Après l’insurrection du 17 juin, le secrétaire de l’Union des Écrivains fit distribuer des tracts dans la Stalinallée. Le peuple, y lisait-on, a par sa faute perdu la confiance du gouvernement et ce n’est qu’en redoublant d’efforts qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? Bertold Brecht (La Solution, 1959)
L’enfant a le droit à un nom dès la naissance. Il a également le droit d’ acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. Convention internationale des droits de l’enfant (article 7, 1989)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous. Marisol Touraine (ministre de la santé)
La disparition de la paternité risque de générer des situations extrêmement complexes pour tous les époux, de même sexe ou non. Le texte ne dit mot par exemple de ce que devient la présomption de paternité, actuellement fondée sur l’obligation de fidélité des époux. Il en résulte une présomption que les enfants mis au monde par la femme sont les enfants du mari. Mais, comme il est possible que ce ne soit pas le cas, cette présomption peut être combattue et renversée par la preuve que le mari n’est pas le père. Dans le cas d’un conjoint du même sexe, parler de « présomption de parenté » est un non-sens juridique car il y a juste désignation. Comment le juge va-t-il départager un éventuel « conflit de parenté » entre le père et la conjointe de la mère, ou bien entre la conjointe et l’amante de la mère? (…) c’est le mot même de filiation qui change de sens. Les mots mariage et parents sont employés comme si de rien n’était alors qu’ils ne peuvent plus désigner ce que sont les époux et les parents. Pour désigner les parents, on introduit l’arbitraire avec le choix dicté par l’ordre alphabétique entre les noms des adoptants. Aude Mirkovic (maître de conférences en droit privé, Université d’Evry)
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vie. Conférence des évêques
Parler de «PMA» pour les couples de lesbiennes n’a pas de sens et la plupart des gens ne savent pas ce que ce sigle recouvre. Il faudrait en fait parler de l’IAD, c’est à dire d’ «insémination artificielle avec donneur», et précisons, «donneur anonyme». Or c’est l’anonymat qui me pose problème, pour les couples de femmes comme pour les couples hétérosexuels. On a décidé de ne pas regarder la stérilité en soi, mais «l’infertilité» des couples. Du coup, on masque le fait que dans le cas des couples hétérosexuels c’est l’homme qui est stérile. Il n’est pas le père de l’enfant. Toute cette histoire est batie sur un mensonge dont la première victime est l’enfant. De quel droit est-ce que je m’autoriserais à priver l’enfant de la connaissance de ses origines? De plus l’ouverture de l’IAD à toutes les femmes poserait le problème de la rareté des gamètes. Contrairement à ce qu’on imagine aujourd’hui, les donneurs de gamètes sont peu nombreux. Il y a seulement 250 donneurs de sperme en France. Et on nous dit que ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande des couples hétérosexuels stériles qui doivent attendre un an et quelque fois plus avant de commencer le long processus de procréation médicalement assistée. Où trouver les gamètes manquantes? En payant les donneurs de sperme? On risque d’ouvrir la porte à la marchandisation. En France, la gratuité est le rempart à la marchandisation. D’un simple point de vue pratique cette «ouverture» de la PMA à toutes les femmes est impraticable. Marie-Jo Bonnet
Si l’Ubérisation est une pratique économique permettant la mise en contact direct de professionnels et de clients pour l’utilisation de services internationaux, la pratique économique mondiale de la procréation artificielle y ressemble beaucoup par son aspect «plate-forme internationale» mettant en contact direct de nombreux intervenants de plusieurs pays grâce à internet. Concrètement, l’enfant peut être «fabriqué» par plusieurs «parents» provenant de plusieurs pays que les personnes soient fertiles ou pas. Ne soyons donc pas naïfs: derrière les modes progressistes et les prétendues évolutions sociétales qui désirent affranchir l’Homme de sa contingence, se trouve un marché juteux. L’enfant, lui, sera le grand oublié de l’affaire, ce que nous pourrions tous reconnaître, quelles que soient nos positions éthiques. Deux affaires récemment portées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme démontrent que le sujet est plus que jamais d’actualité. La position du président Macron de se ranger à l’avis du CCNE et aux arrêts de la CEDH traduit un abandon moral et de souveraineté. Les deux récentes affaires portées à la CEDH démontrent les impasses juridiques vers lesquelles se dirige le législateur: la première concerne un couple de femmes françaises mariées désireux de bénéficier d’une insémination artificielle avec du sperme anonyme. Face à l’interdiction de législation française, elles ont recours à la CEDH pour contraindre la France à accéder à leur désir. La seconde a trait à la «double maternité» ou «Fécondation réciproque»: deux femmes allemandes en couple réclament toutes deux la reconnaissance de leur statut légal de mère. L’une des femmes est la mère génétique qui a apporté ses ovocytes, fécondés in vitro avec le sperme d’un donneur anonyme, et l’autre femme a donné naissance à l’enfant ; celle-ci est considérée par la loi allemande comme la seule mère de l’enfant. (…) La réponse médicale de la surmédicalisation de la procréation est-elle adéquate ou serait-elle manipulée par des intérêts financiers majeurs? On dénombre aujourd’hui plus de cinq millions d’enfants dans le monde et 1,4 million en Europe, nés de fécondation In Vitro depuis 1978. En Espagne, 2% des enfants naissent par fécondation in Vitro et en France, 3% des enfants sont des «bébés éprouvette». Le European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproduction Biology fait état d’une hausse conséquente des demandes de fécondations In Vitro alors que le taux d’infertilité, lui, est stable depuis 20 ans. L’Ubérisation de la procréation humaine est symbolique d’un marché mondialiste libéral qui contourne les lois nationales. Le marché des technologies de reproduction assistée englobe de nombreuses industries et tiers-parties: laboratoires pharmaceutiques et biomédicaux, personnels de santé mentale, cliniques spécialisées en procréation artificielle, laboratoires de séquençage génomique pour dépistage préimplantatoire, banques de gamètes, agences et cliniques spécialisées en GPA, experts juridiques, réseaux mafieux de trafic d’enfants etc… À titre d’exemple, mentionnons que le Danemark est un gros pourvoyeur de sperme anonyme, permettant ainsi aux Suédois et Norvégiens de contourner leurs lois qui interdisent, elles, l’anonymat. L’achat de sperme, sélectionné sur catalogue et livré par courrier express international, varie 250 et 23 000 dollars en fonction des diplômes et des caractéristiques génétiques du donneur. Les projections de croissance du marché sont de 4.4% par an de 2016 à 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023. La procréation humaine artificielle constitue donc un marché international conséquent, alimenté par un écosystème très vaste. (…) Les chercheurs soulignent le fait que les embryons sont sélectionnés pour leur robustesse et leur capacité à survivre dans des conditions de laboratoires, transpercés par une pipette, exposés à la lumière et au contact de matières plastiques de la boîte de Petri dans lequel le laborantin va laisser maturer les cellules embryonnaires avant implantation ou congélation. Ils affirment que cette sélection sur le critère de la robustesse va, sur les générations à venir, favoriser ce trait génétique sur d’autres caractères qui se seraient exprimés lors d’une sélection naturelle dans l’utérus de la mère. Les chercheurs norvégiens soulignent aussi que la FIV facilite la propagation des traits génétiquement héréditaires des couples sous-fertiles, dont précisément, la sous-fertilité. Une étude de 2013 menée par Sven Sandin du King’s College de Londres sur 2,5 millions enfants suédois tire des conclusions préoccupantes: les enfants nés par FIV seraient plus susceptibles de souffrir de déficits cognitifs tels qu’un QI bas, et de problèmes de communication ou de socialisation comme l’autisme. Une autre découverte majeure en Neurosciences datant de 2010 démontre que, durant la grossesse, le fœtus laisse une «trace» cellulaire sur sa mère. Des cellules fœtales, ainsi que des brins d’ADN provenant du patrimoine génétique du père, ont été retrouvées chez la mère plus de trente ans après la naissance de l’enfant. Même si l’épidémiologie n’a pas encore décrit l’empreinte physiologique et génétique de la mère sur l’enfant, la psychologie, elle, le démontre avec force par la description des échanges mère enfant in utero. De même que les manipulations technologiques laissent des traces épigénétiques sur l’enfant à naître et que la grossesse laisse des traces cellulaires sur la mère, de nombreux spécialistes de la psychologie de l’enfant affirment, à l’instar du pédopsychiatre Daniel Rousseau, que «tromper un enfant sur sa filiation peut le rendre fou!». Alors, pourquoi l’enfant né de fécondation artificielle est-il une victime? Le psychiatre Benoît Bayle décrit la problématique psychologique de la survivance périnatale des enfants issus d’un tri embryonnaire au cours d’une fécondation In Vitro. Dépressions récurrentes, troubles obsessionnels, prises de risques suicidaires, hospitalisations fréquentes et problèmes identitaires peuvent être associés avec une naissance par procréation artificielle. Par ailleurs, le séquençage génomique dans le but d’une sélection délibérée de traits génétiques (choix du sexe, couleur des yeux, enfant muet pour un couple de sourds…) va insécuriser l’enfant par rapport à l’amour inconditionnel que ses parents lui portent. Le désir des adultes a donc la préséance sur les droits de l’enfant et ne fait aucun cas de la souffrance psychique engendrée par ce mode de procréation: quelle injustice! Si l’on ne s’insurge pas contre la pratique de la PMA sans père que le Comité d’Éthique français avalise aujourd’hui, il y a fort à parier que la loi française à l’égard des pratiques de procréation humaine artificielle continuera de s’assouplir. Les générations futures deviendraient alors hors sol, sans famille, ayant plusieurs représentants légaux, plusieurs pays d’origine et de résidence. Celles-ci seraient sélectionnées selon des critères prétendument laissés à la liberté individuelle des parents mais en réalité, choisis par des normes sociales, culturelles et médicales, définissant l’état de santé, d’intelligence et de beauté minimum pour le «vivre ensemble». Si l’on n’y prenait garde et que toute manipulation technologique sur la procréation humaine devenait monnaie courante, alors l’Homme pourrait devenir une espèce normée par la sélection embryonnaire et les modifications génétiques, et «désenfanté» par l’ingénierie d’externalisation de la procréation humaine. Cette dérive possible serait en cohérence avec l’utopie transhumaniste de l’Homme Augmenté. Laetitia Pouliquen
Le mariage étant conçu pour faire et protéger les enfants, l’ouvrir aux homosexuels, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois ! En s’alignant sur le modèle hétérosexuel, le « mariage pour tous » élude en effet la pluralité des comportements amoureux, des désirs et des choix de vie. Le législateur a décrété l’égalité entre les couples, et non pas entre les personnes. Que fait-on de ceux qui ne sont pas mariés ? Ont-ils les mêmes droits que les hétéros ? La loi Taubira n’est qu’une reconnaissance illusoire de l’homosexualité. Comme toute mesure d’institutionnalisation, elle normalise la sexualité et introduit de nouvelles séparations : d’un côté les mariés et, de l’autre, les célibataires et les pacsés. En fin de compte, cette loi exprime un conformisme petit-bourgeois assez étonnant. Nous vivons la fin de la contre-culture homosexuelle, et cela me consterne ! (…) Les morts du sida ont certainement beaucoup joué dans ce désir de perpétuation. Que les lesbiennes veuillent avoir des enfants, ce n’est pas surprenant. Mais les gays ont voulu transmettre leurs gènes (et leur patrimoine), tout en nous expliquant que le biologique n’avait aucun poids dans la famille. Si tel était le cas, les associations LGBT n’exigeraient pas la GPA, mais se contenteraient de l’adoption ! (…) Si l’idéologie dominante répudie toute réflexion sur les gènes, le biologique et la transmission, les individus – homosexuels compris ! – n’en demeurent pas moins travaillés par leur inconscient familial. (…) Cette fiction revient ni plus ni moins à occulter l’un des parents biologiques de l’enfant. Ne pas avoir connaissance de son héritage génétique est dramatique. L’origine, c’est fondamental, c’est un enracinement dans une mémoire familiale, un héritage physique, certaines maladies qui se transmettent de génération en génération, etc. Ayant un grand-père né de père inconnu, je sais combien un trou dans l’arbre généalogique peut faire de dégâts. Quand l’histoire de la famille n’a pas été transmise, on se retrouve manipulé par l’inconscient familial. Mais certains proposent de dénier l’origine biologique, comme si elle comptait pour rien. (…) N’oubliez pas qu’avec la PMA, ce n’est plus la mère mais le médecin qui choisit le père de l’enfant. En plus, il sélectionne le sperme, élimine les porteurs de maladie, etc. (…) Avec la PMA, on franchirait un pas supplémentaire dans l’artificialité en coupant les enfants de leurs origines biologiques. En France, la PMA est permise en cas de stérilité médicalement constatée. Or, l’immense majorité des lesbiennes ne sont pas stériles. Dans leur cas, qu’est-ce qui motiverait la PMA ? On me répondra que deux femmes ne peuvent pas faire d’enfant par les voies biologiques. Mais les homosexuels ont engendré depuis des millénaires. Les lesbiennes n’ont pas besoin de recourir à des techniques médicales pour se faire inséminer par des hommes qui acceptent d’être le père biologique sans être le père social de l’enfant. (…) La GPA nous fait bel et bien entrer dans un cadre marchand mondialisé, avec des mères porteuses qui proposent des contrats de location de ventre. Cette technique nous met face à un enjeu biotechnologique sans précédent. La GPA, c’est l’ouverture au commerce international des enfants, à la négation du rôle de la mère, dont on connaît l’importance dans la relation interpersonnelle qui se noue avec le fœtus au cours des neuf mois de grossesse. Tout ceci est scandaleux. Dans les reportages sur les cliniques de GPA en Inde, on entend des mères auxquelles on a enlevé l’enfant dès la naissance, au point qu’elles n’ont même pas pu lui donner la tétée malgré l’importance du lait maternel dans le développement du système immunitaire du nourrisson. Eh bien, des années après, à chaque anniversaire de l’enfant, elles y pensent encore… J’ajoute qu’en toile de fond, la GPA introduit un « droit à l’enfant » tout à fait abusif, et qui ne se préoccupe pas de l’avenir de l’enfant né dans de telles conditions.(…) derrière le « droit à l’enfant » et l’homoparenté, s’avance l’idée de faire des enfants sans l’autre sexe. Quelle société voulons-nous ? D’un côté, on se bat pour la mixité et, de l’autre, on rejette l’autre sexe dans un acte qui est l’essence même de la perpétuation de notre société. Au sujet des homosexuels, on parle même de « stérilité sociale », ce qui est le comble de l’homophobie puisque cela revient à affirmer que les homosexuels ne peuvent rien apporter d’autre à la société que des enfants. Nous vivons bien la fin de la contre-culture homosexuelle. (…) le fait d’instrumentaliser des femmes est tout à fait inadmissible et contraire à la reconnaissance du droit des femmes. Nous avançons sur une pente très dangereuse… Marie-Jo Bonnet
Tout a commencé par une paisible soirée au théâtre Gorki, à Berlin, lundi soir. Trois fauteuils en cuir rose pâle ont été installés sur la scène. Deux journalistes du magazine féminin Brigitte papotent avec la chancelière. Merkel a opté pour un format de débat décontracté, à trois mois des prochaines élections, se prêtant au jeu des questions du public. Ulli Köppe, un Berlinois de 28 ans, salarié de l’éditeur gay Blu Mediengruppe et admirateur de Merkel, a justement une question : «Quand pourrai-je dire « mon mari » à mon ami ?» La chancelière aurait pu rester évasive. Sa réponse – «Je suis favorable à une discussion qui aille dans le sens d’une prise de décision en conscience [au Bundestag]» – a provoqué un raz-de-marée politique. Un choc semblable à la décision de mettre fin au nucléaire, dans le sillage de la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Prenant sa rivale au mot, le challenger social-démocrate de la chancelière, Martin Schulz, réclamait dès mardi que le Bundestag inscrive l’adoption de la mesure à l’ordre du jour de vendredi, dernière journée parlementaire avant les législatives du 24 septembre. L’adoption du texte en cas de vote est assurée : sociaux-démocrates, Verts et néocommunistes de Die Linke, tous trois favorables à la réforme, détiennent une confortable majorité à la Chambre. Une partie des députés CDU – appelés à voter en leur âme et conscience – devraient aussi donner leur voix au texte. L’offensive de Martin Schulz a pris Angela Merkel de court. Le SPD espère ainsi reprendre la main, alors que sa campagne électorale est enlisée. Mais la chancelière, si elle se met à dos une partie du clan conservateur, pourrait aussi marquer des points, alors que 73 % des Allemands (et 64 % des électeurs conservateurs) se disent favorables à l’union de deux personnes du même sexe. «Elle évite ainsi un débat passionné qui pourrait profiter aux populistes de l’AfD au cours de la campagne électorale», souligne le quotidien Tagesspiegel. Adopté à la hussarde à la veille de la pause estivale, le texte aurait en outre le temps d’être «digéré» par les plus radicaux des électeurs conservateurs d’ici au scrutin de septembre. Merkel a-t-elle imposé à son propre camp une décision que les conservateurs rejettent ? Ou a-t-elle, au contraire, commis un impair politique ? L’affaire est plus compliquée. De fait, la CDU ne pouvait plus s’opposer bien longtemps au mariage pour tous. Au cours des derniers mois, les Verts, les libéraux du FDP et les sociaux-démocrates – tous trois potentiels partenaires de coalition après le scrutin de l’automne – ont fait savoir qu’ils feraient du mariage gay l’une des conditions de leur participation au prochain gouvernement. Lundi dans la journée, lors de leurs réunions préparatoires à l’adoption d’un programme de campagne, la CDU et la CSU semblaient prêtes à bouger sur le dossier du mariage pour tous. Mais les deux partis n’avaient pas prévu de le faire si rapidement. «Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’une gaffe mais bien d’une action délibérée de la chancelière, confie le député chrétien-démocrate et gay Stefan Kaufmann. Au sein du groupe parlementaire CDU, les plus conservateurs opposés au mariage pour tous ont toujours bloqué le débat. Bien sûr, maintenant, certains ont peur de devoir se justifier devant leurs électeurs au cours de la campagne électorale…» Reste qu’en précipitant les choses, le SPD acte de facto le divorce de la coalition qu’il forme avec les chrétiens-démocrates depuis 2013. Le contrat de coalition signé voici quatre ans ne prévoyait pas l’adoption du mariage gay. «En théorie, Angela Merkel devrait renvoyer ses ministres sociaux-démocrates», rappelle ainsi le Tagesspiegel. Soucieuse d’éviter un tremblement de terre à trois mois du vote, la CDU tente de minimiser l’ampleur de la crise. Libération
Le Parlement allemand a approuvé vendredi à une large majorité la légalisation du mariage homosexuel avec le blanc-seing de la chancelière Angela Merkel qui avait invité les conservateurs à voter « en conscience » sur cette réforme qui divise le parti au pouvoir et à laquelle elle était elle-même opposée. L’adoption du « mariage pour tous » a été approuvée par 393 voix contre 226 et quatre abstentions, a annoncé le président du Bundestag, Norbert Lammert. Angela Merkel a déclaré avoir voté contre l’amendement déposé par le Parti social-démocrate (SPD) en expliquant qu’à ses yeux, un mariage demeure une union « entre un homme et une femme ». Qualifiant ce vote de « décision personnelle », la chancelière a néanmoins souhaité que la légalisation du « mariage pour tous » apporte « davantage de paix et de cohésion sociale » en Allemagne. (…) Angela Merkel avait qualifié mercredi d' »embuscade » tendue à son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), l’amendement déposé par le SPD, partenaire minoritaire au sein de la coalition gouvernementale. Challenges
Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. Emmanuel Macron
On vient de rompre avec plus de 50 ans de pratiques parlementaires (…) C’est la majorité qui choisit son opposition. Ce n’était jamais arrivé. En choisissant trois questeurs totalement acquis, on se trouve dans une situation extrêmement grave : il n’y a plus de contrôle budgétaire dans cette maison. Jamais dans l’histoire de notre assemblée les droits de l’opposition ont été piétinés comme ils ont été piétinés. Christian Jacob
On sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique ! Jean Léonetti
Lire l’avis du CCNE sur l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules est une expérience extrêmement troublante. On y assiste au déploiement brillant et honnête d’une pensée qui n’assume pourtant pas ses conclusions. Après un exposé de dix pages sur les problèmes que poserait une telle mesure, le CCNE bâcle en une seule page les arguments justifiant son avis favorable, pour finalement conclure que «la majorité des membres du CCNE se prononcent pour la recommandation d’ouverture de l’AMP aux couples femmes et aux femmes seules, sous réserve de la prise en compte de conditions d’accès et de faisabilité. Toutefois, au cours des discussions, s’est aussi exprimée une position divergente de certains membres du CCNE». On est quand même loin du triomphe proclamé par l’Inter-LGBT… Car les membres du CCNE sont loin de sous-estimer les questions – sans solution à ce jour – que pose l’élargissement de l’AMP: «Les points de butée concernent, avant tout, le rôle comme la définition du père, la différence de situation entre les couples de femmes et les femmes seules, la question de la rareté des ressources biologiques et des risques de marchandisation que celle-ci entraîne, la limite entre le pathologique et le sociétal». Discrimination entre les enfants, dont certains seraient sciemment privés de tout ancrage paternel ; pénurie de gamètes, qui pourrait entraîner l’ouverture d’un vaste marché du corps humain (car pourquoi se limiter aux «ressources» génétiques?) ; transformation des médecins en prestataires de services: voilà le CCNE qui me coupe l’herbe sous le pied, en développant, mieux que je ne saurais le faire, tous les arguments que j’avais prévus pour cet article. Le CCNE va jusqu’à faire le parallèle entre l’extension des libertés individuelles et celle du libéralisme économique, évoquant le risque d’une «libéralisation du marché procréatif»! Il faut de même reconnaître l’audace des membres du Comité qui n’hésitent pas à admettre que «si des enfants ne connaissant pas leur père et des enfants élevés par un seul parent ou dans un couple homosexuel existent depuis toujours, il y a une différence entre le fait de «faire face» à une telle situation survenant dans le cadre de la vie privée sans avoir été planifiée ni organisée par la société, et l’instituer ab initio.» Encore un peu, et ils se compromettraient avec la frange la plus nauséabonde de la société française… D’autant plus qu’ils ont également le courage de poser la question qui fâche: qui paye? (…) Après examen approfondi des obstacles à cette mesure, et sans aucun lien logique entre ses paragraphes, le CCNE conclut par un avis favorable. On croirait lire ces copies du bac où l’élève démontre par A+B que le bonheur ne consiste pas à être l’esclave de ses désirs, pour finalement conclure: «Donc il faut satisfaire tous ses désirs pour être heureux.» En deux paragraphes laconiques, le CCNE évacue la question en répétant sans trop y croire ces deux arguments éculés, et par ailleurs contredits par les pages qui précèdent, que sont la liberté des femmes et la non-stigmatisation des familles homoparentales… On a envie d’écrire: «travail bâclé». On lit ainsi dans les recommandations que «même si tout désir n’a pas vocation à être satisfait, on peut faire confiance au projet des femmes qui souhaitent accéder à la maternité en bénéficiant de procédures auxquelles, auparavant, elles n’avaient pas accès.» La «confiance» comme base du droit: ça, c’est rassurant! Et si tous les hommes se donnaient la main, on pourrait même se passer de législateur, de CCNE, CEDH, CC, CE et de tous ces organismes qui empêchent l’autonomie individuelle! Dans cette logique, on ne voit pas pourquoi le CCNE ne piétinerait pas ses réserves à l’égard de la congélation des ovocytes et des «mères porteuses» avec la même légèreté, Après tout, il s’agit bien ici aussi d’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les homosexuelles et les homosexuels! Et puis, on peut faire confiance aux DRH pour ne pas faire pression sur les jeunes femmes qui ne veulent pas cryogéniser leurs ovules. On peut aussi faire confiance aux laboratoires privés pour ne pas profiter de la pauvreté des femmes qui louent leur utérus. Confiance, également, à tous les biotechniciens pour ne pas jouer les apprentis sorciers ; pour ne pas céder à la tentation de l’eugénisme, pour implanter tous les embryons sans discrimination, même les handicapés ; pour ne pas sauter de générations, féconder des ovules avec du sperme post-mortem, voire tenter la parthénogénèse (si si, des expériences sont en cours). Confiance et ouverture d’esprit, vous dis-je! Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère. C’est pourtant au nom de cette dissociation entre filiation et biologie qu’on nous avait vendu le «mariage pour tous» en 2013! Vous vous souvenez, l’adoption des enfants pauvres qui meurent de faim dans les orphelinats roumains? On a beau jeu, aujourd’hui, de vous dire: «on vous avait prévenu». Et puis, quand dans cinq ans le CCNE rendra un avis favorable à la GPA, non sans exposer les divergences, restrictions et conditions d’usage, j’écrirai un article à peu près semblable à celui-ci et qui se conclura de la même manière. En suppliant ses imprudents compatriotes de ne pas faire entrer dans les murs de Troie le cheval de bois laissé sur le rivage par les Grecs, Cassandre, hélas, avait raison. Marianne Durano
On savait la décision du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) imminente concernant l’élargissement du droit à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Le moins qu’on puisse écrire est que son « avis » favorable – forcément favorable, aurait pu écrire Marguerite Duras – n’a guère surpris. Elle s’inscrit dans une longue dérive éthique dont on peut penser qu’elle débouchera demain sur l’euthanasie et la GPA quels que soient les démentis outrés des uns ou des autres. Car la logique est là ! En marche ! (…) L’accès au mariage pour les couples homosexuels portait en soi, en toute logique, celui de la filiation. L’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes était d’ailleurs inscrit dans la première mouture de la loi Taubira. La pression de la rue avait incité le gouvernement à le dissocier du « mariage pour tous » et à le renvoyer à une future loi d’orientation sur la famille qui, pour les mêmes raisons conjoncturelles, fut reportée sine die. Mais on pouvait se douter que ce n’était là que partie remise. Fin juin 2015, le Défenseur des droits (anciennement Médiateur de la République) et le Haut Conseil à l’égalité se prononçaient, sans surprise, pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, au nom « de l’égalité des droits ». François Hollande décidait alors de différer une fois encore la date d’un éventuel débat parlementaire, précisant qu’il attendait de connaître, sur cette question, la décision du CCNE auquel il se conformerait le moment venu. On connait la suite ! C’est désormais Emmanuel Macron qui hérite de cet « avis »… Pour les tenants de l’élargissement, il n’y aurait plus aujourd’hui de raison majeure de refuser cette nouvelle « loi de progrès ». Pour ses opposants – dont je suis avec constance – la mesure reste éthiquement contestable qui vise à programmer volontairement la naissance d’un enfant orphelin de père, au motif qu’il sera adopté, à sa naissance, par le conjoint de sa mère biologique. Redisons ici que cette pratique est à ce jour contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, qui garantit à chacun d’eux « le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux », sauf accident de parcours. Or en France le don de sperme est anonyme. Ce qui implique que l’enfant à naître ne saura pas qui est son père. On pourrait, certes, imaginer revenir sur cet anonymat. Mais une autre réalité s’impose alors : à ce jour, les donneurs de sperme sont insuffisants au regard de la demande de PMA pour les seuls couples hétérosexuels. Si demain l’anonymat devait être levé, combien d’hommes accepteraient encore d’être donneurs bénévoles au moment même où la demande serait multipliée ? A moins que l’on glisse alors, subrepticement, vers une rémunération du don de sperme ? Donc vers une autre forme de marchandisation du vivant… Ce « droit à l’enfant » qui n’est inscrit dans aucune déclaration des Droits de l’homme – pas plus pour les couples hétérosexuels qu’homosexuels – devra-t-il demain être pris en charge financièrement par la Sécurité sociale ? Dans le même temps où des malades se voient restreindre leur accès aux soins pour raisons d’économies. Une fois encore, nous sommes là dans un débat purement idéologique. Sous couvert d’évolutions de société qui recueilleraient – ce qui est vrai – l’assentiment d’une majorité de la population. François Hollande ayant pris par ailleurs ses dispositions à l’automne 2013, pour modifier la composition du CCNE dans un sens… favorable à l’adoption de ces réformes de société. (….) Dans son avis du 27 juin 2017, le CCNE se prononce en revanche contre la légalisation de la GPA, c’est à dire pour la possibilité offerte aux couples d’hommes de recourir à des mères porteuses. Avec pour argument « qu’il ne peut y avoir de GPA éthique ». Mais on est en droit de s’interroger. Dans ses attendus sur la PMA, le CCNE dit répondre à la « souffrance » des couples de femmes ne pouvant accéder à la maternité. Dans une société où l’égalité des droits semble devenue la règle absolue, on ne voit guère pourquoi les hommes ne pourraient pas faire prévaloir, demain, leur propre « souffrance » de ne pouvoir accéder à leur tour à la paternité. Fusse au prix d’un encadrement « éthique » de la GPA. Comme on nous a annoncé en 1975 un encadrement éthique de l’avortement dont on sait ce qu’il est devenu : un droit de fait à l’avortement sans condition. En 2008, un rapport sénatorial préconisait déjà de légaliser une GPA encadrée et « altruiste ». Rien que de très logique au regard de l’idéologie du moment qui repose sur la notion de « droits reproductifs » opposables, destinés à pallier la « dictature de la nature » dans les cas « d’infertilité sociale ». René Poujol
