeur estime que ces «crimes» ont été commis de «manière systématique» dans un cadre «de tolérance générale, sinon d’autorisation ouverte» du commandement français. Moins radicale, l’historienne française estime que ces violences «ne sont pas un sujet tabou pour l’armée française», mais reconnaît «un problème d’encadrement dû à un manque de personnel». (…) Le nombre des viols commis par le CEF à cette période fait l’objet de débats parmi les historiens (entre 200 – le nombre de condamnations par les tribunaux militaires – et 12 000 environ), les gouvernements (2 000 pour le gouvernement italien, 1 488 personnes indemnisées pour les autorités françaises) et les associations (60 000). «Viol de masse», en raison de la faible densité démographique de la province et de la courte période durant laquelle ils ont été commis. Libération
Les Goums, formations de l’Armée d’Afrique (à distinguer de l’armée coloniale), étaient recrutés de manière régulière, mais collectivement par unités complètes, encadrement compris. Ces troupes contractuelles appelées goums marocains, mais avec un statut particulier, proche des coutumes locales de la zone de recrutement, fournissaient l’ossature de l’infanterie d’une division d’infanterie marocaine. Ils appartenaient au CEF (Corps expéditionnaire français) aux côtés de la 2e division d’infanterie marocaine, de la 3e division d’infanterie algérienne, de la 4e division marocaine de montagne et de la 1re division d’infanterie motorisée (1re DIM) qui se faisait appeler la 1re division française libre. Les goums étaient sous les ordres du général français Augustin Guillaume. Le 14 mai 1944 les goumiers, avec leurs convois de mules, passèrent par un endroit réputé infranchissable dans les monts Aurunci et contournèrent les lignes de défense allemandes dans la vallée du Liri, permettant au XIIIe Corps britannique d’enfoncer la ligne Gustav et d’avancer jusqu’à la ligne de défense suivante que les troupes allemandes avaient préparée, la Ligne Hitler. C’est après cette bataille qu’eurent lieu les violences sur les populations civiles. Lors de sa première visite sur le front italien en mars 1944, De Gaulle prévoit déjà de rapatrier les goumiers au Maroc et de les employer uniquement à des taches d’utilité publique. La demande pressante de ses officiers pour renforcer le contingent de prostituées à hauteur de 300 Marocaines et de 150 Algériennes avait débouché sur la venue de seulement 171 Marocaines. En Italie, les exactions des goumiers marocains ont donné naissance aux termes « marocchinate », « marocchinare » qui se rapportent aux viols d’une cruauté insurpassable commis. Du 15 au 17 mai, plus de 600 femmes sont violées, beaucoup d’hommes subissent le même sort ainsi qu’un prêtre. Un rapport anglais révèle que des femmes et des jeunes filles, des adolescents et des enfants sont violés dans la rue, des prisonniers sodomisés et des notables castrés. Dans l’Italie de l’après guerre parler des « maroquinades » évoque toujours des scènes de pillages et de viols. (…) Cependant ces violences ne se limitèrent pas à cette seule zone de l’Italie : le phénomène aurait déjà commencé en juillet 1943 en Sicile, avant de se propager par la suite dans toute la péninsule et il n’aurait pris fin qu’en octobre 1944, avec le transfert en Provence des CEF. En Sicile, les goumiers auraient eu des heurts très sévères avec la population pour cette raison : on parle de quelques soldats qu’on aurait retrouvé tués avec les parties génitales coupées. Avec l’avancée des alliés le long de la péninsule, des événements de ce genre sont aussi rapportés dans le Nord du Latium 8 et le Sud de la Toscane où les goumiers violèrent, et parfois tuèrent, des femmes et des enfants après la retraite des troupes allemandes, sans épargner des membres de la résistance italienne. Les mêmes méfaits se sont répétés lors de la prise de Freudenstadt, en Allemagne, les 16 et 17 avril 1945, quand au moins 600 femmes ont été violées par les troupes françaises, dont une partie de goumiers9. Le 18 juin 1944, le pape Pie XII sollicita le général de Gaulle afin qu’il prenne des mesures face à cette situation. La réponse qu’il reçut du général montrait à la fois sa compassion et son irritation. La justice française entra donc en lice et 207 soldats furent jugés pour violences sexuelles ; 39 d’entre eux furent acquittés, faute de preuves. À ces chiffres, il faut cependant ajouter le nombre de ceux (28) qui furent pris sur le fait et fusillés. Le 1er janvier 1947, la France autorise l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles ; indemnisations payées par l’Italie, pays vaincu. (…) À titre de comparaison, mais se référant à un effectif global des armées bien plus important que les bataillons ici en cause, l’historien américain J. Robert Tilly dans son ouvrage La Face cachée des GI’s, rend compte de 379 dossiers archivés, de 879 cas dénombrés officiellement, et extrapolant sur ces bases pour tenir compte des affaires n’ayant jamais donné lieu à des plaintes estime que plus de 17 000 viols auraient été commis par les militaires américains pendant les campagnes de France et d’Allemagne entre 1942 et 1945. Les viols commis par l’Armée soviétique sont quant à eux estimés à de plus de deux millions de femmes allemandes violées en 1944-1945 (dont 100 000 pendant la seule bataille de Berlin). Wikipedia

 Attention: une occultation peut en cacher une autre !

A l’heure où à l’instar du pape, l’Europe se félicite de l’invasion arabe dont elle est actuellement l’objet …

Et où après les débordements du Nouvel An que l’on sait …

Nos belles belles âmes se dévouent pour leur apprendre la position du missionnaire

Comment ne pas repenser en ces temps de réhabilitation généralisée de la mémoire jusqu’ici occultée de nos nouveaux damnés de la terre …

A une autre occultation celle-là – il ne fallait pas « brouiller le message politique » – de ces milliers de viols de femmes italiennes …

Par ces fameux indigènes dont on nous avait ….

Entre deux dénonciations des barbares de Normandie ou d’Abou Ghraib et sans parler de nos propres casques bleus pédophiles …

Tant vanté il y a quelques années les prétendus exploits militaires ?

«Elle avait 17 ans et elle a été violée par 40 soldats»
Leïla Minano, Envoyée spéciale dans le Latium (Italie)

Libération

15 mai 2015

Disparus de la mémoire de la Libération, les viols de masse commis au printemps 1944 par les troupes françaises restent une plaie ouverte dans le cœur des Italiens du Latium. Sept décennies plus tard, la France ne s’est jamais excusée et les victimes n’ont pas oublié.

«Elle avait 17 ans et elle a été violée par 40 soldats»
«Ils m’ont tout fait… Ils m’ont tout fait.» Le vieux paysan referme la main sur son pantalon en velours côtelé. Le regard est vide, la voix sûre, mais les doigts broient le tissu à s’en tordre les phalanges. Pour le rassurer, Marina, sa petite-fille de 20 ans, lui parle à l’oreille. Mais Pietro, 86 ans, ne faiblit pas : «Ils m’ont pris comme une femme… Ils m’ont tout fait, comme des bêtes, et puis ils m’ont tiré dessus.» Et de montrer la cicatrice de la balle qui l’a frappé à l’arrière du cou. «Pourtant mon père m’avait prévenu, il m’avait dit de rester à la maison. Mais j’étais jeune, fou, c’était la guerre et toute la famille était affamée, il fallait bien sortir pour trouver de quoi manger.» Dans le salon de la grande maison en pierre, trois générations de la famille Socco écoutent religieusement cette histoire que «l’ancien» ne leur a jamais racontée. «Ce jour-là, j’étais avec mon ami Lorenzo, mais lui n’a pas survécu. Dans la soirée, quand ils m’ont retrouvé, j’avais perdu beaucoup de sang, mon père me croyait déjà mort, mais je m’en suis sorti. Il m’a dit « tu es vivant, c’est tout ce que j’ai besoin de savoir », alors je n’ai rien ajouté.» C’était il y a soixante-et-onze ans. Mais dans les mots du grand-père, le souvenir enfoui remonte à la surface avec la précision d’un flash.

«Les civils considérés comme butin de guerre»
Au printemps 1944, Pietro a 15 ans, et vit à Lenola, petit village escarpé qu’il n’a jamais quitté. Les Socco, comme la majorité des habitants de la province de Frosinone, une zone rurale à deux heures de Rome, sont affamés par quatre ans de guerre «où il a fallu nourrir le soldat allemand». Dans cette partie du Latium, les bombardements frappent durement Lenola et les petites communes situées à quelques kilomètres du front. Dans tout le pays, la confusion est totale : c’est la valse des uniformes depuis que Mussolini est tombé et que les Alliés ont débarqué en Sicile. Le 11 mai 1944, ils renversent enfin la vapeur : au terme de six mois de guerre, de pertes humaines considérables, l’armée de Libération remporte la bataille de Monte Cassino. Grâce à l’intervention décisive du général Juin et des soldats du Corps expéditionnaire français (CEF), la route vers la capitale est ouverte, la Wehrmacht est défaite, la libération de Rome n’est plus qu’une question de semaines.

Ivres de leur victoire, des milliers de soldats du CEF déferlent sur les petits villages du Latium. Mais, à la surprise des civils qui croient accueillir une armée de libérateurs, l’esprit de conquête se libère en fureur… Entre le 15 mai 1944 et le début du mois de juillet, des milliers de viols (1) sont commis par les soldats tricolores. Femmes, hommes, enfants, vieillards, les civils de 8 à 72 ans sont victimes des marocchinate, des «maroquinades», un mot générique (et particulièrement injuste) pour désigner les «viols de masse» (2) commis par les soldats du CEF (dont 60% étaient originaires d’Afrique du Nord). Le général Juin, lui, deviendra un des plus grands héros militaires de la Seconde Guerre mondiale.

«La bataille du Monte Cassino a été très violente et très frustrante pour les soldats qui ont piétiné pendant des mois dans le froid, sans pouvoir vraiment avancer. Il y a donc eu un phénomène de décompensation qui s’est retourné contre les civils, explique l’historienne Julie Le Gac, auteure d’une thèse édifiante sur le CEF (3). Par ailleurs, le commandement français a clairement entretenu l’esprit de revanche des troupes à l’égard des Italiens qui avaient « trahi la France ». Résultat : les civils ont parfois été considérés comme le butin de cette guerre.» Pour ne rien arranger, le général Juin mettra neuf jours à réagir aux exactions alors que les alertes arrivent de toutes parts. Le héros de Monte Cassino ne le fera qu’«à la demande insistante des Alliés».

Devant la frilosité des réactions des officiers français, la population du Latium méridional se protège tant bien que mal. Dès les premières exactions, la rumeur se répand comme une traînée de poudre dans les petites communes isolées : «A l’époque, ils disaient « il faut cacher les filles car les diables les enlèvent »», raconte le maire adjoint de Lenola, dont les trois grands-tantes ont été violées. D’après plusieurs témoignages, «les proies potentielles» sont cachées «dans les grottes», «les écuries», «les fermes et les égli ses reculées».

Sylvia a 18 ans quand elle est envoyée chez sa grand-mère qui vit dans une ferme isolée des environs de Lenola. Sept décennies plus tard, la jeune fille est devenue une petite grand-mère, timide et discrète. Difficile de déceler dans la fragile vieille dame de 89 ans enrubannée dans un foulard noir l’adolescente espiègle qu’elle a pu être. «A l’époque, nous ne parlions pas de ces choses-là et nous ne posions pas beaucoup de questions, commence Sylvia, recroquevillée dans un coin du salon. Mais nous savions que les soldats recherchaient les filles.»

«Des femmes sont devenues folles»
En dépit de l’isolement de la ferme, deux soldats du CEF finissent par frapper à la porte de la maison. Sa grand-mère lui demande de se cacher sous ses jupes. Les yeux de Sylvia s’allument quand elle pense à la supercherie : «Les femmes portaient de larges jupes noires et moi, j’étais toute maigre, je me suis mise sous le banc, dissimulée par la jupe, et ils ne m’ont pas vue… Ils ont fouillé partout et puis les Américains sont arrivés, ça les a effrayés, ils sont partis.» Et de poursuivre plus tristement : «Tout le monde n’a pas eu la même chance que moi. Je ne sais pas combien de filles ont été « attrapées », mais quand les soldats sont partis, beaucoup avaient des maladies vénériennes. Certaines sont tombées enceintes, des fiancés ont rejeté leur promise. Il y a même des jeunes femmes qui sont devenues folles et se sont suicidées. Personne n’en parlait vraiment, ça restait dans la famille, les victimes allaient chez les médecins secrètement et on donnait aux filles des plantes pour avorter. Cette période a été terrible, c’est comme s’ils avaient tué la joie de la jeunesse, tout le monde était devenu triste, déprimé.»

De l’autre côté de la colline verdoyante qui supporte Lenola, à Castro dei Volsci, une autre jeune fille a eu moins de chance que Sylvia. Au mois de juin 1944, Elide a 15 ans. Depuis quelques jours, l’adolescente et sa mère ont trouvé refuge dans la ferme de sa tante, quand deux soldats du Corps expéditionnaire français défoncent la porte. «Quand ils sont arrivés, j’ai juste eu le temps de me cacher dans un grand coffre qui servait de banc. Mais lorsqu’ils sont entrés dans la pièce pour fouiller, mon ventre a gargouillé, alors ils m’ont trouvée… J’avais tellement faim.» Assise devant la table de la salle à manger, l’ancienne boulangère du village, cheveux courts blonds peroxydés, s’est apprêtée. «Le premier soldat a fait sortir de force ma mère et ma tante, c’était horrible ; je les entendais hurler, pleurer, mais il n’y avait pas de compassion chez eux.» Elide se lève brusquement et mime la scène avec de grands gestes comme si les soldats se trouvaient toujours dans la pièce. «Je suis restée seule avec lui, j’étais contre le mur, il essayait de me faire tomber par terre et je hurlais, je criais à ma mère de venir m’aider… Mais elle ne pouvait rien faire, alors, de l’autre côté de la porte, elle hurlait aussi et quand il m’agressait je me débattais.» Les yeux clairs d’Elide sont fous, sa voix s’éraille, mais le petit gabarit ne s’effondre pas : «Il sentait mauvais, il était sale, il avait des boutons sur les jambes…» L’apparition d’un groupe de soldats met fin au calvaire de l’adolescente : «Les Canadiens sont arrivés et les « chiens » se sont enfuis… Ils auraient pu nous tuer. La fille de Valentina, ils l’ont tuée. Elle avait 17 ans, elle était très belle et elle a été violée par 40 soldats. Quand sa mère s’est interposée, ils lui ont coupé la langue et l’ont obligée à regarder.» L’horreur de l’histoire finit par calmer l’octogénaire qui devient moins bavarde. Pourtant, les langues n’ont pas fini de se délier, car dans le Latium, la mémoire des anciens regorge de souvenirs, plus terribles les uns que les autres.

La responsabilité du haut commandement
Arturo, 79 ans, nous attend à la Maison des anciens de Lenola, où se retrouvent chaque jour les plus âgés pour jouer à la pétanque et aux cartes. Il est 14 heures et le petit local, installé sur les hauteurs du village, est encore vide. Arturo, cheveux encore noirs, yeux bleus malicieux, semble ne pouvoir se défaire d’un petit sourire espiègle. «J’avais 8 ans, nous étions réfugiés dans une maison avec une centaine d’autres habitants, quand les Marocains sont descendus. Ils ont entouré la maison et, plus tard, ils sont venus chercher les femmes les unes après les autres pour les emmener dehors. Les gens pleuraient, suppliaient, mais il n’y avait aucune pitié, même pour les très jeunes.» Intrigué et «sans peur», le petit Arturo parvient à se glisser dehors. «Je voulais savoir ce qu’ils faisaient avec les filles, où ils les emmenaient pour pouvoir retourner les chercher. Alors, j’ai suivi une fille, j’ai regardé au coin de la maison pour voir dans quelle direction ils partaient, mais ils m’ont repéré et ils ont tiré. J’ai couru me cacher dans le petit bois juste en face. Ils m’ont vite oublié, ils étaient plus intéressés par ce qu’ils allaient faire… Ils se sont jetés sur elle, ils étaient trois. Je fermais les yeux mais je l’entendais toujours pleurer.» Assis dans le salon de la pièce nue et froide de l’association, Arturo a de nouveau 8 ans, il se recroqueville sur sa chaise et éclate en sanglots. Nous l’apprendrons plus tard, la femme qu’il a suivie, la femme qu’il a vu se faire violer, était sa mère.

Arturo s’effondre quand Ennio, 84 ans, un autre ancien de l’association, reprend à son tour le fil du récit. Alerte, l’ancien ouvrier vêtu à la mode des années 70 «accepte de raconter, même s’il aurait préféré tout oublier». Ennio n’a que 13 ans quand un groupe d’une dizaine de soldats français et marocains fait irruption dans la maison de berger où il s’est réfugié avec sa famille et plusieurs de leurs voisins. «Ils étaient en colère car les jeunes filles étaient cachées ailleurs, dans une grotte. Alors les militaires ont pris la seule femme qui était présente, une mère de famille, et ils m’ont obligé à tirer un matelas à l’extérieur de la maison. Ensuite, ils m’ont demandé d’aller chercher une bougie, pour que nous puissions tous bien voir ce qui allait se passer. Les uns après les autres, ils l’ont violée. Personne ne pouvait bouger, car ils étaient armés. L’un d’entre eux, un Blanc, nous a dit dans notre langue, que c’était ce que les Italiens avaient fait aux femmes françaises pendant la guerre.» Sept décennies plus tard, Ennio, rêve toujours de cette nuit «où il n’aurait jamais dû aller chercher le matelas».

Les récits des survivants ou de leurs descendants rivalisent d’horreur, et pourtant ils sont moins cruels que les comptes rendus factuels des tribunaux militaires. Ces documents, que nous nous sommes procurés, décrivent avec force détails le traitement réservé aux civils et mettent en cause la responsabilité du haut commandement qui avait obtenu de la part des gendarmes, des médecins et des coupables eux-mêmes, la preuve de ces exactions. «En réunion et sous le regard des proches.» C’est ainsi que Pierre D., soldat 2e classe, reconnaît avoir, le 12 juin 1944, «conduit dans une grotte» sous la «menace d’une arme» un garçon de 12 ans – qui témoigne également dans l’acte d’accusation. «Dans cette grotte, je l’ai déshabillé pour le violer, comme il s’opposait à ma volonté, je l’ai frappé de plusieurs coups de poing à la figure, puis je l’ai jeté à terre et l’ai fait coucher sur le ventre. A ce moment, le garçon s’est mis à crier, je l’ai menacé de mon arme en lui disant « ne crie pas ou bien je te tue ». Afin d’étouffer ses cris, j’ai appliqué ma main sur sa bouche, puis me jetant sur lui, je l’ai violé.» Le militaire sera condamné à dix ans de travaux forcés pour «atteinte à la pudeur».

