Livres: Cachez ce péché originel que je ne saurai voir ! (We’re all children and forever indebted to evil empires born in blood and maintained through oppression and war that no academic or political surgery can ever purge because we’d be defending nothing but the legacy of an older and no less brutal empire)

Victoria Station Bombay, Chhatrapati Shivaji Terminus. India 2011 - YouTubeTaj Mahal built by traitors, says BJP 'hate speaker' - The Frontier Post

The invader (Léon-Maxime Faivre, 1884)

West Bank neighbors flock to Mt. Gerizim for Samaritan Passover sheep  slaughter | The Times of IsraelYaniv Nadav Photography | Samaritan community attend the traditional  Passover sacrifice in Mount GerizimCaïn se jeta sur son frère Abel et le tua. (…) Il bâtit ensuite une ville et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. Genèse 4: 8-17
Voici, je suis né dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché. David (Psaume 51: 5)
Vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Jésus (Matthieu 23: 30-31)
C’est un ennemi qui a fait cela. (…) Non, [ne l’arrachez pas] de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson. Jésus (Matthieu 13: 27-30)
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis (…) afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 43-45)
Bon, mais à part les égouts, l’éducation, le vin, l’ordre public, l’irrigation, les routes, le système d’eau courante et la santé publique, qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ? Life of Brian
Enlever, égorger, piller, c’est, dans leur faux langage, gouverner ; et, où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont donné la paix. Calgacos (d’après Tacite, 83 après JC)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Aujourd’hui nous pourrions vraiment faire la synthèse de l’anthropologie de la fin du XIXe et du début du XXe. Prenez James George Frazer, l’auteur du célèbre Rameau d’or: qu’est-ce qu’il n’a pas vu sur le bouc émissaire! Lorsqu’il a choisi l’expression « bouc émissaire » pour désigner toute une catégorie de victimes, il a créé ses propres catégories, qui sont un peu hésitantes parfois, mais il est toujours allé dans la bonne direction. S’il s’est vite arrêté, c’est qu’il ne voulait pas reconnaître dans son monde et en lui-même, le bouc émissaire. Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. Frazer a vu ce que les déconstructionnistes ne voient pas. Il a vu le bouc émissaire chez les autres, il ne l’a pas vu dans l’Angleterre victorienne. On peut dire que la pensée moderne opère toujours un jeu de cache-cache pour ne pas voir la violence. Tantôt on la voit chez les autres, et pas chez soi, tantôt on la voit seulement chez soi, et pas chez les autres. Or, c’est du pareil au même. Mais le fait que nous la voyons maintenant chez nous est le signe d’une aggravation de la crise sacrificielle et donc on peut espérer qu’on va vers la vérité. La meilleure manière de démontrer la théorie du bouc émissaire, revient à mettre en rapport les hommes du XIXe siècle qui ne voyaient la présence de boucs émissaires qu’ailleurs et nous qui ne la voyons que chez nous et non ailleurs. Rassemblez les deux et vous aurez la vérité. (…) La théorie mimétique le fait parce qu’elle introduit la notion d’évolution, d’évolution historique ou de cassure. Elle est obligée d’introduire le temps pour éviter précisément le jugement moral anachronique. Si vous introduisez la notion de temps pleinement, vous n’allez pas condamner les cultures archaïques. Notre époque a raison de réhabiliter les boucs émissaires du passé! Mais nous nous croyons supérieurs à nos pères, dont nous faisons à notre tour des boucs émissaires. Nous sommes comme ces pharisiens dont parle Jésus, qui élevaient benoîtement des tombeaux à tous les prophètes que leurs pères avaient tués, pour se glorifier eux-mêmes. (…) Le Christ dénonce la répétition mimétique du passé, ce mécanisme mimétique selon lequel les fils pensent faire mieux que les pères, être indemnes de violence. Comme c’est le cas aujourd’hui. René Girard
Les gens imaginent aujourd’hui l’ancien Temple de Jérusalem comme une sorte de grande synagogue où les prêtres vêtus de robes blanches comme neige accueillaient les pieux pèlerins au son de psaumes mélodieux dans une atmosphère lourde d’encens. En réalité, cela tenait plutôt de l’abattoir et du barbecue géant. Les pèlerins n’arrivaient pas les mains vides. Ils apportaient avec eux un flot incessant de moutons, de chèvres, de poulets et d’autres animaux, qui étaient sacrifiés sur l’autel de Dieu puis cuisinés et consommés. Les psaumes chantés par le chœur étaient noyés sous les beuglements et les bêlements des veaux et des chevreaux. Les prêtres aux habits souillés de sang tranchaient la gorge des victimes, recueillaient dans des jarres le sang jaillissant et le répandaient sur l’autel. Le parfum d’encens se mêlait aux odeurs de sang coagulé et de viande rôtie, tandis que des essaims de mouches noires bourdonnaient de toutes parts(voir, par exemple, Nombres 28, Deutéronome 12 et 1, Samuel 2). Une famille juive moderne qui célèbre une fête religieuse par un barbecue sur sa pelouse est bien plus proche de l’esprit des temps bibliques qu’une famille orthodoxe qui passe son temps à étudier les Écritures dans une synagogue. Yuval Harari (Homo deus, 2015)
La gare ferroviaire Chhatrapati Shivaji de Mumbai, anciennement Victoria Station, quand la ville s’appelait Bombay. Les Britanniques la construisirent dans le style néogothique alors en vogue à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne. Un gouvernement nationaliste hindou changea le nom de la ville et de la gare, sans être pour autant tenté de raser un bâtiment aussi magnifique alors même qu’il était l’œuvre d’oppresseurs étrangers. Yuval Noah Harari
Le Taj Mahal. Exemple de culture indienne « authentique » ou création étrangère de l’impérialisme islamique ? Yuval Noah Harari
Combien d’Indiens, de nos jours, appelleraient de leurs vœux un référendum pour se défaire de la démocratie, de l’anglais, du réseau ferroviaire, du système juridique, du cricket et du thé sous prétexte qu’ils font partie de l’héritage impérial ? Même s’ils le faisaient, le fait même d’appeler à un vote pour trancher n’illustrerait-il pas leur dette envers leurs anciens suzerains ? Même si nous devions entièrement désavouer l’héritage d’un empire brutal dans l’espoir de reconstruire ou de sauvegarder les cultures  « authentiques » d’avant, nous ne défendrions très probablement que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal. Ceux qui s’offusquent de la mutilation de la culture indienne par le Raj britannique sanctifient à leur insu l’héritage de l’Empire moghol et du sultanat conquérant de Delhi. Et qui s’efforce de sauver l’« authentique culture indienne » des influences étrangères de ces empires musulmans sanctifie l’héritage des empires gupta, kushan et maurya. Si un ultranationaliste hindou devait détruire tous les bâtiments laissés par les conquérants britanniques comme la gare centrale de Bombay, que ferait-il des constructions des conquérants musulmans comme le Taj Mahal ? Nul ne sait réellement résoudre cette épineuse question de l’héritage culturel. Quelle que soit la voie suivie, la première étape consiste à prendre acte de la complexité du dilemme et à accepter que la division simpliste du passé en braves types et en sales types ne mène à rien. À moins, bien entendu, que nous soyons prêts à admettre que nous marchons habituellement sur les brisées des sales types. Yuval Noah Harari

