Présidentielle 2017: Pourquoi Fillon va gagner (Rêve de Buisson, cauchemar de Macron: la meilleure analyse de la désormais inéluctable victoire de Fillon)

Capture d'écran du site http://operation-voscouleurs.fr/. https://jcdurbant.files.wordpress.com/2017/04/d7e78-1485996653955.jpg?w=450&h=312Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non. Emmanuel Macron
Oui en marche, ça marche pour moi et toi. Comment ça marche ? Viens prendre le train en marche. Car toi et moi, ensemble, ça marche pour nous… Ensemble, on marche, ça marche, car tous ensemble, on rêve en marche… Travail, liberté, égalité, ouverture, fraternité »… Vidéo de soutien de Macron
Vous savez pourquoi le NPA est fichu ? Parce qu’on ne transforme pas un groupuscule d’intellectuels juifs du Quartier latin en parti de masse des banlieues musulmanes. Jean-Luc Mélenchon (2012)
Aujourd’hui, l’équilibre pour repousser Marine Le Pen et François Fillon est là. N’oublions pas que la droite ultrathatchérienne, réactionnaire et catholique, est toujours debout. Elle se fout des affaires autant que l’extrême droite qui soutient Le Pen. Aujourd’hui, le candidat pour se sortir de ce marasme, c’est plutôt Emmanuel Macron. Daniel Cohn-Bendit
Je suis venu vous parler de l’identité de notre nation, je suis venu vous parler de la France (…) Il y a un bien étrange tabou dans notre pays qui résonne, ainsi que l’écrivait l’historien Marc Bloch, comme une étrange défaite. Oui, on n’ose plus prononcer, aujourd’hui, les mots ‘d’identité’, de ‘France’, de ‘nation’, de ‘patrie’, de ‘racines’ et de ‘culture’. On est sommés de se faire discrets. Eh bien non,  ensemble, nous prenons la parole. François Fillon
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
Il a pastellisé la campagne. Il y a du rose, du jaune, du bleu ciel. On est revenu à Hélène et les garçons […] c’est la cantine de la fac. Stéphane Attal (Les Influenceurs)
Valéry Giscard d’Estaing serait-il mort sans que personne n’en ait été averti, pour que France Télévisions diffuse le 3 avril un documentaire à sa gloire, plus flatteur qu’aucune nécrologie ne saurait être ? Non, bien sûr que non… À moins que Giscard d’Estaing, de vous à moi n’ait été diffusé, à trois semaines du premier tour de la présidentielle, que pour mieux installer l’idée qu’après celui qui fut, à 48 ans, le plus jeune président de la Ve République, un homme plus jeune encore puisse prendre place à l’Élysée. Tout dans les traits de caractère mis en évidence dans le documentaire le suggère, comme pour mieux établir un parallèle sinon une fi liation. Giscard ? Un homme « à l’ascension politique fulgurante », nous dit Patrice Duhamel. Un « séducteur à la recherche obstinée de l’affection des Français ». « Ils sont surpris, séduits et parfois agacés par ce personnage atypique qui veut moderniser la France. » La voix off semble avoir été écrite pour Emmanuel Macron. Depuis qu’il a surgi sur la scène politique, avec l’ambition assumée de devenir le prochain président de la République, l’ancien ministre de l’Économie aura bénéficié, plus qu’aucun autre candidat, d’une campagne médiatique tout à son avantage. (…) Reste que la presse, qui se targue d’avoir encore beaucoup de pouvoir, ne sait plus que détruire ou affaiblir. François Fillon, comme d’autres avant lui, en a fait l’expérience douloureuse durant cette campagne. Elle est impuissante à créer ex nihilo un futur président, quand bien même certains, comme le politologue Thomas Guénolé, jugent que les médias ont « suscité artificiellement l’intérêt » et que « la bulle Macron est la conséquence d’un matraquage publicitaire massif ». Plus sûrement, la manière d’Emmanuel Macron d’assumer sans complexe son parcours, sa faculté à savoir raconter une histoire, à fabriquer de l’optimisme dans un environnement de plus en plus anxiogène et à se montrer raisonnablement transgressif, autant que sa jeunesse et son intelligence remarquable ont permis à l’ancien ministre de l’Économie d’être propulsé en tête de gondole des produits de communication qui marchent. « Je fais vendre du papier », avoue-t-il à Léa Salamé, avec un petit sourire satisfait. Valeurs actuelles
Les partis se servent des primaires comme d’une procédure de relégitimation pour tenter de remédier à leur profond discrédit. Leur seul objectif est de conserver le monopole de sélection des candidats à la présidentielle.Les primaires accentuent la dérive vers le suffrage censitaire. Ne vont voter que les inclus, les catégories favorisées, les retraités. Ce qui ne fait qu’aggraver la crise de la représentation en renforçant le poids politique des classes privilégiées, alors qu’il faudrait rouvrir le jeu démocratique. (…) Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour la droite. La bonne, c’est que la droite redevient la droite en se libérant partiellement de l’hégémonie idéologique de la gauche avec l’écrasante défaite de Juppé. La mauvaise, c’est que la droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique. La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés, s’il veut disputer l’électorat populaire à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est ce désenclavement sociologique qui a fait la fortune du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour du Général et de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est une équation très difficile à réaliser. (…) De sortir de sa contradiction qui est l’incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Le risque pour Fillon, c’est d’être perçu comme le candidat du patronat et des classes dominantes, le candidat de la « mondialisation sauvage ». On voit bien l’espace carcéral symbolique dans lequel le FN et la gauche vont chercher à l’enfermer. Or, son succès s’explique par deux facteurs : il est apparu capable de restaurer la fonction présidentielle dans sa dignité et sa sobriété. Et il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort. Le nom de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, circule pour Bercy…Il circulait déjà du temps de Sarkozy. Je ne veux pas croire que s’il devait être élu, François Fillon enverrait un tel message de déséspérance au peuple français. (…) Il a été porté par un électorat conservateur et catholique qui n’était pas du tout tenté par le vote Le Pen compte tenu de ses positions sociétales. L’élection de Fillon ne dit rien sur le comportement des 20 millions d’électeurs de la « France périphérique » qui feront l’élection présidentielle. Et pour cause : ceux-là ne sont pas déplacés dimanche. (…) Remplir les salles, ce n’est pas remplir les urnes. Il a fait une campagne à contresens, grossièrement populiste, alors que l’électorat populaire n’était pas concerné par la primaire. On a dit que c’était la ligne Buisson, mais je ne me reconnais absolument pas dans cette campagne caricaturale et vulgaire avec la double portion de frites, les Gaulois etc. La seule chose qu’il sait faire, c’est habiller avantageusement ses déroutes. Qu’il se donne à admirer ou à plaindre, c’est toujours Narcisse qui parle. (…) Mon livre n’a fait que cristalliser un long processus antérieur. Avec Sarkozy , ce n’étaient pas les idées qui étaient décrédibilisées mais le médium qui était discrédité. Le Brexit, l’élection de Donald Trump. (…) C’est une protestation du peuple au sens d’un demos qui réclame plus de démocratie. Du Brexit à Trump, le peuple a compris que la démocratie de la classe dirigeante avait pour objet de l’empêcher de se mêler de ce qui le regarde ! Il ne le supporte plus. On réduit cela par confort au racisme des petits blancs. Quelle erreur d’analyse , quel aveuglement. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles. Patrick Buisson
Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Eric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme. Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon. La réflexion de ce philosophe de formation qui, à 41 ans, anime avec Julien Dray l’aile gauche du PS sonne agréablement à ses oreilles. « Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…) Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008. (…) Les conseils du collaborateur de Nicolas Sarkozy ne sont évidemment pas désintéressés : tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre. Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Le président sortant cite son nom – la meilleure façon de le faire exister – et vante publiquement son tonus et son tempérament. De son côté, Mélenchon réserve ses flèches les plus venimeuses à François Hollande et à Marine Le Pen, qui menace de prendre des voix au candidat UMP. Il critique le quinquennat du sortant, mais sans s’en prendre personnellement à Nicolas Sarkozy, un « chef de guerre », salue-t-il. Ariane Chemin et Vanessa Schneider (Le Mauvais génie, 2015)
Depuis plusieurs années, déjà, la proximité entretenue par Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson, exposée à plusieurs reprises par la presse, suscite la controverse. Les révélations sur l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy contenues dans la biographie Le Mauvais Génie (Fayard, 306 pages, 19 euros) que lui ont consacrée Ariane Chemin et Vanessa Schneider, journalistes au Monde – dont Le Monde du 17 mars a publié les bonnes feuilles –, ne font qu’ajouter un chapitre au débat. Elles établissent notamment que le député européen et l’ancien journaliste d’extrême droite ont échangé à des périodes-clés de la carrière de M. Mélenchon. M. Buisson, réputé fin connaisseur des sondages, aurait même joué à l’occasion le rôle de conseiller politique. Des faits réfutés dès mardi soir, sur Facebook, par le chef de file du Parti de gauche (PG), qui évoque une « pure invention ». Les deux hommes se connaissent de longue date. Leur première rencontre se déroule en 1993, par l’intermédiaire d’un journaliste de Valeurs actuelles, écrivent Ariane Chemin et Vanessa Schneider dans leur livre. Bien qu’opposés intellectuellement – l’un est issu du trotskisme, l’autre de l’extrême droite –, ils se vouent très vite une estime mutuelle, par amour de l’histoire et du débat politique. MM. Mélenchon et Buisson sont amenés à se revoir à de nombreuses reprises dans le cadre de l’émission « Politiquement show » que le second anime sur LCI. Le maurrassien, décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, invite Jean-Luc Mélenchon à sa cérémonie de remise de médaille. Ce dernier, qui appartient encore à cette époque au Parti socialiste, se rend à l’Elysée pour assister aux agapes, tout comme Jean-Christophe Cambadélis, l’actuel premier secrétaire du PS. Plus que ces années ponctuées de déjeuners et de coups de téléphone, ce sont surtout les échanges de nature politique dans des moments importants de la carrière de M. Mélenchon qui font réagir. « Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008 » et à fonder le Parti de gauche, écrivent nos consœurs, qui notent qu’une « alliance subliminale se scelle » entre les deux hommes à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012. Pour le conseiller de Nicolas Sarkozy, « tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre ». Le Monde
La campagne Fillon favorise-t-elle l’«union des droites», le vieux «rêve de Patrick Buisson»? 20 minutes
Au sein de LR, la défaite de François Fillon est plus que pronostiquée. Actée. Il suffit pour s’en convaincre de constater la faiblesse des soutiens apportés par Sarkozy et Juppé. (…) Hormis quelques derniers acharnés, par exemple le sénateur Bruno Retailleau qui traverse cette campagne électorale tel un illuminé, les principaux responsables de la droite républicaine sont persuadés que, sauf « miracle politique », François Fillon sera éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle. Ils n’excluent pas davantage l’hypothèse selon laquelle leur « champion » pourrait finir au quatrième rang du premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon. La honte! Et le risque que LR, le principal parti de la droite républicaine, se disloque aussitôt après. Certes, ils seront tous présents ce dimanche après-midi Porte de Versailles à Paris lors du dernier grand meeting Fillon entourant « leur »candidat et assurant la claque comme il convient en pareilles circonstances, en particulier le si modéré Gérard Larcher, le président du Sénat, et le très droitier Laurent Wauquiez, François Baroin et Valérie Pécresse, incarnations de la tempérance en politique. Mais à y regarder de près, de plus près, de très près, ces quatre là, en principe les fers de lance de la campagne Fillon, seront restés sur leur quant-à-soi du premier au dernier instant. Service (ultra) minimum- une poignée de meetings, quelques interventions audiovisuelles, une présence discrète sur les réseaux sociaux, pas davantage, surtout pas. François Fillon est à ce point conscient de ce retrait à la fois politique et personnel qu’il n’adresse quasiment plus la parole à Larcher, ami intime depuis plusieurs décennies. Dans ce contexte plus que tourmenté, Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, les deux principales victimes de la primaire, se sont enfin décidés à intervenir. A quelques jours du premier tour, dans un contexte ultra difficile, il était grand temps. Sauf que là encore, les deux « références » et « référents » de la droite républicaine se sont contentés d’un double service minimum avec de multiples…arrière pensées. Utilisant sa page Facebook, l’ex-président exprime un  soutien d’une confondante…perversité! Parce qu’il pose d’emblée le postulat selon lequel François Fillon n’est pas, loin de là, le candidat idéal mais que, tant pis, trop tard, il faut faire avec. Lisons et relisons ces premiers mots, apparement emplis de bon sens, mais en réalité d’une infinie cruauté. « Il n’y a pas de place pour les hésitations ou les états d’âme », intime Sarkozy. Fort bien. Mais le rappeler si peu avant l’échéance, c’est une manière à peine détournée de remettre du sel sur les plaies, de signifier à nouveau que François Fillon- et lui seul- a pris la (lourde) décision de se maintenir et, conséquemment, de fracasser la droite, selon toute probabilité… (…) Alain Juppé sera pour sa part plus elliptique encore. Un tweet, quelques signes, pas davantage, expédié : « Le monde est dans la tourmente, la France a besoin d’un président expérimenté. François Fillon a cette expérience. Je lui confirme mon soutien ». Le maire de Bordeaux, claquemuré dans sa ville, ne supporte pas le soupçon de « trahison »: qu’il serait « le Valls de droite », qu’en sous-main il pourrait soutenir Emmanuel Macron, qu’au lendemain du premier tour une partie de son entourage rejoindrait le candidat d’En Marche, que son lieutenant Edouard Philippe, le maire du Havre, ferait un remarquable ministre du nouveau président. Alors un tweet pour couper court et retourner à la discrétion, au silence. Jusque cette « nuit des longs couteaux » qui ne devrait plus guère tarder. A ce jeu du grand massacre, il va de soi que Nicolas Sarkozy se prépare. Non pas tant qu’il veuille reprendre lui même un pouvoir direct sur une droite à la fois disloquée et dans l’opposition; mais l’ex-président entend être le maître d’œuvre d’un nouveau meccano mis en place pour éviter une déroute aux élections législatives. Pour cela, il voudrait confier le parti « Les Républicains » (sa chose, sa création…) et la campagne électorale à un tandem Baroin-Wauquiez qu’il influencerait en permanence. Encore faudrait-il que les deux impétrants le veuillent ou le puissent. Wauquiez, l’ultra-droitier, versus Baroin, le gaulliste-social disciple de Jacques Chirac. Maurice Szafran
Des participants au meeting de François Fillon ont été reconduits vers la sortie. Motif invoqué par le service de sécurité du candidat : « pas assez d’applaudissements ». (…) Contacté par France 3 Occitanie, l’entourage de François Fillon reconnait avoir procéder à l’exfiltration de 3 participants. L’attitude des expulsés et une question de sécurité sont invoquées : Les 3 personnes se trouvaient dans un endroit dangereux pour la sécurité du candidat. Ils avaient effectivement une attitude de neutralité qui pouvaient les rendre suspects. France 3
Suite à l’enfarinage de l’ancien Premier ministre François Fillon jeudi à Strasbourg, deux personnes, dont l’agresseur, sont toujours en garde à vue. (…) L’homme qui s’est fait passer pour un militant, a déversé sur le candidat de la droite un paquet rempli de farine, avant de se faire plaquer au sol par les services de sécurité. Il est fiché « S » mais pas pour des activités liées au terrorisme, précise le service police-justice de franceinfo. Le jeune homme était surveillé après des séjours dans des pays sensibles et un retour d’Afghanistan dans le cadre d’un voyage touristique en 2011 sans aucune preuve qu’il ait combattu dans ce pays, ont indiqué des sources policières et judiciaires. Il n’a d’ailleurs pas été incarcéré à son retour d’Afghanistan et il n’est plus suivi par les services de renseignement. Et n’est pas lié à la mouvance islamiste. Cet homme et un second individu ont été placés en garde à vue jeudi soir, après l’agression du candidat de la droite. les deux gardes à vue sont toujours en cours. Francetv info
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
En se joignant à la manifestation parisienne, le président de la République défendait l’idée que si la France devait « se ressaisir », c’était à l’État de donner l’impulsion. Par ce geste, il montrait également qu’il avait pris note des critiques formulées depuis l’annonce de la profanation, par voie de presse, à l’encontre de son gouvernement. En effet, pour nombre de journalistes, la profanation était symptomatique d’une France en crise. François Mitterrand a été réélu le 8 mai 1988 à la présidence de la République mais son parti est en déroute. « Le bilan des années Mitterrand aurait pu être positif s’il n’était entaché par une grave carence morale et […] un développement considérable de la corruption. » Le gouvernement et les parlementaires socialistes ont souffert d’un discrédit profond dans l’opinion, conséquence de l’enchaînement ininterrompu des « affaires »  Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement… . La série d’élections en 1988-1989 est un bon indicateur de la crise qu’ils traversent. Aux municipales et cantonales, on relève une augmentation de l’abstention et une réorientation du corps électoral vers le FN ou les Verts. Les élections européennes ne font que confirmer cette tendance. Quant à la droite, elle peine à se positionner sur l’échiquier politique français. Les éditoriaux du Figaro illustrent bien de quelle façon les proportions de l’événement Carpentras, rapportées à la morosité politique ambiante, ont été redimensionnées : « N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire » (Franz-Olivier Giesbert) . Le 14, Xavier Marchetti poursuit dans la même veine : « Il faut aussi faire la part de la pernicieuse dégradation de la vie politique. Elle entraîne moquerie et rejet »  (Xavier Marchetti). D’aucuns rétorqueront que Le Figaro, journal de droite, en a profité pour tirer à bout portant sur les socialistes. Mais leurs confrères de Libération ont aussi relié l’événement au climat général. Ils parlent d’« authentique désarroi » et citent Jacques Chirac qui voit dans cette profanation la manifestation d’une « crise dont nous sommes tous responsables » (Marc Kravetz). Au moment où les formations traditionnelles étaient en proie au malaise, sans réponse face aux problèmes de l’immigration À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance…  et de l’insécurité, le FN récoltait des voix. Qui veut comprendre la facilité avec laquelle s’est mise en place la rhétorique de culpabilisation du FN autour de la profanation de Carpentras doit la mettre en relation avec la visibilité croissante du parti dans le paysage politique français. Que l’acte ait eu lieu en Provence, terre d’élection du Front National, qu’il ait été commis, apparemment, dans la nuit du mercredi au jeudi Les premières conclusions de l’enquête ont débouché… [17] , juste après le passage de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité : ces données forment un faisceau d’indices qui désignent le parti d’extrême droite comme coupable pour la classe politique. (…) En septembre 1990, un article du sociologue Paul Yonnet dans la revue Le Débat relance la polémique : l’ancrage historique de l’événement aurait eu pour but d’assurer « la culpabilité récurrente de Le Pen »  Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre… . Ce rebondissement vient étayer la thèse selon laquelle cette profanation est devenue presque instantanément un « récit médiatique » construit et imposé. Dès son exposition sur la scène publique, l’acte a échappé à ses protagonistes. Les médias et les pouvoirs publics se sont approprié l’information pour la reconstruire selon leurs interprétations, interdisant de la regarder comme une empreinte immédiate du réel. La profanation n’est pas la première du genre mais en mai 1990 à Carpentras le cadavre d’un homme juif a été exhumé et empalé (il s’agissait en fait d’un simulacre, comme le révélera l’enquête par la suite). Ce fait a joué de tout son poids dans la réception de la profanation. Il a constitué le motif sur lequel les instances de médiation ont pu unanimement greffer une trame aux tissages politique, historique et mémoriel. La conjonction de plusieurs éléments contextuels, désarticulation du corps social et climat politique délétère, ascension électorale du Front National, réactivation concomitante de la mémoire de la Shoah et de la mémoire de Vichy, permet seule de dénouer les fils du récit médiatique de la profanation de Carpentras. Émergeant dans une France profondément désorientée, l’acte perpétré a cristallisé les angoisses et les hantises du moment, en libérant les consciences et la parole. La manifestation du 14 mai 1990 a bien montré la valeur curative que l’on a prêtée à l’événement : expurger les maux de la société et la gangrène de la mémoire. Floriane Schneider
