Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. Jésus (Matthieu 6: 3)
Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La carte de juin (1967) est pour nous synonyme d’insécurité et de danger. Je n’exagère pas quand je dis que c’est pour nous comme une mémoire d’Auschwitz. Abba Eban (1969)
L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. France diplomatie
Le règlement n° 1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires prévoit que les mentions d’étiquetage doivent être loyales. Elles ne doivent pas risquer d’induire le consommateur en erreur, notamment sur l’origine des produits. Aussi, les denrées alimentaires en provenance des territoires occupés par Israël doivent-elles porter un étiquetage reflétant cette origine. En conséquence, la DGCCRF attire l’attention des opérateurs sur la communication interprétative relative à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 12 novembre 2015. Celle-ci précise notamment qu’en vertu du droit international le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, ne font pas partie d’Israël. En conséquence, l’étiquetage des produits alimentaires, afin de ne pas induire en erreur le consommateur, doit indiquer de manière précise l’exacte origine des produits, que leur indication soit obligatoire en vertu de la réglementation communautaire ou qu’elle soit volontairement apposée par l’opérateur. En ce qui concerne les produits issus de Cisjordanie ou du plateau du Golan qui sont originaires de colonies de peuplement, une mention limitée à « produit originaire du plateau du Golan » ou « produit originaire de Cisjordanie » n’est pas acceptable. Bien que ces expressions désignent effectivement la zone ou le territoire au sens large dont le produit est originaire, l’omission de l’information géographique complémentaire selon laquelle le produit est issu de colonies israéliennes est susceptible d’induire le consommateur en erreur quant à la véritable origine du produit. Dans de tels cas, il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression « colonie israélienne » ou des termes équivalents. Ainsi, des expressions telles que « produit originaire du plateau du Golan (colonie israélienne) » ou « produit originaire de Cisjordanie (colonie israélienne) » peuvent être utilisées. Journal officiel de la République française (Avis aux opérateurs économiques relatif à l’indication de l’origine des marchandises issues des territoires occupés par Israël depuis juin 1967, 24 novembre 2016)
[cette nouvelle bourgeoisie] se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. (…) Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés.(…) Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. (…) Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. [Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne] (…) Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.(…) C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.(…) On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini. (politiquement) On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne. (…) Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis. Christophe Guilluy
À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée. (…) Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950. Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances. Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages. Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme. (…) Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule. Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services. Simon Johnson
Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires. Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes. Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert ! Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité. Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler. Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI. Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic. Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel. Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA, je dis bien la totalité, va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). (…) Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence.
Lionel Stoleru (2008)
Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports. But many existing American manufacturing jobs depend heavily on access to a broad array of goods drawn from a global supply chain — fabrics, chemicals, electronics and other parts. Many of them come from China. (…) In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices. (…) Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study. International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices. (…) But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises. The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations. (…) But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions. (…) Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs. (…) In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn. In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa. In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action. In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth. (…) Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost. (…) The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee. If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States. “Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said. (…) The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply. (…) But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses. Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers. American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development. The NYT
La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition. Ce qui semblait impossible s’est finalement produit. Donald Trump a gagné l’élection présidentielle américaine la plus détestable et la plus inquiétante de l’ère moderne. Elle a marqué l’irruption du populisme à une échelle sans précédent dans l’histoire de la démocratie américaine. Cette dernière n’est plus immunisée contre une maladie qui a ravagé l’Europe il y a quatre-vingt ans et a fait son retour dans l’ensemble du monde occidental et bien au-delà. Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée? Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé. La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…». Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion. (…) La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition. Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus… La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il (…) L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%. Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013. En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer. En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe. (…) Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. (…) Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail. Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir. La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations. C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître. Eric Leser
In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered. In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Marian Tupy
More Americans believe in astrology and reincarnation than in progress. But poverty, malnutrition, illiteracy, child labour and infant mortality are falling faster than at any other time in human history. The risk of being caught up in a war, subjected to a dictatorship or of dying in a natural disaster is smaller than ever. Part of our problem is one of success. As we get richer, our tolerance for global poverty diminishes. So we get angrier about injustices. Charities quite rightly wish to raise funds, so they draw our attention to the plight of the world’s poorest. But since the Cold War ended, extreme poverty has decreased from 37 per cent to 9.6 per cent — in single digits for the first time in history. (…) The idea of the environment as a clean canvas being steadily spoilt by humanity is simplistic and wrong. As we become richer, we have become cleaner and greener. The quantity of oil spilt in our oceans has decreased by 99 per cent since 1970. Forests are reappearing, even in emerging countries like India and China. And technology is helping to mitigate the effects of global warming. (…) Conflicts always make the headlines, so we assume that our age is plagued by violence. We obsess over new or ongoing fights, such as the horrifying civil war in Syria — but we forget the conflicts that have ended in countries such as Colombia, Sri Lanka, Angola and Chad. We remember recent wars in Afghanistan and Iraq, which have killed around 650,000. But we struggle to recall that two million died in conflicts in those countries in the 1980s. The jihadi terrorist threat is new and frightening — but Islamists kill comparatively few. Europeans run a 30 times bigger risk of being killed by a ‘normal’ murderer — and the European murder rate has halved in just two decades. (…) In almost every way human beings today lead more prosperous, safer and longer lives — and we have all the data we need to prove it. So why does everybody remain convinced that the world is going to the dogs? Because that is what we pay attention to, as the thoroughbred fretters we are. The psychologists Daniel Kahneman and Amos Tversky have shown that people do not base their assumptions on how frequently something happens, but on how easy it is to recall examples. This ‘availability heuristic’ means that the more memorable an incident is, the more probable we think it is. And what is more memorable than horror? What do you remember best — your neighbour’s story about a decent restaurant which serves excellent lamb stew, or his warning about the place where he was poisoned and threw up all over his boss’s wife? (…) Bad news now travels a lot faster. Just a few decades ago, you would read that an Asian city with 100,000 people was wiped out in a cyclone on a small notice on page 17. We would never have heard about Burmese serial killers. Now we live in an era with global media and iPhone cameras everywhere. Since there is always a natural disaster or a serial murderer somewhere in the world, it will always top the news cycle — giving us the mistaken impression that it is more common than before. (…) Nostalgia, too, is biological: as we get older, we take on more responsibility and can be prone to looking back on an imagined carefree youth. It is easy to mistake changes in ourselves for changes in the world. Quite often when I ask people about their ideal era, the moment in world history when they think it was the most harmonious and happy, they say it was the era they grew up in. They describe a time before everything became confusing and dangerous, the young became rude, or listened to awful music, or stopped reading books in order to just play Pokémon Go. (…) The cultural historian Arthur Freeman observed that ‘virtually every culture, past or present, has believed that men and women are not up to the standards of their parents and forebears’. Is it a coincidence that the western world is experiencing this great wave of pessimism at the moment that the baby-boom generation is retiring? Johan Norberg
Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs. (…) Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence. (…) Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux. (…) [l’dentité] C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde. (…) Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans. (…) Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu. (…) Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer. (…) Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver. (…) Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs. Johan Norberg
Au lendemain de la mort du mort du père du RMI Lionel Stoleru …
Et accessoirement homme politique, économiste (polytechnique, Mines et Stanford) et chef d’orchestre français et victime, on s’en souvient du fait de ses origines juives roumaines, de l’antisémite Jean-Marie Le Pen …
Alors qu’après l’accident industriel des années Obama mais aussi, technologie oblige, les risques de déclassement d’une bonne partie des classes moyennes …
Nombre de responsables politiques semblent tentés par un protectionnisme qui pourrait, si appliqué à l’instar de celle des années 30, nous ramener à la pire des grandes dépressions …
Pendant qu’au sein d’une Europe en train elle-même de remettre en question sa propre suppression des fontières internes face à la montée du terrorisme islamique et de l’immigration illégale. le Pays auto-proclamé des droits de l’homme ne ménage pas sa peine …
Pour imposer, au seul Etat israélien et par ailleurs allié revendiqué via la diplomatie et des mesures de marquage économique rappelant selon la formule consacrée « les heures les plus sombres de notre histoire », le retour à des frontières notoirement indéfendables face à des entités appelant explicitement à son annihilation …
Comment ne pas s’émerveiller …
Avec le dernier livre de l’historien de l’économie suédois Johan Norberg …
Derrière en fait l’incroyable réduction de la pauvreté que connait notre monde depuis une cinquantaine d’années …
De cette étrange propension qui semble être la nôtre …
A mesure qu’augmentent notre niveau de richesse …
Comme notre intolérance à la pauvreté …
Mais aussi certes les périls et les risques de régression …
A croire que tout va toujours plus mal dans le pire des mondes ?
Non, ce n’était pas mieux avant !
Enquête. Malgré les crises actuelles, l’humanité n’a jamais vécu aussi longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.
Thomas Mahler
Le Point
03/11/2016
En 2013, la fondation Gapminder proposa ce QCM à un panel d’Américains : « Durant les vingt dernières années, la proportion de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté… : 1) a presque doublé ; 2) est restée la même ; 3) s’est presque réduite de moitié ». Alors que deux tiers penchèrent pour l’hypothèse la plus pessimiste, seuls 5 % optèrent pour la réponse 3. Un sondage mené en 2016 par le cabinet d’études néerlandais Motivaction montre que 92 % des Français pensent eux aussi que la pauvreté a augmenté ou est restée stable depuis vingt ans. Les faits ? Selon la Banque mondiale…
Historien économique, membre de l’Institut Cato, Johan Norberg, 43 ans et allure de pop star, avait connu un succès international avec « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste » en 2003, une réponse aux mouvements altermondialistes. Avec « Progress : Ten Reasons to Look Forward to the Future » (Oneworld), c’est contre le pessimisme de l’époque que l’auteur s’élève.
Le Point : Daech, Alep, le réchauffement climatique ou les robots qui tuent nos emplois font la une des journaux. Pourquoi alors affirmer que notre âge d’or, c’est maintenant ?
Johan Norberg : Je sais que l’époque a l’air horrible, mais c’a toujours été le cas quand vous regardez les problèmes dans le monde. Il y a cinquante ans, c’était le risque d’un désastre nucléaire imminent, les usines japonaises menaçant les nôtres, un niveau de crime élevé dans les villes… Le rôle des médias est d’en parler et de nous effrayer un peu. Mais nous avons aussi besoin d’une perspective historique plus longue, de statistiques, pour voir à quel point nous venons de loin. Objectivement, on n’a jamais vécu si longtemps, avec autant de richesse, de liberté et de sécurité.
Ça va vraiment mieux partout ?