Cachez ce péché originel que je ne saurai voir !

Et si …

A l’heure où nous traversons à nouveau …

A l’instar de nos pogroms, chasses aux sorcières, révolutions ou génocides …

Cette fois entre déboulonnages de statues, débaptêmes de rues et mise au pilori de professeurs ou d’intellectuels …

L’une de ces périodes, dont est faite notre histoire, de folie furieuse de purification

Comment ne pas repenser …

A cet excellent texte issu de Sapiens, le best-seller mondial de l’historien israélien Yuval Noah Harari …

Où reprenant pour l’histoire humaine, l’entreprise vulgarisatrice de bref survol historique de Hawking pour l’univers …

Mais oubliant en passager clandestin typique de notre siècle …

La source de cette singulière lucidité de notre époque

Mais hélas aussi de son double non moins singulier de cécité

A savoir l’idée, proprement biblique mais aujourd’hui si décriée, de péché originel …

Comme avec la parabole évangélique de l’ivraie à ne pas arracher par peur d’arracher le bon grain avec …

Celle de la tolérance dont nous sommes aujourd’hui si fiers …

Il montre à quel point nous sommes tous les enfants à jamais redevables des méchants empires qui nous ont précédés …

Nés dans le sang et maintenus par l’oppression et la guerre …

Mais qu’aucune chirurgie académique ou politique ne pourra jamais purger …

Parce que nous ne défendrions rien d’autre que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal … ?