Cette histoire fait terriblement écho à celle de Pietro, le vieux paysan de Lenola, et pourtant le mode opératoire de cette agression reste exceptionnel. En effet, selon les actes d’accusation dont nous avons eu copie, les militaires du général Juin qui se sont rendus coupables de violences sexuelles l’ont fait presque toujours en réunion, sous la garde d’au moins un camarade. Dans la majorité des cas, les soldats entraînaient les victimes un peu à l’écart du lieu de la rencontre ou commettaient leur crime dans la maison sous le regard des proches.

Une affaire de «reconnaissance»
C’est ainsi que le 30 mai 1944, quatre soldats français, Belgacem B., Jean-Marie G., François S. et Mohamed G. sont reconnus coupables de viol sur deux jeunes femmes de Castro dei Volsci, âgées de 20 et 29 ans. La première avait été agressée dans sa propre chambre en présence de sa mère et de sa tante, avant de l’être de nouveau par deux autres soldats, dans un champ de blé voisin. La seconde avait été violée dans la grange de la ferme. Bien que les quatre soldats furent reconnus coupables, seuls Jean-Marie G. et François S., les soldats français, obtiendront des suspensions d’exécution de peine. Indiqué dans les comptes rendus, le motif de la clémence est identique dans les deux cas : «Il semble bien résulter des données et des débats que X s’est laissé entraîner par des camarades indigènes et qu’il ne se soit pas rendu compte de la gravité de sa faute.» Aucun des historiens interrogés n’a pu expliquer cette différence de traitement.

Selon les données récoltées par Julie Le Gac, 207 soldats seront jugés pour violences sexuelles, et 19%, soit 39 hommes, seront acquittés, «le plus souvent faute de preuves». Vingt-huit soldats pris en flagrant délit seront exécutés sans jugement. L’historienne précise que «55 % d’entre eux bénéficieront de circonstances atténuantes attribuées de manière discrétionnaire». Pour certains, ces décisions de justice sont la preuve que la France a bien condamné ces exactions. En outre, après enquête, le 1er janvier 1947, Paris a autorisé l’indemnisation de 1 488 victimes de violences sexuelles. Une forme de reconnaissance ? Peut-être. Sauf que c’est Rome qui a payé. Selon la procédure mise en place par les Alliés, l’Italie, pays vaincu, a dû indemniser les victimes des exactions.

Au-delà de la question financière, pour Fabrizio Battistelli, professeur de sociologie à l’université de Rome (Sapienza), c’est avant tout une affaire de «reconnaissance». Selon le chercheur qui a travaillé sur les violences du CEF dans le Latium méridional, «il ne semble pas que, du côté français, il y ait eu une prise de conscience appropriée de la gravité des faits». Pour lui, «la responsabilité de la République française, représentée sur le terrain par le général Juin et ses subordonnés, est indiscutable».

En effet, le professeur estime que ces «crimes» ont été commis de «manière systématique» dans un cadre «de tolérance générale, sinon d’autorisation ouverte» du commandement français.

Moins radicale, l’historienne française estime que ces violences «ne sont pas un sujet tabou pour l’armée française», mais reconnaît «un problème d’encadrement dû à un manque de personnel». Julie Le Gac ajoute : «Si l’armée n’en parle pas ouvertement, c’est aussi pour ne pas ternir l’image glorieuse de la bataille de Monte Cassino, surtout à un moment où l’on commence à redonner sa juste place à la contribution des troupes coloniales, car cela brouille le message politique.»

Nous avons interrogé le ministère de la Défense, qui nous a fait la réponse suivante : «Nous ne pouvons pas nous positionner sur des faits historiques, par contre les historiens qui ont travaillé sur cette question se sont exprimés, vous pouvez consulter le service historique de la Défense, mais l’affaire est avérée.»

D’après Emiliano Ciotti, président de l’Association nationale des victimes des Marocchinate, qui collecte des archives depuis 2010, «l’objectif du travail de mémoire n’est pas de stigmatiser un groupe ethnique. C’est avant tout un geste politique. Il faut que la France reconnaisse l’existence de ces viols, qu’ils soient inscrits dans l’histoire de la Libération, que les manuels d’histoire la racontent. Pour qu’ils ne se reproduisent plus».

(1) Le nombre des viols commis par le CEF à cette période fait l’objet de débats parmi les historiens (entre 200 – le nombre de condamnations par les tribunaux militaires – et 12 000 environ), les gouvernements (2 000 pour le gouvernement italien, 1 488 personnes indemnisées pour les autorités françaises) et les associations (60 000). (2) «Viol de masse», en raison de la faible densité démographique de la province et de la courte période durant laquelle ils ont été commis. (3) «Vaincre sans gloire, le Corps expéditionnaire français en Italie», thèse publiée aux éditions les Belles Lettres, ministère de la Défense-DMPA.

Voir aussi:

Les nazis bottés hors d’Italie
Yannick Ripa

Libération

18 décembre 2013

La bataille de Monte Cassino ? «Un déluge de feu massif et terrifiant, des corps à corps silencieux et assassins», et des bombardements qui laissent un monastère en ruines et ouvrent aux Alliés la route de Rome en juin 1944. Voilà ce qu’au mieux les mémoires et les manuels ont retenu de la reconquête de l’Italie. C’est faire peu de cas du rôle militaire, mais aussi symbolique, du corps expéditionnaire français (CEF) que commande Juin : pour la première fois depuis 1940, les couleurs de la France sont brandies sur un champ de bataille européen, la réinsérant dans le camp des combattants. C’est cette épopée que raconte ce livre magnifique et puissant, qui additionne les qualités des thèses d’Etat d’autrefois et les apports historiographiques des dernières décennies, intégrant à une histoire militaire celles de la guerre vue d’en bas, des sensibilités, des représentations et du genre.

Julie Le Gac mène le lecteur avec brio de la création du CEF en novembre 1942, en Afrique du Nord, à son action au plus près de la ligne Gustave, après son débarquement en novembre 1943 à Naples, loin du territoire national dont la libération est son objectif principal.

Merlinettes

Sont réunis dans cette unité d’anciens cadres de l’Armée d’Afrique qui ont rompu avec Vichy sous la pression «de l’extérieur afin que l’armée de reconquête soit celle du peuple français», des membres des Forces françaises libres, des évadés par l’Espagne, des Français des colonies et des «indigènes» de l’Empire. La cohésion repose sur une proximité entre le commandement et la troupe, puis sur un tragique destin partagé. Dans la bataille se tissent des liens entre Européens et indigènes, et entre hommes et femmes. Face à la «faiblesse du vivier européen», le général Merlin a recouru au recrutement féminin, malgré les réticences, tant le port des armes demeure constitutif de l’identité masculine. Aussi les Merlinettes (3 000 volontaires) ne seront-elles pas de vrais soldats : la mort de l’une d’elles est vécue comme l’effet désastreux et inacceptable d’une transgression du genre. Le conflit a d’autres effets : face à la «violence inouïe», aux pertes «considérables», au déracinement, certains sombrent dans la folie. Malgré l’identification des névroses de guerre lors du conflit précédent, les autorités françaises, à l’inverse des Alliés, continuent de les ignorer. La reconnaissance de la frustration sexuelle des combattants conduit, elle, à l’ouverture de bordels de campagne.

Le Gac, qui domine son sujet à la perfection, fait se répondre les objectifs des dirigeants et les élans et doutes des combattants, ceux surtout des indigènes dont l’incorporation a révélé les profondes fissures entre colons et colonisés : «La mobilisation des cœurs a échoué.» Quant à l’évolution des enjeux dans chaque camp, elle échappe sans doute en partie aux soldats du CEF, tout comme l’instrumentalisation par les nazis de la destruction du monastère, érigé en symbole de la culture européenne que les Alliés menaceraient.

Barbarisation

«L’âpre et destructive guerre de position» transforme Monte Cassino en Verdun de la Seconde Guerre mondiale ; l’horreur des combats dissout le sens idéologique de la lutte, qui plus est chez ceux qui ont été appelés pour défendre des principes et des libertés qu’aucun gouvernement ne leur a ni appliqués ni accordés. La guerre n’y change rien : les goumiers sont pour leurs chefs des soldats de seconde zone, incapables de «se substituer aux Européens». Ils leur attribuent des qualités guerrières ataviques, des cruautés ou lâchetés, en application de «l’idéologie des races martiales». Cette lecture favorise leur barbarisation par la propagande ennemie et imprègne les mentalités des Italiens, hésitant à voir en eux des libérateurs, leur attribuant violences et viols sur les civil(e)s. De fait, les exactions se multiplient après la victoire ; le scandale entache le CEF. Victorieux sans gloire, il est dissous pour des raisons de «stratégie internationale et de politique nationale» à l’été 1944, alors même que se dessine l’image d’Epinal d’une France libérée par ses colonies.

Yannick RIPA Julie Le Gac Vaincre sans gloire. Le corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) Les Belles Lettres/Ministère de la Défense-DMPA, 613 pp., 29,50 €.

Voir également:

Le corps expéditionnaire français en Italie

Violences des « libérateurs » durant l’été 1944
Tommaso Baris [*]

Vingtième Siècle. Revue d’histoire
2007/1 (no 93)

Récemment projeté sur les écrans français, le film Indigènes entend réhabiliter la mémoire, il est vrai occultée, des troupes coloniales qui participèrent à la campagne d’Italie puis contribuèrent tant à la libération de la France qu’à la victoire du 8 mai 1945. Ce souvenir glorieux qu’illustra d’abord la bataille de Cassino n’a pas été partagé en Italie, où le passage des troupes françaises a laissé d’autres traces. Vingtième Siècle. Revue d’histoire verse au dossier les données et les conclusions de l’enquête conduite sur ce point par des historiens italiens.

On associe généralement la présence du corps expéditionnaire français en Italie à son rôle décisif dans la chute de la ligne Gustav. Suivant le maréchal Juin, commandant en chef du contingent français, les militaires ayant participé à cette campagne ont volontiers souligné dans leurs Mémoires le rôle central des troupes tricolores dans une épopée qui permit notamment d’ouvrir la route de Rome aux forces anglo-américaines [1][1] Alphonse Juin, Mémoires. Alger, Tunis, Rome, Paris,….

Aujourd’hui encore, les anciens revendiquent fièrement ce titre de gloire. Citons, pour ne prendre que ce seul exemple, le général François Barillon, alors jeune officier d’artillerie, interviewé dans le documentaire Mattatoio Cassino (la boucherie de Cassino), retransmis par la télévision publique italienne lors des commémorations du 60e anniversaire de la percée du front [2] L’historiographie française sur la bataille de Cassino s’est d’abord préoccupée, dès les premières publications de l’immédiat après-guerre, de souligner l’apport du corps expéditionnaire à la défaite des Allemands, célébrant avec emphase sa valeur militaire [3] Les travaux les plus récents adoptent la même perspective et revendiquent, parfois agressivement, ces titres de gloire, soulignant sans pondération le rôle joué dans la percée de la ligne Gustav [4]

Rappel historique
Les troupes du corps expéditionnaire débarquent à Naples en novembre 1943. Armées et équipées par les Alliés, elles sont aux deux tiers composées d’hommes enrôlés au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Des officiers et des sous-officiers majoritairement français les encadrent, même si quelques éléments maghrébins se trouvent parmi les grades supérieurs. Dirigé par Alphonse Juin depuis janvier 1944, ce contingent français est formé de deux divisions d’infanterie. À partir du printemps, et après avoir fait ses preuves dans le secteur d’Atina, il fut renforcé par d’autres détachements. En outre, quelque 12 000 goumiers marocains s’ajoutèrent au corps expéditionnaire français, portant ses effectifs à 112 000 hommes [5]

Le terme de « goum » désignait initialement l’unité de police coloniale créée par les Français au Maroc en 1908. Au départ utilisés pour mater les révoltes dans le royaume chérifien, les goumiers furent employés hors du territoire marocain et engagés dans d’autres conflits dès la première guerre mondiale. Formé de deux cents membres, chaque goum se subdivisait en tabors, formation plus restreinte composée de cinquante à soixante-dix hommes commandés par des officiers français. Recrutés parmi les tribus arabes et berbères de l’Atlas, ces goumiers étaient spécialisés dans les combats en montagne, comme ils l’avaient démontré en réprimant l’insurrection du Rif dans les années 1920 [6] Compte tenu de ces caractéristiques, leur engagement dans les combats paraissait désormais crucial pour la stratégie alliée : après des mois d’exténuants et inutiles affrontements autour de Monte Cassino, une offensive devait être lancée dans la zone Sud-Est, à la frontière du Latium et de la Campanie. Les soldats du corps expéditionnaire français avaient la difficile mission d’ouvrir la route aux troupes américaines de la 5e armée, en conquérant les chaînes montagneuses des Aurunci et des Ausoni, à mi-chemin des provinces de Latina et Frosinone. Dans la nuit du 11 mai 1944, les troupes coloniales françaises s’élancèrent donc à l’assaut des monts Maio et Faito, dont le contrôle permettait de conquérir la vallée du Liri.

Dans cette zone, les défenses allemandes étaient dégarnies, le secteur étant « considéré [comme] inattaquable […], à cause de la morphologie inhospitalière ». Nonobstant son infériorité numérique, la 71e division de la Wehrmacht réussit à infliger de lourdes pertes aux soldats coloniaux, en bloquant leur avancée pendant deux jours. C’est seulement en ayant recours à une autre division, envoyée en première ligne, que le général Juin vint à bout de la résistance ennemie : après d’âpres combats, les villages de Vallemaio et San-Giorgio-a-Liri se rendaient le 14 mai, la commune d’Ausonia étant conquise le lendemain. Après s’être assurées du contrôle de Monte Petrella le 16 mai, les troupes françaises conquirent également, dès le jour suivant, le petit village d’Esperia, amorçant ainsi une rapide avancée le long de l’arrête dorsale des Aurunci [7] Les soldats français, les goumiers notamment, capables de franchir les zones les plus inaccessibles, occupèrent les petits centres urbains de Campodimele, Itri, Lenola, et Vallecorsa, et ouvrirent la voie de Ceprano et Frosinone aux blindés alliés. Malgré de très lourdes pertes, les bataillons coloniaux n’interrompirent pas leur marche, remontant la vallée de l’Amaseno et de Sacco, et rejoignant Valmonte, à peu de kilomètres de Rome, lors des dernières semaines de mai. De sorte que les généraux allemands furent contraints d’ordonner une retraite désastreuse pour éviter l’encerclement total de leurs troupes [8] Le 4 juin 1944, les Anglo-Américains entraient triomphalement dans Rome.

Violences
Cette libération s’accompagna d’un comportement particulièrement agressif et violent envers les populations locales. Dès les premiers temps de leur progression victorieuse, les soldats du contingent français se rendirent coupables de « graves […] violences et […] abus […] dans toutes les régions où ils sont passés », s’abandonnant « à une activité terroriste » marquée par « des centaines de vols, homicides, attaques à main armée, violences sexuelles, coups et blessures, saccages et dévastations » [9] Un officier de l’armée italienne décrivait ainsi le comportement de ces troupes :

« Quiconque se trouve sur leur route est attaqué à main armée […]. Ils s’emparent de tout […], et si dans le groupe se trouvent des femmes, elles sont déshabillées avec violence en cas de résistance. Si, par exemple, ils s’engouffrent dans quelques fermes encore habitées, ils s’adonnent à un vrai saccage ; à la suite de quoi, les armes à la main, ils chassent les hommes des maisons et violent les femmes sans aucun respect ni pour les jeunes ni pour les personnes âgées. […] Dans tous les cas, on déplore que les actes de violence charnelle s’accompagnent de coups très violents. Les rapports médicaux mentionnent dans leurs diagnostics des déflorations associées à des lésions multiples, des ecchymoses et autres traumatismes […]. Dans l’ensemble, on peut affirmer, sans risque d’être démenti, que 90 % des personnes qui ont traversé la zone d’opérations des troupes marocaines ont été détroussées de tous leurs biens, qu’un nombre élevé de femmes ont été violentées, et que l’on a compté un nombre important d’hommes auxquels on a fait subir des actes contre nature [10]

Les conditions particulières de la « libération » des villages du Latium méridional sont reconstituées de manière détaillée dans une longue lettre de Giovanni Moretti envoyée au commandement militaire français. Passée la première journée d’occupation, le 17 mai, le maire de la commune d’Esperia écrit : « On a constaté dans de nombreuses habitations les premiers cas de violence contre des femmes, des vols, des saccages, des vols à main armée, et le meurtre de ceux qui tentèrent de défendre leurs femmes, ainsi que des incendies. Terrorisées par ces agissements, les populations cherchèrent de l’aide auprès des officiers français commandant ces détachements ; on leur répondit toujours évasivement et parfois négativement [11]

Les troupes purent impunément poursuivre leurs actions criminelles durant les deux ou trois jours qui suivirent, sans que la population civile ne se livre à des mesures de rétorsion : affamée et dépitée, elle dut subir ces humiliations de la part des troupes. Comme les unités marocaines étendirent leur occupation sur tout le territoire de la commune et qu’elles y stationnèrent pendant plus de dix jours, les maisons, les granges, les taudis furent fouillés et saccagés, parfois incendiés et dépouillés de tous les objets : « L’or, l’argent liquide, le bétail, les nappes, le linge, etc. En un court laps de temps, la zone tout entière fut pillée et la population terrorisée. […] Par la suite, la population s’achemina vers Spigno Saturnio, siège du commandement américain, et fut agressée durant le parcours pour être systématiquement dépossédée de ses derniers objets de valeur ; souvent les femmes furent violentées et durent subir des sévices [12] Amelia De Andreis décrit par exemple l’assaut contre la maison où s’était caché un groupe de réfugiés, puis l’assassinat d’une vieille femme, écartelée alors qu’elle voulait s’opposer aux violences des soldats marocains :
11« Ensuite, quand on sortait, c’était la nuit… il faisait sombre et nous nous sommes réunis dans une petite maison, toute délabrée, juste pour se mettre à l’abri… nous étions nombreux, plus d’une centaine, et puis là, les Marocains […] sonnèrent à la cloche… et puis ils ont attrapé Martella et puis tous ceux qui se mirent à crier, et puis une et toutes les autres se mirent à pleurer… ô combien de pleurs, Sainte Vierge, ô combien de pleurs, combien de larmes… La femme qui habitait en dessous de chez nous… à Fontanella… ils la suspendirent à l’envers, avec les pieds attachés en l’air et ils la découpèrent morceau par morceau… parce qu’elle n’avait pas obéi à leurs ordres… les Marocains ont fait ça : ils l’ont découpée… comme un cochon… tu as vu comme on découpe un porc… ils ont fait pareil [13]

