Présidentielle 2017: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (After Brexit and Trump, will France’s supposed progressives finally realize you can’t put the Trumpian genie back in its bottle ?)

https://pbs.twimg.com/media/C8hiR22XkAEYqDF.pnghttps://pbs.twimg.com/media/C8hic2nXkAAS-zW.pngCe ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Ne serait-il plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre? Bertold Brecht
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Force est de constater qu’on a trop souvent dans le passé joué avec le Front national. À gauche, en l’instrumentalisant. À droite, en pratiquant le déni. Passez-moi le mot : il faut « reprioriser » les choses. Il y a aura toujours une droite et une gauche, des différences entre elles et aussi, bien sûr, des confrontations. Mais aujourd’hui, la priorité commune, c’est le combat contre le FN. La droite doit en finir avec les facilités qui ont été trop longtemps les siennes et ce degré de porosité avec le FN imputable aux « buissonneries » d’hier. La gauche, elle, doit cesser d’être naïve ou idéaliste. Quant à la gauche de la gauche, se rend-elle compte que ses outrances anti-économiques, sa haine de l’Europe et du capitalisme ont comme seul résultat de saper les fondements de la République? Je suis effrayé quand je lis dans Le Point sous la plume de Michel Onfray que mieux vaut Alain de Benoist plutôt que Bernard-Henri Lévy. Mais où va-t-on? Toutes ces dérives creusent le sillon de Marine Le Pen. Je dis à tous : ne soyez ni naïfs, ni opportunistes, ni sectaires. Reprenez-vous! Et je pourrais dire la même chose au patronat, aux syndicats, aux autorités religieuses et à beaucoup d’intellectuels. Jean-Marie Le Guen
Quand Manuel Valls, dimanche, « revendique la stigmatisation de Marine Le Pen », il érige en martyr du Système celle qui ne cesse de se présenter comme telle avec un succès croissant. Alors que la diabolisation du FN est une stratégie d’appareil qui perd de plus en plus ses effets d’intimidation auprès d’électeurs excédés, c’est pourtant vers cette solution contre-productive que se précipite à nouveau le premier ministre. Il explique : « Mon angoisse (…) : j’ai peur pour mon pays qu’il se fracasse sur le Front national ». Mais la France n’a pas eu besoin du FN pour s’être déjà fracassée sur le chômage, l’endettement, le matraquage fiscal, la paupérisation, l’insécurité, la déculturation, l’immigration de peuplement, etc. C’est parce que ces sujets ne cessent de s’amplifier, faute de réformes adéquates, que Marine Le Pen est passée en tête dans les sondages. Quand Valls s’alarme de la voir « gagner l’élection présidentielle de 2017 », il ferait mieux de se demander pourquoi, au lieu de sortir les gourdins. Un chef du gouvernement qui, en s’attaquant au FN, prend une conséquence pour une cause tient un raisonnement bancal qui annonce l’échec. (…) Illustration avec le diagnostic du premier ministre, établi le 20 janvier, sur « l’apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ». Rien n’est plus faux que ce constat d’une politique voulue de séparation raciale, même si le communautarisme ethnique est bien une réalité. Or c’est sur cette assise idéologique, irréaliste dès le départ, que le gouvernement entend construire sa « politique de peuplement », dont les termes laissent poindre l’autoritarisme déplacé. Cette politique vise à imposer partout la « mixité sociale » (entendre : mixité ethnique) dans le cadre, explique Valls, d’un « projet de société répondant aux exigences des Français exprimées le 11 janvier », c’est-à-dire lors de la grande manifestation en solidarité aux victimes des attentats. Or non seulement cette instrumentalisation partisane du 11 janvier est choquante, mais il est irresponsable de déplorer les ghettos et de ne rien faire pour interrompre l’immigration du tiers-monde qui ne cesse de les consolider. Ivan Rioufol
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
C’est l’histoire d’une pièce de théâtre qui connut jadis un immense succès, mais dont le texte a vieilli. Les ficelles dramatiques paraissent convenues et désormais surjouées par un acteur grandiloquent devant une salle aux trois-quarts vides. C’est la République en danger, le fachisme ne passera pas ou, pour faire plaisir à l’acteur, « no pasaran ». Manuel Valls peut tout jouer, mal mais tout. Alors qu’il est en campagne pour des élections locales, il a déjà déclenché le programme spécial 21 avril 2002. Les loups sont entrés dans Paris. C’est trop tôt ou trop tard. A l’époque, le candidat vaincu Lionel Jospin n’avait pas tardé à reconnaître que tout cela était du théâtre, qu’aucun danger fasciste ne menaçait la République. En 2002, Manuel Valls était conseiller en communication du Premier ministre, et François Hollande, premier secrétaire du PS. Ah, ce n’est pas que les deux hommes ne désirent pas revivre un pareil séisme, mais ils veulent seulement que ce soit à leur profit. Car la seule chance de réélection de Hollande est de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen. Le Président fait donc tout pour en faire la seule opposition, à la fois en majesté et diabolisée. Valls met son énergie et son sens de la démesure au service de cette tactique exclusive. Les deux hommes achèvent ainsi le travail commencé il y a trente ans par François Mitterrand: l’ancien président avait alors réussi à casser la droite en trois morceaux irréconciliables.  (…) La manoeuvre est limpide et poursuit trois objectifs successifs. 1) « réveiller et rameuter un peuple de gauche chauffé artificiellement au feu antifasciste ». 2) culpabiliser la gauche de la gauche, de Mélenchon à Duflot ». 3) préparer le troisième tour des départementales lors de l’élection des présidents des conseils généraux pour casser l’UMP entre ceux qui pactiseraient avec le diable. Eric Zemmour
Les « beaufs » vous remercient pour vos commentaires. Ces donneurs de leçon, sûrement lecteurs de Télérama, aiment les films hongrois, sous-titrés polonais et dont la scène essentielle du film est un plan fixe sur un pot de fleur rouge… Réaction à un commentaire de Bienvenue chez les cht’is (site FNAC)
Si la classe moyenne supérieure critique le succès des ch’tis avec tant de passion, c’est aussi que le film peut être interprété comme une satire sociale faite au nom de ces valeurs populaires contre les valeurs de la classe moyenne. (…) La satire sociale est un genre littéraire fréquent en France mais en général elle se fait au détriment de la classe populaire, du Roman de Renard aux Deschiens : il a fallu deux acteurs, certes intégrés à la classe moyenne puisqu’ils sont acteurs, mais suffisamment distants du fait de leur origine algérienne pour Kad Merad et kabyle par son père pour Dany Boom, pour assumer de se moquer de cette classe moyenne qui est devenue la leur. Quant à la classe moyenne, elle a dû trouver une explication au succès populaire du film par le biais du battage médiatique, sans comprendre cet aspect de revanche sociale. Philippe Cibois
[L’imagerie par résonance magnétique (IRM)] nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée. (…) Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”. Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer. (…) Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms. (…) ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. (…) les gens ont beaucoup d’intuitions morales et (…) les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens. (…) Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre. Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas. Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush]. (…) À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. (…) s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains. (…) Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué. (…) Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes. Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets. (…) Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. (…) Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. (…) si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause. Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique. Jonathan Haidt
J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. (…) En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. (…) C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ?  Waleed Al-Husseini