BRAVES TYPES ET SALES TYPES DANS L’HISTOIRE

Yuval Noah Harari

Sapiens – Une brève histoire de l’humanité

2012

Il est tentant de diviser le monde en braves types et en sales types pour classer les empires parmi les salauds de l’histoire. Après tout, la quasi-totalité de ces empires sont nés dans le sang et ont conservé le pouvoir par l’oppression et la guerre. Pourtant, la plupart des cultures actuelles reposent sur des héritages impériaux. Si les empires sont mauvais par définition, qu’est-ce que cela dit de nous ? Il est des écoles de pensée et des mouvements politiques qui voudraient purger la culture humaine de l’impérialisme, pour ne laisser qu’une civilisation qu’ils croient pure, authentique, sans la souillure du péché. Ces idéologies sont au mieux naïves ; au pire, elles servent de façade hypocrite au nationalisme et au fanatisme sommaires. Peut-être pourriez-vous plaider que, dans la myriade de cultures apparues à l’aube de l’histoire, il en était quelques-unes de pures, soustraites au péché et aux influences délétères des autres sociétés. Depuis cette aube, cependant, aucune culture ne saurait raisonnablement y prétendre ; il n’existe assurément aucune culture de ce genre sur terre. Toutes les cultures humaines sont au moins en partie héritières d’empires et de civilisations impériales, et aucune opération de chirurgie universitaire ou politique ne saurait retrancher l’héritage impérial sans tuer le patient.Songez, par exemple, à la relation ambivalente qui existe entre l’actuelle République indienne indépendante et le Raj britannique. La conquête et l’occupation britanniques coûtèrent la vie à des millions d’Indiens et se soldèrent par l’humiliation et l’exploitation de centaines de millions d’autres. Beaucoup d’Indiens adoptèrent néanmoins, avec l’ardeur de néophytes, des idées occidentales comme l’autodétermination et les droits de l’homme. Ils furent consternés de voir les Britanniques refuser d’appliquer leurs valeurs proclamées et d’accorder aux indigènes des droits égaux en tant que sujets britanniques ou l’indépendance. L’État indien moderne n’en est pas moins fils de l’Empire britannique. Certes les Britanniques tuèrent, blessèrent et persécutèrent les habitants du sous-continent, mais ils unirent également une ahurissante mosaïque de royaumes,principautés et tribus rivales, créant une conscience nationale partagée et un pays formant plus ou moins une unité politique. Ils jetèrent les bases du système judiciaire indien, créèrent une administration et construisirent un réseau ferroviaire critique pour l’intégration économique. L’Inde indépendante fit de la démocratie occidentale, dans son incarnation britannique, sa forme de gouvernement. L’anglais reste la lingua franca du sous-continent : une langue neutre qui permet de communiquer entre citoyens de langue hindi, tamoul ou malayalam. Les Indiens sont des joueurs de cricket passionnés et de grands buveurs de chai (thé) : le jeu et la boisson sont tous deux des héritages britanniques. La culture commerciale du thé n’existait pas en Inde avant que la British East India Company ne l’introduise au milieu du XIXe siècle. Ce sont les snobs de sahibs britanniques qui lancèrent la consommation de thé dans tout le sous-continent.

Combien d’Indiens, de nos jours, appelleraient de leurs vœux un référendum pour se défaire de la démocratie, de l’anglais, du réseau ferroviaire, du système juridique, du cricket et du thé sous prétexte qu’ils font partie de l’héritage impérial ? Même s’ils le faisaient, le fait même d’appeler à un vote pour trancher n’illustrerait-il pas leur dette envers leurs anciens suzerains ? Même si nous devions entièrement désavouer l’héritage d’un empire brutal dans l’espoir de reconstruire ou de sauvegarder les cultures « authentiques »d’avant, nous ne défendrions très probablement que l’héritage d’un empire plus ancien et non moins brutal. Ceux qui s’offusquent de la mutilation de la culture indienne par le Raj britannique sanctifient à leur insu l’héritage de l’Empire moghol et du sultanat conquérant de Delhi. Et qui s’efforce de sauver l’« authentique culture indienne » des influences étrangères de ces empires musulmans sanctifie l’héritage des empires gupta, kushan et maurya. Si un ultranationaliste hindou devait détruire tous les bâtiments laissés par les conquérants britanniques comme la gare centrale de Bombay, que ferait-il des constructions des conquérants musulmans comme le Taj Mahal ?

Nul ne sait réellement résoudre cette épineuse question de l’héritage culturel. Quelle que soit la voie suivie, la première étape consiste à prendre acte de la complexité du dilemme et à accepter que la division simpliste du passé en braves types et en sales types ne mène à rien. À moins, bien entendu, que nous soyons prêts à admettre que nous marchons habituellement sur les brisées des sales types.

Voir aussi:

Good Guys and Bad Guys in History

It is tempting to divide history neatly into good guys and bad guys, with all empires among the bad guys. For the vast majority of empires were founded on blood, and maintained their power through oppression and war. Yet most of today’s cultures are based on imperial legacies. If empires are by definition bad, what does that say about us?