Le passage des soldats coloniaux est évoqué par les témoins comme un moment d’extrême violence, également confirmé dans les descriptions de certains abus sexuels que conservent les archives locales. Dans la plainte provenant d’Itri, on peut lire :

« Dimanche matin un nombre important de Marocains sont arrivés à la maison de ma belle-sœur […], ils l’ont emmenée dans une grange et elle fut violentée par quatre Marocains. Peu de temps après, une autre femme […] fut portée derrière une meule de foin, où une dizaine de Marocains la violèrent. Une de mes petites filles […] fut amenée dans la campagne et violée par sept Marocains, l’un d’eux la mordit à la cuisse et au cou […]. Une autre de mes petites filles […], alors qu’elle tentait de s’éloigner avec les chèvres, fut violentée par de nombreux Marocains (je crois cinq ou six). Venus à la maison ils prirent ensuite la sœur de […] et tentèrent de l’emmener dehors, évidement pour la violer : ceux qui étaient présents s’y opposèrent, mais ils furent bastonnés et la fille eut la main entaillée [14]

Ne nous étonnons pas qu’une comparaison entre l’occupation allemande et le passage des troupes françaises se soit rétrospectivement opérée : le comportement des soldats allemands est évoqué en des termes élogieux, en évidente opposition avec l’attitude des soldats coloniaux. Filomena Palazzo raconte : « Les Allemands se comportaient bien… la grande tragédie ce sont les Marocains qui l’ont commise… Les Allemands, au contraire, n’ont outragé aucune femme, ils volaient uniquement un peu de nourriture pour manger [15] Sur ce point, le récit des interviewés, recueillis soixante ans après les événements, et les dires des réfugiés rapportés juste après le passage des militaires français concordent. « Nous avons plus souffert durant les vingt-quatre heures où nous avons été en contact avec les Marocains que durant les huit mois où nous avons subi l’occupation allemande », peut-on lire dans une note datée du 25 mai 1944, reprenant les rumeurs propagées par des réfugiés qui avaient rejoint Capoue. « Les Allemands nous ont volé des chèvres, des brebis, des vivres, mais ils ont respecté nos femmes, nos pauvres économies ; les Marocains se sont précipités sur nous comme des démons déchaînés, ils ont violenté, en menaçant avec leurs mitraillettes, jeunes filles, femmes, enfants, se succédant comme des bêtes à tour de rôle, ils nous ont dépouillés de notre argent, ils nous ont poursuivis jusque dans nos villages et nous ont pris nos paquets, notre linge, nos chaussures, nous laissant ainsi [16]

Responsabilités

Pour la population, un niveau aussi généralisé de violences n’aurait pu avoir lieu sans l’aval des commandements anglo-américains, accusés d’avoir laissé les mains libres aux soldats coloniaux, contrepartie du prix élevé payé durant l’avancée victorieuse des troupes. « Les Américains ont donné carte blanche aux Marocains, pour qu’ils percent la ligne de front, et aussi pour épargner leurs propres soldats. Alors, ils laissaient faire à ces soldats ce qu’ils voulaient… sinon, sans carte blanche, les Marocains ne combattaient plus et n’avançaient plus », confirme Tommaso Pelle [17] Fortement enracinée dans la mémoire collective, cette opinion est amplement reprise par les nombreux travaux d’histoire locale qui évoquent la guerre dans le Latium méridional. Elle présente même comme authentique un faux message du général Juin, adressé aux soldats coloniaux, dans lequel il leur promet le droit de saccage et de razzia, si ceux-ci réussissent à percer la ligne Gustav. Cette déclaration aurait autorisé les troupes coloniales « à pouvoir, durant cinquante heures, dans les territoires conquis, “tout prendre, tout faire, détruire et tout emporter s’ils l’avaient mérité”, avec une allusion explicite aux femmes [18]. La déclaration suivante serait, selon ces ouvrages, la traduction, depuis l’arabe, du message diffusé aux troupes coloniales :

« Au-delà des monts, au-delà des ennemis que cette nuit vous tuerez, il y a une terre abondante et riche de femmes, de vin, de maisons. Si vous réussissez à passer outre cette ligne sans laisser un seul ennemi vivant, votre général vous le promet, vous le jure, vous le proclame : ces femmes, ces maisons, ce vin, tout ce que vous trouverez sera à vous, à votre bon plaisir et votre volonté. Pour cinquante heures. Et vous pourrez avoir tout, faire tout, prendre tout, tout détruire ou tout emmener, si vous avez vaincu, si vous l’avez mérité. Votre général tiendra sa promesse, si vous obéissez pour la dernière fois jusqu’à la victoire [19][19] L’Italia Martire. Il sacrificio di un popolo, Rome,…. »

Resté introuvable dans les archives, ce texte est apparu pour la première fois dans un volume publié en 1965 par l’Associazione nazionale vittime civili di guerra (Association nationale des victimes civiles de la guerre), une structure qui, par sa fonction institutionnelle, est prête à endosser, quitte à l’adapter, le point de vue de la population civile. Les années suivantes, la déclaration présumée du général Juin a trouvé un crédit croissant ; elle a finalement été de nouveau diffusée dans des publications ou sur des sites internet parfois liés à l’extrême droite (mais pas exclusivement), où elle est présentée comme authentique [20] Un message exaltant la « France libre » fut effectivement envoyé par Juin à ses troupes avant le déchaînement de l’offensive. Il est d’ailleurs repris dans ses Mémoires et constitue peut-être l’origine de cette fausse déclaration. Mais le problème de son authenticité n’efface pas son importance [21] : les « fausses informations » doivent être considérées dans leur acceptation collective ; et quand elles ne sont pas vraies, ou au moins vraisemblables, les chercheurs doivent s’interroger sur les falsifications historiques et les constructions sociales qui se dissimulent derrière des perceptions si communément partagées [22] En l’occurrence, cette fausse déclaration permet d’expliquer l’expérience concrète de la population. Du point de vue des habitants du Latium méridional, il était impossible que dans le cadre d’une armée, des soldats puissent, sans l’accord des hiérarchies supérieures, en arriver à de telles extrémités et à une telle violence. Seul un ordre officiel rendait compréhensible un tel relâchement de la discipline militaire.

Dans cette perspective, les assonances entre le faux message et les récits des interviewés illustrent la force hégémonique d’une véritable invention de la mémoire collective, pouvant s’émanciper du récit oral par sa capacité à représenter « le jugement exprimé par les habitants [23]. Dans la fausse déclaration, apparaissent de manière significative des éléments tels que la référence aux « cinquante heures de carte blanche », évoquée par de nombreux interviewés : « Les Français ont garanti aux troupes marocaines, qui se sont acclimatées dans les montagnes, dans la zone entre le Maroc et l’Algérie […], cinquante heures de carte blanche », raconte Giuseppe Caporusso [24] En ce qui concerne l’extension temporelle des violences, l’« erreur » de la mémoire est d’autant plus intéressante qu’elle touche directement à la perception des habitants de la zone. L’idée des cinquante heures de « carte blanche » s’est fortement enracinée dans l’imaginaire collectif. Pour les habitants des différentes communes, ces cinquante heures correspondent à peu près à la durée séparant l’arrivée des premières patrouilles de soldats marocains et son corollaire de violence, de l’irruption des divisions américaines qui coïncide avec la fin des viols, du moins dans les centres urbains. Dans chaque commune, les viols, les vols et les saccages se sont concentrés sur deux à trois jours maximum, même si globalement les violences des troupes coloniales ont duré plus longtemps. Aussi, les viols et les autres délits commencèrent dès la mi-mai dans les premiers centres urbains « libérés » de la vallée du Liri. À Lenola, petit centre de la province de Latina, un peu plus au nord d’Esperia, sur les monts Aurunci, 302 violences sexuelles furent recensées (parmi lesquelles 18 à l’encontre d’hommes), touchant des femmes âgées de 11 à 80 ans. Débutant le 20 mai, elle se concentrèrent entre le 23 et le 25 mai. Ce n’est qu’à la fin du mois, aux alentours du 29 mai, qu’elles s’atténuèrent, concomitamment à l’éloignement des troupes marocaines [25] Dans les communes de Giuliano-de-Roma, Patrica, Ceccano, Supino, Morolo et Sgurgola, situées à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, on dénombre en seulement trois jours (entre le 2 et le 5 juin, soit après la libération de la capitale italienne) au moins 418 violences sexuelles (dont 3 sur des hommes), 29 homicides et 517 vols commis par des hommes du corps expéditionnaire français [26]

Impossibles statistiques

Il est toutefois difficile de dresser un bilan complet des violences perpétrées par la troupe du corps expéditionnaire durant l’offensive contre la ligne Gustav. Les chiffres divergent d’un écrit à l’autre, notamment en raison de l’extrême difficulté qu’éprouvent les victimes à parler, comme le mentionne la préfecture de Frosinone en juin 1945 : « Les enquêtes sont d’autant plus difficiles que les cas de violences perpétrées par les troupes marocaines sont importants, et qu’il faut prendre en compte la pudeur d’une partie des femmes violées, réticentes à narrer les violences subies [27] Si quelques fausses déclarations de viols ont pu surgir dans l’espoir d’obtenir un dédommagement du gouvernement français, et plus tardivement une pension de l’État italien, nombre de femmes violées, malgré les possibles avantages financiers, renoncèrent à signaler leurs viols. Ceci apparaît clairement dans les rapports des forces de l’ordre, chargées de vérifier la véracité des demandes parvenues aux autorités centrales. Les carabiniers de Pontecorvo, un centre de la province de Frosinone, se référant aux violences commises par des soldats marocains et subies par une jeune fille, signalaient que la victime, « par honte, ne les avait révélées à personne et ne s’était pas faite examiner [28]

L’attitude ambiguë du gouvernement italien compliqua la situation. Initialement, les autorités du Royaume du Sud se montrèrent attentives à la question des violences sexuelles, espérant l’utiliser comme monnaie d’échange lors des négociations avec certains pays de la coalition alliée. Dans cette perspective, la présidence du Conseil invitait durant l’été 1944 « à recueillir une documentation rigoureuse des violences commises sur le territoire italien par les troupes marocaines », afin « de répondre concrètement aux accusations récurrentes de violences perpétrées par nos propres troupes dans les territoires qu’elles ont occupés et à d’éventuelles désignations de criminels de guerre italiens ». Une fois la guerre achevée, la définition de nouveaux équilibres au cours de la guerre froide, rendit superflu le rappel des viols commis par le corps expéditionnaire français. Le gouvernement central refusa alors certaines demandes qui lui étaient adressées, affirmant qu’« elles ne reposaient sur aucun fondement, les personnes n’ayant subi aucun préjudice, comme en témoignent d’ailleurs un certain nombre de requêtes accusées d’escroquer l’État [29]. Le pouvoir laissait ainsi entendre que toutes les demandes d’indemnités (cinquante mille lires environ) présentées par des victimes civiles étaient le fruit d’exagérations, ou pire, de tentatives d’escroquerie.

Le décompte des violences sexuelles commises par les soldats du corps expéditionnaire est risqué. Si l’on se réfère au rapport d’un inspecteur du ministère de la Santé, envoyé par le gouvernement italien dans le bas Latium en septembre 1944, le nombre de victimes s’élèverait à environ trois mille cent dans les provinces de Frosinone et de Latina [30]. Mais au cours de cette enquête, de nombreux centres urbains parmi les plus touchés ne furent pas examinés. À Esperia par exemple, le généraliste local précisait au maire en 1946, qu’il avait soigné plus de sept cents femmes, contaminées par des maladies vénériennes comme la blennorragie ou la syphilis [31]

De nombreuses autres petites villes, touchées par le passage des troupes françaises, ne furent jamais visitées. En tenant compte à la fois du nombre élevé de communes concernées par le passage des troupes coloniales (plus d’une quarantaine) et de la longueur relativement importante de la période durant laquelle des violences sexuelles eurent lieu, le chiffre de douze mille femmes violées qu’avance l’organisation communiste féminine l’Unione Donne Italiane semble crédible. Selon la même enquête, les demandes d’indemnités pour des dommages matériels causés par les soldats français à la population italienne (catégorie générale regroupant des réalités aussi différentes que les vols ou les homicides) s’élevaient à soixante mille environ [32]. Par-delà la spéculation autour des chiffres, un élément paraît irréfutable : dans le Latium méridional, les violences sexuelles perpétrées par les troupes alliées ont eu une dimension massive, faisant de la situation italienne un cas unique. Certes, différents cas de viols commis, par exemple, par les soldats américains peuvent être dénombrés en Europe occidentale durant la seconde guerre mondiale ; mais il s’agissait, la plupart du temps, d’initiatives individuelles se produisant à l’arrière du front [33][33] J. Robert Lilly, La Face cachée des GI’s. Les viols…. Ces événements italiens semblent en revanche s’insérer à mi-chemin entre l’aspect épisodique des viols commis par les soldats alliés en Angleterre, en France ou en Allemagne, et le côté systématique des violences sexuelles qui accompagnèrent l’avancée de l’Armée rouge vers l’Allemagne [34][34] Norman M. Naimark, The Russians in Germany. A History…. La mémoire des habitants du bas Latium présente de fortes similitudes avec celle de la population de l’Autriche méridionale : dans cette région également, l’attente de la fin de la guerre fut compromise par le comportement des « libérateurs » russes enclins, au-delà des prises de positions officielles, à considérer les civils comme des ennemis vaincus, devant acquitter la défaite aux prix du saccage et du viol [35][35] Paul Pasteur, « Violences et viols des vainqueurs :….
Carte blanche du commandement français ?

Comme les troupes soviétiques, les soldats coloniaux purent, durant leur offensive contre la ligne Gustav et sur une période importante, profiter d’un régime disciplinaire particulièrement permissif. Le relâchement de la discipline interne aux subdivisions se confirme lorsqu’on analyse l’attitude adoptée par le commandement français face aux délits commis avant la percée du front. Depuis le débarquement en Italie, des violences contre la population civile avaient été perpétrées par les membres du corps expéditionnaire français, particulièrement en Campanie. Les autorités françaises avaient alors collaboré avec les forces de l’ordre italiennes, en cherchant à identifier les coupables. À Atella, par exemple, une jeune fille avait « perdu sa virginité avec violence et été violée pendant plus d’une heure par trois militaires arabes de l’armée française, puis abandonnée à terre », le 24 décembre 1943. Les responsables du viol furent « identifiés et arrêtés par le commandement de leur régiment », et déférés devant le tribunal militaire allié. Devant des crimes plus atroces encore, des méthodes plus expéditives avaient été employées. Après la découverte du cadavre d’un enfant de 9 ans dans la commune de Santa-Maria-la-Fossa, comprenant « des lacérations de l’orifice anal, des signes évidents de blessures dans la région abdominale et d’étranglement au moyen d’une corde, et des ecchymoses sur tout le corps », l’auteur de ce délit macabre, un militaire français de couleur, avait été non seulement identifié mais également emmené par la police militaire française près du cimetière du village où il avait été fusillé en présence de tout son détachement [36][36] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Napoli. Incidenti….

Même les documents français relatifs au corps expéditionnaire, conservés au Service historique de l’armée de terre, relate de nombreux épisodes similaires à ceux qui viennent d’être narrés. Dans les zones éloignées du front, les autorités françaises punirent des soldats responsables de violences contre les civils. Environ trois cent soixante militaires du corps expédi-tionnaire français furent déférés devant les tribunaux militaires pour des délits commis durant la campagne d’Italie [37][37] Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 505.. Mais « au moment où se déroule cette bataille, aucun pouvoir ne peut, ou ne veut, intervenir pour défendre les civils [38][38] Gabriella Gribaudi, Guerra Totale. Tra bombe alleate… », comme l’écrit Gabriella Gribaudi.

Le commandement français resta tout d’abord indifférent au sort des civils italiens. Les archives françaises révèlent pourtant qu’il avait eu connaissance des violences commises lors de la percée de la ligne Gustav, d’autant plus que les chefs militaires alliés leur avaient rapidement transmis ces informations. Pour mettre fin à de tels épisodes, le commandant général de l’armée française intervint. Mais dans la déclaration envoyée à ses officiers le 24 mai, soit dix jours après le début des violences dans le bas Latium, Alphonse Juin se montra ambivalent. Tout en les invitant à faire cesser les actes de brigandages, de vols et de viols, il utilisa un vocabulaire ambigu à l’égard de l’Italie, définie « comme un pays conquis », dont le peuple « expérimente actuellement toutes les horreurs de la guerre et dont les conditions sont pitoyables aux yeux de nos alliés ». Le commandant français expliquait « qu’il fallait maintenir une attitude digne, malgré nos sentiments à l’égard d’une nation qui a odieusement trahi la France ». Vu la teneur de ce message, il n’est pas surprenant que les autorités alliées aient trouvé inopportun d’envoyer ce texte au gouvernement italien, bien que sa rédaction soit intervenue après sollicitation des commandements anglo-américains – ce que reconnaissait d’ailleurs le général français, décrivant son commandement « choqué par les accusations portées par l’AMG [Allied Military Government] sur le comportement de certains éléments des troupes françaises à l’encontre des Italiens [39][39] ACS, PCM, 1948-50, 33491, f. « Violenze truppe alleate »,… ».

Dans une note datée du lendemain, les Anglo-Américains persistaient à souligner que « le comportement des troupes françaises avait causé de grosses difficultés » : ils recevaient « continuellement des plaintes pour vols et homicides », dont l’authenticité ne faisait aucun doute. D’où les remontrances des chefs de la 5e armée auprès du commandant français, qui tentaient « de renforcer la discipline dans leurs rangs et leurs troupes ». Dans un rapport daté du 27 mai, les mêmes commandements français reconnaissaient l’évidente difficulté à « superviser le comportement de leurs troupes durant une guerre de mouvement dans un pays de montagne, caractérisée par des excès de tous types, notamment des viols perpétrés dans d’horribles conditions », « conséquence directe d’un relâchement de la discipline ». Il fallait donc, répétait Juin « mettre fin à ces agissements qui étaient indignes d’une armée victorieuse [40][40] ANG, b. 63, f. 270, « Fonti in copia sull’occupazione… ». Au-delà des paroles rassurantes et des engagements pris par le commandement français, les violences des soldats coloniaux se poursuivirent. Le général Harold R. Alexander, commandant en chef des troupes alliées en Italie, expliquait lui-même le peu d’écho qu’obtint la déclaration du général Juin. Bien que des « mesures drastiques », dont la peine de mort, aient été adoptées par le général français, on peut douter « que les jeunes officiers français l’aient pris au sérieux. Les troupes françaises ont envers les Italiens un dur ressentiment et je crois que dans de nombreux cas, ceci a eu pour conséquences que les jeunes officiers ont autorisé ou ignoré le comportement de leurs troupes [41][41] Ibid., note du général Harold R. Alexander du 2 juillet… ».

