Harcèlement en ligne: Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont (As colonialism-themed bar learns colonialism will only yield to greater violence, cyberbullied journalist recalls the media’s social responsibility)

 


"Concerning Violence", un documentaire de Göran Hugo Olsson, © Happiness distribution
trump-targetPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. Frantz Fanon
La violence du colonisé, avons-nous dit, unifie le peuple. De par sa structure en effet, le colonialisme est séparatiste et régionaliste. Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie. Le système colonial alimente les chefferies et réactive les vieilles confréries maraboutiques. La violence dans sa pratique est totalisante, nationale. De ce fait, elle comporte dans son intimité la liquidation du régionalisme et du tribalisme. Aussi les partis nationalistes se montrent-ils particulièrement impitoyables avec les caïds et les chefs coutumiers. La liquidation des caïds et des chefs est un préalable à l’unification du peuple. Frantz Fanon
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
Je voulais surtout sortir de la spéculation – à l’époque, les livres de Franz Fanon, notamment Les damnés de la terre, étaient à la mode et ils me paraissaient à la fois faux et dangereux. Pierre Bourdieu
Ce que Fanon dit ne correspond à rien. Il est même dangereux de faire croire aux Algériens ce qu’il leur dit. Cela les conduirait à une utopie. Et je pense que ces personnes [Sartre et Fanon] ont leur part de responsabilité dans ce que l’Algérie est devenue, parce qu’ils ont raconté des histoires aux Algériens, qui ne connaissaient souvent pas mieux leur pays que les Français qui en parlaient. C’est pourquoi les Algériens ont continué à avoir une vision illusoire, utopique et irréaliste de l’Algérie (…). Du fait de cette irresponsabilité, les textes de Fanon et de Sartre ont quelque chose de terrifiant. Il fallait être mégalomane pour se croire autorisés à dire de telles absurdités. Pierre Bourdieu
« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes. Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique. La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés. A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ? France info Martinique
La colonisation est un crime contre l’humanité. Emmanuel Macron
Le truc qu’ont ces joueurs en commun, c’est que si vous retracez leur histoire, leurs ancêtres ont tous appris à parler français de la même manière. Ils ont tous quelque chose en commun. Si on se demande pourquoi leur familles ont commencé à parler français et qu’on remonte leur histoire on comprend vite pourquoi. Trevor Noah
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Nous sommes le Grand Remplacement. Sûrement pas celui que les fous peuvent fantasmer. Nous sommes un grand remplacement naturel, celui d’une génération face aux « autres », du cycle de la vie. Nous sommes le présent. Nous sommes le Grand Remplacement d’un système archaïque, qui ne nous parle plus et qui ne nous a jamais considéré comme ses enfants. Nous sommes radicaux dans nos idées : nous irons au bout de la beauté. Nous écrirons quand vous voudrez qu’on se taise, et nous nous battrons quand vous aurez décidé qu’il est l’heure qu’on s’endorme. Nous reprendrons notre place, prise par ceux qu’on autorise à penser. Nous ne voulons parler qu’en NOTRE nom. De NOS gouts et de NOS couleurs. Nous sommes le Grand Remplacement d’une génération qui s’active sur Internet pour contrer les coups bas. D’artistes, seul au front, pour porter tous les combats. De révoltés d’une société qui ne sait plus se regarder dans les yeux et écouter les coeurs qui se battent. (…) Nous n’avions pas peur de créer des réactions puisque nous n’avions été que cela jusqu’ici : il fallait réagir aux approximations et aux humiliations diverses. Tous les jours, nous devions entendre « islam » à la télévision. Nous devions accepter « les débats » qui n’allaient nulle part ailleurs. Nous devions comprendre que « l’islamophobie » n’existait pas et que certains hommes politiques voulaient radier les musulmans de l’espace public. D’ailleurs, nous devions éviter de dire « musulman » pour ne pas effrayer les effarouchés. Téléramadan est né de ces frustrations. De ces « analyses » qui n’apportaient aucune réflexion à longueur de journaux. De ces chaines de télé qui comblaient le vide par l’hostilité. De ces mots qu’on lançait comme des bombes pour faire sursauter les âmes. (…) Il est temps de grand-remplacer ce présent qui nous oppresse, qui nous divise. Nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion. Téléramadan n’est pas une démarche militante. C’est une démarche politique qui passe par la littérature, le regard et la poésie. Laissez-nous la naïveté de dire qu’on est les potes de personne, mais les frères de tout le monde. Bismillah. [Au nom de Dieu] Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah
Depuis le temps qu’on lutte et espère le grand remplacement de la vieille France Bravo Meklat et Badrou ! Edouard Louis
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier
Lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington (…) algré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah (…) a (…) étrillé le président américain dans son discours. Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres… Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » ! Le Parisien
J’ai été expulsée d’un restaurant ! Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment. Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison blanche)
La porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée. Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte. A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Le Parisien
I was asked to leave because I worked for President Trump. We are allowed to disagree but we should be able to do so freely and without fear of harm, and this goes for all people regardless of politics. Healthy debate on ideas and political philosophy is important, but the calls for harassment and push for any Trump supporter to avoid the public is unacceptable. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison Blanche)
“La Première Plantation” est un cocktail-bar né de l’imagination de deux barmen passionnés, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry. Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été au croisement des rues Bossuet et Professeur Weill. Pas encore trentenaires, les deux compères se sont croisés au cours de leurs carrières déjà bien remplies. C’est d’une rencontre avec la ville de Berlin qu’est née leur envie d’ouvrir leur établissement. Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares, avec une carte qui évolue au rythme des saisons. La maison propose une sélection de vins, bières et cocktails sans alcool. Le Progrès
Envie de déguster un cocktail dans un endroit authentique et différent ? La Première Plantation saura vous satisfaire… (…) Ce bar à cocktails est un endroit vivant avec une atmosphère plutôt industrielle et végétale à la fois. Un mix surprenant où les clients seront accueillis chaleureusement et dans une ambiance assez funky ! (…) Les deux entrepreneurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry sont des habitués du domaine de la restauration. Sachez que ces professionnels ne vous décevront pas car, avant de se lancer dans La Première Plantation, ils ont participé à plusieurs concours en agitant leurs shakers préférés ! Gabriel Desvallées a été à la 3ème place nationale au trophée du bar en 2014, quant à Matthieu Henry, il est le vainqueur France et finaliste monde à la Bacardi Legacy en 2016. La Première Plantation est un endroit jeune, dynamique, à l’image des deux jeunes hommes. Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. Fourniresto
Une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché. Inside-lyon
Chaleur, douceur des îles, parfum des Caraïbes et cocktails au rhum. Plutôt que de parcourir des milliers de kilomètres jusqu’au bout du monde, on vous propose un dépaysant voyage à seulement quelques stations de métro. Prochain arrêt : La Première Plantation. (…) a décidé de changer la rue Bossuet en une majestueuse jungle tropicalo-industrielle. Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux. D’un côté, une luxuriante verdure nous plonge au fin fond de la forêt tropicale. De l’autre, des lampes suspendues et des tuyaux de cuivre créent une ambiance industrielle feutrée dans laquelle se perdre des heures durant. Pour sublimer cette déco de folie, LPP invite ses clients à déguster une immense et succulente carte de cocktails rares. (…) Avec un tel nom, l’adresse se devait de faire honneur à l’alcool le plus exotique qui soit : le rhum. Originaires du monde entier ou faits maison, les rhums made in LPP se dégustent à toutes les sauces. (…) Alors enfilez votre chemisette à fleurs, enfilez vos claquettes (sans chaussettes, pour l’amour du ciel…) et offrez-vous un voyage supersonique à La Première Plantation, ce petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. Le Bonbon
In 2016, Henry was the French representative at Bacardi Legacy; Desvallees came with him to Berlin, where Henry was to highlight his cocktail “The Epicurean.” They discovered the Monkey Bar at the 25hours Hotel, looking out over the Zoo, which would be the starting point of their inspiration for the new bar.(…)  La Première Plantation. The bar is a tribute to their common passion, rum, and a demonstration of their skills and prowess in a classical bar scene largely dominated by two personalities: Marc Bonneton, winner of Bacardi Legacy in 2011, and owner of L’Antiquaire and Redwood, and Arnaud Gosset, the musician barman, owner of Soda Bar, Monkey Club and Casa Jaguar. (…) But it hasn’t all been easy. They’ve had their fair share of hurdles so far, too: “We had to be tenacious to get the funding of our bar because we take the place of a hostess bar. A sulphurous reputation that must now be forgotten.” Such an unseemly beginning could be a sign of greater things to come – after all, the now successful Tiki bar Dirty Dick opened in an old brothel on rue Frochot, in the infamous Paris district of Pigalle. La Première Plantation will be the second Lyon bar specializing in rum after Redwood. The bar is marked by the identity of these audacious owners but also by the new codes of the French bar today: entrepreneurship, creativity, freedom, audacity and aestheticism. (…) It’s still a bit difficult to imagine the décor of this “street bar” with immaculate walls, but the architectural plans show a creative combination. Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar: a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel. “Here, the jungle takes precedence over the city in a colonial spirit of the eighteenth century,” the pair explain. The design is being overseen by Desvallees’s father, an architect. All in all, it’s a totally new concept and atmosphere, which reflects the creativity of a new generation of bartenders operating outside the Parisian landscape. Mixology
Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. (…)[cool] Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. (…) [et la partie esclaves] Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. Gabriel Desvallées
Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut. Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes. Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.  Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.  Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu. Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. S’agissant des photos dans les toilettes, ce sont d’anciennes gravures du 18e et 19e siècles de bouteilles de rhum, d’une maison victorienne et d’un champ de production d’ananas, ce qui n’a rien d’offensant envers quiconque. Notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne. En conclusion, nous ne pouvons que déplorer que ce quiproquo manifeste entre la journaliste et nous-mêmes l’ai conduite à rédiger un article dont les conséquences sont aujourd’hui gravement préjudiciables pour nous tant sur le plan professionnel que personnel. Nous espérons que ces explications dissiperons ce regrettable malentendu. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là. Nous sommes désolés (…) et n’avons aucune nostalgie de cette période là. (…) Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas. (…) le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines. (…) Nous sommes les victimes dans cette histoire. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement. (…) Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. (…) L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier. (…) Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. Julie Hainaut
Si la France se targue d’être le « pays des Droits de l’Homme », force est de constater qu’elle abrite encore en son sein une certaine nostalgie pour des temps coloniaux qui – faut-il le rappeler ? – furent tissés d’atrocités, de crimes contre l’humanité, de pillages et de barbarie. C’est en effet avec horreur, tristesse et déception que nous découvrions ce 12 septembre l’entretien promotionnel donné au Petit Bulletin par Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, les propriétaires du bar La Première Plantation. Dans l’établissement nouvellement ouvert, l’article nous décrit deux hommes déterminés à « retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, […] une période sympathique [où] il y avait du travail ». Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable. En faisant de cette histoire leur fonds de commerce, MM. Desvallées et Henry ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité. Au titre de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, Chapitre IV, Paragraphe 1er, articles 23 et 24, nous rappelons que MM. Desvallées et Henry pourraient être condamnés à hauteur de 45000€ d’amende et cinq ans d’emprisonnement. Pour que ce crime cesse, nous exigeons la fermeture immédiate de La Première Plantation. Collectif Desracinées
Nous sommes à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s. Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli. Collectif Desracinées
La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »… Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire. Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. (…) « une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises » (…) « l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. » On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés. On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. (…) « une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » (…) [l’esclavage] « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » (…) L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certains avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournés en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin. En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir. On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. (…) Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Rebellyon
While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love. Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right. So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment. Sally Krantz
Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline. Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus. (…) When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant. Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing. Eater
A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme. La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”) The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.” Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.” Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.” She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms. The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.” The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” (…) Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change. This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC. Eater
La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence. Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ? L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite. C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence. Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne. Sylvie Thénault
L’article que nous avons publié mardi sur notre site, évoquant le bar La Nouvelle Plantation, a interpellé plusieurs de nos lecteurs, scandalisés par certains des propos tenus par les interviewés. L’ampleur prise par le bad buzz et les insultes voire menaces physiques envers les patrons du lieu qui en découlent nous amènent à revenir sur ce sujet. L’article en question, rédigé par Julie Hainaut, correspond à des faits : elle s’est rendue sur place, s’est présentée en tant que journaliste du Petit Bulletin et les propos cités, enregistrés, ont été prononcés lors de l’interview. Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale : nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article. Pour reprendre une citation fort connue d’Albert Londres, il est de notre devoir de porter la plume dans la plaie. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour.  Nous sommes retournés (Sébastien Broquet, rédacteur en chef du journal) voir les deux gérants de La Première Plantation, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, ce jeudi matin. Pour discuter, de nouveau, de leurs propos et de leur positionnement. Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage. Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. Nous avons aussi vu les photographies affichées dans les toilettes : contrairement à ce qui est déclaré dans l’interview par eux-mêmes (et retranscrit par nous), nous n’avons pas vu ce matin de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas. Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau : le Président de la République lui-même l’a clairement exprimé avant l’été (…) Les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. Sébastien Broquet
Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac. Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo. Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons (…) Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne. De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc. La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir. Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond  (…) Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ». Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. » Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme. La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage. Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux : Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté. Dalya Daoud
« Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation ». Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août. Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar. La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes. Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage. (…) Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». (…) Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il. Huffington Post
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. (…) « La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre. S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing. Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques : «Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ». Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes. Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter : »Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ». Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ». De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée. A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération). (…) Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». (…) De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation ». Les Inrocks
L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel. Eric Morain
Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre. Christophe Deloire (Reporters sans frontières)
Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes. Elodie Vialle (RSF)
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. (…) Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau. (…) RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi. RSF
Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques. (…) En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre. Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents. Gabrielle Périer (Causeur)
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants. Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook. Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin. Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. » LCI
Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ». Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent. On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître. Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance. Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ». Dalya Daoud
Je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe. Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite. Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur. Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence. Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien. Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot. Julie Hainaut
J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion. C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux. Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques. Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing. (…) Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe. J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher. Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression. (…) combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas. Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée. En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça. Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ». Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel. (…) Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie. Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer. (…) J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain. Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long. (…) J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr]. Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique. (…) J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends. (…) Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi. Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés. Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne. C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules. (…) Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise. Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles. Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique. Julie Hainaut