There are schools of thought and political movements that seek to purge human culture of imperialism, leaving behind what they claim is a pure, authentic civilisation, untainted by sin. These ideologies are at best naïve; at worst they serve as disingenuous window-dressing for crude nationalism and bigotry. Perhaps you could make a case that some of the myriad cultures that emerged at the dawn of recorded history were pure, untouched by sin and unadulterated by other societies. But no culture since that dawn can reasonably make that claim, certainly no culture that exists now on earth. All human cultures are at least in part the legacy of empires and imperial civilisations, and no academic or political surgery can cut out the imperial legacies without killing the patient.

Think, for example, about the love-hate relationship between the independent Indian republic of today and the British Raj. The British conquest and occupation of India cost the lives of millions of Indians, and was responsible for the continuous humiliation and exploitation of hundreds of millions more. Yet many Indians adopted, with the zest of converts, Western ideas such as self-determination and human rights, and were dismayed when the British refused to live up to their own declared values by granting native Indians either equal rights as British subjects or independence.

Nevertheless, the modern Indian state is a child of the British Empire. The British killed, injured and persecuted the inhabitants of the subcontinent, but they also united a bewildering mosaic of warring kingdoms, principalities and tribes, creating a shared national consciousness and a country that functioned more or less as a single political unit. They laid the foundations of the Indian judicial system, created its administrative structure, and built the railroad network that was critical for economic integration. Independent India adopted Western democracy, in its British incarnation, as its form of government. English is still the subcontinent’s lingua franca, a neutral tongue that native speakers of Hindi, Tamil and Malayalam can use to communicate. Indians are passionate cricket players and chai (tea) drinkers, and both game and beverage are British legacies. Commercial tea farming did not exist in India until the mid-nineteenth century, when it was introduced by the British East India Company. It was the snobbish British sahibs who spread the custom of tea drinking throughout the subcontinent.

28. The Chhatrapati Shivaji train station in Mumbai. It began its life as Victoria Station, Bombay. The British built it in the Neo-Gothic style that was popular in late nineteenth-century Britain. A Hindu nationalist government changed the names of both city and station, but showed no appetite for razing such a magnificent building, even if it was built by foreign oppressors.

How many Indians today would want to call a vote to divest themselves of democracy, English, the railway network, the legal system, cricket and tea on the grounds that they are imperial legacies? And if they did, wouldn’t the very act of calling a vote to decide the issue demonstrate their debt to their former overlords?

29. The Taj Mahal. An example of ‘authentic’ Indian culture, or the alien creation of Muslim imperialism?

Even if we were to completely disavow the legacy of a brutal empire in the hope of reconstructing and safeguarding the ‘authentic’ cultures that preceded it, in all probability what we will be defending is nothing but the legacy of an older and no less brutal empire. Those who resent the mutilation of Indian culture by the British Raj inadvertently sanctify the legacies of the Mughal Empire and the conquering sultanate of Delhi. And whoever attempts to rescue ‘authentic Indian culture’ from the alien influences of these Muslim empires sanctifies the legacies of the Gupta Empire, the Kushan Empire and the Maurya Empire. If an extreme Hindu nationalist were to destroy all the buildings left by the British conquerors, such as Mumbai’s main train station, what about the structures left by India’s Muslim conquerors, such as the Taj Mahal?

Nobody really knows how to solve this thorny question of cultural inheritance. Whatever path we take, the first step is to acknowledge the complexity of the dilemma and to accept that simplistically dividing the past into good guys and bad guys leads nowhere. Unless, of course, we are willing to admit that we usually follow the lead of the bad guys.

Voir également:

Were we happier in the stone age?
Does modern life make us happy? We have gained much but we have lost a great deal too. Are humans better suited to a hunter-gatherer lifestyle?
Yuval Noah Harari
The Guardian
5 Sep 2014

We are far more powerful than our ancestors, but are we much happier? Historians seldom stop to ponder this question, yet ultimately, isn’t it what history is all about? Our understanding and our judgment of, say, the worldwide spread of monotheistic religion surely depends on whether we conclude that it raised or lowered global happiness levels. And if the spread of monotheism had no noticeable impact on global happiness, what difference did it make?

With the rise of individualism and the decline of collectivist ideologies, happiness is arguably becoming our supreme value. With the stupendous growth in human production, happiness is also acquiring unprecedented economic importance. Consumerist economies are increasingly geared to supply happiness rather than subsistence or even affluence, and a chorus of voices is now calling for a replacement of GDP measurements with happiness statistics as the basic economic yardstick. Politics seems to be following suit. The traditional right to « the pursuit of happiness » is imperceptibly morphing into a right to happiness, which means that it is becoming the duty of government to ensure the happiness of its citizens. In 2007 the European commission launched « Beyond GDP » to consider the feasibility of using a wellbeing index to replace or complement GDP. Similar initiatives have recently been developed in numerous other countries – from Thailand to Canada, from Israel to Brazil.