Les archives américaines confirment en substance les accusations formulées par le gouvernement italien. Ivanoe Bonomi, alors président du Conseil, écrivait dans un mémorandum envoyé aux autorités anglo-américaines : « L’aspect le plus singulier et douloureux de la question est l’attitude adoptée par les officiers français. Loin d’être intervenus ou d’avoir réprimés de tels crimes, ils se sont au contraire acharnés contre les populations civiles qui cherchaient à s’opposer à de tels agissements. » Le document rappelait que les « Italiens étaient particulièrement amers et ce d’autant plus qu’ils savaient que les troupes françaises de couleur opérant en Italie avaient été enrôlées selon un accord leur laissant un droit de vols et de saccages ». Les crimes commis n’étaient donc que « la conséquence naturelle de leur engagement » et « leur comportement ne pouvait pas ne pas avoir été prévu lors de leur envoi en Italie » [42][42] ACS, PCM 1948-50, f. 19.10., n. 33491, f. « Violenze…. Il sous-entendait donc que l’utilisation des troupes marocaines avait été délibérée, forme de punition, peut-être, pour l’agression commise en 1940 contre la France. Dans ses grandes lignes, cette attitude hostile coïncidait avec les positions officielles du gouvernement de la France libre à l’égard de l’Italie. Le Comité français de la libération nationale n’avait reconnu ni l’armistice signé par l’Italie en septembre 1943 ni son statut de puissance cobelligérante, arguant de la permanence de l’état de guerre entre les deux nations. Pour les Français, l’Italie restait encore, durant l’été 1944, un pays ennemi qui ne pouvait être coopté dans la coalition des forces alliées. Il en irait ainsi jusqu’à la fin du conflit [43][43] Sur les rapports entre le gouvernement de la France…. Malgré la demande des commandements anglo-américains, les violences des troupes françaises se poursuivirent, même après la libération de Rome.
Nouvelles violences

Les soldats du corps expéditionnaire commirent encore, mais dans une moindre mesure, de graves violences à l’encontre des populations locales dans le Latium septentrional et la Toscane. Les autorités militaires italiennes signalaient que « les militaires marocains […] continuaient à développer une activité terroriste dans toutes les zones où ils passaient comme […] à Montefiascone, et en général dans toute la zone du lac de Bolsena, où ils avaient commis des centaines de vols, d’homicides, de braquages, de viols, de coups et blessures, des saccages et des dévastations [44][44] AUSSME, Carteggio Comando Supremo e Stato Maggiore… ». Après le Viterbois on dénombra des incidents même dans la province de Sienne. « Même là en effet, reprenaient les autorités italiennes, les troupes françaises, et particulièrement les contingents marocains, ont continué à recourir à des violences à caractère sexuel contre les populations, suscitant la panique et la honte », au point qu’elles accueillirent avec soulagement la rumeur selon laquelle « dans ces zones les troupes françaises seraient rapidement relevées par des contingents britanniques » [45][45] Ibid., racc. 150, f. « Patrioti Bande Italia Centrale…. Les passages des troupes coloniales dans la province de Livourne et à l’île d’Elbe furent particulièrement dramatiques. Ils suivirent les mêmes modalités que lors de la percée de la ligne Gustav. Là aussi, viols et homicides succédèrent à des opérations militaires délicates et semblent avoir bénéficié du consentement de la hiérarchie militaire.

Les soldats du corps expéditionnaire français (soit environ 17 400 hommes), Sénégalais et Marocains dans leur grande majorité, dirigés par des gradés français, débarquèrent dans la nuit du 17 juin 1944. Après avoir débordé en deux jours « la défense – dans certaines zones – acharnée de divisions allemandes et fascistes de la République sociale italienne », ils s’abandonnèrent « envers la population de l’île à toutes sortes d’excès, violant, volant, razziant villages et domaines, prélevant le bétail, le vin, et tuant qui tentait de s’opposer à leur arbitraire ». « Les officiers assistèrent dans l’indifférence à ces massacres », obligeant les habitants du lieu à se retirer « dans les maisons en montagne », en attendant le retour à la normale, qui n’intervint « qu’au départ des divisions, vingt-cinq jours plus tard ». Selon « les vérifications diligentes » des carabiniers, outre les vols, braquages, et dévastations, s’étaient produits dans cette zone 191 cas de violences sexuelles, 20 tentatives de viols sur des femmes, et une tentative de viol sur une petite fille. Les homicides liés à la résistance furent nombreux [46][46] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Livorno. Incidenti…. Mais la plus grande partie des troupes présentes en Italie fut retirée pour être engagée dans le débarquement en Provence, suivant le vœu du général de Gaulle qui préférait, de loin, engager ces troupes dans la libération du territoire national, plutôt que de les utiliser sur un théâtre d’opération à ses yeux secondaire [47][47] Sur le débarquement de Provence : André Cousine, « La….

Une violence tribale ?

L’ampleur des violences perpétrées par les militaires du corps expéditionnaire français en Italie mérite une réflexion sur les causes plus profondes de ces événements. Dans cette perspective, l’existence ou non d’ordres (écrits ou oraux) cautionnant le comportement des troupes françaises ne constitue pas un enjeu décisif. En revanche, la conception selon laquelle des populations civiles impliquées dans des événements guerriers ont été considérées comme un butin de guerre représente un élément central. Les soldats coloniaux en profitèrent tant lors des viols isolés, effectués de nuit dans les campagnes sans l’aval des hiérarchies militaires, que lors de violences sexuelles, liées aux opérations militaires, implicitement admises par le commandement. Dans le Latium méridional, ces violences n’ont cependant pas eu pour objectif une affirmation ethnique. Le comportement des troupes coloniales a souvent été interprété en référence à l’appartenance tribale des soldats, celle des goumiers notamment. Lors de leur passage caractérisé par son extrême brutalité, avec droit de saccages et de viols, auraient été transposées des coutumes encore en vigueur sur le continent africain [48][48] Edward L. Bimberg, The Moroccan Goums : Tribal Warriors…. Lorsqu’ils traitent des viols, les documents américains font allusion « à l’habitude des Africains de se comporter ainsi contre les populations hostiles quand ils sont victorieux », tout en insistant sur d’autres causes, la présence insuffisante d’officiers européens notamment [49][49] ANG, b. 63, f. 270 « Fonti in copia sull’occupazione….

Cette position est fortement réductrice et influencée par le « regard colonial », l’Occident redéfinissant sa propre identité, en s’opposant à celle que l’on attribuait aux colonies [50][50] Edward W. Said, Orientalism, New York, Pantheon Books,…. Le discours colonial français a ainsi fréquemment déshumanisé les soldats marocains, représentés comme des sauvages naturellement enclins à la guerre, dotés de dispositions ataviques à la vie militaire du fait même de leur appartenance au grade le plus bas de la civilisation humaine [51][51] Driss Maghraoui, « The Moroccan Colonial Soldiers….. En réalité, cette disposition au saccage et au viol, loin d’être propre aux troupes coloniales, est fréquente parmi les armées européennes, au moins jusqu’au 17e siècle [52][52] John R. Hale, Guerra e società nell’Europa del Rinascimento…. Plus justement, la violence des troupes coloniales, et spécialement celle des goumiers, doit être reliée aux fonctions de police coloniale que ces troupes exerçaient. Les goumiers furent souvent recrutés de manière coercitive et entraînés par des officiers de l’armée régulière, afin de réprimer les résistances antifrançaises, encore fréquentes durant les années 1930. De nombreuses techniques guerrières, dont celles relatives aux comportements envers les civils, se forgèrent dans ce contexte et furent finalement exportées vers d’autres théâtres d’opérations [53][53] Anthony Clayton, France, Soldiers and Africa, Londres,…. Il est donc difficile de distinguer ce qui, dans la pratique militaire adoptée par les soldats coloniaux, dérive des « traditionnelles barbaries africaines », de ce qui au contraire provient de l’apport européen à la violence coloniale contre les civils indigènes [54][54] Sur les pratiques de guerre des armées européennes….

Ce même problème de la « sauvagerie » des troupes coloniales s’était pour la première fois manifesté lors de la première guerre mondiale, quand des contingents furent engagés en Europe par la France et par la Grande-Bretagne, provoquant la protestation des empires centraux qui accusèrent les puissances de l’Entente de se servir de soldats barbares et sauvages. Ils contestaient une manière de conduire les conflits qui, en réalité, était pratiquée par tous dans les territoires extra-européens [55][55] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 Retrouver…. L’opinion publique européenne fut, dans son ensemble, perturbée par la présence de soldats de couleur sur son sol, comme le prouve la forte préoccupation relative aux éventuels rapports sexuels entre soldats africains ou asiatiques et femmes occidentales. Cette donnée amena l’État français à opter pour une ségrégation des races et des genres, jusque dans les hôpitaux, des militaires provenant des colonies d’avec les infirmières françaises [56][56] Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et…. Relancé par une vaste campagne de presse développée en Allemagne contre les viols commis par des soldats marocains durant l’occupation française de la Rhénanie, le stéréotype du soldat noir, barbare et violeur, se renforça dans l’imaginaire du vieux continent [57][57] Keith L. Nelson, « The “Black Horror on the Rhine” :…. De même dans l’Italie des années 1930, les auxiliaires indigènes de l’armée royale furent considérés comme particulièrement féroces et sanguinaires en raison de leur origine tribale [58][58] Irma Taddia, La Memoria dell’Impero. Autobiografie…. Dans l’imaginaire européen, l’agressivité et la férocité du soldat de couleur sont associées à sa condition de « bête sauvage » et d’animalité [59][59] Sur ce sujet, Nicola Labanca, Una guerra per l’impero….. Dans un ouvrage consacré aux goumiers, Yves Salkin finit par les comparer à des bêtes sauvages pour leur aptitude à se déplacer dans les zones de montagne les moins praticables [60][60] Yves Salkin et Jacques Morineau, Histoire des goums…. Don Antonio Biondi, le curé d’un village traversé par les troupes coloniales, Morolo, rappelle dans son journal « les pauvres femmes surprises seules dans la campagne ou la montagne », qui durent « subir la honte » du viol par les soldats marocains. Il évoque alors « les instincts bestiaux de ces êtres humains » [61][61] L’extrait du journal de Don Antonio Biondi, curé de….
33Les conséquences de cette vision sont loin d’être anodines. Assimiler les soldats coloniaux à des bêtes dominées par des pulsions naturelles et privées de raison aboutit inévitablement à les soustraire du jugement moral, en faisant de leur comportement « sauvage » une réaction instinctive ou automatique, « animalière » précisément. La « naturalisation » de la violence a une signification différente selon les acteurs. Si les dirigeants politiques et militaires français justifient par leur « bestialité » les crimes des soldats marocains, ils se délient de toute responsabilité même indirecte. La population italienne, elle, se sert de l’animalité des troupes pour souligner le rôle des commandements militaires, français ou américains. En insistant sur les responsabilités générales des commandements alliés, les habitants des villages « libérés » par les troupes françaises semblent percevoir la nature moderne des viols. Ceux-ci, selon le point de vue des habitants, sont liés à la « totalisation » du conflit, à laquelle les Anglo-Américains contribuent dans une certaine mesure. Afin de poursuivre leur objectif stratégique, ces derniers choisissent d’engager des troupes propices à une forte agressivité à l’encontre des civils durant les combats, soutenant ainsi leurs comportements, même s’ils n’en sont pas les promoteurs directs [62][62] Nicola Labanca, « Dominio e repressione. I crimini….

Les violences sexuelles commises dans le Latium méridional sont donc à replacer dans le contexte de la culture européenne de la guerre. Tout en refusant les révisionnismes infondés, n’oublions pas que les Anglo-Américains n’étaient pas totalement étrangers à cette culture de la guerre, fondée sur la notion absolue d’« ennemi ». Dans un contexte spécifique et particulier, les « libérateurs » ne sont donc pas toujours reconnus dans ce rôle par les populations locales, précisément parce qu’ils choisissent de conduire la guerre de façon très pénalisante pour les civils. Dans le Latium méridional s’est forgée une mémoire très critique de leur comportement, sans engendrer pour autant de réflexion collective. Les épisodes des violences commis par les soldats coloniaux, dont le souvenir reste fort au niveau individuel, ont suscité trop de contradictions dans une société locale marquée par une culture masculine et machiste dominante, tendant à culpabiliser les victimes des viols et leur imposant le silence sur les méfaits subis. « C’était passé… c’était fait… on ne pensait qu’à çà… cela ne sortait plus de notre esprit », raconte Marianna Corelli, se référant au comportement de la famille de son mari envers la belle-sœur violée [63][63] Interview de Marianna Corelli, 1924, paysanne, réalisée…. Les municipalités évitèrent donc d’initier des politiques commémoratives dans les communes où les soldats français étaient passés. L’expérience belliqueuse vécue par la population civile ne trouva ni reconnaissance ni forme de codification.
Un discours inaudible

Les récits dissonants relatifs aux viols perpétrés dans le bas Latium n’ont pas pu trouver d’écho dans la mémoire publique nationale de l’après-guerre. En adhérant à l’OTAN en 1949, l’Italie républicaine pouvait difficilement faire accepter des visions critiques de la campagne militaire menée en 1944 par deux nouveaux et importants alliés : la France et, plus encore, les États-Unis. Revenir sur les violences sexuelles auraient pu inciter « à discuter les valeurs de l’Allié et de l’Alliance occidentale », en fournissant d’utiles arguments aux partis de gauche qui s’opposaient à l’entrée italienne dans le Pacte atlantique. Il n’était donc pas judicieux, du point de vue de la politique intérieure comme extérieure, d’ouvrir cette boîte de Pandore. Sur un tout autre plan, cette reconnaissance se révélait absolument « incompatible avec le processus de reconstruction d’un sentiment masculin national valorisant [64][64] Daniella Gagliani, « La Guerra come perdita e sofferenza »,… ». L’exaltation de la figure du partisan en armes, mise au centre du discours public sur la résistance, célébrait également la renaissance de la patrie italienne, en proposant de nouveau l’idéal proprement masculin de l’homme-guerrier [65][65] Gabriella Gribaudi, « Introduzione », in Gabriella…. En combattant contre l’étranger et ses collaborateurs, les partisans avaient aussi tenté de restaurer le prestige de la composante masculine nationale qui s’était évaporée avec la crise de l’armée, consécutive à l’armistice du 8 septembre 1943. La thématique des viols obligeait au contraire à se confronter avec la défaite italienne, avec l’effondrement des institutions de l’État, et surtout avec l’incapacité attestée des hommes à défendre leurs femmes. Le thème de la défense de la nation est étroitement lié à celui de la sexualité féminine : la défense des femmes passe « par la sauvegarde de la cohésion interne et des frontières extérieures de la spécificité nationale ». Le recours au viol comme acte de guerre est une des façons de sanctionner la défaite des groupes masculins des nations belligérantes [66][66] Anette Warring, « Identità nazionale, genere e sessualità :….

Rappeler ouvertement les viols revenait donc à souligner la longue impuissance des hommes italiens à la suite de la reddition. Dans ce contexte, le thème des violences sexuelles ne pouvait trouver d’exutoire dans le discours public. Cette expérience particulière n’avait pas la possibilité d’être lue à travers les lunettes du patriotisme et de la résistance à l’envahisseur étranger [67][67] Sur ce sujet, Pieter Lagrou, The Legacy of Nazi Occupation….. Les auteurs de ces viols n’étaient pas des ennemis (les Allemands) contre qui une communauté masculine « retrouvée » (les partisans) prenait les armes, mais au contraire des « alliés », au côté desquels on combattait pour faire renaître la nation détruite par le fascisme. En outre, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien, servant à dénoncer l’ennemi fasciste et nazi. De même, le viol ne pouvait être présenté comme un fragment de la tragédie collective du peuple italien permettant de dénoncer l’ennemi fasciste ou nazi, au rebours de ce qui s’est récemment passé au Kosovo [68][68] Silvia Salvatici, « Identità di genere, identità nazionale…. La situation italienne en 1944 ne correspond pas au modèle du « héros masculin » accolé à l’image féminine de la « victime souffrante » [69][69] Sur ces paradigmes, Jean Bethke Elshtain, Donne e guerra,…. On comprend, dès lors, que cette dimension soit longtemps restée absente de l’historiographie italienne. Aussi, l’analyse des massacres nazis en Italie, caractérisée par une forte attention aux mémoires locales, a récemment focalisé l’attention des historiens qui se sont intéressés aux populations civiles en temps de guerre [70][70] Sur les populations civiles pendant la guerre, Paolo…. Dans les zones traversées par la ligne Gustav, l’étude de la seconde guerre mondiale a conduit certains d’entre eux, recourant aux sources orales, à s’interroger sur le thème des violences alliées, évoquées de nouveau par les interviewés, tant sous le biais des bombardements anglo-américains que sous l’angle du passage dramatique des troupes du corps expéditionnaire français. Sans être toujours relayés par l’opinion publique, ces événements ont laissé des traces très profondes dans la mémoire collective, traces que les outils propres à l’historiographie permettent aujourd’hui d’analyser [71][71] À propos de ces analyses : Tommaso Baris, Tra due fuochi…..