Les dirigeants du PS français et de la social-démocratie européenne, en effet, sont en général des personnages que je considère comme des poulets élevés en batterie. Ils sortent des grandes écoles, sans aucun passé militant dans les luttes populaires, et encore moins dans l’internationalisme politique. Ils montent les marches du pouvoir politique en croyant que leur discours de gestionnaires, c’est du socialisme. Et ils font croire que ça se résume à ça. Ces dirigeants n’ont jamais compris ce qui se passe en Amérique latine parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de reproduire le discours de la propagande étasunienne, repris par la majorité des médias. (…) Le président Hugo Chavez note, comme moi : « Les gens ne veulent pas comprendre que pour redistribuer les richesses auprès des pauvres, il faut changer les institutions ». Et Chavez nous interpelle : « Parce qu’il existerait une alternative ? Et où se trouvent donc vos magnifiques modèles, vous les Européens, que l’on devrait prétendument imiter ? ». (…) C’est donc pour cela que j’ai demandé à ces dirigeants qu’ils se taisent, et qu’ils observent avec respect le chemin montré par Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur ou José Mujica en Uruguay. Non pas pour les imiter, mais pour apprendre d’euxJean-Luc Mélenchon
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Dans son dernier discours sur la culture, Marine Le Pen appelle de ses vœux une France qui retrouve sa grandeur. Mais l’art n’est pas fait pour servir la grandeur de la France, et c’est d’ailleurs bien ainsi qu’il la sert. Le Front national ne cesse de tirer à boulets rouges sur l’art contemporain, c’est-à-dire sur les formes de l’art sans précédent. C’est pourtant là que réside l’éminente fonction de l’art qu’est la subversion – qui va du léger déplacement au renversement scandaleux. La liberté de penser et de créer, la liberté d’inventer et d’affirmer, la liberté d’interpréter et de critiquer le monde comme il va ou ne va pas, sont choses précieuses, ô combien ! L’art comme fruit de ces libertés et des moyens qui lui sont offerts en France, c’est cela que le monde entier nous envie. Marine Le Pen présidente y mettrait un point d’arrêt. Comment s’en étonner quand le Front national promeut, quoi qu’il tâche de le faire oublier jusqu’à l’effacement, des idées racistes, antisémites, xénophobes et nationalistes ?Le Front national est aux portes du pouvoir. Nous appelons à faire barrage à Marine Le Pen lors de la prochaine élection présidentielle, puis aux législatives qui lui succéderont. Signataires : Archie Shepp, Léa Seydoux, André Wilms, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Renaud, Jeanne Moreau, Matthieu Chedid, Annette Messager, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep et Kephren du groupe IAM, Vincent Elbaz, Valeria Bruni Tedeschi, Christian Boltanski, Cécile de France, Zazie, Abdellah Taïa, Anaïs Demoustier, Vincent Delerm, Anna Mouglalis, Vincent Macaigne, Kaoutar Harchi, Jérôme Ferrari, Mathilde Monnier, Karin Viard, Zabou Breitman, Laura Smet, Alexandre Chemetoff, Lolita Chammah, Marie Darrieussecq, Tahar Rahim, Emma de Caunes, Alysson Paradis, Denis Podalydès, Amos Gitaï, Georges Didi-Huberman, Romane Bohringer, Pascal Dusapin, Pascal Convert, Valérie Donzelli, Vincent Perez, Alain Françon, Théo Mercier, Charles Berling, Amira Casar, Jean-Michel Ribes, Alexis Jenni, Judith Chemla, Charles Fréger, Félix Moati, Albin de la Simone, Florence Loiret Caille, Laurent Bayle, La Grande Sophie, Magyd Cherfi, Ariane Ascaride, Jonathan Zaccaï, Antoine de Galbert, Béatrice Dalle, Jean-Pierre Vincent, Samir Guesmi, Olivier Py, Laurence Equilbey, Jules Sitruk, Paula Aisemberg, Jean-Noël Pancrazi, Renan Luce, Stéphane Foenkinos, Emmanuel Demarcy-Mota, Camélia Jordana, Brigitte Jaques-Wajeman, Zita Hanrot, François Regnault, Babx, Sofi Jeannin, Jérôme Kircher, Pauline Bastard, Francis Boespflug, André Markowicz, Claude Perron, Olivier Mantéi, Karen Vourc’h, Dominique Blanc, Olivier Rolin, Jeanne Cherhal, Gérard Wajcman, Jacky Ohayon, Rachel Arditi, Carine Tardieu, Stéphane Braunschweig, Marie Collin, Pascal Elbé, Farid Bentoumi, Laure Marsac, Émilie Brisavoine, Alexandre Tharaud, Irène Jacob, Yann Rabanier, Arthur Nauzyciel, Mathieu Chatenet, Brigitte Lefèvre, Sébastien Pouderoux, Élie Wajeman, Guillaume Gouix, Jean de Loisy, Laurent Gaudé, Philippe Quesne, Iván Argote, Arièle Butaux, Dominique Valadié, Elsa Lepoivre, André Engel, Corinne Bacharach, Anne Alvaro, Olivier Babinet, Yann Apperry, Thomas de Pourquery, Judith Henry, Sébastien Betbeder, Brigitte Sy, Gérard Lefort, Nicolas Bouchaud, Pierrick Sorin, Natalie Seroussi, Rodrigo Garcia, Anne-Lise Heimburger, Sylvie Ballul, Jean-François Sivadier, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Isabelle Renauld, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, Yanowski, Vincent Winterhalter, Mathieu Bauer, Lise Wajeman, Marion Rampal, Cyril Descours, Olivier Cadiot, Stéphanie Murat, Daniel Jeanneteau, Océanerosemarie, Thomas Blanchard, Éric Génovèse, Richard Brunel, Françoise Lebrun, Rodolphe Dana, Sarah Petit, Emmanuel Noblet, Daniel Mesguich, Florence Thomassin, Olivier Gluzman, Ismaël Margain, Anne Marivin, Jean-Philippe Amar, Sigrid Bouaziz, Evelyne Didi, Guillaume Vincent, Caroline Deruas, Peter von Poehl, Jean-Luc Gaget, Cecile MacLorin Salvant, Thomas Enhco, Zaza Fournier, David Lescot, Micha Lescot, Marcel Bozonnet, Valérie Dréville, Laurent Poitrenaux, Michel Deutsch, Julia Piaton, Valérie Stroh, Yves-Noël Genod, Anne Paceo, Jean-Loup Rivière, Françoise Morvan, Odile Heimburger, Ludovic Lagarde, Samuel Achache, Jeanne Candel, Kyrie Kristmanson, Sarah Le Picard, Éric Génovèse, Julien Féret, Céline Gaudier, Mikaël Serre, Simon Jacquet, Bastien Lallemant, Charlotte Testu, Delphine Gleize, Fanny de Chaillé, Roxane Arnold, Raphaël Quenehen, Samuel Churin, Aram Kebabdjian, Jannick Thiroux, Marie Payen, Lola Gans, Raphaël Imbert, Servane Ducorps, Franck Krawczyk, Joëlle Petrasek, Yaron Herman, Marie Modiano, Zina Modiano, Lolita Sechan, Mona Achache, Caroline Guiela-Nguyen, Julie-Anne Roth, Sylvain George, Jean-Pierre Sarrazac, Natalie Beder, Alexis Pivot, Sarah Stern, Charlotte des Georges, Michèle Foucher, Maissiat, Catherine Frot, Yann Moix.
37% des Français estiment que les chaines de télévision n’ont aucun candidat préféré. Le premier candidat évoqué est Emmanuel Macron, par 35% des Français, nettement devant les autres candidats. Sondage Harris-Téléstar
Il n’y a pas de culture française, il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Non, il n’y a pas de culture française, il n’y a pas de littérature française ou de rock français. François Bayrou
Les élites sont affligeantes mais le peuple est décevant. Les gens du Midi de la France n’ont aucune excuse pour voter FN parce qu’ils ne vivent pas dans le naufrage industriel. Les gens du Midi qui votent Front national doivent être jugés pour ce qu’ils sont : de purs racistes anti- Arabes. Quant aux ouvriers du Nord, ils pourraient lutter pour l’égalité en succès, pour mener à bien un changement aussi drastique, ce serait la solidarité nationale et la fraternité. L’épreuve est à aborder en commun, par tous les Français. Or, parmi les Français, il y a ceux qui sont d’origine arabe ou musulmane. Avant même l’épreuve, le Front national divise la société. À quelle condition pourrions-nous le prendre au sérieux ? Soyons réalistes, laissons-lui son fond de commerce anti-immigrés ; il ne faut pas rêver. On pourrait toutefois prendre Marine Le Pen au sérieux si, à la suite d’une crise spirituelle, elle traçait une ligne claire entre les Français d’origine maghrébine, qui sont des Français pleins et entiers, et l’immigration actuelle et à venir. Le FN ne serait toujours pas gentil, mais il révélerait au moins une envie sérieuse de gouverner. Emmanuel Todd
Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.  (…) L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  (…) L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Parallèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.  (…) Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  (…) L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  (…) on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. Jérome Jaffré
The fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology. The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes. Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did. Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II. (…) There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems. Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist. Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.” This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same. To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base. Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it. None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed. It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle. Mark Leonard (European Council on Foreign Relations)