N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire. Franz-Olivier Giesbert
The Left in France has been using the rhetoric of “anti-racism” to give itself a moral agenda and place the mainstream Right on the defensive. Up to now, moreover, this tactic has been successful. At Carpentras, the Minister of the Interior (who has responsibilities comparable to our Attorney General) virtually accused Le Pen of being responsible for the outrage. Then, as if such blatant politicization of a criminal affair were not sufficient, the Interior Ministry proceeded thoroughly to botch the Carpentras investigation. Not only was evidence lost, but it developed that the desecration, undoubtedly disgusting, was not quite so gross in its physical details as the Minister (and his government colleagues) had at first let on. Whether they themselves had been deceived by misleading reports, or whether they were unable to resist an opportunity to make a public show of moral indignation, will probably never be known. What is known is that there is no extremist group in France, particularly on the far Right, that remains closed to the police, and if any such group had been implicated the fact would have emerged quickly. As Salomon Malka, a radio journalist, was forced to conclude, “We feel we’ve been cuckolded. I hope it’s not worse than that. But the crime certainly was manipulated for political ends. »  Beyond the calculations of domestic politics, public displays of “anti-anti-Semitism” in France, as the historian Annie Kriegel has noted, serve another purpose: “covering” a government foreign policy that is not well disposed toward Israel, and indeed has not been well disposed ever since the Six-Day War of 1967. (If anything, Mitterrand has been rather more sympathetic, at least at the level of gestures, than his predecessors.) Thus, just after Carpentras, the French government sent its human-rights man, Bernard Kouchner, to Israel to complain about its treatment of Arabs. Finally, and perhaps most importantly, the intellectuals in France (broadly speaking), despite their ritual “anti-anti-Semitism,” have permitted a public discourse to develop in which anti-Semitism nevertheless is a factor. Today, “certain things” can be said in France about the Jews that could not have been said twenty, let alone thirty or forty, years ago; and though these “certain things” are ritually denounced, they are seldom rebutted. What has happened in the intellectual world is that sentimental indignation often has taken the place of serious combat. The shifting attitudes of the French Left to Israel play an important role here. It was Liberation, the same paper that ran the headline “Outrage” after Carpentras, that in 1976 greeted Israel’s lifesaving raid on Entebbe with the headline, “Israel, Champion Terrorist.” The paper would almost certainly not do this today—after repeated demonstrations of the way Israel’s enemies behave, the French media have acquired a certain respect for that country’s security requirements. Yet the often virulently anti-Israel view which prevailed on the Left between the end of the Six-Day War and the withdrawal from Lebanon did make it easier to raise other “questions” about the Jewish people, past and present, and the poison of that earlier view still lingers in the air. No wonder, then, that French intellectuals, whose delicate consciences only yesterday were hurt by Israel’s insistence on defending itself, today often lack the lucidity needed to mount an effective argument in behalf of Israel in particular, and the Jewish people in general, and instead wander perplexedly about in what the historian François Furet has justly called the “desert of antiracism.” So there is an atmosphere in France—a tone, if you will—which, although hardly responsible for events like Carpentras, is very much part of the explanatory context in which such events take place. Richard Kaplan
Il y a d’abord l’immense frisson qui secoue la France. Frisson d’horreur, tant la profanation de Carpentras est odieuse, frisson de révolte face à l’antisémitisme. Le 14 mai, à Paris, une foule innombrable s’écoule de la République à la Bastille, et c’est la nation qu’elle incarne. Ce jour-là, pour la première fois depuis la Libération, un président de la République participe à une manifestation de rue: François Mitterrand accompagne le cortège quelques minutes. Tout l’éventail politique est au premier rang, en une ribambelle d’écharpes tricolores, et Jean-Marie Le Pen est rendu « responsable non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste depuis des années », comme le formule alors Pierre Joxe. Les piétinements de l’enquête ouvrent après l’été le chapitre du doute. Le sociologue Paul Yonnet le détaille, en septembre 1990, dans un article de la revue Le Débat intitulé « La machine Carpentras, histoire et sociologie d’un syndrome d’épuration ». Débordés par les progrès du lepénisme, les politiques auraient érigé Carpentras en drame national pour terrasser le Front national par un discrédit définitif. Et rétablir auprès de l’opinion une estime ruinée par la récente loi d’amnistie du financement politique. Dès la mi-juillet, Jean Hassoun, président de la communauté juive d’Avignon, avait confié cet état d’âme: « Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. » Le malaise s’aggrave quand les pistes locales semblent emporter l’adhésion des enquêteurs. Messes noires qui auraient dégénéré, délinquance morbide de la jeunesse dorée de Carpentras, elles composent le troisième chapitre. Il va traîner en longueur, sans apporter aucun dénouement. (…) En s’enlisant, l’affaire Carpentras est en effet devenue une arme pour le Front National, un boomerang qu’il veut voir revenir à la face de l’ « establishment » politique. Dès le 10 mai 1991, un an après la profanation, Jean-Marie Le Pen porte une lettre à François Mitterrand, lui demandant de « réparer publiquement l’injustice dont le FN a été victime ». Et, le 11 novembre 1995, 7 000 militants d’extrême droite viennent à Carpentras réclamer des « excuses nationales ». « Carpentras, mensonge d’Etat », est alors en passe de devenir un argument majeur et récurrent de la rhétorique lepéniste. Les aveux brusques et tardifs du skinhead avignonnais, Yannick Garnier, imposent un épilogue qui est aussi un retour à la case départ. Politiquement, l’affaire, après avoir servi les intérêts du FN, se retourne contre lui. Les lepénistes hurlent déjà à la manipulation en affirmant que « les coupables sont presque parfaits », mais les faits, cette fois-ci, sont bien établis. (…) Trois types de profanations peuvent être distingués. Le premier est le vandalisme banal: en juin dernier, trois cimetières militaires de la Première Guerre mondiale ont été dévastés dans le Nord-Pas-de-Calais, et, le 26 juillet, cinq enfants âgés de dix à douze ans ont abîmé une centaine de tombes à Mulhouse. Le second type est la cérémonie satanique, comme, au début de juin, à Toulon, où les coupables ont été arrêtés. D’effroyables mises en scène accompagnent souvent ces actes, qui visent surtout les cimetières chrétiens, au nom de l’Antéchrist. A Toulon, un crucifix fut planté à l’envers dans le coeur du cadavre exhumé. Il y a enfin les profanations antisémites. Nombreuses, elles sont souvent gardées le plus secrètes possible par les autorités juives, pour éviter les « épidémies ». Dans le mois qui suivit Carpentras, 101 actes antisémites furent recensés, contre six par mois d’habitude. Christophe Barbier
Carpentras, c’était une manipulation. Hubert Védrine
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »  Le Point
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017 », il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour
Les électeurs du FN, en s’abstenant ou votant blanc, ont fait perdre la droite qui est redevenue la plus bête du monde : alors que le pays est culturellement et sociologiquement à droite, la majorité vient de payer son incapacité à s’adresser au peuple perdu. Les principaux leaders de l’UMP, qui ont cru malin de faire la fine bouche devant l’électorat de Marine Le Pen et ses inquiétudes, sont coresponsables de l’échec de Nicolas Sarkozy (48,38% contre 51,62% à François Hollande), le candidat vaincu payant lui-même ses promesses non tenues en 2007. Il est de bon ton dans les médias de critiquer la « ligne Buisson », du nom du conseiller présidentiel qui avait convaincu le candidat de faire, à côté de ses discours peu mobilisateurs sur le désendettement et le rapprochement franco-allemand, une campagne sur la défense de l’identité française. Je pense, pour ma part, que cette ligne était la bonne et qu’elle a permis à Sarkozy de faire une belle remontée jusqu’à espérer gagner au second tour. Mais cette stratégie à été décidée trop tard, laissant deviner un manque de conviction du candidat. Les réticences de nombreux ténors de la majorité à parler immigration ou communautarisme ont pu convaincre aussi de l’insincérité de la posture de Sarkozy.(…) En tout cas, l’élection de Hollande a eu pour premier mérite d’illustrer la réalité du communautarisme en France, ce sujet que le candidat a dit vouloir combattre tout en promettant de faire respecter la laïcité. Je ne pense pas avoir été le seul à avoir été choqué de voir, dimanche soir sur les télévisions, les multiples drapeaux étrangers brandis aux alentours de la colonne de la Bastille : algériens, marocains, palestiniens, etc. Ces manifestations d’appartenance sont à mettre en parallèle avec les excellents scores qu’Hollande enregistre dans les « quartiers populaires » (comprendre : quartiers musulmans). En Seine-Saint-Denis, il l’emporte massivement avec 65,32% des suffrages contre 34,68% pour Sarkozy. A Clichy-sous-Bois, d’où sont parties les émeutes de 2005, il enregistre 72,07%, et même 89,04% dans le quartier « sensible » du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. De semblables résultats se retrouvent jusque dans certains arrondissements de Paris, comme le XX e, le XVIII e ou le XIX e. Hollande s’est donné deux priorités : la justice et la jeunesse. Il n’a pas dit : le désendettement et le communautarisme… Ivan Rioufol
La majorité des Français sont à droite et pourtant la gauche aura bientôt tous les pouvoirs dans notre pays – faute d’un accord bien improbable passé entre les droites avant les élections législatives. (…) Les responsabilités de ce qui n’est pas une victoire de la gauche, mais une défaite des droites provoquée par leur désunion, est donc partagée entre la droite parlementaire et le Front national. Tant que la droite ne se sera pas débarrassée à la fois de la pusillanimité héritée du chiraquisme, et des rancœurs lepénistes, la gauche aura de beaux jours devant elle. Pierre Menou
Souvenons-nous qu’il y a un an Sarkozy était donné battu au premier tour et qu’il s’est finalement maintenu à un niveau élevé au premier tour, compte tenu de la performance de Marine Le Pen. Dès lors, et compte tenu de son bilan social, mais aussi en matière d’immigration et de sécurité, ainsi que de la puissance de l’anti-sarkozysme, le résultat est inespéré pour lui. Sociologiquement, Nicolas Sarkozy perd car contrairement à 2007, il n’a pas su capter le vote populaire. Ces catégories lui font notamment payer son échec sur la question sociale mais aussi sur les thématiques immigration/sécurité. D’ailleurs, si au premier tour les catégories populaires, notamment les ouvriers, avaient plutôt choisi Marine Le Pen, dimanche dernier elles se sont plutôt portées vers Hollande (par anti-sarkozysme plus que par adhésion), l’abstention et/ou le vote blanc. (..) Les résultats illustrent la déception des milieux ouvriers et employés qui estiment ne pas avoir été entendus ni sur la question sociale, ni sur les thématiques identitaires. En fait, contrairement à ce que l’on dit, Sarkozy a pris en compte bien trop tard l’importance du ressentiment et la place des thématiques identitaires en milieu populaire. (…) Le résultat du premier tour a validé cette stratégie. Sans cette stratégie, Nicolas Sarkozy aurait fait 20% au premier tour et 42-43% au second. Et puis que pouvait-il faire ? Compte tenu de la situation sociale, il n’allait quand même pas faire une campagne sur son bilan ou le pouvoir d’achat ! Il n’allait pas non plus faire la même campagne que François Hollande ! On peut d’ailleurs noter que, malgré cette « droitisation », Sarkozy a capté tranquillement les voix de François Bayrou… En fait, la « drôle de campagne » du 2e tour s’explique par le fait que les deux qualifiés étaient des représentants de la « France du Oui » une France encore plus minoritaire aujourd’hui qu’en 2005. Les deux candidats étaient aussi les représentants de partis qui ont accompagné l’adaptation de la société française au libre-échange et à la mondialisation, que les classes populaires rejettent depuis des années. Dans ce contexte, les deux candidats, qui ne proposent aucune véritable alternative économique et sociale à une France populaire fragilisée n’avaient d’autre solution que de cliver sur des thématiques d’ordre « socio-culturelles ». Or, s’il est évident que le camp sarkozyste est allé dans cette direction, on ne voit pas qu’en réalité la gauche a aussi fait ce choix, plus discrètement. On ne voit pas à ce titre à quel point la stratégie « Buisson » fait écho, et a contrario, à celle du think-tank Terra-Nova. Dans les deux cas, il s’agit d’opter pour le « socio-culturel ». A gauche, la stratégie Terra Nova centrée sur les bobos-minorités-grandes agglomérations a été très critiquée dans son propre camp. Même chose à droite avec Buisson. Mais si l’on fait l’analyse sociologique du vote, ces deux stratégies très contestées sont celles qui ont le mieux fonctionné dans les deux camps ! François Hollande fait le plein en banlieue, dans les dom-toms, dans les grandes villes, chez les catégories diplômées, etc. Inversement, Sarkozy réalise ses meilleurs résultats dans les espaces ruraux. (…) il existe désormais un clivage socio-culturel gigantesque au sein de la France : 48,38% des électeurs se sont tout de même positionnés sur une thématique qu’on a dit « fasciste » et identitaire. C’est une nouveauté. L’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué. Surtout, il apparaît que cette dimension est désormais intégrée au discours politique. Si la droite a « cogné » très fort (je pense notamment aux sorties de Claude Guéant..), la gauche a aussi participé à cette ethnicisation du discours en fascisant Sarkozy. Les attaques d’Axel Kahn qui a déclaré dans l’entre-deux tours que la mobilisation autour de Nicolas Sarkozy au Trocadero c’était Nuremberg ou de Mélenchon qui traite Sarkozy de « petit blanc raciste » en sont une illustration. Si la droite a ciblé l’immigration musulmane, la gauche a fascisé Sarkozy et indirectement son électorat en sous entendant qu’il était xénophobe, blanc, etc. (…) Quelque chose est toutefois en place qui dépasse très largement les simples dynamiques de gauche ou de droite. C’est pourquoi l’évocation de mai 1981 à l’occasion de ce mois de mai 2012 me semble particulièrement hors sujet . Christophe Guilluy
Nicolas Sarkozy joue son va-tout sur la nation, les frontières, le travail – le vrai ou le faux, la famille – la vraie ou la fausse. Il lance contre la gauche la bataille qu’il n’a jamais menée en cinq ans. L’homme qui ne regrette pas d’avoir fait l’ouverture se rend compte, mais un peu tard, que la guerre politique est d’abord culturelle. Le président, qui se vantait d’avoir détruit le Front national, juge désormais anormal que les socialistes puissent traiter affectueusement l’extrême-gauche tandis que la droite est vouée aux gémonies si elle n’insulte pas l’extrême-droite. Sarkozy semble découvrir ingénument cette vieille exception française…  Zemmour
La mobilisation du peuple de droite voulue par Buisson, Guaino et Sarkozy a incontestablement payé. Longtemps scotché à 45% dans les sondages, Sarkozy finit à 48. Il pourra longtemps regretter de ne pas être parti plus tôt en campagne. Il pourra surtout regretter de ne pas avoir tenu les promesses faites en 2007, à l’électorat populaire qui avait misé sur lui. À l’époque aussi, il avait beaucoup parlé d’immigration, de laïcité, de patriotisme, de protection et de frontières. Il avait ainsi siphonné les voix du Front national en donnant à cet électorat populaire une porte de sortie gouvernementale, en leur apparaissant comme un Le Pen raisonnable, sans outrance verbale mais aussi sans faiblesse. Sarkozy n’a pas tenu ses promesses à cet électorat populaire, c’est la clef de sa défaite. La campagne Buisson ne pouvait pas rattraper complètement cinq ans de renoncements, d’incohérences, voire de trahisons. Pourtant, son discours de 2012 sur la frontière en a séduit plus d’un, si on en croit le résultat final. Zemmour
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
François Hollande (…) est à peu près au niveau de premier tour où les instituts situaient Ségolène Royal en 2007 à pareille époque et tout indique qu’il rassemblera le 22 avril moins de suffrages que celle-ci. Il n’y a aucune dynamique en faveur du candidat PS. A la différence de la campagne de Mme Royal, celle de François Hollande ne suscite ni élan ni adhésion. On arrive même à une situation tout à fait paradoxale et inédite : c’est la première fois qu’un candidat recueille dans certaines enquêtes moins de souhaits de victoire que d’intentions de vote au premier tour. Les motivations du vote Hollande sont pour les deux tiers de battre le candidat sortant. Toute la stratégie du candidat socialiste a été bâtie sur l’idée que l’élection serait un référendum anti-Sarkozy et qu’il n’y avait pas besoin d’un moteur de secours. Rien n’a été prévu au cas où le moteur aurait des ratés et où le pseudo-référendum tournerait au duel. Avec le croisement des courbes du premier tour, François Hollande ne peut plus se comporter en gestionnaire pusillanime d’une rente virtuelle. Il va devoir prendre des risques. Ce n’est peut-être pas l’exercice où il est le meilleur. (…) Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
Hollande est intéressé par nos analyses, mais ce n’est pas son logiciel de formation. Il y a encore chez lui beaucoup de tabous, notamment sur les questions identitaires. Or, il n’y a pas 36 solutions : on gagnera avec les ouvriers et employés ou alors on perdra cette élection. Laurent Bouvet (université de Versailles)
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy

Et si comme pour Trump, c’était Macron qui avait raison ?