Certains indicateurs baissent un peu et il y a de nouveaux risques. Le progrès n’a rien d’automatique. Le réchauffement climatique est un problème récent. L’essor du terrorisme sous cette forme est aussi inédit. Du point de vue du nombre de victimes, avec les groupes séparatistes et révolutionnaires, c’était pire dans les années 1970 en Europe occidentale. Aujourd’hui, Daech ne cible pas des officiels mais frappe au hasard. C’est ce qui nous terrifie. Face à ça, nous avons d’autant plus besoin de données objectives qui nous permettent de saisir que, même si les attentats sont terribles, c’est un petit risque pour notre vie comparé à d’autres. II faut vaincre les terroristes, mais ne pas paniquer.
Votre livre s’ouvre sur la nutrition. De 1950 à aujourd’hui, la population mondiale est passée de 2,5 à plus de 7 milliards d’habitants. Les néomalthusiens prédisaient alors des famines immenses…
Oui, ils ne pensaient pas qu’on pourrait augmenter les rendements agricoles, ce qui est arrivé avec la révolution verte. Puis ils nous ont expliqué que ces gens auraient d’autant plus d’enfants, les considérant comme des lapins tout juste bons à se reproduire. Ils ont totalement oublié l’intelligence humaine et notre capacité d’adaptation. Dans les années 1950, il y avait en moyenne 5 enfants par mère dans les pays en développement. Aujourd’hui, c’est environ 2,5. Ce qui est moins qu’à cette époque dans les pays riches !
Le pape François explique que, si la richesse globale a augmenté, la mondialisation n’a fait qu’accroître la pauvreté…
Le pape devrait faire relire ses discours [rires]. Il y a cette idée commune que les choses vont de mal en pis. J’ai demandé à des gens ce qu’ils pensent de la pauvreté et de la faim dans le monde. Chaque fois, la majorité se trompe. Ce n’est pas uniquement de l’ignorance, c’est une mauvaise idée préconçue qu’ils tirent de quelque part. Cette vue fataliste provient non seulement des néomalthusiens, mais aussi des écologistes, des anticapitalistes et des conservateurs, à droite, qui martèlent que les choses ont empiré. Tout est imputé à la mondialisation et au capitalisme. Mais, d’un point de vue statistique, on a réduit l’extrême pauvreté de 1,2 5 milliard de personnes depuis vingt-cinq ans, alors même que la population mondiale a augmenté de 2 milliards de personnes. A chaque minute où nous parlons, 100 personnes en sortent.
Certes, mais n’est-ce pas essentiellement dû à la Chine sortant du cauchemar maoïste?
La Chine a eu un impact formidable, mais il y a aussi l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, le Bangladesh, l’Amérique latine et aujourd’hui des pays de l’Afrique subsaharienne, qu’on considérait pourtant comme le continent sans espoir. Pour la première fois, l’extrême pauvreté est passée en Afrique subsaharienne au-dessous des 50%. Aujourd’hui, on en est à 35 %.
Le Niger, Haïti ou la République démocratique du Congo sont cependant plus pauvres qu’il y a cinquante ans…
C’est choquant. On doit se demander comment c’est possible dans un monde où le savoir, la technologie et la science croissent. Ces pays n’ont pas accès à l’économie mondiale. Certains ont été touchés par des guerres dévastatrices ; des régimes brutaux, comme au Zimbabwe, ont sciemment détruit tout ce qui était productif. Ce sont les pays les moins globalisés et les moins ouverts. C’est ça, le problème !
Dans tous les pays du monde, sans exception, les gens vivent plus longtemps qu’il y a cinquante ans. Comment l’expliquez-vous ?
Cela montre que la richesse et le PIB ne sont pas tout. Certains pays ont stagné ou régressé sur le plan économique, mais même eux ont connu des avancées considérables en termes de santé. Le plus grand facteur derrière le progrès, ce n’est pas l’augmentation des salaires, mais des prix plus bas permettant une vie meilleure et plus longue, ainsi qu’une diffusion des savoirs et de la technologie. Il est difficile d’inventer un vaccin contre la rougeole, mais, une fois créé, il est facile de l’utiliser à travers le monde. En 1800, pas un seul pays au monde n’avait une espérance de vie supérieure à 40 ans. Aujourd’hui, pas un seul pays n’a une espérance de vie inférieure. En Afrique, c’est d’autant plus encourageant que, après les dégâts des guerres, de la malaria et du VIH, l’espérance de vie est plus élevée que jamais. L’Ouganda, le Botswana ou le Kenya ont eu un gain de dix ans ces dix dernières années. C’est hallucinant !
En 1950, Il y avait 10,5 millions de lépreux. Il n’y a aujourd’hui plus que 200 000 cas chroniques.
C’est intéressant d’un point de vue psychologique. On s’est inquiété pour la lèpre, la rougeole. Récemment, c’était Ebola. Or, une fois qu’on a résolu un problème, on l’oublie et on se dit que le monde est pire que jamais lorsque apparaît un nouveau virus. Pourtant, Ebola a prouvé à quel point la science, une coopération internationale et les populations pouvaient réagir rapidement. Un scénario catastrophe prévoyait 1,4 million de morts au Libéria et en Sierra Leone. Mais, là encore, il se fondait sur l’idée néo-malthusienne, avec un fond raciste, que puisque ce sont des Africains ils sont comme des enfants, incapables de changer leurs habitudes. Alors que ces gens ont des téléphones portables et s’informent! Ils ont ainsi adapté leurs rites funéraires et le nombre de morts s’est limité à 30.000.
En matière d’environnement, on se dit qu’il ne peut pas y avoir de bonnes nouvelles…
Mon éditeur non plus ne pensait pas que ce chapitre fonctionnerait [rires], car c’est le plus contre-intuitif. Oui, tous ces problèmes environnementaux qui nous préoccupent sont réels : réchauffement climatique, éradication des espèces… Mais je me suis aussi intéressé à d’autres problèmes environnementaux complètement oubliés. En décembre 1952, le grand smog a tué près de 12.000 personnes à Londres. Aujourd’hui, l’air londonien est aussi propre qu’au Moyen Age. Depuis 1990, la forêt européenne croît à un rythme annuel de 0,3 %. La déforestation continue en Indonésie ou au Brésil, mais le taux mondial de déforestation annuel a ralenti, passant de 0,18 à 0,0009% depuis les années 1990. On a mesuré que, grâce à l’évolution des techniques agricoles, on a pu sauvegarder une surface forestière de deux fois l’Amérique du Sud depuis les années 1960. Bien sûr, on crée de nouveaux problèmes. Mais comment y faire face ? Plus un pays est riche, mieux il peut développer des technologies propres. Dans le classement des indices de performance environnementale, les pays Scandinaves sont en tête, alors que la Somalie, le Niger ou Haïti sont en queue. Les problèmes environnementaux dans ces pays ne proviennent pas de la technologie, mais de l’absence de technologie. Autrement dit, nous devons accélérer le progrès plutôt qu’adopter la décroissance, qui signifierait un retour à la pauvreté pour des millions de personnes, mais serait plus néfaste pour l’environnement. Car le pire qui puisse arriver, c’est l’utilisation de vieilles technologies, ce qui se pratique dans des pays africains ou en Asie. Il faut accélérer le processus pour qu’eux aussi y aient accès. Nous devons trouver de meilleures façons d’utiliser nos ressources, mais je rappelle que la plus importante est le cerveau humain, qui, très heureusement, est renouvelable.
En 1900, seulement 21 % de la population mondiale savaient lire. Aujourd’hui, c’est 86%…
Parmi tous ces chiffres, voilà la meilleure nouvelle ! Car cela concerne notre capacité à affronter les problèmes du futur. Si vous êtes illettrés, vous ne recevrez pas les informations en cas d’épidémie, vous ne saurez pas comment prendre le mieux possible soin de vos enfants et vous ne gagnerez pas plus d’argent. L’incroyable essor de ce taux d’alphabétisme stimule toutes les autres tendances. Mais c’est aussi ce qui, parfois, peut nous effrayer dans le monde occidental. Avant, nous étions les meneurs de revue. Nous étions les seuls à avoir la richesse, le savoir et la technologie, mais on a connu une sorte de révolution copernicienne. Nous pensions être au centre du monde, ce n’est plus le cas. Des enfants qui, simplement parce qu’ils étaient nés au mauvais endroit, n’auraient pas pu être le prochain Léonard de Vinci ou le prochain Bill Gates peuvent désormais mettre leur cerveau à contribution pour penser un nouveau médicament ou la prochaine technologie. C’est un immense espoir pour l’humanité.
L’esclavage est officiellement partout aboli. Mais, pour l’extrême gauche, le capitalisme a créé de nouvelles servitudes…
C’est parce que ces gens-là pensent que toute personne qui doit travailler est un esclave. Ce qui est l’opposé de la conception traditionnelle de l’esclavage, où, par la coercition, on volait la vie de la personne. Les pauvres qui occupent des emplois dont nous ne voudrions pas le font parce que c’est leur meilleure option. J’ai interrogé des travailleurs dans ces usines asiatiques qui produisent pour les marchés occidentaux. Evidemment, ils expliquent qu’ils préféreraient avoir des salaires plus élevés et de meilleures conditions, mais ils veulent aussi que leurs proches puissent y travailler, car les revenus sont supérieurs et les conditions moins difficiles que dans l’agriculture de subsistance ou que travailler comme domestique. C’est un tremplin pour sortir de la pauvreté, comme nous l’avons fait il y a cent cinquante ans et comme cela se passe au Bangladesh, où, avec l’industrie textile, la pauvreté a été diminuée de moitié depuis quinze ans.
Et le travail des enfants ?
Si vous pensez que le travail des enfants est quelque chose de nouveau, consultez les tapisseries et les témoignages du Moyen Age, où les enfants font partie intégrante de l’économie. Aujourd’hui, ça paraît bénin, car nous avons une représentation romantique de la ferme, comme si c’était un plaisir. Mais je peux vous assurer que cela n’était pas le cas à l’époque. Le travail des enfants a continué sous la révolution industrielle, mais à travers des œuvres comme celle de Dickens il y a eu une prise de conscience qui marqua le début du déclin. Aujourd’hui, en Inde comme au Vietnam, le travail des enfants baisse rapidement. Entre 1993 et 2006, la proportion des 10-14 ans travaillant au Vietnam est passé de 45 % à moins de 10 %. Au moment où les parents deviennent plus riches, la première chose qu’ils font est de ne plus envoyer leurs enfants travailler, car ils ne le faisaient pas par plaisir sadique, mais pour survivre. Historiquement, le capitalisme a donc permis de mettre un terme au travail des enfants, pas l’inverse.