Most governments still focus on achieving economic growth, but when asked what is so good about growth, even diehard capitalists almost invariably turn to happiness. Suppose we caught David Cameron in a corner, and demanded to know why he cared so much about economic growth. « Well, » he might answer, « growth is essential to provide people with higher standards of living, better medical care, bigger houses, faster cars, tastier ice-cream. » And, we could press further, what is so good about higher standards of living? « Isn’t it obvious? » Cameron might reply, « It makes people happier. »

Ice-cream
A reason to be happy … tastier ice-cream? Photograph: Envision/Corbis

Suppose, for the sake of argument, that we could somehow scientifically prove that higher standards of living did not translate into greater happiness. « But David, » we could say, « look at these historical, psychological and biological studies. They prove beyond any reasonable doubt that having bigger houses, tastier ice-cream and even better medicines does not increase human happiness. » « Really? » he would gasp, « Why did nobody tell me! Well, if that’s the case, forget about my plans to boost economic growth. I am leaving everything and joining a hippie commune. »

This is a highly unlikely scenario, and not only because so far we have almost no scientific studies of the long-term history of happiness. Scholars have researched the history of just about everything – politics, economics, diseases, sexuality, food – yet they have seldom asked how they all influence human happiness. Over the last decade, I have been writing a history of humankind, tracking down the transformation of our species from an insignificant African ape into the master of the planet. It was not easy to understand what turned Homo sapiens into an ecological serial killer; why men dominated women in most human societies; or why capitalism became the most successful religion ever. It wasn’t easy to address such questions because scholars have offered so many different and conflicting answers. In contrast, when it came to assessing the bottom line – whether thousands of years of inventions and discoveries have made us happier – it was surprising to realise that scholars have neglected even to ask the question. This is the largest lacuna in our understanding of history.

The Whig view of history

Though few scholars have studied the long-term history of happiness, almost everybody has some idea about it. One common preconception – often termed « the Whig view of history » – sees history as the triumphal march of progress. Each passing millennium witnessed new discoveries: agriculture, the wheel, writing, print, steam engines, antibiotics. Humans generally use newly found powers to alleviate miseries and fulfil aspirations. It follows that the exponential growth in human power must have resulted in an exponential growth in happiness. Modern people are happier than medieval people, and medieval people were happier than stone age people.

Antibiotics
The discovery of antibiotics … a marker in the triumphal march of progess. Photograph: Doug Steley C/Alamy

But this progressive view is highly controversial. Though few would dispute the fact that human power has been growing since the dawn of history, it is far less clear that power correlates with happiness. The advent of agriculture, for example, increased the collective power of humankind by several orders of magnitude. Yet it did not necessarily improve the lot of the individual. For millions of years, human bodies and minds were adapted to running after gazelles, climbing trees to pick apples, and sniffing here and there in search of mushrooms. Peasant life, in contrast, included long hours of agricultural drudgery: ploughing, weeding, harvesting and carrying water buckets from the river. Such a lifestyle was harmful to human backs, knees and joints, and numbing to the human mind.

In return for all this hard work, peasants usually had a worse diet than hunter-gatherers, and suffered more from malnutrition and starvation. Their crowded settlements became hotbeds for new infectious diseases, most of which originated in domesticated farm animals. Agriculture also opened the way for social stratification, exploitation and possibly patriarchy. From the viewpoint of individual happiness, the « agricultural revolution » was, in the words of the scientist Jared Diamond, « the worst mistake in the history of the human race ».

The case of the agricultural revolution is not a single aberration, however. Themarch of progress from the first Sumerian city-states to the empires of Assyria and Babylonia was accompanied by a steady deterioration in the social status and economic freedom of women. The European Renaissance, for all its marvellous discoveries and inventions, benefited few people outside the circle of male elites. The spread of European empires fostered the exchange of technologies, ideas and products, yet this was hardly good news for millions of Native Americans, Africans and Aboriginal Australians.

The point need not be elaborated further. Scholars have thrashed the Whig view of history so thoroughly, that the only question left is: why do so many people still believe in it?

Paradise lost

There is an equally common but completely opposite preconception, which might be dubbed the « romantic view of history ». This argues that there is a reverse correlation between power and happiness. As humankind gained more power, it created a cold mechanistic world, which is ill-suited to our real needs.