En cette Pâque fondatrice de nos racines doublement et indissolublement juives et chrétiennes

Que de Jérusalem au Caire ou à Paris, l’on tente à nouveau de nier

Et après l’échec de Sarkozy en 2012

Comme face à la machination juridico-médiatique contre le seul candidat de l’alternance

Ou au piège historique de la neutralisation par diabolisation d’une partie de la droite française par les tenants de l’immobilisme

Et sans parler des folles chavezeries et robespierrades du néostalinien Mélenchon, ami lui aussi de Buisson  …

Alors que les traitres de classe Sarkozy comme Juppé ou Lemaire continuent à mégoter leur soutien …

Et que fidèles au poste, nos médias veillent à la désinformation de leur lectorat …

Devinez qui derrière l’embarrassante niaiserie de certains de ses soutiens comme, à l’instar de son slogan, de l’affligeante vacuité de son programme …

A finalement la meilleure analyse du succès plus que probable de François Fillon à la présidentielle dans une semaine ?

Pour Emmanuel Macron, François Fillon veut « réaliser le rêve de Patrick Buisson »
Le candidat d’En Marche! réplique dans une interview au « Monde » aux multiples attaques venant du camp Fillon.
Romain Herreros
The Huffington Post.fr
03/04/2017

POLITIQUE – Le candidat d’En Marche! sort ses griffes. Alors qu’il se retrouve sous les feux nourris de Benoît Hamon et François Fillon, qui multiplient les attaques à son encontre, Emmanuel Macron a voulu renvoyer la pareille, dans une interview-fleuve accordée ce lundi 3 avril au Monde.

Ciblant « une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon », le candidat estime que leurs attaques coordonnées aboutissent à « une perte de repères sur le plan républicain ». Pour autant, l’ex-locataire de Bercy a réservé ses sorties les plus saillantes au candidat de la droite, qu’il accuse de vouloir faire sauter la digue entre Les Républicains et le Front national.

« François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de post-vérité », fustige-t-il, en référence aux multiples saillies du camp Fillon à destination des journalistes, de la justice ou du fameux « cabinet noir ».

Autre angle d’attaque, la situation dans laquelle se retrouve le député de Paris, « amputé des trois quarts de sa majorité » et ayant adopté une position trop clivante pour rassembler. « Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour? », interroge-t-il.

Côté programme, Emmanuel Macron s’alarme d’un « François Fillon qui recycle les vieilles recettes », aboutissant à « une offre extraordinairement brutale et injuste ». Surnommé « Emmanuel Hollande » par son adversaire de droite, le candidat d’En Marche! répond d’abord en attaquant le parcours du candidat LR, « héritier du système passé ». « Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro », tacle-t-il.

Voir aussi:

Emmanuel Macron : « Je ne prétends pas être un président normal »

Le candidat d’En marche ! à la présidentielle dénonce la banalisation du vote Marine Le Pen et se dit convaincu que, si lui l’emporte, «  la raison d’être du Front national sera très affaiblie ».

Propos recueillis par Bastien Bonnefous, Nicolas Chapuis, Cédric Pietralunga et Solenn de Royer

Le Monde

03.04.2017

A trois semaines du scrutin, Emmanuel Macron assure dans une interview au Monde qu’il est encore dans la position de « l’outsider », face à la « favorite », Marine Le Pen. Il dénonce la « confusion très forte » chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait de lui « la cible principale de leurs attaques ».

Craignez-vous d’être surévalué dans les sondages comme l’était Alain Juppé à la primaire de la droite ?

Mieux vaut être haut à trois semaines des élections et le rester que l’être quinze jours après le scrutin. Je ne suis pas dans la même situation qu’Alain Juppé. Lui était favori depuis le début, un an avant la primaire. Moi, je suis loin d’être le favori, je reste un outsider.

Alors qui est le favori de l’élection ?

Aujourd’hui, la favorite durable des sondages au premier tour et depuis longtemps, c’est Marine Le Pen.

Mais elle est donnée perdante au second tour…

Ceux qui disent que Marine Le Pen ne peut pas passer le second tour sont les mêmes qui disaient que Trump ne pourrait jamais gagner. Si elle arrive largement en tête du premier tour, on ne sait pas ce qui peut arriver. Il y a donc une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait d’En marche ! et de moi la cible principale de leurs attaques. C’est une perte de repères sur le plan républicain. Il faut être lucide. Ce qui me frappe dans cette campagne, c’est qu’on a énormément banalisé Marine Le Pen, le fait qu’elle serait au second tour, et en même temps on ne veut pas réaliser qu’elle pourrait gagner. C’est le pire des risques. Moi, j’ai une offre politique qui est symétriquement contraire à la sienne. Elle est notre principale adversaire et le débat principal se joue entre elle et moi, c’est-à-dire entre patriotes et nationalistes. Elle marque la fermeture et le repli sur soi tandis que je défends l’ouverture et l’esprit de conquête.

Près de 50 % de vos électeurs se disent toujours indécis. N’est-ce pas inquiétant ?

Ce qui compte, c’est la dynamique. Elle est positive depuis des mois. La proportion d’électeurs sûrs de leur choix à mon endroit a progressé de vingt points en un mois. Mais le travail de conviction sera mené avec acharnement jusqu’à la dernière seconde.

Vous parlez de nationalistes et de patriotes. Est-ce le nouveau clivage que vous voulez installer à la place de la droite et de la gauche ?

Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non.

L’affaiblissement du PS est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la démocratie ?

La très bonne nouvelle, c’est qu’il y a de jeunes mouvements politiques en bonne santé ! Rassurez-vous, la démocratie peut survivre au Parti socialiste ! Le PS et le parti Les Républicains sont devenus des coalitions de gens qui ne sont plus unis par une communauté de pensée. Sur l’Europe, la laïcité, la réforme économique et sociale, chacun de ces vieux camps est fracturé en son sein.

C’est la même chose dans votre mouvement…

Ce n’est pas vrai, c’est même l’inverse. Notre ligne politique est claire. Dans notre mouvement, tout le monde est pour l’Europe, pour la réforme économique et sociale radicale, pour le travail, pour l’éducation, pour la lutte contre les inégalités… Tout le monde est donc aligné sur les six chantiers prioritaires du contrat que nous proposons à la nation. Parce que nous avons fait les choses à partir d’une feuille blanche, et en partant d’abord du fond, pas des personnes. Mais qu’il y ait différentes sensibilités chez En marche !, je m’en réjouis.

Vous considérez-vous comme le vote utile face à Marine Le Pen ?

Je n’ai jamais utilisé cet argument.

Mais vos soutiens le font !

Je veux être le vote « pour », proposer une offre positive. Après, que certains utilisent cet argument pour justifier qu’ils quittent une fidélité de parti pour nous soutenir… Mais je n’en fais pas un argument. Parce que Marine Le Pen, on ne la battra que si on a un projet convaincant et réalisable.

Certains disent pourtant que vous feriez le plus mauvais candidat face à elle ?

Qui dit ça ? Benoît Hamon ? Il perd des soutiens tous les jours, il est dépassé par Jean-Luc Mélenchon. François Fillon ? Il est amputé des trois quarts de sa majorité. Je suis le seul candidat qui rassemble ! Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour ? A l’inverse, j’espère que beaucoup de gens de droite comme de gauche iront voter si nous sommes au second tour. A ce moment-là, se posera la question du vote utile, pas avant.

Vous n’êtes pas Hillary Clinton face à Donald Trump ?

Résolument non. Je ne suis pas dans le système depuis trente ans.

Mme Le Pen dit pourtant que vous êtes son meilleur adversaire, celui qui incarne cette social-démocratie balayée partout en Europe. Cela ne vous inquiète pas ?

Pas une seule seconde. Parce que si je bats Marine Le Pen et que nous arrivons au bout de la recomposition de la vie politique et de notre action, je suis convaincu que la raison d’être du Front national sera très affaiblie. Parce qu’il se nourrit des inefficacités du système. Mais une droite très dure se consolidera sur ses dépouilles, avec François Fillon. Il faut bien voir ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines : il a décidé de s’appuyer sur une droite qui rompt avec le respect des principes qui ont fait la République. Il trahit à cet égard ce que le général de Gaulle avait fait au sortir de la seconde guerre mondiale.

Incarnez-vous vraiment une rupture avec l’ordre actuel alors que votre offre politique est soutenue par toute la technostructure ?

La technostructure, je la connais, j’en viens. Mais moi je l’ai quittée, contrairement à beaucoup.

N’êtes-vous pas en cohérence avec ce qu’elle veut ?

La technostructure vit de l’alternance gauche-droite depuis des décennies. Un coup de cabinet, un coup dans le privé, une récompense ou une promotion… Je suis allé, pour ma part, me former dans le privé, dans un endroit où si vous ne réussissez pas, vous êtes rapidement remercié. J’ai décidé de revenir dans la fonction publique, et il n’y a pas beaucoup de banquiers d’affaires qui ont fait ce choix. Quand je suis parti de l’Elysée, je n’ai rien demandé, contrairement à tous les gens dont vous parlez. Je n’ai pas demandé qu’on me nomme à la tête d’une grande banque, de la Caisse des dépôts, ou à un poste prestigieux dans l’administration. Je suis parti parce que je récuse ce système.

Vous répondez sur votre parcours, mais vos idées sont-elles en décalage avec ce que veut Bercy ?

Mais le parcours est un élément fondamental de crédibilité personnelle, et cela fait partie de ce qui me distingue des autres. Sur le fond, je ne porte pas les idées de la technocratie, qui sont mieux représentées chez François Fillon. Je ne sais pas ce que vous sous-entendez par « ce que veut Bercy ». Si vous voulez parler de libéralisation tous azimuts ou de purge libérale alors c’est bien loin de mon programme. C’est plutôt le programme de François Fillon qui recycle les vieilles recettes. Je veux, au contraire, refonder nos grands équilibres. Prenez l’exemple des retraites. François Fillon veut allonger la durée de cotisations de deux ans pour tout le monde. Je veux au contraire refonder notre système et faire converger l’ensemble de nos systèmes de retraite vers un régime unique. J’ai une autre lecture de l’état et des nécessités de la société française. C’est ce qui me distingue de Benoît Hamon, dont l’offre marginalise le travail et dans laquelle les classes moyennes ne peuvent pas se retrouver, et de François Fillon, qui a une offre extraordinairement brutale et injuste. Il y a, enfin, la question de l’Europe. Les technocrates ne l’aiment pas plus que cela. Moi, si !

Si vous êtes élu, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refusez par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

Non, c’est une condition d’efficacité. Si nous rentrions dans la logique des accords d’appareil, alors j’aurais une majorité de bric et de broc. Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. Je pense que nos institutions sont ainsi faites que l’élection présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. Par ailleurs, l’application de la loi sur les cumuls va être un puissant accélérateur de renouvellement, parce qu’au moins un tiers du Parlement ne pourra pas se représenter.

Mais si, malgré tout, vous n’avez pas de majorité, que ferez-vous ?

La question se posera à tout le monde. Et, en réalité, beaucoup plus encore à Marine Le Pen, François Fillon ou Benoît Hamon qu’à moi. Ils subissent des défections tous les jours et comptent déjà dans leurs rangs leurs propres frondeurs, avant même les élections législatives !

Votre projet de transformation peut-il exister sans majorité absolue ?

Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives.

Vous ne dramatisez pas le sujet en disant que vous ne pourrez rien faire sans majorité ?

Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place ce que l’on nomme un parlementarisme rationnalisé. Prenez l’exemple de la période 1988-1991. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49.3.

Sans majorité, vous gouvernerez avec le 49.3 ?

J’ai toujours dit que je ne comptais pas retirer le 49.3 de notre Constitution. J’assume totalement les instruments qui ont été prévus par la constitution de 1958. Mais je demeure convaincu que si les Français votent pour m’élire président, ils me donneront une majorité à l’Assemblée nationale.

Au départ, vous avez dit que vous accepteriez des candidats aux législatives avec une double étiquette. Vous avez changé d’avis. N’est-ce pas piéger ceux qui vous ont déjà rejoint ?

Non, il n’y a pas de piège. J’ai toujours dit que la double étiquette était possible pour adhérer au mouvement En marche !.

Mais les élus avaient compris que cela valait aussi pour les législatives !

Présentez-moi l’élu qui aujourd’hui se plaint de ce qu’on est en train de faire.

Ils n’osent pas le dire…

Présentez-le moi. On ne crée pas un parti qui vous demande de quitter vos attaches. Mais la question est posée pour les législatives, car on doit légalement être rattaché à une seule formation au moment du dépôt officiel des candidatures.

Vous demandez aux socialistes de quitter le PS pour se présenter sous vos couleurs ?

Je vous le confirme. Je le fais par souci d’efficacité. Sinon, nous retomberions dans des jeux d’appareils.

Vous dites que vous n’êtes pas une « maison d’hôte ». Mais quelle est la cohérence entre Robert Hue et Alain Madelin, entre Manuel Valls et Xavière Tiberi, qui vous soutiennent ?

Beaucoup de gens éprouvent le sentiment de s’exprimer. Pouvez-vous les en empêcher ? Pour la plupart, je ne les ai pas sollicités.

Vous êtes victime de votre succès ?

Ils annoncent leur intention de vote, je ne peux pas les en empêcher.

Est-ce à dire que vous êtes prêt à accueillir tout le monde ?

Mais ai-je accueilli qui que ce soit ? Prenez l’exemple de Manuel Valls. Il dit « je vote Macron ». Dont acte. Je n’ai pas de raison de rejeter des marques de soutien à la condition qu’ils adhèrent à nos valeurs et à nos propositions. Mais ai-je dit qu’il serait député En marche ! ou ministre de mon gouvernement ? Non. Cela, ce serait l’accueillir. C’est un vrai distinguo.

Vous ne devrez donc rien à vos soutiens ?

Depuis un an, s’il y a quelqu’un qui ne doit rien aux hiérarques des partis, c’est bien moi. Parce que nous avons fait sans eux, et même contre eux.

Vous dites vouloir renouveler les visages de votre gouvernement mais vous avez parlé d’une « exception » pour Jean-Yves Le Drian. Qu’en est-il exactement ?

Ce sont des débats qui sont à la fois indécents et qui n’ont pas grand sens. Je suis en train de mener campagne pour l’élection présidentielle, pas de composer mon gouvernement. J’ai dit qu’il y aurait un renouveau des visages, je le maintiens, car c’est la condition aussi du renouvellement des pratiques et de l’efficacité. Nous n’avons pas fait tout cela pour reprendre les mêmes.

Ce n’est pas indécent, c’est une question de respect de la parole publique. François Hollande avait dit qu’aucun ministre ne cumulerait et puis, finalement, Jean-Yves Le Drian a cumulé le ministère de la défense et la présidence de la région Bretagne…

Chez moi, personne ne cumulera.