Attention: un harcèlement peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, pour tenter de juguler les forces que par leur imprudence et manque de jugement ils ont eux-mêmes déchainées …

Nos gouvernants multiplient, entre suppression du mot racisme de la constitution et criminalisation du harcèlement de rue ou de la désinformation sur les réseaux sociaux, les mesures aussi dérisoires les unes que les autres …

Pendant qu’entre deux appels à l’assassinat du président de l’autre côté de l’Atlantique, une porte-parole de la Maison Blanche se voit ridiculisée au Diner de la presse étrangère, expulsée d’un restaurant et peut-être pour la première fois dans l’histoire américaine, contrainte à une protection policière

Et qu’un humoriste métis sud-africain s’attribue en tant qu’Africain la Coupe du monde des Bleus tout en l’assignant dans la phrase d’après au colonialisme français

A l’heure où, malgré ou peut-être à cause de l’été et non sans rappeler la tristement fameuse chasse à l’homme anti-Fillon d’il y a deux ans, le feuilleton Benalla continue plus fort que jamais …

Et où l’association Reporters sans frontières pointe avec raison les ravages, entre militarisation étatique et agrégation spontanée de trolls, du cyberharcèlement des journalistes

Comment ne pas repenser …

A la fameuse formule de Proust sur la facilité avec laquelle la moindre blessure peut réveiller le goût du sang et la bande d’anthropophages qui, instinct d’imitation et absence de courage aidant, sommeillent dans notre société en général et en chacun de nous en particulier …

Que ce soit, d’un emballement à l’autre, pour aduler nos Mehdi Meklat appelant à « l’autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde » …

Ou lyncher nos Benalla et, derrière lui et après l’adulation qui l’a porté comme on sait au pouvoir, le président qu’il servait ?

Et surtout qui prend la peine de rappeler avec la journaliste lyonnaise Julie Hainaut …

Derrière l’inacceptable cyberharcèlement dont elle a été victime l’an dernier pour avoir relevé les problèmes éthiques que soulevait l’ouverture d’un bar à rhum (« La première plantation ») tentant de surfer sur la vogue de la décoration coloniale

Le lot tout aussi invraisemblable d’accusations d’apologie de l’esclavage et du colonialisme – jusqu’à l’invocation des appels au meurtre d’un Fanon – dont elle s’était bien malgré elle fait l’involontaire complice contre ces derniers pour leur maladresse finalement vite reconnue et réparée (rebaptisé L’Artchimiste) …

Et donc en fait la responsabilité sociale des journalistes qu’oublie tant de ses collègues ?

« Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing »
Entretien / Son article publié dans un journal culturel lyonnais avait suscité une véritable tempête. Médiatisée d’abord puis silencieuse avec le temps, cette bourrasque n’est pas finie ni moins violente aujourd’hui pour la journaliste
Dalya Daoud
Rue89Lyon
04/04/2018

Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ».

Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent.

On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître.

Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance.

Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ».

« Sale pute à nègre, on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre »

Rue89Lyon : Le club de la presse de Grenoble vous a remis ce vendredi 23 mars un prix pour votre tribune publiée dans Libération, sur le cyberharcèlement. Le matin-même, vous avez reçu un mail de menaces particulièrement violent, dont l’expéditeur est sans doute rattaché au site néonazi « democratie participative ».  Cela signifie-t-il qu’il surveille toujours tout ce qui peut vous concerner ?

Julie Hainaut : J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion.

C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux.

Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques.

Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing.

« Le victim-blaming est insupportable. La victime n’est responsable ni de son harcèlement, ni de son agression »

Quel est l’impact aujourd’hui de ce type de pressions sur vous ?

Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe.

J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher.

Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression.

« Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite »

On vous enjoint souvent de « sortir de cette histoire ».

Oui, combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas.

Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée.

En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça.

Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ».

Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel.

Est-ce que le prix que vous avez reçu est important pour vous ?

Oui, clairement, et je tiens d’ailleurs à remercier le Club de la presse de Grenoble. Ça fait du bien de sentir que ma profession, mes confrères et consœurs sont à mes côtés et conscients du problème.

Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie.

Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer.

Depuis six mois, vous avez subi des attaques de la part d’activistes racistes, des menaces et des pressions directes ; vous avez tout tenté pour que le site pourvoyeur de ces propos répréhensibles ferme, en vain. Vous avez déposé quatre plaintes, que concernent-elles exactement et sur quel calendrier ?

J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain.

Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long.

Vous avez remonté les sources pour tenter de trouver qui se cache derrière ce site néonazi : expliquez-nous ce que vous avez découvert.

J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr].

Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique.

Vous avez été contactée par un conseiller de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, au lendemain des articles diffamatoires et injurieux publiés par ce site ; cela a-t-il abouti à d’autres échanges depuis ?

Effectivement, nous avons échangé en septembre suite au début du cyberharcèlement. Depuis, rien. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le recontacter en octobre, novembre et décembre, pour l’informer notamment de mails reçus par des personnes ayant également fait l’objet de menaces par le biais de ce site, se sentant isolées, démunies, et me demandant de l’aide.

J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends.

« Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes »

Vous avez été plus récemment reçue par un membre de la DILCRAH. Quelle a été la teneur des échanges et est-ce que vous en ressortez satisfaite ? Cette délégation vous semble-t-elle dotée de ressources suffisantes et à la hauteur de l’opération de communication qui a accompagné son lancement ?

J’ai interpellé Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) sur Twitter, suite à l’un de ses tweets concernant le fameux site néonazi.

J’ai ensuite été reçue à Paris par Donatien Le Vaillant, le conseiller pour la justice et les relations internationales de la DILCRAH. Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes.

« Le harcèlement sur Internet est un fléau qui touche particulièrement les femmes »

Les annonces politiques relatives à la lutte contre le cyberharcèlement et le racisme propagé notamment via le web ont été nombreuses ces dernières semaines. Avez-vous le sentiment qu’elles reflètent une réalité et un investissement concret, pensez-vous avoir été entendue ?

Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi.

Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés.

Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne.

C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules.

« La police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux »

Vous êtes retournée au commissariat à l’issue du dernier mail de menace de mort, datant d’il y a quelques jours. Pensez-vous que les agents soient formés ?

Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise.

Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles.

Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique.

Voir aussi:

Cyberharcèlement : les mots ont un sens

Pour avoir rapporté les propos choquants sur l’époque coloniale des propriétaires d’un bar lyonnais, la journaliste Julie Hainaut a été harcelée, insultée et menacée sur Internet. Elle revient sur l’affaire et les mots, de soutien ou violents, qu’elle a reçus et entendus
Julie Hainaut
Libération

 

Depuis une semaine, j’en ai lu, des mots. Des beaux, des moches, des violents. J’ai été fascinée, mais aussi pétrifiée, par tous ces gens qui ont un avis sur tout, surtout sur celui des autres. Ceux qui jugent sans chercher l’information à la source. Ceux qui confondent presse et publicité, liberté d’expression et libération de la parole, déontologie et conséquentialisme, devoir d’information et droit de se taire.

Je m’appelle Julie Hainaut, je suis journaliste freelance depuis dix ans. Je travaille pour divers médias, dont le Petit Bulletin, un hebdomadaire culturel lyonnais.

Le 12 septembre paraissait mon article intitulé «La Première plantation, ou l’art de se planter», dans lequel je m’indignais des propos des patrons d’un bar à cocktails. Dans ce lieu, dont le nom fait «référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises», les patrons affirment «chercher à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, une période sympathique où il y avait du travail». Les mots ont un sens. Pas besoin d’être journaliste pour le savoir.

Ces mots prononcés avec légèreté – et enregistrés sur bande-son avec le consentement des intéressés – sur ce qu’il convient d’appeler un crime contre l’humanité m’ont heurtée. Beaucoup. J’ai d’abord cru à un humour un peu gras ou un manque de connaissance, mais après plusieurs perches lancées, ils me confirment le sérieux de leurs propos lorsque j’évoque la partie «esclave» de la colonisation. «Ah, on a mis quelques photos de gens dans les toilettes», me disent-ils. Certes.

J’ai réécouté l’interview dix fois. Puis je l’ai retranscrite et j’ai exprimé ma désapprobation dans mon papier, de la même manière que je l’ai fait pendant l’interview. Mon article provoquera ensuite un véritable tollé. Les propriétaires ont souhaité avoir un droit de réponse, qu’ils ont bien évidemment obtenu. «Contrairement à ce qui a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.»

«L’affaire» aurait pu s’arrêter là. Mais non. Sur les réseaux sociaux, la façon dont l’interview s’est déroulée sera réécrite. Je serais venue en plein service, sournoisement, poser des questions auxquelles ils n’ont pu répondre avec attention parce qu’ils étaient occupés à faire leur boulot. J’ai beau préciser – et donc me justifier d’avoir retranscrit des faits, l’essence même de mon métier – être venue avant l’affluence et que l’interview a bien été enregistrée, l’engrenage continue. De nombreuses associations, dont le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), condamnent fermement ces propos. Mais beaucoup d’internautes semblent penser qu’il est plus acceptable de les tenir que de les dénoncer.

Je ne suis pas l’Elise Lucet de la tapenade, l’Albert Londres du gin tonic, la Florence Aubenas de l’espuma. Avec la casquette du Petit Bulletin, je ne traque pas le scoop, je ne dénonce pas des injustices. Je viens – en toute indépendance – mettre en lumière des endroits de ma ville où l’on consomme (du boire, du manger, du vêtement, de la culture). Et pourtant, cette semaine, je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe.

Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite.

Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur.

Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence.

Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien.

Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot.

 

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!
Reporters sans Frontières découvre la lune
Gabrielle Périer
Causeur
1 août 2018

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Voir également:

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

RSF
26 juillet 2018
Dans son nouveau rapport, Reporters sans frontières (RSF) révèle l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur les journalistes : le cyberharcèlement perpétré massivement par des armées de trolls, individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires.

LIRE LE RAPPORT sur le harcèlement en ligne

Reporters sans frontières publie, ce 26 juillet, son nouveau rapport intitulé “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”, dans lequel l’organisation s’alarme de l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur la liberté de la presse : le harcèlement en ligne massif des journalistes.

Leurs auteurs ? De simples “haters”, individus ou communautés d’individus dissimulés derrière leur écran, ou des mercenaires de l’information en ligne, véritables “armées de trolls” mises en place par des régimes autoritaires.

Dans les deux cas, l’objectif est le même : faire taire ces journalistes dont les propos dérangent, quitte à user de méthodes d’une rare violence. Pendant des mois, RSF a documenté ces nouvelles attaques en ligne et analysé le mode opératoire de ces prédateurs de la liberté de la presse qui ont su utiliser les nouvelles technologies pour mieux étendre leur modèle répressif.

“Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre.”

