Printemps persan: Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement (Trump effect: will Iran finally bring its own confirmation to Tocqueville’s law ?)

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En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux. Tocqueville
Le désir d’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. Tocqueville
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tout ce qu’on ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la sensibilité est plus vive. La féodalité dans toute sa puissance n’avait pas inspiré aux Français autant de haine qu’au moment elle allait disparaître. Les plus petits coups de l’arbitraire de Louis XVI paraissaient plus difficiles à supporter que tout le despotisme de Louis XIV. Le court emprisonnement de Beaumarchais produisit plus d’émotion dans Paris que les dragonnades. Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
La révolution à plus de chances de se produire quand une période prolongée de progrès économiques et sociaux est suivie par une courte période de retournement aigu, devant laquelle le fossé entre les attentes et les gratifications s’élargit rapidement, devenant intolérable. La frustration qui en résulte, dès lors qu’elle s’étend largement dans la société, cherche des modes d’expression dans l’action violente. James Chowning Davies
De nombreux sociologues contemporains reprennent cette analyse de Tocqueville, en expliquant les conflits sociaux par la frustration résultant de l’écart croissant « entre ce que les gens désirent et ce qu’ils ont ». Pour Ted Gurr (Why men rebel, 1970), la révolution de 1917 serait due au contraste entre les attentes suscitées par les progrès accomplis depuis les années 1880 et la situation réelle de la paysannerie, du prolétariat naissant ou de l’intelligentsia. Pour James Davies (Toward a theory of Revolution, 1962), le concept de frustration relative trouvé chez Tocqueville a une plus grande portée que celui de frustration absolue attribué à Marx; il explique en effet que les révoltes naissent rarement dans les populations écrasées de misère mais chez ceux qui relèvent la tête et réalisent ce qui leur manque car ils ont plus. (…) Les grands conflits sociaux ou les changements révolutionnaires s’expliquent donc moins par des mécontentements à propos de grandes inégalités que par des sentiments « relatifs » basés sur des différences minimes, ou réduites par l’égalisation des conditions. Jean-Pierre Delas
Une opposition classique met en vis-à-vis la lecture marxienne, selon laquelle la dégradation des conditions de vie agirait comme facteur déterminant et explicatif des soulèvements révolutionnaires, à celle de Tocqueville, pour qui, au contraire, l’amélioration des situations économiques serait à l’origine des évènements révolutionnaires. James Chowning Davies, sociologue américain, tente une synthèse des deux points de vue dans un modèle associant l’idée d’une genèse progressive (liée à l’amélioration des conditions de vie sur plusieurs décennies) d’aspirations sociales longtemps contenues et la thèse des frustrations surgissant plus brutalement à l’occasion de retournements de conjonctures. Le modèle psycho-sociologique de James C. Davies (« Toward A Theory of Revolution » …) tente d’expliquer les renversements de régimes politiques par l’augmentation soudaine d’un écart entre les attentes de populations motivées par des progrès économiques et les satisfactions réelles brutalement réduites par un retournement de conjoncture économique (ex. : mauvaises récoltes, récession économique…) ou politique (ex. : répression brutale, défaite militaire…). (…) James C. Davies schématise sa théorie par une courbe devenue fameuse, dite « courbe de Davies » formant comme un « J » Inversé (…), qui pointe la période « t2 » comme début probable de la dynamique révolutionnaire. La première étude James C. Davies porte sur la rébellion conduite par Thomas W. Dorr – dite « Rébellion Dorr » – au milieu du 19e siècle à Rhode Island dans le nord-est des Etats-Unis. Durant la première moitié du 19e siècle l’industrie du textile se développe et prospère, attirant vers la ville des populations rurales jusqu’en 1835/1840 quand s’amorce une période déclin. La Rebellion Dorr, en 1841/1842 fut durement réprimée. A partir de cette étude de cas, l’auteur construit sont modèle et l’utiliser pour interpréter la Révolution française de 1789, la révolution du Mexique de 1911, la révolution russe de 1917, le coup d’état nassérien de 1952. L’exemple de la révolution russe lui permet de montrer que l’écart est d’autant plus fort que des progrès économiques importants marquèrent le XIXe siècle : à partir du milieu du 19e siècle les serfs s’émancipèrent, l’exode rural entraîna une processus d’urbanisation, le nombre d’ouvriers travaillant en usine augmenta en leur apportant des salaires supérieurs à ce qu’ils gagnaient comme paysans et des conditions de vie également améliorées. Ainsi la période allant de 1861 à 1905 peut être considérée comme celle d’une progression des aspirations sociales jusqu’à une conjoncture de frustrations qui intervient au début du XXe siècle dans différents groupes sociaux : intelligentsia choquée par la répression brutale des manifestations de 1905, paysannerie affectée par les effets des réformes et par une succession de mauvaises récoltes, armée humiliée par la défaite dans la guerre contre le Japon. La détresse et la famine qui affectent la majorité de la population pendant la Première Guerre mondiale achèvent d’agréger ces frustrations de préparer ainsi la révolution de 1917. Jérome Valluy
Le régime des mollahs perd pied: il a ouvert une fenêtre pour aérer le système (…) et une bourrasque est entrée dans la maison. Iran-Resist
Bizarrement, je pense qu’Obama joue la montre et espère que les manifestants seront écrasés avant que la honte d’avoir fermé les yeux – parfois par son silence et parfois par ses banalités d’équivalence morale – sur la brutale théocratie iranienne ne devienne trop lourde, même pour lui, à supporter. (…) Personne ne demande qu’on envoie la cavalerie ou l’aviation mais juste un certain encouragement moral pour ne pas inciter des gens à descendre dans la rue et puis les abandonner à leur sort au moment où ils ont le plus besoin de notre soutien (comme en Hongrie ou pour les Chiites à Bagdad en 1991), mais à la place accorder notre reconnaissance à ceux qui d’eux-mêmes ont déjà pris cette décision dangereuse et méritent notre admiration en termes bien plus forts que ce que nous avons jusqu’ici vu de la Maison Blanche. (…) Cette crainte d’offenser des théocrates sanguinaires qui soutiennent le terrorisme est évidemment tout à fait ahurissante: un président de l’espoir et du changement se révèle faible et cynique à un moment critique où les pires racailles de la Corée du Nord au Venezuela nous observent attentivement et tentent d’évaluer nos capacités de réaction. Victor Davis Hanson
En une sorte d’ironie perverse, la menace la plus sérieuse que la République islamique ait jamais connue depuis sa création arrive au moment même où le premier président américain à accepter explicitement la légitimité du régime se trouve à la Maison Blanche. Quelque crédibilité que les mollahs aient perdue dans la rue, ils l’ont récupérée à Washington, où le président semble bizarrement moins enthousiaste pour un changement de régime en Iran que nombre d’Iraniens eux-mêmes. La timidité d’Obama témoigne d’une mauvaise conscience. À un certain niveau, il prend pour argent comptant la critique post-coloniale de l’Occident comme source des problèmes du monde en voie de développement et pense que nous n’avons pas l’autorité morale pour juger les gouvernements non-occidentaux qui nous en veulent et nous envient. Obama est parfaitement capable de lancer des attaques cinglantes et moralisantes uniquement contre son propre pays, particulièrement sous les mandats de son prédécesseur. Qui sommes-nous pour condamner ds exactions contre des manifestants pacifiques quand nous avons nous-mêmes torturé trois terroristes ? S’il n’y a aucun coût à payer pour la violation des normes internationales consistant à écraser des manifestants de chair et de sang, pourquoi y en aurait-t-il pour le non-respect flagrant des contraintes de papier de l’Agence internationale de l’énergie atomique? Rich Lowry
C’est aux Iraniens qu’il appartient de décider. Nous n’allons pas nous en mêler. (…) Mon approche c’est: attendons de voir. (…) Je pense qu’il est important de comprendre que la différence en terme de politique réelle entre MM. Ahmadinejad et Moussavi n’est peut-être pas aussi grande qu’on ne l’a dit. Obama (16 juin 2009)
On tue et on bat les gens dans les rues de Téhéran et dans tout l’Iran et nous devrions les défendre. Comme nous l’avions fait pour les ouvriers polonais à Dantzig ou pour le peuple tchèque lors du printemps de Prague et comme nous avons défendu la liberté dans chaque partie du monde. Ce n’est pas ça que nous faisons en ce moment. John McCain
Those who do not observe the Islamic dress code will no longer be taken to detention centers, nor will judicial cases be filed against them. Gen. Hossein Rahimi (Tehran police chief)
Police in Iran’s capital said Thursday they will no longer arrest women for failing to observe the Islamic dress code in place since the 1979 revolution. The announcement signaled an easing of punishments for violating the country’s conservative dress code, as called for by the young and reform-minded Iranians who helped re-elect President Hassan Rouhani, a relative moderate, earlier this year. But hard-liners opposed to easing such rules still dominate Iran’s security forces and judiciary, so it was unclear whether the change would be fully implemented. (…) The semi-official Tasnim news agency said violators will instead be made to attend classes given by police. It said repeat offenders could still be subject to legal action, and the dress code remains in place outside the capital. For nearly 40 years, women in Iran have been forced to cover their hair and wear long, loose garments. Younger and more liberal-minded women have long pushed the boundaries of the official dress code, wearing loose headscarves that don’t fully cover their hair and painting their nails, drawing the ire of conservatives. Iran’s morality police— similar to Saudi Arabia’s religious police— typically detain violators and escort them to a police van. Their families are then called to bring the detainee a change of clothes. The violator is then required to sign a form that they will not commit the offense again. (…) Last year, police in Tehran announced plans to deploy 7,000 male and female officers for a new plainclothes division — the largest such undercover assignment in memory – to monitor public morality and enforce the dress code. AP
Anti-government protests broke out in Iran for the third day running on Saturday as separate state-sponsored rallies were staged to mark the end of unrest that shook the country in 2009, according to Iranian news agencies and state media. (…) Iranian authorities have arrested 50 people since protests erupted across the country on Wednesday. (…) State-sponsored mass rallies were scheduled in more than 1,200 cities and towns, state TV said – events held annually to commemorate the end of months of street protests that followed Mahmoud Ahmadinejad’s disputed re-election as president. (…) The Iranian government declared that trains and schools will be closed on Sunday because of the protests. Social Media reported in Farsi and Arabic that the protesters were shouting slogans that included “Not Gaza, Not Lebanon, my soul for Iran” and ”Leave Syria, think of how we are doing.”  Videos on social media showed Mashhad, the second largest city in Iran, where residents shouted “death to the president” and “death to the dictator.” In Qom, a holy city to Shi’ite Muslims and one of the most religious cities in Iran, residents also joined the protest against the Islamic republic. The Jerusalem Post
A durable truth about dictatorships is that their surface stability disguises discontent that needs only a spark to ignite. The world saw such an eruption in Iran in 2009 after a stolen election, and the last two days have seen outbursts in Iranian cities that again reveal simmering unhappiness with clerical rule. The protests started Thursday in Mashhad, Iran’s second-most populous city, ostensibly as a revolt against rising prices, corruption and unemployment. The demonstrations soon spread across the country and have grown into a broader display of discontent with Supreme Leader Ali Khamenei and President Hassan Rouhani’s repressive regime. Twitter has been a venue for videos of the protests in various cities, with demonstrators shouting slogans like “Death to the dictator!” One notable theme are denunciations of the Islamic Republic’s foreign adventurism. People in Mashhad shouted, “No Gaza, no Lebanon, our lives are devoted in Iran.” And in Kermanshah, an ethnic Kurdish city, they shouted “forget about Syria, think about us.” More than 500 people died in Kermanshah last month in an earthquake as buildings collapsed. Iran’s rulers promised that the financial windfall from the 2015 nuclear deal would rebuild the country after years of struggling under nuclear sanctions. Iran’s economy is growing again, but youth unemployment still exceeds 40%. And much of the growth is coming from foreign investment in energy development that isn’t benefiting the larger population. Iran’s Revolutionary Guard Corps, the regime’s paramilitary arm, is heavily involved in the economy and uses business to finance its operations and elite lifestyle. Iranians are also frustrated that the mullahs are spending so much of their national wealth to build a Shiite version of the Persian empire to dominate the Middle East. The Revolutionary Guards are financing the Hezbollah troops fighting as mercenaries to prop up Bashar Assad in Syria. They’re also financing militias in Yemen against the Saudis and in Iraq to guarantee Iranian influence in Baghdad. Religious imperialism is expensive, as is the ballistic-missile development the regime continues despite the nuclear deal. The regime is worried enough that it is blaming foreigners for the protests and sending basiji militia to make arrests. But videos from Tehran show protesters sitting down in front of police in defiance of a crackdown. Iranians need to know that the world supports their demands for freedom. Barack Obama shamed America when he stayed mute during the 2009 protests to curry favor with the regime. So full marks to the State Department Friday for condemning “the arrest of peaceful protesters” and calling for “all nations to publicly support the Iranian people and their demands for basic rights.” President Trump shouldn’t make Mr. Obama’s mistake. The WSJ
Many reports of peaceful protests by Iranian citizens fed up with regime’s corruption & its squandering of the nation’s wealth to fund terrorism abroad. Iranian govt should respect their people’s rights, including right to express themselves. The world is watching! President Donald Trump
Le monde entier comprend que le bon peuple d’Iran veut un changement, et qu’à part le vaste pouvoir militaire des Etats-Unis, le peuple iranien est ce que ses dirigeants craignent le plus. Donald Trump
Les régimes oppresseurs ne peuvent perdurer à jamais, et le jour viendra où le peuple iranien fera face à un choix. Le monde regarde ! Donald Trump
Iran’s leaders have turned a wealthy country with a rich history and culture into an economically depleted rogue state whose chief exports are violence, bloodshed, and chaos. As President Trump has said, the longest-suffering victims of Iran’s leaders are Iran’s own people. Heather Nauert (State Department)
There are many reports of peaceful protests by Iranian citizens fed up with the regime’s corruption and its squandering of the nation’s wealth to fund terrorism abroad. The Iranian government should respect their people’s rights, including their right to express themselves. Sarah Huckabee Sanders (Press secretary)
The ayatollahs still can’t provide for the basic needs of their own people-perhaps because they’ve funneled so much of that money into their campaign of regional aggression in Syria, Lebanon, Iraq, and Yemen. The protests in Mashhad show that a regime driven by such a hateful ideology cannot maintain broad popular support forever, and we should support the Iranian people who are willing to risk their lives to speak out against it. Senator Tom Cotton
Theories such as the J-curve — which argue that “revolution is most likely to occur when a long period of rising expectations and gratifications is followed by a period during which gratifications … suddenly drop off while expectations … continue to rise” — seek to explain popular mobilization in the face of contemporary poverty by linking it to previous levels of wealth for the same group. Accordingly, “the majority of revolutionaries thus are likely to be poor people at loose ends who have made some progress toward a new and better life and see themselves now failing to do so.” Here, the impact of oil price fluctuations on the shah’s regime is highly instructive. The shah’s vast, state-led development plans induced by the spike in oil revenue in the early 1970s radically increased money supply, causing spiraling inflation. Indeed, the average inflation between 1973 and 1977 was 15.66%, five times that of the preceding five-year period. When oil prices receded between 1975 and 1979, Iran suddenly experienced an economic contraction that forced the government to cut down on services even as inflation remained high. Consequentially, the relative position of the working and middle classes in Iranian society remained static, with members of these key groups seeing their ambitions thwarted as inflation eradicated anticipated socio-economic gains. That the shah, through radical measures, managed to contain inflation in 1978, one year before his fall, was evidently too little too late. As such, applied in the Iranian context, the J-curve theorem explains the revolutionary potential and fermentation of political opposition as a result of thwarted expectations of continuing increases of living standards. As such, inflation in itself is not likely to have ignited the protests in Iran. What should rather be considered is the element of thwarted expectations as a powerful and potentially motivating factor in the broader equation. To reiterate, drastically reduced inflation and the return of economic growth under Rouhani have not yet translated into sufficient job creation. This has occurred in an environment where higher anticipations about the future are clashing with a reality in which the promised dividends of the nuclear deal — which while greatly strengthening state finances — have yet to trickle down to the average Iranian. If parliament passes the Rouhani administration’s proposed budget bill for the Iranian year beginning March 21, 2018, citizens will not only face the prospect of higher fuel costs but also potentially being cut off from monthly cash subsidy payments. Despite these serious conundrums, both revolutionary theory and the Iranian experience show that although low living standards are a constant preoccupation, they are not a constant threat. Neither should socio-economic discontent be equated with effective political resistance. Without necessary resources to maintain autonomous collective organization(s) and form popular opposition that is channeled into effective political action, change remains a remote prospect. This is not to mention the absence of a forward-looking ideology that is understandable to the wider population, capable of providing a powerful alternative vision of societal order and narrative of state identity. Lastly, it should be noted that the protests come on the eve of the ninth of Dey in the Iranian calendar, marked by conservatives as the day when supporters of the political establishment decisively put an end to the protests after the 2009 elections by coming out in force. It is certainly a curious time for Ayatollah Ali Khamenei to be reminded of which constituency is the « real » bedrock of the Islamic Republic in times of crisis. Conversely, it could also serve as a reminder that the faction that is willing to put its own interests ahead of those of the broader political establishment has run its course. Regardless of the latter, given the current circumstances and the socio-economic realities of contemporary Iran, it is only a matter of when, and not whether, the protests will end. Al Monitor
Protests against high unemployment, a stagnant economy with inflationary prices and expensive overseas military interventions are spreading unpredictably fast in several cities in Iran. On Friday, protests spread to Kermanshah in the west, Tehran, Esfahan in central Iran, Rasht in the north, Ahvaz in the southwest and even Qom, the religious capital of Shiite clergy in Iran. Some of the protesters, at least, chanted for a return of “Reza Shah,” the dynasty that was overthrown by the mullahs in 1979. We remember 2009, when Barack Obama, hell-bent on a fanciful alliance with the mullahs, shamefully betrayed the Iranians who rose up, expecting to be supported by us. The Trump administration’s response is of course a welcome contrast. But one wonders: why are Iranians rebelling now? Certainly they have economic grievances, but are these really new? What has happened, recently, to explain the current uprising? I wonder whether the Iranian rebellion has been incited, at least in part, by a conviction that there finally is an administration in Washington prepared to support them, at least morally and perhaps materially. Why would Iranians think that? No doubt they have paid close attention to President Trump’s willingness to stand up to their oppressors. And perhaps Trump’s recognition of Jerusalem as Israel’s capital sent a signal that there has been a changing of the guard in Washington… maybe the fact that we now have a president who is pro-United States and pro-freedom, instead of anti-United States and pro-mullahs/Muslim Brotherhood, etc., has inspired Iranians to march for liberation. It will be interesting to see how events play out in the days to come. John Hinderaker
One thing is certain: these demonstrations would already be over, and may never have begun, if Hillary Clinton were President of the United States right now. Confronted with those 2009 demonstrations that did not go as far or demand as much, Barack Obama betrayed the demonstrators to every grisly fate that the mullahs could devise for them in their torture chambers. Bent on concluding the disastrous nuclear deal that lined their oppressors’ pockets with billions and set the world on a path to a catastrophic nuclear attack, Obama ensured that the U.S. government didn’t lift a finger or offer a word of support for the protesters, even as they were being gunned down in the streets. What a difference a presidential election makes. President Trump has already made it clear in so many ways, most notably by recognizing Jerusalem as Israel’s capital, that he has a willingness his predecessors have not possessed to stand up to violent intimidation rather than to give in to it. Clinton, Bush, and Obama all spoke about Jerusalem being the capital of Israel, but backed off from recognizing the fact as official U.S. policy, for fear that Muslims would riot and kill innocent people, and that such a recognition would jeopardize the chimerical and fruitless “peace process.” Trump, by contrast, grasped the nettle, just as he has done so in confronting an establishment media bent on discrediting and destroying him, and a Democrat and Republic political establishment determined to do the same thing. He is a rare man of courage, and courage is inspiring. The Iranians who are risking their freedom and their very lives to stand up also against violent intimidation and take to the streets all over Iran the last few days are likewise manifesting immense courage, such that the world rarely sees these days. Yet as they stand for their freedom, if they are abandoned again, as Barack Obama abandoned the Iranian protesters in 2009, it will all come to naught. But Barack Obama is gone, and Donald Trump is President. For the people of Iran, have the man and the moment met? Robert Spencer

Vous avez dit effet Trump ?

Armée et Etat menacés de surengagement militaire (URSS, 1989), conflit ouvert y compris militaire avec ses voisins sunnites soutenus par la première puissance mondiale (Reagan, 1989), présence à la Maison Blanche d’un président qui contrairement à son prédécesseur et comme en témoigne sa toute récente reconnaissance de Jérusalem n’a plus peur (Reagan, 1989) du chantage à la violence de la rue arabe, inflation et chômage qui ne baissent toujours pas, population toujours plus frustrée de la corruption endémique de sa classe dirigeante et surtout de la non-matérialisation de retombées concrètes d’un accord nucléaire qui a pourtant débloqué des dizaines de milliards de dollars, annonce d’assouplissement de ses lois vestimentaires, fermeture des écoles, suspension des liaisons ferroviaires …
A l’heure où, énième ironie de l’histoire, l’anniversaire de l’écrasement de la tentative de soulèvement …
Qui dans la plus grande indifférence d’un Monde libre dont le leader préparait alors son tristement fameux accord nucléaire avec le régime …
 Avait failli un moment déborder la fausse révolution du Mouvement vert du printemps 2009 …
Se trouve coïncider avec un ensemble de manifestations dans tout le pays contre la vie chère et le chomage …
Mais aussi à certains endroits contre le régime islamique lui-même et son lot de corruption et d’aventurisme militaire …
Comment ne pas voir …
Même si l’on connait la particulière perversité d’un régime passé maitre dans la récupération de toute contestation
Et, aujourd’hui comme alors, la tout aussi grande naïveté de l’Occident et de ses innombrables idiots utiles
Les conditions peut-être enfin réunies d’une possible révolution après bientôt 40 ans d’oppression …
Comme une nouvelle application de la loi de Tocqueville
Ou avec sa courbe en J inversé, de sa mise à jour de 1962 par le sociologue américain James Chowning Davies (toujours pas de notice Wikipedia en français ?) …
Qui, à commencer par la Tunisie et avant la confiscation que l’on sait, avait lancé le Printemps arabe il y a justement huit ans …
A savoir que « le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer » ?

Robert Spencer: The End of the Islamic Republic?
Robert Spencer
Pamgeller.com
December 30, 2017

There is no way to tell now what will be the outcome of the massive protests that are sweeping Iran, but that they are undeniably momentous, despite the cavalier treatment they have received from the establishment media in the West. They have already led to the Tehran Police announcing that they will no longer enforce the dress codes for women that were imposed after the Islamic Revolution of 1979, and more could be coming, including the downfall of the Islamic regime itself – although the mullahs are mobilizing their military, and will not go down without a fight.

Whatever happens next, what has already happened is extraordinary. Unlike the 2009 Green Movement protests, which featured protesters shouting “Allahu akbar,” signaling that all they wanted was reform of the Islamic regime, not the end of the regime itself, the protesters over the last few days have been clear, chanting: “We don’t want an Islamic Republic!” “Clerics shame on you, let go of our country!” Some have even chanted: “Reza Shah, bless your soul!”

Reza Shah was the Shah of Iran from 1925 to 1941 and the father of Mohammed Reza Pahlavi, the Shah who was overthrown in the Islamic Revolution in 1979. Reza Shah admired Turkey’s Ataturk and set Iran on a similar path of Westernization and secularization. In chanting this, the protesters are emphasizing that they do not want an Islamic Republic, and demonstrating yet again that these protests are not just about government corruption or food prices.

One thing is certain: these demonstrations would already be over, and may never have begun, if Hillary Clinton were President of the United States right now. Confronted with those 2009 demonstrations that did not go as far or demand as much, Barack Obama betrayed the demonstrators to every grisly fate that the mullahs could devise for them in their torture chambers. Bent on concluding the disastrous nuclear deal that lined their oppressors’ pockets with billions and set the world on a path to a catastrophic nuclear attack, Obama ensured that the U.S. government didn’t lift a finger or offer a word of support for the protesters, even as they were being gunned down in the streets.

What a difference a presidential election makes. Trump has come out strongly in favor of the protesters, tweeting: Many reports of peaceful protests by Iranian citizens fed up with regime’s corruption & its squandering of the nation’s wealth to fund terrorism abroad. Iranian govt should respect their people’s rights, including right to express themselves. The world is watching!”

State Department spokesperson Heather Nauert said: “Iran’s leaders have turned a wealthy country with a rich history and culture into an economically depleted rogue state whose chief exports are violence, bloodshed, and chaos. As President Trump has said, the longest-suffering victims of Iran’s leaders are Iran’s own people.” Press secretary Sarah Huckabee Sanders added: “There are many reports of peaceful protests by Iranian citizens fed up with the regime’s corruption and its squandering of the nation’s wealth to fund terrorism abroad. The Iranian government should respect their people’s rights, including their right to express themselves.”

President Trump has already made it clear in so many ways, most notably by recognizing Jerusalem as Israel’s capital, that he has a willingness his predecessors have not possessed to stand up to violent intimidation rather than to give in to it. Clinton, Bush, and Obama all spoke about Jerusalem being the capital of Israel, but backed off from recognizing the fact as official U.S. policy, for fear that Muslims would riot and kill innocent people, and that such a recognition would jeopardize the chimerical and fruitless “peace process.”

Trump, by contrast, grasped the nettle, just as he has done so in confronting an establishment media bent on discrediting and destroying him, and a Democrat and Republic political establishment determined to do the same thing. He is a rare man of courage, and courage is inspiring. The Iranians who are risking their freedom and their very lives to stand up also against violent intimidation and take to the streets all over Iran the last few days are likewise manifesting immense courage, such that the world rarely sees these days. Yet as they stand for their freedom, if they are abandoned again, as Barack Obama abandoned the Iranian protesters in 2009, it will all come to naught.

But Barack Obama is gone, and Donald Trump is President. For the people of Iran, have the man and the moment met?

Robert Spencer is the director of Jihad Watch and author of the New York Times bestsellers The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades) and The Truth About Muhammad. His new book is Confessions of an Islamophobe. Follow him on Twitter here. Like him on Facebook here.

Voir aussi:

Iranians Revolt. Why Now?

John Hineraker

Powerline

Demonstrations against that country’s regime have broken out across Iran. Radio Farda reports:

[P]rotests against high unemployment, a stagnant economy with inflationary prices and expensive overseas military interventions are spreading unpredictably fast in several cities in Iran….
***
On Friday, protests spread to Kermanshah in the west, Tehran, Esfahan in central Iran, Rasht in the north, Ahvaz in the southwest and even Qom, the religious capital of Shiite clergy in Iran.

Some of the protesters, at least, chanted for a return of “Reza Shah,” the dynasty that was overthrown by the mullahs in 1979.

https://www.radiofarda.com/embed/player/0/28946293.html?type=video

Senator Tom Cotton urged support for the protesters:

Referring to the “billions in sanctions relief the Islamic republic secured through the nuclear deal”, Arkansas Republican senator Tom Cotton wrote on his Twitter account, the ayatollahs still can’t provide for the basic needs of their own people-perhaps because they’ve funneled so much of that money into their campaign of regional aggression in Syria, Lebanon, Iraq, and Yemen”.

Senator Cotton has also insisted, “The protests in Mashhad show that a regime driven by such a hateful ideology cannot maintain broad popular support forever, and we should support the Iranian people who are willing to risk their lives to speak out against it.”

We certainly should, and the Trump administration has. Via InstaPundit, this is the strong statement released by the State Department’s spokeswoman:

We remember 2009, when Barack Obama, hell-bent on a fanciful alliance with the mullahs, shamefully betrayed the Iranians who rose up, expecting to be supported by us. The Trump administration’s response is of course a welcome contrast. But one wonders: why are Iranians rebelling now? Certainly they have economic grievances, but are these really new? What has happened, recently, to explain the current uprising?

I wonder whether the Iranian rebellion has been incited, at least in part, by a conviction that there finally is an administration in Washington prepared to support them, at least morally and perhaps materially. Why would Iranians think that? No doubt they have paid close attention to President Trump’s willingness to stand up to their oppressors. And perhaps Trump’s recognition of Jerusalem as Israel’s capital sent a signal that there has been a changing of the guard in Washington.

This is pure speculation, but maybe the fact that we now have a president who is pro-United States and pro-freedom, instead of anti-United States and pro-mullahs/Muslim Brotherhood, etc., has inspired Iranians to march for liberation. It will be interesting to see how events play out in the days to come.

Voir également:

Tehran police: No more arrests for flouting dress code

TEHRAN, Iran (AP) — Police in Iran’s capital said Thursday they will no longer arrest women for failing to observe the Islamic dress code in place since the 1979 revolution.

The announcement signaled an easing of punishments for violating the country’s conservative dress code, as called for by the young and reform-minded Iranians who helped re-elect President Hassan Rouhani, a relative moderate, earlier this year.

But hard-liners opposed to easing such rules still dominate Iran’s security forces and judiciary, so it was unclear whether the change would be fully implemented.

“Those who do not observe the Islamic dress code will no longer be taken to detention centers, nor will judicial cases be filed against them.” Tehran police chief Gen. Hossein Rahimi was quoted as saying by the reformist daily Sharq.

The semi-official Tasnim news agency said violators will instead be made to attend classes given by police. It said repeat offenders could still be subject to legal action, and the dress code remains in place outside the capital.

For nearly 40 years, women in Iran have been forced to cover their hair and wear long, loose garments. Younger and more liberal-minded women have long pushed the boundaries of the official dress code, wearing loose headscarves that don’t fully cover their hair and painting their nails, drawing the ire of conservatives.

Iran’s morality police— similar to Saudi Arabia’s religious police— typically detain violators and escort them to a police van. Their families are then called to bring the detainee a change of clothes. The violator is then required to sign a form that they will not commit the offense again.

Men can also be stopped by the police if they are seen wearing shorts or going shirtless.

Last year, police in Tehran announced plans to deploy 7,000 male and female officers for a new plainclothes division — the largest such undercover assignment in memory – to monitor public morality and enforce the dress code.

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Associated Press writer Aya Batrawy in Dubai, United Arab Emirates contributed to this report.

Voir encore:

Iran Pulse
Protests in Iran unlikely to bring about change
Despite their sudden spread, protests in Iran are unlikely to instigate the change that demonstrators desire.
Mohammad Ali Shabani
Al Monitor
December 29, 201

Following months of scattered, issue-specific protests across Iran over matters such as unpaid wages and lost deposits amid bankruptcies of unlicensed credit and financial institutions, the northeastern city of Mashhad saw protests on Dec. 28, mainly over “high prices,” with smaller rallies held in regional towns like Neyshabur and Birjand. The day after, similar protests were also held in other cities around the country. So far, the protests appear provincial: The security deputy of Tehran’s governor said fewer than 50 people gathered at a public square in the capital on Dec. 29.

Iranian authorities have stated that the protests were organized via the popular smartphone app Telegram, pointing the finger at “counter-revolutionaries.” Meanwhile, the administration of President Hassan Rouhani believes that its conservative foes are the culprits behind the unrest.

It has not been lost on observers that the initial protests featured relatively rare chants, such as “Death to Rouhani.” Mashhad is home to conservative cleric Ebrahim Raisi, Rouhani’s main rival in the May 2017 presidential election, and Raisi’s father-in-law, radical cleric Ahmad Alamolhoda, who has defied governmental authority on matters such as the holding of concerts. In this vein, the protests erupted one day after the Tehran police chief announced, in a seismic policy shift, that women would no longer be arrested over “improper veiling” but rather sent to educational classes.

Referring to Rouhani’s conservative rivals, First Vice President Eshaq Jahangiri said, “When a social and political movement is launched on the streets, those who started it will not necessarily be able to control it in the end.” He added, “Those who are behind such events will burn their own fingers. They think they will hurt the government by doing so.”

Apart from targeting high prices, chants at the rallies have also included criticism of Iran’s involvement abroad. But these slogans are not new; they predate Iran’s involvement in Iraq and Syria. Such slogans also clash with surveys that show the Iranian public strongly supports the deployment of military personnel to aid the regime of Bashar al-Assad.

Thus, rather than focusing on the idea of a conservative ploy to undermine Rouhani or that foreign policy is the driver of discontent, one should perhaps focus on the main grievance of the protesters — namely, « high prices. »

It is often assumed that low living standards and desperation will induce political mobilization. Yet protests are rarely triggered by the level of poverty in itself — namely, absolute poverty — but rather poverty on a relative contextual basis.

Enter the role of inflation. Theories such as the J-curve — which argue that “revolution is most likely to occur when a long period of rising expectations and gratifications is followed by a period during which gratifications … suddenly drop off while expectations … continue to rise” — seek to explain popular mobilization in the face of contemporary poverty by linking it to previous levels of wealth for the same group. Accordingly, “the majority of revolutionaries thus are likely to be poor people at loose ends who have made some progress toward a new and better life and see themselves now failing to do so.”

Here, the impact of oil price fluctuations on the shah’s regime is highly instructive. The shah’s vast, state-led development plans induced by the spike in oil revenue in the early 1970s radically increased money supply, causing spiraling inflation. Indeed, the average inflation between 1973 and 1977 was 15.66%, five times that of the preceding five-year period.

When oil prices receded between 1975 and 1979, Iran suddenly experienced an economic contraction that forced the government to cut down on services even as inflation remained high. Consequentially, the relative position of the working and middle classes in Iranian society remained static, with members of these key groups seeing their ambitions thwarted as inflation eradicated anticipated socio-economic gains. That the shah, through radical measures, managed to contain inflation in 1978, one year before his fall, was evidently too little too late. As such, applied in the Iranian context, the J-curve theorem explains the revolutionary potential and fermentation of political opposition as a result of thwarted expectations of continuing increases of living standards.

In post-revolutionary Iran, inflation has stubbornly remained in the double digits, with few exceptions. During the Iran-Iraq War, from 1980-88, inflation averaged 17.8%. In the subsequent reconstruction era, under then-President Akbar Hashemi Rafsanjani (1989-97), it averaged 25.28%, with a record peak of 49.4% in the Iranian year ending March 1996. Under Reformist President Mohammad Khatami (1997-2005), inflation was contained at an average of 15.76%. Then, under conservative President Mahmoud Ahmadinejad (2005-13) — who oversaw unprecedented oil revenues and a massive increase in money supply with his signature Mehr Housing Scheme, not to mention a 300% devaluation of the rial triggered by sanctions — inflation averaged 17.66%, peaking above 30% in his final year in office.

When Rouhani first took office in August 2013, annual inflation ran at 34.7%. Discounting this annus horribilis, Iran has experienced an average inflation of 11.9% since March 2014 — the lowest under any Iranian president. In the previous Iranian year ending March 20, 2017, it averaged 8.9%.

Yet while he has slashed inflation by 70% since taking office, living costs have still risen under Rouhani amid increased unemployment, which has particularly hit women, the young and the educated. Despite strong economic growth, joblessness is projected by the International Monetary Fund to remain around 12% in coming years, partly due to the large number of job market entrants, given Iran’s demographic profile. Bloomberg has an excellent graphic on the dynamic between the cut in inflation and the rising cost of living.

As such, inflation in itself is not likely to have ignited the protests in Iran. What should rather be considered is the element of thwarted expectations as a powerful and potentially motivating factor in the broader equation.

To reiterate, drastically reduced inflation and the return of economic growth under Rouhani have not yet translated into sufficient job creation. This has occurred in an environment where higher anticipations about the future are clashing with a reality in which the promised dividends of the nuclear deal — which while greatly strengthening state finances — have yet to trickle down to the average Iranian. If parliament passes the Rouhani administration’s proposed budget bill for the Iranian year beginning March 21, 2018, citizens will not only face the prospect of higher fuel costs but also potentially being cut off from monthly cash subsidy payments.

Despite these serious conundrums, both revolutionary theory and the Iranian experience show that although low living standards are a constant preoccupation, they are not a constant threat. Neither should socio-economic discontent be equated with effective political resistance. Without necessary resources to maintain autonomous collective organization(s) and form popular opposition that is channeled into effective political action, change remains a remote prospect. This is not to mention the absence of a forward-looking ideology that is understandable to the wider population, capable of providing a powerful alternative vision of societal order and narrative of state identity.

Lastly, it should be noted that the protests come on the eve of the ninth of Dey in the Iranian calendar, marked by conservatives as the day when supporters of the political establishment decisively put an end to the protests after the 2009 elections by coming out in force. It is certainly a curious time for Ayatollah Ali Khamenei to be reminded of which constituency is the « real » bedrock of the Islamic Republic in times of crisis. Conversely, it could also serve as a reminder that the faction that is willing to put its own interests ahead of those of the broader political establishment has run its course. Regardless of the latter, given the current circumstances and the socio-economic realities of contemporary Iran, it is only a matter of when, and not whether, the protests will end.

Mohammad Ali Shabani is Al-Monitor’s Iran Pulse Editor and a doctoral researcher at SOAS, University of London, where he focuses on Iranian foreign policy. His work has appeared in outlets such as the New York Times, National Interest and BBC World News. He has also offered commentary on CNN and Al Jazeera English among other leading channels. On Twitter: @mashabani

Voir de plus:

Iranian protests escalate, government cancels schools and trains

Social Media in Farsi and Arabic reported that the protesters are shouting the slogan not Gaza, Not Lebanon, my soul for Iran.’
Reuters, Yasser Okbi/Maariv
The Jerusalem Post
December 30, 2017

DUBAI – Anti-government protests broke out in Iran for the third day running on Saturday as separate state-sponsored rallies were staged to mark the end of unrest that shook the country in 2009, according to Iranian news agencies and state media.

State television showed a rally in the capital Tehran as well as marchers carrying banners in support of Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei in Mashhad, Iran’s second largest city where protests over prices turned political on Thursday.
Iranian authorities have arrested 50 people since protests erupted across the country on Wednesday.

US President Donald Trump Tweeted that « the good people of Iran » want change.

State-sponsored mass rallies were scheduled in more than 1,200 cities and towns, state TV said – events held annually to commemorate the end of months of street protests that followed Mahmoud Ahmadinejad’s disputed re-election as president.

The Iranian government declared that trains and schools will be closed on Sunday because of the protests.

Social Media reported in Farsi and Arabic that the protesters were shouting slogans that included “Not Gaza, Not Lebanon, my soul for Iran” and ”Leave Syria, think of how we are doing.”

Videos on social media showed Mashhad, the second largest city in Iran, where residents shouted “death to the president” and “death to the dictator.”

In Qom, a holy city to Shi’ite Muslims and one of the most religious cities in Iran, residents also joined the protest against the Islamic republic.

The Iranian authorities warned citizens not to take part in any “unlawful assemblies” and cautioned that people who take part in protests might cause problems to themselves and others.

Openly political protests are rare in the Islamic Republic, where security services are omnipresent.

But there is considerable discontent over high unemployment, inflation and alleged graft. Some of the new protests have turned political over issues including Iran’s costly involvement in regional conflicts such as those in Syria and Iraq.

Joblessness has risen and annual inflation is running at about 8 percent, with shortages of some foods contributing to higher prices and hardship for many families.

Voir de même:

http://www.tabletmag.com/scroll/252332/why-cant-the-american-media-cover-the-protests-in-iran »>Why Can’t the American Media Cover the Protests in Iran?
Because they have lost the ability to cover real news when it
Lee Smith
Tabletmag
December 30, 2017

As widespread anti-regime protests in Iran continue on into their third day, American news audiences are starting to wonder why the US media has devoted so little coverage to such dramatic—and possibly history-making—events. Ordinary people are taking their lives in their hands to voice their outrage at the crimes of an obscurantist regime that has repressed them since 1979, and which attacks and shoots them dead in the streets. So why aren’t the protests in Iran making headlines?

The short answer is that the American media is incapable of covering the story, because its resources and available story-lines for Iran reporting and expertise were shaped by two powerful official forces—the Islamic Republic of Iran, and the Obama White House. Without government minders providing them with story-lines and experts, American reporters are simply lost—and it shows.

It nearly goes without saying that only regime-friendly Western journalists are allowed to report from Iran, which is an authoritarian police state that routinely tortures and murders its political foes. The arrest and nearly two-year detention of Washington Post reporter Jason Rezaian drove this point home to American newsrooms and editors who might not have been paying attention. The fact that Rezaian was not an entirely hostile voice who showed “the human side” of the country only made the regime’s message more terrifying and effective: We can find you guilty of anything at any time, so watch your step.

The Post has understandably been reluctant to send someone back to Iran. But that’s hardly an excuse for virtually ignoring a story that threatens to turn the past eight years of conventional wisdom about Iran on its head. If the people who donned pink pussy hats to resist Donald Trump are one of the year’s big stories, surely people who are shot dead in the streets in Iran for resisting an actual murderous theocracy might also be deserving of a shout-out for their bravery.

Yet the Post’s virtual news blackout on Iran was still more honorable than The New York Times, whose man in Tehran Thomas Erdbrink is a veteran regime mouthpiece whose official government tour guide-style dispatches recall the shameful low-point of Western media truckling to dictators: The systematic white-washing of Joseph Stalin’s monstrous crimes by Times Moscow correspondent Walter Duranty.

Here’s the opening of Erdbrink’s latest dispatch regarding the protests:

Protests over the Iranian government’s handling of the economy spread to several cities on Friday, including Tehran, in what appeared to be a sign of unrest.

“Appeared”? Protests are by definition signs of unrest. The fact that Erdbrink appears to have ripped off the Iran’s government news agency Fars official coverage of the protests is depressing enough—but the function that these dispatches serve is even worse. What Iranians are really upset about, the messaging goes, isn’t the daily grind of living in a repressive theocratic police state run by a criminal elite that robs them blind, but a normal human desire for better living standards. Hey, let’s encourage European industry to invest more money in Iran! Didn’t the US overthrow the elected leader of Iran 70 years ago? Hands off—and let’s put more money in the regime’s pocket, so they can send the protesters home in time for a hearty dinner, and build more ballistic missiles, of course. Erdbrink is pimping for the regime, and requesting the West to wire more money, fast.

Selling the protesters short is a mistake. For 38 years Iranian crowds have been gathered by regime minders to chant “Death to America, Death to Israel.” When their chant spontaneously changes to “Down with Hezbollah” and “Death to the Dictator” as it has now, something big is happening. The protests are fundamentally political in nature, even when the slogans are about bread. But Erdbrink can hardly bring himself to report the regime’s history of depredations since his job is to obscure them. He may have been a journalist at one point in time, but now he manages the Times portfolio in Tehran. The Times, as Tablet colleague James Kirchik reported for Foreign Policy in 2015, runs a travel business that sends Western tourists to Iran. “Travels to Persia,” the Times calls it. If you’re cynical, you probably believe that the Times has an interest in the protests subsiding and the regime surviving—because, after all, anyone can package tours to Paris or Rome.

Networks like like CNN and MSNBC which have gambled their remaining resources and prestige on a #Resist business model are in even deeper trouble. Providing media therapy for a relatively large audience apparently keen to waste hours staring at a white truck obscuring the country club where Donald Trump is playing golf is their entire business model—a Hail Mary pass from a business that had nearly been eaten alive by Facebook and Google. First down! So it doesn’t matter how many dumb Trump-Russia stories the networks, or the Washington Post, or the New Yorker get wrong, as long as viewership and subscriptions are up—right?

The problem, of course, is that the places that have obsessively run those stories for the past year aren’t really news outfits—not anymore. They are in the aromatherapy business. And the karmic sooth-sayers and yogic flyers and mid-level political operators they employ as “experts” and “reporters” simply aren’t capable of covering actual news stories, because that is not part of their skill-set.

The current media landscape was shaped by years of an Obama administration that made the nuclear deal its second-term priority. Talking points on Iran were fed to reporters by the White House—and those who veered outside government-approved lines could expect to be cut off by the administration’s ace press handlers, like active CIA officer Ned Price. It’s totally normal for American reporters to print talking points fed to them daily by a CIA officer who works for a guy with an MA in creative writing, right? But no one ever balked. The hive-mind of today’s media is fed by minders and validated by Twitter in a process that is entirely self-enclosed and circular; a “story” means that someone gave you “sources” who “validate” the agreed upon “story-line.” Someone has to feed these guys so they can write—which is tough to do when real events are unfolding hour by hour on the ground.

The United States has plenty of real expertise about Iran—not just inside think-tanks but throughout the country. The Los Angeles area alone hosts some 800,000 people of Iranian heritage, none of whom are among the “Iran experts” who are regularly featured in the press. Most of the “experts” tapped by the media to comment on Iranian matters have been credentialed and funded by pro-Iran deal organizations like Trita Parsi’s National Iranian American Council. They are propagandists for the regime. Others, like Hooman Majd and Hussein Moussavian, were actually regime functionaries, who now distribute a more sophisticated brand of pro-regime propaganda inside the US.

The election of Rouhani represents a moderate trend in Iranian politics that the United States should encourage. The cash windfall that will come to the regime as a result of sanctions relief will be spent to repair the economy and address the needs of the Iranian people. Etc Etc.

Americans were systematically bombarded by craven regime “talking points” on mainstream and elite media throughout the Obama presidency—because the president had his eye on making a historic deal with Iran that would secure his “legacy.” Anyone who suggested that there was no real difference between Iranian moderates and hardliners, that the regime will spend its money on its foreign wars, not its own people, was shouted down. Anyone who also belonged to the pro-Israel community—meaning that they cared, among other things, about democratic governance in the Middle East—was denounced as a deceitful dual loyalist who thirsted to send innocent American boys off to war. You know, like those hook-nosed banker cartoons that once enlivened the pages of German newspapers.

Of course it’s difficult to understand what’s happening in Iran now—the Obama White House and the press sidelined anyone who was not on board with the president’s main political goal. To sell the public on the Iran Deal, the Obama administration promoted hack “reporters” and “experts” who would peddle its fairy-tale story-lines, while setting social media mobs on whoever was brave or stupid or naïve or well-informed enough to cast doubt on its cock-eyed picture of Iran—including independent reporters like David Sanger of the Times, as well as the president’s entire first-term foreign policy cabinet.

The current coverage of the protests sweeping across Iran is bad by design. The Obama administration used the press to mislead the American public in order to win the president’s signature foreign policy initiative. The bill for that program of systematic misinformation is still coming in, and the price is much higher than anyone could have imagined, including more than 500,000 dead in Syria and an American press incapable of understanding, never mind reporting, that this death toll was part of Obama’s quid pro quo for the nuclear deal.

And what was gained? America enriched and strengthened a soon-to-be nuclear regime that murders its neighbors abroad while torturing, oppressing, and impoverishing its own citizens. Whether the current wave of protests is successful or not, they show that the Iranian people are heartily sick of the regime that Obama and his servants spent eight years of his Presidency praising and propping up.

Lee Smith is the author of The Consequences of Syria.

Voir enfin:

Les Temps Modernes

2011/3 (n° 664)


« Il aimait flâner dans l’attente de l’imprévisible. […] La pensée d’affronter les autorités l’emplissait même d’une singulière allégresse. […] La fureur était bannie de cette foule qui se mouvait dans l’éternité ; elle semblait animée d’une joie savante, qu’aucune torture, aucune oppression ne parvenait à éteindre. »

Albert Cossery, Mendiants et Orgueilleux, 1955

L’étude comparée des révolutions et des changements de régime livre des enseignements précieux pour comprendre les révoltes arabes actuelles et les dynamiques politiques en cours au Moyen-Orient. La loi primordiale des révolutions est qu’il n’y a pas de lois des révolutions [1][1] Charles Tilly, Les Révolutions européennes, 1492-1992,…. Tout processus révolutionnaire contient un élément d’imprévisibilité pour ses protagonistes, y compris les plus actifs, qui voient s’ouvrir heure après heure, au fil de ce qu’ils qualifient alors d’événements, des possibles inédits. De cette ouverture en cascades d’horizons nouveaux vient l’impression, partagée, y compris par des observateurs lointains, du caractère inouï — d’une improbabilité radicale — de la révolte.

Dans le cas des récents soulèvements arabes, ce sentiment s’est exprimé de deux manières. D’un côté, par l’exaltation enthousiaste de la puissance intemporelle de la rébellion — juste reconnaissance, il est vrai, du courage et de la résolution déployés par les insurgés et les manifestants. De l’autre, par l’étonnement, presque automatique lui aussi — et teinté de scepticisme —, face à des actions jugées impensables dans un espace et des sociétés où l’on tenait jusqu’alors la soumission pour un trait culturel et la démocratie pour une impossibilité structurelle. Que des Arabes ou des musulmans se révoltent, ce devait être inconcevable ou bien louche. Et gare sinon aux avancées discrètes et dangereuses des factions islamistes …

Révolutions inéluctables ou sinon héroïques ? Ou bien révolutions impossibles ou pour le moins douteuses ? Quels que soient les temps et les lieux, ce sont là les images les plus courantes pour se représenter ces conjonctures d’effervescence politique. Sur le terrain des analyses historiques également, il y a ceux qui voient ces ruptures comme le produit de forces contenues dans l’épaisseur du temps : lois immanentes d’engendrement des moments critiques, permanence quasi ontologique d’une disposition au refus. Mais il y a aussi ceux qui partent au contraire avec l’idée que les révoltes collectives sont naturellement rares et fragiles à cause du coût élevé des engagements — la mort parfois — au regard de la faiblesse des espérances de gains. A moins que n’existe déjà une avant-garde du commun pour compenser cette propension à faire cavalier seul en dehors des mouvements sociaux : des hommes, des femmes, des groupes littéralement « extraordinaires », résistants de la première ou de la dernière heure, capables d’en entraîner d’autres ou de continuer le combat par-delà les défaites [2][2] Entre autres formulations plus ou moins sophistiquées….

Rien n’est par conséquent plus difficile, face aux phénomènes vécus ou observés de révoltes populaires, que d’éviter ces jeux de miroir ou de balancier allant de l’enchantement au désenchantement, ces hésitations entre représentations héroïques et conceptions déterministes de l’histoire. C’est que de telles oscillations constituent la matière même des crises politiques [3][3] Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris,…. Toutes les grandes ruptures historiques sont en effet tissées d’expériences cruciales où la peur et l’espérance changent de camp, où la courbure des affects et des jugements inverse son cours et prend soudainement une direction opposée. Identifier, localiser ces points d’inflexions dans les fils entremêlés des révoltes arabes actuelles est ce qui permet de situer leur singularité historique et la manière dont elles bouleversent nos connaissances préalables sur les mobilisations et les révolutions.

Bien que les soulèvements réussis ne suivent, dans l’histoire, aucune loi générale, il n’est pas impossible de rechercher leurs conditions d’apparition. Dans la tradition des études politiques, ces conditions des révoltes et des révolutions ont été généralement rapportées à plusieurs facteurs plus ou moins indépendants : la structure sociale, le système politique, l’économie, la géographie, la démographie, la psychologie des populations, la culture ou même le climat, etc. Dans le cas des révoltes tunisiennes ayant conduit à la chute du Président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, et des mobilisations égyptiennes ayant provoqué moins d’un mois plus tard l’abandon du pouvoir par Hosni Moubarak, la plupart de ces causes ont été convoquées après coup pour rendre compte, comme si leur force avait toujours déjà été anticipée, de la propension particulière de ces deux sociétés à changer de régime.

On a noté ainsi, sur le plan démographique, qu’il existait une corrélation forte entre les demandes démocratiques et trois facteurs indépendants : la hausse de l’alphabétisation, la baisse de la fécondité — particulièrement faible en Tunisie et est passée au Maghreb de six enfants par femmes au début des années 1980 à un peu plus de deux aujourd’hui — et la baisse de l’endogamie qui se traduirait par une extension des chaînes de confiance entre les individus et leurs groupes [4][4] Youssef Courbage, Emmanuel Todd, Le Rendez-vous des…. A ces tendances de longue durée, on pourrait ajouter des éléments de conjoncture économique comme la flambée récente des prix agricoles appauvrissant des populations qui, dans la moyenne durée, sont moins rurales qu’autrefois, même en Egypte, et parfois urbanisées, comme dans les monarchies pétrolières. Les régimes autoritaires qui ont été renversés, ou qui sont en crise actuellement, ont déjà connu par le passé des émeutes de la faim réprimées dans le sang. La période actuelle se caractérise aussi par une pauvreté absolue encore importante et croissante dans plusieurs pays, puisqu’elle touche par exemple plus d’un cinquième de la population en Egypte et près de la moitié au Yémen. Alors que la jeunesse de moins de vingt-cinq ans est majoritaire dans la plupart des pays du Moyen-Orient, les taux de chômage de cette tranche d’âge sont très importants, atteignant environ 30 % en Egypte, selon les sources, ou 32 % au Maroc, avec de fortes disparités géographiques qui font que près de deux tiers des habitants sont sans emploi dans certaines régions tunisiennes. L’immolation dans ce pays le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, de Mohamed Bouazizi, jeune marchand de fruits et légumes, est symptomatique du désespoir de la jeunesse de plusieurs pays arabes. Mais la paupérisation absolue ou relative d’une population plus alphabétisée n’est que la première pierre des explications des révoltes arabes actuelles.

La situation spécifique des jeunes diplômés fait apparaître un autre facteur. Dans le cas tunisien — exemplaire de ce point de vue — 60 000 diplômés de l’enseignement supérieur arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que plusieurs dizaines de milliers sont inscrits à l’Agence nationale de l’emploi et du travail indépendant (ANETI). Selon une étude réalisée par Carnegie Moyen-Orient, ces jeunes diplômés sont plus affectés par le chômage que la moyenne des Tunisiens : tandis que l’absence d’emploi formel concerne 13,3 % de la population, 21,1 % des jeunes ayant obtenu une qualification sont chômeurs. En Algérie, les jeunes diplômés sans emploi sont deux fois plus nombreux que dans des pays ayant le même niveau de revenu par habitant. Nombreux sont les commentateurs ayant eu recours à l’image de la bombe à retardement lorsqu’ils évoquaient ces données sur la jeunesse.

L’étude des révolutions, depuis Tocqueville, considère en effet ce type de situations comme explosives. Il est en fait courant d’interpréter les situations révolutionnaires non pas comme le produit d’une frustration absolue liée par exemple à la paupérisation, mais comme celui d’une « frustration relative » où des réalités sociales négatives viennent briser la course des anticipations positives de l’avenir [5][5] James C. Davies, « The J-Curve of Rising and Declining…. Les jeunes diplômés de la société tunisienne auraient ainsi nourri des aspirations d’ascension sociale par l’investissement éducatif, aspirations qui sont aujourd’hui désajustées par rapport aux opportunités effectives offertes par le marché de l’emploi national [6][6] C’est le principal schème explicatif déployé dans Pierre…. Or, cet investissement dans l’enseignement supérieur avait été réalisé par leurs parents au prix d’importantes privations. Le désespoir de la jeunesse diplômée constitue donc une cause d’emblée intergénérationnelle et en partie interclassiste concernant une grande partie de la population.

La déception au sujet des rendements de l’investissement éducatif touche principalement les classes moyennes. Ces groupes ont, depuis plusieurs générations, le sentiment d’un profond déclassement qui aurait agi dans le « printemps arabe » comme un ressort supplémentaire de la révolte. N’a-t-on pas souligné le rôle des professions libérales — avocats mais aussi médecins — dans les mobilisations d’Egypte, mais également en Iran pendant les grandes révoltes de l’hiver 2009 ou au Maroc avec les jeunes journalistes le 25 mars dernier, et encore en Libye, à Benghazi par exemple ? Le processus de la révolte a rendu possible localement, dans les assemblées populaires ou les places publiques occupées par les mouvements, des jonctions improbables et parfois inédites entre fractions éduquées des classes moyennes et lumpenprolétaires urbains. Or il n’existe pas de moments révolutionnaires sans ce type de coalitions entre groupes qui, en temps ordinaire, ne se rencontrent pas, ni sans la mobilisation d’une fraction d’intellectuels déclassés. C’est aussi la raison pour laquelle la rencontre des étudiants et des prolétaires insatisfaits reste, depuis 1968 en Occident, l’horizon imaginaire des révoltés. Et dans les mouvements arabes actuels, le déclassement partagé par des jeunes issus de milieux sociaux différents aurait favorisé cette alliance improbable.

Il reste que toutes ces données psychologiques et sociologiques au sujet des espérances déçues et des convergences éphémères d’intérêts entre groupes sociaux ne deviennent agissantes que dans la mesure où le système politique est incapable d’en canaliser la charge éventuelle. La sociologie comparée des révolutions est ici catégorique : il n’existe pas de ruptures révolutionnaires ayant eu lieu dans des démocraties entendues comme des régimes non autoritaires où la compétition politique est pluraliste [7][7] Jeff Goodwin, No Other Way Out. States and Revolutionary… ; les révolutions de l’après-guerre dans le monde, singulièrement dans les pays du Sud, ont presque toujours eu lieu face à des régimes qui concentraient les pouvoirs [8][8] John Foran, Taking Power : On the Origins of Third…. Les révoltes arabes en cours ne font pas exception à cette règle. Dans plusieurs de ces sociétés, les moins de trente ans ont connu un seul dirigeant politique dans leur vie. Or Ben Ali, avant ses derniers jours de pouvoir, n’avait donné aucune limite au nombre potentiel de ses réélections. Quant à Moubarak, il avait prévu d’instituer une dynastie familiale. En tenant compte de leur âge, ces projets témoignaient de la fermeture durable de l’espace politique.

Les révoltes arabes ont lieu dans des systèmes politiques à la fois plébiscitaires et sécuritaires où les groupes qui monopolisent la coercition violente ont un rôle considérable dans la société : la police en Tunisie, les forces de sécurité en Egypte, la Garde républicaine, les forces de sécurité centrales et la Garde spéciale du Président au Yémen, des forces civiles armées dans les deux premiers pays (comme les pasdarans en Iran) et des forces paramilitaires ou des mercenaires étrangers, parfois, comme en Libye. Dans tous ces pays, la force du complexe sécuritaire a été renforcée par les politiques américaines et occidentales postérieures au 11 septembre 2001 et par les croisades antiterroristes. On estime ainsi qu’une personne sur cent en Tunisie travaillait d’une manière ou d’une autre pour le ministère de l’Intérieur.

La pénétration de l’Etat sécuritaire et de ses réseaux dans les sociétés arabes doit également être mise en relation avec le reflux de l’Etat dans les domaines sociaux, éducatifs et de santé. L’Egypte, la Tunisie et plusieurs pays qui connaissent aussi une crise politique ont appliqué docilement, depuis les années 1980, les recettes néo-libérales du « Consensus de Washington ». Mais ce qu’on appelle néo-libéralisme n’est pas un retrait simple de l’Etat. C’est plutôt le produit d’un mouvement contradictoire d’intervention active et permanente pour diminuer ses prérogatives et les transférer auprès d’opérateurs privés [9][9] Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Paris,…. C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la croissance notable du nombre des ONG au Moyen-Orient, comme en Egypte, par exemple, où elles sont aujourd’hui 20 000, mais également en Syrie, en Tunisie, au Maroc. Le développement de ce tissu est politiquement ambivalent. La formule politique axiomatique du néo-libéralisme est la mise en concurrence. Dans les pays du Sud, cela s’est traduit depuis les années 1990 par une promotion de la part des institutions internationales comme la Banque mondiale, d’organes de la société civile qui se substituent à l’Etat pour l’action publique et de règles du jeu politique formellement plus démocratiques [10][10] Nicolas Guilhot, The Democracy Makers. Human Rights…. Les régimes autoritaires du monde arabe se sont donc « mis à jour » : ils ont répondu à ces injonctions en autorisant des partis, en organisant des élections, en incitant au développement des ONG [11][11] Steven Heydemann, « Upgrading Authoritarianism in the…. Ces nouveaux acteurs civils ne sont souvent que des sous-traitants ou des auxiliaires de l’Etat. Il serait d’ailleurs possible de situer ainsi l’importance des confréries musulmanes et leur rôle dans l’éducation et la santé des populations en Egypte. Voilà pourquoi la concentration des fonctions sécuritaires se juxtapose à l’éclatement de la régulation politique de la société. Mais ce hiatus de plus en plus criant depuis dix ans a certainement été de nature à renforcer la propension à la révolte.

L’affaissement préalable de l’Etat est une autre condition absolue de déclenchement des processus révolutionnaires [12][12] « Pour que la révolution éclate, écrivait Lénine, il…. Au Yémen, par exemple, l’Etat est en proie depuis longtemps à des conflits armés. En Jordanie, il est appauvri. En Libye, il n’a jamais été constitué comme entité relativement autonome par rapport aux intérêts du clan de Kadhafi. De ce point de vue, la configuration libyenne exprime à l’extrême un des traits saillants des régimes qui sont actuellement contestés, comme la Syrie ou l’Algérie : l’appropriation par les dirigeants et leur proche entourage des revenus de l’Etat, le degré élevé de corruption à son plus haut niveau. Ici encore cette tendance a été renforcée par les politiques néolibérales, dans la mesure où elles favorisent les collusions entre hauts fonctionnaires ou ministres et acteurs privés qui bénéficient de la démonopolisation de certaines activités antérieurement publiques. Dans certains cas, comme en Tunisie et une partie de l’Egypte, l’expérience de la corruption des pouvoirs publics est presque quotidienne car la protection d’intérêts particuliers par l’Etat existe à tous les niveaux de la machine bureaucratique, y compris coercitive [13][13] Béatrice Hibou, La Force de l’obéissance. Economie….

Le sentiment d’avoir été abandonné par les pouvoirs publics et la colère contre l’appropriation des ressources nationales par de petites cliques sont des éléments fondamentaux des révoltes actuelles. En Tunisie, en Egypte, en Syrie, au Maroc, des figures d’hommes d’affaires ou bien de membres de la famille au pouvoir, comme les Trabelsi en Tunisie — clan de la seconde épouse du Président déchu —, ou bien ayant bénéficié des largesses de celle-ci, comme Rami Makhlouf en Syrie — cousin de Bachar Al-Assad —, ont été dénoncées publiquement pendant les mobilisations. Dans les jours qui ont accompagné la chute des régimes, les biens et les résidences de ces nouveaux accapareurs et de ces trafiquants ont constitué des cibles de choix pour les manifestants. Le gel et la récupération des fonds des dirigeants et de leur entourage font partie d’une des premières revendications des mouvements victorieux.

Que l’universalité supposée de l’Etat soit autant bafouée explique aussi l’importance, constatée par plusieurs observateurs, de l’identification nationale dans les mouvements égyptiens et tunisiens ainsi que dans d’autres révoltes arabes encore indécises [14][14] Olivier Roy, « Révolution postislamiste », Le Monde,…. L’agitation des drapeaux nationaux sur les places publiques occupées et dans les affrontements de rue permet d’affirmer une unité collective perdue — les nationalismes sont en reflux au Moyen-Orient depuis la fin des années 1960 — et d’opposer l’image idéalisée d’un peuple indivis à la réalité brutale d’un Etat privatisé. En Libye, les insurgés ont ainsi ressuscité le drapeau que s’était donné le pays avant que Kadhafi n’y conquière le pouvoir il y a quarante deux ans. Car c’est une autre condition nécessaire, quoique insuffisante, des processus révolutionnaires que de ménager un espace d’identification commun, au sein duquel il devient possible ensuite de s’affronter, même violemment, mais dans les limites d’un attachement primordial partagé.

L’étiologie des révoltes arabes ne peut donc faire l’économie d’une réflexion sur les rebelles et leurs communautés. Il n’y a jamais eu de révolutions sans l’existence ou la formation d’une culture d’opposition politique au régime en place [15][15] John Foran, op. cit.. Or la plupart des experts et des commentateurs occidentaux ont insisté sur la faiblesse des forces politiques de contestation des autorités arabes : partis d’opposition fantoches, leaders réprimés ou exilés, espaces publics muselés, société civile sous contrôle ou, dans le cas libyen, défaut d’organisation des mouvements spontanés de résistance, etc. Avec l’invocation de l’importance des moyens coercitifs des Etats, cette déploration représente toujours la raison principale du scepticisme vis-à-vis du mouvement historique en cours : elle justifiait hier les pronostics pessimistes quant à la probabilité d’une chute de régime en Tunisie et surtout en Egypte ; elle explique aujourd’hui les éventuelles déceptions de demain quant au caractère plus ou moins démocratique de la transition. Il reviendra aux historiens du futur de préciser, dans chaque cas national, la logique de formation de ces cultures d’opposition et la part exacte qu’ont tenue les événements les plus récents par rapport à des tendances plus profondes. D’ores et déjà cependant, la surprise généralisée provoquée par ces mouvements permet de souligner la limite du discours sceptique et de soulever quelques problèmes intéressants pour l’analyse des processus révolutionnaires.

Le premier concerne la formation des réseaux qui ont rendu possibles les mobilisations du Moyen-Orient. Si l’époque incline à l’explication réticulaire ou médiacentrée du monde social, cette tendance est ici renforcée par le fait que la mise en valeur, dans les analyses sociales et politiques du monde arabe, des contre-sociétés à fort « esprit de corps » (asabiyya) est une constante depuis Ibn Khaldoun. L’insistance des commentateurs porte surtout sur les nouveaux médias et les réseaux sociaux comme Facebook ou de chaînes de télévision comme Al Jazeera. N’est-ce pas le chef du marketing de l’entreprise multinationale Google au Proche-Orient, Waël Ghonim, qui a créé en 2009 la page Facebook « Nous sommes tous des Khaled Saïd », après la mort de ce jeune homme tabassé par la police à Alexandrie devant un cybercafé ? C’est un slogan analogue qui est repris après la mort de Mohamed Bouazizi en Tunisie. Et Ghonim fut également l’un de ceux qui ont lancé l’idée d’une manifestation publique de rue le 25 janvier dernier, dix-huit jours seulement avant la chute du régime de Moubarak. Si l’action des réseaux sociaux de la jeunesse éduquée et d’autres médias intervient certainement dans la mobilisation collective du monde arabe, elle dépend néanmoins du taux d’équipement des populations (inférieur à 10 % en Egypte et moindre encore pour les téléphones portables) et des usages socialement très différenciés de ces médias.

Les nouveaux médias se superposent à des réseaux plus anciens qui structurent depuis longtemps les sociabilités du Moyen-Orient : syndicats, comme l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) ; groupes d’ouvriers grévistes, comme ceux des usines textiles de Mahallah El-Kubra dans le nord de l’Egypte, mobilisés en 2007 ; universités ; cercles des notabilités locales périphériques plus puissantes qu’autrefois à cause du retrait de l’Etat et du gonflement des classes intermédiaires ; quartiers des villes moyennes de province et des grandes métropoles, dont la mixité sociale est souvent beaucoup plus importante qu’en Occident, comme dans certaines parties du Caire, etc. Et s’il est vrai qu’il n’existe pas d’« alternative associative » aux partis et aux mouvements d’opposition souvent inexistants [16][16] Michel Camau, « Sociétés civiles “réelles” et téléologie…, le développement des ONG a pu toutefois représenter une infrastructure mobilisable dans les révoltes en cours — en particulier dans certains mouvements de défense des droits de l’homme, comme la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, ou chez leurs avocats et des organisations semblables en Syrie, au Maroc, en Iran. Absente des débuts du mouvement égyptien, la confrérie des Frères musulmans représente aussi un des plus puissants réseaux de solidarité, bien qu’il ait été politiquement dominé sous le pouvoir antérieur.

Autre approche de la révolte : est-il possible de la relier à des actes de la vie quotidienne, des engagements locaux ou à peine perceptibles, des discours cachés critiquant le pouvoir et ses représentants, des passions culturelles apparemment sans visée publique ou politique, bref à tout un continent pratique qualifié parfois d’« infrapolitique », dont les sociétés arabes seraient porteuses depuis plusieurs années, particulièrement chez les jeunes [17][17] James C. Scott, La Domination et les arts de la résistance…. ? Dans le cas égyptien, le politiste Asef Bayat insiste par exemple sur l’importance des « pratiques sans mouvements » (non movements practices) à côté de mouvements sociaux défendant la démocratie comme « Kefaya » en 2005 : auto-organisation de prolétaires urbains mettant en place un service de parkings, indépendance relative de certaines femmes musulmanes vis-à-vis du port du hijab, arrangements de la jeunesse avec la morale religieuse pour se retrouver dans des fêtes ou pour partager une sexualité, fraternité entre chrétiens et musulmans dans plusieurs banlieues du Caire, etc [18][18] Asef Bayat, Life as Politics : How Ordinary People…. Selon Bayat, les transformations sociales et politiques en cours depuis les années 1990 s’appuient sur ces cultures diffuses, minoritaires et postislamistes. Les militants de la place Tahrir avaient pour slogan « Notre révolution est civile, ni violente, ni religieuse », remarque-t-il.

Mark Levine a trouvé récemment des signes de ce postislamisme en examinant la culture de la musique Heavy Metal dans dix pays du Moyen-Orient [19][19] Mark Levine, Heavy Metal Islam, New York, Three Rivers…. « Nous jouons du Heavy Metal, parce nos vies sont heavy metal », c’est-à-dire oppressantes, lui expliquait Reda Zine, une des célébrités marocaines du genre. Dans son enquête, Levine a découvert la même jeunesse que celle dont il est question lors des dernières révoltes arabes : éduquée, anglophone, se donnant des rendez-vous clandestins sur Internet, en lutte contre la censure et le jugement des autorités et des pouvoirs religieux, non représentative aussi … A Dubaï comme à Téhéran, Rabat et Le Caire, elle conçoit les musiques occidentales extrêmes comme un asile. En Egypte, elle n’est pas condamnée par les fractions les plus jeunes des Frères musulmans qui revendiquent une « élasticité » morale et culturelle. Depuis 2005 ces militants, eux-mêmes plus éduqués que leurs pairs, sont souvent favorables à la démocratie politique dans la mesure où la défense des droits des musulmans face au régime ne semblait pas envisageable sans défendre les droits de tous. Les événements récents apparaîtront peut-être dans quelques mois comme le résultat de ce nouveau parti pris de la confrérie. Il n’empêche que les liens idéologiques ou sociaux unissant les contre-cultures passées à la révolte présente sont un des mystères les plus épais des événements en cours. Concevoir l’orchestration éventuelle qui a fédéré des pratiques très éparses, et peut-être différents pays, sera une tâche encore plus ardue. Plus radicalement alors, c’est à l’idée d’un terreau antérieur favorable aux mobilisations qu’il faudra en définitive renoncer. Car l’histoire des révolutions livre également une autre leçon qui n’a pas encore été évoquée : ce ne sont pas les révolutionnaires qui font les révolutions, mais les révolutions qui font les révolutionnaires [20][20] Timothy Tackett, Par la volonté du peuple. Comment….

Avant de tester la validité de cette leçon, il faut souligner l’importance des contextes sociaux et politiques nationaux dans lesquels tous les facteurs qui viennent d’être mentionnés sont plus ou moins présents avec des poids relatifs différents sur les événements. Le clivage le plus pertinent pour approcher la probabilité que les révoltes entraînent des changements de régime paraît être la rente pétrolière. Certes, dans les monarchies du Golfe aussi, les jeunes connaissent un déclassement dû en partie au boom immobilier des années 2000 et à la hausse des prix du logement. Le monde des élites politiques et économiques qui envoie leurs enfants étudier à l’étranger est par ailleurs extrêmement clos. Les inégalités économiques et sociales sont gigantesques. Bahreïn, Oman, Iran, Arabie saoudite, Algérie : dans ces pays, les révoltes sont durement réprimées. Mais l’importance des ressources pétrolières disponibles offre toujours une marge de man œuvre, celle de la redistribution économique d’urgence dans le but de calmer la contestation. Signe éventuel de l’importance de ce volant d’apaisement : les révoltes ont été plus fortes à Bahreïn où les réserves financières sont les plus faibles.

Une autre ligne de clivage sépare les Etats en fonction de leur dépendance économique envers l’Occident, en particulier les Etats-Unis. On oublie parfois que les révolutions et les changements de régime sont fortement dépendants des rapports de force internationaux. Dans son étude comparée des révolutions du tiers monde depuis 1945, John Foran a identifié l’absence de changement de comportement du système international vis-à-vis du pays en révolte comme un des deux seuls facteurs d’échec certain des processus révolutionnaires (avec l’absence d’une culture politique d’opposition) [21][21] John Foran, op. cit., p. 243.. Les révoltes arabes n’auraient probablement pas conduit à des renversements de régime sans l’inversion des positions américaines et européennes envers les leaders concernés. Une comparaison avec les émeutes les plus importantes des décennies précédentes en Egypte (1986, 2008) ou en Tunisie (1984, 2008) pourrait le confirmer. Des puissances régionales sont également intervenues, comme le Qatar qui finance des pans importants du secteur humanitaire en Libye ou la chaîne Al Jazeera, l’Iran, ou bien l’Arabie saoudite dont l’armée a servi la répression des révoltes au Bahreïn. Les crises ont été plus fortes dans les sociétés qui bénéficient d’une aide importante de la part des Etats-Unis, comme l’Egypte, le Yémen, la Jordanie. En Libye et en Tunisie, c’est l’aide européenne qui semble avoir fragilisé les régimes en place. Et lorsque ces soutiens financiers extérieurs sont moins importants, comme en Iran, au Maroc, en Syrie, les régimes semblent au contraire plus solides jusqu’à ce jour.

La liste des facteurs externes ou internes des révoltes arabes de 2011 pourra toujours être allongée, affinée, corrigée ou spécifiée selon les sociétés. Mais les explications produites ainsi risqueront toujours de manquer l’essentiel : les raisons d’activation à un moment précis du cours de l’histoire des différentes variables de structure sociale et politique qui ont été mentionnées. Seule la dynamique endogène des séquences critiques permet de comprendre que des facteurs déjà présents dans le passé des révoltes ne restent pas constants dans le temps, qu’ils soient eux-mêmes métamorphosés, recomposés, propulsant, dans certains cas, les premiers mouvements qu’ils ont déclenchés au-delà d’eux-mêmes. Pourquoi dès lors s’appesantir autant sur l’étiologie des révoltes arabes ? C’est que les schèmes explicatifs proposés jusqu’ici ne sont pas l’apanage des experts. Sous des formes plus ou moins simplifiées, ils sont aussi mobilisés par les journalistes, les commentateurs et les protagonistes des révoltes qui bricolent leurs anticipations quotidiennes avec des bouts de toutes ces théories. Pendant des événements critiques dont « le résultat est rarement net », comme dit Sartre, les analyses et les jugements portés sur ce qui se passe ne se réduisent pas en effet à de simples décorations des faits [22][22] « Par la raison que [dans la Révolution française]…. Ce sont des forces vives dans le jeu de l’histoire, capables de faire basculer les motivations ainsi que les conduites des acteurs. L’ambiguïté est ce qui définit l’événement, la rupture historique, l’effervescence révolutionnaire. Dans ces moments d’exception, les jugements habituels peuvent s’inverser et ce qui était perçu en temps normal comme une raison de retrait ou de fuite apparaît alors comme une raison d’engagement et de lutte. Il y a eu, dans les révoltes tunisiennes et égyptiennes, au moins une séquence identifiable où les anticipations collectives oscillaient jusqu’à s’inverser. C’est ce qu’illustrent les réactions à certains discours télévisés de Ben Ali et de Moubarak. Appelons points d’inflexion de tels moments. Toute théorie de la révolution se doit de comprendre la logique d’apparition et de disparition de ces points.

Le 28 décembre dernier, onze jours après le début des manifestations de Sidi Bouzid, le Président tunisien intervient pour dénoncer des « agitateurs extérieurs », puis il limoge quatre ministres le lendemain. Deux jours plus tard, il fait de nouvelles concessions à la télévision, en matière sociale notamment. Le 10 janvier, il s’en prend au terrorisme qui percerait derrière les manifestations et parle de créer 300 000 emplois. Trois jours plus tard, une dernière intervention en arabe dialectal promet pêle-mêle sa non-représentation aux élections de 2014, la liberté de la presse, l’arrêt de la répression, la levée de la censure sur Internet, l’abaissement du prix des denrées alimentaires de base ainsi que la création de commissions d’enquête sur les « dépassements » et la corruption. Mais le lendemain, le 14 janvier, le chef d’Etat tunisien n’a pas d’autre choix que de quitter le pays.

La séquence égyptienne est plus rapide encore. Trois jours après la chute du régime tunisien, des Egyptiens tentent à leur tour de s’immoler. Les 25 et 28 janvier, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes du pays qui prennent une ampleur inattendue, compte tenu de l’Etat d’urgence permanent. Fin janvier, dans une première allocution télévisée, le raïs annonce qu’il dissout le gouvernement et qu’il nomme son chef des services de renseignements, Omar Souleiman, comme vice-président. Quelques jours plus tard, il dénonce l’influence pernicieuse des islamistes et de forces étrangères, promet qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections présidentielles de septembre et que son fils ne lui succèdera pas. Le jeudi 3 février, il intervient auprès d’une journaliste américaine à qui il se dit « fatigué du pouvoir », mais craignant le « chaos ». Souleiman engage parallèlement des discussions avec des forces d’opposition dont les Frères musulmans, alors que cette organisation avait été pénalisée pendant plusieurs décennies et disqualifiée aux dernières élections à cause des fraudes du pouvoir. Le 10 février, Moubarak fait une dernière intervention télévisée où il délègue ses pouvoirs « constitutionnellement » à son vice-président, mais il doit pourtant quitter son poste le lendemain.

Ces deux récits ont des différences, mais ils se caractérisent par le fait que les concessions publiques faites par le pouvoir n’entraînent pas une diminution de la mobilisation, comme l’espèrent les dirigeants. La révolte s’étend malgré les « gestes » des présidents. Leur calcul ne fonctionne pas alors qu’il est identique dans d’autres pays de la zone. Le Maroc a doublé ses subventions aux produits de première nécessité (gaz, sucre, farine). L’Arabie saoudite a débloqué 36 milliards de dollars d’aides sociales aux fonctionnaires, aux chômeurs, aux étudiants et promis 400 milliards de dollars pour la santé et l’éducation dans les années qui viennent. La Jordanie a annoncé des hausses de salaires, des retraites et des baisses des prix de première nécessité. La Syrie a limogé fin mars son Premier ministre et fait miroiter une levée de la loi d’urgence en vigueur depuis quarante-huit ans. Mais en Tunisie et en Egypte, l’exposition publique des concessions politiques et économiques a davantage conforté les manifestants qu’elle ne les a apaisés. Elle a même étendu la contestation. On s’est demandé récemment pourquoi, dans des pays où les services de renseignements et le complexe sécuritaire étaient si développés, l’ampleur de la révolte n’avait pu être anticipée [23][23] Gilles Kepel, « Vers un nouveau monde arabe », Le Monde,…. C’est bien que les révoltés arabes d’aujourd’hui n’avaient rien avant ces événements de révoltés typiques. Comment dès lors interpréter cette transition soudaine, manifeste — on se souvient des chaussures brandies de la place Tahrir lors du dernier discours de Moubarak —, de l’obéissance à la défiance ?

De tels points d’inflexion peuvent être formalisés comme les résultats de jeux complexes dans lesquels les choix tactiques des protagonistes sont interdépendants. Ces situations, que l’on retrouverait dans les crises financières ou bien dans les concours de beauté — selon la parabole de Keynes —, sont telles que les comportements d’un individu sont déterminés par l’idée qu’il se fait de ce que seront les comportements des autres joueurs. Dans ces conjonctures de grande incertitude, il faut anticiper sur les anticipations d’autrui. La Grande Peur de 1789 est un exemple connu de ce mimétisme des attitudes en situation révolutionnaire. A son sujet, l’historien Georges Lefebvre a montré, comme le remarquait Sartre, que les offensives populaires de l’été 1789 étaient « fondamentalement des journées défensives [24][24] Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 83. ». Le peuple parisien craignait d’être massacré par une armée de contre-révolutionnaires et la rumeur d’un complot aristocratique entraîna des pillages et des jacqueries antiféodales dans toute la France. Même si la thèse de Lefebvre est aujourd’hui contestée [25][25] Timothy Tackett, « La Grande Peur et le complot aristocratique…, on peut faire l’hypothèse que la défiance soudaine et déterminée envers les dirigeants égyptiens et tunisiens est en partie liée à une « grande peur » semblable.

Avant d’être le résultat d’une rumeur, cette peur s’appuie sur l’expérience concrète de la répression. Déjà forte avant les mobilisations récentes, elle s’est accrue pendant celles-ci, faisant plusieurs centaines de morts et entraînant des arrestations et des emprisonnements par milliers. Les concessions apparentes des discours présidentiels étaient contredites par la réalité des actions policières du régime. Ensuite, faute de libertés de l’information, les rumeurs prévalaient quant au nombre de morts, de blessés et d’incarcérés. Et chaque promesse ostentatoire de la part du dirigeant pouvait sembler dissimuler le véritable complot répressif. Enfin, l’action ordinaire de la police ou de ses forces auxiliaires était également prolongée par des citoyens complices (ou par des mercenaires étrangers comme en Libye) et parfois par d’anciens policiers en civil inquiets pour leur futur — on se souvient des miliciens pro-Moubarak attaquant la place Tahrir le 2 février —, défendant le régime jusqu’aux derniers jours, voire après sa chute comme en Tunisie. D’où cette question : et si les révoltes arabes étaient devenues offensives en se croyant avant tout défensives ? N’est-ce pas la peur qui leur a conféré la force de ne pas céder aux concessions, d’avancer alors même que le pouvoir attendait qu’elles reculent ? Les formalisations contemporaines sur les croyances collectives en situation d’incertitude confirment que l’emprise de la peur sur celles-ci est bien plus mobilisatrice que ne peut l’être l’espérance [26][26] Jon Elster, Explaining Social Behavior. More Nults….

En Libye, la promesse télévisée de Kadhafi de plonger sa population dans un « bain de sang » a sans doute aussi servi le camp des insurgés. Mais dans ce cas, comme en Syrie, les signaux émis par le pouvoir sont trop contradictoires et imprévisibles pour faire basculer les citoyens. Fin mars, juste après l’engagement militaire occidental en Libye, on rapportait même que les opposants armés ne savaient plus « si c’était la fête ou si c’était la guerre ». La désorientation est alors totale et les possibilités d’inflexion de la révolte maximales. Les citoyens et les dirigeants manquent d’informations et d’appuis pour asseoir leur choix. Car si les discours présidentiels à la télévision ont certainement infléchi, en Tunisie et en Egypte, l’obéissance aux régimes, ils ne suffisent pas à faire basculer les comportements vers la révolte ou vers le soutien aux manifestants. D’autres signaux sont également nécessaires pour diminuer le sentiment d’incertitude des protagonistes et pour aligner leurs anticipations.

Plusieurs des ressorts complexes de cet « alignement » ont été identifiés dans les analyses les plus récentes des changements de régime [27][27] Ivan Ermakoff, Ruling Oneself Out. A Theory of Collective…. L’un d’entre eux peut venir, dans certaines conditions, des prises de position de porte-parole reconnus comme légitimes pour représenter un groupe et capables, à ce titre, d’incarner l’inflexion nécessaire de l’histoire. Dans des pays où les forces d’opposition ont été muselées, décimées ou discréditées, ces individus sont souvent venus de l’étranger : anciens exilés de partis interdits, figures internationales comme Mohamed El-Baradei, le prix Nobel égyptien de la Paix de 2005, participant au Caire aux premières grandes manifestations de révoltes de son pays. Cette distance offre toutefois un crédit fragile, toujours susceptible d’être contesté par des personnalités de l’espace politique intérieur. C’est pourquoi les défections de ministres, de militaires, de diplomates ou de dignitaires variés, issus des hauts rangs des régimes contestés, sont une autre information susceptible d’offrir des repères aux indécis. Le refus du général Rachid Ammar, le 13 janvier, de tirer sur la foule tunisienne participe de ces choix qui encouragent d’autres refus. Au Yémen, lorsque le général Ali Mohsen, demi-frère du président Ali Abdallah Saleh, rejoint la contestation avec les partis d’opposition, des parlementaires, des diplomates, des cheikhs tribaux, il offre un second souffle aux manifestants. Sur le seul plan stratégique, le retrait progressif de la police tunisienne et surtout le ralliement des armées aux manifestations populaires en Tunisie et en Egypte ont été décisifs. A contrario, dans les pays où l’armée et la police ne paraissent pas divisées, les chances de rupture historique sont, à ce stade, beaucoup plus faibles. Dans les autres cas, l’identification à des porte-parole n’est pas toujours suffisante, car leur crédibilité est elle-même incertaine et leurs prises de position pas toujours diffusées à l’intérieur des pays.

Les arènes sociales sont un autre ressort capable de produire la résorption des incertitudes et l’alignement des croyances [28][28] Voir l’analyse des dynamiques de groupe de la place…. L’occupation des places publiques a ainsi constitué un répertoire d’action quasi systématique des révoltes arabes. Des capitales comme Sanaa ou Tripoli ont subitement été partagées entre deux centres politiques, celui des opposants et celui des manifestants pro-régime. La première jonction, place Tahrir au Caire, de mouvements scindés par la police, le jour où le gouvernement égyptien avait intégralement coupé les communications par le réseau Internet et par les téléphones portables, a constitué un moment important pour la survie du mouvement. Surtout, l’ajustement sur ces places des différents jugements individuels au sujet de la situation agit comme un ressort des engagements (et des désengagements). Au point que ces places libérées sont elles-mêmes devenues un acteur politique à part entière, s’autodésignant comme porte-parole du peuple à elles seules.

La chaîne de télévision Al Jazeera a certainement contribué à légitimer ces nouveaux espaces et ces acteurs politiques dans les pays en crise et à l’étranger. Elle a également servi, au jour le jour, de canal des anticipations nouvelles pour ses seuls spectateurs, rendant envisageable leur passage à l’action. Même si, comme ces chaînes, Facebook ou Twitter ne touchent qu’une faible minorité de la population, ils occupent aussi avec d’autres réseaux sociaux une fonction dans le processus d’alignement des croyances et de construction de crédibilités alternatives à celles des détenteurs de pouvoir. Car ces réseaux ne servent pas seulement d’outils de communication et de mobilisation, comme il a été souvent dit. Les différentes listes qu’ils abritent fonctionnent comme des pétitions. Elles ont pu servir à comparer les forces en présence avant de manifester dans la rue. Elles offraient une anticipation des anticipations d’autruis et permettaient aux indécis de choisir leur camp. Est-ce la raison pour laquelle Robert Gibbs, porte-parole de la Maison Blanche, critiqua ouvertement son allié égyptien le 29 janvier dernier, quand ce dernier avait coupé l’accès à Internet la veille ? Nous n’en saurons rien. Mais il lui demanda instamment de rétablir les connexions. Une telle intervention de la puissance américaine pourrait bien être significative de la place stratégique accordée, dans ces moments critiques, aux arènes d’alignement des opinions les plus larges mais également les plus protégées. Une autre image des réseaux sociaux ressort de ces analyses : plus que des pourvoyeurs d’information, ce sont des simulateurs des forces engagées dans la bataille politique et des espaces moins risqués que la rue où rendre publiques ses prises de position.

S’est-on jamais demandé pourquoi les grandes mobilisations libéraient la parole ? Bien entendu, les révoltes, même en régimes autoritaires, ouvrent de nouveaux espaces de communication. Mais si l’on parle tant pendant ce type d’événements, c’est qu’il n’y a guère d’autres moyens de savoir comment définir la situation ou bien que faire et pourquoi le faire. La « prise de parole » ne témoigne pas nécessairement de la croyance, dont parlait de Certeau à propos de Mai 68, qu’avec elle on peut faire l’histoire et prendre la Bastille [29][29] Michel de Certeau, La Prise de parole et autres écrits…. Mais elle est bien cette ressource ultime, et quasiment inépuisable, qui limite dans les moments d’effervescence politique l’expérience de l’incertitude et l’oscillation des sentiments.

Et maintenant ? Maintenant qu’ont été soulignés quelques mécanismes par lesquels l’imprévisible de ces révoltes est devenu possible et à quelles conditions ils pourraient s’étendre au-delà de la Tunisie, de l’Egypte et des autres pays où une crise politique est en cours. Maintenant que sont mieux connus les ressorts qui ont infléchi le sentiment des peuples arabes au point de leur donner le courage de vouloir la chute de leur régime. Que reste-t-il ? Les porte-parole, les arènes, les mesures de l’opinion ne se sont-ils pas depuis multipliés ? Même si ses règles ont changé, le jeu politique ordinaire n’a-t-il pas repris ses droits ? Après l’euphorie, l’hésitation n’a-t-elle pas à nouveau gagné les esprits ? La courbe de l’histoire du Moyen-Orient ne risque-t-elle pas de connaître rapidement, si ce n’est déjà fait, une nouvelle inflexion ? Et ces révoltes seront-elles alors vraiment des révolutions ?

Ici encore, l’analyse comparée des grandes crises politiques peut offrir un critère intéressant d’appréciation de ces questions : les processus révolutionnaires sont longs, ils prennent souvent plusieurs années, mais il n’en est pas un qui n’ait débouché sur une issue révolutionnaire sans passer par une polarisation politique au sein des forces contestataires [30][30] Timothy Tackett, op. cit., pp. 284-285.. Il y a bien, à l’heure actuelle, des divisions importantes au sein des révoltes tunisienne et égyptienne. Dans les deux pays, les anciennes élites administratives et politiques sont loin d’avoir disparues. Ce qui était le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Tunisie, ou bien les hiérarques de l’armée égyptienne participent à la transition. Derrière les clivages entre anciens et modernes, les partages générationnels sont flagrants. Combien de temps des porte-parole âgés pourront-ils représenter des révoltes portées par des populations jeunes ? Les divisions entre classes paraissent, elles aussi, plus accusées encore qu’avant la révolution, comme en témoignent les vagues de grève qui se sont poursuivies après le départ des dirigeants en Egypte et en Tunisie. Il ne faut pas oublier enfin que les révoltes n’ont nulle part été confinées aux capitales, qu’elles ont connu une ampleur territoriale souvent sans précédent. Dans des pays où les mégalopoles et les grandes villes côtoient des régions très rurales et des déserts, les divisions territoriales ne sont pas mortes avec les événements, comme le montrerait sans doute la situation libyenne, puisque le Conseil de transition national y est organisé en régions. Il reste qu’aucune de ces divisions n’est en soi, ni à elle seule, un antagonisme politique, a fortiori si aucune organisation n’en transfère les oppositions dans les arènes de la transition : places publiques, assemblées constituantes éventuelles, « Instance nationale pour la réalisation des objectifs de la révolution » tunisienne, institutions et entreprises politiques traditionnelles, etc. En outre, alors que la peur était mobilisatrice juste avant la chute du régime, elle représente aujourd’hui plutôt un frein à la politisation des différences sociales dont certains craignent qu’elle fasse sombrer le pays dans le chaos.

On peut alors se demander pourquoi ces révoltes ont été si rapidement qualifiées de révolutions. « Ce n’est pas une affaire de prix du pain », affirmèrent d’abord les manifestants tunisiens et égyptiens, rejetant d’emblée la comparaison, imposée par les régimes en place, de leurs premiers rassemblements avec les émeutes de la faim. « Ce qu’on veut, c’est une transition totale », ont poursuivi quelques autres. Une « transition totale » plutôt qu’une transition partielle ou bien simplement démocratique ? Une « transition totale » plutôt qu’une révolution ? C’est bien de cela qu’il s’agit : inventer une dénomination inédite pour le processus en cours. Ne pas laisser la définition des événements par les acteurs internationaux, les médias, les détenteurs du pouvoir, l’emporter sur les événements. Trop d’incertitude entrave l’action dans le temps de la révolte. Mais trop de certitude ferme la situation et interdit toute inflexion. Rien n’est plus puissant en effet qu’une qualification d’événements portée avec suffisamment de légitimité ou de force pour limiter l’ouverture de l’histoire. L’étiquette de « révolution », si contestée lorsqu’il fallait caractériser la chute du bloc soviétique après 1989, s’est pourtant banalisée pour parler de ces révoltes arabes. Elle les aura peut-être privées de leur élan, si bien que la « révolution » y paraît déjà comme quelque chose à conserver plutôt qu’à construire, et la forme politique de l’Assemblée constituante un « moindre mal » plutôt qu’une arme du changement [31][31] « M. Essebsi, “heureux d’avoir contribué à l’avènement…. Quant à la « transition totale », nul ne sait encore de quoi il s’agit et c’est très bien ainsi : rien n’est plus conforme à l’indétermination des moments de révoltes que de les désigner par un signifiant vide.

Le 6 avril 2011

Notes

[1]

Charles Tilly, Les Révolutions européennes, 1492-1992, Paris, Le Seuil, coll. « Faire l’Europe », 1993, p. 366.

[2]

Entre autres formulations plus ou moins sophistiquées de ce « paradoxe de l’action collective », voir la plus célèbre : Mancur Olson, Logique de l’action collective, Paris, Presses universitaires de France, 1971 [1966].

[3]

Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2e édition, 1992.

[4]

Youssef Courbage, Emmanuel Todd, Le Rendez-vous des civilisations, Paris, Le Seuil, coll. « La République des Idées », 2007.

[5]

James C. Davies, « The J-Curve of Rising and Declining Satisfactions as a Cause of Revolution and Rebellion », in Hugh D. Graham, Ted R. Gurr (ed.), Violence in America. Historical and Comparative Perspective, Beverly Hills (Ca.)/London, Sage, 1979, pp. 415-436.

[6]

C’est le principal schème explicatif déployé dans Pierre Bourdieu, Homo Academicus, Paris, Minuit, 1984.

[7]

Jeff Goodwin, No Other Way Out. States and Revolutionary Movements, 1945-1991, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, pp. 300-301.

[8]

John Foran, Taking Power : On the Origins of Third World Revolutions, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

[9]

Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Paris, Le Seuil/ Gallimard, 2004.

[10]

Nicolas Guilhot, The Democracy Makers. Human Rights and the Politics of Global Order, New York, Columbia University Press, 2005.

[11]

Steven Heydemann, « Upgrading Authoritarianism in the Arab World », Analysis Paper, 13, The Saban Center for Middle East Policy at Brookings Institution, october 2007, 38 p.

[12]

« Pour que la révolution éclate, écrivait Lénine, il ne suffit pas que la “base ne veuille plus” vivre comme auparavant, mais il importe encore que le “sommet ne le puisse plus”. » Dans Theda Skocpol, Etats et révolutions sociales. La révolution en France, en Russie et en Chine, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 1985 [1979].

[13]

Béatrice Hibou, La Force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, 2006.

[14]

Olivier Roy, « Révolution postislamiste », Le Monde, 12 février 2011 ; Jean-Pierre Filiu, « L’intifada démocratique arabe est un mouvement de libération nationale », Le Monde, 10 mars 2011.

[15]

John Foran, op. cit.

[16]

Michel Camau, « Sociétés civiles “réelles” et téléologie de la démocratisation », Revue internationale de la politique comparée, vol. 2, n° 9, 2002, pp. 212-232.

[17]

James C. Scott, La Domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Paris, éditions Amsterdam, 2008 [1992].

[18]

Asef Bayat, Life as Politics : How Ordinary People Change the Middle East, Stanford, Stanford University Press, 2009.

[19]

Mark Levine, Heavy Metal Islam, New York, Three Rivers Press, 2008.

[20]

Timothy Tackett, Par la volonté du peuple. Comment les députés de 1789 sont devenus révolutionnaires, Paris, Albin Michel, coll. « L’Evolution de l’humanité », 1997 [1996].

[21]

John Foran, op. cit., p. 243.

[22]

« Par la raison que [dans la Révolution française] chaque comportement d’un groupe dévoilé dépasse le comportement du groupe adverse, se modifie par tactique en fonction de celui-ci et, en conséquence, modifie les structures du groupe lui-même, l’événement, dans sa pleine réalité concrète, est l’unité organisée d’une pluralité d’oppositions qui se dépassent réciproquement. […] A partir de là […], il faut considérer l’événement comme un système en mouvement qui entraîne les hommes vers son propre anéantissement, le résultat est rarement net […]. » Dans Jean-Paul Sartre, Critique de la raison dialectique, Paris, Gallimard, 1960, pp. 83-84.

[23]

Gilles Kepel, « Vers un nouveau monde arabe », Le Monde, 4 avril 2011.

[24]

Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 83.

[25]

Timothy Tackett, « La Grande Peur et le complot aristocratique sous la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, no 335, janvier-mars 2004, pp. 1-17.

[26]

Jon Elster, Explaining Social Behavior. More Nults and Bolts for the Social Sciences, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, pp. 384-385.

[27]

Ivan Ermakoff, Ruling Oneself Out. A Theory of Collective Abdication, Durham (NC), Duke University Press, 2008.

[28]

Voir l’analyse des dynamiques de groupe de la place de la Kasbah de Tunis proposée dans ce numéro par Choukri Hmed.

[29]

Michel de Certeau, La Prise de parole et autres écrits politiques, Paris, Le Seuil, coll. « Points-Essais », 1994.

[30]

Timothy Tackett, op. cit., pp. 284-285.

[31]

« M. Essebsi, “heureux d’avoir contribué à l’avènement de la IIe République” en Tunisie », Le Monde, 11 mars 2011.

8 Responses to Printemps persan: Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement (Trump effect: will Iran finally bring its own confirmation to Tocqueville’s law ?)

  1. leresidue dit :

    Mais c’est pas sérieux! Vous voulez que je lise toute ça?!?

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  2. jcdurbant dit :

    Quand vous allez sur Wikipedia, vous lisez tous les liens jusqu’au dernier ?

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  3. jcdurbant dit :

    « Trop consensuel » …

    C’est exactement pour ça que j’ai commencé mon blog, qui en même temps, vous avez raison (et c’est largement confirmé par sa visibilité quasi-confidentielle), est bien trop lourd en références et citations, mais qui en fait me sert aussi d’archives personnelles …

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  4. jcdurbant dit :

    APPEASERS OF THE WORLD, UNITE ! (Trump effect: Will hypocritical China finally give up propping up its pit bull North Korea client ?)

    One thing is always certain. The naive architects of appeasement who watch as monsters grow always win short-term praise for avoiding immediate war. Their realist successors, who are forced to cage or destroy such full-grown beasts, are usually labeled as war mongers.

    VDH

    China has always been unwilling to give up pit bull North Korea as its client. The Kim dynasty has proved especially useful over the past 30 years for aggravating and distracting the Chinese communist government’s archenemy, Japan, and its chief rival, the United States. Yet China is now worried that the Donald Trump administration is as unfathomable as the prior Obama administration’s strategic patience doctrine was predictable…

    https://townhall.com/columnists/victordavishanson/2018/01/04/will-nuclear-north-korea-survive-2018-n2429517

    “Sanctions and ‘other’ pressures are beginning to have a big impact on North Korea. Soldiers are dangerously fleeing to South Korea. Rocket man now wants to talk to South Korea for first time. Perhaps that is good news, perhaps not – we will see!

    Donald Trump

    https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-01-02/moon-orders-swift-action-to-ensure-north-korea-joins-olympics

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  5. jcdurbant dit :

    A PARASITE WHICH HAS LIVED ON INTERNATIONAL WELFARE AND THE WEALTH OF ITS PEOPLE (What the protests tell us once again is there is no distance between the regime’s so-called “moderates” and so-called “extremists » and the only way to help the Iranians on the streets is to weaken the corruption kings in Tehran which oppress and rob them blind)

    Iran received more than $100 billion in sanctions relief from the nuclear deal. Obama administration officials promised the regime would not use the sanctions relief windfall to underwrite terrorism and war and develop advanced weapons. Instead, Obama and his underlings promised it would go to ordinary Iranians. Iranian prosperity, they offered, would cause the regime to become moderate and peaceful.

    On Thursday Iran sanctions expert Jonathan Schanzer from the Foundation for Defense of Democracies tweeted, “A US official I spoke to today believes Iranian expenditures on foreign adventures, nuclear research and missiles, coupled with losses from graft and corruption, have cost the regime $150b.-$200b. since the signing of the [initial draft nuclear deal with Iran in late]… in 2013.”

    In other words, the regime is a parasite that has lived on international welfare and the wealth of its people. Instead of developing Iranian society, Khamenei and his henchmen steal the people’s wealth and national treasure and use both to line their pockets and pay for their wars abroad.

    In an interview with Lee Smith at RealClearPolitics, Iranian banking expert Saeed Ghasseminejad revealed that in addition to squandering their earnings from sanctions relief, the regime has been stealing the savings of the Iranian middle class. First, regime-controlled banks, (including those that will be barred from the international financial system if Trump reinstates the sanctions) gave large loans to regime officials who never repaid them. The losses were passed to the regular account holders.

    Second, Ghasseminejad related details of a regime-licensed Ponzi scheme. Private banks offering high interest rates appeared out of nowhere. Their high rates attracted middle class investors who deposited their life savings.

    When depositors tried to withdraw their money, the banks declared bankruptcy.

    No one has been prosecuted and a large number of formerly middle class Iranians are now impoverished.

    According to Ghasseminejad, these newly impoverished Iranians are now in the streets calling for the regime to be overthrown.

    If Trump decides to keep sanctions frozen, it will serve as a rebuke to the protesters. And if media reports that the protests are dissipating are to be believed, then a decision by Trump to certify regime compliance with the nuclear deal will be their death knell.

    It isn’t that there is no risk to killing the nuclear deal. As The Jerusalem Post reported this week, in an interview with Iranian television Wednesday, Behrooz Kamalvandi, the deputy chief of Iran’s Atomic Energy Organization, threatened Trump that if he reinstates sanctions, “Iran is ready to increase the speed of its nuclear activities in various areas, especially enrichment, several times more than [in the] pre-nuclear deal era.” And he may be telling the truth.

    But the financial pressure on the regime will be far greater and the headwinds now facing the protesters calling for its overthrow will become a tailwind if Trump walks away from the deal. Middle class families that have not joined the protesters are more likely to take to the streets if sanctions are reinstated. Not only will they be hurt financially, they will become convinced that the regime is not invincible.

    Whereas the deal’s proponents insist that leaving killing the deal will harm “moderates” in the regime, if the protests tell us anything, they tell us – once again – that there is no distance between so-called “moderates” like President Hassan Rouhani and Zarif, and so-called “extremists like Revolutionary Guard Corps terror boss Qassem Suleimani. Their theft of the wealth of the Iranian people, their corruption and sponsorship of terrorism is no different than Suleimani’s. The only way to help the Iranians on the streets is to weaken the regime as a whole, because the regime as a whole oppresses the Iranian people and robs them blind.

    Israeli experts who were close to the Obama administration are calling for Trump to keep the deal alive. A paper published on Thursday by the left-leaning Institute for National Security Studies called for Trump to keep the deal alive, but enforce it fully. Co-authored by Obama’s ambassador to Israel Dan Shapiro and former security brass who oppose the Netanyahu government, the paper claimed that the US should insist that Iran open its military nuclear sites to UN inspectors.

    The problem with the recommendation is that there is no chance it will be implemented. Iran refuses to open its military sites to inspectors, and the Europeans side with them against the US.

    Trump is right that he’s damned if he maintains Obama’s nuclear deal with Iran and damned if he kills the deal. But his supporters are right on this issue and the Washington establishment, Europe and the media are wrong.

    If Trump walks away, he will empower the Iranians calling for a new regime. He will weaken the regime’s ability to maintain its global war against the US and its allies. He will force the Europeans to abandon their love affair with the corruption kings in Tehran by making them choose between the US market and the Iranian market.

    And he will accomplish all of these things while freeing himself from the quarterly requirement to either lie and pretend Iran is behaving itself and be pilloried by his supporters, or tell the truth about its behavior and be pilloried by the people who always attack him.

    Most important, by walking away from a deal built on lies, distortion and corruption, Trump can quickly pivot to a policy based on truth. Unlike the nuclear deal, such a policy would have a chance of ending Iran’s nuclear ambitions, its sponsorship of terrorism, and its oppression of its long-suffering people once and for all.

    Caroline Glick

    http://www.jpost.com/Opinion/Our-World-Curing-Trumps-quarterly-Iran-headache-533540

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  6. jcdurbant dit :

    HIT THEM IN THE POCKETBOOK ! (Iran’s Supreme Dictator controls an empire worth an estimated $200 billion and has an interest in nearly every Iranian industry)

    “With President Trump and the Iranian protesters on the same side against the supreme leader and his criminal regime, now is the time to strike.”

    Dubowitz and Ghasseminejad

    In the wake of the anti-government protests in Iran, the United States government could show its support for the protesters by targeting the vast financial empire controlled by Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei, Mark Dubowitz and Saeed Ghasseminejad argued in an op-ed published Tuesday in The Wall Street Journal. Dubowitz, the CEO of Foundation for Defense of Democracies (FDD), and Ghasseminejad, a researcher there, wrote that President Donald Trump could target Khamenei and the foundations he controls under provisions of the Global Magnitsky Human Rights Accountability Act, which allows the president to target individuals involved in corruption and human rights abuses.

    Khamenei controls an empire that is worth an estimated $200 billion and has “an interest in nearly every Iranian industry.” The three main organizations in the Supreme Leader’s empire are Execution of Imam Khomeini’s Order, or EIKO ; the Mostazafan Foundation; and the Astan Quds Razavi. All three have built up their value by through the “systematic confiscation of private property.”

    According to a 2013 investigation by Reuters, EIKO, is worth about $95 billion. EIKO consists mostly of real-estate holdings and has “dozens of subsidiaries and front companies” so it is difficult to assess the full extent of its impact on Iran’s economy.

    The Mostazafan Foundation was established by Khamenei’s predecessor and founder of the Islamic Republic, Ayatollah Ruhollah Khomeini, to “seize and manage assets owned by the deposed royal family and its associates.” The foundation is believed to control hundreds of companies and its assets are valued at about $16 billion, though that number is likely an underestimate.

    The Astan Quds Razavi exercises strict control over three of Iran’s southern provinces, where it manages valuable agricultural and energy businesses. According to BBC Persian, Astan’s real-estate assets are valued at $20 billion, including nearly half the land in the province of Mashad, where the economic unrest started.

    Ibrahim Raisi, a cleric with a record of human rights abuses, who was tapped in September 2016 by Khamenei to run Astan, is thought to be a leading candidate to succeed the Supreme Leader.

    Consistent with predictions of numerous experts, businesses controlled by the state, including those ultimately controlled by Khamenei, “were the biggest beneficiaries of the nuclear accord.” Since the nuclear deal was agreed to in July 2015, Dubowitz and Ghasseminejad wrote, “nearly 110 business and investment deals have been signed with Iranian companies. According to Reuters, 90 of those entities are owned or controlled by the state.”

    Although the United States Treasury Department leveled sanctions against EIKO and 37 subsidiaries in 2013, those sanctions were lifted in the wake of the nuclear deal, even though the sanctions were not at all related to Iran’s nuclear program.

    While the reporting of these companies isn’t transparent, enough is known about them for the U.S. government to target them. FDD has identified 146 companies controlled by Khamenei and 144 top-ranking officials in these companies. The Trump administration knows enough of the players to “isolate the Khamenei business empire, freeze its assets, and penalize international companies that enrich the Iranian regime,” using the authority of the Global Magnitsky Human Rights Accountability Act.

    http://www.thetower.org/5875-sanctions-experts-u-s-should-target-khameneis-multi-billion-dollar-empire/

    https://www.wsj.com/articles/hit-ayatollah-khamenei-in-his-pocketbook-1516666405

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  7. jcdurbant dit :

    NOTRE ENNEMI EST ICI ! (Hier, ils étaient 2 millions à manifester à Téhéran et plusieurs autres grandes villes du pays contre le régime. La contestation est de retour et on espère qu’elle tienne et renverse le régime avant qu’il ne détruise durablement toutes les richesses du pays)

    La situation déjà tendue et instable a basculé la semaine passée quand les gens ont su que la Russie et l’Arabie Saoudite s’apprêtaient à augmenter la production pétrolière pour baisser le prix dans leur intérêt et celui de Trump c’est-à-dire afin d’aider l’économie américaine et handicaper sévèrement les mollahs. Tous les collaborateurs des mollahs ont conclu que le régime était perdu. Ils se sont mis à acheter des pièces d’or du régime et aussi autant de dollars que possible pour fuir le pays avant que le régime tombe et qu’ils se retrouvent devant les tribunaux du peuple et se voient confisquer les fonds détournés et biens volés. La demande a été telle que le régime qui contrôle les prix de ces pièces d’or et du dollar par les prix de sa vente aux agents de change a dû sans cesse relever ses prix ! Ainsi au cours de la semaine passée, le prix de la pièce d’or a été augmenté de 30%. Le dollar est aussi passé de 5600 tomans à 7000 tomans en milieu de semaine avant le début de la réunion de l’OPEP ! Le chiffre des 7000 est un seuil psychologique fort, car c’est 1000 fois le prix du dollar avant la révolution quand l’Iran était un pays stable et tourné vers l’avenir. Le régime s’efforçait jusqu’alors à ne pas dépasser ce seuil. Mais mercredi, à l’ouverture des rencontres préliminaires entre les membres avant le début du sommet de l’OPEP, les mollahs n’ont pas pu obtenir le soutien des Algériens et des Vénézuéliens hostiles à l’augmentation ou le soutien d’autres pays comme le Nigeria qui sont incapables de produire plus et seraient lésés par la baisse des prix. Son échec a souligné son impopularité et son isolement sur le plan international.

    Au même moment, les Iraniens du sud du pays ont constaté la baisse de la qualité de leur eau potable et ont découvert que le régime certain de manquer d’argent avait commencé à vendre les eaux douces iraniennes aux pays arabes voisins comme le Koweït et l’Irak. Ils ont d’abord manifesté pour mettre fin à la pénurie que cette exportation entraînait avant de s’attaquer aux installations qui détournent leurs eaux ! Vendredi la direction de l’OPEP a annoncé que les mollahs avaient discrètement accepté l’augmentation. Tout le monde a alors compris qu’ils n’avaient plus aucun allié dans le monde et qu’ils avaient peur. L’eau n’était pas rétablie dans le sud pour les Iraniens. La situation y était explosive dans la chaleur infernale des régions du sud du pays. On a signalé aussi un manque d’eau à Téhéran. Chacun a compris que les mollahs pompaient l’eau plus au nord pour se trouver des alliés

    La demande du dollar a alors augmenté de manière vertigineuse et a fait grimper le prix à 8000 tomans alors que les cambistes étaient officiellement fermés ! Samedi, le dollar est passé à 9000 tomans et dimanche il a dépassé les 10,000 tomans soit 1500 fois le prix du dollar avant la révolution islamique.

    Au même moment, alors que les gens du sud ne démobilisaient pas contre les mollahs, les Bazaris de Téhéran puis d’Ispahan ont fermé leurs boutiques pour manifester contre le régime en criant comme les gens du sud :
    – « ils mentent en disant que l’ennemi l’Amérique, notre ennemi est ici ! »

    Hier, ils étaient 2 millions à manifester à Téhéran et plusieurs autres grandes villes du pays contre le régime. La contestation est de retour et on espère qu’elle tienne et renverse le régime avant qu’il ne détruise durablement toutes les richesses du pays.

    http://www.iran-resist.org/article6853.html

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