Vous avez dit racisme de classe ?

A l’heure où à la veille du deuxième débat d’une élection …

Qui a vu l’assassinat juridico-médiatique en direct du seul candidat de l’alternance

Mais où 37% des Français veulent encore croire que les médias n’ont aucun candidat préféré …

Nos dits médias et nos sondeurs ventriloques font mine de s’étonner …
Que plus de 40% des électeurs potentiels soient encore indécis à moins de trois semaines du premier tour …
Où qu’ils saluent les prestations d’un chantre de tout ce que la planète peut contenir de dictatures, Castro, Chavez et Chine compris …

Alors qu’enfermée dans ses privilèges et sa suffisance toute une classe de belles âmes de la politique et des médias…

Qui a non seulement imposé à tous des décennies entières de mesures dont elle n’a jamais eu à subir les conséquences …

Mais condamné à l’éternelle difficulté électorale par sa diabolisation de sa faction la plus populaire une droite de plus en plus majoritaire dans le pays …

S’apprête à nous refaire pour imposer leur nouveau candidat des bons sentiments le coup du front républicain contre le prétendu racisme du parti des bonnes questions …

Jusqu’à, pour nos « grands intellectuels » (sic) et malgré l’éléphant de la pièce toujours plus envahissant de l’islamisme, appeler au changement brechtien de peuple pour cause de malpensance raciste …

Comment ne pas voir …

Après les exemples coup sur coup du Brexit et de l’élection de Donald Trump …

Le véritable racisme de classe auquel on a en fait affaire …

Et partant si la voix dudit peuple était à nouveau ignorée …

Le retour de bâton encore plus massif auquel il faudrait alors se préparer ?

Trump the Ideologue?
Mark Leonard
Project syndicate
Mar 29, 2017

LONDON – Historians may come to see the American actor Alec Baldwin as US President Donald Trump’s most useful ally. Baldwin’s frequent and widely viewed impersonations of Trump on the comedy show “Saturday Night Live” turn Trumpism into a farce, blinding the president’s political opponents to the seriousness of his ideology.

Of course, politicians are parodied all the time. But with Trump, there is already a tendency not to take his politics seriously. The form of those politics – unhinged tweet-storms, bald-faced lies, racist and misogynistic pronouncements, and blatant nepotism – is so bizarre and repugnant to the bureaucratic class that it can overshadow the substance.

Even those who seem to take Trump seriously are failing to get to the root of Trumpism. Democrats are so infuriated by his misogyny and xenophobia that they fail to understand how he connects with many of their former supporters. As for establishment Republicans, they are so keen to have a “Republican” in office implementing traditional conservative policies – such as deregulation and tax cuts – that they overlook the elements of his agenda that upend their orthodoxies.

Part of the problem may be that Trump has come out on both sides of most major debates, championing a brand of politics that privileges intensity over consistency. This may cause Trump-watchers to dismiss attempts to establish an ideological foundation for Trumpism – such as Julius Krein’s new journal American Affairs – as hopelessly oxymoronic. But the fact that Trump is no ideologue does not mean he cannot be a conduit for a new ideology.

The British political establishment learned this lesson the hard way. For years, conservatives and liberals alike underestimated Thatcherism. They failed to see that behind Margaret Thatcher’s blonde hair and shrill voice was a revolutionary politics that reflected and accelerated fundamental social and economic changes.

Thatcher, like Trump, was no philosopher. But she didn’t have to be. She merely had to attract people capable of refining the ideology and policy program that would eventually bear her name. And that is precisely what she did.

Apart from those ideologues, the first to grasp the significance of Thatcher’s political project were on the far left: the magazine Marxism Today coined the term “Thatcherism” in 1979. These left-wing figures saw what those in the mainstream didn’t: Thatcher’s fundamental challenge to the economic and social structures that had been widely accepted since World War II.

An editor of that magazine, Martin Jacques, who did as much as anyone at the time to provide a theoretical understanding of Thatcherism, recently explained to me why its significance was so often overlooked. “Political analysis at that time was very psephological and institutional,” he said. With its focus on “the performance of political parties,” he explained, it missed “the deeper changes across society.”

There are powerful parallels between the late 1970s and the present. Just as Thatcher recognized growing dissatisfaction with the old order and gave voice to ideas that had been languishing on the margins, Trump has acknowledged and, to some extent, vindicated the anguish and anger of a large segment of the working class who are fed up with long-established systems.

Also like Thatcher, Trump has attracted ideologues ready and willing to define Trumpism for him. Front and center is Stephen Bannon, the former executive chairman of Breitbart News, the ultra-nationalist home of the racist alt-right, who now serves as Trump’s chief strategist.

Speaking at the Conservative Political Action Conference, Bannon defined Trumpism in terms of national security and sovereignty, economic nationalism, and the “deconstruction of the administrative state.” As he put it, “[W]e’re a nation with an economy. Not an economy just in some global marketplace with open borders.”

This reflects a fundamental conflict between Thatcherism and Trumpism: the latter aims to sweep away the neoliberal consensus of unregulated markets, privatization, free trade, and immigration that comprised the former. But, even if the ideas are different, the tactics are the same.

To consolidate support, Thatcher would go head-to-head with carefully selected enemies – from British miners to Argentina’s president, General Leopoldo Galtieri, to the bureaucrats in Brussels. Similarly, as the Hudson Institute’s Craig Kennedy recently told me, “Bannon wants to radicalize the anti-Trump liberals into fighting for causes which alienate them from mainstream America.” Every time Trump’s opponents march for women, Muslims, or sexual minorities, they fortify Trump’s core support base.

Jacques argues that the British Labour Party’s failure fully to come to terms with Thatcherism is the main reason it spent almost two decades in the political wilderness. He believes that Prime Minister Tony Blair was the first leader to recognize Thatcherism for what it was: a new ideology that upended long-held rules and assumptions. But, Jacques asserts, Blair merely adjusted to the new ideology, rather than attempting to change it.

