Antiracisme: Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes (Dying of encouragement: From Palestine to US and French ghettos, the same culture of excuses produces the same results)

2 novembre, 2015
Obama & friendsAbbasi want to stab jewTarantinoDemo
harper-flanaganCoulibaly

djihadistes-francaisLe quartier parisien de Barbès, lorsque la manifestation interdite de juillet 2014 - Crédits photo: JACQUES DEMARTHON/AFPhttp://www.youtube.com/watch?v=TYqrXVNfYUI

Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. Exode 20: 16
Le faux témoin ne restera pas impuni, Et celui qui dit des mensonges périra. Proverbes 19: 9
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
When it came to treating her citizens of African decent fairly, America failed. She put them in chains. The government put them in slave quarters, put them on auction blocks, put them in cotton fields, put them in inferior schools, put them in substandard housing, put them in scientific experiments, put them in the lowest paying jobs, put them outside the equal protection of the law, kept them out of their racist bastions of higher education and locked them into position of hopelessness and helplessness. The government gives them the drugs, builds bigger prisons, passes a three-strike law, and then wants us to sing “God Bless America.” No, no, no. Not “God Bless America”; God Damn America! That’s in the Bible, for killing innocent people. God Damn America for treating her citizen as less than human. God Damn America as long as she keeps trying to act like she is God and she is supreme! Jeremiah Wright
America’s chickens are coming home, to roost.  Violence begets violence.  Hatred begets hatred, and terrorism begets terrorism. Jeremiah Wright
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Only Malcolm X’s autobiography seemed to offer something different. His repeated acts of self-creation spoke to me; the blunt poetry of his words, his unadorned insistence on respect, promised a new and uncompromising order, martial in its discipline, forged through sheer force of will. All the other stuff, the talk of blue-eyed devils and apocalypse, was incidental to that program, I deceided, religious baggage that Malcolm himself seemed to have safely abandoned toward the end of his life. And yet, even as I imagined myself following Malcolm’s call, one line in the book stayed me. He spoke of a wish he’d once had, the wish that the white blood that tan through him, there by an act of violence, might somehow be expunged. I knew that, for Malcolm, that wish would never be incidental. I knew as well that traveling down the road to self-respect my own white blood would never recede into mere abstraction. I was left to wonder what else I would be severing if and when I left my mother and my grandparents at some uncharted border. Barack Hussein Obama (Dreams of my father)
La fusillade dans l’église a été le point de basculement… mais ma colère s’est construite sur la durée. Je suis une poudrière humaine depuis un bon moment. Juste en attente d’un BOUM. Bryce Williams (Vester Lee Flanagan)
En abattant froidement deux de ses confrères journalistes en plein direct avant de se donner la mort, Vester Lee Flanagan, décrit comme violent, n’a négligé aucun détail. S’il a filmé son crime et diffusé lui-même la vidéo en ligne, l’homme, qui s’est suicidé après son acte, a également pris le temps de rédiger un long manifeste décousu faxé mercredi à la chaîne ABC News pour justifier son passage à l’acte. ABC News, qui explique avoir reçu le Fax « près de deux heures » après les coups de feu ayant coûté la vie à deux journalistes de la chaîne de télévision locale WDBJ7, a publié de très brefs extraits et résumé le contenu du manifeste sur son site internet. « Il dit qu’il a souffert de discrimination, de harcèlement sexuel et de bizutage au travail. Il dit avoir été attaqué par des hommes noirs et par des femmes blanches et raconte avoir été attaqué pour le fait qu’il est un homme noir et homosexuel ». Le manifeste, dont l’auteur dit « être Bryce Williams », nom sous lequel travaillait le tueur, affirme que son sentiment d’ostracisation était doublé d’une vive colère après la tuerie de Charleston en juin. Ce massacre, commis par un jeune Blanc de 21 ans partisan de la « suprématie blanche » dans une église fréquentée par la communauté noire, avait fait neuf morts parmi les fidèles. (…) Né en 1973 et diplômé de l’université d’Etat de San Francisco en 1995 après une enfance passée à Oakland, en Californie, Vester Lee Flanagan dit avoir subi toute sa vie des discriminations. Il avait d’ailleurs poursuivi la chaîne en justice pour discriminations raciale et sexuelle, des accusations qui ont abouti à un non-lieu, et sont balayées par Jeffrey Marks, directeur général de WDBJ7. Ce dernier, qui qualifie M. Williams d’« homme malheureux », affirme l’avoir licencié « après de nombreux incidents liés à sa violence ». Le Monde
As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them. His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting. On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight. Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments. Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later. Chris Harper
« J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil. Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés». D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée». Le Figaro
Amedi, 27 ans, rencontre Sarkozy cet après-midi Il a passé toute sa vie dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny et il rencontrera aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Amedi Coulibaly, 27 ans, travaille en contrat de professionnalisation à l’usine Coca-Cola de sa ville natale. Accompagné de neuf autres personnes, comme lui en formation en alternance, il va rendre visite au président de la République, qui souhaite rencontrer des entreprises engagées en faveur de l’emploi des jeunes. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher » « Cela me fait plaisir, souriait hier Amedi. Je ne sais pas ce que je vais lui dire. Déjà, je vais commencer par Bonjour ! » Il lui racontera surtout son parcours professionnel, son poste actuel, qui se termine le 30 septembre. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher… », souffle-t-il. Mais la mission d’Amedi ne s’arrêtera pas à un simple salut et à raconter son histoire. Unique garçon entouré de neuf soeurs, il est chargé de rapporter de nombreux « autographes et photos pour la famille ! ». Il risque d’être intimidé par le protocole. « A Grigny, nous n’avons pas l’habitude d’aller souvent à l’Elysée. Les réceptions, je ne connais pas, déclare-t-il. En plus, dans les cités, auprès des jeunes, Sarkozy n’est pas vraiment très populaire. Mais cela n’a rien de personnel. En fait, c’est le cas de la majorité des politiques. » Mais pas question pour lui de revendiquer quoi que ce soit une fois en face de Nicolas Sarkozy : « Le rencontrer en vrai, c’est impressionnant. Qu’on l’aime ou pas, c’est quand même le président. »Le Parisien (15 Juil. 2009)
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
Tout le monde se demande ce que nous devrions faire. Nous frapperons à toutes les portes possibles, afin de faire entendre la voix de Jérusalem. Nous avançons, avec l’aide d’Allah. Nous vous saluons, ainsi que tous les hommes et femmes au ribat [sur la ligne de front]. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. Chers frères, nous sommes tous ici au nom de Jérusalem. Je vous le dis en toute honnêteté, un Etat palestinien sans Jérusalem n’existera jamais. L’Etat palestinien doit inclure sa capitale, la noble Jérusalem – avec sa capitale, Jérusalem-Est, qui a été occupée en 1967. Nous n’autorisons aucune de leurs mesures. Toutes ces divisions… La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales. Nous ne leur permettrons pas de le faire, et nous ferons tout en notre pouvoir pour protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement. La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis. Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres. Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous. Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter. Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation. Mahmoud Abbas (Conseil des droits de l’homme de l’ONU)
C’est extrêmement important d’accélérer ce processus (…) si Israël pense bénéficier d’impunité, qu’est-ce qui l’empêchera de multiplier les victimes ? (…) Nous espérons que la Cour conclura bientôt … qu’elle a une base solide et assez de preuves pour prouver qu’Israël a commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité (…) Le nouveau document remis à Mme Bensouda « fait référence aux exécutions extra-judiciaires, aux destructions de maisons et punitions collectives, montrant des exemples de cas d’agressions par Israël sur ces 40 derniers jours … Riyad al-Maliki (ministre palestinien des Affaires étrangères)
Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili. (…) Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main. Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays. A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants. Jack Lang
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Hollywood: the only town where you can die of encouragement. Pauline Kael
Before Reservoir Dogs, everything was constantly a big build up to a huge let down. Pauline Kael used to say that Hollywood is the only town where people ‘can die of encouragement’ and that kind of was my situation. Quentin Tarentino
Quand je vois des meurtres, je ne reste pas là sans rien faire… Il faut appeler les meurtriers des meurtriers. Quentin Tarantino
Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés. Quentin Tarantino
Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers. Les officiers de police que Tarantino appelle des meurtriers ne vivent pas dans une de ses fictions dépravées sur grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie afin de protéger les communautés des vrais crimes. (…) Il est temps de boycotter les films de Quentin Tarantino. Patrick Lynch (président d’une association d’agents des forces de l’ordre de New York)
When I read what my son said, it upset me. [We] have three cousins from the NYPD. I’ve seen and heard the things they go through, and to see them so discredited like this is really sad. The police getting such a bad rap, especially coming from my own son, is really sickening to me. It would really be great if he issued a public apology for the statements he made. I’m just disappointed in [Quentin] and anyone who comes down against any police department anywhere. If anyone breaks the law, they should be tried and prosecuted. But don’t go out in public and call them murderers and killers. Yes, there have been police officers guilty of crimes, but you can’t condemn a whole department just because of a few bad apples. Tony Tarantino
I love my son and have great respect for him as an artist but he is dead wrong in calling police officers, particularly in New York City where I grew up, murderers, He is a passionate man and that comes out in his art but sometimes he lets his passion blind him to the facts and to reality. I believe that is what happened when he joined in those anti-cop protests. I wish he would take a hard, dispassionate look at the facts before jumping to conclusions and making these kinds of hurtful mistakes that dishonor an honorable profession. We have many friends and relatives who have served honorably in the NYPD and the LAPD and clearly, they risk their lives to keep the rest of us safe. Cops are not murderers, they are heroes. Tony Tarantino
I totally disagree with everything he said. And I thought the timing of the whole thing was horrible. The men and women of the NYPD do a phenomenal job and don’t get enough credit. Whenever someone says something like [what Quentin said], it makes police officers’ jobs a lot harder. It’s much more dangerous today than in my time. You hear about shootings constantly. It’s gotten very bad for police officers to do their job. And my heart goes out to them. Anthony Massaro (cousin de Tony Tarentino)
The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group. In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.” Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender. You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations. Breitbart
Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions. (…) Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population. L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant. Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse. Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police. Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution». 20 minutes
Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification. Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent. Barack Hussein Obama
Let me say something at the outset. The questions that have been asked so far in this debate illustrate why the American people don’t trust the media. This is not a cage match. And, you look at the questions – Donald Trump, are you a comic book villain? Ben Carson, can you do math? John Kasich, will you insult two people over here? Marco Rubio, why don’t you resign? Jeb Bush, why have your numbers fallen? How about talking about the substantive issues people care about? The contrast with the Democratic debate where every fawning question from the media was – ‘Which of you is more handsome and wise?’ And let me be clear. The men and women on this stage have more ideas, more experience, more commonsense, than every participant in the Democratic debate. That debate reflected a debate between the Bolsheviks and the Mensheviks. And nobody watching at home believes that any of the moderators has any intention of voting in a Republican primary. The questions that are being asked shouldn’t be trying to get people to tear into each other. It should be ‘What are your substantive solutions to people that are hurting?’  Ted Cruz
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, février 2008)
Ils croient qu’ils sont opprimés en raison de leur foi islamique, mais en réalité c’est l’État-providence lui-même qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian. (…) Yassir Arafat’s feckless leadership has done immense damage to the Palestinians, from his financial corruption, to his addiction to honor and violence, to his systematic mendacity and incapacity to make the shift from “guerrilla” to statesmen. And yet European leaders have lionized him, even at the height of his terrorist activities in the 1970s. (…) The UN has spent up to 40% of its time condemning Israel, illustrating the dangers of anti-Zionism as a Weapon of Mass Distraction. By giving the irredentist Palestinian cause international support, they have strengthened precisely the forces most dedicated to victimizing Palestinians. And of course, Palestinians, not understanding who was benefited from such one-sided condemnations, cheered on the process. (…) Chirac’s whole foreign policy, and specifically his role in the failure to staunch the violence in early October 2000 that led to the disastrous “Second Intifada,” was itself only a continuation of so much of French foreign policy in the Middle East. They, like so many “pro-Palestinian” diplomats, have betrayed everyone but the warmongers. (…) Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society. (…) The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict. (…) But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.) (…) Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.” Richard Landes
Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles. On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ». Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète. (…) Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre. Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein. Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées. (…) Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires. Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation… Bat Ye’or
La situation a évolué dans le mauvais sens. Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. Il n’y a pas d’efficacité car il y a une mécompréhension du problème. Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: ‘Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l’économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers’. Or, l’aspect économique n’est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste. Malek Boutih (député socialiste des Essones, ancien président de SOS-Racisme)
Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté. (…) Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles. (…) Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs. (…) Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling. Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible». Le Figaro
En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. (…)  la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme. Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme? Georges Bensoussan
L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale (c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970. Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj». (…) En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison [sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier]. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France. Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…» (…) Mais ces lois [mémorielles]ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan, tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance. (…) Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne. (…) A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé. (…) A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours? Georges Bensoussan
Nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. Jeannette Bougrab
Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis. Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer. Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens. (…) C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants. On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques. (…) Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective… Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution. Laurent Bouvet
Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques. (…) Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. André Bercoff
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy

Attention: une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, perversion des perversions et cynisme des cynismes, le président non élu de l’Autorité palestinienne en appelle à la « protection » de ceux qui depuis un mois multiplient les assassinats à l’aveugle au couteau de boucher ou à la voiture-bélier dans les rues israéliennes …

Et où, après les pétages de plomb de Virginie ou d’Orégon et une série de meurtres de policiers, l’un des plus violents cinéastes de l’histoire (une NRA à lui tout seul !) se permet de traiter les policiers de meurtriers …

Pendant que dix ans après les émeutes qui ont détruit en France quelque 300 bâtiments publics et 10 000 voitures mais aussi tué deux hommes qui avaient le malheur d’être un peu trop blancs, nos gouvernants rachètent à nouveau la paix sociale à coups de  stèle, noms de rue et autres  BEP de hip hop ou de street art …

Comment ne pas voir …

Les mêmes causes produisant les mêmes effets …

Des ghettos américains aux ghettos français …

Et de Gaza à Ramallah ou Jérusalem-est ou en Syrie-Irak …

Les tristes fruits de la même culture de l’excuse et, jusqu’aux allocations pour djiahdistes, de la même politique des bons sentiments

A savoir  éclipsant les pourtant réels progrès derrière les milliards et les bonnes paroles

Et se retournant contre ceux là mêmes qu’elles étaient censées servir …

Les émeutiers devenus meurtriers ou terroristes ?

Les banlieues : des sas, non des ghettos

Brice Couturier

France Culture

30.10.2015

Carlo Rosselli, intellectuel et politique italien, assassiné en France en 1937 sur ordre de Mussolini, écrivait dans son livre Socialisme libéral : le socialisme, c’est « quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ». Lui fait écho, quelques décennies plus tard, le concept de capability, forgé par Amartya Sen, qui le définit comme « liberty to achieve », liberté d’accomplir quelque chose, qu’on rend aussi par « liberté substantielle ».

C’est de cette liberté-là que parlait Manuel Valls lorsqu’il a déploré que les habitants de certaines banlieues soient « assignés à leur lieu de résidence », s’y « sentent bloqués, entravés dans leurs projets ». Sans doute a-t-il eu tort de parler « d’apartheid ». La République française ne pratique par la discrimination raciale géographique sur une base légale. Et si certains quartiers sont perçus comme des lieux de relégation, des enclaves, mal desservies par les transports publics, leur population n’y est aucunement fixée.

C’est ce que démontre le géographe Christophe Guilluy, qui propose de remplacer le mot de ghetto, inadéquat, par celui de sas. « On y entre beaucoup et on les quitte beaucoup », dit-il, des fameux « quartiers sensibles ». A la différence des ghettos américains, où des populations noires et pauvres sont confinées de manière définitive, nos banlieues « créent de la classe moyenne ». Les jeunes, aussitôt diplômés, les quittent pour accéder à des zones d’habitat plus sûres.

L’impression de pauvreté que provoquent les zones urbaines sensibles est partiellement fondée – le chômage y est deux fois plus élevé que dans la France entière -, mais elle est surtout relative : fixées à la périphérie des grandes métropoles mondialisées et gentryfiées, elles accueillent surtout des primo-arrivants. Aux uns, très qualifiés, les professions bien rémunérées, aux autres, la précarité ou l’économie informelle. Le contraste entre ces deux mondes, géographiquement voisins, mais culturellement et financièrement aux antipodes, accentue le sentiment de décrochage. Il y a aussi beaucoup de pauvreté dans les petites villes et les villages, mais elle est moins visible.

Beaucoup d’argent a été consacré à la politique de la ville. Le Programme national de rénovation urbaine a utilisé 43 milliards d’euros d’argent public. La Cour des comptes critique ce qu’elle appelle « une politique de moyens et non de résultats ». Mais enfin, de nombreuses « barres », construites dans les années 1960, ont été remplacées par des habitations modernes et dotées d’équipements collectifs de qualité.

Pour quels résultats ? Sur les banlieues, vous rencontrez deux sons de cloche. Les uns, comme Malek Boutih, député socialiste des Essones, jugent que la situation s’est dégradée depuis les émeutes de 2005. « La situation a évolué dans le mauvais sens », disait-il récemment sur une radio. « Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. » Pour l’ancien président de SOS-Racisme, les banlieues, les quartiers sont le miroir grossissant de la société tout entière et celle-ci est en crise grave, en proie au chômage et au communautarisme.

Pour d’autres, les choses s’arrangent. Le comte de Bouderbala dit dans un sketch qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, les pouvoirs publics ont réagi en organisant un concert de rap… La ministre de la culture a récemment annoncé la création d’un Diplôme national supérieur de danse hip-hop. Elle a promis de consacrer un budget au financement d’œuvres de street-art. Comme dit Jeannette Bougrab, maître des requêtes au Conseil d’Etat, elle dont les parents, arrivés d’Algérie, ne savaient ni lire, ni écrire, « sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. » Alors que les familles attendent du système éducatif qu’il tire leurs enfants vers les qualifications. De son côté, le politologue Laurent Bouvet, estime qu’il y a quelque condescendance à ne vouloir reconnaître comme talents, chez les jeunes des quartiers que les performances sportives et les cultures urbaines.

Quelque chose, pourtant, se passe dans les quartiers : c’est là que s’inventent de nouvelles façons de travailler, souvent en phase avec la révolution numérique. Saviez-vous que c’est en Seine-saint-Denis que se créent le plus d’entreprises en France ? Les associations, les fondations, les entreprises y poussent comme des champignons, en phase avec la jeunesse et le dynamisme de leurs habitants. Pour se développer, elles ont besoin de deux choses : de la sécurité et un accès au financement. Bref, de la capability, comme dirait Amartya Sen….

Voir aussi:

Christophe Guilluy : «Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne»
Guillaume Perrault

Le Figaro

11/09/2014

Christophe Guilluy est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics. En 2010, son livre connaissent un réel succès critique et plusieurs hommes (sic) politiques de droite comme de gauche affirment s’inspirer des analyses de ce dernier essai. Un documentaire intitulé La France en face, réalisé par Jean-Robert Viallet et Hugues Nancy, diffusé sur France 3 le 27 octobre 2013, est également très fortement inspiré de ce livre.

Notre pays connaît une crise économique et politique de grande ampleur. Les travaux du géographe Christophe Guilluy permettent de dépasser la conjoncture et d’éclairer les causes profondes du mal français. Dans son nouvel ouvrage, La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion), en librairie le 17 septembre, l’auteur démontre comment la mondialisation a entraîné une recomposition des catégories sociales et a bouleversé l’organisation de l’espace français.

LE FIGARO. – Vous critiquez un amalgame entre milieux populaires et banlieues. Pourquoi ?

Christophe GUILLUY. – La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. L’État prend conscience – avec retard – de cette réalité. Début 2014, le gouvernement a réorienté la politique de la ville pour prendre également en compte la France des sous-préfectures.

Comment expliquer que les catégories populaires (ouvriers, employés) et les classes moyennes inférieures (artisans et une partie des commerçants) aient déserté les métropoles ?
Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont la ville a besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille.

La mixité sociale des HLM dans les grandes villes est donc un vœu pieux ?

On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives.

Observe-t-on une ascension sociale dans une partie de la population d’origine étrangère ?

Oui, car ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés.

En France, ouvriers et employés sont-ils moins nombreux en 2014 qu’en 1980 ?

La baisse de la proportion d’ouvriers est réelle, mais elle s’est accompagnée d’une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs – n’ont donc nullement disparu. Elles sont désormais moins visibles, puisqu’elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés. Si l’on considère l’ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte.

En définitive, « le peuple », aujourd’hui, qui est-ce ?

Actuellement, 50 % des salariés gagnent moins de 1 650 euros net par mois. Par ailleurs, les frontières sociales entre classes populaires et classes moyennes inférieures – artisans et commerçants, patrons de TPE – ont disparu. Ceux-ci ont conscience d’un vécu commun qui bouleverse les définitions classiques du «peuple». La fronde des «bonnets rouges» illustre ce phénomène. La révolte n’est pas partie des grandes métropoles de l’Ouest, mais des petites villes qui en étaient le plus éloignées. La contestation n’était pas seulement sociale, mais aussi identitaire. Des ouvriers, des employés, des agriculteurs, des chauffeurs routiers et des chefs de petites entreprises ont défilé ensemble, ce qui a beaucoup déconcerté Jean-Luc Mélenchon.

Vu l’ampleur colossale des dépenses publiques et sociales, n’est-il pas injuste de prétendre qu’on a «sacrifié» les classes populaires ?
Certes, il y a beaucoup de redistribution des métropoles vers la France périphérique. Le revenu n’est pas en chute libre. La présence d’une part importante d’emplois publics et parapublics et le développement des services à la personne ont aussi permis de limiter les effets de la désindustrialisation. Mais la France des catégories populaires ne se résume pas à la question des bas revenus ou de la pauvreté. Considérées dans leur ensemble, depuis le début des années 2000, les catégories populaires n’ont plus de perspectives d’ascension sociale. En dépit de certaines réussites individuelles brillantes, ce qui se joue, c’est le sentiment de ne plus être intégré au projet économique, de ne pas vivre sur les territoires qui comptent et qui créent de l’emploi. C’est l’immense différence avec la « classe moyenne » des Trente Glorieuses dont les revenus relatifs n’étaient pas plus élevés mais dont l’intégration économique et une forme d’ascension sociale étaient assurées. C’est dans ce contexte qu’il faut poser la question des revenus et de l’impôt. L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés.

Qu’appelez-vous la «contre-société» qui, selon vous, apparaît dans la France des fragilités sociales ?

Dans la France périphérique, le champ des possibles est beaucoup plus restreint en raison d’une mobilité sociale et géographique très faible. Un déplacement régulier vers le travail en voiture à 20 kilomètres de chez soi coûte environ 250 euros par mois, soit le quart du smic. Surtout, quand on perd son travail dans une ville de taille moyenne, on sait qu’on éprouvera beaucoup de difficultés à vendre son logement pour se rapprocher d’un bassin d’emplois dynamique. Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés».

On assiste donc à une guerre culturelle des deux France ?

Sans aucun doute. Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir.

Voir également:

Laurent Bouvet : l’égalité selon le PS, faire de la banlieue une entité à part
Alexandre Devecchio
Le Figaro
27/10/2015
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Après la visite de Manuel Valls aux Mureaux, Laurent Bouvet juge inefficace et «ghettoïsante» la politique que mènent les socialistes en direction des banlieues.

Laurent Bouvet est directeur de l’Observatoire de la vie politique (Ovipol) à la Fondation Jean-Jaurès. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

LE FIGARO. – Dix ans après les émeutes nées à Clichy-sous-Bois, le président et le Premier ministre ont annoncé une batterie de mesures. Ces dernières vous semblent-elles à la hauteur de l’enjeu?

Laurent BOUVET. – Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis.

Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part.
Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer.

Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens.

Certaines peuvent prêter à sourire: la création d’un diplôme national supérieur professionnel (DNSP) de danse hip-hop qui doit permettre la professionnalisation des danseurs dans ce domaine ; le soutien à la réalisation d’oeuvres réalisées par des artistes de street-art dans le cadre de la commande publique en 2015 et 2016 ; le soutien au développement du «Buzz Booster», dispositif dédié au repérage de jeunes talents du rap… Cela traduit-il finalement une forme de condescendance d’une certaine gauche à l’égard des habitants des banlieues?

C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants.

On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques.

Plus largement, qu’est-ce que cela dit du rapport actuel du PS à la République?

On remarquera d’abord que le PS est resté, pour des raisons idéologiques (le tournant européen et libéral) et sociologiques (le faible renouvellement de son personnel politique et les voies très étroites de renouvellement quand il existe), un parti des années 1980. C’est dans ces années-là que le PS s’est détaché de l’idée républicaine.

Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective…

Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution.

Voir encore:

Angleterre : le ministre veut plus de blancs à l’université
Quentin Blanc
Le Figaro étudiant

07/01/2013

Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté.

David Willets, secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur ,a déclaré en ce début d’année qu’il aimerait voir les jeunes blancs issus des classes populaires être considérés comme un groupe prioritaire pour le recrutement dans les universités anglaises, aux côtés des autres catégories défavorisées. «Il y a un impressionnant gâchis de talents de certains jeunes gens qui pourraient vraiment bénéficier d’un passage à l’université mais qui n’y vont pas».

Le bureau pour un accès équitable (OFFA), chargé de s’assurer que les universités anglaises favorisent les inscriptions de personnes défavorisées, «prend en compte de nombreux critères, comme la classe sociale ou l’origine ethnique, lorsqu’ils mettent en place des critères d’accès. Je ne vois donc pas pourquoi ils ne pourraient pas cibler les garçons blancs issus des classes populaires», a expliqué David Willets à The Independent .

À l’heure actuelle, les établissements possèdent des informations sur l’origine sociale et les résultats scolaires des candidats, et peuvent savoir si le candidat était le premier de sa famille à aller à l’université. En revanche, si l’origine ethnique figure sur les formulaires d’inscription, elle n’est pas communiquée aux services d’admission.

Les filles plus nombreuses que les garçons à l’université
Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles.

Les difficultés des enfants issus des classes populaires anglaises ne sont pas nouvelles. Elles sont manifestes dès la sixième. Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs.

Il faut se mobiliser pour «convaincre certains groupes de gens que l’université est aussi pour eux», estime Sally Hunt, secrétaire générale de l’University and College Union, un syndicat de professeurs. Mais l’augmentation des droits d’inscription constitue de fait une barrière importante, selon elle. «Nous avons besoin que nos plus brillants élèves puissent poursuivre leurs rêves. Cependant, la politique du gouvernement actuel a fait de l’université une option bien plus coûteuse qu’auparavant, ce qui est confirmé par la chute des inscriptions enregistrées».

La hausse des droits d’inscription pointée du doigt
Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling .

Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible».

Voir de plus:

Protéger les Palestiniens pour les laisser poignarder les Israéliens

Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles.
On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.

Bat Ye’or

Dreuz

31 octobre 2015

C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ».

Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète.

Moi je l’appelle jihadisme, car les tueries et la terreur constituent depuis treize siècles les stratégies du jihad. L’Europe devrait le savoir, elle qui n’a cessé d’en subir les attaques par terre et par mer. Mais il est vrai qu’elle a décrété qu’Israël était le danger – un peu comme les nazis qui déclaraient que les juifs les menaçaient pour se donner le prétexte de les exterminer – et qu’elle a choisi de se complaire dans une amnésie d’amoureuse béatitude palestinophile arrosée de pétrodollars.

Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre.

Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein.

Mahmoud Abbas évoque 70 ans de souffrance, d’injustice et d’occupation…

On le comprend, son peuple est si frustré de voir des Israéliens libres ! C’est qu’il pense avec nostalgie aux treize siècles de dhimmitude des indigènes juifs et chrétiens victimes du jihad, des expropriations par les envahisseurs arabes, des femmes et des enfants violés et enlevés au cours des siècles, comme Boko Haram le fait maintenant, des esclaves sexuelles dhimmis, des rançons et de l’extorsion fiscale, de l’esclavage, des massacres et pillages périodiques, des lois discriminatoires, des expulsions des villes et des villages, des vêtements spécifiques pour les dhimmis, de leurs lieux de culte islamisés, pillés, détruits, de la destruction de leur culture (comme le fait l’Etat islamique maintenant), faits divers quotidiens de la dhimmitude en Terre sainte islamisée.

Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées.

Le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs
Abbas plaide pour un retour aux temps de la dhimmitude dont la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen sont les prototypes. Ça c’était le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs, les yeux baissés, cédant le chemin aux musulmans, désarmés car ils n’avaient pas le droit de se défendre… le temps de la tolérance sous la charia, du vivre-ensemble harmonieux et dans la paix de l’islam.

Abbas demande à l’ONU de lui restituer ces privilèges.

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Qu’il se rassure, il aura derrière lui toute l’Europe qui respecte les droits de l’homme – sauf ceux des Israéliens. Mais sont-ils des hommes ? L’Europe hésite entre colons et singes, colons en tous cas !

D’ailleurs c’est peut-être elle qui a suggéré à Abbas cette démarche ? Sans doute en a-t-elle assez de payer des milliards à ses ONGs pour diffuser au plan planétaire la haine d’Israël.

D’autant plus que tout le monde le sait maintenant. Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires.

Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation…

Voir de même:

A Genève, Mahmoud Abbas demande une protection internationale «urgente»
Lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme, durant laquelle Israël ne pouvait pas répliquer, le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien»

Le Temps

28 octobre 2015

Le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé mercredi à Genève l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien». La situation dans les territoires est la pire depuis 1948, a-t-il dit.

«Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement», a déclaré Mahmoud Abbas lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU convoquée à sa demande.

«La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis», s’est exclamé Mahmoud Abbas. «Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres», a déclaré le président palestinien.

Espoirs «annihilés»
«Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous», a-t-il lancé. Pour Mahmoud Abbas, «il est inacceptable d’imaginer que la situation actuelle persiste car cela annihilera tous les espoirs d’une paix fondée sur une solution de deux Etats».

Mahmoud Abbas a accusé les «forces d’occupation» israéliennes d’avoir «récemment intensifié leurs pratiques criminelles au point de mener des exécutions extrajudiciaires contre des civils palestiniens sans défense». Depuis le 1er octobre, les territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont le théâtre d’une spirale de violences dans le cadre de la «guerre des couteaux» qui fait craindre une troisième Intifada.

«Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter», a averti le président palestinien.

Des ovations, et pas de réponse
La communauté internationale se doit d’agir pour veiller au respect du droit international, a encore dit le président palestinien, en demandant que la déclaration adoptée l’an dernier à Genève par les Etats parties aux Conventions de Genève sur le respect de ces Conventions dans les territoires occupés soit pleinement appliquée.

«Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation», a lancé Mahmoud Abbas, dans un discours ovationné debout par la plupart des Etats présents. Les membres du Conseil des droits de l’homme, dont Israël, ne pouvaient pas répondre au discours du président palestinien, dans le cadre de cette réunion spéciale dite «de courtoisie» – ce n’est donc pas une session extraordinaire.

Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme évoque une «catastrophe»
S’exprimant avant Mahmoud Abbas, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a pour sa part estimé que la crise entre Israël et les Palestiniens était «extrêmement dangereuse» et allait mener à une «catastrophe» si rien n’est fait pour que cessent immédiatement les violences.

Il a dénoncé la montée de la peur qui peut mener à «une confrontation plus large et plus terrible». «Il faut cesser les attaques terroristes, que les gens ne soient plus poignardés. Les actions des colons à Jérusalem-Est doivent cesser, l’emploi excessif de la police israélienne doit cesser, les démolitions de maison doivent cesser, et le blocus de Gaza aussi», a dit le haut-commissaire.

Il a par ailleurs dénoncé un «recours disproportionné à la force» par les forces de sécurité israéliennes «qui nous amènent à soupçonner fortement des exécutions extrajudiciaires».

Voir de plus:

Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens
Conseil des droits de l’hommeLe chef de l’Autorité palestinienne poursuit sa bataille diplomatique devant le Conseil des Droits de l’homme.
Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne Image: EPA
Alain Jourdan

28.10.2015

Mahmoud Abbas, continue sa tournée en Europe et poursuit son offensive diplomatique pour tenter de gagner des soutiens et affaiblir Israël. Ce mercredi, c’est à la tribune du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève que le président de l’Autorité palestinienne a lancé de nouveau un appel à la communauté internationale. «Chacun doit assumer ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard», a-t-il prévenu avant de réclamer «la mise en place d’urgence d’un régime spécial de protection international pour les Palestiniens».

Mahmoud Abbas a rejeté la responsabilité des événements qui agitent Jérusalem et les territoires occupés sur Israël, son armée et ses colons. «C’est la conséquence de l’étau mis sur la population: le doublement des colonies, les constructions illicites sous la mosquée Al-Aqsa, l’édification d’un mur pour aliéner les quartiers palestiniens, les exécutions extrajudiciaires…», a expliqué le président de l’Autorité palestinienne. Il a affirmé qu’Israël avait protégé «les forces extrémistes qui s’en prennent aux sites religieux chrétiens et musulmans».

«Toute tentative de remise en cause du statu quo de 1967 pourrait avoir de très graves conséquences. Cela risquerait de transformer ce conflit politique en un conflit religieux», a mis en garde Mahmoud Abbas avant d’exhorter l’ONU à faire respecter toutes les résolutions adoptées ces dernières années. «Le temps n’est-il pas venu pour la communauté internationale de cesser de parler de la cause palestinienne, de prendre enfin des mesures pratiques et de lancer des procédures qui iraient dans le sens de la justice?», a-t-il lancé. Et d’ajouter un peu plus tard: «Nous avons vécu 70 ans de souffrance, d’injustice et de perpétuation (…) de la plus longue occupation de l‘histoire moderne, c’est assez!»

Pour le président de l’Autorité palestinienne, «la paix est encore à portée de main» mais plus pour longtemps. «La formule à appliquer est simple. Israël doit mettre un terme à l’occupation de nos terres, stopper l’oppression et empêcher les colons de commettre des actes criminels», a-t-il expliqué. Et d’ajouter: «Nous réclamons l’unité de notre terre et de notre peuple, nous refusons toute solution autre intérimaire ou partielle».

Pendant près de quarante minutes, devant un parterre de diplomates très attentifs, Mahmoud Abbas a étiré son argumentaire, assurant que le futur Etat palestinien veillerait à respecter tous les plus hauts standards du droit international.

Comme à New York, le 30 septembre dernier, le chef de l’Autorité palestinienne a répété qu’un accord était sans valeur dès lors que l’une des deux parties ne le respectait pas. «Nous n’aurons pas la sécurité et la stabilité tant que l’occupation israélienne continuera et tant que la Palestine n’aura pas son indépendance avec Jérusalem Est pour capitale, dans le respect des frontières de 1967», a martelé Mahmoud Abbas.

Voir enfin:

Palestine : nouvelles données transmises à la CPI
Le Monde.fr avec AFP et Reuters

31.10.2015

C’est le troisième dossier déposé depuis le début de l’année. L’Autorité palestinienne a transmis vendredi 30 octobre à la Cour pénale internationale (CPI) de nouveaux éléments pour tenter d’obtenir l’adjonction des dernières violences dans les territoires palestiniens à l’enquête liée au conflit de l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Après une réunion avec la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, le ministre palestinien des affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a déclaré que le nouveau dossier contenait des preuves d’« exécutions extrajudiciaires, de démolition d’habitations, de sanctions collectives », y compris des faits remontants aux quarante derniers jours.

Depuis le 1er octobre, une vague de heurts, d’agressions et d’attentats anti-israéliens a fait 63 morts (dont un Arabe israélien), côté palestinien, et neuf, côté israélien, dans les territoires à Jérusalem et en Israël. La moitié des Palestiniens tués ont été abattus en commettant des attentats.

Un rapport d’Amnesty international, publié le 27 octobre, recense quatre cas avérés où des Palestiniens « ont été délibérément abattus par les forces israéliennes alors qu’ils ne posaient pas de danger immédiat à leur vie, dans ce qui apparaît comme des exécutions extrajudiciaires. »

Visite à Gaza impossible
L’Autorité palestinienne a adhéré à la CPI au début de l’année, suscitant des protestations de la part d’Israël, des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. Dès janvier, la CPI a ouvert une enquête préliminaire sur la guerre de cinquante jours qui a fait 2 100 morts, côté palestinien, pour la plupart des civils, et plus de 70 morts côté israélien, presque exclusivement des soldats, à l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Mais les responsables de La Haye n’ont pas encore pu se rendre sur place, les Israéliens leur défendant d’accéder à l’enclave palestinienne. Le ministre palestinien rapporte qu’ils « ont promis qu’ils poursuivraient leurs efforts pour obtenir les autorisations (…) d’une visite ».

Centaines de logements dans des colonies, « légalisés » par Israël
Dans le climat de tension exacerbée entre Israéliens et Palestiniens, le gouvernement a légalisé rétroactivement vendredi près de 800 logements dans des colonies de Cisjordanie occupée. Les habitations se trouvent dans les colonies de Yakir (377 logements), Itamar (187) et Shiloh (94), dans le nord de la Cisjordanie, et de Sansana (97) dans le sud du territoire palestinien, selon des informations publiées sur le site du ministère de l’intérieur israélien.

La décision date d’il y a deux semaines mais vient juste d’être rapportée dans la presse israélienne. Pour la communauté internationale, toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales, mais Israël fait la distinction entre colonies « légales » et sauvages.

« Même si cela n’a pas l’impact de l’annonce de nouvelles constructions, il s’agit indéniablement d’un gage accordé aux colons par (Benjamin) Nétanyahou », le premier ministre israélien, a déclaré à l’AFP Hagit Ofran, une des responsables de l’organisation israélienne anticolonisation La Paix maintenant.

Voir par ailleurs:

Londres a sous-estimé l’islamisme au nom du politiquement correct
Fayez Nureldine
Sputnik

01.11.2015

Le ministre des Affaires étrangères britannique a avoué que le gouvernement britannique fermait les yeux sur la propagation de l’activité extrémiste dans le pays au nom de « multiculturalisme ».

La Grande-Bretagne a réalisé trop tard le danger lié à l’extrémisme islamiste, a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond lors d’une visite au Bahreïn.

Selon lui, la montée en puissance des tendances extrémistes est le « défi principal » du monde contemporain.

« En Grande-Bretagne, nous l’avons réalisé un peu trop tard, mais nous devons résister à toutes les formes d’extrémisme, et pas uniquement celles qui impliquent de la violence », a-t-il déclaré.

« Nous avons reconnu à contrecœur le lien entre une forme agressive d’extrémisme et toutes les autres formes d’extrémisme. Pendant des décennies, nous avons à tort fait une différence entre ces deux formes. Au nom de multiculturalisme, nous avons toléré et même salué des idées, un modèle de comportement et l’activité d’organisations qui semaient la division et l’intolérance », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Philip Hammond a expliqué que la stratégie de lutte antiterroriste du gouvernement comprendra entre autre l’examen des raisons de ce qui pousse « des jeunes hommes et femmes à refuser un bon travail et des perspectives afin de mourir sous le drapeau noir de l’Etat islamique ».

« Personne ne devient terroriste en une nuit. C’est tout un processus de radicalisation, c’est une voie qui commence par des expériences naïves avec un système des valeurs simplifié et qui finit par l’autodestruction », a-t-il ajouté.

Il est à noter qu’un département spécial d’analyse de l’extrémisme a été créé au sein du ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni afin de détecter les terroristes potentiels.

Au Royaume-Uni, les terroristes potentiels se comptent par milliers
Auparavant, les médias britanniques ont rapporté, en se référant à des sources au sein des services de renseignement, que près de 3.000 islamistes prêts à perpétrer des attentats à tout moment se trouvent sur le territoire du Royaume-Uni. La moitié des suspects habite à Londres, mais d’autres régions sont qualifiées de « problématiques », notamment le comté des Midlands de l’Ouest et la ville de Manchester (nord-ouest).

Selon les dernières informations, plus de 28.000 ressortissants d’Europe, d’Asie et d’Amérique ont rejoint les rangs des organisations djihadistes Al-Qaïda et Etat islamique, des hommes âgés de 15 à 35 ans pour la plupart, principalement motivés par l’idéologie extrémiste. Les autres raisons qui les poussent à se joindre aux djihadistes sont la rémunération ainsi que la lassitude liée à la vie quotidienne dans leurs pays d’origine.

Début 2014, le groupe djihadiste Etat islamique cherche à créer un califat sur les territoires irakiens et syriens tombés sous son contrôle. Il est à noter que les terroristes visent également les pays occidentaux. Ainsi, le nombre d’attentats dans les pays européens s’est considérablement accru en 2015.

Voir encore:

Was Chris Mercer Harper Inspired by Vester Flanagan?
Sam Prince

October 1, 2015

A blog post allegedly written by reported Umpqua Community College gunman Chris Mercer Harper seems to idolize Vester Flanagan, the man who killed two WDBJ7 TV reporters on-camera last month. A post written on August 31, in a blog allegedly operated by Harper, states:

A transcript reads:

As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them.

His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting.

On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight.

Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments.

Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later
Flanagan opened fire during a live interview with a member of the local Chamber of Commerce. Cameraman Adam Ward, 27, and reporter Alison Parker, 23, of WDBJ 7 TV, were killed. The woman being interviewed, Vicki Gardner, was also shot and wounded, the Roanoke Times reports, but recovered. Gardner is the executive director at the Smith Mountain Lake Regional Chamber of Commerce.

Most notably, Flanagan posted video of the shooting on his Facebook and Twitter pages. The video shows him approaching the victims, and pointing a gun at them. He is behind them for several moments as Parker interviews Gardner. He holds the gun out until Ward turns the camera back toward Parker and Gardner, and then begins firing. The camera then shakes and drops as he opens fire. The camera continues recording, with a black screen, as screams and several more gunshots are heard. Flanagan fired 15 times, emptying the entire magazine of the Glock handgun he was carrying. He purchased the gun legally two weeks before the shooting.

Flanagan was later confronted by police in Fauquier County, about three hours away from where the shooting occurred.

Voir enfin:

Monde
VIDEO. Etats-Unis: Un policier a été abattu d’une balle dans la tête à New York
FAITS DIVERS Il était âgé de 33 ans…

20 Minutes avec AFP

21.10.2015

La balle l’a frappé en pleine tête. Et il n’a pas survécu. Un policier new-yorkais âgé de 33 ans est mort dans la nuit de mardi à mercredi. Originaire du Guyana en Amérique du Sud, Randolph Holder travaillait dans la police de New York depuis cinq ans.

Son père et son grand-père étaient également policiers au Guyana, a précisé le chef de la police Bill Bratton lors d’une conférence de presse. Randolph Holder s’était rendu à Harlem avec plusieurs collègues après des coups de feu dans un parc près d’un quartier HLM.

Le suspect a été arrêté
Une victime sur place a affirmé qu’un homme armé venait de lui voler son vélo. Le suspect à vélo a été localisé, et un échange de coups de feu a suivi, durant lequel le policier, qui était en civil, a été atteint d’une balle en pleine tête. Il est décédé peu après, a raconté le chef de la police.

Un suspect a été arrêté. Il a été blessé à la jambe lors d’un échange de coups de feu, a précisé Bratton. Trois autres hommes ont également été interpellés, soupçonnés d’avoir participé aux événements de la nuit.

Bratton a rendu hommage à Randolph Holder, soulignant qu’après avoir «reçu un appel, il avait couru vers le danger. C’est la dernière fois qu’il répondra à cet appel», a-t-il ajouté. Randolph Holder est le quatrième policier new-yorkais tué depuis décembre 2014.

Quatrième policier tué
Deux agents des forces de l’ordre, Wenjian Liu, 32 ans, et Rafael Ramos, 40 ans, avaient été tués par balle le 20 décembre 2014 alors qu’ils étaient assis dans leur voiture à Brooklyn. Leur meurtrier, qui semblait vouloir venger ainsi la mort de deux noirs tués par la police aux Etats-Unis, s’était ensuite suicidé.

En mai dernier, un autre policier de 25 ans, Brian Moore, avait été tué par balle dans sa voiture dans le quartier du Queens. Un suspect a été arrêté et inculpé.

Voir de même:

New York: Deux policiers abattus dans leur voiture, Obama condamne
ENQUETE Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, 28 ans, a tiré à plusieurs reprises sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture, à travers la fenêtre du passager, les atteignant à la tête…

20.12.2014

Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions.

«Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification», a déclaré le président Obama dans un communiqué. «Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent», a ajouté le président.

Contexte tendu
Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population.

L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant.

«Purement et simplement assassinés»
Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse.

Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police.

Police traumatisée
Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution».

Le procureur de l’Etat de New York Eric Schneiderman a évoqué un «acte affreux de violence» et de nombreux policiers des différents commissariats de New York ont exprimé leur choc sur Twitter, envoyant condoléances et prières aux familles des victimes. C’est la septième fois depuis 1972 que des policiers travaillant à deux sont ainsi tués à New York, selon Bill Bratton.

Le meurtrier avait aussi blessé par balle samedi matin son ex-petite amie à Baltimore, avant de partir pour New York, a indiqué Bill Bratton. Il a expliqué que Brinsley utilisait apparemment le compte instagram de la jeune femme pour ses commentaires anti-police.

Voir par ailleurs:

Report: ‘Desperate’ Harvey Weinstein ‘Wants Tarantino to Apologize’ For Cop Hate

John Nolte

31 Oct 2015

Page Six reports that no less than Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” has joined much of the rest of the world in expressing his anger at director Quentin Tarantino’s anti-cop hate rhetoric. According to the report, Weinstein, who probably has close to $80 million invested in the three-hour Western, is “desperate” for “Tarantino to apologize, or at least walk back his comments.”

Apparently, Weinstein is said to be considering “conciliatory moves, such as special screenings of “The Hateful Eight” for police officers and their families.”

But it is hard to imagine Tarantino being okay with that.

Why would the director want “murderers” and their families to enjoy a free screening of one of his movies?

Last weekend, at an anti-cop hate rally in New York, that’s what Tarantino repeatedly called police officers: “murderers.” And now the roof is caving in as one powerful, big city police union after another joins a boycott against “The Hateful Eight,” which hits theaters this Christmas.

It is no secret that Weinstein has had one of his worst years ever at the box office. After publicity costs, “Paddington” probably didn’t break even. Same with “Woman In Gold.” The Weinstein Company desperately needs “Hateful Eight” to not just refill the company coffers but to be in Oscar contention.

Weinstein is no stranger to controversy. Like his director, Weinstein has been afflicted with the bubble-dumbness that comes with years of living in the provincial world of left-wing Hollywood. In 2009, Weinstein led the charge in one of Hollywood’s worst public relations debacles ever — in defense of Roman Polanski, a man who fled justice and has never paid a price for drugging, raping, and sodomizing a 13 year-old girl.

As the American population has increased over the last 15 years, ticket sales have flat-lined.  Hollywood is the only business in the world that regularly insults half its customers and then deludes themselves into believing it doesn’t matter.

It does. And in the age of New Media, where the corrupt legacy media can no longer bottleneck or manipulate information inconvenient to Hollywood’s bottom line, the problem is only going to get worse.

Voir aussi:

Roof Caves In On Cop-Hater Tarantino: 1,000 Police Organizations Join ‘Hateful Eight’ Boycott

John Nolte

31 Oct 2015

The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”

Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group.

In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.”

Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender.

You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations.

Mr. Tarantino needs to turn off CNN, grow a beard, and move to Wyoming for a year.

Provincialism does not become him personally, nor does it become his art.

Voir enfin:

Palestinian Suffering

Richard Landes

The Augean stables

PALESTINIAN SUFFERING

Few people have suffered more constant misery and daily oppression in the last 50 years than the Palestinians. The key issue, however, concerns not the amount — although it has obviously been grossly exaggerated — but the source of that suffering. There are wildly varying accounts of who is to blame. Our purpose here is not to assess how much blame to assign – that everyone must do on their own – but to list the major contributors to Palestinian suffering, and what is the nature of that contribution. We welcome comment, further examples, suggestions, links, reflections, additions.

ISRAEL:

The most obvious source of Palestinian suffering is the Israelis. According to the dominant Palestinian “victim” narrative, the Zionists came into the region, took their land, and, when war broke out in 1948, drove almost a million of them from their homes and relegated those who remained to second-class citizenship. The dominant Israeli narrative has argued that they came as civilians, purchasing property, developing the economy, clearing malaria-infested swamps. Israelis claim that most of the refugees were created by the Arab armies that sought to destroy Israel and urged the Arab inhabitants to leave. Arabs, whose own leaders openly declared their intention to massacre Israelis, naturally believed that the Israelis would do the same to them.

Recently Israeli “new” or “post-Zionist” historians have questioned the Israeli version, arguing that there were concerted efforts to drive out Arab populations, as well as some actual massacres of Arab civilians. This revisionist work has received sharp criticism from historians who argue that these writers have misrepresented, even distorted the contents of the archives on which they base their work. (That Israeli historians would distort history to criticize their own country may strike some as bizarre if not inexplicable, but such a move combines both hyper-self-criticism with therapeutic history: If we apologize, maybe they’ll stop hating us.) Not surprisingly, the Palestinian reaction to Israeli post-Zionism has been more favorable: they think it confirms their narrative, and affirms their grievances.

Since the conquest of the West Bank and Gaza Strip in the 1967 war, over 2 million Palestinians have come under the military rule of Israel; and since the two uprisings of 1987-92 and 2000-?, the hostilities have produced a particularly onerous situation, in which Palestinian suffering most obviously derives from Israeli actions – curfews, check-points and shut-downs. To those who do not know the history of the conflict, the image of the Palestinian David throwing rocks and the Israeli Goliath in his tanks and planes seems not only accurate but poetically ironic.

the new intifada
Book cover for The New Intifada: Resisting Israel’s Apartheid

Most observers who, consciously or unconsciously accept the way that Arab and Palestinian leadership have framed the struggle in terms of zero-sum outcomes, stop here. This is the foundation of both the Politically-Correct and the Post-Colonial Paradigms (PCP1 & 2). For the politically correct, who would not dream of challenging the Arab mind-set, there is no need to go further. Indeed some, exceptionally self-critical Israelis go still farther in the same direction: It is the Arabs who have sought peace and the Israelis who have rebuffed them. Obviously, Israeli victories mean Palestinian defeats; obviously Israeli presence means Palestinian displacements; obviously Israeli independence is a Palestinian Naqba. Obviously Israel and its ally America are the greatest contributors to Palestinian suffering. And were this the only way to conceive of the conflict, such a narrative might well be true.

But from the perspective of progressive, positive-sum interactions and the civil society such interactions foster, this can hardly be the whole story. On the contrary, when Zionists first came to Palestine the population was under a million. Today it pushes 10 million. Modern civil society and the culture of abundance that it produces can create many new opportunities for all involved. This need not have been a zero-sum conflict, and while some Zionists, observing the growing dominion of al Husseini, argued for kicking Arabs out, many more continued to argue for a productive collaboration. So we now turn to the other sources of Palestinian suffering, those who have either forced or encouraged the Palestinians to see it only as a zero-sum game, and to see the Israelis only through the lens of their own political rules: Dominate or be dominated.

ARAB POLITICAL CULTURE:

The contribution of Arab political culture to the suffering of Palestinians is less evident to those who do not know the history of the conflict. Arab political culture before Zionism was among the most autocratic and exploitative of the many “traditional” political cultures: With Turkish administrators, wealthy Arab landlords living in Egypt, and Bedouin tribes raiding whenever they could, the plight of the Palestinian peasant had involved plenty of suffering. That kind of suffering continues endemically throughout the Arab world today, regardless of whether the populace lives in an oil-rich state or not.

It is characteristic of prime-divider societies run by adherents of the dominating imperative.

But the Arab-Israeli conflict has increased the role of Arab political culture in the specific suffering of the Palestinians as a people. Fundamentally committed to zero-sum outcomes in this conflict – Israel should not exist, and nothing short of the elimination of the “Zionist entity” could resolve the conflict – Arab political culture has consistently chosen wars they lose to resolution in this conflict. In the inability to succeed in this goal, Arab political culture has largely preferred negative-sum solutions than exploring mutually beneficial solutions.

In 1958, Ralph Galloway, former UNWRA director wrote:

“The Arab states do not want to solve the refugee problem. They want to keep it as an open sore, as an affront to the United Nations, and as a weapon against Israel. Arab leaders do not give a damn whether Arab refugees live or die.”

One might even make a more damning assertion: they do care; they want and need them to suffer.

ARAB LEAGUE:

Thus when the UN resolution of 1947 created two states, with the Palestinian one significantly greater than the Israeli, which consisted of three scarcely contiguous units, the largest of which was desert wilderness, the Arab League, without consultation with the Palestinian people (just coordination with the Nazi ally al-Husseini, rejected the partition and prepared for a war of annihilation.

The ensuing disaster (al-Naqba) produced a much larger and contiguous Israel with a substantial minority of Arab residents, and a widely dispersed population of Arab war refugees. At this point, rather than negotiate the best possible situation for the refugees, the Arab League unanimously chose to continue the war and confine the Palestinian refugees to camps, as a weapon against Israel. The Palestinians became the sacrificial pawn of Arab politics, forced to live in squalor, indoctrinated with Nazi-inspired propaganda in their schools, and held up to the world as an example of Israeli crimes against humanity. And of course, the worse they suffer, the worse the crime.

But whose crime?

This state of affairs beggars the liberal imagination. Indeed many observers just assume that it was the Israelis who put the refugees in camps and kept them there. Michael Moore speaks about a visit to the refugee camps in 1988:

Although in my life I had already traveled through Central America, China, Southeast Asia, and other parts of the Middle East. I wasn’t ready for what I saw in the refugee camps in the Occupied Territories. I had never encountered such squalor, debasement, and utter misery. To force human beings to live in these conditions – and deo so at the barrel of a gun, for more than forty years — just made no sense. Stupid White Men, p. 178.

Now Moore seems to presume that it’s the Israelis who have done this to the Palestinians. (His next paragraph goes into how badly the Jews have been treated in the past and how sad that they should turn around and do it to someone else — the favorite formula of those attracted to moral Schadenfreude.) He seems to have no awareness that for the first (and critical) half of the Palestinian experience of refugee confinement, it was Arab rulers and Arab guns who kept them in misery, and that once Israel took over they tried to move these unfortunate victims out into decent housing, and it was the Arabs who pushed UN Resolutions insisting that they be returned to the squalor of the camps.

How much more nonsensical is that — it’s the Arabs who want their misery, not the Israelis?

Unless one thinks in terms of Domineering Cognitive Egocentrism, and the Honor-Jihad Paradigm.

After the second Naqba of 1967, with the Israelis offering to return most of the conquered territories in exchange for peace, the Arab League met at Khartoum and issued the “Three No’s” – “No negotiations, no recognition, no peace!” In the context of contributing to Palestinian suffering, this decision of the Arab League — with Arafat, al-Husseini’s nephew, representing the Palestinian people’s “interests” — reveals perhaps more than anything, the “incomprehensible” skew of this conflict. To save the “honor” of the Arab nation and not have to recognize or make peace with this rebellious, tiny, Dhimmi people, these Arab leaders preferred to leave over two million Arabs under Israeli rule. And given how for an Arab Muslim, it is a stain to one’s honor to live under the rule of another people — above all, a people who should be subject — they knew that this “occupation” they were sanctioning, would poison the Israeli’s world no matter how beneficent or economically advantageous Israeli rule might prove.

And when the Palestinians threatened the stability of the Hashemite kingdom in Jordan – the only Arab country to offer them citizenship – King Hussein’s troops massacred as many as 10,000 Palestinian men, women and children in one month, remembered in Palestinian lore as Black September. PLO troops fled to Israel rather than fall into Jordanian hands. Many Palestinians and other Arabs acknowledge their victimization by their “fellow” Arabs. Current Palestinian Authority Prime-Minister Mahumud Abbas said in 1976 that,

…the Arab armies entered Palestine to protect the Palestinians from Zionist tyranny but, instead, they abandoned them, forced them to emigrate, and to leave their homeland, and threw them into prisons similar to the ghettos in which the Jews used to live.” (Falastin a-Thaura, March 1976).

However, such honest remarks by Palestinians are tempered partly by their desire to enlist support from the very Arabs who victimized them, partly by their fear of reprisal, partly by their honor-bound need to believe that the Israelis are their greatest enemies.

PALESTINIAN LEADERSHIP: Palestinian political culture, from the earliest period of Zionist settlement, has fostered the zero-sum mentality whenever possible. The uprising of 1936-9, supposedly fighting the British and the Zionists, ended up killing far more Arabs (vendettas, looting) than either English or Jews. The Peel Commission (1939) asked Arab rioters why, despite the increased levels of prosperity brought to Palestine by their arrival, they attacked the Jews, one Arab responded:

You say we are better off: you say my house has been enriched by the strangers who have entered it. But it is my house, and I did not invite the strangers in, or ask them to enrich it, and I do not care how poor it is if I am only master of it.” (Weathered by Miracles, p. 207)

The pattern whereby the Palestinians suffered more from the militant policies of their leadership than Israelis became a standard feature of all the “uprisings,” from the “nationalist uprising” of 1936-39, to the “intifada” of the late 1980s and the “second intifada” of 2000. In general, terrorists almost never limit their aggression to the “enemy”, and since their own populations do not have the protection that enemies can mobilize, they tend to suffer the daily impositions of their “militants” far more. And until it becomes completely unbearable, most people in such terror-dominated societies stay silent.

“SECULAR” PALESTINIAN LEADERSHIP: The degree to which Palestinian leadership has followed the lead of Arab League politics in victimizing its own people can best be seen in the formation of the PLO in 1964. Rather than demand the West Bank and the Gaza Strip, governed by Jordan, as a sovereign nation in which they might begin the long-overdue process of getting people out of the refugee camps and into decent housing and work situations, they ignored the plight of their brethren, and focused on the elimination of the Zionist entity. National Liberation consistently took second place to the annihilation of another nation.

The widespread practice of executing “collaborators” without trial, even women, has throttled any “moderate” Palestinian leadership from emerging. Rape and sexual assault of women is a common form of intimidating other Palestinians into cooperation and as a way of rewarding one’s “soldiers” for their efforts. Palestinians themselves often acknowledge how much of their suffering derives from the corruption of their own leaders, but rarely do they take it the further step to wonder whether this is not merely corruption or violence, but also an endemic problem of their political culture.

ISLAMIC POLITICAL CULTURE: The emergence of a powerful culture of Jihad in Palestinian circles (Islamic Jihad and Hamas) have intensified the dynamic of self-inflicted suffering. Promoting a culture of death that encourages youth to die trying to kill Israelis has contributed immeasurably to the casualties among Palestinian youth, whether intentionally or unintentionally. The notion that suffering in this world wins rewards in the world to come gives a particularly powerful motivation to self-destruction. Indeed, Islamic Jihad gives a new meaning to positive-sum outcomes within the framework of negative-sum behavior: if a Muslim dies in battle with the infidel, he goes to heaven; if he succeeds in winning the Jihad, his reward is in this world as well. The war begun in October 2000, in which Islamic Jihad has played a particularly prominent role, has inflicted immense suffering on the Palestinians, perhaps more than almost any earlier catastrophic rush to violence.

INTERNATIONAL FOREIGN POLICY

Once one factors in the ways in which Arab political culture thrives on victimizing the Palestinians, one becomes aware of another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian.

The mistake appears in the very formulation. By falling into the zero-sum formulations of the Arab and Palestinian leadership, these major world forces reinforce the very figures who have most to win from victimizing the Palestinians.

LEFT:

The role of the Left may be the single most striking illustration of the ironic reversals in this conflict. One might argue in the last decade that the Palestinians have become the “chosen people” of the Left, in that anyone who is more critical of them than of the Israelis is considered a right-wing neo-conservative (at best). And yet, the Palestinians have hardly flourished under this “progressive” solicitude. Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society.

MEDIA:

The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict.

But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.)

Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.”

There is no question how much Palestinians have suffered and continued to suffer, but there are many sources to this suffering. To truly sympathize and help improve the wretched condition of Palestinians, one must understand the wide range the factors that cause their suffering. One way to conceive of this problem is to ask, what if the Palestinians had their own state? Would their conditions improve? To judge by their conditions under Jordanian rule (1948-67), or their conditions in Lebanon when the PLO had power (1970-82), or Gaza after withdrawal (2005-), or by the fate of other Arab peoples ruled over by their own elites… no. If the state and its governors are committed to ruling for the people, if they pursue positive-sum strategies both domestically and with the Israeli neighbors, then we can hope for a dramatic improvement in their condition. But for that to happen, we progressives would need to put our shoulders behind a very different wheel.

Can we do it? What’s preventing us?

Voir par ailleurs:

En Syrie, un djihadiste occidental sur trois serait français
Edouard de Mareschal
Le Figaro
05/09/2014

INFOGRAPHIE – Plus de 3000 Occidentaux seraient partis combattre aux côtés des djihadistes en Syrie. Parmi eux, entre 700 et 900 sont français.

Le djihad attire de plus en plus d’Occidentaux. Fin mai, ils étaient au moins 3000 à avoir rejoint les rangs des islamistes radicaux qui combattent en Syrie, selon le Soufan Group, un organisme de renseignement basé à New York. La France est la plus «représentée» en nombre de tous les pays occidentaux. Elle compte 700 ressortissants sur place, selon des données compilées par The Economist. Une estimation plus basse que celle des services du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, selon lesquels 900 Français étaient concernés à la mi-août. Vient ensuite la Grande-Bretagne, avec 400 ressortissants actuellement en Syrie. Puis l’Allemagne (270 ressortissants), talonnée par les Belges, avec 250 ressortissants.

10 à 15% de femmes
Mais lorsqu’on regarde la proportion de combattants par rapport à la population de leurs pays d’origine, le classement est sensiblement différent. La Belgique arrive largement en tête, avec 22 ressortissants partis au djihad pour un million d’habitants. Le Danemark arrive en deuxième position, avec 17 ressortissants pour un million d’habitants. La France arrive en troisième position: on compte 11 Français partis en Syrie pour un million d’habitants. Il est important pour l’État islamique de compter des Occidentaux dans ses rangs. Le choc provoqué par l’accent londonien de(s) assassin(s) de James Foley et Steven Sotloff en est la meilleure illustration. «Des otages libérés des griffes de l’État islamique ont dit qu’ils avaient été gardés par trois anglophones. Les djihadistes étrangers peuvent également contacter par e-mail les familles d’otages dans leurs propres langues pour demander des rançons», explique l’hebdomadaire.

Le Soufan Group estime que jusqu’en mai, quelque 12.000 combattants issus de 81 pays différents avaient rejoint le djihad en Syrie. Mais ce chiffre doit être bien plus important aujourd’hui. Car depuis que l’État islamique a fondé le «califat» le 29 juin, «le recrutement a explosé», assure le journal. «La Syrie a attiré des combattants plus vite que n’importe quel autre conflit dans le passé, que ce soit la guerre d’Afghanistan dans les années 1980 ou celle d’Irak après l’invasion américaine de 2003.» La guerre sainte prônée par l’État islamique fait venir essentiellement des hommes en dessous de 40 ans. Mais elle séduit de plus en plus de femmes. Elles représentent environ 10 à 15% de ceux qui voyagent en Syrie, estime-t-on au Centre international d’étude sur la radicalisation, un groupe de réflexion basé à Londres.

Mais les plus gros pourvoyeurs de combattants étrangers pour l’État islamique restent les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Parmi les plus notables, on trouve la Tunisie, qui dénombre pas moins de 3000 ressortissants actuellement en Syrie. L’Arabie saoudite en compte 2500, la Jordanie 2089… La présence de ces étrangers dans les rangs des radicaux islamistes laisse leurs gouvernements respectifs dans l’embarras. Car ils sont difficiles à tracer à leur retour, à l’image de Mehdi Nemmouche, qui aurait passé un an à combattre en Syrie avant de commettre la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai dernier.

Voir enfin:

Le casse-tête juridique de la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie
Eugénie Bastié
Le Figaro
05/11/2014

Eric Ciotti a annoncé lundi sa volonté de radier du RSA une personne partie faire le djihad en Syrie. Une décision qui semble légale mais qui sera difficile à généraliser, les conseils généraux et les CAF ne disposant pas de l’identité des personnes concernées.

Coup de com’ ou vraie décision politique? Lundi, le président du Conseil général des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a annoncé une mesure inédite en France: «j’ai décidé de procéder à la radiation d’un allocataire du RSA identifié comme étant parti en Syrie pour combattre dans les rangs de l’Etat islamique».

Pour mettre en œuvre sa décision, il s’appuie sur un cadre juridique bien précis. En effet, une des conditions essentielles pour pouvoir toucher le RSA est de «résider en France de manière stable et effective». L’article R.262-5 du Code d’action sociale et des familles précise ce critère: une résidence stable et effective signifie une résidence permanente. La personne qui touche le RSA peut accomplir hors de France un ou plusieurs séjours «dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois». Normalement, le département aurait donc dû attendre trois mois après le départ de la personne pour la Syrie avant de la suspendre ou la radier. Mais pour Eric Ciotti, il était hors de question de donner un centime de plus à des «terroristes». «Les personnes parties à l’étranger dans la perspective de mener une guerre aux côtés d’un état terroriste n’ont pas vocation à continuer à bénéficier de la solidarité nationale» a-t-il argumenté.

Il a donc mis en avant un récent avis du Conseil d’Etat pour élargir les critères d’appréciation de la condition de résidence stable ou effective. Celui-ci précise en effet qu’«il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités ainsi que de toutes circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux».

«La décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale»
Pour Virginie Ribeiro, avocate spécialiste du RSA, la décision du député parait tout à fait fondée juridiquement. «Dans le cadre du contexte actuel, et étant donné la gravité d’un départ pour la Syrie, la décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale car elle a pour objectif le maintien de l’ordre public».

Faut-il, dans ce cas, faire une loi pour généraliser la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie? «Ce n’est pas nécessaire. Je pense que la décision de M. Ciotti sera suivie», estime Virginie Ribeiro. «L’article du CASF, combiné à la jurisprudence du Conseil d’Etat, me paraissent suffisants. On peut bien sûr envisager que la personne en question intente un recours devant le tribunal administratif à son retour de Syrie, mais étant donné les circonstances, il y a peu de chances que sa plainte soit entendue».

Théoriquement, la décision d’Eric Ciotti pourrait donc être appliquée dans tous les départements. Mais pratiquement, une difficulté subsiste: les noms des personnes parties en Syrie ne sont ni forcément connus, ni, quand c’est le cas, communiqués aux conseils généraux.

Le député Alain Marsaud (UMP) a déposé le 10 octobre dernier avec Thierry Mariani une résolution à l’Assemblée nationale pour la «création d’une commission d’enquête aux abus de versements des prestations sociales aux Français ayant quitté le territoire dans le but de participer au djihad». Selon lui, il avait déjà prévenu le ministre de l’Intérieur Manuel Valls au mois de juin qui «ignorait totalement le sujet».

Croiser les fichiers de la CAF avec ceux des renseignements
«J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil.

Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés».

D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée».

Voir par ailleurs:

Moyen-Orient
Jack Lang : “Un musée destiné à une Palestine libre et souveraine”
Yasmine Youssi
Télérama
29/10/2015

L’Institut du monde arabe va participer à la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Il propose son hospitalité aux collections, en attendant qu’elles puissent être exposées. Jack Lang nous en dit plus.

Le 16 octobre dernier, l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, signait avec l’intellectuel Elias Sanbar, actuel ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, un partenariat en vue de la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Jack Lang revient pour nous sur la genèse et la nécessité d’une telle institution.

Comment est née l’idée de ce musée?

C’est le poète palestinien Elias Sanbar qui a imaginé la préfiguration de ce Musée national d’art moderne et contemporain. Nous nous connaissons depuis de longues années et j’ai énormément de respect pour lui. Elias est un homme de paix. Avec l’aide de Gérard Voisin et d’Ernest Pignon-Ernest, il a réuni une centaine d’œuvres remarquables données par d’autres artistes, essentiellement français. Il y a là des tableaux d’Henri Cueco, de Gérard Fromanger, des œuvres de Tardi ou de Barthélémy Toguo, des photos d’Henri Cartier-Bresson ou de Robert Doisneau. Restait à stocker ces œuvres avant l’édification et l’ouverture du musée dans une Palestine que nous espérons libre et souveraine. Je me suis alors dit que l’Institut du monde arabe pouvait offrir l’hospitalité à cette collection en attendant qu’elle puisse être exposée.

Faudra-t-il attendre la création d’un Etat Palestinien pour découvrir cette collection?

Pas forcément. Il existe plusieurs hypothèses et la décision finale revient bien sûr aux Palestiniens. Ça serait une bonne chose que ces œuvres soient présentées au public à l’IMA ou ailleurs. Il n’est pas exclu qu’elles le soient à Ramallah, avant la création d’un Etat palestinien auquel je crois. Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili.

En 1975, deux ans après le coup d’Etat de Pinochet, de grands artistes latino-américains avaient eu la même idée et avaient ainsi constitué une collection. Le peintre surréaliste Roberto Matta avait donné des œuvres, tout comme le peintre et sculpteur d’origine argentine Julio Le Parc, et bien d’autres encore. Comme je présidais le Festival de théâtre universitaire de Nancy, je leur avais proposé d’y organiser la première exposition de la collection en 1977. Une fois nommé ministre de la Culture, j’ai souhaité que le Centre Pompidou présente la collection. Et lorsque Pinochet a été vaincu, la France a financé le transfert des œuvres à Santiago du Chili. Le musée est désormais installé au sein du bâtiment jadis occupé par la police politique du dictateur.

N’y a-t-il pas d’autres priorités que la construction d’un musée en Palestine?

Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main.

Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays.

A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants.

Vous dites que le partenariat de l’IMA avec le Musée national d’art moderne et contemporain est un geste de soutien à la création d’un Etat palestinien. S’agit-il du soutien de la France, de l’IMA ou de Jack Lang ?

Des trois à la fois.

Voir par ailleurs:

Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation (1/2)
Alexandre Devecchio
Le Figaro
14/08/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – En 2002, Georges Bensoussan a dirigé Les territoires perdus de la République. A l’occasion de la republication de ce livre controversé, il analyse le phénomène de déliquescence de la nation que des politiques, conscients mais impuissants, ne réussisent pas à endiguer.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

FIGARO. – La première édition des Territoires perdus de la République date de septembre 2002. Vous y dénonciez les maux qui rongent l’école, mais aussi la société française: la violence, l’islamisme, l’antisémitisme. A l’époque, le livre avait été accueilli par un long silence médiatique. Rétrospectivement, comment expliquez-vous cette omerta?

Georges BENSOUSSAN. – L’omerta fait partie des problèmes dénoncés dans le livre. Il y a peur de dire ce que l’on voit comme si dire le réel, c’était le faire exister. A l’époque, nous constations que l’intégration d’une partie des populations de banlieues, progressivement reléguée dans des cités et frappée par le chômage de masse, était en panne. Après avoir fonctionné jusque dans les années 80, l’intégration s’est bloquée à la fin des années 90, ce que l’on constate aujourd’hui avec la hausse des unions endogames. Or, il semblait difficile en France de faire ce simple constat car on risquait d’être accusé de racisme, de stigmatiser et d’amalgamer des populations. C’est d’ailleurs l’accusation qui nous fut d’emblée imputée. Une culture d’une partie de la gauche dominante (à distinguer de la gauche antitotalitaire dans la lignée d’Orwell) nous a enfermés dans la frilosité. Il est devenu presque impossible de dénoncer certains périls sans être accusé d’appartenir au camp du mal. Pourtant, les sept auteurs de la première édition, tout comme les treize de la seconde, venaient tous, quasiment sans exception, des rangs de la gauche. Le silence médiatique autour de ce livre, puis sa stigmatisation, était révélateur d’un climat de terrorisme intellectuel qui n’a d’ailleurs rien de nouveau. Les réactions qui ont entouré Les territoires perdus de la République sont de même nature que celles qui ont entourées les débats politiques français des années 50-60, quand une pensée antitotalitaire était accusée de faire le jeu de la bourgeoisie. Pour s’en convaincre, il faut relire les joutes qui opposèrent Albert Camus, Raymond Aron ou Arthur Koestler à toute une partie de la gauche. Une gauche qui était à l’époque dominée culturellement par le Parti communiste. Nombre d’intellectuels se posaient moins la question de la vérité que celle de savoir de qui «on faisait le jeu». Aujourd’hui, certains intellectuels de gauche n’entendent pas, disent-ils, pas faire le jeu du FN, comme leurs aïeux autrefois, communistes ou proches du PC (les «compagnons de route»), ne voulaient pas faire le jeu du grand capital. Pour un intellectuel, une seule question devrait se poser: les faits sont-ils avérés ou non? Dans les années 1940 en Angleterre, Orwell avait été confronté au même problème. Bien que venant des rangs de la gauche travailliste, il se voyait reprocher de faire le jeu des conservateurs anglais. Les blocages auxquels nous nous sommes heurtés avec ce livre sont les mêmes que ceux qui ont marqué le XXe siècle, c’est le débat entre totalitarisme et antitotalitarisme.

Vous écrivez que nous sommes passés des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation … De septembre 2002 aux attentats de janvier 2015, avons-nous perdu une décennie?

En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. Dans le cadre de la préparation d’un nouvel ouvrage, j’ai été frappé en écoutant plusieurs de mes interlocuteurs de voir que l’expression «guerre civile», qui aurait fait ricaner il y a dix ans ou surpris il y a cinq ans, est aujourd’hui dans les bouches d’un grand nombre, tant d’élus de terrain, de policiers, de médecins hospitaliers (service des urgences par exemple) ou de banlieue. Le sentiment que deux peuples sont en train de se former, côte à côte, et qui se regardent souvent avec hostilité, ce sentiment-là est aujourd’hui partagé par beaucoup.

Pourquoi, selon vous, personne n’est descendu dans la rue au moment de l’affaire Merah?

En mai 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras, des centaines de milliers de Français étaient descendus dans la rue, y compris le président de la République. En 2012, une génération plus tard, pour Ilan Halimi en 2006, en mémoire aux victimes de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, il n’y avait plus personne, sauf des juifs. La montée du communautarisme, du repli sur soi et de l’indifférence sont patents, signe d’un morcellement de la société française, d’un repli sur soi moins hédoniste que désespéré est en train de l’emporter qui multiplie les gestes et les mots du découragement: «on ne peut rien y faire», «ça ne changera jamais», «c’est trop tard», etc…. Mais aussi, hélas, et le fait n’est pas nouveau, le massif «ce n’est pas notre affaire». Cela posé, la raison essentielle de cette désaffection est peut être ailleurs: l’affaire Merah témoignait d’un antisémitisme qui ne venait pas d’où on l’attendait, l’extrême droite. De là un malaise général. Souvenons-nous de la période qui sépare les meurtres de la mort de Merah sous les balles du GIGN. Il s’est écoulé une semaine durant laquelle un grand nombre des bien-pensants de ce pays, et en particulier les spécialistes du déni de réalité, étaient convaincus que l’assassin était un néo-nazi, un Breivik à la française. Le fait que Mohammed Merah fût musulman en a gêné plus d’un. Ainsi, l’ennemi n’était pas le bon. Pour descendre dans la rue, il fallait qu’il soit conforme, breveté d’extrême droite et blanc. Une certaine instrumentalisation de l’histoire, mais pas cette histoire elle-même évidemment, a paralysé la réflexion politique. On n’a cessé de rejouer les années noires en télescopant les situations jusqu’à voir dans tout immigré clandestin un Juif du Vel d’Hiv en 1942, comme s’il fallait racheter la mollesse et l’indifférence des aïeux. De surcroît, troublant était le fait que Merah était français, né en France… et qu’il était au collège au moment de la première édition des Territoires perdus de la République. Je veux dire par là que cela interroge l’Education nationale, et notamment cette idée un peu simple selon laquelle un bon enseignement de la Shoah ( ce qui est le cas en France) suffirait à endiguer racisme et antisémitisme.

Aujourd’hui, les politiques et les médias ont-ils suffisamment ouvert les yeux?

Les élus de terrain, tant de droite que de gauche, sont conscients des réalités. Mais beaucoup ont peur de parler. A fortiori du coté des hommes politiques dont le courage n’est pas la qualité première à l’exception de quelques-uns. Comme s’ils craignaient, en parlant, de faire sauter un baril de poudre tant la situation leur parait (et ici ils ont raison) dangereuse. La France est en effet l’un des pays d’Europe parmi les plus exposés au risque de conflits internes.

La peur d’être taxé de racisme joue son rôle dans la paralysie française. Et la désespérance du plus grand nombre dont la parole est d’emblée invalidée au nom d’un antiracisme dévoyé. Cette crainte va jusqu’à reprendre un discours concocté par l’adversaire sans s’interroger sur la pertinence des «mots». Ainsi du mot «islamophobie», un terme particulièrement inepte en effet qui réintroduit en France la notion de blasphème. On peut s’opposer à la religion, qu’elle soit juive, catholique ou musulmane, sans être raciste. Le combat laïque, c’est le refus qu’une religion quelle qu’elle soit prévale sur la loi civile. Ce combat difficile a finalement été gagné en France entre 1880 et 1905. Céder sur ce plan, c’est détricoter deux siècles de Révolution française pour parler comme François Furet et plus d’un siècle d’une histoire de France qui a fait de la République non seulement un régime mais une culture. Il nous faut comprendre que le mot islamophobie, forgé par des associations musulmanes, crée à dessein de la confusion pour culpabiliser les tenants du combat républicain. Pour faire entendre, en bref, que ce seraient des racistes à peine dissimulés. En invoquant à contre-emploi le racisme et en usant d’un antiracisme défiguré ( celui-là même qu’on a vu à Durban en 2001 où l’on entendait le cri de «One Jew, one bullet»), il s’agit de faire taire toute voix dissidente. En instrumentalisant l’histoire au passage, c’est ce que Leo Strauss appelait la Reductio ad Hitlerum.

L’un des premiers soucis de la classe médiatique et politique après les crimes de Merah et les attentats de janvier 2015 fut d’éviter les «amalgames». Comme si les premières victimes des violences étaient les Français d’origine maghrébine ou les musulmans. Près de soixante-dix ans plus tôt, en novembre 1945, après les terribles pogroms qui venaient d’ensanglanter la communauté juive de Tripoli en Libye (plus de quarante assassinats dans des conditions atroces), les dignitaires musulmans de la ville estimaient que les premières victimes étaient moins les juifs qu’eux-mêmes, car disaient-ils, ils risquaient d’être désormais «montrés du doigt». En revanche, il n’y eut pas condamnation publique de ces actes. Comme aujourd’hui. Quand en avril 2012 l’imam Chalghoumi organisa une manifestation de protestation contre les agissements de Merah, il ne réunit qu’une cinquantaine de personnes.

Vous faites référence au monde imaginé par Orwell dans son roman d’anticipation 1984. Notre système peut-il vraiment être qualifié de totalitaire?

Nous ne sommes pas dans un système totalitaire, mais dans un système d’avachissement de la démocratie que Tocqueville avait annoncé. Cet avachissement est marqué par le triomphe de l’intérêt individuel et le désintérêt pour la chose publique. Dans le contexte historique particulier qui est celui de la France, cela se traduit par une pensée a-critique et frileuse, même si cette frilosité, voire cette lâcheté ne sont pas chose nouvelle. On n’en finirait pas de faire la généalogie du déclin de ce qui fut jadis la «Grande Nation». Nul doute qu’à cet égard le XX° siècle français, jusqu’à nos jours même, paie l’énorme saignée de la Grande Guerre. De ce désastre-là, la France ne s’est jamais remise. Elle avait gagné la guerre mais perdu ses hommes et à long terme son vouloir vivre national. Toutes les campagnes françaises se font l’écho d’une tragédie qui naturellement appelait dans son sillage une immigration de peuplement qui, chaque jour plus nombreuse, a atteint un seuil tel que la machine à intégrer s’est finalement enrayée. Un pays est capable d’intégrer des minorités par capillarité. C’est moins vrai quand il s’agit depuis 40 ans de flux démographiques de masse.

Vous reprochez à l’Etat et notamment à l’école d’avoir fait trop de concessions aux revendications communautaires. Que pensez-vous du débat actuel sur les menus de substitution?

Il est posé de manière caricaturale car on voit bien la volonté de certains politiques de surfer sur la polémique. Il pose cependant une question de fond comme il est symptomatique aussi d’un danger qui guette la société française. Il faut rappeler d’abord que la cantine n’est pas obligatoire. Introduire les menus de substitution dans les écoles, c’est donner prise à des pratiques communautaires qui n’auront dès lors aucune raison de s’arrêter. Là est le risque, c’est ce premier pas qui permettra tous les autres et qui conduira à détricoter le tissu laïque et à nous engager sur un chemin contraire à celui qui depuis deux siècles a fait la nation française.

Le terreau des réalités que vous décrivez est-il social ou culturel?

Les deux. Les causes sociales sont une évidence. Mais celui qui y réduirait son analyse se condamnerait à ne rien entendre à la complexité de la situation comme l’a bien montré Hugues Lagrange. En banlieue, le taux de chômage des moins de 25 ans avoisine parfois les 40- 50%. L’arrivée d’une immigration de masse à partir de 1975, au moment où les Trente Glorieuses s’achevaient, est un premier jalon dans cette histoire. On peut d’ailleurs se demander pourquoi, sept ans seulement après Mai 1968, la bourgeoisie française a favorisé cette immigration de masse à laquelle le PCF s’opposait dès 1980, ce qu’on a souvent oublié. Pourquoi est-ce sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’homme du retour au pouvoir de la droite libérale non gaulliste, qu’a été mis en place le regroupement familial alors que les emplois se faisaient de plus en plus rares? Dès lors qu’il ne s’agissait plus d’une immigration de travail, mais d’immigration familiale progressivement reléguée dans des cités, l’intégration était compromise. Conjugué au chômage, à la pauvreté, au confinement géographique des mêmes cultures et des mêmes nationalités, le facteur culturel, dégradé en repli identitaire, ne pouvait que jouer sur fond de frustration et de ressentiment.

Un repli identitaire qui a d’abord concerné des populations jeunes et nombreuses, venues d’un monde musulman en expansion et qui, au même moment, trouvait son expression politique dans l’islamisme et non plus dans le nationalisme arabe qui avait échoué. Ajoutez à cela l’environnement médiatique, la télévision par câble, satellite et internet qui a favorisé la diffusion des thèses islamistes et d’un antisémitisme virulent qui viennent du Moyen-Orient. La conjonction de ces facteurs, démographiques, sociaux, culturels et médiatiques a divisé le pays. La réaction aux attentats de janvier 2015, loin de montrer une nation unie, a mis en lumière deux pays côte à côte mais qui ne font plus nation. Ce phénomène, je le redis, est nouveau dans la longue histoire de l’immigration en France. Pour certains, ce fossé pourra se combler demain. J’en suis moins convaincu, il semble que la situation ait atteint un seuil d’irréversibilité.

Le risque n’est-il pas de sombrer dans une forme d’essentialisation?

C’est effectivement le principal reproche qui nous est fait. Cependant, la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme.

Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme?

Voir enfin:

Georges Bensoussan : «Nous assistons à l’émergence de deux peuples» (2/2)

Alexandre Devecchio
Le Figaro
14/08/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Georges Bensoussan évoque la montée en puissance de l’antisémitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L’auteur des Territoires perdus de la République analyse les nouvelles fractures françaises.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

Dans Les territoires perdus de la République, vous évoquiez pour la première fois l’antisémitisme des banlieues. En quoi se distingue-t-il de l’antisémitisme traditionnel?

L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir Français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale ( c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970.

Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj».

Certains vont jusqu’à comparer les sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier. La sacralisation de la Shoah nous empêche-t-elle de comprendre le présent?

En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France.

Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…»

De même, les lois mémorielles ont-elles entraîné la concurrence victimaire?

Sur le plan juridique, la loi Gayssot n’est pas une mauvaise réponse car il n’y pas débat en effet sur le fait que Auschwitz ait existé, de même qu’il n’y a pas débat sur le fait que la bataille de Verdun ait eu lieu. La loi mémorielle désencombre les prétoires. Elle permet d’éviter des procès de plusieurs années mobilisant inutilement les historiens. Et de voir aussi plus clairement que le négationnisme est une variante de l’antisémitisme.

Mais ces lois ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan , tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance.

Que vous inspire la polémique autour de la plage de Tel-Aviv sur Seine?

Cela met en lumière les fractures que nous évoquions. Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne.

A la sortie du livre, vous aviez beaucoup insisté sur cet antisémitisme des banlieues. Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir davantage évoqué le sort des classes populaires, victimes du racisme anti-blanc?

Absolument. Nous n’avions pas vu alors cette réalité émerger. Un certain nombre d’études sociologiques comme celle de Christophe Guilluy sur les fractures françaises, celle de Laurent Bouvet sur l’insécurité culturelle ou celle d’Hugues Lagrange sur le déni des cultures n’étaient pas parus. Les territoires perdus de la République ne sont pas un livre de sociologie, juste le fruit d’un travail de terrain empirique. Nous n’avons jamais prétendu faire un panorama. De surcroit, en 2002, le phénomène ne faisait que débuter. Et nombre de professeurs qui avaient participé à la rédaction étaient eux-mêmes tétanisés à l’idée d’évoquer un racisme anti-blanc ou anti-Français. Cette réalité est aujourd’hui bien connue. A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé.

Dans ces conditions, doit-on continuer à mettre sur le même plan la menace FN et celle de l’islamisme et de l’antisémitisme des banlieues?

A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours?


Héritage Obama: Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ? (Pope Francis in Obama’s footsteps: Have you hugged your dictator today ?)

21 septembre, 2015
https://i0.wp.com/images.csmonitor.com/csm/2015/04/0412-Obama-Castro-handshake.jpghttp://www.brookings.edu/~/media/research/images/z/za%20ze/zarif_kerry_jan15_b/zarif_kerry_jan15_b_16x9.jpghttps://i0.wp.com/www.lesechos.fr/medias/2015/08/13/1144213_john-kerry-a-cuba-avec-la-levee-de-lembargo-en-tete-web-tete-021260107201.jpg
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PopeFidelCastrohttps://external-ams3-1.xx.fbcdn.net/safe_image.php?d=AQDxKAhckyj36Aqu&w=487&h=365&url=https%3A%2F%2Fpbs.twimg.com%2Fmedia%2FCPIeVC4UwAA4P5r.jpgIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord. Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright ( janvier 2006)
The U.N.—General Assembly or Security Council—has no power to create states or to grant all-important formal « recognition » to state aspirants. The right to recognize statehood is a fundamental attribute of sovereignty and the United Nations is not a sovereign. Those who cite as precedent the General Assembly’s 1947 resolution providing for the partition of Palestine misread that instrument and its legal significance. Resolution 181 outlined a detailed (and rigorous) process whereby the British Mandate in Palestine was to end and two new states, one Jewish and one Arab, were to be established. It recommended that process to Great Britain (as the mandate-holder) and to other U.N. members. It did not create or recognize these states, nor were the proposed states granted automatic admission to the United Nations. Rather, once the two states were established as states, the resolution provided that « sympathetic consideration » should be given to their membership applications. In the event, the Arab countries rejected partition and Israel declared (and successfully defended) its independence. Israel’s statehood was recognized, in accordance with international law, by other states—including the United States and the Soviet Union. The Palestinian Authority, by contrast, does not meet the basic characteristics of a state necessary for such recognition. These requirements have been refined through centuries of custom and practice, and were authoritatively articulated in the 1933 Montevideo Convention on the Rights and Duties of States. As that treaty provides, to be a state an entity must have (1) a permanent population, (2) a defined territory, (3) a government, and (4) the capacity to enter into relations with other states. As of today, the PA has neither a permanent population nor defined territory (both being the subject of ongoing if currently desultory negotiations), nor does it have a government with the capacity to enter into relations with other states. This pivotal requirement involves the ability to enter and keep international accords, which in turn posits that the « government » actually controls—exclusive of other sovereigns—at least some part of its population and territory. The PA does not control any part of the West Bank to the exclusion of Israeli authority, and it exercises no control at all in the Gaza Strip. The PA does not, therefore, qualify for recognition as a state and, concomitantly, it does not qualify for U.N. membership, which is open only to states. All of this is surely understood by the PA and its backers, and is also why the administration has correctly labeled this effort as a distraction— »stunt » being a less diplomatic but even more accurate term in these circumstances. What is unfortunate is that the Obama administration has failed to present the case against a Palestinian statehood resolution in legal rather than tactical terms, even though these arguments are obvious and would greatly reinforce the U.S. position, also providing a thoroughly neutral basis for many of our allies, particularly in Europe, to oppose Mr. Abbas’s statehood bid. The stakes in this battle are high. The PA’s effort to achieve recognition by the U.N., even if legally meaningless, is not without serious consequences. To the extent that state supporters of that measure may themselves have irredentist populations or active border disputes with their neighbors—as do Russia, China, Britain and Turkey—they will certainly store up future trouble for themselves. David B. Rivkin Jr. And Lee A. Casey
Comme le notent Evelyn Gordon commentatrice, et Eugene Kontorovich spécialiste du droit constitutionnel et international, chercheur – les mêmes fonctionnaires de l’UE qui traitent de l’occupation israélienne comme criminelle  » facilitent favorablement l’activité turque dans la partie occupée de Chypre du Nord, l’activité marocaine au Sahara occidental, l’activité chinoise au Tibet occupé , et bien plus ». P. David Hornik
D’autant qu’on n’a jamais coupé les ponts avec l’Iran. La fidélité paie dans une industrie à cycle très long. Source haut placée chez Total
Le président de l’autorité Palestinienne est arrivé dimanche à Paris pour une visite de trois jours au cours de laquelle il doit rencontrer le président François Hollande, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Anne Hidalgo, la maire de Paris. Anne Hidalgo, accueillera à l’hôtel de ville, « Son Excellence Monsieur Mahmoud Président de la Palestine » en visite officielle en France. À cette occasion, la maire de Paris lui remettra la médaille Grand Vermeil, la plus haute distinction de la ville. Apres avoir été l’ange de la Paix du Pape François, Abbas devient une icone de la paix pour la mairie de Paris, le monde marche vraiment sur la tête…qu’a fait Abbas pour la paix ? Telavivre
I would like Pope Francis’ agenda to include a meeting with people who were persecuted for their beliefs, imprisoned, beaten and tortured for their thinking. I wish Pope Francis would embrace women who are beaten every Sunday leaving the church [the so-called « Ladies in White », mothers, sisters, wives who protest every Sunday for the release of their husbands or relatives]. I would love to see the Pope embraces the victims, even before going to greet their torturer. Cuban exile
Nothing says « mercy » and « joy » like a seven-story high neon picture of a communist mass-murderer. Yes folks, it’s the Pope Francis in Cuba show! Brought to you by the Obama administration and Pope no-one-was-ever-merciful-in-the-Catholic-Church-until-I-came-along Francis.
In reality one can say that the young Syrian men are lured to Sweden by the oldest trick in the book – money and girls. Pictures of blonde beauties are published, and that Swedish women require real men … Dala-Demokraten
The Syrian citizens are mainly Muslim and speak Arabic. The refugees have their own culture. Because our school is directly next to where they are staying, modest clothing should be worn in order to avoid disagreements. Revealing tops or blouses, short shorts or miniskirts could lead to misunderstandings. Lettre au parents du lycée allemand Wilhelm-Diess-Gymnasium
When Muslim teenage boys go to open air swimming pools, they are overwhelmed when they see girls in bikinis. These boys, who come from a culture where for women it is frowned upon to show naked skin, will follow girls and bother them without their realizing it. Naturally, this generates fear. German local politician
According to an editorial comment in the newspaper Westfalen-Blatt, police are refusing to go public about crimes involving refugees and migrants because they do not want to give legitimacy to critics of mass migration … Soeren Kern

Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ?

Après la poignée de mains historique du président et du secrétaire d’Etat américains …

Et au lendemain d’une autre visite historique d’un autre des plus notoires dictateurs de la planète …

Par un pape qui n’avait tout récemment pas de mots assez doux pour se féliciter, avec nos hommes d’affaires qui voient leur fidélité enfin récompensée et sur fond de boycott de la seule vraie démocratie du Moyen-Orient, d’un autre accord historique du Monde dit libre …

Légitimant le retour de centaines de milliards d’avoirs gelés et l’accès au nucléaire d’un régime qui non content de semer le fer et le sang sur l’ensemble du Moyen-Orient appelle depuis des décennies à l’annihilation d’un de ses voisins …

Et à la veille d’une autre visite, à Paris cette fois-ci, du dirigeant, élu pour quatre ans en 2005, d’un état-fantôme et d’un mouvement qui lui aussi appelle à l’annihilation d’un de ses voisins …

Alors que, suite à l’abandon de l’Irak puis de la Syrie et de la Libye par le prétendu chef du Monde libre et au coup de folie d’une chancelière allemande jusqu’ici exemplaire,  l’Europe entière est à présent balayée, aux cris d’Allah Akbar et à coups de pierres, par une véritable horde de centaines de milliers de migrants illégaux …

Pendant qu’en Amérique même et  sous prétexte que sa religion appelle ouvertement au massacre des mécréants comme on l’a vu un certain 11 septembre et quasi-quotidiennement au Moyen-orient ou ailleurs, un petit Ahmed est à son tour victime d’autorités scolaires et d’une police sur-protectrices pour avoir pporté en classe un engin qui faisait tic t,ac comme une bombe …

Comment ne pas voir avec ce rapport de l’Institut Galestone …

Sur le silence-radio, pour ne pas légitimer les critiques des migrations de masse, de la police et des autorités allemandes …

A propos de la véritable épidémie de violence et notamment de viols qui sévit actuellement dans le pays non seulement das les camps de réfugiés mais à leurs abords …

Une énième illustration de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont le monde moderne est désormais rempli …

Prophétisées il y a un siècle par l’auteur britannique G.K. Chesterton ?


Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

27 mai, 2015
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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

Voir de même:

Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

Voir encore:

Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

Voir de plus:

Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.


Polémique Ménard: Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques (No demographics, please, we’re French)

6 mai, 2015
https://i0.wp.com/www.ons.gov.uk/ons/resources/figure5religionbyethnicity_tcm77-310415.pnghttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/44/Census-2000-Data-Top-US-Ancestries.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Religions_of_the_US.PNGhttps://i2.wp.com/si.wsj.net/public/resources/images/NA-BH463_numbgu_NS_20100813185901.gifhttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Religions_of_the_United_States.png https://i1.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2014/05/06/article-2620957-1D97975900000578-999_634x572.jpg
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https://i0.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2014/05/05/article-2620957-1D97AE0F00000578-460_306x348.jpg

Ethnic groups: Celtic and Latin with Teutonic, Slavic, North African, Indochinese, Basque minorities;  overseas departments: black, white, mulatto, East Indian, Chinese, Amerindian. CIA factbook
Ethnic groups: This entry provides an ordered listing of ethnic groups starting with the largest and normally includes the percent of total population. CIA factbook
Il y a plus d’un siècle, Jean Jaurès définissait par ces mots sa vision du vivre-ensemble entre citoyens issus des deux rives de la Méditerranée : « l’action socialiste se produira, en chaque pays, avec d’autant plus de force et d’autorité qu’elle sera universelle et universellement probe, et que nul ne pourra y soupçonner un piège ». A l’heure où les crises économique, écologique et sociale s’abattent de concert sur notre pays et où de trop longues années de mauvaise gouvernance favorisent la montée des haines et du rejet de l’autre, il nous incombe de revenir aux valeurs fondatrices de notre pacte républicain et du projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. Ces jours-ci, nous célébrerons la grande fête de solidarité et de partage qu’est l’Aïd-al-Fitr. A l’issue du mois de jeûne du Ramadan, temps fort de joie, d’échange de vœux et de présents, elle illumine la vie et les demeures de millions de nos compatriotes de culture musulmane. Issue d’une longue tradition et porteuse de riches héritages culturels, par les valeurs qu’elle porte et l’idéal social qu’elle vise, elle s’inscrit pleinement dans cette démarche d’universalité. François Hollande (31 août 2011)
La République française une, indivisible et laïque. Et la République ne craint pas la diversité, parce que la diversité c’est le mouvement. La diversité, c’est la vie. Et l’uniformité, c’est l’oubli. Diversité des parcours, diversité des origines, diversité des couleurs, mais pas diversité des races. Il n’y a pas de place dans la République pour la race. Et c’est pourquoi je demanderai au lendemain de l’élection présidentielle au Parlement de supprimer le mot race de notre Constitution» (…) «parce que le mot a pris un autre sens aujourd’hui. (…) Nous ne connaissons qu’une seule race, une seule famille, la famille humaine. Notre pays s’est construit d’apports successifs de populations issues d’horizons multiples. Et l’Outre-mer en a été un des atouts. Si nous avons été capables de faire cette unité, ce rassemblement, cette construction, c’est parce que nous portons par notre histoire, par nos valeurs, une belle espérance qui se nomme l’universalité — c’est-à-dire l’universalité de la République, de ses valeurs. François Hollande
En ce début du XXI° siècle, un nouveau péril terrifiant vient assombrir encore davantage l’avenir de ce malheureux continent que l’on pourrait croire décidément voué au malheur. C’est une explosion démographique à venir, inouïe, sans précédent dans l’histoire du monde. Ce phénomène, selon les prévisions des Nations Unies, pourrait porter la population africaine au chiffre véritablement hallucinant de 4,2 milliards de personnes, soit autour de 47 % de la population mondiale prévue pour la fin de ce siècle. En 2100, un homme sur deux sur la planète vivrait en Afrique ! Cela alors que l’Afrique n’est, de toute évidence, nullement préparée à affronter ce prodigieux défi démographique. En conséquence, l’Afrique, naguère sous-peuplée, va-t-elle devenir un continent maudit, surpeuplé et affamé, livré à tous les déchirements que la misère extrême peut engendrer ? Sans compter que son déversoir naturel serait inévitablement une Europe d’abord réticente, puis un jour peut-être, hostile. Yves-Marie Laulan (Institut de Géopolitique des Populations)
Dans sa lettre aux musulmans à l’occasion de l’Aïd-al-Fitr, François Hollande évoque le « projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. ». Quel est exactement ce projet ? (…) Il ne s’agit pas d’un projet secret, mais d’une utopie à moyen-long terme, qui est plus ou moins distillée dans les réflexions de Terra Nova, la Nouvelle Civilisation de Martine Aubry, le projet du Parti Socialiste pour 2012, ou bien encore dans cette petite phrase de François Hollande. (…) Mais (…) comment faire pour « bâtir cette société véritablement universelle » ? Eh bien puisque l’exportation n’a pas fonctionné, tentons le pari de l’importation ! (…) Cela fait quelque temps déjà que l’extrême-gauche prône en quelque sorte la création d’une « nouvelle civilisation » sur nos terres. Ceci en faisant venir en masse des immigrés, en important de nouveaux « prolétaires » pour remplacer ceux qui font défaut en France, afin de faire exploser le système capitaliste (si c’est sous le poids des prestations sociales, c’est bien vu !). Mais aussi pour mettre à mal l’ordre établi dans notre société judéo-chrétienne et blanche, donc  « fondamentalement raciste ». Stéphane Buret
La basilique de Saint-Denis, où reposent les rois de France, n’est qu’à quelques stations de RER ou de métro du coeur de Paris. Mais en vingt minutes de trajet, on change radicalement de monde. Je me souviens m’y être rendue il y a dix ans, trois mois après la réélection de Jacques Chirac. À la sortie du métro, les jeunes filles voilées étaient déjà nombreuses devant l’université. À l’entrée de la basilique, alors occupée par des sans-papiers, trois femmes voilées de noir, assises derrière une longue table qui barrait l’accès de la nef, contrôlaient les visiteurs. Ce jour-là, j’ai pensé que si j’avais dû habiter là-bas, j’aurais probablement voté FN. Christine Clerc
Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société (…)  sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique. Hervé Le Bras
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde (03.12.09)
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Jean-François Revel explique très justement, dans La connaissance inutile, que les scientifiques ne sont pas plus raisonnables que le commun des mortels dès qu’ils s’éloignent de leur domaine d’études : « le travail scientifique , par sa nature particulière, comporte et impose de façon prédominante des critères impossibles à éluder durablement (…) Un grand savant peut se forger ses opinions politiques ou morales de façon aussi arbitraire et sous l’empire de considérations aussi insensées que les hommes dépourvus de toute expérience du raisonnement scientifique. (…) Vivre à une époque modelée par la science ne rend aucun de nous plus apte à se comporter de façon scientifique en dehors des domaines et des conditions où règnent sans équivoque la contrainte des procédures scientifiques. »(..) « le chercheur scientifique n’est pas un homme par nature plus honnête que l’ignorant. C’est quelqu’un qui s’est volontairement enfermé dans des règles telles qu’elles le condamnent, pour ainsi dire, à l’honnêteté. »(…) Yan van Beek, un chercheur néerlandais parle de la lecture morale selon laquelle un savoir n’est pas jugé en fonction de son mérite factuel mais en raison de ses conséquences sociales, politiques ou morales. Des normes existent et sont d’autant plus difficiles à transgresser qu’elles touchent certains sujets. Il ne faut sous-estimer l’ignorance. La méconnaissance des faits et la préférence pour le politiquement correct se conjuguent pour expliquer pourquoi il n’est nul besoin d’être sous le joug d’un pouvoir autoritaire pour voir fleurir des versions officielles sur de nombreux sujets. Les médias ont une arme plus terrible encore que le dénigrement : le silence. Une thèse qui n’est pas connue ne risque pas d’être populaire. Cependant, le pluralisme ne garantit pas la vérité. Vous pouvez mettre la plus grande diversité des incompétences devant une caméra, il est peut probable qu’il en sorte quelque chose d’instructif. Il manque un véritable attachement à la liberté d’expression, un goût de la vérité, une plus grande confiance dans l’aptitude de la société à réagir sainement aux informations. Il faudrait également que les médias cessent de vouloir réformer l’opinion publique pour l’informer. Michèle Tribalat
L’avantage fécond, sans être colossal, appliqué à une structure par âge beaucoup plus jeune, est loin d’être négligeable et favorise les croyants les plus impliqués. Combiné à une immigration dont on ne voit pas bien qu’elle puisse se réduire dans les années qui viennent, à une rétention élevée due à une endogamie religieuse très importante et à une « réislamisation » des jeunes générations, il donne à la confession musulmane un dynamisme tout à fait incongru dans un pays très fortement laïcisé, en voie de déchristianisation avancée et qui a pris l’habitude de penser cette sécularisation galopante comme à la fois progressiste et inexorable. On a, j’ai moi-même, longtemps pensé que l’islam ne ferait pas exception à ce puissant courant. Rien n’est moins sûr. Un contexte très sécularisé peut, au contraire, être le ferment d’un durcissement identitaire et religieux, l’islam n’étant pas perçu comme ringard, à la différence de l’intégrisme catholique, et bénéficiant d’un « climat relativiste », propice à son expansion. Michèle Tribalat
En 1992, on (…) observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse. Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages. (…) L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement. (…) L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps. (…) Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement. (…) j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques. Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées. L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam. (…) après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native. (…) Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN. Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste. La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques. Michèle Tribalat
My name is Jamaal; I’m white. Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow). (…) Halfway through my first year teaching, the principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job. (…)  They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up.  But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity. Jaamal Allan
Nous sommes à un tournant identitaire car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.explique Christiane Taubira (députée PRG de Guyane, 2005)
Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. Christiane Taubira (2007)
Ce qu’il a fait est un crime contre la République ! Il y a une procédure judiciaire qui suivra son cheminement. Le destituer est possible dans la loi, c’est une décision qui peut être prise mais ce n’est pas à moi qu’il appartient de la prendre. Christiane Taubira (sur Robert Ménard, 2015)
Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! (…) Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont des gens qui ne sont pas républicains et ne conçoivent pas que l’on fasse société en étant différent ce sont des gens qui passent leur temps à regarder la société en la fragmentant et en cherchant un bouc-émissaire, un ennemi intérieur, quelqu’un sur qui concentrer la haine. (…) Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! Christiane Taubira (sur la famille Le  Pen, 2015)
« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine  (…) pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre… Manuel Valls (2009)
Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos… Manuel Valls (Evry, 06.06.09)
Evidemment avec les stands qu’il y avait là, le sentiment que la ville, tout à coup, ça n’est que cela, (…) ça n’est que cette brocante, alors que j’ai l’idée au fond d’une diversité, d’un mélange, qui ne peut pas être uniquement le ghetto. On peut le dire, ça ? (…) On a besoin d’un mélange. Ce qui a tué une partie de la République, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, qui sont une réalité. Un véritable apartheid s’est construit, que les gens bien-pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure, comme ça a été le cas en 2005, à l’occasion des émeutes de banlieues. Manuel Valls (Direct 8)
Je l’assume totalement. Je veux lutter contre le ghetto. C’est quoi le ghetto? On met les gens les plus pauvres, souvent issus de l’immigration – et pas seulement – dans les mêmes villes, dans les mêmes quartiers, dans les mêmes cages d’escalier, dans les mêmes écoles. (…) Je l’assume parce que je suis républicain et que je lutte contre tous les communautarismes. (…) Ca arrange beaucoup de gens qu’il y ait des ghettos (…) moi, je veux les casser, c’est ça l’émancipation de ces quartiers qui méritent de représenter demain l’avenir de ce pays. Manuel Valls
Honte au Maire de Béziers. La République ne fait AUCUNE distinction parmi ses enfants. Manuel Valls (05.05.15)
Le fichage d’élèves dans les écoles est contraire à toutes les valeurs de la République. Il y a des principes dans la République et quand ils sont gravement atteints, les tribunaux en sont saisis et des sanctions seront prononcées par les juges compétents. François Hollande (Ryad, 05.05.15)
On a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer. Patrick Lozès (Cran)
 Il y a 64,6 % d’enfants de confession musulmane à Béziers. (…) Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. Robert Ménard
Il y a tout un tas de pays où il y a de statistiques ethniques et ils ne sont pas moins démocratiques, pas moins républicains que les autres ! Robert Ménard
Ils sont où les enfants de nos ministres ? Dans quelle écoles ? Robert Ménard
En un mot, la gauche, elle n’a pas de leçons à nous donner et à me donner. Je voudrais juste rappeler. Quand Manuel Valls en 2008 [2009 en fait, ndlr] se plaint qu’il y a trop de noirs et d’arabes sur les marchés de sa ville et qu’il demande à un membre de son cabinet, je le cite : ‘tu me mets quelques blancs, quelques white, quelques blancos’. Qui tient ces propos ? C’est Manuel Valls. Quand Martine Aubry affirme, c’était en 2012, qu’il y a 35% de Maghrébins à Lille et que c’est génial, elle le sait  comment ? Au faciès ? Quand Jack Lang écrit en 2014 l’an dernier au premier ministre  pour liui dire que les deux tiers des prisonniers en France sont des musulmans. Il le sait comment ? Par l’opération du Siant-Esprit ?  Robert Ménard
La mairie de Béziers ne constitue pas et n’a jamais constitué de fichiers des enfants scolarisés dans les écoles publiques de la ville. Le voudrait-elle qu’elle n’en a d’ailleurs pas les moyens. Il ne peut donc exister aucun « fichage » des enfants, musulmans ou non. Le seul fichier existant à notre connaissance recensant les élèves des écoles publiques de la ville est celui de l’Éducation nationale. C’est donc à elle, et elle seule, de rendre publique cette liste. Elle ne le fera certainement pas au prétexte de motifs juridiques. Mairie de Béziers
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014. D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie. Le Monde
La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête. Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul? Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer! S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti? Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite? (…) Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui. (…) Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus. (…) Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus. On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme. Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés. Le fourre-tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence. (…) Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Philippe Bilger
Le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée, sans le consentement exprès de l’intéressé, des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou les appartenances syndicales des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à l’orientation ou identité sexuelle de celles-ci, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données à caractère personnel concernant des infractions, des condamnations ou des mesures de sûreté. Code pénal (Article 226-19, modifié par LOI n°2012-954 du 6 août 2012 – art. 4)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
Il serait ironique que des associations qui ont pour objectif de défendre les droits et les libertés cherchent à imposer une censure préalable de la recherche. Il est toujours dangereux que des acteurs politiques prétendent dire quelle est la «bonne» science ! Remplacer l’enquête, comme le suggère la pétition, par du «testing» à grande échelle n’a pas de sens. Le testing a toute son utilité pour révéler des pratiques discriminatoires ouvertes. Il ne permet pas de reconstruire et comparer des trajectoires socioprofessionnelles, d’aller à la racine des inégalités et de repérer leur imposition, fût-elle involontaire. Du reste, en choisissant de présenter des candidats «noirs», «arabes» ou «maghrébins» et «français blancs», le testing manipule les catégories par lesquelles se construisent les discriminations. Collectif de chercheurs français et étrangers
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Chaque fois que l’on construit des catégories statistiques, il y a un débat. L’histoire des catégories socioprofessionnelles en France le montre. Quand on a créé la catégorie «cadre», la catégorie «ouvriers», les marxistes ont dit «cela ne reflète pas les vrais rapports d’exploitation entre la bourgeoisie et le prolétariat».Aujourd’hui, on connaît les Français par acquisition, par le lieu de naissance des parents et des grands-parents, mais il y a des catégories de personnes qui sont de longue date en France et qui échappent à cette statistique. Utiliser des catégories plus fines permettrait d’avoir un reflet assez fidèle de la population française.(…) Le prénom ou le patronyme d’un individu …C’est un moyen détourné qui tient plutôt du bricolage et qui ne vaut que dans la mesure où d’autres indicateurs plus directs ne sont pas disponibles.Si vous cherchez à mesurer les discriminations dans une entreprise, vous allez constituer un échantillon sur la base des prénoms. Vous retiendrez des personnes certainement susceptibles d’être discriminées parce qu’elles s’appellent Mohamed ou Fatoumata. Mais vous passerez à côté d’un Patrick pourtant noir car antillais ou d’origine africaine. (…)  L’une des solutions est de passer par l’autodéfinition. Votre père est asiatique, votre mère noire, mais comment vous définissez-vous ? Georges Felouzis (Bordeaux-II)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
Just under a year ago, France’s Marine Le Pen told TIME her far-right National Front Party would be in power within a decade. That’s a nightmarish prospect for millions who regard her France-for-the-French message as mere jingoism—and it seemed like a stretch. Her prediction, however, no longer seems preposterous. Le Pen has spun gold from voter exasperation, mixing charm and ambition to rack up wins in European Parliament and local elections with an anti-Europe, anti-immigration campaign. That’s made her Europe’s leading right-winger, giving like-minded politicians across the continent a dose of electability. And this month she finally split from her father, National Front founder Jean-Marie Le Pen, over his noxious anti-Semitism. Le Pen has strong allure for many French, who have hit the wall with asphyxiating political elitism and near zero growth. To stop her race for the Élysée Palace in its tracks, France’s lackluster leaders will need to overhaul their ineffectual, gutless style and mount a more appealing revolution of their own. Vivienne Walt (Marine Le Pen, France’s nationalist force, The 100 most influential people, Time, April 16, 2015)
Lorsqu’il s’agit de fichiers nominatifs, la crainte est de voir se constituer un « fichage ethnique » potentiellement dangereux si, par exemple, arrivait au pouvoir un gouvernement raciste qui voudrait mener des politiques défavorables à certaines catégories de la population. Mais si un tel gouvernement venait au pouvoir, il n’aurait pas forcément besoin de tels fichiers pour mener à bien ce type de politiques (…) L’autre inconvénient, c’est que l’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le communautarisme. Le modèle français s’efforce de ne prendre en compte que les individus, dans ce qu’ils ont à la fois d’universel et de particulier (nous sommes tous des individus, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, et nous sommes tous différents), et non les groupes, qu’ils soient ethniques, raciaux ou religieux. L’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le séparatisme et les affrontements (idéologiques, politiques…) entre groupes, ce qui n’est pas l’effet recherché. Pierre-Yves CussetLe refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux. Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne. Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté. Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument. (…) Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés. (…) Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain. C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence. (…) Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir. (…) Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas. (…) la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises. Robert Castel

Pas de statistiques ethniques, s’il vous plait, nous sommes français !

En ces temps étranges …

Où une ministre prénomme sa fille Térébenthine

Mais où certains prénoms doivent encore être manipulés avec soin …

Pendant que d’autres peuvent contribuer à régler le problème du chômage …

Et où, pour avoir osé évoquer le taux d’élèves d’origine musulmane dans sa commune à partir  de la consultation des registres d’élèves de l’Education nationale, un maire se voit immédiatement fustigé et menacé de poursuites judiciaires pour « fichage » …

Tant par un président qui, pour cause de gros contrats et faillite économique, flatte la croupe des pires régimes politiques de la planète …

Qu’un premier ministre qui il n’y a pas si longtemps se plaignait de la ghettoïsation de sa ville et appelait de ses voeux la relance du débat sur les statistiques ethniques …

Alors qu’à l’instar de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis et certes non sans leurs propres dérives, nombre d’autres états publient régulièrement tant les statistiques ethniques que religieuses de leur population …

Comment ne pas voir avec un entretien du feu sociologue Robert Castel …

Les évidentes limites d’une telle « cécité volontaire » …

Qui non seulement empêche d’agir sérieusement sur un problème dont on ne peut mesurer l’ampleur …

Mais surtout ne peut que « redoubler l’injustice » de la discrimination pour ceux qui en sont victimes  ?

France : peut-on retourner la race contre les racistes ?
Entretien avec Robert Castel, Sociologue. Robert Castel est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il vient de publier La Discrimination négative. Citoyens ou indigènes? (La République des idées et Le Seuil, 2007).
et Gwénaële Calvès, Juriste. Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La Discrimination positive (PUF-QSJ, nouvelle édition à paraître en avril 2008).
Propos recueillis par Yann Mens

Alternatives Internationales

mars 2008

Alternatives Internationales : La République française se veut aveugle à toute distinction fondée sur l’origine, la race ou la religion, selon les termes de la Constitution. Cette position de principe est-elle encore tenable aujourd’hui, notamment pour lutter contre les discriminations ?

Robert Castel : Je suis très attaché au modèle républicain. Et le refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux.

Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne.

Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté.

Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument.

Gwénaële Calvès : La lutte contre les discriminations, selon moi, n’implique aucunement de renoncer au principe de cécité à l’origine, la race ou la religion. La discrimination n’est pas une offense faite à « l’Autre », c’est une offense faite au « Même ». Elle prend pour cible des Français dont la République doit, plus que jamais, affirmer qu’à ses yeux ils sont des Français comme les autres, égaux en droits et également protégés contre la violence et l’arbitraire – notamment l’arbitraire policier que vous avez évoqué. Sur un plan plus pragmatique, je ne vois pas à quoi servirait la consécration officielle de ce que vous appelez le « critère racial ». Ce n’est pas sur la victime qu’il faut mettre le projecteur, c’est sur celui qui discrimine ! Exalter la diversité pour lutter contre les discriminations, c’est prendre le risque de cautionner les fantasmes racistes qui voudraient enfermer certains d’entre nous dans une culture ou identité « autre », « différente », « étrangère »…

R. C. : Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés.

N’est-il pas dangereux d’utiliser un concept comme la race, fût-ce pour combattre le racisme ?

R. C. : Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain.

C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence.

G. C. : C’est ce que fait déjà le droit français ! L’expression en vigueur est celle d’appartenance « vraie ou supposée » à « une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées ». La formule, par son ambiguïté, peut satisfaire ceux qui accordent une forme de réalité à ces constructions sociales. Et elle est assez ouverte pour saisir la variété des racismes, qu’ils soient biologisants, culturalistes, xénophobes… L’analyse des fondements du racisme, d’un point de vue juridique, est d’ailleurs sans intérêt. Ce qui compte, c’est de réprimer des comportements, pas de sonder les reins et les cœurs.

Ne faut-il pas établir des statistiques ethniques pour mesurer l’ampleur de la discrimination, et ainsi mieux la combattre, comme on peut le faire dans le cadre du respect de la parité ?

G. C. :La distinction entre les hommes et les femmes ne peut pas servir de modèle à l’établissement de statistiques ethniques. Elle repose sur un critère que personne ou presque ne conteste, car il renvoie à une réalité sociale très largement admise, et il n’a rien de stigmatisant. D’autre part, et c’est le plus important d’un point de vue juridique, ce critère ne pose pas de problème d’application : c’est un critère stable dans le temps, et compréhensible par tous – rares sont ceux qui hésitent à se classer dans une catégorie ou une autre.

La question des statistiques ethniques se pose de manière tout à fait différente. Ici, les critères de classement sont éminemment problématiques. Il faudrait, d’abord, les choisir, ce qui supposerait de privilégier soit la couleur de la peau, soit l’apparence physique, soit l’origine géographique, soit encore un mélange de tout ça… Il faudrait, ensuite, créer un consensus autour de ces critères. Si celui qui est perçu comme métis ou comme indien se classe dans la catégorie « Noir », ou inversement, la nomenclature n’a guère d’utilité.

De la même manière, si ceux qui estiment avoir des origines multiples (ils sont nombreux…) choisissent de cocher plusieurs cases, on se sera donné beaucoup de mal pour rien. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il est assez vain d’ethniciser l’appareil statistique national. On obtiendrait des données trop globales pour être utiles à l’évaluation des phénomènes discriminatoires. Si on veut caractériser une situation de discrimination à l’échelle, par exemple, d’un secteur professionnel ou d’un bassin d’emploi (et a fortiori d’une entreprise), il faut disposer de données beaucoup plus fines. En effet, la discrimination n’existe que toutes choses égales par ailleurs. Les membres du groupe discriminé ont-ils, en moyenne, le même âge que les autres ? Ont-ils les mêmes qualifications ? Disposent-ils, aussi souvent que les autres, du permis de conduire ? Etc. Si on veut faire des statistiques ethniques, il faut en faire sérieusement. Cela suppose d’être littéralement obsédé par la race, en introduisant cette donnée dans tous les systèmes de gestion, d’enquête et de comptage. Je crois qu’il faut avoir conscience de la violence qui serait faite aux individus.

R. C. :Pourquoi parler d’obsession ? Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir.

G. C. : Les enquêtes dont nous disposons démontrent assez clairement que la discrimination existe…

R. C. : Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas.

G. C. : Je ne crois pas. Ce qu’il faut reconnaître, pour le sanctionner et le réparer, c’est le préjudice subi par les individus qui demandent justice. La lutte contre les discriminations doit être centrée sur les auteurs de discrimination, afin de les sanctionner. Il faut donc inciter les victimes à porter plainte, pour que la police mène une enquête et que la justice instruise le dossier comme pour n’importe quel type de délit. Il reste beaucoup de progrès à faire pour que le droit de la non-discrimination soit enfin perçu comme une arme offerte à chacun d’entre nous pour se défendre contre l’arbitraire.

Aux Etats-Unis, de puissantes associations, comme la NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), disposent de juristes et d’avocats chevronnés pour aider les victimes à se pourvoir devant les tribunaux et à monter leur dossier, ce qui n’est hélas pas le cas en France, où les associations équivalentes sont bien moins outillées. Le droit devrait aussi être utilisé comme un levier pour l’action collective. Le travail remarquable qu’une association comme le Gisti (Groupement d’information et de soutien des immigrés) a réalisé, depuis trente-cinq ans, pour faire progresser le droit des étrangers, n’a guère d’équivalent en matière de lutte contre les discriminations.

R. C. : On peut effectivement regretter que de telles modalités existent beaucoup moins en France. Cependant, la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises.

Robert Castel est sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? (éd. La République des idées-Le Seuil, 2007).

Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La discrimination positive (PUF-QSJ, 2008).

Propos recueillis par Yann Mens

Voir aussi:

Polémique Robert Ménard : que dit la loi sur les statistiques ethniques ?
Métro news

05-05-2015

SUJET SENSIBLE – Provoquant un nouveau tollé, le maire de Béziers, Robert Ménard, a annoncé lundi soir sur France 2 avoir recensé le nombre d’enfants de confession musulmane dans sa commune, en fonction de leurs prénoms. Une pratique illégale de fichage ethnique qui lui vaut d’être sous le coup d’une enquête préliminaire. Pour autant, les statistiques ethniques, souvent controversées, ne sont pas toujours interdites en France. Explications.

« Le maire a les noms classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Robert Ménard sait bien que la pratique n’a rien de légal. Mais cela n’a pas empêché le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, de révéler, lundi soir sur France 2, qu’il a classé les enfants de sa commune en fonction de leurs prénoms. Le but ? Savoir qui est de confession musulmane et qui ne l’est pas. Résultat, selon ses calculs : 64,6% des élèves seraient issus de familles musulmanes dans les écoles de sa ville. Des chiffres qui permettent à l’élu d’affirmer dès le lendemain, lors d’une conférence de presse que, « oui, il y a trop d’immigration en France ».

Ces révélations placent le fondateur de Reporters sans frontières sous le feu des critiques. Et le procureur de la République de Béziers d’annoncer l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». Car en France, à la différence du Royaume-Uni ou du Brésil, les statistiques ethniques sont interdites. Elles sont contraires à la loi « Informatique et libertés », votée le 6 janvier 1978. D’après ce texte, « il est interdit de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. » C’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui veille d’ailleurs au respect de ces dispositions.

Des conclusions « douteuses »

Toutefois, des exceptions existent. La Cnil autorise ainsi la détention de ces informations à partir du moment où la personne concernée a donné son accord écrit. Les associations à caractère religieux sont autorisées à tenir des fichiers regroupant leurs membres. À ce titre, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) publiait en 2007 un sondage – qui a fait beaucoup de bruit – sur les populations noires en France et les discriminations dont elles se disaient victimes.

Les statisticiens, eux aussi, échappent à la règle. Ils peuvent mener des études sur la diversité, tout en garantissant l’anonymat des personnes. L’Ined (Institut national des études démographiques) par exemple, ne s’en prive pas, au risque là aussi, de susciter la polémique. Michèle Tribalat, démographe, tente dès les années 1990 de catégoriser les ethnies, selon des données qu’elle qualifie « d’objectives » comme le lieu de naissance des parents ou encore la langue parlée. Mais pour beaucoup de ses confrères, les conclusions qu’elle en tire sont plus que « douteuses ».

En attendant, le procédé extrêmement raccourci de Robert Ménard selon lequel « les prénoms disent les confessions » ne bénéficie d’aucune dérogation au regard de la loi française. Au cas où la justice reconnaît l’existence d’un fichier ethnique à la mairie de Béziers, l’élu risque une peine de cinq ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

Voir également:

Valls pour des statistiques ethniques
Le Figaro/AFP
12/12/2009

Le député PS Manuel Valls a annoncé aujourd’hui qu’il déposerait début 2010 une proposition de loi préconisant le recours aux statistiques ethniques, à l’issue d’un colloque sur la diversité organisé à Evry avec le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France).

« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine », a indiqué le député-maire d’Evry. « Pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre », a-t-il expliqué assurant qu’il y a « des députés prêts à suivre ».

L’annonce a été soutenue par le président du Cran, Patrick Lozès, invité du colloque, pour qui « on a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer ». C’est à la suite de propos controversés sur l’absence d’habitants « blancs » sur un marché d’Evry le 7 juin dernier que Manuel Valls avait rencontré les responsables du Cran et décidé d’organiser à Evry ce colloque intitulé « Faire des égaux – Pour un nouveau dialogue sur la diversité en France ».

Voir encore:

Polémique Ménard, guerre des Le Pen : le réquisitoire de Philippe Bilger
Philippe Bilger
Le Figaro

05/05/2015

La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête.

Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul?

Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer!

S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti?

Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite?

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.
Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui.

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.

Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats
Ce n’est pas prétendre que demain le FN, même autrement baptisé, volera de succès en succès jusqu’à la victoire pour sa candidate en 2017. Je ne crois absolument pas à cette élection et j’irais même jusqu’à soutenir que pour le second tour, tout n’est pas perdu malgré l’inéluctabilité toute d’impuissance avec laquelle on annonce la présence de Marine Le Pen dans la joute finale.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats.

Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus.

On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme.

Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés.

Le fourre -tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence.

De la même manière, même s’il progresse de plus en plus par ce mélange qui fait de lui un parti à la fois inscrit dans l’espace officiel – malgré ses deux députés seulement et à cause de sa forte présence médiatique – et un mouvement encore imprégné d’une forme de dissidence, il se devra de forcer sur les rêves d’officiel ou de se camper sur les aspirations à l’atypique.

Pour l’instant, il gagne sur les deux tableaux. Officiel, il mériterait davantage. Populiste, il attire les réfractaires, les laissés pour compte, les désespoirs civiques. Le bord de la route est empli d’adhérents du FN et les cités exsangues et mortes aussi. Et les victimes des crimes et des délits ne sont pas consolées par François Hollande et Christiane Taubira.

Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Je rejoins Jérôme Fourquet qui, sur ce plan, a eu l’analyse la plus fine et la plus objective.

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière ?
La plus objective?

Pourquoi l’hostilité politique se traduirait-elle par de l’indifférence démocratique? Pourquoi, pour la cause commune, n’aurait-on pas le droit de se féliciter, pour une certaine conception de la République, de l’éviction du père et de l’autorité de la fille? Faut-il absolument tout haïr tout le temps au point de ne plus rien voir?

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière?

Serait-ce trop demander des politiques que de savoir, parfois, pour être respectés, penser contre eux-mêmes pour la cause républicaine? On ne s’en porterait que mieux.

Voir de même:

Robert Ménard, un habitué des mesures polémiques
Le Monde

05.05.2015

Il est un feuilleton à lui tout seul. Depuis son arrivée à la tête de la mairie de Béziers, en mars 2014, Robert Ménard n’a cessé de provoquer son opposition en prenant des mesures polémiques.

Dernière en date : des statistiques ethniques déterminant le taux d’écoliers de confession musulmane dans la sous-préfecture de l’Hérault, statistiques dont il a révélé l’existence sur le plateau de « Mots croisés », sur France 2, lundi 4 mai. Des chiffres dont il a assuré qu’ils n’étaient pas issus d’une forme de fichage ethnique, interdit par la loi, mais de la consultation des registres d’élèves fournis par l’éducation nationale, l’identification de la confession reposant sur « les prénoms » des enfants, avait-il précisé sur France 2.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Béziers pour établir s’il y a eu violation de la loi. Des perquisitions ont suivi dans l’après-midi à la mairie héraultaise.

C’est la première fois que la justice se penche sur la gestion de l’élu, proche du Front national. Avant, ses mesures étaient restées dans le cadre de ses attributs de maire, tout en faisant grand bruit.

Couvre-feu pour les mineurs
Premier coup d’éclat du maire : l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs, « du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires », dans certains quartiers de Béziers pour les moins de 13 ans non accompagnés. Après avoir envisagé des amendes contre les mineurs, la mairie avait été obligée de choisir de poursuivre les parents en cas de manquements.

Ni crachats, ni linge aux fenêtres, ni paraboles, ni crottes de chien
En tout début de mandat, il avait multiplié les arrêtés prévoyant des sanctions contre les incivilités sur la voie publique : interdiction de l’accrochage de linge aux fenêtres, balcons et façades dans le centre sauvegardé de la ville au nom de son « attractivité économique et touristique ». Il avait également prévu de sanctionner par des amendes les crachats, au motif que « c’est dégoûtant », les crottes de chien, car elles donnent « une image déplorable de [la] ville », ou encore l’installation de paraboles.

« Les gens, quand vous leur dites, ils comprennent, mais tant qu’il n’y a pas de menace de sanction, ils ne le font pas », avait justifié le maire, qui ajouta : « Quand vous leur expliquez, les gens vous écoutent : c’est juste du laisser-aller auquel il faut mettre un point final. »

Des blouses à l’école

La mesure avait fait un flop, après avoir fait grand bruit : Robert Ménard avait proposé d’offrir une blouse à tous les écoliers de la ville. Mais cela devait se faire sur la base du volontariat des élèves et de leurs parents. Finalement, selon Midi libre, à l’automne, 1 250 blouses avaient été livrées, mais les élèves d’une seule école privée en portaient.

Une crèche à la mairie
A Noël, l’installation d’une crèche à la mairie provoqua la colère de la Ligue des droits de l’homme, qui a saisi la justice pour que cette « atteinte à la laïcité » soit réparée. Le tribunal administratif de Montpellier avait refusé de statuer dans l’urgence, repoussant sa décision à l’année suivante.

Un historien polémique pour écrire la ville
Selon les informations du Monde, le maire de Béziers envisageait de confier à l’écrivain Renaud Camus, condamné pour « provocation à la haine religieuse et à la violence » et inventeur de la théorie du « grand remplacement », la rédaction d’un livre sur la ville.

Le revolver, « un nouvel ami » de la police
Enfin, en février, c’est la campagne vantant le nouvel armement de la police municipale qui provoqua l’agacement des opposants à la mairie. Flanquée d’un revolver, l’affiche placardée dans les rues affirmait que « désormais la police municipale a un nouvel ami ». Une campagne de « shérif de pacotille », selon Sébastien Denaja, député socialiste de l’Hérault.

La mairie avait alors signé une convention avec l’Etat lui permettant d’armer ses policiers municipaux de pistolets 7.65 automatiques, en plus de « gilets pare-balles, bâtons de défense, bombes lacrymogènes et casques », selon Midi libre.

Voir de même:

Pourquoi Robert Ménard n’a pas le droit de ficher les écoliers musulmans de Béziers
Delphine Roucaute et Samuel Laurent

Le Monde

05.05.2015

Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, proche du Front national, aime les polémiques et n’a pas peur d’afficher ses actions. Lorsqu’il arme la police municipale, il le fait savoir par des affiches montrant un revolver avec le slogan : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami ».

Et lorsqu’il est invité de France 2 et qu’on lui demande comment il peut évaluer la proportion de musulmans parmi les écoliers de sa ville, l’édile de Béziers ne cache pas sa méthode : « Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. »

Si l’on en croit le maire, les services municipaux de Béziers recensent donc les prénoms en fonction de leur consonance et de leur origine supposée. Ils établissent ainsi un ratio par « confession » présumée (en clair, le petit Ahmed est présumé musulman et la petite Léa, non). Une enquête préliminaire a été ouverte.

Pourquoi n’est-il pas légal de faire des statistiques ethniques ?
Robert Ménard l’a lui-même reconnu : il n’a pas droit de faire ce genre de statistiques. En effet, selon la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, dite « loi informatique et libertés », le traitement de données « relatives aux origines des personnes » est interdit. L’article 8 spécifie bien que :

« Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. »
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) précise que « [ces] critères ne peuvent pas être utilisés pour opérer des tris et s’adresser à des populations ciblées ». Le non-respect de cette interdiction peut entraîner, en application du code pénal, une peine de cinq ans de prison et jusqu’à 300 000 euros d’amende. La CNIL peut également sanctionner les responsables de ce genre de fichiers délictueux par des amendes.

La loi prévoit toutefois une dizaine de cas dans lesquels cette collecte serait autorisée, notamment en cas de consentement de la ou les personnes visées, de traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine, de données déjà publiées par la personne concernée ou de recherches nécessaires dans des cadres juridique ou médical.

La démarche de M. Ménard ne semble, à l’évidence, correspondre à aucune de ces dérogations. Pire, elle repose sur le détournement de données récoltées par la mairie dans le cadre de la scolarisation des enfants. Des données qui ont tout sauf une visée de statistiques ethniques.

Pourquoi la méthode employée est-elle discutable ?
Les services municipaux de Béziers n’ont donc pas le droit de procéder à un tel fichage, pour des raisons de protection des enfants et de respect de la vie privée de leurs familles. Mais outre le fait qu’il est illégal, il présente de grands risques d’erreur.

Un enfant prénommé Ahmed sera ainsi présumé « musulman », même si ses parents ne sont pas croyants ou pratiquants. De même, si une petite Fatima d’origine portugaise dont les parents sont catholiques fréquente les cantines biterroise, elle sera logiquement classée parmi les « musulmans » sur le fichier.

On peut évidemment aussi s’interroger sur l’emploi que comptent faire M. Ménard et ses services de telles statistiques.

Quels sont les antécédents de Robert Ménard ?
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014.

Lire aussi : Les méthodes d’extrême droite de l’ancien président de Reporters sans frontières

D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie.

Mardi 5 mai, le parquet de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». La mairie de Béziers a démenti tout fichage, renvoyant à l’Education nationale et contredisant de fait le maire lui-même.

Voir de même:

Michèle Tribalat, démographe et Cassandre
Intégration et islam : peut-on tout dire?
Propos recueillis par Gil Mihaely
Causeur
17 mars 2015

Causeur. En 1995, vous publiez Faire France, qui offre une vision franchement optimiste de l’intégration des immigrés et de leurs enfants. Puis, à la fin des années 1990, vous semblez changer d’avis ou au moins d’état d’esprit. En 1999, sur la base d’une enquête menée l’année précédente à Dreux, vous publiezVoyage au cœur du malaise français. Que vous est-il, ou que nous est-il arrivé ?

Michèle Tribalat. Je travaille sur l’immigration depuis quarante ans. Les questions de mesure et de méthode m’ont toujours plus intéressée que la nature des résultats. Mon évolution est directement liée aux études successives que j’ai menées.

En 1992, les résultats de l’enquête statistique « Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) » (qui était la base statistique de Faire France) incitaient à un certain optimisme.

Cette enquête reposait sur trois échantillons tirés du recensement de 1990 : un premier composé d’immigrés appartenant aux grands courants migratoires, un échantillon dit témoin de la population de France métropolitaine et un troisième échantillon portant sur des enfants nés en France de parent(s) immigré(s).

On y observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse.

Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages.

Pourquoi n’avez-vous rien vu venir ? Est-ce parce que vous manquiez de données ?

L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement.

Je ne l’ai pas obtenu pour le recensement de 1999 et il a fallu attendre 2008 pour qu’une nouvelle enquête statistique soit entreprise. Pendant ce temps, les médias continuaient à commenter les résultats de 1992, laissant croire que ces résultats seraient éternellement pertinents. Et ils en faisaient souvent un usage inapproprié.

Exemple, j’avais mis en garde contre l’extrapolation du taux de mixité lors des débuts de vie en couple des jeunes d’origine algérienne pour évaluer le taux de mariages mixtes : une copine c’est une chose, une épouse une autre. Je n’ai guère été entendue. Par ailleurs, ces résultats nationaux étaient trop souvent opposés aux perceptions communes, qui se forgent souvent dans l’environnement local.

L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps.

Donc, c’est l’enquête sur Dreux qui vous a « ouvert les yeux » ? Avez-vous forgé de nouveaux outils d’observation ou, à tout le moins, revu vos méthodes de travail ?

Non, en un sens, c’est parce que j’avais compris l’importance de l’observation locale pour détecter à temps d’éventuelles dérives que je me suis retrouvée à Dreux.

Mon idée était que, pour y parvenir, il fallait se porter sur des lieux où la concentration ethnique est très élevée et construire des outils d’observation rigoureux dans quelques communes soigneusement sélectionnées.

J’avais donc élaboré, en 1996, un projet d’observatoire de la vie locale que je comptais proposer à des élus locaux. J’ai eu un premier contact positif avec André Gerin pour étudier la faisabilité d’un tel projet à Vénissieux.

Puis, en 1997, l’institut de sondage IPSOS m’a proposé de prendre en charge une étude commandée par le député-maire de Dreux, Gérard Hamel, dont l’aboutissement pouvait être la mise en place d’un tel observatoire. L’observation était locale mais l’enjeu national : ce qui se passait à Dreux était peut-être annonciateur de difficultés à grande échelle.

Suite à ce travail, un rapport a été remis au maire en 1998 et a abouti à la publication du Voyage au cœur du malaise français. En revanche le projet d’observatoire local a capoté. Comme l’indique la postface de Gérard Hamel, celui-ci n’était pas très content des conclusions de l’enquête et n’avait aucune envie de prolonger l’observation.

Il ne voulait pas voir ce qu’il voyait, en somme. Comment en êtes-vous venue à intégrer la dimension culturelle, ethno-religieuse, dans vos travaux de démographe ?

Ma formation démographique m’a conduit très tôt à me poser des questions de méthode et, avec le temps, j’ai essayé de faire en sorte que l’appareil statistique français soit adapté.

Avec Bernard Aubry, j’ai également utilisé les recensements et les enquêtes annuelles de recensement qui les ont remplacés, pour construire des indicateurs de concentration ethnique et de voisinage, qui ont révélé de grandes disparités géographiques.

Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement.

N’étant ni anthropologue ni sociologue, je traite des origines ethniques ou de l’affiliation religieuse sous l’aspect démographique, par exemple pour observer comment certaines pratiques évoluent avec l’âge.

C’est ainsi que j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques.

Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées.

L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam.

Votre travail sur Dreux marque un double virage dans votre œuvre : vous découvrez que l’intégration des enfants d’immigrés marque sérieusement le pas et subissez vos premiers procès en sorcellerie…

Il faut dire que j’avais connu un certain état de grâce médiatique. À la parution de l’étude « Mobilité géographique et insertion sociale », l’accueil de la presse avait été dithyrambique.

Dans Le Monde du 24 mars 1995, Philippe Bernard écrivait :

« C’est une révolution salutaire dans l’approche de la question des immigrés en France qu’inaugure l’enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) sur l’insertion des populations d’origine étrangère… Cette démarche inédite a permis d’embrasser, bien au-delà des seuls étrangers, la population des jeunes Français de première et parfois de deuxième génération suivant l’immigration. Plutôt que de continuer à manier un vocabulaire hypocrite propice aux manipulations, l’étude saisit la question ethnique à bras-le-corps, transgressant un tabou sans pour autant encourir la moindre suspicion de xénophobie ou de ségrégation. »

Et, en prime, Philippe Bernard reprenait l’expression Français de souche sans guillemets !

À la fin des années 1990, le ton de la presse a changé. Moi, j’ai le sentiment d’avoir évolué avec les résultats de mes recherches. Certains ont préféré voir dans cette évolution personnelle somme toute normale au cours d’une existence un revirement idéologique.

Par exemple, dans un article publié dans Le Monde du 17 juin 2003, Xavier Ternisien préconisait de me psychanalyser pour trouver la raison cachée de ces changements. D’autres y ont vu la persistance d’un racisme jusque-là passé inaperçu.

Pourtant, en 1998, l’année de la remise du rapport sur Dreux, sortait un livre que j’avais coécrit avec Pierre-André Taguieff – Face au Front national. Arguments pour une contre-offensive – dans lequel je démontais les supercheries statistiques du rapport Milloz de 1997 – « L’immigration sans haine ni mépris. Les chiffres qu’on vous cache ».

Ma réponse à cet auteur proche du FN me vaudra même, en 1999, le prix Lyssenko, décerné par le Club de l’Horloge, c’est dire si j’étais d’extrême droite ! Mais les procès en sorcellerie que vous évoquez n’avaient rien de spontané. Un collègue de l’INED avait allumé la mèche.

Au-delà de conflits de bureau, que vous reprochait-on ?

En 1998, Hervé Le Bras sortait l’artillerie lourde dans un livre intitulé Le Démon des origines. Il y réglait ses comptes avec l’INED en général et avec moi en particulier, après une histoire interne qui n’avait pas tourné à son avantage.

Dans ce livre, il revenait sur un ouvrage collectif, publié sous ma direction, en 1991, dans lequel il croyait déjà déceler les racines du mal qui me rongeait.

« Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société », écrivait-il en désignant l’INED comme l’un de ces pseudopodes.

Le Bras distinguait les opportunistes des autres, qui « se trouvent sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique ».

En gros, j’étais un relais de la pensée frontiste, probablement à mon insu mais aussi par… ambition personnelle !

Plusieurs mois durant, le livre de Le Bras a été le prétexte de salves savamment orchestrées dans la presse, dont les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire n’étaient évidemment pas absentes.

On a même vu circuler à l’INED un document anonyme qui fournissait de prétendues informations sur moi et sur des personnalités liées au Front national – j’y étais traitée de nataliste conservateur et l’on mettait en cause, pour insuffisance professionnelle, ma nomination comme directeur de recherche.

De cette époque date l’étiquette de démographe « douteuse » ou « contestée » que la presse aime m’accoler encore aujourd’hui. Ajoutez à cela que Marine Le Pen a déclaré en 2010 avoir aimé mon livre Les Yeux grands fermés, et vous comprendrez que mon compte était bon !

Si Marine Le Pen vous fait les yeux de Chimène, c’est qu’elle cherche une caution scientifique à sa critique de l’immigration. Que pensez-vous du diagnostic frontiste sur la question ?

Si le FN a, depuis longtemps, fait de l’immigration étrangère son cheval de bataille, jusqu’au début des années 2000, son discours constant sur la question n’avait pas grand-chose à voir avec l’évolution réelle des flux migratoires.

En effet, après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native.

Le FN contestait alors farouchement les « chiffres officiels ». Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN.

Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste.

La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques.

Partager certains de ses constats ne signifie pas donner quitus au Front national. Approuvez-vous le programme de Marine Le Pen en matière d’immigration et de contrôle des frontières ?

Marine Le Pen propose de diviser par 20 le nombre d’entrées légales en cinq ans pour ne laisser entrer que 10 000 étrangers par an, tout en réduisant à zéro toute immigration clandestine. Quel genre d’État faut-il pour y arriver vraiment ? Telle est la question.

En fait, elle déclare vouloir en finir avec tous les droits accordés a priori aux immigrants, même sous certaines conditions. Elle compte interdire le regroupement familial, dont il faut souligner qu’il n’est pas la part la plus importante des flux familiaux, contrairement aux conjoints de Français.

Comment limiter les flux de ces derniers ? Il ne suffit pas de sortir de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Restent de sérieux obstacles : la Cour de justice de l’UE, qui garantit le respect des traités et dont les décisions font jurisprudence pour les juridictions nationales, mais aussi la jurisprudence du Conseil d’État.

Bref, si l’objectif visant à limiter le nombre d’entrées d’étrangers est légitime, cela implique de prendre toute une série de décisions qui ne seront pas sans effet sur les droits des citoyens.

Que faut-il en conclure ? La politique migratoire restrictive que nombre de Français demandent explicitement est-elle irréalisable ?

En l’état du droit français et plus largement européen, oui.

Voir par ailleurs:

6 Words: ‘My Name Is Jamaal … I’m White’
NPR
May 06, 2015

Jamaal Allan is a teacher in Des Moines, Iowa. His name has taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.
Courtesy of Jamaal Allan
NPR continues a series of conversations from The Race Card Project, in which thousands of people have submitted their thoughts on race and cultural identity in six words.

People make a lot of assumptions based on a name alone.

Jamaal Allan, a high school teacher in Des Moines, Iowa, should know. To the surprise of many who have only seen his name, Allan is white. And that’s taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.

Those experiences prompted him to share his six words with The Race Card Project: « My name is Jamaal … I’m white. »

Allan grew up in southern Oregon, in a house on 18 acres with a commune on one side and a llama ranch on the other.

The origins of his name weren’t that remarkable, Allan tells NPR Special Correspondent Michele Norris.

« My parents decided they wanted less traditional names for their children. … My dad was a Los Angeles Lakers fan and they had had a player named Jamaal Wilkes, and that name kind of came up, » he says.

His mother — who was pregnant with Allan’s sister at the time — fell in love with the sound of the name. Their parents named his sister Madera, and they named their son Jamaal — « just to spice things up a bit, I guess, » he says.

As Allan wrote for a blog called The Poetry Question:

« Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow).

« In a high school soccer game I was called ‘a white man with a [horrific racial expletive deleted] name.’

« In January of 2002 I flew to London. I was randomly selected for additional passenger screening. It was me, Muhammad, Abdul, Tariq, and an old white haired lady named Jenny Smith. Seriously. I’m not sure what was faster, Jenny Smith’s pat down or the dropping of the TSA agent’s face when I responded to the name Jamaal. »
Jamaal means « beauty » in Arabic.

« Learning the meaning behind it and, well, the beauty that comes in the sound of the name, I like that quite a bit, » Allan says.

It’s also a name that give him an unusual perspective on questions of identity, race and cultural stereotypes.

When he goes out in Des Moines for drinks with friends who are black, the waitress or bartender often hands his debit card to someone else — someone black.

« They’re making an assumption based on the name on the card and not paying attention to who handed it to them, » Allan says. « They say, ‘Jamaal, oh that must be the black guy sitting here.’ « 

‘We Could Use Some Diversity Here’

These kinds of assumptions also spill over into his professional life as a teacher.

« People usually don’t bring it up on a first day, but after I’ve developed a rapport with the students and they feel comfortable having open conversations, they’ll say, ‘You know, when class started I thought you were going to be black,’  » Allan says.

And he uses that as a jumping-off point for more questions: Why you would assume that and what did that mean? And were you disappointed? What were your thoughts when you actually saw me?

Many people have written to The Race Card Project about how people make assumptions about their identity, based on their name.

Race-neutral name, foot in the door — Meredith, Texas

Your name doesn’t match your face — Kimberly Jackson, New York, N.Y.

My name sounds black, I’m not — Lynea Ramse, Nashville, Tenn.

You judge me by my name? — Chaka Babarovich, Anacortes, Wash.
The question of someone’s name, particularly if it has ethnic overtones, can have real consequence. One study found that after responding to 1,300 classified ads, applicants with black-sounding names were 50 percent less likely to get a callback than white-sounding names with comparable resumes.

But the opposite was at work in Allan’s case. The principal who hired him told him he was lucky to get the job because they hadn’t been planning to take another student teacher. Then Allan’s application showed up.

« They scanned through it … and they saw someone named Jamaal who played basketball, listed Muhammad Ali among his heroes and inspirations, and thought, ‘We could use some diversity here, so let’s bring this guy on, I think he’d be good for some of our younger minority male students,' » he says. « And, well, then I showed up. »

If someone argued that the only reason Jamaal Allan got the job was affirmative action — well, the joke would be on them.

The school got diversity with Allan, but not necessarily the kind they thought. Not many people can say they grew up between a commune and a llama ranch.

« They said we need more diversity, we need someone who resonates well and connects with some of the young male students here, » Allan says. « It may not have been because of how I look, but through actions, that was exactly what they got. »

On Allan’s first day of work, he showed up at school and introduced himself to one of the secretaries.

« And she said, ‘Oh, you’re Jamaal, I expected you were going to be’ — and there was a very long, very pregnant pause, » Allan recalls. « And the word she came up with was ‘taller.’ « 

« I just sort of chuckled and said, ‘Yeah, I get reactions like that a lot.’ « 

Voir aussi:

Ethnic minorities ‘will make up one third of the population by 2050’ as Britain’s melting pot continues to grow

One in four children under ten is already from a minority group
Over next few decades the proportion will soar, Policy Exchange says
Currently 14 per cent of the UK population are from ethnic minorities
James Chapman

The Daily Mail

5 May 2014

Britain’s black and ethnic minority communities could account for almost a third of the population by 2050, according to a report published today.

The number of people from minority groups could as much as double by then, it says.

One in four children under the age of ten in the UK is already from a minority group and over the next few decades the proportion will soar, according to think-tank Policy Exchange.

Currently, eight million people, or 14 per cent of the UK population, are from ethnic minorities. But they now account for 80 per cent of population growth, while the white population remains constant.

Experts predict that as a result, by the middle of the century between 20 per cent and 30 per cent of the population – up to 16million people – will be from a minority community, the report says.

Ethnic minority communities predominantly live in three main cities, with 50 per cent living in London, Manchester and Birmingham alone. They are seven times more likely to live in an urban area than someone who is white.

But over time, ethnic minorities will move out of deprived inner city areas and into suburbs and surrounding towns, echoing the way that white groups migrated in the past with the growth of the middle classes, the report predicts.

Ethnicities are increasingly mixing: one in eight multi-person households contains people from more than one ethnic group.

The report draws on survey, census, academic and polling data to build up a comprehensive picture of the five largest black and minority ethnic (BME) groups in the UK – Indian, Pakistani, Bangladeshi, Black African and Black Caribbean.

Indians are he largest minority group in the UK, with 1,412,958 people accounting for 2.5 per cent of the population. Britain is home to the second largest Indian population in the western world outside India, after only the US.

There are 989,628 Black Africans in the UK. They are the fastest growing of the main ethnic groups, and also the most diverse, coming from countries both inside and outside the Commonwealth.

There are 1,124,511 Pakistanis in the UK, 447,201 Bangladeshis and 594,825 Black Caribbeans.

Minorities account for only 5 per cent of the total over-60 population, but 25 per cent of those under ten. Almost 30 per cent of pupils in state primary schools and around 25 per cent of pupils at secondary schools are classified as being from a minority ethnic group.

‘With such a youthful age structure, it is likely the UK’s BME population will represent a larger proportion of the UK’s population over time,’ the report says. All groups except Indians have unemployment rates that are more than double the rate of the white population.

People from ethnic minority backgrounds also have a far stronger association with being British than the white population, the report says.

It argues that politicians should stop treating ethnic minorities as one homogeneous group and start appealing to the varied political views and concerns of non-white Britons.

Rishi Sunak, co-author of the report, said: The UK is now home to a melting pot of different cultures and traditions. These communities will continue to become an ever more significant part of Britain, especially in future elections.

‘However, ethnic minorities are not one homogeneous political group. From education to employment, housing to trust in the police, politicians from all parties must understand the different issues affecting individual communities.’

Voir aussi:

Que sont les statistiques ethniques ?
Musée de l’histoire de l’immigration

Un repérage ethnique des citoyens
Historiquement, le terme d’« ethnie » fait partie du vocabulaire de l’administration coloniale et des pays de ségrégation (l’Inde, par exemple) pour identifier et recenser les populations. L’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis de la ségrégation raciale l’ont également adopté. En France, les principes républicains se sont opposés au repérage ethnique ou racial des citoyens, à l’exception des lois de Vichy de 1940 sur le statut des Juifs.

Aujourd’hui, la réalité des « quartiers sensibles » et les phénomènes de discrimination raciste ont conduit à engager un débat public pour ou contre la constitution de statistiques ethniques.

Les arguments pour…
Les arguments favorables aux statistiques ethniques sont principalement :

L’exemple des pays anglo-saxons ;
La lutte contre les inégalités visant des catégories discriminées comme les Blacks ou les Beurs ;
La nécessité de prendre des mesures de « discrimination positive » pour réparer des inégalités persistantes.
… et les arguments contre
Les arguments contre la constitution de statistiques ethniques reposent sur :

Le lien historique entre ségrégation raciale et statistique ethnique ;
L’abandon du système par certains pays (les Pays-Bas, par exemple, ont mis fin à leur « politique d’émancipation des minorités ethniques ») ;
Le caractère arbitraire et réducteur de la définition « ethnique » ou « raciale » de catégories à part de population ;
Le « labelling » ethnique vise uniquement les situations de domination sociale, culturelle et politique ;
La catégorie ethnique renforce les phénomènes de discrimination et de victimisation par l’assignation identitaire à une origine ou une appartenance réelle ou supposée ;
L’ethnicisation se fait au détriment du bien commun, de l’intérêt général, de la communauté des citoyens et elle nie le métissage croissant des sociétés modernes.
Vers un « oui, mais » ?
Deux rapports récents (2007), du Haut Conseil à l’intégration (HCI) et de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), soulignent les dangers des statistiques ethniques mais posent les conditions de la mesure de la diversité en prenant en compte la question des discriminations.

En savoir plus : Avis au Premier Ministre du Haut Conseil à l’intégration (HCI) sur « Les indicateurs de l’intégration. Statistiques ethniques, enquêtes sur les patronymes, mesure de la diversité, baromètre de l’intégration », publié dans le Rapport 2007 du HCI ; et le rapport de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) du 15 mai 2007 sur la Mesure de la diversité et protection des données personnelles.

URL source: http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/que-sont-les-statistiques-ethniques
Liens:
[1] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/les-mots/qu-est-ce-qu-un-immigre
[2] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-evaluer-l-immigration-legale-en-france
[3] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-compte-t-on-les-immigres-en-france
[4] http://www.histoire-immigration.fr/2010/9/la-statistique-des-autres-compter-les-immigres-et-les-coloniaux
[5] http://www.strategie.gouv.fr/content/statistiques-ethniques
[6] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000077/index.shtml

Le retour du débat sur les statistiques ethniques
Pour aller plus loin
Comment lutter contre les discriminations ?
Chômage : discriminations sans frontières , Alternatives Economiques n∞ 251.
De la discrimination positive par Eric Keslassy
Démographie : Faut-il analyser les discriminations ?
Des CV anonymes pour lutter contre les discriminations
Des discriminations de mieux en mieux évaluées , Alternatives Economiques Hors-série n∞ 078.
Discrimination : des emplois bien français
Discrimination : la RATP ouvre ses portes
Discrimination : un phénomène très répandu
Discrimination positive et justice sociale par Simon Wuhl , Alternatives Economiques n∞ 265.
Discriminations : 4 % de Noirs en France , Alternatives Economiques n∞ 256.
Discriminations : contrôles au faciès ? , Alternatives Economiques n∞ 272.
Discriminations : la galère des jeunes issus de l’immigration , Alternatives Economiques n∞ 246.
Statistiques ethniques : la Cnil se prononce , Alternatives Economiques n∞ 259.
Statistiques ethniques : pro et anti s’affrontent , Alternatives Economiques n∞ 257.
À lire également
L’état de la mondialisation 2010
Sommaire du numéro

Climat : comment enrayer le réchauffement?
Sommaire du numéro

Menaces sur la reprise
Sommaire du numéro
Le député d’Evry Manuel Valls s’apprête à déposer une proposition de loi visant à autoriser les « statistiques ethniques ». Il relance ainsi un débat complexe, illustré par ces échanges entre la juriste Gwenaele Calvès, attachée au « principe de la cécité à l’origine », et le sociologue Robert Castel, qui plaide pour de telles statistiques pour combattre les discriminations…

Voir encore:

Ethnic minorities
Into the melting pot
The rapid rise of mixed-race Britain is changing neighbourhoods—and perplexing the authorities
The Economist

Feb 8th 2014

ZADIE SMITH, a novelist born to a black Jamaican mother and a white British father, recently recalled that when she was growing up in Willesden Green, a London district with a large immigrant population, “nothing could be more normal than a mixed-race girl”. The surprise, she said, was entering publishing and finding that people thought it unusual. Nobody could get that impression now: Britons are mixing at extraordinary speed.

The 2011 census revealed a country that is decreasingly white and British: England’s ethnic-minority population grew from 9% of the total in 2001 to 14%. But the biggest single increase was in the number of people claiming a mixed-ethnic background. This almost doubled, to around 1.2m. Among children under the age of five, 6% had a mixed background—more than belonged to any other minority group (see chart). Mixed-race children are now about as common in Britain as in America—a country with many more non-whites and a longer history of mass immigration.

As Britain’s mixed-race population swells, another group appears destined to shrink. The Labour Force Survey reveals that 48% of black Caribbean men and 34% of black Caribbean women in couples are with partners of a different ethnic group—with higher proportions still among younger cohorts. Black Caribbean children under ten years old are outnumbered two-to-one by children who are a mixture of white and black Caribbean.

Rob Ford of Manchester University points out that Caribbean folk are following an Irish pattern of integration, in that their partners are often working-class. The Irish parallel also suggests they will eventually be fully absorbed into the British population. Polls show that adults who are a mixture of white and black Caribbean tend to see themselves not so much as black, Caribbean or even as British, but rather as English—the identity of the comfortably assimilated.

Indians, who began arriving in large numbers in the 1960s, were slower to mix. They are now doing so—but along Jewish, rather than Irish, lines. For them, assimilation follows education: according to research by Raya Muttarak and Anthony Heath, Indians with degrees are far more likely to marry whites. Indians are not so much marrying into the white majority as into its suburban middle class, says Shamit Saggar at the University of Essex.

Their children are quietly transforming Britain’s suburbs and commuter towns. Whereas Asians are still concentrated in cities such as Leicester and in London boroughs like Tower Hamlets and Harrow, mixed Asian and white children are widespread (see maps). In Chiltern, an affluent commuter district in Buckinghamshire, 5% of children under five years old were mixed Asian and white in 2011—more than in most of London. Their parents may have met at university or while working in the capital. Within Birmingham, too, mixed Asian and white children are especially common in the largely middle-class white suburbs of Edgbaston, Moseley and Harborne.

Still warming up

Pakistanis and Bangladeshis mostly remain in cities, and are mixing more slowly. Just 8% of Pakistani men and 7% of Bangladeshi men in couples are with people of a different ethnic group, and the proportions for women are smaller. Oddly, older Pakistani men are more likely to have partners of another ethnicity, perhaps because many early migrants were single men. But even these groups are assimilating: another study finds that Pakistanis and Bangladeshis born in Britain are far likelier to socialise with whites than their parents were.

Britain’s newer minorities are blending into the larger population, too, but in ways that defy easy categorisation. Mixed black- African and white children are particularly common in working-class suburbs and commuter towns such as Croydon and Southend-on-Sea, possibly because black Africans are rarely tied to city centres through social-housing tenancies. They are also mixing with new immigrants from continental Europe. Most of the 21,000 children born to Polish mothers in 2012 had Polish fathers; but of the rest, 23% had African or Asian fathers.

Such esoteric partnerships can confuse the authorities. Last November the Home Office invited journalists to accompany officers on a raid of an apparent sham wedding between an Italian man and a Chinese woman in north London. After interrogating the bride, groom and guests, the officers emerged sheepishly to admit that the union was probably real.

As race becomes less clear-cut, schools, hospitals and police forces, which record people’s ethnic identity at almost every opportunity, will have to deal with more fragmented definitions. So too will researchers trying to measure racial injustices. Confusingly, police officers now record the ethnicity of the people they stop and search according to two separate systems: observed ethnic appearance (which does not include a mixed-race category) and self-identified ethnicity (which does).

Politicians in the habit of treating Britain’s ethnic groups as distinct “communities” will also have to adapt. The shrewder black and Asian politicians have already built power bases that do not depend on ethnic block votes (see Bagehot). Speeches such as the one made by Tony Blair in 2007 about the culture of black youth violence will look silly when so many black teenagers have white parents too. Crude racist politics, thankfully now rare in Britain, ought to become almost impossible as more white families acquire non-white members. Englishness, which has remained distinctly a white identity for many, may become less exclusive.

Most of all, the rise of mixed-race Britain shows that Britain is capable of absorbing even large numbers of newcomers. For the young, who are used to having people of all backgrounds in their midst, race already matters far less than it did for their parents. In a generation or two more of the melting pot, it may not matter at all.

Voir de plus:

The Numbers Guy
Estimates of Religious Populations Require a Bit of Faith
Carl Bialik
WSJ

Aug. 14, 2010

In the debate over a plan to build an Islamic center near Ground Zero in New York, one number has been elusive: the population of Muslims in the city. Commentators have cited figures that have been all over the map—from 600,000 in the city’s five boroughs to between 600,000 and 800,000 in Manhattan alone.

That is because no one knows for sure how many Muslims, or Jews, or Christians, live in New York or anywhere else in the U.S. The Census Bureau doesn’t ask Americans to disclose their faith, and the surveys and studies that attempt to fill in the gap come up with different numbers—particularly when it comes to relatively small religious groups. That leaves the U.S. behind much of the world when it comes to understanding the religious beliefs of its inhabitants, and has sparked controversy about the number of Muslims in the country.

These are important numbers because « religion is very consequential in how people see the world, view politicians, and view social, economic and even environmental issues, » says Barry Kosmin, a sociologist at Trinity College and a principal investigator with the American Religious Identification Survey, which has surveyed Americans about their faith three times in the past decade.

The Numbers Guy Blog
Elusive Numbers: U.S. Population by Religion
National censuses in at least 70 countries, including the U.K. and Canada, ask about religion, according to United Nations data. « The census question on religious affiliation is used to measure cultural and religious diversity in Canada, » Peter Frayne, spokesman for Statistics Canada, wrote in an email. It is used, among other things, to monitor discrimination, diversity and the need for faith-based schools, Mr. Frayne says.

The U.S. Census Bureau debated including a question on religion in the late 1950s and again in 1976. But each time it decided not to. The census director in 1976, Vincent P. Barabba, decided to exclude such a question, concerned that including it would lead to a controversy over the separation of church and state that could impede the bureau’s work. Later that year, Congress passed a law prohibiting mandatory questions about religion.

« It’s a tough trade-off, » says Mr. Barabba, who is now retired. « You want to collect everything that’s of interest in society. [However,] you want to be careful about which ones you ask. »

That opens the door for controversy about true population counts. There is particularly sharp disagreement about the U.S. Muslim population. Several surveys have arrived at figures of 2.4 million or lower. But Ibrahim Hooper, spokesman for the Council on American-Islamic Relations, says those surveys have « real weaknesses, » and cites an estimate of seven million. He referred further questions to Ihsan Bagby, associate professor of Islamic studies at the University of Kentucky.

Prof. Bagby surveyed mosques in 2000 to arrive at a figure of two million active Muslims, including those who attend religious services on high holy days. That suggests to Prof. Bagby a true count of about four million or five million in 2000, including those who identify as Muslim but don’t attend mosques. He has found the number of mosques has increased by more than 50% to 1,900 since 2000, though it is unclear if that reflects population growth or construction to address existing demand.

Columbia University researchers estimating New York City’s Muslim population a decade ago used a figure of five million to seven million for the national population in arriving at their count of 600,000—later revised to 700,000—because they figured, based on studies of mosque affiliation, that one in 10 American Muslims live in New York.

But general population surveys suggest a much lower number of Muslims. The American Religious Identification Survey asks simply, « What is your religion, if any? » In 2008, the survey found 1.3 million adult Muslims in the U.S.

That survey, though, may undercount non-Christian groups, because members of some such minority groups may be reluctant to respond. Also, the survey is conducted only in English and Spanish. Surveys that focus on non-Christian groups can help produce more statistically reliable results. For instance, a Pew survey in 2007 of American Muslims also conducted interviews in Arabic, Farsi and Urdu. The survey also drew respondents more heavily from places expected to have more Muslims to produce a greater sample size and learn more demographic details about the population. Then researchers weighted the results to correct for the oversampling.

This may have helped the survey arrive at a larger number of Muslims than many other polls: 1.4 million adults and 2.35 million total Muslims. Yet even this survey had shortcomings, for instance, not dialing cellphones, though many Muslims are young immigrants who may be more likely to eschew landlines, according to the Pew report.

Similar issues have afflicted efforts to count the number of American Jews. Jewish groups funded a survey a decade ago that found the total population was 5.2 million. Brandeis University researchers reanalyzed the data and found because of groups that were underrepresented in the survey, the true population likely was between six million and 6.4 million.

Not all religion researchers are interested in more reliable population counts. « I don’t think it matters that much, » says Daniel A. Madigan, associate professor of theology at Georgetown University. How people self-identify doesn’t indicate much about their involvement in the religion, nor attitude toward it. « The actual numbers don’t translate necessarily into anything else. »

Voir enfin:

Marine Le Pen dans le top 100 des personnalités les plus influentes
Le Point

22/04/2015

VIDÉO. La présidente du Front national et députée européenne a été distinguée par l’hebdomadaire américain « Time » dans la catégorie des « leaders » du monde.

La présidente du parti français d’extrême droite Front national Marine Le Pen, désignée par l’hebdomadaire américain Time comme l’une des 100 personnalités influentes du monde, a salué mardi la reconnaissance d' »un mouvement politique important qui monte ».

Cette distinction, « c’est un symbole qu’outre-Atlantique on considère que le Front national est un mouvement sérieux, un mouvement de gouvernement, et que peut-être dans quelques mois il y aura en France des changements importants », a expliqué Mme Le Pen en arrivant à la soirée de gala organisée à New York par le magazine Time en l’honneur de ces personnalités. « Comme je suis la seule représentante politique de la France, il était de bon ton que je sois présente », a ajouté Mme Le Pen, hélée par des journalistes à l’entrée du Time Warner Center, à quelques pas de Central Park.
« Leaders » du monde
Marine Le Pen a été placée par Time parmi les « leaders » du monde, une catégorie où figurent aussi les présidents américain, russe et cubain Barack Obama, Vladimir Poutine et Raul Castro, ainsi que le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la chancelière allemande Angela Merkel ou encore le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un. L’économiste français Thomas Piketty fait également partie des personnalités retenues, tout comme le pape François, la starlette Kim Kardashian ou encore le patron d’Apple Tim Cook.

Cette nomination a été l’occasion pour Mme Le Pen de passer quelques jours à New York, avant de se rendre à la soirée de gala accompagnée de son compagnon Louis Aliot. Vêtue d’une robe longue bleu nuit et d’une cape de velours noir, elle y a fait une arrivée remarquée sur tapis rouge, un peu après la styliste Diane von Fürstenberg, l’actrice Mia Farrow et le chanteur de country Tim McGraw, et avant la skieuse Lindsey Vonn ou encore l’actrice Julianne Moore.
Il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole »
« Je suis fière pour mon pays, je suis fière que les millions de Français qui font un choix différent de l’UMP et du PS soient présents un peu ce soir », a également déclaré Mme Le Pen. « Vous voyez la France des oubliés, ce soir, elle n’est pas oubliée. » Elle a assuré au micro de la radio Europe 1 qu’il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole » : « Il y a évidemment une partie des gens qui sont des artistes, mais il y a aussi une partie des gens dont la pensée influence le monde, dont les actes, dont les décisions influencent le monde, c’est ça qui m’intéresse au plus haut point », a-t-elle assuré.

Voir enfin:

Les statistiques « ethniques » : état des lieux, état des problèmes
Pierre-Yves Cusset
2006
Ce document de travail vise à faire le point sur l’état du droit et des pratiques en matière de statistiques « ethniques » ou « relatives aux origines ». On présente ainsi l’état du droit et des pratiques statistiques en France, afin de mettre en évidence les possibilités et les limites de notre système statistique, notamment en termes de mise au jour des différentes formes de discrimination et de ségrégation sur critères ethniques. La troisième partie du document est consacrée à la mesure de la discrimination indirecte et de la diversité ; quelques dispositifs de suivi statistique de la diversité ethnique, adoptés à l’étranger, y sont présentés.La collecte, le traitement et la diffusion de données sont ici comme ailleurs encadrés par la loi et régulés, au moins pour ce qui est de la statistique publique, par des instances garantes des principes déontologiques propres au métier de statisticien. On présente dans cette partie l’état du droit en matière de « données à caractère personnel » et de « données sensibles » (1.1.), tel qu’il ressort de la nouvelle loi Informatique et liberté du 6 août 2004 et de l’avis de la CNIL formulé en juillet 2005 sur la mesure de la diversité des origines par les employeurs. Puis, après un bref rappel historique relatif à la prise en compte des variables liées aux origines par l’appareil statistique français (1.2.), on dresse un tableau récapitulatif de la façon dont est prise en compte aujourd’hui la variable « origine » dans les grandes enquêtes de la statistique publique.L’état du droit• La rénovation de la loi Informatique et libertéLa loi du 6 août 2004, dont l’un des objectifs était de transposer la directive européenne 95/46 du 24 octobre 1995 sur la « protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation des données », a profondément remanié la loi Informatique et liberté de 1978.Le champ matériel de cette loi s’étend désormais à toute opération automatisée ou non (collecte, enregistrement, organisation, conservation, adaptation ou modification, extraction, consultation, utilisation, communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, rapprochement ou interconnexion, verrouillage, effacement ou destruction) portant sur des « données à caractère personnel », entendues comme « toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou par référence à un numéro d’identification ou à plusieurs éléments qui lui sont propres ».La loi retient une acception large de la notion de donnée à caractère personnel puisqu’elle précise que « pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de considérer l’ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou tout autre personne ». Autrement dit, sont visées toutes les données se rapportant à une personne identifiable, même par des moyens indirects.La loi subordonne, à son article 6, la collecte et le traitement de ces données à un certain nombre de conditions : − la loyauté et la licéité des traitements ; − le strict respect des finalités pour lesquelles les données ont été recueillies ; toutefois, des retraitements peuvent être réalisés ultérieurement à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique sous réserve qu’ils respectent les conditions de licéité, les formalités préalables à la mise en œuvre des traitements et les obligations imposées aux responsables des traitements et, enfin, s’ils ne sont pas utilisés pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ; − le caractère adéquat, pertinent et non-excessif du traitement au regard des finalités poursuivies ; − l’exactitude et la complétude des données ; − la durée limitée de leur conservation, proportionnée à la finalité du traitement.• Le cas des « données sensibles »La loi réserve un sort particulier aux données dites sensibles. L’article 8-I prohibe en principe toute collecte de « données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appar10 > Les statistiques « ethniques » : état des lieuxtenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci».Toutefois, cette règle souffre dix catégories d’exception qui tiennent soit à la finalité du traitement, soit aux conditions de collecte des données, soit encore à la nature de l’organisme qui réalise le traitement.Il s’agit : − des traitements de données sensibles pour lesquels la personne concernée a donné son consentement exprès (sauf dans les cas où un texte de niveau législatif prévoit que l’interdiction ne peut être levée) ; − des traitements portant sur des données ayant été rendues publiques par la personne concernée ; − les fichiers des associations et organismes à caractère religieux, philosophique, politique ou syndical (seules les données sensibles correspondant à l’objet de l’association peuvent être collectées, et ce uniquement pour les membres entretenant avec l’organisme des contacts réguliers) ; − des traitements nécessaires à la constatation, à l’exercice ou à la défense d’un droit en justice ; − des traitements nécessaires aux fins de médecine préventive, des diagnostics médicaux, de l’administration des soins ou de traitements ou de la gestion des services de santé, et mis en œuvre par un professionnel de santé ou par une autre personne tenue au secret professionnel ; − des traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine ; − des traitements de données de santé à des fins de recherche médicale ; − des traitements de données de santé pouvant faire l’objet « à bref délai », d’un procédé d’anonymisation reconnu conforme à la loi par la CNIL ; − des traitements statistiques réalisés par l’INSEE ou par un service statistique ministériel, après avis du Conseil national de l’information statistique (CNIS) ; − des autres traitements de données sensibles justifiés par l’intérêt public et autorisés par la CNIL ou par décret en Conseil d’État pris après avis de la CNIL.La CNIL veille avec une particulière attention au respect de ces dispositions, comme le montrent par exemple ses prises de position sur les traitements portant sur les patronymes (cf. encadré).• La position de la CNIL sur la mesure de la diversité des origines par les employeursLa CNIL a adopté lors de sa séance du 5 juillet 2005 une série de recommandations 2. Elle recommande aux employeurs de ne pas recueillir de données relatives à l’origine raciale ou ethnique, réelle ou supposée de leurs employés ou de candidats à l’embauche, même avec l’accord de ces derniers. La CNIL constate en effet qu’il n’existe ni référentiel national de typologies « ethnoraciales », ni indicateurs « ethno-raciaux » diffusés par la statistique publique qui pourraient servir aux employeurs de base de comparaison fiable (indicateurs nationaux ou par bassin d’emploi). La CNIL ajoute que l’adoption d’un tel référentiel est du ressort du législateur.La CNIL estime également que l’analyse de la consonance du nom ou du prénom, de la nationalité ou de l’adresse des personnes aux fins de classement dans des catégories « ethno-raciales » n’est pas pertinente, encore une fois en raison de l’absence d’un référentiel national de typologies « ethnoraciales » et en l’absence d’un lien fiable entre ces données et l’appartenance à une catégorie raciale ou ethnique déterminée.Elle autorise en revanche l’utilisation de données relatives à la nationalité et au lieu de naissance du salarié, données qui figurent dans les fichiers de gestion du personnel. L’employeur doit faire la déclaration d’un tel traitement des fichiers de gestion du personnel à la CNIL et en informer les employés. Toutefois, les statistiques produites ne doivent pas porter sur des groupes de moins de dix personnes afin de garantir l’anonymat et les fichiers de données individuelles constitués pour la réalisation de l’étude doivent être détruits à l’issue de la production des résultats statistiques.En revanche, les fichiers de gestion du personnel ne peuvent en aucun cas contenir, même au motif de mesure de la diversité, de données telles que la nationalité d’origine d’un employé ou d’un candidat à un emploi, de même que la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

Enfin la CNIL admet la réalisation d’enquêtes ad hoc par questionnaires anonymes. Par anonyme, il faut comprendre que le questionnaire ne doit pas permettre d’identifier directement (par le nom) ou indirectement (via un numéro, la désignation d’un poste particulier ou par recoupement d’informations) la personne qui y répond. Là encore, aucun résultat statistique ne doit concerner des groupes de moins de dix personnes. Les questionnaires individuels doivent être détruits à l’issue de la phase d’exploitation des réponses. Le recours à des questionnaires permet en revanche de recueillir et de traiter des données indisponibles (car interdites) dans les fichiers de gestion du personnel, et en particulier la nationalité d’origine de l’individu et la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

La prise en compte progressive des origines dans la statistique française : de la nationalité à l’« ethnicité »

L’émergence d’une forme de reconnaissance par la statistique des origines des individus s’est faite par étapes3. L’introduction dans le recensement d’une question relative à la nationalité des habitants remonte à 1851 (elle ne fut abandonnée qu’une fois, en 1856). La formulation de la question n’a pas varié entre 1871 et 1946. La nationalité est alors enregistrée en trois catégories : Français de naissance, Français par naturalisation (ou par « assimilation »), et étrangers. Si les étrangers doivent indiquer leur nationalité précise, les « naturalisés » ne doivent signaler que le caractère acquis de leur nationalité française. Ce n’est qu’en 1962 que leur nationalité antérieure leur sera demandée.

Pendant l’entre-deux guerres et jusqu’en 1946, à la lecture des tableaux publiés à partir des informations tirées du recensement, on note un vif intérêt pour la catégorie des « naturalisés », même si l’État français ne reconnaît pas de différences de statut entre citoyens français selon le mode d’acquisition de la nationalité. Il est vrai que l’importance numérique de cette catégorie a nettement augmenté depuis la fin du XIXe siècle : les naturalisés sont 202 000 en 1896, 517 000 en 1936 et 833 000 en 1946. L’information relative à la nationalité antérieure des naturalisés n’étant alors pas disponible, les services statistiques attribuent une « origine » aux naturalisés en fonction du lieu de naissance des individus, tout au moins pour ceux qui sont nés hors de France (c’est le cas de 85 % des naturalisés en 1931, mais de seulement 65 % en 1946). L’enregistrement des « Français par acquisition » et l’exploitation qui est faite de cette catégorie dans les tableaux de présentation du recensement répond déjà au besoin d’étudier l’assimilation des étrangers dans la population française.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les flux de population en provenance d’Algérie sont assez importants (le « stock » s’élève à 200 000 en 1954) pour qu’on lui réserve un traitement particulier. Le bulletin du recensement de 1954 ne permet pas de séparer les « Français d’Algérie » des « Français musulmans ». Cette dernière catégorie naît avec la loi organique du 20 septembre 1947 qui étend la citoyenneté française à l’ensemble des habitants d’Algérie mais qui continue à les distinguer selon leur statut (civil ou personnel). Pour reconstruire cette distinction, les services du recensement suivent une règle de chiffrement inédite : ils classent en « musulmans originaires d’Algérie » les personnes nées en Algérie ayant à la fois un nom et un prénom à consonance arabe ou berbère et en « Français de naissance originaire d’Algérie » ceux qui ont un « prénom chrétien ou israélite ». Le même principe de recours au nom et prénom est appliqué en 1962, alors même que l’Algérie vient d’accéder à l’indépendance. Les catégories décrivant les migrants d’Algérie distinguent cette fois « rapatrié français de naissance », « Français musulman ayant choisi de conserver la nationalité française », « Français musulman devenu Algérien ». Alors qu’en 1954, on cherchait à retrouver les catégories juridiques existantes, avec le recensement de 1962, le critère juridique semble donc s’effacer derrière le critère « ethnique ». Il faut attendre le recensement de 1968 pour retrouver une distinction par nationalité clarifiée.

La catégorie « immigrée », elle, ne se stabilise vraiment qu’au début des années 1990. La démographe Michèle Tribalat 4 a joué un rôle pionnier en recommandant l’usage d’un concept précis pour catégoriser la population immigrée, après que de nombreux travaux eurent montré les limites et les erreurs liées à l’usage exclusif de la nationalité pour traiter de questions relatives à l’immigration. La nouvelle catégorie, adoptée par le Haut Conseil à l’intégration en 1991, combine le lieu de naissance et la nationalité de naissance, les immigrés étant définis comme les personnes résidant en France, nées étrangères à l’étranger. La reconstitution de la catégorie « immigré » ne pose pas de véritable problème. Le plus souvent, on dispose directement du lieu de naissance et de la nationalité de l’individu. Si ce n’est pas le cas, on établit une catégorie plus ou moins proche en rassemblant les étrangers et les Français par acquisition.

Cela dit, la catégorie « immigré » reste insuffisante pour qui ne s’en tient pas à l’analyse de l’immigration mais s’intéresse aussi à la question plus vaste et de plus en plus prégnante des « relations interethniques ». L’étude de cette réalité suppose pour le moins de construire une catégorie « population issue de l’immigration ». Pour ce faire, et à condition de ne pas aller au-delà de la fameuse « seconde génération », ou « première génération née en France » pour reprendre la typologie de M. Tribalat, il faut disposer du lieu de naissance des parents. Or, avant l’enquête Etude de l’histoire familiale (EHF) de 1999, complémentaire au recensement, cette variable ne figurait dans aucune enquête à large échantillon 5.

Conscient de cette lacune, le Haut Conseil à l’intégration, dans son rapport de 1993, recommande le développement d’études sur des populations définies par leurs origines, à condition que l’utilisation des catégories d’origine soit réservée à des enquêtes spécifiques telles l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale réalisée par l’INED en 1992 en collaboration avec l’INSEE.

Hors ces enquêtes spécifiques, et avant l’enquête EHF de 1999, les démographes et autres statisticiens s’en sortent donc en « bricolant », tentant par divers moyens de surmonter le handicap lié à l’absence de catégorie statistique stable s’ajustant précisément à l’objet « seconde génération » (et a fortiori à « l’ethnicité »). Par exemple, dans l’étude de L.-A. Vallet et J.-P. Caille sur les « élèves étrangers ou issus de l’immigration », réalisée à partir du panel de la DEP, l’une des stratégies utilisées a consisté à construire une catégorie « groupe d’appartenance de l’élève » qui combinait la nationalité et le lieu de naissance de l’élève et la langue parlée à la maison 6.

Aujourd’hui, comme on va le voir maintenant, la question sur le lieu de naissance des parents tend à être plus fréquente dans les grandes enquêtes publiques.

Un exemple de refus par la CNIL d’un traitement reposant sur la constitution d’un échantillon à partir des patronymes

La CNIL a refusé d’autoriser la réalisation par la SOFRES, mandatée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), d’un sondage d’opinion par téléphone, à partir d’un échantillon résultant d’un tri sur les patronymes. Le refus tient à la méthode de collecte employée et non à l’objet du sondage qui consistait à « objectiver, mesurer et analyser l’état de l’opinion de la communauté juive de France ».

Pour effectuer cette enquête par téléphone, la SOFRES entendait constituer l’échantillon des personnes à interroger selon la méthode patronymique suivante : − identifier d’abord une liste d’environ 160 noms à consonance juive sur la base d’un Guide des patronymes juifs; − procéder ensuite à une sélection aléatoire, au sein du fichier des abonnés au téléphone, d’environ 15 000 personnes portant un des patronymes identifiés ; − tirer enfin, sur la base de cette liste, un échantillon de cinq cents personnes qui seraient interrogées par téléphone.

Lors de sa séance du 2 février 2006, la CNIL a estimé que, la constitution de l’échantillon des personnes à interroger reposant uniquement sur un tri par leur nom, le traitement ainsi mis en œuvre se heurtait au principe posé par l’article 8 de la loi Informatique et libertés d’interdiction de collecte ou de traitement de données faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques ou les appartenances religieuses des intéressés.

En l’espèce aucune des dérogations prévues par la loi ne pouvait être invoquée,

le consentement préalable des personnes concernées ne pouvant être recueilli. La CNIL a refusé par ailleurs d’autoriser le recours à un procédé d’anonymisation de la base d’exploitation des réponses par la SOFRES, jugeant que le traitement envisagé ne répondait pas aux conditions posées par l’article 6 de la loi aux termes duquel les données doivent être « adéquates, pertinentes et non-excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées ».

En effet, la CNIL conteste le postulat selon lequel les personnes ayant un nom figurant dans le Guide des patronymes juifs seraient présumées appartenir à la « communauté juive » et souligne les risques liés à une sélection de ce type.

Le CRIF et la SOFRES ont déposé une nouvelle demande d’autorisation le 21 mars 2006. Dans cette demande, les modalités de constitution de l’échantillon reposent sur l’établissement d’une liste des 50 noms juifs les plus fréquents parmi le fichier des 50 000 donateurs de l’Appel Unifié Juif de France qui devait servir ensuite de base à la sélection aléatoire au sein du fichier des abonnés au téléphone portant l’un des 50 patronymes juifs sélectionnés.

La CNIL a également refusé d’autoriser cette étude en considérant que, même dans ces conditions, la méthode de sélection par le nom n’était pas admissible, l’établissement d’un lien entre un nom et l’appartenance à la communauté juive restant contestable dans son principe.

Source : http://www.cnil.fr

2. Ces recommandations sont consultables sur le site de la CNIL : http://www.cnil.fr.

3. Ce paragraphe s’appuie essentiellement sur SIMON P. (1998), « Nationalité et origine dans la statistique française », Population, n° 3, p. 541-568. On ne traite pas ici du cas particulier de la statistique coloniale. Pour approfondir la question, on pourra se reporter à RALLU J.-L. (1998), « Les catégories statistiques utilisées dans les DOM-TOM depuis le début de la présence française », Population, n° 3, p. 589-608, ou bien à KATEB

K. (1998), « Gestion statistique des populations dans l’empire colonial français : quelques éléments relatifs à l’histoire des populations d’Algérie (1830-1960) », Histoire & Mesure, vol. 13, n° 1-2.

4. TRIBALAT M. (1989), « Immigrés, étrangers, Français : l’imbroglio statistique », Population et Sociétés, n° 242, p. 17-29.

Voir par ailleurs:

La bombe migratoire
Régions
Marianne Payot

L’Express

01/12/2005

François Baroin n’a pas été pris au dépourvu. En évoquant, dès le mois de juillet, lors d’une visite à Mayotte, puis deux mois plus tard dans Le Figaro Magazine, l’éventualité d’une remise en question du droit du sol «pour certaines collectivités d’outre-mer», le ministre (UMP) de l’Outre-Mer savait qu’il allait déclencher une polémique. Ou tout du moins l’espérait-il? «Ce débat, je l’ai voulu, explique-t-il aujourd’hui, il était indispensable et volontairement provocateur. Comme toutes ces collectivités sont loin, il faut parler fort.»

L’enjeu d’une telle fronde? Les flux d’immigration considérables qui touchent en premier lieu Mayotte et la Guyane, où 1 habitant sur 3 serait un étranger. Mais aussi la Guadeloupe, en proie, depuis deux ans, à un afflux massif d’Haïtiens. «Si l’on avait dans l’Hexagone un même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins, souligne le ministre, chiraquien dans l’âme. L’outre-mer avait besoin d’un message clair et rassurant de la France.» D’où, en guise de ballon d’essai, ses propos iconoclastes. Cela dit, Baroin sait parfaitement que la – difficile – acquisition de la nationalité française n’est pas, de loin, l’unique moteur de l’immigration ultramarine. Un enfant né en France de parents étrangers ne peut en effet obtenir la nationalité française qu’à sa majorité (ou, par anticipation, à partir de 13 ans) et à condition qu’il vive encore en France et que ses parents et lui-même le réclament.

Autant de démarches longues et compliquées, impraticables par la plupart des Comoriens qui déferlent sur l’ «île aux parfums» (Mayotte) et par les Haïtiens, Dominicains, Brésiliens, Surinamiens? qui «investissent» les départements français d’Amérique (DFA). «Seul un millier de « nos » étrangers ont acquis la nationalité française», rappelle le président (PSG [Parti socialiste guyanais]) du conseil régional, Antoine Karam. «En fait, affirme Victorin Lurel, son homologue PS de Guadeloupe, plutôt que le droit du sol, qui a eu la vertu d’émanciper les esclaves, c’est le droit du sang qui devrait être remis en cause. Ou, en tout cas, mieux encadré: il faut sanctionner les paternités fictives.»

La «faute originelle» de ces collectivités? Constituer de – relatifs – îlots de prospérité dans des environnements plus que sinistrés. Ainsi de l’île de Mayotte, confetti de 374 kilomètres carrés perdu dans l’océan Indien – la Réunion est à 1 500 kilomètres! – mais toute proche de ses «s?urs» de l’Union des Comores, l’un des Etats les plus pauvres de la planète. De même la Guyane peut-elle «s’enorgueillir» de détenir un PIB par habitant de cinq à dix fois supérieur à celui de ses voisins, le Brésil et le Suriname. Quant à Haïti, à l’économie exsangue et à l’instabilité politique chronique, il voit essaimer ses misérables ressortissants tout à la fois en Guyane et aux Antilles.

Pour enrayer cette volumineuse immigration économique et sociale, le premier réflexe voudrait qu’on empêche ces visiteurs d’entrer dans l’ «eldorado» français. Une tâche guère aisée: des centaines d’embarcations – les kwassa-kwassa à Mayotte (lire l’article Mayotte : marée humaine ) et les saintoises en Guadeloupe – déversent nuitamment leur lot de boat people sur les côtes des îles, tandis qu’en Guyane les? 3 000 kilomètres de frontière – de fleuves et de forêt – sont franchis allègrement par les clandestins hors des points de contrôle. Une porosité qui fait la joie des passeurs: l’Haïtien en proie au rêve guadeloupéen devra ainsi débourser environ 2 500 dollars, comprenant l’acheminement en voiture jusqu’à Saint-Domingue, puis l’avion pour la Dominique et, enfin, le bateau vers Grande-Terre. L’Anjouanais, lui, s’acquittera de 150 à 200 dollars pour franchir les 70 kilomètres du lagon et gagner Mayotte. A ses risques et périls: 200 personnes meurent chaque année dans «le plus grand cimetière de l’océan Indien», selon l’expression de Mansour Kamardine, le député (UMP) de l’île.

C’est à ces réseaux que tente donc de s’attaquer la police aux frontières (PAF) des différentes collectivités. «Nous en avons démantelé 33 en un an», annonce fièrement le commissaire Garcia, de Guyane. Mais le pain quotidien de ses 224 hommes, ce sont les interpellations dans la rue (baptisées prosaïquement «ramassage»), auxquelles s’adonnent également les gendarmes – spécialisés notamment dans la lutte contre l’orpaillage clandestin – puis les reconduites à la frontière. Une mission facilitée par le régime «d’exception» qui prévaut ici, tout comme à Saint-Martin (et dont tous les élus de Guadeloupe réclament à cor et à cri l’extension à l’archipel entier): depuis 1993, en effet, les arrêtés de reconduite ne peuvent plus faire l’objet de recours suspensifs et les contrôles d’identité peuvent s’effectuer dans un périmètre de 20 kilomètres au-delà des frontières.

Aussi suffit-il, pour faire du «chiffre», d’aller, par exemple, faire un tour du côté du marché de Saint-Laurent-du-Maroni, la ville frontière de l’Ouest guyanais. On y trouve nombre de Surinamiens qui seront embarqués le soir, avec le sourire, de l’autre côté du fleuve? D’où ils reviendront très vite, afin de vendre, côté français, quelques épices, de visiter un proche ou encore de se faire soigner (lire l’article Guyane : bousculade à la maternité ) – une réalité tellement ubuesque que les autorités recherchent actuellement une solution originale. Les autres (Brésiliens, Haïtiens, Péruviens, Chinois…) séjourneront, eux, au centre de rétention administrative (CRA) de Cayenne. Vétuste, surchargé, il devrait, Nicolas Sarkozy vient de l’annoncer, être agrandi l’année prochaine. Tout comme celui des Abymes, en Guadeloupe, beaucoup plus décent, mais dont les 20 places se révèlent souvent insuffisantes.

Parallèlement, la France s’agite sur le front diplomatique, afin de multiplier les accords de réadmission. Car les Etats ne sont pas toujours prompts à accepter le retour de leurs ouailles ni à favoriser le transit sur leur territoire de ressortissants étrangers. Après le Brésil en 2001 et le Suriname fin 2004, c’est avec la Guyana que le Quai d’Orsay, épaulé par le ministre délégué au Tourisme, Léon Bertrand, par ailleurs maire (UMP) de Saint-Laurent-du-Maroni, s’efforce de poser des jalons. Un accord d’autant plus nécessaire que les Guyaniens jouissent ici d’une mauvaise réputation, souvent justifiée (ils représentent près de 28% de la population carcérale de Cayenne).

«Nous avons créé lors de ma visite, fin octobre, un climat de confiance, qui devrait, à terme, déboucher sur l’installation d’un consulat, souligne, satisfait, Bertrand. Avec des contreparties, bien sûr, comme l’aide à la formation de leur police, confrontée à une forte criminalité et au trafic de drogue.» C’est ce même principe de donnant-donnant qui régit les négociations conduites ces jours-ci avec la Dominique, plaque tournante de l’émigration vers l’archipel guadeloupéen. Pour Haïti, gros «exportateur» de clandestins, c’est Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération et prédécesseur de François Baroin, qui est montée en première ligne en septembre. Dans le dessein d’aider financièrement le pays afin de fixer, à terme, les Haïtiens sur leur terre.

Tournant identitaire
Pourquoi un tel branle-bas de combat? Par peur de désordres sociaux. Rien à voir avec nos banlieues – durant les trois semaines d’émeutes en métropole, l’outre-mer est restée remarquablement calme. On craint, en revanche, les mouvements d’humeur de citoyens, qui se multiplient çà et là. A Mayotte, ce sont plusieurs milliers de Mahorais qui descendent dans la rue pour manifester contre l’immigration; en Guadeloupe, une pétition, diligentée par une petite radio surfant sur la xénophobie, a recueilli 40 000 signatures enjoignant notamment aux autorités d’endiguer l’ «invasion étrangère». En Guyane, enfin, un collectif dit «des mille lettres» déverse son courroux sur les ondes et dans les squats – qu’il n’hésite pas évacuer manu militari.

L’immigré, responsable de tous les maux: chômage, délinquance, carence de logements… L’antienne n’est pas nouvelle. «Nous sommes à un tournant identitaire, explique Christiane Taubira, députée (PRG) de Guyane, car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.» Même son de cloche du côté d’Antoine Karam, qui pointe, par ailleurs, les défaillances de l’Etat en termes d’aménagement du territoire et de lutte contre les occupations illégales, tout en s’inquiétant d’une Guyane «en voie de palestinalisation» – en clair, des communautés vivant séparées sur un même territoire.

A 1 500 kilomètres de là, le Guadeloupéen Victorin Lurel en appelle à une véritable coopération avec Haïti, la Dominique et Antigua-et-Barbuda. L’autre député de gauche de l’archipel, Eric Jalton, craint pour sa part les débordements: «Le jour où un Haïtien violentera une Guadeloupéenne, cela mettra le feu aux poudres!» «Le Haïtien est tout sauf une racaille, proteste André Théodore, délégué général de l’association de Haïtiens Tèt Kole, affolé par l’anathème jeté sur ses 13 000 compatriotes légaux de Guadeloupe. Il est dans le besoin, mais pas dans la violence. Son problème, c’est de trouver du travail.»Et du travail, il en trouve. Déclaré ou pas. Sur les champs de canne à sucre, dans les bananeraies, sur les chantiers? Car ici, comme partout, règne une bonne dose d’hypocrisie. On crie à l’invasion et on emploie, au noir et pour 30 euros par jour, une main-d’?uvre malléable à souhait. «Vous avez aussi des marchands de sommeil qui louent des taudis 800 euros la semaine», s’indigne Gérald Coralie, président de la Ligue des droits de l’homme. Dieunie Fanfan, consul d’Haïti aux Antilles, ne sait plus où donner de la tête. Avec ses maigres moyens, elle doit s’occuper de sa communauté, épauler les plus démunis, s’escrimer pour donner une image moins dramatique de son pays? Choquée par les rabatteurs de Port-au-Prince qui rackettent les candidats à l’exil à coups de 3 000 dollars le faux passeport, elle exhorte ses concitoyens à ne plus tenter l’aventure.

L’accalmie, c’est ce que souhaitent aujourd’hui tous les protagonistes, afin d’éviter les drames. Ici, en outre-mer, une nouvelle politique d’immigration est à inventer. La paix sociale est à ce prix.

Voir enfin:

Questions internationales (1)
Les territoires français d’outre-mer s’alarment de l’afflux d’immigrés clandestins

Jean Piel

RFI

20/04/2007

(MFI) Alors que l’immigration est l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale en France, deux collectivités d’outre-mer – la Guyanne et Mayotte – comptent plus de 20 % de clandestins. Le renforcement des contrôles de police depuis 2005 n’a pas inversé la tendance. Dirigeants politiques locaux et population dénoncent ce qu’ils considèrent être un facteur de chômage et d’insécurité, mais profitent aussi de ces clandestins.

Quelle est l’importance de l’immigration clandestine en Guyane et à Mayotte ?

La scène se répète plusieurs fois par jour. Dissimulés sous les branchages de l’épaisse végétation, des gendarmes surveillent le fleuve Maroni qui sépare la Guyane du Surinam. Dès qu’une embarcation accoste sur la rive française du fleuve, ils interviennent. La plupart du temps, il s’agit d’un clandestin qui sera immédiatement refoulé… Avant de retenter sa chance quelques heures plus tard.
A 15 000 kilomètres de là, sur l’île de Mayotte dans l’océan Indien, le scénario est le même. Quotidiennement, les forces de l’ordre envahissent le bidonville de Cavani et arrêtent les immigrés comoriens qui n’ont pas eu le temps de s’enfuir dans la forêt voisine. Ils seront expulsés le soir même sans autre forme de procès vers Anjouan, la plus proche île de l’archipel des Comores indépendantes.
Depuis plusieurs années, les collectivités françaises d’outre-mer – Guyane et Mayotte en tête – sont confrontées à un afflux d’immigrés clandestins. En Guyane, on estime leur nombre à 35 000, soit 20 % de la population ; 59 % de ceux arrêtés sont des récidivistes. Ces immigrés viennent en majorité du Surinam, du Guyana et du Brésil.
Le constat est le même à Mayotte où les clandestins sont estimés à 50 000, soit le tiers de la population. Tous viennent des Comores, distantes de 80 kilomètres par la mer. « Mayotte est devenu le premier port d’entrée de clandestins en France », s’alarme Ali Souf, le président de l’association des maires de l’île. Comme le déclarait en 2005 François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer et aujourd’hui ministre de l’Intérieur : « Si l’on avait en métropole le même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins. »

Comment expliquer cette immigration clandestine ?

Par la ruée vers l’or, au sens propre comme au figuré. Au sens propre puisque environ 7 000 clandestins en Guyane sont des orpailleurs qui travaillent dans les mines d’or ou cherchent un filon en solo. Au figuré, dans la mesure où ces collectivités françaises d’outre-mer représentent des îlots de prospérité au milieu de régions sinistrées et instables politiquement. Ainsi le PIB par tête de la Guyane est 5 à 10 fois supérieur à celui de ses voisins brésilien, surinamais ou haïtien. Les possibilités d’y trouver un petit boulot sont nombreuses, comme vendeur à la sauvette ou domestique. « Je suis exploité, mais au moins je suis payé. J’ai été expulsé 7 fois ; je suis prêt à l’être encore 20 fois car je n’ai pas d’autres choix que de travailler en Guyane pour nourrir ma famille », témoignait dans Le Monde un Brésilien employé dans une exploitation agricole.
Si la Guyane abrite la base spatiale de Kourou et 200 entreprises associées, ce n’est pas le cas de Mayotte, région peu industrialisée, qui vit de la pêche et de l’agriculture. Néanmoins, Mayotte est nettement plus riche que les Comores dont l’économie est en ruine, qui ne sont pas autosuffisantes au plan alimentaire et dépendent de l’argent envoyé par la diaspora. Le PIB par tête est de 500 dollars par an aux Comores et de 4 000 dollars à Mayotte.
Certains observateurs expliquent aussi cette immigration par un facteur culturel. Ainsi la Guyane accueille des habitants de nombreuses origines pour lesquels la notion de frontière serait relative. On peut citer les Créoles, les Amérindiens, les H’mongs (d’origine laotienne), les Békés… Pour sa part, Mayotte est la seule île de l’archipel à avoir choisi de rester française lors du référendum d’autodétermination de décembre 1974 ; les trois autres îles ont opté pour l’indépendance. Mais jusqu’en 1993, les Comoriens pouvaient facilement s’installer à Mayotte. Cette année-là, le gouvernement d’Edouard Balladur a instauré un sauf-conduit spécial pour entrer sur l’île aux parfums, comme on surnomme Mayotte. « Les Comoriens ont toujours voyagé librement d’une île à l’autre. Ce visa fait de nous des étrangers dans notre archipel. Pour nombre d’habitants d’Anjouan ou de Mohéli, la notion de visa est difficile à comprendre, tout comme ils font mal la différence entre un Mayotte français et des îles indépendantes. Pour eux, c’est leur territoire », s’insurgeait un clandestin interviewé par Le Journal de la Réunion.
Mais l’argument culturel laisse dubitatif ceux qui vivent dans les DOM-TOM. Selon eux, les clandestins savent ce qu’est un visa et ont conscience du potentiel économique de Mayotte et de la Guyane. Ils sont séduits par le meilleur niveau de protection sociale qu’offrent les collectivités françaises. Même si le revenu minimum d’insertion (RMI) n’a pas cours à Mayotte. Avec 7 600 naissances par an, la maternité de Mamoudzou – capitale de Mayotte – est la première de France ; 80 % des mères sont en situation irrégulière. Même cas de figure à Maripasoula, un gros bourg sur les rives du fleuve Maroni, en Guyane, où l’on compte 4 457 habitants, mais 18 000 dossiers médicaux au dispensaire. Quant aux écoles, elles sont surchargées et comptent en moyenne 40 % d’élèves étrangers. « En ayant un enfant né en France ou qui y est scolarisé, le but des parents est d’obtenir un titre de séjour, puis la nationalité grâce au droit du sol », accusent les partisans d’un contrôle strict de l’immigration. « N’exagérons rien. Moins de mille étrangers enregistrés à Cayenne ont obtenu la citoyenneté française depuis dix ans. Et on ne peut pas reprocher à une mère de vouloir accoucher dans les meilleures conditions ou de faire soigner au mieux sa famille », réplique Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane.
Ce flux migratoire est évidemment facilité par la géographie. La Guyane compte 3 000 kilomètres de frontière, souvent noyés au milieu de la forêt amazonienne. Un simple fleuve la sépare du Brésil et du Surinam. Il serait illusoire de vouloir tout contrôler, même si les moyens de la gendarmerie ont été renforcés depuis 2005. Quant aux 80 km d’océan entre Mayotte et les Comores, les patrouilles maritimes ne peuvent pas en assurer une surveillance totale. Les candidats à l’exode embarquent de nuit sur de frêles embarcations, des kwassa kwassa, malgré les risques encourus. Depuis 1995, plus de 1 000 Comoriens se sont noyés, faisant de ce bras de l’Océan Indien l’un des plus grands cimetières maritimes au monde.

Comment ces immigrés clandestins sont-ils accueillis par la population locale ?

« La xénophobie est croissante en Guyane. Jusqu’à présent, cela n’a pas dégénéré. Mais je redoute le jour où les Guyanais décideront de faire justice eux-mêmes. L’Etat doit rétablir son autorité sur le territoire ». Cette déclaration de Jean Cesto, conseiller municipal de Matoury, résume l’opinion d’une grande partie de la population. Les immigrés clandestins ne sont pas les bienvenus. Le sentiment est le même à Mayotte où plusieurs manifestations rassemblant des milliers de Mahorais ont réclamé l’arrêt de « l’invasion étrangère ». Dans les deux régions, des milices musclées ont incendié des squatts occupés par des clandestins.
Les immigrés sont accusés de tous les maux : insécurité, chômage, carence des logements… Le refrain est connu. Mais dans des régions où les clandestins sont effectivement nombreux, il prend un relief particulier. D’autant qu’à Cayenne comme à Mamoudzou, le taux de chômage dépasse les 26 %. En matière de délinquance, les DOM-TOM connaissent des chiffres plutôt faibles. Sauf la Guyane, où les statistiques sont dignes de celles de la région parisienne. Et 28 % des détenus pour vols ou agressions sont originaires du Guyana. Pire : on a enregistré, en 2006, 84 meurtres (souvent des règlements de compte entre orpailleurs) pour 200 000 habitants alors que Paris – 2,1 millions d’habitants – n’a connu la même année que 52 assassinats. « Les classes sont surchargées et le niveau baisse. Les hôpitaux n’arrivent plus à faire face à l’afflux de patients. Les rues sont peu sûres et l’emploi manque. Tout ça à cause des clandestins », entend-t-on, de façon quelque peu simpliste, à Cayenne et Mamoudzou.
Les élus ne sont pas en reste, quelle que soit leur affiliation politique. Réunis en congrès en novembre dernier, les maires de Guyane, de Guadeloupe et de Mayotte ont réclamé un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. « Pour éviter qu’un jour la situation ne devienne incontrôlable et que des violences contre les étrangers ne dégénèrent », se sont-ils justifiés. « Ici, l’immigration est un thème électoral majeur. C’est à celui qui montrera le plus de fermeté. Personne n’exprime de problèmes de conscience face à des situations de détresse comme en métropole. Les électeurs approuvent le durcissement des lois contre les immigrés, et ils sont peu nombreux à se dire choqués quand des milices organisent des battues contre les clandestins », reconnaît Ali Souf, le président de l’association des maires de Mayotte. Le discours est le même en Guyane où nombre d’élus ont approuvé, en juillet 2005, la proposition de François Baroin de remplacer, dans les DOM-TOM, le droit du sol par le droit du sang (voir article ci-joint). « Si cette proposition contribue à soulever le dossier de l’immigration en Guyane, tant mieux. Peu importe le tollé qu’elle a provoqué. Je suis prêt à inviter mes amis du Parti socialiste et de SOS-Racisme à venir deux mois en Guyane au lieu d’y passer 48 heures », avait alors déclaré Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane, pourtant membre du PS.
Ce même Antoine Karam a récemment dénoncé une « palestinisation de la région », évoquant le repli des communautés sur elles-mêmes. La crainte de perdre son identité s’exprime de vive voix. « Les enfants comoriens susceptibles d’acquérir la nationalité française par le droit du sol seront bientôt plus nombreux que les Mahorais », s’alarme Ali Souf. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », lui répond en écho Christiane Taubira, député et membre du Parti radical de gauche.
Evidemment les immigrés clandestins trouvent des défenseurs. A l’instar de l’avocat guyanais Gérald Coralie : « Les gens crient à l’invasion, mais emploient des clandestins comme jardinier ou domestique pour 20 euros par jour. Des marchands de sommeil louent des taudis 800 euros par mois. C’est le règne de l’hypocrisie. » Quant à Ali Souf, il n’a pas de mots assez durs contre « ceux qui se plaignent mais font construire leur maison dix fois moins cher par des Comoriens, puis les dénoncent à la police une fois les travaux effectués ». Un ancien commandant de gendarmerie se rappelle de « ces Guyanais qui vont acheter illégalement du poisson au Brésil pour le revendre sur le marché de Cayenne, puis se plaignent de la concurrence déloyale des clandestins ».
Du côté des politiques, on souligne que les écoles surchargées et les hôpitaux débordés tiennent aussi au manque d’investissement de l’Etat français dans les infrastructures. La conclusion revient à Daniel Bergeron, conseiller général UMP de Guyane : « Il est certain que les immigrés clandestins posent un problème et sont trop nombreux. Il est tout aussi certain qu’on a fermé les yeux pendant des années et que beaucoup en profitent. Mais bien malin celui qui arrêtera l’immigration en Guyane. Même en durcissant les lois, les clandestins ont trop intérêt à être là tant que la région d’où ils viennent sombrent dans la misère.

COMPLEMENT:

‘I’m a white guy with a black name’: Caucasian Oregon man given Arabic name by parents says he has suffered a lifetime of prejudice 
Jamaal Allan revealed most people are surprised that he’s white
He said his name seemed to get him selected for an airport security check
Most waiting staff, he said, hand his debit card to one of his black friends
Ted Thornhill

The Daily Mail

7 May 2015

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian
A white man called Jamaal Allan has revealed how his name has led to him being racially stereotyped throughout his life.

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian.

He said that one of the most common responses to his name is ‘I never would’ve guessed your name was Jamaal’.

In a blog post he aired his thoughts on this, writing: ‘Really, are you frequently good at guessing people’s names?’

Another reaction to his name, he said, is ‘you don’t look like a Jamaal’. He asked in response: ‘And how exactly does one look like a name?’

He wrote that some people, after meeting him, say ‘I thought you’d be…’ and then pause with ‘a sudden realization they are on the verge of sounding racist’, before finding a word such as ‘taller’ or ‘older’ to end the sentence with.

Others are outright racist.

He explained that at a high school soccer game he was called ‘a white man with a horrific racial expletive deleted name’.

And his name once appeared to get him selected for a random security check while on a trip to London in 2002, as the others picked out by officials were called Muhammad, Abdul and Tariq.

He also explained that waitresses and waiters usually hand his credit card back to a black person at his table when he’s dining out.

His name, which means ‘beauty’ in Arabic, did have one very positive effect on his life, though – because it landed him his teaching job at Des Moines, Iowa.

Jamaal said: ‘The principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job…

‘They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up. But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity.’

He told NPR recently that his dad was a fan of the Los Angeles Lakers basketball team and that he was named after one of their players, Jamaal Wilkes.


Polémiques Reynié-Cukierman: Ils ont dit la vérité, ils doivent être exécutés (French researcher and community leader castigated for spilling the beans on the reality of Muslim and leftist antisemitism)

25 février, 2015

Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Le Président de la République condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye. Il dénonce l’appel au meurtre et à la haine religieuse des terroristes. Il exprime sa préoccupation face à l’extension des opérations de Daech en Libye et rappelle la détermination de la France et de ses alliés à lutter contre ce groupe. Le Président de la République présente ses sincères condoléances au peuple égyptien et s’associe au deuil national que le président Sissi a décrété en République Arabe d’Egypte. François Hollande (commuiniqué de l’Elysée, 15.02.15)
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Je pense qu’à partir du moment où un mouvement d’extrême droite fait 45% et professe la haine de l’autre ce n’est pas anodin. (…) Il faut bien comprendre qu’à partir du moment où l’on stigmatise tel ou tel dans la vie, dans la société, eh bien, ça se termine comme ça. Jean-Christophe Cambadélis
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit ! L »‘islamo-fascisme » cautionné par Roger Cukierman, c’est une « terminologie d’une autre siècle et d’autres horizons que les nôtres. Dalil Boubakeur
Considérer que toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulman sont des déclarations irresponsables et inadmissibles quii contreviennent au principe même du vivre ensemble. Communiqué du Conseil français du Culte Musulman (CFCM)
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen. Daniel Schneidermann
Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère. Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».(…) Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ». Daniel Schneidermann
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar. S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. Bruno Le Maire
Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes. On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad. Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat. (…) Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique. Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer… (…) L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Luc Rosenzweig
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. Michel Gurfinkiel
Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès (…) Aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français. Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (…). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël. Lucien Oulahbib
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Roger Cukierman (…) n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans (…) Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir. (…) Le CRIF (…) paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste (dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! Gilles-William Goldnadel 

Attention: un scandale peut en cacher un autre  !

A l’heure où contre les clients d’une épicerie parisienne « tués au hasard » de Barack Obama et les « Egyptiens égorgés » de François Hollande …

Nos djihadistes ne savent plus quoi inventer pour démontrer l’origine religieuse de leurs barbaries …

Pendant qu’en France comme Grande-Bretagne et sans compter le double jeu de nos prétendus amis saoudiens et qataris, il semble bien que contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, ce soit non l’incitation du FN que les attaques djihadistes comme les déchainements de violence verbale des manifestations anti-israéliennes qui entrainent les regains d’actes antisémites …

Et qu’un chercheur et un responsable communautaire se voient mis au pilori pour avoir, dix ans après le Rapport Rufin, rappelé l’évidence …

A savoir la surreprésentation des musulmans dans les violences intercommunautaires …

Comme, sans compter le quitus ô combien coupable accordé sur ce point précis à la présidente du FN, celle des Français d’origine musulmane et des proches de l’extrême-gauche dans les opinions antisémites …

Comment ne pas se demander avec le journaliste de radio Brice Couturier …

Si ce n’est pas « parce que le nouvel anti-judaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité » ?

Et ne pas voir, avec l’avocat Gilles-William Goldnadel, le vrai scandale que « de tels propos puissent faire encore scandale » ?

Goldnadel : le scandale est que les propos de Cukierman fassent encore scandale !
Propos recueillis par Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
24/02/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN- L’avocat Gilles-William Goldnadel réagit aux polémiques provoquées par les déclarations de Roger Cukierman sur le Front National et les musulmans. Il revient sur le dîner du Crif.

Gilles- William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Il tient une chronique hebdomadaire sur FigaroVox.

Le diner du Crif a provoqué une sérieuse polémique entre Roger Cukierman et le CFCM. M. Boubakeur a-t-il eu raison de ne pas se rendre au dîner? Roger Cukierman a-t-il eu tort de pointer du doigt les musulmans?

Il me semble que Roger Cukierman avait pris la précaution de préciser que les jeunes musulmans visés étaient ultra minoritaires. Dès l’instant ou il n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans – et dans les circonstances actuelles, la décision de M. Boubakeur est déplorable et étonnante venant d’une personnalité aussi respectable.

En ce qui concerne l’antisémitisme Marine Le Pen est elle selon vous «irréprochable» comme l’a dit Roger Cukierman?

Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir.

Depuis qu’elle est présidente du FN , Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père , elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah.

François Bayrou refuse de s’y rendre, le FN n’y est jamais invité, Nicolas Sarkozy y est resté une demi heure…Ce qui devait être un dîner de rassemblement n’est-il pas devenu un rendez vous politicien et même polémique?

Je ne me rends plus aux dîners du CRIF depuis trois ans. Celui-ci paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste ( dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! J’ai toujours dit a Roger Cukierman: «ou tous les extrêmes ou aucun!»… Quand on est incohérent et louvoyant, on le paye. La facture est arrivée.

Voir aussi:

A nouveau, l’antisémitisme tue en France 
Brice Couturier

France Culture

23.02.2015

Après la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem par le général romain Titus, fils de l’empereur Vespasien, en l’an 70 de notre ère, et l’extermination d’un quart de la population vivant alors en Palestine, les Juifs survivants furent dispersés aux quatre coins de la Méditerranée. Comment un peuple peut-il survivre à 19 siècles de dispersion, « comme autant de fines gouttelettes d’huile sur les eaux profondes des autres civilisations », selon l’expression de Fernand Braudel ? Par quel miracle, a-t-il ensuite réchappé à l’entreprise d’extermination hitlérienne ? Puis à son expulsion, au cours des années 50 et 60, des pays arabes où les Juifs vivaient depuis des siècles ? Shmuel Trigano a une explication : les Juifs sont à la fois un peuple et une église – le judaïsme. Ca aide à persister. « Quand le peuple se dispersa dans l’exil, c’est l’église qui prédomina et assura l’unité des dispersés. » (Quinze ans de solitude, p. 31) Et réciproquement.

Les Juifs de France furent émancipés par la Révolution à titre individuels, en tant que citoyens. C’était sous-entendre qu’ils allaient se fondre dans cette humanité sans appartenances dont avaient rêvée nos philosophes. Comme on sait, les choses se passèrent autrement : les citoyens devinrent des patriotes et notre Révolution déboucha sur une idéologie toute nouvelle, le nationalisme. Toute l’Europe s’y convertit au cours du XIX° siècle, amenant les Juifs à se demander où était leur place au juste dans cette configuration nouvelle, l’Etat-nation. L’empereur Napoléon 1°, en tirant les conséquences, leur commanda de s’organiser, face à son Etat, sous la forme d’un Consistoire. C’est à cette occasion que naît, d’après vous, la légende du « complot juif mondial ».

Si on ajoute le fait que les Juifs, après avoir longtemps hésité sur la meilleure façon d’échapper aux persécutions – ont été le dernier peuple en Europe à vouloir s’émanciper par la construction d’un Etat-nation, mais qu’ils y sont parvenus au moment même où en Europe, cette conception avait du plomb dans l’aile pour cause de guerres mondiales, on conçoit que la situation n’est pas simple.

C’est que nous vivons sous l’empire de l’idéologie de la déconstruction, que vous avez remarquablement décrite dans un petit livre à recommander, « La nouvelle idéologie dominante ». Et que cette idéologie sape de manière prioritaire la démocratie représentative dans le cadre de l’Etat-nation, pour lui substituer le dialogue entre des communautés, la « démocratie participative » qui offre une prime aux minorités. Minorités, qui « ne sont plus définies en fonction d’un critère quantitatif, mais qualitatif : elles désignent une situation réputée dominée et victime ».

Les Juifs pourraient facilement s’intégrer dans ce jeu nouveau, eux que l’histoire européenne reconnaît depuis quelques temps comme les victimes les plus absolues du XX° siècle. C’est un jeu que vous refusez, Shmuel Trigano, car il enclenche un processus de concurrence victimaire avec d’autres « minorités ». Et qu’une telle histoire, outre qu’elle confinerait les Juifs à ce statut de victimes, ferait d’eux les simples objets d’une histoire écrite par leurs persécuteurs.

En outre, comme vous le montrez, la Shoah, en passant du registre de l’histoire des Juifs d’Europe à une forme de sacralité occidentale, est devenue une abstraction qu’on se jette à la tête. Le plus formidable paradoxe de notre époque « post-moderniste » étant qu’elle puisse aujourd’hui resservir contre l’Etat d’Israël, devenu, pour l’idéologie dominante, « le paria des nations », alors qu’il s’agit sans doute de la seule démocratie pluriculturelle du Moyen Orient.

Pour en revenir à notre pays, il y a eu une montée des actes antisémites depuis une quinzaine d’années. Elle fut d’abord niée, afin, disait un ancien ministre de l’Intérieur, de « ne pas jeter de l’huile sur le feu ». Puis, il y eut l’enlèvement, la torture et le meurtre d’Ilan Halimi. Les enfants et professeurs assassinés par Mohamed Merah, à l’école Ozar Hatorah Toulouse. Le crime du musée juif de Bruxelles, commis par un Français, Mehdi Nemmouche. Le dernier en date, celui de Amedi Coulibaly, contre des clients du supermarché cacher de la Porte de Vincennes. La semaine dernière, 250 tombes d’un cimetière juif alsacien ont été profanées. Selon Le Monde, le meneur de la bande est connu comme « militant anti-fasciste ». Dans quel monde vivons-nous pour que l’antifascisme new look puisse inspirer un regain d’antisémitisme ?

Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ?

 Voir aussi:

Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès
Lucien SA Oulahbib

Resiliencetv

Le 24/2/2015
Car il y en a plus qu’assez d’entendre, pratiquement, de la part de certains dirigeants musulmans français que ce serait en quelque sorte à cause de certains (là-aussi) de leurs concitoyens juifs français qu’il y aurait eu des meurtres opérés par des individus se réclamant de l’islam.

Parce que s’offusquer des propos du Président du CRIF revient dire à cela. Déjà en niant l’évidence : ces individus qui ont tué l’on fait systématiquement au nom de l’islam, et ils ne sont pas les seuls à le faire ces temps-ci dans le monde ; or, rétorquer, et ce principalement, et avec colère en plus, ce qui est un comble, que l’on n’est pas concerné, revient en fait à s’en laver les mains, surtout en mettant en équivalence le fracas de stèles, des insultes verbales et écrites, et la balle qui fracasse la tête d’un enfant comme ce fut le cas à Toulouse.

Si tant de gens de part le monde tuent au nom de l’islam, c’est bien parce qu’ils cherchent à légitimer leur acte, or, indiquer que d’autres tuent aussi bien au nom d’autres légitimations n’effacent en rien ces actes effectués au nom de l’islam. Simplement celui-ci, et d’ailleurs son histoire le prouve amplement, n’est pas exempt de tels conflits et contradictions, surtout lorsque toute réforme en son sein a été tuée dans l’oeuf, à la différence des autres religions qui ont dû évoluer. Au tour de l’islam de le faire ou de se démettre puisque sa « paix » ne peut être celle des cimeterres comme naguère…

Il ne faut donc quand même pas pousser, car, aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français.

Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (alors que les Marocains et Tunisiens leur étaient préférés concernant l’embauche comme l’a démontré Daniel Lefeuvre dans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël.

Aussi ces dirigeants musulmans français qui refusent de voir la réalité de leurs ouailles devraient cesser de montrer la paille nichée dans l’oeil de leur voisin au lieu de se préoccuper de la poutre qui se trouve plantée dans leur propre oeil. Aussi « pacifique » soit-il.

Voir aussi:

Les vieillards se lâchent : contrer Cukierman
Daniel Schneidermann
Rue 89

24.02.15

Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson (1), après Dumas (2), voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère (3)).
Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses (4). Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».
Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu’elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur « les Noirs et les arabes » (5). Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC (6), tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu’il en soit autrement.
Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de…Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c’est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de « Français de souche, comme on dit », première occurence remarquable du terme (7) dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l’oreille, s’intepréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s’est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c’est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s’arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ».

Antisémitisme : le nommer, hélas
Daniel Schneidermann
Rue 89

19.02.15

Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen.
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons de se boucher les oreilles aux cris d’orfraie du CRIF, à sa manière de délégitimer toute critique de la politique israélienne en la faisant passer pour de l’antisémitisme. Et si ce n’était que le CRIF ! On se souvient des discours gouvernementaux français contre les manifs pro Gaza, l’été dernier. Manifester contre les bombardements de Netanyahu, bien entendu, c’était faire preuve d’un antisémitisme exacerbé.
Bien sûr bien sûr bien sûr. Tous ces « bien sûr », c’étaient nos Bien sûr d’avant Charlie. Et d’avant l’Hyper Kacher -car il ne faut pas oublier l’Hyper Kacher, derrière Charlie. Epoque confortable, où on pouvait s’abriter derrière des Bien sûr. Mais il y a eu Charlie. L’inconcevable est advenu. On ne l’imaginait même pas, et c’est là. Il y a mille leçons à en tirer, dont une : on n’a plus le droit de s’abriter derrière des Bien sûr, quels qu’ils soient, où qu’ils soient. L’après Charlie nous oblige, dans notre appréhension du paysage, à une certaine humilité du regard. Et notamment, à regarder en face ce que nous mettent sous les yeux même ceux que l’on avait toutes les bonnes raisons de ne pas vouloir écouter. A admettre, par exemple, que les cinq ados du cimetière de Sarre-Union ont bien crié Heil Hitler dans le cimetière, si l’on en croit, selon le procureur, leurs aveux de garde à vue (attention aux aveux de garde à vue, je sais, mais en attendant le procès, on n’a pas d’autres éléments pour l’instant). Heil Hitler. Cinq ados, dont la veille encore, leurs copains de classe expliquaient à toutes les caméras du pays à quel point ils étaient sympas, bons camarades, travailleurs en classe, et tout et tout.
Admettre, donc, que se développe bien un antisémitisme mutant, certainement pour une part borborygmatique, inconscient de lui-même, certainement aussi pour une part provoqué par le CRIF et ses hurlements au loup, par les démonstrations tarabiscotées à la Reynié, donc créé, en coproduction avec les soralo-dieudonnistes, par ceux-là même qui voulaient le combattre, oui. Mais tout de même admettre qu’il est là, maintenant, installé, stagnant, incrusté, sur des territoires évidemment limités, sans doute très distincts les uns des autres, mais solidement tenus. L’admettre, et le nommer, puisqu’on ne peut pas nommer autrement le fait de détruire des tombes juives en criant « Heil Hitler ». Le regarder en face comme un des fléaux de la société, pas le seul, parmi bien d’autres, mais avec toute sa glorieuse place, conquise de haute lutte, sur le podium des bonnes raisons de poursuivre le combat. Comme dit un bon auteur, on n’a pas fini de rire.

Tribune libre
« Devrais-je faire semblant ? »
Azzouzi Abdel-Rahmène

Le Monde des religions

10/02/2015

Abdel-Rahmène Azzouzi est urologue, chef de service au CHU d’Angers. Membre du Conseil municipal de la ville d’Angers, il a décidé de mettre fin au mandat qu’il occupait depuis 2008. Dans une lettre ouverte – que nous publions ici et qui n’engage que son auteur – à ses collègues et amis élus de la ville, il explique sa décision : celle d’un élu de confession musulmane qui ne se reconnaît plus dans la lecture des valeurs républicaines que font nos dirigeants successifs.

Chers collègues et amis,

Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous dans une France qui chaque jour renie un peu plus ses valeurs républicaines. Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. Devrais-je faire semblant d’accepter votre absence de réaction, alors que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre adhésion religieuse à une laïcité qui est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre mutisme lorsque l’école de la République s’attaque avec violence à des enfants de 8 et 10 ans parce que musulmans ? Devrais-je faire semblant d’accepter que vous détourniez le regard lorsque la police française, institution républicaine où le racisme est endémique, tout comme dans l’armée française, interroge ces mêmes enfants, comme on interroge des criminels, sous la bienveillance de la ministre de l’Éducation ? Devrais-je faire semblant d’accepter qu’une mère de famille, parce que musulmane, se voit retirer brutalement ces cinq enfants un matin, à 6h00, par ces mêmes forces de police qui vont jusqu’à refuser qu’elle allaite son bébé de 3 mois ? Devrais-je accepter dans la mort de Bertrand Bilal à Joué-les-Tours que le parquet fasse obstruction à la justice en refusant de nommer un juge d’instruction, empêchant ainsi de réfuter la version officielle de djihadisme reprise machiavéliquement par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer la politique islamophobe de l’État français qui, premier pourfendeur de la laïcité, s’immisce en permanence dans la gestion du culte musulman pour mieux l’empêcher de s’organiser, tel que le fait le préfet Burdeyron qui privilégie la gestion du culte musulman angevin par le consulat du Maroc plutôt que par les dignitaires angevins d’obédience musulmane ? Devrais-je faire semblant d’ignorer cette lecture de la laïcité à géométrie variable par le gouvernement français qui demande aux musulmans d’être invisibles dans l’espace sociétal français, mais qui termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire, en présence des Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères du gouvernement israélien sous les cris de « Bibi » et de nombreux drapeaux israéliens agités dans un lieu de culte par des citoyens français de confession juive ? Devrais-je continuer de feindre l’approbation lorsqu’à longueur de temps, et malgré le tsunami qui vient de s’abattre sur la France, les médias continuent, comme si de rien n’était, à inviter les mêmes Zemmour, Finkelkrault, Fourest et autre Pelloux pour nous prodiguer les règles d’un vivre-ensemble dont ils n’auront jamais le secret ? Devrais-je faire semblant d’accepter l’ostracisation permanente de Tariq Ramadan, intellectuel contemporain hors norme, pendant que Zemmour sature les plateaux des médias, mais aussi les salles municipales de France et de Navarre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer l’apartheid médiatique et politique dans lequel sont tenus des milliers d’intellectuels et d’experts français de confession musulmane qui pourraient apporter la contradiction, voire la construction, dans les innombrables débats et questions qui les concernent directement et dont les Français sont  abreuvés jusqu’à plus soif ? Devrais-je faire semblant d’ignorer que la discrimination à l’emploi et aux logements dont sont victimes les Français de confession musulmane est la règle plutôt que l’exception ? Devrais-je faire semblant de soutenir aux prochaines élections cantonales la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres, comme pour mieux signifier, génération après génération, que les minorités n’auront jamais vocation à représenter l’ensemble de leurs concitoyens, ce qui me donnent la nausée ?

Insidieusement, la France est probablement devenue la nation démocratique la plus islamophobe du monde et vous, élus du peuple de France, vous en portez, que vous le vouliez ou non, que vous en soyez conscients ou inconscients, une part de responsabilité. Parce que vous avez trop longtemps détourné le regard, des millions de Français de confession musulmane vivent quotidiennement dans le malaise et l’incertitude. Je vous reproche, toutes ces années, d’avoir laissé vos hauts responsables politiques, mais également les grands médias nationaux installer progressivement le poids d’une culpabilité imaginaire sur les épaules, déjà chargées par l’Histoire, de vos concitoyens français d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français.

Honte sur ces puissants, mais lâches, de jeter en pâture toute une partie de la population française, parce que musulmane, à la vindicte populaire. Et si ce n’était cet attachement viscéral aux véritables valeurs de la République, qui n’ont plus cours dans notre présente société asservie par l’argent, mais également à cette incompressible volonté de donner corps à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, véritable patrimoine génétique du digne et généreux peuple de France, alors notre lien à la France serait pour le moins conflictuel. Je n’ai, en effet, aucune appétence pour les États malveillants et ceux qui les servent.

Parce que la France est cette nation particulière dans laquelle vivent pacifiquement de citoyens athées, chrétiens, juifs et musulmans, pendant longtemps, j’ai cru que nous finirions, à force de bonne volonté, par construire une Terre d’Andalousie, fruit du génie français qui aurait pu servir de modèle de société dans un monde en perte de repères et de sérénité. Mais le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix et actes du camp des conciliateurs. Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions et celui de vos combats ou capitulations. Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre. Aussi petite fut ma contribution, mon retrait n’est pas une défaite pour moi mais pour vous. À présent, je m’en lave les mains et après toutes ces années de luttes et d’avertissements sans succès, je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. Fraternellement.

Pr Azzouzi Abdel-Rahmène,
Chef de service d’urologie – CHU d’Angers,
Ex-conseiller municipal de la ville d’Angers.

Perspectives
Il y a dix ans, un rapport entendait lutter contre le racisme et l’antisémitisme : le rapport Rufin

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF

Trop libre

octobre 24, 2014

C’est dans une actualité bouillonnante qu’en juin 2004, le ministre de l’Intérieur confie à Jean-Christophe Rufin, écrivain, médecin, ancien président de Médecins sans frontières et président d’Action contre la faim, une mission : approfondir la connaissance des mécanismes qui peuvent conduire à des actes ou à des menaces de caractère raciste ou antisémite. En octobre suivant, Rufin remet à Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur de l’époque, son rapport, intitulé « Lutte contre le racisme et l’antisémitisme ». Il y recense les dispositifs existants de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, et s’interroge sur la façon de les faire évoluer pour répondre à l’accroissement des violences au cours des dernières années. Il propose notamment de revoir la publication des chiffres consacrés aux violences antisémites et racistes : une concurrence entre des chiffres « notablement différents » publiés par les ministères concernés, qui n’utilisent pas les mêmes instruments de mesure, est nocive, soutient-il. Il suggère de mettre en œuvre des médiations aux niveaux politique, policier, judiciaire et scolaire, pour agir contre les manifestations du racisme, et notamment contre le « racisme organisé ».

A l’occasion du dixième anniversaire de la publication de ce rapport, nous revenons succinctement sur ce rapport, en exposant les grandes lignes concernant la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Racisme : les grandes lignes du rapport

Constat opéré par Jean-Christophe Ruffin : les formes d’expression du racisme sont nombreuses et complexes. Les violences, insultes et actes d’intimidation sont les plus spectaculaires, ceux qui laissent des traces et peuvent être confirmés par des témoins. Mais d’autres phénomènes, plus silencieux, constituent une forme aussi grave, parfois plus, du racisme : la discrimination dans le travail, l’accès au logement, l’éducation. Ainsi va le racisme, qui en fait un sujet déroutant, à aborder avec prudence. Les « frottements » de la vie en société, particulièrement dans les grandes villes, peuvent faire exploser des paroles à caractère raciste et provoquer un grand tapage, constate le rapporteur (page 37).

La réponse politique

Selon le rapporteur, il faudrait à tout prix équilibrer soigneusement les réactions politiques lorsqu’un acte grave est porté à la connaissance des autorités. « La réactivité aux actions antisémites a été forte », écrit-il, « trop forte sans doute si l’on observe les affaires survenues pendant l’été », précise-t-il. « Au contraire, l’impression chez beaucoup de membres de communautés qui subissent elles aussi des agressions est que l’attention qui leur est portée n’est pas suffisante ». Mais, ajoute-t-il aussitôt, en réalité, ces démarches politiques « à chaud » n’ont que peu d’influence sur les actions de fond qui doivent être menées. « L’essentiel est ailleurs : dans le symbole. Les victimes ne voient dans la réaction politique ni une protection (il est en général trop tard), ni une condamnation des coupables (il est en général trop tôt) mais plutôt comme le baromètre du respect que leur témoigne la nation. Le politique ne doit pas se mobiliser seulement en fonction de la gravité des actes commis ; il doit surtout rassurer ceux qui, dans l’épreuve, mesurent la fragilité de leur intégration citoyenne » (p.38).

La réponse policière

Jean-Christophe Ruffin le souligne d’emblée : « ce n’est pas faire injure aux forces de police que de leur rappeler qu’en matière de racisme, ils se doivent d’être irréprochables ». De grands efforts de formation et d’information ont été menés ces dernières années, rappelle-t-il et la police est consciente de ces impératifs déontologiques. C’est ainsi que l’amélioration de l’accueil et de l’écoute a permis aux policiers d’accompagner la mutation de plus en plus sociale de leur métier. « Reste que la création dans les postes d’un référent anti discrimination, demandée conjointement par nous et par le chantier « égalité des chances » devrait encore améliorer la prise en charge des victimes du racisme » (p.39). Reste également qu’il y aurait certainement beaucoup à attendre de la poursuite « d’un recrutement policier plus diversifié au regard des origines ethniques. Le programme des « Cadets de la République » ouvre ainsi les carrières policières à des jeunes issus des quartiers difficiles. La mixité d’origine dans le recrutement policier semble avoir, à terme, des effets favorables ».

La réponse judiciaire

C’est certainement dans ce domaine que la législation actuelle montre ses limites (non pas dans les principes mais dans les procédures), selon Jean-Christophe Ruffin. En effet, toute injure, diffamation ou incitation à la haine raciale, dès lors qu’elles sont publiques, tombent sous le coup de la loi de 1972 et de ce fait se trouvent placées dans le cadre procédural très particulier de la loi sur la presse de 1881. « On aboutit ainsi à des résultats paradoxaux : pour des événements relativement bénins (ce qui ne veut pas dire tolérables) on enclenche une procédure d’une grande lourdeur vu les protections qu’elle garantit, qui aboutit trop souvent à l’abandon des poursuites pour diverses raisons de nullité ». « On prend un marteau pour écraser une mouche et finalement on se tape sur le doigt », ironise le rapporteur.

La réponse scolaire

Là encore, il faut faire preuve de discernement dans la judiciarisation des comportements racistes à l’école. Il est capital de distinguer ce qui est superficiel, tel que les injures proférées entre groupes dans le cours de la vie scolaire et ce qui peut devenir une véritable persécution par la mise à l’écart, la stigmatisation violente et parfois l’agression physique d’un élève ou d’un groupe minoritaire et vulnérable. Cette dimension de protection est essentielle dans la réponse scolaire et la judiciarisation qui s’y attache, souligne le rapporteur.

Lutter contre l’organisation raciste

Premier point développé par Jean-Christophe Ruffin : contrairement aux actes antisémites, où la participation de ce courant est devenue minoritaire, l’extrême droite continue de porter une importante responsabilité dans des actes de violence raciste. Un certain partage des tâches existe en la matière entre les idéologues qui stigmatisent l’étranger et les hommes de main prêts à passer à l’acte.

Le pôle légaliste composé des grands partis d’extrême droite se garde évidemment de toute participation directe à des violences. L’action est menée sur les marges, par des éléments isolés ou groupusculaires. Même au sein de ces groupuscules, il faut encore distinguer entre doctrinaires et activistes. On parvient ainsi à tracer les contours de la subtile géographie de ces milieux. L’absence de coordination centralisée donne à ces réseaux une large autonomie et une spécificité locale. Pour agir sur ces activistes d’extrême droite, une approche très locale est donc nécessaire, élaborée en référence aux situations particulières, note Jean-Christophe Ruffin.

Le cas des violences racistes en Corse fait l’objet d’un chapitre spécifique : pour Rufin comme pour Villepin, elle est le fait de microgroupes mafieux se livrant à des rackets, «très isolés dans l’ensemble de la population».

Sur les réseaux virtuels, Internet constitue, en matière de racisme, un réseau de tags planétaires autrement plus dangereux. En matière d’organisation du racisme, au sens du regroupement et de l’articulation d’opinions d’origines diverses, la « toile » constitue sans doute le principal défi, note avec justesse Ruffin.

Le rapport propose enfin un débat national sur la migration économique afin de «sortir du mythe de l’immigration zéro». L’idée étant de «décriminaliser l’image de l’étranger nourrie de stéréotypes désastreux à base de parasitisme, fraude et paresse».

Antisémitisme : les grandes lignes du rapport

Selon Rufin, trois formes d’antisémitisme soulignent des responsabilités spécifiques et appellent des réponses individuelles. Les chiffres représentent la partie visible, quantifiable, de la violence antisémite. Mais que recouvrent ces actes ? Qui les commet ? Qui les inspire ? Qui en tire profit ? Pourquoi se sont-ils multipliés ces dernières années ? Et surtout, comment les réduire et restaurer un climat de confiance ? Les explications généralement mises en avant sont les suivantes :

–          la baisse tendancielle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites ;

–          la montée d’un « nouvel » antisémitisme qui serait le propre de jeunes issus de l’immigration, en particulier maghrébine. Leurs passages à l’acte semblent étroitement corrélés aux évènements du Moyen-Orient.

Le rapport avance que ces explications, sans être fausses, ne rendent pas compte de la complexité des faits. Surtout, elles ne permettent pas de tirer de conclusions pour l’action. C’est pourquoi, il préfère aborder ces questions selon trois niveaux de responsabilités :

1)      L’antisémitisme comme pulsion :

Les auteurs des violences, dont la majorité « ne peut être cataloguée ni à l’extrême droite, ni parmi les délinquants connus des quartiers difficiles » (la plupart des jeunes interpellés dans ces quartiers pour actes antisémites ne sont pas d’origine maghrébine, mais originaires de pays sans lien avec la question israélo-arabe), selon le rapporteur. « Le trait commun semble plutôt à rechercher du cote du déracinement, de la perte de repère, de l’échec social et de la confusion identitaire. ≫ Cette affirmation soulève la question des sources utilisées par le rapporteur, en particulier concernant les pays d’origine des agresseurs ? Si ces derniers n’ont aucun lien avec le conflit israélo-palestinien, comment expliquer alors que les agressions se multiplient chaque fois que les tensions s’intensifient en Israël ?

2)      Les manipulateurs : l’antisémitisme comme stratégie et par procuration

Selon Rufin, les manipulateurs sont l’extrême droite et les milieux terroristes. Que dit-il à ce sujet ? Que l’on peut être « agacé par les jugements à l’emporte-pièce, en particulier à l’étranger, « quand ils font de la France un pays globalement antisémite ». Il a raison. De plus, les Juifs sont admirablement intégrés dans la société française: « la République a su secréter quand il le fallait les anticorps nécessaires pour combattre l’antisémitisme. Cela ne signifie pas pour autant que les préjugés aient disparu », certes. La nouveauté selon Rufin est que ces préjugés « n’ont plus à s’exprimer directement par des propos, des écrits ou des actes. Il suffit de laisser agir les jeunes irresponsables des banlieues difficiles », écrit-il. Ainsi Rufin veut-il définir un « antisémitisme par procuration ». Selon lui, « il est le fait de personnes qui ne se rendront elles-mêmes coupables d’aucune exaction, qui ne manipuleront pas directement des auteurs de passage à l’acte, ne les inciteront pas ouvertement à agir, mais dont pourtant les opinions, les propos et quelquefois simplement le silence viendront a l’appui de ces violences ». Par ailleurs, il soutient ensuite que l’antisémitisme menace la République car il la frappe en son cœur : ses valeurs : la fraternité et le vivre ensemble.

A toutes ces questions et réflexions, Rufin apporte les réponses suivantes :

« La création d’un observatoire national de l’antisémitisme, doté de compétences universitaires pluralistes, serait un moyen d’approfondir ces questions et de nourrir le débat public sur des bases plus sérieuses. » L’idée est intéressante, mais pas nouvelle. Un tel observatoire a déjà été créé par SOS Racisme en 1989 en vue d’analyser et de répertorier les comportements antisémites en France, et présidé par le politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff. Mais, celui-ci a quitté son poste en 1991, en raison de désaccords avec l’institution sur la conception de l’antiracisme.
Une réflexion d’ensemble doit également être menée sur l’enseignement de la Shoah, avec les associations et fondations qui œuvrent dans ce domaine. Il est à la fois nécessaire de le renforcer et, peut-être de le réorienter en fonction des circonstances présentes, de façon a mieux rendre sensible en quoi, que l’on soit juif ou non, chacun est concerné.
Lutter contre « l’esprit de Durban » et Rufin a bien raison. Durban a officialisé, légitimé l’antisémitisme. Lutter contre l’esprit de Durban, c’est pointer du doigt l’esprit criminel qui prévalait lors de cette conférence, et qui a prévalu depuis, faisant d’Israël, des Juifs, des sionistes, les responsables de tous les maux de l’Humanité, la quintessence du mal, d’un mal absolu.
Sur « l’esprit de Durban », Rufin fait l’analyse suivante : qu’un discours dominant émerge : l’antisionisme. Pour Rufin « cet antisionisme revêt différentes formes d’expression qui servent d’écran les unes aux autres et contribuent à le banaliser. » Cet antisionisme moderne « est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes ». Un antisionisme qui est fortement représenté « au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte », explique-t-il. Dans cette représentation du monde, « Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-Monde. »

Il précise aussitôt que cet antisionisme « n’est pas la simple critique d’une politique, mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël. » L’antisionisme est en effet amalgamé à des thématiques auxquelles les jeunes sont sensibles: l’avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-Monde. Par ailleurs, l’intervention de penseurs « islamistes modérés », dont le « discours reste ambigu complète cette identification et la prolonge ». Derrière les critiques violentes qui assimilent le sionisme au nazisme, « on entend, en écho subliminal, la voix interdite mais bien relayée des terroristes islamistes qui généralisent le combat et affirment « qu’il faut attaquer les Juifs partout où ils se trouvent ». Ainsi se trouve constitué l’une des mécanique les plus redoutables aujourd’hui qui fait d’un antisionisme en apparence politique et antiraciste l’un des facteurs facilitateurs du passage à l’acte, l’un des instruments de l’antisémitisme par procuration ».

De fait, quelle est l’attitude à adopter face à l’antisionisme ? Ruffin répond qu’elle est difficile à déterminer et les Juifs sont sans doute les plus mal places pour agir. « Il a été maintes fois souligne qu’on ne devait ni ne pouvait assimiler les Juifs de France à Israël. Le soupçon de double allégeance est un des thèmes classiques de l’antisémitisme. Beaucoup de juifs français se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur Israël. Ce d’autant qu’ils sont souvent divises quant à leur jugement sur la politique de son gouvernement. Autant l’antisémitisme les trouve mobilisés, autant l’antisionisme les prend au dépourvu car il joue sur le caractère complexe, intime et à certains égards paradoxal du lien entre Israël et les Juifs de France », précise-t-il. De fait, l’antisionisme radical « enferme les Juifs dans un piège redoutable : il les désigne ici à la vindicte de ceux qui s’identifient aux victimes de l’Etat d’Israël », observe-t-il.

Ce serait alors une grande lâcheté que de laisser la communauté juive se débattre seule dans ces sables mouvants. « Si l’on estime que l’antisémitisme a reculé grâce au droit (en particulier la loi de 1972), il faut tenter d’appliquer la même méthode à la nouvelle judéophobie et il revient aux autorités politiques d’en prendre l’initiative. »

Les réactions au rapport Ruffin et la polémique

Les associations, globalement favorables au rapport Rufin sont divisées néanmoins sur l’une de ses propositions: la pénalisation de l’antisionisme radical au même titre que l’antisémitisme. Les critiques, notamment de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et du MRAP, portent sur un point très particulier : la proposition de « punir les accusations de racisme » portées contre « des groupes, institutions ou Etats ≫, à commencer par Israël. Cet « antisionisme radical » peut en effet, selon Rufin, s’apparenter a de l’antisémitisme.

Dans l’édition de Libération du 22 octobre 2004, le président de la LDH, Michel Tubiana, parle d’un vrai « dérapage ». Jean-Christophe Rufin, dit-il, « joue au pompier pyromane », et son rapport instaure un déséquilibre au profit du problème de l’antisémitisme. Reprochant à l’auteur de « ne prendre aucune distance » et de « réintroduire le débat sur le conflit du Proche-Orient », Tubiana souligne que la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) tomberait sous le coup de la loi si cette proposition était adoptée. Le MRAP, qui se dit pourtant globalement satisfait de l’analyse et des propositions du rapport, émet également de fortes réserves sur ce point. Enfin, dans Le Monde diplomatique du 21 octobre 2004, le journaliste Dominique Vidal tout en reconnaissant dans le rapport Rufin « un certain nombre de suggestions positives » (en particulier celles qui prennent en compte les propositions de la CNDCH et des associations antiracistes –, souligne selon lui deux erreurs: « séparer radicalement l’antisémitisme des autres formes de racisme » par « une hiérarchisation implicite des racismes » visant à présenter l’antisémitisme comme « un “racisme” en quelque sorte supérieur aux autres ». Et « assimiler antisémitisme, “antisionisme radical” et critique de la politique du gouvernement israélien, pour placer sur le banc des accusés “l’extrême gauche altermondialiste et verte” » directement visée par la partie du rapport qui propose le vote, par le Parlement, d’une nouvelle loi destinée à punir « ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats des accusations de racisme ≫. En conclusion, Vidal trouve paradoxal que Jean-Christophe Rufin se fasse ainsi « le héraut du délit d’opinion ».

Dans Le Monde du 2 novembre 2004, Jean-Christophe Rufin s’efforce de désamorcer la polémique naissante avec les associations par une mise au point : il appelle à « pacifier le débat sur le racisme et l’antisémitisme » : « En France, aujourd’hui, il existe un nombre important de personnes, la plupart du temps jeunes, voire très jeunes, souvent issues de l’immigration – pas nécessairement maghrébine, contrairement aux idées reçues –, que la perte de repères, la frustration sociale et de nombreuses discriminations rendent vulnérables à des idéologies dangereuses qui les mènent vers la violence. L’existence de ce public chauffe a blanc doit nous inciter tous a la responsabilité. Les mots, dans ce contexte, peuvent tuer… Ceux qui ont l’oreille des jeunes, parce qu’ils traitent de questions qui les passionnent, telles que l’écologie, l’avenir du tiers monde et de la mondialisation, me paraissent avoir un devoir de vigilance dans leurs propos. Sans doute la formalisation de cette idée a-t-elle pris, dans mon rapport, une manière trop abrupte. Le fait d’évoquer la possibilité de créer de nouveaux outils juridiques était probablement maladroit. La présentation simplifiée de cette proposition a pu laisser croire, a tort, qu’il s’agissait d’attenter à la liberté d’opinion. Je m’en excuse auprès de ceux qui ont pu être abusés de bonne foi. »

En revanche, dans la communauté juive et a SOS Racisme, le rapport est accueilli avec satisfaction, qualifié de « travail d’analyse important », dont « l’auteur a essayé de comprendre et de trouver des propositions originales, juge Haïm Musicant, directeur général du CRIF. Il dénonce d’une manière très fine les antisémites par procuration qui se cachent derrière une forme d’antisionisme ». L’UEJF approuve surtout le fait que soient analysées les « différences d’origine, de nature et d’expression » entre racisme et antisémitisme, « qui doivent donc faire l’objet de traitements spécifiques ». « Ce rapport permet de sortir une fois pour toute du discours simpliste et inopérant de la lutte contre l’intolérance », selon son président, Yonathan Arfi. « C’est une bonne analyse de ce nouvel antisémitisme qu’on voit poindre dans la société française, un antisémitisme d’extrême-gauche qu’on ne connaissait pas il y a quelques années ≫, affirme Assane Fall, secrétaire général de SOS-Racisme, qui regrette par ailleurs que le rapport occulte « les discriminations, alors que c’est la réalité quotidienne de millions de personnes dans notre pays ».

Au-delà de cette polémique, que reste-t-il du rapport Ruffin, dix ans plus tard ?

A notre connaissance, ce rapport ne donnera lieu à aucune mesure concrète, comme toujours (ou presque) en France. Car, et en vérité, nous souffrons dans ce pays de cette étrange « maladie » : une surabondance de rapport sur toutes sortes de sujets mais qui, au final, se retrouvent dans quelques tiroirs fermés de ou des ministères et par là-même sont totalement oubliés.

Voir enfin:

Nos amis les émirs
Notre pays déroule le tapis rouge aux monarques saoudiens ou qataris, principaux financiers des mouvements djihadistes.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

——

1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

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1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.


Attentats de Copenhague: Ce qui est arrivé est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam (No, Mr. Boubakeur, it’s not a blow to Islam or Muslims !)

15 février, 2015
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Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. Khadafi (Paris, décembre 2007)
Convertissez-vous à l’Islam, Jésus a été envoyé pour les Hébreux, pas pour vous, en revanche Mahomet a été envoyé pour tous les humains. Vous croyez que Jésus a été crucifié mais ce n’est pas vrai, c’est Dieu qui l’a emmené au ciel. Ils ont crucifié quelqu’un qui lui ressemblait. Les juifs ont essayé de tuer Jésus parce qu’il voulait remettre la religion de Moïse sur le juste chemin. Khadafi (Rome, novembre 2009)
Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre. Renan
Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. Rouhollah Musavi Khomeini (Radio téhéran, 14 février 1989)
Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets. (…) Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. Flemming Rose
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans. (…) Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté. Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète. La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme. Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ». Docteur Dalil Boubakeur (Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, 1er février 2006)
[Les musulmans de France] ne sentent pas que c’est au nom de l’Islam, ils sentent que c’est un coup porté à l’ensemble des musulmans. Dalil Boubakeur
Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis ! (…) Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine. (…) Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur. (…) J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher. Tareq Oubrou (imam de Bordeaux)
Le prophète n’a pas été vengé, mais notre religion, nos valeurs et les principes de l’islam ont été trahis. Tariq Ramadan
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de ” greffe” du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence. Radu Stoenescu
Ils disent: nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. Le Coran (Sourate IV, verset 157-158)
Si le fanatisme fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, il est sûr que l’intégrisme est la maladie de l’islam. (…) Au lieu de distinguer le bon islam du mauvais, il vaut mieux que l’islam retrouve le débat et la discussion, qu’il redécouvre la pluralité des opinions, qu’il aménage une place au désaccord et à la différence.  Abdelwahab Meddeb
Ce que nous devons interroger prioritairement, c’est la brèche qui a libéré dans l’aire d’islam une telle volonté de détruire et de s’autodétruire. Ce que nous devons penser et obtenir, c’est une délivrance sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. Fethi Benslama
Les hommes qui ont commis les attentats « n’ont rien à voir avec la religion musulmane », a affirmé François Hollande, le 9 janvier. Ces tueurs n’ont « rien à voir avec l’islam », a insisté Laurent Fabius, trois jours plus tard. Les paroles du président de la République et du ministre des affaires étrangères, amplifiées par beaucoup d’autres voix, relèvent évidemment d’une intention louable. Elles traduisent la nécessité, bien réelle, de prévenir l’amalgame mortifère entre islam et terrorisme. A bien y réfléchir, pourtant, ces déclarations pourraient être à double tranchant. Car affirmer que les djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, c’est considérer que le monde musulman n’est aucunement concerné par les fanatiques qui se réclament du Coran. C’est donc prendre à revers tous les intellectuels musulmans qui se battent, à l’intérieur même de l’islam, pour opposer l’islam spirituel à l’islam politique, l’espérance à l’idéologie. Loin d’affirmer que l’islamisme n’a rien à voir avec la religion musulmane, ces « nouveaux penseurs de l’islam », ainsi que les a nommés Rachid Benzine dans un livre précieux (Albin Michel, 2008), luttent pour dissocier l’islam de sa perversion islamiste. Comme les réformateurs juifs et chrétiens ayant travaillé à soustraire leur foi à l’emprise de ceux qui la défigurent, ils s’efforcent de fonder un islam accordé au monde moderne, à une société ouverte, où le théologique et le politique se trouveraient enfin séparés. Ces penseurs sont conscients que certains djihadistes ont fréquenté les mosquées et les écoles coraniques de grandes villes arabes, où l’islam se trouve souvent pris en otage par des doctrinaires qui ont tout autre chose en tête que l’élan spirituel et l’exégèse symbolique. (…) Ces jours-ci, bien au-delà de la France, des intellectuels musulmans ont lancé des appels à la réforme, à la fondation d’un islam qui renouerait avec la tradition critique et le travail philologique pour se relancer autrement (voir Le Monde du 20 janvier). Face aux intégristes qui voudraient faire main basse sur le Coran, ces penseurs mettent en avant la pluralité des lectures et des interprétations possibles. Face aux dogmatiques qui exigent une obéissance aveugle à la loi, ils réaffirment que la foi est d’abord une quête de sens, une aventure de la liberté. La meilleure façon de lutter contre l’islamisme, c’est d’admettre que l’islam est en guerre avec lui-même. Qu’il se trouve déchiré, depuis des siècles maintenant, entre crispation dogmatique et vocation spirituelle, entre carcan politique et quête de sagesse. Ainsi, pour les réformateurs, l’urgence n’est pas de nier l’influence de l’islamisme sur une large partie du monde musulman, mais plutôt de prêter main-forte à toutes les voix discordantes, souvent isolées, voire menacées, qui luttent pour redonner sa chance à l’islam spirituel. A l’islam des poètes et des mystiques, celui de Rumi, Ibn’Arabi ou Molla Sadra, ce grand philosophe iranien qui écrivait, au XVIIe siècle, que « la religion est une chose intérieure » et que Dieu ne doit pas être « enchaîné ». A l’islam des simples croyants, surtout, dont la fidélité relève non pas de la soumission à un ensemble de prescriptions toujours plus délirantes, mais d’une espérance vécue, d’un pèlerinage intérieur. Prévenir les amalgames, c’est une nécessité. Eviter les raccourcis haineux, dynamiter les préjugés, c’est une urgence absolue. Mais pour atteindre cet objectif, plutôt que de marteler l’idée selon laquelle l’islam n’a « rien à voir » avec ses avatars monstrueux, comme le font les plus hautes autorités de l’Etat, mieux vaut aider et conforter tous les musulmans qui luttent au jour le jour pour se réapproprier leur religion, et libérer enfin l’islam de ses chaînes islamistes. Jean Birnbaum (Le Monde)
Vous (…) avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. (…)  puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir. (…) Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. (…)  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.(…) lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées? En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression. (…) Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah? (…) Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. (…) Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. (…) D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et (…) impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Sami Aldeeb

Attention: des larmes peuvent en cacher d’autres !

Au lendemain d’une nouvelle réplique, cette fois dans la patrie des premières caricatures de Mahomet et le jour-anniversaire de la fatwa iranienne contre Salman Rushdie, du massacre de Paris du mois dernier …

Et suite aux tombereaux de bons sentiments à la je suis Charlie et à la pas d’amalgame qui ne sont en fait que la retraduction politiquement correcte du rappel à l’ordre et à la la loi islamique que venaient de faire lesdits djihadistes …

Comment ne pas voir …

Avec l’universitaire suisse-palestinien chrétien Sami Aldeeb

Et contre les larmes de crocodile de nos Dalil Boubakeur qui, ultime outrage aux victimes et pour disculper l’islam à l’instar de l’Administration Obama, pleurent sur les musulmans …

La confirmation que « ce qui est arrivé à Paris est bien « entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman » ?

Et comment ne pas rappeler …

Contre les mêmes qui, oubliant ou faisant mine d’oublier que les têtes de l’écrivain britannique Salman Rushdie ou du député néerlandais Gert Wilders ou d’autres sont toujours, au nom du même islam, mises à prix …

profitant du fouillis de sourates classées au mépris de toute chronologie ou logique par leur seule longueur, nous renvoient à chaque fois aux sourates mecquoises quand le prophète n’avait pas encore l’épée …

La nécessité absolue et vitale de « revoir l’ensemble des enseignements islamiques », en « levant la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam »  pour en « permettre la critique comme l’ont fait depuis longtemps les textes juifs et chrétiens dont ils s’inspirent ?

Mais comment aussi ne pas voir avec Radu Stoenescu reprenant les analyses de René Girard

La véritable distorsion que, dans leur rivalité mimétique avec leurs devanciers, le Coran et l’islam ont fait subir aux textes de ceux-ci …

Jusqu’à en nier, dans le cas du christianisme, l’essentiel …

A savoir la crucifixion du Christ (Issa sauvé à la dernière minute par le sacrifice d’un inconnu dans la tradition coranique) …

Par laquelle loin du Dieu vengeur qui donne ou ordonne la mort de ses créatures  …

La divinité subit en victime pour mieux en dénoncer et définitivement l’impasse ?

Lettre à Dalil Boubakeur: revoir intégralement les enseignements de l’islam
Sami Aldeeb,
jan 08 2015

Traduction d’un article paru dans un forum arabe

Lettre ouverte à l’imam de la Mosquée de Paris

Cher Dr Dalil Boubakeur, Imam de la Mosquée de Paris,

J’ai visionné plusieurs vidéos dans lesquelles vous condamnez l’attentat contre le magazine Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à un certain nombre de journalistes. Vous y avez tenté de disculper l’islam de ce qui est arrivé. Vous avez même pleuré sur les musulmans au lieu de pleurer sur les victimes, en affirmant que ce qui s’est passé est un coup porté à l’ensemble des musulmans et que l’Islam sanctifie la vie. Vous démontrez ainsi que vous vous moquez de la vie des journalistes assassinés et que votre seule préoccupation consiste à éviter l’accusation de l’islam et des musulmans pour ce qui s’est passé. Vous vous êtes contredit et vous avez prouvé que vous manquez de la moindre sympathie pour les victimes. Vous avez perdu votre humanité par ces déclarations.

Mais soyons honnêtes, absolument honnêtes. Ne dit-on pas, en arabe, que de la franchise naît la tranquillité? Parlons en termes médicaux, puisque vous êtes médecin de profession. Vous savez qu’un diagnostic erroné peut entraîner la mort du patient. Si vous considérez un cancer comme un simple mal passager, vous donnez l’occasion au cancer de croître et de détruire la vie du patient. Je pense que vous êtes d’accord avec moi sur ce point. Et il va de soi que le médecin, après le diagnostic, doit suggérer le médicament adéquat au patient afin de le guérir.

Permettez-moi de vous dire que votre diagnostic sur les événements d’hier à Paris ne saurait convaincre que les idiots et les hypocrites. Si vous n’êtes pas conscient de votre erreur, c’est un signe de votre ignorance. Et si vous savez que votre diagnostic est erroné, cela signifie que vous êtes un malhonnête, pour ne pas dire un menteur.

Ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’Islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman. Est-il nécessaire de vous rappeler comment Mahomet s’est vengé de ceux qui l’ont critiqué? Ne savez-vous pas ce que Mahomet a fait à Um Qarfa?  Ne savez-vous pas comment le Coran stigmatise les poètes dans le chapitre qui leur est consacré et qui porte le titre «Les poètes»?  Jamais Mahomet n’a admis la moindre critique à son égard; il n’acceptait que ceux qui chantaient ses louanges, comme le font les rois et les chefs des pays arabes et musulmans aujourd’hui. Ne savez-vous pas que les ouvrages de droit musulman prescrivent de tuer ceux qui critiquent Mahomet? Pouvez-vous m’indiquer un seul pays arabe ou musulman qui permet de toucher à Mahomet? Bien sûr que non. Où donc est la sanctification de la vie dont vous parlez? La liberté d’expression et la vie des humains n’ont aucune valeur dès qu’on touche à l’Islam, au Coran ou à Mahomet. Et je vous défie de me présenter la moindre preuve de l’inexactitude de mes propos.  À moins que vous n’indiquiez les critiques contre Mahomet dans la période mecquoise, quand il n’avait pas d’épée. Mais après avoir joint le pouvoir à la prophétie, il n’a toléré aucune critique contre lui ou le Coran. Et cela vaut encore aujourd’hui.

Revenons sur ce qui s’est passé à Paris. Vous avez certainement appris que lorsque les terroristes ont assassiné les journalistes, ils criaient «Dieu est grand, le prophète Mahomet a été vengé». Ils se considéraient comme les exécutants de la loi islamique contre ceux qui critiquent Mahomet. Et ce qu’ils ont fait est conforme aux dispositions de la loi islamique. La question se pose: où l’ont-ils appris? Ne serait-ce pas dans des livres dont regorgent les bibliothèques des mosquées en France? Ne serait-ce pas dans les prêches des imams de ces mosquées?

En France, tout le monde a le droit de critiquer le judaïsme, le christianisme, le communisme, ainsi que leurs symboles et leurs ouvrages. Et les journalistes qui ont été assassinés ne s’en sont pas privés, sans tenir compte des susceptibilités des juifs, des chrétiens ou des communistes. Ce droit est garanti par la loi française. En refusant toute critique de l’islam, de Mahomet et du Coran même en France, les musulmans voudraient tout simplement y appliquer la loi islamique et brider la liberté d’expression. Tant que de telles idées dominent la mentalité des musulmans, ce qui est arrivé à Paris avec Charlie Hebdo se répétera, avec le même magazine et d’autres. Ainsi, sous la menace de mort, les musulmans veulent faire taire des intellectuels, des journalistes, des universitaires, des politiciens et toutes autres personnes qui seraient tentées de critiquer l’islam et ses symboles. Ils veulent tout simplement établir en France une dictature islamique brutale, interdisant la liberté de pensée et d’expression.

Je vous invite à un moment de franchise avec vous-même. Vous dites vouloir le vivre-ensemble en France. Comment pouvez-vous imaginer la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France avec de telles idées? Ne voyez-vous pas que la société française est menacée par la guerre civile dont les musulmans seront les premiers perdants? Soyons honnêtes. Ne pensez-vous pas que de nombreux adeptes de votre religion en France, ou certains d’entre eux au moins, ont applaudi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo comme ils ont applaudi les crimes de Mohamed Merah?

Aucune personne saine d’esprit ne peut nier que ce qui est arrivé à Paris avec les journalistes de Charlie Hebdo provient des enseignements islamiques. C’est le diagnostic que personne d’informé ne saurait mettre en doute. Ceci étant, il faut en déduire la nécessité de revoir l’ensemble des enseignements islamiques. On doit lever la sainteté du Coran, de Mahomet et de l’islam et permettre leur critique comme on le fait avec le judaïsme, le christianisme et le communisme. Les imams de mosquées en France doivent reconnaître la liberté d’expression prévue par la loi française et demander aux musulmans qui ne l’acceptent pas de quitter la France pour retourner dans leur pays d’origine. Et ce pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

En ce qui concerne les mosquées, il faut surveiller ce qui y est dit et ce qui y est enseigné afin qu’elles ne deviennent pas des nids de terrorisme et d’extrémisme. Pour cela, je suggère que les mosquées soient ouvertes à tous, que les prêches soient prononcés en français, que les imams étrangers ne soient pas autorisés à y officier, et je propose de soumettre les imams actuels à des mesures administratives et éducatives. Vous savez sans doute qu’en Egypte les prêches sont distribués aux imams par les autorités étatiques, qui contrôlent la stricte observance de leur contenu. Tous les prêches des mosquées de France doivent être soumis à l’approbation préalable des autorités françaises, ces prêches doivent être enregistrés et les contrevenants doivent être sanctionnés par le retrait de la nationalité et le renvoi dans le pays d’origine. Et ce, encore une fois, pour éviter la guerre civile entre musulmans et non-musulmans en France.

D’autre part, il faut revoir intégralement l’enseignement islamique et l’orienter vers la doctrine de Mahmoud Mohamed Taha, qui a été pendu sur instigation de l’Azhar. Ce penseur estimait qu’il fallait impérativement laisser de côté le Coran médinois, qui viole les droits de l’homme, et ne retenir que le Coran mecquois. Cela nécessite l’interdiction en France du Coran sous sa forme actuelle. Il faut exiger que tous les exemplaires du Coran, y compris ceux qui se trouvent dans les mosquées, soient dans l’ordre chronologique, en indiquant clairement que le Coran médinois est caduc en raison de ses incitations à violer les droits de l’homme. Les responsables de la religion musulmane doivent en outre reconnaître la liberté religieuse, y compris la liberté de changer de religion, de quitter l’islam. Les autorités françaises doivent imposer cette exigence sous peine de retrait de la nationalité française et de renvoi dans le pays d’origine.

Ce sont là des mesures que vous devez prendre en tant qu’imam de la Mosquée de Paris, et que doivent prendre les autorités françaises le plus rapidement possible afin de permettre le vivre-ensemble en France.

Veuillez agréer, Monsieur l’imam de la Mosquée de Paris, l’expression de ma haute considération.

Sami Aldeeb, Dr en droit, professeur des universités
Directeur du Centre de droit arabe et musulman: http://www.sami-aldeeb.com
Auteur d’une traduction française du Coran par ordre chronologique,
d’une édition arabe du Coran par ordre chronologique et d’autres ouvrages

Voir aussi:

L’islam comme mimétogonie
Radu Stoenescu

« Si Allah ne neutralisait (repoussait) pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. » (Coran 2 : 251)

L’objet de ce texte est de présenter une hypothèse interprétative des fondements de l’islam sunnite, à partir de l’anthropologie de René Girard. N’étant ni islamologue, ni arabophone, je ne saurais polémiquer ni avec le texte coranique original, ni avec l’original de la Sîra (vie de Mahomet). Je travaillerai donc à partir de la traduction de ces textes. Il s’agit de présenter ici quelques intuitions qui nécessiteraient un travail beaucoup plus vaste pour être étayées solidement. Autant la visée de ce texte est ambitieuse, autant mes moyens sont limités, cependant j’invite le lecteur à ne jamais oublier qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, pas d’une conclusion. Cette hypothèse prend appui sur l’idée que le modèle de Mahomet est essentiel dans l’émergence de l’islam, qui pourrait sans exagération être défini comme une « imitation de Mahomet ». Comprendre Mahomet, c’est comprendre l’islam.

Pour mettre tout de suite les pieds dans le plat, formulons l’hypothèse herméneutique : l’islam me semble être l’expression d’un désir métaphysique au sens de René Girard, c’est-à-dire d’un désir de l’être de son modèle, le judéo-christianisme. C’est aussi un désir métaphysique dans le sens où son objet est Dieu Lui-même. La démarche de Mahomet a pour but à la fois d’être pris pour le véritable juif et le véritable chrétien, et d’enlever l’objet de désir (Dieu) aux monothéistes qui le précédent. L’islam est mimétogonique par rapport au judéo-christianisme.

1. Mimétisme, rivalité et légitimité de Mahomet

La légitimité de la prédication de Mahomet tient à ce qu’il prétend refaire un geste déjà accompli par d’autres prophètes : révéler aux hommes la loi du Dieu unique et transcendant. En fait, c’est moins Mahomet qui répéterait un geste, que Dieu qui, à travers Mahomet, réitérerait un geste qu’Il aurait déjà accompli plusieurs fois, à travers Moïse et Jésus notamment. Dieu aurait envoyé dans l’Histoire des messages armés de son code de Loi, Mahomet étant le dernier envoyé, le « sceau des prophètes ».

Le Dieu transcendant connaît ainsi une temporalité toute historique, tandis que le temps historique est happé par la transcendance : le passé est aboli et le futur est fermé. Le seul événement historique dans cette perspective est l’abolition de l’Histoire, accomplie par la révélation de la Loi transcendante éternellement valable : la descente du Coran.

Ce qui m’intéresse dans la fondation de l’islam, c’est l’idée d’imitation et de répétition. C’est le mimétisme de Mahomet qui est fondateur, dans la perspective même du Coran. Si Mahomet n’avait pas de modèle, il n’aurait pas de légitimité. Mahomet dit aux autres monothéistes : « je fais comme vos prophètes », ou plutôt « Dieu fait à travers moi ce qu’il a fait à travers les autres prophètes ».

Il y a vingt-cinq prophètes cités par la Coran, qui vont d’Adam à Mahomet, Jésus le précédant directement. Un hadith mentionne que chaque peuple de l’histoire a reçu au moins un prophète et qu’il y en aurait eu 124 000 au total. Cette démultiplication légendaire doit être lue comme une tentative de fonder par analogie la légitimité du geste singulier de Mahomet : on augmente le nombre de prophètes pour rendre banale l’apparition d’un prophète. Cette généalogie des prophètes est donc absolument essentielle pour la fondation de l’islam. Elle n’est pas un simple préambule rhétorique : c’est la justification proprement mythique de la rivalité de Mahomet par rapport aux autres monothéistes.

Pour que la vision musulmane soit valide, il faut que chaque prophète ait accompli exactement le même geste que Mahomet : avoir donné aux hommes un livre divin contenant leurs devoirs envers le Créateur. Car l’islam prétend que tous les livres révélés par le Créateur contenaient exactement la même chose que le Coran. La chaîne des prophètes doit être absolument ininterrompue : c’est une chaîne de moments identiques, dont Mahomet n’est que le dernier imitateur. Ces moments sont identiques parce que Dieu est immuable, et ne fait que se répéter, par clémence pour Ses créatures qui oublient sans cesse Sa loi. Si la chaîne est brisée, la logique même de la légitimité de Mahomet est mise en défaut.

Des prophètes que le Coran mentionne, au moins deux ont encore les disciples qui prétendent connaître les textes: Moïse et Jésus. Les autres prophètes et leurs textes sont plus ou moins légendaires, et de toute manière n’ont plus de sectateurs. De la chaîne des prophètes censée aboutir à Mahomet, il subsiste deux anneaux. Pour que la vision musulmane soit légitime, Jésus doit s’être posé par rapport à Moïse de la même manière que Mahomet se pose par rapport à Jésus et à Moïse, sinon la chaîne se brise. Selon la logique divine de remplacement d’un prophète par un autre, Jésus doit être le rival prophétique de Moïse. Si Jésus n’est pas le rival heureux de Moïse, Jésus n’est pas un prophète. Or le problème, c’est que Jésus n’est justement pas le rival de Moïse et cela selon le texte des chrétiens eux-mêmes. Jésus n’abolit pas la Loi de Moïse et ne prétend jamais le faire, bien au contraire.

Si l’on prétend que les chrétiens ont altéré le message de Jésus et que « l’Evangile », comme disent les musulmans, était essentiellement identique au Coran, le christianisme historique n’aurait jamais existé et le nom même de Jésus ne serait jamais parvenu aux oreilles de Mahomet. Si les évangiles chrétiens sont authentiques, alors Jésus n’est pas un prophète au sens de Mahomet, et la chaîne des messagers divins se brise. Bref, si Jésus n’était pas le rival de Moïse, Mahomet ne pourrait pas être le rival de Jésus. Mais si Jésus était le rival de Moïse, il n’y aurait pas eu de christianisme et Mahomet ne pourrait pas le connaître. Dans les deux cas, la légitimité de Mahomet s’effondre.

Si le christianisme se comprend comme il se doit, c’est-à-dire avec et à partir de l’Ancien Testament, il n’y a pas de rivalité que Mahomet pourrait imiter. Mahomet ne peut donner sa rivalité pour légitime que si elle trouve un modèle en Jésus. Il faut à l’islam que Jésus se soit opposé radicalement au judaïsme pour que Mahomet puisse prétendre s’opposer légitimement aux deux. L’islam s’oppose en dernière analyse au judéo-christianisme, il attaque et reprend une supposée attaque de Jésus contre Moïse.

Mahomet est pris dans une escalade mimétique par rapport à Jésus. Il veut faire la même chose et mieux. D’ailleurs, il n’est pas le premier non plus à succomber à cette rivalité avec Jésus pour attaquer les monothéismes : Mani, pour ne citer qu’un autre fondateur de religion, avait fait quelque chose de semblable quatre cents ans auparavant. L’empire perse tout proche de l’Arabie avait laissé fleurir le manichéisme, et à l’époque de Mahomet, cette religion aujourd’hui éteinte, était encore très vivante. En témoigne la conversion de Bögü, troisième khan des Ouïghours, qui en 762, s’est emparé de Luoyang, la capitale de l’Empire chinois. Le manichéisme fleurira au Turkestan oriental (aujourd’hui la province chinoise de Xinjiang) jusque vers la fin du premier millénaire.

Mani avait aussi apporté un livre sacré, que ses disciples devaient apprendre par cœur, comme devront le faire plus tard les musulmans avec le Coran. Il se pourrait que l’expression « sceau des prophètes », qui désigne Mahomet, soit d’origine manichéenne. Mani s’était aussi donné pour le dernier prophète, pour une réincarnation de Jésus et Bouddha, dont il achevait et corrigeait les doctrines.

J’avance l’hypothèse que la foule de « prophètes » qui a sévi pendant le premier millénaire était en partie une sorte de réplique mimétique aux débats entre les juifs et les chrétiens. Ceux-ci se sont livrés à des joutes oratoires pendant des siècles, souvent devant un auditoire païen. Schématiquement, ce que le vulgaire devait retenir, c’est qu’il y avait un Dieu unique, que celui-ci avait d’abord révélé la Torah à Moïse, ensuite la Bonne Nouvelle à Jésus. Les deux révélations étaient enfermées dans un livre, et les juifs et les chrétiens se déchiraient sur le fait de savoir à travers quel livre prêter allégeance à Dieu.

Ce que les débats judéo-chrétiens donnaient superficiellement à voir, c’était une violence entre jumeaux : texte contre texte, révélation contre révélation, prophète contre prophète. Cette violence entre jumeaux est le germe de toute violence, qui la copie. On la reproduit alors pour la conjurer : il y a apparemment deux rivaux, et leur rivalité obscurcit le rapport à Dieu. Pourquoi ne pas créer un nouveau livre qui concilierait tout le monde ? Dieu a envoyé un autre prophète et révélé un deuxième livre, pourquoi pas un troisième ? On peut dire que toute nouvelle religion, comme celle de Mani, était une sorte de tentative d’arrêter la rivalité entre les révélations par une nouvelle révélation. La violence interconfessionnelle devait être arrêtée par une violence encore plus grande. C’est une violence qui s’exerce sur le plan symbolique, qui relègue le sacré de l’autre au statut de pseudo-sacré, voire à celui d’hérésie.

Ce spectacle n’est pas révolu, et les syncrétismes d’aujourd’hui tentent d’accomplir la même chose. De même beaucoup d’athées et de laïcs abhorrent la religion et les débats théologiques parce qu’ils y voient un indécidable combat de jumeaux, et qu’il ne veulent pas être happés dans la violence de ces débats. Leur position est tout aussi religieuse : si les religions qu’ils condamnent en bloc revendiquent des différences, ils font tout pour les indifférencier, en commençant généralement leurs phrases avec « toute religion… ». Ce n’est pas seulement de la paresse intellectuelle devant le travail à accomplir pour étudier chaque religion dans sa spécificité. C’est une peur sacrée de la différence ! Car si jamais les religions pouvaient être différenciées, si elles n’étaient pas de simples jumeaux pris dans un combat rivalitaire, alors on ne pourrait plus les condamner en bloc. Ce qui est tragique et comique à la fois, c’est que cette indifférenciation est faite au nom de la raison, alors qu’elle est tout sauf raisonnable, puisqu’elle se moque de l’expérience et de l’histoire de chaque religion en particulier.

Celui qui s’élève au nom de la raison contre toutes les religions, accomplit en fait un geste religieux fondateur : il condamne le « chaos ». Il a besoin de ce chaos pour que son geste soit légitime. Sans l’indifférenciation, il n’y aurait pas de chaos. Alors que les religions revendiquent leur différence, comme étant ce qui arrête la violence rivalitaire, la position athée veut annuler leurs différences, et les annuler aussi du même geste, exactement pour la même raison.

L’islam fait au fond exactement la même chose : il veut aplanir les conflits doctrinaux pas une violence symbolique encore plus grande. Pour réussir, cette violence symbolique doit indifférencier ses adversaires et trouver une légitimité plus grande. Mahomet a deux rivaux contre lesquels il ne cesse de polémiquer dans le Coran : les juifs et les chrétiens. L’objet de la rivalité, c’est Dieu lui-même. La prédication de Mahomet est centrée autour de l’affirmation d’être le véritable adorateur de Dieu, celui qui restaure la véritable religion du Dieu Unique, que les juifs et les chrétiens auraient selon lui corrompue. Mahomet ne polémique pas avec les arabes polythéistes et idolâtres. Ceux-ci n’ont pas de doctrine unie à lui opposer. Ils ne peuvent pas lui disputer son objet de désir, le Dieu Unique, et pour cause. Mahomet prend à revers les polythéistes, en leur imposant un autre objet de désir.

Mais Mahomet doit polémiquer sans cesse avec ceux qui ont historiquement connu le Dieu Unique avant les arabes, les monothéistes préislamiques. Sa tactique par rapport à eux a toutes les caractéristiques de la revendication rivalitaire : il copie le désir d’un autre, il est un suiveur, puis il emploie toutes ses forces pour montrer qu’il a été le premier à désirer cet objet, en l’occurrence Dieu.

Au tout début de sa prédication, Mahomet veut être reconnu comme un prophète par les juifs. Il imite tout d’abord leurs usages : lors de l’installation à Médine en 622, il instaure des règles alimentaires semblables à la cacheroute, il prie vers Jérusalem, il accepte le mariage des musulmans avec les femmes juives. Mais vers 624, deux ans après son arrivée à Médine, devant le refus des juifs de le reconnaître comme un des leurs, et prophète de surcroît, il change la direction de la prière (qibla), et demande aux musulmans de prier vers la Mecque. De l’imitation, on passe au désir de distinction.

Pour prouver que son « désir de Dieu » est premier, qu’il n’est pas simplement imité du désir des juifs ou des chrétiens, Mahomet s’échinera ensuite à rendre seconde leur expression du désir. Pour avoir un droit absolu sur l’objet, il doit montrer qu’il l’a désiré le premier. Donc Mahomet doit faire apparaître son désir avant celui des juifs et des chrétiens. C’est pourquoi il le déplace dans le passé le plus ancien, en disant qu’Adam lui-même était musulman, qu’Abraham était musulman, que Moïse était musulman, et que Jésus était musulman. De cette manière, le « désir de Dieu » des juifs et des chrétiens, c’est-à-dire leurs religions, se retrouvent reléguées au rang de prétentions secondes. S’ils veulent avoir accès à l’objet, c’est-à-dire à Dieu, ils doivent à présent se convertir à l’Islam.

(Khadafi, lors de son voyage controversé à Paris, a clairement rappelé cette position de l’islam : « L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. »[1])

Mahomet indifférencie ses adversaires et s’oppose violemment à eux d’un seul mouvement : Mahomet se présente comme un prophète qui « rappelle » une Loi. Cependant, il la créé et la déplace dans le temps, pour la placer avant la loi de ses modèles. Ce mouvement d’ancrage d’un désir suiveur avant le désir de son modèle trouve son achèvement dans la doctrine de l’Islam sunnite du « Coran incréé ». La prétention d’être premier s’exacerbe ici au point de se placer avant le temps lui-même.

Dans sa prédication, Mahomet reprend les « structures de rappel » présentes dans les textes prophétiques juifs, mais avec une différence de taille : il n’y aucune trace avant lui de ce qu’il « rappelle », sauf bien sûr, l’objet de son désir, le Dieu unique. Les prophètes de l’Ancien Testament se réfèrent sans cesse à une loi existante, la loi de Moïse, qu’ils ne donnent pas pour corrompue. De même Jésus, dans sa revendication du titre de Fils de Dieu, se réfère au Psaume 82, et respecte toujours la loi de Moïse. C’est pourquoi le « rappel » de Mahomet n’en est pas véritablement un. Rien ne le distingue d’une prétention gratuite. Parce qu’il est conscient du problème, Mahomet doit poser une deuxième affirmation gratuite : il accuse les juifs et les chrétiens d’avoir corrompu les textes réunis aujourd’hui dans la Bible, la Thora et le Nouveau Testament.

Mahomet n’avance pas de preuve. Cependant, pour asseoir son « désir de Dieu » avant le désir des autres monothéistes, il doit affirmer ces deux choses complètement gratuites et inséparables : il « rappelle » une Loi dont on n’a aucune trace, et les monothéistes d’avant lui ont corrompu leurs textes. Si la Bible n’est pas corrompue, Mahomet ne rappelle rien, il invente. Et s’il invente, il n’a pas la préséance sur les premiers monothéistes.

Plus encore, la corruption dont sont accusés les chrétiens et les juifs a trait surtout à sa personne : ils sont accusés d’avoir changé la Bible pour ne pas le reconnaître comme prophète. Toutes ces accusations gratuites ont un et un seul but : fonder la primauté de son désir de Dieu, c’est-à-dire la primauté de son culte, l’islam. Comme ces accusations sont complètement gratuites, elles pourraient être réitérées par un autre que Mahomet, après sa mort. Rien ne pourrait empêcher logiquement quelqu’un d’appliquer à l’Islam exactement la même stratégie que Mahomet a appliqué vis-à-vis des juifs et des chrétiens, et d’affirmer que les musulmans ont corrompu leur texte, et qu’il faut adorer le Dieu unique en suivant d’autres préceptes. C’est pourquoi Mahomet doit affirmer aussi être le dernier prophète. C’est le sens de l’expression « le sceau des prophètes ». Après avoir placé son désir de Dieu avant ses modèles et annexé ainsi leur passé, il anéantit par avance toute rivalité future comme étant une hérésie. C’est ainsi que les Bahaïs ont été persécutés dès leur apparition en Iran.

Mahomet accomplit l’indifférenciation de ses ennemis en réduisant le judaïsme et le christianisme à deux versions inachevées, ou corrompues de l’islam, qui doivent rester rivales entre elles. Il a besoin de leur rivalité dans l’indifférenciation, car c’est de cette rivalité qu’il tire sa propre légitimité. Si Dieu n’avait fait qu’un geste avec le judéo-christianisme, il n’y aurait pas de rivalité à imiter.

La rivalité a une place centrale dans le Coran lui-même, car certains versets sont contradictoires. C’est pourquoi les savants musulmans ont développé la théorie de l’abrogation : un verset plus tardif remplace un autre plus ancien qui lui est contraire. Cette méthode est inscrite dans le Coran lui-même : « Nous n’abrogeons un verset, ni ne le faisons passer à l’oubli sans en apporter de meilleur ou d’analogue. » (Sourate 2, verset 106). Les versets abrogeants remplacent les versets abrogés tout comme le Coran remplace les autres livres sacrés. Si même le Coran s’abroge lui-même, a fortiori la Bible est abrogée du point de vue des musulmans.

Le problème de la fondation de l’islam, c’est sa nature rivalitaire. Le christianisme n’a pas ce problème avec le judaïsme. Mahomet ne fait qu’affirmer sa légitimité, or cette prétention ne résiste pas à la confrontation avec le judéo-christianisme historique, selon les critères analogiques de Mahomet lui-même. Si Mahomet ne s’était pas placé dans la lignée des prophètes judéo-chrétiens, il n’y aurait pas eu un conflit aussi violent. Or la légitimité de Mahomet dérive de son inscription dans cette lignée, et elle n’est qu’affirmée, nullement prouvée.

Mahomet ne peut se passer de ses modèles pour être un prophète, mais il doit aussi les détruire car il ne peut démontrer sa précellence par rapport à eux. La destruction doit être totale car l’enjeu de la rivalité avec ses modèles, c’est Dieu lui-même. C’est pourquoi l’islam peut être vu comme un délire rivalitaire paranoïaque, et que l’on peut dire que l’islam est intrinsèquement violent.

2. Les doubles monstrueux : Jésus et Issa

La mimétogonie de l’islam par rapport au judéo-christianisme est mise en scène dans le Coran lui-même. Elle est explicite dans la dénégation de la crucifixion de Jésus, rappelée par Kadhafi : « Ils disent : nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’apôtre de dieu. Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute, ils n’ont que des opinions, ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant, Dieu est le sage. » (Sourate IV, verset 157.)

Ce passage du Coran est extraordinaire à la lumière de la théorie du bouc émissaire. Le Coran parle explicitement de substitution sacrificielle. Dieu fait tuer quelqu’un d’autre pour sauver Jésus. Pendant des siècles les exégètes musulmans se sont demandés qui était cet inconnu, ce sosie de Jésus qui meurt à sa place sur la croix, et ils ont avancé plusieurs hypothèses : un compagnon de Jésus, Simon de Cyrène, Judas…

Quel que soit celui qui remplace Jésus, ce qui est essentiel dans ce passage du Coran, c’est que l’on assiste à l’apparition d’un double : le sosie de Jésus. Dans la perspective musulmane, un prophète bénéficie du soutien indéfectible de Dieu, c’est pourquoi il ne saurait être crucifié. Un messager de Dieu est un élu dans un sens aussi bien terrestre que spirituel : il peut toujours compter sur la force divine. On est ici au cœur de la vision archaïque de la divinité, en tant que violence et toute puissance effrayante. La dénégation de la réalité de la crucifixion procède de cette conception humaine, trop humaine, qui voit dans le prophète un surhomme armé de la foudre divine. Dans les moqueries de ceux qui étaient présents sur le Golgotha, c’était la même vision qui s’exprimait : « Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu. » (Matt. 27. 41-43)

Ce passage du Coran concentre toute la mimétogonie de l’islam vis-à-vis du christianisme, parce que celui qu’il appelle Jésus – Issa pour les musulmans – est l’opposé du Jésus des Evangiles. Issa est la négation absolue du Christ, c’est son double monstrueux. Allah sauve Issa de la mort grâce au sacrifice d’un inconnu, tandis que Jésus se sacrifie pour sauver de la mort les inconnus qui croiront en lui. Le sacrifice christique détruit le mécanisme sacrificiel, alors que l’islam réhabilite le sacrifice archaïque, en sauvant Issa par un sacrifice archaïque. A l’endroit même où Jésus révèle le diabolique de la vision archaïque de la divinité, le Coran rétablit l’archaïsme avec les moyens de l’archaïque, à savoir la violence.

Dans le passage du Coran niant la crucifixion, ce qui est en jeu c’est la dénégation de la violence, pas la crucifixion elle-même. Car il y a bien quelqu’un de crucifié, même dans la version musulmane, un inconnu que l’on ne mentionne même pas. C’est le silence même sur l’identité du crucifié qui indique qu’il s’agit d’un bouc émissaire, c’est-à-dire, dans une perspective chrétienne, d’une image du Christ. En fin de compte, même selon le Coran, Jésus a été crucifié. Cet inconnu substitué à Issa, c’est… Jésus !

A la lumière de la théorie du bouc émissaire, ce passage du Coran est une paradoxale confirmation de la réalité du supplice du Christ. Cependant, le message en est complètement inversé : la violence des lyncheurs est niée. En quelques lignes, le texte musulman renie par trois fois la participation des hommes à la mise à mort : « Non ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié, » et « ils ne l’ont pas vraiment tué. Mais Dieu l’a haussé à lui, Dieu est le puissant ». On est ici en présence de la négation mythique de l’implication humaine dans le lynchage sacré : « Dieu l’a haussé à lui. » Tout comme Iphigénie, ravie aux cieux et remplacée par une biche, Issa est enlevé au ciel et remplacé par Jésus, qui meurt véritablement à sa place. On ne pourrait pas revenir plus directement au sacrifice archaïque !

Dans le sacrifice, Dieu est violent, et la violence est sacrée. Elle n’appartient plus aux hommes. Le Coran l’affirmera explicitement dans la sourate au titre significatif Le butin : « Vous, les croyants quand vous rencontrez les incroyants en marche, ne tournez pas le dos. Quiconque tourne alors le dos, à moins que ce ne soit pour combattre ou pour rejoindre une bande, s’attire la colère de Dieu et n’aura de refuge que la géhenne. Quel mauvais avenir ! Vous ne les avez pas tués, c’est Dieu qui les a tués ! Tu n’as pas jeté (de pierre) quand tu jetais, c’est Dieu qui a jeté pour que les croyants éprouvent sa grâce. » (8 : 15-17)

La portée de la version musulmane de la crucifixion est énorme. Il s’agit là d’une adhésion assumée à la violence sacrificielle, dirigée explicitement contre la révélation de cette violence par le spectacle de la croix. L’islam se montre ainsi comme l’anti-christianisme par excellence. Le nom de Jésus est usurpé par son double monstrueux, Issa, qui le met à mort pour se sauver lui-même.

Ce qui corrobore encore le caractère sacrificiel de l’islam, c’est la règle de l’unanimité des croyants : l’ijma` (arabe : unanimité; consensus) est une des sources du droit musulman, après le Coran et la Sunna. Les écoles juridiques lui accordent une place plus ou moins grande. Le consensus est généralement compris comme celui des oulémas spécialistes du domaine dont il est question. Une règle de droit prise par ce procédé ne peut en aucun cas contredire le Coran ou la Sunna. Les écoles juridiques sunnites admettent cette règle du consensus en vertu d’un hadith disant : « Ma communauté ne se réunira pas sur une erreur. »

On sait que le mécanisme sacrificiel a besoin de l’unanimité pour être efficace. Celle-ci étant sanctifiée par Mahomet, le processus d’exclusion unanime peut être facilement mis en branle dans les communautés musulmanes, qui ne ressentent pas le besoin d’une légitimité autre que leur uniformité d’opinion. C’est ce qui s’est manifesté lors de l’affaire des caricatures danoises de Mahomet.

3. Rivalité fondamentale et interdiction des représentations en islam

Si la rivalité est centrale dans l’islam, elle doit être aussi constamment conjurée. L’enjeu du monothéisme islamique, c’est la toute puissance de Dieu, et la précellence de son prophète Mahomet. Celui-ci fonde sa légitimité sur sa rivalité réussie avec les autres monothéistes, et doit se prémunir contre toute rivalité éventuelle. C’est la raison de l’interdiction de l’art figuratif en islam. « Nulle part le Coran n’interdit de dessiner une image, une forme, mais comme ce terme est rattaché à l’œuvre de Dieu, celui qui se livre à une telle tâche est perçu comme faisant œuvre de Dieu et un concurrent redouté, surtout que l’image peut faire l’objet d’adoration, et donc promouvoir le polythéisme (association d’autres divinité à Dieu). »[2]

Je crois qu’il faut comprendre la toute puissance divine dans l’islam comme toute puissance créatrice des représentations. Dieu est le seul autorisé à représenter un être animé, et à représenter Sa parole. La non validité des traductions du Coran va de pair avec l’interdiction de sculpter des êtres vivants. On ne doit pas se représenter ce qui est, c’est-à-dire redoubler l’étant par une reproduction. Re-produire, c’est d’une part usurper le pouvoir divin, rivaliser avec Dieu dans la création, et d’autre part c’est aussi faire proliférer des réalités rivales avec la Création.

Le récit de la création d’Adam dans le Coran est explicite en ce sens : « Il (Dieu) instruisit Adam de tous les noms. » (Sourate II, verset 31). Cela est à comparer avec Genèse 2.19 : « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. »

Pour l’islam, l’homme doit respecter les formes données par Dieu, il doit nommes les choses d’après Dieu, il doit réciter la parole d’Allah. Cette parole est unique en un sens théologique fort. La reproduire scinderait l’unité de la divinité même. Par contre, pour le judéo-christianisme, c’est l’homme qui nomme les êtres vivants, et c’est Dieu qui écoute. La dialectique chrétienne entre l’essence et l’apparence dépend de cet espace qui est ménagé dès le début entre la capacité de nommer donnée par Dieu à Adam et les noms effectifs que celui-ci donne aux créatures. Pour le dire avec les termes de Saussure, dans l’islam, Allah donne les signifiés avec les signifiants correspondants.

L’interdiction des représentations au sens large, que ce soit de la traduction du Coran, des œuvres littéraires, ou des films sur les prophètes, tente de conjurer de la rivalité possible qui pourrait surgir entre le modèle et sa copie, et entre l’homme-artisan et Dieu-créateur. Plus encore, Sami Aldeeb Abu-Sahlieh écrit que « l’interdiction des objets animés chez les musulmans est due à la conception superstitieuse, prophylactique et apotropaïque admettant implicitement la possibilité de consubstantialité de la représentation et du représenté, et en conséquence, une substitution de l’un à l’autre. Ainsi les lions, les dragons, les chiens sont exclus du répertoire des sujets possibles de l’art, parce qu’on leur prête implicitement la faculté de quitter l’état d’image et d’agir comme des êtres vivants. »[3]

L’iconoclasme musulman peut être vu comme le pendant de la peur de la rivalité entre les doubles. L’essence tend à se confondre avec l’apparence dans une mentalité sacrificielle. Si les artistes étaient libres de créer des représentations de ce qui est, ils feraient surgir des doubles qui se disputeraient la réalité dans la pensée du croyant musulman.

4. L’attentat suicide comme manifestation exemplaire du désir métaphysique

Le désir métaphysique de Mahomet est l’héritage qu’il a laissé à tous les musulmans. Leur position psychologique par rapport aux « Gens du Livre », comme ils appellent les juifs et les chrétiens, est empreinte de cette rivalité mimétique qui doit aller jusqu’à la négation totale de l’être du modèle. Ce désir métaphysique trouve une expression particulièrement concise dans l’attentat suicide. Dans cet événement, la « montée aux extrêmes » et l’islamisme s’articulent d’une manière fulgurante.

Quand un « shahid » se fait exploser pour tuer des « infidèles », il accomplit simultanément la destruction du modèle, et l’appropriation de l’essence convoitée, car il accède au statut de martyre, le seul qui selon la doctrine de Mahomet garantisse l’accès au paradis.[4]

Une précision doit être faite ici. Une des différences essentielles entre l’islam et le judéo-christianisme est le caractère supraterrestre du paradis islamique. Le jardin d’Eden biblique est un lieu mythique, mais terrestre, alors que le Paradis musulman est décrit d’emblée comme supraterrestre : Adam et Eve « tombent » littéralement des cieux sur terre.[5]

Dans toute rivalité, il y a un objet, et la rivalité ne devient métaphysique que lorsque les frères ennemis oublient l’objet de rivalité au profit de l’essence de l’autre. La rivalité musulmano-occidentale est présentée tout d’abord comme un conflit politique ayant pour enjeu la domination d’un certain territoire, voire de la Terre entière. Cependant, dans l’attentat suicide, ce qui devient manifeste, c’est que l’objet même de la rivalité a été oublié. Le kamikaze qui brûle du désir métaphysique ultime oublie sa vie terrestre, la terre qu’il disputait à son ennemi, pour se concentrer uniquement sur la négation de l’autre. Il peut d’autant plus facilement le faire que, pour lui, le Paradis n’a jamais été de ce monde, à la différence de l’enseignement du judéo-christianisme.

Nous sommes ici en présence d’une conjonction effrayante entre un désir métaphysique et, en dernière analyse, le déni de la valeur de l’objet de la rivalité. La pente entre la rivalité d’objet et la rivalité métaphysique ne pourrait pas être plus glissante. Le judéo-christianisme affirme incessamment la valeur de la création (« Et Dieu vit que cela était bon. »). L’islam dit au contraire : « Ce pan de la création que Je viens de te révéler, Adam, n’ajoute rien à Ma grandeur, à Ma gloire ou à Mon pouvoir, rien à ce que J’ai, si ce n’est ce qu’ajoute une gouttelette d’eau tombant dans sept mers, prolongées par autres sept mers sans limites. »[6]

Si jamais un jour la possibilité d’un affrontement nucléaire entre l’Islam et le judéo-christianisme deviendrait réalité, la destruction de la terre, c’est-à-dire de la création divine, n’arrêterait pas un musulman dans sa montée aux extrêmes. Car Allah ne lui accorde pas la même importance que Dieu.

Conclusion

Cet article, j’en suis tout à fait conscient, manque de références. C’est l’ébauche d’un projet qui nécessiterait plus d’efforts que je ne peux fournir actuellement. Pour étayer cette hypothèse de l’islam comme mimétogonie violente par rapport au judéo-christianisme, il faudrait effectuer deux analyses complémentaires, et homothétiques : d’une part il faudrait analyser la vie de Mahomet et ses rapports avec ses contemporains monothéistes, d’autre part les rapports de l’Islam avec les autres communautés, en tant que ces derniers rapports reproduisent les premiers à une plus grande échelle. La première étude porterait sur le texte du Coran, en tenant compte de l’ordre de la « révélation » des sourates, mis en regard avec la vie de Mahomet telle que la tradition musulmane l’a canoniquement fixée (Al Sîra d’Ibn Isham). La seconde nécessiterait un travail beaucoup plus vaste, qui pourrait par exemple constituer une thèse de doctorat d’Histoire.

Le chantier est énorme, mais les instruments analytiques de la théorie mimétique semblent suffisamment puissants pour comprendre le caractère de la religion islamique. Ce serait un travail passionnant, dans la mesure où la religion islamique porte avec elle une négation explicite de la révélation de la croix, qui est la source de la compréhension anthropologique du fonctionnement de la violence, explicitée par René Girard. On peut dire que l’islam est l’anti-girardisme par excellence, dans la mesure où il est l’anti-christianisme par excellence.

L’enjeu est de taille : si c’est la croix qui nous révèle notre violence, et nous enjoint de la contrôler sous peine d’y succomber, toute négation de la croix, comme l’islam, favorise la méconnaissance de notre violence, la montée aux extrêmes, et la mise à mort des boucs émissaires. La critique de l’islam est donc un combat urgent, et littéralement vital.

[1] Le Monde, le 12 décembre 2007.

[2] Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, L’art figuratif en droits juif, chrétien et musulman. Licencié et docteur en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et diplômé en sciences politiques de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé, Lausanne. Auteur de nombreux ouvrages et articles (voir la liste dans: http://www.sami-aldeeb.com).

[3] Idem, p.36.

[4] « Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah (jihad), Il ne rendra jamais vaines leurs actions. Il les guidera et améliorera leur condition, et les fera entrer au Paradis qu’Il leur aura fait connaître. » (Sourate 47, versets 4-6)

[5] Mahmoud Hussein, Al Sîra, tome 1, p. 62.

[6] Al Sîra, p.64

Voir également:

Condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo

Le Conseil français du culte musulman et les musulmans de France condamnent avec la plus grande détermination l’attaque terroriste d’une exceptionnelle violence commise contre le journal Charlie Hebdo. Cet acte barbare d’une extrême gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse.

Nos premières pensées attristées vont aux victimes et à leurs familles à qui nous exprimons notre totale solidarité dans la terrible épreuve qui les touche.

Dans un contexte international politique de tensions alimenté par les délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’Islam, nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Face à ce drame d’ampleur nationale, nous appelons la communauté musulmane à faire preuve de la plus grande vigilance face aux éventuelles manipulations émanant de groupes aux visées extrémistes quels qu’ils soient.

Paris, mercredi 7 janvier 2015

Docteur Dalil Boubakeur

Président Conseil français
du culte musulman – CFCM

Voir encore:

« Une profanation de la mémoire du Prophète »
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (Gironde)
Propos recueillis par V.Md

08 Janv. 2015

Recteur de la mosquée de Bordeaux (Gironde), Tareq Oubrou est un ardent défenseur du dialogue interreligieux. A ce titre, il participait hier matin, avec d’autres imams de France, à l’audience générale du pape François au Vatican.

Attentat à Charlie Hebdo : « Ils font honte à tous les musulmans »
C’est en sortant de cette rencontre, après avoir échangé quelques mots avec le souverain pontife, qu’il a appris l’horrible nouvelle.

Comment réagissez-vous à l’attentat commis contre « Charlie Hebdo » ?
Tareq Oubrou. Je suis effondré, c’est un acte de guerre. Je pense d’abord aux victimes et à leurs familles. Je ressens aussi un coup dur pour l’islam et les musulmans de France. Le travail d’intégration, de dialogue que nous effectuons depuis des années s’effondre brutalement, en quelques secondes. Les tueurs disent qu’ils ont vengé le Prophète. Mais c’est là une profanation de sa mémoire. En son époque, le Prophète a été caricaturé. Mais il a pardonné à ses adversaires, ses ennemis !

Que faut-il faire pour lutter contre cette haine ?
Les musulmans doivent sortir dans les rues, manifester publiquement leur colère, leur dégoût, leur ras-le-bol. Trop, c’est trop ! Cette mobilisation doit aller au-delà de la communauté musulmane. Tout le monde doit défiler. On a atteint un tel niveau de haine.

Craignez-vous que les musulmans de France soient les victimes collatérales de cette barbarie ?
Ils sont déjà stigmatisés, ils risquent de l’être encore plus, malheureusement. Ils n’avaient pas besoin de ça ! Je fais confiance au bon sens de nos concitoyens qui savent faire la différence entre un musulman normal et un psychopathe. Car ces crimes inqualifiables relèvent de la psychiatrie. Il est impossible que les tueurs soient nourris d’une quelconque spiritualité. Je n’imagine pas que la foi ait un jour caressé leur cœur.

Ces dernières années, une partie de la communauté musulmane s’était élevée contre les caricatures du Prophète par « Charlie Hebdo ». Comment aviez-vous réagi ?
J’étais contre les condamnations et les manifestations. Moi, cela ne m’avait pas choqué. Je suis pour la liberté d’expression tant qu’il n’y a pas d’insulte. Dans ces caricatures, je ne voyais pas d’insulte. La liberté en général, c’est ce qu’il y a de plus cher.

 Voir aussi:

Caricatures offensantes du Prophète Mohamed
Paris, le 1er février 2006

La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans.

La personne du Prophète Muhammad est fortement vénérée dans le monde. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de ridiculiser les fondateurs d’autres religions ou croyances tels que Jésus, Moïse, Bouddha, Confucius, etc…

De tels actes prémédités pour porter atteinte et humilier la foi musulmane sont gratuits, délibérés et pernicieux pour nuire, notamment à la paix religieuse.
Cela ne peut que raviver les tensions en Europe et dans le monde où l’on cherche plutôt à rapprocher les idées et les hommes, non à la diviser et à les opposer.
Les caricatures danoises apportent ainsi des éléments supplémentaires à tous ceux, de tous bords qui ne travaillent que pour aggraver les fractures entre l’Islam et l’Occident.

Aujourd’hui les boutefeux du révisionnisme et les négationnistes touchent à la relecture du nazisme et de ses crimes, et ne se gênent plus pour porter atteinte au sentiment du Sacré qui n’a pas à être jugé ni ridiculisé et encore moins caricaturé par ceux qui n’y croient pas.

Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté.

Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète.

La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme.

Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ».

La Grande Mosquée de Paris condamne fermement cette atteinte inqualifiable du respect que mérite toute croyant quelle qu’elle soit de par le monde. “

Docteur Dalil Boubakeur Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Voir par ailleurs:

5 choses à savoir sur la fatwa contre Salman Rushdie
L’Express

18/09/2012

La fondation religieuse iranienne qui avait mis à prix la tête de Salman Rushdie en février 1989, après la publication des Versets sataniques, a décidé de porter la prime pour son assassinat à 3,3 millions de dollars. Retour en arrière.

Vingt-quatre ans après la publication des Versets sataniques, Salman Rushdie est toujours la cible d’extrémistes musulmans. Dans son roman publié en 1988, deux acteurs indiens décédés dans un accident d’avion reviennent sur Terre, le premier dans la peau de l’archange Gabriel, l’autre sous les traits du diable. Ils deviennent alors les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Peu après sa parution, le roman est accusé de ridiculiser le Coran et Mahomet, et provoque des émeutes et manifestations en Iran, au Pakistan puis dans l’ensemble du monde arabe.

1. Rushdie condamné à mort en 1989
En 1988, un député musulman du parlement de Delhi parvient à faire interdire les Versets sataniques en Inde, afin d’éviter « des heurts entre communautés religieuses ». Quelques mois plus tard, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, chef de la révolution islamique iranienne, publie une fatwa (décret religieux) appelant tous les musulmans à tuer Salman Rushdie. La Fondation du 15 Khordad, proche du gouvernement, met sa tête à prix.

L’écrivain britannique d’origine indienne est alors contraint de vivre sous protection policière, changeant de domicile fréquemment. « Je doute que ceux qui me condamnent aient lu une seule ligne de mon livre », s’indigne-t-il. Au cours des dix années qui suivent, il fait l’objet d’une vingtaine de tentatives d’assassinat. Ses traducteurs japonais et italien sont poignardés et son éditeur norvégien grièvement blessé.

Afin de pacifier les relations entre Londres et Téhéran, le gouvernement iranien dirigé par Mohammad Khatami s’engage publiquement, le 24 septembre 1998, à « ne plus encourager les tentatives d’assassinat contre Rushdie » . Mais la fatwa de Khomeini est toujours d’actualité: son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé en janvier 2005 que Salman Rushdie était un apostat pouvant être tué impunément.

2. Une autobiographie pour raconter son calvaire
Dans son autobiographie à la troisième personne intitulée Joseph Anton, qui paraîtra le 20 septembre en France, Salman Rushdie revient sur les années de cauchemar qui ont suivi sa condamnation à mort, en février 1989. Le titre de l’ouvrage fait référence au nom de substitution qu’il avait choisi afin de garantir sa sécurité. « Il écrivit, côte à côte, les prénoms de Conrad et Tchekhov. Ce nom serait le sien pendant les onze années suivantes. Joseph Anton », raconte-t-il.

3. L’auteur des Versets sataniques n’est toujours pas le bienvenu en Inde
Le 20 janvier 2012, l’écrivain britannique est forcé d’annuler sa venue au festival littéraire de Jaipur après avoir reçu des menaces de mort de militants islamistes. Le premier ministre du Rajahstan, Ashok Gehlot, affirme au Times Of India que la présence de l’auteur des Versets sataniques pourrait déclencher « des manifestations de groupes musulmans » et mettre en péril la sécurité de tous.

Quant à l’adaptation cinématographique du roman de Rushdie, Les Enfants de minuit, elle n’a toujours pas trouvé de distributeur en Inde. « Quel dommage que des politiques frileux empêchent la population indienne de se forger sa propre opinion concernant ce film », déplore sa réalisatrice, Deepa Mehta.

4. Les Versets sataniques: un livre « qui ne serait pas publié aujourd’hui »
Salman Rushdie a récemment déclaré, dans une interview accordée à la BBC, qu’il serait « difficile » de publier aujourd’hui un « livre qui critique l’islam » comme Les Versets sataniques. Pour accréditer sa position, il cite notamment la décision récente de la chaîne de télévision Channel 4 d’annuler la projection privée d’un documentaire sur l’histoire de l’islam pour des raisons de sécurité. Dans une autre interview donnée à la chaîne de télévision indienne NDTV et diffusée sur leur site internet, l’écrivain qualifie de « répugnante » la flambée de violences anti-américaines qui a éclaté mardi 11 septembre dans le monde arabe pour protester contre The Innocence of Muslims (L’Innocence des musulmans), un film « stupide », selon ses termes, qui dénigre la religion musulmane.

5. Rushdie, plus menacé que jamais?
Après les troubles suscités dans le monde musulman par la diffusion sur internet du film The Innocence of Muslims, la fondation religieuse iranienne qui a mis à prix la tête de Salman Rushdie a décidé d’augmenter de 500 000 dollars la prime pour son assassinat. Cette dernière atteint désormais 3,3 millions de dollars. « Tant que l’ordre historique de Khomeiny de tuer l’apostat Salman Rushdie […] n’aura pas été exécuté, les attaques comme celle de ce film offensant le prophète se poursuivront », a déclaré l’ayatollah Sanei. « L’ordre de tuer Rushdie avait été donné pour éradiquer les racines de la conspiration anti-islamique et il serait très approprié de l’exécuter en ce moment », a-t-il ajouté.

Voir de plus:

Après Charb, la triste liste des dix personnes à abattre selon Al-Qaida

Vanity Fair
15/01/201515

L’attentat à Charlie Hebdo a été revendiqué par Al-Qaida au Yémen. Le dessinateur Charb, abattu par les deux terroristes mercredi 7 janvier, figurait sur la liste des onze personnes à tuer du magazine djihadiste Inspire.

La publication, créée en 2010 par Al-Qaida dans la péninsule arabique, est distribuée sur internet, à destination des candidats au djihad anglo-saxons. Elle bénéficie d’un traitement occidental dans sa maquette et ses articles. Son contenu, lui, fait pâlir : interviews de djihadistes, recettes pour faire des bombes artisanales ou incendier des voitures et une kill-list, regroupant, selon Inspire, les ennemis de l’Islam. « Recherchés morts ou vifs pour crimes contre l’Islam. Une balle par jour pour lutter contre les infidèles » (« One bullet a day keeps the infidele away », en référence à l’adage anglais : « One apple a day keeps the doctor away »)

La liste cite des journalistes, des autorités religieuses, penseurs ou écrivains aux opinions très diverses sur l’Islam. Pêle-mêle, on retrouve des critiques constructives envers l’intégrisme, mais aussi des islamophobes notoires.

Selon le New York Mag, ils ont « tous commis au moins une action considérée par les djihadistes comme méritant la mort ». Ces 11 personnes ont déjà reçu des menaces de mort, mais jusqu’à mercredi 7 janvier, aucun d’eux ne les avait vues mises à exécution.

Il en reste 10 :

Ayaan Hirsi Ali : Activiste d’origine somalienne, citoyenne néerlandaise, elle s’est fait connaître pour ses positions contre l’excision puis sur l’incompatibilité, selon elle, entre l’Islam et les valeurs occidentales. Elle était une proche de Theo van Gogh, cinéaste assassiné en 2004. Elle s’est exilée aux États-Unis.

Terry Jones : Ce pasteur américain s’est fait connaître pour ses sorties contre l’islam. En 2010, c’est lui qui a brûlé 3000 exemplaires du Coran, un pour « chaque personne tuée par l’Islam le 11-Septembre ».

Molly Norris : Journaliste au Seattle Weekly, elle mène profil bas depuis 2010, quand Inspire l’a ajoutée à sa liste, après avoir voulu créer « le jour de la caricature de Mahomet ». Selon l’association qui se bat pour elle, elle a changé d’identité et de métier.

Carsten Juste : Journaliste danois, ancien rédacteur en chef du Jyllands-Posten, qui a publié, en 2005, les caricatures de Mahomet, reprises ensuite par Charlie Hebdo. Il s’est excusé depuis, mais a fait l’objet de nombreuses menaces de mort.

Flemming Rose : Rédacteur en chef du service culture du Jyllands-Posten, il n’a pas cédé aux pressions et exerce toujours son métier de journaliste dans le journal danois, collaborant aussi au New York Times.<