Ce que révèle le rapport de RSF :

  • Difficile d’établir le lien direct entre les cabales en ligne à l’encontre des journalistes et les Etats. RSF a enquêté et documenté des cas de harcèlement en ligne de journalistes dans 32 pays, révélant ainsi des campagnes de haine orchestrées par des régimes autoritaires ou répressifs comme en Chine, en Russie, en Inde, en Turquie, au Vietnam, en Iran, en Algérie, etc.
  • RSF analyse et met en lumière le mode opératoire des Etats prédateurs de la liberté de la presse qui orchestrent ces attaques en ligne contre les journalistes en trois étapes :
  1. désinformation : le contenu journalistique est noyé sur les réseaux sociaux sous un flot de fausses nouvelles et de contenus en faveur du régime,
  2. amplification : ces contenus sont valorisés artificiellement via des commentateurs payés par les Etats pour laisser des messages sur les réseaux sociaux, ou bien via des programmes informatiques qui rediffusent automatiquement le contenu, les bots
  3. intimidation : les journalistes sont pris pour cibles personnellement, insultés et menacés de mort, pour les discréditer et les faire taire.
  • Les violentes campagnes de cyberharcèlement sont également lancées par des communautés d’individus ou des groupes politiques dans des pays dits démocratiques – au Mexique notamment, voire même dans des pays très bien notés au Classement mondial de la liberté de la presse, comme la Suède ou la Finlande.
  • Les conséquences sont parfois dramatiques : la plupart des journalistes victimes de cyberharcèlement interrogés par RSF sont pour beaucoup contraints à l’auto-censure face à cette vague de violence dont ils n’avaient pas imaginé l’ampleur.
  • En Inde par exemple, Rana Ayyub est la cible des soutiens du régime, les Yoddhas de Narendra Modi, qui attaquent la journaliste pour ses enquêtes sur l’accession au pouvoir du Premier ministre indien : “On m’a traitée de prostituée. Mon visage a été apposé à la photo d’un corps nu et la photo de ma mère a été prise sur mon compte Instagram et ‘photoshoppée’ de toutes les manières possibles.”
  • Aux Philippines, la journaliste Maria Ressa est également attaquée par les trolls, alors que le média qu’elle dirige, Rappler, doit faire face à un acharnement judiciaire. Depuis l’élection de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016, les journalistes philippins qui mènent, comme elle, des enquêtes indépendantes sur le pouvoir sont constamment pris pour cible.
  • En France, deux individus ont été condamnés début juillet à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir menacé en ligne la journaliste Nadia Daam. Un troisième, qui l’a menacée de mort à la suite du procès, a également été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Face à constat, Reporters sans frontières formule 25 recommandations envers les Etats, la communauté internationale, les plateformes, les médias et les annonceurs pour une meilleure prise en compte de ces nouvelles menaces numériques. RSF propose également dans son rapport un tutoriel intitulé “Journalistes : comment faire face aux armées de trolls”, dans lequel l’organisation rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique.
Voir de même:
Procès des harceleurs présumés de Nadia Daam : le cyber-harcèlement à l’encontre des journalistes ne doit pas rester impuni
RSF
4 juin 2018
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. “L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel”, affirme à RSF son avocat, Eric Morain.

Des cabales en ligne destinées à museler les journalistes

Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau.

“Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes.”

RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi.

Voir de plus:

« L’esprit colonial, un esprit à la cool » : les gérants d’un bar lyonnais se défendent de faire l’apologie du colonialisme

BAD BUZZ – Visiblement, il s’agissait plutôt d’une énorme maladresse. Mais les deux gérants d’un bar appelé la Première plantation, située à Lyon, ont été vivement critiqués, accusées de faire l’apologie de l’esclavagisme, après des propos sur « l’esprit colonial ».
LCI

15 sept. 2017

L’histoire avait pourtant bien commencé. Ouverture d’un bar à cocktails, tourné vers le rhum, dans un quartier branché de Lyon. Une déco de bois brut, un esprit récup’, des supers cocktails. C’est d’ailleurs ce qui était mis en avant dans les magazines liftstyle qui ont parlé de la Première plantation à son ouverture. « La Première plantation, le bar à cocktail qui va te faire voyager très loin », titrait ainsi Le Bonbon. Carrément emballé : « Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux », raconte le journaliste. Qui loue la « déco de folie », la « carte de cocktails rare », et n’hésite pas : « La Première Plantation, c’est un petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. » Le Progrès, quotidien local, est plus mesuré mais lui aussi bien conquis : « Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares ».

Mais c’est un article paru ce mardi dans un guide de sorties locales, Le Petit bulletin, qui a déclenché la tornade. Intitulé « La Première Plantation ou l’art de se planter », la journaliste y raconte l’échange qu’elle a eu avec les jeunes gérants. Echange qui depuis a fait le tour du web. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », rapporte la journaliste dans son article.

Elle raconte encore, pas sûre d’avoir bien entendue, avoir demandé : « C’était cool, la colonisation ? » Ce à quoi les gérants ont répondu : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Elle s’est indignée : « Et la partie esclaves, là-dedans ? » Référence à la traite des Noirs dans les Antilles à laquelle le gérant répond benoîtement : « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. »

Réactions en chaîne
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants.

Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook.

Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin.

Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. »

 

Voir encore:

Retour sur la polémique autour du bar lyonnais accusé de faire l’apologie de l’esclavage

Fanny Marlier
Les Inrocks
15/09/17
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. On fait le point sur la polémique.

« La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre.

S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing.

« Nous écoutions à peine les questions »

Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques :

«Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ».

Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes.

Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter :« Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ».

Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ».

De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée.

« Négationnisme » et « apologie de crime contre l’humanité »

A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération).

«Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable », dénoncent les signataires qui soulignent également l’exploitation de « ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité ».

Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». Il ajoute :

«Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli.»

De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation » :

«Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau (…)»

Voir encore:

Polémique autour d’un bar lyonnais, « La Première Plantation », accusé de faire l’apologie de l’esclavage
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir
Marine Le Breton
Huffington Post
14/09/2017

POLÉMIQUE – « Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation« . Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août.

Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar.

La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes.

Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage.

Amandine Gay, La réalisatrice du documentaire « Ouvrir la voix », qui donne la parole aux femmes noires, a notamment fait toute une série de tweets pour dénoncer ces propos.

Une pétition dénonçant « l’apologie de l’esclavagisme » a également été lancée sur le site Change.org par Le Collectif Des Raciné.e.s.

La journaliste, devant les centaines de commentaires en réactions aux propos des créateurs du lieu, a tenu a préciser ce jeudi 14 septembre que les propos cités dans son article sont bel et bien authentiques:

Plusieurs internautes, ainsi que Le Progrès, soulignent que les avis ont été supprimés de la page Facebook du bar depuis.

Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». Au HuffPost, ils affirment que ce post sera publié dans Le Petit Bulletin, annoté par le directeur de la rédaction qui s’est rendu sur les lieux.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Flapremiereplantation%2Fposts%2F275219106324041&width=500

Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il.

Voir aussi:

La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »…

Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire.

Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. Pourquoi ? C’est Le Petit Bulletin qui le révèle dans un article intitulé « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Voici ce qu’ils ont confié à la rédactrice :

Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir.

On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés.
On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. La rédactrice du Petit Bulletin écrit ainsi :

Peut-être avais-je mal entendu, finalement. (…) Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Pour ceux et celles qui douteraient de la réalité de ces propos, la journaliste les a confirmé sur twitter :

PNG - 244.1 ko

L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certain avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournées en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin.

JPEG - 58.6 ko
La colonisation en réalité

En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir.

On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. Petite revue de presse :

Fourniresto, le 21 août : « Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. »

- Inside-lyon, le 24 août : « une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché »

- Mixology (en anglais), le 16 août : « Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar : a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel »

- Le Progrès, le 11 septembre : « idéal pour une soirée conviviale ».

Tous ces propos s’entendent donc à condition d’être blanc et raciste, sans doute…

Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » [1]

Notes

[1Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 61

Voir également:

L’« esprit cool » de la colonisation ou la pire stratégie marketing d’un bar lyonnais

Se démarquer de ses concurrents avec un style bien à soi, un objectif pour tout commerce cherchant à se faire connaître. La Première Plantation, bar à cocktails lyonnais ouvert cet été dans le 6e arrondissement à Lyon, vient de faire les frais de son positionnement : distiller un esprit colonial pour vendre du rhum, car la période selon eux était « à la cool » et « accueillante ».

Dalya Daoud
Rue89Lyon
15/09/2017

Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac.

Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo.

Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons :

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

La journaliste s’étrangle :

« Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe.

Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ».« Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

« Invitation au voyage et à l’exotisme »

Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne.

De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc.

La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir.

Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond :

« Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. »

Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ».

« Une méconnaissance de cette période de l’Histoire »

Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse :

« Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. »

Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme.

La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage.

Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux :

« – Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement.

– Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. »

Puis encore :

« – L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier.

– Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. »

Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté.