None of this bodes well for Trump’s opponents, who are still a long way from recognizing the ideological implications of his presidency. Indeed, they remain so distracted by Trump’s apparent lack of leadership skill and even mental capacity – which, to be sure, cannot compare to that displayed by Thatcher – that they have yet to grasp the depth of the divisions and neuroses that Trump has exposed.

It might be cathartic to call Trump an idiot, to laugh at his misspelled tweets and taped-up tie, but the implications of his presidency are serious. If Trump’s progressive opponents fail to engage seriously with the forces that Trump’s victory reflected and reinforced – in particular, the backlash against neoliberalism – not even impeachment will be enough to put the Trumpian genie back in its bottle.

Voir aussi:

Entretien. “Notre morale est limitée par notre appartenance à un groupe”
Pacific- Santa-Barbara

Courrier international
09/12/2016
Lire l’article original

Ce sont des systèmes de valeurs différents qui opposent libéraux et conservateurs, assujettissent notre sens moral et empêchent chacun des clans de percevoir d’autres réalités, assure le psychologue américain Jonathan Haidt.

Jonathan Haidt est l’auteur de L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine [Mardaga, 2010] et du best-seller The Righteous Mind [“L’Esprit vertueux”, inédit en français]. Il travaille actuellement à l’écriture d’un ouvrage sur le capitalisme et la morale.

Le domaine qui nous intéresse aujourd’hui est la psychologie morale. On étudie généralement la morale dans les facultés de philosophie et non de psychologie. Qu’est-ce que la psychologie morale ?

Jonathan Haidt : Il ne fait aucun doute que les philosophes peuvent nous aider à méditer sur ce que nous devrions faire, mais ce que nous faisons réellement est du ressort des psychologues. Nous étudions des aspects très divers de la nature humaine, dont la morale, le jugement moral, l’attitude morale, l’hypocrisie et la vertu. Autant de grands thèmes qui sont au cœur de la vie politique et de notre vie quotidienne.

Pour un psychologue, cela implique sans doute de mener des expériences, ou tout au moins des observations ?

Tout à fait. Cela fait intervenir des méthodes scientifiques qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement expérimentales. Comme tout domaine dont l’étude est ardue, il convient d’utiliser un éventail de différentes méthodes : le travail de terrain, la lecture d’ouvrages variés, les entretiens avec des personnes qui ont des conceptions du monde différentes sur le plan moral, et ainsi de suite. En ce sens, cela se rapproche un peu de l’anthropologie.

Ces dernières années, on a assisté à certaines évolutions intéressantes, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) nous donnant désormais une idée de ce qui se passe sur le plan physiologique quand une personne prend une décision.

Oui. On peut noter deux choses. D’abord, cela nous a permis de confirmer que les jugements moraux proviennent bien de phénomènes qui se produisent dans le cerveau. Mais, le plus intéressant, c’est de voir quelles parties du cerveau sont particulièrement actives quand nous formons ces jugements. D’après l’étude initiale de Joshua Greene, et celle d’António Damásio avant lui dans les années 1990, les régions du cerveau associées aux émotions jouent un rôle prépondérant, alors que celles dédiées au raisonnement mettent parfois du temps à se manifester. Un des grands sujets du débat aujourd’hui est de savoir quelle part associer au raisonnement logique et quelle part associer aux émotions. Le cortex insulaire antérieur [ou insula frontale] enregistre un pic d’activité quand une chose nous répugne : je suis de ceux qui pensent que les réactions émotionnelles ont tendance à guider le raisonnement et je crois que la plupart des ouvrages de neurologie s’inscrivent aussi dans cette lignée.

Nous avons généralement tendance à nous dire que, lorsque nous prenons une décision d’ordre moral, il s’agit quelque part d’une décision rationnelle, qui ne relève donc pas uniquement de l’intuition viscérale. Êtes-vous en train de nous dire que c’est une forme d’aveuglement ?

Oui, exactement. Nous jugeons d’emblée. C’est une des grandes découvertes de la psychologie sociale ; on parle parfois de “révolution de l’automaticité”. Cela remonte à Wilhelm Wundt [psychologue et philosophe allemand], il y a cent vingt ans. En un quart de seconde, nous réagissons au visage des gens, aux mots, aux propositions. Le raisonnement n’intervient qu’ensuite, il est beaucoup plus lent. Robert Zajonc, le célèbre psychologue social, affirmait dans les années 1980 que “les préférences se passent de logique”.

Par exemple, notre esprit réagit à la nouveauté, comme devant une œuvre d’art, et cette réaction contraint ensuite la nature de notre raisonnement. Nous avons du mal à cerner le tableau d’ensemble et à voir ce qu’il montre. En revanche, nous n’avons aucun mal à nous dire : “Voilà l’hypothèse à laquelle je veux croire ; voyons maintenant si je peux trouver des informations pour l’étayer. Et si je n’en trouve pas, tant pis, je la laisserai tomber…” Mais, comme vous le savez, nous parvenons généralement à trouver des éléments pour l’étayer.

Donc vous êtes en train de dire que le raisonnement moral n’est qu’une forme de rationalisation ?

En grande partie, oui, quand nous concevons un raisonnement moral sur une chose qui nous concerne de près ou de loin. Certains prétendent que je nie l’existence de la rationalité, mais rien n’est plus faux. Nous sommes capables de raisonner sur toutes sortes de choses. Si je veux me rendre d’un point A à un point B, je vais chercher une solution, et si quelqu’un me contredit et m’affirme qu’il est plus rapide de passer par C, je le croirai.

Notre morale est contrainte par une multitude de facteurs, l’un des principaux étant notre appartenance à un camp. Tout le monde sait que les personnes politisées sont insensibles aux arguments du camp adverse. C’est ce qui conduit ce camp d’en face à penser que nous ne sommes pas sincères, que nous ne sommes pas “rationnels” ; et chaque camp pense la même chose de l’autre. Ce que vous pensez de l’avortement, des droits des homosexuels, de l’aptitude des mères célibataires à élever leurs enfants aussi bien que les couples mariés : toutes ces opinions vous rattachent à un camp et, si vous avez le malheur de changer d’avis, vous devenez un traître, vous ne serez plus invité aux soirées et vous risquez même de vous faire traiter de tous les noms.

Quelle preuve avez-vous que les jugements moraux ne sont pas rationnels ?

J’ai commencé à me pencher sur ces questions quand j’étais en troisième cycle universitaire. Je lisais des tas de livres d’ethnographie sur la façon dont la notion de morale varie d’une culture à l’autre. Toutes les cultures avaient des codes moraux – sur le corps, les menstruations, les tabous alimentaires – je lisais aussi l’Ancien Testament et le Coran, tous ces écrits. La morale qu’on y trouve y semblait en grande partie viscérale et difficilement justifiable si l’on en compare les coûts et les avantages. Les utilitaristes nous disent : “En fait, ces gens ont tout bonnement tort ; la morale est une question de bien-être, et tout ce que nous avons à faire, c’est d’optimiser ce bien-être.”