Notes
[1] Alphonse Juin, Mémoires. Alger, Tunis, Rome, Paris, Fayard, 1959, p. 304-324. Les reconstructions de ses plus proches collaborateurs sont du même style : Marcel Carpentier, Les Forces alliées en Italie. La campagne d’Italie, Paris, Berger-Levraut, 1949, p. 171-196.[2] Ce documentaire, dans lequel est présenté l’interview du général Barillon, président de l’Association des anciens combattants du corps expéditionnaire français en Italie, a été réalisé par Vanesse Roghi et Erwin Flores, et filmé par Angelo Ros-setti. Il a été diffusé dans le cadre du programme « Rai Educational » de la Rai Tre, le 19 mai 2004.[3] Sur cette interprétation : colonel Jean-François Adolphe Goutard, Le Corps expéditionnaire français dans la campagne d’Ita-lie (1943-1944), Paris, Charles Lavauzelle, 1947 ; René Chambe, L’Épopée française d’Italie, Paris, Flammarion, 1952 ; Robert Jars, La Campagne d’Italie 1943-1945, Paris, Payot, 1954.
[4] Voir, par exemple, Jean-Christophe Notin, La Campagne d’Italie. Les victoires oubliées de la France 1943-1945, Paris, Perrin, 2002 ; et Jean-Louis Mourrut, « La Campagna d’Italia : i francesi », in Romain H. Rainero et Renato Sicurezza (dir.), L’Italia nella seconda guerra mondiale. Aspetti e problemi (1944-1994), t. V : L’Italia in guerra. Il quinto anno di guerra 1944, Gaëte, Commissione italiana di storia militare, 1995, p. 45-57.
[5] André Corvisier (dir.), Histoire militaire de la France, vol. 4 : André Martel (dir.), De 1940 à nos jours, Paris, PUF, 1994, p. 199-201 ; Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 189-213.
[6] Moshe Gershovich, French Military Rule Over Marocco : Colonialism and its Consequences, Londres, Frank Cass, 2001, p. 165-198.
[7] Livio Cavallaro, Cassino. Le battaglie per la linea Gustav 12 gennaio-18 maggio 1944, Milan, Mursia, 2004, p. 203 et 227-238.
[8] Basil H. Liddel Hart, Storia militare della seconda guerra mondiale, Milan, Mondadori, 1970, p. 750-752.
[9] Archivio dell’Ufficio Storico dello Stato Maggiore dell’Esercito (AUSSME), I 3, racc. 102, f. « Incidenti con gli anglo-americani carteggio 1943-1944 », note du commandement militaire de la Campanie adressée au commandement suprême de l’armée italienne, 13 août 1944.
[10] Archivio Storico del Ministero degli Affari Esteri (ASMAE), Affari Politici, Francia, b. 98, f. « Atrocità varie commesse dalle truppe francesi ai nostri danni », sf. 1., rapport du capitaine Umberto Pittali, 28 mai 1944.
[11] Archivio Storico del Comune di Esperia (ASCE), RRI 44, b. 1, f. 1945-1953, lettre du maire de Esperia, Giovanni Moretti, au commandement militaire français de Rome, 11 octobre 1947.
[12] Ibid.
[13] Interview d’Amelia De Andreis (pseud.), 1924, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 7 avril 2004. Toutes les interviews ont été réalisées par Tommaso Baris.
[14] Archivio Nicola Gallerano (ANG), conservé auprès de l’Istituto Romano per la Storia d’Italia dal Fascismo alla Resistenza, b. 61, f. 265, « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du chef d’état-major de l’armée italienne Gio-vanni Messe, au général Noel MacFarlane du commandement de la commission alliée de contrôle, 28 mai 1944, et les documents relatifs n. 1-4.
[15] Interview de Filomena Palazzo, 1922, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 21 octobre 1999.
[16] ANG, Testi e fonti in copia sul Regno del Sud, b. 61, f. 265 « Fonti in copia dell’occupazione militare alleata », rapport pour le chef du gouvernement Pietro Badoglio, 25 mai 1944.
[17] Interview de Tommaso Pelle, 1920, ouvrier, réalisée à Esperia (Frosinone) le 19 octobre 1999.
[18] La citation est tirée de Giuseppe Palladino, Otto mesi d’inferno, Marina di Minturno, Caramanica, 2004, p. 102 ; Fabio Palatta, Il mio paese nella tragedia della guerra. Castro dei Volsci 1943-1944, Frosinone, Bianchini, 1990, p. 67-68 ; Anto-nio Pontone, La Lunga attesa, Cassino, Ciolfi, 1998, p. 56-57.
[19] L’Italia Martire. Il sacrificio di un popolo, Rome, Associazione nazionale vittime civili di guerra, 1965, p. 266.
[20] Pour la littérature d’extrême droite : Massimo Lucioli et Davide Sabatini, La Ciociara e le altre. Il corpo di spedizione francese in Italia 1943-1944, Monte Porzio Catone, Tusculum, 1998. Sur les sites internet néofascistes : hhttp:// http://www.italiasociale.org et hhttp:// http://www.ilduce.net.
[21] Sur l’improbable liberté d’action accordée aux troupes coloniales contre les civils par les autorités militaires : Jean-Louis Mourrut, « Risposta alla domanda sul comportamento di alcune truppe sotto comando francese », in Roman H. Rainero et Renato Sicurezza (dir.), op. cit., vol. 5, p. 58-59 ; Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 504-505.
[22] Sur la thématique des « fausses nouvelles » : Marc Bloch, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre », Écrits de guerre 1914-1918, textes réunis et présentés par Étienne Bloch, introduction de Stéphane Audoin-Rouzeau, Paris, Armand Colin, 1997, p. 169-184 ; trad. it., id., Le Guerra e le false notizie. Ricordi (1914-1915) e riflessioni (1921), introduction de Maurice Aymard, trad. du fr. par Gregorio de Paola, Rome, Donzelli, 1994, p. 82-100.
[23] Alessandro Portelli, Biografia di una città. Storia e racconti : Terni 1830-1985, Turin, Einaudi, 1985, p. 18-19.
[24] Interview de Giuseppe Caporusso, 1937, avocat, réalisée à Esperia (Frosinone) le 9 avril 2004.
[25] Francesca Albani, « Gli stupri di Lenola. Microstoria di efferatezze sui civili inermi che attende di entrare nella “grande” storia di Italia », Studi Cassinati, 4, 2004, p. 273-281.
[26] Archivio Centrale dello Stato (ACS), PCM, 1944-1947, n. 10270, f. 19-10, sf. 1, « Truppe alleate comportamento », note du commandement général des carabiniers pour le chef du gouvernement, 25 juin 1944.
[27] ACS, MI, DGPS, 1944-1446, b. 175, f. « Frosinone. Incidenti tra truppe alleate e italiani », note du préfet de Frosi-none au ministère de l’Intérieur, 24 juin 1945.
[28] Archivio di Stato di Frosinone (ASF), Prefettura di Fro-sinone, 1927-1987, II serie, b. 931, f. « Pontecorvo ECA. Donne violentate dai marocchini », rapport du maréchal des carabiniers Angelo Fioravani du 20 juin 1947.
[29] ACS, PCM, 1948-1950, n. 33491, f. 19-10, sf. 8, « Violenze truppe alleate. Danni arrecati dalle truppe marocchine », correspondance entre le sous-secrétaire à la présidence du Conseil Fenoltea et le sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères Visconti Venosta, lettres du 26 juillet 1994 et du 2 juillet 1944, et note du ministère du Trésor au chef du gouvernement du 6 mai 1950.
[30] ACS, MI, Gab, 1944-1946, b. 27, f. 2097, « Assistenza sanitaria alle donne che subirono violenza da parte delle truppe marocchine nella provincia di Frosinone e Littoria », note du 13 septembre 1944.
[31] ASCE, RRI, b. 1, f. « Donne violentate dai marocchini. Corrispondenze », note de l’officier sanitaire Luigi Pelagalli au maire d’Esperia, 29 juillet 1946.
[32] Archivio Storico dell’Unione Donne Italiane (ASUDI), b. 27, f. 291 « Centro Udi », rapport intitulé « Note informative sulle marocchinate », non daté.
[33] J. Robert Lilly, La Face cachée des GI’s. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, Paris, Payot, 2003.
[34] Norman M. Naimark, The Russians in Germany. A History of the Soviet Zone of Occupation 1945-1949, Cambridge (Mass.), The Belknap Press, 1995, p. 66-96.
[35] Paul Pasteur, « Violences et viols des vainqueurs : les femmes à Vienne et en Basse-Autriche avril-août 1945 », Guerres mondiales et conflits contemporains, 198, 2000, p. 123-136.
[36] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Napoli. Incidenti tra truppe alleate e italiani », note des carabiniers d’Aversa du 27 décembre 1943 et de la préfecture de Naples du 22 juillet 1944 toujours au ministère de l’Intérieur.
[37] Jean-Christophe Notin, op. cit., p. 505.
[38] Gabriella Gribaudi, Guerra Totale. Tra bombe alleate e violenze naziste : Napoli e il fronte meridionale 1940-1944, Turin, Bollati Boringhieri, 2005, p. 544.
[39] ACS, PCM, 1948-50, 33491, f. « Violenze truppe alleate », mémorandum du commandant en chef du corps expéditionnaire français, 24 mai 1944.
[40] ANG, b. 63, f. 270, « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du 25 mai 1944 pour le chef de la commission alliée de contrôle, mémorandum du général Juin du 27 mai 1944.
[41] Ibid., note du général Harold R. Alexander du 2 juillet 1944.
[42] ACS, PCM 1948-50, f. 19.10., n. 33491, f. « Violenze truppe alleate. Lettere del presidente del consiglio alla commissione alleata di controllo », memorandum accompagné d’une note du président du Conseil Ivanoe Bonomi à la commission alliée de contrôle, envoyée le 13 juillet 1944.
[43] Sur les rapports entre le gouvernement de la France libre et celui du Royaume du Sud : Pierre Guillen, « La Francia e la resistenza italiana », in Francesca Ferratini Tosi, Gaetano Grassi et Massimo Legnani (dir.), L’Italia nella seconda guerra mondiale e nella resistenza, Milan, Franco Angeli, 1988, p. 127-139.
[44] AUSSME, Carteggio Comando Supremo e Stato Maggiore dell’esercito, II guerra mondiale, 1940-1947, racc. 102, f. « Incidenti con gli Anglo-americani. Carteggio 1943-1944 », note du commandement militaire de la Campanie au chef d’état-major de l’armée du 13 août 1944.
[45] Ibid., racc. 150, f. « Patrioti Bande Italia Centrale 1944 », note du commandement général des carabiniers à la présidence du Conseil au ministère de la Guerre, au chef d’état-major de l’armée du 25 juillet 1944.
[46] ACS, MI, DGPS, 1944-1946, b. 175, f. « Livorno. Incidenti tra militari alleati e italiani », note du commandement général des carabiniers pour le ministre des Affaires étrangères du 21 septembre 1944.
[47] Sur le débarquement de Provence : André Cousine, « La participation française à la campagne d’Italie et au débarquement de Provence 1943-1944 », in Les Armées françaises pendant la seconde guerre mondiale 1939-1945, Paris, Institut d’histoire des conflits contemporains, 1986, p. 365-383.
[48] Edward L. Bimberg, The Moroccan Goums : Tribal Warriors in a Modern War, Westport, Greenwood Press, 1999, p. 62-63 ; Rick Atkinson, An Army at Dawn : The War in the North Africa 1942-1943, New York, Henry Holt, 2002, p. 503.
[49] ANG, b. 63, f. 270 « Fonti in copia sull’occupazione militare alleata », note du 25 mai 1944 pour le chef de la commission alliée de contrôle.
[50] Edward W. Said, Orientalism, New York, Pantheon Books, 1978.
[51] Driss Maghraoui, « The Moroccan Colonial Soldiers. Between Selective Memory and Collective Memory », in Ali Abdullatif Ahmida (dir.), Beyond Colonialism and Nationalism in the Maghreb. History, Culture, and Politics, New York, Palgrave, 2000, p. 58-59.
[52] John R. Hale, Guerra e società nell’Europa del Rinascimento (1450-1620), Rome, Laterza, 1987, p. 197-225.
[53] Anthony Clayton, France, Soldiers and Africa, Londres, Brassey’s Defense Publishers, 1988, p. 118-119.
[54] Sur les pratiques de guerre des armées européennes dans les colonies : David Killingray, « Colonial Warfare in West Africa 1870-1914 », in Jaap A. De Moor et Hendrik Lodewijk Wesseling (dir.), Imperialism and War. Essays on Colonial Wars in Asia and Africa, Leyde, E. J. Brill, 1989, p. 155-157.
[55] Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2000 ; trad. it., id., La violenza, la crociata, il lutto. La Grande Guerra e la storia del Novecento, introduction d’Antonio Gibelli, trad. du fr. par Silvia Vacca, Turin, Einaudi, 2002, p. 136-142.
[56] Luc Capdevila, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Hommes et femmes dans la France en guerre (1914-1945), Paris, Payot, 2003, p. 165-168.
[57] Keith L. Nelson, « The “Black Horror on the Rhine” : Race as a Factor in Post-World War I Diplomacy », Journal of Modern History, 42, 1970, p. 606-627.
[58] Irma Taddia, La Memoria dell’Impero. Autobiografie d’Africa Orientale, Manduria, Lacaita Editore, 1988, p. 94-95.
[59] Sur ce sujet, Nicola Labanca, Una guerra per l’impero. Memorie della campagna d’Etiopia 1935-1936, Bologne, Il Mulino, 2005, p. 260-263.
[60] Yves Salkin et Jacques Morineau, Histoire des goums marocains. La seconde guerre mondiale et l’après-guerre 1934-1956, Paris, La Koumia, 1987, t. II, p. 22-23.
[61] L’extrait du journal de Don Antonio Biondi, curé de Morolo, est cité par Costantino Iadecola, Linea Gustav, Sora, Centro Studi Vittorio Patriarca, 1994, p. 441.
[62] Nicola Labanca, « Dominio e repressione. I crimini di guerra nelle colonie italiane », in Luca Baldissara et Paolo Pez-zino (dir.), Crimini e memorie di guerra. Violenze sulle popolazioni e politiche del ricordo, Naples, L’Ancora del Mediterraneo, 2004, p. 267-268.
[63] Interview de Marianna Corelli, 1924, paysanne, réalisée à Esperia (Frosinone) le 31 décembre 2001.
[64] Daniella Gagliani, « La Guerra come perdita e sofferenza », Parolechiave, 20-21, 1999, p. 207.
[65] Gabriella Gribaudi, « Introduzione », in Gabriella Gribaudi (dir.), Terra bruciata. Le stragi naziste sul fronte meridionale, Naples, L’Ancora del Mediterraneo, 2003, p. 13.
[66] Anette Warring, « Identità nazionale, genere e sessualità : le donne danesi e le forze d’occupazione tedesche », Storia e problemi contemporanei, numéro spécial « Donne tra fascismo, nazismo, guerra e resistenza », 24, 1999, p. 37-38.
[67] Sur ce sujet, Pieter Lagrou, The Legacy of Nazi Occupation. Patriotic Memory and National Recovery in Western Europe 1945-1965, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.
[68] Silvia Salvatici, « Identità di genere, identità nazionale e nazionalismo nel Kosovo del dopoguerra. La comunità albanese », Contemporanea, 4, 2002, p. 677-711.
[69] Sur ces paradigmes, Jean Bethke Elshtain, Donne e guerra, Bologne, Il Mulino, 1991.
[70] Sur les populations civiles pendant la guerre, Paolo Pez-zino, Anatomia di un massacro. Controversia sopra una strage tedesca, Bologne, Il Mulino, 1997 ; et Giovanni Contini, La Memoria divisa, Milan, Rizzoli, 1997.
[71] À propos de ces analyses : Tommaso Baris, Tra due fuochi. Esperienza e memoria della guerra lungo la linea Gustav, Rome, Laterza, 2003 ; et Gabriella Gribaudi, Guerra Totale…, op. cit. ; Daria Frezza, « Cassino 1943-1944 : la memoria », Passato e Presente, 61, 2004, p. 117-140. Je remercie Yannick Beaulieu pour son aide lors de la traduction et pour ses conseils.
[*] Docteur en histoire contemporaine de la faculté de sciences politiques de l’université La Sapienza de Rome, Tommaso Baris a publié Tra due fuochi. Esperienza e memoria della guerra lungo la linea Gustav (Laterza, 2003). Il est actuellement allocataire de recherche au département d’histoire et de philologie de l’université de Cassino.(tommaso.baris@libero.it)
Résumé
Français

Durant la campagne d’Italie entre 1943 et 1944, les troupes coloniales du corps expéditionnaire français furent responsables de nombreux actes de violences à l’encontre de la population civile italienne. Les vols, les attaques à main armée, les saccages et surtout les viols furent très fréquents. Initialement, ce ne furent que des actes isolés, commis par des individus seuls, et punis par les autorités alliées, françaises comme anglo-américaines. Au cours de l’offensive victorieuse de l’été 1944 qui permit de franchir la ligne Gustav dans le Latium méridional, les troupes françaises ont obtenu de la part de leurs supérieurs une relative liberté d’action, entraînant des viols de masse. Au début des années 1950, l’Unione Donne Italiane, a recensé environ douze mille victimes de violences sexuelles. Cette organisation communiste féminine a tenté d’obtenir des indemnités pour ces femmes victimes du corps expéditionnaire français. Ces violences sexuelles ont semble-t-il été tolérées comme une « désagréable » conséquence des habitudes guerrières des corps irréguliers, tels que les goumiers marocains. Elles ont aussi été un message clair adressé aux Italiens, et particulièrement à la composante masculine de la population. L’humiliation et l’outrage sexuel contre leurs femmes ont servi à réaffirmer leur nature de vaincus lors de ce conflit.

English

During the Italian campaign, 1943 and 1944, the French expeditionary corps colonial troops were responsible for many acts of violence against the Italian civilian population. Theft, armed robbery, plunder, and especially rape were very frequent. At the beginning they were isolated acts committed by single individuals, and punished by the French or Anglo-American allied authorities. During the 1944 victorious summer offensive that made it possible to cross the Gustav line in the southern Lazio, the French troops garnered from their superiors a relative liberty of action, leading to rapes. During the 1950s, the Unione Donne Italiane counted about twelve thousand victims of sexual violence. This communist women’s organization tried to obtain compensation for these women victims of the French expeditionary corps. This sexual violence was apparently tolerated as a “disagreeable” consequence of the war habits of irregular corps such as Moroccan goumiers [soldiers from a goum, an auxiliary military body of native North Africans, under French officers’ authority]. They were also a clear message to Italians, particularly the men. The humiliation and sexual outrage against their wives served to reassert their status as the conquered during this conflict.

Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944)

Paris, Les Belles-Lettres /ministère de la défense-DMPA, 2013
Yannick Ripa
p. 294-296

Référence(s) :

Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944), Paris, Les Belles-Lettres /ministère de la défense-DMPA, 2013, 613 p.

1Dans l’avalanche de publications sur la Première Guerre mondiale suscitées par son centenaire, nombre évoqueront certainement Verdun, mais qui se souvient que le second conflit mondial eut aussi son Verdun ? Ainsi fut surnommée, en raison de son semblable « déluge de feu massif et terrifiant », la longue bataille de Monte Cassino, centrée sur son monastère, devenu selon les nazis, l’emblème de la culture européenne.