Voir de même:

La Première Plantation, ou l’art de se planter
Ne jamais se fier aux apparences : c’est ce qu’on retiendra de ce nouveau bar à cocktails spécialisé dans le rhum.
Julie Hainaut
Le Petit Bulletin
12 septembre 2017

Elle avait pourtant bien commencé, cette histoire. Lui et moi, on était fait pour s’entendre, c’était couru d’avance. Je rentrais de vacances, la tête dans les nuages, il était là, frais et dispo, prêt à me faire atterrir et revenir à la réalité en douceur.

Dès l’entrée, il m’avait séduite à coup de déco brute esprit récup’, de cocktails détonnants – le LPP Swizzle et The Epicurian sont idéaux pour contrer la canicule ou récupérer d’un jet lag –, et de mixtures improbables – la liqueur Falernum réalisée à partir de clous de girofles et de café, entre autres, est exquise.

L’assiette veggie (15 € pour trois artichauts marinés, cinq olives, deux grammes de courgettes marinées, une cuillère à café de houmous, une autre de tapenade) m’avait déçue, mais il avait su me réconforter : « les produits viennent d’Italie, la qualité est top » avait-il alors précisé, sous la houlette de ses deux créateurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry.

Mais l’histoire s’est compliquée. Il disait avoir choisi de s’installer « dans un arrondissement underground. » Le 6e, underground, vraiment ? Il entendait imposer une ambiance de « jungle, là où les plantes prennent le dessus sur la ville ». À peine cinq se couraient après. Je n’ai rien dit, j’ai voulu laisser sa chance au produit.

Puis il a commencé à tenir des propos douteux.

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe. Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Des gouttes ont commencé à couler le long de mon visage – ce n’était pas la canicule mais un mélange de colère et de stupeur. J’ai quand même vérifié s’il n’y avait pas de caméra cachée – mon rédac chef est taquin –, il n’y en avait pas, j’ai payé, je suis allée me changer les idées à grand renfort de pintes et d’amis sur les quais, et je suis rentrée, la gorge nouée. Cette histoire qui avait si bien commencé avec des cocktails savoureux s’est mal terminée.

Voir de plus:

La Première Plantation
Droit de Réponse
Le Petit Bulletin
14 septembre 2017

Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut.

Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes.

Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.

Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.

Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement.

Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative.

Henry Matthieu et Gabriel Desvallees, La Première Plantation
Voir encore:

Colonialism-Themed Bar in France Stokes Outrage

Backlash to La Première Plantation has been swift

A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme.

La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”)

The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.”

Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.”

Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.”

She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms.

The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.”

The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” Henry spoke to the Huffington Post’s French edition, saying he refused to validate Hainaut’s report on the bar, implying that he had been quoted out of context.

Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change.

This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC.

Voir de plus:

Controversial Colonial-Themed Restaurant Changes Name

Saffron Colonial is officially renamed British Overseas Restaurant Corporation

Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline.

Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus.

In an email sent to Eater, Krantz explained why she made the name change:

While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love.

Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right.

So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment.

When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant.

Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing.

Voir encore:

Sylvie Thénault sur les violences coloniales : « Allons vers un travail collectif de connaissance du passé »

Sylvie Thénault est une historienne française spécialiste de la Guerre d’Algérie.
Penser le post-colonialisme
« Les écritures post-coloniales » se déroule du vendredi 2 au samedi 3 février 2018 au Théâtre National Populaire. Deux soirées pour penser le post-colonialisme en faisant dialoguer la littérature, l’histoire, la musique et la poésie.
Un événement organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.
Tout le programme est ici.

La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence.

Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ?

L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite.

« Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés »

Sylvie Thénault, une spécialiste de la Guerre d’Algérie
Née en 1969, cette historienne française est agrégée d’histoire et directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne. Ses travaux portent sur le droit et la répression légale pendant la guerre d’indépendance algérienne. Elle a en particulier étudié des mesures ponctuelles, comme les couvre-feux en région parisienne et les camps d’internement français entre 1954 et 1962.

C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence.

Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne.

Voir enfin:

Le Martiniquais Frantz Fanon inspire un réalisateur suédois
« Les damnés de la terre » de Frantz Fanon est en filigrane de Concerning Violence, ce documentaire de Göran Hugo Olsson, qui s’est interrogé sur l’histoire des peuples africains pour accéder à l’indépendance. Un documentaire à voir actuellement à Madiana, Schoelcher.
Fabrice Théodose
France info Martinique
16/01/2015

« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes.

Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique.

Violence et décolonisation

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » (Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961).

La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés.

A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ?

« Concerning Violence » de Göran Hugo Olsson, lundi 19 janvier à Madiana, à 19h30

Voir parallèlement:

Harcèlement de rue: «Les policiers savent très bien que cette loi est purement inapplicable!»
Etienne Campion
Le Figaro
31/07/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Fonctionnaire de police et déléguée syndicale de l’Unité SGP Police, Linda Kebbab fait entendre le point de vue des forces de l’ordre sur le projet de loi de Marlène Schiappa qui prévoit de punir d’amendes l’outrage sexiste. Elle dénonce une loi inapplicable qui relève de la communication.

Linda Kebbab est déléguée nationale de l’Unité SGP Police. Elle a contribué cette année au numéro hors-série d’«Actu Police»: Femmes flics, héroïnes nationales<
FIGAROVOX.- Le secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, prévoit l’application de la loi de «lutte contre les violences sexistes et sexuelles» dès l’automne, rendant le harcèlement de rue verbalisable. En tant que représentante des forces de l’ordre, êtes-vous favorable à cette loi, et est-elle applicable?

Linda KEBBAB.- Favorables à une loi pour défendre les femmes dans l’espace public, nous le sommes évidemment dans le principe, c’est une noble cause. D’ailleurs, avant que le ministère de l’Intérieur s’engage dans le label «Égalité professionnelle entre les femmes et les hommes», notre organisation syndicale était sur le sujet depuis longtemps: nous avons par exemple sorti un numéro d’«ActuPolice» à l’attention des femmes policières mettant en avant les difficultés rencontrées au sein des forces de l’ordre en matière de discrimination. Donc c’est évidemment un sujet qui nous touche et pour lequel on s’estime précurseurs, bien avant le ministère de l’Intérieur et le gouvernement…

En revanche, la façon dont le problème a été abordé nous trouble particulièrement et nous sommes très pessimistes quant à l’application de cette loi dans l’espace public.

D’abord parce qu’il s’agit d’une contravention et non pas d’un délit. Le délit peut être rapporté et donner lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire: chacun peut rapporter les faits pour un délit dont il a été témoin ou victime. Ce qui n’est pas le cas pour une contravention.

Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique.

Pour une contravention, il faut que l’agent de police ait constaté de ses propres yeux l’infraction, et qu’un citoyen la rapporte aux autorités ne changera rien. Aller dire à un agent de police qu’on s’est fait insulter ou harceler revient ainsi à lui rapporter qu’un chauffard a grillé un feu rouge: il sera d’accord pour dire que c’est mal, mais sans flagrant délit il ne pourra rien faire, hormis vous répondre qu’il n’a rien constaté. Car la contravention nécessite une constatation. Et en matière d’outrage sexiste, il est peu probable que les policiers déjà submergés – allons-nous devoir rallonger leurs journées? – puissent rester planqués au coin d’une rue ou patrouiller à pied dans l’attente de constater, et ce dans le plus grand des hasards, un outrage sexiste en flagrant délit. Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique. Et les femmes ne pourront de toute façon pas saisir les policiers puisqu’il s’agit d’une contravention…

Comment les policiers perçoivent-ils ce potentiel nouveau rôle d’appréhension et de discernement de ce qui est, ou n’est pas, du harcèlement?

Les policiers disent tous qu’il s’agit d’une loi faite pour communiquer, totalement inapplicable, même si bien sûr ils ont conscience du problème et qu’ils ont l’habitude d’être sollicités pour cela. Mais c’est justement parce qu’ils ont conscience de ces réalités grâce au contact du terrain qu’ils considèrent que l’arrivée de cette loi relève de la pure communication: les policiers savent très bien qu’elle est purement inapplicable, ils ne l’affirment pas par plaisir! Et de toute façon, sauf si par hasard quelques cas ponctuels fonctionnent, ce n’est pas cela qui changera la société! Les policiers ont conscience que cette contravention ne modifiera en rien les rouages de la société et considèrent, de toute façon, que ce n’est pas à eux de le faire. Ce n’est en effet pas à eux de faire de la prévention et de l’admonestation – car si cette loi passe il s’agira bien pour les policiers de sermonner les dragueurs de rue… Les moyens n’ont pas été mis en amont dans l’éducation et la prévention et on nous demande à nous policiers d’expliquer à un homme comment il doit se comporter avec une femme!