Vous avez posé une règle, y aura-t-il des exceptions ?

Je n’ai pas posé une règle, j’ai posé un principe.

Donc Jean-Yves Le Drian pourra être ministre dans votre gouvernement ?

Encore une fois, cette question ne se pose pas aujourd’hui. Le Drian a une spécificité : son approche en Bretagne est voisine dans sa volonté d’ouverture à ce que nous faisons dans En marche !. Il a construit une offre politique en cohérence avec ce que je représente.

La droite souligne que les gens qui vous entourent ont entouré M. Hollande. Etes-vous dans la continuité par rapport à lui ?

L’argument employé par la droite est croquignolesque ! Ceux qui disent que je suis l’héritier disent aussi que j’ai été un traître, un Brutus. C’est tellement absurde que ça en devient risible ! Pour ma part, j’ai rompu avec François Hollande, car nous avions des divergences de fond.

Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro. S’il y a un héritier du système passé, c’est donc bien lui ! Ensuite, la méthode que je propose est radicalement différente de celle de François Hollande. J’ai annoncé pendant la campagne les réformes en profondeur que je lancerai immédiatement après avoir été élu. Avec clarté.

Vous parlez d’une différence de méthode. Mais sur le fond, êtes-vous l’héritier du hollandisme ?

Une différence de méthode et de fond ! Sur le droit du travail, je ne propose pas un ajustement à la marge mais une transformation en profondeur en rapprochant le plus possible du terrain la négociation des conditions de travail. Sur l’école, c’est aussi une refondation que je porte, et qui ne se mesure pas au nombre d’enseignants en plus ou en moins. Il y a également un plan d’investissement que je lance tout de suite. Je propose enfin des réformes sur l’assurance-chômage, la formation professionnelle et le système des retraites qui n’ont jamais été faites, ni par la droite, ni par la gauche.

La gouvernance que je propose est également très différente. Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagé sans jamais être un président de l’anecdote, avec des décisions prises de manière rapide, des chantiers présidentiels suivis de manière prioritaire et un gouvernement qui gouverne. Je veux tourner deux pages. La page des cinq dernières années et la page des vingt dernières années.

Certains s’inquiètent de la façon dont vous voulez présider : un gouvernement resserré sans expérience politique, un Parlement qui ne légiférera que trois mois, des syndicats renvoyés dans les entreprises… N’est-ce pas une présidence césariste qui se dessine ?

Au contraire, je souhaite qu’on clarifie et qu’on responsabilise. Aujourd’hui, le pouvoir est déjà concentré à l’Elysée, beaucoup plus qu’on ne le croit. Je veux être un président garant du temps long, des institutions, du cap donné. A partir du moment où le président devient le débiteur des actions du quotidien, d’ajustements, comme cela s’est passé sous les précédents quinquennats, il s’affaiblit. De manière colossale.

Mais est-ce encore possible avec l’accélération du rythme politique et médiatique ?

Il s’agit juste d’accepter que ce ne sont ni les médias ni le système politique, qui donnent le la.

Donc vous aurez un premier ministre puissant…

Je choisirai un premier ministre qui mènera la politique du gouvernement, comme le prévoit la Constitution. Ce ne sera pas un collaborateur ni le porteur d’un agenda personnel.

Cette campagne est dominée par les affaires et le soupçon qui pèse sur la sphère politique. Vous concernant, les Français ne comprennent pas comment, après avoir été banquier d’affaires, votre patrimoine est à peu près le même que celui de Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière…

J’ai été dans la sphère privée, j’ai beaucoup travaillé, j’ai gagné de l’argent et j’en suis très fier. Je n’aime pas l’argent mais je ne le déteste pas. Les gens dangereux sont ceux qui ou l’adorent ou le détestent. Je me suis endetté pour des acquisitions et des travaux immobiliers. C’est cela qui est pris en compte dans les déclarations de patrimoine. J’ai été contrôlé minutieusement par les services fiscaux et la Haute Autorité pour la transparence. Ils ont confirmé mes déclarations, et heureusement.

A partir de ce moment, je n’ai pas à vous expliquer ce que j’ai fait et comment j’ai vécu avec l’argent gagné dans le secteur privé. Je lutterai jusqu’au bout contre la politique du soupçon et du voyeurisme.

Vous vous présentez devant les Français, ils peuvent avoir envie de savoir quel homme vous êtes…

Ils savent que j’ai été contrôlé fiscalement et par la Haute Autorité qui n’a rien trouvé à y redire, ils savent donc que j’ai fait les choses de manière régulière.

Après avoir découvert votre patrimoine, certains ont conclu que vu vos gains comme banquier d’affaires et haut fonctionnaire (3,3 millions d’euros avant impôts entre 2009 et 2014), vous avez dépensé environ 1 000 euros par jour. Etes-vous un homme qui dépense 1 000 euros par jour ?

Ce qu’ils prétendent est à la fois faux et diffamatoire. Quand on gagne de l’argent on paie beaucoup d’impôts et quand on est indépendant, comme c’était mon cas, beaucoup de cotisations sociales. C’est la loi et c’est très bien ainsi. Idem pour la prise en compte des travaux immobiliers. J’ai connu ces facilités, mais je suis si peu « accro » à l’argent que j’ai quitté cette vie, et que je suis revenu au service public en renonçant à ces revenus confortables. Connaissez-vous beaucoup de gens qui l’ont fait ?

Mais vous voyez la nature du débat que nous avons. Vous êtes journalistes dans un quotidien de référence et vous êtes amenés, parce que je suis candidat, à me demander ce que j’ai fait de l’argent gagné quand j’étais dans le secteur privé. Nous ne sommes plus là dans la transparence légitime.

Ce sont des questions que les Français se posent…

On a le droit de ne pas suivre les Français dans leurs interrogations. C’est pour répondre à ces interrogations que les obligations de transparence ont été considérablement renforcées : la déclaration de patrimoine est publique !

Les Français ont envie de savoir quel homme vous êtes, si vous êtes un homme dépensier…

Je ne suis pas un homme dépensier. Je ne dépense pas 1 000 euros par jour ! Si je dépendais de l’argent, je n’aurais pas décidé de diviser mes revenus par dix ou quinze pour devenir secrétaire général de l’Elysée en 2012, je n’aurais pas quitté l’Elysée pour rien en 2014. J’aurais refusé de devenir ministre. Je n’aurais pas quitté le gouvernement et la fonction publique pour mener campagne. Je ne suis pas dépensier car je n’ai pas de grands besoins.

Vous avez refusé de donner le nom des grands donateurs de votre campagne. Est-ce pour vous de la transparence illégitime ?

Bizarrement, étant candidat à la présidentielle, je souhaite respecter la loi. C’est étonnant ! Je n’ai bien sûr reçu aucun euro d’entreprises, c’est interdit. Par ailleurs, les dons des personnes privées sont plafonnés à 7 500 euros. La loi m’interdit de les rendre publics. Elle m’impose de transmettre la liste des noms à une commission nationale des comptes de campagne qui le vérifie.

Vous avez dit que 2 % de vos donateurs donnaient plus de 5 000 euros. Donc environ 600 personnes assurent un tiers de vos levées de fonds… Vous sentez-vous tenu par elles ?

Je ne suis dépendant de personne. J’ai emprunté aussi 8 millions d’euros à mes risques personnels. Je ne suis donc pas tenu par les dons d’aucun de nos plus de 35 000 donateurs. Je ne fais pas de la politique pour être insulté chaque jour.

Voir de même:

Patrick Buisson prévient Fillon : « Les catégories populaires ne sont pas allées voter »

Propos recueillis par Nathalie Schuck|
Le Parisien
28 novembre 2016

Patrick Buisson a été le conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, avant leur rupture. Auteur de « La Cause du peuple » (Perrin), il porte un regard critique sur la primaire de la droite.

LE PARISIEN. L’élection à droite est un succès. C’est une bonne nouvelle pour la démocratie ?

PATRICK BUISSON. Non, car les partis se servent des primaires comme d’une procédure de relégitimation pour tenter de remédier à leur profond discrédit. Leur seul objectif est de conserver le monopole de sélection des candidats à la présidentielle.Les primaires accentuent la dérive vers le suffrage censitaire. Ne vont voter que les inclus, les catégories favorisées, les retraités. Ce qui ne fait qu’aggraver la crise de la représentation en renforçant le poids politique des classes privilégiées, alors qu’il faudrait rouvrir le jeu démocratique.

Si on vous suit, François Fillon, c’est la droite sans le peuple…

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle pour la droite. La bonne, c’est que la droite redevient la droite en se libérant partiellement de l’hégémonie idéologique de la gauche avec l’écrasante défaite de Juppé. La mauvaise, c’est que la droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique. La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés, s’il veut disputer l’électorat populaire à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C’est ce désenclavement sociologique qui a fait la fortune du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour du Général et de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est une équation très difficile à réaliser

Quel conseil lui donneriez-vous ?

De sortir de sa contradiction qui est l’incompatibilité fondamentale entre libéralisme et conservatisme. Le risque pour Fillon, c’est d’être perçu comme le candidat du patronat et des classes dominantes, le candidat de la « mondialisation sauvage ». On voit bien l’espace carcéral symbolique dans lequel le FN et la gauche vont chercher à l’enfermer. Or, son succès s’explique par deux facteurs : il est apparu capable de restaurer la fonction présidentielle dans sa dignité et sa sobriété. Et il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort. Le nom de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, circule pour Bercy…Il circulait déjà du temps de Sarkozy. Je ne veux pas croire que s’il devait être élu, François Fillon enverrait un tel message de déséspérance au peuple français.

Fillon est-il vraiment le meilleur bouclier contre le FN ?

Il a été porté par un électorat conservateur et catholique qui n’était pas du tout tenté par le vote Le Pen compte tenu de ses positions sociétales. L’élection de Fillon ne dit rien sur le comportement des 20 millions d’électeurs de la « France périphérique » qui feront l’élection présidentielle. Et pour cause : ceux-là ne sont pas déplacés dimanche.

François Hollande peut-il encore se présenter ?

Il a le choix entre deux formes d’humiliation : être éliminé à la primaire socialiste, ou au premier tour de la présidentielle avec un score inférieur à celui de Jospin en 2002. C’est cornélien : on ne sait quelle est la pire ?

«Sarkozy a fait une campagne grossièrement populiste»

Pourquoi, selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il été évincé ?

Remplir les salles, ce n’est pas remplir les urnes. Il a fait une campagne à contresens, grossièrement populiste, alors que l’électorat populaire n’était pas concerné par la primaire. On a dit que c’était la ligne Buisson, mais je ne me reconnais absolument pas dans cette campagne caricaturale et vulgaire avec la double portion de frites, les Gaulois etc. La seule chose qu’il sait faire, c’est habiller avantageusement ses déroutes. Qu’il se donne à admirer ou à plaindre, c’est toujours Narcisse qui parle.

Vous pensez avoir contribué à sa défaite avec votre livre ?

Mon livre n’a fait que cristalliser un long processus antérieur. Avec Sarkozy , ce n’étaient pas les idées qui étaient décrédibilisées mais le médium qui était discrédité. Le Brexit, l’élection de Donald Trump.

Quel message les électeurs ont-ils envoyé ?

C’est une protestation du peuple au sens d’un demos qui réclame plus de démocratie. Du Brexit à Trump, le peuple a compris que la démocratie de la classe dirigeante avait pour objet de l’empêcher de se mêler de ce qui le regarde ! Il ne le supporte plus. On réduit cela par confort au racisme des petits blancs. Quelle erreur d’analyse , quel aveuglement. Arrêtons de prendre les gens pour des imbéciles.

Voir également:

Elections

La campagne Fillon favorise-t-elle l’«union des droites», le vieux «rêve de Patrick Buisson»?

POLITIQUE D’après Emmanuel Macron, la campagne de Fillon devrait entraîner «une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite»…

T.L.G.

20 minutes

08.04.2017

Vers une nouvelle démonstration de force ?  François Fillon tiendra un grand meeting parisien dimanche. Le dernier organisé dans la capitale avait sauvé la peau du candidat, mais il avait profondément divisé une partie de la droite. « Je suis surtout très préoccupé par ce rassemblement initialement organisé pour dresser le peuple contre la justice et la presse. Ça, c’est le propre de l’extrême droite, pas de la droite républicaine », jugeait alors Jean-Louis Debré.

Depuis janvier, l’ancien Premier ministre est régulièrement accusé d’avoir radicalisé son discours, et rapproché le noyau dur, qui le soutient contre vents et marées, des électeurs du Front national. Dans un entretien au Monde lundi, Emmanuel Macron en remet une couche, en estimant que « François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine ».

Le leader d’En Marche estime que la campagne menée par le candidat LR entraînera « une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non ». Qu’en est-il réellement ?

« Une partie des électeurs FN et LR défendent à 90 % les mêmes idées »

« L’union des droites », n’est pas une idée neuve. « Ce terme correspond à une aspiration des libéraux depuis la fin du 19e siècle, qui n’a d’ailleurs jamais réussi. Mais le rêve de Patrick Buisson est différent puisqu’il s’agit de regrouper toute la famille nationaliste dans une grande force politique dominante », avance Gilles Richard, historien et professeur des universités à Rennes 2.

Patrick Buisson, mais aussi Philippe de Villiers, Eric Zemmour, ou Robert Ménard, pour ne citer qu’eux, militent depuis plusieurs années pour une recomposition du paysage politique à droite. Le maire de Béziers précise à 20 Minutes :

« Je pense qu’une grande partie des électeurs LR, une bonne partie du FN, et tous ceux qui sont au milieu, les proches de De Villiers, du Cnip, de Nicolas Dupont-Aignan, et de Jean-Frédéric Poisson, défendent à 90 % les mêmes idées. A travers ce concept de l’union des droites, j’aspire donc à la création d’un grand parti conservateur ».

Ces derniers mois, l’ancien président de RSF a oeuvré pour un tel rapprochement, mais il s’est confronté à la réalité politique. En mai dernier, l’union des droites tourne même au vinaigre lorsque Marion Maréchal-Le Pen claque la porte du « Rendez-Vous de Béziers », le trouvant trop hostile au FN. En octobre, Jean-Frédéric Poisson, mis sous pression par Les Républicains, annule un meeting commun avec le maire de Béziers. A ces difficultés, s’ajoute l’impossibilité d’une alliance électorale, rejetée tant par les dirigeants LR et UDI que par ceux du Front National.

« Une union pas réaliste »

En septembre dernier, le collectif « Voscouleurs », fondé par d’anciens militants de la Manif pour tous, lance une pétition « pour réaliser l’union des droites, désigner leur candidat unique et définir le programme commun qui redressera la France dès 2017 ».

L’initiative est un échec, reconnaît aujourd’hui Joseph Pons, responsable presse du collectif. « Malgré nos 10.000 signatures, on s’est rendu compte qu’il était un peu tôt. Pour cette élection, les candidats ne sont pas assez mûrs. L’union des droites n’est pas d’actualité. François Fillon, que l’on a connu plus conservateur sur certains points lors de la primaire, s’attache aujourd’hui surtout à garder l’union du parti Les Républicains ».

Une union « pas réaliste », avait d’ailleurs jugé Henri Guaino, interrogé sur le mouvement, il y a quelques mois. « L’histoire de la droite est l’histoire de plusieurs familles politiques qui ont du mal à s’entendre, voire se détestent… Monsieur Ménard a essayé avec une partie de la droite, et vous avez vu le résultat ? C’est le même depuis 200 ans. Les gens se sont écharpés », avait répondu le député.

« Le rapprochement se fera à chaud après les élections »

« Ce que tente de faire François Fillon ne peut pas fonctionner, car comme Nicolas Sarkozy, il tente d’associer à son programme néolibéral un versant identitaire. Mais cette synthèse est impossible », abonde Gilles Richard, auteur de l’Histoire des droites en France (Perrin). « Plus François Fillon avance dans cette campagne, plus il creuse la faille qui coupe Les Républicains en deux », note-t-il toutefois.

En janvier dernier, Marine Le Pen elle-même enterrait toute possibilité de rapprochement dans une interview à Causeur. « Je pense que l’union des droites est un fantasme réducteur ! J’ai 48 ans et ça fait quarante ans que j’en entends parler. Le problème des gens qui défendent cette idée, c’est que la droite refuse de s’allier avec nous ».

Qu’importe le refus des partis concernés, ou la question de l’Euro, qui divise toujours les deux électorats, Robert Ménard reste convaincu que l’union est l’affaire de quelques semaines. «La base frontiste est moins hostile à l’Euro que certains dirigeants. Marine Le Pen a d’ailleurs déjà consenti à quelques inflexions, dans la sémantique. Mais le rapprochement ne doit pas être fait par les appareils. Je le vois plus comme un Podemos de droite», réplique l’élu de Béziers. «Il se fera à chaud dans la foulée des élections, et regroupera ceux qui, à froid, n’auront jamais pensé s’asseoir côte à côte. Et ce quel que soit le résultat en mai prochain ». A droite, la question pourrait d’ailleurs se poser dès le soir du premier tour, en cas d’élimination de François Fillon.

Voir encore:

Interview
Cohn-Bendit : «Macron, c’est un point d’équilibre pour repousser Fillon et Le Pen»
Rallié au candidat d’En marche, l’écologiste s’attend à «un changement d’ère politique» avec d’inévitables coalitions, et s’en prend à Mélenchon sur la Syrie et l’Europe
Matthieu Ecoiffier et Rachid Laïreche
Libération
13 avril 2017

Ex-leader de Mai 68, ancien coprésident du groupe vert au Parlement européen, cofondateur d’EE-LV – qu’il a quitté il y a trois ans -, Dany Cohn-Bendit a été suspendu de son poste de chroniqueur à Europe 1 en raison de son soutien à Emmanuel Macron. Il sera présent le 19 avril à Nantes à son grand meeting pour parler d’Europe.

Comment jugez-vous la tonalité de cette campagne ?

Je trouve que beaucoup de monde déraille. Je ne comprends pas bien les options des uns et des autres. Prenez par exemple Thomas Piketty, un grand économiste de renommée mondiale, qui conseille Benoît Hamon mais déclare aujourd’hui qu’au second tour il voterait Mélenchon et pas Macron. Cela revient à dire que le vote utile à gauche, c’est Mélenchon. Même Hamon a dit la même chose. C’est une désertion en rase campagne, un suicide en plein vol. Car il n’y aura jamais un second tour Mélenchon-Macron !

Vous retrouver avec Bayrou, Villepin ou Perben, ça vous fait pas bizarre ?

Mais arrêtez. Si j’étais avec le PS ou Mélenchon, je me retrouverais aussi avec des gens bizarres. Je dis simplement qu’aujourd’hui, l’équilibre pour repousser Marine Le Pen et François Fillon est là. N’oublions pas que la droite ultrathatchérienne, réactionnaire et catholique, est toujours debout. Elle se fout des affaires autant que l’extrême droite qui soutient Le Pen. Aujourd’hui, le candidat pour se sortir de ce marasme, c’est plutôt Emmanuel Macron. Mais je l’avoue franchement, se prononcer pour lui c’est prendre un risque.

Lequel ?

Le risque, c’est qu’Emmanuel Macron a un programme libéral-social ou social-libéral avec une plateforme écologique qui se défend, même si Hamon va plus loin. Moi je suis un soutien exigeant, pas un béni-oui-oui. Il est favorable à une réduction de la part du nucléaire à 50 % dans l’électricité en 2030 ? Ça veut dire qu’il faudra fermer plus qu’une centrale nucléaire. Pas seulement Fessenheim. Quand il dit qu’il va remettre une taxation écologique pour soulager celle du travail, il faudra le faire. Je serai exigeant.

Ne risque-t-il pas de se retrouver avec une majorité beaucoup plus à droite ou d’être condamné à l’immobilisme au centre ?

Oui, il y a un risque. Mais encore une fois qui aura une majorité ? Aucun élu le 7 mai n’aura une majorité absolue aux législatives. Il y aura vraisemblablement une forte représentation d’En marche à l’Assemblée si Macron est élu, mais il n’aura pas la majorité tout seul. Sa capacité à agir dépendra donc de l’intelligence politique des réformistes à gauche et à droite pour trouver un compromis pour gouverner. C’est cela qui est intéressant et nouveau dans la période politique actuelle.

Franchement, si Mélenchon gagne – inch’ Allah j’espère que cela n’arrivera pas ! -, vous croyez qu’il aura une majorité d’insoumis ? Hamon une majorité de frondeurs ? Ou Fillon une LR ? Faut pas rigoler. De toute façon en mai, on change d’ère politique. On va se retrouver après les législatives dans une situation où le président élu devra à mon sens tout de suite mettre sur la table l’introduction de la proportionnelle. Et faire un accord de gouvernement sur deux ans, au terme desquels il devra dissoudre pour faire élire une nouvelle Assemblée à la proportionnelle. Voilà ce dont je rêve.

Lorsque Macron annonce une réforme du code du travail par ordonnances, cela paraît autoritaire…

Je viens de l’appeler et nous en avons parlé tous les deux. Je lui ai dit : «Tes ordonnances, je ne comprends pas… Tu ne vas pas te mettre la CFDT sur le dos ?» Il m’a répondu que sur la loi travail, il ne faut pas des ordonnances mais une ordonnance qui renforce les possibilités de négociations d’accords d’entreprise. Ni plus ni moins. Je lui ai dit : «Tu ne peux pas, à la Fillon ou Juppé, te lancer dans une orgie d’ordonnances.»

Macron qualifie Mélenchon de candidat du Parti communiste. On croit entendre Giscard en 1974…

Le discours de Mélenchon à Marseille sur la paix, c’est Georges Marchais dans les années 60. C’est la même chose. Un pacifisme antiaméricain bête et méchant. Ce n’est pas comme cela que l’on va sauver la planète ou résoudre le problème de la Syrie, en se mettant d’accord avec Poutine et Assad. Je suis terrifié, j’ai des tas d’amis qui me disent : on va voter Mélenchon. Ils sont prêts à mettre une croix sur l’Europe, sur les exactions d’Assad soutenu par Poutine. Sans parler de l’autoritarisme du candidat Mélenchon, ses phobies bolivariennes…

Est-ce sur l’Europe que vous vous opposez le plus à Mélenchon ?

En disant «je renégocie les traités européens et en cas d’échec, je sors la France de l’euro», Mélenchon joue à la roulette russe sur l’Europe. Il dit «moi, le grand Jean-Luc Mélenchon, grand par le grand peuple français, je vais arriver à Bruxelles et mettre sur la table mon plan et dire « Madame Merkel, à genoux, tous à genoux ». Je vais imposer que la Banque centrale européenne rachète les dettes des Etats». Mais comment ? Vous croyez que M. Draghi ou son successeur lui dira : «Evidemment Monsieur Mélenchon, nous n’attendions que vous !»

Comme cela ne se fera pas, ce sera alors le plan B. C’est-à-dire que, pour lui, sortir de l’euro et sortir de l’Europe, c’est une perspective réelle. Ce sera sur mon cadavre, parce qu’on peut avoir des tas de critiques sur l’Europe, notre seule chance, la chance des Français et des Allemands dans le monde d’aujourd’hui, c’est de la transformer. On ne sacrifie pas l’Europe, on se bat pour qu’elle bouge.

Voir de plus:

Expulsés du meeting (toulousain) de François Fillon pour cause de… »manque d’enthousiasme »

Des participants au meeting de François Fillon ont été reconduits vers la sortie. Motif invoqué par le service de sécurité du candidat : « pas assez d’applaudissements ».

C’est vraiment une drôle de campagne. Jeudi 13 avril, François Fillon a tenu un meeting au Zénith de Toulouse. Quelques minutes après le début, un groupe de trois personnes quitte le bâtiment et traverse le parking. Sur leur route, ils croisent une équipe de France 3 Occitanie et racontent une histoire étonnante. Ils viennent d’être expulsés du Zénith. Selon leur témoignage, la sécurité leur a demandé de quitter les lieux. Pour les 3 « indésirables », c’est l’organisation du Zénith (sur ordre de l’équipe de François Fillon) qui a demandé leur expulsion.

Avant d’être raccompagnés vers la sortie, les 3 compagnons d’infortune ont demandé une explication. Elle a fini par tomber : « pas d’assez d’applaudissements« .

Les 3 expulsés reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne débordaient pas d’enthousiasme. Simples curieux, ils souhaitaient simplement se faire un avis.  Au moment de leur « interpellation », la sécurité a demandé si les 3 « trublions » sont encartés chez Les Républicains. Ce n’est pas le cas. Il s’agit de 3 curieux, professions libérales dans la vie et à la ville. Ils souhaitaient juste « voir et écouter ».

Visiblement, ce n’est pas suffisant.

Le père de l’un des « refoulés » était présent dans la salle du meeting. Il confirme les faits et il ne cache pas sa colère.

Comme son fils, il n’a pas souhaité témoigner à visage découvert, face caméra.

Mais, quelques minutes après l’incident, le père a bombardé son entourage de sms rageurs.

Du côté de l’équipe toulousaine de François Fillon, la première réaction est : « c’est du délire« . La seconde est : « aucun écho de cette affaire. Faut voir avec l’équipe nationale« .

Contacté par France 3 Occitanie, l’entourage de François Fillon reconnait avoir procéder à l’exfiltration de 3 participants. L’attitude des expulsés et une question de sécurité sont invoquées :

Les 3 personnes se trouvaient dans un endroit dangereux pour la sécurité du candidat. Ils avaient effectivement une attitude de neutralité qui pouvaient les rendre suspects.

Les futurs participants aux meetings de François Fillon sont prévenus. Pour leur tranquillité, il est préférable d’applaudir et évidemment des deux mains.

Voir de même:

Fillon: derrière le grand meeting de façade, le poison Sarkozy-Juppé en coulisses

Au sein de LR, la défaite de François Fillon est plus que pronostiquée. Actée. Il suffit pour s’en convaincre de constater la faiblesse des soutiens apportés par Sarkozy et Juppé. S’il perd, Fillon paiera cher cette défaite, et la droite risque d’imploser.

Hormis quelques derniers acharnés, par exemple le sénateur Bruno Retailleau qui traverse cette campagne électorale tel un illuminé, les principaux responsables de la droite républicaine sont persuadés que, sauf « miracle politique », François Fillon sera éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle. Ils n’excluent pas davantage l’hypothèse selon laquelle leur « champion » pourrait finir au quatrième rang du premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon. La honte! Et le risque que LR, le principal parti de la droite républicaine, se disloque aussitôt après.

Certes, ils seront tous présents ce dimanche après-midi Porte de Versailles à Paris lors du dernier grand meeting Fillon entourant « leur »candidat et assurant la claque comme il convient en pareilles circonstances, en particulier le si modéré Gérard Larcher, le président du Sénat, et le très droitier Laurent Wauquiez, François Baroin et Valérie Pécresse, incarnations de la tempérance en politique. Mais à y regarder de près, de plus près, de très près, ces quatre là, en principe les fers de lance de la campagne Fillon, seront restés sur leur quant-à-soi du premier au dernier instant. Service (ultra) minimum- une poignée de meetings, quelques interventions audiovisuelles, une présence discrète sur les réseaux sociaux, pas davantage, surtout pas. François Fillon est à ce point conscient de ce retrait à la fois politique et personnel qu’il n’adresse quasiment plus la parole à Larcher, ami intime depuis plusieurs décennies.

Dans ce contexte plus que tourmenté, Nicolas Sarkozy puis Alain Juppé, les deux principales victimes de la primaire, se sont enfin décidés à intervenir. A quelques jours du premier tour, dans un contexte ultra difficile, il était grand temps. Sauf que là encore, les deux « références » et « référents » de la droite républicaine se sont contentés d’un double service minimum avec de multiples…arrière pensées.

Sarkozy, un soutien convenu et sans enthousiasme

Utilisant sa page Facebook, l’ex-président exprime un  soutien d’une confondante…perversité! Parce qu’il pose d’emblée le postulat selon lequel François Fillon n’est pas, loin de là, le candidat idéal mais que, tant pis, trop tard, il faut faire avec. Lisons et relisons ces premiers mots, apparement emplis de bon sens, mais en réalité d’une infinie cruauté. « Il n’y a pas de place pour les hésitations ou les états d’âme », intime Sarkozy. Fort bien. Mais le rappeler si peu avant l’échéance, c’est une manière à peine détournée de remettre du sel sur les plaies, de signifier à nouveau que François Fillon- et lui seul- a pris la (lourde) décision de se maintenir et, conséquemment, de fracasser la droite, selon toute probabilité…

Ceci dit, ceci précisé, Nicolas Sarkozy peut s’autoriser à enfiler toutes les idées convenues du moment, cet instant si particulier où la droite républicaine, ses cadres, ses électeurs, intègrent  qu’ils vont sans doute perdre l’élection présidentielle 2017, celle qui, par définition, était « gagnée d’avance »… Des mots donc, sans saveur, ni interêt, du Sarkozy plus terne que nature: « François Fillon est le seul parmi les candidats à avoir l’expérience qui lui permette d’incarner et de réussir l’alternance dont la France a tant besoin. J’appelle tous les Français à se mobiliser pour la victoire décidées de la droite républicaine et du centre, les seules en mesure de permettre le redressement ». Défense des « idées de la droite » et non pas enthousiasme pour un candidat et son programme, pourtant la définition même de l’élection présidentielle en 5 ème république « gaulliste ».

Juppé, un tweet sec et rien de plus

Alain Juppé sera pour sa part plus elliptique encore. Un tweet, quelques signes, pas davantage, expédié : « Le monde est dans la tourmente, la France a besoin d’un président expérimenté. François Fillon a cette expérience. Je lui confirme mon soutien ». Le maire de Bordeaux, claquemuré dans sa ville, ne supporte pas le soupçon de « trahison »: qu’il serait « le Valls de droite », qu’en sous-main il pourrait soutenir Emmanuel Macron, qu’au lendemain du premier tour une partie de son entourage rejoindrait le candidat d’En Marche, que son lieutenant Edouard Philippe, le maire du Havre, ferait un remarquable ministre du nouveau président. Alors un tweet pour couper court et retourner à la discrétion, au silence. Jusque cette « nuit des longs couteaux » qui ne devrait plus guère tarder.

Fillon, s’il perd, paiera la note

A ce jeu du grand massacre, il va de soi que Nicolas Sarkozy se prépare. Non pas tant qu’il veuille reprendre lui même un pouvoir direct sur une droite à la fois disloquée et dans l’opposition; mais l’ex-président entend être le maître d’œuvre d’un nouveau meccano mis en place pour éviter une déroute aux élections législatives. Pour cela, il voudrait confier le parti « Les Républicains » (sa chose, sa création…) et la campagne électorale à un tandem Baroin-Wauquiez qu’il influencerait en permanence. Encore faudrait-il que les deux impétrants le veuillent ou le puissent. Wauquiez, l’ultra-droitier, versus Baroin, le gaulliste-social disciple de Jacques Chirac. Les constructions politiques de Nicolas Sarkozy sont fréquemment tortueuses. Mais cela, les Français le savent et, désormais, ne le prennent plus guère au sérieux.

Toujours est-il que de ces constructions, François Fillon est absent. S’il perd, il paiera. Cher.

Voir par ailleurs:

Le clip qui dissuade définitivement de voter Macron

Parler de ce clip sans citer les paroles de la chanson serait gâcher la marchandise…
Jany Leroy

Auteur pour la télévision

Boulevard Voltaire

Lors des micro-trottoirs réalisés aux abords des meetings de Macron, les motivations des spectateurs font peine à voir. « Parce qu’il est jeune », disent certains. « Il est mignon… » « Il est nouveau… » Pourquoi pas : « Il a un beau costume » ? Un interviewé a trouvé le Graal : « Parce qu’il n’est soutenu par aucun parti politique. » Est-ce à dire qu’un candidat soutenu par un club de ping-pong avait toutes les chances d’obtenir sa voix ?

En vérité, Patrick Buisson nous le dit : « Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. » Le profil du candidat réunit toutes les conditions pour séduire les masses indécises : jeune, ni pour ni contre, pseudo-moderne, discours creux prononcé avec enthousiasme… Le mouton accourt. Au premier rang. Derrière, d’autres le rejoignent. Le phénomène est enclenché. Le besoin « d’en être » est satisfait à peu de frais.

À l’attention de ceux qui ne seraient pas encore convaincus par cette analyse, quelques supporters du candidat-cornichon ont réalisé un clip musical qui a le mérite de ne dissimuler en rien la vacuité de la démarche.

 Un sommet de niaiserie gênante qu’il convient de décrire au préalable afin que les spectateurs potentiels ne soient pas trop secoués par son visionnage.

Voilà la scène : deux jeunes filles très agitées (car elles sont dynamiques) sont dans une voiture et se mettent à chanter en play-back une sorte de chanson dont les paroles expliquent à quel point il est réjouissant d’être en marche. Bien qu’elles roulent, mais peu importe. Puis un troisième larron les rejoint, puis encore deux autres, et tous sont extrêmement contents d’être en marche alors que, dans l’habitacle, l’oxygène doit commencer à se raréfier… Dans les cerveaux aussi, mais cette donnée est la condition de base pour monter dans la voiture. Certificat médical exigé.

Parler de ce clip sans citer les paroles de la chanson serait gâcher la marchandise : « Oui en marche, ça marche pour moi et toi. Comment ça marche ? » Nous sommes au bord de l’aveu, mais non… La solution arrive : « Viens prendre le train en marche. » L’affaire se corse. En marche dans une voiture, mais il faut les rejoindre dans un train… Peut-être roulent-elles vers la gare ? Nous attendons la suite avec anxiété… « Car toi et moi, ensemble, ça marche pour nous… » La situation s’enlise. « Ensemble, on marche, ça marche, car tous ensemble, on rêve en marche… » Les somnambules aussi sont avec Macron.

Puis quelques mots choisis au hasard dans le dictionnaire : Travail, liberté, égalité, ouverture, fraternité… Marabout, bout de ficelle, selle de cheval… Et retour au début du texte… Dans la voiture, l’enthousiasme est à son comble, la conductrice tombe dans les bras d’un passager, d’autres mangent la moquette… Le clip se termine avant que l’affaire tourne mal. Par la suite, tous sont allés consulter un « enmarchologue » pour tenter de sortir de là, mais fiers, tout de même, d’avoir réalisé une magnifique promo anti-Macron. À diffuser de toutes parts !