'Computers have turned us into zombies'
‘Computers have turned us into zombies.’ Photograph: Christopher Thomond for the Guardian

Romantics never tire of finding the dark side of every discovery. Writing gave rise to extortionate taxation. Printing begot mass propaganda and brainwashing. Computers turn us into zombies. The harshest criticism of all is reserved for the unholy trinity of industrialism, capitalism and consumerism. These three bugbears have alienated people from their natural surroundings, from their human communities, and even from their daily activities. The factory worker is nothing but a mechanical cog, a slave to the requirements of machines and the interests of money. The middle class may enjoy better working conditions and many material comforts, but it pays for them dearly with social disintegration and spiritual emptiness. From a romantic perspective, the lives of medieval peasants were preferable to those of modern factory-hands and office clerks, and the lives of stone-age foragers were the best of all.

Yet the romantic insistence on seeing the dark side of every novelty is as dogmatic as the Whig belief in progress. For instance, over the last two centuries modern medicine has beaten back the army of diseases that prey on humankind, from tuberculosis and measles to cholera and diphtheria. Average life expectancy has soared, and global child mortality has dropped from roughly 33% to less than 5%. Can anyone doubt that this made a huge contribution to the happiness not only of those children who might otherwise be dead, but also of their parents, siblings and friends?

Paradise now

A more nuanced stance agrees with the romantics that, up until the modern age, there was no clear correlation between power and happiness. Medieval peasants may indeed have been more miserable than their hunter-gatherer ancestors. But the romantics are wrong in their harsh judgment of modernity. In the last few centuries we have not only gained immense powers, but more importantly, new humanist ideologies have finally harnessed our collective power in the service of individual happiness. Despite some catastrophes such as the Holocaust and the Atlantic slave trade (so the story goes), we have at long last turned the corner and begun increasing global happiness systematically. The triumphs of modern medicine are just one example. Other unprecedented achievements include the decline of international wars; the dramatic drop in domestic violence; and the elimination of mass-scale famines. (See Steven Pinker’s book The Better Angels of Our Nature.)

Yet this, too, is an oversimplification. We can congratulate ourselves on the accomplishments of modern Homo sapiens only if we completely ignore the fate of all other animals. Much of the wealth that shields humans from disease and famine was accumulated at the expense of laboratory monkeys, dairy cows and conveyor-belt chickens. Tens of billions of them have been subjected over the last two centuries to a regime of industrial exploitation, whose cruelty has no precedent in the annals of planet Earth.

Dairy cows
‘Much of the wealth that shields humans from disease and famine was accumulated at the expense of laboratory monkeys, dairy cows and conveyor-belt chickens.’ Photograph: Graeme Robertson for the Guardian

Secondly, the time frame we are talking about is extremely short. Even if we focus only on the fate of humans, it is hard to argue that the life of the ordinary Welsh coalminer or Chinese peasant in 1800 was better than that of the ordinary forager 20,000 years ago. Most humans began to enjoy the fruits of modern medicine no earlier than 1850. Mass famines and major wars continued to blight much of humanity up to the middle of the 20th century. Even though the last few decades have proven to be a relative golden age for humanity in the developed world, it is too early to know whether this represents a fundamental shift in the currents of history, or an ephemeral wave of good fortune: 50 years is simply not enough time on which to base sweeping generalisations.

Indeed, the contemporary golden age may turn out to have sown the seeds of future catastrophe. Over the last few decades we have been disturbing the ecologic equilibrium of our planet in myriad ways, and nobody knows what the consequences will be. We may be destroying the groundwork of human prosperity in an orgy of reckless consumption.

Lonely and grey?

Even if we take into account solely the citizens of today’s affluent societies, Romantics may point out that our comfort and security have their price. Homo sapiens evolved as a social animal, and our wellbeing is usually influenced by the quality of our relationships more than by our household amenities, the size of our bank accounts or even our health. Unfortunately, the immense improvement in material conditions that affluent westerners have enjoyed over the last century was coupled with the collapse of most intimate communities.

People in the developed world rely on the state and the market for almost everything they need: food, shelter, education, health, security. Therefore it has become possible to survive without having extended families or any real friends. A person living in a London high rise is surrounded by thousands of people wherever she goes, but she might never have visited the flat next door, and might know very little about her colleagues at work. Even her friends might be just pub buddies. Many present-day friendships involve little more than talking and having fun together. We meet a friend at a pub, call him on the phone, or send an email, so that we can unload our anger at what happened today in the office, or share our thoughts on the latest royal scandal. Yet how well can you really know a person only from conversations?