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler !

Ce n’est pas aux policiers de faire de la pédagogie?

En effet, ce n’est pas leur travail. Et, de toute façon, même si nous le voulions, nous n’aurions pas les moyens pour le faire. Si on estime qu’il s’agit d’une vraie cause nationale, il aurait fallu en faire un délit pour permettre aux victimes de se plaindre et de vraiment pouvoir déposer plainte pour mesurer l’impact psychologique et les potentiels jours d’ITT afin de lancer des procédures judiciaires.

Et ce qui sera considéré comme du harcèlement chez certaines femmes ne le sera pas chez d’autres…

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler! On peut trouver scandaleux la «Tribune des cent femmes» et le droit d’importuner, mais si aujourd’hui une femme se fait siffler dans la rue et qu’un policier intervient, à quel moment la contravention devra être constatée? Quand l’homme aura répondu à la liste exhaustive des sifflements établis par le gouvernement? Mais comment fera-t-on si la jeune fille dit que c’est une drague qu’elle accepte? Le policier se trouvera en porte-à-faux… Ce n’est pas à un policier de résoudre des problèmes de société! Et les contraventions, qui sont des éléments objectifs (feu rouge grillé, tapage nocturne…), tiennent à des faits réprimés par la société dont on n’a pas à discuter. Tandis qu’un sifflement ou une remarque peuvent être acceptés par certaines femmes: ce n’est pas à un policier de le verbaliser.

Selon vous et au vu de votre expérience de terrain, comment faire pour lutter en profondeur contre le problème de la sécurité des femmes dans l’espace public?

C’est une question qui renvoie à l’éducation et à la prévention. Or, jamais dans cette loi il n’a été question de mesures éducatives et de prévention auprès des hommes. Les stages de sanctions complémentaires ne suffiront pas, et les policiers ne peuvent travailler que s’il y a une véritable œuvre de prévention en amont, ce qui n’est pas le cas. D’autant plus qu’ils ne peuvent dénoncer des pratiques qui sont à l’ordre du jour seulement depuis «#metoo»: on ne peut pas leur demander de devenir manichéens quant à des outrages qui n’étaient pas perçus comme tels il y a encore quelques mois.

L’« outrage sexiste » et les « regards appuyés » : il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

Par ailleurs, souvent dans les outrages sexistes, dès lors que la jeune fille se rebiffe, elle devient victime de violence. Comme pour le cas récent de Marie Laguerre, qui a eu raison de faire preuve de courage. Tout comme elle a eu aussi raison de dire que même les femmes policières sont victimes d’outrages, nous le constatons également à notre échelle. Il faut par ailleurs rappeler que dans le cas de cette femme qui a été agressée, si la police était intervenue et que l’homme avait été interpellé, cette affaire aurait pu rester à l’échelle de la contravention et être traitée entre les tapages nocturnes et les excès de vitesse… Elle est devenue un délit parce que l’homme, en lançant un cendrier au visage de Marie Laguerre, a fait usage d’une arme par destination. Ce qui a donné lieu à une circonstance aggravante.

Il est donc primordial que, au-delà des sifflements et des remarques de rue, le gouvernement prenne en compte la circonstance aggravante en fonction du genre de la personne atteinte. Car un homme qui frappe une femme aujourd’hui ne pâtit pas de circonstance aggravante, sauf lorsque c’est sa concubine.

On fait beaucoup de bruit pour des contraventions, mais la grosse erreur du gouvernement est d’être complètement passé à côté de cette question des circonstances aggravantes en fonction de l’appartenance à un genre, et de ne même pas y avoir songé.

Nous n’avons pas été entendus, hormis quelques invitations symboliques, le gouvernement ne prend absolument pas en compte le terrain et se contente de communiquer par des lois inapplicables. L’«outrage sexiste» et les «regards appuyés»: il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

La loi sur les fake news : vaine, liberticide ou utile ?

La proposition de loi, voulue par Macron et portée par les députés LREM, arrive devant l’Assemblée. Les avis sont souvent tranchés sur son utilité.

Thierry Noisette

Les députés lois examinent, à partir de ce jeudi 7 juin, en séance publique les deux propositions de loi « anti-fake news » (leur appellation officielle est « lutte contre les fausses informations »).

Il s’agit en fait d’un projet de loi maquillé en propositions, puisque l’on sait qu’il a été voulu par le président de la République et préparé au ministère de la Culture, même s’il est présenté formellement par des députés LREM.

Un texte examiné en accéléré

Lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier, Emmanuel Macron déclarait : « En période électorale, en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé. »

Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée sur ces deux textes (proposition de loi organique n° 772 et proposition de loi n° 799), ils ne feront donc l’objet que d’une seule lecture à l’Assemblée puis au Sénat.

Ce projet a suscité de nombreuses réactions, souvent critiques. Deux reproches sont fréquemment adressés aux deux textes : ils ajoutent encore une loi alors qu’il existe déjà dans le droit français un délit de diffusion de fausses nouvelles (article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse), et ils vont confier à un juge, en procédure d’urgence, la tâche de déterminer si une nouvelle est fausse ou non.

Lors de l’audition de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, mardi 22 mai par les députés, rapporte Euractiv, le député Nouvelle Gauche Hervé Saulignac s’est inquiété : « Comment un juge en 48 heures peut-il qualifier une information ? […] Va-t-on remettre en cause le secret des sources ? »

« Un concept fourre-tout »

La rapporteure pour la commission des lois, Naïma Moutchou, a annoncé que des précisions seraient apportées au texte au travers d’amendements notamment pour définir clairement le terme de « fausse information ».

Nicolas Vanderbiest, animateur du blog Reputatio Lab, qui analyse les crises et l’e-réputation sur les réseaux sociaux, était très critique lors de l’annonce présidentielle, sur le terme même de fake news :

« C’est un mot qui ne devrait même pas exister. C’est un concept fourre-tout qui a le sens qu’on lui donne. Est-ce une rumeur ? Une fausse information ? Une opération de déstabilisation comme on a pu en voir pendant l’élection présidentielle ? »

Et il ajoutait sur son blog : « Il n’y a aucun accord sur la définition de fake news, ce mot étant une coquille vide. Ensuite parce que la réalité des fake news ne peut être combattue uniquement par une loi. Le parallèle avec le piratage est criant. C’est illégal, mais tout le monde le pratique. »

« Liberticide, démagogique »

L’avocat Emmanuel Pierrat, le 4 mars sur BFMTV (à 16h30), mettait en avant l’ancienneté des textes existants (la loi du 27 juillet 1849, article 4, interdisait déjà « la publication ou reproduction, faite de mauvaise foi, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées, ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque ces nouvelles ou pièces seront de nature à troubler la paix publique ») :

« Il y a déjà en droit français presque 400 textes qui encadrent la liberté d’expression. […] Depuis 1850, il existe un délit de fausses nouvelles en France. Quelle est l’utilité de créer un délit de fake news qui ressemble peu ou prou au délit de fausses nouvelles ? […] On rend le juge responsable de dire la vérité, et en urgence. […] C’est une loi liberticide, démagogique, qui ne servira à rien. »

Après l’annonce présidentielle de janvier, la présidente du Syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, déclarait à « Libération » : « Il ne paraît pas du tout évident de vérifier ce qui relève ou non de la fausse information dans le cadre de l’urgence. »

Les actuelles propositions de loi sur les fake news ont cependant une spécificité, celle de viser les périodes préélectorales et électorales (en imposant aux plateformes « des obligations de transparence renforcées en vue de permettre » aux autorités de détecter des campagnes de déstabilisation par la diffusion de fausses informations, et aux internautes de connaître l’annonceur des contenus sponsorisés.