Voir de plus:

Macron, c’est un beau roman, une belle histoire…

Présidentielle. Il était le candidat que les médias s’étaient choisi. Celui que les sondages avaient élu. L’histoire, écrite par les faiseurs d’opinion, promettait l’Élysée à Macron. Voire…

Raphaël Stainville

Valeurs actuelles

15 avril 2017

Valéry Giscard d’Estaing seraitil mort sans que personne n’en ait été averti, pour que France Télévisions diff use le 3 avril un documentaire à sa gloire, plus fl atteur qu’aucune nécrologie ne saurait être ? Non, bien sûr que non… À moins que Giscard d’Estaing, de vous à moi n’ait été diff usé, à trois semaines du premier tour de la présidentielle, que pour mieux installer l’idée qu’après celui qui fut, à 48 ans, le plus jeune président de la Ve République, un homme plus jeune encore puisse prendre place à l’Élysée. Tout dans les traits de caractère mis en évidence dans le documentaire le suggère, comme pour mieux établir un parallèle sinon une fi liation. Giscard ? Un homme « à l’ascension politique fulgurante », nous dit Patrice Duhamel. Un « séducteur à la recherche obstinée de l’aff ection des Français ». « Ils sont surpris, séduits et parfois agacés par ce personnage atypique qui veut moderniser la France. » La voix off semble avoir été écrite pour Emmanuel Macron.

Depuis qu’il a surgi sur la scène politique, avec l’ambition assumée de devenir le prochain président de la République, l’ancien ministre de l’Économie aura bénéfi cié, plus qu’aucun autre candidat, d’une campagne médiatique tout à son avantage. Entre communication subtile et subliminale, semblable au documentaire de France 3, et propagande plus assumée, Emmanuel Macron est parvenu à se présenter en homme neuf, comme si la jeunesse fonctionnait pour lui comme une ardoise magique. Lui, « le plus pur produit du système », selon les mots d’Alain Minc, l’un de ses parrains, biberonné à l’Ena avant d’arriver chez Rothschild, est parvenu à faire accroire qu’il était un rebelle. Lui, l’enfant chéri du quinquennat de Hollande, le secrétaire général adjoint de la présidence devenu ministre de l’Économie, est parvenu pendant un temps à faire oublier qu’il avait été l’un des acteurs majeurs du désastre socialiste, le fi ls prodige du président.

À la manoeuvre, Mimi Marchand, dealeuse de cancans

Couvertures fl atteuses qui se répètent à l’infi ni. « Lui président ? », titre avec précaution l’Obs en février. Le Journal du dimanche, qui n’a pas les mêmes pudeurs, lui déroule le tapis rouge le week-end dernier dans une interview sobrement intitulée « Moi président… ». Jusqu’à la presse people qui s’entiche de ce couple si peu banal que composent les Macron : à la manoeuvre, Mimi Marchand, la reine des potins, qui, sur les conseils de Xavier Niel, copropriétaire du Monde, est venue se porter au secours d’Emmanuel Macron et de Brigitte Trogneux, après que de méchantes rumeurs eurent couru sur leur compte. Depuis, cette ancienne gérante de cabaret devenue dealeuse de cancans ne les lâche pas d’une semelle et met allégrement en scène leur vie privée, sans qu’Emmanuel Macron s’en indispose.

Reste que la presse, qui se targue d’avoir encore beaucoup de pouvoir, ne sait plus que détruire ou aff aiblir. François Fillon, comme d’autres avant lui, en a fait l’expérience douloureuse durant cette campagne. Elle est impuissante à créer ex nihilo un futur président, quand bien même certains, comme le politologue Thomas Guénolé, jugent que les médias ont « suscité artifi ciellement l’intérêt » et que « la bulle Macron est la conséquence d’un matraquage publicitaire massif ». Plus sûrement, la manière d’Emmanuel Macron d’assumer sans complexe son parcours, sa faculté à savoir raconter une histoire, à fabriquer de l’optimisme dans un environnement de plus en plus anxiogène et à se montrer raisonnablement transgressif, autant que sa jeunesse et son intelligence remarquable ont permis à l’ancien ministre de l’Économie d’être propulsé en tête de gondole des produits de communication qui marchent. « Je fais vendre du papier », avoue-t-il à Léa Salamé, avec un petit sourire satisfait.

Les félicitations de Pierre Bergé

Il est vrai que le système médiatique est d’autant plus enclin à promouvoir Emmanuel Macron qu’il se retrouve dans son discours et communie aux mêmes valeurs libérales et libertaires. Pour beaucoup, le candidat d’En marche! est une sorte de fantasme, celui de l’homme nouveau qui saurait guider le peuple dans les remous de la mondialisation. Certains ne s’en cachent pas et s’en ouvrent même publiquement, ivres de leur toute-puissance et persuadés de leur pouvoir. Pierre Bergé, l’actionnaire infl uent du Monde, en vient ainsi à féliciter publiquement l’un de ses éditorialistes, auteur « d’un remarquable papier qui prédit la victoire de Macron, un destin à la Blair ».

Mais, comme nous le fait remarquer Arnaud Benedetti, professeur associé à la Sorbonne, « rien ne démontre que la rencontre d’un homme avec la communication annonce cette autre rencontre d’un homme avec le peuple, rien ne démontre que cette visibilité et cette notoriété qu’Emmanuel Macron a acquises vont se traduire électoralement ». D’autant que, comme tend à le démontrer le dernier essai de Benedetti, la Fin de la com’ (Les Éditions du Cerf), « si la communication des politiques a longtemps été la langue des oligarchies, les peuples commencent à s’en aff ranchir ».

L’élection de Trump aux États-Unis, la victoire du Brexit n’ont été des surprises que pour les élites, sans qu’elles en tirent de vraies leçons… Emmanuel Macron, en surinvestissant dans les médias traditionnels largement discrédités et s’en remettant presque exclusivement aux faiseurs d’opinion pour assurer sa promotion, n’a pas senti l’indiff érence sinon la défi ance dont il est l’objet passé les périphériques des grandes agglomérations, quand ses concurrents ont largement investi les réseaux sociaux.

D’un duel annoncé à la bande des quatre

D’autant que la machine s’enraye parfois et que le capital bienveillance dont il bénéfi cie s’eff rite. C’est la Société des journalistes de Challenges qui dénonce le parti pris pro-Macron de leur direction et déplore, dans un communiqué, « les interventions multiples et déplacées de Maurice Szafran auprès de la direction et de l’équipe Web, suite à la parution d’un article critique à l’égard de Macron, paru le 14 mars sur le site : “Où sont les millions de Macron ? ” ». Ce sont trois communicants, invités de l’émission la Médiasphère, sur LCI, qui donnent libre cours à leur analyse pour fustiger le programme et les postures d’Emmanuel Macron au lendemain de son meeting marseillais. « Il a pastellisé la campagne. Il y a du rose, du jaune, du bleu ciel, moque Stéphane Attal, fondateur de l’agence Les Infl uenceurs. On est revenu à Hélène et les garçons […] c’est la cantine de la fac. » Anne-Claire Ruel, spécialiste en communication politique, n’est pas moins critique, qui dézingue ce « candidat manager », adepte du « team building » et qui ne fait que du « marketing politique ». Un côté attrape-tout qui relève « du triangle des Bermudes », selon un autre. Comme si, par eff raction, le voile se déchirait et qu’apparaissaient désormais les salles trop grandes pour accueillir les sympathisants de moins en moins fervents d’Emmanuel Macron.

Les sondages, qui lui prédisaient il y a encore un mois une élection de maréchal face à Marine Le Pen, se resserrent. Ils ne sont plus seulement deux à prétendre pouvoir se qualifi er au second tour de la présidentielle, mais une bande de quatre. François Fillon résiste, grignote son retard, tandis que Jean-Luc Mélenchon siphonne les derniers soutiens de Benoît Hamon. Mais la volatilité de l’électorat n’a jamais été aussi grande, la cristallisation aussi tardive. « Le corps électoral est liquide, confesse, désarmé, un ex-conseiller de l’Élysée, d’autant plus liquide que les électeurs sont de plus en plus désaffi liés politiquement. » Sur Filteris, qui analyse le poids numérique des candidats à la présidentielle, il y a longtemps maintenant qu’Emmanuel Macron est en marche arrière, dépassé par Marine Le Pen et François Fillon. Comme si, jour après jour, se précisait la prochaine défaite des prétendus faiseurs d’opinion. À défaut, leur dernière manipulation, leur ultime victoire

 

Voir encore:
Loin des banlieues, la misère invisible des villages français
Une sociologue auvergnate dresse un portrait vertigineux de la pauvreté dans le monde rural français
Jean Abbiateci
Le Temps
11 avril 2017

Loin de la misère souvent explosive des banlieues françaises, la pauvreté des campagnes est une réalité plus silencieuse, invisible. C’est toute l’utilité du travail d’Agnès Roche, sociologue à l’Université de Clermont Auvergne et que Le Temps a rencontrée, de mettre des mots sur ces «vies de pauvres» du monde rural, ces «sans-dents» moqués par François Hollande.

Le livre qui condense ce travail est une succession vertigineuse des vies chaotiques d’habitants des villages du Puy-de-Dôme: des paysans en difficulté, des ouvriers, des jeunes néoruraux sans le sou, des petits commerçants qui ont fait faillite. Chez ces gens-là, les fins de mois sont difficiles, le surendettement une épée de Damoclès – le banquier est une figure détestée chez les agriculteurs –, l’alcool ou le sommeil une échappatoire.

Logements indignes

Si cette pauvreté rurale trouve en partie son terreau dans la crise agricole, elle frappe aussi les jeunes des classes populaires – en France, la moitié des pauvres ont moins de 30 ans. Comme Julie et Simon, 23 et 20 ans qui vivent en couple dans un village du Puy-de-Dôme et dont la sociologue raconte l’histoire de vie. Simon a été bûcheron, mais se retrouve déjà en arrêt avec le dos en miettes: il refuse de travailler «dans un clapier» devant un ordinateur. «La priorité pour l’instant, c’est de manger à peu près à notre faim, le reste passe après…» Le tabac est le seul luxe du jeune couple: «Quand tu fumes, tu ne penses pas: «Putain, je suis dans la merde.»

Dans ces villages, les loyers sont certes très peu élevés – 290 euros pour Julie et Simon – mais les habitations sont souvent indignes et très mal isolées, dans un pays aux hivers redoutables. Simon: «On a été obligés d’installer un rideau sur la porte d’entrée pour couper le vent qui passe comme si on était dehors. Les fenêtres, c’est du simple vitrage, c’est du carton, les montants en bois prennent l’humidité, le bois gonfle, on ne peut pas ouvrir les fenêtres.» L’hiver, la température ne dépasse pas les 9 °C dans la petite maison.

Pour survivre, «c’est ici le règne de la débrouille» pour tous. Des missions d’intérim, de l’aide à domicile, des petits trafics, de la cueillette des champignons. «A l’année, on en fait pour 500 euros, c’est toujours cela.» Au fil des pages, ce sentiment de «clôture terrible et de soumission des destins» frappe le lecteur. Malgré quelques petits miracles: mère à 17 ans, Corinne et son compagnon Gérard se sont rencontrés dans la rue. Après des années de galère et un coup de pouce du destin – l’équivalent de 10 000 francs suisses gagnés au loto –, le couple a trouvé un équilibre fragile «dans leur petit cocon» à la campagne avec leurs six enfants. Corinne cultive un potager et élève des volailles: «Mon chemin, pour moi, c’est ma fierté.»


A LIRE. Agnès Roche, «Des Vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural», Presses universitaires de Rennes, 2016, 340 pages.

Voir enfin:

Faith

Nearly 1 million Christians reportedly martyred for their faith in last decade
ChristianPost.com
Fox news
January 17, 2017

Over 900,000 Christians have been martyred in the last 10 years, a Christian research firm affiliated with Gordon-Conwell Theological Seminary in Massachusetts estimates.

Gordon-Conwell’s Center for the Study of Global Christianity recently released its annual report on the persecution of Christians, which found that as many as 90,000 Christians died for their faith in the last year.

Although the study was released this month, the finding that 90,000 Christians — or one Christian every six minutes — were killed in 2016 was leaked by a prominent Italian sociologist named Massimo Introvigne during an interview with Vatican Radio in December and the report received much media attention before it was even released.

Even though 90,000 Christian martyrs might seem like a lot in one year, the think tank maintains that 90,000 Christians have died each year on average from 2005 to 2015.

« In the last week, several news organizations reported on the persecution of Christians around the world and cited our figure of 90,000 Christian martyrs in 2016, » the organization said in an email to supporters. « The Center for the Study of Global Christianity has done extensive research on Christian martyrdom, both historical and contemporary. We estimate that between 2005 and 2015 there were 900,000 Christian martyrs worldwide — an average of 90,000 per year. »

It should be noted that 90,000 Christian martyrs per year is a very liberal estimate. In fact, the organization notes that only 30 percent of the 90,000 Christians were killed because of terrorism. Seventy-percent of the 90,000 Christians were actually killed in tribal conflicts in Africa, which raises the question of whether or not 70 percent of 90,000 Christians were actually killed over their faith or just victims of violent conflicts.

Voir par ailleurs:

Patrick Buisson, l’éminence noire de Nicolas Sarkozy

De leur rencontre à l’affaire du Dictaphone, Ariane Chemin et Vanessa Schneider racontent l’ascension puis la chute de l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy dans « Le Mauvais Génie », à paraître jeudi. Extraits.

Le Monde

17.03.2015

Il a été l’un des conseillers les plus influents de la Ve République. De 2006 à 2012, Patrick Buisson a travaillé main dans la main avec Nicolas Sarkozy, pour la campagne de 2007 d’abord, sans que personne alors ne le sache, puis durant tout le quinquennat.

Dans Le Mauvais Génie (Fayard, 304 p., 19 €), Ariane Chemin et Vanessa Schneider, grands reporters au Monde, révèlent comment cet ancien prof d’histoire, proche des « néofascistes » Alain Renault et François Duprat, a bénéficié d’une mansuétude fascinante au sein de la  Sarkozie. Patrick Buisson ne s’est pas contenté d’insuffler ses thèses identitaires au président de la République, il a irrigué toute la droite, fabriquant de nombreux « bébés Buisson ». Dans le sillage de l’ex-directeur de la rédaction de Minute, un inframonde politique, réactionnaire ou ultracatholique, a retrouvé le chemin du pouvoir.

Paranoïaque comme souvent à l’extrême droite, familier des chantages de toute sorte, Patrick Buisson a été rattrapé, début 2014, par une affaire  d’ « enregistrements » : il cachait un Dictaphone dans sa poche à chacune de ses réunions  – avec le chef de l’Etat, en tête-à-tête avec des ministres, des conseillers, ou encore à la direction de TF1. Une habitude héritée de ses années d’agitateur anti-Mai 68 à Nanterre, puis de journaliste. Mais quand la défaite de Nicolas Sarkozy a fait tomber les peurs et aiguisé les appétits de vengeance, il a été trahi.

Car Patrick Buisson n’exerçait pas seulement une forme d’emprise psychologique sur Nicolas Sarkozy, il a longtemps fait peser sur son fils, Georges Buisson, puis son assistante à LCI et à la chaîne Histoire, Pauline de Préval, une domination perverse. L’histoire de Patrick Buisson rappelle une nouvelle fois qu’en politique les affaires d’Etat se nouent parfois dans le secret de psychodrames intimes. Morceaux choisis.

L’emprise

Chez Patrick Buisson et Nicolas Sarkozy, le pacte se noue en février 2007. Qui s’en aperçoit sur le moment ? Personne, pas même le candidat. C’est une histoire d’hommes, un début de liaisons dangereuses par sondages interposés, un jeu de séduction qui dérive vers l’emprise. « Oui. OK. On se rappelle. Je t’embrasse. » Patrick Buisson repose son téléphone portable et mesure en même temps son effet sur son auditoire, réuni au Cardinal, une brasserie de fruits de mer de la porte de Saint-Cloud. Il y a ses habitudes depuis qu’il travaille à TF1 : toujours la même table, près de la fenêtre, derrière un rideau. Comme tous les hommes de secrets, Patrick Buisson est un voyeur qui déteste être vu.

« C’était Nicolas », précise-t-il. (…) D’autres fois, il soupire en raccrochant : « C’est le Nain », ou encore « le Petit ». D’autres encore, c’est « talonnettes », le « zinzin » ou « tête creuse ». « Je déjeune, tu me déranges, là », répond-il même parfois. Est-ce bien de Nicolas Sarkozy qu’il s’agit ? Aux incrédules, il tend un jour l’appareil, qui sonne de nouveau alors qu’il vient de mettre fin brutalement à la conversation. C’est la voix du président. Patrick Buisson soupire tout haut. « Il ne peut rien faire sans moi, Naboléon. » (…)

Pour un oui ou pour un non, [Nicolas Sarkozy lui] téléphone, comme il a l’habitude d’appeler sa seconde épouse Cécilia, puis, plus tard, Carla Bruni. Pour parler. Se rassurer. « Il est mon homme », « ma boussole », « mon hémisphère droit », dit-il. « Un génie », plaide-t-il devant Roselyne Bachelot. « Un homme unique », lâche-t-il à Bruno Le Maire. (…)

La chaîne Histoire

« S’il n’y a que ça pour lui faire plaisir ! », se réjouit Martin Bouygues en ce début d’été 2007. Nicolas Sarkozy vient de confier au patron du groupe de travaux publics, son vieux copain, le rêve que caresse Patrick Buisson : une chaîne de télévision. Le nouveau président a le ton audacieux de ces amoureux prêts à mettre le monde aux pieds de ceux qu’ils redoutent de voir s’en aller. Il lui doit sa victoire, insiste-t-il, il faut le remercier. (…)

Martin Bouygues n’est pas fâché de cet arrangement. Le président lui en sera redevable, et TF1 comptera désormais en son sein un lien direct et privilégié avec l’Elysée. (…) Dès son arrivée, Patrick Buisson s’attelle à sa nouvelle grille. Il s’est toujours rêvé autant journaliste – et homme d’affaires – qu’historien. (…) Depuis ses années de faculté, rien de ce qui est publié sur Pétain, l’Indochine, la Vendée, le communisme ou la guerre d’Algérie [ne lui] échappe. Enfant, il a entendu son père rêver d’en finir avec une histoire de France écrite par les vainqueurs et les communistes, celle qui faisait la part trop belle au Front populaire de Léon Blum et à ses « grands meetings des tricots de corps et des miches assoupies », comme on disait des congés payés chez les Buisson. Il veut aujourd’hui soulever la chape de « l’historiquement correct » : « La télé remue‑-mémoire », cingle le slogan de la chaîne Histoire.

L’obole des ministres

Comme à Minute, comme à Valeurs, Patrick Buisson s’arrange avec le mélange des genres. Les ministres souhaitent rencontrer l’influent conseiller pour transmettre un message au Château ? Il se sert sans complexe de sa nouvelle carte de visite et la met au service de la chaîne pour trouver au cœur du pouvoir soutiens, subventions et parrainages. C’est l’époque où l’on ne refuse rien au patron de [la chaîne Histoire]. Sans bruit, Patrick Buisson met en place un système de conventions avec les ministères pour lancer des opérations spéciales, programmer des commémorations ou financer des documentaires. Il fait le tour du gouvernement. Comment refuser de verser son obole à celui dont on dit qu’il fait et défait les carrières ?

Entre 2008 et 2009, avait raconté Le Monde, la Rue de Valois dote ainsi la chaîne de 270 000 euros – son logo se trouvait même au générique des émissions « Vive le patrimoine ». Rien d’illégal. Mais, au cabinet de la ministre de la culture, on s’étonne de cette soudaine prodigalité. Patrick Buisson et Christine Albanel déjeunent régulièrement ensemble. Le premier n’a-t-il pas promis à la seconde son soutien auprès de Nicolas Sarkozy ?

Sur les conseils du chef de l’Etat, Frédéric Mitterrand, qui succède à Christine Albanel en juin 2009, s’attable, lui aussi, avec le patron de la chaîne Histoire et y va de sa subvention. Comme Hubert Falco. Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants ne connaît pas le conseiller du président et ne dispose d’aucune entrée privilégiée à l’Elysée. Il doit mener un rude combat : maire de Toulon, ville arrachée au Front national, il veut déroger à la règle gouvernementale qui oblige les élus de grandes villes à démissionner s’ils choisissent de rester au gouvernement. Lorsque le conseiller de Nicolas Sarkozy lui demande de financer un film consacré à la guerre d’Algérie, il accepte de bon cœur : Toulon abrite une des plus grosses communautés de pieds-noirs de France, des électeurs qu’il soigne particulièrement. Mieux : le 3 novembre 2009, à l’occasion de la sortie des deux albums illustrés signés par le conseiller de Nicolas Sarkozy, publiés chez Albin Michel, le secrétaire d’Etat organise une cérémonie aux Invalides. (…)

Sous le dôme doré des Invalides, Buisson savoure la faveur qui lui est faite. Falco y va de son compliment : « En lisant vos deux livres, cher Patrick Buisson, on tire une leçon essentielle : les choses ne sont jamais simples. Lorsqu’on dit que la guerre d’Algérie est le dernier épisode de l’épopée coloniale, on n’a rien dit. Le premier défilé de la première harka féminine, les officiers qui se transforment en instituteurs dans le djebel, ce sont autant d’images qui nous racontent une histoire plus fine et plus sensible. » Fin et sensible, le portrait convient parfaitement à l’historien de l’Elysée.

Avec Hervé Novelli, les choses ont été plus simples encore. Les deux hommes se connaissent depuis 1968. Le secrétaire d’Etat au commerce et au tourisme était engagé dans les rangs du groupuscule d’extrême droite Occident, comme Alain Madelin, Gérard Longuet et Patrick Devedjian. Le deuxième dirigeait à Nanterre le syndicat étudiant FNEF, qui se battait contre Dany le Rouge. Le soir, Patrick Buisson venait retrouver la petite bande d’Occident au Café de l’Odéon, leur quartier général parisien.

C’est lui qui, en 2007, à l’heure du premier gouvernement, a soufflé le nom de son copain Novelli à Nicolas Sarkozy. Dès qu’il le peut, Buisson continue de chanter ses louanges auprès du président : quelle bonne idée, ce statut d’autoentrepreneur qu’« Hervé » vient de créer ! Quand le patron de la chaîne Histoire lui demande de subventionner plusieurs documentaires sur des [cités] historiques, le ministre signe sans se faire prier.

Parmi la liste de villes que la chaîne se propose d’honorer se glisse… Richelieu, 2 000 habitants, dont Novelli est le maire. On le voit à l’image vanter les halles et l’architecture XVIIe de la charmante commune d’Indre-et-Loire emplie d’hôtels particuliers et ceinte de remparts. Le maire Novelli interviewé dans un film sponsorisé par le ministre Novelli, il fallait y penser !

Le portrait de Pétain

Toute la rédaction de Minute a pris la pose dans la grande salle du dernier étage. C’est le photographe « maison » qui a pris le cliché. Patrick Buisson se trouve au deuxième rang, veste à carreaux seventies et cravate noire. Devant lui, un journaliste tient dans ses mains le portrait encadré de Philippe Pétain. Ils sont rares, tout de même, ceux qui, un quart de siècle après la guerre, tiennent le Maréchal pour une référence. Sur le cliché, ils ressemblent à un chœur de vieux enfants qui entonnerait le chant vichyste « Sauvons la France ». Patrick Buisson a rechigné quelques instants avant d’accepter la photo : le nouveau patron de l’hebdomadaire d’extrême droite aime fouiller la vie des autres, moins les preuves encombrantes qu’on laisse derrière soi. Mais comment dire non à une équipe dont (…) il vient de prendre la tête, en cette fin d’année 1986 ?

Auprès de lui, un grand garçon aux allures de spadassin, sourire narquois à la bouche. C’est Alain Renault, le « copain de toujours ». Pour Buisson, il joue le rôle de secrétaire général informel et ne recule devant aucune tâche, même les plus fastidieuses : éplucher factures et notes de frais, arranger de discrets contrats extérieurs, veiller sur les montages financiers de Publifact, ou encore servir d’antenne dans la rédaction. Une sorte d’alter ego. À une différence près : Alain Renault, du moins à cette époque, aime les partis, les cartes, les titres et les organigrammes. Patrick Buisson n’a jamais milité ailleurs qu’à Nanterre, quand il était étudiant. (…)

Figure également sur le cliché son allié dans la place, l’éditorialiste François Brigneau, une des plumes du journal. Un ancien milicien, maréchaliste convaincu et compagnon de cellule de Robert Brasillach en 1945 (…). Un peu plus loin, un jeune garçon arrivé à Minute deux ans plus tôt, diplômé de Sciences Po, Emmanuel Ratier. Il n’est pas encore l’auteur de la névrotique Encyclopédie des changements de noms, où il traque les juifs rebaptisés, mais déjà le complice des années Minute de Patrick Buisson. (…) C’est Ratier qui a prêté le portrait de Pétain autour duquel chacun a posé ; il traînait dans son bureau. Provocation ? Piège ? Blague ? Sur la photo de groupe, personne n’a l’air de beaucoup s’amuser. À l’extrême droite, les farces de potache ont toujours un arrière-goût de soupe à la grimace.

Le « salon vert »

Seuls les huissiers habitués à observer les allées et venues des visiteurs avaient noté ce parcours tout en chicanes. À l’époque, ils n’y avaient pas prêté beaucoup d’attention. Lorsqu’il arrivait à l’Elysée pour la réunion du « salon vert », Patrick Buisson demandait toujours à se laver les mains dans le cabinet de toilette, à mi-étage de l’escalier Murat. « Patrick, qu’est‑ce que tu as à nous dire ? » C’est par ces quelques mots que Nicolas Sarkozy a ouvert, pendant cinq ans, chacune ou presque des réunions qu’il tenait avec ses stratèges. Le Château a ses rituels. Celui du salon vert a ponctué le quinquennat de Nicolas Sarkozy, tout comme cette petite phrase et l’ordre de bienséance qui faisait du patron de la chaîne Histoire le premier de ses conseillers, quoique sans titre dans l’organigramme.

Autour de la table ovale couverte d’une nappe du même vert amande que les lourds rideaux se sont retrouvés chaque semaine les principaux conseillers du président. Dehors, le parc, le pépiement des oiseaux, le crissement des graviers sous les râteaux des jardiniers. Dedans, les lustres monumentaux dont le vent fait parfois cliqueter les pampilles, les tapis à ramages, le mobilier acajou doré à l’or fin. (…) Agenda, informations du jour, préparation et « débriefing » des déplacements, discours, interventions dans les médias, tout est passé en revue.

Réunion après réunion, chacun retrouve sa place et ses habitudes. Il y a là le sondeur Pierre Giacometti, Henri Guaino, la plume du cabinet, Franck Louvrier, le conseiller en communication, et le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, auquel succédera Xavier Musca. Patrick Buisson, lui, est assis en face de Nicolas Sarkozy (…). [Il] ouvre la réunion par un de ces longs exposés qui ont fait son succès auprès du président : une argumentation mécanique et précise, truffée de chiffres issus de sondages et d’enquêtes d’opinion, arrimée à ces références historiques qui manquent tant au locataire de l’Elysée. Une explication et une interprétation pour chaque événement, ou presque. Un ton théâtral, un discours carré qui se ferme dans un raisonnement implacable et rassure celui qui doute. (…)

Faire et défaire les réputations, influer sur le cours du récit, les hommes, les nominations… Buisson est là à son aise. Laurent Wauquiez, le ministre qu’il conseille en sous-main, fait partie de ses poulains. Non qu’il le respecte – il le traite d’« ectoplasme » devant ses salariés de la chaîne Histoire –, mais il a décelé en lui un homme ambitieux sur lequel il peut mettre sa main. Nicolas Sarkozy, lui, l’a pris en grippe depuis que le ministre a annoncé le premier le sauvetage de l’entreprise de lingerie Lejaby, qui se trouve dans sa circonscription.

Doit-il rester au gouvernement ? À plusieurs reprises, dans le salon vert, Buisson défend son protégé avec une vigueur qui laisse ses voisins de table stupéfaits. Et sauve sa tête. Pour en éloigner d’autres, le scénario est aussi parfaitement huilé. Buisson commence par évoquer l’air de rien une étude d’opinion défavorable au président. Puis lâche sur un ton désolé :

« Si seulement Untel n’avait pas dit ça…

– Dit quoi ? », bondit le chef de l’Etat. Buisson exhume alors quelques mots du ministre dont il veut la peau, et passés en général inaperçus. Un procédé dont la garde des sceaux, Rachida Dati, que Buisson appelle la « voleuse de poules », et Michèle Alliot-Marie font régulièrement les frais. Brice Hortefeux aussi, l’ami de trente-cinq ans du président, ce « nul », remâche inlassablement Buisson.

Le clergé à l’Élysée

Que de couleurs et de moire, ce 13 mars 2011, dans la salle des fêtes de l’Elysée ! Mgr Thévenin [un ecclésiastique très proche de Benoît XVI] porte sur ses bas noirs sa soutane filetée et sa traditionnelle ceinture violette, mais a ajouté pour l’occasion un ferraiolo de soie à cordon et à glands amarante noué à son cou. Autour de lui virevoltent des robes de cérémonie et des cols romains, tandis que s’esquissent des apartés en italien. (…) On entend les soutanes froufrouter autour du président. Toute la hiérarchie ecclésiastique et les paroisses parisiennes se retrouvent sur le tapis du salon. Mgr Rey, l’évêque de Fréjus-Toulon, (…) côtoie Mgr Aillet, son confrère de Bayonne. Patrick Buisson a pris soin de convier aussi des journalistes amis. Philippe Maxence, le rédacteur en chef du bimensuel catholique L’Homme nouveau, chroniqueur à Radio Courtoisie, devise avec des piliers de Valeurs actuelles, comme son patron Guillaume Roquette. Le Figaro aussi a répondu présent. Du moins sa branche catholique traditionnelle, en discrète ascension dans la rédaction. (…)

Sous les yeux aveugles de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson joue les maîtres de cérémonie, goûtant son triomphe avec délectation, s’employant à faire défiler les invités un à un devant l’ecclésiastique. Une partie d’entre eux a déjà eu l’honneur de croiser le président, mais l’autre rêve de rencontrer Mgr Thévenin, dont l’influence est forte au Saint-Siège. Le patron du Fig’Mag, Alexis Brézet, grand défenseur de la messe en latin, s’entretient longuement avec Mgr Thévenin, le nouveau décoré [de la Légion d’honneur].

Le courtisan

Lorsque, dans les derniers jours de l’année 2010, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, lui propose un rendez‑vous, Camille Pascal est euphorique. Un coup de téléphone du Château ! Presque le plus beau jour de sa vie. Sa joie a quelque chose de naïf et d’enfantin. Nicolas Sarkozy a besoin d’un nouveau conseiller pour écrire ses discours, notamment ses textes historiques. Claude Guéant, qui le reçoit fin décembre, est conquis par l’enthousiasme et la culture de l’historien. Il espère avoir trouvé celui qui l’aidera à « représidentialiser » Nicolas Sarkozy, l’obsession du moment rue du Faubourg‑Saint‑Honoré.

Le flot de louanges flatteuses que Camille Pascal chante à propos du président emporte la décision du secrétaire général. Dans cette cour qu’est devenu l’Elysée, on ne s’extasie jamais trop devant le chef de l’Etat. L’historien est prié de prendre ses nouvelles fonctions dès le 1er janvier 2011. (…) L’épreuve du feu ne tarde pas. Claude Guéant lui commande un discours sur les chrétiens d’Orient, que le président doit prononcer le 7 janvier à l’occasion des traditionnels vœux aux autorités religieuses. En élève consciencieux, la nouvelle recrue s’y attelle d’arrache-pied.

Catholique pratiquant, Pascal est à l’aise avec son sujet et truffe son texte de références historiques qui, espère‑t‑il, vont faire mouche. (…) Il ne sait pas encore qu’il s’est fait remarquer par un des hommes les plus influents de la Sarkozie. Patrick Buisson veut connaître l’auteur de ce discours et téléphone au nouveau conseiller pour le féliciter. « Enfin quelqu’un de cultivé dans cette équipe ! », se réjouit‑il, avant de l’inviter à déjeuner. Camille Pascal se rend au restaurant impatient et fébrile. Le politologue lui pose mille questions sur ses origines familiales. Le nouveau conseiller raconte son grand‑père résistant, décoré de la médaille des Justes à titre posthume. Mais c’est l’autre grand‑père, un des Croix‑de‑Feu du colonel de La Rocque, celui qui ne figure pas sur ses notices biographiques, qui intéresse Patrick Buisson.

Avec Camille Pascal, l’idéologue comprend tout de suite qu’il a trouvé l’allié qui lui manquait au Château. (…) « S’il n’y avait que des conseillers comme vous ! », flatte Buisson. C’est devant d’autres qu’il dira ce qu’il pense vraiment de Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée, récit des deux courtes années passées au Château : « Le journal d’une femme de chambre ! » Double jeu, comme toujours.

Les années érotiques

« Ce bouquin est écrit par un grand pervers ! » Jean-Baptiste de Froment repose devant lui le premier tome d’une somme sur la seconde guerre mondiale qu’on lui a fait porter dans son bureau, à l’Elysée. Le jeune conseiller est entré au Château quelques mois plus tôt, à la veille de ses 30 ans. Cet élégant normalien, ancien professeur de philosophie à l’université de Nanterre, est encore sous l’émotion de sa lecture, en ce mois d’avril 2008. Il reprend dans ses mains le gros ouvrage qu’il a poussé devant ses collègues et en lit des passages à haute voix, partagé entre rire et malaise : « Le type qui a écrit ça a un énorme problème… »

Le « type », c’est Patrick Buisson. Jean-Baptiste de Froment ne le connaît que de réputation. Et pour cause : rue du Faubourg-Saint-Honoré, personne ou presque n’aperçoit jamais le visiteur du soir – les médias commencent seulement à s’intéresser à lui. (…) Le livre dans lequel Jean-Baptiste de Froment vient de se plonger s’intitule 1940-‑1945. Années érotiques. (…) L’ouvrage explore l’Occupation à travers un prisme bien particulier : celui de la sexualité. Sa thèse ? La France, « prise d’une fureur utérine », n’attendait en réalité qu’une chose : se faire « prendre » par les Allemands. « Pays femelle adore raclée », écrit Céline dans Les Beaux Draps, une citation que Buisson a placée en exergue d’un des chapitres. (…)« Moi qui le prenais pour un clergyman ! », s’amuse Jean-Marie Le Pen en parcourant le premier tome de l’ouvrage. Le président de la République, qui le pratique assidûment depuis deux ans, n’est pas le moins étonné : « J’ai pas lu le livre de Patrick, mais il est bizarre, non ? »

2012, les désaccords d’Évian

C’est quand tout va mal que les hommes se révèlent. Quand le péril guette que surgissent les idées les plus insensées. En ce printemps 2012, Nicolas Sarkozy reste distancé dans les enquêtes d’opinion par François Hollande. Il a comblé une partie de son retard, mais il lui faut pousser son avantage. Nicolas Sarkozy battu, c’est pour Patrick Buisson un monde qui s’effondre et une carrière qui bascule. Une manne financière qui s’assèche, aussi. Pour arracher une victoire de plus en plus improbable, le conseiller élyséen doit trouver une proposition iconoclaste qui séduise cet électorat populaire, lequel risque fort de manquer au candidat de l’UMP. Une annonce choc, donc, que Patrick Buisson, obsédé par le rejet de l’immigration, la montée de l’islamisme radical et ce qu’il appelle « l’Europe passoire », mûrit derrière les vitres de son bureau de la chaîne Histoire.

Qui peut imaginer que, en 2012, Nicolas Sarkozy a failli proposer de dénoncer les accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie ? C’est l’idée qui a germé, à quelques semaines du premier tour, dans le cerveau du conseiller. Pour ce pourfendeur de la décolonisation, qui a consacré tant de livres et de films à cette période et a grandi dans la haine d’un général de Gaulle bradeur d’empire, la solution est à chercher dans le passé colonial de la France. Une proposition osée, qui fera à coup sûr hurler les bien-pensants, mais qui, il en est convaincu, peut permettre une victoire à l’arraché.

Son idée ? Revenir sur la disposition qui prévoit que « les ressortissants algériens résidant en France, et notamment les travailleurs, auront les mêmes droits que les nationaux français, à l’exception des droits politiques ». Ce régime privilégié a été revu à plusieurs reprises dans un sens plus restrictif, rapprochant les Algériens de la loi générale. Reste qu’ils peuvent encore obtenir un titre de séjour spécifique, le « certificat de résidence », qui permet de demeurer plus longtemps en France à condition de justifier d’une présence régulière sur le territoire, d’un emploi stable et de ressources suffisantes. C’est à ce « régime de faveur » que Patrick Buisson veut s’attaquer.

« Meluche »

« J’en suis sûr. Je suis écouté. » La voix de Jean-Luc Mélenchon a blanchi. Près de lui, à quelques mètres, un collaborateur voit des gouttes perler sur son front. Le candidat du Front de gauche à la présidentielle vient de raccrocher après quelques mots murmurés au téléphone, mais la conversation semble l’avoir plongé dans une angoisse irraisonnée. Comme si le seul fait de s’être entretenu avec ce mystérieux correspondant avait suffi à le plonger dans cet étrange accès de fébrilité. (…)

L’homme avec lequel Jean-Luc Mélenchon était en ligne n’est autre que Patrick Buisson. (…) Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Eric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme.

Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes.

Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon. La réflexion de ce philosophe de formation qui, à 41 ans, anime avec Julien Dray l’aile gauche du PS sonne agréablement à ses oreilles. « Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…)

Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008. (…) Les conseils du collaborateur de Nicolas Sarkozy ne sont évidemment pas désintéressés : tout ce qui peut déstabiliser le Parti socialiste est bon à prendre.

Lorsque l’ami Jean-Luc se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc, chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS. Une alliance subliminale se scelle alors entre les deux hommes. Le président sortant cite son nom – la meilleure façon de le faire exister – et vante publiquement son tonus et son tempérament. De son côté, Mélenchon réserve ses flèches les plus venimeuses à François Hollande et à Marine Le Pen, qui menace de prendre des voix au candidat UMP. Il critique le quinquennat du sortant, mais sans s’en prendre personnellement à Nicolas Sarkozy, un « chef de guerre », salue-t-il.

Père et fils

Lorsque Nonce Paolini apprend que Georges Buisson souhaite le rencontrer en cette fin d’année 2012, le patron de TF1 se demande ce que son employé peut bien avoir d’urgent à lui dire. Il ne connaît pas exactement sa fonction au sein du groupe, il n’a guère entendu parler de cet homme effacé et timide. Intrigué, il accepte néanmoins de le recevoir. Un père et un fils dans une entreprise, c’est toujours le risque de se voir plonger, malgré soi, dans des nœuds de vipères et d’inavouables secrets de famille. Et les Buisson ne sont pas vraiment des employés comme les autres. (…)

Tant que son père était le conseiller du prince, Georges rongeait son frein. La défaite de Nicolas Sarkozy lui a donné des ailes. (…) Georges, qui, à 25 ans, vivait encore chez son père, est tombé amoureux à l’orée des années 2000. Il a quitté la maison presque en cachette, pour se marier. Un choc. De son fils, Patrick Buisson savait tout. Il l’a regardé grandir, a filmé tous ses premiers gazouillis, les premiers Noëls, les premiers anniversaires. Quel bon père ! se disaient ceux qui observaient cet homme attentionné, sans comprendre que la vie de Georges était devenue une prison. (…)

Voilà longtemps que la colère et la révolte grondent dans le cœur du fils humilié. Qu’il en a assez de courber l’échine, de rendre service, d’être traité comme un factotum, un stagiaire, alors que, actionnaire à 40 % de Publifact [la société de conseil créée par Patrick Buisson], il se retrouve dans une position délicate. La publication du fameux rapport de la Cour des comptes sur les sondages de l’Elysée, en juillet 2009, a fait naître ses premières inquiétudes. Il est d’autant plus préoccupé qu’il a paraphé un contrat litigieux avec la présidence. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire, s’est ému Nicolas Sarkozy. J’ai signé avec le père, pas avec le fils ! »

Une trahison à 10 000 euros

« Dans ma vie, j’en ai connu, des trahisons, mais comme celle-‑là, rarement ! » Le ton est glaçant, les mots tranchants. Jusque-là si prudent à propos d’un homme qui en sait tant sur lui, Nicolas Sarkozy n’a pas pu échapper à une question sur son ancien conseiller [ce 21 septembre 2014, au journal de France 2] (…). La fureur de l’ancien président est à la mesure du coup reçu. Du déni, aussi, dans lequel il s’était enveloppé, comme un amoureux qui refuse l’idée d’être trahi.

Après hésitation, il demande à son avocat Thierry Herzog d’attaquer son ex-conseiller et le site Atlantico, qui a publié des extraits des enregistrements. Son épouse demande à Me Richard Malka de porter plainte en son nom. Un référé d’heure en heure est lancé pour obtenir le retrait immédiat du site des extraits mis en ligne au nom de l’« atteinte à l’intimité de la vie privée ». Le 14 mars 2014, le tribunal de grande instance condamne Atlantico à retirer ses articles, et Patrick Buisson à verser 10 000 euros d’indemnités à chacun des époux Sarkozy. Le 3 juillet, la cour d’appel de Paris confirme le jugement.

Mais Patrick Buisson refuse de s’acquitter de la somme. Payer un homme qu’il a fait élire ! S’il y a un débiteur, c’est bien lui. Il fait passer des messages selon lesquels, si on le presse, il « parlera ». Carla Bruni s’obstine. Elle charge son avocat de recouvrer les 10 000 euros que lui doit l’ancien conseiller de son mari. Le 13 août, un huissier débarque chez le patron de la chaîne Histoire pour exiger le paiement. L’humiliation est totale. Patrick Buisson signe rageusement le chèque. Il s’épanche de nouveau pour expliquer, les yeux plissés par la paranoïa, que l’épouse du président est « à la manœuvre pour le détruire ». C’est elle, via l’éditeur Jean-Paul Enthoven, « son ancien amant et le grand-‑père de son fils, qui manipule Georges et le pousse à écrire un livre vengeur sur moi », ose-t-il devant ses visiteurs.

A Thierry Herzog, son avocat, Nicolas Sarkozy demande de ne pas réclamer à son ancien conseiller le chèque qui lui est destiné. « Il a payé Carla, ce n’est pas la peine d’en rajouter », explique l’ancien président. Prudence de politique ? Patrick Buisson raconte à qui veut l’entendre que, lorsque l’huissier est venu chercher son chèque, il y a joint cinq mots à l’intention du couple Sarkozy : « Pour solde de tout compte. »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/03/17/patrick-buisson-l-eminence-noire-de-nicolas-sarkozy_4595368_823448.html#PDcCCWrB7amGF3ds.99

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5 Responses to Présidentielle 2017: Pourquoi Fillon va gagner (Rêve de Buisson, cauchemar de Macron: la meilleure analyse de la désormais inéluctable victoire de Fillon)

  1. Marine LePen remportera la présidentielle à mon avis.

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    • jcdurbant dit :

      On prend les paris ? En revanche, j’espère qu’ils auront plein de députés aux législatives et qu’avec le départ (probable ?) de Philippot voire de Marine, Marion ramasse la mise et qu’à terme ils terminent leur aggiornamento et rejoignent la droite classique …

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  2. jcdurbant dit :

    Demandez le programme !

    Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient.

    Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant.

    Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être.

    Philippe Bilger

    https://www.contrepoints.org/2017/04/16/286778-fillon-macron-voter-programme-homme?utm_source=dlvr.it&utm_medium=SOCIAL&utm_campaign=Facebook-automation

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  3. jcdurbant dit :

    DOUCE FRANCE GOES SOUR

    Terrence Peterson, a professor at Florida International University who is writing a book about the French military’s history in Algeria, compared the symbolic value of Algeria in France with the Confederate flag in the United States. Just as the Confederate flag has a double meaning — a symbol of racism to many, but a symbol of a treasured past to others — Algeria stands for French racist oppression, but also a lost society seen as expanding French Republican virtues to the edge of the Sahara. “At its base it’s really a conflict about ‘what is France, and who is French?’” he said. “It’s an important nexus of memory and identity. So whatever you want to say about France’s relationship to its minority populations, Algeria often allows you to make that argument.”

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  4. jcdurbant dit :

    La ligne Buisson est un dispositif à deux coups : politique et métapolitique. Le second point est le plus intéressant. Buisson a emprunté la notion de gramscisme de droite à Alain de Benoist et à la Nouvelle Droite, qui l’ont théorisée à la fin des années 1970 : la bataille pour l’hégémonie culturelle comme prélude aux victoires politiques. La guerre des mots et des symboles, les grands mythes mobilisateurs, etc.(…) Buisson a voulu reproduire avec Sarkozy ce que de Gaulle avait fait en 1947, avec le RPF, et en 1958 avec la Ve : désenclaver la droite conservatrice. Cette droite est trop marginale, elle peut gagner une primaire, pas une présidentielle. Il s’agit donc de lui adjoindre les catégories populaires afin de fusionner les électorats conservateurs et populistes, quitte à occulter la question sociale, le grand impensé de la ligne Buisson. Nonobstant ce point, Buisson a saisi l’opportunité du sarkozysme sans nourrir d’illusions sur le personnage. Une fois élu grâce au logiciel Buisson, Sarkozy l’a du reste aussitôt désinstallé pour revenir au « cercle de la raison » : Alain Minc à Bercy, Kouchner au Quai d’Orsay, Frédéric Mitterrand rue de Valois, Bernard-Henry Lévy en Libye… De ce point de vue, la ligne Buisson est un échec, et le bilan désenchanté que dresse La Cause du peuple l’atteste. Je suis quant à moi moins sévère, l’essentiel étant d’avoir contribué à lever les tabous qui tétanisaient les droites et à battre en brèche l’avantage moral de la gauche. (…) L’identité nationale, le refus du front républicain, qui s’est traduit par le « ni-ni » entre un candidat PS et FN au second tour des élections partielles sous le quinquennat Sarkozy, pour ne citer que deux exemples. (…) Il s’est produit un alignement des planètes, du « non » au TCE, en 2005, au Brexit. Le centre de gravité de la demande électorale s’est déplacé à droite, identité, souveraineté, sécurité. Sarkozy s’en est avisé très tôt sous l’influence de son conseiller et a ajusté l’offre politique à la demande du corps électoral. Rien ne le prédisposait idéologiquement à faire ce choix si l’on veut bien admettre qu’il ne se situe pas tant à droite qu’à l’ouest, au sens où Guy Mollet disait des communistes qu’ils n’étaient pas à gauche mais à l’est. Il l’a fait néanmoins, par tempérament et par calcul. C’est sa force, il a plus d’audace que ses rivaux. Assez vierge politiquement, dépourvu de surmoi politique, il s’est prêté aux transgressions buissonnières et abandonné à une parole étonnamment désinhibée. (…) Il n’y a plus d’union des droites dans l’esprit de Buisson. C’est dans les années 1980, quand il dirigeait Minute, qu’il se faisait le chantre d’une union RPR-UDF-Front national. À l’époque, il côtoyait des gens comme Villiers, Séguin ou Mégret et conseillait aussi bien Jean-Claude Gaudin que Jean-Marie Le Pen… Aujourd’hui, alors que leurs électorats se révèlent de plus en plus perméables, la rivalité entre les appareils LR et FN est à son comble. Dès lors, la question qui se pose est celle de l’attractivité électorale, pas de l’union des droites. Depuis plus de vingt-cinq ans, Buisson est convaincu que le Front national ne peut pas gagner la présidentielle. Même si la stratégie mariniste de dédiabolisation a fait gagner cinq à dix points au FN, cette vérité reste d’actualité. Sans stratégie d’alliance, pas d’espérance de conquête du pouvoir. Or ni les LR ni le FN ne veulent d’alliance. (…) Tactiquement, le FN a tout intérêt à dire qu’il n’est ni de droite ni de gauche, d’abord pour se libérer de la prison mentale et du piège rhétorique qu’est l’extrême droite. Mais, de Guaino à Dupont-Aignan, les personnalités qu’il invite à le rejoindre sont… des gens de droite. À certains égards, le Front national a remplacé le RPR. Dans son dernier livre, Le Moment populiste, Alain de Benoist révoque en effet le clivage horizontal droite-gauche à la lumière de la poussée populiste. Le clivage, désormais, est vertical, les élites, en haut, contre le peuple, en bas. Il y a du vrai. C’est néanmoins oublier que, du boulangisme au lepénisme, en passant par le poujadisme, les droites radicales ont toujours recyclé des thèmes que les gauches radicales n’ont pas su porter – notamment la question de l’égalité. C’est ce que Marc Crapez a démontré de manière plus que convaincante dans La Gauche réactionnaire (Berg International, 1996). De fait, Marine Le Pen mène une campagne populiste, mais est-ce suffisant ? Pour gagner, il faut réussir la synthèse buissonnière : fusionner les électorats conservateur et populaire. (…) Depuis, la glaciation mitterrandienne est passée par là. Fondamentalement, la droite française peine à comprendre la nécessité du combat culturel. Le divorce entre la Nouvelle Droite et Le Figaro magazine au début des années 1980 en témoigne. La droite conçoit généralement le combat des idées comme un luxe surnuméraire qui relève en dernière analyse du « jus de crâne ». Jusqu’à il y a peu (les polémiques autour des « néo-réacs »), la possibilité d’être un intellectuel de droite relevait de la gageure. (…) La gauche est devenue la gardienne intransigeante d’un ordre moral d’autant plus intraitable qu’il ne repose plus sur aucune production intellectuelle significative. Comme l’Église en son temps, la gauche pallie son déclin historique par la multiplication d’interdits aussi envahissants qu’intimidants, à telle enseigne que des intellectuels dits de gauche, je pense à Marcel Gauchet ou Jacques Julliard, aujourd’hui en dissidence, n’en continuent pas moins de se présenter comme des hommes de gauche. Quant à Régis Debray, qui avait tout pour être notre Barrès – la langue, l’ampleur du mémorialiste, la profondeur de champ, le recul de l’historien –, il a préféré n’être et demeurer que Régis Debray. Comme disait Bernanos, il faudrait des reins pour pousser tout cela ! (…) « Ideas matter », disent les Américains. Les idées comptent. La droite française serait bien inspirée de s’intéresser à ce qui s’est fait outre-Atlantique il y a un demi-siècle, en amont de la révolution conservatrice reaganienne. Je ne suis pas reaganien, loin de là, mais l’offensive culturelle des Républicains force le respect. Après la défaite de leur candidat en 1964, Barry Goldwater, les Républicains ont pris la mesure de leur défaite idéologique. Ils ont alors mis en place, via un réseau de médias et de think tanks, via la publication d’études et de rapports, les outils d’une reconquête du pouvoir… jusqu’à dicter l’agenda politique des États-Unis pour un demi-siècle ! Trump n’en est jamais qu’un des avatars (…) La gauche conserve une rente de monopole dans les champs médiatique, culturel et universitaire, où elle est institutionnellement hégémonique. Dans le service public, il n’y a pratiquement aucun espace laissé à la droite : il a été privatisé par la gauche. La droite a donc investi les médias alternatifs sur le net et réinvesti la presse d’opinion, libérale ou conservatrice. Je ne sais si Causeur s’y retrouve, mais du Figaro Vox au Postillon du Point, en passant par L’incorrect de Valeurs actuelles, c’est le retour en force du débat d’idées et d’une presse engagée.

    François Bousquet

    http://www.causeur.fr/bousquet-droite-ideologie-presidentielle-43944.html

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