Vous illustrez aussi les progrès en matière de racisme, de misogynie ou d’homophobie. En 1987, un Américain sur deux seulement pensait qu’il était mal de battre sa femme avec une ceinture ou un bâton. Dix ans plus tard, ils étalent 86 %…
Le cercle des personnes que nous respectons et de qui nous nous soucions ne cesse de s’étendre. Traditionnellement, seule la tribu octroyait une dignité face aux autres. Puis ce sentiment s’est étendu aux villes et à la nation. Aujourd’hui, il nous arrive même, dans nos bons jours, de penser à l’humanité [rires]. Dans les années 1980, les hommes répondaient encore à ces questions comme si hommes et femmes étaient une tout autre espèce. Mais, plus les femmes ont fait la même chose que les hommes dans le monde du travail, plus il est devenu difficile de penser qu’ils leur sont supérieurs.
Pour Angus Deaton, le progrès crée toujours des inégalités. Depuis 1980, celles-ci sont grandissantes dans les pays de l’OCDE…
Deaton a raison. Il y a deux cents ans, il y avait plus d’égalité dans le monde, mais c’est parce que l’immense majorité d’entre nous était pauvre. L’indice de Gini était donc très bas. Puis, dans une minorité de pays, les gens ont commencé à avoir plus de libertés, ils sont devenus beaucoup plus riches : leur PIB par habitant a été multiplié par 20. Evidemment, vous introduisez ainsi une énorme inégalité dans le monde. Mais, comme l’explique Deaton, ce n’est pas toujours une mauvaise chose. Serait-il préférable que tout le monde soit resté pauvre ? Prenez la Chine. Il y a trente ans, c’était un pays très égalitaire, mais 90% de la population vivait dans l’extrême pauvreté, contre 10% aujourd’hui. Si vous ne vous concentrez que sur les inégalités, vous aurez l’impression que ça a empiré. Le progrès n’est jamais égalitaire. Il se concentre plus sur les régions côtières, dans les grandes villes. Cela dit, l’inégalité peut devenir un problème, surtout quand certains groupes commencent à se garantir des privilèges et prennent le contrôle du pouvoir. C’est ce qui s’est passé en Russie, où un petit groupe a pris en otage le gouvernement, faute de transparence.
Thomas Piketty explique que la croissance a été mieux partagée après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1970. Après, les inégalités de revenus se sont creusées…
Je suis l’un des rares à avoir lu son livre en entier [rires]. Cette augmentation des inégalités est en partie le résultat de la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ce fut facile, car toute la technologie était à notre disposition. Mais cette croissance s’est essoufflée dans les années 1970 et il a fallu de nouvelles ressources de productivité, car il ne s’agissait plus simplement de mettre des briques au bon endroit, mais de développer des technologies de l’information et de ressources humaines. Cela a favorisé ceux qui étaient bons dans ces domaines par rapport aux travailleurs manuels. En même temps, il est utile de rappeler que, plus que votre salaire, l’important est ce que vous pouvez acheter. Même si vous n’avez pas augmenté vos revenus de manière importante depuis les armées 1980, vous avez eu accès à des technologies et à des services qui n’existaient pas dans le passé. Avant, seuls les riches pouvaient s’acheter une encyclopédie. Maintenant, on y a tous accès pour rien ! Comment chiffrer ça ? Ça n’apparaît pas dans les statistiques. Sans parler de la médecine, qui nous a donné près de dix années supplémentaires de vie. Les taux de criminalité se sont réduits, l’accès à la technologie a augmenté pour tout le monde. Bill Gates voyage de manière luxueuse et boit sans doute du meilleur vin que moi. Mais il utilise le même téléphone, il n’a pas un meilleur accès au savoir, ce qui est une première dans l’histoire de l’humanité. Et son espérance de vie n’est pas supérieure à la mienne. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes en fait de plus en plus égaux.
Au-delà des chiffres, il y a les questions culturelles. La mondialisation et l’immigration font craindre à certains de perdre leur identité.
C’est effectivement un facteur plus important que les données économiques. Si vous regardez les supporteurs de Donald Trump, ils ne sont pas au chômage, mais ils appartiennent à une classe blanche qui pense que son identité est en déclin car menacée par les minorités. Cela explique en grande partie l’essor des populismes en Europe et aux Etats-Unis. Les psychologues parlent d’un réflexe d’autorité. C’est un besoin de protection qui touche aussi l’éducation, la liberté sexuelle, les droits des minorités. C’est l’idée qu’on doit se reprendre en main. Je comprends ce sentiment, mais les conséquences en seraient terrifiantes, car tout le progrès dont nous parlons est dépendant de notre ouverture au monde.
D’où les oppositions aux traités de libre-échange…
Si nous construisons des murs, nous n’empêcherons pas le reste du monde d’innover et d’avoir de nouvelles idées. Ce serait se tirer une balle dans le pied. On a vu ça dans l’Histoire. Les civilisations qui, se sentant menacées, ont commencé à mettre des barrières sont celles qui ont entamé leur déclin. Les Arabes étaient très en avance sur l’Europe en matière de science et technologie, la Chine avait les caractères, de la poudre à canon et la boussole. Mais la dynastie Ming, qui a pris le pouvoir au XIVe siècle, était hostile à la technologie et aux étrangers, tandis que le monde islamique s’est refermé après les invasions mongoles, différant l’utilisation de l’imprimerie de trois cents ans.
Alors qu’un pays comme le Nigeria se montre très optimiste, les Occidentaux sont de plus en plus pessimistes. Comment l’expliquer ?
Selon les sondages, dans les pays occidentaux, plus de personnes croient aux fantômes ou à l’astrologie qu’au progrès. Cela vous rend un peu inquiet pour votre civilisation [rires]. Cette idée que l’âge d’or est dans le passé est une forme de nostalgie qui nous a toujours accompagnés. Quand je demande aux gens quelle était la meilleure période à leurs yeux, la plupart évoquent les années au cours desquelles ils ont grandi. A l’époque, ils n’avaient ni enfants ni responsabilités et ne se préoccupaient pas de toutes les choses qui peuvent mal tourner. Le monde, quand on est jeune, semble plus sûr. En grandissant, on appréhende le danger. Et il y a le déclin physique. Comme l’explique l’historien culturel Arthur Herman, il existe une fréquente confusion entre la détérioration à l’intérieur de votre corps et celle qui se produit à l’extérieur. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si nous sommes précisément au moment où la génération du baby-boom prend sa retraite. Aux Etats-Unis, beaucoup de gens sont persuadés que les années 1960 étaient une période d’harmonie. Mais n’y a-t-il pas eu la crise des missiles à Cuba, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, ainsi que des conflits raciaux dans chaque grande ville américaine ? Pourtant, aujourd’hui, la période fait figure de paradis perdu.
Les religions ou les superstitions peuvent-elles menacer le progrès ? Seuls 52 % des Français pensent que les vaccins ont des effets positifs…
Il y a toujours un danger contre la raison. Cette explosion de peur contre le vaccin, l’un des plus grands sauveurs de vies de l’Histoire, montre qu’un recul peut arriver n’importe où. Quand les personnes ont l’impression que leur monde est chaotique et complexe, elles ne savent plus à qui faire confiance, donc il devient plus facile pour les complotistes et les religions de prospérer.
Aujourd’hui, seuls les libéraux et quelques réformistes à gauche osent encore vanter le progrès…
Quelle que soit leur cause, les critiques du progrès demandent à l’Etat plus de contrôle pour figer la situation. A gauche, il faut garder l’économie comme elle était ; à droite, c’est la culture qu’il faut préserver et, pour les écologistes, c’est l’environnement. Ils veulent tout stopper. Mais même le plus convaincu des réactionnaires ne voudrait pas revenir aux famines d’il y a deux cents ans. Quant aux écologistes, ils devraient être d’accord sur le fait que les plus grands problèmes environnementaux sont ceux qui ont tué des millions de personnes, parce qu’on n’avait pas d’électricité, qu’on était empoisonné par un mauvais air intérieur, qu’on polluait de façon traditionnelle l’eau et qu’on en mourait. Tous ces gens pensent qu’à ce moment précis de notre évolution on ne peut plus aller plus loin et qu’il faut tout préserver.
Etes-vous confiant pour le futur ?
Parce que j’ai écrit un livre sur le progrès, je devrais être optimiste, mais je ne l’ai pas écrit pour dire : « Regardez, tout est génial, on peut être relax.» Non, je l’ai fait parce que j’ai un peu peur. Les risques sont là et ils sont bien plus dangereux quand les gens ne comprennent pas ce que l’espèce humaine peut réaliser quand elle est libre. Je suis très effrayé par cette demande d’autorité, à droite comme à gauche, pour s’opposer à la mondialisation. Un grand pays européen peut élire un populiste, ce qui signifierait la fin de l’Union européenne telle qu’on l’a connue. Je suis donc un optimiste soucieux. Cela dit, je reste optimiste, car l’humanité a traversé dans l’Histoire des choses bien pires et est arrivée à les surmonter. L’humanité est résiliente et a beaucoup de pouvoirs.
Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point du 3 novembre 2016
Voir aussi:
Eric Leser
Slate
08.11.2016
La vague réactionnaire qui submerge les démocraties occidentales est construite sur un mythe, celui d’un âge d’or… qui n’a jamais existé. Et sur un faux postulat selon lequel l’humanité serait en perdition.
Cette vague, apparemment irrésistible, a deux ressorts, la désignation d’un bouc émissaire et la négation de la réalité. Tous nos maux proviennent de l’étranger et des élites qui sont vendues à ces intérêts. Retrouver la grandeur passée, reprendre le contrôle de notre destin, renouer avec une société qui nous ressemble sont les slogans politiques de notre temps. On les retrouve aussi bien avec Donald Trump que parmi les partisans du Brexit, dans les partis d’extrême-droite européens, avec Vladimir Poutine en Russie, avec Recep Tayyip Erdogan en Turquie, avec Narenda Modi en Inde et même, à une autre échelle, avec Daech. L’islamisme politique n’a-t-il pas pour ambition de retrouver la prétendue pureté religieuse originelle et la puissance militaire qui lui est associée?
Donald Trump promet de rendre «l’Amérique grande à nouveau». Vladimir Poutine entend renouer avec les ambitions impériales de la Russie tsariste et de l’URSS et Erdogan avec le destin de l’empire ottoman. Narenda Modi s’appuie sur un nationalisme hindou construit sur un affrontement avec l’Islam. Et les partisans du Brexit comme ceux de Marine Le Pen voient dans la fermeture des frontières et le rejet de l’immigration le moyen de revenir à un âge d’or de prospérité et d’entre soi. Un âge d’or qui n’a jamais existé.