« Ne pas ouvrir la boîte de Pandore »

Interrogé début mai par « le Nouveau Magazine littéraire », Pierre Haski, président de Reporters sans frontières et chroniqueur à « l’Obs », déclarait :

« Qu’un Etat veuille protéger son débat public d’une ingérence étrangère cachée ne me choque pas. Durant la campagne électorale américaine, 126 millions d’Américains ont été exposés à des contenus sponsorisés achetés par la Russie sans apparaître comme tel mais sous un prête-nom. Cela pose un grave problème démocratique dans la mesure où il y a manipulation d’un processus électoral. Si l’Etat français veut imposer un encadrement et une transparence de ces pratiques, je n’y suis pas opposé sur le principe. Mais il faudra être extrêmement vigilant sur la formulation d’un tel texte de loi pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. »

Lorsque « le Monde » retrace l’histoire de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et de sa répression des fausses nouvelles, il cite l’historien de la presse Patrick Eveno. Ce dernier note qu’en pratique, les poursuites contre les journaux accusés d’avoir publié des fausses nouvelles furent très rares :

« Il faut montrer qu’il y a eu une intention de ­publier une fausse nouvelle et faire le lien entre celle-ci et un trouble à la paix publique, ce qui est très compliqué. Si bien que le délit de fausse nouvelle a été peu invoqué par les parquets. Mais il l’a été pendant la guerre d’Algérie. En termes de droit, le juge est démuni : produire des fausses nouvelles afin de convaincre les gens de voter pour Macron ou Le Pen ne trouble pas la paix publique. »

Alors, inutile ou comblant un réel vide juridique ? Limité ou dangereux pour la liberté de la presse ? Les débats à l’Assemblée et au Sénat ne manqueront pas d’intérêt pour tenter de répondre à ces interrogations.

Et les réseaux sociaux ?

Reste aussi à savoir si ces textes ont une chance de répondre au défi du partage de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux : en mars, le sociologue spécialiste d’Internet Antonio Casilli le relevait dans « l’Obs » :

« Les modèles économiques des plateformes numériques ne favorisent pas tant la militance spontanée émanant de la base d’un parti, que des campagnes de propagande et de dénigrement montées de toute pièce. » « Les grands médias sociaux jouent un rôle extrêmement ambigu dans cette économie du clic. D’une part, Facebook et Google s’engagent depuis 2016 dans des remaniements réguliers de leurs algorithmes de référencement et de ciblage publicitaire afin de corriger les biais qui ont permis aux fake news de se répandre et ils s’adonnent depuis toujours à des ‘purges’ de faux profils, voire proscrivent les utilisateurs ayant recours aux plateformes de crowdturfing. Mais, d’autre part, le réseau de Mark Zuckerberg semble fonctionner grâce à des mécanismes d’achat de visibilité qui entretiennent de nombreuses similitudes avec le fonctionnement des usines à faux clics. »

Voir également:

Sur Twitter, les fake news se propagent beaucoup plus vite que la vérité

Elles se diffusent beaucoup plus rapidement et touchent davantage de gens : trois chercheurs du MIT décortiquent le mécanisme de propagation des fausses nouvelles.

Jean-Paul Fritz

L’ère Trump est celle des « fake news », mais peu d’éléments scientifiques étaient jusqu’à présent disponibles sur la manière dont elles se propagent. Aujourd’hui, trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, réparent ce manque en publiant une étude à grande échelle sur la diffusion des fausses nouvelles, ce que l’on désigne souvent par l’anglicisme « fake news ».

Dans cette étude, parue jeudi soir dans le magazine « Science », ces spécialistes des interactions homme-machine et de l’analyse des mécanismes des réseaux sociaux ont décortiqué la transmission de l’information, révélant des éléments pour le moins surprenants.

Après l’attentat de Boston

A l’origine de cette étude, un constat effectué par Soroush Vosoughi lors de l’attentat du marathon de Boston en avril 2013. « Twitter est devenu notre source principale d’informations », explique le chercheur. « J’ai réalisé qu’une bonne partie de ce que je lisais sur les réseaux sociaux était des rumeurs, des fausses nouvelles. » Avec son professeur de l’époque et d’autres collègues, il a commencé à étudier la propagation des nouvelles, vraies et fausses.

Dans l’étude publiée ce jeudi, plutôt que de se focaliser sur le chemin suivi par quelques événements significatifs, les chercheurs ont misé sur la quantité pour déterminer, indépendamment des thèmes véhiculés, ce qui pouvait différencier la propagation d’une fausse nouvelle par rapport à une vraie ou même une « mixte », une nouvelle comportant des éléments vrais et des éléments faux.

« Même si les expressions ‘fake news’ et ‘désinformation’ impliquent également une distorsion volontaire de la vérité, nous ne prétendons rien sur les intentions des pourvoyeurs des informations que nous avons analysées. Nous concentrons plutôt notre attention sur la véracité et sur les histoires qui ont été vérifiées comme vraies ou fausses, » avertissent les auteurs de l’étude.

Des rumeurs en cascade

Le mécanisme de diffusion d’une nouvelle sur les réseaux sociaux est organisé en « cascades ». Une cascade débute lorsqu’un utilisateur va diffuser une information, vraie ou fausse. Cette information sera ensuite reprise par d’autres utilisateurs dans une sorte d’effet boule de neige. Mais une même nouvelle peut faire l’objet de plusieurs cascades, lorsque des utilisateurs différents vont de manière indépendante commencer à diffuser la même information ou rumeur.

Par exemple, si je découvre une information intéressante sur un site et que j’en tweete le lien (ou que je le partage sur une autre plateforme), je démarre une cascade sur cette information qui va éventuellement provoquer des retweets qui eux-mêmes déclencheront d’autres retweets. Mais d’autres personnes peuvent avoir également tweeté le même lien de leur côté, déclenchant des cascades séparées.

Pour chaque cascade, les chercheurs ont notamment déterminé la profondeur (nombre de retweets par d’autres utilisateurs depuis l’origine), la taille (le nombre d’utilisateurs impliqués dans la cascade), la largeur (nombre maximum d’utilisateurs à un moment donné)…

« Plus loin, plus vite, plus largement »

Les auteurs de l’étude ont pu constater que les fausses nouvelles sont diffusées « significativement plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’information ».

Pour une même cascade, les fausses informations ont ainsi touché beaucoup plus de personnes que les vraies. « Alors que la vérité est rarement diffusée à plus de 1.000 personnes, le top 1% des cascades de fausses nouvelles touche généralement entre 1.000 et 100.000 personnes », précise l’étude. Le constat est que beaucoup plus de personnes retweetent des informations fausses que la vérité. C’est cette diffusion virale, qui ne passe pas par les canaux habituels de transmission verticale d’informations, qui va faire la différence.

Les fausses nouvelles auraient ainsi 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que les véritables informations, et par un beaucoup plus grand nombre d’utilisateurs uniques.

La diffusion des fausses nouvelles est également rapide : « Il faut à la vérité à peu près six fois plus longtemps que la fausseté pour toucher 1.500 personnes », expliquent les scientifiques.

Les informations (vraies ou fausses) les plus diffusées appartiennent en premier à la catégorie politique. Viennent ensuite les légendes urbaines, les affaires, le terrorisme, la science, les loisirs et les catastrophes naturelles.  Ce n’est pas vraiment une surprise, mais les fake news politiques sont celles qui touchent le plus de monde et sont les plus virales : « Elles touchent 20.000 personnes en trois fois moins de temps qu’il en faut à une vraie nouvelle pour en toucher 10.000. »

Les influenceurs et les robots n’y sont pour rien

On pourrait croire que des influenceurs sont à l’origine de la propagation large et rapide des fausses nouvelles, mais il n’en est rien. Ce ne sont pas ceux qui ont le plus d’abonnés à leur fil Twitter, qui postent le plus souvent ou qui sont « vérifiés » qui expliquent ce mouvement, au contraire. Ceux qui diffusent les fausses nouvelles ont moins de « followers », suivent moins de personnes et sont moins actifs (et moins vérifiés).

Les robots, ces programmes automatisés qui font du retweet à la chaîne, sont aussi souvent suspectés. L’étude montre qu’ils n’y sont pas pour grand-chose. Les trois chercheurs ont identifié les « bots » et ont effectué des analyses avec et sans eux sans que cela ne change les résultats : « Les fausses nouvelles se diffusent plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité parce que les humains, et pas les robots, ont plus de chances de les répandre », affirme l’étude. Le terreau des fake news, ce serait donc monsieur et madame-tout-le-monde…

Les fausses nouvelles plus originales que les vraies ?

En modélisant les probabilités d’être retweeté, les auteurs ont donc découvert que les fausses informations avaient 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que la vérité. Pourquoi un tel écart ? La réponse pourrait être « l’originalité ». « La nouveauté attire l’attention, contribue à une prise de décision productive et encourage le partage de l’information parce que la nouveauté met à jour notre compréhension du monde, » décryptent les auteurs.

Ils ont ainsi analysé les différences entre les tweets auxquels était exposé un échantillon d’utilisateurs avant qu’ils ne diffusent une information. En comparaison, « les fausses nouvelles étaient, de manière significative, plus originales que la vérité, en exhibant une unicité d’information nettement plus importante ».