In contrast to such pub buddies, friends in the stone age depended on one another for their very survival. Humans lived in close-knit communities, and friends were people with whom you went hunting mammoths. You survived long journeys and difficult winters together. You took care of one another when one of you fell sick, and shared your last morsels of food in times of want. Such friends knew each other more intimately than many present-day couples. Replacing such precarious tribal networks with the security of modern economies and states obviously has enormous advantages. But the quality and depth of intimate relationships are likely to have suffered.

Mammoth
In the stone age, friends went mammoth-hunting together. Photograph: Andrew Nelmerm/Getty Images/Dorling Kindersley

In addition to shallower relationships, contemporary people also suffer from a much poorer sensory world. Ancient foragers lived in the present moment, acutely aware of every sound, taste and smell. Their survival depended on it. They listened to the slightest movement in the grass to learn whether a snake might be lurking there. They carefully observed the foliage of trees in order to discover fruits and birds’ nests. They sniffed the wind for approaching danger. They moved with a minimum of effort and noise, and knew how to sit, walk and run in the most agile and efficient manner. Varied and constant use of their bodies gave them physical dexterity that people today are unable to achieve even after years of practising yoga or tai chi.

Today we can go to the supermarket and choose to eat a thousand different dishes. But whatever we choose, we might eat it in haste in front of the TV, not really paying attention to the taste. We can go on vacation to a thousand amazing locations. But wherever we go, we might play with our smartphone instead of really seeing the place. We have more choice than ever before, but what good is this choice, when we have lost the ability really to pay attention?

Well, what did you expect?

Even if you don’t buy into this picture of Pleistocene richness replaced by modern poverty, it is clear that the immense rise in human power has not been matched by an equal rise in human happiness. We are a thousand times more powerful than our hunter-gatherer ancestors, but not even the most optimistic Whig can believe that we are a thousand times happier. If we told our great-great-grandmother how we live, with vaccinations and painkillers and running water and stuffed refrigerators, she would likely have clasped her hands in astonishment and said: « You are living in paradise! You probably wake up every morning with a song in your heart, and pass your days walking on sunshine, full of gratitude and loving-kindness for all. » Well, we don’t. Compared to what most people in history dreamed about, we may be living in paradise. But for some reason, we don’t feel that we are.

One explanation has been provided by social scientists, who have recently rediscovered an ancient wisdom: our happiness depends less on objective conditions and more on our own expectations. Expectations, however, tend to adapt to conditions. When things improve, expectations rise, and consequently even dramatic improvements in conditions might leave us as dissatisfied as before. In their pursuit of happiness, people are stuck on the proverbial « hedonic treadmill », running faster and faster but getting nowhere.

If you don’t believe that, just ask Hosni Mubarak. The average Egyptian was far less likely to die from starvation, plague or violence under Mubarak than under any previous regime in Egyptian history. In all likelihood, Mubarak’s regime was also less corrupt. Nevertheless, in 2011 Egyptians took to the streets in anger to overthrow Mubarak. For they had much higher expectations than their ancestors.

Indeed, if happiness is strongly influenced by expectations then one of the central pillars of the modern world, mass media, seems almost tailored to prevent significant increases in global happiness levels. A man living in a small village 5,000 years ago measured himself against the other 50 men in the village. Compared to them, he looked pretty hot. Today, a man living in a small village compares himself to film stars and models, whom he sees every day on screens and giant billboards. Our modern villager is likely to be less happy with the way he looks.

The biological glass ceiling

Evolutionary biologists offer a complementary explanation for the hedonic treadmill. They contend that both our expectations and our happiness are not really determined by political, social or cultural factors, but rather by our biochemical system. Nobody is ever made happy, they argue, by getting a promotion, winning the lottery, or even finding true love. People are made happy by one thing and one thing only – pleasant sensations in their bodies. A person who just got a promotion and jumps from joy is not really reacting to the good news. She is reacting to various hormones coursing through her bloodstream, and to the storm of electric signals flashing between different parts of her brain.

Evolution illustration
‘Evolution has no interest in happiness per se: it is interested only in survival and repro­duction, and it uses happiness and misery as mere goads.’ Photograph: Philipp Kammerer/Alamy

The bad news is that pleasant sensations quickly subside. If last year I got a promotion, I might still be filling the new position, but the very pleasant sensations that I felt back then subsided long ago. If I want to continue feeling such sensations, I must get another promotion. And another. This is all the fault of evolution. Evolution has no interest in happiness per se: it is interested only in survival and reproduction, and it uses happiness and misery as mere goads. Evolution makes sure that no matter what we achieve, we remain dissatisfied, forever grasping for more. Happiness is thus a homeostatic system. Just as our biochemical system maintains our body temperature and sugar levels within narrow boundaries, it also prevents our happiness levels from rising beyond certain thresholds.

If happiness really is determined by our biochemical system, then further economic growth, social reforms and political revolutions will not make our world a much happier place. The only way dramatically to raise global happiness levels is by psychiatric drugs, genetic engineering and other direct manipulations of our biochemical infrastructure. In Brave New World, Aldous Huxley envisaged a world in which happiness is the supreme value, and in which everybody constantly takes the drug soma, which makes people happy without harming their productivity and efficiency. The drug forms one of the foundations of the World State, which is never threatened by wars, revolutions or strikes, because all people are supremely content with their current conditions. Huxley presented this world as a frightening dystopia. Today, more and more scientists, policymakers and ordinary people are adopting it as their goal.

Second thoughts

There are people who think that happiness is really not that important, and that it is a mistake to define individual satisfaction as the aim of human society. Others agree that happiness is the supreme good, but think that happiness isn’t just a matter of pleasant sensations. Thousands of years ago Buddhist monks reached the surprising conclusion that pursuing pleasant sensations is in fact the root of suffering, and that happiness lies in the opposite direction. Pleasant sensations are just ephemeral and meaningless vibrations. If five minutes ago I felt joyful or peaceful, that feeling is now gone, and I may well feel angry or bored. If I identify happiness with pleasant sensations, and crave to experience more and more of them, I have no choice but constantly to pursue them, and even if I get them, they immediately disappear, and I have to start all over again. This pursuit brings no lasting achievement. On the contrary: the more I crave these pleasant sensations, the more stressed and dissatisfied I become. However, if I learn to see my sensations for what they really are – ephemeral and meaningless vibrations – I lose interest in pursuing them, and can be content with whatever I experience. For what is the point of running after something that disappears as fast as it arises? For Buddhism, then, happiness isn’t pleasant sensations, but rather the wisdom, serenity and freedom that come from understanding our true nature.

True or false, the practical impact of such alternative views is minimal. For the capitalist juggernaut, happiness is pleasure. Full stop. With each passing year, our tolerance for unpleasant sensations decreases, whereas our craving for pleasant sensations increases. Both scientific research and economic activity are geared to that end, producing each year better painkillers, new ice-cream flavours, more comfortable mattresses, and more addictive games for our smartphones, so that we will not suffer a single boring moment while waiting for the bus.

All this is hardly enough, of course. Humans are not adapted by evolution to experience constant pleasure, so ice‑cream and smartphone games will not do. If that is what humankind nevertheless wants, it will be necessary to re-engineer our bodies and minds. We are working on it.

Yuval Noah Harari’s Sapiens: A Brief History of Humankind is published by Harvill Secker. He will be speaking at the Natural History Museum, Oxford, on 10 September.

Voir par ailleurs:

The Taj Mahal and 4 other monuments earned Rs 146.05 crore, more than half the total revenue generated by centrally-protected monuments, in 2017-18.

New Delhi: Fringe Hindu groups and even some BJP leaders may have sought to belittle their significance but official data shows that India’s top five revenue generating monuments were all built by Muslim rulers – the Taj Mahal, Agra Fort, Qutub Minar, Fatehpur Sikri and Red Fort.

While Qutub Minar was built by rulers of the Delhi Sultanate, the rest were constructed by the Mughals.

These five monuments together earned the government Rs 146.05 crore in 2017-18, according Archaeological Survey of India (ASI) data. This is more than half the total revenue of Rs 271.8 crore generated by all centrally-protected monuments.

While some politicians sparked a controversy last year by arguing that the Mughal-era monument did not represent Indian culture, the number of visitors to it, both Indian and foreign, only increased since 2016-17.

A total of 64.58 lakh people visited the Taj Mahal in 2017-18 compared to 50.66 lakh in 2016-17.

Last year, the UP tourism department had even omitted the Taj Mahal, a UNESCO world heritage site, from a brochure listing the state’s principal attractions.

With total earnings of Rs 30.55 crore, Agra Fort built by Mughal emperor Akbar, another UNESCO world heritage site, was the second highest revenue generator in the last financial year.

While the Konark Sun Temple in Odisha came second after the Taj Mahal in terms of number of visitors (32.3 lakh), it generated only Rs 10.06 crore as revenue. This, officials said, is because the temple is mostly popular only with Indian tourists, with 32.21 lakh domestic visitors making the trip last year.

While Indian tourists are charged Rs 30 per head as entry fee to world heritage monuments across the country, foreign tourists have to pay Rs 500 each.

“It is impossible to communalise the entire Indian population through the meaningless political venom spewed by politicians,” said historian S. Irfan Habib, explaining the increase in visitors to the Taj.

“No matter what they say about the Taj Mahal and Red Fort, Indians will continue going there,” he added.

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