Si la plupart des gens étaient utilitaristes par intuition, je pense que nous pourrions en effet tenir ce raisonnement. Mais ce que l’on constate, c’est que les gens ne sont pas spontanément utilitaristes. Encore une fois, je ne veux pas dire que l’utilitarisme est dans l’erreur. Je dis simplement que les gens ont beaucoup d’intuitions morales et que les expériences menées sur la persuasion montrent qu’il est très difficile de convaincre les gens.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai proposé aux gens des scénarios dont les personnages commettaient des actes rebutants ou peu respectueux, mais ne faisaient de mal à personne. Exemple : une famille mange son chien après que celui-ci s’est fait écraser devant la maison. Face à un tel scénario, les étudiants de l’Ivy League [qui regroupe les universités les plus prestigieuses des États-Unis] jugeaient généralement que c’était acceptable – du moment que la famille l’avait choisi. Nous étions donc en présence d’un groupe qui était rationnel et utilitaire ou, pourrait-on dire, attaché à la notion de droit.
Mais la grande majorité des gens, en particulier ceux appartenant à la classe ouvrière, au Brésil comme aux États-Unis, disaient : “Non, c’est mal, c’est irrespectueux, ce n’est pas moral.” Donc, sur un plan purement descriptif, la plupart des gens ont des intuitions morales qui vont à l’encontre de l’utilitarisme. Quand vous les interrogez sur leurs intuitions, ou si vous réalisez des expériences dans lesquelles vous les manipulez, vous pouvez guider leur raisonnement pour révéler ces intuitions.

Vous divisez ces intuitions en cinq catégories. Pourriez-vous les récapituler ici ?

Ce qui m’a frappé en lisant tous ces livres d’ethnographie et en travaillant en Inde, où j’ai fait des recherches pendant trois mois, c’est à quel point certains schémas se retrouvaient partout dans le monde, alors que l’expression finale de la morale est souvent unique et extrêmement variable d’une culture à l’autre.

Quels schémas fondamentaux l’évolution peut-elle expliquer ? On pense tout de suite à la réciprocité. [Le sociobiologiste] Robert Trivers a écrit [en 1971] un article resté célèbre sur l’“altruisme réciproque”. Certains affirment que le sens de l’équité et la réciprocité sont des constructions 100 % sociales, entièrement apprises de nos parents, mais cela ne tient pas. Même chose pour les attentions dont nous entourons notre vulnérable progéniture. Nous sommes des mammifères et nous avons les tendances des mammifères. Si vous considérez ces deux caractéristiques, la réciprocité et l’attention à la progéniture, vous constatez que le nativisme [théorie selon laquelle certaines facultés seraient présentes dans le cerveau à la naissance] a raison dans les deux cas.

Mes confrères et moi-même y avons ajouté les catégories suivantes : la fidélité au groupe (nous sommes doués pour les alliances), le respect de l’autorité, et le sacré ou la pureté (l’idée que le corps est un temple). Ces catégories sont uniquement descriptives et non normatives. Ce sont les cinq dont nous sommes convaincus, mais il en existe beaucoup d’autres. Aujourd’hui, nous estimons que la liberté est à part. Je pense que, à l’avenir, nous verrons dans la propriété ou la possession un fondement moral : on le constate dans l’ensemble du règne animal avec la notion de territorialité, et plusieurs laboratoires ont montré récemment que les enfants de deux ou trois ans avaient conscience de la possession (ce qui est dans la main de l’autre et pas dans la leur) et la prenaient en compte.

Une des observations intéressantes de vos travaux est que progressistes et conservateurs sont liés à des systèmes de valeurs différents.

Ce n’était pas l’objectif de départ. Je m’intéressais à la façon dont la culture variait d’un pays à l’autre, notamment au contraste entre l’Inde et les États-Unis. Ce que j’ai découvert dans mes premiers travaux, c’est que la classe sociale était un facteur qui comptait parfois plus que la nationalité. J’ai commencé à travailler sur la question, et c’est comme cela que mes confrères et moi sommes arrivés à cette liste de fondements moraux. J’étais en train de faire ces recherches sur la morale quand les démocrates ont perdu l’élection [présidentielle] de 2000 aux États-Unis, puis ont reperdu en 2004 [Al Gore puis John Kerry ont perdu face au républicain George Bush].

À l’époque, j’étais un progressiste convaincu : je ne pouvais pas voir George Bush en peinture. Je voulais me servir de mes travaux pour aider les démocrates à comprendre la morale des Américains, parce que Bush la comprenait, mais pas Al Gore. Donc, quand on m’a invité à prononcer un discours devant les démocrates de Charlottesville en 2004, juste après l’élection, j’ai pris ma théorie transculturelle et je l’ai appliquée à la gauche et à la droite, comme s’il s’agissait de cultures différentes.

Cela a bien fonctionné. Je m’attendais à me faire manger tout cru : en gros, j’étais en train de dire à une salle remplie de démocrates que, s’ils avaient perdu, ce n’était pas à cause de Karl Rove [le conseiller politique de George Bush], de subterfuges ou de sorts qu’on leur aurait jetés, mais parce que les démocrates (ou les progressistes) avaient un éventail de fondements moraux plus étriqué – ils se focalisent sur l’égalité et la protection sociale, mais ne comprennent pas ­ou ne communiquent pas sur les valeurs viscérales, patriotiques, religieuses, hiérarchiques, basées sur l’appartenance au groupe, qu’ont la plupart des Américains.

Cela sous-entend que vous avez aidé les démocrates à reprendre à leur compte des vertus ou des raisonnements moraux qui ne leur sont pas naturels. C’est un peu comme si vous leur suggériez de faire preuve d’hypocrisie dans la transmission de leurs idées.

Au départ, je voulais simplement faire gagner les démocrates. Fallait-il leur conseiller d’exploiter une vertu (qu’ils la possèdent ou non) ? La question était posée. Ce qui est sûr, c’est que mon opinion évoluait à mesure que j’avançais. Je faisais un travail de terrain ethnographique : je lisais les journaux conservateurs, je m’étais abonné au câble pour pouvoir regarder Fox News [une chaîne américaine d’information en continu réputée pour ses positions conservatrices] et, au début, j’ai été choqué.

Et puis, quand j’ai commencé à comprendre, à voir qu’il y a une cohérence dans leurs points de vue, que si vous vous souciez vraiment de la responsabilité de chacun et que vous êtes vraiment indignés par les parasites, les assistés, les gens qui font n’importe quoi, vous n’avez pas envie que la société leur vienne en aide. En découvrant ces valeurs, j’ai compris pourquoi certains considéraient l’État providence comme une des inventions les plus scandaleuses qui soient. J’ai donc commencé à identifier les sujets sur lesquels chaque camp voyait juste, certaines menaces, certains problèmes.

Une fois que vous faites partie d’un clan moral qui vous assujettit, vous ne voyez plus les autres réalités. Cela vous empêche de voir les faits qui ne cadrent pas avec votre réalité. J’étais en train d’écrire le chapitre 8 de The Righteous Mind, dans lequel j’essayais d’expliquer la vision qu’ont les conservateurs de l’équité et de la liberté. Je l’ai confié à ma femme pour qu’elle le relise en lui disant que je ne pouvais plus me considérer comme un progressiste, étant donné que, à mes yeux, chaque camp voyait juste sur certains sujets.

Le lien de cause à effet entre vos recherches empiriques et votre revirement politique a donc été assez direct ?

Absolument. Étudier la morale revient à étudier le système d’exploitation de votre vie sociale. Comme le système d’exploitation du monde universitaire est très progressiste, ou disons de gauche, j’étais prisonnier du camp progressiste. J’essayais d’aider mon camp à gagner, comme l’aurait fait un militant. Nous débattons beaucoup en psychologie sociale de la question de savoir s’il est acceptable de militer, parce que beaucoup de psychologues sociaux le font, notamment sur les questions relatives à l’origine ethnique et au genre, et la plupart des gens pensent que cela ne pose pas de problème. Mais j’ai fini par me dire que c’en était un.

Une fois que vous faites partie d’un camp, le raisonnement militant et le “biais de confirmation” [biais cognitif consistant à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues ou nos hypothèses] pèsent si lourd que vous trouvez des éléments pour étayer tout ce que vous avez envie de croire. J’aimerais me dire que mes travaux, au bout du compte, m’auront aidé à quitter le camp auquel j’appartenais pour devenir un électron libre.

Tirez-vous une généralité de votre propre expérience ? Ou bien êtes-vous en train de dire que les sociologues devraient se tenir à l’écart de la vie politique ?

Ce que je suis en train de dire, c’est que, si vous êtes partisan, vous n’allez pas proposer une analyse équitable de la réalité. Une démarche scientifique rigoureuse n’implique pas nécessairement que nous soyons tous neutres et impartiaux. Si la science fonctionne aussi bien, ce n’est pas parce que les scientifiques sont rationnels, c’est parce que la science en tant qu’institution garantit que tout ce qui sera dit sera remis en cause.

Tant que ce marché intellectuel fonctionne, tant qu’il y aura des gens pour prendre le contre-pied, des spécialistes de votre discipline pour réfuter ce que vous dites, la science pourra regorger d’opinions partisanes, ce ne sera pas gênant. Le problème, c’est quand tout le monde a les mêmes partis pris, il n’y a plus personne en face. Il y a alors des risques que le groupe parvienne à des conclusions qui sont tout bonnement erronées. C’est ce qui s’est produit, non pas sur tous les sujets, mais sur certains sujets sensibles, comme l’origine ethnique, le genre, et la politique.

Vous êtes psychologue de formation et la psychologie est généralement considérée comme une science sociale. Vous voyez-vous comme un sociologue ?

Oui, j’étudie la morale et, à ce titre, je suis sociopsychologue. Mais comme j’étudie un sujet précis sous une multitude d’angles différents, certains de mes écrits préférés sont l’œuvre d’historiens, d’économistes, d’anthropologues et de philosophes, notamment de philosophes qui lisent de la littérature empirique. Je me considère presque autant sociologue que psychologue social.

Y a-t-il un trait distinctif du sociologue que l’on ne retrouve pas chez le scientifique ou chez le philosophe ?

Les sciences naturelles sont le prototype de ce que nous pensons qu’est la science. Si vous étudiez les roches ou les quarks [des particules élémentaires de la matière], et qu’il existe une expérience définitive à réaliser, que vous préparez l’expérience en question, que vous obtenez des résultats, les choses sont claires, faciles à comprendre. Les roches et les quarks font exactement ce que les lois de la physique leur disent de faire. Les sciences sociales sont nécessaires parce que nos sujets d’étude ont une conscience et des intentions. Ce sont des “propriétés émergentes” que les roches et les quarks ne possèdent pas. L’étude des gens et des systèmes sociaux nécessite une boîte à outils différente et des modes de pensée différents, et vous ne pouvez pas éviter la question du sens. Si la notion de sens n’est pas pertinente en sciences naturelles, elle est incontournable en sciences sociales.

David Edmonds et Nigel Warburton

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Le cavalier et l’éléphant

Dans son ouvrage The Happiness Hypothesis (L’Hypothèse du bonheur : la redécouverte de la sagesse ancienne dans la science contemporaine, paru au éditions Mardaga en 2010) , Jonathan Haidt explique que, selon lui, l’esprit est divisé en plusieurs parties. Ce qu’il exprime à l’aide d’une métaphore devenue célèbre, où notre cerveau serait comme un cavalier juché sur un éléphant. Le cavalier représente la partie rationnelle, la part de nous qui planifie, résout des problèmes, décide d’aller dans telle direction, mais c’est l’éléphant, représentant le système émotionnel, qui fournit l’énergie nécessaire au voyage. Ce déséquilibre entre le petit cavalier et l’énorme éléphant souligne la prépondérance du rôle de nos émotions dans les processus de prise de décision.

2,5 millions

C’est le nombre de fois qu’a été vue la vidéo dans laquelle Jonathan Haidt évoque les racines morales des libéraux et des conservateurs. Il s’agit d’une conférence de 18 minutes filmée en 2008 dans le cadre de ce que propose depuis 1984 l’organisation à but non lucratif TED. Dans la vidéo mise en ligne le 8 novembre 2016 sur la plateforme TED, à la veille de l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le psychologue social s’interroge sur la façon dont le pays pourra se remettre d’une élection présidentielle particulièrement “négative et partisane”. Deux semaines plus tard, cette vidéo comptait déjà plus de 900 000 vues.

 Voir également:
Jérôme Jaffré : « Le sens du vote a perdu en clarté »
PROPOS RECUEILLIS PAR ALBERT ZENNOU
LE FIGARO.- Dans cette présidentielle  totalement atypique, le nombre d’indécis  à 20 jours du scrutin n’a jamais été aussi  élevé. Comment l’expliquez-vous ?
Jérôme  JAFFRÉ.   –  Beaucoup de Français  ne reconnaissent plus l’élection présidentielle telle qu’elle est fixée par la Ve République, c’est-à-dire le moment d’un choix décisif  et  clair  sur  l’orientation  du  pays.   Un  récent  sondage  OpinionWay  montre  que 83 % des Français jugent la campagne  de  mauvaise  qualité.  Elle  est  vue  comme   un  spectacle  soit  désolant  (les  affaires),   soit  attrayant  (les  débats).  La  percée  de   popularité de Mélenchon se fait dans tous  les  électorats, comme  si  les  Français  saluaient l’artiste indépendamment du choix politique qui leur est proposé.
Que traduit cette indécision ? 
L’indécision  touche  40  %  des  électeurs  là   où  d’habitude  à  ce  stade  de  la  campagne   elle  oscille  entre  25  et  30  %.  Le  poids  des   partis a diminué avec à la clé des électorats  beaucoup plus flottants. Au surplus, le sens  du vote dans cette élection a perdu en clarté. Deux repères habituels sont émoussés :  le   vote-sanction,   qui   avait   poussé   par    exemple beaucoup d’électeurs à se mobiliser contre Sarkozy en 2012. Or, le retrait de François  Hollande  a  amoindri  cette  dimension. Il n’y a pas non plus de vote-espoir.  Les  sondages  montrent  que  quel  que   soit l’élu, les Français ont le sentiment que  la situation du pays ne s’améliorera pas.
Peut-on faire le lien entre indécision  et abstention ?
Il existe un lien entre les deux. L’abstention  est  évaluée  15  points  au- dessus de ce qu’elle était au même  moment  en  2012.  C’est  énorme.  Cela représente entre 6 et 7 millions  d’électeurs  supplémentaires  qui  ne   sont  pas  encore  mobilisés.  Ce  qui   prouve une extraordinaire  difficulté  des  Français  à   entrer  dans  l’élection  et   un   accroissement   de    leur   distance   vis-à- vis de la politique et  des  partis.  Paral- lèlement,  il  y  a   une   plus   forte    indécision   chez    les    votants    qui     déclarent  plus  volontiers pouvoir changer  d’avis,   ce   qui   traduit  une  distance vis-à-vis des  candidats.  C’est  le  poids  de  l’affaire   Fillon,  le  positionnement  volontairement   confus de Macron, la crise profonde des socialistes.   Mais   une   distinction   doit   être    opérée.  Ainsi  Marine  Le  Pen,  dont  on  sait   qu’elle  possède  l’électorat  le  plus  solide,  a   un  concurrent  naturel  :  l’abstention.  Elle   s’appuie  en  effet  beaucoup  sur  les  catégories populaires qui sont plus abstentionnistes. A contrario, les électeurs les plus éduqués et appartenant aux catégories sociales  les  plus  élevées  sont  aujourd’hui  plus  mobilisés mais aussi plus indécis. Selon Ipsos,  41  %  des  cadres  le  sont  contre  seulement   27 % des ouvriers.
Y a-t-il aujourd’hui une indécision  de droite et une indécision de gauche ?
Il  y  a  une  forte  indécision  à  gauche  qui   touche  en  particulier  les  électorats  Hamon  et  Macron.  Pour  deux  raisons  différentes. Pour le premier, il y a un doute sur  l’utilité de son vote en faveur du candidat  socialiste. Pour les électeurs Macron, il y a  un doute sur le sens de leur choix : qui est  réellement Macron, quelle est la nature de  son programme, avec qui va-t-il gouverner ? À droite, le problème est celui de la  dispersion.  Analyser  le  devenir  des  électeurs  Sarkozy  du  1 er   tour  de  2012  est  instructif.  Sur  les  27  %  obtenus  par  l’ancien   président, 15 points se portent sur Fillon,  6 sur Macron, 4 sur Marine Le Pen et 2 sur  les  autres  candidats.  L’électorat  Sarkozy   2012  est  complètement  dispersé  !  Fillon  a   un  électorat  très  solide  mais  installé  sur   une base trop étroite. L’urgence pour lui,  c’est  moins  de  rechercher  un  supposé   vote  caché  que  de  faire  revenir  derrière  lui les électeurs de droite.
Le favori des sondages est rarement élu…
C’est assez vrai mais surtout à six mois du  scrutin,  pas  à  trois  semaines  !  Mais  on  a  une  élection  hors  du  commun  avec un risque d’écroulement du PS qui dominait  la  gauche  depuis  quarante ans, la dispersion des électeurs  de  la  droite  qui  pourrait conduire  à  sa  défaite et paradoxalement la victoire possible d’un candidat du centre alors même  que  le  pays  se  droitise. Il est même possible que le scrutin dé- cisif cette année pour connaître l’orientation politique du pays soit les  législatives, pas  la  présidentielle. De  quoi  faire  se  retourner dans sa tombe le général de Gaulle !

Voir encore:

«Une trahison française», le brûlot de Waleed Al-Husseini face à l’islamisme

Waleed Al-Husseini, Palestinien réfugié en France, sort son deuxième ouvrage. Dans Une trahison française, il dénonce avec véhémence cette France qui s’accommode, voire s’acoquine, avec l’islamisme. Au risque de mettre en péril les valeurs de cette République qui l’a tant fait rêver.

Le jeune Waleed Al-Husseini a mûri. Peut-être est-ce grâce, ou à cause, de son quotidien pour le moins laborieux sur le sol français. Dans son premier ouvrage, Blasphémateur ! Les prisons d’Allah, le jeune palestinien racontait son histoire de blogueur incarcéré puis torturé en Cisjordanie pour avoir osé critiquer l’islam. Le jeune homme évoquait sa joie d’être arrivé, grâce aux autorités françaises, dans la patrie des Lumières en 2012.

Quel ne fut pas son désenchantement. La tristesse de Waleed Al-Husseini devenu réfugié politique s’est convertie en colère pour ne pas dire en rage. Pour l’auteur, l’islamisme qu’il a quitté en s’exilant de Palestine imprègne de manière croissante la France de Voltaire, non pas parce qu’il est supérieur, mais parce que la société française et ses politiques se taisent, s’y habituent, voire l’utilisent à des fins électoralistes. Dans Une trahison française, sous-titrée « Les collaborationnistes de l’islam radical dévoilés », Waleed Al-Husseini a décidé de tirer la sonnette d’alarme face à cette dangereuse complaisance. Il pousse un cri pour que les Français « sauvegardent leur liberté d’expression et de foi ».

« Tous des collaborateurs par inaction »

En 280 pages, le jeune Palestinien dresse un état des lieux de son pays d’accueil, il s’interroge, analyse – et il sait de quoi il parle puisqu’il était musulman avant de devenir athée – et supplie les dirigeants de son pays d’adoption d’ouvrir les yeux. « J’ai constaté que la France était victime d’une multitude de trahisons. Il en va de nombreux politiciens qui, durant ces dernières décennies, ont cohabité avec la « bête » (l’islam radical, ndlr) à des fins électoralistes, mais aussi d’intellectuels à la vision et à la pensée tronquée par le « tiers-mondisme » et le « droit-de-l’hommisme » ; tous des collaborateurs par inaction qui sacrifient leur pays sur l’autel d’un combat d’arrière-garde. »

Préserver la paix civile et pratiquer la politique de l’autruche en évitant la confrontation politique, intellectuelle et spirituelle est loin d’être la solution, elle ne peut que mener à la perte de la liberté d’expression. Et le jeune réfugié politique de dénoncer tour à tour le halal que les islamistes veulent imposer dans les cantines scolaires, les horaires de piscine aménagés pour les femmes, etc.

Waleed Al-Husseini décortique avec virulence la situation : la laïcité est en péril et l’islamisme s’immisce dans la société française. Parce que l’islam en France n’est plus une simple religion, une « affaire personnelle », mais tente de faire de la politique et du social. Et cet islam politique vise à faire passer la charia au-dessus des lois de la République.

« Islamophobie », un mot dont usent les islamistes

Et l’auteur d’évoquer l’utilisation croissante du terme « islamophobie », un mot qui « fait le jeu des islamistes » qui se posent alors en victimes. « Pourquoi ne pas avoir de haine envers ceux qui propagent la haine ? », s’interroge le réfugié politique. Dès lors, comment oser parler de « vivre ensemble » alors que l’islamisme, qui entend l’application de la charia dans tous les domaines, ne peut respecter la République et ses lois ? « En refusant d’affronter l’islamisation, de peur d’être taxée d’islamophobe, en tolérant les violations de la laïcité, la société française est complice de l’essor du terrorisme en France. La classe politique, à la recherche du vote islamique, est également complice. »

Dernier exemple en date, évoqué avec Waleed Al-Husseini, le spectacle tiré du texte posthume de Charb – l’une des nombreuses victimes de Charlie Hebdo – qui a été annulé à Lille sur demande de la Ligue des droits de l’homme. Lettres aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, qui répond à ceux qui accusaient le journal satirique de provocations envers les musulmans, est pourtant lue depuis plus d’un an en milieu scolaire. En cause ? Une « crainte de débordements » du côté de Lille. Une pierre de plus à l’édifice du réfugié palestinien pour démontrer que la liberté d’expression a bel et bien du plomb dans l’aile en République française. Et de citer en exemple la polémique sur le voile, un thème sur lequel plusieurs politiques ont été pour le moins flous, voulant « adapter » le port du voile à la France : « Comment peut-on imaginer que cet anéantissement de l’individualité puisse relever du choix ? »

Ouvrir les yeux

Pour Waleed Al-Husseini, ce n’est ni la pauvreté ni la marginalisation qui transforme des citoyens en terroristes, c’est l’islamisation. Et les politiques de tous bords ne doivent pas « adapter » la loi de 1905 à l’islam, mais la faire respecter dans son intégralité. S’ils ne le font pas, s’ils continuent de fermer les yeux, l’auteur est convaincu que le pire est à venir, en matière de terrorisme principalement.

L’autre problème majeur constaté par le jeune essayiste est que la majorité des musulmans de France se sentent d’abord musulmans avant de se sentir français, et cela parce que nombre d’imams incontrôlés et incontrôlables prêchent cette doctrine-là. La charte de l’imam adoptée ce 29 mars en témoigne.

Fustigeant à tout-va la gauche française, et dans une moindre mesure la droite (Benoît Hamon, Nicolas Sarkozy, entre autres), on se demande si Waleed Al-Husseini ne fait pas le jeu des extrêmes et n’est pas raciste. Il se défend : « C’est à se demander qui est raciste. Celui qui veut défendre sa société et ses valeurs ou celui qui veut imposer ses valeurs ? » Et le jeune écrivain d’arguer qu’au contraire, l’expansion de l’islamisme fait aussi le jeu de l’extrême-droite qui l’utilise à des fins électoralistes.

Waleed Al-Husseini fait une prière : que tous les musulmans qui souhaitent la modernité réclament le droit élémentaire à la liberté d’expression, s’insurgent contre leurs institutions rétrogrades et adhèrent pleinement aux valeurs de la République.

Aujourd’hui, Waleed Al-Husseini est menacé, oralement et physiquement. Il vit sous protection policière. Il regrette amèrement que la vie d’athée/ex-musulman en France soit de plus en plus difficile à vivre pour certains de ses compatriotes. Une trahison française risque d’accroître sa liste de pourfendeurs et il en est conscient. « Cette entreprise dressera contre moi une grande partie de la communauté musulmane et l’ensemble des organisations islamiques, religieuses et politiques », écrit-il. Mais rien ne l’arrête et le jeune polémiste entend bien continuer son combat pour, dit-il, agir avant qu’il ne soit trop tard.

♦ Une trahison française, Ring Editions, sortie le 30 mars 2017. 18 euros.

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One Response to Présidentielle 2017: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (After Brexit and Trump, will France’s supposed progressives finally realize you can’t put the Trumpian genie back in its bottle ?)

  1. jcdurbant dit :

    Si au moins, ils riaient autant des méluchades ou des hamonades ou même des macroneries !

    La séquence dans son intégralité, ajoutée aux passages la même soirée de Florian Philippot et Jean Lassalle, symbolise parfaitement le malaise qu’est devenu ce rendez-vous politique de France 2. Là où les principaux candidats ont d’abord droit aux honneurs de l’émission politique du jeudi en prime-time, ceux qui bénéficient de sondages moins favorables sont contraints à ce court passage dans une émission de divertissement de deuxième partie de soirée. Et c’est là que la mécanique s’est enrayée. Du côté de Laurent Ruquier et de ses animateurs, on sent le poids de la contrainte, comme bridés de devoir composer avec ses invités parfois peu enclins à jouer le jeu médiatique qui leur est assigné. Car le traitement reservé à chacun est parfaitement révélateur de la place qu’on veut leur assigner. À Florian Philippot, on demande très sérieusement en tout premier lieu comment le parti fêterait une éventuelle victoire de Marine Le Pen et le nom des artistes qui entoureraient la candidate Front national. Lors du passage de Jean Lassalle, on l’interroge d’abord pour savoir s’il veut «perdre du temps» à dénoncer le manque de temps accordé dans les médias «aux petits candidats». Peu de temps après, Laurent Ruquier promet qu’il votera pour lui en cas de deuxième tour face à Marine Le Pen ajouant qu’il «n’a pas l’impression qu’il se mouille beaucoup». Ironique quand quelques minutes plus tôt, les chroniqueurs reprochaient à Florian Philippot de jouer les victimes quand celui-ci pointait les positions ostensiblement anti-Front national du service public. Un peu plus tard, Laurent Ruquier s’amusera de la sortie du livre programme de Jean Lassalle prévue quelques jours avant le premier tour: «Juste le mercredi avant l’élection, c’est pour passer de 1% à 25% dans les trois derniers jours?» Quant à Yann Moix, il ressort deux phrases abscons prononcées les jours précédents par le candidat avant se dire une nouvelle fois vexé des critiques faites dans les médias par Jean Lassalle à l’encontre de son émission. Laurent Ruquier justifie, lui de n’avoir conservé que quarante minutes de l’heure d’enregistrement du candidat lors de son précédent passage en expliquant: «On n’a gardé que ce qui était cohérent». C’est le serpent qui s mord la queue. Plutôt que de détailler les mesures de chacun, ces candidats déjà assignés à une place de second rang se retrouvent systématiquement renvoyés à leur manque de crédibilité. Quand Jean Lassalle explique que sa première mesure en tant que président serait de retirer les troupes françaises du Moyen-Orient, Laurent Ruquier lâche peu après «vous m’avez surpris, comme si c’était vraiment la priorité pour les électeurs». Lors de la venue de Jacques Cheminade, le 25 mars 2017, Laurent Ruquier félicite châleureusement le candidat d’expliquer qu’il n’a pas la prétention de passer le premier tour de la présidentielle sous les applaudissements nourris du public ajoutant comme heberlué: «Donc vous êtes lucide, vous.» Avant de déchanter quand Cheminade explique que c’est à cause des «forces de l’argent». Le candidat développe ensuite en quelques phrases son argumentation sur la faiblesse du minimum vieillesse avant d’être interrompu sans transition par Yann Moix: «Vous avez dit un jour que les réseaux sociaux sont un camp de concentration mental sans larme. Je voudrais que vous m’expliquiez cette expression». Devant Nicolas Dupont-Aignan, le 25 mars, Laurent Ruquier s’amuse: «Quand même, vous espérez gagner quelques électeurs». La première question de Vanessa Burggraf après avoir détaillé le gouvernement fictionnel imaginé par le candidat dans un livre sans l’avis des intéressés est directe: «Franchement, est-ce qu’on peut vous prendre au sérieux? Est-ce que c’est pas un peu simplet? Est-ce que c’est pas méconnaître la complexité du monde?» La lecture de Yann Moix est également sans appel: «De Gaulle avait une certaine idée du monde, vous vous avez une certaine idée de vous-même.» Quand Philippe Poutou évoque l’interdiction des licenciements, Vanessa Burggraf s’exclame: «Donc on réquisitionne Bernard Arnault. On ne rachète même pas son entreprise. […] Donc Bernard Arnault, c’est un voleur? Il donne des emplois à des salariés! Mais c’est presque un modèle soviétique ce que vous proposez. Il y a une sorte de totalitarisme dans votre exubérance.» Déjà, lors du passage de la candidate Lutte ouvrière Nathalie Arthaud, le 11 mars, lorsque celle-ci évoquait les licenciements qui mettent à mal des régions entières pour réaliser plus de profit, Vanessa Burggraf lui demandait: «Est-ce qu’il n’y a pas une forme de violence finalement dans ce discours, parler d’expropriation de patrons, de Français?» Yann Moix reprochait ensuite à la candidate de ne défendre que l’intérêt des travailleurs et pas de l’ensemble des Français. «C’est très violent», disait-il. Philippe Poutou s’étonnera de ce traitement dans l’émission du 1er avril: «C’est toujours bizarre, quand on discute de combattre les injustices sociales ou les inégalités, on apparaît comme lunaire ou irréaliste alors qu’on vit dans un monde profondément injuste et dégueulasse.» À l’image de Nicolas Dupont-Aignan quittant le plateau de TF1 pour protester contre le double standard d’exposition médiatique, on mesure à quel point il n’est pas aisé pour ses «petits» candidats de trouver une vraie place pour s’exprimer et exister. Peut-être que le débat à 11 candidats du 4 avril permettra pour eux enfin de changer la donne. Au moins seront-ils traités comme les autres.

    http://www.slate.fr/story/142619/on-pas-couche-petits-candidats-malaises

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