« Les fausses nouvelles sont plus originales, et les gens ont plus de chances de partager des informations originales », explique Sinan Aral. Sur les réseaux sociaux, les personnes qui sont les premières à diffuser une information jusque-là inconnue attirent l’attention. Ils « semblent être au courant ». Même si l’information en question se révèle fausse.

Pour les auteurs, « même si nous ne pouvons pas affirmer que l’originalité provoque les retweets ou que la nouveauté est la seule raison pour laquelle les fausses nouvelles sont retweetées plus souvent, nous avons découvert que les fausses nouvelles sont plus novatrices et que cette information originale a plus de chances d’être retweetée ».

Ils ont également étudié les émotions associées aux fausses nouvelles (déterminées par le vocabulaire des utilisateurs qui les rediffusaient). Surprise et dégoût étaient en tête chez les fake news, alors que les véritables informations inspiraient davantage de tristesse, d’anticipation, de joie et de confiance. Pour les trois chercheurs, « les émotions exprimées en réponse aux fausses informations pourraient éclairer des facteurs additionnels, en plus de la nouveauté, qui inspirent les gens à partager des fausses nouvelles ».

Que faire contre les fake news ?

Si elle a pour ambition de décortiquer certains mécanismes de la diffusion des fake news, l’étude du MIT n’offre pas de solutions miracle. « Il faut davantage de recherches sur les explications comportementales des différences de diffusion entre les vraies et fausses nouvelles », admettent les auteurs. « Comprendre comment les fausses nouvelles se diffusent est la première étape pour les contenir. »

Pour Vosoughi, Roy et Aral, les résultats de leur étude donnent cependant une piste importante : il faut s’occuper du comportement des utilisateurs, alors que « s’il s’agissait juste de robots, nous aurions eu besoin d’une solution technologique ».

« Si des personnes diffusent volontairement des fausses nouvelles alors que d’autres le font sans le savoir, le phénomène est double et nécessite de multiples tactiques pour y répondre », suggère Soroush Vosoughi. 

En tant qu’utilisateur, on peut également appliquer une solution de bon sens suggérée par Deb Roy : « Réfléchir avant de retweeter. »

Une étude à grande échelle

Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral ont étudié la manière dont des nouvelles, fausses et vraies, ont été diffusées sur Twitter entre 2006 et 2017. Ils ont analysé le parcours de 126.000 d’entre elles, rediffusées plus de 4,5 millions de fois par 3 millions de personnes.

Pour déterminer si les nouvelles étaient vraies ou fausses, les trois chercheurs ont fait appel à six organisations indépendantes spécialisées dans le fact-checking. Le résultat est ce que certains qualifient déjà comme « la plus grande étude longitudinale [suivie dans le temps] jamais réalisée sur la diffusion des fausses nouvelles en ligne ».

Le but avoué des trois chercheurs est de répondre aux « deux des questions scientifiques les plus importantes : comment la vérité et la fausseté se diffusent de manière différente, et quels facteurs du jugement humain expliquent ces différences ».

Voir encore:

Washington : la comédienne anti-Trump en a-t-elle trop fait ?

Michelle Wolf a fait un discours très mordant lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Le Parisien
30 avril 2018

« Comme dit une star porno lorsqu’elle se met au lit avec Trump, finissons-en au plus vite ! » C’est ainsi que Michelle Wolf a commencé son discours, samedi, lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington.

Comme l’année dernière, Donald Trump avait rompu avec la tradition en refusant de participer à ce rituel où son administration est toujours plus ou moins vilipendée.

Malgré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah, n’avait rien perdu de son mordant. Bien au contraire. Elle a donc étrillé le président américain dans son discours.

« Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières »

Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres…

Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » !

« Une honte »

Selon des commentateurs, la comédienne serait allée un peu trop loin dans la « mise en boîte ». Même si certains ont trouvé cela « courageux », d’autres, pas tendres avec l’administration Trump, ont trouvé ces plaisanteries « pas drôles, voire méchantes ou insultantes ».

« J’ai complimenté son sens du maquillage, au contraire ! » a plaisanté la comédienne sur Twitter, répondant à ses critiques. Elle s’est permis également de répondre d’un « merci ! » au prédécesseur de Sarah Sanders, Sean Spicer qui avait écrit que ce discours était « une honte ».

Voir également:

Etats-Unis : un restaurant refuse de servir sa porte-parole, Donald Trump se venge sur Twitter

PERSONA NON GRATA – Par les temps qui courent, il ne fait pas bon travailler pour Donald Trump. Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche en a fait les frais vendredi en se faisant virer d’un restaurant où elle devait dîner. Ce qui a valu, lundi, un tweet matinal fracassant du président américain.
Virginie Fauroux
LCI
25 juin 2018

« J’ai été expulsée d’un restaurant ! ». Scandale outre-Atlantique, en pleine polémique sur la gestion de la crise migratoire, la porte-parole de la Maison blanche a indiqué qu’un restaurant de l’Etat de Virginie dans lequel elle souhaitait dîner vendredi soir avait refusé de la servir au motif qu’elle travaillait pour Donald Trump.

« Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment », a expliqué Sarah Sanders sur son compte Twitter samedi matin. « Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire », a-t-elle ajouté.

Trump en colère

Comme le rapporte CBS News, l’incident a été révélé sur Facebook par un homme affirmant être un employé de l’établissement, qui a précisé dans son message avoir servi Sarah Sanders « lors d’une durée totale de deux minutes ». Ce post a été tweeté par Brennan Gilmore, le directeur exécutif du groupe environnemental Clean Virginia.

La propriétaire du restaurant, Stéphanie Wilkinson, a confirmé l’information au Washington Post et expliqué qu’elle ne regrettait pas sa décision : « Je ne suis pas une grande fan de la confrontation », a-t-elle déclaré. « Mais il est grand temps dans notre démocratie que les gens prennent des mesures, même inconfortables, pour défendre leur moralité. J’aurais refait la même chose », a-t-elle poursuivi. « Nous pensons juste qu’il y a des moments où il faut être fidèle à ses convictions ».

La mésaventure de sa porte-parole a suscité la colère de Donald Trump, qui s’est vengé lundi dans un tweet, comme il en a l’habitude. « Le restaurant Red Hend devrait se concentrer sur le nettoyage de ses verrières, portes et fenêtres crasseux plutôt que de refuser de servir une personne bien comme Sarah Huckabee Sanders. J’avais une règle, si un restaurant est dégoûtant de l’extérieur, il l’est à l’intérieur ».

Voir enfin:

Politique migratoire de Trump : sa porte-parole protégée par le Secret service

Vendredi 22 juin, Sarah Sanders avait été congédiée d’un restaurant à cause des idées et de la politique de son patron.
J.Cl.
Le Parisien
27 juin 2018

Cinq jours après sa mésaventure du week-end, la porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée.

Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte.

A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Trump avait pris la défense de Sanders dans un tweet rageur.

4 Responses to Harcèlement en ligne: Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont (As colonialism-themed bar learns colonialism will only yield to greater violence, cyberbullied journalist recalls the media’s social responsibility)

  1. jcdurbant dit :

    WHTA BLACK ON BLACK CRIME ? (US black activists want off the Democrat plantation of eternal victimization)

    In Detroit who are your leaders ? There’s no white folks running Detroit !

    Paul McKinley (black Chicago activist, 2014)

    We don’t want no welfare ! We want opportunities to go to work. We want opportunities to own businesses.

    Joseph Watkins (black Chicago activist, 2014)

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    FIRST PRESS SECRETARY TO REQUIRE SECRET SERVICE PROTECTION IN US HISTORY (Guess who’s really lowering the conversation in the country ?)

    As far as I know, I’m the first press secretary in the history of the United States that’s required secret service protection.

    Sarah Sanders

    https://www.telegraph.co.uk/news/2018/08/02/emotional-sarah-sanders-reveals-impact-press-scrutiny-private/

    https://edition.cnn.com/2018/06/26/politics/sarah-sanders-secret-service-protection/index.html

    J'aime

  3. david dit :

    Les Illuminati est une société secrète qui s’efforce de promouvoir les valeurs spirituelles et morales. Elle était fondée sur les principes d’amour, de justice, d’unité, de paix et de secours. Les Illuminati rassemblent des individus de bonne volonté, quels que soient leurs différences et leurs origines, et veillent à ce que ces hommes de qualité s’améliorent dans la société. Voulez-vous devenir membre des Illuminati et devenir riche, célèbre, puissant et excellent dans la vie? Vous donneront-ils 900 000 $ à titre de premier avantage? Courriel davidcastrocarlo@gmail.com whatsapp +2348113388018

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :