Libération d’Auschwitz/75e: Cherchez l’erreur (What Elie Wiesel did get wrong in his extraordinary testimonial of the Auschwitz passion play)

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Tu ne différeras point de m’offrir les prémices de ta moisson et de ta vendange. Tu me donneras le premier-né de tes fils. Tu me donneras aussi le premier-né de ta vache et de ta brebis; il restera sept jours avec sa mère; le huitième jour, tu me le donneras. Exode 22: 29-30
 Nul ne pourra sanctifier le premier-né de son bétail, lequel appartient déjà à l’Éternel en sa qualité de premier-né; soit boeuf, soit agneau, il appartient à l’Éternel. S’il s’agit d’un animal impur, on le rachètera au prix de ton estimation, en y ajoutant un cinquième; s’il n’est pas racheté, il sera vendu d’après ton estimation. Lévitique 27: 26-27
L’Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. Michée 6: 7-8
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
There is no God, and He gave us the land of Israel. Begin
Where is God now?’ And I heard a voice within me answer him: ‘. . . Here He is—He is hanging here on this gallows.’ The binding of Isaac was not God’s test of man. The binding of Isaac was man’s test of God. Elie Wiesel
The young hero’s anguish—also his scorn, cultural love, and filial piety—fit our Zionist mood, opening us to a new kind of Judaism, more evangelical than observant. Auschwitz had become a kind of Calvary for us, and Wiesel became the author of our passion play: unspeakable cruelty, common indifference, God’s forsaking, the sacrifice of his innocent chosen. Israel, which had broken the siege of 1967, seemed the resurrection. “The child who tells us this story here was one of God’s elect”; his recounted horrors were worst of all for “those of us who have faith: the death of God in the soul of a child who suddenly discovers absolute evil. François Mauriac
I want to make the distinction that while anti-Semitism is something that impacts Jewish Americans, it’s different than anti-black racism or Islamophobia because it’s not systemic. Of course, you may experience vandalism or an attack on a synagogue, or maybe on an individual level… but it’s not systemic, and we need to make that distinction. Linda Sarsour
Jewry has so deeply infected the Anglo-Saxon states both spiritually and politically that they no longer have the ability to see or accept the danger. It conceals itself as Bolshevism in the Soviet Union, and plutocratic-capitalism in the Anglo-Saxon states. The Jewish race has always been an expert at mimicry, that is, the systematic ability to fade into its surroundings. We know that from our own past. They put their host peoples to sleep, they drug them, paralyzing their ability to defend themselves against the life-threatening danger from Jewry. Joseph Goebbels
With their money, [the Jews] took control of the world media, news agencies, the press, publishing houses, broadcasting stations, and others. With their money they stirred revolutions in various parts of the world with the purpose of achieving their interests and reaping the fruit therein. They were behind the French Revolution, the Communist revolution and most of the revolutions we heard and hear about, here and there. With their money they formed secret societies, such as Freemasons, Rotary Clubs, the Lions and others in different parts of the world for the purpose of sabotaging societies and achieving Zionist interests. With their money they were able to control imperialistic countries and instigate them to colonize many countries in order to enable them to exploit their resources and spread corruption there. Hamas charter (article 22)
Le juif dangereux, c’est le juif vague. Édouard Drumont
Toute énormité apologétique en faveur du nazisme doit s’appuyer sur au moins un élève juif de Heidegger. François Rastier
Nous vivons une époque formidable, celle de l’indistinction. Aussi certains intellectuels ne savent-ils plus toujours si les propos antisémites, sexistes, homophobes ou encore xénophobes font partie des opinions ouvertes à la discussion ou, à l’opposé, sont condamnables au nom des droits humains ou, plus simplement, des principes de la démocratie. Mais c’est justement une incompréhension fondamentale sur la nature de cette dernière qui autorise cette interrogation. Tocqueville avait utilement alerté sur cette question: dans une société démocratique, expliquait-il, les individus vouent un véritable culte à l’égalité qui constitue une passion dominante. Ainsi «les théories conduisant à la conclusion que toutes les opinions doivent être respectées et traitées sur une base égalitaire, voire considérées comme équivalentes, tendent à être l’objet d’une attention sélective et à être retenues en priorité» (Raymond Boudon, «Les deux sociologies de la connaissance scientifique»). Ainsi, le fondamental principe d’égalité se corrompt trop souvent dans le désir, plus ou moins avoué, d’indistinction. Cette pente est particulièrement redoutable puisqu’elle incite au scepticisme radical, et elle tend à considérer l’éthique et l’épistémologie comme des illusions. La démocratie, qui, à beaucoup d’égards, peut être définie comme une organisation des séparations (par exemple du politique et de l’ethnico-religieux), a tout à perdre à promouvoir l’indistinct. C’est à l’aune de l’indistinction que nous pouvons comprendre l’apparition d’un phénomène nouveau: l’antisémitisme sans antisémites. Il est en effet frappant de constater le déni ou l’euphémisation (généralement par l’affirmation d’un antisionisme radical) devant le procès en antisémitisme. Ces attitudes (que l’on peut ne pas distinguer) sont généralement fondées, d’une part, sur l’incompréhension de la nature de l’antisémitisme, d’autre part, sur la distinction – dont nous montrerons l’inconsistance – entre antiracisme moral et antiracisme politique. Il va de soi que ces deux points entretiennent de profondes affinités. Le modèle dominant de lutte contre le racisme, développé à partir de 1945, établissait une équivalence structurelle entre colonisés et juifs dans leur fonction de détournement (mécanisme bien documenté du bouc-émissaire) de l’insatisfaction sociale. Dans cette stratégie argumentative, la spécificité du génocide des juifs constituait une réelle difficulté. Il fallait donc que le racisme nazi soit une forme particulière de racisme colonial. La distinction entre ces deux formes de racisme a été pourtant, dès 1967, posée avec vigueur par Jeanne Hersch («Sur la notion de race», dans Diogène). Dans une étude consacrée à la notion de race et à l’examen de deux textes établis sous l’égide de l’Unesco, elle montrait que dans le cas du racisme colonial les différences physiques stigmatisées par les colonialistes étaient manifestes, alors que celles dénoncées par les nazis étaient extrêmement imprécises. Elle ajoutait, en outre, que les colonialistes justifiaient l’exploitation de leurs victimes à l’aide d’un préjugé raciste, celui de l’infériorité intellectuelle des exploités, tandis que les nazis usaient comme moteur de leur haine l’envie qu’inspiraient les juifs, auxquels le préjugé raciste prêtait une supériorité intellectuelle dangereuse. Aussi, pour les colonialistes fallait-il maintenir la présence de l’«autre race» en tant que source de profit; alors que pour les nazis le but était son élimination et sa destruction. Pour le racisme d’extermination, c’est donc le caractère incertain des différences physiques de l’autre qui entretient une suspicion diffuse, une hantise du mélange. Or si ce racisme a désigné le juif comme l’ennemi absolu, c’est parce que la différence juive, hors du champ religieux, est insaisissable. Elle est, en conséquence, la plus dangereuse pour l’identité collective du groupe. Comme le notaient, il y a assez longtemps, P. H. Maucorps, A. Memmi et J. F. Held, les juifs parce qu’ils «constituent une minorité tellement fluide que très peu d’individus considérés comme tels réunissent toutes les déterminations réelles ou supposées de leur groupe sont objet de racisme en tant que simple incarnation de l’Altérité.» On voit, à travers ces lignes, la particularité de l’antisémitisme qu’avait, à sa manière, évoquée Édouard Drumont lorsqu’il écrivait: «Le juif dangereux, c’est le juif vague.» En d’autres termes, le plus grand péril pour le raciste, c’est le péril indiscernable. Le juif, trop semblable au point de ne pouvoir être distingué, exaspère chez l’antisémite l’horreur du métissage, la peur de la dégénérescence par l’effet du mélange. Aussi l’expression de l’hostilité à l’égard des juifs n’est-elle nullement soucieuse de donner une explication causale de la menace sociale, mais manifeste une crainte face à un danger mal compris susceptible de fissurer l’armature sociale de la communauté. (…) Il paraît, par conséquent, illusoire de penser aujourd’hui les tâches de l’antiracisme sans partir de cette réalité: l’antisémitisme appartient à un registre spécifique. La lutte contre lui ne peut être efficace que si elle est distinguée de la lutte contre les autres formes de racisme. Est-il utile de préciser que l’accent mis ici sur la particularité du registre antisémite n’induit nullement une volonté de méconnaître les autres expressions de la haine ou de hiérarchiser celles-ci à l’aune de leur malfaisance? (…) Autre intéressant registre rhétorique, l’antiracisme politique utilise quelques intellectuels juifs pour éloigner tout soupçon d’antisémitisme. (…) De même, l’idée, exprimée par un collectif de juifs «antiracistes et anticolonialistes», d’une «profonde rupture, après la Shoah, entre les Juifs et les autres peuples racisés» (voir «La bonne conscience des intellectuels juifs»), suggère également que les juifs ne sont pas des racisés comme les autres. Et s’ils ne sont pas comme les autres, c’est parce que pèse sur eux l’accusation de sionisme, sans que l’on sache très bien à quoi elle renvoie, tant le mot est polysémique. Mais on comprend aisément, nonobstant le nombre considérable de juifs critiques à l’égard de la politique de colonisation israélienne, que tout juif est un sioniste potentiel, autrement dit un ennemi du genre humain, comme l’était autrefois le «juif vague» cher à Drumont. La stratégie d’euphémisation, liée au discrédit de la notion de race, rend ainsi, pour un nombre de plus en plus grand de nos contemporains, l’antisémitisme respectable. La prolifération des thèses complotistes est un indicateur inquiétant de la fragilité d’une opinion démocratique, trop souvent incapable de se prémunir contre la corruption de l’égalité, celle de la dignité de chacun, dans l’indistinction, soit fondamentalement la confusion du vrai et du faux. Alain Policar
Underlying this pervasive point of view is the notion that Jews, who are often conflated with whites, should “check their privilege,” because anti-Semitism just isn’t as bad as other forms of racism. On campus, where the ADL notes an acute rise in anti-Jewish hostility, alarmed Jewish students are sidelined for being white and middle-class and the Holocaust is trivialized as “white on white crime.” Elsewhere, Jews who protest anti-Semitism are dismissed for failing to ante up sufficient concern about people of color. This erasure of anti-Semitism isn’t simply callous. It exposes a huge moral failure at the heart of the modern left. Under the enveloping paradigm of “intersectionality,” everyone is granularly defined by their various identities — everyone, that is, except white Jews, whose Jewishness is often overwritten by their skin color. Not simply a moral failing, this erasure is deeply hazardous, inasmuch as the fight against racism happens by and large in sectors where the left perspective dominates — the academy, pop culture and much of the news media. But this failure of the left is less a result of malice rather than unconscious wiring. As I will argue, the left is doomed to erase anti-Semitism because it’s ill-equipped to understand it. For in a key sense, regular racism — against blacks and Latinos, for example — is the opposite of anti-Semitism. While both ultimately derive from xenophobia, regular racism comes from white people believing they are superior to people of color. But the hatred of Jews stems from the belief that Jews are a cabal with supernatural powers; in other words, it stems from the models of thought that produce conspiracy theories. Where the white racist regards blacks as inferior, the anti-Semite imagines that Jews have preternatural power to afflict humankind. This is also why the left is blind to anti-Semitism. Anti-Semitism differs from most forms of racism in that it purports to “punch up” against a secret society of oppressors, which has the side effect of making it easy to disguise as a politics of emancipation. If Jews have power, then punching up at Jews is a form of speaking truth to power — a form of speech of which the left is currently enamored. In other words, it is because anti-Semitism pretends to strike at power that the left cannot see it, and is doomed to erase — and even reproduce — its tropes. (…) And it’s anti-Semitism’s source in conspiracy theory that renders it so different from non-conspiracist forms of racism, like anti-blackness. As with most racism, anti-black bias constructs an underclass to be exploited or avoided. It positions blacks as inferior to whites and charges them with stereotypes that signal weakness: They are libeled as lazy, stupid, lustful, criminal and animalistic. (…) Anti-Semitism imagines a diabolic overclass to be exposed and resisted. Above all else, anti-Semitism is a conspiracy theory about the maleficent Jewish elite. And it’s this that makes it easy to disguise as a politics of liberation, or, at least, to embed anti-Semitism quietly in efforts for social justice. (…) Anti-Semitism is a poor man’s revolution. (…)Americans are — thankfully — tuned to detect and deplore racism that punches down. But we must broaden our perspective if we want to reverse the progress of anti-Semitism, which punches up toward mass murder and extermination. Forward
Wiesel’s double message—never again, and never again to Jews—seemed a single message in the years following the Israeli War of Independence, but there always was the potential for inconsistency. The tension haunted Wiesel’s next book, “Dawn,” published in 1961, and set in Mandatory Palestine, in which the protagonist, a young Holocaust survivor and student of philosophy, becomes a member of the anti-British underground, modelled on the Irgun. He finds himself struggling with an order to commit an act that can only be called terrorism: the cold-blooded murder of a random British soldier, captured to try to preëmpt the execution of a comrade. The arguments for mercy, the quality denied to him in the concentration camp, clash with the arguments for ruthlessness in pursuit of the (implicitly just) national cause. In 1965, edging toward the redemptive power of Jewish nationalism, Wiesel wrote “The Jews of Silence,” a study of Soviet Jews living with enduring bigotry and persecution. “Most of them come [to synagogue] not to pray,” Wiesel writes, “but out of a desire to identify with the Jewish people—about whom they know next to nothing.” Then came the 1967 war. Wiesel, like many of us, got caught up in it: in 1970, he published “A Beggar in Jerusalem,” his homage to the city, its mythic power, its tortured history, and, subtly, its unification under Jewish rule. But it was “Night” ’s growing status, not any new work, that brought Wiesel to prominence in America (he never achieved a comparable fame in Israel). Inspired by Wiesel and other memoirists, such as Primo Levi, increasingly American Jews saw the Holocaust as a binding tie. About three-quarters of American Jews, a Pew study shows, now think “remembering the Holocaust” is essential to their identity, twice as many as focus on religious duties. Non-Jews saw the book as a reason to trust Wiesel’s voice. And he raised it, as the New York Times obituary recalls, with mounting regularity. He condemned the burnings of black churches in the United States, and spoke out against apartheid in South Africa and on behalf of the the tortured political prisoners of Latin America. He denounced the massacres in Bosnia in the mid-nineteen-nineties, and reportedly helped to persuade Bill Clinton to intervene. He condemned the slaughters in Cambodia, Rwanda, and the Darfur region of Sudan. “I swore never to be silent whenever, wherever human beings endure suffering and humiliation,” he said, in accepting the Nobel Peace Prize, in the fall of 1986. “We must take sides. Neutrality helps the oppressor, never the victim. Silence encourages the tormentor, never the tormented.” I recall Wiesel speaking on national television in the U.S., after a program on the dangers of nuclear weapons, declaring that, in the face of extinction, all the world has become “Jewish.” Remarkably, however, there is not a word in the Times obituary about the occupation of the Palestinian territories. That is not an oversight. To the dismay of Israeli peace activists, and their supporters abroad, who’ve seen Wiesel’s unique international stature grow over two generations—and sought his support—he rarely if ever publicly raised his voice against any Israeli actions: not the bombings of Beirut in 1982; not the subsequent massacre, by Lebanese Phalangists, at Sabra and Shatila, within the perimeter held by the Israeli Army; not the disgraceful behavior of settlers in Hebron; not the encirclement by Israeli ministries of Jerusalem’s Silwan neighborhood; not the obstacles placed before international efforts to restore potable water and electricity to the residents of Gaza. Many of us who admired him in our youth became increasingly impatient with his inability to see the occupation for what it was. Primo Levi, also a survivor of Auschwitz, condemned Menachem Begin’s war in Lebanon as “success achieved with an unprincipled use of arms.” For Levi, evil was too explicably human to be absolute: “I feel indignant toward those who hastily compare the Israeli generals to Nazi generals, and yet I have to admit that Begin draws such judgments on himself . . . I fear that this undertaking [in Lebanon], with its frightening cost in lives, will inflict on Judaism a degradation difficult to cure . . . I sense in myself, not without surprise, a profound emotional bond to Israel, but not to this Israel.” In his Nobel speech, Wiesel spoke majestically of the need to ameliorate suffering, which “applies also to Palestinians, to whose plight I am sensitive, but whose methods I deplore when they lead to violence. . . . They are frustrated; that is understandable.” Terror, however, disqualified their national claims (the Peace Prize, after all, was for the author of “Night,” not “Dawn”). Then he added, as if Israel were itself not then led by the former Jewish terrorist and annexationist, Likud’s Yitzhak Shamir, “Israel will coöperate; I am sure of that. I trust Israel for I have faith in the Jewish people. Let Israel be given a chance, let hatred and danger be removed from their horizons, and there will be peace in and around the Holy Land.” Wiesel’s one show of magnanimity to the peace camp came in June of 2009, after President Obama delivered his Cairo Address. Wiesel joined Obama and Chancellor Angela Merkel on a symbolic visit to Buchenwald, as if to endorse the Administration’s claim that reaching a new dialogue with the Muslim world would not be purchased at the cost of Israel’s legitimacy. But, as the Netanyahu government settled in, Wiesel sided with Netanyahu’s most vociferous backers in distancing himself from Obama, opposing virtually all diplomatic initiatives toward Iran and the Palestinians. In 2010, as the Obama Administration tried to revive negotiations between Israelis and Palestinians over, among other things, Jerusalem, Wiesel took out a full-page ad in the Times. “For me, the Jew that I am, Jerusalem is above politics,” he wrote. “It is mentioned more than six hundred times in Scripture—and not a single time in the Koran . . . the first song I heard was my mother’s lullaby about and for Jerusalem.” In what seemed a desperate play for his old moral authority, he wrote that Jews, Christians, and Muslims are able to build their homes anywhere in Jerusalem and only under Israeli sovereignty. “The anguish over Jerusalem is not about real estate but about memory.” Curiously, Wiesel’s appeal to “memory” had now abandoned history altogether. Ben Gurion once quipped, “There is no God, and He gave us the land of Israel.” Wiesel seemed now to be saying, God may not have survived Auschwitz, but he had already promised us Jerusalem. “Mr. Wiesel prefer[s] mythical references . . . and eschatology to the real people who want to live together in peace,” Sidra DeKoven Ezrahi, a Hebrew University scholar of Holocaust literature, also my wife, wrote in protest. (Sidra had previously worked with Wiesel on the creation of the American Holocaust Museum.) For Wiesel, loving Jerusalem superseded loving in Jerusalem. “After representing so eloquently the victims of history’s injustices in Nazi and then Soviet Europe, Mr. Wiesel would surely, we assumed, turn to the injustices perpetrated by his own people, and cry out against the tragic occupation and dispossession of the Palestinian people,” Sidra wrote. Imagine if, the Jew that he was, he had. Bernard Avishai
J’essayais par ailleurs de ne pas me laisser désagréablement obnubiler par le sentiment que l’antisémitisme était le problème mondial majeur. Autour de moi, beaucoup de Juifs divisaient la population de la terre en deux camps : les Juifs et les autres, point final. Nombreux étaient ceux qui ne prenaient en compte aucun autre problème que l’antisémitisme, quels que soient le lieu et l’époque. Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. Dans l’Europe des années 30, ce sont les Juifs qui en ont pâti de manière spectaculaire, mais aux Etats-Unis, ce n’étaient pas eux les plus mal traités. Chez nous, quiconque ne se fermait pas délibérément les yeux voyait bien que c’étaient les Afro-Américains. Pendant deux siècles, ils avaient été réduits en esclavage. Puis on avait théoriquement mis fin à cet état de fait, mais un peu partout, ils n’avaient accédé qu’au statut de quasi-esclaves : on les avait privés de leurs droits les plus fondamentaux, traités par le mépris et délibérément exclus de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ». Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. (…) Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. » J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? » A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! » Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. » Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. » — C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. » Ce qui mit fin à la discussion. J’ajoute cependant que l’auditoire était totalement acquis à Elie Wiesel. J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir. J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ? » Je n’ai jamais reçu de réponse. A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs. Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne. La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire. Isaac Asimov
Jews rejected child sacrifice 3,500 years ago. Now it’s Hamas’ turn. Elie Wiesel
Jewish survivors and descendants of survivors and victims of Nazi genocide unequivocally condemn the massacre of Palestinians in Gaza. As Jewish survivors and descendants of survivors and victims of the Nazi genocide we unequivocally condemn the massacre of Palestinians in Gaza and the ongoing occupation and colonization of historic Palestine. We further condemn the United States for providing Israel with the funding to carry out the attack, and Western states more generally for using their diplomatic muscle to protect Israel from condemnation. Genocide begins with the silence of the world. We are alarmed by the extreme, racist dehumanization of Palestinians in Israeli society, which has reached a fever-pitch. In Israel, politicians and pundits in The Times of Israel and The Jerusalem Post have called openly for genocide of Palestinians and right-wing Israelis are adopting Neo-Nazi insignia. Furthermore, we are disgusted and outraged by Elie Wiesels abuse of our history in these pages to justify the unjustifiable: Israels wholesale effort to destroy Gaza and the murder of more than 2,000 Palestinians, including many hundreds of children. Nothing can justify bombing UN shelters, homes, hospitals and universities. Nothing can justify depriving people of electricity and water. We must raise our collective voices and use our collective power to bring about an end to all forms of racism, including the ongoing genocide of Palestinian people. We call for an immediate end to the siege against and blockade of Gaza. We call for the full economic, cultural and academic boycott of Israel. Never again must mean NEVER AGAIN FOR ANYONE! Jewish survivors of the Nazi holocaust (International Jewish Anti-Zionist Network, NYT, Aug. 23, 2014)
We wanted to make it clear that he does not speak for all survivors of the Nazi genocide and that he doesn’t speak for all Jews. And we wanted to make clear that there is a huge number of survivors who are outraged by what Israel is doing in the Gaza Strip. Raphael Cohen (International Jewish Anti-Zionist Network)
Elie Wiesel is not only the most famous Holocaust survivor in the world and a man who has taught billions of people about the Holocaust, he’s also one of the most respected people alive. The attack on him for supporting the basic right of Jewish self defense and the prevention of a second Holocaust at the hands of a self-declared genocidal terror organization whose charter calls for the annihilation all Jews is shocking in the extreme. Rabbi Shmuley Boteach
All modern military and human rights issues aside, Wiesel’s ad is founded on claims about the Bible and Jewish tradition. And here it makes serious scholarly errors in the course of telling a story of Jewish exceptionalism, one in which Jews have outgrown savage ancient roots. But the story he tells and the conclusions he draws are in conflict with the scripture he draws from. (…) What does Abraham’s sacrifice of Isaac have to do with accusations of child sacrifice and the anti-Jewish “blood libel”? Is this tactic, so long used to demonize Jews, now being turned against Arabs? And does Mr.Wiesel resort to it to make this statement against Hamas? (…) As political “messaging,” Wiesel’s ad need not be scrupulous with texts as long as it makes its point. He accuses Arabs (“the descendants of Abraham”) of child sacrifice, while softening that unattractive and less-than-ecumenical accusation by implying that Hamas members aren’t “true Muslims,” but members of a “death cult” equivalent to the ancient worshipers of Moloch. A reader familiar with ancient Hebrew texts might already detect a whiff of irony here. While in popular culture Moloch is a pagan death-god, in the Bible the only ones accused of killing children for Moloch are the Israelites themselves. Indeed, God’s rage at the Judahites’ child sacrifice is one of the reasons He destroys Jerusalem (…) To be sure, there is a tradition, far older than the Bible, of making food and drink-offerings to dead kings who are referred to as the malakūma (cognate with Molech), known from the second-millennium BCE Syrian sites of Mari and Ugarit, and there may be a connection with the late Phoenician term for human sacrifice, mulk. (While this is probably not what Wiesel was thinking of, it does put Alan Ginsberg on his side.) But Wiesel goes much further in rewriting both the Bible and its theological meaning, which is what makes the ad truly memorable.(…) According to Wiesel, at the beginning of their history, a monstrous force threatened the lives of both Jewish and Arab civilizations’ founders. So too in modern times, the parallel evils of the Nazi Holocaust and Hamas military tactics2 threaten the founders’ children. In Wiesel’s telling the monster was the foreign Canaanite god Moloch, but according to the Torah, it was God himself (…) 2,000 years of responses, from the Epistle to the Hebrews to Bob Dylan’s “Highway 61 Revisited,” expressed astonishment that God should demand the sacrifice of the son on whom His promise to Abraham depended. Until Wiesel, that is, who avoids the beginning—and therefore what has always seemed to both Jews and Christians to be the point—of the story. (…) But what if this was because the idea of child sacrifice was actually also Israelite, a concept they shared with their neighbors? “The firstborn of your sons you shall give to me. You shall do the same with your oxen and with your sheep…” Exodus 22:29-30 As it turns out, the Hebrew Bible interweaves violently opposing threads on human sacrifice. (…) The plain fact is that some narratives in the Hebrew Bible assume that child sacrifice actually works, and one law in the Torah even requires it. Worse, other narratives depict God as commanding genocide during a war of conquest, and actually punish characters for not destroying every living thing in a city that has been “ritually committed to destruction” (ḥrm in the causative). Strikingly, this military-ritual concept was an actual piece of Iron Age West Semitic war ideology, and perhaps practice, since it appears in both the 9th-c BCE victory inscription  of Mesha, king of Moab (Jordan), and the ~7th-c BCE victory inscription of Karrib-Ilu, king of Saba’ (Yemen). More strikingly, Jews who were threatened with violence by empires, such as Rome, which they viewed as occupying powers, continued to ambivalently praise Abraham’s willingness to perform child sacrifice. A legend that first appears in 2 Maccabees 7 praises a mother and her seven sons for dying in order not to eat pork. (…) In the middle ages, Jews threatened with conversion or death were said to kill their children and themselves instead, “sanctifying the name” of God with their sacrifice. The great scholar of medieval Hebrew literature Shalom Spiegel’s monumental The Last Trial  shows how, by the time of the Midrashic collection Yalkut Shimoni, the mother’s sacrifice of her children has grown in stature to challenge Abraham’s own. Today, prayers on Rosh Hashanah and Yom Kippur still recall the terrible merit accumulated by Abraham. This is why Wiesel’s reading is both irresponsible and unsound scholarship—an instance of a scholarly folk-theory about the evolution of Israel from its savage Near Eastern roots, rather than a legitimate scholarly interpretation informed by a full consideration of the sources. In fact, not only does Genesis 22 not forbid child sacrifice in general, but one law in Exodus explicitly commands Israelites to sacrifice their firstborn, while many others throughout the Bible forbid it. (…) The problem with Wiesel’s evolutionist moral, then, is not so much that it’s weakly supported (it’s still enshrined in out-of-date textbooks) but that he uses it in the course of turning the Blood Libel against a new opponent. (…) But the stories and laws in Genesis and Exodus are hardest for us because they don’t present a flattering picture. The real message of each cannot be that we’ve simply evolved beyond child sacrifice, because they mix commands in favor of it with those forbidding it. Rather, the message is in the tension between scripture’s contradictory contents: that we struggle with the desire to make others pay the ultimate price, but simultaneously capitalize on our horror of that desire by accusing others of harboring it themselves. Wiesel once said that the Holocaust—which he witnessed and from which he brings such important testimony—is religiously equal to the revelation at Sinai. Cast in the role of the Holocaust’s Moses, it may be natural for Wiesel to bring new versions of scripture. But for those of us strictly responsible to the text, removing God’s commandment—and thus the element of His responsibility—strips the story of its tension. Once again, the ad’s scholarly errors are emblematic of those who tell new stories of Jewish exceptionalism at the cost of old Jewish texts and traditions. A close look at the plain sense of scripture—which is sometimes terrible and sometimes incoherent—challenges this narcissistic new tale of exceptionalism in which both God and the Jews are inhumanly pure. The revelation we get from reading our own scriptures deeply and honestly, and from reading other people’s scriptures alongside our own, is the same: the loss of this misleading innocence. The challenge that flows from understanding the original meaning of the biblical stories about child sacrifice is precisely to recognize our ancient desire to mythologize violence (including human sacrifice) while recognizing that violence and its victims are anything but mythic. What stories like Genesis 22 can never do is exonerate us from our own responsibilities toward any victim of that violence. Seth Sanders
Le Messie a été représenté dans les écritures hébraïques et dans la tradition juive comme une étoile, une étoile isolée, la dernière étoile qui annonce la venue du jour: l’étoile de David, celle-là même qui est représentée sur le drapeau israélien.  Les chrétiens ont si souvent mis l’accent sur l’événement passé de la crucifixion qu’ils se sont souvent arrêtés à la croix. Ils n’attendent plus. Ils sont déjà sauvés. La croix a éclipsé l’étoile. Jacques Doukhan
La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. (…)  Il faut reconnaître que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs. (…) ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. (…) la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence (…) la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et (…) l ’autre (…) beaucoup plus rare et (…) même unique au monde (…) réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne [qui]  consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. […]. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Elie Wiesel dit quelque chose d’extraordinaire et qui situe tout le problème du christianisme par rapport au judaïsme. Il dit que les Juifs ont le sacrifice d’Abraham, Isaac est sauvé, remplacé par une bête. Et la Passion du Christ lui apparait comme régressive, par rapport à Abraham, c’est un sacrifice humain. Je pense que sur ce point, Elie Wiesel que j’admire beaucoup se trompe. La Passion est dans la ligne judaïque, elle est le dépassement judaïque qui s’accomplit. Ce n’est pas un sacrifice, C’est son refus absolu du sacrifice qui fait que Jésus est sacrifié. Le mystère, c’est le recouvrement parfait des deux structures. La structure la plus éloignée du sacrifice la répète complètement. Sortir du sacrifice, ne pas y participer, ne pas en profiter, si la logique de la l’univers est poussée à bout, c’est se faire sacrifier. Et tout ce que je dis sur le plan anthopologique, c’est que le 19e siècle fait une grande découverte. Tous les grands livres sur le rite découvrent que le rite est une crise  qui se termine en sacrifice et que la passion du Christ n’est rien d’autre. René Girard (1985)

 Attention: une erreur peut en cacher une autre !

En ces temps étranges …

concurrence victimaire oblige …
Il devient si difficile d’évoquer le plus grand crime de l’histoire …
Dont nous avions nous-même laisser filer la commémoration il y a une semaine …
Mais si facile, pour la première venue près de 30 ans après les faits, de salir jusque dans sa mort la réputation d’un de ses rescapés …
Ou pour d’autres descendants de survivants de multiplier les faux et usages de faux contre leur propre peuple …
Comment ne pas repenser …
Aux nombreuses controverses dont a fait l’objet tout au long de sa vie Elie Wiesel
Et notamment à sa véritable erreur …
Lui qui avait pourtant si bien saisi la portée décisive de la Shoah …
Mais qui semble avoir eu tant de mal à percevoir …
Au-delà de l’oubli que lui avaient reproché tant Isaac Asimov il y a bien longtemps …
Que d’autres rescapés de la Shoah lors de la dernière guerre de Gaza (pour un encart dans les journaux appelant le Hamas à abandonner, sous la forme de l’odieuse pratique des boucliers humains, le sacrifice d’enfants) …..
Et sans compter les inévitables contresens de ceux qui  vont jusqu’à présenter, oubliant la loi sur leur rachat, le commandement biblique sur les premiers nés comme une ordonnance de sacrifice d’enfant …
Des nombreuses transgressions et rechutes, comme en attestent précisément leurs constantes condamnations bibliques, dans les persécutions et le sacrifice humain du peuple juif lui-même …
Enfermé dans son opposition stérile entre le rejet juif du sacrifice humain et le sacrifice chrétien pour lui régressif de la Passion …
Non seulement l’incroyable continuité, comme l’avait rappelé René Girard, de ladite Passion avec la ligne judaïque …
Mais son ultime et suprême accomplissement dans la délégitimation définitive du sacrifice humain ?
Seth Sanders
Religion dispatches
August 29, 2014

Last Saturday, in response to a controversial ad that ran in American and British newspapers earlier this month, a group of Holocaust survivors and descendants of survivors placed an ad in The New York Times excoriating Nobel laureate Elie Wiesel.

Besides harshly condemning Israel for war crimes, they accused Wiesel of what they called “an abuse of our history,” for his ad, which featured the provocative headline:

Jews rejected child sacrifice 3,500 years ago. 

Now it’s Hamas’ turn.

All modern military and human rights issues aside, Wiesel’s ad is founded on claims about the Bible and Jewish tradition. And here it makes serious scholarly errors in the course of telling a story of Jewish exceptionalism, one in which Jews have outgrown savage ancient roots. But the story he tells and the conclusions he draws are in conflict with the scripture he draws from.

“[O]rganized and produced” by Rabbi Shmuley Boteach’s This World organization, the Wiesel ad retells the origins of both the Jewish and Arab peoples as the rejection of child sacrifice:

More than three thousand years ago, Abraham had two children. One son had been sent into the wilderness and was in danger of dying. God saved him with water from a spring.

The other son was bound, his throat about to be cut by his own father. But God stayed the knife. Both sons – Ishmael and Isaac – received promises that they would father great nations.

With these narratives, monotheism and western civilization begin. And the Canaanite practices of child sacrifice to Moloch are forever left behind by the descendants of Abraham.

Except they are not.

What does Abraham’s sacrifice of Isaac have to do with accusations of child sacrifice and the anti-Jewish “blood libel”? Is this tactic, so long used to demonize Jews, now being turned against Arabs? And does Mr.Wiesel resort to it to make this statement against Hamas?

Wiesel’s story does offer a welcome embrace of both peoples as the children of two brothers, but it also implies that only the Jews learned God’s lesson to not kill children.

In my own lifetime, I have seen Jewish children thrown into the fire. And now I have seen Muslim children used as human shields, in both cases, by worshippers of death cults indistinguishable from that of the Molochites.

As political “messaging,” Wiesel’s ad need not be scrupulous with texts as long as it makes its point. He accuses Arabs (“the descendants of Abraham”) of child sacrifice, while softening that unattractive and less-than-ecumenical accusation by implying that Hamas members aren’t “true Muslims,” but members of a “death cult” equivalent to the ancient worshipers of Moloch.

A reader familiar with ancient Hebrew texts might already detect a whiff of irony here. While in popular culture Moloch1 is a pagan death-god, in the Bible the only ones accused of killing children for Moloch are the Israelites themselves. Indeed, God’s rage at the Judahites’ child sacrifice is one of the reasons He destroys Jerusalem:

Because of all the evil of the children of Israel and of the children of Judah, which they have done to provoke me to anger… they built the high places of Baal, which are in the valley of Ben-Hinnom, where they offered up their sons and daughters to Molech — which I never commanded, or even thought of! [Jeremiah 32:32-35; compare Solomon’s shrine to Molech in 1 Kings 11:7 and later Judahites’ child sacrifice-sanctuary in 2 Kings 23:10].

To be sure, there is a tradition, far older than the Bible, of making food and drink-offerings to dead kings who are referred to as the malakūma (cognate with Molech), known from the second-millennium BCE Syrian sites of Mari and Ugarit, and there may be a connection with the late Phoenician term for human sacrifice, mulk. (While this is probably not what Wiesel was thinking of, it does put Alan Ginsberg on his side.)

But Wiesel goes much further in rewriting both the Bible and its theological meaning, which is what makes the ad truly memorable. Like many—perhaps all—powerful storytellers, Wiesel is ruthless with his source material. Part of fiction is taking what’s useful from old stories and experiences, and transforming them to serve a new purpose. For the price of losing some component of the past, it gains new relevance.

Here, however, one could say that the ad has sacrificed both Torah and Jewish tradition for its goal. In order to see why, it’s necessary to linger on the actual Biblical text.

What if child sacrifice was also Israelite?

According to Wiesel, at the beginning of their history, a monstrous force threatened the lives of both Jewish and Arab civilizations’ founders. So too in modern times, the parallel evils of the Nazi Holocaust and Hamas military tactics2 threaten the founders’ children.

In Wiesel’s telling the monster was the foreign Canaanite god Moloch, but according to the Torah, it was God himself:

After these things God tested Abraham. He said to him, ‘Abraham!’ And he said, ‘Here I am.’ He said, ‘Take your son, your only son Isaac, whom you love, and go to the land of Moriah, and offer him there as a burnt-offering on one of the mountains that I shall show you.’ – Genesis 22:1-2, NRSV

2,000 years of responses, from the Epistle to the Hebrews to Bob Dylan’s “Highway 61 Revisited,” expressed astonishment that God should demand the sacrifice of the son on whom His promise to Abraham depended.

Until Wiesel, that is, who avoids the beginning—and therefore what has always seemed to both Jews and Christians to be the point—of the story.

The second source of astonishment has been that Abraham would be courageous, passive, or nihilistic enough to actually follow such a terrible and apparently immoral order (scripture is silent on his motives and mental state). It’s Abraham’s uncomplaining acceptance of the grisly task of slitting his own precious son’s throat at God’s command that made him the prototype of the Jewish martyr and of Kierkegaard’s paradoxical Christian “Knight of Faith.”

But what if this was because the idea of child sacrifice was actually also Israelite, a concept they shared with their neighbors?

“The firstborn of your sons you shall give to me. You shall do the same with your oxen and with your sheep…” Exodus 22:29-30

As it turns out, the Hebrew Bible interweaves violently opposing threads on human sacrifice. Genesis 22 depicts Abraham as what we would call a religious fanatic. The story terrifies us at his willingness to do this awful thing, even as it stirs our sympathy for him (and, of course, for Isaac).

The plain fact is that some narratives in the Hebrew Bible assume that child sacrifice actually works, and one law in the Torah even requires it. Worse, other narratives depict God as commanding genocide during a war of conquest, and actually punish characters for not destroying every living thing in a city that has been “ritually committed to destruction” (ḥrm in the causative). Strikingly, this military-ritual concept was an actual piece of Iron Age West Semitic war ideology, and perhaps practice, since it appears in both the 9th-c BCE victory inscription  of Mesha, king of Moab (Jordan), and the ~7th-c BCE victory inscription of Karrib-Ilu, king of Saba’ (Yemen).

More strikingly, Jews who were threatened with violence by empires, such as Rome, which they viewed as occupying powers, continued to ambivalently praise Abraham’s willingness to perform child sacrifice. A legend that first appears in 2 Maccabees 7 praises a mother and her seven sons for dying in order not to eat pork.

“Abraham, don’t let your thoughts grow proud! You bound one offering on one altar, but I bound offerings on seven!” – the mother in Yalkut Shimoni to Lamentations

In the middle ages, Jews threatened with conversion or death were said to kill their children and themselves instead, “sanctifying the name” of God with their sacrifice. The great scholar of medieval Hebrew literature Shalom Spiegel’s monumental The Last Trial  shows how, by the time of the Midrashic collection Yalkut Shimoni, the mother’s sacrifice of her children has grown in stature to challenge Abraham’s own. Today, prayers on Rosh Hashanah and Yom Kippur still recall the terrible merit accumulated by Abraham.

This is why Wiesel’s reading is both irresponsible and unsound scholarship—an instance of a scholarly folk-theory about the evolution of Israel from its savage Near Eastern roots, rather than a legitimate scholarly interpretation informed by a full consideration of the sources.

Turning the Blood Libel on your opponent

In fact, not only does Genesis 22 not forbid child sacrifice in general, but one law in Exodus explicitly commands Israelites to sacrifice their firstborn, while many others throughout the Bible forbid it. Other cultures are clearer.

The ancient Indian Brahma Purana tells a different story about the same problem, which some Hindus remember as a childhood fairytale.

The great king Harishchandra was childless, so he went to the sacred Ganges river and prayed to Varuna to give him a child. Varuna agreed, but demanded that the boy must then be offered to him as a sacrifice.

Harishchandra managed to put Varuna off until the boy turned 16, after which the boy went off on his own and saved himself by finding a poor Brahmin willing to accept a thousand cows for his own son as a sacrifice. When the king realized he had to sacrifice the Brahmin’s son as a substitute, he was horrified, because his duty was to protect Brahmins.

After this a voice from heaven rang out, saying “There is no need for anyone to die” and explained that the power of the Ganges is such that no human sacrifices are needed if the sacrifice is performed there. It was then said that human sacrifice was banned. (There’s a darker version in the Aitareya Brahmana 7.13-18, where the sacrifice is the king’s own idea).

What’s amazing about the Hindu version in comparison to the Bible’s is that it makes the point that Genesis 22 very glaringly does not: namely, that “this is why we don’t sacrifice humans.” The narrators of Genesis were perfectly capable of giving ritual morals to their stories as demonstrated by the conclusion of Jacob’s brutal MMA bout with God:

That is why the children of Israel to this day do not eat the thigh muscle that is on the socket of the hip, since Jacob’s hip socket was wrenched at the thigh muscle. (Gen 32:33)

The problem with Wiesel’s evolutionist moral, then, is not so much that it’s weakly supported (it’s still enshrined in out-of-date textbooks) but that he uses it in the course of turning the Blood Libel against a new opponent.

In fact, the Bible and ancient Indian scriptures are both torn and contradictory: while the Hindu story is clearer than Genesis about banning it, the Indian Dharmasutras do contain ancient, and perhaps mythic, rules for human sacrifice. The Prophets, meanwhile, look on it with horror, often as something that the Israelites learned to do from others; sometimes as something God himself, unbelievably, commanded them to do.

But the stories and laws in Genesis and Exodus are hardest for us because they don’t present a flattering picture. The real message of each cannot be that we’ve simply evolved beyond child sacrifice, because they mix commands in favor of it with those forbidding it. Rather, the message is in the tension between scripture’s contradictory contents: that we struggle with the desire to make others pay the ultimate price, but simultaneously capitalize on our horror of that desire by accusing others of harboring it themselves.

Wiesel once said that the Holocaust—which he witnessed and from which he brings such important testimony—is religiously equal to the revelation at Sinai. Cast in the role of the Holocaust’s Moses, it may be natural for Wiesel to bring new versions of scripture.

But for those of us strictly responsible to the text, removing God’s commandment—and thus the element of His responsibility—strips the story of its tension. Once again, the ad’s scholarly errors are emblematic of those who tell new stories of Jewish exceptionalism at the cost of old Jewish texts and traditions. A close look at the plain sense of scripture—which is sometimes terrible and sometimes incoherent—challenges this narcissistic new tale of exceptionalism in which both God and the Jews are inhumanly pure.

The revelation we get from reading our own scriptures deeply and honestly, and from reading other people’s scriptures alongside our own, is the same: the loss of this misleading innocence. The challenge that flows from understanding the original meaning of the biblical stories about child sacrifice is precisely to recognize our ancient desire to mythologize violence (including human sacrifice) while recognizing that violence and its victims are anything but mythic. What stories like Genesis 22 can never do is exonerate us from our own responsibilities toward any victim of that violence.

1 The ad contains a typo here, since the god-name associated with child sacrifice in the Bible is actually Molech, not Moloch, a rarer spelling that probably indicates the same name.

2 There is a lack of parallel in Wiesel’s example here, because he compares the Nazi extermination of Jewish children by means of Nazi death camps to what he describes as the Arab extermination of Arab children by means of Israeli artillery. In one, Nazi forces kill Jews because of their genocidal hatred of Jews. But in the other, Hamas forces do not kill Arab children—rather, they are claimed to be responsible for the Israeli bombings that caused the deaths of these children.

Voir aussi:

NY Times Runs Ad From Holocaust Survivors Condemning Israel, Attacking Elie Wiesel

Hundreds of Holocaust survivors and descendants of survivors bought an ad in Saturday’s New York Times condemning what they referred to as “the massacre of Palestinians in Gaza and the ongoing occupation and colonization of historic Palestine.”

“We are alarmed by the extreme, racist dehumanization of Palestinians in Israeli society, which has reached a fever-pitch,” said the statement, which ran as a half-page ad and was sponsored by the International Jewish Anti-Zionist Network, founded in 2008.

The statement was signed by more than 300 people and issued in response to a recent ad by Elie Wiesel published in the TimesThe Washington Post and The New York Observer, among other prominent news outlets, comparing the actions of Hamas, the militant Palestinian organization, to the Nazis. The Wiesel ad stimulated much controversy and attention—it was rejected by The London Times, as exclusively reported by the Observer, and was then accepted by The Guardian, to the horror of many of that paper’s readers.

“Furthermore,” the letter continued, “we are disgusted and outraged by Elie Wiesel’s abuse of our history in these pages to justify the unjustifiable: Israel’s wholesale effort to destroy Gaza and the murder of more than 2,000 Palestinians, including many hundreds of children.”

The strong words directed at Mr. Wiesel, perhaps the world’s best-known survivor of the Holocaust and thought of by many as the very conscience of genocide, were surprising to those supporting the Wiesel ad.

Rabbi Shmuley Boteach, whose organization, This World: The Values Network, sponsored Mr. Wiesel’s ad, was shocked by the attack on Mr. Wiesel.

“Elie Wiesel is not only the most famous Holocaust survivor in the world and a man who has taught billions of people about the Holocaust, he’s also one of the most respected people alive,” he said. “The attack on him for supporting the basic right of Jewish self defense and the prevention of a second Holocaust at the hands of a self-declared genocidal terror organization whose charter calls for the annihilation all Jews is shocking in the extreme.”

But Raphael Cohen, a signatory of the letter and a member of the International Jewish Anti-Zionist Network, said in an interview with the Observer that Mr. Wiesel’s high profile was a motivating factor behind the publication of the letter.

“We wanted to make it clear that he does not speak for all survivors of the Nazi genocide and that he doesn’t speak for all Jews,” Mr. Cohen said, referring to Mr. Wiesel. “And we wanted to make clear that there is a huge number of survivors who are outraged by what Israel is doing in the Gaza Strip.”

The names of all the signatories appear in the advertisement and also on the International Jewish Anti-Zionist Network website. The Observer confirmed several of their identities, including H. Richard Leuchtag, who is the author of several books and other works in the field of molecular neurobiology. Mr. Leuchtag declined to discuss his reasons for signing the ad but described having been “born in Breslau, Germany (now Wroclaw, Poland). In November 1938, my father was picked up on the street and transported to the Buchenwald concentration camp. Due to my mother’s persistent efforts and the fact that we had visas to Panama, my father was released after two weeks. We spent two years in Panama and entered the US in 1940.”

Why The Forward Took Down a Story About Elie Wiesel
Jane Eisner

October 24, 2017

Read more: https://forward.com/opinion/letters/385898/why-the-forward-took-down-a-story-about-elie-wiesel/

ear Rabbi Farber,

Thank you for your note regarding our decision to take down the Elie Wiesel story. Your concerns are valid and commendable, and I’ll do my best to respond.

The story in question was not reported by the Forward. It was aggregated from a story that appeared on another site. We made a decision not to pursue the story, but a miscommunication between editors meant that we briefly had the story online. It was this miscommunication that was corrected when I decided that we should take down the story.

I would like to assure you, and other readers, that the decision to take down the story was mine alone. I was not threatened by powerful people. I was not threatened by anyone, inside the Forward or from the outside.

I made the decision because the story did not meet our journalistic standards. It cited an allegation published on another website, from a single source, with no corroborating evidence and no response from the alleged attacker or his representative. Journalism is about verifying information. This was unverified.

This does not mean that we do not believe the woman in question. It also does not mean that we do. It means that we did not verify the story, and as a result, do not want it to continue to exist on the Forward’s websit

It was published by mistake. We make mistakes sometimes. The only thing I can say is that we acknowledge them and apologize.

During the nine years I have had the privilege of being editor-in-chief, we have published many investigative stories about sexual harassment and abuse, with allegations against powerful people and institutions. We are unafraid to do so. But we publish our own work, conducted according to our own standards, and we strive to practice our craft according to the best practices of our profession.

We have also published searing essays by women who were brave enough to share their own stories. (I did so myself recently.) Here, too, we carefully vet the allegations, particularly if the alleged attacker is named.

This was a different case — a story aggregated from another website, and we erred in not vetting it before publishing. I say that not to throw doubt on the potential victim’s story. (I’m a woman and tend to believe other women.) But our journalism demands that we seek to verify the information we publish, and we did not do that before this story was posted on our website.

Since this incident occurred, I have reminded my staff of our standards, and reached out to colleagues in the profession for guidance on how to assess these sorts of stories as they are increasingly shared online. This is a challenge facing many of us trying to balance the demands of fast-paced digital journalism with accuracy, fairness and compassion.

I hope this answers your concerns.

Jane Eisner

Read more: https://forward.com/opinion/letters/385898/why-the-forward-took-down-a-story-about-elie-wiesel/

Isaac Asimov, Elie Wiesel et l’antisémitisme

Isaac Asimov, né en 1920 à Petrovitchi, en Russie, et mort en 1992 à New York, est l’un des plus grands auteurs de science-fiction. Il est notamment le père du cycle « Fondation » et du cycle des « Robots ». Il a écrit une autobiographie, « Moi, Asimov », parue chez Denoël en 1996. Il y évoque notamment ses origines juives et la polémique qui l’opposa à Elie Wiesel, dans un passage que je reproduis ci-après (1).

Alain Gresh
Le Monde diplomatique
18 janvier 2010
Mon père était fier de dire qu’il n’y avait jamais eu de pogrom dans sa petite ville natale, où juifs et gentils cohabitaient sans problème. En fait, lui-même avait pour ami un fils de gentils à qui il donnait un coup de main pour ses devoirs du soir. Après la Révolution [de 1917], il s’avéra que l’ami d’enfance était devenu fonctionnaire local du Parti ; à son tour, il aida mon père à réunir les papiers nécessaires pour émigrer aux Etats-Unis. Ce détail a son importance, car j’ai souvent lu sous la plume de romantiques échevelés que ma famille avait fui la Russie pour échapper aux persécutions. D’après eux, c’est tout juste si, pour quitter le pays, nous n’avions pas traversé le Dniepr en sautant de bloc de glace en bloc de glace, avec sur les talons une meute de chiens assoiffés de sang et la totalité de l’Armée rouge.

Evidemment, il n’en est rien. Nous n’avons nullement été persécutés, et c’est en toute légalité que nous sommes partis de chez nous, sans plus de tracasseries administratives qu’on ne peut en attendre de la bureaucratie en général, et de la nôtre en particulier. Tant pis si c’est une déception.

Je n’ai pas non plus d’histoires horribles à raconter sur ma vie aux Etats-Unis. Littéralement, je n’ai jamais eu à souffrir d’être juif ; je veux dire qu’on ne m’a ni frappé ni maltraité de quelque façon que ce soit. En revanche, j’ai été maintes fois provoqué, ouvertement par les jeunes butors, plus subtilement par les gens instruits. Mais j’acceptais ; pour moi, ces choses faisaient inévitablement partie d’un univers que je ne pouvais changer.

Je savais aussi que de vastes secteurs de la société américaine me resteraient fermés parce que j’étais juif, mais qu’il en allait ainsi dans toutes les sociétés chrétiennes, et cela depuis deux mille ans ; là encore, cela faisait partie des choses de la vie. Difficile à supporter en revanche fut le sentiment d’insécurité permanente, et parfois même de terreur, face à ce qui se passait dans le monde. Je veux parler ici des années 30 et de l’ascension d’Hitler, avec sa folie antisémite toujours plus féroce et toujours plus meurtrière.

Nul Juif américain ne pouvait ignorer alors que, d’abord en Allemagne, puis en Autriche, les Juifs étaient constamment humiliés, maltraités, emprisonnés, torturés et assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs. Nous ne pouvions fermer les yeux sur le fait que des partis « naziisants » voyaient le jour dans d’autres régions d’Europe en faisant de l’antisémitisme leur maître mot. Même la France et la Grande-Bretagne furent touchées ; toutes deux virent l’émergence d’un parti de type fasciste, et toutes deux avaient déjà un lourd passé en matière d’antisémitisme.

Nous n’étions pas même en sécurité aux Etats-Unis, pays où sévissait en permanence un antisémitisme sous-jacent et qui n’était pas à l’abri d’une bouffée de violence occasionnelle chez les gangs de rue les plus frustes. Là aussi existait une certaine attirance pour le nazisme. Ne parlons pas du German-American Bund, cette antenne déclarée des nazis, mais on a pu entendre des individus comme le père Charles Coughlin, ou encore Charles Lindbergh, exprimer ouvertement des opinions antisémites. Sans parler des mouvements fascisants autochtones qui se rassemblaient autour de la bannière de l’antisémitisme.

Comment les juifs américains ont-ils pu supporter cette pression ? Comment n’ont-ils pas cédé sous son poids ? La plupart, je présume, ont simplement appliqué la stratégie du « déni », du refus de voir les choses en face. Ils se sont efforcés de ne pas y penser et ont fait de leur mieux pour continuer à vivre comme avant. Et dans une large mesure, c’est ce que j’ai fait moi aussi. On n’avait pas le choix. (Les juifs d’Allemagne se sont comportés de la même manière jusqu’à ce que l’orage éclate et qu’il soit trop tard.) En outre, j’avais trop foi en mon pays, les Etats-Unis d’Amérique, pour croire qu’il pourrait suivre un jour l’exemple allemand.

Il est un fait que les outrances d’Hitler, non seulement dans le racisme mais aussi dans le nationalisme va-t-en-guerre, ajoutées à une paranoïa galopante de plus en plus manifeste, suscitaient le dégoût et la colère chez un nombre non négligeable d’Américains. Le gouvernement des Etats-Unis avait beau se montrer globalement réservé sur le sort funeste des juifs d’Europe, les citoyens étaient de plus en plus opposés à Hitler. C’est du moins ce qu’il me semblait, et j’y trouvais quelque réconfort.

J’essayais par ailleurs de ne pas me laisser désagréablement obnubiler par le sentiment que l’antisémitisme était le problème mondial majeur. Autour de moi, beaucoup de Juifs divisaient la population de la terre en deux camps : les Juifs et les autres, point final. Nombreux étaient ceux qui ne prenaient en compte aucun autre problème que l’antisémitisme, quels que soient le lieu et l’époque.

Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. Dans l’Europe des années 30, ce sont les Juifs qui en ont pâti de manière spectaculaire, mais aux Etats-Unis, ce n’étaient pas eux les plus mal traités. Chez nous, quiconque ne se fermait pas délibérément les yeux voyait bien que c’étaient les Afro-Américains. Pendant deux siècles, ils avaient été réduits en esclavage. Puis on avait théoriquement mis fin à cet état de fait, mais un peu partout, ils n’avaient accédé qu’au statut de quasi- esclaves : on les avait privés de leurs droits les plus fondamentaux, traités par le mépris et délibérément exclus de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ».

Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient.

J’ai entendu une fois une dame tenir des propos enflammés sur les gentils qui n’avaient rien fait pour sauver les Juifs d’Europe. « On ne peut pas leur faire confiance », affirmait- elle.

J’ai laissé passer un temps, puis je lui ai subitement demandé : « Et vous, qu’est-ce que vous faites pour aider les Noirs à obtenir leurs droits civiques ?

— Ecoutez, m’a-t-elle rétorqué. J’ai assez avec mes propres problèmes. »

Et moi : « C’est exactement ce que se sont dit les gentils d’Europe. » J’ai lu une totale incompréhension dans son regard. Elle ne voyait pas où je voulais en venir. Qu’y faire ? Le monde entier semble brandir en permanence une bannière clamant : « Liberté !… mais pas pour les autres. »

Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »

J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »

A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! »

Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. »

Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. »

— C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. »

Ce qui mit fin à la discussion. J’ajoute cependant que l’auditoire était totalement acquis à Elie Wiesel.

J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir.

J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ? »

Je n’ai jamais reçu de réponse.

A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.

Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.

La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.

Isaac Asimov, Moi, Asimov, traduit de l’américain par Hélène Collon, Folio Science Fiction, Paris, 1996 [1994].

Alain Gresh

(1) Merci à Guillaume Barou de m’avoir signalé ce texte. Cet envoi poursuit une réflexion sur le judaïsme largement entamée sur ce blog.

L’antisémitisme sans antisémites: la démocratie et l’indistinct
Alain Policar, chercheur en science politique (Cevipof), Sciences Po – USPC

La Croix
01/02/2018

Nous vivons une époque formidable, celle de l’indistinction. Aussi certains intellectuels ne savent-ils plus toujours si les propos antisémites, sexistes, homophobes ou encore xénophobes font partie des opinions ouvertes à la discussion ou, à l’opposé, sont condamnables au nom des droits humains ou, plus simplement, des principes de la démocratie. Mais c’est justement une incompréhension fondamentale sur la nature de cette dernière qui autorise cette interrogation.

Tocqueville avait utilement alerté sur cette question: dans une société démocratique, expliquait-il, les individus vouent un véritable culte à l’égalité qui constitue une passion dominante. Ainsi «les théories conduisant à la conclusion que toutes les opinions doivent être respectées et traitées sur une base égalitaire, voire considérées comme équivalentes, tendent à être l’objet d’une attention sélective et à être retenues en priorité» (Raymond Boudon, «Les deux sociologies de la connaissance scientifique»).

Ainsi, le fondamental principe d’égalité se corrompt trop souvent dans le désir, plus ou moins avoué, d’indistinction. Cette pente est particulièrement redoutable puisqu’elle incite au scepticisme radical, et elle tend à considérer l’éthique et l’épistémologie comme des illusions. La démocratie, qui, à beaucoup d’égards, peut être définie comme une organisation des séparations (par exemple du politique et de l’ethnico-religieux), a tout à perdre à promouvoir l’indistinct.

C’est à l’aune de l’indistinction que nous pouvons comprendre l’apparition d’un phénomène nouveau: l’antisémitisme sans antisémites. Il est en effet frappant de constater le déni ou l’euphémisation (généralement par l’affirmation d’un antisionisme radical) devant le procès en antisémitisme. Ces attitudes (que l’on peut ne pas distinguer) sont généralement fondées, d’une part, sur l’incompréhension de la nature de l’antisémitisme, d’autre part, sur la distinction – dont nous montrerons l’inconsistance – entre antiracisme moral et antiracisme politique. Il va de soi que ces deux points entretiennent de profondes affinités.

Le modèle dominant de lutte contre le racisme, développé à partir de 1945, établissait une équivalence structurelle entre colonisés et juifs dans leur fonction de détournement (mécanisme bien documenté du bouc-émissaire) de l’insatisfaction sociale. Dans cette stratégie argumentative, la spécificité du génocide des juifs constituait une réelle difficulté. Il fallait donc que le racisme nazi soit une forme particulière de racisme colonial. La distinction entre ces deux formes de racisme a été pourtant, dès 1967, posée avec vigueur par Jeanne Hersch («Sur la notion de race», dans Diogène).

Dans une étude consacrée à la notion de race et à l’examen de deux textes établis sous l’égide de l’Unesco, elle montrait que dans le cas du racisme colonial les différences physiques stigmatisées par les colonialistes étaient manifestes, alors que celles dénoncées par les nazis étaient extrêmement imprécises.

Elle ajoutait, en outre, que les colonialistes justifiaient l’exploitation de leurs victimes à l’aide d’un préjugé raciste, celui de l’infériorité intellectuelle des exploités, tandis que les nazis usaient comme moteur de leur haine l’envie qu’inspiraient les juifs, auxquels le préjugé raciste prêtait une supériorité intellectuelle dangereuse. Aussi, pour les colonialistes fallait-il maintenir la présence de l’«autre race» en tant que source de profit; alors que pour les nazis le but était son élimination et sa destruction.

Pour le racisme d’extermination, c’est donc le caractère incertain des différences physiques de l’autre qui entretient une suspicion diffuse, une hantise du mélange. Or si ce racisme a désigné le juif comme l’ennemi absolu, c’est parce que la différence juive, hors du champ religieux, est insaisissable. Elle est, en conséquence, la plus dangereuse pour l’identité collective du groupe.

Comme le notaient, il y a assez longtemps, P. H. Maucorps, A. Memmi et J. F. Held, les juifs parce qu’ils «constituent une minorité tellement fluide que très peu d’individus considérés comme tels réunissent toutes les déterminations réelles ou supposées de leur groupe sont objet de racisme en tant que simple incarnation de l’Altérité.»

On voit, à travers ces lignes, la particularité de l’antisémitisme qu’avait, à sa manière, évoquée Édouard Drumont lorsqu’il écrivait: «Le juif dangereux, c’est le juif vague.»

En d’autres termes, le plus grand péril pour le raciste, c’est le péril indiscernable. Le juif, trop semblable au point de ne pouvoir être distingué, exaspère chez l’antisémite l’horreur du métissage, la peur de la dégénérescence par l’effet du mélange. Aussi l’expression de l’hostilité à l’égard des juifs n’est-elle nullement soucieuse de donner une explication causale de la menace sociale, mais manifeste une crainte face à un danger mal compris susceptible de fissurer l’armature sociale de la communauté.

Dans une société moderne où un changement brusque dans les conditions d’existence provoque une profonde incertitude vis-à-vis de soi-même, l’angoisse se transforme aisément en hostilité à l’égard des autres. Ce que l’on pourrait appeler une identité floue se construit ainsi par le rejet de la différence de l’autre perçue comme portant atteinte à ma propre différence. Sentiment d’autant plus violent que la différence est insaisissable.

Il paraît, par conséquent, illusoire de penser aujourd’hui les tâches de l’antiracisme sans partir de cette réalité: l’antisémitisme appartient à un registre spécifique. La lutte contre lui ne peut être efficace que si elle est distinguée de la lutte contre les autres formes de racisme. Est-il utile de préciser que l’accent mis ici sur la particularité du registre antisémite n’induit nullement une volonté de méconnaître les autres expressions de la haine ou de hiérarchiser celles-ci à l’aune de leur malfaisance?

Afin de défendre, au moins implicitement, les positions défendues par le PIR (Parti des Indigènes de la République) et, plus particulièrement, par sa présidente, Houria Bouteldja, dans Les Blancs, les Juifs et nous: vers une politique de l’amour révolutionnaire, certains auteurs éminents construisent une étrange opposition entre deux formes d’antiracisme.

D’un côté, ils distinguent un antiracisme moral coupable de se méprendre sur la nature du racisme, se contentant ainsi de «répéter le principe universel de l’égalité des êtres humains, affirmer la disqualification scientifique du concept de race biologique, rappeler à l’envie qu’«il n’y a qu’une seule race: la race humaine» (sur le blog de Hourya Bentouhami). De l’autre, ils pointent un antiracisme politique, lequel affirmerait deux choses fondamentales: «Premièrement, le racisme a des conditions historiques et politiques ayant présidé à son émergence et déterminant sa forme, variable au cours de l’Histoire» et «deuxièmement le racisme produit des conséquences politiques».

Comment peut-on ainsi enfoncer doctement des portes ouvertes? Qui, parmi les antiracistes, pourrait contester de telles évidences? Et quelle peut bien être la portée heuristique de l’opposition entre antiracisme moral et antiracisme politique? La posture morale est évidemment le point de départ d’une indignation qui doit trouver son expression politique.

On a reproché à l’idéologie des Indigènes d’essentialiser les races. Ce reproche est rejeté comme la preuve de la mauvaise foi des «antiracistes moraux». Alors comment devons-nous interpréter le propos d’Hourya Bentouhami: «On ne peut pas penser le féminisme, la lutte contre l’homophobie et même la lutte des classes de la même manière selon que l’on est blanc ou non»?

Comment, en outre, comprendre l’acharnement à imposer la notion de «philosémitisme d’État»? Ne voit-on pas que, contrairement aux intentions proclamées, seuls les arabo-musulmans et les Noirs seraient les vrais «racisés», les juifs ne pouvant l’être puisque bénéficiant de la protection de l’État?

Les données de la CNCDH, montrant la forte distorsion entre les actes antisémites (dont l’agression à Sarcelles d’un enfant de 8 ans portant une kippa fournit un nouveau douloureux exemple) et les actes anti-arabo-musulmans (au détriment, bien entendu, des premiers), sont-elles connues de ceux qui, insidieusement, évoquent la protection dont les juifs tireraient profit? Insidieusement, parce que ce qui se cache derrière ce prétendu philosémitisme est l’idée que l’État est asservi aux puissances financières, lesquelles, qui en douterait, sont aux mains des juifs.

Autre intéressant registre rhétorique, l’antiracisme politique utilise quelques intellectuels juifs pour éloigner tout soupçon d’antisémitisme. Ce phénomène bien connu a été nommé par François Rastier, dans son important livre sur Heidegger (Naufrage d’un prophète. Heidegger aujourd’hui, PUF, 2015), la «lustration par les Juifs»: «Toute énormité apologétique en faveur du nazisme doit s’appuyer sur au moins un élève juif de Heidegger». Autrement dit, qui cherche à cautionner la pensée du Maître se réfère à des auteurs juifs plus ou moins consentants.

De même, l’idée, exprimée par un collectif de juifs «antiracistes et anticolonialistes», d’une «profonde rupture, après la Shoah, entre les Juifs et les autres peuples racisés» (voir «La bonne conscience des intellectuels juifs»), suggère également que les juifs ne sont pas des racisés comme les autres. Et s’ils ne sont pas comme les autres, c’est parce que pèse sur eux l’accusation de sionisme, sans que l’on sache très bien à quoi elle renvoie, tant le mot est polysémique.

Mais on comprend aisément, nonobstant le nombre considérable de juifs critiques à l’égard de la politique de colonisation israélienne, que tout juif est un sioniste potentiel, autrement dit un ennemi du genre humain, comme l’était autrefois le «juif vague» cher à Drumont. La stratégie d’euphémisation, liée au discrédit de la notion de race, rend ainsi, pour un nombre de plus en plus grand de nos contemporains, l’antisémitisme respectable.

La prolifération des thèses complotistes est un indicateur inquiétant de la fragilité d’une opinion démocratique, trop souvent incapable de se prémunir contre la corruption de l’égalité, celle de la dignité de chacun, dans l’indistinction, soit fondamentalement la confusion du vrai et du faux.

L’opposition du syndicat étudiant Solidaires à la représentation, ce mercredi 31 janvier, à l’université Paris Diderot, du texte de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, parce qu’une telle représentation chercherait à légitimer les «actes de violence tournés spécifiquement vers les personnes musulmanes», constitue le dernier avatar de cette funeste confusion.

Pourtant si la vérité devait être sacrifiée, les plus faibles ne disposeraient plus d’aucune protection contre l’arbitraire des plus forts.

Voir enfin:

When I was nineteen years old, Elie Wiesel grabbed my ass.

Jenny Listman

Medium

Oct. 19, 2017

If it is such a small thing that I shouldn’t be upset about it then how is it big enough to ruin a legacy?

“I swore never to be silent whenever and wherever human beings endure suffering and humiliation. We must always take sides. Neutrality helps the oppressor, never the victim. Silence encourages the tormentor, never the tormented.” — Elie Wiesel, Nobel Peace Prize acceptance speech, 1986

When I was nineteen years old, Elie Wiesel grabbed my ass. It was a calculated act and worse than you think; he mistook me for an ultra-religious underage girl who was unlikely to tell anyone about it. In other words, he purposefully chose to molest someone who he assumed was a minor and who would be compelled into silence.

What is your reaction?

A. “Why are you making this a big deal? He didn’t rape you.”

B. “How could you make this public? You’re ruining a legacy.”

C. Both

Which is it: big enough to destroy or so small that it is harmless? Women are driven crazy and driven to silence trying to answer this question.

In 1989, while a sophomore biology major at the University of Pennsylvania, I attended the annual fundraising dinner of a large Jewish charity. At least 1000 people attended the event in a New York City hotel ballroom. These sorts of dinners have a lineup of speakers and typically honor those who have helped raise money for the charity.

Though not religiously observant, myself, I dressed modestly to respect the ultra-religious organizers. This was made easy by items fashionable in the eighties. I wore a newly purchased high-necked, long-sleeved, cranberry-colored blouse and a black taffeta, full, tea-length skirt owned since eighth grade. Cursed with appearing younger than my true age, fully-grown at 5′ 3/4″ tall and 104 pounds, I looked about fourteen at the time, maybe less.

That year, the dinner was in memory of my boyfriend’s recently-deceased father, being posthumously honored for his work on behalf of the non-profit. My boyfriend and his two brothers were to speak about their father, followed by dinner and a speech by the main attraction, Elie Wiesel. I’m sure there were others scheduled to speak, but the part I remember clearly about the pre-determined lineup (printed out and placed on each table) was: 3 brothers…dinner…Wiesel.

As family of an honoree, we were seated at a front table, all the way to the left if you were facing the giant podium. I was at the far side of the table so I didn’t have to turn around in my chair to see as the brothers spoke, one after another. I thought my boyfriend (later fiancé, then ex-husband), the youngest brother, was the best. His mother, recently widowed, was justifiably sad so I tried to express the pride and satisfaction that she couldn’t.

Dinner was about to be served, when leaping (I mean it) to the podium, off-schedule, came Elie Wiesel. The MC looked flustered. Elie Wiesel grabbed the microphone and said that he could not wait until after dinner to speak; the three brothers speaking about their father had moved him so much, he felt compelled to give his speech, immediately.

As attendees milled about after dinner, an official photographer waved a series of important people, rabbis, and big donors into groups for picture-taking. The organizers wanted a photo of the memorial honoree’s family with the Famous Speaker. While I stood off to the side, the brothers, their mother, and the eldest brother’s wife arranged themselves to flank Wiesel. The photographer began to focus the lens of his camera.

My boyfriend waved for me to join but I shook my head, no. I didn’t think it was appropriate to crash an official family photo, particularly during such a somber and noteworthy event. He waved again, insistent. So, I joined the group at the right end of the lineup, next to my boyfriend. Everyone had their arms around those next to them. A black backdrop was behind us, the podium side of the room was to our left, and the doors to the hallway to our right. The photographer re-focused the lens since everyone had moved.

The photographer was about to take the photo when Elie Wiesel yelled, “Wait!!”. He then lunged (this is not an exaggeration — he looked as if he was performing a fencing move) out of the middle of the arrangement, across the line of family members, towards his right, towards me. Pushing with his hands, he shoved me and my boyfriend apart, inserted himself between us, placed one arm over each of our shoulders, and then gave a nod to the photographer and said, “Ok.”

Weird.

The photographer re-focused his lens, which took some time. The hand on my right shoulder moved a few inches down my back to be on my shoulder blade. Maybe his hand had been uncomfortable in its original position. Although, how could it be more comfortable now that it was not resting on top of something? I didn’t have an answer for myself. The hand moved lower. It moved again. This happened slowly, over a period of seconds; a physical impossibility that is possible under such circumstances. I was in disbelief.

“That can’t be what he’s doing. That can’t be what he’s doing. That can’t be what he’s doing.”

“His hand is still in a normal position. It is still in a normal position, now. Even now, it is still in a normal position.”

The photographer snapped the photo. Simultaneously, Elie Wiesel’s right hand had reached my right ass cheek, which he squeezed. The photo was over, the photographer leaned back from crouching over his camera, the group separated, smiling at each other, and Elie Wiesel immediately RAN, disappearing straight into the crowd of over 1000 people who were nearly all standing up. Already gray-haired at that time, Wiesel’s agility impressed me as he fled the scene of the crime.

The family chatted with people nearby. I remained frozen to the spot in which Wiesel had left me. My boyfriend came over, unaware of what had just happened. I filled him in.

“He must have had his hand on your waist.”

“No.”

“Maybe it was on your back, really far down and it made you uncomfortable?”

“No.”

“Are you sure?”

“I know exactly where my ass is, and that’s where his hand was.”

While other men have done, technically, worse things to me, Wiesel’s actions were, in some ways, more sorrow-inducing. Perhaps bad people do bad things. Conversely, one might hope, good people don’t do bad things.

What happens when someone so objectively good that they received a Nobel Peace Prize, so good that they are qualified to tell people all over the world how to be good, so good that their memoir is required reading for high school students and they are hailed for teaching the world to understand the definition of evil in contrast to good, what happens when that’s the person who does something really really bad to you when you’re nineteen? You are sad beyond measure because, you believe, there are no good people. You mourn for humanity and for yourself.

Like many other women, I could make a long and ugly “shit men did to me” list, starting at age 11 that includes groping, stalking, date rape, following for blocks in the dark while saying with increasing anger ‘talk to me..what’s your name..what’s your name..why won’t you tell me your name!’, written death threats, severe workplace sexual harassment, disgusting whispers on the subway, etc., etc. Like many other women, I avoid getting in elevators that contain a lone man, I walk through dark areas with my phone open and my keys sticking through my fingers like a weapon. I avoid using underground or multi-level parking garages when alone and I hold it in rather than using a bathroom at the end of a desolate hallway in a poorly-lit basement underneath a loud restaurant or, like the other day, underneath a lecture hall at a university. Standard, daily habits, to which most men are oblivious.

I developed additional involuntary behaviors by the time I graduated from college. For years, without being aware, when alone in a room with a man, even someone I had known and liked for years, I would scan the room for exits and calculate how long it would take to get out or if I could get out at all. Taking into consideration the following: is the man between me and the exit, how big is he, is the door open or closed, is it an archway instead of a door, is there more than one door, are the windows operable, and what floor am I on. I did not know, until I was in therapy for anxiety, panic attacks, and suicidal depression, that I’d been doing this for about a decade. Suddenly, I was aware, remembered having done it over and over, and then wondered how I had secretly managed this in the same brain I use for conscious thought.

For years, I would flinch when someone, regardless of their gender, touched me, unexpectedly. Even now, if my own husband, who I love very much and who I want to be touching at all times, for example, comes up from behind me on the right and touches me on the left, even if I know he’s there, his arms are long and his hands are big and I am relatively tiny so it seems like the hand is originating from something other than him, because the rest of him is located far away from the hand, and I flinch.

The suicidal depression and seemingly all-day panic attacks began eighteen years ago. Each experience with a man who hurt or terrorized me had removed a brick or two from a load-bearing wall in my brain. I thought I had set it all aside, choosing to not dwell on past events. But when circumstances required me to face these experiences in their totality, all at the same time, they blew through the wall like a monster truck.

I would think about how horrible people are, how evil the world is into which I had brought four children. There was no hope. I was trapped in a cesspool of evil in which everyone had been fooled into thinking that evil was good. It wasn’t just the traumas, themselves, that hurt, but the feeling that my own life was an episode of The Twilight Zone; that I was living a different reality than everyone else who was oblivious to the truth and I had to smile through it for years on end or it would be even worse for me.

I am fine now. Better than that, I am happy, productive, healthy both mentally and physically (note, I am knocking on the wood of my coffee table, because while I am a scientist, I am also part Hungarian Jew so I must do this, however irrational). My children have grown into fantastic people (more knocking on wood), I love my husband who is perfect for me, I love my mom, and my small number of highly valuable and trustworthy friends. I live in a wonderful neighborhood and am the funniest person I know so I’m always entertained.

To get here I clawed my way, backed up by anti-depressants and therapy, out of a ten mile deep, narrow, pitch black pit, while personally replacing every fucking brick in my brain’s wall, by hand. Busy with that and my four children, I got a PhD at NYU and conducted research at Yale.

I don’t often discuss my history of depression and anxiety, let alone how horrific and painful it was. I’m not ashamed. Sort of the opposite. If I accomplished as much as I did while not operating at full cognitive capacity, sleep deprived, distracted, alternating between sorrow and fear, imagine what I can get done in the absence of all that. I just can’t stand being on the receiving end of pity. There’s no reason to feel sorry for present-day me, even though parts of this story would make me cry if I were you.

It might have been prudent to remove all references to depression and anxiety from this article. Maybe readers will find it more comforting to dismiss than to believe me and this gives them an easy out. But over the past week, I’ve read so many personal accounts by men and women much younger than I, some the same ages as my own children, describing the PTSD, anxiety, eating disorder, or depression following their own abuse, assault, or harassment. If I whitewash my own history, causing one other person to question their inner strength in comparison to mine, I will have done damage. Not happening.

Why did I never say anything about Wiesel? Over the years, I have told a few friends here and there. I’ve told my husband(s). I debated with myself on and off over the years about potential effects on others, “If I say nothing, other people might be hurt even worse than I was. What if he does this to girls who become bulimic and they suffer and then their parents suffer over their sick child or they get married but have sexual dysfunction and it ruins their marriage and their husband thinks his wife hates him so he suffers and their children are raised by a mother who is sad but can’t tell anyone why so the children suffer? If I say something, how will it benefit society on the chance that there were not and never would be other victims? I might hurt many people who would lose their idol. Would the information be used as a weapon against the Jewish community? What books will high school teachers assign if I say something?” It would have made so many people sad. I didn’t want to add sadness to the world.

But wait — we haven’t even gotten to the list of potential effects on me. After writing a draft of this, I showed my husband and some friends. A selection of their responses mirrored my own reservations: Are you sure you want to do this? You don’t want this to hurt your career. You’ll have to deal with your kids’ reactions. You could write it and maybe have some people who you’re close to read it so you can get it off your chest instead of having everyone know. That’s a lot to put out there. You know that people will be talking about you and it’s not going to be nice? What’s the point, all these years later? Does your ex-husband know you’re going to write this? You should remove this paragraph, that sentence, and that paragraph because you don’t want people to think about you in connection to things like that. Ok, publish it, but not on your professional blog because you need people to take you seriously (surprise! this is seriously my professional blog). Would you consider publishing it without his name? Would you consider publishing it without your name? You need to make sure people will still want to work with you. Don’t write about that part — they’ll dismiss you as crazy. I support you no matter what, but be prepared for serious backlash.

They said these things because they love me and want to protect me from the pain and destruction of backlash, which can be just as bad or worse than the original offense. Women, often lacking in power, include this in their calculations when they decide to say nothing. Bizarrely, the same women are so powerful that their mere speech could cause infrastructure to collapse: careers and companies that have been built, friendships and families that are depended upon, religious institutions and their leaders who are meaningful to so many, sports teams that have devoted fans and income from advertisers, young men with promising futures, old men with legacies. Backlash is a mechanism to hold up infrastructure.

Why would I say something now? I am exhausted from the guilt, fear, and shame and mostly from the twenty-eight year long burden of keeping this secret in a possibly misguided overestimation of my own capacity and responsibility to protect the world from the knowledge of something evil and ugly; as if I was required (forced, really, shoved and held down by Elie Wiesel, himself), at nineteen, to throw my body and mind on top of this grenade, for the sake of all Jews, for the sake of the world. For twenty-eight years, when I would see one of his works on the bookshelf of a friend or family member, see his name or face in the news, read him quoted or referenced, hear him lauded as some kind of Tzadik, I would feel nauseous. I would think that he had fooled everyone and I would feel embarrassed on their behalf for having been fooled. I am not interested in revenge or punishment. I just want, finally, to get rid of this thing, this implanted tumor, this lodged bullet. I am giving it away, dispersing it, diffusing it, vaporizing it. If you think it is important to keep, then you do it, because I am done.

I understand that people who do some bad things can create a body of work that benefits a large number of people. It is widely known that both MLK and JFK had numerous affairs with help from men working around them to procure and hide women. This doesn’t take away from their accomplishments or diminish the improvements they made in other people’s lives.

I understand that an abnormal childhood, abuse, or trauma can make it more likely for someone to commit horrible acts against others. This doesn’t take away from their crimes or diminish the pain they bring to other peoples’ lives.

Don’t look for an explanation as if there are rules. When you find out about someone diagnosed with lung cancer, you immediately wonder how many packs a day they smoked. You want a reason; something they did that put them in danger’s path, so you can comfort and deceive yourself into believing there are concrete steps you can take to avoid sharing their fate. To reflexively disbelieve someone accusing a powerful or seemingly decent person of sexual assault or harassment or to believe them while pointing to their clothing or profession is to sacrifice their sanity and reputation for the sake of your own sense of order in the world. It is a weak, cowardly, selfish move every time.

People who commit these vile acts exist in every community, work in every industry, are members of every religion or lack, thereof, and live on every continent. It would be convenient if they were all ogre-like caricatures of a bad guy. The focus on Harvey Weinstein’s looks does a disservice to those whose attackers and harassers are regular people, community members, people who look like lots of people you might know.

Even if a minority, together they’re able to damage a large number of girls and women; to physically assault them, derail or manipulate their careers, or make them fearful. When you add it all up, it turns out that these experiences are, sadly, common. And even something as seemingly small as someone grabbing your ass, counts. Having trouble dealing with all the underlined words with hyperlinks? Sexual assault and harassement are ubiquitous, such that I could find a separate tragic link for every word in this piece.

Still, so few men know about this thing that is so common. If people rarely hear about something’s existence, they assume it to be rare. Now you’re hearing about it a lot. Allow yourself, then, to accept the disturbing reality. It is not rare. I doubt that even the blinding #metoo sunlight (a campaign begun years ago by Tarana Burke) is enough to make a dent in the behavior of perpetrators, but might it be enough to make a dent in that of others? If your girlfriend, sister, niece, daughter, mother, wife, coworker, student, or camper tells you something horrible or even mildly shitty was done to them and then tells you the name of the person who did it and it’s someone you know, respect, or like or someone upon whom many depend, set aside your own fears to accept that it likely did happen. Then treat her, accordingly, showing her that you place her well-being no lower than your own need for order in the world. Don’t make her life an episode of The Twilight Zone.

I am not lying. I am not at fault for not speaking out sooner or not kicking him in the balls, immediately. I will not provide further details or repeat the story, out loud, reliving it. I’ve had enough. I will not give advice or an opinion regarding how Wiesel should or should not be framed in history. Not my problem. I will not engage in angry back-and-forth with those daring me to defend myself. I am busy. Only I get to decide if I am obligated to respond to queries or criticisms. Exception: if this includes a hyperlink to your personal story and you want it removed, let me know right away.

To those full of wisdom, who regularly impart it; community leaders, scholars, writers, board members, celebrities, experts, journalists, and historians who might attempt to moralize, criticize, and judge me via competing Talmudic Twitter strings, based on my writing abilities, my sanity, my upbringing, my level of Jewish observance, my punctuation, my apparel, my sexual history, my two marriages, my career, or my lack of fame or expertise relative to yours, I have some well-informed advice for you before you say anything: Listen to us with all of your energy and don’t speak. Unless you have, yourself, been sexually assaulted or stalked or groped or similarly objectified, controlled, terrorized, and violated so that a part of you was stolen, so that you were gifted with the options of hurting others, hurting yourself, or both, refrain from commentary for a bit, while you listen.

If you are sad and in mourning for your lost icon, I am not to blame for taking him away from you. I am not to blame for robbing the Jewish community of a leader, the world of a symbol, or his family of their memories. I did not do it. He did. He is the only one responsible for his evil act. He is the only one responsible for building his legacy as a house of cards. You may have to repeat that to yourself a number of times, as I have. He did this, not me. He did it.

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