La joie aura été de courte durée. Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) a rendu hier le 27 juin son avis sur la PMA. Si l’on ne regarde que la conclusion, l’avis recommande l’ouverture de la PMA. C’est donc positif, non? Mais quand on lit l’avis en détail, les choses se gâtent… Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE, et deux des rapporteurs du texte avaient invité hier quelques associations après la publication de l’avis, parmi lesquelles Act Up-Paris, Fières, les Enfants d’Arc en ciel, le Planning Familial ou l’APGL. Celles-ci ont fait part de leur mécontentement. « On a d’abord commenté la méthode, rapporte Veronica Noseda du Planning Familial. Le comité n’a pas consulté d’association lesbienne pour rendre un avis sur la PMA. » En effet, une seule lesbienne a été auditionnée. Il s’agit de la très réactionnaire historienne Marie-Jo Bonnet, qui est opposée à la PMA, comme elle l’affirmait en 2016 au Figaro. En revanche, feue Colette Chiland, honnie par les militant.e.s trans (Lire Décès de la très controversée Colette Chiland, la «psychiatre la plus transphobe de France»), ou les psys homophobes Jean-Pierre Winter ou Pierre-Levy Soussan ont pu s’exprimer sur le sujet. Si des personnalités ou associations favorables à la PMA ont bel et bien été auditionnées, aucune n’est à notre connaissance lesbienne. « J’ai dit au Pr Delfraissy que c’était comme si on rendait un avis sur le VIH sans avoir consulté les associations de séropositifs. Il a semblé surpris. », explique la Veronica Noseda. Les associations ont également critiqué le ton et les mots employés dans le document. « Le ton général de l’avis donne des gages au vocabulaire de la Manif pour tous. Si la Manif pour tous se plaint de l’avis, elle se voit légitimée avec tous les poncifs homophobes, les familles sans père, le besoin d’altérité… » Veronica Noseda note d’ailleurs que si les lesbiennes sont stigmatisées, les familles monoparentales le sont tout autant. Parmi les autres points qui posent problème, la question du remboursement: « Il y a le désir d’enfant légitime des familles hétéros et il y a celui des autres, qui ne doit pas peser sur la Sécu. », relève amèrement la militante du Planning Familial. « 2,5% des enfants naissent par PMA. Et ce ne sont pas toujours en raison de problème d’infertilité, c’est aussi parce que le temps a passé et qu’avec l’âge il peut y avoir besoin d’une aide extérieure », note Veronica Noseda, qui ajoute: « Et c’est discriminant pour les femmes seules et les couples de lesbiennes qui sont en moyenne plus pauvres que les couples hétéros. » « La question de la filiation n’est pas réglée. Un couple de femmes non mariées peuvent avoir accès à la PMA mais pour que la mère soit sociale soit reconnue comme l’une des deux mères, il faut passer devant le maire. », signale-t-elle aussi. « Sur la question du remboursement, ils ont eux-mêmes reconnus qu’il n’étaient pas clairs », note Delphine Aslan, porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières. Yagg
Mon impression est que l’avis était prêt depuis longtemps et qu’il était négatif. Il y a eu un revirement à un moment donné. Veronica Noseda (Planning Familial)
Ils nous ont assuré qu’avec la révision de la loi bioéthique en 2018, rien n’est figé. Mais on attend une loi. La plupart de ces questions ne relèvent pas de l’éthique, à part peut-être le don d’ovocyte. On leur a délégué ça histoire de nous faire attendre pendant quatre ans.On a l’impression que cela a été écrit en 2013 et qu’ils ont rajouté une conclusion plus tard. Delphine Aslan (porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières)
Nous souhaitons revenir aux principes de création du Conseil de 1983 et faire appel à des laïques pour représenter les courants religieux. C
Depuis 30 ans, il y a toujours eu des colorations politiques et l’alternance des gouvernements n’a jamais rien changé car la nomination des membres est avant tout fondée sur leurs compétences et leur personnalité. Au contraire, la gravité sur laquelle se penche le CCNE nécessite absolument cette diversité. Du reste, on ne s’est jamais scandalisé de la présence de membres de droite sous un gouvernement de droite. Accroître le rôle du comité, qui n’est que consultatif, en le scrutant ainsi et préjuger de ses avis, c’est le rendre inutile. Il a besoin de sérénité pour accomplir sa mission. Jean-Claude Ameisen (président du CCNE)
On veut faire payer aux représentants religieux leurs positions plutôt hostiles au mariage pour tous. En les écartant de la réflexion sur des questions de société, le gouvernement impose une vision de la laïcité fermée au risque d’appauvrir le débat. (…) Le gouvernement veut s’entourer de personnalités qui prendront des positions dans le sens souhaité. Pasteur Louis Schweitzer
Même si c’est le président de la République qui nomme, la tradition veut que toutes les autorités religieuses soient toujours consultées au préalable pour proposer un nom, c’est même comme ça que, moi-même, j’ai été élu, Avec l’absence de tout religieux, le message est clair: le retour à une laïcité musclée. (…) 80 % du CCNE a tranché en juin dernier qu’il ne fallait en aucun cas légaliser l’euthanasie. Cela n’a pas plu au gouvernement qui entend préparer le terrain pour les débats qui vont précéder le projet de loi. Pasteur Schweitzer
C’est choquant. Bien des choses peuvent être politisées mais s’agissant d’un comité d’éthique, c’est non seulement hors sujet mais c’est même une faute contre la société, contre la politique et contre le débat. Ce n’est pas à la hauteur d’une mission de ce type. C’est scandaleux sur la méthode, inquiétant pour l’avenir, et c’est une raison supplémentaire pour rester très actif sur ces sujets. Hervé Mariton (député UMP de la Drôme)
Alors que le CCNE va prochainement s’emparer de dossiers particulièrement sensibles (…), une vague de nominations, avec des personnalités proches du gouvernement, vient d’intervenir. Selon un arrêté publié dimanche dans le Journal officiel, vingt-deux nouveaux membres – sur les quarante que compte le comité – vont intégrer l’institution. Parmi eux, l’avocat Jean-Pierre Mignard, membre du conseil national du PS et ami de François Hollande, mais aussi la sénatrice socialiste de Loire-Atlantique, Michelle Meunier, qui s’est par ailleurs engagée pour davantage de droits en faveur des transsexuels. Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté (depuis le 13 juin 2008) et réputé proche de la gauche, intègre également cette enceinte de réflexion. À cela s’ajoutent d’autres nouveaux noms tels que Lionel Naccache, chercheur en neurosciences cognitives, spécialiste de la conscience, Cynthia Fleury, philosophe, Frédéric Worms, directeur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, ou encore François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie, spécialisé dans les questions prénatales, obstétriques et de reproduction. Le gouvernement cherche-t-il, ainsi, à se confectionner une assemblée docile, sous la houlette d’un nouveau président orienté à gauche, Jean-Claude Ameisen, nommé en 2012 par François Hollande? Le Figaro (2013)
Après le hold up électoral, le hold up éthique !
A l’heure où, pour s’assurer du soutien de ses partenaires de coalition à la veille des prochaines législatives …
Une Angela Merkel plus macronienne que l’original …
Donne son feu vert avant de voter contre au mariage pour tous …
Tout en souhaitant que cette prétendue « embuscade » tendue par ses adversaires apporte « cohésion sociale et paix » à la société allemande …
Et où après le hold up présidentiel puis législatif que l’on vient de vivre en France (on remplace l’adversaire principal par une pestiférée) …
C’est à l’Assemblée nationale que revenant sur une tradition vieille de 50 ans, « la majorité choisit son opposition« …
Comment ne pas voir …
Derrière l’avis favorable mais censément consultatif que vient de donner le Comité d’éthique …
Contre la législation internationale du droit des enfants à connaitre leurs parents …
Au mensonge légal et au droit des parents à orpheliner leurs propres enfants …
Le même tour de passe passe proprement brechtien, qui avait vu le prédécesseur du petit marquis poudré il y a quatre ans …
Remplacer par des laïcs pour cause de manque de docilité (pardon: modernité et progressisme) les représentants religieux dudit comité …
Et depuis la préhistoire du pacs et du mariage pour tous …
Cette longue avance masquée consistant à nier à chaque fois la prochaine étape pour mieux l’imposer quelques années plus tard …
Comme d’ailleurs le révèlent elles-mêmes à leur propre insu ces associations homosexuelles …
Dénonçant le plus ingénument du monde un avis ….
Qui n’a d’autre utilité en effet qu’à les « faire attendre quatre ans de plus » ?
Après l’éviction des religieux du CCNE et le renouvellement de 15 sièges où figurent des amis de François Hollande, les autorités religieuses et les députés de l’opposition dénoncent une manœuvre pour influencer les prochains débats sur l’euthanasie et l’assistance médicale à la procréation .
Le renouvellement du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) suscite colère et stupéfaction chez les parlementaires de droite et les autorités religieuses dont plus aucune ne siège, pour la première fois depuis les 30 ans d’existence du CCNE. Les premiers dénoncent une manœuvre politique qui vise à «changer en douce la couleur» du CCNE à l’approche des débats majeurs sur l’euthanasie et l’ouverture de l’AMP aux couples homosexuels, alors que des personnalités connues pour leur sensibilité à gauche ou leur amitié avec le président de la République viennent d’être nommées par ce dernier. Les seconds sont consternés d’avoir purement et simplement été évincés du comité, sans préavis.
Courrier des protestants au ministère de l’Intérieur
On est si indigné à la Fédération protestante de France (FPF) que son président, le pasteur Claude Baty, vient de rédiger un courrier au chef du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur. «En plus, nous avons découvert ça par voie de presse», grince la FPF. Alors que le président du CCNE, Jean-Claude Ameisen, nommé il y a un an par François Hollande, met en avant «la diversité historique et nécessaire des membres» pour récuser toute tactique politique, les procédés utilisés en coulisse jettent la suspicion.
«Même si c’est le président de la République qui nomme, la tradition veut que toutes les autorités religieuses soient toujours consultées au préalable pour proposer un nom, c’est même comme ça que, moi-même, j’ai été élu, explique le pasteur Louis Schweitzer, dont le siège n’a pas été reconduit ni signifié qu’il en serait ainsi. Or cette fois nous n’avons pas été consultés». Comme lui, le rabbin Michaël Azoulay n’a pas été renouvelé. Désormais, les 4 postes sur les 39 membres au total qui, dans les textes de la composition du comité, sont nommés «en raison de leur appartenance à une famille religieuse», comme l’explique le président du CCNE, sont occupés par quatre laïcs, spécialistes des questions judaïques, catholiques, protestantes et islamiques. Deux d’entre eux siégeaient déjà: Xavier Lacroix pour la sensibilité catholique et Ali Benmackhlouf pour l’islamique. «Avec l’absence de tout religieux, le message est clair: le retour à une laïcité musclée», prédit le pasteur Schweitzer.
«On sort des religieux et on envoie des militants»
Un autre indice semble conforter les suspicions d’une stratégie: si le renouvellement du comité est normal puisqu’il s’opère tous les 2 ans pour moitié, bien des postes concernés ne relevaient pas de renouvellements obligatoires: ils arrivaient au terme de leur mandature de 4 ans mais pouvaient être reconduits quatre ans de plus. Quinze nouveaux membres sont ainsi entrés au comité.
Pour de nombreux observateurs, ce «remaniement anticipé» est une «sanction-prévention» après le passage difficile de la loi mariage pour tous et le rapport du CCNE sur la fin de vie. «80 % du CCNE a tranché en juin dernier qu’il ne fallait en aucun cas légaliser l’euthanasie, se souvient Louis Schweitzer. Cela n’a pas plu au gouvernement qui entend préparer le terrain pour les débats qui vont précéder le projet de loi».
Pour Jean Léonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et père de la loi sur la fin de vie, le message est clair: «on sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique! François Hollande n’avait-il pas déjà amorcé le piège en annonçant que, sur l’AMP, il se conformerait à l’avis du comité?».
«C’est choquant, s’exclame Hervé Mariton, député UMP de la Drôme. Bien des choses peuvent être politisées mais s’agissant d’un comité d’éthique, c’est non seulement hors sujet mais c’est même une faute contre la société, contre la politique et contre le débat. Ce n’est pas à la hauteur d’une mission de ce type. C’est scandaleux sur la méthode, inquiétant pour l’avenir, et c’est une raison supplémentaire pour rester très actif sur ces sujets».
«Besoin de sérénité»
Jean-Claude Ameisen, le président du CCNE, s’étonne de cet emballement. «Depuis 30 ans, il y a toujours eu des colorations politiques et l’alternance des gouvernements n’a jamais rien changé car la nomination des membres est avant tout fondée sur leurs compétences et leur personnalité. Au contraire, la gravité sur laquelle se penche le CCNE nécessite absolument cette diversité. Du reste, on ne s’est jamais scandalisé de la présence de membres de droite sous un gouvernement de droite. Accroître le rôle du comité, qui n’est que consultatif, en le scrutant ainsi et préjuger de ses avis, c’est le rendre inutile. Il a besoin de sérénité pour accomplir sa mission».
Virage à gauche ou non, «l’avenir le dira très vite», conclue Xavier Lacroix, membre du CCNE en faisant référence à l’avis sur l’AMP qui sera rendu début 2014. «Ce sera révélateur et déterminant, estime de son côté Jean-René Binet, professeur de droit sur les questions de santé et de bioéthique. Car les positions sur l’AMP n’ont jamais été remises en cause par le CCNE depuis les années 80, en dépit de l’alternance des gouvernements. Attendons de voir si le prochain avis sera une rupture».
Voir aussi:
Des personnalités proches de la majorité y font leur entrée et des responsables religieux sont évincés.
«On veut faire payer aux représentants religieux leurs positions plutôt hostiles au mariage pour tous. En les écartant de la réflexion sur des questions de société, le gouvernement impose une vision de la laïcité fermée au risque d’appauvrir le débat», dénonce le pasteur Louis Schweitzer, par ailleurs professeur d’éthique et de spiritualité à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. Par voie de presse, ce dernier a appris son éviction du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), cette instance de réflexion régulièrement saisie pour rendre des avis sur des sujets de société aussi sensibles que la fin de vie ou l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homosexuels. Son mandat de quatre ans arrivant à terme, il n’a pas été renouvelé, comme cela était envisageable selon le règlement de cette structure. C’est aussi le cas pour le rabbin Michaël Azoulay, par ailleurs, membre de la commission de bioéthique du Consistoire de Paris.
Selon Le Monde, qui a révélé ces informations, ces évictions marquent le choix de l’Élysée de ne plus intégrer de responsables religieux au sein de cette institution. «Nous souhaitons revenir aux principes de création du Conseil de 1983 et faire appel à des laïques pour représenter les courants religieux», confirme-t-on à l’Élysée, qui se charge directement de nommer les membres des familles philosophiques et spirituelles. Pour Louis Schweitzer, l’objectif est clair: «Le gouvernement veut s’entourer de personnalités qui prendront des positions dans le sens souhaité.»
Un rééquilibrage à gauche de cette instance vient par ailleurs tout juste d’être opéré. Alors que le CCNE va prochainement s’emparer de dossiers particulièrement sensibles (voir ci-dessous), une vague de nominations, avec des personnalités proches du gouvernement, vient d’intervenir. Selon un arrêté publié dimanche dans le Journal officiel, vingt-deux nouveaux membres – sur les quarante que compte le comité – vont intégrer l’institution. Parmi eux, l’avocat Jean-Pierre Mignard, membre du conseil national du PS et ami de François Hollande, mais aussi la sénatrice socialiste de Loire-Atlantique, Michelle Meunier, qui s’est par ailleurs engagée pour davantage de droits en faveur des transsexuels. Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté (depuis le 13 juin 2008) et réputé proche de la gauche, intègre également cette enceinte de réflexion. À cela s’ajoutent d’autres nouveaux noms tels que Lionel Naccache, chercheur en neurosciences cognitives, spécialiste de la conscience, Cynthia Fleury, philosophe, Frédéric Worms, directeur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, ou encore François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie, spécialisé dans les questions prénatales, obstétriques et de reproduction.
Le gouvernement cherche-t-il, ainsi, à se confectionner une assemblée docile, sous la houlette d’un nouveau président orienté à gauche, Jean-Claude Ameisen, nommé en 2012 par François Hollande? «Toutes les personnes qui me connaissent savent que la docilité n’est pas la première de mes qualités», réagit Jean-Pierre Mignard. «J’ai effectivement des opinions. Mais il faut accepter de voir évoluer ses propres positions une fois confrontées à celles des autres. C’est tout l’intérêt de ce travail en collégialité», dit-il.
Le prochain dossier sur la fin de vie que traitera ce «nouveau» Comité ainsi remanié sera un bon baromètre. En juillet dernier, il s’était déclaré hostile à l’euthanasie et à l’assistance au suicide, n’allant pas ainsi dans le sens de l’Élysée, qui souhaite une réforme dans ce domaine. Or, dans le courant de l’année prochaine, le CCNE doit émettre un nouvel avis. Le moyen de voir si les nouveaux nommés feront bouger les lignes…
Décisions à venir sur la PMA, la fin de vie et le don de sang
Procréation médicalement assistée. C’est à l’évidence l’un des sujets les plus sensibles, mais le gouvernement ne va pas s’en emparer dans l’immédiat. Alors qu’il devait initialement se prononcer à la fin de cette année, le CCNE a en effet annoncé début juillet qu’il remettait à 2014 son avis sur la question, après la tenue d’états généraux. Une aubaine donc pour l’équipe gouvernementale de voir reporté après les municipales un débat qui divise la société civile mais aussi les politiques au sein même de la gauche. Concrètement, le CCNE, qui avait déjà rendu un avis défavorable en 2010, devra dire si la PMA, réservée aux couples infertiles, doit s’étendre aux couples de femmes et aux femmes seules. François Hollande a déjà indiqué qu’il respectera ce nouvel avis.
Fin de vie. Pendant sa campagne, François Hollande avait promis «une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité» et avait prévu un projet de loi en juin 2013. Or, on le sait, le calendrier n’a pas été tenu, le CCNE, que le président de la République voulait consulter avant tout examen par les parlementaires, ayant rendu sa copie plus tardivement. Le 1er juillet dernier, l’institution s’est donc prononcée et s’est une nouvelle fois déclarée contre l’euthanasie et l’assistance au suicide – qui consiste à fournir des médicaments létaux à un individu désireux de mettre fin à ses jours. Ses responsables ont par ailleurs recommandé de ne pas modifier la loi actuelle qui opère une distinction entre «laisser mourir» et «faire mourir». Mais cet avis, qui n’a pas fait l’unanimité avec huit de ses quarante membres qui se sont démarqués, n’est qu’une première étape. Après un débat national à l’automne, le CCNE rendra un nouvel éclairage dans le courant de l’année prochaine. On verra si l’arrivée de nouveaux membres fera ou non évoluer la position jusqu’alors défendue par le CCNE.
Don du sang par les homosexuels. Faut-il privilégier les mesures de précaution ou mettre fin, par principe, à une exclusion? C’est la question qui est posée à l’occasion du débat sur le don du sang dont sont exclus les homosexuels. Alors que, pour les autorités sanitaires, cette interdiction vise à éviter des risques accrus de transmission du VIH, François Hollande avait promis sa levée durant sa campagne. L’avis du CCNE est attendu à l’automne.
Voir également:
Aujourd’hui la PMA, demain l’euthanasie et la GPA
La dérive sociétale continue
René Poujol
Journaliste, ancien directeur de la rédaction de Pèlerin
Causeur
29 juin 2017
On savait la décision du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) imminente concernant l’élargissement du droit à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Le moins qu’on puisse écrire est que son « avis » favorable – forcément favorable, aurait pu écrire Marguerite Duras – n’a guère surpris. Elle s’inscrit dans une longue dérive éthique dont on peut penser qu’elle débouchera demain sur l’euthanasie et la GPA quels que soient les démentis outrés des uns ou des autres. Car la logique est là ! En marche !
Chacun connaît les attendus de la question. Inutile de s’y étendre. A ce jour, la procréation médicalement assistée est réservée en France aux seuls couples hétérosexuels, dans les cas d’infertilité. La femme a recours au sperme d’un donneur anonyme, son mari étant en droit, considéré comme le père de l’enfant. L’accès au mariage pour les couples homosexuels portait en soi, en toute logique, celui de la filiation. L’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes était d’ailleurs inscrit dans la première mouture de la loi Taubira. La pression de la rue avait incité le gouvernement à le dissocier du « mariage pour tous » et à le renvoyer à une future loi d’orientation sur la famille qui, pour les mêmes raisons conjoncturelles, fut reportée sine die.
Mais on pouvait se douter que ce n’était là que partie remise. Fin juin 2015, le Défenseur des droits (anciennement Médiateur de la République) et le Haut Conseil à l’égalité se prononçaient, sans surprise, pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, au nom « de l’égalité des droits ». François Hollande décidait alors de différer une fois encore la date d’un éventuel débat parlementaire, précisant qu’il attendait de connaître, sur cette question, la décision du CCNE auquel il se conformerait le moment venu. On connait la suite ! C’est désormais Emmanuel Macron qui hérite de cet « avis »…
Mettre au monde des orphelins… adoptables !
Pour les tenants de l’élargissement, il n’y aurait plus aujourd’hui de raison majeure de refuser cette nouvelle « loi de progrès ». Pour ses opposants – dont je suis avec constance – la mesure reste éthiquement contestable qui vise à programmer volontairement la naissance d’un enfant orphelin de père, au motif qu’il sera adopté, à sa naissance, par le conjoint de sa mère biologique. Redisons ici que cette pratique est à ce jour contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, qui garantit à chacun d’eux « le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux », sauf accident de parcours.
Or en France le don de sperme est anonyme. Ce qui implique que l’enfant à naître ne saura pas qui est son père. On pourrait, certes, imaginer revenir sur cet anonymat. Mais une autre réalité s’impose alors : à ce jour, les donneurs de sperme sont insuffisants au regard de la demande de PMA pour les seuls couples hétérosexuels. Si demain l’anonymat devait être levé, combien d’hommes accepteraient encore d’être donneurs bénévoles au moment même où la demande serait multipliée ? A moins que l’on glisse alors, subrepticement, vers une rémunération du don de sperme ? Donc vers une autre forme de marchandisation du vivant…
Ce « droit à l’enfant » qui n’est inscrit dans aucune déclaration des Droits de l’homme – pas plus pour les couples hétérosexuels qu’homosexuels – devra-t-il demain être pris en charge financièrement par la Sécurité sociale ? Dans le même temps où des malades se voient restreindre leur accès aux soins pour raisons d’économies. Une fois encore, nous sommes là dans un débat purement idéologique. Sous couvert d’évolutions de société qui recueilleraient – ce qui est vrai – l’assentiment d’une majorité de la population. François Hollande ayant pris par ailleurs ses dispositions à l’automne 2013, pour modifier la composition du CCNE dans un sens… favorable à l’adoption de ces réformes de société. Jean Léonetti commentait à l’époque : « on sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique ! »
Un président sur des oeufs
Dans son avis du 27 juin 2017, le CCNE se prononce en revanche contre la légalisation de la GPA, c’est à dire pour la possibilité offerte aux couples d’hommes de recourir à des mères porteuses. Avec pour argument « qu’il ne peut y avoir de GPA éthique ». Mais on est en droit de s’interroger. Dans ses attendus sur la PMA, le CCNE dit répondre à la « souffrance » des couples de femmes ne pouvant accéder à la maternité. Dans une société où l’égalité des droits semble devenue la règle absolue, on ne voit guère pourquoi les hommes ne pourraient pas faire prévaloir, demain, leur propre « souffrance » de ne pouvoir accéder à leur tour à la paternité. Fusse au prix d’un encadrement « éthique » de la GPA. Comme on nous a annoncé en 1975 un encadrement éthique de l’avortement dont on sait ce qu’il est devenu : un droit de fait à l’avortement sans condition. En 2008, un rapport sénatorial préconisait déjà de légaliser une GPA encadrée et « altruiste ». Rien que de très logique au regard de l’idéologie du moment qui repose sur la notion de « droits reproductifs » opposables, destinés à pallier la « dictature de la nature » dans les cas « d’infertilité sociale ».
Il ne s’agit là, pour l’heure, que de l’avis du CCNE. On peut imaginer que le dossier est désormais entre les mains du président de la République. Un président que l’on sait, à titre personnel, plutôt ouvert sur ces questions de société, du fait du « libéralisme » à la fois économique et culturel qui est sa marque. Même s’il s’est bien gardé de tout engagement trop affirmé durant la campagne, disant simplement son accord de principe à l’élargissement du droit à la PMA pour les couples de femmes.
Le 14 février 2017, il avait déclenché un tollé à gauche et au sein du mouvement LGBT en évoquant, dans un entretien à l’Obs, «l’humiliation» ressentie par les anti-mariages gay au moment du vote de la loi Taubira. Déclaration sur laquelle il avait dû, rapidement, faire machine arrière, comme si l’humiliation des uns était incompatible avec l’humiliation des autres.
C’est assez dire combien, sur cette question, le chef de l’Etat marche sur des œufs. Il en est conscient. Il sait parfaitement compter parmi ses soutiens dans l’opinion, des citoyens qui ont rompu avec la gauche en partie à cause de la loi Taubira. C’est d’ailleurs bien à eux qu’était destinée la petite phrase sur « l’humiliation »… Les provoquer dès les premiers mois de son quinquennat sur un dossier qui ne possède aucune urgence et avant même d’avoir engagé ses principales réformes, serait une faute politique majeure. « Souvenez-vous, monsieur le Président : le social, pas le sociétal. Le social, le social, le social. C’est facile à retenir. » écrivait il y a peu Jean-Pierre Denis, dans un billet de La Vie en forme de mise en garde. L’annonce, faite par le président du CCNE, d’Etats généraux de la bioéthique, en 2018, pour préparer la révision des lois de bioéthique qui concernent notamment le sujet de la PMA, pourrait, momentanément, servir d’échappatoire.
Un combat culturel
Mais soyons en sûrs, le débat n’en sera que différé. Aussi longtemps que l’opinion publique adhérera majoritairement à la logique de l’individualisme libéral, la société se verra sommée de tout mettre en œuvre, au niveau législatif aussi bien que financier, pour permettre à chacun de satisfaire ses propres désirs dont on sait qu’ils sont, par nature, illimités. Une société, dans sa dimension civilisationnelle, peut-elle survivre à pareille évolution ? Je ne le crois pas. Est-il possible de lui éviter le pire ? Je l’ignore ! Faut-il dès lors rejoindre le camp de ceux qui contestent radicalement toute évolution dans la société comme dans l’Eglise ? Ce ne sera jamais mon choix car il s’agit là encore d’une forme d’idéologie où toute liberté se trouve broyée au nom des principes. Alors que faire ? Tenter de témoigner et de convaincre qu’un autre combat culturel est possible, plaider pour une vision différente de la personne – et non de l’individu – où priment : le respect de l’autre et des conditions sociales du vivre-ensemble. Une société où l’on cesserait de fonder l’égalité des droits des adultes sur la négation de l’égalité des droits des enfants. Il y faudra, le moment venu, des relais politiques. A la faveur de la recomposition en cours ?
Voir de même:
La joie aura été de courte durée. Le Comité Consultatif National d’Etique (CCNE) a rendu hier le 27 juin son avis sur la PMA. Si l’on ne regarde que la conclusion, l’avis recommande l’ouverture de la PMA. C’est donc positif, non? Mais quand on lit l’avis en détail, les choses se gâtent…
Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE, et deux des rapporteurs du texte avaient invité hier quelques associations après la publication de l’avis, parmi lesquelles Act Up-Paris, Fières, les Enfants d’Arc en ciel, le Planning Familial ou l’APGL. Celles-ci ont fait part de leur mécontentement.
« On a d’abord commenté la méthode, rapporte Veronica Noseda du Planning Familial. Le comité n’a pas consulté d’association lesbienne pour rendre un avis sur la PMA. » En effet, une seule lesbienne a été auditionnée. Il s’agit de la très réactionnaire historienne Marie-Jo Bonnet, qui est opposée à la PMA, comme elle l’affirmait en 2016 au Figaro. En revanche, feue Colette Chiland, honnie par les militant.e.s trans (Lire Décès de la très controversée Colette Chiland, la «psychiatre la plus transphobe de France»), ou les psys homophobes Jean-Pierre Winter ou Pierre-Levy Soussan ont pu s’exprimer sur le sujet. Si des personnalités ou associations favorables à la PMA ont bel et bien été auditionnées, aucune n’est à notre connaissance lesbienne.
« J’ai dit au Pr Delfraissy que c’était comme si on rendait un avis sur le VIH sans avoir consulté les associations de séropositifs. Il a semblé surpris. », explique la Veronica Noseda.
GAGES A LA MANIF POUR TOUS
Les associations ont également critiqué le ton et les mots employés dans le document. « Le ton général de l’avis donne des gages au vocabulaire de la Manif pour tous. Si la Manif pour tous se plaint de l’avis, elle se voit légitimée avec tous les poncifs homophobes, les familles sans père, le besoin d’altérité… » Veronica Noseda note d’ailleurs que si les lesbiennes sont stigmatisées, les familles monoparentales le sont tout autant.
Parmi les autres points qui posent problème, la question du remboursement: « Il y a le désir d’enfant légitime des familles hétéros et il y a celui des autres, qui ne doit pas peser sur la Sécu. », relève amèrement la militante du Planning Familial.
« 2,5% des enfants naissent par PMA. Et ce ne sont pas toujours en raison de problème d’infertilité, c’est aussi parce que le temps a passé et qu’avec l’âge il peut y avoir besoin d’une aide extérieure », note Veronica Noseda, qui ajoute: « Et c’est discriminant pour les femmes seules et les couples de lesbiennes qui sont en moyenne plus pauvres que les couples hétéros. »
« La question de la filiation n’est pas réglée. Un couple de femmes non mariées peuvent avoir accès à la PMA mais pour que la mère soit sociale soit reconnue comme l’une des deux mères, il faut passer devant le maire. », signale-t-elle aussi.
« Sur la question du remboursement, ils ont eux-mêmes reconnus qu’il n’étaient pas clairs », note Delphine Aslan, porte-parole de l’association lesbienne et féministe Fières.
AMBIGUÏTÉS DU CCNE
Cette dernière pointe également les autres ambiguïtés du Comité. « Ils nous ont assuré qu’avec la révision de la loi bioéthique en 2018, rien n’est figé. » « Mais On attend une loi », balaie-t-elle d’un revers de main . La plupart de ces questions ne relèvent pas de l’éthique, à part peut-être le don d’ovocyte. On leur a délégué ça histoire de nous faire attendre pendant quatre ans.
« Je lui ai répondu qu’ils ont eu quatre ans et demi pour nous demander notre avis et que maintenant, c’était à eux de répondre à nos questions. »
« Nous avons passé beaucoup de temps à répondre aux questions d’une rapportrice qui nous demandait notre avis sur tout un tas de sujets, qui n’avaient pas forcément grand chose à avoir avec la choucroute », s’agace Delphine Aslan. La rapportrice a fini par se faire renvoyer dans les cordes. « Je lui ai répondu qu’ils ont eu quatre ans et demi pour nous demander notre avis et que maintenant, c’était à eux de répondre à nos questions. », lâche Veronica Noseda.
« Mon impression est que l’avis était prêt depuis longtemps et qu’il était négatif. Il y a eu un revirement à un moment donné », avance Veronica Noseda. Un point de vue que partage Delphine Aslan: « On a l’impression que cela a été écrit en 2013 et qu’ils ont rajouté une conclusion plus tard ».
« La Manif pour tous va pouvoir s’appuyer dessus, c’est catastrophique » se désole Veronica Noseda.
Et maintenant, quoi? « Avec les associations qui étaient présentes, il va falloir lister les député.e.s qui voudraient se saisir du sujet, identifier celles et ceux qui peuvent nous aider, conclut Delphine Aslan. Un travail qu’il serait bon de faire ensemble. »
Voir de plus:
FIGAROVOX/TRIBUNE – Marianne Durano analyse le rapport du CCNE, qui se prononce en faveur de l’ouverture de l’aide médicale à la procréation pour toutes les femmes. Pour elle, cet avis contradictoire qui conclut un rapport pourtant lucide sur les dangers de cette décision montre que, dans ce débat, l’idéologie l’emporte sur la raison.
Marianne Durano est agrégée de philosophie. Elle est l’auteur avec Axel Norgaard Rokvam et Gaultier Bès de Nos Limites. Pour une écologie intégrale (Édition Le Centurion). Elle est également membre de la rédaction de la Revue Limite.
Lire l’avis du CCNE sur l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules est une expérience extrêmement troublante. On y assiste au déploiement brillant et honnête d’une pensée qui n’assume pourtant pas ses conclusions. Après un exposé de dix pages sur les problèmes que poserait une telle mesure, le CCNE bâcle en une seule page les arguments justifiant son avis favorable, pour finalement conclure que «la majorité des membres du CCNE se prononcent pour la recommandation d’ouverture de l’AMP aux couples femmes et aux femmes seules, sous réserve de la prise en compte de conditions d’accès et de faisabilité. Toutefois, au cours des discussions, s’est aussi exprimée une position divergente de certains membres du CCNE». On est quand même loin du triomphe proclamé par l’Inter-LGBT…
Car les membres du CCNE sont loin de sous-estimer les questions – sans solution à ce jour – que pose l’élargissement de l’AMP: «Les points de butée concernent, avant tout, le rôle comme la définition du père, la différence de situation entre les couples de femmes et les femmes seules, la question de la rareté des ressources biologiques et des risques de marchandisation que celle-ci entraîne, la limite entre le pathologique et le sociétal».
Discrimination entre les enfants, dont certains seraient sciemment privés de tout ancrage paternel ; pénurie de gamètes, qui pourrait entraîner l’ouverture d’un vaste marché du corps humain (car pourquoi se limiter aux «ressources» génétiques?) ; transformation des médecins en prestataires de services: voilà le CCNE qui me coupe l’herbe sous le pied, en développant, mieux que je ne saurais le faire, tous les arguments que j’avais prévus pour cet article. Le CCNE va jusqu’à faire le parallèle entre l’extension des libertés individuelles et celle du libéralisme économique, évoquant le risque d’une «libéralisation du marché procréatif»! Il faut de même reconnaître l’audace des membres du Comité qui n’hésitent pas à admettre que «si des enfants ne connaissant pas leur père et des enfants élevés par un seul parent ou dans un couple homosexuel existent depuis toujours, il y a une différence entre le fait de «faire face» à une telle situation survenant dans le cadre de la vie privée sans avoir été planifiée ni organisée par la société, et l’instituer ab initio.» Encore un peu, et ils se compromettraient avec la frange la plus nauséabonde de la société française…
D’autant plus qu’ils ont également le courage de poser la question qui fâche: qui paye? «Les techniques d’AMP sont des traitements contraignants et coûteux, et la rareté des dons de gamètes compromet actuellement une prise en charge satisfaisante des infertilités pathologiques ; la demande d’accès à l’IAD de personnes non stériles et la revendication d’une égalité des droits appliquée à des conditions différentes, stérilité d’origine pathologique ou demandes «sociétales» d’AMP, mettraient en péril deux grands principes du système de santé en France, fondé sur la solidarité: la gratuité du don d’organes et des produits du corps humain, dont les gamètes, et la prise en charge des traitements d’infertilité d’origine pathologique par la solidarité nationale.» À moins de réinstaurer de la discrimination là où l’on prétendait la supprimer, en remboursant par exemple les IAD pour les stérilités pathologiques, mais par pour les stérilités «sociales», ce qui est juridiquement et politique difficile à imaginer…
Oui mais quand même. Après examen approfondi des obstacles à cette mesure, et sans aucun lien logique entre ses paragraphes, le CCNE conclut par un avis favorable. On croirait lire ces copies du bac où l’élève démontre par A+B que le bonheur ne consiste pas à être l’esclave de ses désirs, pour finalement conclure: «Donc il faut satisfaire tous ses désirs pour être heureux.» En deux paragraphes laconiques, le CCNE évacue la question en répétant sans trop y croire ces deux arguments éculés, et par ailleurs contredits par les pages qui précèdent, que sont la liberté des femmes et la non-stigmatisation des familles homoparentales… On a envie d’écrire: «travail bâclé». On lit ainsi dans les recommandations que «même si tout désir n’a pas vocation à être satisfait, on peut faire confiance au projet des femmes qui souhaitent accéder à la maternité en bénéficiant de procédures auxquelles, auparavant, elles n’avaient pas accès.» La «confiance» comme base du droit: ça, c’est rassurant! Et si tous les hommes se donnaient la main, on pourrait même se passer de législateur, de CCNE, CEDH, CC, CE et de tous ces organismes qui empêchent l’autonomie individuelle!
Dans cette logique, on ne voit pas pourquoi le CCNE ne piétinerait pas ses réserves à l’égard de la congélation des ovocytes et des «mères porteuses» avec la même légèreté, Après tout, il s’agit bien ici aussi d’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les homosexuelles et les homosexuels! Et puis, on peut faire confiance aux DRH pour ne pas faire pression sur les jeunes femmes qui ne veulent pas cryogéniser leurs ovules. On peut aussi faire confiance aux laboratoires privés pour ne pas profiter de la pauvreté des femmes qui louent leur utérus. Confiance, également, à tous les biotechniciens pour ne pas jouer les apprentis sorciers ; pour ne pas céder à la tentation de l’eugénisme, pour implanter tous les embryons sans discrimination, même les handicapés ; pour ne pas sauter de générations, féconder des ovules avec du sperme post-mortem, voire tenter la parthénogénèse (si si, des expériences sont en cours). Confiance et ouverture d’esprit, vous dis-je!
Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère.
C’est pourtant au nom de cette dissociation entre filiation et biologie qu’on nous avait vendu le «mariage pour tous» en 2013! Vous vous souvenez, l’adoption des enfants pauvres qui meurent de faim dans les orphelinats roumains? On a beau jeu, aujourd’hui, de vous dire: «on vous avait prévenu». Et puis, quand dans cinq ans le CCNE rendra un avis favorable à la GPA, non sans exposer les divergences, restrictions et conditions d’usage, j’écrirai un article à peu près semblable à celui-ci et qui se conclura de la même manière.
En suppliant ses imprudents compatriotes de ne pas faire entrer dans les murs de Troie le cheval de bois laissé sur le rivage par les Grecs, Cassandre, hélas, avait raison.
Voir encore:
Allemagne Le «oui» très politique d’Angela Merkel au mariage pour tous
Alors que la CDU s’y oppose depuis plusieurs années, la chancelière a provoqué un séisme dans la coalition au pouvoir en se déclarant favorable au mariage pour tous. Le texte a été voté dès ce vendredi.
Mise à jour vendredi 30 juin à 9h20 : Comme prévu, le Parlement allemand a, au terme d’à peine une heure de débats, adopté l’ouverture du droit au mariage pour les couples de même sexe. Le oui a recueilli 393 voix, le non 226.
Tout est allé très vite. L’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, qui bloque depuis un quart de siècle tout projet de loi sur le mariage pour tous, ne pourra vraisemblablement pas éviter ce vendredi l’adoption du mariage gay par le Bundestag. Gaffe ou calcul délibéré de la chancelière : l’ouverture du mariage aux couples homosexuels déchire la coalition au pouvoir depuis le début de la semaine.
Tout a commencé par une paisible soirée au théâtre Gorki, à Berlin, lundi soir. Trois fauteuils en cuir rose pâle ont été installés sur la scène. Deux journalistes du magazine féminin Brigitte papotent avec la chancelière. Merkel a opté pour un format de débat décontracté, à trois mois des prochaines élections, se prêtant au jeu des questions du public. Ulli Köppe, un Berlinois de 28 ans, salarié de l’éditeur gay Blu Mediengruppe et admirateur de Merkel, a justement une question : «Quand pourrai-je dire « mon mari » à mon ami ?» La chancelière aurait pu rester évasive. Sa réponse – «Je suis favorable à une discussion qui aille dans le sens d’une prise de décision en conscience [au Bundestag]» – a provoqué un raz-de-marée politique. Un choc semblable à la décision de mettre fin au nucléaire, dans le sillage de la catastrophe de Fukushima en mars 2011.
«Digéré»
Prenant sa rivale au mot, le challenger social-démocrate de la chancelière, Martin Schulz, réclamait dès mardi que le Bundestag inscrive l’adoption de la mesure à l’ordre du jour de vendredi, dernière journée parlementaire avant les législatives du 24 septembre. L’adoption du texte en cas de vote est assurée : sociaux-démocrates, Verts et néocommunistes de Die Linke, tous trois favorables à la réforme, détiennent une confortable majorité à la Chambre. Une partie des députés CDU – appelés à voter en leur âme et conscience – devraient aussi donner leur voix au texte.
L’offensive de Martin Schulz a pris Angela Merkel de court. Le SPD espère ainsi reprendre la main, alors que sa campagne électorale est enlisée. Mais la chancelière, si elle se met à dos une partie du clan conservateur, pourrait aussi marquer des points, alors que 73 % des Allemands (et 64 % des électeurs conservateurs) se disent favorables à l’union de deux personnes du même sexe. «Elle évite ainsi un débat passionné qui pourrait profiter aux populistes de l’AfD au cours de la campagne électorale», souligne le quotidien Tagesspiegel. Adopté à la hussarde à la veille de la pause estivale, le texte aurait en outre le temps d’être «digéré» par les plus radicaux des électeurs conservateurs d’ici au scrutin de septembre. Merkel a-t-elle imposé à son propre camp une décision que les conservateurs rejettent ? Ou a-t-elle, au contraire, commis un impair politique ?
L’affaire est plus compliquée. De fait, la CDU ne pouvait plus s’opposer bien longtemps au mariage pour tous. Au cours des derniers mois, les Verts, les libéraux du FDP et les sociaux-démocrates – tous trois potentiels partenaires de coalition après le scrutin de l’automne – ont fait savoir qu’ils feraient du mariage gay l’une des conditions de leur participation au prochain gouvernement.
Divorce
Lundi dans la journée, lors de leurs réunions préparatoires à l’adoption d’un programme de campagne, la CDU et la CSU semblaient prêtes à bouger sur le dossier du mariage pour tous. Mais les deux partis n’avaient pas prévu de le faire si rapidement. «Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’une gaffe mais bien d’une action délibérée de la chancelière, confie le député chrétien-démocrate et gay Stefan Kaufmann. Au sein du groupe parlementaire CDU, les plus conservateurs opposés au mariage pour tous ont toujours bloqué le débat. Bien sûr, maintenant, certains ont peur de devoir se justifier devant leurs électeurs au cours de la campagne électorale…» Reste qu’en précipitant les choses, le SPD acte de facto le divorce de la coalition qu’il forme avec les chrétiens-démocrates depuis 2013. Le contrat de coalition signé voici quatre ans ne prévoyait pas l’adoption du mariage gay. «En théorie, Angela Merkel devrait renvoyer ses ministres sociaux-démocrates», rappelle ainsi le Tagesspiegel. Soucieuse d’éviter un tremblement de terre à trois mois du vote, la CDU tente de minimiser l’ampleur de la crise.
A droite, une partie du camp conservateur prépare déjà un recours devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. L’issue d’un tel recours est incertaine. Les couples de même sexe peuvent conclure depuis 2001 un «partenariat de vie», équivalent du pacs français, dont les droits ont été à plusieurs reprises améliorés par la Cour, à l’exception de l’adoption.
Voir encore:
Andrea Shalal et Paul Carrel
BERLIN (Reuters) – Le Parlement allemand a approuvé vendredi à une large majorité la légalisation du mariage homosexuel avec le blanc-seing de la chancelière Angela Merkel qui avait invité les conservateurs à voter « en conscience » sur cette réforme qui divise le parti au pouvoir et à laquelle elle était elle-même opposée.
L’adoption du « mariage pour tous » a été approuvée par 393 voix contre 226 et quatre abstentions, a annoncé le président du Bundestag, Norbert Lammert.
Angela Merkel a déclaré avoir voté contre l’amendement déposé par le Parti social-démocrate (SPD) en expliquant qu’à ses yeux, un mariage demeure une union « entre un homme et une femme ».
Qualifiant ce vote de « décision personnelle », la chancelière a néanmoins souhaité que la légalisation du « mariage pour tous » apporte « davantage de paix et de cohésion sociale » en Allemagne.
L’annonce du résultat du vote a été saluée par des centaines de militants homosexuels rassemblés devant le Bundestag.
« C’est un jour historique pour l’Allemagne », a déclaré Sören Landmann, militant de longue date du mariage gay.
« Aujourd’hui, des milliers de couples de même sexe ont obtenu l’égalité, et la société à deux vitesses en matière d’amour a été abolie. L’Allemagne peut réellement se réjouir. »
Le vote a une résonance particulière en Allemagne, toujours hantée par un passé homophobe virulent.
Le Bundestag avait déjà fait un premier geste cette année en accordant un dédommagement à des centaines d’homosexuels emprisonnés en vertu d’une loi du 19e siècle, durcie par les nazis, qui n’a été abrogée qu’en 1969 lorsque l’homosexualité a été légalisée en ex-Allemagne de l’Ouest.
Angela Merkel avait qualifié mercredi d' »embuscade » tendue à son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), l’amendement déposé par le SPD, partenaire minoritaire au sein de la coalition gouvernementale.
MERKEL CRITIQUÉE DE TOUTES PARTS
Le sujet continue en effet de diviser les élus conservateurs et leur électorat à l’approche des élections législatives du 24 septembre.
La décision de la chancelière d’autoriser les députés de la CDU à voter selon leur conscience a provoqué la colère de l’aile la plus conservatrice de son parti.
« Cela va à l’encontre du programme de la CDU, qui stipule que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, donc les décisions de la CDU n’ont clairement aucune valeur », a vitupéré Erika Steinbach, une élue indépendante qui a claqué la porte du parti d’Angela Merkel pour dénoncer sa politique d’accueil des migrants.
Le parti anti-immigration et anti-islam Alternative pour l’Allemagne (AfD) a pour sa part accusé la chancelière d’avoir dépouillé son parti de ses « dernières nuances conservatrices », tandis que l’Eglise catholique allemande a « regretté » sa décision.
« La reconnaissance de la cohabitation de même sexe peut passer par un autre modèle institutionnel », a fait valoir l’archevêque de Berlin, Heiner Kochof.
Les commentateurs politiques jugent peu probable que le sujet pèse sur le résultat des élections à venir.
Mais conforté par ce succès, l’un des rares de la législature, le SPD a tenté d’enfoncer le clou en dénonçant la « lâcheté » d’Angela Merkel qui s’est, selon lui, dérobée à sa responsabilité politique en faisant du vote une affaire de conscience.
« Après 17 années au pouvoir, la CDU est devenue lâche », a commenté Hubertus Heil, le secrétaire général du SPD, largement distancé dans les sondages d’intention de vote par le Parti conservateur.
Le « mariage pour tous » deviendra légal en Allemagne lorsque le texte voté vendredi par le Bundestag aura été signé par le président Frank-Walter Steinmeier, ce qui devrait intervenir peu après le 7 juillet.
(Avec Thomas Escritt et Joseph Nasr; Tangi Salaün pour le service français)
Voir par ailleurs:
Marie-Jo Bonnet: «Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “progrès”»
Eugénie Bastié
Le Figaro
27/06/2017 Publié le 08/07/206
FIGAROVOX/REDIFFUSION – La militante féministe et de gauche Marie-Jo Bonnet analyse les conséquences et les enjeux d’une extension de l’aide médicale à la procréation aux couples lesbiens. Selon elle, cela soulèverait de nombreux problèmes éthiques.
Marie-Josèphe Bonnet est historienne. Femme de gauche engagée depuis longtemps dans les milieux féministes, elle avait participé à la fondation du mouvement des «Gouines rouges» dans les années 1970. Dans son dernier livre Simone de Beauvoir et les femmes (Albin Michel, 2016), elle analyse le rapport ambigu de l’auteur du Deuxième sexe à la cause des femmes.
Cet entretien a été réalisé en juillet 2016. Nous le republions à l’occasion de la publication de l’avis favorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).
FIGARO. -«Il n’y a aucune raison de discriminer les couples lesbiens par rapport aux couples hétérosexuels», a dit récemment Laurence Rossignol, affirmant sa volonté d’ouvrir la Procréation Médicalement Assistée aux femmes homosexuelles. Que pensez-vous de cette prise de position?
Marie-Jo BONNET. – Le mot «discrimination» ici ne convient car on ne peut pas comparer les couples hétérosexuels dont un membre est stérile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour parler discrimination il faudrait que les deux situations soient comparables, ce qui n’est pas le cas ici.
Par ailleurs, parler de «PMA» pour les couples de lesbiennes n’a pas de sens et la plupart des gens ne savent pas ce que ce sigle recouvre. Il faudrait en fait parler de l’IAD, c’est à dire d’ «insémination artificielle avec donneur», et précisons, «donneur anonyme». Or c’est l’anonymat qui me pose problème, pour les couples de femmes comme pour les couples hétérosexuels. On a décidé de ne pas regarder la stérilité en soi, mais «l’infertilité» des couples. Du coup, on masque le fait que dans le cas des couples hétérosexuels c’est l’homme qui est stérile. Il n’est pas le père de l’enfant. Toute cette histoire est batie sur un mensonge dont la première victime est l’enfant. De quel droit est-ce que je m’autoriserais à priver l’enfant de la connaissance de ses origines?
De plus l’ouverture de l’IAD à toutes les femmes poserait le problème de la rareté des gamètes. Contrairement à ce qu’on imagine aujourd’hui, les donneurs de gamètes sont peu nombreux. Il y a seulement 250 donneurs de sperme en France. Et on nous dit que ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande des couples hétérosexuels stériles qui doivent attendre un an et quelque fois plus avant de commencer le long processus de procréation médicalement assistée. Où trouver les gamètes manquantes? En payant les donneurs de sperme? On risque d’ouvrir la porte à la marchandisation. En France, la gratuité est le rempart à la marchandisation. D’un simple point de vue pratique cette «ouverture» de la PMA à toutes les femmes est impraticable.
Comment expliquez-vous que le droit à avoir des enfants soit devenu une revendication homosexuelle? Etait-ce déjà le cas dans les années 1970 quand vous militiez avec les Gouines rouges?
A l’époque, on ne voulait pas d’enfants! Et celles qui en voulaient avaient recours à des moyens classiques c’est à dire qu’elles demandaient de l’aide à des amis et faisaient ça chez elles à l’aide d’une seringue! Ca se passait très bien. On était obligés de s’entendre. Autrement dit, la relation sociale entre les genres était maintenue. L’IAD fait éclater cette relation sociale. Parler de droit ou de discrimination sur ce terrain est un abus de langage. Car l’enfant n’est pas plus un droit qu’il n’est un devoir. On a trop tendance à l’oublier aujourd’hui.
La technicisation de la grossesse ne pose-t-elle pas fondamentalement le problème de la «reproduction artificielle de l’humain» (Alexis Escudero)?
Je crois en effet que la médicalisation de la grossesse pose un problème en soi. Ce qu’on nous présente comme un progrès est en réalité une reprise en main par le pouvoir médical des acquis de ces quarante dernières années par les femmes avec la maitrise de notre fécondité. Car L’IAD suppose des consultations, un bilan sanitaire et génétique, avec parfois une stimulation ovarienne, toujours très dangereuse à long terme. Et cerise sur le gâteau, un traitement médical pour fixer la grossesse. C’est beaucoup de soucis pour une grossesse qui peut se faire dans des conditions plus conviviales et plus simples.
Aujourd’hui, être contre la PMA ou la GPA apparait comme «de droite» voire réactionnaire. Comment expliquez-vous que la gauche en ai fait une revendication? Pourquoi y a t-il si peu de voix de gauche qui osent s’opposer à ces revendications?
«La “stérilité sociale” est une notion selon moi très dangereuse, à la limite homophobe»
Ce n’est ni une revendication de droite ni une revendication de gauche. D’ailleurs les pays ultra libéraux ont ouvert toutes grandes les vannes de la PMA, y compris les pays catholiques comme l’Espagne, parce que c’est un marché et ça rapporte. En France, c’est un gouvernement de droite qui a donné l’autorisation de fonder des CECOS (Centres d’Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme), en l’occurrence Simone Veil qui voulait montrer que l’avortement n’empêchait pas la natalité.
Nous sommes nombreux à gauche à s’opposer à la médicalisation de la grossesse et plus nombreux à refuser la GPA. Quant à moi, je ne vois pas en quoi la PMA serait un «progrès». L’insémination artificielle avec donneur anonyme est un pis aller qu’on a décidé de réserver aux hommes stériles pour sauvegarder l’image de l’homme «viril». Avec en prime le mensonge sur l’origine de l’enfant, toujours dangereux car il mène à la forclusion, c’est-à-dire à l’impossibilité psychique d’accéder à son origine.
Certains parlent de «stérilité sociale»…
La «stérilité sociale» est une notion selon moi très dangereuse, à la limite homophobe, comme si la relation amoureuse entre femmes était stérile. Culturellement, les lesbiennes ont beaucoup apporté à la société. Elles ont été des vecteurs d’évolution sociale très importants.
PMA pour toutes : vers l’ubérisation de la procréation humaine ?
Laetitia Pouliquen
le Figaro
28/06/2017
FIGAROVOX/ANALYSE – Le CCNE s’est prononcé en faveur de l’extension du droit à la PMA pour toutes les femmes. Laetitia Pouliquen analyse les enjeux éthiques d’une telle décision qui pourrait mener, à terme, à une véritable « ubérisation » de la procréation à l’échelle mondiale.
Laetitia Pouliquen est fondatrice de WomanAttitude, cofondatrice et ex-Directrice d’Europe for Family, et auteur de Femme 2.0 – Féminisme et Transhumanisme (Saint-Léger Éditions, 2017).
Le rapport rendu ce jour par le Comité d’Éthique français, le CCNE, en faveur de l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée à toutes les femmes, c’est-à-dire la «fabrication» d’enfants délibérément privés de pères, a des raisons d’inquiéter. Sur un sujet sociétal majeur, la consultation citoyenne est nécessaire mais l’expression de la vox populi sera-t-elle entendue avec une forte majorité En Marche! à l’Assemblée Nationale? Quel contre-pouvoir dénoncera les effets délétères de la PMA et les enjeux industriels et financiers de l’Ubérisation de notre reproduction humaine?
Pourquoi parler d’Ubérisation de la procréation humaine?
Si l’Ubérisation est une pratique économique permettant la mise en contact direct de professionnels et de clients pour l’utilisation de services internationaux, la pratique économique mondiale de la procréation artificielle y ressemble beaucoup par son aspect «plate-forme internationale» mettant en contact direct de nombreux intervenants de plusieurs pays grâce à internet. Concrètement, l’enfant peut être «fabriqué» par plusieurs «parents» provenant de plusieurs pays que les personnes soient fertiles ou pas.
Ne soyons donc pas naïfs: derrière les modes progressistes et les prétendues évolutions sociétales qui désirent affranchir l’Homme de sa contingence, se trouve un marché juteux. L’enfant, lui, sera le grand oublié de l’affaire, ce que nous pourrions tous reconnaître, quelles que soient nos positions éthiques.
Le faux nez de la validation morale par la Cour Européenne des Droits de l’Homme
Deux affaires récemment portées à la Cour Européenne des Droits de l’Homme démontrent que le sujet est plus que jamais d’actualité. La position du président Macron de se ranger à l’avis du CCNE et aux arrêts de la CEDH traduit un abandon moral et de souveraineté. Les deux récentes affaires portées à la CEDH démontrent les impasses juridiques vers lesquelles se dirige le législateur: la première concerne un couple de femmes françaises mariées désireux de bénéficier d’une insémination artificielle avec du sperme anonyme. Face à l’interdiction de législation française, elles ont recours à la CEDH pour contraindre la France à accéder à leur désir. La seconde a trait à la «double maternité» ou «Fécondation réciproque»: deux femmes allemandes en couple réclament toutes deux la reconnaissance de leur statut légal de mère. L’une des femmes est la mère génétique qui a apporté ses ovocytes, fécondés in vitro avec le sperme d’un donneur anonyme, et l’autre femme a donné naissance à l’enfant ; celle-ci est considérée par la loi allemande comme la seule mère de l’enfant.
Le Traité de Lisbonne n’accordant pas de compétence en matière de famille et de santé à l’Union Européenne, c’est donc bien au législateur français qu’il revient de décider, en conscience et sans hypocrisie, du futur de nos enfants et de notre société.
Le marché de la procréation humaine artificielle est un marché mondial très juteux
La réponse médicale de la surmédicalisation de la procréation est-elle adéquate ou serait-elle manipulée par des intérêts financiers majeurs? On dénombre aujourd’hui plus de cinq millions d’enfants dans le monde et 1,4 million en Europe, nés de fécondation In Vitro depuis 1978. En Espagne, 2% des enfants naissent par fécondation in Vitro et en France, 3% des enfants sont des «bébés éprouvette». Le European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproduction Biology fait état d’une hausse conséquente des demandes de fécondations In Vitro alors que le taux d’infertilité, lui, est stable depuis 20 ans.
L’Ubérisation de la procréation humaine est symbolique d’un marché mondialiste libéral qui contourne les lois nationales. Le marché des technologies de reproduction assistée englobe de nombreuses industries et tiers-parties: laboratoires pharmaceutiques et biomédicaux, personnels de santé mentale, cliniques spécialisées en procréation artificielle, laboratoires de séquençage génomique pour dépistage préimplantatoire, banques de gamètes, agences et cliniques spécialisées en GPA, experts juridiques, réseaux mafieux de trafic d’enfants etc… À titre d’exemple, mentionnons que le Danemark est un gros pourvoyeur de sperme anonyme, permettant ainsi aux Suédois et Norvégiens de contourner leurs lois qui interdisent, elles, l’anonymat. L’achat de sperme, sélectionné sur catalogue et livré par courrier express international, varie 250 et 23 000 dollars en fonction des diplômes et des caractéristiques génétiques du donneur.
Les projections de croissance du marché sont de 4.4% par an de 2016 à 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023. La procréation humaine artificielle constitue donc un marché international conséquent, alimenté par un écosystème très vaste.
Bébés In Vitro – Quels problèmes de santé en vue?
Dans un souci d’objectivisation de l’intervention technologique dans la procréation humaine, il est utile de comprendre les dangers recelés par celle-ci ainsi que ses conséquences sociétales.
Dans une publication scientifique norvégienne de 2016 «La PMA peut-elle influencer l’évolution humaine?», des chercheurs norvégiens ont tenté d’évaluer les effets du mode de fécondation sur le développement d’un embryon et d’établir l’existence ou non de changements de génotypes et de phénotypes (expression du génome en fonction de l’environnement) pouvant affecter l’évolution humaine sur le long terme. Les chercheurs soulignent le fait que les embryons sont sélectionnés pour leur robustesse et leur capacité à survivre dans des conditions de laboratoires, transpercés par une pipette, exposés à la lumière et au contact de matières plastiques de la boîte de Petri dans lequel le laborantin va laisser maturer les cellules embryonnaires avant implantation ou congélation. Ils affirment que cette sélection sur le critère de la robustesse va, sur les générations à venir, favoriser ce trait génétique sur d’autres caractères qui se seraient exprimés lors d’une sélection naturelle dans l’utérus de la mère. Les chercheurs norvégiens soulignent aussi que la FIV facilite la propagation des traits génétiquement héréditaires des couples sous-fertiles, dont précisément, la sous-fertilité.
Une étude de 2013 menée par Sven Sandin du King’s College de Londres sur 2,5 millions enfants suédois tire des conclusions préoccupantes: les enfants nés par FIV seraient plus susceptibles de souffrir de déficits cognitifs tels qu’un QI bas, et de problèmes de communication ou de socialisation comme l’autisme.
Une autre découverte majeure en Neurosciences datant de 2010 démontre que, durant la grossesse, le fœtus laisse une «trace» cellulaire sur sa mère. Des cellules fœtales, ainsi que des brins d’ADN provenant du patrimoine génétique du père, ont été retrouvées chez la mère plus de trente ans après la naissance de l’enfant. Même si l’épidémiologie n’a pas encore décrit l’empreinte physiologique et génétique de la mère sur l’enfant, la psychologie, elle, le démontre avec force par la description des échanges mère enfant in utero.
Les générations à venir seront-elles toutes psychotiques?
De même que les manipulations technologiques laissent des traces épigénétiques sur l’enfant à naître et que la grossesse laisse des traces cellulaires sur la mère, de nombreux spécialistes de la psychologie de l’enfant affirment, à l’instar du pédopsychiatre Daniel Rousseau, que «tromper un enfant sur sa filiation peut le rendre fou!». Alors, pourquoi l’enfant né de fécondation artificielle est-il une victime? Le psychiatre Benoît Bayle décrit la problématique psychologique de la survivance périnatale des enfants issus d’un tri embryonnaire au cours d’une fécondation In Vitro. Dépressions récurrentes, troubles obsessionnels, prises de risques suicidaires, hospitalisations fréquentes et problèmes identitaires peuvent être associés avec une naissance par procréation artificielle.
Par ailleurs, le séquençage génomique dans le but d’une sélection délibérée de traits génétiques (choix du sexe, couleur des yeux, enfant muet pour un couple de sourds…) va insécuriser l’enfant par rapport à l’amour inconditionnel que ses parents lui portent. Le désir des adultes a donc la préséance sur les droits de l’enfant et ne fait aucun cas de la souffrance psychique engendrée par ce mode de procréation: quelle injustice!
Perspective transhumaniste de l’Ubérisation de la Procréation Humaine
Si l’on ne s’insurge pas contre la pratique de la PMA sans père que le Comité d’Éthique français avalise aujourd’hui, il y a fort à parier que la loi française à l’égard des pratiques de procréation humaine artificielle continuera de s’assouplir. Les générations futures deviendraient alors hors sol, sans famille, ayant plusieurs représentants légaux, plusieurs pays d’origine et de résidence. Celles-ci seraient sélectionnées selon des critères prétendument laissés à la liberté individuelle des parents mais en réalité, choisis par des normes sociales, culturelles et médicales, définissant l’état de santé, d’intelligence et de beauté minimum pour le «vivre ensemble».
Si l’on n’y prenait garde et que toute manipulation technologique sur la procréation humaine devenait monnaie courante, alors l’Homme pourrait devenir une espèce normée par la sélection embryonnaire et les modifications génétiques, et «désenfanté» par l’ingénierie d’externalisation de la procréation humaine. Cette dérive possible serait en cohérence avec l’utopie transhumaniste de l’Homme Augmenté.
Étrange tout de même de constater combien les bons sentiments bloquent la pensée. Car on n’en est pas à une contradiction près. Ceux-là mêmes qui ôtent toute valeur à la filiation biologique, réduisant le père et la mère (les géniteurs) à des «fournisseurs de ressources biologiques» sont prêts à tout pour transmettre leur propre patrimoine. Ceux-là mêmes qui sous-estiment l’importance d’une généalogie cohérente tiennent absolument à perpétuer leur génotype. Ceux-là même pour qui le sexe est négligeable semblent attacher une grande importance à ce que leur enfant possède les yeux de sa mère et la prédisposition au diabète de sa grand-mère.
Voir enfin:
Les gays ont épousé le conformisme
Causeur
23 juin 2014
Entretien avec Marie-Josèphe Bonnet
Marie-Josèphe Bonnet est historienne. Elle a successivement milité au Mouvement de libération de la femme (MLF), au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) puis aux Gouines rouges. Elle a récemment publié Adieu les rebelles ! (Flammarion, 2014), brillant pamphlet contre la dérive bourgeoise du mouvement homosexuel.
Daoud Boughezala. Pourquoi êtes-vous opposée à la loi Taubira sur le mariage et l’adoption pour tous, célébrée comme une immense avancée par les associations gays et lesbiennes ?
Marie-Josèphe Bonnet. Le mariage étant conçu pour faire et protéger les enfants, l’ouvrir aux homosexuels, c’est mettre un plâtre sur une jambe de bois ! En s’alignant sur le modèle hétérosexuel, le « mariage pour tous » élude en effet la pluralité des comportements amoureux, des désirs et des choix de vie. Le législateur a décrété l’égalité entre les couples, et non pas entre les personnes. Que fait-on de ceux qui ne sont pas mariés ? Ont-ils les mêmes droits que les hétéros ? La loi Taubira n’est qu’une reconnaissance illusoire de l’homosexualité. Comme toute mesure d’institutionnalisation, elle normalise la sexualité et introduit de nouvelles séparations : d’un côté les mariés et, de l’autre, les célibataires et les pacsés. En fin de compte, cette loi exprime un conformisme petit-bourgeois assez étonnant. Nous vivons la fin de la contre-culture homosexuelle, et cela me consterne !
Après tout, pourquoi les homosexuels n’aspireraient-ils pas à être des bourgeois comme les autres?
Être homosexuel revêt une signification particulière. Cela renvoie à un type singulier de désir, qui a longtemps été réprimé en raison de ses écarts par rapport à la norme hétérosexuelle. Chacun peut interpréter son homosexualité comme il l’entend. Personnellement, je la conçois comme un désir de développement personnel qui me porte à la solidarité avec les femmes. Après Mai-68, j’ai voulu faire de mon homosexualité un facteur de contestation des normes et des modèles sociaux établis. Avec le Front homosexuel d’action révolutionnaire, nous voulions nous transformer nous-mêmes pour changer la société. Mais sévissait déjà dans la société un courant d’intégration des homosexuels qui nous conseillait de ne pas faire de vague et d’entrer dans ce qu’ils appelaient l’« indifférence » en opposition à la « différence » que nous incarnions.
Vouloir être reconnu par le droit, ce n’est pas forcément trahir la cause. Comme disait le fondateur du FHAR, Guy Hocquenghem, pour déconstruire les rôles sociaux, encore faut-il y avoir accès…
Mais Guy avait accès à tous les rôles ; c’était même sa revendication que de pouvoir jouer avec le rôle féminin en devenant objet du désir. Dans les années 1970, le mouvement « pédé » − qui se désignait comme tel, alors que nous-mêmes nous appelions « gouines » − se voulait en rupture avec le modèle traditionnel de la virilité. Ses membres scandaient « À bas la virilité fasciste ! » dans les manifs du MLF. C’étaient les seuls garçons que nous acceptions dans les cortèges du MLF, car ils se mettaient du côté du matriarcat et acceptaient leur féminité. Quant au mouvement « gouine », il était en quête d’une nouvelle forme d’authenticité en rupture avec les stéréotypes sociaux associés aux femmes. Malgré nos différences, au sein du FHAR, nous avons constitué une alliance fraternelle révolutionnaire pour l’époque !
En ce cas, pourquoi avez-vous rompu avec les associations homosexuelles ?
Pendant que les « gays » s’orientaient exclusivement vers le masculin, abandonnant leur quête de féminité, le féminisme s’est institutionnalisé avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Or, cette rentrée dans le rang s’est faite aux dépens des lesbiennes, qui se sont repliées sur le mouvement queer, abandonnant du même coup le combat pour la reconnaissance sociale de l’amour entre femmes au profit de l’« indifférenciation » des genres.
Les années sida n’ont-elles pas resserré les liens entre lesbiennes et queers ? Dans votre essai, vous insinuez que c’est l’hécatombe des années 1980 qui a engendré un désir d’enfant chez les gays.
Il est vrai que ces deux mouvements ont été concomitants. D’une part, les féministes officielles – dont certaines étaient lesbiennes – se sont plus ou moins séparées de la cause des homosexuelles censées « haïr » les hommes, car il fallait alors faire la paix des sexes. D’autre part, les gays ont exprimé un désir d’enfant inédit. Les morts du sida ont certainement beaucoup joué dans ce désir de perpétuation. Que les lesbiennes veuillent avoir des enfants, ce n’est pas surprenant. Mais les gays ont voulu transmettre leurs gènes (et leur patrimoine), tout en nous expliquant que le biologique n’avait aucun poids dans la famille. Si tel était le cas, les associations LGBT n’exigeraient pas la GPA, mais se contenteraient de l’adoption !
En somme, on assiste au retour du refoulé génétique ou, à tout le moins, à une revanche de la nature sur la culture ?
Oui. Si l’idéologie dominante répudie toute réflexion sur les gènes, le biologique et la transmission, les individus – homosexuels compris ! – n’en demeurent pas moins travaillés par leur inconscient familial. Dans une famille, quand on n’a pas d’enfant, on n’existe pas. Moi-même, sans enfant, j’ai dû m’imposer dans ma propre famille, et cela n’a pas été facile.
Rassurez-vous : comme le mariage, la parentalité est désormais « pour tous » ! À ce propos, en lui laissant entendre qu’il peut naître de deux hommes ou de deux femmes, ne brouille-t-on pas complètement les repères de l’enfant ?
Cette fiction revient ni plus ni moins à occulter l’un des parents biologiques de l’enfant. Ne pas avoir connaissance de son héritage génétique est dramatique. L’origine, c’est fondamental, c’est un enracinement dans une mémoire familiale, un héritage physique, certaines maladies qui se transmettent de génération en génération, etc. Ayant un grand-père né de père inconnu, je sais combien un trou dans l’arbre généalogique peut faire de dégâts. Quand l’histoire de la famille n’a pas été transmise, on se retrouve manipulé par l’inconscient familial. Mais certains proposent de dénier l’origine biologique, comme si elle comptait pour rien.
Vos camarades féministes n’ont-elles pas pavé le chemin de cette déconstruction par leur lutte contre l’ordre patriarcal ?
Ah non, vous confondez luttes féministes et mouvement queer ! Hormis Élisabeth Badinter, Caroline Fourest et Irène Théry, je connais peu de féministes favorables à la « GPA éthique ». Dans les années 1970, la majorité des féministes entendaient maîtriser la fécondité et émanciper les femmes du pouvoir médical. Or, c’est pratiquement au moment où l’on obtient l’avortement et la contraception que naît Amandine, le premier « bébé-éprouvette ». Les médecins reprennent alors le pouvoir sur la procréation et font de la thérapie contre la stérilité une priorité, comme si l’on ne pouvait pas vivre sans enfant. Par la suite, la mouvance queer a surfé sur les innovations de la biotechnologie, au risque de lui confier les clés de la filiation. N’oubliez pas qu’avec la PMA, ce n’est plus la mère mais le médecin qui choisit le père de l’enfant. En plus, il sélectionne le sperme, élimine les porteurs de maladie, etc.
Si une partie des députés de la majorité souhaitait autoriser les couples de lesbiennes à recourir à la PMA, ce n’était pas pour complaire au lobby médical mais pour ne plus réserver l’emploi de cette technique aux seuls couples hétéros. Tout bien réfléchi, pourquoi n’accorderait-on pas les mêmes droits à tous ?
Avec la PMA, on franchirait un pas supplémentaire dans l’artificialité en coupant les enfants de leurs origines biologiques. En France, la PMA est permise en cas de stérilité médicalement constatée. Or, l’immense majorité des lesbiennes ne sont pas stériles. Dans leur cas, qu’est-ce qui motiverait la PMA ? On me répondra que deux femmes ne peuvent pas faire d’enfant par les voies biologiques. Mais les homosexuels ont engendré depuis des millénaires. Les lesbiennes n’ont pas besoin de recourir à des techniques médicales pour se faire inséminer par des hommes qui acceptent d’être le père biologique sans être le père social de l’enfant.
Le désir d’enfant à tout prix pousse même certains à « importer » un bébé conçu par GPA car si, en France, François Hollande s’est engagé à ne jamais la légaliser, le recours aux mères porteuses est en pleine extension à travers le monde…
La GPA nous fait bel et bien entrer dans un cadre marchand mondialisé, avec des mères porteuses qui proposent des contrats de location de ventre. Cette technique nous met face à un enjeu biotechnologique sans précédent. La GPA, c’est l’ouverture au commerce international des enfants, à la négation du rôle de la mère, dont on connaît l’importance dans la relation interpersonnelle qui se noue avec le fœtus au cours des neuf mois de grossesse. Tout ceci est scandaleux. Dans les reportages sur les cliniques de GPA en Inde, on entend des mères auxquelles on a enlevé l’enfant dès la naissance, au point qu’elles n’ont même pas pu lui donner la tétée malgré l’importance du lait maternel dans le développement du système immunitaire du nourrisson. Eh bien, des années après, à chaque anniversaire de l’enfant, elles y pensent encore… J’ajoute qu’en toile de fond, la GPA introduit un « droit à l’enfant » tout à fait abusif, et qui ne se préoccupe pas de l’avenir de l’enfant né dans de telles conditions.
Un enfant élevé par des parents homos sera-t-il forcément moins épanoui que s’il avait grandi dans un foyer hétéro ?
Bien sûr que non ! N’importe qui peut élever des enfants. Le problème n’est pas là. Mais derrière le « droit à l’enfant » et l’homoparenté, s’avance l’idée de faire des enfants sans l’autre sexe. Quelle société voulons-nous ? D’un côté, on se bat pour la mixité et, de l’autre, on rejette l’autre sexe dans un acte qui est l’essence même de la perpétuation de notre société. Au sujet des homosexuels, on parle même de « stérilité sociale », ce qui est le comble de l’homophobie puisque cela revient à affirmer que les homosexuels ne peuvent rien apporter d’autre à la société que des enfants. Nous vivons bien la fin de la contre-culture homosexuelle.
De fait, il existe des dizaines de milliers d’enfants français vivant dans des foyers homosexuels. Comment accorder des droits à ceux qui les élèvent sans bouleverser leur filiation ?
Contentons-nous d’élaborer un statut de beau-parent digne de ce nom et valable pour toutes les situations. S’agissant d’une PMA effectuée par un couple de lesbiennes, qui auraient par exemple payé une clinique en Belgique, puisque ce droit leur est fermé en France, la compagne de la mère biologique doit avoir des responsabilités reconnues par la loi. Non pas en tant que deuxième parent, mais comme beau-parent, ce qui est radicalement différent sur un plan symbolique. La même règle vaudrait pour les couples hétérosexuels. Quand aux hommes qui ont recours à une mère porteuse à l’étranger, leur situation est différente. Même s’ils peuvent prouver que l’un d’entre eux est le père biologique, le fait d’instrumentaliser des femmes est tout à fait inadmissible et contraire à la reconnaissance du droit des femmes. Nous avançons sur une pente très dangereuse…
Indépendamment des intérêts de l’enfant, la banalisation des familles avec « deux papas » ou « deux mamans » ne contribue-t-elle pas à mieux faire accepter l’homosexualité ?
Ne vous y trompez pas : cela ne fait pas accepter la différence, mais plutôt le semblable. Dans l’inconscient collectif, une lesbienne ayant un enfant est perçue comme une femme, et non comme une lesbienne. Grâce à sa maternité, elle cesse d’être transgressive et se trouve beaucoup mieux acceptée dans la famille. Côté gay, les choses sont différentes car un homme n’a pas besoin de faire des enfants pour exister dans une famille et accéder au pouvoir dans la société. On se demande d’ailleurs si la revendication du droit à l’enfant n’est pas une façon de récupérer le pouvoir du Père : transmettre son nom et son patrimoine à sa descendance. Aujourd’hui, le patriarcat revient par l’entremise des gays, dès lors qu’ils se détournent de l’égalité entre les sexes !
Le remaniement annoncé le 22 septembre du Comité consultatif national d’éthique provoque des polémiques. D’abord parce que François Hollande et des ministres ont nommé plusieurs personnes qui reflètent davantage la vision de la majorité actuelle que celle de l’opposition et même celle du Comité sortant, notamment en matière de bioéthique. Ensuite parce que François Hollande a décidé de rompre avec la coutume qui consistait à consulter les institutions religieuses avant de nommer des personnes « appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles ».
Au total, sur 40 membres, pas moins de 22 nominations ont été annoncées. On y trouvera quinze nouveaux membres et seulement sept ont vu leur mandat renouvelé. Parmi les personnes « choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d’éthique », on trouve notamment Jean-Pierre Mignard. Cet avocat proche de François Hollande est membre du Conseil national du Parti socialiste et codirecteur de Témoignage chrétien où il a pu exprimer son soutien pour la loi Taubira. Autre choix spectaculaire, abondamment commenté par plusieurs journaux catholiques : Michelle Meunier, éducatrice de jeunes enfants et sénatrice PS de Loire-Atlantique, qui milite pour la procédure du changement de sexe à l’état civil.
Quant à la place des quatre « religieux » (i. e. membres du CCNE recommandés par des organisations religieuses), François Hollande a décidé de ne pas renouveler les mandats du pasteur Louis Schweitzer et du rabbin Michaël Azoulay, alors que leurs institutions souhaitaient leur maintien. Ils ont été remplacés par deux personnes qui ne sont pas liées à des institutions religieuses : l’historienne protestante Marianne Carbonnier-Burkard et le chercheur en neurologie juif Lionel Naccache. Les mandats du catholique Xavier Lacroix et musulman Ali Benmakhlouf ne sont pas arrivés à terme.
Parmi les réactions des politiques, on relève d’abord ceux qui viennent de la droite. Ainsi en particulier Jean Leonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et auteur de la loi sur la fin de vie. Au Figaro, il a déclaré : « On sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique ! »
Une critique reprise notamment par le mouvement « La Manif pour tous », qui prépare ses états généraux.
Le président chercherait-t-il donc un CCNE à sa botte ? La question se pose, selon Philippe Gosselin, député UMP de la Manche. Dans sa tribune publiée dans nos colonnes, il écrit : « Le Président, comme les autres autorités de nomination – on pense au Président du Sénat nommant la très neutre (!) sénatrice Meunier -, ont sciemment pris le risque d’un trouble grandissant de l’opinion publique et d’un risque de manipulation d’une instance jusqu’alors respectée et écoutée. »
Le député, qui est aussi co-fondateur de l’Entente parlementaire pour la Famille, considère que « la méfiance s’est installée durablement entre la majorité et une grande partie de nos concitoyens depuis le projet, devenu loi, de ‘mariage pour tous ».
Même son de cloche pour Rachida Dati, vice-présidente de l’UMP et députée européenne, qui, dans une tribune publiée sur lavie.fr, se dit choquée par le « signal envoyé par ces évictions » : « Je suis inquiète pour la France, inquiète car au moment où la crise déstabilise et fragilise les Français, à une époque où un certain nombre de nos valeurs sont en train de voler en éclats, nous faisons fausse route en tournant le dos aux religions. «
Dans une interview à La Vie, Louis Schweitzer met également en avant les facteurs politiques qui auraient joué en faveur de son éviction : « Je crois, dit-il, que ce n’est pas sans lien avec les positions que les institutions religieuses ont prises récemment contre le projet de loi sur le mariage pour tous ». Il en veut pour preuve le fait que le gouvernement souhaite relancer la discussion sur la fin de vie. Il se réfère aussi au débat à venir au sein du CCNE sur la PMA pour les couples homosexuels : François Hollande avait déclaré qu’il se conformerait à l’avis du CCNE. Une déclaration d’autant plus étonnante que le Comité d’éthique est consultatif.
Le pasteur baptiste et professeur d’éthique craint surtout un « retour à une laïcité musclée » : « Le gouvernement fait comme si les chrétiens liés à une institution religieuse n’étaient pas libres de penser et dignes d’avoir leur mot à dire sur les questions de société. Je vois là un refus d’accepter la présence des religions dans le champ du débat public. Mais il serait fou de penser que les religions n’auraient rien à dire sur les sujets de société ! »
Ces craintes ne sont pas partagées par la gauche en général et par nombre d’acteurs qui connaissent bien le CCNE. C’est le cas de Didier Sicard, président d’honneur du Comité d’éthique. Dans son interview à La Vie, il s’érige contre l’idée selon laquelle cet organisme risquerait maintenant de devenir une courroie de transmission du pouvoir politique : « A vrai dire, ces nominations me paraissent excellentes, voire prestigieuses. On fait un procès d’intention au pouvoir en pensant qu’il cherche des personnalités allant dans son sens ; c’est une absurdité. Au CCNE, sont nommées des personnes compétentes en elles-mêmes, réputées pour leur intégrité et leur capacité à penser, et non pas pour leur prosélytisme ou leur conformisme à une sensibilité politique. » Didier Sicard ne pense pas non plus que l’éviction des « religieux » pose problème : « Ce sont bien des individus que l’on choisit, à cause de leur apport de pensée, et qui, à nouveau, ne représentent qu’eux-mêmes. Dès lors ces sensibilités religieuses libres, constituent une grande richesse pour la réflexion commune. »
A ce sujet, il faudrait néanmoins préciser que les quatre membres du CCNE recommandés par leurs institutions religieuses n’ont jamais eu la réputation de jouer le rôle des ambassadeurs de leurs religions. Dans l’histoire trentenaire du Comité, on a même vu un membre recommandé par les évêques qui s’est prononcé pour une exception d’euthanasie. Rappelons aussi que les institutions religieuses n’avaient pas une faveur particulière. Le président de la République, plusieurs ministres, le président du Sénat, le vice-président du Conseil d’Etat peuvent évidemment désigner directement « leurs » membres. Et ce sont les présidents de l’Académie des sciences, de l’Académie de médecine, de l’Institut nationale de la santé et de la recherche médicale et de bien d’autres instituts encore, qui désignent, pour chacun d’entre eux, « leur » membre du Comité d’éthique. Le rôle des institutions religieuses était purement facultatif.
Pour l’instant, ce sont surtout les instances représentatives protestantes qui ont réagi. Le président de la Fédération protestante, indigné, a écrit une lettre de protestation au Ministère de l’Intérieur. Le Conseil national des évangéliques de France a publié un communiqué le 26 septembre dans lequel il s’inquiète d’une vision réductrice de la laïcité : « Les autorités laissent à penser que les croyants seraient les seuls à n’avoir ni la liberté de penser ni la dignité pour s’exprimer sur les questions de société. »
Or la question se pose avec d’autant plus d’acuité : Le comité d’éthique a-t-il vocation à devenir plus politique ? Est-il désormais aux ordres du pouvoir ?