2 Si cet ouvrage, extrêmement riche, offre « l’anatomie de la bataille », suit le mouvement des troupes le long de la ligne Gustav, après leur débarquement à Naples en novembre 1943, il ne se contente pas d’analyser finement l’aspect militaire ; il s’intéresse, aussi près que les sources le permettent, aux hommes mais aussi aux femmes, militaires ou civil-e-s, pris dans les rets de cette stratégie.

3 Le premier mérite de cet ouvrage, issu d’une thèse (sous la direction d’Olivier Wieviorka) qu’on aurait en d’autres temps aisément qualifiée d’État, est de rafraichir les mémoires en montrant les analogies entre ces deux sanglantes opérations, mais aussi, au-delà de l’importance de la victoire des Alliés – l’ouverture en juin 1944 de la route vers Rome –, de souligner sa valeur politique et symbolique : pour la première fois depuis la défaite de 1940, le drapeau tricolore se déploie en Europe sur un terrain militaire, réinsérant la France républicaine dans le camp des nations en lutte contre les totalitarismes. Il est brandi par le Corps expéditionnaire français, sous le commandement du général Juin. L’absence d’un véritable vivier de recrutement en Afrique, où il est créé en novembre 1942, a conduit à un assemblage maigre et hétéroclite de soldats, que les autorités espèrent souder par une commune lutte. Se retrouvent ainsi des membres des Forces françaises libres, d’anciens cadres de Vichy qui ont difficilement rompu avec leur fidélité pétainiste sous la pression « de l’extérieur afin que l’armée de reconquête soit celle du peuple français », des évadés politiques de l’Espagne franquiste, des Français des colonies et des « indigènes » de l’Empire, dont la motivation première est d’ordre financier. Julie Le Gac montre habilement que cette volonté de cohésion cache, outre bien des dissensions, les préjugés des autorités militaires sur la définition normative de la virilité, blanche s’entend. Malgré leur indéniable valeur dans l’« âpre et destructive guerre de position », les « goumiers » demeurent à leurs yeux des soldats imparfaits qui, comme tels, ne sauraient se substituer aux Européens. Cette vision racialisante est poussée à l’extrême puisqu’elle distingue chez ces combattants-là des qualités et des défauts innés selon leur appartenance ethnique ; ainsi, pour le général Dody les habitants de la Medina de Meknès ne constituent qu’un « apport insignifiant et indésirable d’éléments peu combatifs », contrairement à quelques « tribus de montagnes très frustres, mais qui, du fait de leur rusticité, sont surtout aptes à servir de réservoir d’effectifs pour les forces supplétives ». L’application de cette « idéologie des races martiales » identifie parfois des guerriers de valeur, mais cet atavisme implique aussi un rapport spécifique à la violence, hors des codes de guerre des nations dites civilisées. Cette lecture est bientôt partagée par les Italiens qui craignent aussitôt ces libérateurs et devinent en eux une virilité barbare. L’historienne montre avec brio qu’au sein du CEF ces représentations n’ont pas résisté à l’épreuve du feu : elle constate que, tandis que « la mobilisation des cœurs a échoué » en raison des différends profonds entre colons et colonisés, un esprit de corps naît ensuite de l’horreur des combats et face à des pertes considérables, liées en partie à l’inexpérience de ces troupes et au « désir d’impressionner les Alliés », d’où « des décisions prématurées et des prises de risque inconsidérées ». Cette fraternité tente de calmer les peurs et de pallier la solitude éprouvée par les combattants alors qu’« ils vivent en collectivité et que leur intimité se réduit comme une peau de chagrin » ; cette solidarité n’empêche pas certains de sombrer dans la névrose de guerre que les médecins du CEF semblent ignorer, ne tirant aucune leçon du premier conflit mondial qui avait reconnu l’existence de ces pathologies mentales. L’armée française se montre plus attentive aux frustrations sexuelles des soldats, persuadée que « les indigènes sont habités de besoins irrépressibles » et ouvre des bordels de campagne à la demande du général Juin en janvier 1944.

4 Les souffrances endurées et partagées permettent donc de dépasser les différences ethniques – notamment entre Arabes et Berbères –, les divers statuts et même les frontières de genre. Faute d’un nombre suffisant d’hommes, des femmes ont en effet été requises par le général Merlin, malgré bien des réticences. Comme les Munitionnettes de la Grande Guerre, ces 3 000 volontaires sont infantilisées par leur surnom de Merlinettes. Secrétaires dans les services d’état-major, téléphonistes des transmissions, infirmières ou conductrices sanitaires, elles ne sont pas au combat, elles ne peuvent l’être car le champ de bataille est le domaine des hommes et le port des armes un monopole masculin. D’où l’émoi des troupes lors du décès de l’une d’elles : sa mort est perçue comme le résultat dramatique d’une transgression majeure du genre.

5 Néanmoins, la dureté et la durée de la bataille de Monte Cassino fissurent la cohésion du CEF et son unité patriotique : les « corps à corps silencieux et assassins » dissolvent le sens idéologique de la lutte, le transforment en sacrifice absurde aux yeux de ceux qui se battent pour des principes dont ils sont eux-mêmes exclus. Ce désenchantement participe-t-il aux exactions qui ternissent l’action du CEF ? Julie Le Gac n’établit pas ce lien, mais indique combien les représentations de la virilité des indigènes permirent aisément de leur attribuer les violences sexuelles qui accompagnèrent la victoire finale. Ces forces du CEF sont accusées à la fin de mai 1944 d’avoir agi en « barbares » à l’égard des civils sans défense, ce dont témoigne le personnel médical des centres de réfugiés. Les femmes, plus que les hommes, sont victimes de ces agissements : de nombreux viols sont alors perpétrés contre elles. Ils sont reconnus traumatisants non seulement pour les victimes mais aussi pour la population dans son ensemble qui se sent salie dans son honneur, dont le corps féminin est ainsi le dépositaire. Il en résulte aussi sur le plan diplomatique de vives tensions et les Allemands tirent partie de ces méfaits pour pourfendre la gestion anglo-américaine, « une banqueroute alliée ». Par ailleurs, désigner ces violences par le terme « atrocités » impose le rapprochement, volontairement troublant, avec le comportement des Allemands lors de l’invasion de la Belgique et de la France du Nord en 1914. La gloire de la victoire échappe au CEF. La raison d’État parachève cette triste fin : à l’été 1944, au nom de la « stratégie internationale et de [la] politique nationale », le CEF est dissous ; paradoxalement, rappelle l’auteure de cette remarquable étude, se dessine au même moment, l’image d’Épinal d’une France qui doit sa libération à ses colonies…

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Pour citer cet article

Référence papier

Yannick Ripa, « Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 39 | 2014, 39 | 2014, 294-296.

Référence électronique

Yannick Ripa, « Julie Le Gac, Vaincre sans gloire. Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 39 | 2014, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 17 mars 2016. URL : http://clio.revues.org/11966

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Auteur

Yannick Ripa

Université Paris 8

Articles du même auteur

Voir aussi:

Une armée d’Afrique
XIXe-XXIe – dans mensuel n°398 daté mars 2014 à la page 92
Le livre de Julie Le Gac, extrait de sa thèse de doctorat (2011) et appuyé sur une abondante documentation française et étrangère, est un modèle d’histoire militaire globale.

L’auteur s’arrête d’abord sur la formation du corps expéditionnaire en Afrique du Nord. Elle détaille les conditions du recrutement des soldats coloniaux, le choc des cultures entre d’une part une armée d’Afrique, restée profondément maréchaliste, d’autre part les Français libres (la 1re DFL est intégrée au Corps expéditionnaire français en Italie, Cefi) et les évadés par l’Espagne qui arrivent de France animés d’un tout autre état d’esprit. Julie Le Gac souligne ainsi le traumatisme durable que provoqua l’épuration (bien que clémente) d’une partie des cadres de l’armée d’Afrique. Elle décrit également en détail la personnalité des chefs du Cefi et prend soin d’inscrire cette histoire dans les âpres conflits entre Alliés relatifs à la stratégie méditerranéenne.

Les deux parties suivantes sont consacrées aux durs combats de Cassino et du Belvedere, puis aux victoires du printemps 1944 (marche sur Rome, contrôle de la Toscane, raid sur l’île d’Elbe). Ces pages renouvellent l’histoire militaire de la campagne, mais s’attachent aussi à dresser l’état des pertes, à décrire la psychologie des combattants et abordent avec lucidité la délicate question des exactions à l’encontre des civils, particulièrement la question des viols. Si Julie Le Gac fournit ici seulement une estimation (3 000 à 4 000 femmes violées), l’analyse qui permet d’y parvenir est un exemple de rigueur historique.

Un ouvrage destiné à s’imposer comme la référence.

VAINCRE SANS GLOIRE. LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE FRANÇAIS EN ITALIE par Julie Le Gac, Les Belles Lettres, 2013, 424 p., 29,50 E.

Voir également:

Trois livres d’histoire sur le soldat. La tristesse de la chair à canon
LE MONDE DES LIVRES | 09.10.2013 à 18h36 • Mis à jour le 17.02.2014 à 10h11 | André Loez

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Le fait guerrier est intimement lié à la narration historique depuis l’Antiquité grecque, où Hérodote puis Thucydide en établirent les principes en fixant le souvenir des guerres médiques et du conflit péloponnésien. Il suffit d’observer aujourd’hui les tables des libraires pour constater combien la chose militaire domine encore, en volume du moins, les parutions en histoire.

Cette production est, il est vrai, inégale : s’il est des chefs-d’oeuvre, comme Le Dimanche de Bouvines, de Georges Duby (Gallimard, 1973), faisant de la guerre un prisme dévoilant en profondeur le fonctionnement de la société médiévale, l’histoire militaire conventionnelle s’y taille toujours une large part, offrant aux lecteurs friands de faits d’armes et d’affrontements la confortable linéarité des biographies de généraux ou des récits de batailles.

CORPS ANGOISSÉS, CORPS MEURTRIS

Ce dernier genre fut pourtant réinventé, voilà près de quarante ans, par l’historien anglais John Keegan (1934-2012). Dans son ouvrage majeur, Anatomie de la bataille, de 1976, que republient aujourd’hui les éditions Perrin, il fait voler en éclats le modèle narratif traditionnel de l’histoire militaire, rompant avec la vision surplombante des stratèges en chambre et avec l’illusion rétrospective de combats au déroulement bien ordonné, conforme aux plans, « qui réduit les soldats à des pions « .

Dans ce livre, ce ne sont plus les chefs de guerre qui tiennent la première place, mais les corps des soldats. Corps angoissés, corps meurtris, dont l’auteur, croisant de façon pionnière la lecture des témoignages et l’apport de l’archéologie du champ de bataille, restitue l’expérience physique et sensible pour savoir comment les hommes ont « dompté leurs peurs, pansé leurs blessures ou trouvé la mort ».

Levant le voile sur des aspects peu évoqués jusqu’alors dans les grands récits de guerre (les redditions ou massacres de prisonniers, la nourriture des troupes, l’agonie des blessés, qui fait l’objet de pages bouleversantes), il donne aussi une grande leçon de contextualisation, en insistant sur les spécificités matérielles de chaque épisode évoqué, dès lors irréductible à une étude générique de « la bataille » : le poids des armures médiévales à Azincourt (1415), la fumée des canons limitant la vue à Waterloo (1815), la cadence mortifère des mitrailleuses sur la Somme (1916).

Cette démarche est enfin servie par le style de l’auteur, riche en détails vivants, plein d’empathie et d’humour, à la fois imprégné d’immenses lectures et volontiers irrévérencieux envers ses aînés. Il faut cependant déplorer que cette réédition, certes dans une traduction remaniée, ne soit pas accompagnée d’une préface ou d’un dossier qui retrace justement l’influence du livre, chez l’antiquisant Victor Davis Hanson, par exemple (Le Modèle occidental de la guerre, 1989 ; traduction Les Belles Lettres, 1990), ou dans l’historiographie de 1914-1918, si profondément renouvelée par l’approche de l’expérience de guerre. Cette initiative aurait aussi permis d’intégrer les retouches ou les compléments qu’une nouvelle génération d’historiens militaires a pu apporter à ce travail fondateur.

EFFARANTE VIOLENCE DE LA BATAILLE

Parmi ceux-ci, Hervé Drévillon, professeur à l’université Paris-I et directeur de l’Institut des études sur la guerre et la paix, est devenu une figure majeure. Un de ses précédents livres avait fait écho à l’oeuvre de Keegan (Batailles. Scènes de guerre de la Table ronde aux tranchées, Seuil, 2007). Son nouvel ouvrage, L’Individu et la Guerre, en garde les acquis, mais élargit de nouveau la focale : il s’agit d’interroger la place de l’individu dans les dispositifs militaires et guerriers, du XVIe siècle à 1914, de l’émergence du soldat autonome doté d’une arme à feu à son annihilation dans l’hécatombe de la Grande Guerre.

Ce parcours éclaire des débats importants : celui des facteurs faisant « tenir » les hommes au feu, mais aussi celui de la prétendue naissance d’une « guerre totale » à la fin du XVIIIe siècle. Ces enjeux conceptuels sont régulièrement confrontés aux données empiriques et aux réalités guerrières, ce qui rend parfois la construction du propos difficile à suivre. Mais cela lui donne aussi un relief supplémentaire : derrière le débat tactique sur la disposition en colonnes ou en lignes des soldats, c’est, par exemple, l’effarante violence de la bataille de Fontenoy (1745), celle du fameux « Messieurs les Anglais, tirez les premiers », qui est rendue intelligible.

Ici, toutefois, pas de plongée dans la mêlée, mais d’abord une analyse des discours et du cadre juridique qui enserrent le soldat ou, plutôt, qui vont le libérer, sur le plan tactique mais aussi politique, avec l’invention du « soldat-citoyen » durant la Révolution française. Ainsi, à travers le statut des combattants, c’est à une histoire bien plus large et plus ambitieuse que convie l’auteur, celle de la construction des Etats modernes, dont il montre que la composante militaire fut essentielle. L’armée, en effet, fut d’abord un lieu de déprise des conventions et des blocages de la société d’ordres où une « forme d’isonomie » (la même règle pour tous) rapprochait les individus ; elle fut aussi le lieu où les idées nouvelles de nation et de république furent expérimentées, léguant au XIXe siècle l’héritage paradoxal de la gloire napoléonienne et de la conscription égalitaire, cette dernière étant passionnément débattue sous la IIIe République, notamment par Jean Jaurès (L’Armée nouvelle, 1911).

UNE ARMÉE AMBIGUË

Hervé Drévillon clôt ainsi l’enquête au seuil de la « guerre des masses », comme si la question de l’individu et du lien social dans l’armée ne pouvait se poser après 1914. C’est pourtant ce que fait, à sa façon, le travail rigoureux de Julie Le Gac consacré au corps expéditionnaire français en Italie durant la seconde guerre mondiale, Vaincre sans gloire. Il tient compte de tous les acquis de l’historiographie depuis Keegan, laissant de côté « le triptyque traditionnel du militaire, du politique et du diplomatique » comme « l’épopée mythique » pour saisir les expériences de ceux qui combattirent sous l’uniforme français à Monte Cassino ou devant Rome en 1943-1944.

L’intérêt premier de l’ouvrage réside dans ce terrain d’enquête quelque peu délaissé, théâtre d’opérations marginal d’une armée ambiguë, composée d’anciens officiers vichystes comme de volontaires gaullistes, véritable mosaïque de métropolitains, de colons et d’indigènes où figurent même, chose inédite, quelques milliers d’auxiliaires féminines. L’histoire de cette troupe est donc celle des tensions qui la parcourent : ressentiment des colonisés dont la valeur militaire ne suffit pas à garantir l’émancipation, clivages idéologiques entre maréchalistes et résistants, incompréhensions entre Français d’Afrique du Nord et de métropole que l’épreuve du feu ne pourra entièrement dissiper.

Pour aborder ces enjeux, l’auteure a largement ouvert le questionnaire et rassemblé une impressionnante documentation, avec un recours probant aux archives judiciaires et médicales, révélant l’ampleur des psychonévroses de guerre suscitées par les très violents combats de la campagne italienne, interrogeant également les déterminants de l’obéissance. C’est enfin le sombre dossier des viols et des pillages envers les civils qui est analysé avec recul, tandis que les effets à moyen terme de ces combats sur la domination coloniale sont finement pesés. En dépit de passages plus conventionnels, ce travail d’une jeune chercheuse illustre bien la maturité qui peut être celle de l’histoire militaire lorsqu’elle intègre les individus à sa réflexion.

Libérée de l’anecdote, de l’hagiographie ou du récit épique, elle permet d’envisager la guerre dans toute son ampleur, en tant que fait social total. Mais à voir le flot de publications suscité par le centenaire de la Grande Guerre, dont beaucoup sont sans relief, cette bataille historiographique-là est encore loin d’être gagnée.

Anatomie de la bataille. Azincourt 1415, Waterloo 1815, la Somme 1916 (The Face of Battle), de John Keegan, traduit de l’anglais par Jean Colonna et Antoine Bourguilleau, Perrin, 420 p., 23 €.

L’Individu et la Guerre. Du chevalier Bayard au soldat inconnu, d’Hervé Drévillon, Belin, « Histoire », 320 p., 25 €.

Vaincre sans gloire. Le corps expéditionnaire français en Italie (novembre1942-juillet1944), de Julie Le Gac, Les Belles Lettres, 624 p., 29,50 €.

André Loez
Journaliste au Monde

Extraits

« Nous ne pouvons pas avoir la vision que les chroniqueurs ont eue de ces nuées de flèches qui volaient au-dessus de la scène, nous ne pouvons pas les entendre ; nous ne pouvons pas savoir où portait l’effort de l’homme en armure sur son adversaire lors du premier choc ; quelles étaient la densité de la charge de la cavalerie française, sa vitesse. Nous ne savons pas non plus ce que voyait un témoin extérieur à la mêlée, par exemple l’un des soldats de la troisième ligne française. Nous ignorons le niveau sonore atteint par l’engagement et comment les commandements sur le terrain arrivaient à se faire entendre, s’ils y parvenaient. »

Anatomie de la bataille, page 85

« L’exercice d’une discipline plus arbitraire que sévère, l’épreuve déshumanisante du combat en ligne et l’iniquité du système d’avancement concouraient à maintenir les soldats dans un état d’indignité impuissante. Les moeurs militaires les encourageaient pourtant à exprimer, parfois de façon tapageuse, leur fierté, leur virilité et même l’honneur d’appartenir à la communauté des défenseurs de la patrie. L’armée concentrait ainsi toutes les tensions d’une société d’Ancien Régime partagée entre la préservation des privilèges et leur contestation par les pratiques administratives, fiscales et judiciaires qui encourageaient l’égalité devant la loi. »

L’Individu et la Guerre, page 140

« Le froid, la fatigue physique, la mort qui rôde, harassent les soldats alliés (…). De la simple appréhension précédant l’assaut à l’épouvante qui submerge, en passant par les angoisses multiples qui hantent les soldats, la peur fait partie du quotidien du champ de bataille. Il demeure cependant malaisé de saisir cette émotion, par essence intime, parfois inavouée, souvent minimisée. Les rapports de la hiérarchie militaire, nous y reviendrons, abordent la question sous l’angle de la discipline. Il s’agit d’encadrer ces peurs afin de prévenir toute défaillance individuelle ou collective de la troupe dans l’exercice de son devoir. »

Vaincre sans gloire, pages 283-284


Violences sexuelles: Attention, une ronde victimaire peut en cacher une autre (From stoning to Taharrush gamea and gang rape: With mass Muslim immigration, Europe rediscovers the violence it thought it had outgrown)

22 janvier, 2016

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Panama City, Florida USA March 2004 Young Americans party in Florida for spring break 2004. A male hard body, bikini, and wet tee shirt contest are held every afternoon in Club La Vela on the beach. Hundreds of kids are worked into a frenzy with the latest music as they drink the afternoon away screaming at those who enter the contest.

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Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Un jour propice arriva, lorsque Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Il ajouta avec serment: Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Étant sortie, elle dit à sa mère: Que demanderais-je? Et sa mère répondit: La tête de Jean Baptiste. Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande: Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus. Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Marc 6: 24-28
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique. Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix. Jean Lambert
Le Mardi gras (…) marque l’apogée du carnaval; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année. Encyclopédie Encarta
Carnaval est (…) l’occasion d’expulser ses ennemis: pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit. (…) Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants. (…) En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Romans patrimoine
L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. Suzanne Chappaz-Wirthner
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
Les carnavals sont un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Ils consistent généralement en une période où les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade. Héritier de rituels antiques tels que les Lupercales et la Guillaneu, ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l’Epiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars. (…) Le mot « carnaval » apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval». Il vient de l’italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »2. Il signifie donc littéralement « entrée en carême ». (…) Les saturnales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce sont des précédents historiques du carnaval. Le carnaval est une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles. L’historien des religions Mircea Eliade écrit : « Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d’éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie »10. Eliade écrit encore : « Alors les morts pourront revenir, car toutes les barrières entre morts et vivants sont brisées (le chaos primordial n’est-il pas réactualisé ?) et reviendront puisqu’à cet instant paradoxal le temps sera suspendu et qu’ils pourront donc être de nouveau contemporains des vivants »10. Eliade souligne que les peuples ont « d’une manière profonde le besoin de se régénérer périodiquement en abolissant le temps écoulé et en réactualisant la cosmogonie ». Dans l’essai Le Sacré et le Profane Mircea Eliade écrit : « L’abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde ». L’extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale du type des saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du cosmos dans le chaos ». (…) Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi le masque a une fonction apotropaïque. À la fin le temps et l’ordre du cosmos, bouleversés pendant le carnaval, sont reconstitués (nouvelle création, nouvelle cosmogonie) par la cérémonie de la lecture du « testament » et par les « funérailles » du carnaval qui souvent consistent en la brûlure du « Roi Carnaval » représenté par un mannequin ou une poupée de chiffon. D’autres fois l’image du carnaval est noyée ou décapitée (à propos de la mort rituelle du carnaval voir Le Rameau d’or écrit par James George Frazer). Wikipédia
Ce que je veux de toi, Paris, ce que je veux, ce sont tes femmes. Ni bourgeoises, ni grandes dames. Mais les autres… l’on m’a compris! Le Brésilien (La Vie parisienne, Jacques Offenbach, 1866)
Une armée de jeunes filles qui sont là pour danser ce divin chahut parisien, comme sa réputation l’exige […] avec une élasticité lorsqu’elles lancent leur jambe en l’air qui nous laisse présager d’une souplesse morale au moins égale. Guide des plaisirs de Paris,1898)
On a donné ce nom à une sorte de danse épileptique ou de delirium tremens; qui est à la danse proprement dite ce que l’argot est à la langue française. Dictionnaire de la danse de Desrat
Ce fut vers 1822 que les jeunes gens qui se rendaient à La Chaumière…, commencèrent à danser ce que l’on appela d’abord la chahut et ensuite le cancan. Le cancan néglige, dédaigne, repousse tout ce qui pourrait rappeler le pas, la règle, la régularité de la tenue ; c’est encore, c’est surtout le dégingandage des danseurs et des danseuses. Le crayon de Gavarni peut plus facilement en fournir l’image que la plume en donner l’idée. Comment de l’état de prohibition policière, de proscription sociale où il resta pendant dix ans, le cancan put-il passer à l’état public, toléré, avoué, recherché même, où il est aujourd’hui ? Comment la police a-t-elle pu permettre de l’exécuter sur les théâtres secondaires ? C’est qu’en 1830, une révolution s’était accomplie, et que, comme toutes les choses de son temps, le cancan s’était trouvé mêlé à la politique. Chahuter n’était-ce pas encore pour les étudiants et les commis faire de l’opposition au pouvoir ? A. Delaforest (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1853)
Dernière figure du quadrille, le cancan, ou coincoin, est une danse, un galop exécutée en couple, dans les bals et cabarets, inventée au début du XIXe siècle, qui apparut d’abord sous le nom de chahut ou chahut-cancan. Elle faisait partie des danses très mal vues par les autorités et les défenseurs de la morale traditionnelle. À l’époque, les femmes portaient, sous leurs jupons, des culottes fendues. Par la suite, on a dérivé du cancan une forme touristique et très édulcorée, baptisée French cancan, que les femmes dansent en rang, face au public, en portant des culottes fermées. Comme nombre de danses populaires ses origines sont obscures. (…) Outre plus tard Franz Lehar, si le compositeur Jacques Offenbach écrivit ses œuvres (à la réputation vivace et légère) à cette même époque, les cancans qu’on veut lui attribuer ne sont que des détournements de ses morceaux. Le cas le plus célèbre est celui du galop infernal, issu de son Orphée aux Enfers, que les arrangeurs se permettent souvent de renommer French cancan. Ils le font de manière abusive, car le French cancan (fabrication touristique d’origine anglaise, concoctée à partir du cancan original), n’existait pas quand Offenbach composait. (…) Les règles du cancan, par le fait qu’il est issu de la culture populaire, sont assez souples suivant les danseuses. Il n’y a d’ailleurs pas d’école qui l’enseigne hormis celles de Grille d’Égout et Nini Pattes en l’air : cela ne fait que participer à l’éparpillement des styles, des intentions. Cependant, les figures principales s’installent durablement. On peut ainsi citer celles dont le nom est issu du vocabulaire militaire : le port d’armes, la mitraillette, l’assaut, le pas de charge, ou des jeux enfantins : le saute-mouton, les petits chiens, etc. L’ensemble reste d’ailleurs uniforme : une danse exclusivement féminine, basée sur le célèbre pas, cuisse remontée et jambe vers le bas (…)  Tout le monde peut pratiquer le cancan à condition d’avoir une certaine souplesse. (…) Le cancan cristallise l’image d’une société parisienne frivole et canaille, proche de celle décrite caricaturalement dans La Vie parisienne d’Offenbach. Sur une scène, des femmes montrent leurs dessous, soulèvent leurs dentelles : la provocation mêlée de complicité fait fureur. Les bas noirs, jarretelles et frou-frou prennent des surnoms très imagés et largement connotés sexuellement. Le cancan peut être vu par certains comme symbolisant une première ébauche de libération sexuelle et d’émancipation de la femme, qui est cette fois-ci celle qui séduit. Il peut aussi être vu par d’autres comme un simple aspect annexe et spectaculaire de la prostitution. Quantité de caricatures et textes du XIXe siècle soulignent souvent de manière appuyée le caractère vénal des femmes qui participent aux bals du Carnaval de Paris. Certes celles qui étaient émancipées pouvaient être considérées de façon péjorative comme des prostituées mais la prostitution était certainement également présente dans les bals. (…) Depuis ses débuts, la popularité de cette danse ne s’est pas démentie, de la Russie aux Amériques. En Amérique du Nord elle est surtout interprétée par les artistes de cirque ou dans le cadre de carnavals. Elle est aussi couramment jouée dans les fêtes d’anniversaires et de remises de diplômes, non pas sous sa forme originelle, mais sous une forme très pudique. En Amérique du Sud, elle est très populaire au Brésil, où elle a évolué sous forme de street dance. Elle est interprétée sur scène, dans la revue Formidable, au Moulin rouge, en 2009, les danseuses portent des strings à la place des culottes fendues d’origine, Valentin est toujours présent. En musique plusieurs compositeurs intégrèrent le cancan dans leurs œuvres, comme Franz Lehár dans La Veuve joyeuse (1905), ou encore Cole Porter dans sa comédie musicale Can-Can (1954), dont s’est inspiré Walter Lang pour son film Can-Can (1960). Au cinéma en 2007: Harry Potter, dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix de David Yates (…) on trouve une reprise du Galop infernal (« Offenbach’s Infernal Gallop »). Wikipedia
COMING SOON? Cardio striptease Gyms are hardly fields of dreams, but in New York and Los Angeles many now allow patrons to indulge their fantasies. The traditional workout with a mat and halter top is long gone, replaced by fusion classes such as yoga disco and punk-rock aerobics. In one gym close to New York University, the seductive lighting and suggestive gyrations mark a new arrival « cardio striptease ». A mixture of dance and aerobics, the class uses pounding pop music to whip up a seductive rhythm among 30 young women and a solitary male. Given the scant nature of gym attire, participants don’t exactly have much clothing to strip, so imagination plays a key role. « Touch, touch, touch! » cries instructor Annie Tsarouhis, as she drills her charges in the choreographed gestures and caresses of the striptease art. « Yeah! You’re getting hot! » For one hour, the students whirl towels or shirts above their heads, roll their shoulders, grind their hips and mime removing their underwear in front of a chair seating an imaginary man. « It increases your self-confidence, » Tsarouhis insists. « It’s a way for women not to be ashamed of their sexuality, and may even help them in their personal lives. » Jeff Costa, who invented it and taught it at the West Hollywood Crunch, presents it as an exercise in empowerment: « Your body is a work in progress. This is celebrating you at the moment, » he says. Only the last 25 minutes of each session are devoted to the actual removal of clothes  » also reportedly excellent for stretching and energising multiple muscle groups simultaneously. Even then, nudity is optional  » as are poles and tables. And if US promoters have their way, it will soon be coming to a gym near you. The Age
Le bizutage (Europe), ou initiation (Amérique du Nord), est un ensemble de pratiques, épreuves, traitements ritualisés et imposés, destiné à symboliser l’intégration d’une personne au sein d’un groupe social particulier : étudiants, militaires, professionnels, etc. Ce genre de pratiques a souvent fait l’objet de l’attention des médias, à la suite d’incidents, ou plus simplement de par la nature dégradante et humiliante de nombreux bizutages. Refuser la soumission au bizutage expose parfois à la possibilité de subir de l’ostracisme par la suite. (…) La définition donnée du bizutage, provenant de l’article 14 de la loi du 17 juin 1998, est : « Le fait pour une personne, d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif. ». Ainsi, contrairement à l’idée répandue, cette interdiction s’applique également « en cas de consentement de la personne ». Le Code pénal français punit les actes de bizutage de six mois de prison et 7500 euros d’amende. Les peines sont doublées lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement3. Ces rites en sont parfois arrivés aux limites de la brimade, voire du racket (« taxe » des 3/2 par les 5/2 en taupe dans les années 1960). Pour désigner le bizutage, les termes de bahutage (Saint-Cyr) ou absorption (École polytechnique) sont également employés. Certains établissements, comme l’École des mines de Nancy, avaient aboli le bizutage-brimade dès 1957, et l’avaient remplacé par une série d’« exploits » que les nouveaux devaient accomplir pour prouver leur esprit débrouillard ou farceur (faire sonner à minuit les cloches de la cathédrale, par exemple). Les filières concernées par le bizutage sont principalement les écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, écoles militaires, facultés de médecine, pharmacie et classes préparatoires. Le bizutage peut aller de la vente de bonbons déguisé en sac poubelle à la bastonnade en passant par l’exhibitionnisme, l’ivresse, l’absorption de liquide peu ragoûtant, l’introduction d’objets dans l’anus ou le traçage de croix gammées sur la peau. (…) Au Moyen Âge, les étudiants novices nouvellement arrivés à l’université de Paris étaient surnommés « béjaunes ». Ceux-ci formaient une confrérie particulière et avaient pour chef l’Abbé des Béjaunes. Le jour des Innocents, cet abbé, monté sur un âne, conduisait sa confrérie par toute la ville. Le soir, il réunissait tous les béjaunes et les aspergeait avec des seaux d’eau. C’était ce qu’on appelait le baptême des béjaunes. On forçait aussi les nouveaux étudiants à payer une bienvenue aux anciens ; on nommait cette taxe droit de béjaune. Un décret de l’Université abolit cet usage, en 1342, et il fut défendu d’exiger le droit de béjaune, sous peine de punition corporelle. Le bizutage ritualisé et prolongé, à la manière des étudiants médiévaux, se réintroduisit au XIXe siècle dans les classes préparatoires des lycées, notamment dans les années 1840 chez les candidats à Saint-Cyr où le terme « bizut », transformation de « béjaune », serait réapparu vers 1843. Depuis 1928, les gouvernements successifs en France ont vainement tenté de mettre fin au bizutage à travers plusieurs circulaires (1928, 1944, 1945, 1954, 1962, 1964) et lois (1998) (…) En 1968, de larges débats ont été consacrés (dans certaines facultés, en particulier Lettres, de plusieurs villes au sein des assemblées générales à la suppression et au boycott des pratiques des humiliations dominatrices et particulièrement sexistes, au moment où le mouvement revendicatif se battait pour obtenir, par exemple, le droit de visite dans les résidences universitaires réservées aux filles. Par la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs, créée par Ségolène Royal, Ministre déléguée à l’Enseignement scolaire du Gouvernement Jospin, le bizutage devient un délit. Malgré cela, le bizutage reste toujours présent dans une majorité d’écoles sous la forme de « week-ends d’intégration » (WEI) fortement alcoolisés. En 2010, le Ministère de l’Éducation nationale adresse une lettre de rappel à l’ordre à l’ensemble des représentants d’établissement du supérieur. Wikipedia
En Amérique du Nord, un congé d’une durée d’une semaine ou deux a lieu traditionnellement, selon les régions, à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il est appelé selon les régions congé de mars, congé du printemps, pause de mars, pause du printemps, relâche du printemps, semaine de relâche, vacances du printemps ou vacances d’hiver (March Break, Spring break ou Study Week en anglais). Certains étudiants se rendent dans un pays tropical ou une station de ski alors que de nombreuses familles en profitent pour faire des activités de plein air. (…) Le congé tire son origine d’un entraînement de natation organisé en 1936 à la piscine Casino de Fort Lauderdale par un entraîneur de natation de l’Université Colgate, Sam Ingram. Un premier College Coaches’ Swim Forum est organisé au même endroit en 1938, attirant déjà, selon une source, 300 nageurs. Le film Where the Boys Are, sorti en 1960, a pour sujet des étudiants en vacances à Fort Lauderdale10. Au cours des années 1970 et 1980, des beuveries et toutes sortes d’excès deviennent de plus en plus fréquents10. La situation pousse le maire de Fort Lauderdale, Robert Dressler, à introduire un règlement contre la consommation d’alcool en public dans sa ville et même à annoncer à l’émission Good Morning America que les étudiants en vacances ne sont plus les bienvenus dans sa ville. Cette décision pousse de nombreux étudiants, déjà 370 000 en 1985, à se rendre plus au sud, même dans les Antilles. Des campagnes de sensibilisations ont lieu par la suite contre les problèmes de santé et de sécurité associés aux excès. (…) Son but est officiellement de permettre aux étudiants de s’avancer dans leurs travaux et aux enseignants ou professeurs de corriger les copies. Les élèves n’ont normalement jamais de devoir et profitent de cette semaine pour se relaxer et voyager, ce qui n’est pas vrai pour la majorité des universitaires, qui eux ont des travaux importants et des examens de mi-session au retour de la semaine de lecture.(…)  La destination privilégiée des étudiants nord-américains est le Mexique, avec les villes de Cancún, Acapulco, Puerto Vallarta ou Tijuana et la Floride (Miami). (…) Les excès liés à ce congé ont inspiré le film Losin’ It10 (1983). En 1986, MTV diffuse le premier Spring Break Special en direct de Daytona Beach10. Cette émission annuelle contribue à populariser davantage les beuveries et la sexualité associée à ce congé. Joe Francis produit la série de films Girls Gone Wild (en) de la fin des années 1990 à 2007, lorsqu’une série de scandales, notamment de pornographie juvénile, mettent fin au projet. Le film d’horreur Piranha 3D (2010) se déroule aussi durant le spring break en Arizona. Dans le film Spring Breakers qui est sorti le 6 mars 2013 avec Selena Gomez, Ashley Benson et Vanessa Hudgens, les jeunes filles se payent un spring break avec de l’argent volé dans un fast food ce qui entraîne leur arrestation par la police. Wikipedia
A university in New Mexico is investigating the women’s soccer team after reports that freshmen players were forced to strip naked, guzzle alcohol and were sprayed with urine during an ugly hazing incident Sunday. The University of New Mexico in Albuquerque cancelled the team’s first game scheduled for Friday as it investigates the allegations, which were reported by one of the players’ families, NBC affiliate KOB reports. Two of the players were so intoxicated they needed treatment at a local hospital, the station reports, and at least two players have left the team and dropped out of school since the incident. « We are continuing to interview student-athletes and investigate what happened on Sunday night, » UNM Vice President of Athletics Paul Krebs told the station Tuesday. NBC news
S’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir dans toute l’histoire du public rock, ça serait « A POOOOIL ». Confliktarts
Quelqu’un a crié ‘à poil’ et ça a dérapé. Syndicaliste (Air France)
A poil signifie « tout nu, totalement dévêtu, sans aucun vêtement ». Exemple : Lorsque l’organisateur de la soirée cria dans son microphone « Et maintenant tout le monde à poil », les invités se divisèrent en deux groupes : ceux qui se prêtèrent au jeu et ceux qui parurent offusqués. Dictionnaire français (linternaute)
Une formulette d’élimination, ou comptine, est une chansonnette enfantine permettant de désigner une personne, avec un semblant de hasard, dans un groupe généralement constitué de jeunes enfants. (…) Le plouf-plouf (ou pouf-pouf, ou ploum-ploum, ou trou-trou etc.) permet de choisir un joueur en éliminant successivement tous les autres. Un des participants joue le rôle de meneur. Tous les enfants se mettent en cercle, souvent accroupis, avec un pied au centre de façon que les pointes des chaussures se touchent. Le meneur commence par plouffer, en pointant du doigt deux fois de suite vers le centre du cercle, et en disant « plouf-plouf ». Il chante ensuite une comptine, en pointant du doigt successivement tous les enfants du cercle à chaque temps de la comptine. L’enfant désigné en dernier est éliminé, et le processus recommence avec les participants restants. Wikipedia
« Vive les vacances Plus de pénitences Les cahiers au feu La maîtresse au milieu ! » Chansonnette de fin d’année
Lépreux et Juifs eurent à subir, tout au long du Moyen Age, des statuts d’exclusion typiques du racisme. Mais c’est le sort dont furent victimes, en France du Sud-Ouest et en Espagne du nord, les ” cagots “, qui peut passer pour le paradigme du racisme. Delacampagne y insiste : il n’y a pas d’” énigme ” des ” cagots ” : faux lépreux et vrais parias, ces intouchables ne se distinguaient en rien (ils pratiquaient même le catholicisme) des populations qu’ils avoisinaient… Robert Redeker
Les cagots sont devenus des intouchables dans une société organisée sous l’ Ancien Régime selon un authentique système de castes. Annie Quartararo
La lapidation est une nécessité pour conserver la sanctification de la famille. Zahra Shojaii (féministe iranienne, conseillère du président Khatami aux affaires des femmes, juillet 2002)
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale ». Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande ». En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu' »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
Depuis la fin des années 1970 et la révolution iranienne, nous vivons une politisation de l’islam. Celle-ci avait dès le départ un ennemi principal  : l’émancipation de la femme. Quand, maintenant, des hommes de plus en plus nombreux viennent chez nous imprégnés de cette culture et, qui plus est, que certains sont victimes de guerres civiles, cela crée un problème qu’on ne peut pas simplement ignorer.  Alice Schwarzer 
Je suis choquée qu’après Cologne le mouvement féministe allemand dominant ait pris très vite une position xénophobe et antiarabe. Les violences dont sont victimes les femmes lors des fêtes de la bière sont mille fois pires. Mais, ici, ce qui est en jeu, c’est le fantasme du viol de la femme allemande par l’étranger . (…) Je suis violemment pour qu’on puisse porter le voile. Le dogme de la laïcité à la française est le résultat historique de la lutte entre la République et l’Eglise. Cela n’a rien d’universel. Forcer les femmes à se découvrir est une attitude néocoloniale. Ce sont les colons français au Maghreb qui ont commencé.  Barbara Vinken
Contrairement à la France, qui estime ses valeurs universelles, l’Allemagne, depuis le nazisme, ne peut plus se permettre de vouloir imposer sa culture. Les Allemands n’osent même pas critiquer d’autres modes d’expression culturelle . Béatrice Angrand (secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse)
Les jeunes féministes allemandes sont d’autant moins enclines à critiquer le voile qu’un certain nombre d’entre elles, musulmanes, le défendent. La rappeuse Reyhan Sahin, par exemple, une spécialiste de la « sémiotique de l’habillement », est détestée par de nombreux musulmans, mais son travail universitaire sur « la signification du voile musulman en Allemagne » a été très remarqué. « Pour elle, le voile est un signe d’émancipation », note Sonja Eismann. Certaines féministes, d’ailleurs, le portent. Le Monde
Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite.  Simone de Beauvoir 
Alors que la société allemande s’indigne face au récit terrifiant de la nuit de Cologne, durant laquelle des agressions sexuelles de masse ont été commises sur des femmes par des bandes d’hommes dont la plupart seraient d’origine étrangère, plusieurs voix féministes se sont élevées pour rappeler que la culture du viol n’est pas un phénomène importé mais bel et bien ancré dans la culture allemande depuis des siècles. La Fête de la bière de Munich en est l’un des exemples les plus criants. (…) chaque année, plusieurs dizaines d’agressions sexuelles ont lieu durant l’Oktoberfest. Et ce malgré une présence policière renforcée –300 policiers déployés sur la trentaine d’hectares de la «Wiesn», comme les Bavarois appellent la grande «prairie» verte sur laquelle ont lieu les festivités– et la mise en place il y a quelques années d’une vingtaine de caméras de surveillance et de puissants projecteurs à l’extérieur des «tentes à bière», de manière à ne pas laisser de zones plongées dans l’ombre la nuit venue. (…) Pour les femmes qui se rendent dans ces tentes à bière à l’ambiance surchauffée, les paroles vulgaires, les mains baladeuses, les demandes insistantes font partie intégrante de l’Oktoberfest. «Le viol est seulement la partie émergée de l’iceberg», insiste Maike Bublitz, pédagogue au Frauennotruf München. Il existe même un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences. «Il y a bien plus de violations des limites, qui vont du fait de tripoter les femmes aux abus sexuels. Il y a une vaste palette d’agressions sexuelles.»(Le nombre d’agressions sexuelles et de viols est pourtant bien plus élevé que celui que laissent entrevoir les statistiques policières, estiment les représentantes des associations présentes sur les lieux, qui estiment que pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols. Beaucoup de femmes continuent à avoir honte de signaler une agression aux autorités ou sont découragées par la perspective d’une longue et douloureuse procédure judiciaire qui n’a de toute façon que très peu de chances de déboucher sur une condamnation. Moins d’1% des hommes coupables de viol sont, en effet, condamnés par la justice allemande, comme le rappelait il y a quelques années une campagne d’information lancée par une association féministe allemande qui réclame depuis des années une réforme du paragraphe 177 du code pénal allemand, qui jusqu’à présent ne reconnaît l’existence d’un viol que dans trois cas de figure –lorsque le rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime ne peut se défendre. Le fait que l’Oktoberfest attire un public international n’est aussi pas étranger à ce faible taux de plaintes déposées, indique Kristina Gottlöber: «Ces touristes ne savent pas comment fonctionne la procédure judiciaire en Allemagne. Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis. Doit-elle rester sur place, prendre un avocat, quels sont les coûts? Elles veulent simplement rentrer chez elles et oublier l’agression.» (…) Ni la police, ni les associations qui travaillent sur le terrain estiment que les violences sexuelles dont l’Oktoberfest est le théâtre chaque année sont comparables avec l’ampleur extraordinaire des harcèlements de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du Réveillon. Mais Maike Bublitz signale que ce type de violences commises en groupes ont déjà été rapportées durant l’Oktoberfest: «Il y a eu quelques cas où des femmes ont été encerclées par plusieurs hommes et harcelées, tripotées, touchées à l’entrejambe, comme ce qu’on a pu entendre au sujet de Cologne. Cela nous a été rapporté par des femmes au “security point”.» Les agressions ont lieu partout, de jour comme de nuit, rapportent la police et les associations. À l’intérieur des chapiteaux, dans les toilettes, aux abords des manèges, mais surtout sur la fameuse «Kotzhügel», cette «colline de la gerbe» située en bordure des chapiteaux où les visiteurs alcoolisés au dernier degré ont pour habitude de venir vider leurs estomacs et de piquer un somme, voire les deux en même temps, comme on peut le voir sur les fameuses photos prises sur place par les visiteurs chaque année dont nous vous parlions en 2013. Une pratique consistant à déshabiller et photographier sous leur jupe les femmes ivres endormies sur place est d’ailleurs apparue ces dernières années, rapportent les associations. «Nous savons qu’il y a des hommes qui viennent exprès à l’Oktoberfest parce qu’ils pensent qu’ils auront beau jeu», explique Maike Bublitz.(…) L’Oktoberfest n’est d’ailleurs pas la seule grande fête populaire allemande où des agressions sexuelles ont lieu de manière récurrente. Cologne, justement, accueille chaque année au début du mois de février un des plus grands défilés costumés au monde, qui attire chaque année 1,5 million de visiteur. La maire de la capitale rhénane, Henriette Reker, a d’ailleurs annoncé quelques jours après la fameuse nuit où des centaines de femmes ont été agressées qu’un important dispositif policier allait être déployé cette année pour assurer la sécurité des femmes durant le carnaval de Cologne. Les agressions sexuelles y sont pourtant légion depuis des années. En 2014, des féministes ont d’ailleurs lancé un tumblr baptisé «KonsensKarneval» listant et dénonçant les consignes diffusées à l’attention des femmes par les différentes municipalités et commissariats allemands à l’occasion du carnaval. Leur slogan:«Mon costume n’est pas une invitation. » Slate
Si la culture est un joli mot quand il s’agit de création artistique, c’est un gros mot, pour certains, quand il s’agit de cerner et de corriger des pratiques personnelles – éducation, religion, mode de vie, conception de la famille – qui expliqueraient la difficulté d’une communauté à s’intégrer. Pour preuve, le tollé provoqué par le sociologue Hugues Lagrange quand il a publié son livre Le Déni des cultures (Seuil, 2010). Des artistes qui ont adopté cette approche culturelle ont également été critiqués. La Belge Sofie Peeters, une étudiante en cinéma, a diffusé sur Internet en 2012 son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle est filmée en caméra cachée en train de marcher dans un quartier de Bruxelles, à majorité musulmane. Sur ses pas, on entend « salope », « chienne », « putain »… Les réactions ? Manipulation, stigmatisation, procédé manichéen… Il existe un spectacle de danse dont le titre résume ce débat : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous, Occidentaux, parler des ravages du multiculturalisme sans se faire traiter de réactionnaires ? Michel Guerrin
La cour d’appel de Montpellier a décidé ce jeudi du maintien en détention provisoire des deux hommes, de 18 et 22 ans soupçonnés d’avoir violé cette jeune fille de 18 ans. Tous les deux sont en prison depuis leur mise examen début janvier pour viol et diffusion d’images pornographiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où une enquête a été ouverte pour viol en réunion et diffusion d’images pornographiques. La vidéo en question, un montage d’un peu moins de 5 minutes diffusé début janvier sur plusieurs réseaux sociaux dont Snapchat et Facebook, montraient une relation sexuelle particulièrement brutale le 2 janvier au soir de deux hommes avec une jeune femme. On y voit les deux hommes, dont on n’aperçoit jamais le visage, en survêtement, boire du whisky et fumer des joints avec leur victime présumée, apathique, qui paraît droguée ou alcoolisée. Les images sont accompagnées de commentaires écrits dégradants sur la jeune femme, tout au long de la relation sexuelle. C’est l’identification de l’un des deux hommes qui avait permis de remonter jusqu’au trio, dans un appartement de Perpignan. (…) Les deux suspect avaient fait appel de celle-ci, niant avoir violé leur victime. Pour sa part, la jeune femme de 18 ans n’a pas déposé de plainte.  Les trois protagonistes, qui se connaissaient, s’étaient réunis pour, selon leurs témoignages rapportés par le parquet «pour faire la fête», au cours d’une soirée particulièrement alcoolisée. Le Parisien
Ce devait être un concours de strip-tease avec un voyage aux Etats-Unis à gagner pour la candidate la moins timide. Le jeu a sordidement viré à l’agression sexuelle et au viol collectif. (…) Ce soir-là, l’établissement organisait un concours appelé American Party en référence au film « American Pie ». Une cliente de 27 ans a remporté le prix en terminant sans soutien-gorge et en string. C’est à ce moment qu’une dizaine de spectateurs l’ont rejoint sur scène. Elle s’est retrouvée plaquée au sol puis violée. Le Parisien (La Réunion, mai 2015)
Une partie de striptease organisée dans la boîte de nuit Le Chapiteau à Montvert les Bas a dérapé. Un concours de striptease organisé dans le but de remporter un billet aller-retour pour les Etats-Unis a vu se succéder sur la scène des jeunes femmes du public. Dans l’esprit de cette « american party », le cadeau allait revenir à la jeune fille la plus entreprenante sur le podium. Malheureusement, l’organisation de la discothèque se serait laissée déborder par les agissements de certains de ses clients à tel point que le propriétaire du Chapiteau indique n’avoir rien constaté d’anormal sur le moment. Ce soir-là donc, après avoir enlevé tous ses vêtements, à l’exception de son string, une jeune femme a été entourée par un groupe d’une douzaine d’hommes. Dans l’attroupement et l’euphorie alcoolisée de cette american party, la cliente, une ancienne gogo danseuse de l’établissement, a été victime d’attouchements sexuels puis de pénétrations digitales. Il était vers 1h30 du matin dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai. La victime a porté plainte contre X pour viol en réunion dès le 1er mai à la brigade territoriale de gendarmerie de Petite Ile mais les investigations ont été transférées aux enquêteurs de la police nationale, compétente pour le territoire sur lequel est intervenue cette affaire. Zinfos 974
Ne crie pas comme ça, on va finir par croire que je te viole. Adolescent congolais
Ces deux affaires sont très similaires. Dans les deux cas, on a des victimes qui se mettent en danger, sans avoir conscience du risque qu’elles prennent, en aggravant encore la situation en consommant de l’alcool et des stupéfiants. On ne peut pas vraiment parler de préméditation chez les agresseurs, mais ce qui est sûr, c’est que l’hypothèse que la soirée puisse se conclure par une relation sexuelle est envisagée dès le départ du côté masculin.  Éric Maillaud
Nos médias opposent généralement les réfugiés appartenant aux classes moyennes «civilisées» et les «barbares» des classes inférieures, qui volent, qui harcèlent les femmes et les violentent, qui défèquent en public, etc. Au lieu de dénigrer tout ce discours en le présentant comme une propagande raciste, nous devrions avoir le courage de discerner un élément de vérité en lui: la brutalité, qui va jusqu’à la cruauté absolue pour les faibles, pour les animaux, les femmes, etc., est un trait caractéristique traditionnel des «classes inférieures» ; l’une de leurs stratégies de résistance face aux détenteurs du pouvoir a toujours consisté à faire un terrifiant étalage de brutalité, destiné à perturber le sens de la décence des classes moyennes. Et il est tentant d’interpréter ainsi ce qui s’est passé à Cologne durant la nuit de la Saint-Sylvestre, il est tentant d’interpréter ces événements comme un obscène carnaval de classes inférieures (…) De façon assez prévisible, l’événement gagne en ampleur au fil des jours: ce sont désormais plus de 500 femmes qui ont porté plainte, des incidents similaires ayant été constatés dans d’autres villes allemandes (ainsi qu’en Suède) cette même nuit-là ; certains éléments laissent penser que ces agressions étaient préméditées et coordonnées ; par ailleurs, des «défenseurs de l’Occident civilisé», barbares d’extrême-droite anti-immigrés, contre-attaquent en agressant des immigrés, de sorte que la spirale de la violence menace de se déchaîner… Et, de façon là encore prévisible, la gauche libérale politiquement correcte a mobilisé ses troupes pour minimiser l’événement, de la même façon qu’elle l’avait fait dans le cas de Rotherham il y a un an. Mais il y a plus, bien plus. C’est qu’il nous faudrait intégrer le carnaval de Cologne à cette longue histoire qui débute sans doute dans le Paris des années 1730 et dont le dit «grand massacre des chats» décrit par Robert Darnton – au cours duquel des ouvriers d’imprimerie torturèrent et tuèrent rituellement tous les chats sur lesquels ils purent mettre la main, y compris l’animal chéri de la femme de leur maître – constitue un jalon essentiel. Ces apprentis-là étaient moins bien traités que des animaux, moins bien traités que les chats tant adorés par l’épouse de leur maître. Une nuit, les gars décidèrent de réparer cette injustice: ivres de joie, de chaos, hilares, ils déversèrent des sacs entiers de chats à demi-morts dans la cour de l’imprimerie avant de les pendre à un gibet improvisé. Pourquoi ce massacre était-il si amusant ? Durant le carnaval, les gens de peu suspendaient les règles normales régissant le comportement de chacun ; ils renversaient l’ordre social, cérémonieusement pour ainsi dire: ils le retournaient cul par dessus tête au cours de processions séditieuses. Le carnaval était cette parenthèse laissant libre cours à l’hilarité, à la sexualité, à l’émeute – et la foule incorporait souvent la thématique de la torture des chats dans ses chants et morceaux de musique. Tout en moquant un cocu, ou quelque autre victime, les séditieux faisaient un sort à un chat, ils lui arrachaient sa fourrure pour le faire hurler. Faire le chat, appelait-on cela en France. Les Allemands, eux, parlent de Katzenmusik – un terme dont l’origine remonte très probablement à ces pratiques, à ces hurlements de chats torturés. La torture des animaux, et particulièrement des chats, fut un divertissement populaire tout au long des débuts de la modernité européenne. C’est que les chats étaient associés à l’aspect le plus intime de la vie domestique: le sexe. Le chat, la chatte, le minet sont des termes de l’argot français qui signifient ce que signifie pussy en anglais, et ils ont été utilisés des siècles durant dans un registre obscène. Et si nous envisagions les événements de Cologne comme une version contemporaine du faire le chat ? Comme une rébellion carnavalesque des laissés-pour-compte ? Je ne crois pas qu’il s’agissait simplement pour ces hommes jeunes et affamés de sexe de satisfaire de toute urgence leurs pulsions: cela, ils auraient pu le faire de façon plus discrète, dissimulée. Le plus important pour eux, me semble-t-il, était de donner un spectacle public destiné à installer dans les esprits des sentiments de peur et d’humiliation: les pussies, les chattes des Allemandes des classes privilégiées devaient faire l’expérience d’une douloureuse vulnérabilité. Il ne faut naturellement pas chercher dans un tel carnaval le moindre élément synonyme de rédemption, d’émancipation ou de libération effective – mais c’est bien ainsi que se déroulent les carnavals. Voilà pourquoi les tentatives naïves visant à «éclairer» les immigrants (visant à leur expliquer que nos mœurs sexuelles sont différentes, qu’une femme marchant tout sourire dans la rue en mini-jupe n’invite pas ce faisant à un rapport sexuel, etc.) sont d’une impressionnante bêtise. Ils savent très bien tout cela, et c’est précisément pourquoi ils agissent ainsi. Ils savent parfaitement que ce qu’ils font est radicalement étranger à notre culture, et ils le font dans le but précis de blesser nos sensibilités. Voilà pourquoi nous devons contribuer à ce que change cette posture faite d’envie et d’agressivité vengeresse, et non pas leur enseigner ce qu’ils savent déjà parfaitement. Slavoj Žižek
‘Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ?’ Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons. Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous. Nous. Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts… … nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort. Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ? Michel Serres
Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard qui peut servir d’éclairage. Comme F.Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre