Complotisme: Attention, un complot peut en cacher un autre (From al-Dura to Charlie hebdo: Guess who the conspiracy theorists’s usual suspects are ?)

4 février, 2015
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La carte des théories révisionnistes épouse parfaitement celle de l’antiaméricanisme dans le monde. Claude Moniquet
Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. (…) Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Karl Popper
Vigipirate, en lui-même, c’est une énorme blague. (…) Les règles d’engagement de vigipirate ne nous permettent pas d’avoir de réelles possibilités d’action en cas d’attaque terroriste (…) parce que si on est attaqué avec un couteau, on doit avoir une réponse proportionnée, donc on peut pas utiliser nos armes. (…) Les munitions sont sous cadenas. Et si jamais quelqu’un tire, donc il faut qu’on demande l’autorisation au lieutenant pour ouvrir le feu. Et il faut qu’on déplombe nos armes. (…) parce que les armes sont plombées. Et qu’on charge l’arme. (…) Parce qu’il n’y a que le chef de patrouille qui a le droit d’avoir l’arme chargée. (…) Il n’y en a qu’un qui a son arme chargée. Et ça dépend du niveau d’alerte. Et on n’a pas les armes chargées. (…) Donc le temps qu’on charge, qu’on arme notre arme, nous, on est mort. (…) C’est juste pour un effet de presse, un coup de pub. (… ) On se faisait insulter, on se faisait cracher dessus, on n’avait pas le droit de bouger le petit doigt.  Nicolas (ancien militaire)
The heavily armed soldiers who protect Jewish institutions (…) are soldiers, not police, and so not trained to be alert to street problems. They tend to get distracted by their smartphones or pretty girls passing by. They clutch their assault rifles across their bodies, which leaves them vulnerable to someone driving by and shooting at them. As confirmed by today’s attack, the ostensible protection they offer actually provokes Islamists and other antisemites. They are only posted temporarily to the Jewish institutions in the aftermath of the Hyper Cacher attack a month ago and before long will leave. They protect only the institutions themselves, not the people who come and go to them, who remain as vulnerable as ever. In short, the soldiers are sitting ducks whose deployment does little to protect the Jewish community or solve the larger problem of Islamist violence. But it does offer another instance of emotionally satisfying « security theater » which temporarily gives everyone a constructive sense of doing something. Daniel Pipes
Just a few hours after the massacre at the offices of satirical French paper Charlie Hebdo, members of the far-right and far-left in Europe and America quickly decided who was responsible: the Mossad. Writing on her Facebook page, Greta Berlin, organizer of the 2010 Gaza flotilla and co-founder of the Free Gaza movement, argued that the attack was Israeli retribution for France’s recognition of a Palestinian state (…)  The idea that Israel carried out the massacre became so widespread that it was picked up by a more reputable publication, the International Business Times, which gave a respectful airing to the possibility in a piece titled “Charlie Hebdo Attack and Mossad Link: Is Israel Venting Its Fury For France’s Recognition of Palestine State?” After public outcry from readers and journalists, the article was taken down and replaced with a forthright apology deeming the piece “beneath our standards” and a “basic lapse in judgement.” Tablet
En ce qui nous concerne, nous autres Arabes, nous pouvons dire : « Bienvenue au club ! » Car les théories du complot sont presque une marque de fabrique de nos cultures nationales. Bienvenue dans un monde où à peu près tous les régimes et à peu près tous les acteurs politiques en ont usé pour assurer leur longévité. Ce qui a engendré la tyrannie. Le principal intérêt de cette façon de présenter le monde est que, finalement, personne n’est jamais responsable de ce qui arrive, si ce n’est une « cinquième colonne » ou les « mains du sionisme et de l’impérialisme » ou encore des « Croisés ». Bref, nous n’exportons pas seulement notre terrorisme mais aussi la théorie qui va avec ! Dala Al-Bizri
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
Nous avons commis une terrible erreur, un texte malencontreux sur l’une de nos photos du jour du 18 avril dernier (à gauche), mal traduit de la légende, tout ce qu’il y a de plus circonstanciée, elle, que nous avait fournie l’AFP*: sur la « reconstitution », dans un camp de réfugiés au Liban, de l’arrestation par de faux militaires israéliens d’un Palestinien, nous avons omis d’indiquer qu’il s’agissait d’une mise en scène, que ces « soldats » jouaient un rôle et que tout ça relevait de la pure et simple propagande. C’est une faute – qu’atténuent à peine la précipitation et la mauvaise relecture qui l’ont provoquée. C’en serait une dans tous les cas, ça l’est plus encore dans celui-là: laisser planer la moindre ambiguïté sur un sujet aussi sensible, quand on sait que les images peuvent être utilisées comme des armes de guerre, donner du crédit à un stratagème aussi grossier, qui peut contribuer à alimenter l’exaspération antisioniste là où elle s’enflamme sans besoin de combustible, n’appelle aucun excuse. Nous avons déconné, gravement. J’ai déconné, gravement: je suis responsable du site de L’Express, et donc du dérapage. A ce titre, je fais amende honorable, la queue basse, auprès des internautes qui ont été abusés, de tous ceux que cette supercherie a pu blesser et de l’AFP, qui n’est EN AUCUN CAS comptable de nos propres bêtises. Eric Mettout (L’Express)
Comment expliquer qu’une légende en anglais qui dit clairement qu’il s’agit d’une mise en scène (la légende, en anglais, de la photo fournie par l’AFP: « LEBANON, AIN EL-HELWEH: Palestinian refugees pose as Israeli soldiers arresting and beating a Palestinian activist during celebrations of Prisoners’ Day at the refugee camp of Ain el-Helweh near the coastal Lebanese city of Sidon on April 17, 2012 in solidarity with the 4,700 Palestinian inmates of Israeli jails. Some 1,200 Palestinian prisoners held in Israeli jails have begun a hunger strike and another 2,300 are refusing food for one day, a spokeswoman for the Israel Prisons Service (IPS) said. »), soit devenue chez vous « Prisonnier palestinien 18/04/2012. Mardi, lors de la Journée des prisonniers, des centaines de détenus palestiniens ont entamé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention », étonnant non ? David Goldstein
Ce sont les récents événements de la Guerre de Gaza, ou plutôt leur réfraction dans l’opinion publiée, dans les médias, chez les hommes politiques, les diplomates, les universitaires et les classes bavardeuses, qui suscitent cette réflexion : la guimauve sentimentaliste dégouline de tous côtés pour décrire la « souffrance des Palestiniens ». A la bourse victimologique, le « Palestinien » vaut bien plus que le Darfourien massacré par les Arabes du Nord-Soudan, l’Iranien lapidé ou pendu par les mollahs, la fillette pakistanaise ou afghane décapitée ou défigurée à l’acide par les Talibans, l’Indien de Bombay ou du Cachemire assassiné par les moudjahidines islamistes. Divisez le nombre de palestiniens par les centimètres de journal (ou les minutes télévisées) qui leur sont consacrés, vous obtiendrez un ratio qui défie toute concurrence, une proportion disproportionnée. Ce demi-monde de trop volubiles discoureurs sélectionne soigneusement ce qu’il « voit », à l’exclusion du reste. (…)  Chacun devrait le savoir et y penser : dans la mesure où la photo n’est pas purement et simplement truquée ou le fruit d’un montage ou d’une mise en scène, qu’y a-t-il avant la photo, en amont pour ainsi dire ? Y a-t-il un Hamas qui a de propos délibéré rompu la trêve ? Un Hamas qui vole l’aide internationale pour la revendre au prix fort et faire dire par ses perroquets préférés du Monde et de Reuters qu’Israël a monté un blocus qui cause une crise humanitaire ? Un Hamas qui a lancé des attaques de terreur sans nombre contre les points de transit où passait le commerce entre Israel et Gaza, forçant Israel à les fermer ou à les restreindre ? Un Hamas qui a balancé plusieurs milliers de roquettes sur les villes du sud d’Israël ? Un Hamas, dont la Charte exige inconditionnellement la destruction d’Israël et le massacre des Juifs ? Un Hamas qui place ses lanceurs de projectiles dans les hôpitaux, les écoles, les mosquées – sachant que les Israéliens hésiteront à les frapper, que les médias se jetteront comme des prédateurs sur les morts éventuelles de boucliers humains ? Un Hamas qui préfère sacrifier la population (« martyre »), chair à canon, parce que les chairs sanguinolentes valent cher sur la BBC, France 2 et autres professionnels du trompe-l’œil ? Le Hamas promeut ce Grand-Guignol parce que le théâtre vivant permet à ses propagandistes de stigmatiser le Satan, en occultant le contexte, l’amont, l’histoire et le contenu, pour ne présenter que les horreurs de la guerre. Il n’y a pas de cause – hormis Satan – il n’y a que des effets ! Tel est l’effet d’une acceptation inconditionnelle du fabliau-fiction arabo-palestinien, qui est devenu, qu’on me pardonne l’expression, vérité d’Evangile pour la victimophilie pro-palestinienne d’esprits dérangés, quoique nombreux. J’y vois la confluence de deux phénomènes : d’un côté, l’effacement progressif de la honte postérieure à la Shoah. « Y’en a marre de ces histoires de génocide. On ne va pas passer l’éternité là-dessus, quand même ! ». Les arbitres des élégances du politiquement correct répètent, sans le savoir, à la virgule près, ce que l’extrême-droite négationniste martelait dans les années soixante et soixante-dix (elle imite également le monde stalinien qui niait en bloc que le Nazisme ait visé les Juifs en tant que tels). D’un autre côté, l’époque contemporaine est caractérisée par ce que le philosophe allemand Friedrich Nietzsche avait appelé « l’inversion de toutes les valeurs». Expliquons-nous : Comment peut-il se faire qu’une organisation-filiale des Frères musulmans, qui prêche la haine et la destruction de l’Occident, la soumission manu militari des dhimmi, l’instauration universelle de la charia, crucifixion, lapidation, amputation comprises ; qui, à de nombreuses reprises, a procédé à des massacres à grande échelle d’opposants palestiniens (sans parler des Israéliens, on s’en fiche, voir plus haut), qui terrorise sa propre société, bannissant, interdisant, fulminant ; qu’une organisation qui démontre sans cesse qu’elle se contrefiche du bien-être de ses compatriotes, que seul compte le djihad ; qu’un Palestinien ne vaut que « martyr » mort : comment se fait-il donc que le Hamas ait recruté comme valets de plume et d’image, qui cachent soigneusement ce qui ne peut être montré ni avoué, qui opèrent comme les appendices médiatiques de la propagande du Hamas, qui acceptent d’opérer sous son contrôle et sa censure, une grande partie des médias occidentaux ? On ne s’étonne pas de l’abjection des goebbelsiades qui font l’ordinaire d’Al-Jazeera, dans le lointain Qatar. On a la faiblesse de s’interroger sur celle des radios, télévisions et journaux occidentaux. Comment expliquer leur inversion des valeurs ? Souvenez-vous, ce que je décris à propos de Gaza valut également, en Août 2006 au Liban, quand il ne fut pas d’énorme mensonge proféré par les metteurs en scène du Hezbollah, qui ne fut avalé et resservi par cette trop docile presse occidentale. Toujours consentante à écrire sous la dictée des barbus de l’Islam, tant qu’elle peut publier des photos (truquées) qui accablent les ennemis israéliens des tueurs chiites. La pratique devenue normale et habituelle des médias occidentaux, à quelques exceptions près, c’est de titrer : « Pearl Harbour : attaque des Américains contre des avions japonais » en ne mentionnant qu’en petit et à la fin l’attaque nippone. Cette inversion du réel aura été permanente au cours du XXème siècle. Le putsch bolchévique d’Octobre 1917, nervis et bas-fonds lancés à l’assaut des bâtiments publics de Saint Petersburg par un doctrinaire cherchant l’occasion de mettre en application ses utopies sanglantes ouvrit le bal. Les appels hypocrites de Lénine à donner « la terre aux paysans » et «tout le pouvoir aux Soviets » – avant de confisquer l’une et l’autre –donnèrent l’impression, avec ses exhortations à l’Apocalypse révolutionnaire universelle, que le Soleil s’était levé pour la première fois, que la Fin de l’Histoire, prédite par Marx et tous les Utopistes, étaient proche. Chez les peuples européens, secoués par les horreurs du premier conflit mondial, l’écho fut retentissant : on voulait que cela fût vrai afin que prenne fin l’épouvante et que commence l’Ere nouvelle. Pour les intellectuels, l’Homme nouveau ferait table rase de la «société bourgeoisie ». La « bourgeoisie », cette fiction idiote, réunissait le mépris aristocratique des classes moyennes et la détestation bohème d’une société réglée et ordonnée. Elle idéalisait l’héroïsme aux dépens des vertus qui furent baptisées « victoriennes ». Elle appelait de ses vœux l’Apocalypse où le Héros renverserait la « société marchande », et nommait le Prolétariat Rédempteur messianique de substitution. L’inversion du réel est fondée sur une inversion des valeurs. Le rejet des valeurs « bourgeoises » (alors que l’Europe de 1914 n’est qu’au sens le plus minime du terme « capitaliste » et était, en vérité, très largement soumise aux forces littéralement féodales, (comme l’Empire allemand de Guillaume II) exigeait que l’on idolâtre ses ennemis. Tout ce qui s’opposait, ou prétendait s’opposer, à la société «bourgeoise » devint bon ; tout ce qui voulait la renforcer devint mauvais (d’où les intéressants va-et-vient entre nazis et communistes). Moscou, où affluaient les escrocs et les fanatiques, les charlatans et les aventuriers, les idéologues et les désaxés, devint le centre de redistribution intellectuel de ces valeurs inverties qui exaltaient la destruction radicale de l’Occident : Musulmans devenus « rouges », anarchistes communisés, officiers reconvertis de l’Armée et de la police secrète du Tsar, démagogues assoiffés de pouvoir, mystiques et pornographes-tueurs à la Raspoutine. Cela s’appelait l’Internationale communiste. C’est elle, et c’est eux, qui donnèrent le « la » aux versions délirantes de la politique du XXème siècle, qui, par la grâce des positions importantes occupées par l’intelligentsia politico-ambitieuse, enivrée de son propre romantisme, devinrent souvent les versions acceptées, à l’école et à l’université, dans la presse et la littérature. (…) Pour que réussissent les aventuriers de l’horreur, Il fallait que les intelligentsias et les diplomates, les journalistes et les professeurs les bénissent et prononcent avec génuflexions admiratives leurs messes et leurs sermons approbateurs. C’est ainsi que Michel Foucault se fit le chantre de l’Ayatollah Khomeiny et de la révolution islamique iranienne ! Il n’est pas de tyran de gauche ou d’extrême-gauche, de national-socialiste du tiers-monde, qui n’ait trouvé pour l’encenser quelques intellectuels de la Rive Gauche, de Bloomsbury, de Harvard Square, de Kreutzberg ou de l’Università statale. (…)  L’inversion des valeurs conduit à l’essor d’un faux réel où, répété indéfiniment, le mensonge devient officiel, obligatoire, universel. Je propose donc de comprendre l’étrange lubie qui possède une partie si importante de l’Occident comme le résultat de la grande inversion des valeurs qui plaça la destruction de l’Occident « bourgeois » en tête de ses priorités, et fit de tout ce qui se parait de l’étiquette de « révolutionnaire » le fin du fin. Que cette lubie ait retrouvé le plus familier des Satan de son histoire, et s’allie en ceci avec un monde islamique si violemment porté à l’espérance du génocide, n’est malheureusement pas très étonnant. Laurent Murawiec
C’est un mystère pourquoi tant de médias acceptent comme parole d’évangile les chiffres du Hamas sur le nombre de civils tués dans la récente guerre. Le Hamas proclame que 90% des 1800 Palestiniens tués sont des civils. Israël dit que la moitié des tués sont des combattants. Les faits objectifs sont plus proches de ce que dit Israël que du Hamas. Même des organisations de droits de l’homme anti-israéliennes reconnaissent, selon le New York Times, que le Hamas compte probablement parmi ces « civils tués par Israël », les groupes suivants : les Palestiniens tués comme collaborateurs, ceux tués de violences domestiques (crimes d’honneur), les Palestiniens tués par des roquettes ou obus de mortier du Hamas et les Palestiniens qui sont morts de mort naturelle durant le conflit. Je me demande si le Hamas compte aussi les 162 enfants qui sont morts en travaillant comme esclaves pour construire les tunnels. Le Hamas ne comptabilise pas comme combattants, ceux qui construisent les tunnels, ni ceux qui permettent à leurs maisons d’être utilisées comme cache d’armes et lancement de roquettes, ni les policiers du Hamas, ni les membres de la branche politique et ni les autres qui travaillent main dans la main avec les terroristes armés. Il y a plusieurs années, j’ai forgé un concept pour essayer de montrer que la distance entre un civil et un combattant n’est souvent qu’une question de degré, je l’ai appelé « continuum of civilianality ». Il est clair qu’un enfant dont l’âge ne lui permet pas encore d’aider les combattants du Hamas est un civil et qu’un combattant du Hamas qui tire des roquettes, porte des armes ou opère dans les tunnels est un combattant. Entre ces deux extrêmes, se trouve une grande variété de gens, dont certains sont plus proches des civils et certains sont plus proches des combattants. La loi de la guerre n’a pas établi de distinction claire entre combattants et civils, en particulier dans un contexte de guerre urbaine où des gens peuvent transporter des armes la nuit et être boulangers durant la journée, ou tirer des roquettes durant la journée et aller dormir avec leurs familles la nuit. (…) Les données publiées par le New York Times suggèrent fortement qu’un très grand nombre, peut-être la majorité des gens tués sont plus proches du combattant de l’extrêmité de l’échelle que du civil de l’extrémité de l’échelle. Premièrement, la vaste majorité des tués sont plutôt des hommes que des femmes, deuxièmement la majorité ont entre 15 et 40 ans, le nombre de personnes âgés de plus de 60 ans sont rarissimes, le nombre d’enfants en dessous de 15 ans est aussi relativement petit, bien que leurs images aient été prépondérantes ! En d’autres termes, les genres et âges des tués ne sont pas représentatifs de la population générale de Gaza mais plus représentatifs du genre et de l’âge des combattants. Ces données suggèrent qu’un très grand pourcentage de Palestiniens tués sont du coté des combattants de l’échelle (continuum). Elles prouvent également, comme si des preuves étaient nécessaires à des yeux impartiaux, qu’Israël n’a pas ciblé des civils au hasard. Si cela était le cas, les tués seraient représentatifs de la population générale de Gaza plutôt que de sous-groupes étroitement associées à des combattants. Les médias devraient cesser immédiatement d’utiliser les statistiques approuvées par le Hamas qui déjà dans le passé se sont révélés être très peu fiables (…) Les médias font preuve de paresse en s’appuyant sur les chiffres de la propagande du Hamas et mettent en danger la profession. Lorsque l’infâme rapport Goldstone a faussement affirmé que la grande majorité des personnes tuées dans l’Opération Plomb Durci étaient des civils et non des combattants du Hamas, beaucoup d’habitants de Gaza se sont plaints, ils ont accusé le Hamas de lâcheté puisque tant de civils avaient été tués alors que les combattants avaient été épargnés. À la suite de ces plaintes, le Hamas a été forcé de dire la vérité : il a reconnu le nombre de combattants et policiers armés tués. Il est probable que le Hamas fera une « correction » similaire à l’égard de ce conflit. Mais cette correction ne sera pas diffusée dans les médias, comme la correction précédente ne l’avait pas été. Les gros titres du genre « La plupart des personnes tuées par Israël sont des enfants, des femmes et des personnes âgées » vont continuer à être diffusés malgré la fausseté des faits. Tant que les médias ne démentiront pas, le Hamas poursuivra sa « stratégie de bébés morts » et plus de gens des deux côtés vont mourir. Alan Dershowitz
Le Hamas a lancé une guerre sophistiquée et même brillante de propagande médiatique. « Toute personne tuée ou morte en martyr doit être appelée un civil de Gaza ou de Palestine », a annoncé le mouvement aux Gazaouis dans une annonce publique, « avant même que l’on parle de son statut dans le djihad ou de son rang militaire ». Le Hamas a enjoint la population à utiliser l’élément de langage « civils innocents » autant que possible lorsqu’ils s’adressent aux journalistes. Le Hamas lance des roquettes depuis les zones les plus densément peuplées de la Bande de Gaza – soit la ville de Gaza, Beit Hanoun dans le Nord et Khan Younis dans le Sud – et dit aux combattants de tirer depuis des sites sensibles comme les écoles, les églises, les mosquées, les infrastructures des Nations-Unies et les hôpitaux. C’est une stratégie gagnant-gagnant : si Israël est dissuadé, les infrastructures et les soldats du Hamas sont préservés ; si Israël tire malgré tout, les pertes civiles seront une victoire pour la propagande du Hamas. La stratégie médiatique du Hamas a été illustrée par son utilisation de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza. Là, au vu et su de tous, les chefs ont commandité leur offensive depuis un bunker souterrain caché sous l’hôpital. Les reporters étaient interdits d’accès au bunker et étaient invités à la place à un point presse dans la cour de l’hôpital. Ici, les journalistes qui cherchaient à interviewer le Hamas devaient faire la queue, un poste idéal pour prendre des photos de civils et de combattants blessés (ces derniers étant inévitablement habillés en civils) qui étaient amenés à toute vitesse à l’intérieur de l’hôpital. Oren Kessler
Si vous n’avez pas d’arme, nos frères vous ont montré le chemin (…)  Tuez donc à l’aide d’un couteau un policier. Prenez son pistolet. Avec ce pistolet, tuez un militaire. Prenez son fusil et lancez vous dans le chemin de votre seigneur. Ce n’est qu’un paradis qui vous attend et la chaada est sans douleur. Vidéo de propagande de l’Etat islamique
Nous sommes face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès. Cela implique la mobilisation de moyens exceptionnels. 1.200 ressortissants Français sont allés en Irak et en Syrie, 580 y sont allés et en sont revenus, 200 veulent y aller. Et 185 sont quelque part en Europe sur le chemin pour y aller. Bernard Cazeneuve
L’image et la vidéo de l’exécution du policier ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux. Et régulièrement, la question de l’absence de sang revient. Selon certains internautes, ce serait une nouvelle preuve d’un coup monté et l’agent ne serait peut-être même pas mort. Les réponses n’ont pas tardé à venir d’elles-mêmes. Plusieurs dizaines de témoignages d’habitants et de secouristes vont dans le même sens. Ahmed Merabet a bel et bien été tué, dans l’exercice de ses fonctions, par des tirs d’arme automatique. Le sang a bel et bien coulé sur ce trottoir du boulevard Richard-Lenoir. [La carte d’identité oubliée] Un oubli qui avait effectivement de quoi intriguer les internautes, quand les terroristes font preuve d’une importante maîtrise des armes sur les différentes vidéo. Pourtant, les enquêteurs le rappellent : plusieurs éléments de leur action semblent avoir été mal préparés. L’entrée au mauvais numéro de la rue, l’abandon de la première voiture après en avoir perdu le contrôle et avoir percuté des poteaux, la fuite sans nourriture… Reste la piste d’un abandon volontaire de la carte d’identité pour brouiller les pistes. Mais les prélèvements génétiques réalisés dans la voiture ont confirmé cette même identité, selont FTVI. Libération évoque également des chargeurs de kalachnikovs « oubliés dans la Citroën » qui permettent là aussi de remonter la même piste. Enfin, il ne faut pas écarter la possibilité d’un acte volontaire. Les frères Kouachi aurait pu, avec cet acte, revendiquer clairement leur attaque. France bleu
Des examens ont prouvé que les tirs d’armes qui sont censés avoir tué le petit Mohammed ne pouvaient pas provenir du côté israélien. Dans ce cas, de quel côté provenaient-ils ? L’enfant – après avoir été déclaré mort – semble avoir bougé tout seul de place à plusieurs reprises. Comment cela fut-il possible ? Des images tournées quelques secondes après le drame ne montrent aucune trace de sang à l’endroit où l’enfant aurait été tué. Plus tard, lorsque les journalistes furent invités pour filmer les lieux, on aperçoit une grosse flaque de sang. D’où venait-elle ? Que signifient les différentes scènes dans lesquelles on voit des Palestiniens soit-disant blessés, mais qui selon toutes probabilités semblent avoir joué la comédie ? Que faisaient tous les spectateurs que l’on aperçoit sur les lieux et qui n’ont manifestement pas l’attitude de personnes en situation de danger – prises sous le feu israélien – mais plutôt celle d’individu qui assistent à un tournage de film ? Que signifie le signe « deux » que fait avec une main le caméraman palestinien et qui semble indiquer qu’il s’agit de la deuxième prise de vue, comme le font les caméramen lors d’un tournage d’un film ? Lucas Martin

Et si la carte des théories conspirationnistes épousait tout simplement, comme le rappelait récemment Claude Moniquet pour le révisionnisme antiaméricain, celle de l’antisémitisme dans le monde ?

Au lendemain d’une nouvelle attaque au couteau contre des militaires …

Au moment même où sortait une nouvelle vidéo de l’Etat islamique appelant les musulmans français à « faire exploser la France » en prenant les armes des forces de l’ordre …

Pendant que, tant sur les réseaux sociaux que dans les cerveaux de nombre de nos concitoyens, continuent à fleurir les théories du complot sur les attentats de Charlie hebdo et de l’Hypercacher …

Comment ne pas repenser à ces appelés qui expliquaient il y a quelques temps sur RMC que la plupart des armes des appelés du Plan vigipirate étaient en fait non chargées ?

Et comment aussi ne pas s’émerveiller, entre deux manifestations anti-israéliennes y compris avec le drapeau noir dudit Etat islamique, de l’incroyable esprit critique et sagacité de nos nouveaux maitres du soupçon

Quant à toutes ces images bidonnées, dont nous abreuvent nos médias depuis des années, sur les femmes et les enfants de Gaza

Et notamment concernant cette autre victime dont, il y a bientôt quinze ans, on n’a pas non plus vu le sang …

Mais dont on a si vite et si catégoriquement attribué la mort délibérée …

Aux prétendus tueurs d’enfants de l’Armée israélienne …

A savoir le petit Mohammed ?

L’affaire Mohammed Al Dura
Lucas Martin
Mediapart
14 février 2013

Au mois de septembre 2000, lors d’un échange de feu entre l’armée israélienne et des palestiniens, des images difficiles ont été filmées à propos du jeune Mohammed Al Dura et de son père. Sous les balles, le père demandait un arrêt des tirs, tandis que son enfant tentait de se protéger sur ses genoux.

Quelques instants plus tard, on aperçoit le jeune Mohammed et une voix qui crie : « L’enfant et mort ! L’enfant est mort ! » Que s’est-il passé exactement ce jour-là ?

Pour le journaliste d’Antenne 2 – Charles Enderlin – le doute n’existe pas : ce sont les tirs de l’armée israélienne qui ont tué l’enfant. Selon Philippe Karsenty, il s’agit plutôt d’une imposture : l’enfant n’a jamais été tué, les tirs provenaient des Palestiniens et le tout devait servir à démontrer l’agression israélienne. Ni Charles Enderlin, ni Philippe Karsenty n’étaient sur les lieux de l’incident. Comment savoir ce qui s’est passé réellement ?

Le documentaire (en deux parties) présenté ci-dessous dresse le tableau des points obscurs de cette affaire. Sans prendre position, ses auteurs relèvent les contradictions que nous pouvons apprécier à leur juste valeur. Il est important de regarder ce documentaire afin de se faire une idée précise de l’affaire.

En résumé, les questions les plus importantes à se poser sont les suivantes :

Des examens ont prouvé que les tirs d’armes qui sont censés avoir tué le petit Mohammed ne pouvaient pas provenir du côté israélien. Dans ce cas, de quel côté provenaient-ils ?
L’enfant – après avoir été déclaré mort – semble avoir bougé tout seul de place à plusieurs reprises. Comment cela fut-il possible ?
Des images tournée quelques secondes après le drame ne montrent aucune trace de sang à l’endroit où l’enfant aurait été tué. Plus tard, lorsque les journalistes furent invités pour filmer les lieux, on aperçoit une grosse flaque de sang. D’où venait-elle ?
Que signifient les différentes scènes dans lesquelles on voit des Palestiniens soit-disant blessés, mais qui selon toutes probabilités semblent avoir joué la comédie ?
Que faisaient tous les spectateurs que l’on aperçoit sur les lieux et qui n’ont manifestement pas l’attitude de personnes en situation de danger – prises sous le feu israélien – mais plutôt celle d’individu qui assistent à un tournage de film ?
Que signifie le signe « deux » que fait avec une main le caméraman palestinien et qui semble indiquer qu’il s’agit de la deuxième prise de vue, comme le font les caméramen lors d’un tournage d’un film ?

Nous n’avons pas les réponses à ces questions. De nombreux journalistes (danois, allemands, israéliens…) doutent sérieusement de la véracité de la version palestinienne. Le caméraman palestinien lui-même affirme que l’enfant n’a pas été tué. Alors ?

(On pourra consulter avec intérêt le résumé de l’affaire sur Wikipedia.)

 Mohamed al-Dura : un rapport israélien dénonce un montage
Le Point
20/05/2013

Le gouvernement affirme que l’enfant palestinien n’est pas mort en 2000 dans les bras de son père sur la base d’images non montées dans le reportage.

Le gouvernement israélien a affirmé dimanche dans un rapport qu’un reportage de France 2 sur la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père en 2000 était « infondé », affirmant s’appuyer sur des images non montées du reportage. Ce document, qui réitère des positions de dirigeants politiques et militaires israéliens, est publié à quelques jours d’une décision de justice à Paris sur une affaire de diffamation entre l’auteur du reportage datant du 30 septembre 2000, le journaliste Charles Enderlin, contre Philippe Karsenty, directeur d’un site d’analyse des médias.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui-même salué la conclusion du rapport d’une quarantaine de pages qu’il avait commandité en septembre. « La version répandue par le reportage a servi d’inspiration et de justification au terrorisme, à l’antisémitisme et à la délégitimation d’Israël », a-t-il estimé. « Il n’y a qu’une seule façon de contrer les mensonges, c’est par la vérité », a insisté Benyamin Netanyahou, cité dans un communiqué accompagnant la publication du rapport.

« On voit l’enfant vivant »

« Les accusations et affirmations centrales du reportage de France 2 sont infondées dans le matériau que la chaîne de télévision avait en sa possession au moment du reportage », assure ce rapport. « Contrairement à l’affirmation du reportage selon lequel l’enfant a été tué, le visionnage par la commission (gouvernementale) des images non montées montre que dans les scènes finales, qui n’ont pas été diffusées par France 2, on voit l’enfant vivant », selon le texte. La chaîne a refusé de fournir les images non montées du reportage aux autorités israéliennes, a indiqué l’auteur du rapport, Yossi Kuperwasser, directeur général du ministère des Relations internationales, sans préciser comment la commission israélienne s’était néanmoins procuré les images sur lesquelles elle fonde ses conclusions.

Le reportage montrait un Palestinien de 12 ans, Mohammad al-Dura, protégé par son père Jamal alors que tous deux sont pris sous les tirs croisés entre l’armée israélienne et des combattants palestiniens, au tout début de la deuxième Intifada (2000-2005). Selon le rapport israélien, il n’y a pas de « preuve que Jamal ou l’enfant aient été blessés de la manière présentée par le reportage (…). Au contraire, il y a de nombreuses indications selon lesquelles aucun des deux n’a été touché. » Selon le document, l’examen balistique des impacts de balles à proximité du père et de l’enfant « montre qu’il est extrêmement douteux que les balles puissent avoir été tirées depuis la position israélienne comme l’implique le reportage de France 2 ».

Rapport « fabriqué de toutes pièces »

« Nous avons toujours dit, y compris à la Cour suprême israélienne, que nous étions prêts à une enquête publique indépendante selon les standards internationaux », a répondu Charles Enderlin. « Nous n’avons jamais été contactés pour une enquête israélienne quelconque. Kuperwasser n’a jamais contacté France 2. S’il l’avait fait, nous aurions demandé de quelle enquête il s’agissait et s’il était question d’une commission indépendante », a-t-il souligné. « Nous avions aussi annoncé que nous étions prêts à aider Jamal, le père de l’enfant, pour un test ADN du corps de son fils si nécessaire », a ajouté le journaliste.

Sur twitter le journaliste s’étonne des conclusions du rapport
Rapport israélien : Jamal al dura n’a pas été blessé les chirurgiens qui l’ont opéré à Amman jouaient ils la comédie?

– Charles Enderlin (@Charles1045) 19 mai 2013
selon le rapport israélien Jamal al Dura n’a pas été blessé. le roi de Jordanie le savait-il en lui rendant visite à l’hôpital à Amman?

– Charles Enderlin (@Charles1045) 19 mai 2013

À Gaza, le père de Mohammad, Jamal al-Dura, a quant à lui déclaré que le rapport était « fabriqué de toutes pièces ». « Les Israéliens mentent et tentent de couvrir la vérité », a-t-il ajouté, précisant qu’il avait réclamé une commission d’enquête internationale avec la participation de sa famille et des autorités israéliennes. Les images de l’agonie de Mohammad al-Dura dans les bras de son père à un carrefour près de la ville de Gaza avaient fait le tour du monde et constituent un épisode marquant de la guerre médiatique entre Israël et les Palestiniens. En France, la cour d’appel de Paris doit se prononcer le 22 mai sur la plainte en diffamation déposée par Charles Enderlin contre Philippe Karsenty, qui avait affirmé que le reportage était truqué.

Voir aussi:

Conspiracy Theorists Blame Paris Attack on Israel
Online, many were quick to pin Charlie Hebdo massacre on the Jews

Yair Rosenberg

Tablet

January 12, 2015

Just a few hours after the massacre at the offices of satirical French paper Charlie Hebdo, members of the far-right and far-left in Europe and America quickly decided who was responsible: the Mossad. Writing on her Facebook page, Greta Berlin, organizer of the 2010 Gaza flotilla and co-founder of the Free Gaza movement, argued that the attack was Israeli retribution for France’s recognition of a Palestinian state:

Berlin has a long record of promoting Holocaust denial and other anti-Semitic conspiracy theories about the Jews, to the extent that she has been ostracized even by some in the Palestinian solidarity movement that she once captained. But she wasn’t the only flotilla leader and Free Gaza founder to attempt to pin the Paris murders on the Jews. Mary Hughes-Thompson, an activist who remains in good standing, used her Twitter feed to cast suspicion on the Jewish state, using the hashtag #JSIL, an epithet coined to liken Israel to the Islamic State:

“Bibi is furious over French vote for Palestinian state. What better way to get even?” a later Hughes-Thompson tweet read.

The Free Gaza movement of Berlin and Hughes-Thompson boasts endorsements from Archbishop Desmond Tutu and MIT professor Noam Chomsky, even as prominent commentators have called for Tutu in particular to disassociate himself from the movement since Berlin’s anti-Semitism came to light.

Meanwhile, the same conspiracy theories about the Charlie Hebdo killings began circulating in other popular radical forums. Anonymous Kollektiv, a German spin-off of the online hacking group, told its more than 660,000 Facebook followers that “The precision with which the perpetrators acted brings to mind Mossad hit squads from the recent past,” and offered evidence of a joint CIA-Mossad “false flag” operation. In case this wasn’t clear enough, Anonymous then posted a picture of a smiling Benjamin Netanyahu, alongside a quotation of him criticizing France’s recognition of Palestine.

The idea that Israel carried out the massacre became so widespread that it was picked up by a more reputable publication, the International Business Times, which gave a respectful airing to the possibility in a piece titled “Charlie Hebdo Attack and Mossad Link: Is Israel Venting Its Fury For France’s Recognition of Palestine State?” After public outcry from readers and journalists, the article was taken down and replaced with a forthright apology deeming the piece “beneath our standards” and a “basic lapse in judgement.”

But although serious publications are unlikely to promulgate the story in the future, such anti-Semitic conspiracy theories are unlikely to die down anytime soon. Indeed, even after the deadly Friday attack on the kosher supermarket in Paris, none of the sources mentioned above retracted their accusations against the Jewish state. In the end, for the bigot, the point is not to plausibly explain events, but to impugn the object of one’s hateful obsession.

Complotisme : « plus de la moitié de mes élèves croit aux Illuminati »
Medias, école : comment enseigner Internet après Charlie

Arrêt sur images

30/01/2015

La couleur des rétroviseurs d’une voiture, l’absence de taches de sang à côté du corps d’un policier assassiné, des images de journaliste en gilet pare-balles : après les tueries de Charlie Hebdo et de l’hypermarché casher, les doutes sur les versions policières et médiatiques sur les événements ont surgi sur les réseaux sociaux avec une rapidité et une vigueur inattendues. Comment internet et les réseaux sociaux ont-ils changé le mode de propagation et peut-être le contenu de ce qu’on appelle les théories du complot et comment identifier ces sources d’information sur internet pour essayer de trier le vraisemblable du peu probable ?

Nous avons invité Martine Sanz, professeure de Lettres-Histoire à Créteil, qui s’est trouvée confrontée en classe, à la propagation des théories du complot ; Guillaume Brossard, fondateur du site Hoaxbuster.com qui démonte toutes les rumeurs du web ; Pascal Froissart, spécialiste en Sciences de l’information et de la communication et plus particulièrement des rumeurs. Enfin, par Skype, Emmanuelle Danblon, linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles, nous expliquera pourquoi ces théories circulent aussi vite.

L’émission est présentée par Daniel Schneidermann, préparée par Adèle Bellot, Robin Andraca et Sébastien Rochat
et déco-réalisée par Axel Everarts de Velp et François Rose.

La vidéo dure 1 heure et 36 minutes.

Si la lecture des vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils.

Le making of, par Sébastien Rochat
Comme par hasard… Pour préparer notre émission sur le complotisme de l’après Charlie, nous n’étions pas trop de deux pour recueillir les justifications de tous ceux qui ont décliné notre invitation. Et ils étaient nombreux. Avec toujours de bonnes excuses : « Pas disponible, mais on peut en parler », « Je ne suis pas libre vendredi », « Je suis dans le Sud », « J’ai un colloque sur le sujet », « Je suis débordé ». Comme par hasard…

Avec Robin Andraca, nous avons notamment contacté le sociologue Gérald Bronner (déjà invité lors d’une précédente émission), Bruno Fay (auteur d’un livre sur la « complocratie »), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe), Rudy Reichstadt (fondateur de Conspiracy Watch), Guilhem Fouetillou (fondateur d’une start up qui analyse, entre autres, les réseaux sociaux). Tous ont décliné notre invitation. Même le journaliste de Rue89, auteur d’un observatoire des sites complotistes, a refusé de venir. Il n’a d’ailleurs pas signé son article. Comme par…

Comment expliquer la rapidité avec laquelle les thèses complotistes ont circulé sur les réseaux sociaux après les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Casher de Vincennes ? Comment répondre à ces thèses complotistes ? Les médias mainstream sont-ils complices de la diffusion de ces théories en les décryptant ? Les enseignants sont-ils armés pour répondre aux doutes de leurs élèves ? L’humour peut-il être un moyen de déconstruire ces thèses ?

Quatre invités ont bien voulu débattre de tous ces sujets. Martine Sanz, enseignante en Lettres-Histoire dans un lycée professionnel de Créteil, nous raconte comment ses élèves avaient, dès le lendemain, mis en doute le récit de l’attaque contre Charlie Hebdo, après avoir vu « passer l’info » sur les réseaux sociaux. Et ce n’est pas un petit phénomène : elle estime que plus de la moitié de ses élèves croient aux théories du complot. En classe, elle a par exemple été confrontée aux Illumaniti de Bavière, une théorie relayée par ses élèves et selon laquelle cette société secrète du XVIIIe existerait encore et souhaiterait gouverner le monde. Des thèses qui circulent sur le web, et notamment sur des sites que les élèves n’ont pas appris à identifier. Le travail sur les sources est une des pistes de réflexion pour apprendre aux élèves à utiliser les réseaux sociaux.

Mais pourquoi ces théories complotistes peuvent-elles paraître si séduisantes pour certains ? Comment expliquer leur succès ? Emmanuelle Danblon, linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles, nous explique, par Skype, tous les ressorts de ces théories. Selon elle, il y a « un besoin vital de donner du sens à des événements qui provoquent des brèches dans la compréhension que l’on a du monde ». D’où la nécessité de rechercher des indices et de construire un récit. Et ces théories circulent d’autant plus vite « qu’avec l’image, l’indice fait tout de suite preuve », explique-t-elle.

Pour notre troisième invité, le sociologue Pascal Froissart, il ne faut pas forcément s’alarmer. Il est même bon de voir que les élèves s’interrogent et exercent leur esprit critique. Car pour lui, il ne faut pas confondre les faits et les informations, le constat et l’interprétation. Exemple ? Oui, il y a un triangle sur un billet de 1 dollar. Et alors ? C’est avec ce « et alors » que peut commencer la déconstruction des thèses complotistes.

Mais il n’y a pas de recettes miracles pour répondre aux théories conspirationnistes ou aux rumeurs. Et notre dernier invité, Guillaume Brossard, en sait quelque chose : depuis près de quinze ans, il déconstruit toutes les rumeurs du web sur son site Hoaxbuster.com. Certaines reviennent même tous les ans : une éclipse de soleil de trois jours en France ? Cela fait des années que cette rumeur circule. En décembre dernier, elle est même arrivée aux oreilles des élèves de Martine Sanz, qui étaient vraiment persuadés qu’une éclipse allait avoir lieu. Et elle n’a pas eu lieu. Comme chaque année. Une rumeur pas bien difficile à déconstruire donc. Mais comment faire avec les autres rumeurs ? Les médias traditionnels doivent-ils s’en emparer, pour démontrer qu’elles sont infondées, quitte à leur donner une audience qu’elle n’auraient pas ? Sur le plateau, les avis divergent.

Mise à jour du 2 février par Adèle Bellot (la documentaliste) : Un tweet de Zouhair, sur l’absence de sang près du policier, est présenté au début de l’émission comme complotiste. Il s’agit d’une erreur, ce tweet renvoyant en fait vers un post Facebook visant à démonter les théories du complot à propos de la tuerie de Charlie Hebdo.
Vous pouvez aussi utiliser le découpage en actes.

Si la lecture des vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils.

Acte 1

Une carte d’identité oubliée, des images d’un policier abattu mais qui ne saigne pas : les rumeurs ont circulé sur Facebook le jour-même de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et dès le lendemain, des élèves de Martine Sanz croyaient à la théorie du complot. Ce n’est pas une nouveauté : ces élèves ont déjà relayé des théories conspirationnistes en classe. Exemple ? les Illumaniti de Bavière. Ou le triangle sur le billet de 1 dollar.

Acte 2

Qui véhicule toutes les rumeurs ? Après les attentats contre Charlie, un certain Karim a publié plusieurs vidéos sur Youtube pour exprimer ses doutes sur les versions policières. « C’est pas un peu bizarre ? », répète-t-il sans cesse. Comment expliquer le succès de ces vidéos ? Pour Emmanuelle Danblon, c’est la nécessité de donner du sens à des événements qui explique la propagation de ces théories. Car dans la rhétorique du complot, il n’existe pas de coïncidences.

Acte 3

Entre parents et enfants, ou enseignants et élèves, il y a souvent un décalage : les uns s’informent sur les réseaux sociaux, quand les autres consultent la presse. Faut-il mieux former les enseignants à l’usage des réseaux sociaux ? Un enseignant a-t-il les moyens et le temps d’apprendre aux élèves de prendre du recul face aux contenus qui circulent sur Facebook ? Quel réflexe doit-on avoir pour identifier les sources ou déterminer le profil d’un blog anonyme ? Exemple avec le site Stopmensonges.com et Medias-presse.info

Acte 4

Faut-il démentir les rumeurs, au risque de leur donner de l’importance ? Froissart estime que les médias mainstream ont une responsabilité dans la diffusion des rumeurs. Même pour les démentir ? Martine Sanz assure que les articles de décryptage, même sur des détails comme les rétroviseurs des Kouachi, l’aident en classe pour répondre à ses élèves. Peut-être. Mais Brossard considère qu’il faudrait surtout insister sur les idéologues qui récupèrent et/ou propagent ces rumeurs comme Thierry Meyssan, Dieudonné et Alain Soral. Et pour les déconstruire ? L’humour peut être une solution.

Voir aussi:

Faites exploser la France : j’ai vu l’épisode 2
Daniel Schneidermann

Arrêt sur images

le 04/02/2015

Au programme du matinaute, au réveil, trois vidéos. Version grand spectacle, le crash d’un avion taiwanais dans une rivière, filmé comme si on y était depuis une voiture. Version insoutenable, le pilote jordanien brûlé vif dans une cage par l’Etat islamique. Celle-là, toute ma time line de Twitter m’exhorte, avec des cris d’épouvante, de ne pas la regarder. Elle a été effacée de YouTube, ce qui n’empêche qu’il est possible, en quelques clics, de la trouver. Mais sur sa chaîne pour CSP+, l’Etat Islamique nous propose sa nouvelle production, à destination exclusive des francophones : elle est explicitement titrée « Faites exploser la France. »

C’est le deuxième épisode. L’éditocrate de l’EI qui s’y exprime se réjouit de l’impact du premier (Joué-lès-Tours, Dijon, Charlie, joli résultat), mais y témoigne aussi d’une fine connaissance du débat français, allant chercher par exemple, comme signe flagrant de l’hypocrisie française sur la liberté d’expression, le licenciement de Siné par Charlie Hebdo, en 2008 (tout notre dossier est ici). Autrement dit -effet collatéral des recrutements en France-, l’EI nous écoute, nous regarde, s’immisce dans nos discussions de cour de récré, de machine à café. L’EI écoute en direct notre débat national, tel qu’il se déroule dans des forums comme les nôtres, par exemple. L’EI lira peut-être cette chronique, dès sa mise en ligne. Cette immixtion est évidemment d’une grande efficacité.

Si vous voulez regarder « Faites exploser la France », épisode 2, la vidéo est . Je vous donne le lien intentionnellement : je suis peut-être un koufar hypocrite, mais je me soigne. Regardez la. Commentez la. Regarder ailleurs n’est pas, n’est plus une solution. Que vous le vouliez ou non, ces vidéos seront vues par ceux qu’elles doivent atteindre. Supprimez-les, elles réapparaîtront aussitôt. Pas d’autre choix, donc, que de les regarder en face. Koufars ministres qui me lisez, regardez la vidéo. Koufars profs, regardez-la aussi, comme tous ces contenus complotistes que nous évoquions dans notre dernière émission, pour savoir répondre aux élèves qui les auront vues. Les journalistes doivent les regarder en face. Les détourneurs du Web, les Guignols, les gagmen de Canal+, doivent la regarder en face et s’en emparer. Il faut les critiquer, les démonter, les remonter, les détourner, les moquer, les incorporer à la production médiatique et intellectuelle nationale. Comme le gouvernement a commencé de le faire, dans sa fameuse vidéo Stop Djihad, et si possible plus adroitement que lui. Rien de tout cela ne sera évidemment suffisant, mais rien ne serait plus inefficace que de regarder ailleurs.

Voir également:

Attaque de Nice : le suspect connu depuis plus de dix ans par la police
Soren Seelow

Le Monde

04.02.2015
Le profil de l’agresseur de trois militaires en faction devant un centre communautaire juif de Nice, mardi 3 février, illustre la nouvelle menace à laquelle sont confrontés les services de renseignement. Un petit délinquant comme il y en a tant, au parcours erratique sans être inquiétant, sans connexion connue avec les cercles djihadistes, qui décide un jour de brandir un couteau de cuisine.

Peu après 14 heures, mardi, un jeune homme s’est approché d’un trio de soldats positionné place Massena dans le cadre du plan Vigipirate. Il a sorti une lame de son sac et a blessé légèrement deux militaires à la joue, à la main et au bras. Aussitôt interpellé, l’agresseur a été identifié par sa carte d’identité comme étant Moussa Coulibaly, 30 ans, originaire de Mantes-la-Jolie (Yvelines). La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête, confiée à la sous-direction antiterroriste et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Moussa Coulibaly est connu depuis plus de dix ans des services de police pour des faits de petite délinquance : vol, usage de stupéfiants, outrage à agents… Rien de bien méchant. Il a été condamné à six reprises entre 2003 et 2012 à des peines d’amende ou de prison avec sursis, la plupart du temps à Mulhouse, où il a vécu quelques années, selon une source judiciaire.

TENTATIVE DE VOYAGE VERS LA TURQUIE

Il y a peu, le jeune homme est apparu dans le viseur des services de renseignement pour des signes de radicalisation. Remarqué pour son « prosélytisme agressif » dans la salle de sport qu’il fréquente à Mantes-la-Jolie, il était devenu peu aimable avec les femmes, explique une source policière. Il aurait par ailleurs eu une altercation dans les douches avec un homme au motif que ce dernier se lavait nu. Le 18 décembre, le service du renseignement territorial (SDRT) le signale à la DGSI. Pas de quoi mettre le jeune homme sur écoutes, estime la sécurité intérieure, qui laisse tout de même le soin au SDRT de garder un œil sur lui.

Lire aussi : Quels sont les moyens de l’antiterrorisme en France ?

Au début de 2014, Moussa Coulibaly disparaît brièvement des radars. Il réapparaît le 27 janvier à Ajaccio, en Corse, dans une agence de voyages. Il demande un aller simple pour Ankara, en Turquie. L’employé lui explique qu’il serait plus économique de prendre un aller-retour pour Istanbul. Le jeune homme en convient. Il prend donc un billet pour cette destination, le lendemain à 13 h 40, et fixe sans grande conviction une date de retour au 21 février. Mais il insiste pour que son vol comprenne de brèves escales à Nice et Rome.

Intrigué par ses exigences, sa destination et quelques aspects douteux de son passeport, l’employé appelle Air France, qui prévient la police aux frontières, laquelle alerte la DGSI. Le renseignement intérieur ressort de ses dossiers le signalement de Mantes-la-Jolie et fait le lien avec l’épisode de la douche. Faute de pouvoir l’empêcher légalement de prendre son vol, la DGSI prévient les Turcs de le renvoyer en France dès réception. Une surveillance physique est mise en place pour sa seule nuit à Ajaccio avant l’embarquement : l’homme a pris une chambre avec vue sur le golfe à l’hôtel Dauphin, ne voit personne, lave son linge, fait sa prière, puis prend l’avion.

A peine arrivé à l’aéroport d’Istanbul le 29, il est réexpédié à Nice, où les enquêteurs de la direction régionale de la sécurité intérieure l’interrogent sur ses motivations. Le jeune homme assure qu’il entendait faire du tourisme en Turquie, et demande qu’on le laisse rentrer à Ajaccio pour y retrouver sa petite amie, dont il n’est pas capable de fournir le nom ni l’adresse. Faute d’éléments suffisants pour ouvrir une procédure judiciaire, les policiers le relâchent, et mettent en place une surveillance à Ajaccio.

Mais le jeune Mantais ne retourne pas en Corse. Il prend une chambre dans un hôtel niçois. Intrigués par son soudain intérêt pour la Côte d’Azur, les services de renseignement mettent en place un dispositif de « surveillance d’environnement », afin de déterminer s’il a des relations dans la région. Peine perdue : le jeune homme erre pendant quelques jours, « picole un peu, tape des clopes dans la rue, discute avec des SDF », explique une source proche du dossier. Intrigant, mais toujours rien d’alarmant.

UNE AGRESSION « RÉVÉLATRICE D’UN CLIMAT »

Mardi, place Massena, Moussa Coulibaly a fait tomber un sac devant un militaire, qui s’est empressé de le ramasser. Ce dernier a eu la joue transpercée. Le jeune homme n’a pas crié « Allah Akbar ». Il n’a rien dit. Le parquet antiterroriste s’est saisi de l’enquête en raison de ses cibles et de sa volonté de rejoindre la Turquie. Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, s’est gardé d’évoquer une attaque « terroriste », préférant parler d’« acte criminel ».

« C’est une agression d’une gravité relative, mais elle est révélatrice d’un climat, explique une source proche des services de renseignement. Un type un peu paumé, difficile à détecter, qui passe subitement à l’acte. On s’attend à ce que ce phénomène se répète. » La question se posera peut-être du suivi de ces velléitaires du djihad qui, frustrés de n’avoir pu rejoindre la Syrie, se lancent dans des opérations désespérées sur le sol français.

L’agression de Moussa Coulibaly n’est pas sans rappeler celle commise le 20 décembre par Bertrand Nzohabonayo, qui avait attaqué trois policiers au couteau de cuisine au commissariat de Joué-lès-Tours. Il s’agissait déjà d’un profil « signalé » à la DGSI pour des signes de radicalisation religieuse, mais pas assez inquiétant pour justifier la mise en place d’une surveillance physique.

Le jour de l’attaque de Nice, l’Etat islamique a diffusé une vidéo intitulée « Faites exploser la France (2) ». Un homme masqué, armé d’une kalachnikov et entouré de ses « frères » d’armes, exhorte en français ceux qui sont « dans l’incapacité » de partir pour la Syrie à « passer à l’action ». « Tuez à l’aide d’un couteau un policier (…) ou un militaire », lance-t-il. Le premier épisode de ce film avait été mis en ligne la veille de l’attaque de Joué-lès-Tours.

Voir encore:

Nice : le profil de Moussa Coulibaly repose les questions des moyens de l’anti-terrorisme
Les Echos

04/02/ 15

L’agresseur des trois militaires en faction devant un centre juif à Nice était connu de la DGSI. La France est confrontée à un « terrorisme libre-accès », s’inquiète Bernard Cazeneuve.

Plutôt inquiétant, si l’on en croit les première déclarations de Bernard Cazeneuve. Le ministre de l’Intérieur a expliqué mardi que la France était confrontée « à un phénomène nouveau, le terrorisme libre-accès », impliquant des moyens exceptionnels.

Auditionné par la DGSi
«  Nous sommes face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès. Cela implique la mobilisation de moyens exceptionnels », a-t-il commenté devant la presse. « 1.200 ressortissants Français sont allés en Irak et en Syrie, 580 y sont allés et en sont revenus, 200 veulent y aller. Et 185 sont quelque part en Europe sur le chemin pour y aller », a-t-il estimé.

« Ce personnage avait donné des signes de radicalisation, le renseignement territorial l’avait détecté, ses déplacements vers le Turquie avaient été suivis et nous avions demandé son retour en France. À son retour en France il a été auditionné par la DGSI mais il n’avait montré aucun signe de passage à l’acte. Cependant la surveillance de son environnement se poursuivait pour comprendre ce qu’il faisait à Nice, alors qu’il y était ici sans racines et sans contacts », a précisé le ministre de l’Intérieur.

La question des moyens est donc immédiatement posée, mais aussi de l’appréhension d’une forme nouvelle de terrorisme, qui laisse pour l’instant les services spécialisés relativement démunis : le passage inopiné de la délinquance, voire de la petite délinquance dans le cas de Moussa Couilibaly, à la radicalisation puis au passage à l’acte terroriste. Glissement progressif dans le cas d’ Amedy Coulibaly, le tueur de la porte de Vincennes et de Montrouge . Dérive peut-être plus brutale dans le cas de l’affaire de Moussa Coulibaly, à Nice ? L’enquête le dira.

Une cellule de contre-propagande sur le Net d’une cinquantaine de spécialistes militaires
Le gouvernement a réagi, depuis les attentats parisiens, en actionnant les leviers dont il dispose : augmenter d’un cran le plan Vigipirate. Mais aussi en tentant un travail en amont, avec la mise en place d’une contre-propagande anti-jihad . Le gouvernement a d’abord mis en ligne stop-djihadisme.gouv.fr, un site spécialisé destiné à lutter contre la propagande jihadiste sur Internet. C’est le Centre interarmées d’actions dans l’environnement (CIAE), créé en 2012 à Lyon, qui abriterait cette nouvelle arme.

La question des moyens globaux affectés à la lutte contre le terrorisme sur le territoire français reste néanmoins posée. On ne peut pas, avec les effectifs actuels, suivre 24H sur 24 les quelque 3.000 personnes soupçonnées de près ou de loin de présenter un danger, avait avoué Manuel Valls lors de son discours solennel après les attentats à Charlie Hebdo…

Voir enfin:

3 French Soldiers, 3 Sitting Ducks
Daniel Pipes
Israel Hayom
February 4, 2015

Comes the news that another Islamist immigrant from Mali named Coulibaly has attacked another Jewish institution in France. The first one, Amedy Coulibaly, murdered four Jews at a kosher store in Paris on Jan. 9; this second one injured three soldiers yesterday as they protected a Jewish community center in Nice.

Two soldiers on Jan. 20 stand outside the Jewish museum in Brussels where an Islamist killed four people in May 2014.

Police say Moussa Coulibaly, about 30 years old, with a record of theft and violence, and apparently not related to Amedy, pulled a knife about 8 inches long out of a bag, injuring one soldier in the chin, one in the cheek, and one in the forearm.

Coincidentally, I left Nice about four hours before this attack and had passed by that Jewish center a few days earlier, in the course of a tour of Muslim-majority areas in ten cities across France and Belgium. Those travels brought me repeatedly in proximity to the heavily armed soldiers who protect Jewish institutions and prompted several skeptical conclusions on my part about their presence:

They are soldiers, not police, and so not trained to be alert to street problems.
They tend to get distracted by their smartphones or pretty girls passing by.
They clutch their assault rifles across their bodies, which leaves them vulnerable to someone driving by and shooting at them.
As confirmed by today’s attack, the ostensible protection they offer actually provokes Islamists and other antisemites.
They are only posted temporarily to the Jewish institutions in the aftermath of the Hyper Cacher attack a month ago and before long will leave.
They protect only the institutions themselves, not the people who come and go to them, who remain as vulnerable as ever.

In short, the soldiers are sitting ducks whose deployment does little to protect the Jewish community or solve the larger problem of Islamist violence. But it does offer another instance of emotionally satisfying « security theater » which temporarily gives everyone a constructive sense of doing something.

In contrast, the Kabbalah Center in Montpellier, France, did not have visible protection on Feb. 1.

A real solution will require much deeper and longer-range steps that concern national identity, immigration policy, integration efforts, and effective policing.


Théories du complot: A Grigny, on n’est pas Charlie (Many of the weapons of social critique: The Homeric gods have been replaced by the Learned Elders of Zion)

24 janvier, 2015
https://i0.wp.com/www.antipasministries.com/images/antipaspapers/image070.jpg
Paul Gagnon's Protocols
https://pbs.twimg.com/media/B8COT85IQAA9M24.jpg
Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe. Tocqueville
Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. (…) Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Karl Popper
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Qu’on le veuille ou non, les Promoteurs de la science moderne n’étaient ni païens, ni athées, ni même anti-catholiques en règle générale (ne l’étant, d’ailleurs, que dans la mesure où l’Église catholique leur paraissait encore entachée de paganisme). Ce que ces savants combattaient, c’est la Scholastique dans sa forme la plus évoluée, c’est-à-dire l’Aristotélisme restitué dans toute son authenticité païenne, dont l’incompatibilité avec la théologie chrétienne avait été clairement vue et montrée par les premiers précurseurs de la philosophie des temps nouveaux (qui, avec Descartes, essaya pour la première fois à devenir elle aussi chrétienne et qui le devint effectivement par et pour Kant). En bref et du moins en fait et pour nous, sinon pour eux-mêmes, c’est parce qu’ils ont combattu en leur qualité de chrétiens la science antique en tant que païenne, que les divers Galilée petits, moyens et grands ont pu élaborer leur nouvelle science, qui est encore «moderne» parce que la nôtre. Alexandre Kojève
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
La crise semble être un bon moment pour les séances d’introspection. Et de plus en plus de personnes commencent à s’interroger quant à la place de la finance dans l’économie. Bref, c’est l’occasion de revenir aux fondamentaux. A savoir, la monnaie. Pour débuter cette réflexion, je vous propose cette vidéo intitulée « L’Argent Dette » de Paul Grignon (Money as Debt) qui circule déjà sur plusieurs sites. C’est un peu long, mais après l’avoir visionné, on se sent vraiment intelligent. Essayez… Nicolas Cori (blog Libération)
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet francais (2005)
Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone.Thierry Meyssan
Moi j’ai tendance à être plutôt souvent de l’avis de la théorie du complot.(…) Parce que je pense qu’on nous ment sur énormément de choses: Coluche, le 11-Septembre. (…) c’était bourré d’or les tours du 11-Septembre, et puis c’était un gouffre à thunes parce ce que ça a été terminé, il me semble, en 73 et pour recâbler tout ça, pour mettre à l’heure de toute la technologie et tout, c’était beaucoup plus cher de faire les travaux que de les détruire. Marion Cotillard
[Est-ce que tu penses que Bush peut être à l’origine de ces attentats (les attentats du 11-Septembre) ?] Je pense que c’est possible. Je sais que les sites qui parlent de ce problème sont des sites qui ont les plus gros taux de visites. (…) Et donc je me dis, moi qui suis très sensibilisée au problème des nouvelles techniques de l’information et de la communication, que cette expression de la masse et du peuple ne peut pas être sans aucune vérité. (…) Je ne te dis pas que j’adhère à cette posture, mais disons que je m’interroge quand même un petit peu sur cette question.(…) C’est la responsabilité de chaque blogueur de se faire son idée. Christine Boutin (nov. 2006)
Je suis allée voir l’ambassadeur iranien à l’époque et il a dit que bien sûr c’était vrai.  (…) [Elle affirme donc que la CIA et d’autres agences étaient au courant qu’il y aurait quelque chose le 11 septembre?] Absolument. [Doit-on comprendre qu’il s’agit d’un complot interne US ou que al-Qaïda est le responsable?] Tout le monde est responsable. Si seulement vous en saviez plus, c’est encore plus déprimant. Juliette Binoche (sept. 2007)
Il est sûr et certain maintenant que les deux avions qui sont écrasés soit disant dans la forêt et au Pentagon n’existent pas, il n’y a jamais eu d’avions, ces deux avions volent encore, c’est un mensonge absolument énorme (…) et l’on commence à penser très sérieusement que ni al Qaida et ni aucun ben Laden n’a été responsable des attentats su 11 Septembre (…) Non, c’est un missile américain qui frappe le Pentagone, tout simplement donc ils ont provoqué eux mêmes, ils ont tué des Américains. (…) c’est une démolition programmée les tours du World Trade Center (…) tous les spécialistes de la terre sont d’accord là-dessus. Jean-Marie Bigard
Goebbels a dit: plus le mensonge est gros plus il passe. Donc on doit se poser la question de ce qui s’est passé le 11 septembre 2001. Matthieu Kassovitz
[Et tu penses qu’en France le Mossad pourrait attaquer les synagogues …?] Je ne sais pas si c’est le cas. Simplement, ce que je dis, c’est qu’il faut savoir à qui peut profiter le crime. José Bové (à Karl Zéro, Canal plus, avril 2002)
A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (sept. 2001)
La plus grande oeuvre d’art jamais réalisée … Karlheinz Stockhausen (nov. 2001)
J’aurais été bien plus content si, le 11 septembre, le Pentagone avait été mis à terre et s’ils n’avaient pas manqué la Maison Blanche – au lieu de voir s’effondrer les Twin Towers remplies de milliers de travailleurs américains, parmi lesquels, paraît-il, se trouvaient presqu’un millier de clandestins. Toni Negri
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
Dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients du fonctionnement des ghettos : la logique du groupe qui fait commettre des actes qu’on ne commettrait pas individuellement, la présence d’un leader charismatique, la loi du silence, la peur, l’absence de solidarité avec des gens extérieurs au quartier et l’antisémitisme qui circule dans le groupe et d’une certaine façon le cimente, donnant à chacun l’illusion d’exister et d’être en possession d’une forme de compréhension supérieure qui échappe au commun des mortels. On est sur des logiques collectives assez classiques. (…) La focalisation sur les événements du Proche-Orient vient du fait que les gens sont antisémites, pas l’inverse. L’antisémitisme puise ses racines dans les conditions sociales et le vide politique qui règnent dans certaines banlieues. C’est une forme de ‘socialisme des imbéciles’ . Quand on écoute les gens tenir des propos antisémites, ils font leur portrait à l’envers : les juifs sont puissants, je suis faible ; ils sont partout, je suis nulle part; ils sont solidaires, je suis seul ; ils ont le droit de revendiquer leur identité, nous, au contraire, n’avons aucun droit, etc. Didier Lapeyronnie (sociologue)
Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy. Karl Popper
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961)
Peut-être que je prends trop au sérieux les théories du complot, mais je détecte avec inquiétude, dans ces mélanges fous d’incrédulité réflexe, ces exigences pointilleuses de preuves et cette utilisation gratuite de puissantes explications issues d’un pays imaginaire social, la plupart des armes de la critique sociale. Bruno Latour
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non. Aminata (17 ans)
Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs. J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France. Habitante de Grigny
Je m’étonne de voir qu’ils ont oublié une carte d’identité. Cela me rappelle le passeport retrouvé intact lors des attentats du 11-Septembre. Tout comme je m’étonne que les terroristes aient choisi de sortir en tirant alors qu’ils auraient pu tenir longtemps face à la police.(…) Moi, je me borne à regarder les faits et je ne m’extasie pas devant les interprétations officielles du président et de ses ministres. (…) Oui, il y a des choses qui nous sont cachées. Le président de la République ne veut pas prononcer le mot d’islam radical pour masquer la responsabilité directe de l’immigration massive, de la décadence de l’Education nationale … Jean-Marie Le Pen
La France est en guerre avec des musulmans. Elle n’est pas en guerre contre les musulmans, mais avec des musulmans … Une 5e colonne puissante vit chez nous et peut se retourner à tout moment contre nous en cas de confrontation générale. (…) On nous dit qu’une majorité de musulmans est pacifique, certes. Mais une majorité d’Allemands l’était avant 1933 et le national-socialisme allemand. Une majorité de Russes, de Chinois, de Khmers étaient pacifiques avant qu’ils ne réalisent d’abominables crimes au nom du communisme. Quant le totalitarisme s’empare d’une minorité conséquente et active, l’argument de la majorité pacifique ne tient plus. Aymeric Chauprade
Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris. Le Figaro
Si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. Guillaume Brossard
La duplicité occidentale est évidente. En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries. Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela. Erdogan
Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? Komsomolskaïa
Les conditionnements associés a une classe particulière de conditions d`existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement « réglées » et « régulières » sans être en rien le produit de l`obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l`action organisatrice d’un chef d`orchestre. Pierre Bourdieu
Un des principes de la sociologie est de récuser le fonctionnalisme du pire : les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique ; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
La « théorie du complot » ne vit que d’un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. (…) Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n’y a pas de preuves ! C’est qu’elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L’absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration. Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. (…) Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l’événement du 11-Septembre, c’est affirmer la culpabilité américano-sioniste. Avec des variantes connues – la banque, l’argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la « théorie du complot » se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion. La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l’humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling. Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court. Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l’un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d’où est sortie jadis la bête. Robert Redeker
En fait, les structures sociales n’ont besoin pour fonctionner ni d’une providentielle harmonie préétablie, ni d’une concertation de tous les instants entre les agents d’un même groupe ou d’une même classe. Il suffit de laisser faire l’habitus pour voir s’instaurer une véritable orchestration des pratiques sans chef d’orchestre, ou si l’on préfère avec un chef d’orchestre invisible qui s’appelle l’habitus. Celui-ci est le principe générateur de pratiques concertantes bien réglées sous une apparence d’improvisation spontanée. Portés par un même habitus de classe, les agents agissent comme des musiciens qui improvisent sur un même thème, chacun jouant quelque chose de différent qui s’accorde pourtant harmonieusement avec ce que joue chacun des autres. Alain Accardo
Bourdieu s’y efforce de pointer une « orchestration sans chefs d’orchestre » dans la contre-révolution néolibérale des années 1980-1990, mais s’adressant à des publics plus larges, non nécessairement dotés d’une culture sociologique minimale, il est conduit à simplifier, à trouver des images plus parlantes (comme « gouvernement mondial invisible », « Big Brother » ou « les nouveaux maîtres du monde »), qui tirent alors vers l’intentionnalisme et le « chef d’orchestre » pourtant sociologiquement récusé. Philippe Corcuff
Si vous travaillez pour la BBC ou National Geographic, vous aurez la surprise quelques semaines avant la diffusion de recevoir un coup fil d’un jeune assistant « fact checker » auquel vous devrez justifier vos sources. Par exemple, si votre commentaire assène que les biberons au bisphénol donnent le cancer aux nourrissons , il vous demandera de lui faxer les études vous permettant de dire ça. Rien de tel sur les chaines de télévision française. Là, le seul contrôle est celui de conformité aux idées générales c’est-à-dire la communion avec les opinions du commanditaire ou l’évitement des chausses trappes du politiquement correct. Sur le reste (par exemple les chiffres bruts) vous pouvez raconter absolument n’importe quoi sans que quiconque ne cille. Alexandre Delaigue
Depuis une dizaine d’années, pratiquement tous les docus économiques qui « marchent bien » (c’est à dire qui recueillent de bonnes critiques et font de l’écoute) sont à base idéologique « complotiste » et « horreur économique ». (…) Il y a mon avis plusieurs raisons qui convergent toutes. Certaines relèvent de la sociologie des organisations, d’autres des phénomènes d’idéologie dominante, d’autres enfin des règles de la dramaturgie. Du côté des responsables de chaînes commanditant les programmes, on notera qu’aucun n’a la moindre formation économique. Pour ceux qui ont des formations supérieures, presque tous sont des littéraires purs et durs (sociologie, lettres, psychologie, journalisme, droit, histoire, science politique au mieux). Il en est de même des journalistes qui écriront les critiques. Pas le moindre économiste, commercial ou spécialiste du marketing en vue… Politiquement, surtout sur les chaînes tous publics, Arte compris, la plupart des commanditaires ont un passé et même un présent de militant d’extrême gauche. (…) Par ailleurs, il faut bien reconnaître que le complotisme fait de la bonne dramaturgie. Il y a des bons et des méchants. Le réalisateur (et donc avec lui le spectateur) étant bien évidemment du côté des bons, on attend avec impatience la dénonciation et la défaite du « dark side of the force ». (…) Autre grand avantage du complot : c’est une valorisation par essence du spectateur. En effet, il est, comme le réalisateur, par définition toujours du côté des grands initiés, ceux qui ont su dessiller les yeux et voir le réel qu’on voulait leur cacher (…) Il faut bien reconnaître qu’il y a du plaisir et de l’exaltation à se convaincre qu’on est intelligent et qu’on fait partie de ceux qui ont su y voir clair. A l’inverse, l’économie ne fait pas le poids en termes d’affect et de dramaturgie car c’est un univers de la nuance et de la complexité. On y examine avec raison et froideur les moult effets pervers prêt à surgir au coin du bois. Trop compliqué et abstrait et donc au final peu bandant ! Alexandre Delaigue
Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente. (…) D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc. Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot. (…) C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.(…) Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend. Rudy Reichstadt
La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent. (…) Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. (…) Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. (…) Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves. Gérald Bronner
Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur. (…) Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace. (…) Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère. Emmanuel Taïeb
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.(…) « L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.(…)  Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu. Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. » (…) Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.(…) D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. » (…) « Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. » Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier. Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul. Francetvinfo
La théorie du complot, c’est de dire: moins il y a de preuves, plus le complot est puissant, plus c’est vrai. Pierre-Henri Tavoillot
Les propos de Claude Guéant nous valent un nouveau procès en diabolisation. « Toutes les civilisations ne se valent pas », a donc dit notre affreux devant les étudiants de l’UNI en dénonçant le sinistre relativisme. Et la querelle est partie comme le lait sur le feu d’une manière aussi prévisible que lassante. Je ne suis pas certain que la gauche gagne à multiplier ces polémiques qui finissent par laisser penser qu’un ordre moral règne et que certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public. La délectation avec laquelle toutes les bonnes consciences morales montent à la tribune avec de somptueux effets de manche fait presque peine à voir au regard d’un propos que le péquin moyen – et je m’intègre sans vergogne à la liste – pourrait fort bien interpréter comme : « Je préfère vivre dans un pays des droits de l’homme et de la femme plutôt que dans une dictature théocratique. » Mais Guéant a eu le malheur d’utiliser le mot « civilisation » ! Grave crime en effet qui suggère l’idée d’un « choc des civilisations », qui rappelle l’idéologie du colonialisme, qui, donc, promeut le néo-colonialisme ! Pierre-Henri Tavoillot
le troisième critère (…) nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.
Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc. La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute… (…) Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur. Pierre-Henri Tavoillot
Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. (…) Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité. Pierre-Henri Tavoillot
A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes. Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine. Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents : 1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ». 2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam (…) Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture. 3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune. 4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action. Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe)
Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille. Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme. Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. (…) La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs». Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi. Le Figaro

Attention: un conspirationnisme peut en cacher un autre !

A l’heure où se confirme entre refus de la minute de silence et métastasisation des théories du complot et de la bouche même des intéressés …

Que le début de sursaut du 11 janvier dernier n’incluait pas ceux qui, après les quenelles et aujourd’hui les doigts d’honneur, arboraient en juillet dernier le drapeau noir du djihad sue la place parisienne de la République …

Et qu’entre lois mémorielles (ne « pas faire porter » aux « jeunes Arabes » « tout le poids de l’héritage de méfaits des Arabes », dixit Christiane Taubira) et besoin de respectabilité, l’omerta ambiante semble même gagner le parti même des bonnes questions et des mauvaises réponses …

Pendant que, parmi nos propres anciens soldats, certains sont déjà passés de l’autre côté du miroir …

Et qu’un prétendu chef de file du Monde libre qui n’avait pas trouvé le temps, entre deux finales de football américain, de venir défendre la liberté d’expression à Paris …

S’empresse d’aller rendre hommage au feu roi d’un état qui continue à lapider ses femmes et à financer la guerre sainte …

Comment ne pas voir dans cette énième explosion du complotisme …

Avec le philosophe Pierre-Henri Tavoillot et selon le mot de Bruno Latour …

La reprise même de « la plupart des armes », forgées par nos intellectuels depuis quelque cinquante ans, de la « critique sociale » ?

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
Entretien avec Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy watch
31 Août 2012

Pierre-Henri Tavoillot
Conspiracy Watch : Né d’une réflexion sur les mécanismes de la rhétorique du complot, le petit ouvrage que vous venez de publier avec le journaliste Laurent Bazin (Tous paranos ?, éditions de l’Aube, 2012) tente de clarifier la raison pour laquelle « nous aimons tant croire aux complots ». Pour commencer, comment expliquez-vous la cohabitation, dans le conspirationnisme, de la méfiance la plus puissante et de la crédulité la plus désarmante ? En somme, le conspirationniste doute de tout sauf, justement, des doutes qu’il a décidé de faire siens une bonne fois pour toutes…

Pierre-Henri Tavoillot : Oui, le conspirationniste soupçonne tout et tout le monde ; mais il est tout à fait sûr de lui et de ses soupçons ! Le but de notre ouvrage est en effet de mettre au jour les mécanismes — la grammaire — du complotisme pour essayer d’en comprendre le fonctionnement et le succès grandissant. Car c’est très étonnant : on pouvait penser — c’était l’idée des Lumières — qu’à l’âge de l’opinion publique, des médias, de l’information, les complots étaient voués à s’exténuer. Or, c’est exactement le contraire qui se passe : plus nous savons de choses, plus nous sommes conduits à penser qu’on nous en cache beaucoup d’autres… Ce qui nous amène à penser que le complotisme correspond à un besoin profond, propre à notre univers désenchanté. A défaut de repères clairs, de discours fondateurs et éclairants sur le sens de notre monde toujours plus complexe, nous cherchons notre salut dans l’image fantasmée de volontés mauvaises qui, tapies dans l’ombre, régiraient le monde. Dénués de deus ex machina, nous nous inventons des diables : les juifs, les francs-maçons, les extra-terrestres, les laboratoires pharmaceutiques… ! Grâce à eux, nous gardons la conviction qu’une maîtrise des choses est encore possible : puisqu’il y a des gens qui, en secret, tirent les ficelles, il nous suffit de les dénoncer et de les vaincre ; tout alors ira mieux ! On a affaire ici à une forme d’utopie inversée : la dernière possible dans notre modernité tardive ?

C. W. : Beaucoup de ceux qui ont reçu une formation militante et ont une véritable colonne vertébrale idéologique, tendent à résister, pour cette raison même, aux interprétations complotistes. Le paradigme marxiste, qui appréhende la réalité sociale en termes de structures, et repose sur une philosophie déterministe de l’histoire comme vous le rappelez, fait parfois fonction d’antidote face aux explications intentionnalistes, volontaristes, et donc face à toutes les thèses qui naissent du fantasme d’un petit groupe d’individus complotant dans l’ombre. En même temps, il est difficile de donner tort à Karl Popper lorsqu’il identifie un « marxisme vulgaire » qui prépare le terrain à des visions du monde potentiellement, voire carrément, complotistes. On peut penser en particulier à la trajectoire d’un Fidel Castro reprenant à son compte les thèses les plus délirantes sur le groupe Bilderberg. Partagez-vous ce constat et, dans l’affirmative, comment expliquez-vous cette ambivalence du marxisme ?

P-H T. : Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée.

C. W. : Parmi les antidotes que vous prescrivez pour échapper à la logique du complotisme, vous préconisez une « pédagogie du pouvoir » doublée d’une « pédagogie des médias ». Qu’entendez-vous exactement par là ?

P-H T. : Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables.

C. W. : Comment peut-on, au nom de la démocratie, de ses valeurs, lutter contre la tentation conspirationniste alors que celle-ci trouve ses fondements, si l’on suit François Furet (Penser la Révolution française), dans un imaginaire du pouvoir qui, précisément, est celui de la démocratie moderne ? Est-ce que, finalement, la critique du conspirationnisme n’est pas une cause perdue d’avance ?

P-H T. : La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.

Résister au complotisme : pour une «pédagogie du pouvoir»
C. W. : Avec Laurent Bazin, vous récusez toute approche « hygiéniste » du conspirationnisme. Vous expliquez que le but de votre livre « n’est pas d’éradiquer le complotisme de l’espace public ou de le disqualifier comme pure maladie de l’esprit ». Selon vous, la libre expression des théories du complot sert à canaliser une forme d’agressivité. Elle fait office de « soupape de sécurité ». Certaines théories du complot apparaissent en effet comme bien inoffensives. Mais alors, ne faut-il pas aussi distinguer entre les théories du complot ? Valérie Igounet a montré en quoi le négationnisme de Robert Faurisson et de ses thuriféraires procédait, fondamentalement, d’une théorie du complot – la vieille théorie du « complot juif mondial ». Que fait-on face à cela ? Est-ce qu’on laisse dire ? Ou est-ce qu’on tend un cordon sanitaire ? Et est-ce que c’est verser dans l’« hygiénisme » que de lutter, intellectuellement, contre ce type d’affirmations fausses et calomnieuses ?

P-H T. : Si l’on pouvait éradiquer la théorie du complot, cela se saurait, depuis le temps. Il faut donc vivre avec en distinguant, vous avez raison de le souligner, les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.

C. W. : Lorsqu’elle se transforme elle-même en une idéologie stérile que l’on pourrait appeler l’« anticonspirationnisme », la critique de la théorie du complot court le risque de se figer, de devenir une sorte de réflexe pavlovien, de dénonciation systématique et paresseuse de la moindre parole publique se risquant à formuler l’hypothèse d’un complot. C’est une tentation que l’on peut ou que l’on a pu trouver chez certains éditorialistes. L’expression de « théorie du complot » fonctionne alors comme une arme rhétorique visant à disqualifier l’adversaire. Mais certains voudraient aussi se débarrasser à bon compte de la critique du conspirationnisme en la réduisant à cette caricature et il existe une critique de l’anticonspirationnisme – que vous n’abordez pas dans le livre – qui consiste à présenter l’objet « théorie du complot » comme une mise en accusation de « la sociologie » (c’est la thèse de Luc Boltanski par exemple) ou comme une invention « libérale » dirigée spécifiquement contre la sociologie critique ou encore contre la « critique des médias » d’inspiration bourdieusienne. Comment vous-positionnez-vous en fin de compte par rapport à ce débat ? Faut-il jeter aux oubliettes ce concept de « théorie du complot » ou dit-il quelque chose de notre réalité sociale ?

P-H T. : Il y aurait donc un complot ourdi par ceux qui dénoncent les théories du complot ! Plus sérieusement, ce que Boltanski, en disciple de Bourdieu, ne perçoit pas à mon sens c’est qu’il existe trois manières de pratiquer la philosophie du soupçon. Une première philosophie du soupçon consiste à dénoncer les illusions du savoir vulgaire au nom d’un savoir supérieur ; à critiquer les préjugés au nom de la science. C’est ce qui faisait dire à Pierre Bourdieu : je dis la vérité parce que je suis sociologue ! Autrement dit, mon travail sociologique me permet d’avoir conscience de mes déterminations sociales, de mes intérêts, donc j’accède à un point de vue vrai, car désillusionné et exempt de préjugé. C’est ce que pourrait dire également un psychanalyste freudien : parce qu’il a été psychanalysé, il possède une position de recul ou de surplomb par rapport à ses propres pulsions inconscientes. Marx et Freud sont les grandes figures de cette philosophie du soupçon que j’appellerais dogmatique : au-delà des apparences ou des préjugés, il faut faire émerger le savoir véritable.

Il y a une autre philosophie du soupçon — inaugurée par Schopenhauer et poursuivie par Nietzsche — qui consiste à dire qu’il n’y a jamais de point de vue vrai : aucun point de vue ne peut se prévaloir d’être tout à fait désillusionné. On peut toujours soupçonner le soupçon… et ce à l’infini. On a ici affaire à un soupçon sceptique, développé par Nietzsche, par exemple, dans le grandiose paragraphe 274 du Gai Savoir intitulé « notre nouvel infini » : « il n’y a pas de faits, seulement des interprétations ».

Ces deux philosophies du soupçon (dogmatique et sceptique) se renvoient la balle sans fin. Pour Boltanski, les libéraux dénoncent la théorie du complot parce qu’ils ont peur de la sociologie critique (qui, selon lui, est vraie). Mais on pourrait fort bien se demander : pourquoi Boltanski a-t-il peur de la critique libérale de la sociologie critique ? On pourrait donc soupçonner le soupçon du soupçon… et ce, sans fin, sauf à prétendre à une vérité ultime.

La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme.

Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences en philosophie à la Sorbonne et président du Collège de Philosophie. Il a récemment publié Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité (Grasset, 2011 ; site web) et, avec Laurent Bazin, journaliste à RTL et à « C dans l’air », Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots (Editions de l’Aube, 2012).

Voir aussi:

Emmanuel Taïeb : «La théorie du complot est l’arme politique du faible»
Judith Duportail
Le Figaro

22/01/2015
INTERVIEW – Enseignant à Sciences Po Lyon et spécialiste du conspirationnisme, Emmanuel Taïeb analyse le succès des théories du complot après les attentats à Paris. Selon lui, elles peuvent pousser certains à l’action violente.

Le Figaro. – Pourquoi tant de théories de complot après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher ?

Emmmanuel Taïeb – Ces «théories» surgissent à chaque fois qu’un évènement est complexe à assimiler pour une société. Elles ont ainsi fleuri après l’assassinat de Kennedy ou après le 11 septembre. Chacun veut y aller de son interprétation, et montrer ainsi que sa vision est plus critique que celle des médias et des politiques. Les théories du complot ont un pouvoir attractif fort, car elles prétendent dévoiler la vérité. Il y a un grand plaisir à apparaître comme un «initié» face à une foule profane qui n’aurait rien compris. Celui qui dévoile le complot est celui qui sait. Elles sont également plus excitantes, plus inquiétantes et troublantes que les versions connues des faits. Elles trouvent aussi un écho chez les digital natives, pour qui ce qu’on trouve sur Internet est d’emblée vrai, comme c’était le cas avant avec la télévision. Certains jeunes ne font pas la distinction entre un travail universitaire ou journalistique, avec des sources sérieuses, et un texte basé sur de simples convictions. Tout a la même valeur.

-Les jeunes sont-ils plus réceptifs aux théories du complot?

Ils ne sont pas les seuls. Le taux de pénétration de ces théories auprès du public est très difficile à évaluer, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles ne concernent pas que les jeunes de banlieue ou les publics peu diplômés. Elles sont aujourd’hui un phénomène de société. Les théories du complot ne sont pas des rumeurs ou des émanations farfelues d’anonymes. Elles sont un discours politique à part entière, au service d’une idéologie. Il suffit de regarder qui les propagent en France. Dieudonné notamment, qui aujourd’hui est un homme politique, il a présenté une liste aux élections européennes. Jacques Cheminade n’est autre que l’héritier français de Lyndon Larouche essayiste et homme politique radical, qui depuis des décennies dénonce le complot d’une oligarchie judéo-britannique, qui aurait poussé à la Seconde guerre mondiale, et provoquerait la crise financière actuelle. Or Jacques Cheminade était candidat à l’élection présidentielle de 2012. Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d’exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût. Ainsi, quand Jean-Marie Le Pen affirme sans avoir aucun élément pour l’étayer que l’attentat contre Charlie Hebdo émane «de services secrets», l’ensemble des médias le relaie. Il ne s’agit pas d’un délire de sa part, mais bien d’une prise de position conçue pour être efficace.

-Le conspirationisme est-il dangereux?

Il faut s’en inquiéter, car le discours conspirationisme vise à désigner des bouc-émissaires. Ces discours sont porteurs d’un message de haine, d’exclusion. Quand Alain Soral indique sur son site que les auteurs des attentats contre Charlie Hebdo «sont déjà en route pour Tel Aviv», il est porteur d’un message conspirationniste «antisioniste» laissant entendre que c’est un coup du Mossad et pas d’islamistes radicaux. Ces discours peuvent être un levier pour l’action, et pour l’action violente. On sait ainsi qu’au début du XXème siècle, une théorie selon laquelle les juifs menaient un vaste complot mondial pour prendre le pouvoir était particulièrement populaire. Ce mythe est incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un faux. Si cela ne suffit évidemment pas à expliquer la Shoah, on sait qu’Hitler avait lu ce texte et considérait les juifs comme des ennemis mortels. Les théories du complot nourrissent un discours politique de violence, de haine, tout en prétendant faire appel à l’esprit critique de celui qui y adhère.

Voir encore:

Théories du complot : 5 façons d’apprendre aux élèves à faire le tri sur internet
Dans le contexte des attentats qui ont visé la France début janvier, une partie des élèves semblent séduits par les théories du complot. Quelles réponses l’Education nationale peut-elle apporter à ce problème ?
Des lycéens testent un logiciel permettant de créer une ville, au lycée Koeberlé de Sélestat (Bas-Rhin), le 10 octobre 2012. (FREDERICK FLORIN / AFP)
Clément Parrot

Francetvinfo

22/01/2015

« C’est sûr, le gouvernement nous ment », « Y en a qui disent que c’était un coup monté », « On ne sait pas qui croire »… Ces paroles de lycéens, recueillies par France 2, illustrent bien le malaise qui s’est emparé de l’institution scolaire à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, à Montrouge et à la porte de Vincennes. Pour y répondre, Najat Vallaud-Belkacem a lancé une concertation sur le numérique à l’école et devrait annoncer de premières mesures jeudi 22 janvier. Un défi immense pour la ministre de l’Education nationale, qui a affirmé sur RTL qu’un « jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Un chiffre non étayé, mais qui pose question.

Une situation d’autant plus complexe que la majorité de l’apprentissage d’un enfant passerait aujourd’hui par les écrans et non plus par le cadre scolaire et familial, a renchéri la ministre. Internet n’est pas responsable de tous les maux, mais reste une partie du problème. « Ne pas éduquer les enfants à l’utilisation d’internet, c’est un peu comme les laisser jouer avec une arme à feu », juge Guillaume Brossard, fondateur de Hoaxbuster, un site qui s’est donné comme mission de démonter les théories du complot.

Francetv info s’est penché sur la recette qui pourrait permettre à l’école de mieux armer les élèves pour affronter la jungle de l’internet.

1 Former les enseignants
L’Education nationale n’a pas découvert internet à l’occasion des récents événements. « Quand on regarde ce qui est prévu actuellement, tous les outils sont déjà disponibles, il faut juste appliquer les programmes », témoigne Lucien Marbœuf, professeur des écoles qui tient le blog L’Instit Humeurs. Effectivement, pour sensibiliser aux usages d’internet, des outils sont disponibles en ligne et les programmes prévoient d’aborder la question, notamment en éducation civique. Mais cela n’empêche pas le développement des théories du complot.

« Des outils comme le B2i [brevet informatique et internet] existent, mais les profs ne sont pas assez formés, estime Guillaume Brossard, sans compter que si 20% des élèves croient à la théorie du complot, on ne connaît pas la proportion de profs qui y croient aussi. » « Il est vrai que tous les enseignants ne sont pas à l’aise avec internet, surtout que c’est une charge de travail qui sort de nos habitudes », admet Lucien Marbœuf, qui insiste également sur le manque de moyens au sein de l’Education nationale. « Quand il faut amener 30 élèves dans une salle informatique, c’est toute une aventure. »

2 Utiliser internet dans toutes les matières
Plus qu’un cours supplémentaire au milieu de programmes surchargés, la plupart des pédagogues proposent d’intégrer la pratique de l’internet dans toutes les disciplines. « Dans tous les cours, il est possible de sensibiliser les élèves à la recherche documentaire. On peut commencer dès le primaire, on va taper ‘château fort’ sur Google, et on regarde à quoi correspond chacun des sites qui sont proposés », détaille le pédagogue Philippe Meirieu.

3 Apprendre aux élèves à recouper les sources
« L’algorithme de Google relève plus de la démagogie que de la démocratie, et dans cet immense amas d’informations, je pense que l’école doit jouer un rôle pour permettre aux élèves de distinguer le vrai du faux », estime Philippe Meirieu. « Une partie des enseignements devraient permettre d’apprendre aux élèves à comprendre les informations disponibles en ligne, les valider, les recouper », abonde Olivier Charbonnier, directeur du groupe Interface et cofondateur du laboratoire D-Sides, qui se donne pour mission d’analyser l’impact du numérique.

Les enseignants s’attachent déjà à sensibiliser les élèves sur leurs recherches web, mais il est possible d’envisager de nouvelles pratiques. « L’étude d’un article de Wikipédia, par exemple, pourrait permettre d’exercer les élèves à appréhender un texte dont les sources sont vérifiées ou à l’inverse qui manque de références », illustre Philippe Meirieu.

Lucien Marbœuf suggère un autre exercice qui pourrait permettre de faire ressortir la diversité des informations présentes en ligne tout en favorisant l’autonomie : « Il est possible d’imaginer des ateliers par groupe en demandant aux élèves d’écrire un article à partir de sources trouvées sur internet. Chaque groupe pourrait se concentrer sur un type de média (Wikipédia, sites d’info, blogs…) et, à la fin, on confronterait les versions. »

4 Faire intervenir des professionnels de l’information
Beaucoup de choses peuvent être développées dès l’école élémentaire, avec l’intervention en classe de sémiologues ou de personnes formées à l’analyse de l’image. La solution est déjà appliquée par certains enseignants, puisque Guillaume Brossard ou Serge Tisseron, psychiatre et spécialiste des écrans, sont régulièrement invités devant des élèves. Mais elle mériterait d’être systématisée.

D’autres professionnels, comme les journalistes, sont également les bienvenus, car il faut éduquer les élèves aux médias traditionnels pour qu’ils puissent acquérir du recul sur les informations qu’ils captent sur internet. « Dans un monde où ils sont noyés sous la propagande politique et les publicités, il s’agit d’introduire une démarche scientifique pour développer leur capacité à éprouver les faits, à poser des hypothèses, détaille Olivier Charbonnier. Il faut qu’ils se confrontent au réel en étant capables de douter. »

5 Susciter le débat
« Sur ces questions complexes, la classe doit prendre la forme d’une discussion et non d’un cours magistral », considère Serge Tisseron. L’autorité morale des professeurs a perdu du poids au fil des années et les élèves n’hésitent plus à remettre en doute la parole des enseignants à partir d’informations trouvées au gré de leur navigation sur internet. Avec le rôle pris par les réseaux sociaux, le philosophe Marcel Gauchet parle même, sur France Inter, de « contre-culture anti-scolaire ». Les professeurs ne doivent donc pas tenter de délivrer une vérité brutale, prévient Serge Tisseron : « Internet renforce chacun dans ses a priori. De son côté, l’école doit donc créer le débat et confronter des idées, dans un climat de sécurité dont l’enseignant est le garant. »

Mais comment faire quand la discussion glisse sur des questions sensibles, comme la religion ? « Dès la maternelle, il convient de montrer la différence entre le savoir et la croyance, c’est la meilleure manière d’aborder la laïcité », répond Philippe Meirieu. « Il ne faut pas avoir peur d’aborder les questions liées à l’islam ou à la religion, notamment en histoire. Dans le contexte actuel, ce sont des questions cruciales », complète Olivier Charbonnier.

Quant aux théories du complot, les écarter d’emblée de la discussion peut être contre-productif. Il faut prendre en compte que ces théories sont d’autant plus puissantes qu’elles sont souvent séduisantes pour l’esprit. « Comme le montre le succès des sites satanistes ou des sites sur les soucoupes volantes, les adolescents ont besoin de merveilleux, d’extraordinaire », assure Philippe Meirieu. « La grande erreur serait de sous-estimer le pouvoir de fascination de ces images, qui utilisent toujours les deux mêmes ressorts : convaincre le spectateur qu’il est unique, et l’inviter à se rattacher à une communauté fraternelle », prévient Serge Tisseron. Il faut donc partir de cette fascination des élèves pour engager la discussion et leur apprendre à prendre du recul.

Voir par ailleurs:

« Charlie Hebdo » : ce que vous pouvez répondre aux arguments complotistes

Donald Hébert

Le Nouvel Obs

15.01.15

Depuis l’attentat contre « Charlie Hebdo », les théories de complots fleurissent en Russie et en Turquie, sur les réseaux sociaux, mais aussi au zinc des cafés et dans les cours de récré. A tel point que trois organisations lycéennes (Fidl, UNL, SGL) ont décidé de lancer un site pour démonter ces fausses informations.

En questionnant la réalité, puis en réécrivant le déroulement des faits, les complotistes repoussent, pour ceux qui les croient, le temps de la compréhension et de l’acceptation de ce drame. Ils éloignent ainsi la possibilité d’en débattre et d’en tirer d’éventuelles leçons.

Il est toujours difficile de faire la preuve de l’évidence avec d’autres preuves, tout aussi évidentes. Mais mieux les faits sont décrits, plus les thèses conspirationnistes deviennent visiblement farfelues. Eléments de langage.

# Les rétroviseurs
L’indice trompeur
Sur deux photos de la Citroën utilisée par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo », certaines personnes ont remarqué que la couleur des rétroviseurs n’est pas la même.

LES RÉTROVISEURS DE LA C3 NE CORRESPONDENT PAS ! C’EST DONC 2 VOITURES C3 IDENTIQUES ET PAS UNE SEULE C3 !!…#RAID pic.twitter.com/6SpYxR0VSW

— vatoslocos (@unetuerie) January 8, 2015

Ce que l’on en déduit à tort : les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » ne sont pas repartis avec la même voiture que celle avec laquelle ils sont arrivés.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : des hommes des services secrets – français ou d’un autre pays – sont les auteurs de l’attentat, ils sont arrivés avec la première voiture puis repartis discrètement, tandis que les frères Kouachi sont repartis avec une autre voiture, cette fois traquée par les forces de l’ordre. Dans ce cas, les frère Kouachi seraient innocents et le gouvernement –ou une autre autorité- serait coupable des attentats.

Pourquoi c’est faux
Comme le montre Challenges, la voiture photographiée est une Citroën C3 avec des rétroviseurs chromés, qui reflètent la lumière différemment selon l’angle de prise de vue. C’est la raison pour laquelle ils apparaissent plus foncés sur l’une des photos. Conclusion : il y a bien une seule voiture et les personnes pourchassées par la police sont bien les auteurs des attentats. Dans ce cas, il n’y a pas de raison de soupçonner une manipulation de services secrets.

# L’absence de sang
L’indice trompeur
Sur une vidéo extrêmement choquante montrant l’exécution par les auteurs de la tuerie de « Charlie Hebdo » du policier Ahmed Merabet, à terre dans la rue, on constate qu’il n’y a pas de sang, alors même que le tir a lieu à bout portant. Une page Facebook a même été créée à ce sujet, inaccessible depuis.

Ce que l’on en déduit à tort : la vidéo est truquée.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : le policier n’a pas été tué par les auteurs de l’attentat mais par les services secrets, français ou étrangers, plus tard, pour étouffer l’affaire.

Pourquoi c’est faux
Il est tout à fait possible qu’aucun sang ne soit projeté lors d’un tir à bout portant à la tête. Dans ce cas, pas besoin de trucage. Pas besoin non plus d’imaginer comment ce policier a perdu la vie.

# La carte d’identité
L’indice trompeur
La police affirme avoir retrouvé la carte d’identité d’un des frères Kouachi dans une des voitures utilisées par les auteurs de l’attentat contre « Charlie Hebdo » lors de leur fuite, alors qu’on voit sur une vidéo, à un autre moment de leur opération, un des frères ramasser une chaussure de sport qui est tombée de la voiture.
Ce que l’on en déduit à tort : la carte d’identité n’était pas dans la voiture.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : les pouvoirs publics ont placé cette carte d’identité dans la voiture, parce qu’ils connaissaient déjà le nom des personnes qu’ils recherchaient, dont ils sont complices. Ou parce qu’ils n’ont jamais retrouvé le nom des coupables et en ont inventé pour rassurer tout le monde.

Pourquoi c’est faux
Parce que les coupables des attentats ont été largement reconnus, pris en flagrant délit sans aucun doute possible, et que l’identité figurant sur la carte retrouvée a été ainsi confirmée. Les autorités ont expliqué que les terroristes ont en fait oublié dans la voiture un sac, juste après avoir eu un accident, alors qu’ils étaient en fuite, et que la carte d’identité était à l’intérieur de ce sac. Ce qui n’a rien d’invraisemblable, bien au contraire.

# Un coup d’Israël et du monde « médiatico-politique »
Les indices trompeurs
Il y en a à l’infini pour qui veut en trouver. Exemple : l’un des anagrammes de Charlie est Ichrael. Or en hébreu le « s » d’Israël s’écrit avec un « chin », une lettre prononcée parfois « s » parfois « ch ». Par ailleurs, le 7 janvier, jour de l’attentat à « Charlie Hebdo », peut s’écrire 1/7 en anglais, comme le 11 septembre s’écrit 9/11. Or, le 17 est le numéro de téléphone d’urgence de la police en France, le 911 étant celui aux Etats-Unis :

Autre exemple : « Charlie Hebdo » a été hébergé par « Libération » pour son dernier numéro, dont certains actionnaires sont d’origine juive. Ou encore : le parcours de la manifestation vu de haut, ressemble aux frontières d’Israël, si on tourne le plan.

Ce que l’on en déduit à tort : qu’il y a un lien secret et maléfique entre « Charlie Hebdo » et Israël, et que rien n’a été laissé au hasard, jusqu’au choix de la date, qui répond au 11 septembre 2001. Que les médias et les politiques ne disent pas tout ou mentent pour nuire.

Ce que l’on invente pour l’expliquer : beaucoup de choses ! Pour certains, cela signifie qu’attaquer Charlie équivaut à attaquer Israël. D’autres imaginent que « Je suis Charlie » est le nom d’une opération militaire lancée par l’Etat hébreu. Plus généralement, on imagine que les attentats sont liés à d’autres événements de l’histoire, que les terroristes sont incités au meurtre par d’autres organisations ou Etats que ceux qui sont désignés par les pouvoirs publics. Certains pensent que des pays occidentaux, en général les Etats-Unis ou Israël, ont provoqué les attentats pour susciter une réaction contre les musulmans. C’est le même genre de théorie que l’on a entendu après les attentats du World Trade Center.

Pourquoi c’est faux
D’abord parce qu’il est possible dans toutes les situations de trouver des liens entre des noms, des dates, et qu’ils ne prouvent rien sans bon sens. Ensuite, parce que les frères Kouachi ont eux-mêmes affirmé publiquement leur lien avec Al-Qaida au Yémen, et que cette organisation a aussi revendiqué les attentats.

Enfin parce que la raison d’exister des médias les oblige à une pratique aussi rigoureuse que possible de leur travail, et que même les erreurs qu’ils commettent ou les pressions dont ils sont victimes parfois ne les empêchent pas d’offrir à leurs publics des informations plus fiables que celles fournies sur internet par d’obscurs personnages.

Voir aussi:

À Grigny, la ville de Coulibaly, la théorie du complot va bon train
Marie-Estelle Pech
Le Figaro
14/01/2015

REPORTAGE – Pour certains élèves du quartier de la Grande Borne, les attentats ont été organisés par François Hollande, Israël et les États-Unis…

«On a tous fait pleurer la prof de maths en lui disant qu’on n’était pas Charlie! Avec les caricatures du Prophète, les journalistes l’ont bien cherché. Elle a renvoyé toute la classe mais on s’en fiche.» Approuvé, à quelques mètres d’un collège, par son petit groupe d’amis qui a «rigolé» pendant la minute de silence, cet adolescent de 15 ans d’origine malienne, comme Amedy Coulibaly, partage aussi son nom de famille avec le terroriste. Même s’il ne le connaît pas.

Comme lui il y a quinze ans, il grandit comme une herbe folle dans le quartier de la Grande Borne, à Grigny (Essonne), l’un des plus sensibles et des plus pauvres d’Île-de-France. «C’est un dialogue de sourds. Les profs ne nous comprennent pas, ne nous écoutent pas. Ils veulent toujours avoir le dernier mot. Je n’ai rien dit pendant la minute de silence parce que je n’avais pas le choix. Mais c’est n’importe quoi. Ces dessinateurs salissaient notre religion. Ils sont allés trop loin, ont été avertis plein de fois, pourquoi n’ont-ils pas arrêté?», lance Kellyna, 16 ans.

Mieux encore, pour Aminata, 17 ans: «À Grigny, on n’est pas Charlie. D’ailleurs, personne n’est allé à la manifestation. C’est un truc fait pour les bourgeois, les Blancs. Vous en avez vu beaucoup des Noirs et des Arabes, là-bas? Moi non.» Le policier musulman, Ahmed Merabet, n’est pas mort d’une balle dans la tête, affirme un lycéen, qui, comme ses copains, s’est repassé la vidéo de son assassinat en boucle. «Il est mort d’une crise cardiaque, c’est certain, sinon on aurait vu du sang. C’est une mise en scène, un complot pour nous monter les uns contre les autres. Un musulman n’attaque pas un autre musulman.»

Ces jeunes s’inquiètent aussi de la «haine qui va monter contre les musulmans» et pour la réputation de leur ville. «Déjà qu’on met directement nos CV à la poubelle même pour les stages de troisième! Être de la ville de Coulibaly, on s’en serait bien passés.» La Grande Borne, ce quartier gangrené depuis les années 1990 par la drogue et la violence, est toujours en pointe pour faire la une. Lors des émeutes de 2005, puis en 2008. L’attaque du RER D en 2013, c’était aussi à Grigny.

De jeunes trafiquants contrôlent, l’air de rien, les entrées et les sorties de ces immeubles colorés, qui, vus du ciel, ressemblent à des spaghettis géants. Depuis septembre, la violence est montée d’un cran, sur fond de règlements de comptes liés à des trafics de drogue. Deux jeunes hommes ont été grièvement blessés par des tessons de bouteilles et une batte de base-ball. Un autre a été tué. En octobre, un adolescent de 14 ans a reçu une balle dans le ventre. Des locaux associatifs et un gymnase ont été récemment brûlés.

Le maire communiste, Philippe Rio, a alerté le procureur et le préfet. En vain. Cette ville de 30.000 habitants, rappelle-t-il, n’a plus de commissariat au-delà de 18 heures depuis dix ans. Il voit plonger sa ville depuis les émeutes de 2005: «Ça empire. Les gens sont dans la défiance de l’État et des médias, de tout et de tous.»

Ces derniers jours, les réseaux sociaux conspirationnistes concurrencent largement la parole des parents sur les attentats. «Les enfants se font bourrer le chou par les réseaux sociaux. Ils sont complètement intoxiqués», explique le maire qui prend l’exemple de ce couple de parents choqué par le comportement de leur enfant pendant la minute de silence au collège, le 8 janvier. Ces derniers avaient pourtant fermement condamné les attentats. «Visiblement l’enfant n’avait rien écouté, rien cru. Il s’était informé via Internet», soupire le maire.

Des incidents pendant la minute de silence et les jours suivants, il y en a eu beaucoup à Grigny même si l’éducation nationale demande aux enseignants et aux responsables d’établissements de ne pas communiquer sur le sujet avec les médias. Même l’inspection d’académie fait la sourde oreille.

Sous couvert d’anonymat, des enseignants ne sont pas tous d’accord avec ces consignes qu’ils jugent «abusives». «Nous sommes en première ligne. Certains d’entre nous sont perturbés par ce qu’ils ont pu entendre en classe. Et la population a le droit de savoir ce qui se passe.» Dans des logorrhées rhétoriques, plus ou moins assimilées, leurs élèves invoquent la cause des Noirs, clament leur antisémitisme, comparent la Shoah à l’esclavage, le nazisme au sionisme.

Dieudonné a un écho considérable dans les établissements. Les médias sont tous corrompus et la haine des Juifs est partout. Des élèves expliquent que les attentats n’en sont pas et qu’il s’agit d’un complot organisé par le gouvernement de François Hollande. «Parfois avec la complicité d’Israël ou des États-Unis en option.» Ces lycéens, convaincus, s’appuient sur des vidéos, des sites qu’ils montrent sur leur smartphone. «La grande majorité de nos élèves condamnent, heureusement, les assassinats. Mais ce qui revient le plus souvent, explique un enseignant, c’est que les journalistes et les terroristes ont autant tort les uns que les autres. On arrive à leur faire entendre raison, au moins en partie, mais ça demande beaucoup de travail et d’énergie.»

La théorie du complot, fortement teintée d’antisémitisme, flotte néanmoins partout dans Grigny. Et pas seulement chez les plus jeunes. «Ils sont riches, ils tiennent le monde. C’est eux qui sont aux manettes. Ils contrôlent les médias, les États-Unis. Il y a même des ministres juifs au gouvernement», récite, catégorique, Fatou, une auxiliaire de vie d’une vingtaine d’années, dans le vieux Grigny, pour expliquer «pourquoi Coulibaly en voulait aux Juifs».

Vidéo «non censurée» de mauvaise qualité sur son smartphone à l’appui, elle affirme que Coulibaly «a été assassiné par les forces de l’ordre alors qu’il était menotté». Quant aux frères Kouachi, ils auraient été tués en Syrie avant une mise en scène des policiers destinée à faire croire à l’attentat! Soudain plus lucide, elle explique que «ce qui fait basculer les gens ici, c’est la prison. Ici, tu vas en prison dix-huit mois pour une barrette de shit. Tu attrapes la haine de l’État. Et si tu es un peu faible comme Coulibaly, les islamistes te repèrent tout de suite. Et t’entraînent un peu plus dans leur délire à chaque séjour. Certains de mes copains sont dans ce cas».

«Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. La France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être ici»
Une habitante de Grigny

Beaucoup d’adultes ont heureusement une parole plus mesurée. C’est surtout la «honte», comme pour cette mère de famille de quatre enfants: «Je suis musulmane mais je n’ai rien à avoir avec ces actes. Je ne les comprends pas. Ces gens sont des fous, des dingues. Je n’ai même pas envie d’en parler. J’ai d’autant plus honte que ce terroriste venait de Grigny. Et qu’il est de la même origine que moi.»

Solange, aide-soignante en intérim d’origine haïtienne, n’est pas sortie de chez elle pendant une semaine: «Je ne suis pas allée travailler. J’avais peur. Grigny, je n’en peux plus. Je veux en partir mais je ne gagne pas assez pour louer ailleurs», raconte-t-elle. «J’en ai marre de cette violence perpétuelle, des cambriolages à répétition, de ces gens qui marchent tête baissée pour éviter de croiser un regard. Même les livreurs de pizzas ne viennent plus ici parce qu’ils se font tabasser. Moi, je pense que la France est trop gentille et j’ai la rage. Si j’étais restée en Haïti, je serais dans la misère, mariée, avec six enfants. Les gens ne se rendent pas assez compte de leur chance d’être en France.»

Voir par ailleurs:

Après le 11 janvier 2015
Pierre-Henri Tavoillot

11 janvier 2015

Il est 23h45. Difficile de quitter cette journée historique du 11 janvier 2015 sans tenter de la décrire. Ce n’est pas tant l’ampleur de cette « marche républicaine » qui est frappante, c’est sa tonalité : loin de l’esprit habituel des « manif. » ordinaires, cristallisées autour de la défense d’intérêts particuliers, animées par des sous-entendus politiques, remplies bien souvent de mauvaise foi et de colère étriquée, il y avait aujourd’hui une marche de gens désintéressés, sereine, digne, toute en nuances, évitant avec soin les slogans réducteurs, la soumission aux sonos des cortèges. Il régnait une sorte de prudence et de pudeur générales, une atmosphère de courtoisie et d’attention à l’autre. Même dans les métros surbondés, tout le monde était poli ! Seule une République laïque peut produire une telle communion des esprits réunissant tant de gens divers attachés en toute intelligence à des valeurs communes. C’est bien plus fort que la religion. Qui a dit que la démocratie était incapable de sacré ?

Elle était historique, cette journée, car elle a révélé une image insoupçonnée d’une société française qu’on croyait exténuée par la crise, épuisée par les égoïsmes, atrophiée par la défiance, voire les haines, tétanisée par les peurs ! Et on a eu l’image d’une nation harmonieuse, accueillante, forte, fière d’elle-même sans exagération, confiante en l’avenir et sereine dans son quotidien. C’était beau.

Cette journée était historique aussi parce qu’après une blessure terrible, elle est parvenue à donner du sens à des morts absurdes. Sans doute est-ce là une cicatrisation bien dérisoire devant tant de destins brisés par le délire totalitaire de trois pantins ineptes, mais il y a tout de même là une forme de consolation. On leur devait bien ça !

Cette journée était historique enfin parce qu’on a y senti un air de renouveau, quasi printanier en dépit du froid. C’est là pourtant où il faut être prudent. Nous allons assister à une reconfiguration profonde du débat intellectuel : les lignes vont bouger. La France superficielle va peut-être laisser plus de place à la « France profonde » : non pas celles des « ploucs » (comme on l’entend parfois), mais celle qui a de la profondeur ; celle qui entend penser entre le moralisme béat de la gauche et le cynisme abject de la droite, … et pas seulement les extrêmes des deux. Oui, la question de l’identité française (et pourquoi ne pas dire nationale ?) a du sens et même de l’urgence ; oui, une réflexion sur la tentation totalitaire de l’Islam a du sens et même de l’urgence ; non, la France ne s’est pas suicidée ; non, le paradigme culpabilisateur post-colonial ne suffit pas à expliquer les attaques dont la France est l’objet. Oui, la France a des ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur qu’il s’agit de combattre avec rigueur, audace et puissance. Cette ouverture de questions, qui ont été trop longtemps laissées aux réponses sommaires du Front National, va devoir se faire sans mettre en péril l’unité qui vient d’être acquise. Le débat doit avoir lieu, mais il doit être respectueux de l’esprit du 11 janvier sauf à retomber dans les vieux démons. Et nos petites et grandes lâchetés passées auraient de quoi nourrir une fort ressentiment contre nous-mêmes peu propice à un débat sincère et surtout efficace. La clarification des esprits est nécessaire, mais l’action l’est encore plus devant un ennemi qui n’est pas une religion, mais une véritable idéologie totalitaire, dénuée de toute culture ; adversaire même de toute espèce de culture. Il faut se convaincre qu’après le nazisme et le stalinisme, la démocratie a un nouvel opposant, qui comme les précédents sait se nourrir aux mêmes sources qu’elle, hideux produit d’une autre dialectique de la modernité.

Le marxisme est une philosophie du soupçon : sous les apparences (les superstructures idéologiques), il y a une réalité à l’œuvre qui nous dépasse (l’infrastructure socio-économique). Simplement, chez Marx, ce n’est jamais une volonté humaine qui décide ; toute décision n’est que le reflet fidèle d’une situation mettant en jeu des forces productives et des rapports de production. Si les hommes qui font l’histoire ne savent l’histoire qu’ils font, on ne voit pas comment un seul complot serait possible. Car, pour Marx, c’est l’histoire qui se sert des hommes et non l’inverse. Mais lorsque la science marxiste passe de la théorie à la pratique politique, la tentation est grande d’imputer à des groupes ou à des personnes (les bourgeois, les koulaks, les juifs encore…) les ralentissements de l’histoire prévue par la doctrine. C’est là que le conspirationnisme s’installe dans une pensée qui semblait s’en être immunisée. (…) Il suffit d’avoir fait un peu de politique pour comprendre qu’il est très difficile de réussir un complot. Machiavel le notait déjà dans un chapitre génial — et d’ailleurs le plus long — de ses Discours sur la première décade de Tite-Live (1531). L’expérience du pouvoir est celle de la frustration : on croit être aux manettes, alors qu’on passe son temps à subir les événements, à changer de plans et de stratégies, à revoir ses décisions. Voilà la réalité du pouvoir : et d’autant plus à l’âge démocratique et médiatique. Or, en tant que citoyen, nous avons tendance à ignorer cette réalité et à projeter sur les décideurs politiques notre fantasme de toute-puissance. Il faut que le citoyen d’aujourd’hui intègre l’énorme difficulté de l’art politique de nos jours : voilà ce que j’appelle la « pédagogie du pouvoir ». Il en va de même pour les médias : Laurent Bazin montre de manière extrêmement profonde et subtile comment la paranoïa structure la vie médiatique et qu’il faut beaucoup de lucidité et de métier pour la maintenir dans des limites raisonnables. (…) La démocratie installe la volonté des citoyens au centre de la vie de la cité : elle en devient le fondement légitime et incontestable. Mais cette « toute puissance du peuple » est constamment mise à défaut : il y a d’autres peuples, donc d’autres volontés ; il y a aussi les obstacles du réel (la nature, l’économie …) ; le peuple lui-même est souvent scindé en plusieurs orientations antagonistes… Bref, la démocratie semble toujours en échec. On le voit au moment des élections quand les candidats jouent « les gros bras » : « Moi, président, je materai les banques ; je soumettrai la Chine ; je trouverai l’argent là où il est ; j’imposerai mes choix à l’Allemagne… ! ». C’est inévitable face à un candidat sortant qui, forcément, n’a pas pu tout faire. Il faut faire renaître la promesse démocratique. Et cela passe par le repérage de volontés adverses, plus ou moins occultes, qui sont des obstacles à la réalisation démocratique. Le combat contre le « complot anti-démocratique » permet ainsi de remobiliser les troupes… Et, à la prochaine élection, il en ira de même. Il ne s’agit pas de dénoncer ce mécanisme, mais de comprendre son fonctionnement pour agir plus lucidement et pour avoir une vision plus modeste, mais du même coup aussi plus efficace, de la politique démocratique. Les rêves de toute puissance sont adolescents et nous nous devons de passer à l’âge adulte.(…) Il faut donc vivre avec en distinguant (…) les formes acceptables et les formes inacceptables de son expression. Quel est le critère de démarcation entre les deux ? Celui qui distingue la théorie et la pratique. En effet, le repérage du complot peut-être un simple jeu de l’esprit qui tente de trouver un sens dans un monde complexe et absurde : ça ne porte guère à conséquence tant qu’on en reste là. En revanche, lorsqu’il s’agit d’en déduire une action politique à l’encontre telle ou telle catégorie de la population, cela devient inacceptable. Je reconnais que la limite est fine entre les deux, mais elle n’en est pas moins claire. Dans le premier cas, on est dans le registre de l’argumentation qui relève des règles de l’espace public ; dans le second cas, on est dans le registre de l’action qui relève des lois de la République.(…) La seule manière de sortir de cette spirale soupçonneuse consiste à dire à la fois qu’on ne pourra jamais atteindre de point de vue ultimement vrai (contre les dogmatiques), mais qu’on ne peut jamais renoncer tout à fait à l’espoir d’y parvenir (contre les sceptiques). Philosophiquement, cette troisième démarche correspond à la philosophie critique kantienne. Autrement dit, on ne pourra jamais éradiquer la « théorie du complot », mais on doit toujours s’efforcer de produire une autre compréhension du réel qui puisse concurrencer sa force de séduction. Au-delà de la critique, il y a donc un travail positif ou créatif à produire. Ajoutons cependant que, comme le note Woody Allen, il arrive parfois que « même les paranoïaques aient des ennemis » ! La naïveté ne doit pas être le prix à payer de la lutte contre le complotisme. Pierre-Henri Tavoillot

Voir également:

Les chantiers de l’après 11 janvier 2015

Pierre-Henri Tavoillot
22 janvier 2015

Dans le flux de l’information continue, on l’a déjà presque oublié. Mais il s’est passé quelque chose le 11 janvier 2015 ; quelque chose d’inattendu, d’inouïe et d’inespéré. Dans un climat morose, dans une économie déprimée, du sein d’une société pleine de défiance, un souffle d’espoir est né du peuple, balayant largement tous ceux qui s’en posaient comme son interprète attitré. En trois jours, les lignes de front politiques, stabilisées par une longue guerre de tranchées, ont été bouleversées imposant une reconfiguration du débat public. A égale distance du déni moralisateur de la gauche et du cynisme défaitiste de la droite, une exigence inédite a semblé surgir pour que les défis du présent soient formulés, pensés et relevés par des actes.

Comment interpréter ce renouveau ? Il faut certainement beaucoup de prudence et de doigté pour tenter de le comprendre sans le trahir, mais il ne faut pas courir le risque de laisser les demandes s’enliser dans le retour du quotidien et ne pas oublier ce fait gênant : toute la France n’a pas pris part à la Marche républicaine.

Dans ce contexte ambivalent, nous voyons au moins quatre chantiers intellectuels s’ouvrir, que certains avant nous avaient tenté de lancer comme on prêche dans le désert. De tabous, ils sont devenus évidents :

1) La question de l’identité française — Prétendre la poser avant ces trois jours tragiques à « faire le jeu du Front national ». On perçoit aujourd’hui enfin l’évidence de la penser entre un multiculturalisme béat et un nationalisme étroit. Comment prétendre être un pays d’accueil, comment espérer intégrer, voire assimiler (pour utiliser ce mot interdit) si l’on refuse de connaître et promouvoir la maison qu’on habite ? Le modèle d’une histoire post-coloniale marquée par la culpabilité, le « sanglot de l’homme blanc » et l’expiation du passé a fait long feu. Il a durablement tétanisé l’Europe occidentale et déresponsabilisé le Sud comme l’Orient, les empêchant de nouer entre eux des rapports rééquilibrés. Ce temps est révolu et les questions s’ouvrent : quelle est la part d’héritages et de projets communs qui animent notre « vouloir-vivre ensemble » en France, dans l’Europe et dans le Monde ? Qu’est-ce que l’Occident sinon la civilisation, qui, à travers la laïcité, entend conférer à tout adulte la majorité civile et civique de plein exercice ? On ne conçoit plus comment les défis majeurs de l’immigration, de la construction européenne et de la mondialisation ont pu si longtemps faire l’impasse sur le « qui sommes-nous aujourd’hui ? ».

2) La question de la tentation totalitaire de l’Islam — L’Islam est une grande religion et une immense civilisation qui a produit, dans l’histoire, des œuvres et des modes de vie d’un incroyable raffinement. Et pourtant c’est lui aujourd’hui qui prête son nom au visage hideux du terrorisme. Pourquoi l’Islam est-il tenté de se couper de son héritage civilisé pour se métamorphoser en une idéologie totalitaire ? Pourquoi a-t-il produit une barbarie dont les premières victimes sont les musulmans et les juifs les boucs émissaires ? Là encore, ces interrogations étaient la semaine dernière inévitablement mise au compte d’une islamophobie « nauséabonde » ou d’un « amalgame » fallacieux. Elles sont aujourd’hui portées avec vigueur par nombre de musulmans. Car le « pas en mon nom » ne suffit pas ; il laisse place aujourd’hui au : « pourquoi, malgré moi, en mon nom ». Il faut comprendre et combattre l’antisémitisme désinhibé qui réapparaît dans le giron de cette idéologie sommaire de l’islamisme radical qui n’est pas une culture comme une autre mais une contre-culture voire une anti-culture.

3) La question des valeurs de la démocratie — La liberté et l’égalité sont-elles plus sacrées que la plus sacrée des religions ? Et si c’est le cas, comment comprendre qu’elles semblent, de l’extérieur, à géométrie variable : liberté pour les caricatures de Charlie Hebdo mais interdiction du spectacle de Dieudonné ? Contre cette confusion, il va falloir expliquer, encore et encore, que la liberté d’expression s’arrête quand commence l’appel à la haine et l’apologie du meurtre. C’est toute la différence entre des actes de dérision (qu’on a le droit de ne pas apprécier, voire de détester) et des incitations au terrorisme. Notre espace public est celui qui place la sacralité de l’homme au-dessus de celle de Dieu, parce que celle-là permet de vivre ensemble et que celle-ci relève du strict domaine de la foi privée. Cette valeur est non négociable dans la démocratie et elle constitue le fondement du pacte républicain. Quand je visite une mosquée j’enlève mes chaussures ; quand j’entre dans une synagogue je mets un kipa ; quand je pénètre dans une église, je veille à avoir une tenue décente ; et bien quand j’entre dans une République laïque : j’accepte de mettre mes croyances de côté et je m’efforce d’en respecter les lois. Et d’abord celle de la laïcité qui constitue l’ADN de notre vie commune.

4) La question des armes de la démocratie — Comment lutter face aux nouvelles menaces : à l’intérieur pour réintégrer les « territoires perdus de la République » qui sont aussi les territoires perdus de la Nation devenus des ghettos ethno-culturels ? A l’extérieur pour défendre et promouvoir des principes et surtout des populations qui aspirent à les adopter envers et contre toutes les menaces immondes. Ni la démocratie ni la laïcité ne peuvent être imposées de l’extérieur, mais cela ne saurait fournir la moindre excuse pour abandonner ceux qui y prétendent et risquent leur vie pour y parvenir. Ce combat commence au cœur notre pays, dans les « quartiers » où la clarification des idées doit précéder la fermeté de l’action.

Il y a là, sous réserve d’inventaire, des tâches qui nous semblent immenses, urgentes et essentielles. Ce sont des chantiers que certains précurseurs avaient osé ouvrir au péril de leur réputation et de leur tranquillité avant les événements tragiques du mois de janvier 2015 — on doit leur rendre hommage ici — ; mais il faut désormais les faire avancer animé par la conviction que des résultats tangibles sont désormais attendus avec impatience des Français. C’est cela aussi qui s’est passé le 11 janvier 2015.

Texte signé par Eric Deschavanne (philosophe), Serge Guérin (sociologue), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe).

Sommes-nous devenus trouillards ?
Pierre-Henri Tavoillot
Philosophie Magazine
Juin 2012.

Nos sociétés seraient-elles devenues trouillardes ? C’est ce qu’on pourrait croire en constatant la place paradoxale que la peur y occupe. Elle est paradoxale pour au moins trois raisons. Comment, tout d’abord, ne pas voir que nous vivons dans un monde où la sécurité règne comme jamais dans l’histoire de l’humanité ? La guerre s’est éloignée, la famine a disparu, l’homicide décline, l’espérance de vie augmente, la médecine n’a jamais été aussi efficace … et, au lieu de nous réjouir, c’est la trouille qui nous taraude dans tous les moments de notre vie quotidienne. On a peur de manger, de boire, de respirer, de faire l’amour, et de fumer ensuite … Ce sont d’innombrables petites phobies qui semblent avoir pris la place des terreurs d’autrefois. A ceci près pourtant que, dans notre univers laïque, rationnel et scientifique — et c’est un deuxième paradoxe — l’angoisse de l’apocalypse ne nous a pas quitté : effet du réchauffement climatique, catastrophe nucléaire, crash financier … l’évocation de ces risques, réels, retrouvent dans l’espace public des accents prophétiques bien au-delà de leur analyse rationnelle. Enfin, et c’est le plus surprenant, la peur s’est déculpabilisée. Jadis considérée comme une passion infantile (ou féminine !), elle était un vice dont l’adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a presque acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble pas commet le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ? On peut avancer trois types d’interprétation.

1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette crainte générale sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.

2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.

3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Chacun pourra choisir entre ces trois interprétations et même tenter une habile motion de synthèse. Mais il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Ce serait le comble !

Voir encore:

Oui, il est permis d’évaluer les cultures !
Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie
Le Monde
23.02.2012

Aujourd’hui que tout s’évalue – des hôpitaux aux grandes écoles, des chercheurs aux ministres, des placements financiers aux budgets des Etats -, pourquoi n’aurait-on pas le droit d’évaluer les civilisations ? Après tout, on pourrait fort bien attribuer des AAA+ à certaines et dégrader la note d’autres au fil de l’histoire et en fonction de l’air du temps…

C’est une boutade, bien sûr, mais qui vise à dédramatiser un peu la polémique récente – très surjouée à mes yeux, dans le contexte d’une campagne électorale dont on conviendra qu’il n’est guère propice au traitement des questions délicates. Or la question est délicate : est-il légitime ou non d’affirmer la supériorité de certaines civilisations, et notoirement de la nôtre ?

Coincé entre, d’une part, la conviction des bénéfices de la démocratie et des droits de l’homme et, d’autre part, la mauvaise conscience de l’impérialisme colonial, on reste comme tétanisé par ce qui ressemble fort à une question piège. Et pourtant une issue est possible pourvu que l’on distingue les différents registres, critères et sens du terme « civilisation » qui sont ici en jeu. En voici quatre différents.

1. Le premier nous est légué par l’ethnologie. Une civilisation désigne selon elle un ensemble de créations humaines (oeuvres, moeurs, règles, croyances, savoirs, savoir-faire…), qui témoignent d’un écart avec la nature. Le fait de cuisiner avant de manger ; le décalage entre la puberté physique et l’autorisation sociale de procréer ; la reconnaissance de la vieillesse, etc. : autant de traits qui désignent la civilisation comme une mise à distance du monde humain vis-à-vis du naturel brut.

De ce point de vue, toutes les civilisations sont équivalentes. Aucune ne peut être décrétée plus puérile, plus naturelle ou plus primitive que les autres, puisque toutes manifestent un degré analogue d’élaboration culturelle. Et même si la tentation est forte de considérer les tribus « sauvages » ou les peuples traditionnels comme étant plus proches de la nature (voire, dirait-on aujourd’hui, plus écologistes), les ethnologues nous ont convaincus que la complexité de leurs dispositifs culturels n’avait rien à envier aux nôtres. Mais pour autant cela ne nous autorise pas à affirmer que toutes les civilisations se valent, car nous sommes ici dans le registre de la stricte description d’un fait (le fait de la culture) et non dans celui de la mesure d’une valeur.

2. Pour juger, il faut recourir à un autre critère. Celui qui permettra de parler comme on le fait si souvent de « hautes » ou de « grandes » civilisations. Il ne s’agit plus de décrire la seule différence entre nature et culture, mais de mesurer ce qu’une époque ou un peuple ont apporté à l’humanité et à son histoire. Une civilisation est dite grande lorsqu’elle produit des oeuvres qui ne s’adressent pas seulement à elle-même mais concernent, touchent, parlent à l’ensemble de l’humanité.

En dépit de sa clarté apparente, ce critère est très incertain, ne serait-ce que parce que la plupart des peuples se sont eux-mêmes conçus comme les représentants les plus éminents de l’humanité dans son ensemble ; il ne leur venait même pas à l’esprit que l’idée d’universel puisse être relative. Et s’ils ont produit de grandes choses, c’était de manière parfaitement égoïste.

Or, aujourd’hui, nous avons appris à nous méfier de l’universel qui, pensons-nous spontanément, n’est jamais très loin de l’impérialisme, cette espèce de folie des grandeurs. Pour un individu, c’est se prendre pour Napoléon ; mais pour une civilisation, c’est se prendre elle-même pour l’universel ; et rejeter dans la barbarie le reste du monde. De ce point de vue, la grandeur n’est jamais très loin de l’horreur…

3. Nous touchons là le troisième critère qui nous permettra d’affirmer haut et fort la supériorité de la civilisation occidentale ! Elle est la seule à parvenir à aussi bien se détester. C’est ainsi que l’on peut trouver une issue à la polémique actuelle : la supériorité de l’Occident, ce serait au fond sinon le relativisme lui-même (car le terme est à manier avec prudence), du moins cette capacité de se décentrer, de s’autocritiquer, voire de se haïr.

Cela commence avec Homère – très oriental au demeurant – qui dresse un portrait peu flatteur des Grecs dont il était pourtant censé raconter l’épopée : que valent Achille le colérique et Agamemnon le mesquin, à côté du bon et bel Hector ? Et cela n’a ensuite jamais cessé : critique chrétienne de Rome ; critique humaniste du christianisme ; critique « moderne » des humanités antiques ; critiques ultraconservatrices et hyperrévolutionnaire des droits de l’homme ; critiques occidentales de l’Occident colonial, etc.

La liste est longue. L’Occident n’a jamais laissé aux autres le soin de le dénoncer. Et ce parcours fut balisé par la haine de soi, le sanglot de l’homme blanc, le débat sur la comparaison des civilisations, voire la culpabilité. Tels sont les traits caractéristiques de notre univers spirituel. Ils fonctionnent pour le meilleur comme pour le pire ! Le meilleur, c’est l’autoréflexion, la distance critique, le doute, l’intérêt aussi pour les autres civilisations qu’il s’agit de connaître, comprendre, préserver ; le pire, c’est quand la critique n’accepte plus la critique ; c’est quand le doute refuse d’être mis en doute…

4. Il reste encore une dernière marche à franchir, qui ne concerne pas seulement la civilisation autocritique de l’Occident, mais ce qu’on pourrait appeler la civilisation de la démocratie. En quoi consiste sa supériorité ? Eh bien, dans l’affirmation que les civilisations importent moins que les individus qui les constituent ; dans l’idée que leur liberté, leur égalité et leur fraternité méritent notre attention plus que tout autre chose. Cette civilisation-là, née en Occident, le dépasse désormais de beaucoup et a cessé de lui appartenir en propre : une telle largeur, voilà peut-être le signe de la vraie grandeur.
Pierre-Henri Tavoillot enseigne la philosophie à la Sorbonne et est membre du Conseil d’analysede la société. Il est l’auteur de « Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité » (Grasset, 2011).

Pierre-Henri Tavoillot, président du Collège de philosophie

La nouvelle idéologie de la peur

Des lycéens qui disent — en rigolant — combien ils ont peur pour leurs retraites ; des militants écologistes qui, pleins de courage, bravent les forces de police, pour exprimer leurs peurs des déchets nucléaires. Tels sont les derniers exemples — étranges — du triomphe paradoxal de l’idéologie de la peur dans nos sociétés. Pourquoi paradoxal ? Pour au moins deux raisons. Il est d’abord frappant de constater combien se sont multipliées les peurs dans un monde devenu pourtant sûr comme jamais dans l’histoire. Ce ne sont plus, comme jadis, les guerres, les famines, la mort brutale et précoce, le diable ou l’enfer qui effraient, mais le mal manger, le mal respirer, le mal boire, le fumer (ça tue !). Ce sont les OGM, les nanotechnologies, les sautes de la météo, etc. Aux grandes causes d’effroi d’autrefois se sont substituées d’innombrables petites phobies envahissantes et d’autant plus terrorisantes que leur œuvre est discrète. Jamais, chez nous, la guerre n’a été aussi éloignée, jamais la famine plus improbable, jamais on n’a été aussi sûr de parcourir tous les âges de la vie, jamais la maîtrise de la santé n’a été plus efficace… et, au lieu de nous en réjouir, c’est la trouille qui nous taraude pour le présent comme pour l’avenir ! Et, en plus, — second paradoxe — nous n’en avons même pas honte. Autrefois considérée comme une passion infantile (ou féminine), la peur était un vice dont l’homme adulte devait se libérer pour grandir. De nos jours, elle est devenue une vertu, presque un devoir. Condition de la lucidité, aiguillon de l’action, elle a acquis le statut de sagesse. Qui ne tremble point commet de nos jours le triple péché d’ignorance, d’insouciance et d’impuissance. Comment en est-on arrivé à une telle inversion ?
On peut avancer trois types d’interprétation.
1) Une première (d’inspiration nietzschéenne) mettra cette montée des peurs déculpabilisées sur le compte du déclin de l’Occident. Face au dynamisme juvénile des pays émergeants, les sociétés de la modernité tardive seraient devenues frileuses, plaintives et timorées, à la fois vieilles et infantiles. D’un côté, le vieillissement démographique produirait une baisse de l’énergie et une paralysie des attentes ; de l’autre, la fonction protectrice de l’Etat infantiliserait la société en sur-assistant les personnes. Bref, le triomphe des peurs révélerait la lente agonie d’un Occident pourri-gâté.
2) Une seconde lecture (d’inspiration tocquevillienne) insistera sur notre appétit insatiable du bonheur et du confort. Alors que les régimes aristocratiques étaient guidés par l’honneur des « gens biens nés », qui englobait l’esprit de sacrifice et le courage, les sociétés démocratiques égalitaires recherchent avant tout le bien-être et la sécurité pour tous. Or, le bien-être ne connaît pas de borne et sa préservation ne sait aucune limite. D’où cette conséquence inévitable : plus nous possédons, plus nous craignons de perdre. La montée des peurs est donc un effet mécanique de l’égalisation et de l’amélioration des conditions.
3) Une troisième interprétation (d’inspiration freudienne) verra dans la multiplication des peurs un moyen de répondre au vide spirituel de notre temps. Car la peur donne du sens et des repères dans un univers qui semble ne plus en avoir. A défaut d’avoir un avenir radieux, une horizon béni, — et nous sommes immunisés en la matière ! — il reste très utile d’avoir un horizon de non-sens ou un avenir piteux. La débâcle climatique, la catastrophe financière, la figure diabolique d’un président honni, … tout cela permet de redonner sens à nos actions et à nos vies. Bref, et c’est le troisième paradoxe : la peur rassure ! C’est ce que disait Freud à propos des phobies : leur multiplication nous permet d’échapper à l’angoisse causée par des conflits psychiques insupportables. L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout. D’où cette idéologie de la peur si puissante aujourd’hui. Elle est une idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés désenchantées : elle fait sens (tout s’explique !), elle fait lien (tous ensemble !) et elle fait programme (agissons !). J’ai peur, donc je suis.

Déclin de l’Occident, passion du bien-être ou quête de sens ? Il y a sans doute un peu de tout cela dans le phénomène. Chacun pourra proportionner la dose de ces trois interprétations à sa guise, mais elles montrent que l’anxiété est profonde. Cela dit, il ne faudrait pas non plus se mettre à avoir trop peur de la peur. Car ces craintes, pour être multiples, n’en restent pas moins limitées. Certes elles bloquent, ralentissent, énervent, mais, mis à part quelques prophéties d’illuminés, elles font aussi l’objet d’un examen critique assidu. Toutes sont médiatisées par un débat, qui est parfois rude (réchauffement climatique, OGM ou nanotechnologies), mais qui n’a rien à voir avec les paniques meurtrières que l’Europe a connues à l’aube des temps modernes et que le reste du monde n’a pas fini d’expérimenter. Ce qui amène d’ailleurs à penser que le déclin de l’Occident est en fait tout relatif !

Charlie Hebdo : comment se développent les théories du complot
Antoine Izambard

Challenges
19-01-2015
VIDEO Najat Vallaud-Belkacem a enjoint les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.
Plusieurs internautes s’attardent sur le plus petit détail pour douter de la version officielle Capture d’écran Twitter

Alors que la machine « complotiste » tourne à plein régime depuis la tuerie de Charlie Hebdo, Najat Vallaud-Belkacem a enjoint vendredi 23 janvier les médias à prendre « une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent », se déclarant « préoccupée » par les rumeurs et thèses conspirationnistes.

Lors d’une table ronde au collège Jean Moulin de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), la ministre de l’Éducation a dit vouloir « profiter de la présence des médias » venus pour couvrir l’évènement, et a déclaré qu' »il [fallait] qu’ils prennent une part de responsabilité dans ce qu’ils rapportent ».

« Il faut se rendre compte de ce que les enfants retiennent en voyant les médias. L’imaginaire d’un enfant n’est pas suffisamment structuré (…) ça fait un magma d’information », a-t-elle alors expliqué, s’avouant « préoccupée quand je vois à quel point de vulnérabilité ils en sont ».

Depuis la tuerie de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, les thèses conspirationnistes les plus improbables se sont multipliées à une vitesse incroyable sur les réseaux sociaux. Elles ont même parfois été relayées par les plus hautes autorités de certains États qui y voient l’œuvre du Mossad ou encore de la CIA. Tour d’horizon des questions que pose cette prolifération d’explications –fumeuses – à la vague d’attentats qui a secoué la France.

Qu’est-ce que la théorie du complot ?
C’est une thèse qui remet en question la version officielle d’un fait. Elle peut concerner tout type d’événement. Le premier homme à marcher sur la lune, les attentats du 11 septembre 2001, ou plus récemment le décès du patron de Total, Christophe de Margerie, ont fait l’objet de plusieurs explications conspirationnistes. « La théorie du complot a comme caractéristique d’être fondée sur un effet millefeuille, explique le sociologue Gérald Bronner, spécialiste des croyances collectives et auteur de La Démocratie des crédules. Chaque argument est faux mais comme il y en a des centaines voire des milliers, cela rend les théories plus résistantes à la contradiction. On ne peut pas défaire tous ces arguments. Les tenants de ces thèses veulent susciter le doute plutôt qu’administrer la preuve, c’est une intelligence collective qui est à l’œuvre. On peut dire qu’on a affaire à un monstre argumentatif. Et cela est rendu beaucoup plus facile depuis que les réseaux sociaux existent ».

Que trouve-t-on sur les réseaux sociaux ?
A l’instar du 11 septembre 2001, une fois les premières images de la fusillade diffusées sur les chaînes d’information et le web, la machine « complotiste » s’est mise en route. Parmi les arguments les plus utilisés figurent la présence de plusieurs véhicules utilisés par les frères Kouachi qui serait démontrée par des rétroviseurs blancs sur une image, près des lieux de l’attaque, et noirs plusieurs minutes plus tard, une fois la voiture abandonnée. Sauf que le modèle utilisé dispose de rétroviseurs chromés dont la couleur change en fonction de la lumière, ont expliqué les spécialistes.

D’autres ont pointé du doigt la vitesse avec laquelle François Hollande s’est rendu tout de suite après le drame dans les locaux de Charlie Hebdo depuis l’Élysée.  Le chef de l’État a effectué les 5,2 km en 15 minutes, trop vite selon certains. Pour appuyer leur démonstration, ils soutiennent que compte-tenu des conditions de circulation à Paris à cette heure-là (entre 12h et 14h), il aurait fallu 29 minutes à François Hollande pour rallier le siège de Charlie Hebdo situé dans le XIe arrondissement de Paris. Ces derniers omettant toutefois de préciser que leur calcul prend uniquement en compte les conditions s’appliquant à un automobiliste « normal » alors que le Président de la République peut utiliser un gyrophare et donc allez plus vite. En roulant à 60 km/h de moyenne, le trajet ne dure en effet que… cinq minutes.

Autres éléments qui alimentent la polémique : la carte d’identité perdue par un des frères Kouachi, le téléphone mal raccroché par Amédy Coulibaly dans l’Hyper Cacher de Vincennes ou encore le tracé de la marche républicaine du dimanche 11 janvier qui dessinait les frontières d’Israël… Plusieurs centaines de personnes s’en sont émus sur Twitter.

« Ces théories du complot se développent plus vite car elles sont la conséquence de la dérégulation du marché de l’information, soulève Gérald Bronner.  Cela affaiblit les ‘Gatekeepers’ comme les journalistes qui filtrent l’information. Ces théories démagogiques n’ont plus d’obstacles. Auparavant elles étaient confinées dans des espaces de radicalités à la diffusion réduite. Maintenant, elles surgissent de toute part à une rapidité impressionnante. »

Quel est le profil de ces « complotistes » ?
Le profil de ceux qui s’adonnent à ces thèses pose question. « Il ne faut pas croire que tous ces gens sont idiots, ce serait le meilleur moyen de ne pas cerner ce phénomène, poursuit Gérald Bronner. C’est vrai pour certains mais d’autres, beaucoup, ont des raisons de croire à cela, cela correspond à leur représentation géopolitique du monde, à leur désir. Par exemple, au moment de l’affaire DSK en mai 2011, un sondage montrait que les sympathisants socialistes étaient beaucoup plus nombreux à croire au complot que la moyenne de la population française. C’est un petit peu la même chose avec l’attentat de Charlie Hebdo puisque certains, notamment des musulmans, n’ont pas envie de croire à une version qui accuse une partie de l’islam, sa frange la plus extrémiste. »

Ces théories ont aussi trouvé un écho dans plusieurs écoles de France. Selon Najat Vallaud-Belkacem : « un jeune sur cinq adhère aux théories du complot ». Et dans la foulée des attentats, quelque 200 incidents ont eu lieu dans les établissements scolaires, dont une quarantaine signalés à la police et la justice. « Les jeunes semblent adopter plus facilement ces théories, indique Gérald Bronner. Ils sont plus nombreux que les autres sur les réseaux sociaux et ont souvent le sentiment que la vérité est ailleurs, sur internet, et pas dans les medias. »

Comment les enseignants peuvent-ils lutter contre ces thèses ? « Il faut multiplier les sources de désintoxication et repenser le système éducatif en fonction de cette dérégulation du marché de l’information, répond Gérald Bronner. Il faut surtout intégrer la notion d’esprit critique, se méfier de ses propres intuitions, avoir une pensée méthodique pour déconstruire cela. L’école ne le fait pas, elle devrait le faire et apporter une boussole intellectuelle à ces élèves ».

Comment la classe politique française réagit-elle à cette théorie ?
Seul Jean-Marie Le Pen a pour l’heure clairement pris position en faveur de cette théorie du complot. Dans une interview accordée au quotidien russe Komsomolskaya Pravda (« La vérité de la jeunesse communiste »), le 16 janvier, le président d’honneur du Front national a estimé que le massacre de Charlie Hebdo est « signé des services secrets ».

« La carte d’identité oubliée par les frères Kouachi me rappelle le passeport qui était tombé de l’avion en feu le 11-Septembre, avance-t-il. Tout New York brûlait et ce passeport était resté intact. On nous dit que les terroristes étaient des idiots et que c’est pour ça qu’ils auraient laissé le document dans la voiture. L’exécution de Charlie Hebdo porte la signature d’une opération des services secrets. Mais nous n’avons pas de preuves. Je ne pense pas que les organisateurs de ce crime soient les autorités françaises mais elles ont permis que ce crime ait lieu. Pour l’instant, ce ne sont que des soupçons. »

Vendredi, dans Le Monde  Jean-Marie Le Pen a expliqué ne pas se souvenir avoir parlé des services secrets, maintenant toutefois sa vision « complotiste ». Et ce lundi 19 janvier, le fondateur du FN a été désavoué par  Marine Le Pen. « Moi je vais vous dire ce que je pense de ces théories conspirationnistes fumeuses. Je les trouve dangereuses parce que tout ce qui éloigne les Français de la lucidité nécessaire sur les causes de ce qu’il s’est passé les éloigne du constat. Tout ce qui les éloigne du constat les éloigne des solutions » a-t-elle expliqué sur France Inter.

« Jean-Marie Le Pen a encore une fois voulu prendre le contre-pied du politiquement correct, précise le spécialiste de l’extrême-droite, Jean-Yves Camus, auteur d’un article dans le dernier numéro de Charlie Hebdo intitulé : ‘Les charognards du complot’. Il veut apparaître comme le seul homme politique qui pourfend l’establishment. Mais je pense qu’il est minoritaire dans son parti. Pour la plupart des militants du FN ces actes ont une origine et en plus cela colle assez bien au discours habituel du parti sur l’incompatibilité entre l’islam et la civilisation française. Il faut aussi signaler que même si l’extrême-gauche n’a pour l’instant pas versé dans ces théories, elle y a très souvent recours ».

Une étude publiée dans le Social Psychological & Personality Science journal, vient d’ailleurs appuyer ces propos. Selon celle-ci, ceux qui se situent à l’extrême-gauche ou à l’extrême-droite de l’échiquier politique seraient les plus enclins à relayer les thèses complotistes. « Ils perçoivent leurs idées politiques comme l’explication logique et unique aux problèmes de société » et ces thèses nourrissent selon eux « le désir de donner du sens à des événements sociétaux à partir d’un petit nombre d’idées tranchées sur le monde ».

Ces thèses se développent-elles dans d’autres pays ?
Oui. Dans d’autres États comme la Turquie ou la Russie ces théories fleurissent. Et pas seulement sur les réseaux sociaux. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a par exemple déclaré lors d’une conférence de presse, lundi 12 janvier, que « la duplicité occidentale est évidente ». « En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries (…). Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il affirmé.

On retrouve également ces thèses conspirationnistes en Russie. « Les Américains sont-ils derrière les attaques terroristes à Paris ? » a publié par exemple en Une, Komsomolskaya Pravda. « Je suis sûr que des Américains ont supervisé ces attaques ou au moins les islamistes qui les ont perpétrées » affirme aussi le directeur de l’Institut International pour les nouveaux États, très proche du Kremlin.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde (…).  Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétrés », a également affirmé Alexei Martynov, directeur d’un think-thank proche du Kremlin.

Attentats : les thèses conspirationnistes se multiplient en Turquie et en Russie
Florence Renard-Gourdon

Les Echos

13/01/15

En Turquie et en Russie, les théories du complot les plus folles foisonnent, appuyées parfois par des membres du gouvernement.

Au lendemain de la participation du Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, au rassemblement qui a eu lieu dimanche à Paris pour rendre hommage aux 17 victimes d’extrémistes islamistes, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a adopté un ton beaucoup moins consensuel, voire conflictuel. « La duplicité occidentale est évidente », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse organisée lundi soir, raconte le Financial Times . «  En tant que musulmans, nous n’avons jamais pris le parti de la terreur ou des massacres  : le racisme, les discours de haine, l’islamophobie sont derrière ces tueries », a lancé Erdogan. « Les coupables sont clairs : les citoyens français ont commis ce massacre et les musulmans sont blâmés pour cela », a-t-il ajouté. Et le président de se dire perplexe quant au manque d’efficacité des services de renseignement dans la traque des coupables.

Certes, les dirigeants politiques en Turquie ont à plusieurs reprises condamné les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, le supermarché juif et la femme policier. Mais un récit parallèle a émergé dans le pays, celui proféré par les théoriciens de la conspiration qui reportent la responsabilité des massacres sur les agences de renseignement étrangères plutôt que sur les islamistes radicaux.

Un phénomène similaire s’est produit en Russie, qui a envoyé son ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, la représenter à la marche parisienne de dimanche.

« Blâmer les musulmans »
Phénomène particulièrement inquiétant, certaines de ces théories ont été approuvées par des personnalités des gouvernements turc et russe, signe de la montée du ressentiment et de la suspicion envers l’occident de ces deux pays très importants sur le plan géopolitique dans un contexte de tensions extrêmes sur l’Ukraine et le Moyen Orient.

En Turquie, le « double jeu » affiché par certaines personnalités est « dangereux », a fait observer au Financial Times Aron Stein, du Royal United Services Institute, un think-tank britannique. Tolérer « les opinions les plus folles » de votre base politique pose problème pour les condamnations qui se « jouent à l’échelle internationale », a-t-il expliqué.

Melih Gokcek, le maire d’Ankara affilié au parti au pouvoir AK, a ainsi assuré lundi que « le Mossad (les services de renseignement israéliens, ndlr) est certainement derrière ces incidents ». Il a également lié les attentats survenus en France à la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Ali Sahin, membre du Parlement turc et porte-parole du parti AK, la semaine dernière, a pour sa part indiqué qu’il soupçonnait que ces massacres aient été commis dans le but de « blâmer les musulmans et l’islam ».

Les Etats-Unis montrés du doigt
En Russie, certains commentateurs pro-Kremlin désignent clairement les Etats-Unis. Le Komsomolskaïa Pravda, l’un des principaux tabloïds de la Russie, a ainsi titré : «Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? » et posté sur son site une série d’interviews qui expliquent pourquoi Washington aurait pu organiser les attentats. Par exemple, Alexander Zhilin, un officiel du Kremlin, a assuré qu’ils avaient été commis par les Etats-Unis en représailles des propos tenus par le président François Hollande, qui, le 6 janvier dernier, réclamait de l’UE la levée des sanctions contre la Russie. Selon lui, Washington a diligenté les attentats pour consolider « rapidement » les intérêts américains et européens en Ukraine.

D’autres ont fait resurgir une théorie du complot populaire en Russie selon laquelle les services de renseignement américains étaient à l’origine de toute une série d’attentats terroristes, du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis aux tueries commises la semaine dernière à Paris.

« Depuis ces dix dernières années, ce que l’on nomme le terrorisme islamiste est sous le contrôle d’une des plus grandes agences de renseignement du monde », a affirmé pour sa part Alexei Martynov, directeur du think-thank International Institute for New States, à LIFEnews, un site Internet pro-Kremlin. « Je suis sûr que certains Américains sont responsables des attentats terroristes à Paris, ou en tout cas des islamistes qui les ont perpétré », a-t-il asséné.

Rudy Reichstadt: « Les jeunes sont les plus vulnérables »
Diana Saliceti

Libération

20 janvier 2015 à 20:06

INTERVIEW Pour Rudy Reichstadt, de Conspiracy Watch, les «mythes complotistes renvoient à des discours de haine» :

Fondateur du site internet Conspiracy Watch, qui se veut un «observatoire du conspirationnisme», Rudy Reichstadt décrypte les théories du complot.

Qu’est-ce qui distingue un complotiste d’un simple sceptique ?

Le sceptique, au sens noble du terme, examine les données d’un problème avec méthode et en essayant de s’affranchir de toute idée préconçue. Son instruction se fait à charge et à décharge. Le conspirationniste s’en distingue par le peu de cas qu’il fait des éléments susceptibles de contrarier sa thèse. Il va monter en épingle des faits prétendument troublants et passer sous silence des faits pourtant essentiels. Il y a là une mauvaise foi évidente.

Existe-t-il différents types de complotistes ?
Il y en a au moins trois. D’abord, les théoriciens «professionnels», qui réécrivent l’histoire à des fins propagandistes. Il s’agit d’une véritable entreprise de politisation qui peut même avoir une dimension mercantile : certains vivent de la théorie du complot. A l’autre bout du spectre, il y a le quidam méfiant à l’égard des sources d’informations traditionnelles et qui tombe dans le panneau : le récit falsifié conforte sa vision du monde. Enfin, il y a des activistes qui, sans être des pros du complotisme, ont la conviction qu’«on» leur ment en permanence, que les élites traditionnelles sont toutes corrompues. Ils deviennent des vecteurs de la théorie du complot, par exemple en fabriquant chez eux une vidéo conspirationniste, en intervenant sur les réseaux sociaux ou les forums, etc.

Quel public est le plus susceptible d’être touché ?
Les jeunes sont sans doute les plus vulnérables car ils ne disposent pas toujours des outils intellectuels leur permettant de résister à ces thèses. On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans forcément être à même de distinguer les sources d’information fiables et le reste. Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes. Mais le conspirationnisme est loin de se limiter aux jeunes. Le phénomène traverse toute la société. Ce démon du soupçon ne se répandrait pas à une telle échelle s’il ne répondait pas à une demande sociale, peut-être à un besoin de «réenchantement du monde» par la théorie du complot.

Le registre s’est-il renouvelé ces dernières années ?
Pas vraiment. C’est toujours le même type de raisonnement et d’argumentation. La seule chose qui varie, c’est l’histoire racontée. Et encore : les complots sioniste ou Illuminati sont des thèmes récurrents. De plus, le discours des complotistes se veut infaillible : l’absence de preuves pour étayer leur thèse est pour eux un indice supplémentaire du complot.

Le complotisme est-il dangereux ?
Les mythes complotistes renvoient à des discours de haine. La désignation de boucs émissaires est un vecteur de radicalisation politique. Il y a aussi un enjeu démocratique : quand on ne partage plus la même réalité, le débat public devient un dialogue de sourds. Pour endiguer le complotisme, notamment chez les jeunes, il faut développer une pédagogie autour du pouvoir politique et de la connaissance. Il faut également les sensibiliser aux médias et développer des outils critiques par rapport aux images. Réfléchir et penser, cela s’apprend.

Recueilli par Diana SALICETI

Voir enfin:

Karl Popper : « Les dieux d’Homère remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes »
La société ouverte et ses ennemis, de Karl R. Popper
Extraits de Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis (t. 2 : Hegel et Marx), éditions du Seuil, 1979 [1962-1966], pp. 67-68 (chapitre 14) :

Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot (1), selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes.

Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. Le rôle principal des sciences sociales est, à mon avis, d’analyser ces réactions et de les prévoir dans toute la mesure du possible.

Prenons un exemple simple de répercussions involontaires de nos actes : un homme qui veut acquérir une maison ne souhaite manifestement pas faire monter le prix des propriétés bâties ; pourtant, sa seule apparition sur le marché à titre d’acheteur agira en ce sens. En revanche, il est possible que, par un accroissement de leurs achats, les consommateurs contribuent à la baisse du prix de certains objets, en rendant plus profitable leur production en série. Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Opposés au psychologisme, ces exemples sont moins probants, car on peut y objecter que les répercussions constatées sont bien dues à des facteurs psychologiques : la connaissance par les vendeurs de l’intention des acheteurs et leur espoir d’en tirer des bénéfices. Reste que ce ne sont pas là des éléments fondamentaux de la nature humaine : ils dépendent de la situation de la société, et, plus précisément ici, de celle du marché.

Psychologism, Historicism and Conspiricy theories

Marx’s Method: Chapter 14: The Automony of Sociology

Extract from « The Open Society and Its Enemies Volume 2: Hegel and Marx » by Karl Raimund Popper (Originally published 1945) (Edition extracts taken from version published by Routledge and Kegan Paul, 5th Edition, 1973 reprint, ISBN 0 7100 4626 X) (Page 94 to 96)
(Ordering Routledge books) | (Also refer to versions published by Princton University Press – Open Society Vol 1. | Open Society Vol 2.)

« The fact that psychologism is forced to operate with the idea of a psychological origin of society constitutes in my opinion a decisive argument against it. But it is not the only one. Perhaps the most important criticism of psychologism is that it fails to understand the main task of explanatory social sciences.

This task is not, as the historicist believes, the prophecy of the future course of history. It is, rather, the discovery and explanation of the less obvious dependencies, which stand in the way of social action – the study, as it were, of the unwieldiness, the resilence or the brittleness of the social stuff, or its resistance to our attempts to mould it and to work with it.

In order to make my point clear, I shall briefly describe a theory which is widely help but which assumes what I consider the very opposite of the true aim of social sciences; I call it the ‘conspiracy theory of society’. It is the view that an explanation of a social phenomenon consists in the discovery of the men or groups who are interested in the occurrence of this phenomenon (sometimes it is a hidden interest which has first to be revealed), and who have planned and conspired to bring it about.

This view of the aims of the social sciences arises, of course, from the mistaken theory, that, whatever happens in society – especially happenings such as war, unemployment, poverty, shortages, which people as a rule dislike – is the result of direct design by some poweful individuals and groups. This theory is widely help; it is older even than historicism (which, as shown by its primitive theistic form, is a derivative of the conspiracy theory). In its modern forms it is, like modern historicism, and a certain modern attitude towards ‘natural laws’, a typical result of the secularisation of a religious superstition. The belief in the Homeric gods whose conspiracies explain the history of the Trojan War is gone. The gods are abandoned. But their place if filled by powerful men or groups – sinister pressure groups whose wickedness is responsible for all the evils we suffer from – such as the Learned Elders of Zion, or the monopolists, or the capitalists, or the imperialists.

I do not wish to imply that conspiracies never happen. On the contrary, they are typical social phenomena. They become important, for example, whenever people who believe in the conspiracy theory get into power. And people who sincerely believe that they know how to make heaven on earth are most likely to adopt the conspiracy teory, and to get involved in a counter-conspiracy theory against non-existing conspirators. For the only explanation of their failure to produce their heaven is the evil intention of the Devil, who has a vested interest in hell.

Conspiracies occur, it must be admitted. But the striking fact which, in spite of their occurrence, disproved the conspiracy theory is that few of these conspiracies are ultimately successful. Conspirators rarely consummate their conspiracy.

Why is this so? Why do achievements differ so widely from aspirations? Because this is usually the case in social life, conspiracy or no conspiracy. Social life is not only a trial of strength between opposing groups: it is action within a more or less resilent or brittle framework of institutions and traditions, and it creates – apart from any conscious counter-action – many unforseen reactions in this framework, some of them perhaps even unforseeable.

To try to analyse these reactions and to forsee them as far as possible is, I believe, the main task of the social sciences. It is the task of analysing the unintended social repercussions of intentional human actions – those repercussions whose significance is neglected both by conspiracy theory and by psychologism, as already indicated. An action which proceeds precisely according to intention does nto create a problem for social science (except that there may be a need to explain why is this particular case no unintended repercussions occurred). One of the most primative economic actions may serve as an example in order to make the idea of unintended consequences of our actions quite clear. If a man wishes urgently to buy a house, we can safely assume that he does not wish to raise the market price of houses. But the very fact that he appears on the market as a buyer will tend to raise market prices. And analogous remarks hold for the seller. Or to take an example from a very different field, if a man decides to insure his life, he is unlikely to have the intention of encouraging some people to invest their money in insurance shares. But he will do so nevertheless. We see here clearly that not all consequences of our actions are intended consequences; and accordingly, that the conspiracy theory of society cannot be true because it amounts to the assertion that all results, even those which at first sight do not seem to be intended by anybody, are the intended results of the actions of people who are interested in these results.

The examples given do not refute psychologism as easily as they refute the conspiracy theory, for one can argue that it is the seller’s knowledge of the buyer’s presence in the market, and their hope of getting a higher price – in other words, psychological factors – which explain the reprecussions described. This, of course, is quite true; but we must not forget that this knowledge and this hope are not ultimate data of human nature, and that they are, in their turn, explicable in terms of the social situation – the market situation. »

Voir par ailleurs:

Charlie Hebdo: des fonctionnaires aussi ont refusé de respecter la minute de silence
Sabah Kemel Kaddouri
Le Figaro

15/01/2015 à 18:14

Signalés à Lille et à Paris, les quatre agents ont été suspendus de leurs fonctions et risquent la radiation. L’un d’eux est sous le coup d’une plainte pour apologie du terrorisme après avoir jugé «compréhensible» l’acte meurtrier des frères Kouachi.

Malaise dans la fonction publique. Plusieurs agents ont refusé de respecter la minute de silence jeudi dernier en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, assassinées en pleine conférence de rédaction par les frères Kouachi. Cette fois, il n’est plus question d’adolescents défiants ou en manque de repères, scolarisés dans les écoles de la République. Il s’agit d’adultes assermentés, recrutés par l’État. Pour l’heure, quatre cas ont été recensés sur le territoire. Les fonctionnaires sont originaires de Lille et Paris.

Jeudi, Martine Aubry, la maire PS de Lille, s’est emparée de l’affaire. Les personnes incriminées évoluent comme animateurs dans des écoles primaires. «Il s’avère qu’il y a trois personnes, vacataires, qui pour deux n’ont pas souhaité faire la minute de silence, sont sortis et l’ont expliqué. Le troisième a fait l’apologie du terrorisme en parlant d’un acte compréhensible au sujet de ces assassinats odieux de la part de ces fous», explique ce poids lourd du parti socialiste. Une procédure de radiation à leur encontre est en cours. «Dans un cas, nous avons porté plainte ce jeudi pour apologie du terrorisme», a ajouté Martine Aubry en marge de ses voeux à la presse. L’ancienne ministre du Travail a expliqué que «globalement, les choses [s’étaient] bien passées» dans les écoles de la ville. Au personnel municipal, elle a voulu rappelé sa volonté de «continuer à bien vivre ensemble, de respecter chacun», tout en opposant «fermeté» aux contrevenants.

Dans la capitale, la personne mise en cause est un agent de surveillance remplissant les missions de «pervenche». Cette dernière a ostensiblement refusé, devant ses collègues, d’observer l’hommage rendu par l’ensemble de ses confrères. Un proche d’Anne Hidalgo affirme au Figaro qu’à sa connaissance, «il n’y a aucun autre cas signalé dans Paris». La réponse de la préfecture de police n’a pas tardé. La contractuelle a été suspendue et devrait «rapidement» être traduite «en conseil de discipline». Elle risque la révocation. La hiérarchie décrit une employée «radicalisée, et qui se présentait assez souvent lors d’entretiens en portant le voile».

De Lille à Paris, les pouvoirs publics parlent «d’une faute grave». Le ministère de la Fonction publique, contacté par le Figaro, n’a pas encore réagi.

Voir aussi:

France: d’anciens militaires parmi les jihadistes français
David Thomson
RFI

C’est une information RFI. Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie en Irak. Ce matin en conférence de presse, Jean-Yves Le Drian confirme cette information RFI et parle de cas «extrêmement rares».
Une dizaine d’anciens militaires français sont aujourd’hui au combat sous une bannière jihadiste en Syrie et en Irak et la plupart combattent actuellement dans les rangs du groupe Etat islamique. L’un d’eux a d’ailleurs mis ses compétences militaires acquises sous le drapeau français au service d’un encadrement de jeunes jihadistes français. Il est en effet actuellement émir d’un groupe de Français dans la région de Deir Ezzor où il commande un groupe d’une dizaine de combattants français qu’il a formé au combat.

D’autres sont experts en explosifs, il s’agit de jeunes d’une vingtaine d’années. Certains sont convertis, d’autres issus de culture arabo-musulmane. Et parmi eux, il y a des anciens de la Légion étrangère ou d’anciens parachutistes. Certains de ces jihadistes ont eux-mêmes annoncé être d’anciens soldats français sur les réseaux sociaux. Ce mercredi matin, l’armée confirme l’existence de ces cas « très rares » au sein de l’armée.

Des individus évidemment plus dangereux que les autres puisqu’ils ont été formés en France. Ils connaissent les secrets de l’armée et ils font planer la crainte d’un attentat de type Fort Hood aux Etats-Unis lorsqu’en 2009, un soldat américain proche d’al-Qaïda avait ouvert le feu sur ses camarades qui partaient pour l’Afghanistan. Treize soldats américains avaient été tués dans cet attentat.

Voir de plus:

Russian and Turkish conspiracy theories swirl after Paris attacks

Daniel Dombey in Istanbul and Courtney Weaver in Moscow

The Financial Times

January 12, 2015

Barely 24 hours after Ahmet Davutoglu, Turkey’s prime minister, joined millions marching in Paris to pay tribute to the 17 people killed by Islamist extremists, the country’s president struck a much more confrontational tone.

“The duplicity of the west is obvious,” Recep Tayyip Erdogan said at a press conference on Monday evening. “As Muslims we have never sided with terror or massacres: racism, hate speech, Islamophobia are behind these massacres.”

“The culprits are clear: French citizens undertook this massacre and Muslims were blamed for it,” he added.

Although political leaders in Turkey have repeatedly condemned the attacks on the Charlie Hebdo magazine, a Jewish supermarket and a policewoman, a parallel narrative has emerged in the country, with conspiracy theorists blaming the murders on foreign intelligence agencies rather than radical Islamists.

A similar phenomenon has occurred in Russia, which sent Sergei Lavrov, foreign minister, to Sunday’s march.

Some such theories have been endorsed by pro-government figures — highlighting the growing resentment and suspicion of the west in two strategically important countries at a time of rising tensions over Ukraine and the Middle East.

“In Turkey, at least, it looks dangerously like people are playing a double game,” said Aaron Stein of the Royal United Services Institute, a UK think-tank. “Issue condemnations that play internationally, even as you tolerate supporters pushing crazy opinions that appeal to your political base.”

Melih Gokcek, mayor of Ankara for the ruling AK party, said on Monday that “Mossad [the Israeli intelligence service] is definitely behind such incidents . . . it is boosting enmity towards Islam.” Mr Gokcek linked the attacks to French moves towards recognising Palestine.

Ali Sahin, a member of Turkey’s parliament and foreign affairs spokesman for the AK party, last week set out eight reasons why he suspected the killings were staged so that “the attack will be blamed on Muslims and Islam”.

Mehmet Gormez, director of the state-run religious affairs directorate, described the attacks as a “perception operation” that cynically used the symbols of Islam, although he later appeared to tone down his comments.

In his own remarks on Monday, Mr Erdogan added: “Games are being played throughout the Islamic world”. He expressed bewilderment that French intelligence services had not followed the culprits more effectively. However, he has mainly appeared to hint at a conspiracy behind the depiction of the killings rather than the murders themselves.

In Russia, some pro-Kremlin commentators sought to link the killings to geopolitical machinations by the US.

Komsomolskaya Pravda, one of Russia’s leading tabloids, ran the headline: “Did the Americans stage the terror attack in Paris?” and posted a series of interviews on its website that presented various reasons why Washington might have organised the attack.

 Voir enfin:

Why Has Critique Run out of Steam? From Matters of Fact to Matters of Concern
Bruno Latour

Critical Inquiry 30

The University of Chicago

Winter 2004

For Graham Harman. This text was written for the Stanford presidential lecture held at the humanities center, 7 Apr. 2003. I warmly thank Harvard history of science doctoral students for many ideas exchanged on those topics during this semester.

Wars. So many wars. Wars outside and wars inside.Culturalwars,science wars, and wars against terrorism. Wars against poverty and wars against the poor. Wars against ignorance and wars out of ignorance. My question is simple: Should we be at war, too, we, the scholars, the intellectuals? Is it really our duty to add fresh ruins to fields of ruins? Is it really the task of the humanities to add deconstruction to destruction? More iconoclasm to iconoclasm? What has become of the critical spirit? Has it run out of steam?

Quite simply, my worry is that it might not be aiming at the right target. To remain in the metaphorical atmosphere of the time, military experts constantly revise their strategic doctrines, their contingency plans, the size, direction, and technology of their projectiles, their smart bombs, their mis­siles; I wonder why we, we alone, would be saved from those sorts of revi­sions. It does not seem to me that we have been as quick, in academia, to prepare ourselves for new threats, new dangers, new tasks, new targets. Are we not like those mechanical toys thatendlesslymakethesamegesturewhen everything else has changed around them? Would it not be rather terrible if we were still training young kids—yes, young recruits, young cadets—for wars that are no longer possible, fighting enemies long gone, conquering territories that no longer exist, leaving them ill-equipped in the face of threats we had not anticipated, for which we are so thoroughly unprepared? Generals have always been accused of being on the ready one war late— especially French generals, especially these days. Would it be so surprising,

after all, if intellectuals were also one war late, one critique late—especially French intellectuals, especially now? It has been a long time, after all, since intellectuals were in the vanguard. Indeed, it has been a long time since the very notion of the avant-garde—the proletariat, the artistic—passed away, pushed aside by other forces, moved to the rear guard, or maybe lumped with the baggage train.1 We are still able to go through the motions of a critical avant-garde, but is not the spirit gone?

In these most depressing of times, these are some of the issues I want to press, not to depress the reader but to press ahead, to redirect our meager capacities as fast as possible. To prove my point, I have, not exactly facts, but rather tiny cues, nagging doubts, disturbing telltale signs. What has be­come of critique, I wonder, when an editorial in the New York Times con-tains the following quote?
Most scientists believe that [global] warming is caused largely by man-made pollutants that require strict regulation. Mr. Luntz [a Republican strategist] seems to acknowledge as much when he says that “the scien­tific debate is closing against us.” His advice, however, is to emphasize that the evidence is not complete.

“Should the public come to believe that the scientific issues are set­tled,” he writes, “their views about global warming will change accord­ingly. Therefore, you need to continue to make the lack of scientific certainty a primary issue.”2

Fancy that? An artificially maintained scientific controversy to favor a “brownlash,” as Paul and Anne Ehrlich would say.3
1.       On what happened to the avant-garde and critique generally, see Iconoclash: Beyond the Image Wars in Science, Religion, and Art, ed. Bruno Latour and Peter Weibel (Cambridge, Mass., 2002). This article is very much an exploration of what could happen beyond the image wars.

2.       “Environmental Word Games,” New York Times, 15 Mar. 2003, p. A16. Luntz seems to have been very successful; I read later in an editorial in the Wall Street Journal:

There is a better way [than passing a law that restricts business], which is to keep fighting on the merits. There is no scientific consensus that greenhouse gases cause the world’s modest global warming trend, much less whether that warming will do more harm than good, or whether we can even do anything about it.
Once Republicans concede that greenhouse gases must be controlled, it will only be a matter of time before they end up endorsing more economically damaging regulation. They could always stand on principle and attempt to educate the public instead. [“A Republican Kyoto,” Wall Street Journal, 8 Apr. 2003, p. A14.]
And the same publication complains about the “pathological relation” of the “Arab street” with truth!
3. Paul R. and Anne H. Ehrlich, Betrayal of Science and Reason: How Anti-Environmental Rhetoric Threatens Our Future (Washington, D.C., 1997), p. 1.
´
Bruno Latour teaches sociology at the E cole des Mines in Paris.

Do you see why I am worried? I myself have spent some time in the past trying to show “‘the lack of scientific certainty’” inherent in the construction of facts. I too made it a “‘primary issue.’” But I did not exactly aim at fooling the public by obscuring the certainty of a closed argument—or did I? After all, I have been accused of just that sin. Still, I’d like to believe that, on the contrary, I intended to emancipate the public from prematurely naturalized objectified facts. Was I foolishly mistaken? Have things changed so fast?
In which case the danger would no longer be coming from an excessive confidence in ideological arguments posturing as matters of fact—as we have learned to combat so efficiently in the past—but from an excessive distrust of good matters of fact disguised as bad ideological biases! While we spent years trying to detect the real prejudices hidden behind the ap­pearance of objective statements, do we now have to reveal the real objective and incontrovertible facts hidden behind the illusion of prejudices? And yet entire Ph.D. programs are still running to make sure that good American kids are learning the hard way that facts are made up, that there is no such thing as natural, unmediated, unbiased access to truth, that we are always prisoners of language, that we always speak from a particular standpoint, and so on, while dangerous extremists are using the very same argument of social construction to destroy hard-won evidence that could save our lives. Was I wrong to participate in the invention of this field known as science studies? Is it enough to say that we did not really mean what we said? Why does it burn my tongue to say that global warming is a fact whether you like it or not? Why can’t I simply say that the argument is closed for good?
Should I reassure myself by simply saying that bad guys can use any weapon at hand, naturalized facts when it suitsthemandsocialconstruction when it suits them? Should we apologize for having been wrong all along? Or should we rather bring the sword of criticism to criticism itself and do a bit of soul-searching here: what were we really after when we were sointent on showing the social construction of scientific facts? Nothing guarantees, after all, that we should be right all the time. There is no sure ground even for criticism.4 Isn’t this what criticism intended to say: that there is no sure ground anywhere? But what does it mean when this lack of sure ground is taken away from us by the worst possible fellows as an argument against the things we cherish?
Artificially maintained controversies are not the only worrying sign.

4. The metaphor of shifting sand was used by neomodernists in their critique of science studies; see A House Built on Sand: Exposing Postmodernist Myths about Science, ed. Noretta Koertge (Oxford, 1998). The problem is that the authors of this book looked backward, attempting to reenter the solid rock castle of modernism, and not forward to what I call, for lack of a better term, nonmodernism.
What has critique become when a French general, no, a marshal of critique, namely, Jean Baudrillard, claims in a published book that the Twin Towers destroyed themselves under their own weight, so to speak, undermined by the utter nihilism inherent in capitalism itself—as if the terrorist planes were pulled to suicide by the powerful attraction of this black hole of noth­ingness?5 What has become of critique when a book that claims that no plane ever crashed into the Pentagon can be a bestseller? I am ashamed to say that the author was French, too.6 Remember the good old days when revisionism arrived very late, after the facts had been thoroughly estab­lished, decades after bodies of evidence had accumulated? Now we have the benefit of what can be called instant revisionism. The smoke of the event has not yet finished settling before dozens of conspiracy theories begin revising the official account, adding even more ruins to the ruins, adding even more smoke to the smoke. What has become of critique when my neighbor in the little Bourbonnais village where I live looks down on me as someone hopelessly naı¨ve because I believe that the United States had been attacked by terrorists? Remember the good old days when university professors could look down on unsophisticated folks because those hillbillies naı¨vely believed in church, motherhood, and apple pie? Things have changed a lot, at least in my village. I am now the one who naı¨vely believes in some facts because I am educated, while the other guys are too unsophisticated to be gullible: “Where have you been? Don’t you know that the Mossad and the CIA did it?” What has become of critique when someone as eminent as Stanley Fish, the “enemy of promises” as Lindsay Waters calls him, believes he defends science studies, my field, by comparing the laws of physics to the rules of baseball?7 What has become of critique when there is a whole in­dustry denying that the Apollo program landed on the moon? What has become of critique when DARPA uses for its Total Information Awareness project the Baconian slogan Scientia est potentia? Didn’t I read that some­where in Michel Foucault? Has knowledge-slash-power been co-opted of late by the National Security Agency? Has Discipline and Punish become the bedtime reading of Mr. Ridge (fig. 1)?
Let me be mean for a second. What’s the real difference between con­spiracists and a popularized, that is a teachable version of social critique inspired by a too quick reading of, let’s say, a sociologist as eminent asPierre
1.       See Jean Baudrillard, “The Spirit of Terrorism” and “Requiem for the Twin Towers” (New York, 2002).

2.       See Thierry Meyssan, 911: The Big Lie (London, 2002). Conspiracy theories have always existed; what is new in instant revisionism is how much scientific proof they claim to imitate.

3.       See Lindsay Waters, Enemy of Promises (forthcoming); see also Nick Paumgarten, “Dept. of Super Slo-Mo: No Flag on the Play,” The New Yorker, 20 Jan. 2003, p. 32.

figure 1.
Bourdieu (to be polite I will stick with the French field commanders)? In both cases, you have to learn to become suspicious of everything people say because of course we all know that they live in the thralls of a completeillusio of their real motives. Then, after disbelief has struck and an explanation is requested for what is really going on, in both cases again it is the sameappeal to powerful agents hidden in the dark acting always consistently, continu­ously, relentlessly. Of course, we in the academy like to use more elevated causes—society, discourse, knowledge-slash-power, fields of forces, em­pires, capitalism—while conspiracists like to portray a miserable bunch of greedy people with dark intents, but I find something troublingly similar in the structure of the explanation, in the first movement of disbelief and, then, in the wheeling of causal explanations coming out of the deep dark below. What if explanations resorting automatically to power, society, dis-course had outlived their usefulness and deteriorated to the point of now
feeding the most gullible sort of critique?8 Maybe I am taking conspiracy theories too seriously, but it worries me to detect, in those mad mixtures of knee-jerk disbelief, punctilious demands for proofs, and free use of pow­erful explanation from the social neverland many of the weapons of social critique. Of course conspiracy theories are an absurd deformation of our own arguments, but, like weapons smuggled through a fuzzy border to the wrong party, these are our weapons nonetheless. In spite of all the defor­mations, it is easy to recognize, still burnt in the steel, our trademark: Made in Criticalland.
Do you see why I am worried? Threats might have changed so much that we might still be directing all our arsenal east or west while the enemy has now moved to a very different place. After all, masses of atomic missiles are transformed into a huge pile of junk once the question becomes how to defend against militants armed with box cutters or dirty bombs. Whywould it not be the same with our critical arsenal, with the neutron bombs of de-construction, with the missiles of discourse analysis? Or maybe it is that critique has been miniaturized like computers have. I have always fancied that what took great effort, occupied huge rooms, cost a lot of sweat and money, for people like Nietzsche and Benjamin, can be had for nothing, much like the supercomputers of the 1950s, which used to fill large halls and expend a vast amount of electricity and heat, but now are accessible for a dime and no bigger than a fingernail. As the recent advertisement of a Hol­lywood film proclaimed, “Everything is suspect . . . Everyone is for sale . . . And nothing is what it seems.”
What’s happening to me, you may wonder? Is this a case of midlife crisis? No, alas, I passed middle age quite a long time ago. Is this a patrician spite for the popularization of critique? As if critique should be reserved for the elite and remain difficult and strenuous, like mountain climbing or yacht­ing, and is no longer worth the trouble if everyone can do it for a nickel? What would be so bad with critique for the people? We have been com­plaining so much about the gullible masses, swallowing naturalized facts, it would be really unfair to now discredit the same masses for their, what should I call it, gullible criticism? Or could this be a case of radicalism gone mad, as when a revolution swallows its progeny? Or, rather, havewebehaved
8. Their serious as well as their popularized versions have the defect of using society as an already existing cause instead of as a possible consequence. This was the critique that Gabriel Tarde always made against Durkheim. It is probably the whole notion of social and society that is responsible for the weakening of critique. I have tried to show that in Latour, “Gabriel Tarde and the End of the Social,” in The Social in Question: New Bearings in History and the Social Sciences, ed. Patrick Joyce (London, 2002), pp. 117–32.
like mad scientists who have let the virus of critique out of the confines of their laboratories and cannot do anything now to limit its deleterious ef­fects; it mutates now, gnawing everything up, even the vessels in which it is contained? Or is it an another case of the famed power of capitalism for recycling everything aimed at its destruction? As Luc Boltanski and Eve Chiapello say, the new spirit of capitalism has put to good use the artistic critique that was supposed to destroy it.9 If the dense and moralist cigar­smoking reactionary bourgeois can transform him-or herself into a free­floating agnostic bohemian, moving opinions, capital, and networks from one end of the planet to the other without attachment, why would he or she not be able to absorb the most sophisticated tools of deconstruction, social construction, discourse analysis, postmodernism, postology?
In spite of my tone, I am not trying to reverse course, to become reac­tionary, to regret what I have done, to swear that I will never be a construc­tivist any more. I simply want to do what every good military officer, at regular periods, would do: retest the linkages between the new threats he or she has to face and the equipment and training he or she should have in order to meet them—and, if necessary, to revise from scratch the whole paraphernalia. This does not mean for us any more than it does for the officer that we were wrong, but simply that history changes quickly and that there is no greater intellectual crime than to address with the equipment of an older period the challenges of the present one. Whatever the case, our critical equipment deserves as much critical scrutiny as the Pentagon budget.

My argument is that a certain form of critical spirit has sent us down the wrong path, encouraging us to fight the wrong enemies and, worst of all, to be considered as friends by the wrong sort of allies because of a little mistake in the definition of its main target. The question was never to get away from facts but closer to them, not fighting empiricism but, on the con­trary, renewing empiricism.
What I am going to argue is that the critical mind, if it is to renew itself and be relevant again, is to be found in the cultivation of a stubbornlyrealist attitude—to speak like William James—but a realism dealing with what I will call matters of concern, not matters of fact. The mistake we made, the mistake I made, was to believe that there was no efficient way to criticize matters of fact except by moving away from them and directing one’s at­tention toward the conditions that made them possible. But this meant ac­cepting much too uncritically what matters of fact were. Thiswas remaining too faithful to the unfortunate solution inherited from the philosophy of
9. See Luc Boltanski and Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme (Paris, 1999).
Immanuel Kant. Critique has not been critical enough in spite of all its sore­scratching. Reality is not defined by matters of fact. Matters of fact are not all that is given in experience. Matters of fact are only very partial and, I would argue, very polemical, very political renderings of matters ofconcern and only a subset of what could also be called statesof affairs. It is thissecond empiricism, this return to the realist attitude, that I’d like to offer as the next task for the critically minded.
To indicate the direction of the argument, I want to show that while the Enlightenment profited largely from the disposition of a very powerful de­scriptive tool, that of matters of fact, which were excellent for debunking quite a lot of beliefs, powers, and illusions, it found itself totally disarmed once matters of fact, in turn, were eaten up by the same debunking impetus. After that, the lights of the Enlightenment were slowly turned off, and some sort of darkness appears to have fallen on campuses. My question is thus: Can we devise another powerful descriptive tool that deals this time with matters of concern and whose import then will no longer be to debunk but to protect and to care, as Donna Haraway would put it? Is it really possible to transform the critical urge in the ethos of someone who adds reality to matters of fact and not subtract reality? To put it another way, what’s the difference between deconstruction and constructivism?
“So far,” you could object, “the prospect doesn’t look verygood, andyou, Monsieur Latour, seem the person the least able to deliver on this promise because you spent your life debunking what the other more polite critics had at least respected until then, namely matters of fact and science itself. You can dust your hands with flour as much as you wish, the black fur of the critical wolf will always betray you; your deconstructing teeth have been sharpened on too many of our innocent labs—I mean lambs!—for us to believe you.” Well, see, that’s just the problem: I have written about a dozen books to inspire respect for, some people have said to uncritically glorify, the objects of science and technology, of art, religion, and, more recently, law, showing every time in great detail the complete implausibility of their being socially explained, and yet the only noise readers hear is the snapping of the wolf’s teeth. Is it really impossible to solve the question,towritenot matter-of-factually but, how should I say it, in a matter-of-concern way?10
Martin Heidegger, as every philosopher knows, has meditated many times on the ancient etymology of the word thing. We are now all aware that in all the European languages, including Russian, there is a strong connec­
10. This is the achievement of the great novelist Richard Powers, whose stories are a careful and, in my view, masterful enquiry into this new “realism.” Especially relevant for this paper is Richard Powers, Plowing the Dark (New York, 2000).
tion between the words for thing and a quasi-judiciary assembly. Icelanders boast of having the oldest Parliament, which they call Althing, and you can still visit in many Scandinavian countries assembly places that are desig­nated by the word Ding or Thing. Now, is this not extraordinary that the banal term we use for designating what is out there, unquestionably,athing, what lies out of any dispute, out of language, is also the oldest word we all have used to designate the oldest of the sites in which our ancestors didtheir dealing and tried to settle their disputes?11 A thing is, in one sense, an object out there and, in another sense, an issue very much in there, at any rate, a gathering. To use the term I introduced earlier now more precisely, the same word thing designates matters of fact and matters of concern.
Needless to say, although he develops this etymology at length, this is not the path that Heidegger has taken. On the contrary, all his writing aims to make as sharp a distinction as possible between, on the one hand, objects, Gegenstand, and, on the other, the celebrated Thing. The handmade jug can be a thing, while the industrially made can of Coke remains an object. While the latter is abandoned to the empty mastery of science and technology, only the former, cradled in the respectful idiom of art, craftsmanship, and poetry, could deploy and gather its rich set of connections.12 This bifurca­tion is marked many times but in a decisive way in his book on Kant:
Up to this hour such questions have been open. Their questionability is concealed by the results and the progress of scientific work. One of these burning questions concerns the justification and limits of mathe­
matical formalism in contrast to the demand for an immediate return  to intuitively given nature.13
What has happened to those who, like Heidegger, have tried to find their ways in immediacy, in intuition, in nature would be too sad to retell—and is well known anyway. What is certain is that those pathmarks off the beaten track led indeed nowhere. And, yet, Heidegger, when he takes the jug se­riously, offers a powerful vocabulary to talk also about the object hedespises so much. What would happen, I wonder, if we tried to talk about the object of science and technology, the Gegenstand, as if it had the rich and com­plicated qualities of the celebrated Thing?
The problem with philosophers is that because their jobs are so hard they
11. See the erudite study by the remarkable French scholar of Roman law, Yan Thomas, “Res, chose et patrimoine (note sur le rapport sujet-objet en droit romain),” Archives de philosophie du droit 25 (1980): 413–26.
12. See Graham Harman, Tool-Being: Heidegger and the Metaphysics of Objects (Chicago, 2002).
13. Martin Heidegger, What Is a Thing? trans. W. B. Barton, Jr., and Vera Deutsch (Chicago, 1967), p. 95.
drink a lot of coffee and thus use in their arguments an inordinate quantity of pots, mugs, and jugs—to which, sometimes, they might add the occa­sional rock. But, as Ludwik Fleck remarked long ago, their objects

are never complicated enough; more precisely, they are never simultaneously made through a complex history and new, real, and interesting participants in the universe.14 Philosophy never deals with the sort of beings we in science studies have dealt with. And that’s why the debates between realism and relativism never go anywhere. As Ian Hacking has recently shown, the en­gagement of a rock in philosophical talk is utterly different if you take a banal rock to make your point (usually to lapidate a passing relativist!) or if you take, for instance, dolomite, as he has done so beautifully.15 The first can be turned into a matter of fact but not the second. Dolomite is so beau­tifully complex and entangled that it resists being treated as a matter of fact. It too can be described as a gathering; it too can be seen as engaging the fourfold. Why not try to portray it with the same enthusiasm, engagement, and complexity as the Heideggerian jug? Heidegger’s mistake is not to have treated the jug too well, but to have traced a dichotomy between Gegenstand and Thing that was justified by nothing except the crassest of prejudices.
Several years ago another philosopher, much closer to the history of sci­ence, namely Michel Serres, also French, but this time as foreign to critique as one can get, meditated on what it would mean to take objects of science in a serious anthropological and ontological fashion. It is interestingtonote that every time a philosopher gets closer to an object of science that is at once historical and interesting, his or her philosophy changes, and the spec­ifications for a realist attitude become, at once, more stringent and com­pletely different from the so-called realist philosophy of science concerned with routine or boring objects. I was reading his passage on the Challenger disaster in his book Statues when another shuttle, Columbia, in early 2003 offered me a tragic instantiation of yet another metamorphosis of an object into a thing.16
What else would you call this sudden transformation of a completely mastered, perfectly understood, quite forgotten by the media, taken-for­granted, matter-of-factual projectile into a sudden shower of debris falling
1.       Although Fleck is the founder of science studies, the impact of his work is still very much in the future because he has been so deeply misunderstood by Thomas Kuhn; see Thomas Kuhn, foreword to Ludwik Fleck, Genesis and Development of a Scientific Fact (1935; Chicago, 1979), pp. vii–xi.

2.       See Ian Hacking, The Social Construction of What? (Cambridge, Mass., 1999), in particular the last chapter.

3.       See Michel Serres, Statues: Le Second Livre des fondations (Paris, 1987). On the reason why Serres was never critical, see Serres with Latour, Conversations on Science, Culture, and Time, trans. Roxanne Lapidus (Ann Arbor, Mich., 1995).

on the United States, which thousands of people tried to salvage in the mud and rain and collect in a huge hall to serve as so many clues in a judicial scientific investigation? Here, suddenly, in a stroke, an object had become a thing, a matter of fact was considered as a matter of great concern. If a thing is a gathering, as Heidegger says, how striking to see how it can sud­denly disband. If the “thinging of the thing” is a gathering that always con­nects the “united four, earth and sky, divinities and mortals, in the simple onefold of their self-unified fourfold,”17 how couldthere be abetterexample of this making and unmaking than this catastrophe unfolding all its thou­sands of folds? How could we see it as a normal accident of technology when, in his eulogy for the unfortunate victims, your president said: “The crew of the shuttle Columbia did not return safely to Earth; yet we can pray that all are safely home”?18 As if no shuttle ever moved simply in space, but also always in heaven.
This was on C-Span 1, but on C-Span 2, at the very same time, early February 2003, another extraordinary parallel event was occurring. This time a Thing—with a capital T—was assembled to try to coalesce, to gather in one decision, one object, one projection of force: a military strike against Iraq. Again, it was hard to tell whether this gathering was a tribunal, a par­liament, a command-and-control war room, a rich man’s club, a scientific congress, or a TV stage. But certainly it was an assembly where matters of great concern were debated and proven—except there was much puzzle-ment about which type of proofs should be given and how accurate they were. The difference between C-Span 1 and C-Span 2, as I watched them with bewilderment, was that while in the case of Columbiawe hadaperfectly mastered object that suddenly was transformed into a shower of burning debris that was used as so much evidence in an investigation, there, at the United Nations, we had an investigation that tried to coalesce, in one uni­fying, unanimous, solid, mastered object, masses of people, opinions, and might. In one case the object was metamorphosed into a thing; in the sec­ond, the thing was attempting to turn into an object. We could witness, in one case, the head, in another, the tail of the trajectory through which mat­ters of fact emerge out of matters of concern. In both cases we were offered a unique window into the number of things that have to participate in the gathering of an object. Heidegger was not a very good anthropologist of science and technology; he had only four folds, while the smallest shuttle, the shortest war, has millions. How many gods, passions, controls, insti­
1.       Heidegger, “The Thing,” Poetry, Language, Thought, trans. Albert Hofstadter (New York, 1971), p. 178.

2.       “Bush Talking More about Religion: Faith to Solve the Nation’s Problems,” CNN website, 18 Feb. 2003, http://www.cnn.com/2003/ALLPOLITICS/02/18/bush.faith/

tutions, techniques, diplomacies, wits have to be folded to connect “earth and sky, divinities and mortals”—oh yes, especially mortals. (Frightening omen, to launch such a complicated war, just when such a beautifully mas­tered object as the shuttle disintegrated into thousands of pieces of debris raining down from the sky—but the omen was not heeded; gods nowadays are invoked for convenience only.)
My point is thus very simple: things have become Things again, objects have reentered the arena, the Thing, in which they have to be gathered first in order to exist later as what stands apart. The parenthesis that we can call the modern parenthesis during which we had, on the one hand, a world of objects, Gegenstand, out there, unconcerned by any sort of parliament, fo­rum, agora, congress, court and, on the other, a whole set of forums, meet­ing places, town halls where people debated, has come to a close. What the etymology of the word thing—chose, causa, res, aitia—had conserved for us mysteriously as a sort of fabulous and mythical past has now become, for all to see, our most ordinary present. Things are gathered again. Was it not extraordinarily moving to see, for instance, in the lower Manhattan recon­struction project, the long crowds, the angry messages, the passionate emails, the huge agoras, the long editorials that connected so many people to so many variations of the project to replace the Twin Towers? As the architect Daniel Libeskind said a few days before the decision, building will never be the same.
I could open the newspaper and unfold the number of former objects that have become things again, from the global warming case I mentioned earlier to the hormonal treatment of menopause, to the work of Tim Lenoir, the primate studies of Linda Fedigan and Shirley Strum, or the hyenas of my friend Steven Glickman.19
Nor are those gatherings limited to the present period as if only recently objects had become so obviously things. Every day historians ofsciencehelp us realize to what extent we have never been modern because they keep revising every single element of past matters of fact from Mario Biagioli’s Galileo, Steven Shapin’s Boyle, and Simon Schaffer’s Newton, to the in­credibly intricate linkages between Einstein and Poincare´ that Peter Galison has narrated in his latest masterpiece.20 Many others of course could be cited, but the crucial point for me now is that what allowed historians, phi­
19. Serres proposed the word quasi-object to cover this intermediary phase between things and objects—a philosophical question much more interesting than the tired old one of the relation between words and worlds. On the new way animals appear to scientists and the debate it triggers, see Primate Encounters: Models of Science, Gender, and Society, ed. Shirley Strum and Linda Fedigan (Chicago, 2000), and Vinciane Despret, Quand le loup habitera avec l’agneau (Paris, 2002).

20. See Peter Galison, Einstein’s Clocks, Poincare´’s Maps: Empires of Time (New York, 2003).
losophers, humanists, and critics to trace the difference between modern and premodern, namely, the sudden and somewhat miraculousappearance of matters of fact, is now thrown into doubt with the merging of matters of fact into highly complex, historically situated, richly diverse matters of concern. You can do one sort of thing with mugs, jugs, rocks, swans, cats, mats but not with Einstein’s Patent Bureau electric coordination of clocks in Bern. Things that gather cannot be thrown at you like objects.

And, yet, I know full well that this is not enough because, no matter what we do, when we try to reconnect scientific objects with their aura, their crown, their web of associations, when we accompany them back to their gathering, we always appear to weaken them, not to strengthen their claim to reality. I know, I know, we are acting with the best intentions intheworld, we want to add reality to scientific objects, but, inevitably, through a sort of tragic bias, we seem always to be subtracting some bit from it. Like a clumsy waiter setting plates on a slanted table, every nice dish slides down and crashes on the ground. Why can we never discover the same stubborn­ness, the same solid realism by bringing out the obviously webby, “thingy” qualities of matters of concern? Why can’t we ever counteract the claim of realists that only a fare of matters of fact can satisfy their appetite and that matters of concern are much like nouvelle cuisine—nice to look at but not fit for voracious appetites?
One reason is of course the position objects have been given in most social sciences, a position that is so ridiculously useless that if it is employed, even in a small way, for dealing with science, technology, religion, law, or literature it will make absolutely impossible any serious consideration of objectivity—I mean of “thinginess.” Why is this so? Let me try to portray the critical landscape in its ordinary and routine state.21
We can summarize, I estimate, 90 percent of the contemporary critical scene by the following series of diagrams that fixate the object at only two positions, what I have called the fact position and the fairy position—fact and fairy are etymologically related but I won’t develop this point here. The fairy position is very well known and is used over and over again by many social scientists who associate criticism with antifetishism. The role of the critic is then to show that what the naı¨ve believers are doing with objects is simply a projection of their wishes onto a material entity that does nothing at all by itself. Here they have diverted to their petty use the prophetic ful­
21. I summarize here some of the results of my already long anthropological inquiry into the iconoclastic gesture, from Latour, We Have Never Been Modern, trans. Catherine Porter (Cambridge, Mass., 1993) to Pandora’s Hope: Essays on the Reality of Science Studies (Cambridge, Mass., 1999) and of course Iconoclash.

figure 2.
mination against idols “they have mouths and speak not, they have ears and hear not,” but they use this prophecy to decry the very objects of belief— gods, fashion, poetry, sport, desire, you name it—to which naı¨ve believers cling with so much intensity.22 And then the courageous critic, who alone remains aware and attentive, who never sleeps, turns those false objectsinto fetishes that are supposed to be nothing but mere empty white screens on which is projected the power of society, domination, whatever. The naı¨ve believer has received a first salvo (fig. 2).
But, wait, a second salvo is in the offing, and this time it comes from the fact pole. This time it is the poor bloke, again taken aback, whose be­havior is now “explained” by the powerful effects of indisputable matters of fact: “You, ordinary fetishists, believe you are free but, in reality, you are acted on by forces you are not conscious of. Look at them, look, you blind idiot” (and here you insert whichever pet facts the social scientists fancy to work with, taking them from economic infrastructure, fields of discourse, social domination, race, class, and gender, maybe throwing in some neurobiology, evolutionary psychology, whatever, provided they act as indisputable facts whose origin, fabrication, mode of development are left unexamined) (fig. 3).
Do you see now why it feels so good to be a critical mind? Why critique,
22. See William Pietz, “The Problem of the Fetish, I,” Res 9 (Spring 1985): 5–17, “The Problem of the Fetish, II: The Origin of the Fetish” Res 13 (Spring 1987): 23–45, and “The Problem of the Fetish, IIIa: Bosman’s Guinea and the Enlightenment Theory of Fetishism,” Res 16 (Autumn 1988): 105–23.

figure 3.
this most ambiguous pharmakon, has become such a potent euphoricdrug? You are always right! When naı¨ve believers are clinging forcefully to their objects, claiming that they are made to do things because of their gods, their poetry, their cherished objects, you can turn all of those attachments into so many fetishes and humiliate all the believers by showing that it is nothing but their own projection, that you, yes you alone, can see. But as soon as naı¨ve believers are thus inflated by some belief in their own importance, in their own projective capacity, you strike them by a second uppercut and humiliate them again, this time by showing that, whatever they think, their behavior is entirely determined by the action of powerful causalitiescoming from objective reality they don’t see, but that you, yesyou, theneversleeping critic, alone can see. Isn’t this fabulous? Isn’t it really worth going to gradu­ate school to study critique? “Enter here, you poor folks. After arduousyears of reading turgid prose, you will be always right, you will never be taken in any more; no one, no matter how powerful, will be able to accuse you of naı¨vete´, that supreme sin, any longer? Better equipped than Zeus himself you rule alone, striking from above with the salvo of antifetishism in one hand and the solid causality of objectivity in the other.” The only loser is the naı¨ve believer, the great unwashed, always caught off balance (fig. 4).
Is it so surprising, after all, that with such positions given to the object, the humanities have lost the hearts of their fellow citizens, that they had to retreat year after year, entrenching themselves always further in the narrow barracks left to them by more and more stingy deans? The Zeus of Critique rules absolutely, to be sure, but over a desert.

figure 4.
One thing is clear, not one of us readers would like to see our own most cherished objects treated in this way. We would recoil in horror at the mere suggestion of having them socially explained, whether we deal in poetry or robots, stem cells, blacks holes, or impressionism, whether we are patriots, revolutionaries, or lawyers, whether we pray to God or put our hope in neuroscience. This is why, in my opinion, those of us who tried to portray sciences as matters of concern so often failed to convince; readers have con­fused the treatment we give of the former matters of fact with the terrible fate of objects processed through the hands of sociology, cultural studies, and so on. And I can’t blame our readers. What social scientists do to our favorite objects is so horrific that certainly we don’t want them to come any nearer. “Please,” we exclaim, “don’t touch them at all! Don’t try to explain them!” Or we might suggest more politely: “Why don’t you go furtherdown the corridor to this other department? They have bad facts to account for; why don’t you explain away those ones instead of ours?” And this is the reason why, when we want respect, solidity, obstinacy, robustness, we all prefer to stick to the language of matters of fact no matter its well-known defects.
And yet this is not the only way because the cruel treatment objects un­dergo in the hands of what I’d like to call critical barbarity is rather easy to undo. If the critical barbarian appears so powerful, it is because the two mechanisms I have just sketched are never put together in one single dia­gram (fig. 5). Antifetishists debunk objects they don’t believe in by showing the productive and projective forces of people; then, without ever making

figure 5.
the connection, they use objects they do believe in to resort to the causalist or mechanist explanation and debunk conscious capacities of people whose behavior they don’t approve of. The whole rather poor trick that allows critique to go on, although we would never confine our own valuables to their sordid pawnshop, is that there is never any crossover between the two lists of objects in the fact position and the fairy position. This is why you can be at once and without even sensing any contradiction (1) an antifetishist for everything you don’t believe in—for the most part religion, popular culture, art, politics, and so on; (2) an unrepentant positivist for all the sci­ences you believe in—sociology, economics, conspiracy theory, genetics, evolutionary psychology, semiotics, just pick your preferred field of study; and (3) a perfectly healthy sturdy realist for what you really cherish—and of course it might be criticism itself, but also painting, bird-watching, Shakespeare, baboons, proteins, and so on.
If you think I am exaggerating in my somewhat dismal portrayal of the critical landscape, it is because we have had in effect almost no occasion so far to detect the total mismatch of the three contradictory repertoires— antifetishism, positivism, realism—because we carefully manage to apply them on different topics. We explain the objects we don’t approve of by treating them as fetishes; we account for behaviors we don’t like by disci­pline whose makeup we don’t examine; and we concentrate our passionate interest on only those things that are for us worthwhile matters of concern. But of course such a cavalier attitude with such contradictory repertoires is not possible for those of us, in science studies, who have to deal with states

of affairs that fit neither in the list of plausible fetishes—because everyone, including us, does believe very strongly in them—nor in the list of undis­putable facts because we are witnessing their birth, their slow construction, their fascinating emergence as matters of concern. The metaphor of the Copernican revolution, so tied to the destiny of critique, has always been for us, science students, simply moot. This is why, with more than a good dose of field chauvinism, I consider this tiny field so important; it is the little rock in the shoe that might render the routine patrol of the critical barbar­ians more and more painful.
The mistake would be to believe that we too have given a social expla­nation of scientific facts. No, even though it is true that at first we tried, like good critics trained in the good schools, to use the armaments handed to us by our betters and elders to crack open—one of their favorite expres­sions, meaning to destroy—religion, power, discourse, hegemony. But, for­tunately (yes, fortunately!), one after the other, we witnessed that the black boxes of science remained closed and that it was rather the tools that lay in the dust of our workshop, disjointed and broken. Put simply, critique was useless against objects of some solidity. You can try the projective game on UFOs or exotic divinities, but don’t try it on neurotransmitters, on gravi­tation, on Monte Carlo calculations. But critique is also useless when it be­gins to use the results of one science uncritically, be it sociology itself, or economics, or postimperialism, to account for the behavior of people. You can try to play this miserable game of explaining aggression by invoking the genetic makeup of violent people, but try to do that while dragging in, at the same time, the many controversies in genetics, including evolutionary theories in which geneticists find themselves so thoroughly embroiled.23
On both accounts, matters of concern never occupy the two positions left for them by critical barbarity. Objects are much too strong to be treated as fetishes and much too weak to be treated as indisputable causal expla­nations of some unconscious action. And this is not true of scientific states of affairs only; this is our great discovery, what made science studiescommit such a felicitous mistake, such a felix culpa. Once you realize that scientific objects cannot be socially explained, then you realize too that the so-called weak objects, those that appear to be candidates for the accusation of an­tifetishism, were never mere projections on an empty screen either.24 They
1.       For a striking example, see Jean-Jacques Kupiec and Pierre Sonigo, Ni Dieu ni ge`ne: Pour une autre the´orie de l’he´re´dite´ (Paris, 2000); see also Evelyn Fox-Keller, The Century of the Gene (Cambridge, Mass., 2000).

2.       I have attempted to use this argument recently on two most difficult types of entities, Christian divinities (Latour, Jubiler ou les tourments de la parole religieuse [Paris, 2002]) and law (Latour, La Fabrique du droit: Une Ethnographie du Conseil d’E ´tat [Paris, 2002]).

too act, they too do things, they too make you do things. It is not only the objects of science that resist, but all the others as well, those that were sup­posed to have been ground to dust by the powerful teeth of automated re­flex-action deconstructors. To accuse something of being a fetish is the ultimate gratuitous, disrespectful, insane, and barbarous gesture.25
Is it not time for some progress? To the fact position, to the fairyposition, why not add a third position, a fair position? Is it really asking too much from our collective intellectual life to devise, at least once a century, some new critical tools? Should we not be thoroughly humiliated to see that mili­tary personnel are more alert, more vigilant, more innovative than we, the pride of academia, the cre`medelacre`me, who go on ceaselessly transform­ing the whole rest of the world into naı¨ve believers, into fetishists, into hap­less victims of domination, while at the same time turning them into the mere superficial consequences of powerful hidden causalities coming from infrastructures whose makeup is never interrogated? All the while being intimately certain that the things really close to our hearts would in no way fit any of those roles. Are you not all tired of those “explanations”? I am, I have always been, when I know, for instance, that the God to whom I pray, the works of art I cherish, the colon cancer I have been fighting, the piece of law I am studying, the desire I feel, indeed, the very book I am writing could in no way be accounted for by fetish or fact, nor by any combination of those two absurd positions?
To retrieve a realist attitude, it is not enough to dismantle critical weap­ons so uncritically built up by our predecessors as we would obsolete but still dangerous atomic silos. If we had to dismantle social theory only, it would be a rather simple affair; like the Soviet empire, those big totalities have feet of clay. But the difficulty lies in the fact that they are built on top of a much older philosophy, so that whenever we try to replace matters of fact by matters of concern, we seem to lose something along the way. It is like trying to fill the mythical Danaid’s barrel—no matter what we put in it, the level of realism never increases. As long as we have not sealed the leaks, the realist attitude will always be split; matters of fact take the best part, and matters of concern are limited to a rich but essentially void or irrelevant history. More will always seem less. Although I wish to keep this paper short, I need to take a few more pages to deal with ways to overcome this bifurcation.

Alfred North Whitehead famously said, “The recourse to metaphysics is
25. The exhibition in Karlsruhe, Germany, Iconoclash, was a sort of belated ritual in order to atone for so much wanton destruction.
like throwing a match into a powder magazine. It blows up the whole arena.”26 I cannot avoid getting into it because I have talked so much about weapon systems, explosions, iconoclasm, and arenas.Of all themodernphi­losophers who tried to overcome matters of fact, Whitehead is the only one who, instead of taking the path of critique and directing his attention away from facts to what makes them possible as Kant did; or adding something to their bare bones as Husserl did; or avoiding the fate of their domination, their Gestell, as much as possible as Heidegger did; tried to get closer to them or, more exactly, to see through them the reality that requested a new re­spectful realist attitude. No one is less a critic than Whitehead, in all the meanings of the word, and it’s amusing to notice that the only pique he ever directed against someone else was against the other W., the one considered, wrongly in my view, as the greatest philosopher of the twentieth century, not W. as in Bush but W. as in Wittgenstein.
What set Whitehead completely apart and straight on our path is that he considered matters of fact to be a very poor rendering of what is given in experience and something that muddles entirely the question, What is there? with the question, How do we know it? as Isabelle Stengers hasshown recently in a major book about Whitehead’s philosophy.27 Those who now mock his philosophy don’t understand that they have resigned themselves to what he called the “bifurcation of nature.” They have entirely forgotten what it would require if we were to take this incredible sentence seriously: “For natural philosophy everything perceived is in nature. We may not pick up and choose. For us the red glow of the sunset should be as much part of nature as are the molecules and electric waves by which men of science would explain the phenomenon” (CN, pp. 28–29).

All subsequent philosophies have done exactly the opposite: they have picked and chosen, and, worse, they have remained content with that lim­ited choice. The solution to this bifurcation is not, as phenomenologists would have it, adding to the boring electric waves the rich lived world of the glowing sun. This would simply make the bifurcation greater. The so­lution or, rather, the adventure, according to Whitehead, is to dig much further into the realist attitude and to realize that matters of fact are totally implausible, unrealistic, unjustified definitions of what it is to deal with things:
1.       Alfred North Whitehead, The Concept of Nature (Cambridge, 1920), p. 29; hereafter abbreviated CN.

2.       See Isabelle Stengers, Penser avec Whitehead: Une Libre et sauvage cre´ation de concepts (Paris, 2002), a book which has the great advantage of taking seriously Whitehead’s science as well as his theory of God.

Thus matter represents the refusal to think away spatial and temporal characteristics and to arrive at the bare concept of an individual entity.  It is this refusal which has caused the muddle of importing the mere pro­cedure of thought into the fact of nature. The entity, bared of all charac­teristics except those of space and time, has acquired a physical status as  the ultimate texture of nature; so that the course of nature is conceived  as being merely the fortunes of matter in its adventure through space.
[CN,p.20]

It is not the case that there would exist solid matters of fact and that the next step would be for us to decide whether they will be used to explain something. It is not the case either that the other solution is to attack, criti­cize, expose, historicize those matters of fact, to show that they are made up, interpreted, flexible. It is not the case that we should rather flee out of them into the mind or add to them symbolic or cultural dimensions; the question is that matters of fact are a poor proxy of experience and of ex­perimentation and, I would add, a confusing bundle of polemics, of epis­temology, of modernist politics that can in no way claim to represent what is requested by a realist attitude.28

Whitehead is not an author known for keeping the reader wide awake, but I want to indicate at least the direction of the new critical attitude with which I wish to replace the tired routines of most social theories.
The solution lies, it seems to me, in this promising word gathering that Heidegger had introduced to account for the “thingness of the thing.”Now, I know very well that Heidegger and Whitehead would have nothing to say to one another, and, yet, the word the latter used in Process and Reality to describe “actual occasions,” his word for my matters of concern, is the word societies. It is also, by the way, the word used by Gabriel Tarde, the real founder of French sociology, to describe all sorts of entities. It is close enough to the word association that I have used all along to describe the objects of science and technology. Andrew Pickering would use the words “mangle of practice.”29 Whatever the words, what is presented here is an entirely different attitude than the critical one, not a flight into the condi­tions of possibility of a given matter of fact, not the addition of something

28. That matters of fact represent now a rather rare and complicated historical rendering of experience has been made powerfully clear by many writers; see, for telling segments of this history, Christian Licoppe, La Formation de la pratique scientifique: Le Discours de l’expe´rience en France et en Angleterre (1630–1820) (Paris, 1996); Mary Poovey, A History of the Modern Fact: Problems of Knowledge in the Sciences of Wealth and Society (Chicago, 1999); Lorraine Daston and Katherine Park, Wonders and the Order of Nature, 1150–1750 (New York, 1998); and Picturing Science, Producing Art, ed. Caroline A. Jones, Galison, and Amy Slaton (New York, 1998).
29. See Andrew Pickering, The Mangle of Practice: Time, Agency, and Science (Chicago, 1995).

more human that the inhumane matters of fact would have missed, but, rather, a multifarious inquiry launched with the tools of anthropology, philosophy, metaphysics, history, sociology to detect how many participants are gathered in a thing to make it exist and to maintain its existence.Objects are simply a gathering that has failed—a fact that has not been assembled according to due process.30 The stubbornness of matters of fact in the usual scenography of the rock-kicking objector—“It is there whether you like it or not”—is much like the stubbornness of political demonstrators: “the U.S., love it or leave it,” that is, a very poor substitute for any sort of vibrant, articulate, sturdy, decent, long-term existence.31 A gathering, thatis,athing, an issue, inside a Thing, an arena, can be very sturdy, too, on the condition that the number of its participants, its ingredients, nonhumans as well as humans, not be limited in advance.32 It is entirely wrong to divide the col­lective, as I call it, into the sturdy matters of fact, on the one hand, and the dispensable crowds, on the other. Archimedes spoke for a whole tradition when he exclaimed: “Give me one fixed point and I will move the Earth,” but am I not speaking for another, much less prestigious but maybe as re­spectable tradition, if I exclaim in turn “Give me one matter of concern and I will show you the whole earth and heavens that have to be gathered tohold it firmly in place”? For me it makes no sense to reserve the realist vocabulary for the first one only. The critic is not the one who debunks, but the one who assembles. The critic is not the one who lifts the rugs from under the feet of the naı¨ve believers, but the one who offers the participants arenas in which to gather. The critic is not the one who alternates haphazardly be­tween antifetishism and positivism like the drunk iconoclast drawn by Goya, but the one for whom, if something is constructed, then it means it is fragile and thus in great need of care and caution. I am aware that to get at the heart of this argument one would have to renew also what it means to be a constructivist, but I have said enough to indicate the direction of critique, not away but toward the gathering, the Thing.33 Not westward,but, so to speak, eastward.34
1.       See Latour, Politics of Nature: How to Bring the Sciences into Democracy, trans. Porter (Cambridge, Mass., 2004).

2.       See the marvelously funny rendering of the realist gesture in Malcolm Ashmore, Derek Edwards, and Jonathan Potter, “The Bottom Line: The Rhetoric of Reality Demonstrations,” Configurations 2 (Winter 1994): 1–14.

3.       This is the challenge of a new exhibition I am curating with Peter Weibel in Karlsruhe and that is supposed to take place in 2004 under the provisional title “Making Things Public.” This exhibition will explore what Iconoclash had simply pointed at, namely, beyond the image wars.

4.       This paper is a companion of another one: Latour, “The Promises of Constructivism,” in Chasing Technoscience: Matrix for Materiality, ed. Don Ihde and Evan Selinger (Bloomington, Ind., 2003), pp. 27–46.

5.       This is why, although I share all of the worries of Thomas de Zengotita, “Common Ground: Finding Our Way Back to the Enlightenment,” Harper’s 306 (Jan. 2003): 35–45, I think he is

The practical problem we face, if we try to go that new route, is to as­sociate the word criticism with a whole set of new positive metaphors, ges­tures, attitudes, knee-jerk reactions, habits of thoughts. To begin with this new habit forming, I’d like to extract another definition of critique from the most unlikely source, namely, Allan Turing’s original paper on thinking machines.35 I have a good reason for that: here is the typical paper about formalism, here is the origin of one of the icons—to use a cliche´ of anti­fetishism—of the contemporary age, namely, the computer, and yet, if you read this paper, it is so baroque, so kitsch, it assembles such an astounding number of metaphors, beings, hypotheses, allusions, that there is no chance that it would be accepted nowadays by any journal. Even Social Text would reject it out of hand as another hoax! “Not again,” they would certainly say, “once bitten, twice shy.” Who would take a paper seriously that statessome­where after having spoken of Muslim women, punishment of boys, extra­sensory perception: “In attempting to construct such machines we should not be irreverently usurping [God’s] power of creating souls, any more than we are in the procreation of children: rather we are, in either case, instru­ments of His will providing mansions for the souls that He creates” (“CM,”
p. 443).
Lots of gods, always in machines. Remember how Bush eulogized the crew of the Columbia for reaching home in heaven, if not home on earth? Here Turing too cannot avoid mentioning God’s creative power when talk­ing of this most mastered machine, the computer that he has invented. That’s precisely his point. The computer is in for many surprises; you get out of it much more than you put into it. In the most dramatic way,Turing’s paper demonstrates, once again, that all objects are born things, all matters of fact require, in order to exist, a bewildering variety of matters of con­cern.36 The surprising result is that we don’t master what we, ourselves,have fabricated, the object of this definition of critique:37

entirely mistaken in the direction of the move he proposes back to the future; to go back to the “natural” attitude is a sign of nostalgia.
35. See A.M. Turing, “Computing Machinery and Intelligence,” Mind 59 (Oct. 1950): 433–60; hereafter abbreviated “CM.” See also what Powers in Galatea 2.2 (New York, 1995) did with this paper; this is critique in the most generous sense of the word. For the context of this paper, see Andrew Hodges, Alan Turing: The Enigma (New York, 1983).
36. A nonformalist definition of formalism has been proposed by Brian Rotman, Ad Infinitum: The Ghost in Turing’s Machine: Taking God out of Mathematics and Putting the Body Back In (Stanford, Calif., 1993).
37. Since Turing can be taken as the first and best programmer, those who believe in defining machines by inputs and outputs should meditate his confession:
Machines take me by surprise with great frequency. This is largely because I do not do sufficient calculation to decide what to expect them to do, or rather because, although I do a calculation, I do it in a hurried, slipshod fashion, taking risks. Perhaps I say to myself, “I suppose the voltage here ought to be the same as there: anyway let’s assume it is.” Naturally I
Let us return for a moment to Lady Lovelace’s objection, which stated that the machine can only do what we tell it to do. One could say that a man can “inject” an idea into the machine, and that it will respond to a certain extent and then drop into quiescence, like a piano string struck by a hammer. Another simile would be an atomic pile of less than criti­cal size: an injected idea is to correspond to a neutron entering the pile from without. Each such neutron will cause a certain disturbance which eventually dies away. If, however, the size of the pile is sufficiently in­creased, the disturbance caused by such an incoming neutron will very likely go on and on increasing until the whole pile is destroyed. Is there a corresponding phenomenon for minds, and is there one for ma­chines? There does seem to be one for the human mind. The majority of them seem to be “sub-critical,” i.e. to correspond in this analogy to piles of sub-critical size. An idea presented to such a mind will on average give rise to less than one idea in reply. A smallish proportion are super­critical. An idea presented to such a mind may give rise to a whole “the­ory” consisting of secondary, tertiary and more remote ideas. Animals’ minds seem to be very definitely sub-critical. Adhering to this analogy we ask, “Can a machine be made to be super-critical?” [“CM,” p. 454]
We all know subcritical minds, that’s for sure! What would critique do if it could be associated with more, not with less, with multiplication, not subtraction. Critical theory died away long ago; can we become critical again, in the sense here offered by Turing? That is, generating more ideas than we have received, inheriting from a prestigious critical tradition but not letting it die away, or “dropping into quiescence” like a piano no longer struck. This would require that all entities, including computers, cease to be objects defined simply by their inputs and outputs and become again things, mediating, assembling, gathering many more folds than the “united four.” If this were possible then we could let the critics come ever closer to the matters of concern we cherish, and then at last we could tell them: “Yes, please, touch them, explain them, deploy them.” Then we would have gone for good beyond iconoclasm.
am often wrong, and the result is a surprise for me for by the time the experiment is done these assumptions have been forgotten. These admissions lay me open to lectures on the subject of my vicious ways, but do not throw any doubt on my credibility when I testify to the surprises I experience. [“CM,” pp. 450–51]
On this nonformalist definition of computers, see Brian Cantwell Smith, On the Origin of Objects (Cambridge, Mass., 1997).


Attentats Charlie hebdo/Hyper cacher: Nous étions israéliens et nous ne le savions pas (Israeli experts: If Europe won’t wiretap, they won’t know)

15 janvier, 2015

https://i2.wp.com/canal-supporters.com/wp-content/uploads/2015/01/Screen-Shot-2015-01-10-at-19.03.23.pnghttp://www.theyeshivaworld.com/wp-content/uploads/2015/01/dn.jpgMal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus
Nous devons révolutionner notre religion. Abd Al-Fattah Al-Sissi (28.12. 14)
Nous devons nous engager dans la promotion de réformes quand nécessaire, y compris une réinterprétation honnête et critique des écritures et de la charia, utilisées par les islamistes pour justifier la violence et l’oppression. (…) La théocratie est un échec prouvé. (…) Le chemin vers la justice et la réforme doit se faire à travers la liberté. Collectif d’intellectuels égyptiens
C’est l’islam aussi. En refusant de le reconnaître, les Occidentaux ne nous rendent pas service, à nous les musulmans démocrates. Car comment se battre si on n’identifie pas clairement l’ennemi? (…) Il faut qu’il aille plus loin. Qu’il explique qu’on ne peut continuer de tolérer que les juifs soient traités de singes et les chrétiens de cochons dans les mosquées égyptiennes. (…) Il est très important que le pouvoir politique donne l’exemple, car les grands centres théologiques comme l’université al-Azar ne bougeront que s’ils se sentent soutenus. Naser Khader (démocrate syro-danois)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Ceux qui affirment que Mahomet était pacifiste sont des menteurs et des incultes. Il a usé de la violence et l’a prêchée. Mohammed Bouyeri (assassin de Theo Van Gogh, 2 février 2006)
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. Anne-Marie Delcambre
Il est ironique et décourageant que beaucoup d’intellectuels occidentaux non-musulmans – qui prétendent sans cesse qu’ils soutiennent les droits de la personne – sont devenus des obstacles à la reforme de l’islam. Le politiquement correct parmi les Occidentaux empêche la critique non ambiguë de l’inhumanité de la charia. Ils trouvent des excuses socio-économiques ou politiques pour le terrorisme islamiste tels que la pauvreté, le colonialisme, la discrimination ou l’existence d’Israël. Quelle incitation peut-il y avoir pour que les musulmans exigent la réforme de leur religion quand les “progressistes” occidentaux préparent le terrain pour la barbarie islamiste? Tawfik Hamid
C’est à vous, théologiens et ecclésiastiques islamiques, de produire une charia qui soit acceptée par le monde islamique et qui enseigne que les juifs ne sont pas des porcs et des singes, que la guerre pour diffuser l’islam est inacceptable et que tuer les apostats est un crime. Un tel livre montrerait que l’islam est une religion de paix. Tawfik Hamid
Dans le monde moderne, même les ennemis de la raison ne peuvent être ennemis de la raison. Même les plus déraisonnables doivent être, d’une façon ou d’une autre, raisonnables. (…) En cohérence avec cette idée, les socialistes regardaient ce qui se passait outre-Rhin et refusaient simplement de croire que ces millions d’Allemands avaient adhéré à un mouvement politique dont les principes conjuguaient théories paranoïaques du complot, haines à glacer le sang, superstitions moyenâgeuses et appel au meurtre. Paul Berman (Terror and liberalism, 2001)
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’antisémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
The progress of totalitarianism depends on and is inseparable from this kind of liberal naïveté. Without the cooperation of the Fellow Travelers with Stalin, without the French anti-war socialists in the case of Hitler, without the naïveté of any number of conservatives and democratic right-wingers in the case of a variety of fascists and Nazis, without the naïveté even of the United States with regard to Hitler straight through the 1930s, it would be inconceivable to imagine that these movements would have gotten very far. So it is a mistake to think of the totalitarian movements as isolated. They existed in a dynamic, and part of the dynamic is the liberal naïve unwillingness to recognize them as what they are. (…) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years. Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?” And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy. It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things. All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions. Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis. The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas. The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists. I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas. Paul Berman
S’il y a un retour aux années 1930, ce cliché qui diabolise les inquiétudes des gens, il est en fait dans l’endormissement des beaux esprits face au totalitarisme vert qui nous provoque. Leur même recherche de l’«apaisement» reproduit les erreurs des «pacifistes» d’hier devant le nazisme. Chez eux se recrutèrent bien des collaborateurs de Vichy. Or c’est cette même voie qu’empruntent les nigauds qui interdisent de prononcer les mots «islam» ou «immigration», de peur de «stigmatiser» une partie de la nouvelle société. Ceux-là sont prêts à se soumettre aux intimidations des fanatiques ou de leurs alliés plus présentables, en cédant sur la liberté d’expression. L’histoire de leur capitulation retiendra que la majorité des médias auront admis la décision d’i-Télé, fin décembre, d’obtempérer au PS qui réclamait la tête d’Éric Zemmour, pour plaire aux islamistes… La France va subir ce qu’endure Israël, cible de l’islam radical. Depuis l’attaque du commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) par un djihadiste, le 20 décembre, les initiatives individuelles s’accélèrent. Quand 7 000 compatriotes juifs quittent la France en 2014 pour éviter le danger islamiste, ils lancent une alerte et font comprendre qu’ils mettent en doute la protection de l’État. Ils ont leurs raisons, à en juger par le clientélisme socialiste qui affiche ses distances avec l’État hébreu: après le vote par les députés d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien, la France a appuyé à l’ONU la résolution palestinienne réclamant le retrait des «Territoires occupés». C’est Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui a confié en juillet 2014 qu’il aurait été parmi les manifestants propalestiniens s’il n’avait pas été ministre. C’est lors de ces démonstrations que furent criés: «Mort aux Juifs!» et que des synagogues furent prises pour cibles. La France fatiguée saura-t-elle résister à l’épreuve, qui veut la mettre à genoux? La réponse est assurément non, à considérer l’hébétude des dirigeants et la niaiserie de la gauche pyromane qui, après avoir encouragé le communautarisme, appelle à manifester dimanche contre les effets mortels de la fracture identitaire. Oser demander aux musulmans de France de se désolidariser de l’islam radical qui les caricature est considéré, par les roquets pleurnichards, comme une atteinte insupportable à leur dignité. Le délit d’islamophobie est davantage agité, par les dhimmis, que la judéophobie et la christianophobie qui tuent et poussent à l’exil. Ivan Rioufol
Paradoxal «effet Charlie»: le carnage de deux frères djihadistes contre l’hebdomadaire anarcho-satirique a amené la foule, dimanche, à applaudir les forces de l’ordre et à chanter La Marseillaise. La police et la nation, ces épouvantails à «anars», ont été plébiscitées par le peuple. Les Français, par leur mobilisation spontanée (près de quatre millions de personnes, partout dans le pays), ont mis un terme à quarante ans d’angélisme d’État et d’aveuglements médiatiques. Les assassinats commis par Cherif et Saïd Kouachi à Charlie Hebdo, puis par Amedy Coulibaly dans une épicerie kasher (17 tués, dont des journalistes, des policiers, des juifs) ont été commis par trois Français. Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical. Sans vergogne, les pyromanes étaient du défilé.(…) L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie. C’est lui qui interdit, depuis les années 1980, d’aborder les thèmes de l’immigration extra-européenne et de l’islam politique qui l’accompagne; ces bombes qu’il va falloir maintenant désamorcer. C’est cette idéologie des bons sentiments qui, par fascination pour l’Autre, cautionne les procès en «islamophobie» qui rendent délictueuse la critique du fondamentalisme, ce nouveau nazisme. C’est elle et ses aboyeurs à carte de presse qui désignent à la vindicte ceux qui ont la naïveté de décrire ce qu’ils voient. Dimanche, les télévisions saluaient les défilés de la «France multiculturelle», alors qu’elle en était majoritairement absente. À Marseille, le préfet s’est même étonné de la faible mobilisation des quartiers musulmans. Le temps des bidonnages est terminé. (…) Une partie de la jeunesse des cités a refusé, dans les écoles, de s’associer à la minute de silence. À Châteauroux, un lycéen a été tabassé pour avoir défendu la tolérance et la laïcité. Les soutiens aux Kouachi prolifèrent sur le Net. La violence est, partout, palpable. (…) L’antisémitisme chez des élèves musulmans a été exposé dès 2002 dans un livre collectif d’enseignants: Les territoires perdus de la république. Le rapport Obin a décrit en 2004 la montée de l’islam au cœur de l’école.La communauté juive, première visée, n’a cessé d’alerter en vain sur ces périls, singulièrement depuis l’assassinat d’Ilan Halimi (2006), puis les tueries de Mohammed Merah à Toulouse et de Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles. Ces tragédies, annonciatrices du pire, n’ont jamais suscité aucune manifestation d’indignation. Une chape de plomb, politique et médiatique, a voulu étouffer la haine antijuive et antifrançaise qui contredisait les odes à la diversité. Ce déni s’effondre et laisse voir la compromission des belles âmes. (…) Ce n’est pas l’islamophobie qui a créé l’islamisme, comme le soutient la dialectique victimaire à l’œuvre chez trop de responsables musulmans, incapables de la moindre critique sur les dérives de l’islam. Tout au contraire, ceux-là brandissent ce délit de blasphème dans le but de rendre impossible la survenue d’un islam éclairé. La presse de gauche est complice de ce refus d’aggiornamento. Télérama parle de «jeunes plus ou moins fanatisés», mais pour épingler les catholiques de la Manif pour tous. Il y a pourtant une urgente réflexion à mener sur la lecture littérale du Coran. Dimanche, le rejet de l’islamisme a été le non-dit du réveil de la civilisation française. Les Allemands du mouvement Pediga, qui manifestent tous les lundis, n’ont pas ces réserves. Ivan Rioufol
Beaucoup, violents ou pas, sont abreuvés par des sites qui montrent l’ennemi « croisé » ou « sioniste » dans son horreur destructrice, « tueur d’enfants et de civils »… Mais le point crucial est le retour qu’on leur fait faire au texte fondateur, au Coran, où les « gens du Livre », juifs et chrétiens, représentés aujourd’hui par l’Amérique, Israël et un peu l’Europe, sont qualifiés de pervers, faussaires, injustes, traîtres, etc. Certains leur citent des versets plus calmes, comme « Point de contrainte en religion », ou comme « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré », mais c’est qu’ils vont voir de près dans le texte, ils vérifient et ils trouvent : « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré sauf pour une cause juste. » Quant au verset du libre choix, ils le voient encadré de violentes malédictions contre ceux qui font le mauvais choix. En somme, on manque cruellement d’une parole ouverte et libre concernant les fondamentaux de l’islam ; et pour cause, ils sont recouverts d’un tabou, et toute remarque critique les concernant passe pour islamophobe dans le discours conformiste organisé, qui revient à imposer aux musulmans le même tabou, à les enfermer dans le cadre identitaire dont on décide qu’il doit être le leur (on voit même des juges de la République se référer au Coran pour arrêter leur décision…). Il y a donc un secret de Polichinelle sur la violence fondatrice de l’islam envers les autres, violence qui, en fait, n’a rien d’extraordinaire : toute identité qui se fonde est prodigue en propos violents envers les autres. Mais, avec le tabou et le conformisme imposés, cette violence reste indiscutée et semble indépassable. Récemment, dans Islam, phobie, culpabilité (Odile Jacob, 2013), j’ai posé ce problème avec sérénité, en montrant que les djihadistes, les extrémistes, sont au fond les seuls à crier une certaine vérité du Coran, portés par elle plutôt qu’ils ne la portent ; ils se shootent à cette vérité de la vindicte envers les autres, et même envers des musulmans, qu’il faut rappeler au droit chemin. Le livre est lu et circule bien, mais dans les médias officiels il a fait l’objet d’une vraie censure, celle-là même qu’il analyse, qui se trouve ainsi confirmée. Raconter ses méandres, ce serait décrire l’autocensure où nous vivons, où la peur pour la place est la phobie suprême : une réalité se juge d’après les risques qu’elle vous ferait courir ou les appuis qu’elle lui apporte. (…) La difficulté, c’est qu’un texte fondateur est comme un être vivant : dès qu’il se sent un peu lâché par les siens, il suscite des êtres « héroïques », des martyrs pour faire éclater sa vérité. Quitte à éclater le corps des autres. D’autres approches de cette « vérité » exigeraient un peu de courage de la part des élites, qui sont plutôt dans le déni. Pour elles, il n’y a pas de problème de fond, il y a quelques excités qui perdent la tête. Il ne faut pas dire que leur acte serait lié au Coran, si peu que ce soit. Le problème est bien voilé derrière des citations tronquées, des traductions édulcorées, témoignant, au fond, d’un mépris pour le Coran et ses fidèles. On a donc un symptôme cliniquement intéressant : quand un problème se pose et qu’il est interdit d’en parler, un nouveau problème se pose, celui de cet interdit. Puis un troisième : comment zigzaguer entre les deux ? Cela augmente le taux de poses « faux culs » très au-delà du raisonnable. Daniel Sibony
Reconnu d’intérêt général en juin 2011, le CCIF est également membre consultatif du Conseil économique et social des Nations unies depuis septembre 2011. L’inventaire des « actes islamophobes » recensés par le CCIF a, curieusement, disparu de ses rapports annuels depuis cette consécration… Or, c’est en investigant sur eux que l’on saisit sa double nature. Car si l’association lutte contre des violences et des discriminations bien réelles (principalement liées au port du voile), elle profite de ce combat légitime pour faire avancer des causes plus suspectes. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder de plus près certains des actes dénoncés par le CCIF entre 2003 et 2011. En juillet 2004, il signale la « fermeture d’une école coranique à Grisy-Suisnes ». L’école en question avait été ouverte illégalement et, surtout, sa fermeture était consécutive à l’agression de trois journalistes par quatre personnes, dont son directeur, Mohamed Hammami, expulsé en 2012 suite à des prêches incitant au djihad et à la haine envers les Juifs. En octobre 2006, il s’indigne d’un « rassemblement d’élus et de personnalités à Lyon contre la venue de Hani Ramadan »… dont on rappellera simplement qu’il a justifié l’application des châtiments corporels prévus par la charia, vantant entre autres les vertus dissuasives de la lapidation. En mars 2007, il dénonce la « demande de fermeture de la mosquée de Noisy-le-Grand car les voisins de la mosquée se plaignent de voir des « barbus » ». Une fois encore, le lieu de culte a été ouvert en violation des règles d’urbanisme par une association salafiste refusant tout droit de visite aux autorités. Le dernier exemple que je citerai, parmi des dizaines d’autres, mérite une attention particulière, tant il atteste du degré de mauvaise foi que peut atteindre le CCIF. En juillet 2012, il dénonce le licenciement, à Gennevilliers, de quatre animateurs qui, en période de Ramadan, refusaient de s’alimenter pendant leur travail. Le licenciement s’appuyait sur une clause ajoutée par la mairie au contrat de travail de tous les animateurs – leur imposant de « veiller à ce que les enfants et eux-mêmes se restaurent et s’hydratent convenablement » – après qu’une animatrice pratiquant le jeûne avait fait un malaise et provoqué un accident de la route dans lequel furent blessés plusieurs enfants. Alors que le licenciement était manifestement lié à des considérations de sécurité, le CCIF a joué la surenchère en affirmant qu’« identifier le jeûne comme altérant la capacité au travail est […] stigmatisant et insultant pour l’ensemble des musulmans dans le monde ». On comprend bien qu’à ses yeux, tout acte défavorable à un musulman, quelle que soit sa justification, peut être dénoncé comme « islamophobe ». Il n’a pas seulement l’ambition de repousser la diabolisation des musulmans, mais aussi celle de sanctuariser la supposée communauté musulmane contre certaines interventions de l’État. Quitte à disqualifier au passage la lutte contre la menace terroriste. Ainsi, deux semaines après la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le porte-parole du CCIF affirmait que la focalisation des autorités sur le terrorisme islamiste était « statistiquement irrationnelle » au regard du nombre d’actions commises, par exemple, par les mouvements séparatistes. Lorsqu’on apprend, en étudiant les rapports d’Europol (Office européen de police), que 70 % des victimes du terrorisme en Europe au cours de la dernière décennie ont péri dans des attentats islamistes, on est en droit de s’interroger sur la probité du CCIF. La lutte contre le terrorisme – malgré certains excès – n’est pas le fruit d’un préjugé anti-religieux ou d’un racisme déguisé. Elle répond à une menace bien réelle. (…) Pour ne pas être qu’une étape dans le naufrage de l’antiracisme, la lutte contre le racisme anti-musulman doit donc naviguer entre de nombreux écueils idéologiques, et commencer par rompre avec l’idée qu’on peut mater les préjugés racialistes à coups de tabous médiatico-politiques. Or, avec le CCIF, ce changement de paradigme n’est pas pour demain. L’association, en liant la lutte contre l’islamophobie à un déni de l’intégrisme, de la menace islamiste, bref de la crise que traverse l’islam, attise la défiance à l’égard des musulmans. Elle offre à la pensée racialiste son alibi préféré : le soupçon du communautarisme, l’idée que l’Autre agit en fonction d’intérêts distincts de ceux de la communauté nationale, en plaçant en l’occurrence le respect de la religion au-dessus de toute autre considération. Ce qui, l’évidence sociologique démontrant qu’il n’en est rien, revient à calomnier ces musulmans de France qu’il s’agissait de défendre. Jean-Christophe Moreau
Entre la motion de reconnaissance de l’Etat de Palestine » présentée à l’assemblée par les socialistes et les déclarations de la ministre des affaires étrangères européenne, que veut l’Union Européenne, que veut donc la France, leader de la diplomatie européenne, en reconnaissant cet Etat fantomatique et en l’assortissant d’un diktat d’autant plus brutal qu’il fait planer la menace d’un boycott progressif d’Israël qui le mettrait au ban de la planète à l’instar d’un État voyou, un traitement ignominieux que la « vertueuse » Europe n’applique à aucun autre État? Que cherche-t-elle en engageant Israël dans une impasse suicidaire qui verrait les katiouchas de cet État croupion, forcément irrédentiste et terroriste, tenir en respect la vie civile dans le corridor de Jérusalem, l’aéroport de Lod et toute la mégapole côtière? A réduire sa souveraineté à quémander la protection et la mansuétude de la si « vertueuse Europe »? Que cherche-t-elle en prônant la redivision de Jérusalem, en accusant le peuple juif d’être un colon dans Jérusalem, en se cachant que l’ »esplanade des mosquées », c’est le Mont du Temple, seule raison d’être de ces mosquées? Sinon humilier la dignité du peuple juif qui était prince à Jérusalem quand les Européens vivaient dans les forêts? Que s’acharne-t-elle à obtenir en rejetant les responsabilités de l’agression sur ceux qui en sont l’objet? Que cherche-t-elle à promouvoir en accusant Israël d’un « péché » congénital, celui d’exister sur la terre que l’univers entier, y compris l’islam, assimile au pays des Enfants d’Israël? Quelle « démocratie » défend-t-elle, elle qui se gargarise de ce mot à longueur de temps, en soutenant financièrement à bout de bras, un pouvoir palestinien corrompu et qui ne tiendrait pas un jour sans l’argent européen? Où est le « peuple en danger » face à une société palestinienne dont tous les organes célèbrent quotidiennement le meurtre des Juifs dans le plus pur antisémitisme ? Que veut-elle en ramenant tous les problèmes du monde, la violence permanente qui émane du monde arabo-musulman à l’encontre de toute la planète, au problème palestinien et à la faute d’Israël? Quel ressentiment la ravage-t-il dans son exaltation obsessionnelle de la cause palestinienne? Nous savons que cette Europe narcissique et ethnocentrique cultive une morale frelatée, que les pétrodollars du Qatar, celui-là même qui la combat en Afrique et en Irak, l’ont corrompue, que sa compromission avec l’Organisation de la Coopération Islamique à l’ONU et ailleurs, a engagé les sociétés européennes dans un parti-pris pour la cause islamique, que le Dialogue Euro-arabe, d’après le premier choc pétrolier, en 1973 a fait d’elle le champion de la cause palestinienne, que la morgue qu’elle manifeste à Israël est avalée devant la colonisation turque de Chypre, l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, l’esclavagisme du Qatar et de l’Arabie Saoudite, le terrorisme palestinien. Nous connaissons son silence hier sur le génocide au Soudan, sa complicité dans le génocide du Rwanda… (…) Certes, cette Europe-là ne peut que haïr Israël qu’elle perçoit comme la quintessence de ce qu’elle n’a pas la force d’être: assumer son identité, cultiver sa personnalité, avoir un visage face aux autres. Et inutile de se cacher qu’une partie de l’élite israélienne partage ce penchant suicidaire. Au sommet de l’Union Européenne, c’est le néant, depuis que ce nouvel empire se soit dénié ses racines culturelles, évidentes aux yeux de 20 siècles d’histoire, depuis qu’il a eu la faiblesse de se croire incarner le « droit international », les « droits de l’homme », faisant de son néant une occasion d’inflation narcissique, l’autorisant à intervenir sur la planète et à s’ériger en tribunal des peuples. Faisant d’une démission existentielle une célébration! (…) En empêchant Israël d’éliminer le Hamas, elle l’a condamné à rejouer la même guerre tous les deux ans et exposé la société israélienne au meurtre permanent. Et cette Europe-là tolère en son sein un antisémitisme structurel, qu’elle ne peut combattre parce qu’elle a créé les conditions de son développement. (…) Alors une question se pose: l’Europe en a-t-elle fini avec l’extermination des Juifs entamée au XX° siècle? Car c’est ce à quoi elle voue aujourd’hui le peuple juif! L’Union Européenne dans son délire mégalomaniaque a, semble-t-il, une « doctrine » pour les Juifs qui définit ce qu’ils doivent être. Ses ratiocinations sur la circoncision, la cacheroute, l’antisémitisme, le tout couché dans des « normes » européennes, sa politique israélienne, son discours sur ce que doit être Israël, le financement d’une nuée de ONG israéliennes destinées à subvertir du dedans la souveraineté du peuple israélien, tout cela nous montre bien que l’objectif de l’Union Européenne c’est d’empêcher que l’État d’Israël soit un État souverain, d’amoindrir sa capacité de résistance stratégique face à son ennemi, d’exposer les Juifs de toutes parts à l’adversité. Faire d’Israël, en somme, ce qu’elle voudrait qu’il soit, dans sa grande « mansuétude »: le camp humanitaire des réfugiés de la Shoah… Shmuel Trigano
L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage contre tout ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (…) Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens. Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens, est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). (…) On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils connaissent. Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.(…) En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes. Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001. (…) Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes. Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. (…) Donc (…) c’est cette liberté [d’expression] que l’on va enterrer en grand cortège. Daniel Sibony
La France a-t-elle pris du conscience du danger qui la guette depuis des années et dont elle a trop souvent nié l’existence ? A-t-elle pris la mesure des changements profonds qu’elle devra accomplir dans son état d’esprit, dans sa vie quotidienne, et dans sa volonté politique pour vaincre le fléau qui la menace ? Rien n’est moins sûr et les premiers signes au lendemain d’une mobilisation sans précédent et d’un grand happening national ne sont pas encourageants. Il faut espérer que nous ne sommes pas en train de revivre les heures tragiques de l’après Munich, lorsqu’en 1938 une foule en délire pensait avoir sauvé la paix alors qu’elle se condamnait à une guerre en situation d’infériorité. Aucune guerre n’a jamais été gagnée par une manifestation, aussi importante soit-elle ; ce qui ne signifie pas qu’il faut se priver de cet outil de démonstration. Cependant, l’important ce n’est pas l’esprit bon enfant, la convivialité, l’âge des participants, l’originalité des pancartes ou le nombre de célébrités reconnues, mais de s’entendre sur la nature de cette guerre, sur son sens, sur les valeurs communes qu’elle entend porter, et sur l’ordre qu’elle entend rétablir. Or on assiste, comme souvent dans la société française, à un déplacement à la fois sémantique et psychologique des questions et des problèmes. Comment peut-on croire un instant que les événements tragiques de la semaine dernière ont un rapport quelconque avec la laïcité ? Car de deux choses l’une, ou bien on dit laïcité pour ne pas dire islamisme intégral (et alors il faut se demander pourquoi ?), ou bien on ne comprend pas le terme de laïcité, qui, par définition, si j’ai bien relu mon dictionnaire grec provient de l’adjectif laïkos, dont l’origine est le mot laos et induit l’existence d’un peuple sacré. Réduire le conflit moral et politique avec le salafisme ou le djihadisme à un débat entre l’esprit de Voltaire, la tolérance ou les idéaux de la Révolution avec le Coran est une vision intellectuellement bien pauvre de ce qu’est la France, surtout si l’on se souvient de l’antisémitisme virulent de l’auteur de Candide, du génocide vendéen ou de l’application de la guillotine par la Terreur révolutionnaire. Michaël Bar-Zvi
Israël vit avec le terrorisme aveugle au quotidien depuis le jour de sa création. Nous n’avons pas connu d’autre mode de vie donc, nous n’avons eu aucun problème pour nous y adapter. Mais l’Europe à l’habitude d’un autre genre de vie : la bonne vie, sans restriction et sans souci. Si la terreur islamique menacent de priver les Européens de leur mode de vie, ils [les Européens] n’auront en fin de compte pas d’autre choix que de décider entre ces deux alternatives : se soumettre ou se battre. Expert en contre-terrorisme israélien
Les Européens ont quatre problèmes. Trois d’entre eux portent sur des fondamentaux, le troisième est technique. Le premier problème c’est une question de définition. Il faut appeler un chat un chat. La terreur à laquelle ils doivent faire face actuellement n’est pas idéologique. Il ne s’agit ni des Brigades Rouges [Italie] ni de la Bande à Bader [allemande], et n’est même pas une terreur d’origine criminelle. Cette terreur est alimentée par une forte idéologie religieuse. Certes, il est difficile pour les Européens de se l’avouer, mais le fait est que, bien que tous les musulmans ne soient pas des terroristes, tous les terroristes à notre époque sont musulmans. Vous ne pouvez pas gagner la guerre sans une identification précise de l’ennemi. Le deuxième problème, c’est le renseignement. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain et du milieu dans lequel gravitent les terroristes, pour obtenir des renseignements. Après tout, il est clair que ces terroristes ne se trouvent pas parmi la population calviniste suisse. Il n’y a pas d’autre moyen que d’utiliser des méthodes de renseignement agressives. La formule éprouvée et qui a fait ses preuves, c’est que si vous ne les mettez pas sur écoute, vous ne saurez rien. Oui, les populations civiles, aussi. Et oui, vos propres citoyens. Parce que ce sont vos citoyens aussi, qu’ils se fondent parmi eux, ont étudié dans votre système scolaire et c’est pourquoi vous n’avez pas le choix. Vous devez recourir aux écoutes électroniques, les prendre en filature, parce que sans cela il n’y a pas de renseignements et sans renseignements, vous ne pouvez pas gagner la guerre. C’est ce que la France a appris à ses dépends la semaine dernière. Le troisième problème, c’est l’utilisation des renseignements. Dans le milieu de criminalité qui relève du pénal, si les malfaiteurs sont sur écoute électronique et que vous les entendez planifier de braquer une banque, vous ne pouvez pas faire grand chose, sauf continuer à avoir l’œil sur eux. Vous ne pouvez pas poursuivre les gens pour leurs intentions. Mais quand il s’agit de terrorisme, où tant de vies humaines sont en jeu, vous n’avez pas d’autre choix que de prendre des mesures préventives, au moins d’avoir recours à des détentions administratives. Le quatrième problème est d’ordre technique. L’Europe est composée de 28 états et 28 forces de police. Il n’y a pas de système fédéral qui intègre toutes les informations. Vous pouvez voyager du Portugal à la Lituanie sans être contrôlé, même une seule fois en chemin. Dans ce contexte, vous pouvez faire un attentat quelque part puis disparaître, sans que personne ne soit en mesure de vous traquer. Vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme de cette façon. Amidror
Pour éviter et stopper la vague actuelle de radicalisation en Europe, il est indispensable d’intervenir ainsi dans la vie civique. Les autorités doivent créer des institutions qui doivent travailler à combler le fossé culturel entre les musulmans et les populations européennes. La radicalisation est le résultat du désespoir et de la jeunesse qui a le sentiment d’être privée de perspectives économiques. Des mouvements de jeunesse et des centres culturels doivent être fondés ; des ressources, de l’énergie et de la matière grise doivent être investis. C’est un processus long et sisyphique, mais c’est la vraie solution. L’organisation du renseignement et ses applications dont je viens de parler sont des mesures immédiates à prendre pour stopper le carnage, mais pas des solutions sur le long terme. Igra
Je conseille aux Européens de déplacer leurs curseurs entre ces deux opposés, tous deux d’importance ; d’une part un ensemble de valeurs : la vie privée et les droits humains, et d’autre part le droit des êtres humains à la vie et l’obligation qui en découle de préserver leur sécurité. Les Israéliens et les Américains ont trouvé un point d’équilibre entre les deux, avec lequel les autorités qui appliquent la loi sont autorisés [une fois l’autorisation reçue et assortie des restrictions appropriées] de recueillir des renseignements sur des citoyens du pays pour le bien et la sécurité de tous et parer au terrorisme. Les Européens sont prisonniers de leur discours « politiquement correct », et ne sont pas efficaces pour lutter contre le terrorisme. C’est pourquoi ils sont limités dans la lutte anti-terroriste au niveau national. En outre, ils n’empêchent pas le retour des combattants étrangers qui possèdent des passeports européens et se sont rendus au Moyen-Orient pour y être formés au combat dans des organisations comme al-Qaïda, Jabhat al-Nusra, l’État islamique et autres organisations djihadistes radicales. Ils ne surveillent pas assez ceux qui reviennent en Europe avec un passeport européen – tant qu’ils n’ont pas commis un crime en Europe – et quand cela arrive, il est parfois trop tard. Surtout qu’ils ne sont pas disposés à ficher ces combattants et les mettre sur des listes de personnes à surveiller par les renseignements », et pour recueillir des renseignements sur eux. Ancien chef du renseignement militaire israélien

Et si on revenait à Camus ?

Alors qu’une semaine après la vague d’attentats terroristes islamiques qui, comme son nom l’indique, a terrorisé la France et l’Europe et le monde …

Et quelques jours après la marche dite « républicaine » qui, comme son nom ne l’indique pas, était censée réarmer la France, l’Europe et le monde libre contre la censure islamique et son bras armé terroriste  …

Pendant que face à notre indifférence tant l’Etat islamique (pardon: Daesh) que Boko haram, nos djihadistes (se) tuent à nous rappeler la cruelle vérité de l’islam …

Sans parler de l’appel solennel (qui en a parlé ou en parle justement encore deux semaines à peine après?)  du président égyptien à une urgente réforme de l’islam …

Qui reparle encore de la courageuse banderole des supporters de Bastia, menacés de poursuites judiciaires par un ressortissant d’un Etat financier avéré du terrorisme islamique?

Et comment ne pas voir, avec le psychanalyste français Daniel Sibony comme avec les experts d’un pays qui vit avec depuis sa (re)création et contre son susdit « enterrement en grand cortège » de dimanche …

Cette vérité et réalité et la difficulté toute particulière d’une France et d’une Europe (mais l’absence remarquée du soi-disant chef du Monde libre dimanche n’est pas spécialement rassurante) avec une loi islamique adossée à la violence du Coran (ou plus précisément à sa partie violente) qui « en France consiste à empêcher qu’on la nomme » et donc qu’on la combatte ?

Des experts israéliens en contre-terrorisme conseillent à l’Europe d’appeler un chat un chat
 AlMonitor
14 janvier 2015

Trois hauts fonctionnaires spécialistes du terrorisme sont formels ; si la France veut faire face à la menace terroriste il va falloir qu’elle accepte certaines vérités.
Trois hauts fonctionnaires qui ont consacré leur vie à des questions tournant autour de la sécurité, des renseignements et de la terreur se sont exprimés au sujet de la vague de terreur islamique qui a déferlé sur l’Europe et les moyens d’y faire face.

Le premier est le major-général. (de Réserve.) Yaakov Amidror, ancien haut gradé dans les renseignements militaires israéliens et PDG du ministère de la défense. Il était jusqu’à présent chef du Conseil national de sécurité d’Israël et conseiller en sécurité nationale auprès du Premier ministre Benjamin Netanyahu (jusqu’en Novembre 2013).

Le second est Rami Igra, ancien fonctionnaire supérieur du Mossad spécialisé dans les questions de terrorisme et ancien chef de division dans la branche active de l’organisation de renseignement israélien.

Le troisième, qui a préféré garder l’anonymat, est également un ancien fonctionnaire haut placé dans les services de renseignement israéliens, qui a servi en tant que chef du renseignement militaire.

« Les Européens ont quatre problèmes », a déclaré Amidror. « Trois d’entre eux portent sur des fondamentaux, le troisième est technique.

Le premier problème c’est une question de définition. Il faut appeler un chat un chat. La terreur à laquelle ils doivent faire face actuellement n’est pas idéologique. Il ne s’agit ni des Brigades Rouges [Italie] ni de la Bande à Bader [allemande], et n’est même pas une terreur d’origine criminelle. Cette terreur est alimentée par une forte idéologie religieuse. Certes, il est difficile pour les Européens de se l’avouer, mais le fait est que, bien que tous les musulmans ne soient pas des terroristes, tous les terroristes à notre époque sont musulmans. Vous ne pouvez pas gagner la guerre sans une identification précise de l’ennemi « .

« Le deuxième problème, » a ajouté Amidror, « c’est le renseignement. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain et du milieu dans lequel gravitent les terroristes, pour obtenir des renseignements. Après tout, il est clair que ces terroristes ne se trouvent pas parmi la population calviniste Suisse. Il n’y a pas d’autre moyen que d’utiliser des méthodes de renseignement agressives. La formule éprouvée et qui a fait ses preuves, c’est que si vous ne les mettez pas sur écoute, vous ne saurez rien. Oui, les populations civiles, aussi. Et oui, vos propres citoyens. Parce que ce sont vos citoyens aussi, qu’ils se fondent parmi eux, ont étudié dans votre système scolaire et c’est pourquoi vous n’avez pas le choix. Vous devez recourir aux écoutes électroniques, les prendre en filature, parce que sans cela il n’y a pas de renseignements et sans renseignements, vous ne pouvez pas gagner la guerre. C’est ce que la France a appris à ses dépends la semaine dernière « .

« Le troisième problème », a déclaré Amidror, « c’est l’utilisation des renseignements. Dans le milieu de criminalité qui relève du pénal, si les malfaiteurs sont sur écoute électronique et que vous les entendez planifier de braquer une banque, vous ne pouvez pas faire grand chose, sauf continuer à avoir l’œil sur eux. Vous ne pouvez pas poursuivre les gens pour leurs intentions. Mais quand il s’agit de terrorisme, où tant de vies humaines sont en jeu, vous n’avez pas d’autre choix que de prendre des mesures préventives, au moins d’avoir recours à des détentions administratives « .

La quatrième problème, selon Amidror, est d’ordre technique. « L’Europe est composée de 28 états et 28 forces de police. Il n’y a pas de système fédéral qui intègre toutes les informations. Vous pouvez voyager du Portugal à la Lituanie sans être contrôlé, même une seule fois en chemin. Dans ce contexte, vous pouvez faire un attentat quelque part puis disparaître, sans que personne ne soit en mesure de vous traquer. Vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme de cette façon « , a-t-il dit.

Igra a été encore plus cinglant. « La seule façon dont les services de sécurité européens peuvent faire face à la menace terroriste musulmane c’est en prenant en compte cette réalité et en ciblant la population musulmane pour la collecte de renseignements et surtout il ne faut pas les lâcher », a-t-il dit. « Il n’y a pas d’autre alternative que d’en venir là ; sinon, il n’y a aucune chance de parvenir à des résultats vu la constellation terroriste de l’époque contemporaine. Il faut couvrir toute la population cible sur l’ensemble du territoire. Cette méthode est employée par le Shin Bet israélien et nécessite que des agents fassent de la collecte de renseignements en étant infiltrés dans la population des quartiers sous leur responsabilité. C’est exactement comme la police de quartier, qui patrouille dans les quartiers sous sa responsabilité pour y maintenir l’ordre et la sécurité. Ce procédé nécessite aussi des coordinateurs sur le terrain et l’exploitation de ressources humaines [agents] au sein de la population. Ces agents surveillent les éléments potentiellement suspects qui pourraient devenir des menaces terroristes. Dès qu’un agent de collecte de renseignements identifie un civil qui éveille ses soupçons, l’agent mettra des moyens supplémentaires pour le surveiller, humains ou technologiques, pour éliminer la menace « .

Mais là il est question de l’Europe, ai-je dit à Igra ; pas de Naplouse ni de Tulkarem, ni même de Gaza. Nous parlons de Paris, Bruxelles, Berlin et Genève. Pays des droits de l’homme, de la protection de la vie privée, de la la liberté – tout cela sont des valeurs suprêmes là-bas.

« Je sais, » a dit Igra. « J’espère que les Européens n’auront pas à apprendre de façon trop cruelle qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’apporter des modifications législatives qui permettront à l’Etat de recruter et d’exploiter des agents de renseignement au sein des populations à risque. S’il existait une autre façon de faire efficace, je serais heureux de la connaitre « , a-t-il ajouté. « Les agents de renseignement peuvent également être recrutés en leur offrant des avantages de la part du gouvernement, c’est aussi une méthode qui a fait ses preuves. Et n’oubliez jamais que, finalement, l’objectif est de préserver la vie humaine, et c’est, à mon avis, le saint des saints. Le droit à la vie surpasse tous les autres droits. « 

J’ai demandé a Igra, « Il n’y a pas de méthodes moins invasives sur le plan des droits civiques pour faire face au problème ? » Il a répondu que « pour éviter et stopper la vague actuelle de radicalisation en Europe, il est indispensable d’intervenir ainsi dans la vie civique. Les autorités doivent créer des institutions qui doivent travailler à combler le fossé culturel entre les musulmans et les populations européennes. La radicalisation est le résultat du désespoir et de la jeunesse qui a le sentiment d’être privée de perspectives économiques. Des mouvements de jeunesse et des centres culturels doivent être fondés ; des ressources, de l’énergie et de la matière grise doivent être investis. C’est un processus long et sisyphique, mais c’est la vraie solution. L’organisation du renseignement et ses applications dont je viens de parler sont des mesures immédiates à prendre pour stopper le carnage, mais pas des solutions sur le long terme. « 

La troisième personne interrogée, un ancien chef du renseignement militaire, d’accord avec les principes proposés par ses deux collègues a ajouté : « Je conseille aux Européens de déplacer leurs curseurs entre ces deux opposés, tous deux d’importance ; d’une part un ensemble de valeurs : la vie privée et les droits humains, et d’autre part le droit des êtres humains à la vie et l’obligation qui en découle de préserver leur sécurité.

Les Israéliens et les Américains ont trouvé un point d’équilibre entre les deux, avec lequel les autorités qui appliquent la loi sont autorisés [une fois l’autorisation reçue et assortie des restrictions appropriées] de recueillir des renseignements sur des citoyens du pays pour le bien et la sécurité de tous et parer au terrorisme.

« Les Européens sont prisonniers de leur discours « politiquement correct », et ne sont pas efficaces pour lutter contre le terrorisme. C’est pourquoi ils sont limités dans la lutte anti-terroriste au niveau national. En outre, ils n’empêchent pas le retour des combattants étrangers qui possèdent des passeports européens et se sont rendus au Moyen-Orient pour y être formés au combat dans des organisations comme al-Qaïda, Jabhat al-Nusra, l’État islamique et autres organisations djihadistes radicales. Ils ne surveillent pas assez ceux qui reviennent en Europe avec un passeport européen – tant qu’ils n’ont pas commis un crime en Europe – et quand cela arrive, il est parfois trop tard. Surtout qu’ils ne sont pas disposés à ficher ces combattants et les mettre sur des listes de personnes à surveiller par les renseignements », et pour recueillir des renseignements sur eux « .

Les trois éminences de la sécurité israéliennes, qui possèdent une expérience cumulée de 105 années de lutte contre le terrorisme, sont très conscientes que leurs propositions et leurs analyses ne peuvent être perçues par des oreilles européennes que comme un charabia incompréhensible, impossible et inadmissible. Pourtant, ils insistent qu’il n’y a pas d’autre moyen. L’un d’eux a dit : « Israël vit avec le terrorisme aveugle au quotidien depuis le jour de sa création. Nous n’avons pas connu d’autre mode de vie donc, nous n’avons eu aucun problème pour nous y adapter. Mais l’Europe à l’habitude d’un autre genre de vie : la bonne vie, sans restriction et sans souci. Si la terreur islamique menacent de priver les Européens de leur mode de vie, ils [les Européens] n’auront en fin de compte pas d’autre choix que de décider entre ces deux alternatives : se soumettre ou se battre.

Voir aussi:

À propos de l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo et du meurtre des Juifs

Daniel Sibony

11 janvier 2015

    Au journal, ils pensaient travailler en France, sous la protection de la loi française. Erreur fatale : il y a la loi française et il y a aussi la charia, la loi islamique, qui aujourd’hui encore, dans des pays musulmans, punit de mort ceux qui se moquent de la religion, qui n’en parlent pas comme il faut, avec une dévotion sans réserve. Donc, un groupe d’islamistes qui est venu exécuter la charia sur ces journalistes qui, croyant vivre sous la loi française, ne pensaient pas transgresser, en faisant des caricatures de l’islam. Ils ont fait comme si, en France, la charia et la loi française n’étaient pas rivales. (Et dans certains territoires – que des historiens qualifient de perdus pour la République, puisque même la police n’y va pas –  il n’y a qu’une loi, la charia.) Et les juifs, dans leur boutique hyper-cachère, croyaient que la France les protégeait du djihad ; du djihad français.

       L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (mon logiciel de dictée a écrit islam aux phobies…)

       Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens.

       Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). Or aujourd’hui, personne n’est vraiment un faiseur de dieux, donc la phrase semble anodine. Mais ceux qui l’apprennent en arabe savent qu’il s’agit des chrétiens (moushrikines) parce qu’ils font de Jésus un Dieu. Ayant vécu en terre arabe, je peux témoigner que l’accusation suprême, qu’il faut à tout prix éviter, c’est celle  d’avoir insulté la religion (la vraie, bien sûr, l’islamique) ou de s’en être moqué. On comprend que des croyants, soudain saisis  par un élan d’enthousiasme pour leur texte, puissent le mettre à exécution. On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.

        La réalité semble montrer que l’islam s’intègre à la France si la France s’intègre à l’islam, c’est-à-dire s’aligne sur lui sans objecter.

       En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes.

       Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001.

       Si les modérés veulent se démarquer de la charia et du djihad, ils ont tout loisir de les dénoncer comme tels. Pour l’instant, ils nient que cela existe dans le Coran.

       Mais tout cela est secondaire par rapport à l’attitude de l’Etat français. Il ne changera pas l’islam, mais peut-il empêcher que l’islam le change? Jusqu’ici, il a repris à son compte ce même déni, il s’interdit de traiter les  intégristes violents comme les combattants d’une idéologie voire d’un pays, l’État islamique. Donc, il leur applique les mesures légales qui protègent l’accusé dans un Etat de droit. Il connaît les réseaux, et il les « suit » de près jusqu’à ce que le meurtre soit commis moyennant quoi il a la preuve que tel et tel, dont on ne l’aurait vraiment pas cru, a tué. Ce fut le cas pour Mérah comme pour les deux frères qui ont « tué Charlie hebdo » On n’avait pas de preuves suffisantes pour les arrêter, jusqu’à ce que la preuve soit inutile. Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes.

       Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. À long terme, ce déni fait tort à l’islam, puisqu’il le pose comme une entité totale, sans faille, faite d’amour et de tolérance. Il faudra beaucoup d’ignorance et un fort matraquage idéologique pour faire croire qu’il n’y a pas de djihad dans l’islam, sachant que le vaste empire islamique s’est formé au fil des siècles par des djihads successifs.

       En analysant la question des caricatures, comme symbole[1], j’ai montré la difficulté d’auteurs musulmans éclairés à admettre réellement la liberté d’expression. C’est qu’elle entrave leur déni des parties violentes. Donc, à moins d’un réel sursaut  (mais d’où viendrait-il ?), c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Pourtant l’immense majorité de ceux qui vont défiler sont contre la charia et contre le djihad – qui a encore tué des juifs. Ce sera dur, d’entendre répéter qu’on est contre cette violence  qui n’a rien à voir avec l’islam, qu’elle est importée du dehors, de l’étranger (l’idée que le Coran est importé de l’étranger semble bizarre alors que des écoles coraniques en France enseignent sagement les versets en question.) Ce sera pénible à entendre, parce que Charlie Hebdo touchait à l’islam (qui doit rester intouchable), et qu’il a été tué par des gens qui appliquaient les parties dures de l’islam. Et les autres sont morts parce que « juifs », symbole de ce qui est à la source du Coran, et que le Coran s’acharne en vain à réduire.

[1] Voir Islam, Phobie, Culpabilité

Voir encore:

Chronique de Michaël Bar-Zvi
mercredi 14 janvier 2015
Boker tov amis auditeurs de Radio J.  La France a-t-elle pris du conscience du danger qui la guette depuis des années  et dont elle a trop souvent nié l’existence ? A-t-elle pris la mesure des changements profonds qu’elle devra accomplir dans son état d’esprit, dans sa vie quotidienne, et dans sa volonté politique pour vaincre le fléau qui la menace ?

Rien n’est moins sûr et les premiers signes au lendemain d’une mobilisation sans précédent et d’un grand happening national ne sont pas encourageants. Il faut espérer que nous ne sommes pas en train de revivre les heures tragiques de l’après Munich, lorsqu’en 1938 une foule en délire pensait avoir sauvé la paix alors qu’elle se condamnait à une guerre en situation d’infériorité.

Aucune guerre n’a jamais été gagnée par une manifestation, aussi importante soit-elle ; ce qui ne signifie pas qu’il faut se priver de cet outil de démonstration. Cependant, l’important ce n’est pas l’esprit bon enfant, la convivialité, l’âge des participants, l’originalité des pancartes ou le nombre de célébrités reconnues, mais de s’entendre sur la nature de cette guerre, sur son sens, sur les valeurs communes qu’elle entend porter, et sur l’ordre qu’elle entend rétablir.

Or on assiste, comme souvent dans la société française, à un déplacement à la fois sémantique et psychologique des questions et des problèmes. Comment peut-on croire un instant que les événements tragiques de la semaine dernière ont un rapport quelconque avec la laïcité ? Car de deux choses l’une, ou bien on dit laïcité pour ne pas dire islamisme intégral (et alors il faut se demander pourquoi ?), ou bien on ne comprend pas le terme de laïcité, qui, par définition, si j’ai bien relu mon dictionnaire grec provient de l’adjectif laïkos, dont l’origine est le mot laos et induit l’existence d’un peuple sacré.

Réduire le conflit moral et politique avec le salafisme ou le djihadisme à un débat entre l’esprit de Voltaire, la tolérance ou les idéaux de la Révolution avec le Coran est une vision intellectuellement bien pauvre de ce qu’est la France, surtout si l’on se souvient de l’antisémitisme virulent de l’auteur de Candide, du génocide vendéen ou de l’application de la guillotine par la Terreur révolutionnaire.

On peut ne pas aimer le Premier ministre israélien, blessé lui-même dans la libération d’otages dans l’avion de la Sabena en 1972 et dont le frère a été tué lors de l’opération d’Entebbé, mais ses propos, que certains ont trouvé malpolis, sur la possibilité de retour des Juifs, auront au moins servi à faire dire aux politiques français ce que nous n’avions pas entendu auparavant aussi fortement.

La France sans le peuple d’Israël n’est pas la France, non pas les Juifs en tant qu’individus mais les Juifs en tant que peuple, car on le sait le mot de religion n’existe pas en hébreu et le judaïsme se définit non pas par une foi mais par une alliance et la reconnaissance d’une loi.

Donner une place au peuple juif en France, ce n’est pas seulement accorder aux Juifs des droits de citoyens, mais comprendre leur apport spirituel, culturel, politique à l’histoire de la nation. Il ne s’agit pas de bénéficier d’un abri pour établir un « vivre-ensemble » dans lequel les Juifs meurent seuls, mais de bâtir l’arche vivante d’une demeure dont Paris et Jérusalem seront à l’avenir les piliers.

Voir encore:

L’appel ambitieux du Président égyptien à réformer l’Islam

Abdel Fattah el-Sissi fait encore un effort des plus audacieux pour se positionner comme modernisateur de l’Islam et déclare son objectif affiché de purger l’Islam de ses fondamentaux extrémistes d’intolérance et de violence qui alimentent des groupes tels qu’Al-Qaïda et l’Etat Islamique.
Le Président égyptien a inauguré la nouvelle année par un appel détonnant à une « révolution » en Islam, pour réformer les interprétations de cette foi, ancrées depuis des centaines d’années, qui, dit-il, a fait du monde musulman une source de « destruction » et qui le noyautent pour l’ériger contre le reste du monde.

Ce discours représente, à ce jour, l’effort le plus audacieux d’Abdel-Fattah el-Sissi de se positionner en tant que modernisateur de l’Islam. Son but affiché est de purger l’Islam des idées extrémistes d’intolérance et de violence qui nourrissent des groupes, tels qu’Al Qaeda et l’Etat Islamique – et qui se trouvent bien derrière l’attentat de mardi à Paris contre l’équipe d’un journal satirique français, qui a mené au meurtre de 12 personnes.

Des Egyptiens prient au sanctuaire du petit-fils de Mahomet. (Photo : Reuters)

Mais ceux qui cherchent encore le « Martin Luther King musulman », conduisant à une réforme radicale de l’Islam peuvent être dépassés – et font, pour commencer, une comparaison erronée. El-Sissi cherche clairement à provoquer un changement mené par l’appareil d’Etat, en utilisant les institutions du gouvernement, comme l’Institut al-Azhar, vieux de 1.000 ans, l’un des centres les plus éminents de la pensée et de l’enseignement musulmans sunnites.

La vision du changement d’al Azhar, cependant, se fait au coup par coup et reste conservatrice, en se focalisant sur le formalisme du message et la sensibilisation, mais redoute de pousser l’investigation plus en profondeur sur des sujets plus controversés.

Des Musulmans prient au sanctuaire du petit-fils de Mahomet. (Photo : Reuters)

Les responsables d’al Azhar gèrent une chaîne YouTube récemment lancée pour atteindre les jeunes, en imitant les réseaux sociaux des radicaux qui parviennent à sensibiliser avec succès la jeunesse privée de ses droits. Ils signalent fièrement que les dignitaires religieux portent des chemises sur les vidéos, et non les robes et turbans traditionnels d’al-Azhar, afin de se rendre plus accessibles.

Les jeunes gens « ont une image négative de cet accoutrement », explique Mohie Eddin Affifi, un des responsables d’al-Azhar. « Dès qu’ils l’aperçoivent, ils n’écoutent plus rien ».

Un musulman Soufi en Egypte. (Photo : Reuters)

Dans un effort encore plus ambitieux, les manuels scolaires des écoles religieuses sont en phase de relecture et de révision. Afifi affirme que les textes soulignant les règles liées à l’esclavage, par exemple, ont, purement et simplement, été supprimés.

Il s’agit d’un réel problème à travers le monde musulman : les institutions religieuses d’Etat sont accablées par la stagnation et le lourd contrôle des autorités.

Depuis des décennies, al-Azhar a perdu sa crédibilité aux yeux d’une grande partie de la jeunesse musulmane qui la perçoivent comme un porte-parole de l’Etat, plutôt que comme un interprète honnête de la religion en tant que telle. L’appel au retour vers les racines de la foi sont beaucoup plus attrayants, pour les jeunes gens et jeunes femmes en quête d’identité dans un monde qui change rapidement, y compris lorsqu’il parvient de la part des extrémistes d’al Qaïda et de l’Etat Islamique.

Lors de son discours du 1er janvier, s’adressant devant les dignitaires religieux, à la Fondation Al Azhar – qui se teniat pour marquer l’anniversaire du Prophète Mahomet – el-Sissi les a appelé à promouvoir une lecture des textes islamiques d’une façon nouvelle et « vraiment éclairée », de façon à reconsidérer des concepts « qui ont été consacrés depuis des centaines d’années.

Par de tels systèmes de pensée, le monde islamique « est en train de se faire des ennemis à travers le monde entier. Aussi, 1, 6 milliard de gens (dans le monde musulman) en viendraient à tuer les 7 milliards du monde entier ? C’est impossible… nous avons besoin d’une révolution religieuse ».

Les radicaux – et les opposants islamistes d’al-Sissi, qui ont de nombreux adepyes religieux – ont dénoncé avec colère les propos d’Al-Sissi, en affirmant qu’il tentait de coroompre la religion. Même les Laïcs, qui devraient, normalement, aider à promouvoir une interprétation plus moderne de l’Islam, ont froncé les sourcils, quant à l’approche statique d’al-Sissi, face à un problème aussi compliqué. « Une révolution approuvée par l’Etat ? », s’interroge Amina Khairi, éditorialiste au sein du journal al-Watan, généralement favorable à l’Etat.

Et même des responsables religieux proches de l’Etat repoussent l’idée de l’emploi du mot « révolution » et toute idée d’un changement radical.

Affifi, d’Al-Azhar, a déclaré à l’AP qu’Al-Sissi ne voulait pas dire qu’il fallait changer les textes – un point qu’al-Sissi a rapidement tenu à rendre clair, lors de son discours.

« Ce que le Président a voulu dire, c’est qu’il nous faut aboutir à une lecture contemporaine des textes religieux, pour faire face à notre réalité contemporaine », a précisé Affifi, qui est secrétaire-général du Centre de Recherche Islamique. Le centre est un organisme d’Al-Azhar, responsable de l’étude des thèmes islamiques et de la formation de prêcheurs capables d’expliquer les affaires religieuses, à l’attention de la police, de l’armée, des écoles, du gouvernement et des entreprises privées. Il est aussi responsable de la censure.

Il a déclaré qu’Al-Azhar travaille déjà depuis des mois autour d’une telle campagne, à la suite des appels à la modernisation de la foi qu’a fait Al sissi, depuis sa campagne présidentielle de mai. Des Commissions examinent les manuels utilisés dans le vaste réseau des hautes écoles et des universités qu’Al Azhar dirige à travers toute l’Egypte, afin de supprimer des choses qui « n’ont pas leur place dans la vie moderne ». Les textes portant sur l’esclavage et le refus de saluer les Chrétiens et les Juifs, par exemple, ont été supprimés.

Affifi affirme que les postures autour de problèmes comme l’esclavage, le Jihad et les relations envers les non-Musulmans ont été adoptées par des érudits il y a cinq cent ans, dans un contexte politique et historique particulier. « Il s’agissait des opinions des savants, mais ces interprétations n’ont rien de sacré ».

Il s’agit aussi d’une poussée visant à encourager un nationalisme que les dirigeants perçoivent comme un sentiment religieux trop modéré. Cette semaine, al-Sissi a assisté aux offices de Noël des Chrétiens orthodoxes coptes d’Egypte et il a déclaré que les Egyptiens ne devraient pas se percevoir comme Chrétiens ou Musulmans, mais d’abord comme Egyptiens.

Le Cheikh d’Al Azhar a lancé une campagne, au sein des écoles et des universités, pour promouvoir le message disant que « l’amour de la Nation fait partie intégrante de la foi », selon Affifi. Al-Azhar projette aussi d’introduire un cours de culture islamique totalement rénové dans toutes les universités d’Egypte, d’après Affifi.

Les Frères Musulmans

Pour Al Sissi, son élan vers la modernisation n’est pas seulement lié à la violence des groupes extrémistes au Moyen-Orient et à travers le monde. Il s’enracine aussi profondément dans sa rivalité politique avec les Frères Musulmans. Al-Sissi, alors chef de l’armée, a mené le renversement d’un Président élu issu des Frères Musulmans, en juillet 2013, et depuis lors a frappé dur dans la répression des Islamistes, faisant des centaines de tués dans des combats de rue et des milliers de prisonniers.

Pour contrer les prétentions des Islamistes au monopole de la religiosité, al-Sissi s’est présenté, tout au long de sa montée en puissance, comme un promoteur pieux d’un courant majoritaire d’Islam modéré.

En même temps, son gouvernement a montré assez peu de tolérance envers la dissidence d’où qu’elle vienne. Cela soulève un problème majeur avec sa « révolution religieuse » – le contrôle de l’Etat sur la réforme religieuse risque juste de l’étouffer. Al-Azhar a toujours prétendu être le bastion de l’Islam « modéré », mais elle a condamné au silence les réinterprétations progressistes et libérales, au moins aussi souvent que les radicaux le font.

« Toute modernisation religieuse se fera, en définitive, contre l’avis d’Al Azhar, puisque c’est la forteresse conservatrice du système », affirme Amr Ezzat, chercheurs sur les questions religieuses du mouvement de l’Initiative égyptienne pour les Droits Individuels ». « L’Autorité de la religion sur la vie moderne et les lois est, précisément, le point qui doit être revu de fond en comble. Ce dont nous avons le plus besoin c’est de la liberté d’avoir un discours religieux pluraliste permettant d’enrichir la discussion, parce que, comme cela se présente, c’est le pluralisme qui est hors-la-loi ».

Le contrôle d’al Azhar par l’Etat rend bien moins probable que les plus vulnérables au Jihadisme puissent essayer d’entendre ce message.

Associated Press

Israel News

Voir enfin:

Des intellectuels de confession musulmane appellent à une «révolution» dans l’islam
Laure Mandeville
Le Figaro
13/01/2015 à 19:45

Pour Naser Khader, ancien membre du Parlement danois d’origine syrienne, «les islamistes radicaux sont les nazis de l’islam». Il estime que les musulmans sont à même de les combattre.
Ce dimanche, dans le New York Times, 23 intellectuels musulmans influents des États-Unis, du Canada et de Grande-Bretagne, soutenus par le Gatestone Institute, ont signé un appel vibrant à une «réforme de l’islam». «Que peuvent faire les musulmans pour se réapproprier leur “belle religion”», s’interrogent-ils, soulignant que les massacres, les décapitations et mutilations perpétrés par l’État islamique, les prises d’otages de jeunes filles innocentes orchestrées par Boko Haram ou la mise en esclavage de chrétiens en Irak sont autant de crimes menés au nom d’Allah. «Notre déni et notre silence relatif doivent cesser», écrivent ces personnalités.

«Nous devons nous engager dans la promotion de réformes quand nécessaire, y compris une réinterprétation honnête et critique des écritures et de la charia, utilisées par les islamistes pour justifier la violence et l’oppression.» «La théocratie est un échec prouvé», disent-ils encore. «Le chemin vers la justice et la réforme doit se faire à travers la liberté», ajoutent ces musulmans laïcs, dévoués à la cause de la démocratie. Un propos bien éloigné du discours généralement entendu dans le monde musulman, selon lequel l’islam n’a rien à voir avec les dérives terroristes de certains de ses membres.

Parmi les signataires, se trouve notamment Naser Khader, un ancien membre du Parlement danois, d’origine syrienne, qui y a créé une association «des démocrates musulmans» pendant la crise des caricatures de 2006. Aujourd’hui chercheur au Hudson Institute de Washington, Khader est bien placé pour mesurer la gravité du défi qui se pose à l’Occident et à l’ensemble du monde musulman. Il a été très actif après 2006 au Danemark pour défendre le point de vue des musulmans laïcs contre la domination médiatique des radicaux islamistes. «J’en avais marre de leur monopole sur ce que doit être l’islam, c’était toujours eux que les journalistes allaient interviewer dans les mosquées, mais nous, les musulmans laïcs, avons notre mot à dire.» Il connaissait très bien les journalistes de Charlie Hebdo pour avoir témoigné à leur procès et aussi reçu un prix de la laïcité de la Mairie de Paris, dans le jury duquel figuraient presque tous les journalistes de Charlie.

La démocratie doit venir avant la religion
«J’ai essayé de créer des ponts. Ce que j’ai toujours expliqué aux musulmans, c’est que les Danois n’aiment pas ceux qui haïssent la liberté. Mais si vous êtes pour la liberté, vous serez toujours bien accueilli. Le fossé n’est donc pas entre promusulmans et antimusulmans, mais entre démocrates et antidémocrates», affirme Khader. «La démocratie doit venir avant la religion comme principe organisateur de la société», ajoute cet homme qui reçoit régulièrement des menaces de mort.

Naser Khader sait que seulement 20 % des musulmans danois sont d’accord avec lui, selon un sondage réalisé il y a quelques années. Mais il insiste pour qu’«une bataille s’engage à l’intérieur de la maison islam» afin que prévalent ces idées. «Pour moi, les islamistes radicaux sont les nazis de l’islam. Les gens les mieux placés pour les combattre sont les musulmans, nous devons être en première ligne. Actuellement, mon camp est petit, de même que celui des extrémistes, et au milieu il y a 80 % de gens passifs et silencieux, qu’il faut convaincre de nous rejoindre pour mener cette révolution», analyse l’ancien député, soulignant que pas un religieux n’a signé son appel pour l’instant.

Naser Khader affirme qu’Obama et Hollande«n’aident pas» en répétant sans cesse que les terroristes n’ont rien à voir avec l’islam. «Je ne suis pas d’accord. C’est l’islam aussi. En refusant de le reconnaître, les Occidentaux ne nous rendent pas service, à nous les musulmans démocrates. Car comment se battre si on n’identifie pas clairement l’ennemi?» Naser Khader se dit en revanche favorablement impressionné par les récentes déclarations du président égyptien al-Sissi qui a appelé à une révolution dans l’islam. «Il faut qu’il aille plus loin, dit-il. Qu’il explique qu’on ne peut continuer de tolérer que les juifs soient traités de singes et les chrétiens de cochons dans les mosquées égyptiennes.» «Il est très important que le pouvoir politique donne l’exemple, car les grands centres théologiques comme l’université al-Azar ne bougeront que s’ils se sentent soutenus», conclut Khader.

Voir par ailleurs:

Abdennour Bidar sur la nécessaire réforme de l’islam : « L’autocritique est la porte de la renaissance »
Abdennour Bidar, philosophe musulman français,

Le 13 octobre 2014,le philosophe musulman français Abdennour Bidar publiait dans l’hebdomadaire Marianne une Lettre ouverte au monde musulman (1) où il expliquait que l’indignation des musulmans face à  Daech (traduite par le mouvement «Not in my name») ne suffit plus, que le monde musulman doit cesser d’accuser l’Occident de ses maux, entamer son autocritique et réformer l’islam en profondeur – en légitimant la libre pensée. Dans un entretien accordé à Aujourd’hui le Maroc le 25 octobre 2014, (2) Abdennour Bidar développe sa vision d’un islam spirituel du XXIème siècle. Extraits :

Entre islam traditionnel et renonciation à la vie spituelle, une troisième voie est possible : celle d’un rapport libre à la religion (3)

Abdennour Bidar : J’appelle la culture de l’Islam à se réformer parce que je crois que nous devons sortir de l’alternative où nous sommes actuellement enfermés: soit garder l’Islam de la tradition, soit renoncer à la vie spirituelle. Une troisième voie est possible qui est d’imaginer une nouvelle vie spirituelle, un nouveau rapport à l’Islam, plus libre, plus personnel, plus en phase avec notre temps. Un Islam qui reconnaît le droit à chacun d’entre nous de choisir en son âme et conscience le musulman ou la musulmane qu’il veut être – sans jugement d’autrui, sans contrôle des uns sur les autres mais dans une reconnaissance et une tolérance pour la diversité interne de nos rapports à la religion.

Je crois en cette évolution parce que c’est ce à quoi aspirent aujourd’hui les jeunes générations : elles veulent un Islam libre, compatible avec la démocratie, les droits de l’Homme, l’égalité des femmes et des hommes, le respect du pluralisme des croyances religieuses et de toutes les convictions. C’est comme cela que j’espère convaincre le monde musulman : non pas en proposant le discours abstrait du philosophe mais en m’adressant directement à l’esprit et au cœur de chaque conscience musulmane, en répondant à ce qu’elle attend elle-même, c’est-à-dire un nouveau rapport à la culture, à la tradition, aux coutumes, un rapport libéré de tous les poids du passé…

« L’Occident est ‘sorti de la religion’ par la mauvaise porte, celle de l’abandon de la vie spirituelle, et les musulmans peuvent prendre une voie différente qui serait la régénération d’une vie spirituelle pour le XXIe siècle »

A cet égard j’entends souvent des musulmans me dire merci, «vous dites tout haut ce que beaucoup pensent tout bas» et vous nous donnez confiance dans notre droit à vouloir un autre islam qui n’a rien à voir avec le wahhabisme, le salafisme, le traditionalisme, et toutes ces fausses solutions qui voudraient ressusciter un passé imaginaire. Je crois que l’Occident est «sorti de la religion» par la mauvaise porte, celle de l’abandon de la vie spirituelle, et que les musulmans peuvent prendre une voie différente qui serait la régénération d’une vie spirituelle pour le XXIe siècle.

On me dit souvent, «vous les Occidentaux ne regardez que les terroristes, mais c’est l’arbre qui cache la forêt». Alors moi je demande : «Mais dans quel état est la forêt ?». Dans quel état est l’Islam dans son ensemble ? Dans quel état moral, social, politique, spirituel ? Je vois que c’est un monde qui souffre de multiples maladies, dont les groupes terroristes ne sont que le symptôme le plus grave, le plus visible. Mais derrière, il y a le traditionalisme, le littéralisme, le dogmatisme, c’est-à-dire tout ce qui transmet une sous-culture religieuse faite de taqlid, de répétition des traditions sans aucune éducation de l’individu à la réflexion personnelle: «Le Coran a dit, point», «la Sunna a dit, point». Tout ce que je dénonce dans mes livres comme une confusion entre Islam et soumission, religion et soumission. Mais Allah ne veut pas des esclaves ! Il veut des rois! Il a demandé aux anges de se prosterner devant Adam, dans la sourate Al Baqara. Et il a élevé Adam au rang de calife, chargé d’administrer l’univers avec justice. L’être humain est «Abderrahmane», «au service de la miséricorde»: c’est lui le roi de la terre qui fait exister la miséricorde divine sur la Terre. Il a été créé avec cette souveraineté et c’est pour cela qu’il est un être spirituellement libre: c’est à chacun de nous de choisir comment il veut servir la miséricorde. «La ikraha fi Din !»

« Ne pas laisser quelqu’un d’autre choisir mon islam à ma place. Refuser les discours de haine, de violence, de guerre, d’intolérance, de soumission et de domination »

Je suis philosophe, ce qui veut dire que pour moi c’est un combat de fond : au niveau des idées, et du «fond d’écran» de la civilisation de l’Islam. Ce fond d’écran c’est l’ensemble des fondements de notre spiritualité. Voilà ce qu’il faut revoir, il faut tout refonder, tout reprendre depuis le début que chacun relise aujourd’hui le Coran comme s’il venait de lui être révélé. Ne pas laisser quelqu’un d’autre choisir mon Islam à ma place. Refuser les discours de haine, de violence, de guerre, d’intolérance, de soumission et de domination. Entrer, comme le disait au XIIIe siècle le cheikh Al Akbar, Muhyiddin Ibn Arabi, dans une religion de l’amour.

[B]eaucoup de musulmans (…) sentent que le moment de l’autocritique est venu, parce que l’autocritique est la porte de la renaissance! Mais il faut que tous ces musulmans osent se mobiliser, osent agir, ne serait-ce qu’au niveau le plus modeste de l’éducation spirituelle qu’ils donnent à leurs enfants, et du modèle qu’ils donnent en société, en faisant la preuve par leur comportement de tous les jours d’une vie spirituelle à la fois riche et ouverte, profonde et tolérante, de telle sorte que, à la fois, l’image extérieure de l’Islam change, et que de l’intérieur ce soit une spiritualité de paix et d’approfondissement qui l’emporte. A cet égard, il y a beaucoup à prendre dans notre héritage soufi : un Islam discret, fait de vertus (générosité, désintéressement, tolérance) et de méditation profonde sur la beauté de l’univers, le mystère du cœur humain et de la présence qui s’y cache. L’Islam n’est pas dans les apparences – le vêtement, la barbe, etc. –, il est dans le secret d’un cœur ouvert aux autres, à la fraternité humaine avec tous nos frères humains de toutes couleurs et cultures. Il est dans la niya, l’intention de bien agir et de trouver le chemin de la sagesse. (…)

Le soufisme est le cœur spirituel de l’Islam. Il est à la fois malade et vivant. Il n’échappe pas à la dégradation spirituelle générale de l’islam du passé. Mais il contient toujours des germes de sagesse pour demain. Je prendrais volontiers une image : il y a dans le soufisme des graines de sagesse qui n’ont encore jamais été utilisées, qui sont restées inconnues pendant tous les siècles qui précèdent depuis la naissance de l’Islam. Aujourd’hui les sages ont reçu l’ordre – idhn, la permission divine – de les semer dans les cœurs et dans les sociétés, et nous allons tous être surpris des fruits et des fleurs qu’ils vont donner. Ce sera un nouveau Jardin spirituel que nous n’arrivons même pas à imaginer encore aujourd’hui. (…)

« [Le Printemps arabe] s’inscrit dans un processus à long terme : le monde musulman est en train, au prix de convulsions énormes, de s’arracher à son passé »

[Le Printemps arabe] s’inscrit dans un processus de long terme, à l’échelle de décennies et de siècles : le monde musulman est en train, lentement mais sûrement, et au prix de convulsions énormes, de régressions terribles parfois, c’est-à-dire de tragiques retours en arrière, de s’arracher tout de même à son passé, et de cheminer vers ce que mon ami le penseur Souleymane Bachir Diagne appelle l’équilibre entre la fidélité et le mouvement, l’équilibre entre le recueillement des héritages et l’invention de l’avenir. Ayons confiance, et essayons d’assumer chacun sa part de responsabilité dans cet immense processus en cours !

(1) Lettre ouverte aux musulmans, le 13 octobre 2014 :  http://www.marianne.net/Lettre-ouverte-au-monde-musulman_a241765.html

(2) Consulter l’interview intégrale sur Aujourd’hui le Maroc : http://www.aujourdhui.ma/maroc/societe/abdennour-bidar-%C2%ABpour-une-reforme-sereine-et-profonde-de-l-lslam%C2%BB-113861#.VFnwpzSsVUk

(3) Les sous-titres ont été ajoutés par la rédaction.

Voir de même:

Le Collectif contre l’islamophobie en France: un islamisme à visage humain?
Jean-Christophe Moreau

Huffington Post

27/12/2014

Suite à la présentation de notre essai Islamophobie, la contre-enquête par Caroline Fourest sur France Culture et à son émission Cahiers de doléances consacrée au racisme anti-musulman, un communiqué du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dénonce la « forfaiture intellectuelle » de l’ennemie préférée des intégristes de tous bords.

Le CCIF s’y défend, avec beaucoup de véhémence, d’avoir jamais cherché à « disqualifier toute vigilance envers l’intégrisme ou le terrorisme », selon l’expression de cette dernière. Son seul objectif, assure-t-il, est « non pas [d’]étouffer toute critique de l’islam, ou [de] réclamer un traitement de faveur […] mais [de] repousser la diabolisation des musulmans, [de] faire rétablir dans leurs droits les victimes d’une nouvelle forme de discrimination. »

Créé en 2003, le CCIF entretient d’excellentes relations avec l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), laquelle s’inspire de l’idéologie des Frères musulmans égyptiens. Il exerce principalement deux fonctions : un travail de recensement des « actes islamophobes » à partir des dépôts de plaintes et des signalements qui lui sont directement rapportés, et une mission d’information et d’assistance juridique auprès des victimes.

Reconnu d’intérêt général en juin 2011, le CCIF est également membre consultatif du Conseil économique et social des Nations unies depuis septembre 2011. L’inventaire des « actes islamophobes » recensés par le CCIF a, curieusement, disparu de ses rapports annuels depuis cette consécration… Or, c’est en investigant sur eux que l’on saisit sa double nature. Car si l’association lutte contre des violences et des discriminations bien réelles (principalement liées au port du voile), elle profite de ce combat légitime pour faire avancer des causes plus suspectes.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder de plus près certains des actes dénoncés par le CCIF entre 2003 et 2011.

En juillet 2004, il signale la « fermeture d’une école coranique à Grisy-Suisnes ». L’école en question avait été ouverte illégalement et, surtout, sa fermeture était consécutive à l’agression de trois journalistes par quatre personnes, dont son directeur, Mohamed Hammami, expulsé en 2012 suite à des prêches incitant au djihad et à la haine envers les Juifs.

En octobre 2006, il s’indigne d’un « rassemblement d’élus et de personnalités à Lyon contre la venue de Hani Ramadan »… dont on rappellera simplement qu’il a justifié l’application des châtiments corporels prévus par la charia, vantant entre autres les vertus dissuasives de la lapidation.

En mars 2007, il dénonce la « demande de fermeture de la mosquée de Noisy-le-Grand car les voisins de la mosquée se plaignent de voir des « barbus » ». Une fois encore, le lieu de culte a été ouvert en violation des règles d’urbanisme par une association salafiste refusant tout droit de visite aux autorités.

Le dernier exemple que je citerai, parmi des dizaines d’autres, mérite une attention particulière, tant il atteste du degré de mauvaise foi que peut atteindre le CCIF. En juillet 2012, il dénonce le licenciement, à Gennevilliers, de quatre animateurs qui, en période de Ramadan, refusaient de s’alimenter pendant leur travail. Le licenciement s’appuyait sur une clause ajoutée par la mairie au contrat de travail de tous les animateurs – leur imposant de « veiller à ce que les enfants et eux-mêmes se restaurent et s’hydratent convenablement » – après qu’une animatrice pratiquant le jeûne avait fait un malaise et provoqué un accident de la route dans lequel furent blessés plusieurs enfants.

Alors que le licenciement était manifestement lié à des considérations de sécurité, le CCIF a joué la surenchère en affirmant qu’« identifier le jeûne comme altérant la capacité au travail est […] stigmatisant et insultant pour l’ensemble des musulmans dans le monde ».

On comprend bien qu’à ses yeux, tout acte défavorable à un musulman, quelle que soit sa justification, peut être dénoncé comme « islamophobe ». Il n’a pas seulement l’ambition de repousser la diabolisation des musulmans, mais aussi celle de sanctuariser la supposée communauté musulmane contre certaines interventions de l’État.

Quitte à disqualifier au passage la lutte contre la menace terroriste. Ainsi, deux semaines après la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le porte-parole du CCIF affirmait que la focalisation des autorités sur le terrorisme islamiste était « statistiquement irrationnelle » au regard du nombre d’actions commises, par exemple, par les mouvements séparatistes. Lorsqu’on apprend, en étudiant les rapports d’Europol (Office européen de police), que 70 % des victimes du terrorisme en Europe au cours de la dernière décennie ont péri dans des attentats islamistes, on est en droit de s’interroger sur la probité du CCIF. La lutte contre le terrorisme – malgré certains excès – n’est pas le fruit d’un préjugé anti-religieux ou d’un racisme déguisé. Elle répond à une menace bien réelle.

Le racisme anti-musulman est une réalité en France. Les préjugés envers l’islam sont tenaces et, souvent sous prétexte de défendre la laïcité, peuvent devenir sources de violences ou de discriminations. Ils prennent en partie racine dans notre roman national, où la religion musulmane a longtemps servi de croquemitaine civilisationnel. Mais le poids de la mémoire n’explique pas tout. L’actualité internationale – et parfois nationale – nous rappelle avec une brutalité chronique que la méfiance envers l’islam, ou certaines de ses dérives, ne relève pas uniquement des stéréotypes qui y sont associés, surtout lorsqu’il est question d’islam politique ou de condition féminine.

Pour ne pas être qu’une étape dans le naufrage de l’antiracisme, la lutte contre le racisme anti-musulman doit donc naviguer entre de nombreux écueils idéologiques, et commencer par rompre avec l’idée qu’on peut mater les préjugés racialistes à coups de tabous médiatico-politiques.

Or, avec le CCIF, ce changement de paradigme n’est pas pour demain. L’association, en liant la lutte contre l’islamophobie à un déni de l’intégrisme, de la menace islamiste, bref de la crise que traverse l’islam, attise la défiance à l’égard des musulmans. Elle offre à la pensée racialiste son alibi préféré : le soupçon du communautarisme, l’idée que l’Autre agit en fonction d’intérêts distincts de ceux de la communauté nationale, en plaçant en l’occurrence le respect de la religion au-dessus de toute autre considération. Ce qui, l’évidence sociologique démontrant qu’il n’en est rien, revient à calomnier ces musulmans de France qu’il s’agissait de défendre.

Jean-Christophe Moreau est spécialiste de l’histoire du droit. Il est co-auteur avec Isabelle Kersimon de Islamophobie, la contre-enquête (Plein Jour, 288 p., 19 €, octobre 2014)

Voir enfin:

Juifs, réveillez-vous !
Shmuel Trigano
Actualité juive
21 novembre 2014

Entre la motion de reconnaissance de l’Etat de Palestine » présentée à l’assemblée par les socialistes et les déclarations de la ministre des affaires étrangères européenne, que veut l’Union Européenne, que veut donc la France, leader de la diplomatie européenne, en reconnaissant cet Etat fantomatique et en l’assortissant d’un diktat d’autant plus brutal qu’il fait planer la menace d’un boycott progressif d’Israël qui le mettrait au ban de la planète à l’instar d’un État voyou, un traitement ignominieux que la « vertueuse » Europe n’applique à aucun autre État?

Que cherche-t-elle en engageant Israël dans une impasse suicidaire qui verrait les katiouchas de cet État croupion, forcément irrédentiste et terroriste, tenir en respect la vie civile dans le corridor de Jérusalem, l’aéroport de Lod et toute la mégapole côtière? A réduire sa souveraineté à quémander la protection et la mansuétude de la si « vertueuse Europe »? Que cherche-t-elle en prônant la redivision de Jérusalem, en accusant le peuple juif d’être un colon dans Jérusalem, en se cachant que l’ »esplanade des mosquées », c’est le Mont du Temple, seule raison d’être de ces mosquées? Sinon humilier la dignité du peuple juif qui était prince à Jérusalem quand les Européens vivaient dans les forêts? Que s’acharne-t-elle à obtenir en rejetant les responsabilités de l’agression sur ceux qui en sont l’objet? Que cherche-t-elle à promouvoir en accusant Israël d’un « péché » congénital, celui d’exister sur la terre que l’univers entier, y compris l’islam, assimile au pays des Enfants d’Israël?

EXALTATION OBSESSIONNELLE DE LA CAUSE PALESTINIENNE

Quelle « démocratie » défend-t-elle, elle qui se gargarise de ce mot à longueur de temps, en soutenant financièrement à bout de bras, un pouvoir palestinien corrompu et qui ne tiendrait pas un jour sans l’argent européen? Où est le « peuple en danger » face à une société palestinienne dont tous les organes célèbrent quotidiennement le meurtre des Juifs dans le plus pur antisémitisme ? Que veut-elle en ramenant tous les problèmes du monde, la violence permanente qui émane du monde arabo-musulman à l’encontre de toute la planète, au problème palestinien et à la faute d’Israël? Quel ressentiment la ravage-t-il dans son exaltation obsessionnelle de la cause palestinienne?

Nous savons que cette Europe narcissique et ethnocentrique cultive une morale frelatée, que les pétrodollars du Qatar, celui-là même qui la combat en Afrique et en Irak, l’ont corrompue, que sa compromission avec l’Organisation de la Coopération Islamique à l’ONU et ailleurs, a engagé les sociétés européennes dans un parti-pris pour la cause islamique, que le Dialogue Euro-arabe, d’après le premier choc pétrolier, en 1973 a fait d’elle le champion de la cause palestinienne, que la morgue qu’elle manifeste à Israël est avalée devant la colonisation turque de Chypre, l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, l’esclavagisme du Qatar et de l’Arabie Saoudite, le terrorisme palestinien. Nous connaissons son silence hier sur le génocide au Soudan, sa complicité dans le génocide du Rwanda… « Droits de l’homme »?

Certes, cette Europe-là ne peut que haïr Israël qu’elle perçoit comme la quintessence de ce qu’elle n’a pas la force d’être: assumer son identité, cultiver sa personnalité, avoir un visage face aux autres. Et inutile de se cacher qu’une partie de l’élite israélienne partage ce penchant suicidaire. Au sommet de l’Union Européenne, c’est le néant, depuis que ce nouvel empire se soit dénié ses racines culturelles, évidentes aux yeux de 20 siècles d’histoire, depuis qu’il a eu la faiblesse de se croire incarner le « droit international », les « droits de l’homme », faisant de son néant une occasion d’inflation narcissique, l’autorisant à intervenir sur la planète et à s’ériger en tribunal des peuples. Faisant d’une démission existentielle une célébration!

LA TARTARINADE LIBYENNE

Mais cette Europe qui se croit incarner les droits de l’homme est un facteur de guerre objectif, à la politique aveugle et incompétente. La tartarinade libyenne a détruit en Afrique du centre et du nord l’ordre qui jugulait un terrorisme omniprésent et qui menace maintenant toute l’Europe occidentale. Ses interventions à la remorque de la politique décliniste d’Obama, cette croyance stupide en l’exportation de la démocratie ont détruit totalement la structure du Moyen Orient. Les populations civiles, les alliées naturelles de l’Occident, peuvent bien crever ensuite! L’Europe « humaniste » ne fait pas de service après vente! Son soutien aux Frères Musulmans, à la Turquie califesque ouvre les portes des pays européens aux ravages de l’islamisme. En empêchant Israël d’éliminer le Hamas, elle l’a condamné à rejouer la même guerre tous les deux ans et exposé la société israélienne au meurtre permanent. Et cette Europe-là tolère en son sein un antisémitisme structurel, qu’elle ne peut combattre parce qu’elle a créé les conditions de son développement

Que veut l’Europe? C’est une sorte de vengeance métaphysique qui se trame, inspirée d’un fond archéo-chrétien qui ne peut tolérer que l’Israel éternel se lève à nouveau et à Jérusalem; qui veut le rabaisser, le condamner à une situation stratégique précaire, le vouer à une adversité permanente, piétiner sa souveraineté. L’Union Européenne se livre à une guerre de religion contre Israël et elle fait tout pour l’exciter en Islam. Avec le « peuple palestinien » elle a trouvé un substitut à Israël qui lui permet de réinventer la théologie de la substitution. Ce qu’elle veut faire avec la reconnaissance du pseudo-État de Palestine (sans frontières, sans institution, sans économie viable, sans antécédents nationaux et étatiques sur cette terre et en dépit de ce que dit le droit international en matière de reconnaissance des Etats) c’est tout simplement substituer déjà ce peuple récemment inventé au peuple juif sur la terre de ses ancêtres. Elle donne consistance à un fantôme en lieu et place d’Israël. Et pour ce faire elle tourne en dérision le droit international, elle trahit ses propres traités qui voulaient que cela ne se fasse que dans le cadre des « Accords d’Oslo ». Elle précipite en toute conscience Israël dans une tourmente mortelle.

DÉLIRE MEGALOMANIAQUE

Alors une question se pose: l’Europe en a-t-elle fini avec l’extermination des Juifs entamée au XX° siècle? Car c’est ce à quoi elle voue aujourd’hui le peuple juif! L’Union Européenne dans son délire mégalomaniaque a, semble-t-il, une « doctrine » pour les Juifs qui définit ce qu’ils doivent être. Ses ratiocinations sur la circoncision, la cacheroute, l’antisémitisme, le tout couché dans des « normes » européennes, sa politique israélienne, son discours sur ce que doit être Israël, le financement d’une nuée de ONG israéliennes destinées à subvertir du dedans la souveraineté du peuple israélien, tout cela nous montre bien que l’objectif de l’Union Européenne c’est d’empêcher que l’État d’Israël soit un État souverain, d’amoindrir sa capacité de résistance stratégique face à son ennemi, d’exposer les Juifs de toutes parts à l’adversité. Faire d’Israël, en somme, ce qu’elle voudrait qu’il soit, dans sa grande « mansuétude »: le camp humanitaire des réfugiés de la Shoah…

Juifs réveillez-vous! Votre silence est une complicité. C’est maintenant que se joue l’avenir d’un peuple juif souverain qui déjouera la catastrophe qu’on lui programme!

SHMUEL TRIGANO

*paru dans Actualité Juive du 20 novembre 2014

Voir enfin:

La France angélique est la vraie menace
Ivan Rioufol
Le Figaro

08/01/2015

– Après le massacre de Charlie Hebdo, notre chroniqueur fustige la naïveté des élites politiques et d’une partie des médias face à la menace islamistes.

Le danger islamiste en France? Fantasmes xénophobes! La nation invivable? Élucubrations réactionnaires! Dans l’univers cotonneux de la Hollandie, où les peurs sont bruyamment moquées, l’inquiétude est bannie. L’optimisme d’État est repris par le chœur médiatique, prêt à avaliser les fadaises du Politburo sur le doux vivre ensemble et l’avantageux socialisme. On connaît la fin de l’histoire: mercredi, tandis que la France cédait à la Grande-Bretagne sa place de cinquième puissance mondiale, deux djihadistes faisaient un carnage à Charlie Hebdo (12 morts, dont six fameux journalistes). Une fusillade mortelle éclatait aussi jeudi matin dans une rue de Paris. Bien plus qu’une attaque contre la presse et la liberté d’expression, ces tueries sont une déclaration de guerre à la France. Elles obligent l’État pantouflard à se confronter à ses ennemis intérieurs, qu’il n’ose nommer par angélisme.

Les propagandistes du «Tout va très bien» peuvent mesurer leurs sottises, eux qui brocardent les «déclinistes» coupables de s’affoler de ce qu’ils voient. Depuis le 7 janvier – date qui clôt quarante années de désastres idéologiques – les dénégationnistes sont en sursis. Certes, ils persistent à édulcorer les dangers, obscurcir les causes, désigner de faux coupables. Ils ne peuvent admettre leur responsabilité dans le déclassement de la nation et son éclatement. Le complexe politico-médiatique, qui verrouille encore le Système, va ainsi s’accrocher à son pouvoir, et méchamment. De ce point de vue, 2015 promet son lot de faussetés qu’il faudra combattre. Mais les réalités brutales sont les meilleures alliées de ceux qui somment les autruches de relever la tête, ou de déguerpir.

S’observe, dans la France de ces faiseurs de morale, une odieuse complaisance pour le fascisme qui s’installe dans les cités et qui vient de tuer: tel est le scandale qu’étouffe la bonhomie élyséenne, qui se contente de répéter avec ses perroquets: «Pas d’amalgame!» Le flirt poussé du gouvernement avec l’électorat des banlieues l’empêche de désigner l’islam subversif qui s’y dissimule. Quand Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), reconnaît, le 3 janvier dans Le Figaro: «On est face à un danger islamiste qui pèse sur toute la France. Ce climat global fait fuir les Juifs français (…) La plupart des actes sont le fait de jeunes issus de l’immigration», ce témoignage ne réveille aucune indignation chez les «antiracistes». Ils combattent «l’incitation à la haine», mais uniquement chez ceux qui perçoivent la guerre civile qui vient.

S’il y a un retour aux années 1930, ce cliché qui diabolise les inquiétudes des gens, il est en fait dans l’endormissement des beaux esprits face au totalitarisme vert qui nous provoque. Leur même recherche de l’«apaisement» reproduit les erreurs des «pacifistes» d’hier devant le nazisme. Chez eux se recrutèrent bien des collaborateurs de Vichy. Or c’est cette même voie qu’empruntent les nigauds qui interdisent de prononcer les mots «islam» ou «immigration», de peur de «stigmatiser» une partie de la nouvelle société. Ceux-là sont prêts à se soumettre aux intimidations des fanatiques ou de leurs alliés plus présentables, en cédant sur la liberté d’expression. L’histoire de leur capitulation retiendra que la majorité des médias auront admis la décision d’i-Télé, fin décembre, d’obtempérer au PS qui réclamait la tête d’Éric Zemmour, pour plaire aux islamistes…

Résister à l’épreuve

La France va subir ce qu’endure Israël, cible de l’islam radical. Depuis l’attaque du commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) par un djihadiste, le 20 décembre, les initiatives individuelles s’accélèrent. Quand 7 000 compatriotes juifs quittent la France en 2014 pour éviter le danger islamiste, ils lancent une alerte et font comprendre qu’ils mettent en doute la protection de l’État. Ils ont leurs raisons, à en juger par le clientélisme socialiste qui affiche ses distances avec l’État hébreu: après le vote par les députés d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien, la France a appuyé à l’ONU la résolution palestinienne réclamant le retrait des «Territoires occupés». C’est Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui a confié en juillet 2014 qu’il aurait été parmi les manifestants propalestiniens s’il n’avait pas été ministre. C’est lors de ces démonstrations que furent criés: «Mort aux Juifs!» et que des synagogues furent prises pour cibles.

La France fatiguée saura-t-elle résister à l’épreuve, qui veut la mettre à genoux? La réponse est assurément non, à considérer l’hébétude des dirigeants et la niaiserie de la gauche pyromane qui, après avoir encouragé le communautarisme, appelle à manifester dimanche contre les effets mortels de la fracture identitaire. Oser demander aux musulmans de France de se désolidariser de l’islam radical qui les caricature est considéré, par les roquets pleurnichards, comme une atteinte insupportable à leur dignité. Le délit d’islamophobie est davantage agité, par les dhimmis, que la judéophobie et la christianophobie qui tuent et poussent à l’exil. La renaissance de la France ne passera donc pas par ces déjà vaincus. Mais la résistance est à portée de main, pourvu que la société civile puisse avoir son mot à dire. La France naguère silencieuse n’a, en effet, aucune intention de se laisser humilier.

La fascination des agonisants

Si le roman de Michel Houellebecq (1), sorti mercredi, a une utilité politique, c’est de mettre opportunément en scène la montée de l’islam en France. Ce sujet tabou est au cœur de la crise qui parcourt l’Europe. Il fait descendre dans les rues, tous les lundis, des milliers d’Allemands qui jugent nécessaire de rappeler à leurs dirigeants qu’ils forment, eux aussi, un peuple aussi respectable qu’un autre. En France, le sujet est généralement dissimulé sous les mots laïcité, cohésion nationale, respect de l’autre et autres euphémismes. Le scénario que propose l’écrivain, l’électiond’un «musulman modéré» à la présidence de la République 2022, n’est pas vraisemblable. Cependant tout ce qui amène à ce basculement civilisationnel sonne juste: la cécité des médias conformistes, les censures opportunes, l’indifférence blasée des «élites» pour la nation et sa culture, la fascination de ces agonisants pour une idéologie conquérante, machiste, sûre d’elle-même. Prophétique?

(1) Soumission, Flammarion

Le sursaut national de la France en guerre
Le Figaro

Ivan Rioufol
16/01/2015

– Loin d’être un simple «selfie collectif», pour Ivan Rioufol, la mobilisation des français face aux attentats marque leur réveil et doit s’accompagner d’une véritable libération de la parole.

Paradoxal «effet Charlie»: le carnage de deux frères djihadistes contre l’hebdomadaire anarcho-satirique a amené la foule, dimanche, à applaudir les forces de l’ordre et à chanter La Marseillaise. La police et la nation, ces épouvantails à «anars», ont été plébiscitées par le peuple. Les Français, par leur mobilisation spontanée (près de quatre millions de personnes, partout dans le pays), ont mis un terme à quarante ans d’angélisme d’État et d’aveuglements médiatiques. Les assassinats commis par Cherif et Saïd Kouachi à Charlie Hebdo, puis par Amedy Coulibaly dans une épicerie kasher (17 tués, dont des journalistes, des policiers, des juifs) ont été commis par trois Français. Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical. Sans vergogne, les pyromanes étaient du défilé.

Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical.
L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie. C’est lui qui interdit, depuis les années 1980, d’aborder les thèmes de l’immigration extra-européenne et de l’islam politique qui l’accompagne; ces bombes qu’il va falloir maintenant désamorcer. C’est cette idéologie des bons sentiments qui, par fascination pour l’Autre, cautionne les procès en «islamophobie» qui rendent délictueuse la critique du fondamentalisme, ce nouveau nazisme. C’est elle et ses aboyeurs à carte de presse qui désignent à la vindicte ceux qui ont la naïveté de décrire ce qu’ils voient. Dimanche, les télévisions saluaient les défilés de la «France multiculturelle», alors qu’elle en était majoritairement absente. À Marseille, le préfet s’est même étonné de la faible mobilisation des quartiers musulmans. Le temps des bidonnages est terminé.

L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie.
Se confirme la fracture identitaire que ce bloc-notes ne cesse de décrire: vaine lucidité en regard du champ de ruines qui s’étale. Le «Nous sommes Charlie», slogan désuet lancé dans l’émotion, n’est plus suffisant pour affronter la suite. Elle s’annonce rude. En effet, ce n’est pas seulement à un «selfie» collectif que se sont prêtés les Français, le 11 janvier. Par leur sursaut historique, qui a balayé la prétention des partis à récupérer leur part, les citoyens ont marqué l’acte de leur renaissance. Elle oblige à prendre conscience de leur conservatisme. Celui-ci s’oppose à la contre-société qui s’est développée à l’abri des curiosités. Une partie de la jeunesse des cités a refusé, dans les écoles, de s’associer à la minute de silence. À Châteauroux, un lycéen a été tabassé pour avoir défendu la tolérance et la laïcité. Les soutiens aux Kouachi prolifèrent sur le Net. La violence est, partout, palpable.

Ce n’est pas seulement à un «selfie» collectif que se sont prêtés les Français, le 11 janvier.
La ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, veut «expliquer l’inexplicable» (RTL, le 15 janvier). Mais les explications sont connues. L’antisémitisme chez des élèves musulmans a été exposé dès 2002 dans un livre collectif d’enseignants: Les territoires perdus de la république. Le rapport Obin a décrit en 2004 la montée de l’islam au cœur de l’école.La communauté juive, première visée, n’a cessé d’alerter en vain sur ces périls, singulièrement depuis l’assassinat d’Ilan Halimi (2006), puis les tueries de Mohammed Merah à Toulouse et de Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles. Ces tragédies, annonciatrices du pire, n’ont jamais suscité aucune manifestation d’indignation. Une chape de plomb, politique et médiatique, a voulu étouffer la haine antijuive et antifrançaise qui contredisait les odes à la diversité. Ce déni s’effondre et laisse voir la compromission des belles âmes.

Guérir l’islam de l’islamisme

Manuel Valls a pris sa stature d’homme d’État, mardi, en déclarant devant les députés: «Oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islam radical.» Jusqu’alors, l’évidence était niée par François Hollande, au prétexte de ne pas stigmatiser l’islam (voir mon blog). Cette libération de la parole, voulue par le peuple, est à encourager. Elle est comparable à la glasnost qui a mené à l’effondrement du régime soviétique. Le système, charpenté par les mensonges et les désinformations, n’y résistera pas. Il tente en urgence de renverser les responsabilités et de présenter l’islam comme victime, avec la collaboration de journalistes prêts à larguer la liberté d’expression et la laïcité pour plaire aux cités persuadées d’un complot. Certes, bien des musulmans sont la cible du totalitarisme islamiste. Mais c’est ce cancer de l’islam qui décapite, crucifie, lapide, recourt à l’esclavage au Moyen-Orient. C’est lui qui, en France, tue au nom d’Allah. Le nier est vain.

Cette libération de la parole, voulue par le peuple, est à encourager. Elle est comparable à la glasnost qui a mené à l’effondrement du régime soviétique.
Ce n’est pas l’islamophobie qui a créé l’islamisme, comme le soutient la dialectique victimaire à l’œuvre chez trop de responsables musulmans, incapables de la moindre critique sur les dérives de l’islam. Tout au contraire, ceux-là brandissent ce délit de blasphème dans le but de rendre impossible la survenue d’un islam éclairé. La presse de gauche est complice de ce refus d’aggiornamento. Télérama parle de «jeunes plus ou moins fanatisés», mais pour épingler les catholiques de la Manif pour tous. Il y a pourtant une urgente réflexion à mener sur la lecture littérale du Coran. Dimanche, le rejet de l’islamisme a été le non-dit du réveil de la civilisation française. Les Allemands du mouvement Pediga, qui manifestent tous les lundis, n’ont pas ces réserves. Pour éviter le rejet brutal qui se profile, la proposition de l’UMP d’un nouveau Concordat obligeant les religions à des devoirs est une piste à suivre.

Crise de la politique

Entendre Hollande, mercredi, annoncer que le «rythme de réduction» des effectifs dans la Défense allait être freiné donne une idée de l’improvisation de sa doctrine et de l’impensé de son optimisme. Après avoir reconnu en 2013 qu’il avait sous-estimé la crise économique, il laisse comprendre qu’il avait aussi négligé la crise identitaire et le spectre d’une guerre civile. Cet ajustement décrédibilise un peu plus les dirigeants. Dans la manifestation parisienne, les puissants du monde étaient isolés dans un entre-soi lointain et hermétique. Cette rupture illustre la crise de la politique, claquemurée face au soulèvement de la société civile.

Défendre la liberté d’expression

Et ceci: c’est aussi pour la liberté d’expression que les Français se sont levés. Le pouvoir, qui veut réguler l’Internet et pénaliser des opinions (dont celle de Dieudonné), doit se garder de ce piège qui lui est tendu par le nouveau totalitarisme.


Je suis Charlie: Et moi, je suis Bastia (The biggest danger for any organism is to not identify that it’s being threatened)

12 janvier, 2015
http://i2.wp.com/www.africatopsports.com/wp-content/uploads/2015/01/b7anykviyaatjc1.jpg?fit=710%2C1000https://i1.wp.com/www.corsicainfurmazione.org/wp-content/uploads/2015/01/QatarArabieSaouditeTerrorismerelation.jpg https://i0.wp.com/www.lefigaro.fr/medias/2015/01/11/PHOfbff084c-99ad-11e4-a1d4-039b03f34ee1-805x453.jpg
https://i2.wp.com/www.theyeshivaworld.com/wp-content/uploads/2015/01/dn.jpghttps://i0.wp.com/photos1.blogger.com/blogger/2259/64/1600/flimflam.gifNous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (…) Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens. Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). (…) On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.(…) En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes. Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001. (…) Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes. Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. (…) Donc (…) c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Daniel Sibony
Ne pas craindre de dire les mots : il s’agit d’un attentat terroriste commis au nom de l’islamisme radical. Marine Le Pen
C’est le mot guerre qu’on doit prononcer aujourd’hui. La guerre est déclarée. Je ne suis pas convaincue que les mesures ou les dispositifs législatifs qui sont à notre disposition soient suffisants. Jeannette Bougrab
13h15. Selon notre journaliste sur place, les chefs d’État partiront de l’angle Chemin Vert/Voltaire pour aller place Léon-Blum. Le parcours est long d’une centaine de mètres. François Hollande marchera entre la chancelière allemande Angela Merkel et Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien. Libération
Les juifs français ont le choix entre une France de gauche, qui hait Israël; une France conservatrice qui considère que les juifs n’appartiennent pas à sa culture et une Europe islamique, ce qui est impossible. Ou bien, alors, ils peuvent partir… Ce qu’ils sont en train de faire. » « Plus vite l’Europe libérale entrera en lutte, plus elle aura de chances de préserver ses valeurs. Car si l’Europe libérale n’est pas prête à lutter, l’Europe non-libérale sera prête à le faire. Plus la France continuera de fermer les yeux sur la menace et refusera de se préparer à défendre ses valeurs libérales et nationales, plus les forces ultranationalistes et intégristes représenteront l’unique défense. Nathan Sharansky
Les manifestations impressionnantes qui se sont déroulées un peu partout dans l’Hexagone ont surtout, il faut bien le dire, rassemblé une certaine France. D’aucuns ont malignement fait observer que, même à Roubaix, les rassemblements ne semblent guère avoir attiré beaucoup de «musulmans», à s’en tenir aux apparences. On se gardera bien de reprocher aux «jeunes de cités» de ne pas avoir été présents dans les manifs parisiennes. Les craintes et les préjugés se croisent fort malheureusement. Mais c’est un fait. Plus grave, une minorité de déjantés n’a pas hésité à exprimer une certaine complaisance envers les terroristes sur Twitter. Sur le mode: ce n’était peut-être pas bien de les tuer, mais ils l’ont quand même un peu cherché… Un de mes amis, enseignant en banlieue parisienne, m’a rapporté des réactions analogues. Un prof blogueur a confié que la direction de son établissement avait décidé de ne pas respecter la minute de silence de la journée de deuil national de jeudi par peur de «troubles». Cette lâcheté est d’autant plus coupable que cet événement dramatique devrait, bien au contraire, être mis à profit pour conduire une instruction civique in vivo. Oui, il convient d’expliquer à tous les jeunes, quelle que soit leur religion ou leur culture, qu’on a le droit, en France, de critiquer et de se moquer de n’importe quel Dieu. Les fossés culturels qui se sont creusés ne rendent pas cette tâche aisée. La société française –j’ai pu le mesurer dans mes enquêtes de terrain– est terriblement fragmentée. Les systèmes de valeurs des uns et des autres sont de plus en plus éloignés. Cette réalité, qu’il serait vain et dangereux de nier, relativise l’espoir d’une imminente communion nationale face à la barbarie. Le merveilleux sursaut de ce que l’on appelle curieusement la «société civile» laisse progressivement la place à de sombres manœuvres politiciennes. Etait-il judicieux de préparer une «manifestation nationale» entre chefs de partis dans un bureau de l’Assemblée nationale? Qui plus est, sans y avoir convié les responsables du principal parti d’opposition ! François Hollande a rattrapé le coup en invitant Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Mais le choix de laisser aux partis le soin d’organiser cette manifestation a fait tomber la mobilisation populaire souhaitée dans un insoluble dilemme. Fallait-il y associer le Front national? Marine Le Pen est reçue par le président de la République, mais les dirigeants socialistes refusent simultanément que le FN soit convié à la manifestation dominicale d’union nationale. Cette incohérence se double d’un piège redoutable. Si le FN a le droit de manifester avec les autres formations, il est de fait réintégré dans l’éventail républicain. Mais s’il en est empêché, «l’union nationale» disparaît et ses dirigeants auront beau jeu de brocarder une «manifestation UMPS». Il aurait été infiniment préférable que toutes les organisations syndicales et professionnelles et l’ensemble des associations diverses et variées qui animent la société française prennent l’initiative de ce rassemblement. Le porte-parole du PS a souhaité que François Hollande prenne la tête de la manifestation du 11 janvier. Il n’est pas certain qu’un tel choix, qui alimentera forcément des procès en récupération, soit d’une extrême habileté. Eric Dupin
Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme. Supporters de Bastia
La liberté d’expression peut selon l’actualité prendre des tournures inattendues, comme pour un match de foot où des supporters bastiais déploient une banderole qui remet dans le contexte les incohérences de la France et de ses « sponsors ». Evidemment la liberté d’expression ne sera pas validée par la tribune EST…(…) Pour autant, les supporters ne font que reprendre une caricature de Charlie hebdo, à leur manière. Corsica informazione
Rentré à Paris dans la nuit de samedi à dimanche, Nasser Al-Khelaïfi a été aperçu, ce dimanche, dans l’immense rassemblement organisé dans la capitale à la suite des attentats perpétrés cette semaine, qui ont tué dix-sept personnes. Après avoir remis le trophée de l’open de tennis de Doha à l’Espagnol David Ferrer, en compagnie de David Beckham, le président du PSG a regagné la France pour participer à la grande marche à titre privé. Portant un badge « Je suis Charlie » sur son manteau, le patron de Qatar Sports Investments a notamment croisé Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris. Au lendemain de la défaite du PSG à Bastia (2-4), Nasser Al-Khelaïfi n’a pas souhaité s’exprimer sur la situation des champions de France, préférant rester concentré sur cette journée de mobilisation. L’Equipe
Cette deuxième défaite de la saison en L1 est un gros bug. Un peu plus tôt, comme sur tous les terrains de France, les joueurs et le public avaient respecté une minute de silence en mémoire des attentats terroristes. Et le fameux « Je suis Charlie » était présent sur le site officiel du PSG pour annoncer l’hommage. Mais, bizarrement, pas dans les huit langues dans lesquelles le site est décliné : aucune trace du rectangle noir dans les versions indonésienne et arabe. Le PSG, détenu par le Qatar, aurait-il ciblé son message en fonction des populations auxquelles il s’adresse? Absolument pas, assure le club, en rappelant que le slogan était présent sur tous ses sites jeudi, à l’heure de la minute de silence. Sa disparition s’expliquerait « par les mises à jour » apportées depuis. Exemple de la bonne foi : l’interview de Gregory van der Wiel, en home des versions arabe et indonésienne, évoque clairement les attentats. JDD
The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts. Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March. Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world. But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian. He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage. Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre. Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year. Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri. Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups. Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy. But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire. Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.(…) Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani. In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria. (…) Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said. Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government. On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said. The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012. As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region. Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon. But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.  The Telegraph
Il était évident que pas mal de gens défendraient ce jour-là une « liberté d’expression » qu’ils combattaient à longueur d’année en l’appelant « islamophobie ». Que les champions de la repentance et de l’excuse universelle se transformeraient pour une heure en patriotes cocardiers. Que les mêmes qui scandaient avant-hier « un flic, une balle » viendraient applaudir cet après-midi nos gendarmes et policiers. (…) J’avais vu juste : sur le boulevard Richard Lenoir, où j’ai croisé Clémentine Autain qui rattrapait Jean-Luc Mélenchon, quelques panneaux aussi déplacés qu’isolés appelaient à la « dissolution des charlots du FN », à la « solidarité avec Gaza » ou à lutter contre les « fascismes nationalistes ». On est en France, en 2015, et 17 morts sous les balles de terroristes islamistes ne suffisent pas encore à ramener tout le monde à la raison. Mais ils n’étaient qu’une poignée, quelques-uns par ci par là, à ne pas jouer le jeu de bon cœur. A savoir : accepter d’être ensemble, pas forcément pour les mêmes raisons, mais en essayant de laisser au vestiaire tout ce qui nous oppose les uns aux autres. Finalement, l’immense majorité d’entre nous était venue assurer un service minimum : « Nous sommes unis », « ensemble », « contre le terrorisme »… Un pour tous, tous pour un. Tous les « je suis » ne faisaient qu’un : « Charlie », « juif », « flic »… La marche républicaine du 11 janvier 2015 n’était pas la énième manif pour les droits des uns ou des autres. En réalité, c’était la première manif pour tous. Dieu sait combien d’énergie j’ai dépensé pour m’opposer au « mariage pour tous », quelle guerre j’ai mené à ce titre sur le terrain des idées. Voilà pourquoi, ce dimanche, j’ai aimé plus que tout battre le pavé avec ceux qui me désignaient comme leur adversaire. Sur ces boulevards bondés, combien de personnes m’avaient caricaturé, insulté, stigmatisé ? Combien avaient moqué mes valeurs, brocardé mes idées, vomi tout ce que je représentais à leurs yeux ? Une année entière, nous nous étions affrontés autour du projet de loi Taubira, et de ses conséquences dont je savais qu’elles seraient tragiques. Aujourd’hui, ils étaient là, ils me souriaient et s’excusaient lorsqu’on se bousculait. On pouvait vivre ensemble et se respecter, l’essentiel était sauvé. Dès la fin d’après-midi, toutes les chaînes de télévision diffusaient une superproduction inédite : de magnifiques images aériennes de foules innombrables, agglutinées dans toutes les rues de France. A la Bastille, des drapeaux tricolores flottaient dans un ciel rose alors que retentissait la Marseillaise. Place de la Nation, on s’exclamait en boucle : « Vive la France ! » Il y avait un monde fou, partout, et un cœur accroché à la colonne de Juillet. La foule s’applaudissait, on se parlait entre inconnus. Alors bien sûr, ce tableau idyllique n’était qu’un vernis. Ce dimanche, tout le monde disait « Je suis Charlie » mais personne n’allait dans la même direction. N’empêche : c’est bien la France, sa devise, son drapeau et son hymne national qui étaient célébrés dans tout le pays. Et ça, rien ne nous l’enlèvera, n’en déplaise aux derniers dinosaures de l’incitation à la haine de soi. Nous sommes différents, nous ne sommes pas d’accord, nous sommes Français. Pascal Bories
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Je n’accepterai pas qu’il y ait des Juifs (…) ni un Israélien sur la Terre de Palestine. Mahmoud Abbas
Nous devons empêcher les juifs d’entrer sur l’esplanade de la mosquée, ils n’ont pas le droit de la souiller. Nous devons les empêcher par tous les moyens. Nous devons les empêcher d’entrer. Dressons-nous devant eux pour protéger les lieux saints. Mahmoud Abbas (17.10.14)
Nous sommes indignés Nous, associations issues de l’immigration et associations de solidarité, avons appris avec consternation la participation de hauts responsables de l’Etat d’Israël à la manifestation de solidarité avec les victimes de l’attentat meurtrier contre « Charlie Hebdo » qui aura lieu ce dimanche 11 janvier 2015 ; Prenant pour prétexte le meurtre raciste et odieux de quatre otages de confession juive le 9 janvier – que nous condamnons avec toute notre énergie –, les responsables des  crimes commis contre le peuple palestinien veulent aujourd’hui se draper d’une virginité anti-raciste, respectueuse des droits de l’Homme et de la liberté d’expression en venant manifester à Paris. Ils sont les mêmes qui assassinent des enfants à Gaza et dans les territoires occupés. Ils sont les mêmes qui ont assassiné le caricaturiste palestinien Naji Al Ali en 1987. Ils oublient que les caricaturistes de « Charlie Hebdo » assassinés ont toujours défendu le droit des Palestiniens à leur Etat. Cette participation est cautionnée par le gouvernement français, qui les accueille et accepte de les faire participer à son cortège officiel. Non, la lutte pour la liberté d’expression et de conscience et contre la barbarie ne peut être menée avec les ennemis de la liberté ! Non, les criminels de guerre n’ont pas leur place dans les cortèges de la dignité et de la solidarité. Leur place est devant les tribunaux internationaux. Communiqué de presse (associations issues de l’Immigration signataires de l’ Appel « Solidarité  Charlie Hebdo » (Paris, le 11 janvier 2015)
Contrairement à leurs voisins des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de la Tunisie notamment, l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang: un frère de l’émir Cheikh Tamin Ben Hamad al-Thani pour Doha ; et par Nizar al-Madani, le numéro deux de la diplomatie de Riyad. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont pourtant des partenaires très actifs de Paris sur de nombreux dossiers diplomatiques, qu’il s’agisse de la révolte en Syrie, pour chasser Bachar el-Assad du pouvoir, ou du nucléaire iranien, pour stopper la marche de Téhéran vers la bombe. Le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Salaheddine Mezouar, a présenté ses condoléances dimanche matin à l’Élysée, mais il n’a pas participé à la marche «en raison de la présence de caricatures blasphématoires», a indiqué une source officielle. Le ministre émirien des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah Ben Zayed avait, lui, dès samedi, annoncé sa participation. Les Émirats, la monarchie du Golfe la plus hostile aux islamistes, ont été le théâtre il y a un mois de l’assassinat d’une Américaine dans un centre commercial d’Abu Dhabi par une femme voilée. Pour les Qatariens et les Saoudiens, en revanche, «c’est l’affaire des caricatures qui est au centre des récriminations contre la France, explique un expert français du Golfe. La majorité de la population est farouchement wahhabite, c’est-à-dire partisane d’un islam ultrarigoriste qui ne peut tolérer qu’on insulte le prophète. Il était donc difficile pour leurs dirigeants de s’afficher à Paris». Georges Malbrunot
La 17e chambre, ou chambre de la Presse est une chambre spécialisée dans les affaires de presse, au tribunal de grande instance de Paris. Elle est composée de magistrats spécialisés, chargés de faire respecter la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 et les principes de la diffamation en droit français, permettant de trouver un compromis entre la défense de la liberté de la presse et le respect de la personne. Wikipedia
L’union nationale autour des victimes oui, l’hypocrisie sur les coupables non (…) Le terrorisme islamiste vient de tuer, mais les responsables sont ceux qui le dénonçaient. Logique. Puisque tout ceci n’a rien à voir avec une quelconque religion. Elisabeth Lévy
Dans cette «marche contre la terreur», combien sont profondément épris de la liberté d’expression sous toutes ses latitudes, et pas seulement de celle de Charlie Hebdo? Combien, au contraire, ne se sont souvenus de cette dernière qu’après les massacres, défenseurs opportunistes sur lesquels le dessinateur Willem et Charlie Hebdo «vomissent»? (…) Que signifie ce consensus factice, cette concorde superficielle qui prétendent, au prétexte que nous aurions le cœur sec en nous abstenant, faire oublier, sans y parvenir, les déchirements, les fractures, les divisions profondes de la France? (…) Est-il honteux de proférer que plutôt que de concevoir cette phénoménale marche internationale, avec un incroyable risque d’insécurité, il n’aurait pas mieux valu, modestement, efficacement, appréhender l’avenir pour convaincre le citoyen que non seulement il ne doit pas avoir peur mais que notre état de droit rendra, autant que faire se peut, inconcevable cette angoisse parce que notre démocratie sera mieux armée, saura mieux suivre et contrôler, sera moins laxiste et libérera moins vite? Les destinées des trois assassins abattus auraient dû être prioritaires plus qu’une grande messe républicaine sans conséquence opératoire. Philippe Bilger
Nous ne sommes pas Charlie pour la bonne raison qu’ils sont morts en raison des risques qu’ils ont pris de continuer à faire leur travail, souvent sous les accusations les plus odieuses de ceux qui ont invoqué le manque de respect, le mauvais goût, l’abus de la liberté d’expression, le racisme ou l’islamophobie… La presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l’ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes. À cette condition seulement. (…) Sur son site, le MRAP dénonce « l’assaut inhumain à la liberté d’expression ». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. Le MRAP qui, dans son tract du 9 janvier, appelle à manifester ce dimanche, s’il s’émeut des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, Vincennes et Montrouge s’inquiète principalement d’une «escalade dangereuse», en raison des réactions violentes qui se sont produites, en les mettant exactement sur le même plan. Elles sont bien évidemment déplorables et doivent être condamnées. Mais elles ne peuvent être comparées aux attentats islamistes qui ont fait 17 morts. Certes, sur son site, le MRAP dénonce «l’assaut inhumain à la liberté d’expression». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. D’après le MRAP, ce dessin assimilait musulman à islamiste et à terroriste. Le MRAP n’hésitait pas à faire le parallèle avec les années Trente et voyait dans le dessin «un détournement raciste de la liberté d’expression». Il parlait de piteuse provocation. Il s’agissait là sans doute d’un assaut humain à la liberté d’expression. (…) Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies. Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche. (…) Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. (…) On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires. Michèle Tribalat
Avec ces meurtres terroristes de sang froid, c’est toute une mentalité pacifiste et angélique, présente en France et dans nombre de pays européens depuis plus de trente ans, qui vole en éclats. (…) En France et au sein d’autres pays européens, une partie de l’opinion a encore du mal à admettre que nous puissions avoir des ennemis qui veulent nous détruire et qu’il faut combattre avec la plus grande fermeté dans le cadre d’un État de droit. On signe des pétitions, on allume des bougies, on se tient la main, on manifeste en silence… Ces manifestations expriment l’indignation et la solidarité avec les victimes, elles montrent l’unité d’un pays dans le refus du terrorisme. Mais la façon dont elles font valoir les valeurs démocratiques ne saurait laisser entendre que tout pourrait être affaire d’ouverture, de tolérance, en dehors de la force, de la puissance, de la fermeté qui permettent de défendre ces valeurs démocratiques. (…) Le problème, est, que même si vous ne voulez pas d’ennemi, «c’est l’ennemi qui vous désigne»: «Et s’il vous choisit vraiment comme ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles prestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera de cultiver votre jardin .» (…) Qu’on le veuille ou non, la France est en guerre contre le terrorisme islamiste en Afghanistan, au Mali, en Irak et ce terrorisme a des relais au sein de notre pays. Ce sont précisément ces réalités que beaucoup d’entre nous ont du mal à regarder en face parce qu’ils vivent depuis des années dans l’illusion d’une monde pacifié.  (…) J’ai eu la même réaction que Jean-François Kahn – et je ne suis pas le seul -, en écoutant la première déclaration de Marine le Pen qui parlait clairement face à l’embarras de certains hommes politiques à dire que nous étions en guerre et à nommer nos ennemis. Antérieurement, on a voulu essayer de remplacer à tout prix «État islamique» par «Daesh», en expliquant que cela éviterait une «confusion avec islam, islamisme, musulmans». La crainte justifiée des amalgames ne peut servir d’argument pour ne pas regarder la réalité en face, en parlant d’un terrorisme indéfini créé ex nihilo, venant d’on ne sait où et s’abattant sur le pays comme une catastrophe naturelle. Il en va de même des craintes et des allusions constantes à la montée de l’extrême droite en Europe qui «zappent» et évitent le sujet. Sans parler des allusions constantes à la «zemmourisation des esprits», voire au livre de Houellebecq et aux amalgames les plus grossiers de journalistes militants de gauche qui, depuis des années, ont transformé l’antifascisme en posture identitaire et de valorisation dans les médias bien-pensants. (…) Enfin, le refus de tout amalgame, la lutte contre l’islamophobie et la répression des attaques contre les mosquées, comme tous les autres lieux de culte, ne sauraient passer outre des questions légitimes que se pose l’opinion: comment en est-on arrivé à ce que la France soit devenue un pays où l’on tue des citoyens pour blasphème et liberté d’opinion, où l’on agresse et l’on assassine des enfants et des citoyens parce qu’ils sont «juifs»? Comment de jeunes Français convertis à l’islam en sont-ils arrivés à adhérer à l’islamisme radical et à des groupes barbares et sanguinaires? Comment ont-ils pu partir faire le «djihad» dans des pays en guerre et revenir pour apporter la terreur dans notre pays et dans d’autres pays démocratiques? Répondre à de telles questions n’implique pas seulement de comprendre les situations et la psychologie particulières des «djihadistes» ou de les envisager seulement comme de simples mécanismes sectaires, mais de réexaminer la façon dont depuis des années on a laissé se développer un islam fondamentaliste qui, s’il ne se confond pas avec le terrorisme, n’en a pas moins été souvent le terreau premier des tueurs en question? Ce qui implique d’aborder clairement le délicat problème du financement des mosquées et des imans prêchant un islam intégriste et liés à des pays avec qui nous entretenons de bonnes relations il en va de même pour les discours de haine et l’antisémitisme qui se déploient quotidiennement sur les réseaux sociaux. Ces questions concernent tous les citoyens, en même temps que nos compatriotes musulmans et leurs représentants ont un rôle décisif à jouer pour que domine en France et dans l’Union européenne un islam qui s’intègre à l’héritage des Lumières et à notre modèle républicain.(…) Les événements tragiques que connaît notre pays sont une cruelle épreuve du retour de la réalité après des années de déni ou d’édulcoration de phénomènes comme la montée du communautarisme et de l’intégrisme, les nouvelles formes de banditisme, le développement de l’antisémitisme et de l’islamisme radical…, dont les acteurs de terrain ont une conscience aigüe depuis longtemps. Les travailleurs sociaux dans les quartiers, les enseignants dans des classes difficiles, les magistrats, les policiers et les gendarmes, les services de renseignements… n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics. On n’en a pas moins laissé s’accumuler les tensions et les points de fractures en les recouvrant d’une langue de bois sociologisante, de rapports et d’«outils» d’évaluation en tout genre qui se sont montrés globalement impuissants à contrer ces phénomènes délétères.. (…) Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de manifester une compassion envers les victimes et leur rendre hommage, mais d’affirmer avec force ce à quoi nous tenons dans notre héritage politique et culturel, français et européen. Jean-Pierre Le Goff
Je le confesse, je ne me suis pas rendu dimanche à la grand-messe républicaine. Je ne jette pas la pierre sur ceux qui s’y sont rendus, je ne veux pas jouer les empêcheurs de marcher en rond, mais je ne marche pas. Je n’ai jamais marché au pas cadencé des pyromanes qui pleurent après l’incendie. La nécessaire compassion pour les victimes devient hypocrite et même contre-productive si l’on n’a pas le courage élémentaire de donner le nom de leurs assassins. La régression politique et intellectuelle à laquelle on a assisté au cours de cette semaine infernale est désespérante. Aux prêcheurs de haine , on a répondu par le prêchi-prêcha du tous ensemble. Même le mot «islamiste» aura été soigneusement proscrit pour cause de substantif amalgamant. Surtout pas d’amalgame! Mantra stupide et incapacitant quand on voit la manière impeccable avec laquelle, tous partis réunis, les Français ont réagi à l’égard de cette grande majorité de musulmans pacifiques. Est-ce si difficile de pointer du doigt l’islam radical, bourreau de l’islam pacifique, mais dont le nombre de partisans et de sympathisants n’a rien de négligeable dans nos banlieues surarmées? Quel niais n’aurait osé incriminer le nazisme de peur d’être taxé de raciste anti-allemand? Était- ce si difficile d’appeler à manifester contre le terrorisme islamiste et ses victimes en France, mais aussi dans le monde? Pour la liberté d’expression en France mais aussi pour les chrétiens accusés de blasphème en Turquie, dans les pays arabes, en Afrique ou au Pakistan? Ils ne m’ont pas fait marcher. J’ai trop l’expérience de ces manifestation monstres contre le racisme, l’antisémitisme et le terrorisme dont les Français, juifs ou non, auront été les dupes. Après Copernic et la rue des Rosiers ou l’idéologie faussement antiraciste a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de braves gens contre l’extrême droite, alors que la radicalité islamique était déjà à la manoeuvre. Après l’assassinat d’Ilan Halimi , où, alors que peu de politiques s’étaient déplacés, Philippe de Villiers, fils de résistant et irréprochable sur le sujet, s’était fait expulser du cortège par un petit chefaillon de SOS-Racisme. Je ne l’ai pas oublié. C’est plus fort qu’eux. Marcher sur leurs propres principes. Célébrer la liberté d’expression alors qu’il n’y a pas 15 jours, ils exigeaient la mort civile par le baillon de ces salauds de «pessimistes» qui ont eu le tort d’avoir raison. Chanter l’union nationale, mais décréter, sans doute au nom de leur incompétence avérée, de leur immoralité démontrée, que tel parti n’était pas digne d’en faire partie. Dès lors, qu’ a contrario, la présence de tous les autres était légitimée, il n’était plus question pour moi de défiler à côté des maires communistes de Bezons ou d’ Aubervilliers qui ont fait citoyen d’honneur de leur ville des tueurs palestiniens de juifs. À côté du maire Vert d’un arrondissement parisien, présent lors de cette manifestation de juillet où on a crié «mort aux juifs»! et arboré les drapeaux terroristes du Hamas et du Hezbollah. De croiser peut-être les Indigènes de la République et l’UOIF qui traitaient Charlie hebdo et mon cher Charb d’islamophobe. De marcher à côté des rappeurs de «La Marche», qui qualifiaient Charlie hebdo de salaud, de crier «Je suis Charlie»! à côté de Guy Bedos qui souhaitait au lendemain des caricatures du prophète, dans les colonnes de Var Matin ,que ceux de Charlie hebdo «crèvent». Au passage, je n’ose imaginer la réaction de nos vétilleuses consciences , si, par hypothèse absurde, un homme de droite avait formulé un voeu aussi funestement prémonitoire. Peut-être l’auraient ils piétiné avec leurs gros sabots. Demain, quand les derniers martyrs de la barbarie islamiste reposeront dedans la terre froide, la France se réveillera avec la gueule de bois des lendemains d’ivresse. Avec les mêmes problèmes d’intégration, d’islamisation, d’immigration forcée. Avec un antisémitisme et un antisionisme pathologiques qui viennent encore de frapper durement et qui commencent tellement à se banaliser, qu’il aura fallu 24 heures pour connaître le nom de leurs nouvelles victimes. Avec le retour des mêmes belles âmes lacrymales qui empêcheront l’État-nation de fourbir ses armes, en matière de sécurité , de renseignement et de respect des lois républicaines sur les flux migratoires. Avec de nouveaux Kouachi prêts à assassiner de nouveaux Charlie, de nouveaux flics ou à nouveau des juifs. Avec les tenants médiatiques et politique de cette idéologie qui traitaient dédaigneusement ceux qui osaient suggérer que l’immigration n’est pas une chance pour la France, l’intégration à la française un échec cuisant, l’antisémitisme et la christianophobie islamique un racisme barbare, l’insécurité grandissante, une terrible évidence … Gilles William Goldnadel
For many years we’ve sort of apologized for everything. About the fact that we are here, about the fact that this has been our land for 3,800 years, about the fact that we defend ourselves against Hamas, against Hezbollah.”It’s time we raise our heads and say, ‘We’re here to stay, we’re proud of it, and we’re no longer apologetic. (…) The latest conflict in Gaza was a real earthquake for Israelis. For 50 days we were incurring missiles, and they just went on and on from the very place where we did pull back to the ’67 lines. We did expel all the Jews. We did everything according to the book. The expectation might have been, we’ll get applause from the world—‘you’re OK; it’s they who are attacking you’—but what happened was the opposite. The world got angry at us for defending ourselves. (…) So why would I follow the bad model,  instead of strengthening the good model? Judea and Samaria is imperfect, but it’s working. More Israelis and Palestinians are shopping together. Driving on the same roads. Working together. It’s not ideal there. But it’s working. People get up, go to work in the morning, come home alive. (…) They had all the opportunity in the world to build the Singapore of Gaza. They chose to turn it into Afghanistan. The truth is that no one has a good solution for what’s going on. We have to figure out what we do over the next several decades. Trying to apply a Western full-fledged solution to a problem that is not solvable right now will bring us from an OK situation to a disastrous situation. So the first rule is, do no harm, which is the opposite of the Oslo process. (…) We go along with this vision that is impractical, and then, we are surprised why the world is angry with us for not fulfilling that vision. You can’t say, ‘I support a Palestinian state’ and then not execute according to that. I think people appreciate honesty. If your vision is dividing Israel, then it makes no sense in building somewhere that’s not going to be part of Israel. “If your vision is that you’re not going to divide Jerusalem, then it makes all the sense in the world to build there. Because anyway it’s yours. I’ll just remind you, there was an endless series of cease-fires with Hamas. “And I thought it was a profound mistake to talk to Hamas down in Egypt. You don’t talk to terror organizations! We go in, do what we want to do, get out; if we need to hit them hard we keep it short and keep it very intense. Why do we talk to them? I don’t believe in regime change, certainly not in the Middle East,” he says. “When I look at the whole arena it’s always the law of unintended consequences works. Look at Syria, look at Egypt. If you ask me how to deal with everything, and it applies here also, it’s effectively deterrence—meaning don’t mess with Israel—it’s having a strong military with a tenfold edge on all of our enemies; it’s having a powerful economy; and strengthening our Jewish character. And not giving up land anymore. If we apply these principles we’ll be fine everywhere. Iran’s goal is not to acquire a nuclear weapon today,” he says. “Its goal is to acquire a nuclear weapon tomorrow. So to say that we are postponing the breakout is not the issue. The issue is, do they have a machine that can break out within a relatively short time frame. Roughly 20,000 centrifuges can produce enough nuclear material for a bomb within about four or five weeks. That’s not enough time for the West to identify a breakout. To create a coalition and act, you need about two years. What we need is for the whole machine to be dismantled, not for them to press the pause button. All this will flow over very quickly to the free world. Anyone who thinks—and I’m talking especially about Europe—that if you sell Israel you buy peace and quiet in Madrid and Paris, they’ve got it all wrong. Israel is the bastion against radical Islam hitting Paris, Madrid and London. Naftali Bennett
 Mr. Bennett, however, is making a deeper point. It isn’t only the land-for-peace formula that has failed Israel. The other failure is what one might call land-for-love: the notion that, even if ceding territory doesn’t lead to peace, it will nonetheless help Israel gain the world’s goodwill, and therefore diplomatic and strategic leverage. Instead, after 20 years of seeking peace and giving up land, Israel’s diplomatic isolation has only deepened. And, as he points out, it has deepened over disputes connected to Gaza—from which Israel withdrew—and not the West Bank, where Israel largely remains. Bret Stephens

Bastia a dit la vérité, il doit être exécuté !

Au lendemain de la grand messe d’hier …

Contre un danger, aux côtés d’un Mahmoud Abbas qui appelait récemment ses compatriotes à empêcher les juifs de « souiller » le Mont du Temple (pardon: l’Esplanade des mosquées) et de représentants des financiers du terrorisme qatari et saoudien, qu’à l’instar du prétendu leader du Monde libre qui, lui, brillera par son absence, l’on continue à refuser de nommer …

Et où, reprenant à son compte l’idée d’une manif pour tous contre laquelle il avait tant bataillé, un gouvernement complètement discrédité tentait explicitement de se refaire une santé sur le sang des 17 victimes des djiahdistes de la semaine dernière …

Nombre de nos compatriotes, armés de leurs seules bougies, pétitions et bons sentiments mais sans pour une fois la bannière noire de l’Etat islamique qui avait fait fureur l’été dernier, tentaient de se rassurer …

Pendant qu’au Nigéria, la religion d’amour et de paix accroche des bombes à des fillettes de dix ans ou massacre des civils par milliers …

Comment ne pas s’être réjoui de cette vraie démonstration de courage d’un groupe certes anonyme de supporters bastiais …

Juste avant leur brillante et écrasante victoire (4-2, s’il vous plait !) …

Sur un club parisien justement financé par les mêmes Qataris qui financent les commanditaires des assassins de la semaine dernière ?

Mais surtout comment ne pas être inquiet devant les ô combien significatifs tollé et menaces de poursuites qu’a soulevé ce rare et rafraichissant accès de franchise au pays des lois mémorielles et de la 17e chambre ?

Le gros bug du PSG
Un temps leader virtuel de la L1, le fébrile club parisien a encaissé quatre buts à Bastia.
Le JDD

10 janvier 2015

Même à distance, Nasser Al-Khelaïfi est en colère. Le président du PSG n’a pas vécu la lourde défaite de son équipe à Bastia (4-2), car il est à Doha ce samedi où, en tant que patron de la fédération qatarienne de tennis, il vient de remettre le trophée du tournoi à David Ferrer, vainqueur de Tomas Berdych.

À Furiani, grâce à Lucas et Rabiot, le PSG a pourtant mené 2-0 au bout de seulement 20 minutes. Avant de se faire rejoindre avant la pause et de concéder deux buts improbables signés du latéral Julian Palmieri en seconde période. Le club parisien, qui avait l’occasion de prendre la tête du classement ce samedi, n’a pas profité de la défaite, la veille, de l’OM à Montpellier (1-2). Le double champion en titre est donc loin d’être guéri de ses maux. Il n’a, en tout cas, pas confirmé les bonnes résolutions affichées en Coupe de France à Montpellier (3-0), lundi dernier, apparaissant toujours aussi fébrile notamment en défense.

Cette deuxième défaite de la saison en L1 est un gros bug. Un peu plus tôt, comme sur tous les terrains de France, les joueurs et le public avaient respecté une minute de silence en mémoire des attentats terroristes. Et le fameux « Je suis Charlie » était présent sur le site officiel du PSG pour annoncer l’hommage. Mais, bizarrement, pas dans les huit langues dans lesquelles le site est décliné : aucune trace du rectangle noir dans les versions indonésienne et arabe. Le PSG, détenu par le Qatar, aurait-il ciblé son message en fonction des populations auxquelles il s’adresse? Absolument pas, assure le club, en rappelant que le slogan était présent sur tous ses sites jeudi, à l’heure de la minute de silence. Sa disparition s’expliquerait « par les mises à jour » apportées depuis. Exemple de la bonne foi : l’interview de Gregory van der Wiel, en home des versions arabe et indonésienne, évoque clairement les attentats.

Voir aussi:

La banderole anti-Qatar fait réagir
R.F.

Le Parisien

12 Janv. 2015

« Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme ». La banderole déployée lors de Bastia – PSG, samedi, dans un virage du stade Armand-Cesari, n’a laissé personne insensible. Dans leur rapport complémentaire, les délégués de la Ligue de football professionnel (LFP) présents sur place ont mentionné cet élément en précisant que la banderole, scindée en trois parties, avait été installée pendant près de six minutes.

Visible notamment pendant la minute de silence dédiée aux victimes des terroristes jihadistes, elle a ensuite été retirée, non pas par les stewards du club mais par les spectateurs. Quant aux caméras de vidéosurveillance, elles fonctionnaient mais n’enregistraient aucune image, selon une source proche de la LFP. Difficile donc d’identifier, le cas échéant, des responsables. S’estimant diffamé, le PSG envisage de porter plainte dans la semaine. Dans le même temps, la Ligue de football devrait se saisir du dossier.

Voir encore:

Bastia – PSG : la banderole qui lie le Qatar au terrorisme…

Nicolas Lagavardan

Maxi foot

 le 11/01/2015

Des supporters de Bastia se sont fait remarquer samedi, en déployant une banderole accusant le Qatar de financer le terrorisme, liant ainsi le propriétaire du PSG aux attentats survenus en France cette semaine… Bastia – PSG : la banderole qui lie le Qatar au terrorisme… La banderole déployée à Furiani Alors que l’émotion est encore très vive après l’attentat qui a visé le journal Charlie Hebdo et les évènements qui s’en sont suivis, des supporters bastiais ont profité de la réception du PSG pour passer un message samedi à Furiani. A la veille des grands rassemblements prévus ce dimanche partout en France, ils ont manifesté un point de vue qui risque de faire couler beaucoup d’encore. «Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme» , était écrit sur la banderole déployée durant les dix minutes qui ont précédé le match, et donc pendant la minute de silence (qui a été parfaitement respectée par tout un stade) en hommage aux 17 victimes des terroristes qui seraient donc selon ces supporters bastiais, à ranger dans le même camp que le propriétaire du club parisien. Le PSG saisit la LFP Le PSG a demandé à la LFP de s’emparer du dossier, a indiqué Canal+ à l’issue de la rencontre. Celui-ci devrait être examiné jeudi lors de la prochaine réunion de la Commission de discipline. Le club corse risque une lourde amende. Interrogé sur le sujet, le président du club corse Pierre-Marie Geronimi ne semblait pas plus choqué que cela. Geronimi ne veut pas polémiquer «On n’est pas là pour polémiquer. On fait en sorte que la politique reste aux portes du stade. Elle est rentrée par morceaux, mais il y a des banderoles bien plus grandes qui sont rentrées dans des stades beaucoup plus grands» , a-t-il réagi, faisant apparemment référence à la banderole anti-Ch’tis déployée par des Parisiens au Stade de France il y a quelques années. «Si une demande et un rapport ont été rédigés (à l’initiative du PSG), alors nous le ferons aussi» , a-t-il ajouté. L’affaire ne devrait pas en rester là.

Que vous inspire la banderole déployée à Furiani ? Pour en débattre, rendez-vous ci-dessous dans l’espace «Publiez un commentaire» …

Voir également:

Charlie Hebdo : le Maroc, le Qatar et l’Arabie saoudite s’en tiennent à un soutien discret
Georges Malbrunot

Le Figaro
11/01/2015

Présent à Paris, le ministre des Affaires étrangères marocain n’a pas participé à la marche républicaine dimanche, alors que l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang.

Contrairement à leurs voisins des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de la Tunisie notamment, l’Arabie saoudite et le Qatar n’étaient représentés dimanche que par un dignitaire de second rang: un frère de l’émir Cheikh Tamin Ben Hamad al-Thani pour Doha ; et par Nizar al-Madani, le numéro deux de la diplomatie de Riyad. Le Qatar et l’Arabie saoudite sont pourtant des partenaires très actifs de Paris sur de nombreux dossiers diplomatiques, qu’il s’agisse de la révolte en Syrie, pour chasser Bachar el-Assad du pouvoir, ou du nucléaire iranien, pour stopper la marche de Téhéran vers la bombe.

Le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Salaheddine Mezouar, a présenté ses condoléances dimanche matin à l’Élysée, mais il n’a pas participé à la marche «en raison de la présence de caricatures blasphématoires», a indiqué une source officielle.

Le ministre émirien des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah Ben Zayed avait, lui, dès samedi, annoncé sa participation. Les Émirats, la monarchie du Golfe la plus hostile aux islamistes, ont été le théâtre il y a un mois de l’assassinat d’une Américaine dans un centre commercial d’Abu Dhabi par une femme voilée.

Pour les Qatariens et les Saoudiens, en revanche, «c’est l’affaire des caricatures qui est au centre des récriminations contre la France, explique un expert français du Golfe. La majorité de la population est farouchement wahhabite, c’est-à-dire partisane d’un islam ultrarigoriste qui ne peut tolérer qu’on insulte le prophète. Il était donc difficile pour leurs dirigeants de s’afficher à Paris».

Le Hezbollah chiite condamne
Certes, leurs leaders ont condamné ces actes de terrorisme, la presse officielle ou proche, comme le quotidien Ashark al-Awsat, dénonçant «l’horreur» de telles attaques. Dans le même temps, la justice saoudienne a condamné un blogueur à dix ans de prison et à 1 000 coups de fouets pour avoir «insulté l’islam», au grand dam des organisations des droits de l’homme. Le blogueur Raif Badawi a reçu ses 50 premiers coups de fouets vendredi, devant une foule de fidèles rassemblés devant une mosquée de Djedda, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, les 950 autres s’étaleront sur 19 semaines.

Dans ces pays, mais pas seulement, la presse généralement proche du pouvoir a dénoncé le «climat d’islamophobie» dont seraient «victimes» les musulmans français, ainsi que les ratés de leur intégration. Ce fut le cas au Liban du quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah. Pourtant, Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite pro-iranien considéré par la France et l’Union européenne comme une organisation terroriste, a clairement condamné la tragédie de Paris. «À travers leurs actes immondes, violents et inhumains, ces groupes ont porté atteinte au Prophète et aux musulmans plus que ne l’ont fait leurs ennemis, plus que les livres, les films et les caricatures ayant injurié le Prophète.» Une remarque qui ne surprend qu’à moitié, venant d’un mouvement viscéralement hostile à l’islam radical sunnite que les combattants du Hezbollah affrontent en Syrie pour défendre Bachar el-Assad. Comme si les grilles de lecture traditionnelles étaient brouillées par le fossé qui s’est creusé à l’intérieur de l’islam entre ses branches sunnite et chiite. Même quand il s’agit d’actes de violences contre l’Occident.

Voir encore:

Marche républicaine : la manif pour tous
J’ai défilé avec mes adversaires
Pascal Bories

Causeur

12 janvier 2015
Evidemment, c’était un peu n’importe quoi. Comme la plupart des gens sensés que je connais, je ne voulais pas être dupe, on n’allait pas me la faire, à moi. C’était trop gros, le coup de la « marche républicaine », avec son logo « La France est Charlie », comme si tout le pays était abonné au fanzine salace de Charb et Cabu. Comme si j’avais seulement pu être pote avec Tignous, dont je n’avais même jamais entendu parler. Et pourtant, j’y suis allé.

Le matin, ma belle-mère m’avait confié au téléphone : « Le problème, c’est qu’on va marcher avec des cons. » Ne sachant pas – et ne tenant pas forcément à savoir – de quels « cons » elle parlait, je lui avais répondu : « Justement, c’est l’idée, tant qu’on arrive à marcher en compagnie de gens avec qui on n’est pas du tout d’accord, on n’est pas morts. » Elle avait acquiescé. Puis je l’avais rassurée parce qu’elle s’inquiétait un peu, quand même.

Il était évident que pas mal de gens défendraient ce jour-là une « liberté d’expression » qu’ils combattaient à longueur d’année en l’appelant « islamophobie ». Que les champions de la repentance et de l’excuse universelle se transformeraient pour une heure en patriotes cocardiers. Que les mêmes qui scandaient avant-hier « un flic, une balle » viendraient applaudir cet après-midi nos gendarmes et policiers. Et alors ? C’était exactement la raison que j’avais trouvée de ne pas me défiler.

J’avais vu juste : sur le boulevard Richard Lenoir, où j’ai croisé Clémentine Autain qui rattrapait Jean-Luc Mélenchon, quelques panneaux aussi déplacés qu’isolés appelaient à la « dissolution des charlots du FN », à la « solidarité avec Gaza » ou à lutter contre les « fascismes nationalistes ». On est en France, en 2015, et 17 morts sous les balles de terroristes islamistes ne suffisent pas encore à ramener tout le monde à la raison.

Mais ils n’étaient qu’une poignée, quelques-uns par ci par là, à ne pas jouer le jeu de bon cœur. A savoir : accepter d’être ensemble, pas forcément pour les mêmes raisons, mais en essayant de laisser au vestiaire tout ce qui nous oppose les uns aux autres. Finalement, l’immense majorité d’entre nous était venue assurer un service minimum : « Nous sommes unis », « ensemble », « contre le terrorisme »… Un pour tous, tous pour un.

Tous les « je suis » ne faisaient qu’un : « Charlie », « juif », « flic »… La marche républicaine du 11 janvier 2015 n’était pas la énième manif pour les droits des uns ou des autres. En réalité, c’était la première manif pour tous. Dieu sait combien d’énergie j’ai dépensé pour m’opposer au « mariage pour tous », quelle guerre j’ai mené à ce titre sur le terrain des idées. Voilà pourquoi, ce dimanche, j’ai aimé plus que tout battre le pavé avec ceux qui me désignaient comme leur adversaire.

Sur ces boulevards bondés, combien de personnes m’avaient caricaturé, insulté, stigmatisé ? Combien avaient moqué mes valeurs, brocardé mes idées, vomi tout ce que je représentais à leurs yeux ? Une année entière, nous nous étions affrontés autour du projet de loi Taubira, et de ses conséquences dont je savais qu’elles seraient tragiques. Aujourd’hui, ils étaient là, ils me souriaient et s’excusaient lorsqu’on se bousculait. On pouvait vivre ensemble et se respecter, l’essentiel était sauvé.

Dès la fin d’après-midi, toutes les chaînes de télévision diffusaient une superproduction inédite : de magnifiques images aériennes de foules innombrables, agglutinées dans toutes les rues de France. A la Bastille, des drapeaux tricolores flottaient dans un ciel rose alors que retentissait la Marseillaise. Place de la Nation, on s’exclamait en boucle : « Vive la France ! » Il y avait un monde fou, partout, et un cœur accroché à la colonne de Juillet. La foule s’applaudissait, on se parlait entre inconnus.

Alors bien sûr, ce tableau idyllique n’était qu’un vernis. Ce dimanche, tout le monde disait « Je suis Charlie » mais personne n’allait dans la même direction. N’empêche : c’est bien la France, sa devise, son drapeau et son hymne national qui étaient célébrés dans tout le pays. Et ça, rien ne nous l’enlèvera, n’en déplaise aux derniers dinosaures de l’incitation à la haine de soi. Nous sommes différents, nous ne sommes pas d’accord, nous sommes Français.

Voir de plus:

 Ah bon ? Y a un problème avec le Qatar ?
Régis Soubrouillard
Marianne
12 Janvier 2015
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Invités sur RTL et France inter ce matin, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius, interrogés sur le financement terroriste opéré par l’allié qatari, ont chacun récusé ces accusations. Sur ce plan-là, rien n’a changé, l’hypocrisie et le mensonge demeurent la règle.

L’union nationale de nos politiques a atteint ce matin un point inattendu. C’est sur le Qatar que Nicolas Sarkozy sur RTL et Laurent Fabius, sur France inter sont tombés d’accord. L’ancien président de la République et l’actuel ministre des Affaires étrangères ont chacun défendu la pétromonarchie comme un seul homme.

Nicolas Sarkozy réagissait notamment au déploiement d’une banderole lors du match Bastia-PSG : « Le Qatar finance le PSG…et le terrorisme ». Une accusation déplacée selon Nicolas Sarkozy : « Le Qatar est un pays ami de la France. Pas depuis moi, c’est François Mitterrand ». « Vous croyez, a-t-il poursuivi, que François Mitterrand, Jacques Chirac, moi-même hier, François Hollande aujourd’hui, on aurait cette politique d’amitié avec le Qatar si nous pensions que le Qatar, c’était uniquement le financeur du terrorisme ? ».

C’est bien ça le problème. Habitué des tribunes VIP du PSG, et copain avec toutes les têtes fortunées et enturbannées de l’émirat, Nicolas Sarkozy fait régulièrement des conférences grassement rémunérées dans le pays. La dernière datant de décembre 2014.  On notera que Jean Michel Aphatie, grand donneur de leçon de journalisme, s’est d’ailleurs bien gardé de rappeler les « ménages » que l’ex-président fait régulièrement au Qatar. Ou de l’interroger sur le livre de Vanessa Ratignier et Pierre Péan, Une France sous influence, qui raconte par le menu comment Sarkozy a participé à faire du Qatar une puissance incontournable du Moyen-Orient.

De son côté, Laurent Fabius a été interpellé par un auditeur qui demandait au ministre des Affaires étrangères s’il ne fallait pas changer de diplomatie à l’égard du Qatar, soupçonné de financer le terrorisme. Dans cette période salutaire, où la plupart de nos représentants promettent d’aborder les « vrais problèmes », Fabius a déjà fait une exception. Notre ministre a en effet pris sa voix la plus grave : « C’est une accusation qui est revenue souvent. Nous avons effectué les vérifications nécessaires, par tous les services. Et cette accusation, pour la période depuis laquelle nous sommes au gouvernement, est infondée ». Laurent Fabius a même répété deux fois son affirmation pour bien la faire rentrer dans la tête des auditeurs éventuellement pas convaincus.

Il faut croire que le responsable du quai d’Orsay n’a pas les mêmes renseignements que… nos services de renseignements ! En juin 2012, le Canard enchaîné citait une note de la Direction du renseignement militaire français (DRM) qui décrivait précisément les financements terroristes opérés par l’émirat. « Selon les renseignements recueillis par la DRM, les insurgés touareg du MNLA (indépendantistes et laïcs), les mouvements Ançar Dine, Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) et le Mujao (djihad en Afrique de l’Ouest) ont reçu une aide en dollars du Qatar ». « Les officiers de la DRM affirment, eux, que la générosité du Qatar est sans pareille et qu’il ne s’est pas contenté d’aider financièrement, parfois en leur livrant des armes, les révolutionnaires de Tunisie, d’Egypte ou de Libye », ajoutait l’hebdomadaire.

Le rapport venait corroborer une première note diffusée en mars par la DGSE qui précisait les financements de mouvements djihadistes dans le Nord du Mali. Plus récemment, en juin 2014, le site de défense américain Jane’s publiait une photo  d’avions de transports militaires qataris posés sur un aéroport contrôlé par des milices djihadistes libyennes. Dans son numéro daté du 28 novembre  dernier, Marianne évoquait aussi le rôle trouble du Qatar en Libye.

Certes, si le Qatar a revu récemment sa politique de financement tous azimuts des mouvements islamistes, c’est surtout que l’émirat a pris conscience des risques que son soutien aux Frères musulmans lui faisait courir. Par ailleurs, l’influence régionale de l’émirat pétrolier a largement diminué au profit de l’Arabie saoudite et Doha n’a pas pu résister aux multiples pressions notamment américaines et saoudiennes qui lui commandaient de mettre un terme à sa diplomatie du « double jeu ».

Evidemment, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius n’ignorent rien de tout cela mais impossible, pour eux, de jouer franc jeu : l’un assure ses fins de mois dans l’émirat, l’autre connaît trop bien le soutien historique que la pétromonarchie assure à la France sur le plan régional et accessoirement espère toujours, entre deux investissements en France, que le généreux émirat commandera quelques avions Rafale. Sur ce plan-là, rien n’a encore changé. L’hypocrisie et le mensonge demeurent donc la règle…

Voir par ailleurs:

How Qatar is funding the rise of Islamist extremists
The fabulously wealthy Gulf state, which owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East, is a prime sponsor of violent Islamists
David Blair and Richard Spencer
The Telegraph

20 Sep 2014
Few outsiders have noticed, but radical Islamists now control Libya’s capital. These militias stormed Tripoli last month, forcing the official government to flee and hastening the country’s collapse into a failed state.
Moreover, the new overlords of Tripoli are allies of Ansar al-Sharia, a brutal jihadist movement suspected of killing America’s then ambassador to Libya, Christopher Stevens, and of trying to murder his British counterpart, Sir Dominic Asquith.

Barely three years after Britain helped to free Libya from Col Gaddafi’s tyranny, anti-Western radicals hold sway. How could Britain’s goal of a stable and friendly Libya have been thwarted so completely?
Step forward a fabulously wealthy Gulf state that owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East.

Qatar, the owner of Harrods, has dispatched cargo planes laden with weapons to the victorious Islamist coalition, styling itself « Libya Dawn ».

Western officials have tracked the Qatari arms flights as they land in the city of Misrata, about 100 miles east of Tripoli, where the Islamist militias have their stronghold. Even after the fall of the capital and the removal of Libya’s government, Qatar is « still flying in weapons straight to Misrata airport », said a senior Western official.

So it is that Qatar buys London property while working against British interests in Libya and arming friends of the jihadists who tried to kill one of our ambassadors. A state that partly owns 1 Hyde Park, London’s most expensive apartment block, and the Shard, the city’s tallest building, is working with people who would gladly destroy Western society.

The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts.

Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March.

Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world.

But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian.

He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage.

Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre.

Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year.

Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri.

Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups.

Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy.

But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire.

Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.

A Foreign Office spokesman insisted there was no such risk, saying: « We encourage further progress to prevent terrorist financing from individuals in the [Gulf] region. We have honest and robust conversations with all our Gulf partners on these issues, including Qatar. »

One diplomat from a country in the Middle East said Jabhat al-Nusra had been a beneficiary of Qatar’s help for a period last year. « They are partly responsible for Jabhat al-Nusra having money and weapons and everything they need, » said the diplomat.

There was no evidence of Qatar’s largesse going directly to Isil, he added, but this could have taken place by accident rather than design. « I don’t think they have any intention to support Isil, but it’s a fact they did support Jabhat al-Nusra. And some people moved from Jabhat al-Nusra and went over to Isil and they took their weaponry with them, » added the diplomat.

Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani.

In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria.

Experts question how much control Qatar has over this process and whether the middlemen might be pursuing their own aims and pocketing much of the money.

« Qatar was handling weapons and supplies for Syria, but they were never really keeping a full grip on the nature of the conflict, » said Michael Stephens, the deputy director of the Royal United Services Institute’s office in Qatar. Others believe that Qatar was acting very deliberately.

Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said.

Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government.

On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said.

The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012.

As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region.

Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon.

But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.

« There are people around the Gulf who are supporting people who are grotesque in their values and seem incapable of translating it into their minds how grotesque it is. »

Voir enfin:

Israel’s Minister Without Apologies
A rising conservative star says the old formulas for pursuing peace with the Palestinians are obsolete. The two-state solution? Not anytime soon.
Bret Stephens
WSJ
Jan. 9, 2015
Tel Aviv

It’s election season in Israel, and so far the most talked-about campaign ad features an Orthodox politician in an unorthodox role. In a YouTube video that quickly went viral, Naftali Bennett plays a fashionably bearded Tel Aviv hipster with a compulsion to say sorry—especially when he’s the one being wronged.

A waitress spills coffee on him: He begs her forgiveness. His car gets rear-ended: He steps out to tell the offending driver how sorry he is. He sits on a park bench and reads an editorial in a left-wing newspaper calling on Israel to apologize to Turkey for the 2010 flotilla incident, in which nine pro-Palestinian militants were killed aboard a ship after violently assaulting Israeli naval commandos. “They’re right!” he says of the editorial.

At last the fake beard comes off and the clean-shaven Mr. Bennett, who in real life is Israel’s minister of economy and heads the nationalist Jewish Home Party (in Hebrew, Habayit Hayehudi), looks at the camera and says: “Starting today, we stop apologizing. Join Habayit Hayehudi today.”

***
“For many years we’ve sort of apologized for everything,” Mr. Bennett explains in his Tel Aviv office. “About the fact that we are here, about the fact that this has been our land for 3,800 years, about the fact that we defend ourselves against Hamas, against Hezbollah.” It’s time, he says, “we raise our heads and say, ‘We’re here to stay, we’re proud of it, and we’re no longer apologetic.’ ”

The message has proved a potent one for the 42-year-old newbie politician, who only became a member of the Israeli Knesset in 2013 and immediately took a major ministerial post. The next parliamentary election doesn’t take place until March 17, which is a double eternity in Israeli politics. But Jewish Home is polling well, and Mr. Bennett is being talked about as a likely foreign or finance minister in the next coalition government, assuming it’s still led by Prime Minister Benjamin Netanyahu of the Likud Party.

Should a Likud-Jewish Home government form, it could represent a tectonic shift in Israeli politics. For 25 years, between Israel’s capture of the West Bank and Gaza Strip in the 1967 Six Day War and the 1992 election of Prime Minister Yitzhak Rabin, every Israeli government had categorically rejected the idea of a Palestinian state. Then came the 1993 Oslo Accords with the Palestinians, after which Israeli governments of both the left and right, including Mr. Netanyahu’s, effectively committed Israel to the two-state solution.

Now the wheel is turning again. “The latest conflict in Gaza was a real earthquake for Israelis,” says Mr. Bennett, referring to last summer’s war.

“For 50 days we were incurring missiles, and they just went on and on from the very place where we did pull back to the ’67 lines. We did expel all the Jews. We did everything according to the book. The expectation might have been, we’ll get applause from the world—‘you’re OK; it’s they who are attacking you’—but what happened was the opposite. The world got angry at us for defending ourselves.”

For decades, “land-for-peace” has been the diplomatically accepted equation for solving the Israeli-Arab conflict. Experience has shown Israelis that it doesn’t always work as anticipated. Peace with Egypt, achieved after Israel agreed to return the conquered Sinai Peninsula, has proved durable. But Israel also withdrew all of its forces and settlers from the Gaza Strip in 2005, and what it got was a haven for Hamas, which used it to fire thousands of rockets at Israel. Doing likewise in the West Bank seems to many Israelis a surefire way of achieving the same result over a larger territorial scale.

Mr. Bennett, however, is making a deeper point. It isn’t only the land-for-peace formula that has failed Israel. The other failure is what one might call land-for-love: the notion that, even if ceding territory doesn’t lead to peace, it will nonetheless help Israel gain the world’s goodwill, and therefore diplomatic and strategic leverage. Instead, after 20 years of seeking peace and giving up land, Israel’s diplomatic isolation has only deepened. And, as he points out, it has deepened over disputes connected to Gaza—from which Israel withdrew—and not the West Bank, where Israel largely remains.

“So why would I follow the bad model,” Mr. Bennett asks, “instead of strengthening the good model?”

The “good model,” in Mr. Bennett’s view, is some version of the current arrangement in the West Bank, or what he calls, per official Israeli (and ancient Biblical) usage, Judea and Samaria.

“Judea and Samaria is imperfect,” he allows, “but it’s working. More Israelis and Palestinians are shopping together. Driving on the same roads. Working together. It’s not ideal there. But it’s working. People get up, go to work in the morning, come home alive.”

That’s a depiction that critics of Israeli policy would furiously contest, claiming that current policy gives Jewish settlers privileged access to the land while consigning nearly two million Palestinians to Bantustan-like enclaves. That, they say, risks transforming Israel from a democracy into an ethnocracy and guaranteeing international pariah status.

Mr. Bennett’s answer is that it’s the Palestinians who bear the blame for proving themselves unworthy of statehood. “They had all the opportunity in the world to build the Singapore of Gaza, he says. “They chose to turn it into Afghanistan.” He also believes that it’s better to find ways to make the best of a difficult situation than try to reach for a solution that is destined for failure. He wants a “Marshall Plan” to improve the Palestinian economy, “autonomy on steroids” for Palestinian politics—but no more.

“The truth is that no one has a good solution for what’s going on,” he says. “We have to figure out what we do over the next several decades. Trying to apply a Western full-fledged solution to a problem that is not solvable right now will bring us from an OK situation to a disastrous situation. So the first rule is, do no harm, which is the opposite of the Oslo process.”

Worse, he adds, is that successive Israeli leaders have felt obliged to go along with a commitment to a two-state solution, even as few of them believe it’s possible to achieve, at least with the current generation of Palestinians. As a result, he suggests, Israeli leaders can fairly be accused of insincerity.

“We go along with this vision that is impractical, and then, we are surprised why the world is angry with us for not fulfilling that vision. You can’t say, ‘I support a Palestinian state’ and then not execute according to that. I think people appreciate honesty.”

***
The comment is a not-too-subtle dig at Mr. Netanyahu, who formally embraced the idea of a Palestinian state in a landmark 2009 speech. Mr. Bennett was once the prime minister’s protégé, and served as his chief-of-staff when Mr. Netanyahu was in the political opposition. But the relationship soured as Mr. Bennett went on to become director-general of the Yesha Council, the umbrella group for Israeli settlers, and became even more embittered when Mr. Netanyahu agreed in 2010 to a 10-month settlement freeze. Over the past year relations between the two men have alternated between threats by the prime minister to fire Mr. Bennett and threats from Mr. Bennett to quit the coalition.

Ultimately, the two men are contesting for leadership of the Israeli right. Perhaps it should come as no surprise, given how much they have in common. Like Mr. Netanyahu, who spent much of his early life in the U.S., Mr. Bennett has strong American roots: Both his parents immigrated to Israel from California, and his English is fluent and all but unaccented. Like Mr. Netanyahu, too, who served in the Israeli special forces, Mr. Bennett was a commander in Maglan, a unit that specializes in going behind enemy lines.

And like Mr. Netanyahu, who worked as a management consultant in Boston in the 1970s, Mr. Bennett lived and worked in New York City, where he founded and ran a cybersecurity company called Cyota, which he sold for a neat profit in 2005. Today, he notes with evident pride, 70% of Americans who bank online use software developed by his company.

One difference, however, is that Mr. Netanyahu is a secular Jew, whereas Mr. Bennett, who wears the knitted kippa common to the religious-nationalist camp, is observant. His belief in the importance of holding on to land is therefore more than just a military or political consideration. It’s fundamental to his world view.

“If your vision is dividing Israel, then it makes no sense in building somewhere that’s not going to be part of Israel,” he says, again drawing an implicit contrast with Mr. Netanyahu. “If your vision is that you’re not going to divide Jerusalem, then it makes all the sense in the world to build there. Because anyway it’s yours.”

Mr. Bennett is equally critical of the government’s handling of last summer’s war with Gaza. The war, he says, took much too long, partly in a misbegotten effort to curry international favor. “I’ll just remind you, there was an endless series of cease-fires with Hamas,” he notes. “And I thought it was a profound mistake to talk to Hamas down in Egypt. You don’t talk to terror organizations! We go in, do what we want to do, get out; if we need to hit them hard we keep it short and keep it very intense. Why do we talk to them?”

Lest anyone mistake Mr. Bennett for an Israeli neoconservative, however, he’s quick to disabuse the impression.

“I don’t believe in regime change, certainly not in the Middle East,” he says. “When I look at the whole arena it’s always the law of unintended consequences works. Look at Syria, look at Egypt. If you ask me how to deal with everything, and it applies here also, it’s effectively deterrence—meaning don’t mess with Israel—it’s having a strong military with a tenfold edge on all of our enemies; it’s having a powerful economy; and strengthening our Jewish character. And not giving up land anymore. If we apply these principles we’ll be fine everywhere.”

So how should Israel—and for that matter the West—conduct a sober and realistic Mideast policy? I ask about Iran.

“Iran’s goal is not to acquire a nuclear weapon today,” he says. “Its goal is to acquire a nuclear weapon tomorrow. So to say that we are postponing the breakout is not the issue. The issue is, do they have a machine that can break out within a relatively short time frame. Roughly 20,000 centrifuges can produce enough nuclear material for a bomb within about four or five weeks. That’s not enough time for the West to identify a breakout. To create a coalition and act, you need about two years. What we need is for the whole machine to be dismantled, not for them to press the pause button.”

Mr. Bennett adds the standard Israeli refrain that the government is preparing for all contingencies and will not outsource its security, but he’s quick to underscore that a nuclear Iran—with the inevitable consequent chain of Mideast nuclear proliferation—is not Israel’s problem alone. “All this will flow over very quickly to the free world,” he warns.

The same goes for the broader problem of radical Islam.

“Anyone who thinks—and I’m talking especially about Europe—that if you sell Israel you buy peace and quiet in Madrid and Paris, they’ve got it all wrong. Israel is the bastion against radical Islam hitting Paris, Madrid and London.”

I interviewed Mr. Bennett on Tuesday night. The following day, jihadists stormed the editorial offices of Charlie Hebdo in Paris, massacring 12 people. There will surely be more such attacks, possibly quite soon. Whatever readers think about Mr. Bennett as an Israeli politician, they might do well to heed his warning to the West:

“The biggest danger for any organism is to not identify that it’s being threatened,” he says. “I want to hope that people realize that the source of danger and risk in the Middle East is not the Israeli-Palestinian conflict but the deep radical Islamic vision of forming a global caliphate.”

Mr. Stephens writes the Journal’s Global View column.

Voir de plus:

À propos de l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo et du meurtre des Juifs

Daniel Sibony

11 janvier 2015

    Au journal, ils pensaient travailler en France, sous la protection de la loi française. Erreur fatale : il y a la loi française et il y a aussi la charia, la loi islamique, qui aujourd’hui encore, dans des pays musulmans, punit de mort ceux qui se moquent de la religion, qui n’en parlent pas comme il faut, avec une dévotion sans réserve. Donc, un groupe d’islamistes qui est venu exécuter la charia sur ces journalistes qui, croyant vivre sous la loi française, ne pensaient pas transgresser, en faisant des caricatures de l’islam. Ils ont fait comme si, en France, la charia et la loi française n’étaient pas rivales. (Et dans certains territoires – que des historiens qualifient de perdus pour la République, puisque même la police n’y va pas –  il n’y a qu’une loi, la charia.) Et les juifs, dans leur boutique hyper-cachère, croyaient que la France les protégeait du djihad ; du djihad français.

       L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (mon logiciel de dictée a écrit islam aux phobies…)

       Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens.

       Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). Or aujourd’hui, personne n’est vraiment un faiseur de dieux, donc la phrase semble anodine. Mais ceux qui l’apprennent en arabe savent qu’il s’agit des chrétiens (moushrikines) parce qu’ils font de Jésus un Dieu. Ayant vécu en terre arabe, je peux témoigner que l’accusation suprême, qu’il faut à tout prix éviter, c’est celle  d’avoir insulté la religion (la vraie, bien sûr, l’islamique) ou de s’en être moqué. On comprend que des croyants, soudain saisis  par un élan d’enthousiasme pour leur texte, puissent le mettre à exécution. On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.

        La réalité semble montrer que l’islam s’intègre à la France si la France s’intègre à l’islam, c’est-à-dire s’aligne sur lui sans objecter.

       En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes.

       Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001.

       Si les modérés veulent se démarquer de la charia et du djihad, ils ont tout loisir de les dénoncer comme tels. Pour l’instant, ils nient que cela existe dans le Coran.

       Mais tout cela est secondaire par rapport à l’attitude de l’Etat français. Il ne changera pas l’islam, mais peut-il empêcher que l’islam le change? Jusqu’ici, il a repris à son compte ce même déni, il s’interdit de traiter les  intégristes violents comme les combattants d’une idéologie voire d’un pays, l’État islamique. Donc, il leur applique les mesures légales qui protègent l’accusé dans un Etat de droit. Il connaît les réseaux, et il les « suit » de près jusqu’à ce que le meurtre soit commis moyennant quoi il a la preuve que tel et tel, dont on ne l’aurait vraiment pas cru, a tué. Ce fut le cas pour Mérah comme pour les deux frères qui ont « tué Charlie hebdo » On n’avait pas de preuves suffisantes pour les arrêter, jusqu’à ce que la preuve soit inutile. Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes.

       Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. À long terme, ce déni fait tort à l’islam, puisqu’il le pose comme une entité totale, sans faille, faite d’amour et de tolérance. Il faudra beaucoup d’ignorance et un fort matraquage idéologique pour faire croire qu’il n’y a pas de djihad dans l’islam, sachant que le vaste empire islamique s’est formé au fil des siècles par des djihads successifs.

       En analysant la question des caricatures, comme symbole[1], j’ai montré la difficulté d’auteurs musulmans éclairés à admettre réellement la liberté d’expression. C’est qu’elle entrave leur déni des parties violentes. Donc, à moins d’un réel sursaut  (mais d’où viendrait-il ?), c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Pourtant l’immense majorité de ceux qui vont défiler sont contre la charia et contre le djihad – qui a encore tué des juifs. Ce sera dur, d’entendre répéter qu’on est contre cette violence  qui n’a rien à voir avec l’islam, qu’elle est importée du dehors, de l’étranger (l’idée que le Coran est importé de l’étranger semble bizarre alors que des écoles coraniques en France enseignent sagement les versets en question.) Ce sera pénible à entendre, parce que Charlie Hebdo touchait à l’islam (qui doit rester intouchable), et qu’il a été tué par des gens qui appliquaient les parties dures de l’islam. Et les autres sont morts parce que « juifs », symbole de ce qui est à la source du Coran, et que le Coran s’acharne en vain à réduire.

[1] Voir Islam, Phobie, Culpabilité


Je suis Charlie: Qui se souvient d’Aji al-Ali ? (Who remembers the world’s first assassinated cartoonist was the victim of Arafat and Abbas’s OLP ?)

11 janvier, 2015
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L’union nationale autour des victimes oui, l’hypocrisie sur les coupables non (…) Le terrorisme islamiste vient de tuer, mais les responsables sont ceux qui le dénonçaient. Logique. Puisque tout ceci n’a rien à voir avec une quelconque religion. Elisabeth Lévy
Suis-je un citoyen indigne, pour tout dire un salaud, parce que je ne vais pas «marcher contre la terreur», pour écrire comme Le Monde, ou «me lever contre le terrorisme», selon l’exhortation du président de la République? Je pourrais déjà tenter de m’absoudre en soulignant que cette immense émotion, depuis le 7 janvier, et qui culminera le 11 va représenter, sur un mode pervers, la victoire odieuse de criminels qui ont atteint leur but puisque l’ampleur de l’indignation était probablement espérée par ces sanguinaires de l’intégrisme. Notre pays certes solidaire a ainsi, aussi, manifesté la gravité des blessures qui lui ont été causées. En ce sens, il est clair que cette «marche républicaine» va être purement symbolique, quoique multiforme, puisqu’elle ne va rigoureusement pas avoir le moindre effet sur les menaces, les attentats, les représailles et les tragédies à venir et qu’elle n’est destinée, dans une sorte de béatitude collective satisfaite d’elle-même, qu’à persuader la nation que durant quelques jours elle aura été à peu près unie. J’entends bien que cette argumentation peut apparaître mesquine en refusant à la communauté nationale le droit de se faire du bien parce qu’elle se rassemble autour de l’abjecte malfaisance de Charlie Hebdo, de la policière abattue à Montrouge, des quatre otages supprimés dans l’épicerie casher. Avec des assassins que nos forces de police exemplaires ne pouvaient que blesser mortellement puisque leur rêve était de mourir en «martyrs» et que probablement ils le sont devenus pour des admirateurs, des émules, leurs inspirateurs et si on se fonde sur les innombrables messages téléphoniques de haine et de violence adressés à divers commissariats dans la soirée du 9. (…) Malgré le comportement apparemment irréprochable de nos gouvernants, le soupçon de l’instrumentalisation politique d’une terrifiante douleur qui aurait pu demeurer sincère avec plus de discrétion et un Etat moins omniprésent. Dans cette «marche contre la terreur», combien sont profondément épris de la liberté d’expression sous toutes ses latitudes, et pas seulement de celle de Charlie Hebdo? Combien, au contraire, ne se sont souvenus de cette dernière qu’après les massacres, défenseurs opportunistes sur lesquels le dessinateur Willem et Charlie Hebdo «vomissent»? Pour se lever contre le terrorisme au sein d’une multitude, encore faut-il être assuré que l’humanisme n’est pas hémiplégique et que pour d’autres causes jugées moins nobles, moins «porteuses», on ne moquerait pas notre exigence de sécurité au nom d’une idéologie discutable et compassionnelle? (…) Que signifie ce consensus factice, cette concorde superficielle qui prétendent, au prétexte que nous aurions le cœur sec en nous abstenant, faire oublier, sans y parvenir, les déchirements, les fractures, les divisions profondes de la France? Le verbe, la résistance de proclamation et défiler seraient-ils essentiels alors que, se recueillant sur le passé si proche encore, ils n’auront pas la moindre incidence sur le futur? Est-il honteux de proférer que plutôt que de concevoir cette phénoménale marche internationale, avec un incroyable risque d’insécurité, il n’aurait pas mieux valu, modestement, efficacement, appréhender l’avenir pour convaincre le citoyen que non seulement il ne doit pas avoir peur mais que notre état de droit rendra, autant que faire se peut, inconcevable cette angoisse parce que notre démocratie sera mieux armée, saura mieux suivre et contrôler, sera moins laxiste et libérera moins vite? Les destinées des trois assassins abattus auraient dû être prioritaires plus qu’une grande messe républicaine sans conséquence opératoire. Et lundi, on fera quoi? Philippe Bilger
Le slogan «Je suis Charlie» ou «Nous sommes Charlie» me paraît relever à la fois du romantisme, du narcissisme et de l’indécence. Nous ne sommes pas Charlie pour la bonne raison qu’ils sont morts en raison des risques qu’ils ont pris de continuer à faire leur travail, souvent sous les accusations les plus odieuses de ceux qui ont invoqué le manque de respect, le mauvais goût, l’abus de la liberté d’expression, le racisme ou l’islamophobie… La presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l’ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes. À cette condition seulement. Il n’est pas inutile de rappeler que Charb était sixième sur la liste des cibles prioritaires dans Inspire du 1/3/2013, le journal d’Al-Qaïda: «Wanted Dead or Alive for Crime Against Islam». Cet avis de recherche lancé par Inspire combinait une liste de noms (avec photo pour les neuf hommes de la liste) et la photo en grand du pasteur Terry Jones, qui s’était vanté d’avoir brûlé le Coran, un revolver en action sur la tempe, sous-titrée d’un «Yes we can» agrémenté du pastiche d’un dicton «A Bullet a Day Keeps the Infidel Away». Le MRAP qui, dans son tract du 9 janvier, appelle à manifester ce dimanche, s’il s’émeut des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, Vincennes et Montrouge s’inquiète principalement d’une «escalade dangereuse», en raison des réactions violentes qui se sont produites, en les mettant exactement sur le même plan. Elles sont bien évidemment déplorables et doivent être condamnées. Mais elles ne peuvent être comparées aux attentats islamistes qui ont fait 17 morts. Certes, sur son site, le MRAP dénonce «l’assaut inhumain à la liberté d’expression». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. D’après le MRAP, ce dessin assimilait musulman à islamiste et à terroriste. Le MRAP n’hésitait pas à faire le parallèle avec les années Trente et voyait dans le dessin «un détournement raciste de la liberté d’expression». Il parlait de piteuse provocation. Il s’agissait là sans doute d’un assaut humain à la liberté d’expression. (…) Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies. Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche. Le gouvernement français appelle à manifester demain en hommage aux victimes des attentats meurtriers. Cet appel est incongru en ce qu’il se substitue à la société civile et, d’une certaine manière, la court-circuite. L’État n’a pas à manifester dans la rue, il doit réfléchir à ce qui arrive et prendre des mesures. Et pas seulement des mesures de sécurité. Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. Cette protection de la liberté d’expression est d’autant plus nécessaire que les attentats récents vont avoir un effet de sidération sur tous ceux qui sont amenés à s’exprimer sur l’islam que ce soit sérieusement ou non. Les exemples d’autocensure sont déjà légion. Ils sont appelés à se multiplier. On pourrait même soutenir que l’idée de subversion artistique, littéraire ou autre est morte avec les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo à partir du moment où il existe un périmètre interdit sous peine de mort. On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires. Michèle Tribalat
L’émotion, l’indignation et l’indispensable unité nationale ne doivent pas nous empêcher de réfléchir et de commencer à tirer les leçons de l’épreuve que nous traversons. Avec ces meurtres terroristes de sang froid, c’est toute une mentalité pacifiste et angélique, présente en France et dans nombre de pays européens depuis plus de trente ans, qui vole en éclats. Il n’en résulte pas nécessairement une claire compréhension de ce qui nous arrive et de ce à quoi nous avons affaire. La vision de la souffrance et de la mort, relayée et diffusée en continu à la télévision, nous confronte soudainement à l’horreur, déstabilise les repères du sens commun. Tels sont du reste les buts visés par ces criminels qui jouent sur la terreur et ses effets de sidération. Devant la barbarie, l’émotion et l’indignation risquent de tout emporter. Les effort de compréhension et de résistance semblent un moment suspendus: comment cela a-t-il été possible? Comment peut-on en arriver à commettre de tels actes barbares? Le terrorisme cherche à créer un sentiment d’impuissance devant une menace diffuse qui semble pouvoir surgir à tout instant. Il installe ainsi un climat permanent d’angoisse et d’insécurité dans la population. Le terrorisme islamiste s’accompagne d’un discours de haine contre l’Occident, contre «les juifs et les croisés» et tous les représentants de Satan. Pour des citoyens vivant dans un pays démocratique moderne qui a pu se croire à l’abri des désordres du monde, ce vocabulaire paraît fou et d’un autre âge, accentuant un peu plus le caractère incompréhensible des crimes commis. Un sociologisme réducteur qui a longtemps prévalu – et a encore des restes – est censé apporter une explication. Il considère que les discours de haine et les actes criminels ne sont que les symptômes des conditions économiques et sociales, des discriminations, de la domination des pays riches sur les pays pauvres… L’illusion consiste alors à penser que la lutte contre le terrorisme peut se limiter à «assécher son terreau» en s’attaquant aux conditions économiques, sociales, politiques… qui le rendent possible. C’est comme si, nous retrouvant face à un meurtrier bien décidé à nous tuer et qui nous le fait savoir, notre premier réflexe serait de ne pas le prendre tout à fait au sérieux, l’important en l’affaire étant avant tout de connaître les causes «objectives» (et non «idéologiques») qui le poussent à vouloir nous supprimer. Une telle perversion de la pensée qui se coupe du monde et de l’expérience commune n’est pas sans rappeler la réaction d’intellectuels qui, face à la montée du nazisme en Allemagne, avaient chacun leur théorie sur Hitler et se laissaient prendre au piège de leur propre construction. Un tel type de posture et de réaction première s’apparente à un aveuglement, à un refus de se confronter à une mentalité fanatique qui désarçonne nos références morales et nos cadres de pensée. Ce discours de l’excuse a assez duré. Avec ce qui vient de se passer, cette attitude présente chez une partie de la jeunesse, d’intellectuels gauchistes et de journalistes militants est désormais en morceaux. On peut encore essayer de se raccrocher à des explications psychologiques (des «fous» accomplissant des actes insensés) et les cellules psychologiques sont là pour aider à sortir du traumatisme. Mais, là aussi, si la dimension psychologique, psychiatrique, est bien réelle, elle ne saurait pour autant rassurer. Le fanatisme religieux, en l’occurrence islamiste, les idéologies meurtrières ne sont pas seulement l’expression débridée de pulsions destructrices, ils s’articulent à un système de croyances qui ont leur consistance propre, mettent en jeu des conceptions du monde, de la vie et de la mort, du pouvoir…, désignent l’ennemi à combattre et à éliminer. C’est cette réalité qu’ont du mal à affronter des individus autocentrés qui voient le monde comme le prolongement d’eux-mêmes, de leurs relations affectives et de leurs sentiments. Dans une société morcelée et déconnectée de l’histoire, la psychologie a tendance à s’ériger en nouvelle explication globale du monde, tandis que l’émotion et la morale des bons sentiments envahissent le discours politique. Telles me paraissent être les failles de notre compréhension et de nos réactions. Il ne faut pas craindre d’affronter lucidement la question des faiblesses internes des démocraties, sur lesquelles cherche précisément à s’appuyer le terrorisme islamiste. C’est une condition de l’efficacité du combat contre lui. En France et au sein d’autres pays européens, une partie de l’opinion a encore du mal à admettre que nous puissions avoir des ennemis qui veulent nous détruire et qu’il faut combattre avec la plus grande fermeté dans le cadre d’un État de droit. On signe des pétitions, on allume des bougies, on se tient la main, on manifeste en silence… Ces manifestations expriment l’indignation et la solidarité avec les victimes, elles montrent l’unité d’un pays dans le refus du terrorisme. Mais la façon dont elles font valoir les valeurs démocratiques ne saurait laisser entendre que tout pourrait être affaire d’ouverture, de tolérance, en dehors de la force, de la puissance, de la fermeté qui permettent de défendre ces valeurs démocratiques. Il n’y a pas si longtemps, en 2004, la «nuit blanche» de la mairie à Paris fut dédiée à la fois à Françoise Sagan («une femme qui a aimé la nuit») et à tous ceux qui étaient pris en otage, ce qui en dit long sur le décalage existant entre un certain type de mentalité festive et les nouveaux défis qui sont posés aux sociétés démocratiques. Le problème, est, que même si vous ne voulez pas d’ennemi, «c’est l’ennemi qui vous désigne»: «Et s’il vous choisit vraiment comme ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles prestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera de cultiver votre jardin .»(…) Qu’on le veuille ou non, la France est en guerre contre le terrorisme islamiste en Afghanistan, au Mali, en Irak et ce terrorisme a des relais au sein de notre pays. Ce sont précisément ces réalités que beaucoup d’entre nous ont du mal à regarder en face parce qu’ils vivent depuis des années dans l’illusion d’une monde pacifié. En France, en guise de récit national, une mémoire pénitentielle et victimaire a pris le dessus, encouragée et entretenue par des associations et des groupes de pression communautaires qui ont développé le ressentiment et la haine de soi. Après la chute du mur de Berlin, la proclamation d’une supposée «fin de l’histoire» n’impliquait pas seulement l’idée que le libéralisme économique pouvait désormais s’épanouir sans entrave, mais celle d’une relégation des conflits et des guerres dans une sorte de préhistoire antidémocratique. La perspective supposée d’une fin de l’histoire impliquait en même temps celle de la fin du tragique qui lui est inhérent. L’Union européenne s’est construite sur une volonté de paix légitime entre les peuples européens. Celle-ci s’est accompagnée d’une éthique des droits de l’homme et d’un libéralisme économique qui ont pu laisser croire que tout était désormais affaire de «gouvernance», de respect du droit et de dialogue entre les peuples, en oubliant le jeu des intérêts, des rapports de force, des volontés de puissance… Les politiques qui s’y trouvaient confrontés ne pouvaient l’ignorer, mais la façon dont ils ont fait valoir la construction européenne a renforcé les illusions existant au sein d’une partie de l’opinion qui a tendance à confondre la politique avec les «droits de l’homme», voire avec la morale de la bonne intention. Tel a été le point aveugle des sociétés démocratiques européennes «post-totalitaires», encore marquées par les souvenirs des guerres dévastatrices et des barbaries qui ont eu lieu sur leur sol. En France, en guise de récit national, une mémoire pénitentielle et victimaire a pris le dessus, encouragée et entretenue par des associations et des groupes de pression communautaires qui ont développé le ressentiment et la haine de soi. Cette mentalité nous divise et nous désarme face à ceux qui ont juré de mettre à bas notre pays et les démocraties partout dans le monde. L’unité nationale dans le combat contre le terrorisme islamiste implique d’en finir avec cette mésestime de soi. J’ai eu la même réaction que Jean-François Kahn – et je ne suis pas le seul -, en écoutant la première déclaration de Marine le Pen qui parlait clairement face à l’embarras de certains hommes politiques à dire que nous étions en guerre et à nommer nos ennemis. Antérieurement, on a voulu essayer de remplacer à tout prix «État islamique» par «Daesh», en expliquant que cela éviterait une «confusion avec islam, islamisme, musulmans». La crainte justifiée des amalgames ne peut servir d’argument pour ne pas regarder la réalité en face, en parlant d’un terrorisme indéfini créé ex nihilo, venant d’on ne sait où et s’abattant sur le pays comme une catastrophe naturelle. Il en va de même des craintes et des allusions constantes à la montée de l’extrême droite en Europe qui «zappent» et évitent le sujet. Sans parler des allusions constantes à la «zemmourisation des esprits», voire au livre de Houellebecq et aux amalgames les plus grossiers de journalistes militants de gauche qui, depuis des années, ont transformé l’antifascisme en posture identitaire et de valorisation dans les médias bien-pensants. Tout cela est dérisoire et lamentable, pour ne pas dire indigne, face aux épreuves que connaît notre pays. Il faut le dire clairement: la reductio a Hitlerium, l’obsession du «fascisme montant» sur le modèle passé sont une forme d’enfermement mental qui se refuse à affronter les nouveaux défis du présent et fait le lit de l’extrême droite. Ce petit jeu propre à une gauche bête et sectaire, qui ne vit que dans un face à face délétère avec ce qu’elle dénonce, a assez duré. L’unité du pays dans l’épreuve et la lutte contre le terrorisme islamiste exige une autre tenue. De ce point de vue, les cafouillages de la gauche dans l’organisation d’une manifestation symbolisant l’unité du pays et son refus d’y inclure le Front national, qui représente désormais une partie importante de l’électorat, a été ressentie par une bonne partie de l’opinion comme une manœuvre de récupération politicienne, une incapacité d’être à la hauteur de la situation que connaît notre pays. Un tel ostracisme vis-à-vis du Front national ne peut, une fois de plus, que le renforcer. Enfin, le refus de tout amalgame, la lutte contre l’islamophobie et la répression des attaques contre les mosquées, comme tous les autres lieux de culte, ne sauraient passer outre des questions légitimes que se pose l’opinion: comment en est-on arrivé à ce que la France soit devenue un pays où l’on tue des citoyens pour blasphème et liberté d’opinion, où l’on agresse et l’on assassine des enfants et des citoyens parce qu’ils sont «juifs»? Comment de jeunes Français convertis à l’islam en sont-ils arrivés à adhérer à l’islamisme radical et à des groupes barbares et sanguinaires? Comment ont-ils pu partir faire le «djihad» dans des pays en guerre et revenir pour apporter la terreur dans notre pays et dans d’autres pays démocratiques? Répondre à de telles questions n’implique pas seulement de comprendre les situations et la psychologie particulières des «djihadistes» ou de les envisager seulement comme de simples mécanismes sectaires, mais de réexaminer la façon dont depuis des années on a laissé se développer un islam fondamentaliste qui, s’il ne se confond pas avec le terrorisme, n’en a pas moins été souvent le terreau premier des tueurs en question? Ce qui implique d’aborder clairement le délicat problème du financement des mosquées et des imans prêchant un islam intégriste et liés à des pays avec qui nous entretenons de bonnes relations il en va de même pour les discours de haine et l’antisémitisme qui se déploient quotidiennement sur les réseaux sociaux. Ces questions concernent tous les citoyens, en même temps que nos compatriotes musulmans et leurs représentants ont un rôle décisif à jouer pour que domine en France et dans l’Union européenne un islam qui s’intègre à l’héritage des Lumières et à notre modèle républicain.(…) Les événements tragiques que connaît notre pays sont une cruelle épreuve du retour de la réalité après des années de déni ou d’édulcoration de phénomènes comme la montée du communautarisme et de l’intégrisme, les nouvelles formes de banditisme, le développement de l’antisémitisme et de l’islamisme radical…, dont les acteurs de terrain ont une conscience aigüe depuis longtemps. Les travailleurs sociaux dans les quartiers, les enseignants dans des classes difficiles, les magistrats, les policiers et les gendarmes, les services de renseignements… n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics. On n’en a pas moins laissé s’accumuler les tensions et les points de fractures en les recouvrant d’une langue de bois sociologisante, de rapports et d’«outils» d’évaluation en tout genre qui se sont montrés globalement impuissants à contrer ces phénomènes délétères. Le chômage de masse n’a rien arrangé. Affronter ces réalités sans pour autant se sentir désarmé n’a rien d’évident. Dans ce domaine comme dans les autres, le travail de reconstruction ne se fera pas en un jour. Mais encore s’agit-il de cesser de dénigrer nos idéaux républicains au nom d’un «multiculturalisme» invertébré, d’un communautarisme et d’un individualisme victimaires qui laminent la confiance en nous-mêmes. Nous ne pouvons plus en rester à un relativisme culturel et politique qui élude constamment la question de savoir ce qui nous spécifie comme pays et comme civilisation. Un pays qui rend insignifiant son passé se condamne à ne plus inventer un avenir discernable porteur des espérances d’émancipation ; un pays qui ne croit plus en lui-même est ouvert à toutes les servitudes. (…) Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de manifester une compassion envers les victimes et leur rendre hommage, mais d’affirmer avec force ce à quoi nous tenons dans notre héritage politique et culturel, français et européen. Jean-Pierre Le Goff
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf [patrimoine religieux] islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres […] (Art. 31 et 11). Charte du Hamas
Je suis prêt à accepter une troisième partie qui contrôle l’exécution de l’accord, par exemple les forces de l’OTAN, mais je n’accepterai pas qu’il y ait des Juifs dans ces forces ni un Israélien sur la Terre de Palestine. Mahmoud Abbas
Nous sommes indignés Nous, associations issues de l’immigration et associations de solidarité, avons appris avec consternation la participation de hauts responsables de l’Etat d’Israël à la manifestation de solidarité avec les victimes de l’attentat meurtrier contre « Charlie Hebdo » qui aura lieu ce dimanche 11 janvier 2015 ; Prenant pour prétexte le meurtre raciste et odieux de quatre otages de confession juive le 9 janvier – que nous condamnons avec toute notre énergie –, les responsables des  crimes commis contre le peuple palestinien veulent aujourd’hui se draper d’une virginité anti-raciste, respectueuse des droits de l’Homme et de la liberté d’expression en venant manifester à Paris. Ils sont les mêmes qui assassinent des enfants à Gaza et dans les territoires occupés. Ils sont les mêmes qui ont assassiné le caricaturiste palestinien Naji Al Ali en 1987. Ils oublient que les caricaturistes de « Charlie Hebdo » assassinés ont toujours défendu le droit des Palestiniens à leur Etat. Cette participation est cautionnée par le gouvernement français, qui les accueille et accepte de les faire participer à son cortège officiel. Non, la lutte pour la liberté d’expression et de conscience et contre la barbarie ne peut être menée avec les ennemis de la liberté ! Non, les criminels de guerre n’ont pas leur place dans les cortèges de la dignité et de la solidarité. Leur place est devant les tribunaux internationaux. Communiqué de presse (associations issues de l’Immigration signataires de l’ Appel « Solidarité  Charlie Hebdo » (Paris, le 11 janvier 2015)
Who is responsible for the murder of Naji al-Ali? Who is responsible for the murder of tens of Palestinians — we all know who they are — who paid for their freedom of conscience with their lives?”“It was our silence and our fear that made us accept without protest the curtailment of free discussion and to allow terrorism to determine the way our differences are settled. History has shown that when liberation movements stifle liberty they become incapable of carrying out the task of liberation; they close in upon themselves and blindly submit to violence. There is in the murder of Naji al-Ali a lesson, which if we fail to understand we will lose the ability to liberate ourselves and to determine our destiny […] Without free and uninhibited debate, the achievement potential the Palestinians have in all fields will continue to be repressed or wasted, and with it their ability to confront and solve their problems. If the catastrophe toward which the Palestinians now seem to be heading is allowed to occur, they will have no one to blame but themselves. Professor Hisham Sharabi (Georgetown University)
A friend of Naji al-Ali was quoted saying that he had been warned his life was in danger in a telephone call from a senior member of the PLO in Tunis. The telephone call, two weeks before the murder, came after the publication of a cartoon attacking a female friend of PLO leader Yasser Arafat. “The cartoon was famous in the Arab community,” the friend said. The caller said: “You must correct your attitude.” “Don’t say anything against the honest people, otherwise we will have business to sort you out,” the caller continued. Naji al-Ali ignored the warning and published a cartoon lampooning Arafat and his henchmen on 24 June. Arjan El Fassed
Relations between MI6 and Mossad reached a new low in 1987 after the London-based Nagy el-Ali el-Adami was shot on the doorstep of the offices in Chelsea of the Middle Eastern newspaper El-Kabas, where he worked. He was noted for his witty and satirical cartoons against the Israeli occupation but also against the Palestinian leadership and Yasser Arafat, whom he lampooned as being gay. The Israelis had two double agents in PLO London hit- teams involved in the killing but had not warned the British. Both agents were arrested by Scotland Yard after the murder and disclosed that they were working for the Israelis. One was a hit-team quartermaster and had 145kg of Semtex in his possession. Mossad had not told MI6 about their London agents or the planned killing. The British were furious and threw out three Israeli diplomats, including an embassy attache identified as the handler for the two agents. Ha’aretz disclosed that MI6 froze all contacts with the Israeli secret services over an extended period. Yoav Biran, who became the Israeli ambassador after the killing, said that the British remained angry. « I know Israel promised the British several times there would be no repetition of this kind of behaviour. » Five years earlier the boot had been on the other foot. British security services are reported not to have passed on information warning of the impending attack on the Israeli ambassador to London. The Independent

Qui se souvient qu’un des premiers dessinateurs assassinés de l’histoire fut la victime de l’OLP d’Arafat et d’Abbas ?

A l’heure où, pour appuyer un gouvernement discrédité, le monde s’apprête à crier Je suis Charlie aux côtés de Mahmoud Abbas

Pendant que certaines de nos chères têtes blondes célèbrent l’occasion à leur façon …

Et qu’à Hambourg, un premier journal qui avait osé publier les caricatures de Mahomet voit ses locaux incendiés

Qui se souvient de Naji al-Ali ?

Victime non d’agents du Mossad comme le prétendent certains ou même (jusqu’à ma correction) le Wikipedia français

Mais profitant des désaccords de l’époque entre les services secrets britanniques et israéliens dont aucun ne voulait dévoiler l’existence de ses informateurs …

D’agents de l’OLP pour avoir osé se moquer de son président …

Naji al-Ali: The timeless conscience of Palestine
Arjan El Fassed
The Electronic Intifada
22 July 2004

On Wednesday July 22 1987 at five in the afternoon, Palestinian cartoonist Naji Al-Ali parked his car in southwest London, and walked a few meters towards the offices of the Kuwaiti newspaper Al-Qabas where he worked. He was shot in the head by a gunman, dressed in a denim jacket, who walked calmly away down Draycott, near Sloane Square and vanished.

One of the first on the scene was Andre Muller, aged 27, of Putney, who was working in the Peter Jones store adjacent to Ives Street. He was summoned to the scene because of his first-aid skills. He said: “I felt his pulse to see if he was breathing and a few minutes later the police came along and told me to stay with him.”

After five weeks in a coma on a life support machine at St Stephen’s hospital and the neurosurgical department of Charing Cross hospital in London, Naji al-Ali died at 5am on Saturday, August 30, 1987 at the age of 49.

A friend of Naji al-Ali was quoted saying that he had been warned his life was in danger in a telephone call from a senior member of the PLO in Tunis. The telephone call, two weeks before the murder, came after the publication of a cartoon attacking a female friend of PLO leader Yasser Arafat. “The cartoon was famous in the Arab community,” the friend said. The caller said: “You must correct your attitude.”

“Don’t say anything against the honest people, otherwise we will have business to sort you out,” the caller continued. Naji al-Ali ignored the warning and published a cartoon lampooning Arafat and his henchmen on 24 June.

Naji al-Ali came to London in 1985. He was married and had five children. The editor of Al-Qabas, who was quoted in the London Times said that Naji al-Ali had received more than a hundred death threats over the years. “I don’t know who could be responsible because he has been a critic of so many groups. But because of the way things are in Arab politics, nothing surprises me,” he said. “Our paper is an independent one and is not a strong critic of any particular group, so I cannot see why there should be an attack on us. I think it was meant as a direct attack on him.”

In an article in Middle East International (10 October 1987), Professor Hisham Sharabi of Georgetown University wrote:

“Who is responsible for the murder of Naji al-Ali? Who is responsible for the murder of tens of Palestinians — we all know who they are — who paid for their freedom of conscience with their lives?”“It was our silence and our fear that made us accept without protest the curtailment of free discussion and to allow terrorism to determine the way our differences are settled. History has shown that when liberation movements stifle liberty they become incapable of carrying out the task of liberation; they close in upon themselves and blindly submit to violence. There is in the murder of Naji al-Ali a lesson, which if we fail to understand we will lose the ability to liberate ourselves and to determine our destiny […] Without free and uninhibited debate, the achievement potential the Palestinians have in all fields will continue to be repressed or wasted, and with it their ability to confront and solve their problems. If the catastrophe toward which the Palestinians now seem to be heading is allowed to occur, they will have no one to blame but themselves.”
Naji al-Ali is one of the most influential commentators on Palestine. His works influenced all kinds of people, who used to wait impatiently every morning, to see his drawings on the last page of many Arab dailies. Every cartoon that al-Ali drew, featured his famous hand-made character-the bare-foot little boy ‘Hanthalah’ who turned his back to the world and who became a trademark throughout his long career. The idea came to him when he was working in Kuwait during the early 1960s. “I created this character to symbolize my lost childhood,” he said.

“This child, as you can see is neither beautiful, spoiled, nor even well-fed. He is barefoot like many children in refugee camps. Those who came to know ‘Hanthala,’ as I discovered later, adopted him because he is affectionate, honest, outspoken, and a bum. He is an icon that stands to watch me from slipping. And his hands behind his back are a symbol of rejection of all the present negative tides in our region.”

Frequently detained by police and frequently censored, al-Ali was expelled from Kuwait in 1985. He moved to London where he continued to work until he was shot. Naji Al-Ali’s death marked the end of an era, and ironically the beginning of the Intifada in occupied Palestine.

Born in Al Shajarah village near Nazareth in 1937, he was a victim of the Nakba in 1948. His family was forced to leave to Ein Hilwa refugee camp in south Lebanon. His artistic career began in Lebanon during the late 1950s. “I started to use drawing as a form of political expression while in Lebanese jails. I was detained by the Deuxième Bureau (the Lebanese intelligence service) as a result of the measures the Bureau were undertaking to contain political activities in the Palestinian camps during the sixties. I drew on the prison walls.”

The late Palestinian novelist Ghassan Kanafani, who owned al-Horiya magazine in Lebanon, and who was assassinated in Beirut in 1971, saw some of his drawings and encouraged him to continue, and eventually published two cartoons in his magazine.

The years spent in the refugee camp influenced Naji al-Ali immensely, and it was there that he first witnessed the constraints imposed on the Palestinian people. He swore then to immerse himself in politics and serve the Palestinian revolution by all the means at his disposal. Al-Ali was originally trained as a mechanic, but his first love was always drawing, which led him to a one-year art course at the Lebanese Art Academy. It wasn’t until later, when he worked as a journalist in Kuwait, where he first worked as an editor, reporter, and even as a secretary, at Al Tale’ah weekly magazine.

“I was able there to express my feelings and thoughts through the medium of cartoons.” Al Ali said. He often defined himself as a realist, one aligned to his social class, the poor. This point of view was apparent in the majority of his cartoons. “The poor people are those who suffer, are sentenced to jail, and die without shedding tears,” al-Ali once said. Later on, he returned to the old camp in south Lebanon, and found work with Al-Safir newspaper, but he was dismayed at the change in attitudes.

“When I left the camp, everyone held dearly to the idea of liberating the whole of Palestine, but on my return, I found that people were content with liberating less than half of it,” al-Ali was once quoted. He thought that the pursuit of money was responsible for the change in principles.

During the Israeli invasion of Lebanon in 1982, Al-Ali was forced to leave his home again, but this time on ships filled with hundreds of Palestinian fighters. After several years of displacement, he finally settled back in Kuwait, where he found work with the prominent Arab daily, Al-Qabbas. He soon found pressure and threats from certain political groups, and was forced to move to Al Qabass’ branch in London. It was his last move before his death in 1987.

Naji Al-Ali used only simple lines and traces to depict his ideas and thoughts onto paper. His works and thoughts were impressive and unusual.

In 1992 an Arabic motion picture about his life was made. The movie “Naji al-Ali” featuring Egyptian actor Noor El-Sharif gained widespread admiration and respect from around the Arab world.

Ten months after Naji al-Ali was shot, Scotland Yard arrested a Palestinian student who turned out to be a Mossad agent. Under interrogation, the Jerusalem-born man, Ismail Suwan, said that his superiors in Tel Aviv had been briefed well in advance of the plot to kill the cartoonist.

By refusing to pass on the relevant information to their British counterparts, Mossad earned the displeasure of Britain, which retaliated by expelling two Israeli diplomats from London. A furious Margaret Thatcher, then prime minister, closed Mossad’s London base in Palace Green, Kensington. Undeterred by the British reaction, Mossad used forged passports of another Western government to send its agents to Tunisia to lay the groundwork for the assassination of Abu Jihad.

Israel and Britain had been in contact for several months via diplomatic channels concerning Suwan’s revelations that he had worked with the Mossad. Newspapers reported that the action was partially a result of accumulating British grievances against the Mossad, including the abduction of Mordechai Vanunu and the use of British passports, found in a phone booth in West Germany in 1987. However, despite the arrests by Scotland Yard and an investigation by MI5, the assassin’s identity has never been revealed.

Throughout history artists have faced the threat of violence when their work offended the state or the political elite. The late Palestinian cartoonist Naji Al-Ali produced thousands of cartoons satirizing the powers that be in the Middle East, and paid the ultimate price for his expression.

Naji al-Ali is still the most popular artist in the Arab world, loved for his defense of the ordinary people, and for his criticism of repression and despotism. Paradoxically, strict censorship and widespread illiteracy in the Arab world helped him to achieve his remarkable success. His unrelenting cartoons exposed the brutality of the Israeli army and the hypocrisy of the PLO, earning him many powerful enemies.

Voir aussi:

MI5 was feuding with Mossad while known terrorists struck in London

Paul Lashmar and Shraga Elam

19 June 1999

THE BRITISH and Israeli secret services failed to prevent terrorist attacks, including « hits » by Palestinians on the streets of London, because of inter-agency feuds, according to newly published evidence:
The poor relations resulted in a number of fiascoes:

The British knew of the plan in 1982 to assassinate Shlomo Argov, the Israeli ambassador to London, but the Israelis were not warned.

The Israelis knew the Palestinian satirical cartoonist Nagy el-Ali el-Adami was to be assassinated in London in 1987 by his countrymen. The British were not told because Israel did not want to expose its double agents in the PLO’s London-based cells.

In 1986 suitcases of explosives were sent to Israel from locations in Europe. One came from Heathrow. It became clear, according to Mossad sources, that the British knew of the suitcase but did not see fit to pass the information to the Israelis.

The former MI5 officer David Shayler has also said it received warning from a reliable source of the planned 1994 bombing attack on the Israeli embassy but the information was not passed on.

These were just the worst cases to arise from long-standing distrust between the British and Israeli services.

An Israeli stationed in London said the relationship between the services has been difficult: « And on the British side there has never been much openness. »

The source said the British relationship with Israeli intelligence was worse than any other European country’s.

The evidence is in articles in the Ha’aretz Israeli paper, which did a two-year investigation into the feud.

It discloses that relations between MI6 and Mossad reached a new low in 1987 after the London-based Nagy el-Ali el-Adami was shot on the doorstep of the offices in Chelsea of the Middle Eastern newspaper El-Kabas, where he worked.

He was noted for his witty and satirical cartoons against the Israeli occupation but also against the Palestinian leadership and Yasser Arafat, whom he lampooned as being gay.

The Israelis had two double agents in PLO London hit- teams involved in the killing but had not warned the British. Both agents were arrested by Scotland Yard after the murder and disclosed that they were working for the Israelis.

One was a hit-team quartermaster and had 145kg of Semtex in his possession. Mossad had not told MI6 about their London agents or the planned killing.

The British were furious and threw out three Israeli diplomats, including an embassy attache identified as the handler for the two agents. Ha’aretz disclosed that MI6 froze all contacts with the Israeli secret services over an extended period.

Yoav Biran, who became the Israeli ambassador after the killing, said that the British remained angry.

« I know Israel promised the British several times there would be no repetition of this kind of behaviour. »

Five years earlier the boot had been on the other foot. British security services are reported not to have passed on information warning of the impending attack on the Israeli ambassador to London.

New evidence has been provided by a British murderer, Ronald Waldron, who is in prison on the Isle of Wight. He said that he gave « hot » warning of the planned attack on Mr Argov to the British security services.

Mr Argov was shot in the head outside the Dorchester Hotel in 1982 but survived the attack by a hit-team that was run by the Palestinian terrorist Abu Nidal. Three Palestinians, including the failed assassin Hussein Rassan Sa’id, were caught and jailed for life for the attack.

In the mid-1970s Waldron, a psychopath with an IQ of 130, became an informer for the Liverpool CID. In pubs in Liverpool, and sometimes London, he came into contact with activists in left-wing, pro-Arab or pro-Palestinian groups. He passed information to the Special Branch.

From prison Waldron told Ha’aretz reporters that he met Sa’id and other Palestinian terrorists as early as 1977. He described a complex web of organisations of which he had been a member, supplying addresses and names of activists and handlers of agents. The Israeli reporters said many of these details were confirmed by Israeli intelligence sources.

Waldron was arrested in 1983 for the murder of his five- year-old nephew and for attacking his sister-in-law. He was jailed for life. The Special Branch had paid his water, electricity and phone bills, in addition to pounds 100 for every item of information he provided.

He said he supplied his handlers with a detailed warning about the attempt on Mr Argov’s life: « I gave them everything, the group’s whole list of targets. I told them that they were planning to kill Argov. They knew that Argov was on the list, but they still left him with one bodyguard, completely exposed to the assassins’ bullets. That was really a crime. »

Waldron says Sa’id’s girlfriend, a Briton who also worked for the security services, gave a similar warning. David Alton – now Lord Alton – then a Liberal MP, looked into the case at the request of Waldron’s wife. Lord Alton says he believes that to this day « someone is trying to hide something. I don’t known exactly what. »

Sa’id also gave Ha’aretz the first interview since he was jailed. He too believes the British security services knew of the plan in advance. He said the two conspirators who fled the scene to their flat were arrested by police within 40 minutes. « We all thought they had some kind of advance information and that there was a traitor inside the (Abu Nidal) organisation. »

Mr Argov, now 69, suffered brain damage in the shooting and is a permanent patient in the rehabilitation ward of Jerusalem’s Hadassah Hospital. Sa’id said: « I am very sorry about the wound that Mr Argov suffers from. I wish him, like all victims of the Israeli- Arab conflict, recovery and peace. »

By all accounts, relations between the British and Israeli security services are still uneasy.

Voir encore:

Charlie Hebdo : Je marcherai mais n’essayez pas de me faire marcher
L’union nationale autour des victimes oui, l’hypocrisie sur les coupables non
Causeur

11 janvier 2015

Bon, j’irai « marcher contre la terreur ». D’abord, quand mon président et mon premier ministre m’invitent, c’est difficile de refuser. Et puis, j’ai un cœur moi aussi. N’empêche, je suis contente d’avoir un alibi – le journalisme. Il faut dire qu’on n’a pas tous les jours l’occasion d’assister en vrai à un tel barnum planétaire. La Reine d’Angleterre et le pape n’ont pas encore confirmé, mais pour le reste, il y aura du lourd. Cameron, Renzi et Merkel, et toute l’Europe en rang d’oignon : tous Charlie, même le Hongrois Viktor Orban. Pour l’Amérique, je parierais sur Kerry et Hillary Clinton, Charlie en diable. Charlie évidemment, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou, dont on ne sait pas s’ils défileront cote à cote, ce qui aurait une certaine allure. Certes, certains grincheux dotés d’un peu de mémoire pourraient trouver que la présence du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu ne s’imposait pas : on ne se rappelle pas que son patron, Recep Tayyip Erdogan, fût un partisan acharné de la liberté d’expression, à l’époque des caricatures, en 2006, il était même salement remonté. Et son gouvernement a cru bon de dénoncer, en même temps que le terrorisme, la montée de « l’islamophobie » et de la xénophobie en Europe. Dans le genre, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a été plus classe : « Ces groupes, a-t-il déclaré, ont porté atteinte au prophète et aux musulmans plus que leurs ennemis (…), plus que les livres, les films et les caricatures ayant injurié le prophète. ». Passons. Dommage qu’on n’ait pas invité l’émir du Qatar, on aurait pu lui envoyer la note.

Après tout, Davutoglu il n’est pas, loin s’en faut, le seul charliste de la onzième heure. En 2011, après l’incendie des locaux de l’hebdomadaire qui publiait son « Charia Hebdo », beaucoup de ceux qui arborent aujourd’hui un air affligé trouvaient que nos rigolos exagéraient, qu’ils jetaient de l’huile sur le feu et que, le droit à la satire, bien sûr, mais à condition de n’offenser personne et surtout pas les musulmans. Et un paquet de ces défenseurs acharnés de la liberté ont une fâcheuse tendance à insulter ceux qui ne pensent pas comme eux, ce qui, à la réflexion, est un brin contradictoire. Rappelons-leur que le refus du désaccord peut tuer.

On ne va pas gâcher l’ambiance pour si peu, puisque c’est l’union sacrée et qu’on est tous Charlie. Tout de même, ça me chiffonne, cette union dont on a expulsé un parti qui représente un cinquième à un quart des électeurs. Il paraît qu’on peut défiler avec ce monsieur Davutoglu, mais pas avec Marine Le Pen : questions de valeurs. On sait bien que des valeurs, elle n’en a pas. Le président a essayé de rattraper la bourde de Cambadélis en affirmant que tout le monde était invité, mais on ne voit pas pourquoi Le Pen se priverait du cadeau que lui font ses adversaires. Du reste, d’après Claude Askolovich, qui a oublié de nous dire ce que ses « amis salafs » pensaient des événements, il faut s’interroger sur la responsabilité du FN. Celle-là, elle est bien bonne.

C’est ça qui est chouette quand on est de gauche : on a le droit de dire qui fait partie du peuple et qui est au piquet. Au nom de la tolérance : toi oui, toi non. Idées rances. Bref, le coup de l’unité nationale, c’est le vieux truc de la gauche pour désigner les méchants et mobiliser son camp. Et les méchants, je vous le donne en mille, ce sont les islamophobes. Le terrorisme islamiste vient de tuer, mais les responsables sont ceux qui le dénonçaient. Logique. Puisque tout ceci n’a rien à voir avec une quelconque religion. En attendant, la preuve que le grand rassemblement républicain commence à avoir un air de manif de gauche, c’est qu’il se conclura par une grande fête organisée par Jean-Michel Ribes.

À part ça, on est tous Charlie, c’est écrit sur tous nos écrans et placardé dans toutes nos villes, on finira par le psalmodier dans les églises. Dans les médias, on est déjà entrés en religion. Un ami rédacteur en chef de JT me l’explique sans ambages : jusqu’à demain, il n’y aura pas la moindre voix dissonante, pas le moindre débat. On devrait avoir droit toute la soirée à un défilé de people et de politiques venus dire leur horreur de la barbarie, de toutes les barbaries – on ne va pas stigmatiser une barbarie particulière.

Tous Charlie, donc, mais je demande si on parle tous du même Charlie. En tout cas, on ne va pas à la même manif. Va pour « marcher contre la terreur », comme nous y invite Le Monde, quoi qu’il eût été utile de préciser de quelle terreur il est question. Mais voilà que d’aussi éminents commentateurs que Plenel appellent à défiler contre le Front national (sic !). Clémentine Autain, elle, marchera « contre les attaques envers les musulmans. Contre toutes les formes de racisme et de xénophobie. Contre les fascismes » (serait-elle pour la maladie ?). Soyons clairs : toute attaque contre une mosquée ou une institution musulmane, et bien sûr, contre les personnes, doit être dénoncée et sévèrement sanctionnée. Mais alors que des journalistes, des policiers et des juifs (es qualités si on peut dire) viennent d’être tués au nom de l’islam, la violence contre l’islam est-elle la principale menace ?

N’empêche, je suis bien contente d’avoir un alibi. Parce que, autant l’avouer,, j’ai beau savoir que l’unanimité est toujours suspecte, je suis plutôt bon public pour le coup du « tous ensemble ». Comme pas mal de mes semblables, dans les crises, j’aime bien faire peuple, me dire que ce qui nous rassemble, etc. etc. Et puis, je suis certaine que mes concitoyens ont plus de bon sens que leurs supposés représentants et qu’ils ont une vague idée de la nature de l’ennemi. Alors, je veux bien être Charlie avec tout le monde. Mais pas avec n’importe qui.

Voir de plus:

Non, nous ne sommes pas Charlie
Michèle Tribalat
Le Figaro

11/01/2015

FIGAROVOX/ TRIBUNE – Michèle Tribalat s’insurge contre le double discours de certaines associations qui défendent aujourd’hui la liberté d’expression après avoir accusé Charlie Hebdo de «racisme» et d’«islamophobie».

Michèle Tribalat a mené des recherches sur les questions de l’immigration en France, entendue au sens large, et aux problèmes liés à l’intégration et à l’assimilation des immigrés et de leurs enfants. Son dernier livre , «Assimilation: la fin du modèle français» est paru aux éditions du Toucan.
Le slogan «Je suis Charlie» ou «Nous sommes Charlie» me paraît relever à la fois du romantisme, du narcissisme et de l’indécence. Nous ne sommes pas Charlie pour la bonne raison qu’ils sont morts en raison des risques qu’ils ont pris de continuer à faire leur travail, souvent sous les accusations les plus odieuses de ceux qui ont invoqué le manque de respect, le mauvais goût, l’abus de la liberté d’expression, le racisme ou l’islamophobie… La presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l’ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes. À cette condition seulement.

Il n’est pas inutile de rappeler que Charb était sixième sur la liste des cibles prioritaires dans Inspire du 1/3/2013, le journal d’Al-Qaïda: «Wanted Dead or Alive for Crime Against Islam». Cet avis de recherche lancé par Inspire combinait une liste de noms (avec photo pour les neuf hommes de la liste) et la photo en grand du pasteur Terry Jones, qui s’était vanté d’avoir brûlé le Coran, un revolver en action sur la tempe, sous-titrée d’un «Yes we can» agrémenté du pastiche d’un dicton «A Bullet a Day Keeps the Infidel Away».

Sur son site, le MRAP dénonce « l’assaut inhumain à la liberté d’expression ». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif.
Le MRAP qui, dans son tract du 9 janvier, appelle à manifester ce dimanche, s’il s’émeut des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, Vincennes et Montrouge s’inquiète principalement d’une «escalade dangereuse», en raison des réactions violentes qui se sont produites, en les mettant exactement sur le même plan. Elles sont bien évidemment déplorables et doivent être condamnées. Mais elles ne peuvent être comparées aux attentats islamistes qui ont fait 17 morts. Certes, sur son site, le MRAP dénonce «l’assaut inhumain à la liberté d’expression». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu’il donnait au procès qu’il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. D’après le MRAP, ce dessin assimilait musulman à islamiste et à terroriste. Le MRAP n’hésitait pas à faire le parallèle avec les années Trente et voyait dans le dessin «un détournement raciste de la liberté d’expression». Il parlait de piteuse provocation. Il s’agissait là sans doute d’un assaut humain à la liberté d’expression. Si l’on veut disposer d’interprétations un peu plus subtiles de ce dessin, il faut lire les commentaires de Jens-Martin Eriksen et Frederik Stjernfelt dans leur livre Les Pièges de la culture, Les contradictions démocratiques du multiculturalisme, publié chez MétisPresses en 2012.

Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies.

Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006 ?
Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche.

Le gouvernement français appelle à manifester demain en hommage aux victimes des attentats meurtriers. Cet appel est incongru en ce qu’il se substitue à la société civile et, d’une certaine manière, la court-circuite. L’État n’a pas à manifester dans la rue, il doit réfléchir à ce qui arrive et prendre des mesures. Et pas seulement des mesures de sécurité. Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. Cette protection de la liberté d’expression est d’autant plus nécessaire que les attentats récents vont avoir un effet de sidération sur tous ceux qui sont amenés à s’exprimer sur l’islam que ce soit sérieusement ou non. Les exemples d’autocensure sont déjà légion. Ils sont appelés à se multiplier. On pourrait même soutenir que l’idée de subversion artistique, littéraire ou autre est morte avec les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo à partir du moment où il existe un périmètre interdit sous peine de mort. On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires.

Voir aussi:

Pourquoi je ne participe pas à «la marche républicaine»
Philippe Bilger
Le Figaro

11/01/2015

FIGAROVOX/HUMEUR – Notre chroniqueur a décidé de s’abstenir de participer à la grande marche citoyenne de ce dimanche. Il s’en explique dans FigaroVox.

Suis-je un citoyen indigne, pour tout dire un salaud, parce que je ne vais pas «marcher contre la terreur», pour écrire comme Le Monde, ou «me lever contre le terrorisme», selon l’exhortation du président de la République?

Je pourrais déjà tenter de m’absoudre en soulignant que cette immense émotion, depuis le 7 janvier, et qui culminera le 11 va représenter, sur un mode pervers, la victoire odieuse de criminels qui ont atteint leur but puisque l’ampleur de l’indignation était probablement espérée par ces sanguinaires de l’intégrisme. Notre pays certes solidaire a ainsi, aussi, manifesté la gravité des blessures qui lui ont été causées.

En ce sens, il est clair que cette «marche républicaine» va être purement symbolique, quoique multiforme, puisqu’elle ne va rigoureusement pas avoir le moindre effet sur les menaces, les attentats, les représailles et les tragédies à venir et qu’elle n’est destinée, dans une sorte de béatitude collective satisfaite d’elle-même, qu’à persuader la nation que durant quelques jours elle aura été à peu près unie.

J’entends bien que cette argumentation peut apparaître mesquine en refusant à la communauté nationale le droit de se faire du bien parce qu’elle se rassemble autour de l’abjecte malfaisance de Charlie Hebdo, de la policière abattue à Montrouge, des quatre otages supprimés dans l’épicerie casher.

Avec des assassins que nos forces de police exemplaires ne pouvaient que blesser mortellement puisque leur rêve était de mourir en «martyrs» et que probablement ils le sont devenus pour des admirateurs, des émules, leurs inspirateurs et si on se fonde sur les innombrables messages téléphoniques de haine et de violence adressés à divers commissariats dans la soirée du 9.

J’ose soutenir, si cette compétition n’était pas indécente et absurde, avoir éprouvé autant de révolte, d’indignation et de besoin de justice que quiconque devant ces actes répétés innommables. Ces sentiments ne conduisent pas forcément à la fusion de dimanche.

Mais y aurait-il une obligation à la fois morale et civique qui contraindrait «l’honnête homme» à se rendre dans ce défilé dominical qui va mêler tant de publics hétérogènes, tant de pensées contradictoires, pour ne pas dire incompatibles, tant d’attitudes conventionnelles, tant d’hypocrisies à tant d’illusions?

Cette union nationale qui ne pointe son visage emblématique qu’après les désastres et pour si peu de temps.

Malgré le comportement apparemment irréprochable de nos gouvernants, le soupçon de l’instrumentalisation politique d’une terrifiante douleur qui aurait pu demeurer sincère avec plus de discrétion et un Etat moins omniprésent.

Dans cette «marche contre la terreur», combien sont profondément épris de la liberté d’expression sous toutes ses latitudes, et pas seulement de celle de Charlie Hebdo? Combien, au contraire, ne se sont souvenus de cette dernière qu’après les massacres, défenseurs opportunistes sur lesquels le dessinateur Willem et Charlie Hebdo «vomissent»?

Pour se lever contre le terrorisme au sein d’une multitude, encore faut-il être assuré que l’humanisme n’est pas hémiplégique et que pour d’autres causes jugées moins nobles, moins «porteuses», on ne moquerait pas notre exigence de sécurité au nom d’une idéologie discutable et compassionnelle?

Combien, dans cette masse, pourront dire, en conscience, comme Patrick Modiano a su magnifiquement l’exprimer dans son seul commentaire sur ces crimes, qu’ils rejettent toute violence?

Que signifie ce consensus factice, cette concorde superficielle qui prétendent, au prétexte que nous aurions le cœur sec en nous abstenant, faire oublier, sans y parvenir, les déchirements, les fractures, les divisions profondes de la France?

Le verbe, la résistance de proclamation et défiler seraient-ils essentiels alors que, se recueillant sur le passé si proche encore, ils n’auront pas la moindre incidence sur le futur?

Est-il honteux de proférer que plutôt que de concevoir cette phénoménale marche internationale, avec un incroyable risque d’insécurité, il n’aurait pas mieux valu, modestement, efficacement, appréhender l’avenir pour convaincre le citoyen que non seulement il ne doit pas avoir peur mais que notre état de droit rendra, autant que faire se peut, inconcevable cette angoisse parce que notre démocratie sera mieux armée, saura mieux suivre et contrôler, sera moins laxiste et libérera moins vite?

Les destinées des trois assassins abattus auraient dû être prioritaires plus qu’une grande messe républicaine sans conséquence opératoire.

Et lundi, on fera quoi?

Non, décidément, je ne crois pas être un salaud parce que je vais m’abstenir aujourd’hui.

Voir encore:

Jean-Pierre Le Goff : « Le désir d’union ne doit pas nous empêcher d’affronter la réalité »
Alexandre Devecchio
Le Figaro

10/01/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le sociologue se réjouit de la marche organisée ce dimanche en hommage aux victimes du terrorisme. Il rappelle néanmoins qu’il ne s’agit pas seulement de manifester une compassion, mais aussi d’affirmer avec force ce à quoi nous tenons dans notre héritage politique et culturel.

Jean-Pierre Le Goff, né en 1949, est philosophe de formation, écrivain et sociologue au CNRS. Ses ouvrages portent , sur les évolutions problématiques de la société françaises, notamment les paradoxes de Mai 68 et le gauchisme culturel. Son dernier livre La Fin du village. Une histoire française est paru chez Gallimard en 2012.
PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

FIGAROVOX: Après le massacre de Charlie Hebdo une marche citoyenne est organisée ce dimanche. Que vous inspire celle-ci? Que révèle-t-elle de notre société?

Jean-Pierre Le Goff: Le mouvement d’indignation et de solidarité qui s’est élevé dans tout le pays contre la barbarie du terrorisme islamiste fait chaud au cœur. C’est un fort sentiment patriotique et d’attachement au valeurs républicaines qui s’exprime avec force, avec l’appui fraternel des autres pays européens, des États-Unis et de tous les peuples du monde attachés aux valeurs démocratiques. Telle est la première leçon essentielle qu’il s’agit de retenir. Elle nous réconforte. Mais l’émotion, l’indignation et l’indispensable unité nationale ne doivent pas nous empêcher de réfléchir et de commencer à tirer les leçons de l’épreuve que nous traversons.

Avec ces meurtres terroristes de sang froid, c’est toute une mentalité pacifiste et angélique, présente en France et dans nombre de pays européens depuis plus de trente ans, qui vole en éclats. Il n’en résulte pas nécessairement une claire compréhension de ce qui nous arrive et de ce à quoi nous avons affaire. La vision de la souffrance et de la mort, relayée et diffusée en continu à la télévision, nous confronte soudainement à l’horreur, déstabilise les repères du sens commun. Tels sont du reste les buts visés par ces criminels qui jouent sur la terreur et ses effets de sidération. Devant la barbarie, l’émotion et l’indignation risquent de tout emporter. Les effort de compréhension et de résistance semblent un moment suspendus: comment cela a-t-il été possible? Comment peut-on en arriver à commettre de tels actes barbares?

Un tel type de posture et de réaction première s’apparente à un aveuglement, à un refus de se confronter à une mentalité fanatique qui désarçonne nos références morales et nos cadres de pensée. Ce discours de l’excuse a assez duré.
Le terrorisme cherche à créer un sentiment d’impuissance devant une menace diffuse qui semble pouvoir surgir à tout instant. Il installe ainsi un climat permanent d’angoisse et d’insécurité dans la population. Le terrorisme islamiste s’accompagne d’un discours de haine contre l’Occident, contre «les juifs et les croisés» et tous les représentants de Satan. Pour des citoyens vivant dans un pays démocratique moderne qui a pu se croire à l’abri des désordres du monde, ce vocabulaire paraît fou et d’un autre âge, accentuant un peu plus le caractère incompréhensible des crimes commis.

Un sociologisme réducteur qui a longtemps prévalu – et a encore des restes – est censé apporter une explication. Il considère que les discours de haine et les actes criminels ne sont que les symptômes des conditions économiques et sociales, des discriminations, de la domination des pays riches sur les pays pauvres… L’illusion consiste alors à penser que la lutte contre le terrorisme peut se limiter à «assécher son terreau» en s’attaquant aux conditions économiques, sociales, politiques… qui le rendent possible. C’est comme si, nous retrouvant face à un meurtrier bien décidé à nous tuer et qui nous le fait savoir, notre premier réflexe serait de ne pas le prendre tout à fait au sérieux, l’important en l’affaire étant avant tout de connaître les causes «objectives» (et non «idéologiques») qui le poussent à vouloir nous supprimer. Une telle perversion de la pensée qui se coupe du monde et de l’expérience commune n’est pas sans rappeler la réaction d’intellectuels qui, face à la montée du nazisme en Allemagne, avaient chacun leur théorie sur Hitler et se laissaient prendre au piège de leur propre construction. Un tel type de posture et de réaction première s’apparente à un aveuglement, à un refus de se confronter à une mentalité fanatique qui désarçonne nos références morales et nos cadres de pensée. Ce discours de l’excuse a assez duré. Avec ce qui vient de se passer, cette attitude présente chez une partie de la jeunesse, d’intellectuels gauchistes et de journalistes militants est désormais en morceaux. On peut encore essayer de se raccrocher à des explications psychologiques (des «fous» accomplissant des actes insensés) et les cellules psychologiques sont là pour aider à sortir du traumatisme.

Mais, là aussi, si la dimension psychologique, psychiatrique, est bien réelle, elle ne saurait pour autant rassurer. Le fanatisme religieux, en l’occurrence islamiste, les idéologies meurtrières ne sont pas seulement l’expression débridée de pulsions destructrices, ils s’articulent à un système de croyances qui ont leur consistance propre, mettent en jeu des conceptions du monde, de la vie et de la mort, du pouvoir…, désignent l’ennemi à combattre et à éliminer. C’est cette réalité qu’ont du mal à affronter des individus autocentrés qui voient le monde comme le prolongement d’eux-mêmes, de leurs relations affectives et de leurs sentiments. Dans une société morcelée et déconnectée de l’histoire, la psychologie a tendance à s’ériger en nouvelle explication globale du monde, tandis que l’émotion et la morale des bons sentiments envahissent le discours politique. Telles me paraissent être les failles de notre compréhension et de nos réactions. Il ne faut pas craindre d’affronter lucidement la question des faiblesses internes des démocraties, sur lesquelles cherche précisément à s’appuyer le terrorisme islamiste. C’est une condition de l’efficacité du combat contre lui.

Il n’y a pas si longtemps, en 2004, la « nuit blanche » de la mairie à Paris fut dédiée à la fois à Françoise Sagan (« une femme qui a aimé la nuit ») et à tous ceux qui étaient pris en otage, ce qui en dit long sur le décalage existant entre un certain type de mentalité festive et les nouveaux défis qui sont posés aux sociétés démocratiques.
Le désir d’union et de rassemblement, pour important qu’il soit, ne peut-il pas développer une certaine naïveté face à des ennemis armés et implacables?

En France et au sein d’autres pays européens, une partie de l’opinion a encore du mal à admettre que nous puissions avoir des ennemis qui veulent nous détruire et qu’il faut combattre avec la plus grande fermeté dans le cadre d’un État de droit.

On signe des pétitions, on allume des bougies, on se tient la main, on manifeste en silence… Ces manifestations expriment l’indignation et la solidarité avec les victimes, elles montrent l’unité d’un pays dans le refus du terrorisme. Mais la façon dont elles font valoir les valeurs démocratiques ne saurait laisser entendre que tout pourrait être affaire d’ouverture, de tolérance, en dehors de la force, de la puissance, de la fermeté qui permettent de défendre ces valeurs démocratiques. Il n’y a pas si longtemps, en 2004, la «nuit blanche» de la mairie à Paris fut dédiée à la fois à Françoise Sagan («une femme qui a aimé la nuit») et à tous ceux qui étaient pris en otage, ce qui en dit long sur le décalage existant entre un certain type de mentalité festive et les nouveaux défis qui sont posés aux sociétés démocratiques. Le problème, est, que même si vous ne voulez pas d’ennemi, «c’est l’ennemi qui vous désigne»: «Et s’il vous choisit vraiment comme ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles prestations d’amitié. Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera de cultiver votre jardin .»

La France et les sociétés démocratiques occidentales en paix depuis 50 ans, ont-elles perdu toute conscience du tragique de l’Histoire?

Qu’on le veuille ou non, la France est en guerre contre le terrorisme islamiste en Afghanistan, au Mali, en Irak et ce terrorisme a des relais au sein de notre pays. Ce sont précisément ces réalités que beaucoup d’entre nous ont du mal à regarder en face parce qu’ils vivent depuis des années dans l’illusion d’une monde pacifié.

En France, en guise de récit national, une mémoire pénitentielle et victimaire a pris le dessus, encouragée et entretenue par des associations et des groupes de pression communautaires qui ont développé le ressentiment et la haine de soi.
Après la chute du mur de Berlin, la proclamation d’une supposée «fin de l’histoire» n’impliquait pas seulement l’idée que le libéralisme économique pouvait désormais s’épanouir sans entrave, mais celle d’une relégation des conflits et des guerres dans une sorte de préhistoire antidémocratique. La perspective supposée d’une fin de l’histoire impliquait en même temps celle de la fin du tragique qui lui est inhérent. L’Union européenne s’est construite sur une volonté de paix légitime entre les peuples européens. Celle-ci s’est accompagnée d’une éthique des droits de l’homme et d’un libéralisme économique qui ont pu laisser croire que tout était désormais affaire de «gouvernance», de respect du droit et de dialogue entre les peuples, en oubliant le jeu des intérêts, des rapports de force, des volontés de puissance… Les politiques qui s’y trouvaient confrontés ne pouvaient l’ignorer, mais la façon dont ils ont fait valoir la construction européenne a renforcé les illusions existant au sein d’une partie de l’opinion qui a tendance à confondre la politique avec les «droits de l’homme», voire avec la morale de la bonne intention. Tel a été le point aveugle des sociétés démocratiques européennes «post-totalitaires», encore marquées par les souvenirs des guerres dévastatrices et des barbaries qui ont eu lieu sur leur sol. En France, en guise de récit national, une mémoire pénitentielle et victimaire a pris le dessus, encouragée et entretenue par des associations et des groupes de pression communautaires qui ont développé le ressentiment et la haine de soi. Cette mentalité nous divise et nous désarme face à ceux qui ont juré de mettre à bas notre pays et les démocraties partout dans le monde. L’unité nationale dans le combat contre le terrorisme islamiste implique d’en finir avec cette mésestime de soi.

Il faut le dire clairement : la reductio a Hitlerium, l’obsession du « fascisme montant » sur le modèle passé sont une forme d’enfermement mental qui se refuse à affronter les nouveaux défis du présent et fait le lit de l’extrême droite.
Les responsables politiques ont dénoncé la barbarie de cet attentat et appelé à éviter les amalgames. Mais comme l’a rappelé Jean-François Kahn, il a fallu un communiqué du FN pour que les mots «terrorisme islamiste» soient employés. Comment expliquez-vous cette difficulté à nommer nos ennemis?

J’ai eu la même réaction que Jean-François Kahn – et je ne suis pas le seul -, en écoutant la première déclaration de Marine le Pen qui parlait clairement face à l’embarras de certains hommes politiques à dire que nous étions en guerre et à nommer nos ennemis. Antérieurement, on a voulu essayer de remplacer à tout prix «État islamique» par «Daesh», en expliquant que cela éviterait une «confusion avec islam, islamisme, musulmans». La crainte justifiée des amalgames ne peut servir d’argument pour ne pas regarder la réalité en face, en parlant d’un terrorisme indéfini créé ex nihilo, venant d’on ne sait où et s’abattant sur le pays comme une catastrophe naturelle. Il en va de même des craintes et des allusions constantes à la montée de l’extrême droite en Europe qui «zappent» et évitent le sujet. Sans parler des allusions constantes à la «zemmourisation des esprits», voire au livre de Houellebecq et aux amalgames les plus grossiers de journalistes militants de gauche qui, depuis des années, ont transformé l’antifascisme en posture identitaire et de valorisation dans les médias bien-pensants. Tout cela est dérisoire et lamentable, pour ne pas dire indigne, face aux épreuves que connaît notre pays. Il faut le dire clairement: la reductio a Hitlerium, l’obsession du «fascisme montant» sur le modèle passé sont une forme d’enfermement mental qui se refuse à affronter les nouveaux défis du présent et fait le lit de l’extrême droite. Ce petit jeu propre à une gauche bête et sectaire, qui ne vit que dans un face à face délétère avec ce qu’elle dénonce, a assez duré. L’unité du pays dans l’épreuve et la lutte contre le terrorisme islamiste exige une autre tenue.

De ce point de vue, les cafouillages de la gauche dans l’organisation d’une manifestation symbolisant l’unité du pays et son refus d’y inclure le Front national, qui représente désormais une partie importante de l’électorat, a été ressentie par une bonne partie de l’opinion comme une manœuvre de récupération politicienne, une incapacité d’être à la hauteur de la situation que connaît notre pays. Un tel ostracisme vis-à-vis du Front national ne peut, une fois de plus, que le renforcer.

Comment en est-on arrivé à ce que la France soit devenue un pays où l’on tue des citoyens pour blasphème et liberté d’opinion, où l’on agresse et l’on assassine des enfants et des citoyens parce qu’ils sont « juifs » ?
Enfin, le refus de tout amalgame, la lutte contre l’islamophobie et la répression des attaques contre les mosquées, comme tous les autres lieux de culte, ne sauraient passer outre des questions légitimes que se pose l’opinion: comment en est-on arrivé à ce que la France soit devenue un pays où l’on tue des citoyens pour blasphème et liberté d’opinion, où l’on agresse et l’on assassine des enfants et des citoyens parce qu’ils sont «juifs»? Comment de jeunes Français convertis à l’islam en sont-ils arrivés à adhérer à l’islamisme radical et à des groupes barbares et sanguinaires? Comment ont-ils pu partir faire le «djihad» dans des pays en guerre et revenir pour apporter la terreur dans notre pays et dans d’autres pays démocratiques?

Répondre à de telles questions n’implique pas seulement de comprendre les situations et la psychologie particulières des «djihadistes» ou de les envisager seulement comme de simples mécanismes sectaires, mais de réexaminer la façon dont depuis des années on a laissé se développer un islam fondamentaliste qui, s’il ne se confond pas avec le terrorisme, n’en a pas moins été souvent le terreau premier des tueurs en question? Ce qui implique d’aborder clairement le délicat problème du financement des mosquées et des imans prêchant un islam intégriste et liés à des pays avec qui nous entretenons de bonnes relations il en va de même pour les discours de haine et l’antisémitisme qui se déploient quotidiennement sur les réseaux sociaux. Ces questions concernent tous les citoyens, en même temps que nos compatriotes musulmans et leurs représentants ont un rôle décisif à jouer pour que domine en France et dans l’Union européenne un islam qui s’intègre à l’héritage des Lumières et à notre modèle républicain.

Nous ne pouvons plus en rester à un relativisme culturel et politique qui élude constamment la question de savoir ce qui nous spécifie comme pays et comme civilisation.
Iriez-vous jusqu’à dire que l’on paie aujourd’hui le prix d’un certain déni du réel et d’une forme de relativisme culturel? La «bulle protectrice» dans laquelle nous vivions semble être sur le point de voler en éclat, mais y sommes-nous réellement préparés?

Les événements tragiques que connaît notre pays sont une cruelle épreuve du retour de la réalité après des années de déni ou d’édulcoration de phénomènes comme la montée du communautarisme et de l’intégrisme, les nouvelles formes de banditisme, le développement de l’antisémitisme et de l’islamisme radical…, dont les acteurs de terrain ont une conscience aigüe depuis longtemps. Les travailleurs sociaux dans les quartiers, les enseignants dans des classes difficiles, les magistrats, les policiers et les gendarmes, les services de renseignements… n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics. On n’en a pas moins laissé s’accumuler les tensions et les points de fractures en les recouvrant d’une langue de bois sociologisante, de rapports et d’«outils» d’évaluation en tout genre qui se sont montrés globalement impuissants à contrer ces phénomènes délétères. Le chômage de masse n’a rien arrangé. Affronter ces réalités sans pour autant se sentir désarmé n’a rien d’évident. Dans ce domaine comme dans les autres, le travail de reconstruction ne se fera pas en un jour. Mais encore s’agit-il de cesser de dénigrer nos idéaux républicains au nom d’un «multiculturalisme» invertébré, d’un communautarisme et d’un individualisme victimaires qui laminent la confiance en nous-mêmes. Nous ne pouvons plus en rester à un relativisme culturel et politique qui élude constamment la question de savoir ce qui nous spécifie comme pays et comme civilisation. Un pays qui rend insignifiant son passé se condamne à ne plus inventer un avenir discernable porteur des espérances d’émancipation ; un pays qui ne croit plus en lui-même est ouvert à toutes les servitudes.

Nous ne manquons pas de ressources. Le peuple français et ses représentants ont su relever les défis et surmonter les épreuves tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de manifester une compassion envers les victimes et leur rendre hommage, mais d’affirmer avec force ce à quoi nous tenons dans notre héritage politique et culturel, français et européen. En ce sens, le mouvement qui s’est affirmé dans tout le pays peut être un levier d’un renouveau démocratique face au terrorisme islamiste, aux barbaries et aux désordres du nouveau monde. Tel est du moins mon souhait. En l’affaire, rien n’est joué d’avance, mais la France et l’Europe n’ont pas dit leur dernier mot.

Voir aussi:

Allemagne: incendie volontaire d’un journal qui a publié les caricatures de Charlie Hebdo
L’Express avec AFP

11/01/2015

Le journal allemand Hamburger Morgenpost, qui avait publié des caricatures de Charlie Hebdo, a été incendié ce dimanche. Deux suspects ont été arrêtés et une enquête a été lancée.

Le siège du journal allemand Hamburger Morgenpost a été incendié ce dimanche. Ce journal avait publié les caricatures de Charlie Hebdo après l’attentat qui a touché le journal satirique français.

Un incendie volontaire contre le journal Hamburger Morgenpost en Allemagne a été déclaré ce dimanche. Ce dernier avait décidé de publier les caricatures de Charlie Hebdo.

Le quotidien de Hambourg (nord de l’Allemagne) avait publié des caricatures de Mahomet provenant du magazine satirique français en soutien aux attaques meurtrières qui ont secoué la France.


Je suis Charlie: Attention, un slogan peut en cacher bien d’autres ! (Who needs terrorism when you’ve got PC ?)

10 janvier, 2015
https://i1.wp.com/www.allmystery.de/dateien/rs5862,1291189852,stop_we_have_run_out_of_virgins.gifhttps://i1.wp.com/resources3.news.com.au/images/2015/01/09/1227180/194155-51b90552-97e8-11e4-a48c-65589599f0ae.jpg
http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2014/07/manifgaza3.jpg?itok=yeR4GP-xhttp://www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpg
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Guevara in de rigueur keffiehFashion victims in de rigueur keffieh
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Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent leur chemin comme si rien ne s’était passé. Winston Churchill
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
A Paris comme à Falluja la guérilla vaincra! Slogan des manifestations contre la guerre en Irak (2005)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes. (…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller (2005)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. Barack Hussein Obama
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je n’ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J’ai lu ce qui a été publié dans la presse (des chapitres des Versets sataniques ont été publiés quelques jours plus tôt par Libération, le Nouvel Observateur et l’Evénement du jeudi, ndlr). C’est misérable. Et en règle générale, je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent. Jacques Chirac (maire de Paris, 26.02.89)
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
Suite à la parution de cette tribune, M. Redeker a fait l’objet de menaces de mort. Le MRAP les condamne avec autant de force et d’indignation qu’il a condamné les déclarations irresponsables d’un philosophe amateur de polémiques dont il croyait sans doute sortir à jamais indemne. C’est d’abord à ses propres limites que vient de se heurter Monsieur REDEKER. Preuve, s’il en était besoin, que toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrémistes encore. Le MRAP réclame d’une même voix la condamnation des propos provocants de M. REDEKER, sa protection contre toute atteinte physique et le châtiment des auteurs de ces inadmissibles intimidations et menaces de mort. MRAP (29.09.06)
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Charlie Hebdo ce n’est pas mes copains. Qu’ils crèvent ! Ils ont pris des risques sur la peau des autres. En plus ils ne sont pas drôles. C’était nul l’histoire de Mahomet. Guy Bedos (2012)
 Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech. Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.(…) The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.” The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate. Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right. Jonathan Turley
A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West. We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time. (…) How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties. (…) The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.(…) My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it. The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing and we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason. Andrew Parker (MI5)
The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings. You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. Christopher Hitchens
Il nous faut réfléchir à ce à quoi nous sommes confrontés, et j’ai en effet déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. C’est incroyable que la pensée que nous tenons pour sainte pousse la communauté musulmane à être une source d’inquiétude, de peur, de danger, d’assassinats et de destruction dans le monde entier. (…) Est-il possible que 1,6 milliards de personnes aient envie de tuer le reste de la population mondiale — c’est-à-dire 7 milliards – pour qu’ils puissent vivre ? Impossible ! (…) Nous avons besoin d’une révolution religieuse. Imams, vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier, je le répète, tout le monde attend votre réaction car cette oumma est ravagée, elle est détruite, elle est perdue, et elle est perdue par nos propres mains. Abdel Fattah al-Sissi (président égyptien)
Qu’a donc fait l’Etat Islamique que Mahomet n’a-t-il pas fait lui-même ? Ahmed Harqan (talk-show de télévision populaire)
Les islamistes n’ont fait qu’appliquer la charia élémentaire. Aldo Sterone
Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time. Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world. Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear. My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. Dr Raied Al-Wazzan (Belfast Islamic Centre)
Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. Nekfeu (rappeur français, 2013)
Je ne connais pas ce rappeur. Je ne connais pas sa réputation. Mais je suis effaré qu’on appelle à brûler un journal. Surtout que cela s’est déjà passé. Ce qui me choque vraiment c’est l’opposition entre ces propos de haine et la marche de 1983. Il n’y a pas grand rapport entre le film sur la marche de 1983 et des rappeurs qui visiblement cherchent à instrumentaliser le film. Je suis stupéfait que la production du film laisse passer ça. Certains de ces rappeurs mélangent des sujets différents : ils se servent de l’anti-racisme pour défendre des thèses religieuses réactionnaires. (…) il n’y a pas que cette phrase. Quand un rappeur dit par exemple qu’il préfère une copine voilée que des filles maquillées… La marche de 1983 n’était pas une marche de filles voilées ! Et puis un autodafé, c’est littéralement un acte de foi [le terme autodafé provient du portugais « acto da fé », traduction du latin « actus fidei », « acte de foi », NDLR]. Par ailleurs, lorsqu’on nous appelle des « chiens », c’est clairement « chiens d’infidèles » que l’on veut dire. Charb
J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013. Charb (directeur de Charlie Hebdo)
Je n’avais pas à valider les paroles. Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo. Hugo Sélignac (producteur du film « La Marche »)
Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd’hui au siège de Charlie Hebdo. Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an  (…) mes intentions de l’époque n’étaient évidemment pas de m’attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d’expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. (…) Je dois avouer qu’en ce jour de deuil effroyable la formule en question résonne dans mon coeur avec regret, que je suis choqué et que je tiens fermement à soutenir la liberté d’expression qui m’est chère (‘§et la cohésion entre toutes les communautés qui forment notre pays. Paix et Amour. Pour de vrai. Nekfeu
Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment du bien-être de la nation. Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir (…) Par conséquent, les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde (…) les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe. L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort.  Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Dans le contexte actuel – des manifestations dans le monde musulman contre un film anti-islam, une ambassade américaine incendiée et des diplomates tués –, « Charlie Hebdo » fait de la pure provocation. Il joue à la fois sur la peur des Français non musulmans et sur celle des musulmans, qui craignent la stigmatisation et la prise à partie. Il est important de préciser que les récentes manifestations violentes ne concernent que quelques centaines d’individus et sont condamnées par les gouvernements, y compris ceux issus des Frères musulmans. Elles sont le fruit d’une minorité d’excités, qui ne représentent en rien l’ensemble des musulmans. Il faut se garder de tout amalgame entre cette image minoritaire et déformée de l’islam et la réalité. Or le numéro de « Charlie Hebdo » de cette semaine fait tout l’inverse et participe à l’amalgame. Le moment me semble donc particulièrement mal choisi, « Charlie Hebdo » aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme. Tout ça ne va pas faciliter la tâche de nos diplomates à l’étranger et il faut souhaiter que nos ambassades ne soient pas prises à partie. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de « Charlie Hebdo ». Ce journal sait que quand on tape sur l’islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Il est très différent de se moquer de la mort de De Gaulle dans une France gaulliste, où l’opposition était faible et la liberté de la presse pas aussi conséquente qu’aujourd’hui, et se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Le premier cas de figure relève du courage, pas le second. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les puissants. Là est le courage. (…) La tradition libertaire de « Charlie Hebdo » appartient depuis plusieurs années déjà au passé du journal, qui joue maintenant à fond la carte « beauf-raciste ». Il ratisse ainsi un nouveau type de lectorat, bien éloigné à mon avis des libertaires du début. (…) Il faut faire tomber les masques et dire que « Charlie Hebdo » est devenu journal populiste et non plus libertaire. Il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque. Pascal Boniface
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ? Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?. (…) Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité. André Grjebine
Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ». Métronews
On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. (…) Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire. Ministère de l’Intérieur
In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture. On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.” Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds. “Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner. Edward Morrissey
With respect to the current protest against the use of the word “illegal” in describing aliens applying for driver’s licenses, understand that the ultimate goal of the activists involved is to do away with the concept of immigration law altogether in favor of open borders and universal citizenry. They are attacking the use of the term “illegal” not because they are offended, but because they seek to affect the outcome of a national debate by controlling language in order to stifle dissent. With respect to this attack on a truthful and accurate headline, George Orwell said it best: “Political language is designed to make lies sound truthful and to give an appearance of solidarity to pure wind. Political speech is intended to hide the truth rather than express it.” The truth is, the term “illegal alien” accurately describes a foreigner who has entered or resides in a country unlawfully or without the country’s authorization, even if California chooses to issue driver’s licenses to the same. As such, the use of the word “illegal” to describe the status of an alien is neither race- or national origin-specific. Illegal aliens can hail from any country and race on earth, but these details are actually irrelevant to the discussion at hand. I would hope Wednesday’s terror attack in Paris is not lost in this debate, as it more closely mirrors what is going on here rather than any vague connections to Ferguson and New York. The point is, to what degree does society cater to people who claim the right to not be offended? Who do we check with to determine our speech meets the PC code? The critics who are the most threatening? Andy Caldwell
Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires. Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ». Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours. Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ». Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ». BC
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne! Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat». Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)! Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux. Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»! Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités. Mezri Haddad

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

Mode du keffieh, bidonnages médiatiques à la petit Mohmmed, manifestations pro-Saddam ou pro-Hamas aux cris de « Mort aux juifs ! »,  polémique du voile islamique, affaire Redeker, tollé contre la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, torture et assassinat d’Ilan Halimi, massacres de Toulouse ou de Bruxelles, tapis rouge élyséen pour les financiers du djihad, drapeau noir de l’Etat islamique trônant sur la statue de la République, prédication du djihad en vente libre dans les hypermarchés, chansons de rap appelant au meurtre, viol de Créteil, lieux de culte sous constante surveillance policière, communauté qui avec à peine 1% de la population concentre quelque 50% des persécutions, dénonciation systématique de notre arsenal antiterrorriste et encensement de ceux qui les dévoilent au monde,  reconnaissance d’un prétendu Etat prônant rien de moins que la Solution finale

Au lendemain, suite au carnage de Charlie hebdo, du nouvel assassinat de quatre juifs dans un supermarché cacher parisien …

Et, derrière un slogan plus que galvaudé depuis le « Nous sommes tous américains » des attentats du 11 septembre, à la veille d’un nouveau rassemblement et d’un unanimisme de façade (avec un Abbas en vedette américaine ?) commandés par un pouvoir complètement discrédité

Alors qu’après des années d’atermoiements des grands médias en un pays qui croule sous les lois liberticides, les journaux se décident enfin à publier certaines des meilleurs caricatures des dessinateurs assassinés …

Comment ne pas voir avec le philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO Mezri Haddad …

 Produit de « trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme » et faisant le lit du second …

Ce véritable terrorisme intellectuel de la pensée politiquement correcte ?

Terrorisme islamiste: cette guerre qui commence était hélas prévisible!
Le Figaro
Mezri Haddad
09/01/2015

Pour le philosophe tunisien Mezri Haddad le rejet des amalgames ne doit pas empêcher la remise en cause de la dogmatique ambiante. L’intégration de l’islam dans les pays européens a échoué et a laissé place au développement de l’intégrisme.

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d’essais sur la réforme de l’islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression.
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d’amalgames, mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s’attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Voir aussi:

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d’interdiction
Métronews

29-07-2014

RELIGION – A l’occasion du ramadan, la large diffusion en France d’un livre intitulé « La voie du musulman » fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l’islam, il fait l’objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l’Intérieur indique à metronews qu’il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

« La voie du musulman » a été mis dans les rayons de près de 1000 points de vente partout en France. Photo : Albouraq
Dans le cadre d’une « opération Ramadan », la maison d’édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l’un d’entre eux fait polémique. Intitulé « La voie du musulman », il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente, rapporte ce mardi Le Figaro.

« La voie du Musulman », éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture « des solutions conformes aux exigences du monde moderne ». L’auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l’islam. Mais après des chapitres sur « la foi » du musulman, « la bienséance », « la morale du musulman » ou les « pratiques religieuses », le chapitre « rapports sociaux » évoque longuement un sujet pour le moins controversé : « la guerre sainte, le djihad ».

« Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement »

Dans ces onze pages, l’auteur développe une analyse belliqueuse de l’islam. « Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir », commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, « les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ». Page 267, le livre indique que « les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe ». Et d’asséner, 13 pages plus loin : « L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort ».

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que « d’autres magasins le vendent aussi » à l’occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l’enseigne souligne que sa vente s’est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l’ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que « vu le contexte, c’est sensible ».
« Il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme »

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ».

Le ministère de l’Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre « salafiste aux propos radicaux ». Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad, les services de Bernard Cazeneuve assurent qu’ils ne peuvent rien faire. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible », affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener « une expertise juridique » pour s’en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n’est pas l’apanage d’ouvrages islamiques : « Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire ».

Voir également:

« La Marche » : « Charlie Hebdo » effaré par une chanson liée au film
L’Obs avec AFP
25-11-2013
D’abord présentée comme la bande originale du film « La Marche », une chanson issue d’un projet parallèle attaque les « chiens de Charlie Hebdo »… qui réagit vivement.
Le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » : interprétée par une dizaine de rappeurs, une chanson particulièrement violente à l’égard de l’hebdomadaire satirique, d’abord présentée comme faisant partie de la bande originale du film « La Marche » – sur les écrans mercredi – a déclenché une polémique lundi 25 novembre. Mais face à « l’effarement » du quotidien satirique, le producteur Hugo Sélignac a pris ses distances. Il assure que la chanson « n’a jamais été prévue pour la B.O. du film ». Elle a néanmoins été réalisée avec son accord et soutien.

« Je n’avais pas à valider les paroles »
Diffusée sur internet depuis vendredi 22 novembre, la chanson controversée est présentée sur de nombreux sites comme « BO du film ‘La Marche' ». Ecrite et interprétée par une dizaine de rappeurs renommés, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu, la chanson est en fait un projet parallèle monté par le rappeur Kore et le producteur du film, Hugo Sélignac, à l’occasion des 30 ans de la Marche antiraciste de 1983, qui est aussi le sujet du long métrage. Selon ce producteur, tous les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme située à Vénissieux, dans le Rhône.

J’ai apporté mon soutien à cette chanson qui n’a jamais été prévue pour la BO du film. J’ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j’ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l’affiche du film soit la même. Je n’avais pas à valider les paroles », explique Hugo Sélignac.
« Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo », ajoute-t-il.

Joint également par l’AFP, le producteur de la chanson a défendu celle même « liberté d’expression » des rappeurs qui ont participé à la chanson : « Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s’offusque, mais ce n’est pas cette réaction que j’attends d’eux. Réagir comme ils le font, c’est jouer le jeu des extrêmes », a estimé Kore. Le rappeur Disiz, qui a participé à l’élaboration de la chanson, a quant à lui réagi sur Instagram, et réaffirmé sa position : « Fuck Charlie Hebdo ».

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »
Un peu plus tôt dans la journée, la rédaction de « Charlie Hebdo » avait fait part de son « effarement » en découvrant la « violence » à son égard des paroles de la chanson. Dans le 7e couplet qu’il interprète, le rappeur Nekfeu chante notamment : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Nekfeu est membre du collectif parisien « 1995 » (Polydor), très apprécié de la critique et pas coutumier des polémiques.

« Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film ‘La Marche’ à son encontre. Ainsi, la chanson ‘Marche’ […] reprend les propos que tient habituellement l’extrême droite musulmane lorsqu’elle évoque notre journal », estime Charlie Hebdo dans un communiqué signé de « la rédaction ».

« Nous avons l’habitude de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles »
« S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier », ajoute le communiqué de Charlie Hebdo. « Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles. »

« Nous sommes juste très surpris que le réalisateur [Nabil ben Yadir] d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son oeuvre », conclut Charlie Hebdo.

« Pas de plainte, ni de demande particulière. J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013 », a déclaré Charb, le directeur de Charlie Hebdo.

(Le clip vidéo de la chanson « Marche »)

Avec Jamel Debbouze à l’affiche, le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme.

Le 2 novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo avait été détruit par un incendie criminel, le jour où il publiait à la une une caricature de Mahomet.

Voir encore:

« Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. »
BC, @sinaute

Arrêt sur images

9 janvier 2015 13:52

« Je ne suis pas descendu parmi la foule. » Un @sinaute exprime, dans le forum de discussion de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, son malaise vis-à-vis de « l’union nationale » suite aux attaques meurtrières qui ont visé Charlie Hebdo. En cause, la « dérive islamophobe » du journal et de cette gauche « Onfray/Charlie/Fourest laïcarde ».

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours.

Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ».

Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ».

« Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là »

Résultat: des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l’identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant: mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer? Et vous, les musulmans « modérés », pourquoi on vous entend pas plus? A partir d’aujourd’hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l’accepter, c’est la culture Française ». Super l' »unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c’est pas possible, c’est trop gros, c’est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là: manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu’au 11/09/01. La réalité est qu’on les a déjà perdus depuis longtemps, et c’est pas avec des veillées publiques à la bougie qu’on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » – mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie? Et ça va changer quoi?

« La majorité va se sentir mieux, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. »

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l’oubli des causes réelles et profondes de l’anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s’était fait du bien en 1998 et 2002, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu’ils ont tué: ils étaient juste sur la liste des cibles d’AlQaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l’unanimisme de façade devant l’horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu’elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu’elle a généré en un peu plus d’une décennie ses propres ennemis intérieurs.

« La plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON »

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON. Personne n’a compris que la France n’a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l’immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation » et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l’ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d’expression, dernier rempart d’une collectivité qui n’est plus capable de se donner comme raison d’être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n’arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n’y arriverez pas. Car ce n’est pas CA notre problème. Notre problème, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus personne en France qui n’ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d’en être réduit à n’avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu’ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu’ils en soient là: ce n’est pas facile mais c’est la seule chose qui compte si on ne veut pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l’anomie.

Après, c’est trop tard. Et c’est déjà trop tard….

Voir encore:

The biggest threat to French free speech isn’t terrorism. It’s the government.
The murders at Charlie Hebdo, while tragic, aren’t the problem.
Jonathan Turley
Washinton Post
January 8
Jonathan Turley is the Shapiro professor of public interest law at George Washington University.

Within an hour of the massacre at the headquarters of the Charlie Hebdo newspaper, thousands of Parisians spontaneously gathered at the Place de la Republique. Rallying beneath the monumental statues representing Liberty, Equality and Fraternity, they chanted “Je suis Charlie” (“I am Charlie”) and “Charlie! Liberty!” It was a rare moment of French unity that was touching and genuine.

Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech.

Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.

In 2006, after Charlie Hebdo reprinted controversial cartoons of the prophet Muhammad that first appeared in a Danish newspaper, French President Jacques Chirac condemned the publication and warned against such “obvious provocations.”

“Anything that can hurt the convictions of someone else, in particular religious convictions, should be avoided,” he said. “Freedom of expression should be exercised in a spirit of responsibility.”

The Paris Grand Mosque and the Union of French Islamic Organizations sued the newspaper for insulting Muslims — a crime that carries a fine of up to 22,500 euros or six months’ imprisonment. French courts ultimately ruled in Charlie Hebdo’s favor. But France’s appetite for speech control has only grown since then.
The cases have been wide-ranging and bizarre. In 2008, for example, Brigitte Bardot was convicted for writing a letter to then-Interior Minister Nicolas Sarkozy about how she thought Muslims and homosexuals were ruining France. In 2011, fashion designer John Galliano was found guilty of making anti-Semitic comments against at least three people in a Paris cafe. In 2012, the government criminalized denial of the Armenian genocide (a law later overturned by the courts, but Holocaust denial remains a crime). In 2013, a French mother was sentenced for “glorifying a crime” after she allowed her son, named Jihad, to go to school wearing a shirt that said “I am a bomb.” Last year, Interior Minister Manuel Valls moved to ban performances by comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, declaring that he was “no longer a comedian” but was rather an “anti-Semite and racist.” It is easy to silence speakers who spew hate or obnoxious words, but censorship rarely ends with those on the margins of our society.

Notably, among the demonstrators this past week at the Place de la Republique was Sasha Reingewirtz, president of the Union of Jewish Students, who told NBC News, “We are here to remind [the terrorists] that religion can be freely criticized.” The Union of Jewish Students apparently didn’t feel as magnanimous in 2013, when it successfully sued Twitter over posts deemed anti-Semitic. The student president at the time dismissed objections from civil libertarians, saying the social networking site was “making itself an accomplice and offering a highway for racists and anti-Semites.” The government declared the tweets illegal, and a French court ordered Twitter to reveal the identities of anti-Semitic posters.

Recently, speech regulation in France has expanded into non-hate speech, with courts routinely intervening in matters of opinion. For example, last year, a French court fined blogger Caroline Doudet and ordered her to change a headline to reduce its prominence on Google — for her negative review of a restaurant.

While France long ago got rid of its blasphemy laws, there is precious little difference for speakers and authors in prosecutions for defamation or hate speech. There may also be little difference perceived by extremists, like those in Paris, who mete out their own justice for speech the government defines as a crime. To them, this is only a matter of degree in responding to what the government has called unlawful provocations. As the radical Muslim cleric Anjem Choudary wrote this past week, “Why in this case did the French government allow the magazine Charlie Hebdo to continue to provoke Muslims?”

It was the growing French intolerance of free speech that motivated the staff of Charlie Hebdo — and particularly its editor, Stéphane Charbonnier — who made fun of all religions with irreverent cartoons and editorials. Charbonnier faced continuing threats, not just of death from extremists but of criminal prosecution. In 2012, amid international protests over an anti-Islamic film, Charlie Hebdo again published cartoons of Muhammad. French Prime Minister Jean-Marc Ayrault warned that freedom of speech “is expressed within the confines of the law and under the control of the courts.”
Editor’s note: This video contains graphic content. Videos shot near the Paris office of Charlie Hebdo captured two gunmen fleeing the area. One shows the gunmen shooting a police officer. (The Washington Post)
Carbonnier wasn’t cowed — by the government pressure, the public protests or the inclusion of his name on a list of al-Qaeda targets. In an interview with the French newspaper Le Monde, he echoed Mexican revolutionary Emiliano Zapata and proclaimed, “I would rather die standing than live on my knees.” Carbonnier was the first person the gunmen asked for in their attack on the office, and he was one of the first to be killed.

The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.”
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate.

Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right.

Voir par ailleurs:

The Next Islamist Rampage
The West has to reinforce its terror defenses, including surveillance.
WSJ
Jan. 9, 2015

France’s terror rampage ended Friday as police killed three Islamists, but not before they had paralyzed much of the country, taken more hostages, and killed at least four more innocents. Europe and the U.S. had better brace for more such attacks, while reinforcing the antiterror defenses, moral and military, that have come under political assault in recent years.

***
The biggest question raised by Paris is whether it presages a new offensive by homegrown jihadists carrying European or U.S. passports who are inspired by al Qaeda or Islamic State. Officials say one of the killers was trained by the al Qaeda offshoot in Yemen, and we can expect other such links or sympathies.

It’s tempting but probably wrong to think that France has a unique jihadist problem because of its relatively large Muslim population (about 7.5% of the country) and the immigrant ghettoes where they congregate. These certainly are breeding grounds for radicalism. Yet the United Kingdom has Birmingham, the Islamist petri dish for the London subway bombers, and the U.S. sheltered the killer Tsarnaevs in Boston and the Somali immigrants in Minnesota who’ve gone to Syria.

America may have a better historical record of assimilating diverse peoples, but that was when the U.S. had a less fragmented national culture and an elite that was more confident in Western values. The Internet, for all its benefits, also makes it possible for young men in the West to be inspired or recruited by jihadist networks around the world.

The threat is compounded by America’s abdication in the Syrian civil war, which has become a Grand Central Station for global jihad. Thousands from the Muslim diaspora have flooded into Syria as they did in Iraq after the fall of Saddam Hussein. The difference is that in Iraq they were killed by the U.S.-Iraq counter-insurgency campaign.

In Syria they have had four years to develop safe havens and training camps. Hundreds of Europeans and Americans have joined the ranks of al-Nusrah, the al Qaeda branch in Syria, or Islamic State, which controls territory from Aleppo in Western Syria through the suburbs of Baghdad.

“A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West,” said Andrew Parker, the director general of British security service MI5, in a speech Thursday. His timing was no accident. Mr. Parker said some 600 British citizens have traveled to Syria, many joining Islamic State. “We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time.”

How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties.

The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.

“My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it,” Mr. Parker, the British security chief, also said this week. “The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing” and “we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason.”

Surveillance by itself isn’t enough, given the many reports that French security had tracked this week’s killers. We’ll learn in the coming days if the French missed clues that the Kouachi brothers were ready to strike, but other countries have had similar oversights. The FBI was tipped off that Tamerlan Tsarnaev had visited the North Caucusus terrorist hotbed of Dagestan in 2012 but failed to act.

The West will have to consider more aggressive interventions, including arrest or exile, for citizens who visit terror regions and show signs of embracing jihad. Tracking Muslim student groups and clerics is also essential to preventing future attacks. The Associated Press campaign three years ago against the New York police for legal monitoring of Muslim groups looks more morally obtuse with each homegrown attack.

***
The indispensable and now-missing requirement for this counteroffensive is U.S. leadership. Mr. Obama clearly is unable to supply it. His May 2013 speech announcing victory in the war against al Qaeda may have reflected his sincere belief. But it also revealed his willful naivete about the nature of Islamist terror, and it encouraged jihadists to conclude the U.S. was in retreat. He can’t even find the words to forthrightly defend the antiterror programs his own Administration uses.

Members of Congress in both parties, and especially Republican presidential candidates, have an obligation to show the world that help is on the way. Rand Paul has made the clearest public impression by echoing Mr. Obama’s theme that the U.S. has gone too far in its antiterror defenses. Other candidates who disagree will have to speak clearly about how they define the Islamist threat and how the West can defeat it.

Stand up for Denmark!
Why are we not defending our ally?
Christopher Hitchens
Slate
Feb. 21 2006

Put the case that we knew of a highly paranoid religious cult organization with a secretive leader. Now put the case that this cult, if criticized in the press, would take immediate revenge by kidnapping a child. Put the case that, if the secretive leader were also to be lampooned, two further children would be killed at random. Would the press be guilty of « self-censorship » if it declined to publish anything that would inflame the said cult? Well, yes it would be guilty, but very few people would insist on the full exertion of the First Amendment right. However, the consequences for the cult and its leader would be severe as well. All civilized people would regard it as hateful and dangerous, and steps would be taken to circumscribe its influence, and to ensure that no precedent was set.

The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings.

You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. It was the arrogant Danish mullahs who patiently hawked those cartoons around the world (yes, don’t worry, they are allowed to exhibit them as much as they like) until they finally provoked a vicious response against the economy and society of their host country. For good measure, they included a cartoon that had never been published in Denmark or anywhere else. It showed the Prophet Mohammed as a pig, and may or may not have been sent to a Danish mullah by an anonymous ill-wisher. The hypocrisy here is shameful, nauseating, unpardonable. The original proscription against any portrayal of the prophet—not that this appears to be absolute—was superficially praiseworthy because it was intended as a safeguard against idolatry and the worship of images. But now see how this principle is negated. A rumor of a cartoon in a faraway country is enough to turn the very name Mohammed into a fetish-object and an excuse for barbaric conduct. As I write this, the death toll is well over 30 and—guess what?—a mullah in Pakistan has offered $1 million and a car as a bribe for the murder of « the cartoonist. » This incitement will go unpunished and most probably unrebuked.

Could things become any more sordid and cynical? By all means. In a mindless attempt at a tu quoque, various Islamist groups and regimes have dug deep into their sense of wit and irony and proposed a trade-off. You make fun of « our » prophet and we will deny « your » Holocaust. Even if there were any equivalence, and Jewish mobs were now engaged in trashing Muslim shops and embassies, it would feel degrading even to engage with such a low and cheap stunt. I suppose that one should be grateful that the Shoah is only to be denied rather than, as in some Islamist propaganda, enthusiastically affirmed and set out as a model for emulation. But only a moral cretin thinks that anti-Semitism is a threat only to Jews. The memory of the Third Reich is very vivid in Europe precisely because a racist German regime also succeeded in slaughtering millions of non-Jews, including countless Germans, under the demented pretext of extirpating a nonexistent Jewish conspiracy. As it happens, I am one of the few people to have publicly defended David Irving’s right to publish, and I think it outrageous that he is in prison in Austria for expressing his opinions. But my attachment to free speech is at least absolute and consistent. Those who incite murder and arson, or who silkily justify it, are incapable of rising above the childish glee that culminates in the assertion that two wrongs make a right.

The silky ones may be more of a problem in the long term than the flagrantly vicious and crazy ones. Within a short while—this is a warning—the shady term « Islamophobia » is going to be smuggled through our customs. Anyone accused of it will be politely but firmly instructed to shut up, and to forfeit the constitutional right to criticize religion. By definition, anyone accused in this way will also be implicitly guilty. Thus the « soft » censorship will triumph, not from any merit in its argument, but from its association with the « hard » censorship that we have seen being imposed over the past weeks. A report ($$) in the New York Times of Feb. 13 was as carefully neutral as could be but nonetheless conveyed the sense of menace. « American Muslim leaders, » we were told, are more canny. They have « managed to build effective organizations and achieve greater integration, acceptance and economic success than their brethren in Europe have. They portray the cartoons as a part of a wave of global Islamophobia and have encouraged Muslim groups in Europe to use the same term. » In other words, they are leveraging worldwide Islamic violence to drop a discreet message into the American discourse.
You may have noticed the recurrence of the term « One point two billion Muslims. » A few years ago, I became used to the charge that in defending Salman Rushdie, say, I had « offended a billion Muslims. » Evidently, the number has gone up since I first heard this ridiculous complaint. But observe the implied threat. There is not just safety in numbers, but danger in numbers. How many Danes or Jews or freethinkers are there? You can see what the « spokesmen » are insinuating by this tactic of mass psychology and mobbishness.
And not without immediate success, either. The preposterous person of Karen Hughes is quoted in the same New York Times article, under her risible title of « Under Secretary of State for Public Diplomacy. » She tittered outside the store she was happily giving away: « The voices of Muslim Americans have more credibility in the Muslim world frankly than my voice as a government official, because they can speak the language of their faith and can share their experience of practicing their faith freely in the West, and they can help explain why the cartoons are so offensive. » Well, let’s concede that almost any voice in any world has more credibility on any subject than this braying Bush-crony ignoramus, but is the State Department now saying that we shall be represented in the Muslim world only by Muslims? I think we need a debate on that, and also a vote. Meanwhile, not a dollar of Wahhabi money should be allowed to be spent on opening madrasahs in this country, or in distributing fundamentalist revisions of the Quran in our prison system. Not until, at the very least, churches and synagogues and free-thought libraries are permitted in every country whose ambassador has bullied the Danes. If we have to accept this sickly babble about « respect, » we must at least demand that it is fully reciprocal.
And there remains the question of Denmark: a small democracy, which resisted Hitler bravely and protected its Jews as well as itself.  Denmark is a fellow member of NATO and a country that sends its soldiers to help in the defense and reconstruction of Iraq and Afghanistan. And what is its reward from Washington? Not a word of solidarity, but instead some creepy words of apology to those who have attacked its freedom, its trade, its citizens, and its embassies. For shame. Surely here is a case that can be taken up by those who worry that America is too casual and arrogant with its allies. I feel terrible that I have taken so long to get around to this, but I wonder if anyone might feel like joining me in gathering outside the Danish Embassy in Washington, in a quiet and composed manner, to affirm some elementary friendship. Those who like the idea might contact me at christopher.hitchens@yahoo.com, and those who live in other cities with Danish consulates might wish to initiate a stand for decency on their own account.
Update, Feb. 22: Thank you all who’ve written. Please be outside the Embassy of Denmark, 3200 Whitehaven Street (off Massachusetts Avenue) between noon and 1 p.m. this Friday, Feb. 24. Quietness and calm are the necessities, plus cheerful conversation. Danish flags are good, or posters reading « Stand By Denmark » and any variation on this theme (such as « Buy Carlsberg/ Havarti/ Lego ») The response has been astonishing and I know that the Danes are appreciative. But they are an embassy and thus do not of course endorse or comment on any demonstration. Let us hope, however, to set a precedent for other cities and countries. Please pass on this message to friends and colleagues.

Caricatures: il faut se moquer de la religion
Christopher Hitchens

Traduit par Peggy Sastre

08.01.2015

En 2006, le monde était secoué par l’affaire dite des caricatures de Mahomet, publiées par un journal danois et reprises en France par Charlie Hebdo. Christopher Hitchens, grand défenseur de la laïcité aujourd’hui décédé, réaffirmait la nécessité de ne pas céder aux menaces et de critiquer les religions.

Mercredi, des hommes armés ont attaqué les bureaux de Charlie Hebdo, faisant au moins 12 morts. Le magazine était connu pour avoir publié des images du prophète Mahomet, y compris les dessins de 2005 parus pour la première fois dans le quotidien danois Jyllands-Posten, des caricatures qui avaient été à l’origine d’une vague de violence dans le monde entier. En février 2006, Christopher Hitchens, mort en 2011, se saisissait du problème à son inimitable manière. Nous republions aujourd’hui des extraits de son article.

Il débutait par la déclaration du porte-parole du Département d’Etat américain réagissant aux caricatures:

«Les images anti-musulmanes sont aussi inacceptables que le sont les images antisémites, les images anti-chrétiennes ou celles qui s’attaquent à n’importe quelle autre croyance religieuse.»
Une déclaration contestée par Hitchens:

[…] Comme il est effroyable que le pays du Premier Amendement soit représenté par une telle administration [l’administration Bush, NDLE]. Que veut-il dire en parlant d’«inacceptable»? Que les images devraient être interdites? Et comme il est lamentable qu’un «porte-parole» soit incapable de faire la différence entre la critique d’un système de croyance et le dénigrement d’un peuple entier.

Néanmoins, McCormack [le porte-parole]  l’analphabète a raison quand il compare sans le vouloir libelles racistes et foi religieuse. D’aucuns ont souligné combien la presse arabe et musulmane regorge de caricatures anti-juives, et souvent de la plus évidente et haineuse espèce. En un sens, la comparaison est désespérément inexacte.

Ces fétides illustrations apparaissent pour la plupart dans des pays où un Etat décide ce qui est publiable ou diffusable. Pour autant, quand des musulmans réimpriment Les protocoles des sages de Sion ou perpétuent les rumeurs de sacrifices rituels lors de la Pâque juive, ils recyclent les fantasmes de la police secrète russe chrétienne orthodoxe (dans le premier cas) et des siècles de propagande catholique romaine et luthérienne (dans le second). Et quand un politicien israélien compare les Palestiniens à des serpents, des porcs ou des singes, il est quasi certain qu’il s’agira d’un rabbin (le plus souvent, le Rabbin Ovadia Yosef, leader de l’odieux parti Shass [depuis décédé, NDLE]) et qu’il se référera à une autorité talmudique quelconque pour légitimer son racisme. Pendant quasiment toute l’histoire de l’humanité, la religion et le sectarisme ont été les deux revers d’une même médaille, chose toujours visible aujourd’hui.

Dès lors, il y a fort à penser que le quotidien danois Jyllands-Posten, et tous ceux qui ont solidairement réitéré son initiative, affirment un droit de critiquer non pas simplement l’islam, mais la religion en général. […] Soyez certains que les journaux européens consacrés ont aussi caricaturé leur lot de nonnes, de papes et de colons israéliens messianiques, et brocardent les prêtres violeurs d’enfants. Il y eut un temps où tout cela n’aurait pas été possible. Mais ces tabous ont été brisés.

C’est à cela que servent les tabous: à être brisés

Et c’est à cela que servent les tabous, d’ailleurs bien présents au sein de l’islam. Dans son art, il existe un préjudice hostile à toute représentation humaine. L’interdiction de dessiner le prophète –qui n’était qu’un énième mammifère mâle– est apparemment absolue. Comme l’est celle du porc ou de l’alcool et comme sont prohibées, dans certaines sociétés musulmanes, la musique ou la danse.

Parfait, qu’on laisse un bon musulman s’en abstenir. Mais dès qu’il revendiquera le droit de me faire m’en abstenir à mon tour, alors la menace et la preuve de l’hostilité de ses intentions seront les plus évidentes possibles. Notre actuelle et importune coexistence n’est qu’un interlude, semble-t-il dire. Pour le moment, je ne peux qu’affirmer posséder la vérité absolue et réclamer une absolue immunité contre toute forme de critique. Mais à l’avenir, tu feras ce que je dis et tu le feras sous peine de mort.

Je refuse qu’on me parle sur ce ton, que je trouve au demeurant tout à fait «nauséabond». (Au fait, le mot «nauséabond» ne s’est-il pas mis réellement à puer ces derniers temps?) Face à la profanation du sacré, la répulsion innée de l’humain est bien plus ancienne que le plus ancien des monothéismes: sa plus puissante expression se retrouve dans l’Antigone de Sophocle.

Elle fait corps avec la civilisation. Je ne demande pas le droit d’égorger un porc dans une synagogue ou une mosquée, ni à me soulager sur un livre «saint». Mais on ne m’interdira pas de manger du porc et je n’aurais aucun respect pour ceux qui brûlent des livres tous les quatre matins.

Voyez, j’ai moi aussi de très profondes convictions et croyances, et je mets les Lumières au-dessus de tout sacerdoce ou de tout fétiche sacré. Il m’est révoltant de respirer le même air que celui qu’exhalent les éructations des madrassas, les putrides fumets des assassins kamikazes ou les sermons de Billy Graham et de Joseph Ratzinger [pape quand Hitchens écrivait ce texte, NDLE].

Mais les mêmes principes que je fais miens m’empêchent de ravager l’église la plus proche, de kidnapper le premier musulman que je croise dans la rue pour le retenir en otage, d’enfreindre l’immunité diplomatique en attaquant l’ambassade ou le personnel consulaire d’un Etat, fût-il le pire des pays islamiques, ou de me mettre en scène dans un spectacle grotesque et menacer de répandre le feu et le sang sur d’éloignés inconnus qui auraient pu heurter mes convictions intimes.

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où?

Les grosses colères de bébés gavés de rumeurs que d’aucuns piquent à tout bout de champ, notamment dans le monde musulman, ne cessent de prouver combien la foi relève du stade infantile le plus pourri-gâté et le plus égoïste de notre espèce.

En l’occurrence, les caricatures incriminées ne sont ni très brillantes ni particulièrement mordantes. Mais si des musulmans ne veulent pas que leur soi-disant prophète soit assimilé à des actes barbares ou des fantasmes d’adolescent, ils devraient dire publiquement que le meurtre à l’aveugle récompensé par des vierges n’appartient pas à leur religion. Et on se heurte ici à une curieuse réticence… De fait, les dirigeants musulmans sunnites semblent tout bonnement incapables de condamner le plastiquage de mosquées chiites et de processions funéraires, que même quelqu’un comme moi pourrait qualifier de sacrilège. Bien évidemment, plusieurs millions de musulmans s’en affligent, et une autre raison de condamner les débiles de Washington et leur prise de position, à bien des égards dangereuse, veut que la première victime des lynchages auxquels nous assistons aujourd’hui est la véritable voix du peuple. Il s’agit d’une insulte à l’islam, si vous voulez.

Le problème de l’«outrage» est facile à résoudre.

Premièrement: imaginez que nous nous accordions tous pour nous comporter de façon à éviter d’offenser les croyants. Comment être sûr d’avoir pris suffisamment de précautions? Samedi, je suis intervenu sur CNN, une chaîne tellement terrifiée par d’éventuelles représailles qu’elle allait «pixeliser» les caricatures que ses téléspectateurs avaient précisément besoin de voir [en 2015 encore, certains médias anglosaxons censurent les dessins sur l’islam de Charlie Hebdo, NDLE]. Et ces ignobles angoisses ont fait irruption à Atlanta, aux Etats-Unis, à cause d’une illustration parue dans un tout petit journal scandinave dont personne n’avait entendu parler auparavant!

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où? Nous ne pourrons jamais nous contorsionner suffisamment pour plaire à ces fanatiques, ne serait-ce qu’essayer de le faire est avilissant.

Ensuite (et il convient d’insister là-dessus): est-il possible de mener cette discussion sans être menacé par la violence, ou par un recours immédiat à celle-ci? Quand Salman Rushdie publia Les Versets sataniques en 1988, il le fit avec l’espoir de poursuivre un débat qui s’était d’ores et déjà ouvert dans le monde musulman, entre des rigoristes coraniques et ceux qui en appelaient à une possibilité d’interprétation du texte.

Il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre

Nous savons aujourd’hui quelle allait être sa récompense et nous oublions parfois que la fatwa n’était pas uniquement dirigée contre lui, mais contre «tous ceux qui ont participé à sa publication», ce qui eut comme conséquence la mort du traducteur japonais du livre et les quasi-morts d’un autre traducteur et d’un éditeur.

A un moment donné, j’avais là aussi été invité sur CNN pour débattre avec un quelconque porte-parole de la foi outragée et avais dit que, pour notre part, nous serions heureux de débattre de la pertinence d’utiliser les saintes écritures à des fins littéraires et artistiques. Mais que nous n’échangerions pas un seul mot tant que la personne de l’autre côté de la table n’avait pas rangé son pistolet. (La sinistre grande gueule musulmane que j’avais en face de moi refusait de désavouer l’étatique appel au meurtre et pouvait, bien entendu, compter sur le soutien du bigot catholique Pat Buchanan).

La chose est aussi vraie des relations internationales: il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre. Et la société civile consiste à faire passer la liberté d’expression avant les émotions de toute personne susceptible de considérer malséante une telle liberté. Il est déprimant d’avoir à réaffirmer l’évidence de ces principes et positivement odieux que notre gouvernement ait choisi de les jeter aux orties à peine le combat commencé.

As Americans Muzzle Free Speech, Terrorists Rejoice
Political correctness has eliminated real debate about race and gender
Students get ‘trigger warnings’ lest they suffer undue stress

Edward Morrissey,
The Fiscal Times

January 8, 2015

Sometimes, the world feels as though it would be better off if everyone went back to kindergarten. At least when I attended that grade, the teachers made us learn a mantra that has stuck with me ever since — Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me. That instruction was meant to keep the children from resorting to violence over every little criticism or humiliation and to toughen us up for the life ahead of us.

A few decades later (more than I’d care to admit), that lesson has been lost, in a number of ways. In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture.

On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.”

Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds.

“Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner.

The growth of political correctness, however, pales in comparison to the horrors seen in Paris yesterday. The satirical magazine Charlie Hebdo had produced caustic, satirical commentary for years on a wide range of topics. Its cartoonists had skewered political leaders, cultural figures, and religion ever since its relaunch in 1992. Despite its ecumenical approach to the latter subject – Christianity and Judaism came in for blasphemous criticism – their attacks on Islam drew threats for years, as well as a lawsuit in 2006 (later dismissed).

Related: The Most Powerful Twitter Reactions to the Charlie Hebdo Massacre

After an issue in November 2011 purported to be guest-edited by Mohammed himself, the offices of Charlie Hebdo were destroyed in a firebomb attack. Almost a year later, the magazine ran another satire of Mohammed, drawing criticism from French Foreign Minister Laurent Fabius, as well as the White House. France had to tighten security as a result of threats after the publication.

“A drawing never killed anyone,” Editor in Chief Stéphane Charbonnier responded. « When you start saying that you can’t create such drawings, then the same thing will soon apply to other, more harmless representations. »

Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me.

Unfortunately for “Charb,” extremists don’t know that common wisdom. Using children as hostages, three Muslim gunmen forced their way into Charlie Hebdo’s offices on Wednesday, executing targeted members of the staff, including Charbonnier and two police officers. According to witnesses, they rejoiced for having “avenged the Prophet.” The attack left at least 12 people dead, making it one of the worst terrorist attacks in Europe in several years.

The deaths caused an outpouring of condemnations for the attacks – and oddly, a few for the victims. Columnist Tony Barber wrote in the Financial Times that Charlie Hebdo had “a long record of mocking, baiting, and needling French Muslims.” Barber scolded that “editorial foolishness [had] prevailed … Common sense would be useful at publications such as Charlie Hebdo and Denmark’s Jyllands-Posten, which purport to strike a blow for freedom when they provoke Muslims, but are actually just being stupid.” (The magazine’s editors took a much different view.)

The Catholic League’s Bill Donohue declared himself aligned with Muslims angered over being intentionally insulted by the magazine while helpfully prefacing his remarks by opposing murder over personal insults. “Stephane Charbonnier, the paper’s publisher, was killed today in the slaughter,” he wrote. “It is too bad that he didn’t understand the role he played in his tragic death.” Many others took to social media to declare that the biggest threat in the wake of this massacre was “Islamophobia” in reactions to the shooting.

Charlie Hebdo is not above criticism, certainly, but this is a strange moment to deliver it. The issue at hand stopped being a matter of etiquette and taste when the first bullets flew, and instead became a moment to stand for free expression. It’s also possible to overdo criticism and push it into hate speech. But twelve people dead in the streets of Paris make it clear that commentary is not the real threat. In fact, this should make it clear that commentary is the target.

Perhaps we have grown too accustomed to free speech to appreciate it. Some among us are too eager to push for silence in exchange for a modicum of ease and peace. One does not need to approve of Charlie Hebdo’s caricatures to understand that its editors and contributors had every right to publish them – and that its critics had every right to scold them over its content — without either having to be concerned over whether it would cost them their lives. The only way one can conclude that Charb played “a role … in his own tragic death” is to accept that the price of staying alive is to refrain from criticism, especially of Islam and its extreme adherents.

It took centuries for Western values to develop to the point where we could enjoy and exercise our right to speak out, dissent, criticize, and even be wildly wrong without that choice becoming a life or death matter. Those values are under attack from both within and without, as this episode clearly demonstrates. If this does not serve as a wake-up call to those threats, one may never exist.

Charb understood the risks, and the stakes. « I have neither a wife nor children, not even a dog. But I’m not going to hide,” he told Der Spiegel in 2012 after the criticism of Fabius and the US government, preferring to “die standing than live on my knees.” In the wake of the Charlie Hebdo massacre, we should stand for free speech and free expression. Mere words will never break our bones, but acquiescence to those who wish to silence criticism will eventually enslave us.
– See more at: http://www.thefiscaltimes.com/Columns/2015/01/08/Americans-Muzzle-Free-Speech-Terrorists-Rejoice#sthash.dhXe2NHJ.dpuf

Un journal publie une caricature du prophète
Le Figaro avec AFP
10/01/2015

Un journal australien a publié un dessin humoristique du prophète Mahomet discutant avec Jésus et a appelé à soutenir la liberté d’expression dans le monde, après la tuerie de Paris contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Le dessin publié par ce journal, The Weekend Australian, est intitulé « Prions ». Signé du dessinateur Bill Leak, il montre Jésus tenant le Coran et déclarant à Mahomet: « Je t’ai déjà dit qu’il a besoin d’une suite », une référence au fait que la Bible comporte un Ancien Testament et un Nouveau Testament.

Ce à quoi Mahomet, qui brandit un journal portant le titre « Le monde en guerre », répond qu’actuellement il ne peut pas reprendre une forme humaine parce qu’il serait « crucifié » s’il le faisait. Les représentations de Mahomet, telles que les caricatures publiées en 2006 par Charlie Hebdo, sont interdites par l’islam, et toute forme de dérision envers le prophète irrite un grand nombre de musulmans.

Dans un éditorial, The Weekend Australian appelle le monde occidental à ne pas montrer de faiblesse dans la défense de ses valeurs fondamentales et à ne pas céder sur la liberté d’expression.

A propos de l’attentat commis mercredi par deux jihadistes français d’origine algérienne contre Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, le journal écrit: « Que cela soit délibéré ou pas, l’un des aspects les plus dévastateurs de cette atrocité est qu’elle a frappé notre civilisation à un endroit qui est déjà en train de devenir notre talon d’Achille: un penchant lâche pour le politiquement correct ». « Au cours des dernières années, face à ceux qui sont perpétuellement outragés, nos sociétés pluralistes, démocratiques et libres ont progressivement lâché du terrain sur la liberté d’expression que nous avions durement conquise », déclare l’éditorial.

L’auteur du dessin, Bill Leak, a estimé dans un article publié hier que les extrémistes qui ont commis un massacre à la rédaction de Charlie Hebdo avaient délibérément choisi « un symbole de la liberté de parole qui est au fondement même de la civilisation occidentale ». Selon lui, « un beau sens de l’humour est l’une des caractéristiques distinctives des êtres humains hautement évolués et civilisés », et « son absence est l’une des caractéristiques distinctives de la barbarie ».

How terrorism harms radical Islam
Daniel Pipes

January 9, 2015

An epidemic of recent high-profile attacks by Muslims in the name of Islam – in Canada, Israel, Nigeria, Australia, Pakistan, and France – raises an obvious question: How do the Islamist perpetrators figure that murdering an honor guard, driving cars into pedestrians, slaughtering non-Muslim bus passengers, taking hostage the patrons of a café, or massacring army kids and cartoonists will achieve their goal of applying Islamic law and building a caliphate?

Logically, their violence only helps if it terrorizes their enemies and compels them to bend to the Islamists’ wishes; intimidation, after all, is the essence of terrorism. Sometimes, Islamist terrorism does achieve this objective. For example, to stay out of trouble, a sizeable number of artists have censored themselves concerning Islam; and the botched government response to the 2004 Madrid train bombings helped the opposition party win an election, then withdraw Spanish forces from Iraq.

As a rule, however, terrorism leads not to intimidation but to anger and hostility. Instead of cowing a population, it raises consciousness and provokes hatred for the Islamist cause among Muslims and non-Muslims alike. Rather than advance the Islamist cause, high profile acts of violence harm it.

Some prominent examples:

9/11 removed Islamism from the shadows where it had flourished, stimulating an American-led « war on terror » and a large increase in anti-Islamic sentiment;

The 2004 massacre of school children in Beslan poisoned Russian attitudes toward Muslims and helped Vladimir Putin consolidate power;

The 2013 Boston Marathon bombing locked down a large metropolitan area, giving millions a first-hand taste of Islamist oppression.

Wednesday’s killing of twelve in Paris created a national mood of defiance that put Islamists on the defensive as never before. If the first hours anticipate future developments, a significant portion of the French electorate will demand more effective measures against radical Islam.

Ironically, obscure acts of terror do not have this counterproductive effect. To take one of many examples, when an Egyptian Muslim beheaded two Coptic Christians in New Jersey in 2013, few took notice and little anger ensued. Because of reluctance among police, politicians, the press, and the professoriate, most jihadi-style attacks of this nature tend not to be publicized, thus avoiding an increase in anti-Islamic sentiments. (Sadly, those with a duty to protect too often hide the truth.)

If high-profile violence is counterproductive, why do Islamists persist in this self-defeating behavior? Out of anger and because of a violent disposition.

Anger: Islamists, especially the more extreme ones, exude bitterness, bile, resentment, and envy. They celebrate the medieval period, when Muslims were the richest, most advanced, and most powerful of peoples, and interpret Muslim decline as the result of Western duplicity and betrayal. Only by striking back righteously at these conniving Crusaders and Zionists can Muslims regain their rightful place of honor and power. Expressing anger becomes an end in itself, leading to myopia, an inability to plan, an absence of strategic thinking, and pulsating grandiosity.

A violent disposition: Exulting in their sense of direct knowledge of God’s will, Islamists favor violence. To make the enemy cower in fear, then smite him is the ultimate Islamist dream, a fulfillment of intense ill will, a triumph of Islam’s superiority over other religions and those Muslims who lack the fire of their faith. Suicide bombings, beheadings, gangland-style murders, and other acts of grotesque recrimination express a deep desire for vengeance.

In the long term, then, these acts of violence do immense damage to the Islamist cause. Turned around, the victims of that violence – some 10,000 fatalities in 2,800 attacks in 2013 alone – did not die in vain but unwittingly sacrificed their lives in a dreadful war of wills. Targeted assassinations, such as those against the French cartoonists, have an outsized impact on public opinion.

In sum, self-indulgence and strategic ineptitude are the hallmarks the Islamist campaign. The catastrophe of the Islamist program is matched by the ineptitude of its tactics. And so, I conclude, its fate will be the same dust-heap of history where fascism and communism can be found. Like those two other totalitarianisms, it promises terrible destruction and many deaths before ultimately failing. The war will be long and painful but in the end, again, the forces of civilization will vanquish those of barbarism.

The recent drumbeat of terrorism in the name of Islam may appear to help the Islamist cause. In fact, it brings its agenda closer to a deserved collapse.

Daniel Pipes is president of the Middle East Forum.

Voir de plus:

Le Danemark hésite à diffuser une série satirique sur les islamistes
Agathe Heintz

L’Express

26/11/2010

Ce programme est jugé inopportun, au regard du scandale provoqué par la publication de caricatures de Mahomet en 2005.

Pas question de se moquer des terroristes islamistes au Danemark, et surtout pas à la télévision. En effet, la chaîne télévisée danoise SBS TV a reporté sine die la diffusion d’une série satirique sur le sujet, selon le quotidien danois Jyllands Posten.

Intitulée initialement « Terrorcellen » (« La cellule terroriste ») puis renommée « Cellen » (« La cellule »), la série en 12 épisodes est écrite par le comique danois Omar Marzouk. Le pitch? Elle relate les péripéties absurdes et déjantées d’un trio de terroristes islamistes (et de leur poisson rouge… George Bush) qui résident au Danemark.

Alerté par la décision de SBS TV, son auteur Omar Marzouk déplore la lâcheté de la chaîne: « La série se moque des taliban et d’Al Qaeda, mais par principe, elle se moque de tout le monde », explique-t-il.

Le moment est « inopportun » déclare de son côté le porte-parole de la télévision, en faisant référence aux menaces terroristes qui pèsent sur le pays. Il estime que la diffusion de « Cellen » risque également d’éloigner les annonceurs, inquiets à l’idée que cela cause une polémique similaire à celle de la publication des caricatures de Mahomet, par le journal Jyllands Posten, voici cinq ans.

« Auto-censure nourrie par la peur »
Ce choix a également soulevé une vague de protestations au Parlement et au gouvernement. Le ministre de la Culture, Per Stig Moeller, s’est élevé contre « cette auto-censure nourrie par la peur », qui fait « le jeu des terroristes ». Il a averti SBS TV: « s’ils ne diffusent pas la série -avant le 6 juin 2011-, ils doivent rembourser l’argent reçu des fonds publics », soit plus de 600 000 euros.

Pour le directeur de l’Institut du film danois, Henrik Bo Nielsen, qui a octroyé cette aide à SBS TV, la décision de la chaîne est « incompréhensible ». « Il s’agit d’une série très amusante qui se moque des terroristes d’une manière légère, et ne cloue au pilori en aucun cas l’islam ou les islamistes », a-t-il remarqué.

Voir encore:

Mosul most peaceful city in world, claims Belfast Muslim
IS took over the Iraqi city of Mosul last June

BBC news

9 January 2015

An Iraqi city seized by Islamic State (IS) is « the most peaceful city in the world », one of Northern Ireland’s most senior Muslims has claimed.

IS, a radical Islamist group whose tactics include mass killings and abductions of minorities, overran the northern city of Mosul last June.

Dr Raied Al-Wazzan of Belfast Islamic Centre said relatives living there had told him life was better now.

« These people are less evil than the Iraqi government, » he said.

Dr Al-Wazzan said Western governments had created the conditions for the growth of IS by « establishing a failed state in Iraq, run by militias ».

« Islamic State came to protect a section of society that had been marginalised, and foreign policy had pushed part of society to reach this point, » he told BBC Radio Ulster’s Talkback programme on Friday.

Islamic State has become one of the most formidable jihadist groups in the world
Tents at a camp hosting displaced Iraqi from the Yazidi community near Mosul
IS took control of Mosul in June, introducing a strict regime in line with its radical interpretation of Islamic law.

Dr Al-Wazzan said that while mainstream Islam « never supports radicalisation », it was « important to look at the facts ».

« Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time, » he said.

« Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world.

« Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear.

« My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. »

Voir par ailleurs:

Caricatures : le syndrome de Copenhague
André Grjebine*
06/02/2006

Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ?

Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?

Toutes ces déclarations témoignent d’une profonde incompréhension de ce qu’est l’esprit de tolérance. En effet, si chacun est libre de professer les opinions qu’il veut, la tolérance suppose que chacun puisse également contester n’importe quelle religion.

Dans un Etat démocratique, la seule limite que l’on peut exiger des adversaires d’une religion comme de ses fidèles est de ne pas dériver vers le racisme, c’est-à-dire de critiquer autant qu’ils veulent les croyances, mais de ne jamais stigmatiser de supposées caractéristiques ethniques. Se moquer d’une religion, ce n’est pas se moquer d’un peuple. Rien ne permet d’attribuer une telle dérive aux caricaturistes danois. On ne peut malheureusement en dire autant de la presse de plusieurs Etats musulmans qui fustige régulièrement les juifs en tant que tels, quand elle ne construit pas des procès d’intention contre eux fondés sur des faux comme le Protocole des sages de Sion.

Comme le suggère Umberto Eco, dans Le Nom de la rose, ce que toutes les institutions religieuses craignent le plus, c’est le rire, la remise en question décapante de la Révélation.

Il n’y a rien de plus redoutable que des hommes qui sont incapables de relativiser leurs croyances et qui entendent forcer les autres à les partager, ou au moins, à leur interdire de mettre ces croyances en question.

C’est pourquoi il est fondamental de défendre le droit de rire pour aider ceux qui entendent défendre la liberté et la tolérance à l’intérieur même de l’islam, comme Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas ou Shabana Rehman en Norvège. Le flambeau de la lutte contre l’intolérance religieuse, allumé au XVIIIe siècle, par Voltaire et d’autres philosophes des Lumières, ne doit pas s’éteindre, ou plutôt il doit être rallumé. Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité.

* Philosophe, essayiste, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences po.

Voir enfin:

Quand ils sont venus chercher les communistes

Martin Niemöller

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester


Rapport sur la CIA: A qui profite le crime ? (Cui bono ? – A month after their historic defeat, Senate democrats drop one last, lobbed stink bomb)

12 décembre, 2014
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https://i1.wp.com/www.garciamedia.com/assets/uploads/blog/SIMONSCARR9_11jpeg_thumb.jpgLa Cour tient à souligner à ce propos que l’interdiction d’un traitement contraire à l’article 3 revêtant un caractère absolu indépendamment des agissements de la personne concernée et même en cas de danger public menaçant la vie de la nation – ou, a fortiori celle d’un individu – l’interdiction d’infliger des mauvais traitements à un individu afin de lui extorquer des informations vaut quelles que soient les raisons pour lesquelles les autorités souhaitent extorquer ces déclarations, que ce soit pour sauver la vie d’une personne ou pour permettre des poursuites pénales. En outre, le traitement que le requérant a subi doit passer pour lui avoir causé de vives souffrances mentales, ce que démontre aussi le fait que, ayant invariablement refusé de formuler des déclarations exactes jusqu’alors, l’intéressé a avoué sous l’influence de ce traitement où il avait caché J. La Cour estime dès lors que s’il avait été mis à exécution, le traitement dont le requérant a été menacé aurait été constitutif de torture. Cependant, l’interrogatoire n’a duré qu’une dizaine de minutes et, comme la procédure pénale dirigée contre les policiers a permis de l’établir (paragraphe 46 ci-dessus), a eu lieu dans une atmosphère empreinte d’une tension et d’émotions exacerbées car les policiers, totalement épuisés et soumis à une pression extrême, croyaient ne disposer que de quelques heures pour sauver la vie de J. ; ce sont des éléments qui doivent être considérés comme des circonstances atténuantes (…) D’ailleurs, les menaces de mauvais traitements ne furent pas mises à exécution et il n’a pas été démontré qu’elles aient eu de graves répercussions à long terme sur la santé du requérant. Cour européenne des Droits de l’Homme (Strasbourg, le 30 juin 2008)
Ziad Abu Ein was a senior Palestinian politician, who held a number of roles in the Fatah political party, the Palestinian Liberation Organization, and the Palestinian Authority. Abu Ein previously served time in an Israeli prison for his role in a 1979 attack, where a bomb exploded in the city center in Tiberias, in the midst of a group of Israeli youth celebrating the Jewish holiday of Lag BaOmer. Thirty-six youths were wounded with two 16-year-olds, Boaz Lahav and David Lankri, killed. Abu Ein fled to the United States, but was arrested there and, in 1981, became the first Palestinian to be extradited from the United States to Israel, where he was sentenced to life imprisonment, but was released in 1985, as part of the Jibril prisoner exchange deal. Wikipedia
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
We have to do some things that historically we have not wanted to do to protect ourselves. Dianne Feinstein
We understood what the CIA was doing. We gave the CIA our bipartisan support; we gave the CIA funding to carry out its activities. Porter Goss (Pelosi’s chairman on the House committee)
Nous avons fait ce qui nous a été demandé (…) et nous savons que cela a été efficace. Une décennie plus tard, en guise de récompense nous entendons certains de ces mêmes politiques faire part de leur indignation et – pire – déformer les faits et minimiser les succès obtenus. Jose Rodriguez (ancien responsable de la CIA)
[It] demonstrates not just the shamelessness of Democrats today denouncing practices to which, at the time and at the very least, they made no objection. It demonstrates also how near-consensual was the idea that our national emergency might require extraordinary measures. This is not to say that in carrying out the program there weren’t abuses, excesses, mismanagement and appalling mistakes (such as the death in custody — unintended but still unforgivable — of two detainees). It is to say that the root-and-branch denunciation of the program as, in principle, unconscionable is not just hypocritical but ahistorical. To make that case, to produce a prosecutorial brief so entirely and relentlessly one-sided, the committee report (written solely by Democrats) excluded any testimony from the people involved and variously accused. None. No interviews, no hearings, no statements. The excuse offered by the committee is that a parallel Justice Department inquiry precluded committee interviews. Rubbish. That inquiry ended in 2012. It’s December 2014. Why didn’t they take testimony in the interval? Moreover, even during the Justice Department investigation, the three CIA directors and many other officials were exempt from any restrictions. Why weren’t they interviewed? Answer: So that committee Democrats could make their indictment without contradiction. So they could declare, for example, the whole program to be a failure that yielded no important information — a conclusion denied by practically every major figure involved, including Democrat and former CIA director Leon Panetta; Obama’s current CIA director, John Brennan; and three other CIA directors (including a Clinton appointee).  Perhaps, say the critics, but we’ll never know whether less harsh interrogation would have sufficed. So what was the Bush administration to do? Amid the smoking ruins of Ground Zero, conduct a controlled experiment in gentle interrogation and wait to see if we’d be hit again? A nation attacked is not a laboratory for exquisite moral experiments. It’s a trust to be protected, by whatever means meet and fit the threat. Accordingly, under the direction of the Bush administration and with the acquiescence of congressional leadership, the CIA conducted an uncontrolled experiment. It did everything it could, sometimes clumsily, sometimes cruelly, indeed, sometimes wrongly. But successfully. It kept us safe. Charles Krauthammer
One of the great problems with the word “torture” is that it tolerates no ambiguity. It is a taboo word, like racism or incest. Once you call something torture, the conversation is supposed to end. It’s a line no one may cross. As a result, if you think the enhanced interrogation techniques are necessary, or simply justified, you have to call them something else. Similarly, many sincere opponents of these techniques think that if they can simply call them “torture,” their work is done. The problem is that the issue isn’t nearly so binary. Even John McCain — a vocal opponent of any kind of torture — has conceded that in some hypothetical nuclear ticking-time-bomb scenario, torture might be a necessary evil. His threshold might be very high, but the principle is there nonetheless. And nearly everyone understands the point: When a greater evil is looming in the imminent future, the lesser evil becomes more tolerable. This is why opponents of the interrogation program are obsessed with claiming that it never worked, at all. And this suggests why the talking point about drone strikes has such power. Killing is worse than torture. Life in prison might be called torture for some people, and yet we consider the death penalty a more severe punishment. Most people would prefer to be waterboarded than killed. All sane and decent people would rather go through what Khalid Sheikh Mohammed went through than see their whole family slaughtered from 10,000 feet by a drone. And yet President Obama routinely sanctions drone strikes while piously outlawing the slapping of prisoners who might have information that would make such strikes less necessary — and, more importantly, would prevent the loss of innocent American lives. It’s odd: Even though killing is a graver moral act, there’s more flexibility to it. America killed hundreds of thousands of innocent people in World War II, but few would call that murder because such actions as the firebombing of Dresden were deemed necessary to win the war. In other words, we have the moral vocabulary to talk about kinds of killing — from euthanasia and abortion to capital punishment, involuntary manslaughter and, of course, murder — but we don’t have a similar lexicon when it comes to kinds of torture. When John McCain was brutally tortured — far, far more severely than anything we’ve done to the 9/11 plotters — it was done to elicit false confessions and other statements for purposes of propaganda. When we tortured Khalid Sheikh Mohammed, it was to get actionable intelligence on ongoing plots. It seems to me that’s an important moral distinction. If I torture a fiend to find out where he left a child to suffocate or starve in some dungeon, that’s a less evil act than torturing someone just to hear them renounce their god or country. Also, KSM was not some innocent subjected to torture to satisfy the grotesque desires of some sadists. He is an unlawful combatant responsible for murdering thousands of innocent Americans. This may sound like nothing more than a rationalization. But that is to be expected when you try to reason through a morally fraught problem. If you believe torture is wrong no matter what, then any sentence that begins, “Yeah, but . . . ” will seem like so much bankrupt sophistry. The same goes for truly devout believers in nonviolence who think any and all killing is wrong. I can respect that, because I think the taboo against torture is important and honorable, just like the taboos against killing. And just like the taboos against killing, sometimes the real world gets a veto. Jonah Goldberg
Astonishingly, the staff avoided interviewing any of us who had been involved in establishing or running the program, the first time a supposedly comprehensive Senate Select Committee on Intelligence study has been carried out in this way. The excuse given by majority senators is that CIA officers were under investigation by the Justice Department and therefore could not be made available. This is nonsense. The investigations referred to were completed in 2011 and 2012 and applied only to certain officers. They never applied to six former CIA directors and deputy directors, all of whom could have added firsthand truth to the study. Yet a press account indicates that the committee staff did see fit to interview at least one attorney for a terrorist at Guantanamo Bay. We can only conclude that the committee members or staff did not want to risk having to deal with data that did not fit their construct. Which is another reason why the study is so flawed. What went on in preparing the report is clear: The staff picked up the signal at the outset that this study was to have a certain outcome, especially with respect to the question of whether the interrogation program produced intelligence that helped stop terrorists. The staff members then “cherry picked” their way through six million pages of documents, ignoring some data and highlighting others, to construct their argument against the program’s effectiveness. In the intelligence profession, that is called politicization. Ex-CIA chiefs
With the release of the Feinstein report on CIA interrogations of high-value terrorists a decade ago, let’s consider the situation of intelligence personnel who have been involved, not in that program but in drone strikes against terrorists, conducted in a variety of countries around the world. They have four sources of direction and protection: Their strikes are authorized by the president, briefed to Congress, deemed lawful by the attorney general and determined useful by the CIA director. Yet people in the drone program know that co-workers involved in enhanced interrogation had these assurances as well. And the drone program has some distinctive characteristics. Instead of employing waterboarding, stress positions and sleep deprivation, the targets are killed (sometimes with collateral damage to the innocent). President Obama dramatically expanded the use of drones, increasing the proportion of attacks that are “signature strikes” — meaning those authorizing attacks don’t know the identities of the targets, just their likely value. Some may argue a subtle moral distinction between harshly interrogating a terrorist and blowing his limbs apart. But international human rights groups and legal authorities generally look down on both. The main difference? One is Obama’s favorite program. A few years from now, a new president and new congressional leaders may take a different view. At the CIA, these concerns are not hypothetical. “I know the Predator program intimately,” a former senior intelligence officer told me. “There have been hundreds and hundreds of Predator shots, the most carefully targeted in the history of warfare, but not 100 percent right. What if the next president, [say] Rand Paul or Elizabeth Warren, comes after people involved in this program?” “If you have to worry about a new administration coming along 10 years down the road,” the intelligence officer told me, “making villains out of agency officials following the exact letter of the law, it is sobering. We think about that all the time.” This is the scrutiny that comes only with success. For many, the 9/11 attacks are becoming as historically and emotionally distant as Pearl Harbor. But if the United States had the equivalent of a 9/11 attack each year, the range of acceptable responses would expand. V-E Day, after all, partially resulted from the firebombing of Dresden. V-J Day encompassed Hiroshima. Both involved tickertape parades and incinerated children. The U.S. response in the war against terrorism has been dramatically more selective and focused on combatants. Even so, the CIA is often forced to operate at the edge of the United States’ acceptable response — currently with drone strikes and a variety of activities to degrade and dismantle the Islamic State. The avoidance of “boots on the ground” in the Middle East has placed an additional burden on intelligence services to work with (often flawed) allies, target enemies and strike from afar. Political leaders, once again, urge intelligence officials to do what is necessary. So the Feinstein report comes in the middle of a war, targeting many Americans who are still engaged in it. It is an act of exceptional congressional recklessness. (…) So why has Feinstein donned her Guy Fawkes mask? Tension with the CIA? Simple stubbornness? The main reason, I suspect, is different. Democrats who approved of enhanced interrogation at the time (such as Feinstein) must now construct an elaborate fantasy world in which they were not knowledgeable and supportive. They postulate a new reality in which they were innocent and deceived — requiring a conspiracy from three former CIA directors, three former deputy directors and hundreds of others. Occam would indicate a different answer: guilt, hypocrisy and betrayal. Michael Gerson
I do not need to read the report to know that the Democratic staff alone wrote it. The Republicans checked out early when they determined that their counterparts started out with the premise that the CIA was guilty and then worked to prove it. When Congress created the intelligence committees in the 1970’s, the purpose was for people’s representatives to stand above the fray and render balanced judgments about this most sensitive aspect of national security. This committee departed from that high road and slipped into the same partisan mode that marks most of what happens on Capitol Hill these days. (…) The Senate’s Intelligence Committee staff chose to interview no one. Their rationale – that some officers were under investigation and could not be made available – is not persuasive. Most officers were never under investigation and for those who were, the process ended by 2012. Fairness should dictate that the examination of documents alone do not eliminate the need for interviews conducted by the investigators. Isolated emails, memos and transcripts can look much different when there is no context or perspective provided by those who sent, received or recorded them. It is important for all of us to remember how unprepared we were for the attacks of September 11, 2001 and how unprepared we were to do the things necessary to keep the country from being attacked again. There was no operating manual to guide the choices and decisions made by the men and women in charge of protecting us. (…) The worse consequence of a partisan report can be seen in this disturbing fact: It contains no recommendations. This is perhaps the most significant missed opportunity, because no one would claim the program was perfect or without its problems. But equally, no one with real experience would claim it was the completely ineffective and superfluous effort this report alleges. Our intelligence personnel – who are once again on the front lines fighting the Islamic State – need recommended guidance from their board of governors: The U.S. Congress. Remarkably this report contains none. Bob Kerrey
There are more questions about the report. One is that it is generally understood to reflect longstanding tensions between the committee and the CIA. Another is the timing—the report was issued just as a defeated Democratic majority walked out the door, and has the look of a last, lobbed stink bomb: “See what the terrible Bush administration did? Bye now!” There is about the entire enterprise a sense of sin being expiated at someone else’s expense. The committee’s job is to oversee the CIA. If its own report is true, it didn’t do a very good job. It can be hard to take seriously a report that seems largely a product of partisan resentment, guilt and blame shifting. Peggy Noonan

Attention: une dérive peut en cacher une autre !

En ces temps étranges où la simple crise cardiaque, lors d’une manifestation dite pacifique, d’un « ministre » et, ce que se gardent bien de rappeler nos belles âmes et nos médias, auteur d’un attentat à la bombe contre un groupe de jeunes ayant fait deux morts et 36 victimes il y a 35 ans se voit qualifier d’ « acte barbare » et de « meurtre » avec demande d’enquête du Conseil de sécurité de l’ONU …

Mais où une Cour européenne des Droits de l’Homme déboute il y a six ans un étudiant en droit de sa plainte pour obtention d’aveux sous la contrainte et torture de la part de policiers lors de son interrogatoire (menaces de grande souffrance et de viol) suite à l’enlèvement et au meurtre de l’enfant d’une famille célèbre de banquiers, exonérant, en une argumentation classique du dilemme de la bombe à retardement, les policiers pour circonstances atténuantes, (courte durée des traitements infligés, pression extrême et l’urgence pour sauver la vie de l’enfant, non-mise en exécution des menaces de mauvais traitements, absence de graves répercussions à long terme sur la santé du plaignant) …

A l’heure où « au milieu d’une guerre qui vise de nombreux Américains toujours impliqués dans les combats » …

Et un mois après la cinglante et historique perte de la majorité de son parti dans les deux chambres du Congrès …

Par une Administration Obama qui a fait et continue à faire, en quelques années et par drones interposés, au moins trois fois plus de victimes que le nombre total de détenus de Guantanamo

Ressort mystérieusement un rapport vieux de cinq ans sur les techniques d’interrogation de la CIA suite aux attentats du 11 septembre 2001 …

Comment ne pas voir, avec le chroniqueur du Washington Post Michael Gerson, non seulement « un acte exceptionnel d’insouciance de la part du Sénat » ….

Mais une peu glorieuse tentative de se dédouaner pour des méthodes qu’ils avaient à l’époque largement approuvées ?

Releasing the Feinstein report is an act of exceptional recklessness
Michael Gerson
Washington Post
December 8, 2014

With the release of the Feinstein report on CIA interrogations of high-value terrorists a decade ago, let’s consider the situation of intelligence personnel who have been involved, not in that program but in drone strikes against terrorists, conducted in a variety of countries around the world.

They have four sources of direction and protection: Their strikes are authorized by the president, briefed to Congress, deemed lawful by the attorney general and determined useful by the CIA director.
Michael Gerson is a nationally syndicated columnist who appears twice weekly in The Post. View Archive

Yet people in the drone program know that co-workers involved in enhanced interrogation had these assurances as well. And the drone program has some distinctive characteristics. Instead of employing waterboarding, stress positions and sleep deprivation, the targets are killed (sometimes with collateral damage to the innocent). President Obama dramatically expanded the use of drones, increasing the proportion of attacks that are “signature strikes” — meaning those authorizing attacks don’t know the identities of the targets, just their likely value.

Some may argue a subtle moral distinction between harshly interrogating a terrorist and blowing his limbs apart. But international human rights groups and legal authorities generally look down on both. The main difference? One is Obama’s favorite program. A few years from now, a new president and new congressional leaders may take a different view.

At the CIA, these concerns are not hypothetical. “I know the Predator program intimately,” a former senior intelligence officer told me. “There have been hundreds and hundreds of Predator shots, the most carefully targeted in the history of warfare, but not 100 percent right. What if the next president, [say] Rand Paul or Elizabeth Warren, comes after people involved in this program?”

“If you have to worry about a new administration coming along 10 years down the road,” the intelligence officer told me, “making villains out of agency officials following the exact letter of the law, it is sobering. We think about that all the time.”

This is the scrutiny that comes only with success. For many, the 9/11 attacks are becoming as historically and emotionally distant as Pearl Harbor. But if the United States had the equivalent of a 9/11 attack each year, the range of acceptable responses would expand. V-E Day, after all, partially resulted from the firebombing of Dresden. V-J Day encompassed Hiroshima. Both involved tickertape parades and incinerated children.

The U.S. response in the war against terrorism has been dramatically more selective and focused on combatants. Even so, the CIA is often forced to operate at the edge of the United States’ acceptable response — currently with drone strikes and a variety of activities to degrade and dismantle the Islamic State. The avoidance of “boots on the ground” in the Middle East has placed an additional burden on intelligence services to work with (often flawed) allies, target enemies and strike from afar. Political leaders, once again, urge intelligence officials to do what is necessary.

So the Feinstein report comes in the middle of a war, targeting many Americans who are still engaged in it. It is an act of exceptional congressional recklessness. Democratic senators on the Intelligence Committee interviewed none of the key figures in the program, yet fought for months to make it easier to identify the targets of their report. “Those personnel,” said (soon to be former) Sen. Mark Udall (D-Colo.), “if they have that worry, can be given some legitimate security.” This is clearly what some committee members intended: exposure and a bodyguard.

Sen. Dianne Feinstein (D-Calif.), the outgoing chair of the committee, was thought to be more responsible. But her legacy is a massive dump of intelligence details useful to the enemy in a time of war. And she knows the likely results. Secretary of State John Kerry expressed the concerns of allies about increased violence. A National Intelligence Council report warned of threats to embassies, installations and individuals, and explored how partners would react to the disclosure.

So why has Feinstein donned her Guy Fawkes mask? Tension with the CIA? Simple stubbornness? The main reason, I suspect, is different. Democrats who approved of enhanced interrogation at the time (such as Feinstein) must now construct an elaborate fantasy world in which they were not knowledgeable and supportive. They postulate a new reality in which they were innocent and deceived — requiring a conspiracy from three former CIA directors, three former deputy directors and hundreds of others.

Occam would indicate a different answer: guilt, hypocrisy and betrayal.

Voir aussi:

Partisan torture report fails America
Intelligence agencies need guidance to do better, Senate Democrats failed to provide it.
Bob Kerrey
USA Today
December 10, 2014

I regret having to write a piece that is critical of the Democratic members of the Senate Select Committee on Intelligence. Most of them are former colleagues and friends. I hope they will remain friends after reading this.

For eight years I served on this committee. I know how difficult and important the work of providing tough and fair oversight of our nation’s $50 billion top-secret intelligence network.

I will wait until I have fully read and considered Tuesday’s report to enter the debate over whether the CIA handled interrogation of detainees in an appropriate manner. Thanks to the 2005 and 2006 efforts of Senator John McCain I do not have to wait to be certain our interrogation policies and procedures are aligned with our core values.

I also do not have to wait to know we are fighting a war that is different than any in our country’s past. The enemy does not have an easy to identify and analyze military. In the war against global jihadism, human intelligence and interrogation have become more important, and I worry that the partisan nature of this report could make this kind of collection more difficult.

I do not need to read the report to know that the Democratic staff alone wrote it. The Republicans checked out early when they determined that their counterparts started out with the premise that the CIA was guilty and then worked to prove it.

When Congress created the intelligence committees in the 1970’s, the purpose was for people’s representatives to stand above the fray and render balanced judgments about this most sensitive aspect of national security. This committee departed from that high road and slipped into the same partisan mode that marks most of what happens on Capitol Hill these days.

I have participated in two extensive investigations into intelligence failures, once when Aldrich Ames was discovered to be spying for Russia after he had done substantial damage to our human intelligence collection capability and another following the 9/11 attacks. In both cases we were very critical of the practices of the intelligence agencies. In both cases we avoided partisan pressure to blame the opposing party. In both cases Congress made statutory changes and the agencies changed their policies. It didn’t make things perfect, but it did make them better.

In both of these efforts the committee staff examined documents and interviewed all of the individuals involved. The Senate’s Intelligence Committee staff chose to interview no one. Their rationale – that some officers were under investigation and could not be made available – is not persuasive. Most officers were never under investigation and for those who were, the process ended by 2012.

Fairness should dictate that the examination of documents alone do not eliminate the need for interviews conducted by the investigators. Isolated emails, memos and transcripts can look much different when there is no context or perspective provided by those who sent, received or recorded them.

It is important for all of us to remember how unprepared we were for the attacks of September 11, 2001 and how unprepared we were to do the things necessary to keep the country from being attacked again. There was no operating manual to guide the choices and decisions made by the men and women in charge of protecting us. I will continue to read the report to learn of the mistakes we apparently made. I do not need to read the report in full to know this: We have not been attacked since and for that I am very grateful.

It is important for all of us to not let Congress dodge responsibility. Congressional oversight of intelligence is notoriously weak. The 9/11 Commission recommended a number of changes in the authorities of Congressional committees but the proposal – advanced by Senator McCain – did not come close to gathering a majority of votes in either the Senate or the House.

The worse consequence of a partisan report can be seen in this disturbing fact: It contains no recommendations. This is perhaps the most significant missed opportunity, because no one would claim the program was perfect or without its problems. But equally, no one with real experience would claim it was the completely ineffective and superfluous effort this report alleges.

Our intelligence personnel – who are once again on the front lines fighting the Islamic State – need recommended guidance from their board of governors: The U.S. Congress. Remarkably this report contains none. I hope – for the sake of our security and our values – Congress will follow the leadership of Senator McCain and give them this guidance.

Bob Kerrey, former governor of Nebraska and U.S. senator, is now the managing director of Allen and Company.

Voir également:

Declarations
A Flawed Report’s Important Lesson
Americans regardless of party should agree torture is wrong.
Peggy Noonan
WSJ
Dec. 11, 2014

The “torture report” exists. It shouldn’t—a better, more comprehensive, historically deeper and less partisan document should have been produced, and then held close for mandatory reading by all pertinent current and future officials—but it’s there. Anyone in the world who wants to read it can do a full download, and think what they think.

Its overall content left me thinking of a conversation in the summer of 1988 with the pollster Bob Teeter, a thoughtful man who worked for George Bush’s presidential campaign, as I did. I asked if he ever found things in polls that he wasn’t looking for and that surprised him. Bob got his Thinking Look, and paused. Yes, he said, here’s one: The American people don’t like the Japanese.

It surprised him, and me, and I asked what he thought it was about.

He didn’t think it was economic—he saw in the data that Americans admired Japan’s then-rising economy. He didn’t think it was World War II per se—he didn’t find quite the same kind of responses about Germany. We were quiet for a moment, and then our minds went to exactly the same place at the same time: Japanese torture of American soldiers in the Pacific war. The terrible, vicious barbarity of it. When the war ended, American boys went home, and the story of what they’d seen, experienced and heard filtered through families, workplaces and VFW halls. More than 40 years later, maybe it was still there, showing up in a poll.

It was just our guess, but I think a good one. A nation’s reputation in the world will not soon recover from such cruel, systemic actions, which seemed to bubble up from a culture. You’ll pay a price in terms of the world’s regard.

This is one of the reasons, only a practical one, torture is bad. It makes people lose respect for you. And when you come most deeply to terms with it, it can make you lose respect for you, too.

The arguments over the deficiencies of the torture report—we’ll get to some in a moment—have in a way overwhelmed that point.

But America should never again do what is asserted and outlined in the report, which enumerates various incidents of what I believe must honestly be called torture. American policy should be to treat prisoners the way we would hope—with clear eyes, knowing it is a hope—our prisoners would be treated.

The war we are engaged in is different, we know, and it is still going on and will be for some time, but it won’t help us fight it to become less like ourselves and more like those we oppose. Torture is not like us. It’s not part of the American DNA. We think of ourselves as better than that because we’ve been better than that.

It is almost childish to say it, yet children sometimes see obvious truths. We can’t use torture methods and still at the same time be the hope of the world. You’re an animal like the other animals or you’re something different, something higher, and known to be different and higher.

Someone has to be the good guy. For a long time in the world that has been our role. You might say it bubbled up from our culture.

We should not judge those who, in the months and years after 9/11, did what they thought necessary to forestall further attacks on America’s civilian population. They went with the legal guidance they had, propelled by the anxiety we all experienced. “There was no operating manual to guide the choices and decisions made by the men and women in charge of protecting us,” wrote former Nebraska Sen. Bob Kerrey this week in USA Today. None of them should be abused, embarrassed or prosecuted now.

But who is more hawkish and concerned about our security than Sen. John McCain , and who has more standing on the subject of torture, having been tortured over 5½ years as a prisoner of war in North Vietnam? He was denied medical treatment, starved, beaten, his arm rebroken and his ribs shattered; he was made to stand and put in stress positions, and put in solitary confinement for two years. This week on the floor of the Senate, he said the kind of practices outlined in the report, whose issuance he supported, do not produce actionable intelligence and “actually damage our security interests as well as our reputation as a force for good in the world.” He added: “The use of torture compromises that which most distinguishes us from our enemies, our belief that all people, even captured enemies, possess basic human rights.”

What the report contains is believable but insufficient; it’s not the whole story, it’s part of the story. Those involved in the episodes outlined should have been interviewed, and were not. The investigation and report should have been conducted so that they could win full bipartisan involvement and support, and were not.

The most stinging critique came from Mr. Kerrey, a Democrat who served eight years on the Senate Select Committee on Intelligence, which issued the report. In his USA Today piece he slammed the report’s partisanship: “I do not need to read the report to know that the Democratic staff alone wrote it.” The Republicans refused to take part “when they determined that their counterparts started out with the premise that the CIA was guilty and then worked to prove it.”

The purpose of the committee is “to stand above the fray and render balanced judgments,” but “this committee departed from that high road.”

As for not interviewing all individuals involved, the committee staff’s rationale—“that some officers were under investigation and could not be made available—is not persuasive.” Most officers were not under investigation, and those who were saw the process end in 2012.

Worse, wrote Mr. Kerrey, is the “disturbing fact” that the report “contains no recommendations. This is perhaps the most significant missed opportunity, because no one would claim the program was perfect or without its problems.” At the same time, he said, no one with real experience would claim it was completely ineffective. “Our intelligence personnel—who are once again on the front lines fighting the Islamic State—need recommended guidance from their board of governors: The U.S. Congress.”

There are more questions about the report. One is that it is generally understood to reflect longstanding tensions between the committee and the CIA. Another is the timing—the report was issued just as a defeated Democratic majority walked out the door, and has the look of a last, lobbed stink bomb: “See what the terrible Bush administration did? Bye now!” There is about the entire enterprise a sense of sin being expiated at someone else’s expense. The committee’s job is to oversee the CIA. If its own report is true, it didn’t do a very good job.

It can be hard to take seriously a report that seems largely a product of partisan resentment, guilt and blame shifting. And yet it outlines believable incidents of what is clearly torture.

The report is out there. If any good comes of it, it can be as a final demarcation between an old way of operating and a new one.

Voir encore:

A travesty of a report
Charles Krauthammer
Washington Post

December 11

The report by Democrats on the Senate Intelligence Committee regarding CIA interrogation essentially accuses the agency under George W. Bush of war criminality. Committee Chair Dianne Feinstein appears to offer some extenuation when she reminds us in the report’s preamble of the shock and “pervasive fear” felt after 9/11.

It’s a common theme (often echoed by President Obama): Amid panic and disorientation, we lost our moral compass and made awful judgments. The results are documented in the committee report. They must never happen again.

It’s a kind of temporary-insanity defense for the Bush administration. And it is not just unctuous condescension but hypocritical nonsense. In the aftermath of 9/11, there was nothing irrational about believing that a second attack was a serious possibility and therefore everything should be done to prevent it. Indeed, this was the considered opinion of the CIA, the administration, the congressional leadership and the American people.

Al-Qaeda had successfully mounted four major attacks on American targets in the previous three years. The pace was accelerating and the scale vastly increasing. The country then suffered a deadly anthrax attack of unknown origin. Al-Qaeda was known to be seeking weapons of mass destruction.

We were so blindsided that we established a 9/11 commission to find out why. And we knew next to nothing about the enemy: its methods, structure, intentions, plans. There was nothing morally deranged about deciding as a nation to do everything necessary to find out what we needed to prevent a repetition, or worse. As Feinstein said at the time, “We have to do some things that historically we have not wanted to do to protect ourselves.”

Nancy Pelosi, then ranking member of the House Intelligence Committee, was briefed about the interrogation program, including the so-called torture techniques. As were the other intelligence committee leaders. “We understood what the CIA was doing,” wrote Porter Goss, Pelosi’s chairman on the House committee. “We gave the CIA our bipartisan support; we gave the CIA funding to carry out its activities.”

Democrat Jay Rockefeller, while the vice chairman of the Senate Intelligence Committee, was asked in 2003 about turning over Khalid Sheik Mohammed to countries known to torture. He replied: “I wouldn’t take anything off the table where he is concerned.”

There was no uproar about this open countenancing of torture-by-proxy. Which demonstrates not just the shamelessness of Democrats today denouncing practices to which, at the time and at the very least, they made no objection. It demonstrates also how near-consensual was the idea that our national emergency might require extraordinary measures.

This is not to say that in carrying out the program there weren’t abuses, excesses, mismanagement and appalling mistakes (such as the death in custody — unintended but still unforgivable — of two detainees). It is to say that the root-and-branch denunciation of the program as, in principle, unconscionable is not just hypocritical but ahistorical.

To make that case, to produce a prosecutorial brief so entirely and relentlessly one-sided, the committee report (written solely by Democrats) excluded any testimony from the people involved and variously accused. None. No interviews, no hearings, no statements.

The excuse offered by the committee is that a parallel Justice Department inquiry precluded committee interviews. Rubbish. That inquiry ended in 2012. It’s December 2014. Why didn’t they take testimony in the interval? Moreover, even during the Justice Department investigation, the three CIA directors and many other officials were exempt from any restrictions. Why weren’t they interviewed?

Answer: So that committee Democrats could make their indictment without contradiction. So they could declare, for example, the whole program to be a failure that yielded no important information — a conclusion denied by practically every major figure involved, including Democrat and former CIA director Leon Panetta; Obama’s current CIA director, John Brennan; and three other CIA directors (including a Clinton appointee).
Speaking from the Senate floor, Senate Intelligence Chair Sen. Dianne Feinstein (D-Calif.) outlined the four categories of the 20 findings in a report released Tuesday regarding CIA interrogation techniques used between late 2001 and Jan. 2009. (AP)

Perhaps, say the critics, but we’ll never know whether less harsh interrogation would have sufficed.

So what was the Bush administration to do? Amid the smoking ruins of Ground Zero, conduct a controlled experiment in gentle interrogation and wait to see if we’d be hit again?

A nation attacked is not a laboratory for exquisite moral experiments. It’s a trust to be protected, by whatever means meet and fit the threat.

Accordingly, under the direction of the Bush administration and with the acquiescence of congressional leadership, the CIA conducted an uncontrolled experiment. It did everything it could, sometimes clumsily, sometimes cruelly, indeed, sometimes wrongly.

But successfully. It kept us safe.

Voir de plus:

The Torture Taboo
The taboo against torture is important and honorable, but sometimes the real world gets a veto. By Jonah Goldberg
Jonah Goldberg

National Review online

December 12, 2014

For a long time I resisted the word “torture” when discussing the “enhanced interrogation techniques” used against high-value captives in the War on Terror. I don’t think I can do that anymore.

The report put out by Dianne Feinstein and her fellow Democrats may be partisan, one-sided, tendentious, and “full of crap,” as Dick Cheney put it the other night on Special Report with Bret Baier. But even the selective use and misuse of facts doesn’t change their status as facts. What some of these detainees went through pretty obviously amounted to torture. You can call it “psychological torture” or something to that effect, but such qualifiers don’t get you all that far.

It’s true that torture is to some extent in the eye of the beholder. Everyone can agree that hot pokers, the rack, and the iron maiden qualify. But loud music, sleep deprivation, and even waterboarding? At first, maybe not. But over time, yes. Torture can be a lot like poison: The dosage matters.

One of the great problems with the word “torture” is that it tolerates no ambiguity. It is a taboo word, like racism or incest. Once you call something torture, the conversation is supposed to end. It’s a line no one may cross. As a result, if you think the enhanced interrogation techniques are necessary, or simply justified, you have to call them something else. Similarly, many sincere opponents of these techniques think that if they can simply call them “torture,” their work is done.

The problem is that the issue isn’t nearly so binary. Even John McCain — a vocal opponent of any kind of torture — has conceded that in some hypothetical nuclear ticking-time-bomb scenario, torture might be a necessary evil. His threshold might be very high, but the principle is there nonetheless. And nearly everyone understands the point: When a greater evil is looming in the imminent future, the lesser evil becomes more tolerable. This is why opponents of the interrogation program are obsessed with claiming that it never worked, at all.

And this suggests why the talking point about drone strikes has such power. Killing is worse than torture. Life in prison might be called torture for some people, and yet we consider the death penalty a more severe punishment. Most people would prefer to be waterboarded than killed. All sane and decent people would rather go through what Khalid Sheikh Mohammed went through than see their whole family slaughtered from 10,000 feet by a drone. And yet President Obama routinely sanctions drone strikes while piously outlawing the slapping of prisoners who might have information that would make such strikes less necessary — and, more importantly, would prevent the loss of innocent American lives.

It’s odd: Even though killing is a graver moral act, there’s more flexibility to it. America killed hundreds of thousands of innocent people in World War II, but few would call that murder because such actions as the firebombing of Dresden were deemed necessary to win the war.

In other words, we have the moral vocabulary to talk about kinds of killing — from euthanasia and abortion to capital punishment, involuntary manslaughter and, of course, murder — but we don’t have a similar lexicon when it comes to kinds of torture.

When John McCain was brutally tortured — far, far more severely than anything we’ve done to the 9/11 plotters — it was done to elicit false confessions and other statements for purposes of propaganda. When we tortured Khalid Sheikh Mohammed, it was to get actionable intelligence on ongoing plots. It seems to me that’s an important moral distinction. If I torture a fiend to find out where he left a child to suffocate or starve in some dungeon, that’s a less evil act than torturing someone just to hear them renounce their god or country. Also, KSM was not some innocent subjected to torture to satisfy the grotesque desires of some sadists. He is an unlawful combatant responsible for murdering thousands of innocent Americans.

This may sound like nothing more than a rationalization. But that is to be expected when you try to reason through a morally fraught problem. If you believe torture is wrong no matter what, then any sentence that begins, “Yeah, but . . . ” will seem like so much bankrupt sophistry. The same goes for truly devout believers in nonviolence who think any and all killing is wrong.

I can respect that, because I think the taboo against torture is important and honorable, just like the taboos against killing. And just like the taboos against killing, sometimes the real world gets a veto.

— Jonah Goldberg is a senior editor of National Review and a fellow at the American Enterprise Institute. You can write to him by e-mail at [email protected] or via Twitter @JonahNRO. © 2014 Tribune Content Agency, LLC

Voir par ailleurs:

Today’s CIA critics once urged the agency to do anything to fight al-Qaeda
Jose A. Rodriguez Jr.
Washington Post
December 5

Jose A. Rodriguez Jr. is a 31-year veteran of the CIA. He is the author of “Hard Measures: How Aggressive CIA Actions After 9/11 Saved American Lives.”

The men and women of my former organization, the CIA, are accustomed to frequent and sudden reversals of direction from their political leaders. But the latest twists and turns are especially dramatic.

In one ear they hear the public, the media and members of Congress raising alarms about the terrorist threat from the Islamic State: Do something! Do it now! Why didn’t you do something sooner? Politicians from both sides of the aisle are saying that the militant group is an enormous challenge and must be prevented from bringing its brutality to America’s shores. The president assures us that the United States will “degrade and ultimately destroy” these terrorists, while the vice president doubles down and says we will follow the Islamic State to “the gates of hell.”

But shouting in CIA officers’ other ear are people such as Sen. Dianne Feinstein (D-Calif.) regarding the 500-page summary of the Senate Intelligence Committee’s report on the agency’s interrogation efforts, which is expected to be released next week. The report’s leaked conclusion, which has been reported on widely, that the interrogation program brought no intelligence value is an egregious falsehood; it’s a dishonest attempt to rewrite history. I’m bemused that the Senate could devote so many resources to studying the interrogation program and yet never once speak to any of the key people involved in it, including the guy who ran it (that would be me).

According to news accounts of the report, Feinstein and her supporters will say that the CIA violated American principles and hid the ugly truth from Congress, the White House and the public. When the report comes out, I expect that few of the critics who will echo Feinstein’s charges will have read it — and far fewer will read or understand the minority response and the CIA’s rebuttal.

The interrogation program was authorized by the highest levels of the U.S. government, judged legal by the Justice Department and proved effective by any reasonable standard. The leaders of the Senate and House Intelligence Committees and of both parties in Congress were briefed on the program more than 40 times between 2002 and 2009. But Rep. Nancy Pelosi (D-Calif.) tried to deny that she was told in 2002 that detainees had been waterboarded. That is simply not true. I was among those who briefed her.

There’s great hypocrisy in politicians’ criticism of the CIA’s interrogation program. In the wake of the Sept. 11, 2001, attacks, lawmakers urged us to do everything possible to prevent another attack on our soil. Members of Congress and the administration were nearly unanimous in their desire that the CIA do all that it could to debilitate and destroy al-Qaeda. The CIA got the necessary approvals to do so and kept Congress briefed throughout. But as our successes grew, some lawmakers’ recollections shrank in regard to the support they once offered. Here are a couple of reminders.

On May 26, 2002, Feinstein was quoted in the New York Times saying that the attacks of 9/11 were a real awakening and that it would no longer be “business as usual.” The attacks, she said, let us know “that the threat is profound” and “that we have to do some things that historically we have not wanted to do to protect ourselves.”

After extraordinary CIA efforts, aided by information obtained through the enhanced-interrogation program, Khalid Sheik Mohammed, the self-proclaimed architect of the 9/11 attacks, was captured in Pakistan. Shortly afterward, Sen. John D. Rockefeller IV (D-W.Va.), then the ranking Democrat on the Senate Intelligence Committee, appeared on CNN’s “Late Edition” on March 2, 2003. Rockefeller, who had been extensively briefed about the CIA’s efforts, told Wolf Blitzer that “happily, we don’t know where [KSM] is,” adding: “He’s in safekeeping, under American protection. He’ll be grilled by us. I’m sure we’ll be proper with him, but I’m sure we’ll be very, very tough with him.”

When Blitzer asked about how KSM would be interrogated, Rockefeller assured him that “there are presidential memorandums that prescribe and allow certain measures to be taken, but we have to be careful.” Then he added: “On the other hand, he does have the information. Getting that information will save American lives. We have no business not getting that information.”

And that’s not all. Blitzer asked if the United States should turn over KSM to a friendly country with no restrictions against torture. Rockefeller, laughing, said he wouldn’t rule it out: “I wouldn’t take anything off the table where he is concerned, because this is the man who has killed hundreds and hundreds of Americans over the last 10 years.”

If Feinstein, Rockefeller and other politicians were saying such things in print and on national TV, imagine what they were saying to us in private. We did what we were asked to do, we did what we were assured was legal, and we know our actions were effective. Our reward, a decade later, is to hear some of these same politicians expressing outrage for what was done and, even worse, mischaracterizing the actions taken and understating the successes achieved.

I’m confident that my former CIA colleagues who are still on the job will do what is necessary to protect the nation from new Islamic State and continuing al-Qaeda threats. But in the back of their minds will be the nagging thought that, as they carry out legal, authorized and necessary actions, they may be only a few years away from being criticized and second-guessed by the people who today are urging them onward to the “gates of hell.”

Voir aussi:

 CIA saved lives
Introduction
The recently released Senate Select Committee on Intelligence (SSCI) Majority report on the CIA’s Rendition, Detention, and Interrogation Program is marred by errors of facts and interpretation and is completely at odds with the reality that the leaders and officers of the Central Intelligence Agency lived through. It represents the single worst example of Congressional oversight in our many years of government service.

Astonishingly, the SSCI Majority staff interviewed no CIA officers responsible for establishing, implementing, or evaluating the program’s effectiveness. Let us repeat, no one at the CIA was interviewed.

Worse, the Committee selectively used documents to try to substantiate a point of view where ample and contrary evidence existed. Over 5 years and at a cost of $40 million, the staff « cherry picked » through 6 million pages of documents to produce an answer they knew the Majority wanted. In the intelligence profession, that is called politicization.

The SSCI Majority would have the American people believe that the program was initiated by a rogue CIA that consistently lied to the President, the National Security Council, the Attorney General, and the Congress. Nothing could be further from the truth. Nothing.

We, as former senior officers of the Central Intelligence Agency, created this website to present documents that conclusively demonstrate that the program was: authorized by the President, overseen by the National Security Council, and deemed legal by the Attorney General of the United States on multiple occasions. None of those officials were interviewed either. None. CIA relied on their policy and legal judgments. We deceived no one. You will not find this truth in the Majority Report.

Absent from the report is any discussion of the context the United States faced after 9/11. This was a time we had solid evidence that al Qaida was planning a second wave of attacks against the U.S.; we had certain knowledge that bin Laden had met with Pakistani nuclear scientists and wanted nuclear weapons; we had reports that nuclear weapons were being smuggled into New York City; and we had hard evidence that al Qaida was trying to manufacture anthrax. It felt like a « ticking time bomb » every single day.

In this atmosphere, time was of the essence. We had a deep responsibility to do everything within the law to stop another attack. We clearly understood that, even with legal and policy approvals, our decisions would be questioned years later. But we also understood that we would be morally culpable for the deaths of fellow citizens if we failed to gain information that could stop the next attacks.

The report defies credulity by saying that the interrogation program did not produce any intelligence value. In fact, the program led to the capture of senior al Qaida leaders, including helping to find Usama bin Ladin, and resulted in operations that led to the disruption of terrorist plots that saved thousands of American and allied lives.

Finally, Congress was in the loop. The so-called « Gang of Eight” of top Congressional leaders were briefed in detail on the program. The briefings were detailed and drew reactions that ranged from approval to no objection to encouragement to be even more aggressive. Again, none of this context appears in the Majority’s report.

Our views are shared by the current CIA and the Senate Select Committee on Intelligence Republican Minority, both of which have released rebuttals to the Majority’s report. Both critiques are clear-eyed, fact-based assessments which challenge the Majority’s contention in a nonpartisan way. We urge all Americans to read them carefully before reaching any judgments.

Voir de même:

Ex-CIA Directors: Interrogations Saved Lives
The Senate Intelligence investigators never spoke to us—the leaders of the agency whose policies they are now assailing for partisan reasons.
WSJ

Dec. 10, 2014
The Senate Intelligence Committee has released its majority report on Central Intelligence Agency detention and interrogation in the wake of 9/11. The following response is from former CIA Directors George J. Tenet, Porter J. Goss and Michael V. Hayden (a retired Air Force general), and former CIA Deputy Directors John E. McLaughlin, Albert M. Calland (a retired Navy vice admiral) and Stephen R. Kappes :

The Senate Intelligence Committee’s report on Central Intelligence Agency detention and interrogation of terrorists, prepared only by the Democratic majority staff, is a missed opportunity to deliver a serious and balanced study of an important public policy question. The committee has given us instead a one-sided study marred by errors of fact and interpretation—essentially a poorly done and partisan attack on the agency that has done the most to protect America after the 9/11 attacks.

Examining how the CIA handled these matters is an important subject of continuing relevance to a nation still at war. In no way would we claim that we did everything perfectly, especially in the emergency and often-chaotic circumstances we confronted in the immediate aftermath of 9/11. As in all wars, there were undoubtedly things in our program that should not have happened. When we learned of them, we reported such instances to the CIA inspector general or the Justice Department and sought to take corrective action.

The country and the CIA would have benefited from a more balanced study of these programs and a corresponding set of recommendations. The committee’s report is not that study. It offers not a single recommendation.

Our view on this is shared by the CIA and the Senate Intelligence Committee’s Republican minority, both of which are releasing rebuttals to the majority’s report. Both critiques are clear-eyed, fact-based assessments that challenge the majority’s contentions in a nonpartisan way.

What is wrong with the committee’s report?

First, its claim that the CIA’s interrogation program was ineffective in producing intelligence that helped us disrupt, capture, or kill terrorists is just not accurate. The program was invaluable in three critical ways:

• It led to the capture of senior al Qaeda operatives, thereby removing them from the battlefield.

• It led to the disruption of terrorist plots and prevented mass casualty attacks, saving American and Allied lives.

• It added enormously to what we knew about al Qaeda as an organization and therefore informed our approaches on how best to attack, thwart and degrade it.

A powerful example of the interrogation program’s importance is the information obtained from Abu Zubaydah, a senior al Qaeda operative, and from Khalid Sheikh Muhammed, known as KSM, the 9/11 mastermind. We are convinced that both would not have talked absent the interrogation program.

Information provided by Zubaydah through the interrogation program led to the capture in 2002 of KSM associate and post-9/11 plotter Ramzi Bin al-Shibh. Information from both Zubaydah and al-Shibh led us to KSM. KSM then led us to Riduan Isamuddin, aka Hambali, East Asia’s chief al Qaeda ally and the perpetrator of the 2002 Bali bombing in Indonesia—in which more than 200 people perished.

The removal of these senior al Qaeda operatives saved thousands of lives because it ended their plotting. KSM, alone, was working on multiple plots when he was captured.

Here’s an example of how the interrogation program actually worked to disrupt terrorist plotting. Without revealing to KSM that Hambali had been captured, we asked him who might take over in the event that Hambali was no longer around. KSM pointed to Hambali’s brother Rusman Gunawan. We then found Gunawan, and information from him resulted in the takedown of a 17-member Southeast Asian cell that Gunawan had recruited for a “second wave,” 9/11-style attack on the U.S. West Coast, in all likelihood using aircraft again to attack buildings. Had that attack occurred, the nightmare of 9/11 would have been repeated.

Once they had become compliant due to the interrogation program, both Abu Zubaydah and KSM turned out to be invaluable sources on the al Qaeda organization. We went back to them multiple times to gain insight into the group. More than one quarter of the nearly 1,700 footnotes in the highly regarded 9/11 Commission Report in 2004 and a significant share of the intelligence in the 2007 National Intelligence Estimate on al Qaeda came from detainees in the program, in particular Zubaydah and KSM.

The majority on the Senate Intelligence Committee further claims that the takedown of bin Laden was not facilitated by information from the interrogation program. They are wrong. There is no doubt that information provided by the totality of detainees in CIA custody, those who were subjected to interrogation and those who were not, was essential to bringing bin Laden to justice. The CIA never would have focused on the individual who turned out to be bin Laden’s personal courier without the detention and interrogation program.

Specifically, information developed in the interrogation program piqued the CIA’s interest in the courier, placing him at the top of the list of leads to bin Laden. A detainee subjected to interrogation provided the most specific information on the courier. Additionally, KSM and Abu Faraj al-Libi—both subjected to interrogation—lied about the courier at a time when both were providing honest answers to a large number of other critical questions. Since other detainees had already linked the courier to KSM and Abu Faraj, their dissembling about him had great significance.

So the bottom line is this: The interrogation program formed an essential part of the foundation from which the CIA and the U.S. military mounted the bin Laden operation.

The second significant problem with the Senate Intelligence Committee’s report is its claim that the CIA routinely went beyond the interrogation techniques as authorized by the Justice Department. That claim is wrong.

President Obama ’s attorney general, Eric Holder , directed an experienced prosecutor, John Durham, to investigate the interrogation program in 2009. Mr. Durham examined whether any unauthorized techniques were used by CIA interrogators, and if so, whether such techniques could constitute violations of U.S. criminal statutes. In a press release, the attorney general said that Mr. Durham “examined any possible CIA involvement with the interrogation and detention of 101 detainees who were alleged to have been in U.S. custody” after the terrorist attacks of Sept. 11, 2001. The investigation was concluded in August 2012. It was professional and exhaustive and it determined that no prosecutable offenses were committed.

Third, the report’s argument that the CIA misled the Justice Department, the White House, Congress, and the American people is also flat-out wrong. Much of the report’s reasoning for this claim rests on its argument that the interrogation program should not have been called effective, an argument that does not stand up to the facts.

Fourth, the majority left out something critical to understanding the program: context.

The detention and interrogation program was formulated in the aftermath of the murders of close to 3,000 people on 9/11. This was a time when:

• We had evidence that al Qaeda was planning a second wave of attacks on the U.S.

• We had certain knowledge that bin Laden had met with Pakistani nuclear scientists and wanted nuclear weapons.

• We had reports that nuclear weapons were being smuggled into New York City.

• We had hard evidence that al Qaeda was trying to manufacture anthrax.

It felt like the classic “ticking time bomb” scenario—every single day.

In this atmosphere, time was of the essence and the CIA felt a deep responsibility to ensure that an attack like 9/11 would never happen again. We designed the detention and interrogation programs at a time when “relationship building” was not working with brutal killers who did not hesitate to behead innocents. These detainees had received highly effective counter-interrogation training while in al Qaeda training camps. And yet it was clear they possessed information that could disrupt plots and save American lives.

The Senate committee’s report says that the CIA at that point had little experience or expertise in capture, detention or interrogation of terrorists. We agree. But we were charged by the president with doing these things in emergency circumstances—at a time when there was no respite from threat and no luxury of time to act. Our hope is that no one ever has to face such circumstances again.

The Senate committee’s report ignores this context.

The committee also failed to make clear that the CIA was not acting alone in carrying out the interrogation program. Throughout the process, there was extensive consultation with the national security adviser, deputy national security adviser, White House counsel, and the Justice Department.

The president approved the program. The attorney general deemed it legal.

The CIA went to the attorney general for legal rulings four times—and the agency stopped the program twice to ensure that the Justice Department still saw it as consistent with U.S. policy, law and our treaty obligations. The CIA sought guidance and reaffirmation of the program from senior administration policy makers at least four times.

We relied on their policy and legal judgments. We deceived no one.

The CIA reported any allegations of abuse to the Senate-confirmed inspector general and the Justice Department. CIA senior leadership forwarded nearly 20 cases to the Justice Department, and career Justice officials decided that only one of these cases—unrelated to the formal interrogation program—merited prosecution. That person received a prison term.

The CIA briefed Congress approximately 30 times. Initially, at presidential direction the briefings were restricted to the so-called Gang of Eight of top congressional leaders—a limitation permitted under covert-action laws. The briefings were detailed and graphic and drew reactions that ranged from approval to no objection. The briefings held nothing back.

Congress’s view in those days was very different from today. In a briefing to the Senate Intelligence Committee after the capture of KSM in 2003, committee members made clear that they wanted the CIA to be extremely aggressive in learning what KSM knew about additional plots. One senator leaned forward and forcefully asked: “Do you have all the authorities you need to do what you need to do?”

In September 2006, at the strong urging of the CIA, the administration decided to brief full committee and staff directors on the interrogation program. As part of this, the CIA sought to enter into a serious dialogue with the oversight committees, hoping to build a consensus on a way forward acceptable to the committee majority and minority and to the congressional and executive branches. The committees missed a chance to help shape the program—they couldn’t reach a consensus. The executive branch was left to proceed alone, merely keeping the committees informed.

How did the committee report get these things so wrong? Astonishingly, the staff avoided interviewing any of us who had been involved in establishing or running the program, the first time a supposedly comprehensive Senate Select Committee on Intelligence study has been carried out in this way.

The excuse given by majority senators is that CIA officers were under investigation by the Justice Department and therefore could not be made available. This is nonsense. The investigations referred to were completed in 2011 and 2012 and applied only to certain officers. They never applied to six former CIA directors and deputy directors, all of whom could have added firsthand truth to the study. Yet a press account indicates that the committee staff did see fit to interview at least one attorney for a terrorist at Guantanamo Bay.

We can only conclude that the committee members or staff did not want to risk having to deal with data that did not fit their construct. Which is another reason why the study is so flawed. What went on in preparing the report is clear: The staff picked up the signal at the outset that this study was to have a certain outcome, especially with respect to the question of whether the interrogation program produced intelligence that helped stop terrorists. The staff members then “cherry picked” their way through six million pages of documents, ignoring some data and highlighting others, to construct their argument against the program’s effectiveness.

In the intelligence profession, that is called politicization.

As lamentable as the inaccuracies of the majority document are—and the impact they will have on the public’s understanding of the program—some consequences are alarming:

• Many CIA officers will be concerned that being involved in legally approved sensitive actions can open them to politically driven scrutiny and censure from a future administration.

• Foreign intelligence partners will have even less confidence that Washington, already hemorrhaging with leaks, will be able to protect their cooperation from public scrutiny. They will cooperate less with the United States.

• Terrorists, having acquired now the largest haven (in the Middle East and North Africa) and string of successes they have had in a decade, will have yet another valuable recruitment tool.

All of this means more danger for the American people and for our allies.

Anyone who has led a U.S. intelligence agency supports strong congressional oversight. It is essential as a check on leadership judgment in a profession that deals constantly with uncertainty, crises and the potential for surprise. We have all experienced and benefited from that in our careers, including at times when the judgment of overseers was critical.

When oversight works well, it is balanced, constructively critical and discreet—and offers sound recommendations. The Senate Intelligence Committee’s report is disrespectful of that standard.

It’s fair to ask whether the interrogation program was the right policy, but the committee never takes on this toughest of questions.

On that important issue it is important to know that the dilemma CIA officers struggled with in the aftermath of 9/11 was one that would cause discomfort for those enamored of today’s easy simplicities: Faced with post-9/11 circumstances, CIA officers knew that many would later question their decisions—as we now see—but they also believed that they would be morally culpable for the deaths of fellow citizens if they failed to gain information that could stop the next attacks.

Between 1998 and 2001, the al Qaeda leadership in South Asia attacked two U.S. embassies in East Africa, a U.S. warship in the port of Aden, Yemen, and the American homeland—the most deadly single foreign attack on the U.S. in the country’s history. The al Qaeda leadership has not managed another attack on the homeland in the 13 years since, despite a strong desire to do so. The CIA’s aggressive counterterrorism policies and programs are responsible for that success.

Related documents are available at ciasavedlives.com.

Voir enfin:

ÉTATS-UNIS
La CIA et la torture, un rapport explosif
La commission du renseignement du Sénat devait dévoiler les résultats de ses travaux sur les techniques d’interrogatoire de la CIA le 9 décembre. Résultat d’années d’enquêtes, cette publication, très attendue, a été plusieurs fois reportée et fait déjà polémique.
Courrier international
9 Décembre 2014

L’utilisation par la CIA de la torture après le 11 septembre 2001 fait l’objet d’un rapport qui devait être rendu public par le Sénat ce mardi 9 décembre. Rédigé par la commission du Sénat chargée du renseignement au terme d’une enquête lancée en 2009, ce rapport était attendu depuis plusieurs mois. Ce qui est rendu public n’est qu’un résumé du contenu d’un document de 6 000 pages.

Un brouillon avait été remis en 2012 au Sénat mais la CIA avait alors demandé à lancer sa propre enquête interne, soulignant les nombreuses erreurs du rapport établi par le Sénat. La réponse de la CIA a été d’ailleurs incluse dans le document final, explique The Washington Post.

Le chroniqueur conservateur Michael Gerson du Washington Post voit dans la publication de ce rapport « au milieu d’une guerre qui vise de nombreux Américains toujours impliqués » dans les combats, « un acte exceptionnel d’insouciance de la part du Sénat ». A ses yeux, cette publication n’a qu’un seul objectif : permettre aux démocrates de se dédouaner. « Les démocrates qui ont approuvé à l’époque ces méthodes d’interrogatoire musclées doivent maintenant construire une fiction selon laquelle ils n’avaient pas donné leur soutien et ne connaissaient rien à cette question. » Ils créent ainsi « une nouvelle réalité selon laquelle ils seraient innocents et auraient été trompés ».

Des méthodes sans résultats

La commission du Sénat, dirigée par la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein, a commencé à s’intéresser au programme de tortures de la CIA à la suite des révélations en 2007 de la destruction des vidéos montrant les détenus subissant le « supplice de la baignoire » – ou simulation de noyade –, une méthode de torture qui consiste à bloquer les voies respiratoires du détenu par un linge mouillé régulièrement aspergé.

Deux ans plus tard, détaille The Washington Post, dans un autre article consacré au même sujet, la commission du Sénat a lancé une enquête officielle sur ce programme. Si les élus républicains ont dans un premier temps soutenu l’initiative, ils se sont par la suite retirés de l’enquête.

Le Washington Post s’interroge pour savoir si les méthodes d’interrogatoire musclées ont permis d’obtenir des informations qui ont conduit à Oussama Ben Laden. Et la réponse est en demi-teinte, puisque certains détenus ont parlé avant même d’être torturés alors que d’autres ont fourni de fausses informations, sous la torture.

Les avocats du ministère de la Justice avaient conclu que les techniques autorisées par la CIA, dont la possibilité de gifler les détenus, la privation de sommeil ou la simulation de noyade, « ne pouvaient être assimilées » à de la torture. Après sa prise de fonction en janvier 2009, le président Barack Obama avait interdit le recours à ces techniques, les qualifiant de torture.

Faut-il absoudre les responsables de la torture ?

Mais aucune poursuite n’a été engagée alors que la loi américaine interdit le recours à la torture. Et pour cause, en 2012, le ministre de la Justice, Eric Holder, avait annoncé qu’aucune charge ne pourrait être retenue contre les membres de la CIA ayant effectué des actes de torture.

Une impunité qui fait dire à Anthony Romero, le directeur de l’American Civil Liberties Union, principale organisation de défense des libertés civiles américaine et qui demande depuis treize ans des poursuites judiciaires pour ces crimes, que Barack Obama doit officiellement absoudre les responsables de cette politique.

« Reconnaître que les plus hautes personnalités de l’Etat ont autorisé des conduites qui violent les lois fondamentales » permettrait de tourner la page et « serait un signal à ceux qui, dans le futur, envisageraient le recours à la torture », plaide Anthony Romero dans The New York Times.

Dans la liste des personnalités à absoudre, Anthony Romero nomme notamment l’ancien président George W. Bush, l’ancien vice-président Dick Cheney pour avoir supervisé l’ensemble du programme, mais aussi l’ancien directeur de la CIA Georges Tenet pour avoir autorisé la torture dans les prisons secrètes de la CIA, ainsi que l’ancien ministre de la Défense Donald Rumsfeld pour avoir donné le feu vert à l’utilisation de la torture dans la prison de Guantanamo Bay.

Mais le militant des droits de l’homme reconnaît que le spectacle du président Obama accordant l’absolution aux bourreaux « lui retournerait l’estomac ».