December 21, 1980
THE AMERICAN vote against Israel in the Security Council Friday was, in a sense, the essential Carter. There was no good reason of state for the United States to reverse its previous refusal (twice to condemn Israel for expelling two West Bank mayors — not least because a change would mark its previous votes as politically motivated. Moreover, the issue of the mayors, who are indeed their people’s authentic representatives but are also spokesmen for violence, is more complicated than any U.N. majority — and certainly Secretary General Kurt Waldheim, who immediately offered the mayors the comforts of the house for a hunger strike — could be expected to grasp. Yet the administration condemned Israel. It evidently did so out of a familiar impulse to be at one with the virtuous souls of the Third World, notwithstanding the complexities of the larger issue at hand.That issue is whether friends should be treated differently from enemies.It’s a tough one. That is, it’s a tough one for the United States and especially for the Carter administration. No other country — no other president — has so indulged the luxury of deciding whether to support friends on all occasions regardless of their failings or whether to apply ostensibly universal values and condemn them in particular cases when they are deemed to fall short. It would be truly regrettable if the United States followed the pack and decided every case on political grounds alone. At the same time, it cannot be denied that there is a pack and that it hounds Israel shamelessly and that this makes it very serious when the United States joins it. Jimmy Carter has regularly anguished on this score. This time, in perhaps his last U.N. act of consequence, there was a suggestion in the air that he was finally doing what in his heart he has always wanted to do: vote for what he regarded as virtue.To whatever effect, Ronald Reagan will do it differently. He lacks Jimmy Carter’s general readiness to court the Third World and to grant it, or at least its left-leaning part, something of an exemption from the standards by which nations are usually measured. He is unlikely to regard the United Nations as necessarily the most proper and useful forum in which disputes involving the Third World can be treated in the American interest. Few would expect him to agonize at length over the question of whether the United States should keep off Israel’s back in loaded global forums, funneling its disagreements into bilateral channels, or whether it should join the jackals, as Mr. Carter did on Friday.

Vote à l’ONU sur la colonisation : l’ultime mise en garde d’Obama à Israël

Il faut remonter à 1980 pour trouver un avertissement aussi clair des Etats-Unis que l’abstention lors du vote sur la colonisation au Conseil de sécurité vendredi.

Gilles Paris (Washington, correspondant)

Le Monde

24.12.2016

« Les Etats-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation de la colonisation [israélienne]. Ces constructions violent les accords précédents et sapent les efforts consentis pour parvenir à la paix. Il est temps que ces colonies cessent. »

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, prononça ces paroles le 4 juin 2009 au Caire, lors d’un discours sur le Proche-Orient. On peut y trouver la justification de l’abstention spectaculaire de Washington qui a permis l’adoption, vendredi 23 décembre, d’une résolution onusienne condamnant des implantations jugées illégales au regard du droit international.

Cette abstention, qui sonne comme une mise en garde, pourrait constituer le legs du président démocrate s’agissant de la question israélo-palestinienne.

Pendant huit années, M. Obama s’est tenu à une position de principe découlant d’une analyse clinique de la situation. Israël ne peut pas à la fois se dire attaché à la solution des deux Etats, que le premier ministre Benyamin Nétanyahou avait faite sienne sous conditions dans le discours de Bar-Ilan prononcé également en juin 2009, et vider cet horizon diplomatique de substance en rendant impossible sur le terrain la création d’un Etat palestinien.

A peine arrivé au pouvoir, le président démocrate avait ainsi nommé comme envoyé spécial l’ancien sénateur George Mitchell. Ce dernier était à l’origine d’un rapport international fustigeant huit ans plus tôt, en 2001, l’effet de la colonisation dans la détérioration du processus de paix engagé en 1994 et qui avait conduit à la seconde intifada.

Espoirs déçus

Pendant son premier mandat, M. Obama avait également obtenu de haute lutte un gel temporaire et partiel de la colonisation – excluant les quartiers orientaux de Jérusalem – en espérant qu’il permette de réamorcer le dialogue entre le camp israélien et l’Autorité palestinienne. Comme pour les deux présidents américains précédents, ses espoirs avaient été déçus, forçant M. Obama à abandonner ce dossier.

L’échec n’avait pourtant pas dissuadé les Etats-Unis, totalement isolés, de mettre leur veto en février 2011 à un projet de résolution condamnant la colonisation. L’ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, Susan Rice, l’avait alors justifié, assurant qu’il ne constituait pas une approbation de la colonisation, mais qu’il visait à retirer aux deux parties un prétexte pour ne pas s’engager dans des discussions substantielles. Le secrétaire d’Etat, John Kerry, nommé par M. Obama après sa réélection, en 2012, s’y était attelé sans relâche, sans plus de succès.

Quatre ans plus tard, l’administration sortante n’a donc pas fait mine de croire qu’un nouveau veto permettrait d’entretenir cet espoir. Samantha Power, l’actuelle ambassadrice auprès des Nations unies, n’a eu qu’à égrener quelques chiffres pour montrer que la colonisation avait crû à un rythme accéléré depuis le veto de 2011.

Elle a progressé y compris dans la partie située à l’est de la « clôture de sécurité » érigée par Israël dans les territoires conquis en 1967, donc au-delà des « blocs » de colonies qui seraient annexés dans le cadre d’un accord de paix global.

Le projet de deux Etats est menacé

Il faut remonter à 1980 pour trouver un précédent. Le vote positif de l’administration Carter sur la résolution 465, condamnant la colonisation, reposait cependant sur un argumentaire juridique. Les administrations successives avaient privilégié par la suite une lecture politique, assurant régulièrement qu’elle constituait seulement une complication inutile.

L’abstention du 23 décembre déplace d’un cran le curseur de cette appréciation. A la veille du départ de M. Obama de la Maison Blanche, l’administration américaine dit que la colonisation menace désormais directement le projet des deux Etats.

Dans une conférence téléphonique avec la presse, Ben Rhodes, le conseiller diplomatique de M. Obama, a rappelé que près de six cent mille Israéliens vivaient désormais en territoire palestinien, y compris dans la partie orientale de Jérusalem, soit cent mille de plus depuis l’arrivée au pouvoir de M. Obama.

Répondant aux critiques qui se sont abattues mécaniquement sur l’administration, y compris de la part d’élus démocrates, M. Rhodes a rappelé le vote de 2011 et son inefficacité. « Qu’est-ce qui pourrait nous prouver [qu’user de notre veto] ralentirait le rythme de la colonisation ? », s’est-il interrogé.

« Il n’y a qu’un seul président à la fois »

Sur son compte Twitter, le président élu Donald Trump a promis que « les choses ser[aie]nt différentes après le 20 janvier » et son arrivée à la Maison Blanche. Contre tous les usages, M. Trump avait tenté de tordre le bras de M. Obama en publiant, jeudi, un message l’invitant à user de son veto. « Il n’y a qu’un seul président à la fois. Le président Obama est le président des Etats-Unis jusqu’au 20 janvier », lui a laconiquement répondu vendredi M. Rhodes.

Le conseiller diplomatique a fait remarquer que M. Trump, en nommant comme ambassadeur en Israël un avocat opposé à la solution des deux Etats, a clairement montré quelles étaient ses intentions en la matière.

Lors de la convention d’investiture de Cleveland (Ohio), en juillet, le Parti républicain a tourné le dos pour la première à la solution des deux Etats, qui a longtemps fait l’objet d’un consensus entre démocrates et républicains.

Avant même l’élection de M. Trump, le Grand Old Party a donc rompu le fil qui reliait la reconnaissance en 1982 par Ronald Reagan de « droits légitimes » pour les Palestiniens à la conférence de Madrid organisée en 1991 par George W. H. Bush, prélude aux accords d’Oslo, et à la « vision » de George W. Bush de « deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité ».

Le Parti républicain ne mentionne plus, comme M. Trump a pu le faire à l’occasion, qu’une vague « paix complète et durable au Moyen-Orient », sans avancer le moindre paramètre, ni même mentionner la Palestine ou les Palestiniens. Un changement dramatique de paradigme dont les conséquences sont encore difficiles à mesurer.