«La trahison des élites est centrale…»
La pensée réactionnaire est toujours construite selon le même schéma, explique Mark Lilla, professeur à l’Université de Columbia et auteur d’un livre récent intitulé The Shipwrecked Mind: on Political Reaction («Naufrage intellectuel: la réaction politique»), dans le New York Times. Elle part de la description d’une période idéale, «un Etat où règne l’ordre et où les personnes partagent un même destin… Puis des idées étrangères promues par des intellectuels et des forces extérieures –écrivains, journalistes, professeurs, étrangers– détruisent cette harmonie. La trahison des élites est centrale dans tout mythe réactionnaire…».
Désigner à la vindicte populaire le ou les responsables de nos malheurs, au hasard l’immigration, l’Europe, la finance cosmopolite, la mondialisation, le capitalisme, les Etats-Unis, la Chine, le sionisme, l’islam… est d’une redoutable efficacité politique. Sans doute plus encore à l’époque des réseaux sociaux et de l’omniprésence de l’information instantanée qui n’a pour seul horizon que la polémique artificielle du jour, rapidement effacée par celle du lendemain. Face à un monde compliqué et vide de sens, le «C’était mieux avant» apporte une réponse simpliste et réconfortante au sentiment de déclassement, d’abandon, d’aliénation et d’humiliation d’une partie grandissante de nos sociétés. Mais si la souffrance économique comme identitaire est bien réelle, la réponse qui consiste à désigner des responsables, les chasser… et revenir ainsi par magie à la grandeur et à l’harmonie passée est une dangereuse illusion.
Il faut appeler un chat un chat. Cette illusion a des relents fascistes, même si elle ne va pas jusqu’au rejet de la démocratie. Elle s’en rapproche «dans son opposition virulente… au libéralisme, dans sa suspicion envers le capitalisme et surtout dans la croyance que la nation, souvent définie en termes religieux et raciaux, représente la plus importante source d’identité des vrais citoyens», écrit le professeur Sheri Berman, de la Columbia University, dans Foreign Affairs:
«Comme leurs prédécesseurs, les extrémistes de droite d’aujourd’hui dénoncent les dirigeants démocratiquement élus comme inefficaces, impotents et faibles. Ils promettent de soutenir leur nation, la protéger de ses ennemis et redonner une raison d’être à des gens qui se sentent en butte à des forces qui les dépassent…»
Il n’y a pas d’effondrement moral, économique et politique
La réponse à ces marchands d’illusion et de malheur existe, même si elle tarde à venir. Elle se trouve dans les enseignements de l’histoire et l’affirmation des faits. La réaction est construite sur un mythe, celui d’un passé fantasmé, et sur un faux postulat, l’humanité est en perdition.
Les réactionnaires promettent d’effacer ce que la modernité aurait détruit d’une société harmonieuse à taille humaine. Ils affirment que leur pays et leur société ont fait fausse route, guidés par des élites apatrides, des ploutocrates, et qu’il faut revenir en arrière. Donald Trump ou Eric Zemmour s’insurgent contre un effondrement moral, politique et économique. Il n’existe pas. Les sociétés du siècle passé avaient leurs guerres, leurs mouvements sociaux, leur terrorisme, leur misère, leur violence, leurs discriminations, leurs laissés-pour-compte, leurs corrompus…
La réalité objective de l’humanité ne correspond en rien au catastrophisme ambiant. Il n’y a tout simplement jamais eu sur terre de meilleure période pour être vivant, explique l’historien suédois Johan Norberg dans son livre Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future («Progrès: dix raisons d’attendre avec impatience l’avenir»). «L’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée», résume-t-il.
Quelques exemples, parmi d’autres…
L’espérance de vie moyenne dans le monde était de 31 ans en 1900. Elle est aujourd’hui de 71 ans. La Banque mondiale a défini le seuil de la misère extrême à un revenu équivalent à 2 dollars par jour. En 1800, 94% de nos ancêtres vivaient dans une pauvreté extrême. En 1990, 37% de la population mondiale se trouvait encore dans cette situation. Ce chiffre est revenu aujourd’hui à moins de 10%.
Nous vivons dans l’ère la plus pacifique de l’histoire humaine. Le taux annuel d’homicide dans l’Europe médiévale était de 32 pour 100.000. A la fin du XXe siècle, ce chiffre est tombé à 1 pour 100.000. Le taux de mortalité de personnes ayant péri lors de conflits armés est passé de 195 par million en 1950 à 8 par million en 2013.
En 1800, seuls 12% des adultes étaient capables de lire. En 1950, le niveau mondial d’alphabétisme était de 40%. Il est aujourd’hui de 86% et la différence entre les hommes et les femmes ne cesse de reculer.
En 1990, il y avait 76 démocraties électorales. Il y en avait 125 en 2015. L’air de Londres est aujourd’hui aussi propre qu’au début de la révolution industrielle et les forêts s’étendent à nouveau en Europe.
Rupture technologique et repli identitaire
Cela ne veut pas dire que notre planète soit un paradis. Que les sociétés ne sont pas fracturées par des transformations brutales qu’elles n’arrivent pas à surmonter. Mais personne ne veut voir la réalité des progrès spectaculaires de l’humanité. Nous préférons nous complaire dans les peurs, les fantasmes et l’annonce de catastrophes. «Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle», faisait remarquer il y a quelques années le Dalaï-Lama.
Les réactionnaires exploitent l’appauvrissement relatif de la classe moyenne et l’angoisse irrationnelle de l’avenir. Ils apportent une réponse absurde et dangereuse à de vrais problèmes nés de la mondialisation et de l’évolution technologique: l’angoisse culturelle et identitaire et la bipolarisation du marché du travail.
Rendre moins douloureux le sentiment d’un déclin identitaire et culturel prend du temps. Cela se fait dans l’éducation, le respect et plus encore la connaissance de l’autre. Le paradoxe, c’est que la tolérance progresse en fait rapidement dans le monde, mais qu’il est difficile de le voir.
La bipolarisation du marché du travail pose un problème encore plus grave aux sociétés, notamment occidentales. C’est ce qu’explique l’économiste Patrick Artus dans Le Point. «Les créations d’emplois se concentrent aux deux extrêmes, emplois qualifiés à rémunération élevée, emplois peu qualifiés à rémunération faible; entre ces deux extrêmes, les emplois intermédiaires (la classe moyenne) disparaissent progressivement…». La plupart des études montrent que cette division du marché du travail est plus liée à la technologie qu’à la mondialisation et aux délocalisations.
C’est la technologie qui a chassé la main d’œuvre des campagnes puis des usines et aujourd’hui de bon nombre d’emplois intermédiaires dans les services. Ce phénomène va s’accélérer, avec par exemple le développement des véhicules autonomes et des robots. Un processus de destruction/création brutal. De nouveaux emplois apparaissent et apparaîtront –les besoins sont sans limites–, mais là encore il faudra du temps. Les États ont un rôle indispensable à jouer dans la formation et dans la protection, avec, pourquoi pas, l’instauration d’un revenu universel. S’ils ne le font pas, les marchands d’illusion ne sont pas prêts de disparaître.
Globalization and Poverty
The last forty years have seen a massive and historically unprecedented decline in global poverty
Marian Tupy
Reason
November 22, 2016
Remember the good life during the 1970s? If you do, your experience is not likely to have been a typical one. In fact, the economic liberalization and globalization that started in the late 1970s and accelerated in the 1980s, has led to a massive and historically unprecedented decline in global poverty. Contrary to much of the public perception, liberalization and globalization have not led to an increase in U.S. poverty rates, which continue to fluctuate within a comparatively narrow and, by historical standards, low, band.
Let us look at the global picture first. In 1981, the year Ronald Reagan became America’s 40th President, 44.3 percent of the world lived in extreme poverty (i.e., less than $1.90 per person per day). Last year, it was 9.6 percent. That’s a decline of 78 percent. In East Asia, a region of the world that includes China, 80.6 percent of people lived in extreme poverty. Today, 4.1 percent do—a 95 percent reduction. Even in sub-Saharan Africa, a relatively under-performing region, the share of the population living on less than $1.9 per day dropped by 38 percent.
Have those advances come at the expense of the American worker? They have certainly led to economic dislocation, but America’s poverty rate has remained relatively steady. When talking about U.S. poverty rates, it is important to keep in mind that extreme poverty in America is vanishingly rare. Instead, our poverty rate is determined by the U.S. Census Bureau « by comparing pre-tax cash income against a threshold that is set at three times the cost of a minimum food diet in 1963, updated annually for inflation using the Consumer Price Index. It’s also adjusted for family size, composition, and age of householder. »
According to both the Nobel Prize-winning economist Angus Deaton and Cato’s Michael Tanner (who relied on U.S. Census Bureau data), the American poverty rate has moved between 15.2 and 11.3 percent over the last four decades. On three occasions (1983, 1993 and 2010) it reached over 15 percent of the population. Those were post-recession peaks that disappeared as soon as the economy recovered.
In fact, America experienced her lowest poverty rate since 1974 in 2000, when openness of the American economy, as measured by the Fraser Institute’s Economic Freedom of the World index, was at its highest. Since then, America’s economy has become less free. Could that be the reason why the American recovery from the Great Recession was so sluggish and why America’s poverty rate has not retreated as fast as it did on previous occasions?
Voir encore:
Le RMI a 20 ans, place au revenu de solidarité active
Pour Lionel Stoleru, l’ancien ministre, fondateur du revenu minimum d’insertion (RMI), revient sur les circonstances dans lesquelles celui-ci a été créé et se réjouit de voir le revenu de solidarité active (RSA) prendre forme.
Lionel Stoleru
Le Figaro
06/06/2008
D’une session de travail de six mois à la Brookings Institution à Washington en 1974, je revins avec une thèse en faveur de l’impôt négatif qui fit l’objet d’un livre Vaincre la pauvreté dans les pays riches. Quinze ans plus tard, en mai 1988, dans la «Lettre à tous les Français», le candidat Mitterrand écrivit que, s’il était élu, il «mettrait en œuvre le revenu minimum proposé par Lionel Stoleru». Effectivement, dès son élection, je fus appelé au gouvernement comme secrétaire d’État au Plan auprès de Michel Rocard, et, en six semaines, le projet de loi créant le RMI fut préparé. Au Parlement, il fut voté événement rare à l’unanimité (moins 3 voix) et, depuis, aucun gouvernement ne l’a jamais remis en cause.
Pour moi, le RMI était le retour de l’État à ses devoirs. Autant je pouvais admirer la charité chrétienne de l’abbé Pierre et la solidarité laïque de Coluche, autant j’étais convaincu que, dans un pays riche, c’est du devoir de l’État qu’aucun citoyen ne meure de froid ni de faim. Tel était l’objet du RMI, ouvert à tous sans condition de statut. En outre, fixé à un niveau évidemment inférieur au smic pour respecter la primauté du travail, le RMI ne coûte presque rien : une goutte d’eau dans l’océan des dépenses sociales, même avec un million de bénéficiaires.
Cela dit, il ne nous avait pas échappé, dès sa création, que le RMI poserait deux problèmes.
Le «I», tout d’abord, ce «I» de «insertion». Mis dans la loi pour rassurer les députés obsédés par le «délit de fainéantise», le dispositif d’insertion n’avait pas les moyens de traiter individuellement tous les RMIstes, ou alors le «I» de l’insertion aurait coûté beaucoup plus cher que le «RM» du revenu minimum. En outre, et surtout, il y avait une sorte de contradiction conceptuelle entre l’idée que tout citoyen a droit de manger et l’obligation d’insertion. Pour quelqu’un qui veut consacrer sa vie à écrire des poèmes ou à peindre des toiles qui ne se vendent pas, et qui se satisfait du RMI, que signifie l’insertion ? Si le RMI avait existé, peut-être que Van Gogh et Verlaine auraient un peu moins souffert !
Le revenu minimum, ensuite. Ma proposition personnelle n’était pas celle-là. C’était celle de l’impôt négatif : plus un citoyen est riche, plus il paie d’impôt positif ; plus un citoyen est pauvre, plus il reçoit d’impôt négatif. Il y a une échelle progressive, sans discontinuité.
Le revenu minimum, lui, n’a pas cette qualité : on le donne à celui qui n’a rien et on l’enlève entièrement à celui qui retrouve un travail et un revenu. Dès qu’il gagne 100 € par son activité, il perd 100 € de son RMI. C’est évidemment fort peu motivant pour aller travailler.
Une nouvelle étape du RMI est donc nécessaire, c’est le RSA, revenu de solidarité active, et c’est le grand mérite de Martin Hirsch, à partir de quelques expériences menées en région, d’avoir su proposer une réforme d’ensemble du système actuel vers un dispositif proche de l’impôt négatif, c’est-à-dire un dispositif où, comme pour tout impôt, on a toujours intérêt à gagner plus, car, comme on dit, «il en reste toujours quelque chose», ce qui n’était pas le cas du RMI.
Mais, voilà le hic, le RSA est coûteux. Jusqu’à présent, on n’accompagne les bénéficiaires que jusqu’au moment où ils gagnent l’équivalent du RMI. Avec le RSA, on les accompagne au-delà du RMI et, compte tenu des besoins des travailleurs pauvres, non seulement jusqu’au smic, mais vraisemblablement un peu au-dessus du smic. Le calcul n’est pas sorcier : si on veut maintenir, par exemple, 50 € d’aide à celui qui gagne 100 € de plus, cela veut dire qu’on l’accompagne jusqu’à ce qu’il gagne deux fois le RMI, ce qui fait plus que le smic.
Or il y a beaucoup de Français qui, à temps partiel ou à temps plein, sont à 20 ou 25 % autour du smic, au-dessus ou au-dessous. Même si le RSA ne donne à chacun qu’un petit complément, cela fait quand même un gros montant total, d’où le débat budgétaire actuel.
Ce qu’on semble oublier dans ce débat, c’est que la totalité du RSA je dis bien la totalité va aux chômeurs ou aux travailleurs pauvres. C’est donc, à partir du RMI, la plus importante action de lutte contre la pauvreté jamais faite en France (et aussi dans l’Union européenne). On pourrait penser que la gauche applaudirait ! Non, elle ne supporte pas que ce soit la droite qui le fasse et encore moins Martin Hirsch au sein de la droite. Puis-je rappeler que, quand nous avons créé le RMI, c’était un gouvernement de gauche, où, moi, je venais de la droite et où, «néanmoins», les députés de droite ont voté pour ? Qu’on se le dise !
Cela dit, à l’unanimité ou à la majorité, le RSA sera voté. Il lui restera alors un dernier obstacle à franchir : la complexité. Moins simple par nature que le RMI, il devra, pour être efficace, être compréhensible et être compris. Contrairement à la prime pour l’emploi dont aucun bénéficiaire n’a jamais compris ni pourquoi, ni comment, ni quand il la touche, il faut que le salarié «s’approprie» le RSA en sachant à quels avantages il a droit et ce qu’il en garde chaque fois qu’il parvient à augmenter son revenu. C’est alors, et seulement alors, qu’il saura se bâtir un projet de réinsertion dans la société. Le «I» du RMI était passif, le «A» du RSA est actif, voilà ce qui fait toute la différence.
Un écrivain désabusé disait : «Je ne laisserai personne dire que 20 ans, c’est le plus bel âge de la vie». Pour le RMI, ce sera le plus bel âge si, adulte, il devient le RSA.
Voir de même:
Après « Fractures françaises » et la « France périphérique », le géographe Christophe Guilluy dénonce dans « Le crépuscule de la France d’en haut » (Flammarion) la nouvelle bourgeoisie des métropoles, qui en oublie jusqu’à l’existence d’une France d’en bas, la laissée pour compte de la mondialisation.
Le Télégramme
Elle se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu. Que voulez-vous dire par brouillage de classe ?
Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés. La mixité sociale, le vivre ensemble c’est donc pour vous un mythe ?
Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où. On assiste donc à une recomposition des territoires ?
Oui. Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe. Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne était-il une réaction à ce modèle ?
Complètement. Ce qui m’a frappé, c’est que ce mouvement est parti de petites villes, de zones rurales et non pas de Rennes, Brest ou Nantes. Pourquoi ça part de là ? Parce ce que vous avez là des gens qui sont dans une fragilité sociale extrême. Quand ils ont du travail, ils ont peur de le perdre car il y a très peu de création d’activité. Le problème, c’est que tous les spécialistes des territoires pensent toujours à partir de la métropole.
Vous êtes très critique sur la métropolisation. On dit pourtant qu’elle va profiter à tous les territoires ?
C’est vrai que l’on nous parle toujours de la métropolisation comme d’un système très ouvert. On dit que par « ruissellement », les autres territoires vont en profiter. C’est tout l’argumentaire depuis 20 ans mais il faut bien constater qu’il n’y a pas de créations d’emplois sur ces territoires de la France périphérique. Certes, il y a de la redistribution à travers notamment les dotations mais ce n’est pas ça qui fait société. Les gens n’ont pas envie de tendre la main et attendre un revenu social. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la thématique du revenu universel est aussi bien portée par des libéraux de droite que de gauche. Il y a derrière l’idée que les gens ne retrouveront jamais du boulot.
Mais n’est-ce pas plutôt le modèle économique qui ne fonctionne pas bien ?
On ne peut pas dire que le modèle économique ne marche pas. Il crée même beaucoup de richesses mais il ne fait plus société, il n’intègre pas le plus grand nombre. On est dans un temps particulier aujourd’hui, qui est le temps de la sortie de la classe moyenne. Les ouvriers et les employés, qui étaient le socle de la classe moyenne, sont pourtant majoritaires. Quand vous ajoutez villes moyennes, petites villes et zones rurales, vous arrivez à 60 % de la population. Il y a certes beaucoup de retraités sur ces territoires mais aussi plein de jeunes de milieux populaires qui sont bloqués, qui n’ont pas accès à la grande ville. Pendant un moment, la création d’emplois de fonctionnaires territoriaux a pu compenser ce phénomène mais aujourd’hui c’est fini.
Comment cela peut-il se traduire politiquement ?
On le voit déjà. Trump aux États-Unis, c’est le vote de cette classe moyenne qui est en train de disparaître. Le Brexit, c’est exactement la Grande-Bretagne périphérique des petites villes et des zones rurales où vous avez l’ancienne classe ouvrière, qui paie l’adaptation au modèle économique mondialisé. Tout ça est très rationnel. On analyse toujours ces votes comme un peu irrationnels, protestataires. Il y a de la colère mais il y a surtout un diagnostic. On oublie toujours de dire que les gens des milieux populaires ont joué le jeu de la mondialisation et de l’adaptation mais pour rien. À la fin ils ont toujours de petits salaires avec des perspectives pour leurs enfants qui se réduisent. C’est ça qui se joue électoralement. On a des partis politiques qui ont été inventés pour représenter la classe moyenne qui n’existe plus aujourd’hui. Et le Front national n’a pas grand-chose à faire pour ramasser la mise. Il n’a même pas besoin de faire campagne.
Les politiques ne voient-ils pas ce qui se passe ou ne veulent-ils pas le voir ?
Je fais vraiment un distinguo entre les élus d’en bas et ceux d’en haut. Les élus d’en bas comprennent très bien ce qui se passe. Ils connaissent leurs territoires. Mais il y a une classe politique d’en haut qui est complètement hors-sol. Le clivage est vraiment à l’intérieur des partis.
Voir de plus:
Lexington
The American Dream, RIP?
An economist asks provocative questions about the future of social mobility
The Economist
Sep 21st 2013
COULD America survive the end of the American Dream? The idea is unthinkable, say political leaders of right and left. Yet it is predicted in “Average is Over”, a bracing new book by Tyler Cowen, an economist. Mr Cowen is no stranger to controversy. In 2011 he galvanised Washington with “The Great Stagnation”, in which he argued that America has used up the low-hanging fruit of free land, abundant labour and new technologies. His new book suggests that the disruptive effects of automation and ever-cheaper computer power have only just begun to be felt.
It describes a future largely stripped of middling jobs and broad prosperity. An elite 10-15% of Americans will have the brains and self-discipline to master tomorrow’s technology and extract profit from it, he speculates. They will enjoy great wealth and stimulating lives. Others will endure stagnant or even falling wages, as employers measure their output with “oppressive precision”. Some will thrive as service-providers to the rich. A few will claw their way into the elite (cheap online education will be a great leveller), bolstering the idea of a “hyper-meritocracy” at work: this “will make it easier to ignore those left behind”.
Mr Cowen’s vision is neither warm nor fuzzy. In his future, mistakes and even mediocrity will be hard to hide: eg, an ever-expanding array of ratings will expose so-so doctors and also patients who do not take their medicines or otherwise spell trouble. Young men will struggle in a labour market that rewards conscientiousness over muscle. With incomes squeezed, many Americans will head to the sort of cheap, sun-baked sprawling exurbs that give the farmers’-market-and-bike-lanes set heartburn. Many will accept rotten public services in exchange for low taxes. This may sound a bit grim, but it reflects real-world trends: 60% of employers already check the credit ratings of job candidates; young male unemployment is high and migrants have been flooding to low-tax, low-service Texas for years.
The left is sure that inequality is a recipe for riots. Mr Cowen doubts it. The have-nots will be too engrossed in video games to light real petrol bombs. An ageing population will be rather conservative, he thinks. There will be lots of Tea-Party sorts among the economically left-behind. Aid for the poor will be slashed but benefits for the old preserved. He does not fear protectionism, as most jobs that can be sent overseas have already gone. He notes that the late 1960s, when society was in turmoil, was a golden age of income equality, while some highly unequal moments in history, including in medieval times, were rather stable.
Even if only a fraction of Mr Cowen’s vision comes to pass, he is too sanguine about the politics of polarisation. Inter-generational tensions fuelled 1960s unrest and would be back with a vengeance, this time in the form of economic competition for scarce resources. The Middle Ages were stable partly because peasants could not vote; an unhappy modern electorate, by contrast, would be prey to demagogues peddling simple solutions, from xenophobia to soak-the-rich taxes, or harsh, self-defeating crime policies. Yet Mr Cowen’s main point is plausible: gigantic shifts are under way, and they may be unstoppable.
Politicians are skittish about admitting this. Barack Obama calls America’s wealth gap “our great unfinished business”, describing a crisis of inequality decades in the making. Think of technology, he tells audiences, and how it has thinned the ranks of travel agents, bank clerks and other middle-class gateway jobs. At the same time, global competition has reduced workers’ bargaining power. People have “lost trust in the capacity of government to help them”, he sorrows. But then Mr Obama implies that political villainy is the real culprit. He accuses entrenched interests of working for years to spread a “great untruth”: that government intervention is either harmful or a plot to grab tax dollars from the squeezed middle and shower them on the undeserving poor. Politics risks becoming a “zero-sum game where a few do very well while struggling families of every race fight over a shrinking economic pie.”
Republicans are just as partisan. Senator Marco Rubio of Florida, a son of Cuban immigrants, likes to say that had he not been born in post-war America in an era of high social mobility, he would probably be a very opinionated bartender. At a “Defending the American Dream Summit” on August 30th he accused Mr Obama of smothering economic opportunity with a big-government nightmare of debts, “class-warfare” taxes, innovation-smothering regulation and over-generous welfare. While most are working harder than ever and barely keeping up, Mr Rubio growls, “some people” shun work because they can make almost as much from government benefits. In short, both sides never tire of explaining how the other is destroying the American Dream. Alas, neither can explain, convincingly, how to revive it.
What, Tyler, no revolt?
Asked about the limits of his power, Mr Obama mutters about “pushing back against the trends” squeezing middle America, rather than resolving them entirely. That, he argues, is better than the Republican right, who “want to accelerate” such trends.
For their part Republican leaders offer long-cherished shrink-the-government schemes, rebranded as plans to save the American Dream. They say that tax cuts and deregulation would trigger a private-sector investment boom. In truth, the links between investment and government policy are rarely so neat, and even such a boom might do little for middle-class wage stagnation.
Many voters remember a time when hard work was reliably rewarded with economic security. This was not really true in the 1950s and 60s if you were black or female, but the question still remains: what if Mr Cowen is right? What if the bottom 85% today are mostly doomed to stay there? In a country founded on hope, that would require something like a new social contract. Politicians cannot duck Mr Cowen’s conundrum for ever.
Voir de plus:
L’Amérique confrontée à la polarisation des emplois
Simon Johnson
WASHINGTON, DC – L’un des problèmes majeurs de l’Amérique d’aujourd’hui – confirmé par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle de début novembre – réside dans ce sentiment d’impuissance et d’insécurité que de nombreux Américains éprouvent face à la polarisation des emplois, laquelle résulte de la mondialisation et de l’avènement des nouvelles technologies. À l’heure où les plus diplômés accèdent au sommet de la pyramide de répartition des revenus et s’en sortent mieux que jamais, ceux qui n’ont pas suivi d’études au-delà du lycée sont confrontés au déclin de leurs revenus, de leur niveau de vie, et à l’assombrissement des perspectives qui sont les leurs et celles de leurs enfants. En effet, la classe moyenne américaine est aujourd’hui profondément affectée.
Si Trump l’a emporté, c’est en grande partie parce qu’il a su persuader les électeurs de Pennsylvanie, du Michigan, du Wisconsin, et d’ailleurs, que ses mesures politiques produiraient de meilleurs résultats au sein des communautés confrontées à la déliquescence du secteur manufacturier. En réalité, il faut s’attendre à ce que son administration, soutenue par les majorités républicaines des deux chambres du Congrès américain, ne parvienne qu’à aggraver la situation des Américains les plus éprouvés.
Le problème de fond réside en ce que les nouvelles technologies, au premier rang desquelles les technologies de l’information, ont véritablement transformé la nature du travail. Comme l’expliquent David Autor et David Dorn, de nombreux emplois moyennement qualifiés, moyennement rémunérés, et bénéficiant à la classe moyenne, ont aujourd’hui disparu. Les emplois nouvellement apparus sont désormais généreusement rémunérés pour les plus diplômés, et très faiblement rétribués pour ceux qui n’ont étudié que jusqu’au lycée. L’un des symptômes majeurs de cette évolution, parmi tant d’autres, réside dans la disparition des métiers d’usine correctement rémunérés. Le secteur manufacturier a perdu plus de deux millions d’emplois entre 2004 et 2014, et ne représente aujourd’hui qu’un peu plus de 8 % de l’emploi total – poursuivant sa longue descente observée depuis les années 1950.
Cette tendance associée aux technologies se trouve par ailleurs accentuée par la baisse des coûts liés aux transports et à la communication, qui rend plus abordable la possibilité de transporter des marchandises sur de longues distances. Le développement de réseaux de fournisseurs complexes facilite la délocalisation d’activités manufacturières en direction de pays au sein desquels les salaires sont moins élevés. Nombre de sociétés américaines ont fait de cette démarche l’une des principales composantes de leur stratégie d’entreprise, avec pour conséquence le déclin du secteur manufacturier américain, qui va de pair avec un déclin de la syndicalisation. Lorsqu’un salarié perd un emploi syndiqué à salaire et à avantages relativement élevés, il est bien souvent remplacé par un salarié moins bien payé, qui ne bénéficiera pas du même niveau d’avantages.
Si la crise financière de 2008 a exacerbé les inégalités de revenus et la précarité économique, c’est notamment parce qu’elle a accéléré la disparition des emplois manufacturiers. Les arguments selon lesquels il s’avérait nécessaire, voire « optimal », de concentrer les aides financières publiques sur les banques et leurs dirigeants sont en réalité peu convaincants (du moins ailleurs qu’à Wall Street). Certes, les Américains les plus fortunés ont subi une perte considérable de richesse lorsque les prix des actifs se sont effondrés. Pour autant, ils ont depuis bénéficié d’une reprise solide du prix de leurs actions et de leurs biens immobiliers haut de gamme.
Dans un tel contexte, étant donné l’inquiétude qui régnait parmi de si nombreux Américains concernant leurs perspectives économiques, les efforts fournis par l’administration du président Barack Obama en direction du Partenariat transpacifique (TPP) n’ont clairement pas entendu la voix du peuple américain. Le gouvernement a fait valoir que le TPP permettrait la création d’un certain nombre d’emplois décents, et que ceux qui perdraient leur emploi en raison cet accord percevraient une « compensation ». Or, cette prétendue compensation se révèle systématiquement minime, considérée par beaucoup comme insignifiante. Ceci explique pourquoi Trump est parvenu à mobiliser d’importantes majorités au sein de si nombreux bastions ouvriers auparavant favorables à Obama.
Malheureusement, demain s’annonce encore plus difficile qu’aujourd’hui pour ces électeurs. Grâce à un contrôle sur la présidence et le Congrès, il faut s’attendre à ce que les républicains entreprennent trois démarches économiques majeures. La réduction de l’imposition des ménages et des entreprises favorisera principalement les Américains les plus fortunés. L’abrogation de la réforme de santé élaborée par Obama risque d’impacter sévèrement de nombreux Américains à faibles revenus, puisqu’ils ne pourront plus accéder à une couverture maladie abordable. Enfin, la déréglementation financière favorisera essentiellement les grandes banques internationales, encouragera la prise de risques, et pourrait bien poser les base d’une nouvelle crise à grande échelle. De même, les mesures commerciales agressives qu’envisage Donald Trump risquent d’aggraver la situation de l’emploi.
Dans le même temps, l’impact de toute relance efficace pour l’économie ne pourra être que très limité. Surchauffer l’économie – en engendrant au passage une plus forte inflation et des taux d’intérêts plus élevés – se révèle rarement bénéfique pour les individus les moins fortunés (songez aux années 1970).
L’une des promesses les plus substantielles de Trump consiste à rapatrier aux États-Unis les emplois de la classe moyenne, notamment dans le secteur manufacturier. Or, aucune composante de ses politiques, ou plus largement du programme des républicains, ne vient appréhender cette problématique sous-jacente que constitue le changement technologique. Autre perspective inquiétante, la prochaine vague technologique, qui verra par exemple se développer les véhicules sans conducteur, promet d’impacter considérablement les revenus et les opportunités de tous ceux qui aujourd’hui vivent de la livraison de marchandises ou du transport de passagers au moyen d’un véhicule.
Par ailleurs, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et de la robotique signifient que même si la production manufacturière américaine se stabilise, voire se redynamise, elle ne renouera jamais plus avec le volume d’emplois moyennement qualifiés observé autrefois. De même, cette automatisation annonce une diminution du nombre d’emplois actuellement bien rémunérés dans le secteur des services.
Dans la mesure où les technologies conduisent au déplacement des travailleurs, les mesures protectionnistes de type dénonciation d’accords commerciaux et imposition de tarifs douaniers sur les produits chinois et mexicains ne permettront pas de rapatrier des emplois manufacturiers à rémunération élevée. Or, Donald Trump n’a pas prévu de plan B, ce qui signifie que cette polarisation américaine qui a conduit Donald Trump au pouvoir ne pourra qu’aller en s’aggravant.
Traduit de l’anglais par Martin Morel
Voir enfin:
HOLLAND, Mich. — While much of the American political class has been consumed with recriminations over the wrenching loss of manufacturing jobs, Chuck Reid has been quietly adding them.
His company, First Class Seating, makes recliner seats for movie theaters here at a factory on the shores of Lake Michigan. Since he bought the business three years ago, its work force has grown to 40 from 15.
But those jobs will be in jeopardy if President-elect Donald J. Trump follows through on his combative promises to punish countries he deems guilty of unfair trade.
Mr. Trump secured the White House in part by vowing to bring manufacturing jobs back to American shores. The president-elect has fixed on China as a symbol of nefarious trade practices while threatening to slap 45 percent punitive tariffs on Chinese imports.
But many existing American manufacturing jobs depend heavily on access to a broad array of goods drawn from a global supply chain — fabrics, chemicals, electronics and other parts. Many of them come from China. At Mr. Reid’s factory, imports account for roughly two-thirds of the cost of making a recliner chair.
In short, Mr. Trump’s signature trade promise, one ostensibly aimed at protecting American jobs, may well deliver the reverse: It risks making successful American manufacturers more vulnerable by raising their costs. It would unleash havoc on the global supply chain, prompting some multinationals to leave the United States and shift manufacturing to countries where they can be assured of buying components at the lowest prices.
“If you do this tomorrow, you would have a lot of disruption,” said Susan Helper, an economist at the Weatherhead School of Management at Case Western Reserve University in Cleveland. “The stuff that China now makes and the way they make it, it’s not trivial to replicate that.”
Mr. Reid takes pride in using American products. His designers here in Michigan dreamed up his sleek recliner. Local hands construct the frames using American-made steel, then affix molded foam from a factory in nearby Grand Rapids. They staple upholstery to hunks of wood harvested by timber operations in Wisconsin. They do all this inside a former heating and cooling equipment factory that shut down a decade ago when the work shifted to Mexico.
But the fabric for Mr. Reid’s seats arrives from China. So do the electronics in the “magic box” that enables moviegoers to control the recliner. Ditto, the plastic cup holders and the bolts and screws that hold the parts together. The motor is the work of a German company that makes it in Hungary, almost certainly using electronics from China.
Mr. Reid estimates that a 45 percent tariff on Chinese wares would raise the costs of making a recliner here by 20 percent.
Tariffs would give his factory an edge against American competitors that import even more from China. But his company would be vulnerable to competitors in Mexico, Colombia and Australia. They would be free to draw on China’s supply chain and sell their wares into the American market unhindered.
“Our chair would be priced out of the market,” Mr. Reid said. “If it impacts our sales, that puts jobs at risk.”
Trade experts dismiss Mr. Trump’s threat of tariffs as campaign bluster that will soon give way to pragmatic concerns about growth and employment. Between 1998 and 2006, the imported share of components folded into American manufacturing rose to 34 percent from 24 percent, according to one widely cited study.
International law also limits the scope of what the Trump administration can do. Under the rules of the World Trade Organization, the United States cannot willy-nilly apply tariffs. It must develop cases industry by industry, proving that China is damaging American rivals through unfair practices.
Talk of across-the-board tariffs is “pure theater,” said Marc L. Busch, an expert on international trade policy at Georgetown University in Washington. “It’s impossible to do. It violates the rule of law.”
But Mr. Trump has suggested taking the extraordinary step of abandoning the W.T.O. to gain authority to dictate terms. His successful strong-arming of Carrier, the air-conditioner company, which agreed to keep 1,000 jobs at a plant in Indiana rather than move them to Mexico, attests to his priorities in delivering on his trade promises.
The people advising Mr. Trump on trade have records of advocating a pugnacious response to what they portray as Chinese predations.
There is Dan DiMicco, the former chief executive of the American steel giant Nucor, who has long advocated punitive tariffs on Chinese goods. There is Peter Navarro, a senior policy adviser and co-author of a book titled “Death by China: Confronting the Dragon — A Global Call to Action.”
In an email on Friday, Mr. Navarro, the Trump transition team’s economic adviser, said that imposing steep tariffs on China was an essential step to begin to address the American trade deficit with China, which reached $365 billion last year. He blamed Chinese trade practices for “destroying entire industries, hollowing out entire communities” and “putting millions out of work.”
But Mr. Navarro also cast the threat of tariffs as an opening gambit in a refashioning of trade positions.
“Tariffs are not an end game but merely one of several negotiating tools to bring our trade back into balance,” he said, adding that Mr. Trump’s administration would do so “in a measured way.”
Mr. Navarro’s co-author, Greg Autry, a professor at the University of Southern California, said he assumed the Trump camp was dead serious about its threats to impose tariffs on China. The goal is to force manufacturers to come back to the United States as a condition of selling into the American market.
A full-on trade war between the world’s two largest economies would cost American jobs in the immediate term, Mr. Autry said, but eventually millions of new ones would be created as the United States again hummed with factory work.
“We moved our supply chain to Asia in about two decades,” he said. “You certainly can do it in the U.S. a whole lot faster. It’s going to take a few years, but it’s going to be a much better America.
Even if factory work does return to the United States, though, that is unlikely to translate into many paychecks. As automation spreads, robots are primed to secure most of the jobs.
At Mr. Reid’s factory, talk of a bountiful future through trade barriers resonates as dangerous nonsense. Mr. Reid has a business to run in the here and now. His customers are waiting for product. He must be able to tap the supply chain.
“You can’t just turn your ship around and bring that stuff back,” he said.
In threatening tariffs, Mr. Trump is wielding a blunt instrument whose impacts are increasingly easy to evade by sophisticated businesses with operations across multiple borders. The geography of global trade is perpetually being redrawn.
In China, factory owners, casting a wary eye on Mr. Trump, are accelerating their exploration of alternative locales with lower-wage workers across Southeast Asia and even as far away as Africa.
In Vietnam, entrepreneurs are preparing for a potential surge of incoming investment from China should Mr. Trump take action.
In Europe, factories that sell manufacturing equipment to China are watching to see if Mr. Trump will unleash trade hostilities that will damage global growth.
“Money and goods will always find their way, regardless of what barriers you put up,” said Ernesto Maurer, chairman of SSM, a Swiss maker of textile machinery that operates a factory in China. “You just make it more difficult and more expensive.”
The China Supply
In the southern Chinese city of Guangzhou, Jiang Jiacheng exudes confidence that China will continue to serve as the factory floor for the world — with tariffs or otherwise.
His company, the Guangzhou Shuqee Digital Tech Company, makes movie chairs, exporting about 20 percent of its wares to the United States. It is an exemplar both of China’s manufacturing prowess and of the conditions that make it a competitive threat.
Mr. Jiang pays his factory workers $290 a month. They work six days a week. Lax environmental rules allow him to dispose of pollutants cheaply.
The total cost of making one of his best-selling products, a cloth-lined movie chair, runs $72. He sells it for $116 to wholesalers who export to the United States.
Back in September, Mr. Jiang gathered with other Chinese movie chair manufacturers to discuss the alarming statements coming from Mr. Trump. The consensus view was not to worry.
“Once he takes up the post, he will certainly return things to the normal state,” Mr. Jiang said.
Still, he has a backup plan. Even before President Trump entered the lexicon, Mr. Jiang was exploring a transfer of some of his work to lower-cost places like Vietnam.
His company would not be the first to make the journey.
A dozen years ago, the United States Commerce Department accused China of dumping wooden bedroom furniture at below cost. It imposed protective tariffs.
For Lawrence M. D. Yen, who had a furniture factory in southern China, that was the impetus to move to Vietnam. Labor costs were cheaper.
Today, Mr. Yen’s company, Woodworth Wooden Industries, operates a factory in Cu Chi, on the outskirts of Ho Chi Minh City, a district best known for the elaborate tunnels used by Vietcong guerrillas in their battles against American forces.
This former hive of combat is now the workplace for 5,000 people making sofa beds, recliner chairs and bedroom furniture. Three-fourths of the products are destined for the United States, including Las Vegas casino resorts like Mandalay Bay and the MGM Grand.
Woodworth’s plant churns out more than 10,000 three-seater sofas each month. This year, the company opened a second Vietnam factory.
Arithmetic gives Mr. Yen confidence that Mr. Trump’s talk will be muted by the realities of the marketplace. Brands that deliver factory-made goods to American retailers have leaned heavily on Asian suppliers to secure low prices.
In pledging to bring manufacturing back, Mr. Trump is effectively pitting the interests of a relatively small group of people — those who work in factories — against hundreds of millions of consumers.
“The retail industry now employs an awful lot more people than apparel industries ever did,” said Pietra Rivoli, a trade expert at Georgetown.
Seven years ago, the Obama administration accused China of unfairly subsidizing tires. It imposed tariffs reaching 35 percent. A subsequent analysis by the Peterson Institute for International Economics, a nonpartisan think tank, calculated the effect: Some 1,200 American tire-making jobs were preserved, but American consumers paid $1.1 billion extra for tires. That prompted households to cut spending at retailers, resulting in more than 2,500 net jobs lost.
The TAL Group claims to make one of every six dress shirts sold in the United States. It produces finished goods for Brooks Brothers, Banana Republic and J. Crew, operating 11 factories worldwide. If Mr. Trump places tariffs on China, the company will accelerate its shift to Vietnam, said TAL’s chief executive, Roger Lee.
If that trade is disrupted, the work would flow to other low-cost countries like Bangladesh, India and Indonesia. Mr. Lee can envision no situation in which the physically taxing, monotonous work of making garments will go to the United States.
“Where are you going to find the work force in the U.S. that is willing to work at factories?” Mr. Lee said.
Supplying the Suppliers
Horgen, a Swiss village on the shores of Lake Zurich, seems far removed from the gritty industrial zones of Asia. With its gingerbread homes and mountain views, it looks more like a resort.
But Horgen is home to SSM, a company that has become an important supplier to Asia. Its machines turn polyester and other synthetic fibers into custom-designed threads. If the rise of textiles in Asia has been a gold rush, this Swiss company has been among those cashing in by making the picks and shovels.
Workers at the factory earn roughly 6,000 Swiss francs ($5,940) a month — some 10 times what SSM pays its workers at its Chinese factory. It makes its most sophisticated components in Switzerland and at another plant in Italy. It uses China for lower-grade machines.
The company sells virtually all of its products abroad, chiefly in Asia. It buys metal parts from the Czech Republic and Poland, electronic components from Malaysia, and electric motors from an American company that makes them at a factory in India. Another American company supplies software.
If the United States were to impose trade barriers on China, that might slow Chinese demand for Swiss-made textile machinery. That would potentially reduce Swiss purchases of American goods and services.
But Mr. Maurer struggles to see how this would create any jobs in the United States. The American textile industry is small and increasingly dominated by robots. The rest of the world holds billions of hands willing to work cheaply.
“Someone else will pick up the business,” Mr. Maurer said. “These markets are very fast.”
But the textile and apparel trades are relatively simple businesses. If the cost of making trousers becomes less appealing in China, a room full of sewing machines in Cambodia can quickly be filled with low-wage seamstresses.
Industries involving precision machinery are not so easily reassembled somewhere else. An abrupt change to the economics would devastate factories that could not quickly line up alternative suppliers.
American automakers are especially dependent on the global supply chain. Between 2000 and 2011, the percentage of imported components that went into exported American-made vehicles grew to 35 percent, from 24 percent, according to the Organization for Economic Cooperation and Development.
At EBW Electronics in Holland, Mich., workers in lab coats tend boxy soldering machines as they make circuitry for LED lights that go into cars. It buys tiny parts and slots them into circuit boards, which are sold to major automakers. Some 80 percent of the components are imported from China.
Even that number fails to capture the degree to which the company — and its 240 workers — depend on unfettered trade.
Pat LeBlanc, the chairman, pointed to a nib of metal on a circuit board. The silicon was extracted at a plant in Minnesota, then processed into a thin wafer at another factory in Massachusetts. The wafer was shipped to China for testing, cut into pieces at another Chinese factory, and then delivered to the Philippines for a chemical process. Then it went back to China to be put onto a reel that can be inserted into soldering machines here in Michigan.
“It literally is a global supply chain,” Mr. LeBlanc said.
Mr. Reid, the owner of the theater seating company, could not imagine having to buy everything from American suppliers.
Buying upholstery domestically would raise his fabric costs as much as 40 percent.
“All the componentry, all the cords, it all comes from China,” he said. “I don’t know that you could ever get all of that made in the United States. Some of these industries have just been abandoned.”
He wandered into the paint shop, where a worker was spraying chair backs. He picked up a can of paint and read the label: “Made in the U.S.A., with Global Materials.”
Voir par ailleurs:
En application d’une décision européenne, le ministère français de l’Economie a demandé aux distributeurs d’ajouter « colonie israélienne » sur les produits en provenance des colonies de Cisjordanie et du Golan.
L’Express/AFP
Le boycott des produits des colonies alimente le courroux israélien envers Paris. La France a demandé aux distributeurs d’appliquer une décision de l’UE sur un étiquetage différencié des produits en provenance des territoires occupés par Israël, et l’Etat hébreu l’accuse de favoriser les boycotts anti-israéliens.
« Il est nécessaire d’ajouter l’expression ‘colonie israélienne' »
Le ministère français de l’Economie a avisé, jeudi, les opérateurs économiques qu’ils devaient ajouter « colonie israélienne » ou une mention équivalente sur les produits alimentaires fabriqués dans les colonies de Cisjordanie et du plateau du Golan occupés par Israël depuis 1967, selon Légifrance. Une étiquette disant seulement « produit originaire du plateau du Golan » ou de Cisjordanie « n’est pas acceptable », indique le document. « Il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, l’expression ‘colonie israélienne’ ou des termes équivalents »..
Le ministère français est l’un des tout premiers, sinon le premier, à mettre en oeuvre les consignes passées en novembre 2015 par l’Union européenne.
La Commission européenne avait alors approuvé l’application de l’étiquetage qui impose à tous les pays membres d’étiqueter les marchandises venues des colonies. Pour l’UE, comme la communauté internationale, elles ne font pas partie du territoire israélien, puisque « la colonisation est illégale au regard du droit international », comme le note le Quai d’Orsay qui précise que « L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. »
Au moment de l’annonce de la décision européenne, déjà, la mesure, qui concerne principalement des produits alimentaires (fruits, légumes, vins) et cosmétiques, avait provoqué la fureur du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu.
« Deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël »
Jeudi, le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi dans un communiqué: « le gouvernement israélien condamne la décision » française. Le ministère juge encore « incompréhensible et même inquiétant que la France ait décidé de pratiquer deux poids, deux mesures aux dépens d’Israël » alors qu’il y a 200 querelles territoriales dans le monde.
Voir enfin:
Israël / Palestine : 9 clés pour comprendre la position de la France
1. La France est l’amie d’Israël et de la Palestine.
La France partage avec Israël des liens historiques, culturels et humains forts. La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. Depuis 65 ans, elle défend le droit d’Israël à exister, à vivre en sécurité et sa pleine appartenance à la communauté des nations souveraines. La relation bilatérale franco-israélienne se nourrit également de la présence en Israël d’une importante communauté française et francophone et en France de la première communauté juive d’Europe.
La France plaide de longue date en faveur de la création d’un État palestinien. Le 22 novembre 1974, la France a voté en faveur de la reconnaissance de l’OLP au sein de l’ONU en tant que membre observateur, réaffirmant les droits inaliénables du peuple palestinien. François Mitterrand a été le premier président français à exprimer devant la Knesset, en 1982, l’objectif de création d’un Etat palestinien. En 2010, la France a rehaussé le statut de la Délégation générale de Palestine en France, devenue la Mission de Palestine, avec à sa tête un Ambassadeur. Elle a voté en faveur du statut d’État observateur non-membre de la Palestine aux Nations Unies en novembre 2012, et en faveur de l’érection du drapeau palestinien à l’ONU en septembre 2015.
2. La France condamne sans réserve les actes terroristes qui visent à saboter les espoirs de paix.
La France condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence et de terrorisme et appelle toutes les parties à combattre toutes les formes d’incitation à la haine. Aux côtés de ses partenaires européens, elle a engagé à plusieurs reprises l’ensemble des parties à s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver la situation, que ce soit par incitation ou par provocation, et leur a demandé de condamner tout attentat qui serait perpétré et de respecter rigoureusement les principes de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la force.
Elle est indéfectiblement attachée à la sécurité d’Israël, c’est un principe cardinal de sa politique dans la région. C’est pourquoi elle appelle le Hamas, avec lequel elle n’entretient aucun contact et qui figure sur la liste européenne des organisations terroristes, à respecter les conditions posées par le Quartet : renonciation à la violence, reconnaissance du droit d’Israël à exister, reconnaissance des accords signés entre Israël et l’OLP.
La France a également appelé Israël au plein respect du droit international humanitaire et à faire preuve d’un « usage proportionné de la force », notamment lors de la guerre à Gaza de l’été 2014, qui a fait plus de 2 100 victimes.
3. La France condamne la colonisation, illégale en droit international.
L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux Etats et constitue un obstacle à une paix juste et durable. Entre 2002 et 2014, le nombre d’habitants dans les colonies israéliennes a augmenté en moyenne de 14 600 personnes par an. Entre 2004 et 2014, on a recensé en moyenne plus de nouvelles 2300 mises en chantier par an dans les colonies. Aujourd’hui, ce sont plus de 570 000 colons qui vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Des mesures concrètes ont été prises au niveau européen face à l’accélération de la colonisation. Les lignes directrices de l’UE adoptées en juillet 2013 excluent de tout financement européen depuis le 1er janvier 2014 les entités israéliennes actives dans les colonies. De nombreux Etats-membres, dont la France, ont publié des recommandations mettant en garde contre les risques financiers, juridiques et de réputation liés à la poursuite d’activités dans les colonies. L’Union européenne a également adopté, en novembre 2015, une notice interprétative sur l’étiquetage des produits des colonies, afin d’informer les consommateurs européens de la provenance des produits importés.
Quelle solution la France défend-elle ?
4. La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.
La solution de deux Etats est la seule à même de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens à la sécurité, a l’indépendance, à la reconnaissance et à la dignité. Dans cette perspective, la France a défini, avec ses partenaires européens, les paramètres qui doivent présider à une résolution du conflit :
- des frontières basées sur les lignes de 1967 avec des échanges agréés de territoires équivalents ;
- des arrangements de sécurité préservant la souveraineté de l’Etat palestinien et garantissant la sécurité d’Israël ;
- une solution juste, équitable et agréée au problème des réfugiés ;
- un arrangement faisant de Jérusalem la capitale des deux Etats.
5. La France considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux Etats, Israël et le futur Etat de Palestine.
Depuis 1967 et la conquête de la partie orientale de la ville par Israël lors de la guerre des six jours, Jérusalem est entièrement contrôlée par Israël. Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et en vertu de la légalité internationale, la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. La France appelle à l’apaisement des tensions et en particulier au respect du statu quo sur les Lieux Saints. Toute remise en cause de ce statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants.
Quelle est l’action de la France ?
6. La France plaide en faveur d’une mobilisation urgente et renouvelée de la communauté internationale.
Prenant acte de l’impasse actuelle du processus de paix, la France appelle à une mobilisation active de la communauté internationale afin de préserver la solution des deux Etats et de relancer une nouvelle dynamique de paix. Les acteurs internationaux, en particulier le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations Unies), les membres permanents du Conseil de sécurité et les partenaires européens et régionaux, ont un rôle à jouer pour rétablir un horizon politique.
7. La France a lancé une initiative pour relancer le processus de paix.
La France a lancé une initiative en deux temps. Une réunion ministérielle a tout d’abord eu lieu à Paris le 3 juin, sans les Israéliens et les Palestiniens, pour réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux Etats. Les principaux acteurs internationaux ainsi réunis se sont montrés prêts à s’engager pour créer un cadre et des incitations, afin de permettre la reprise de négociations crédibles. Une conférence internationale, à laquelle les parties seront invitées, sera organisée au second semestre 2016 à cette fin.
8. La France apporte son soutien à l’Autorité palestinienne et à Mahmoud Abbas qui défend le camp de la paix.
La France contribue activement au développement économique palestinien et à la consolidation des institutions du futur Etat palestinien. Elle consacre des sommes considérables (près de 400 M€ sur la période 2008-2014, et 40 M€ en 2015) à l’aide à la Palestine, dont environ un tiers en faveur de Gaza. La Palestine demeure le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française.
9. La France encourage la réconciliation inter-palestinienne.
Elle le fait en vue, notamment, de favoriser le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, qui fera partie intégrante de l’Etat palestinien. Elle soutient le gouvernement d’entente nationale, sous l’autorité de Mahmoud Abbas, qui n’inclut aucun ministre du Hamas (placé par l’UE en 2003 sur la liste des organisations terroristes), et respecte les trois critères fixés par le Quartet : reconnaissance d’Israël, refus de la violence et acceptation des accords passés.