Quelle est l’alternative (en Syrie)? L’alternative est-elle d’ajouter encore des milliers de morts aux 450.000 personnes qui ont déjà été tuées. Qu’Alep soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent partout indistinctement dans les jours à venir pendant que nous regardons cela impuissant? L’alternative, c’est essayer d’obtenir tout de même quelque chose puisque l’Amérique ne veut pas intervenir avec ses troupes. Or, l’Amérique a pris la décision de ne pas intervenir militairement en Syrie. Le Président a pris cette décision. John Kerry
Bachar el Assad ne mériterait pas d’être sur la terre. Laurent Fabius
Al Nosra fait du bon boulot. Laurent Fabius
La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes. Jean-Marc Ayrault
La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. Jean-Marc Ayrault
Si le choix est entre Bachar et DAECH, il n’y a pas de choix.
Le régime syrien a confirmé avec une brutalité inouïe son objectif. Objectif qui n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme, l’objectif c’est la capitulation d’Alep. Nous avons tous en mémoire Guernica, Srebrenica, Grozny. Ce qui se déroule à Alep est la répétition de cette tragédie.
A propos de la situation humanitaire autour d’Alep. Pensez-vous que nous avons oublié comment les forces aériennes des États-Unis ont bombardé un hôpital en Afghanistan, au cours duquel ont péri des collaborateurs de l’organisation Médecins sans frontières? Ou bombardé des fêtes de mariages où jusqu’à 100 personnes ont péri en Afghanistan, puis maintenant au Yémen ce qui vient de se passer, lorsque, avec une seule bombe, 170 personnes ont été tuées, 500 blessées lors d’une cérémonie funéraire. Quoi qu’il en soit, partout où se déroulent des conflits armés, bien malheureusement meurent et souffrent des gens qui n’y sont pour rien. Mais nous ne pouvons permettre aux terroristes de se protéger derrière des civils qu’ils utilisent comme des boucliers humains, et nous ne pouvons permettre qu’ils fassent chanter le monde entier lorsqu’ils ont pris quelqu’un en otage, le tuent et le décapitent. Si nous voulons mener cette guerre à son terme avec les terroristes, il faut alors se battre contre eux, mais ne pas aller vers eux en s’inclinant, et se retirer à reculons. (…) À Alep la situation est contrôlée par une autre organisation terroriste qui s’appelle Jabhat al Nusra. Elle a toujours été considérée comme une aile d’Al-Qaïda et figure dans la liste des organisations terroristes établie par l’ONU. (…) Ce qui choque et nous étonne c’est le fait que nos partenaires, et plus précisément américains, d’une façon ou d’une autre tentent sans cesse de sortir le dialogue sur le terrorisme de ses limites propres. Et je vais vous dire pourquoi. Il me semble que nos partenaires systématiquement et constamment reviennent sur les mêmes travers, ils veulent utiliser le potentiel militaire de ces organisations terroristes et radicales pour accomplir leurs buts politiques ; et dans ce cas pour combattre le président Assad et son gouvernement, ne comprenant pas que plus tard ils ne réussiront pas à mettre ces terroristes de côté, dans un coin, et les contraindre à vivre selon les lois et le droit civilisés, s’ils arrivaient à vaincre quelqu’un. Vladimir Poutine (TF1)
Obama handling of Syria continues to become more incoherent and more damaging to American interests. Putin has not only, thanks to White House dithering and irresolution, managed to reinsert Russia into Middle East politics in a spoiler role and his gains have not just included a deepening and commercially beneficial relationship with Iran and the weakening of the European Union and Merkel’s leadership in it over the refugee issue; he has also, thanks to the incoherence of American policy, managed to drive a thick wedge into NATO by further alienating Turkey from the West and, especially Washington. As for what a naive and vainglorious President Obama once (back in those days when he collected Nobel Peace Prizes and was hailed as the second coming of Abraham Licoln by a clueless and infatuated press corps) identified as a central goal of his foreign policy—the reconciliation of America with the Muslim world—his callous abandonment of the Syrian Sunnis to their increasingly genocidal foes has done as much, if not more, to tarnish America’s reputation among Sunni Arabs than anything any of his predecessors managed to do going back to Harry Truman. The issues in Syria are difficult and the alternatives are few, but President Obama’s Syria policy is one of the shabbiest and sorriest displays of serial ineptitude that has unfolded in world politics in all these many years. That his emissaries and representatives attempt to cover the nakedness of their policy with grandiose rhetorical denunciation of the crimes that Obama’s incompetence has enabled merely underscores the horrifying moral and political emptiness of the President’s approach to world politics. Walter Russell Mead
Le report sine die de la visite du président russe à Paris, pourtant prévue de longue date, est un nouvel épisode du burlesque qui guide notre diplomatie depuis presque cinq ans. L’inauguration de la cathédrale orthodoxe du quai Branly était l’occasion pour la France de se replacer dans le jeu diplomatique alors que les relations américano-russes sont au plus bas. Mais François Hollande n’a pas eu le courage de préserver l’indépendance de la France. Il a préféré rallier in extremis les bons élèves du camp occidental. Dans une séquence improvisée, François Hollande a benoitement livré au micro de TMC ses hésitations. (…) Il laisse la décision à Vladimir Poutine. Et Vladimir Poutine de lui répondre moqueur : “je viendrai quand François Hollande sera prêt”. Comme si Hollande n’était pas vraiment dans son assiette. Pas vraiment maître de lui même. Après tout, la France doit parler à Moscou pour exister sur la scène internationale. Mais la Russie n’a pas besoin de Paris pour compter dans le monde. Désireux de se ressaisir et de dissiper ce perpétuel sentiment de flou, François Hollande a tenté devant l’Assemblée du Conseil de l’Europe de prouver qu’il avait un cap, qu’il avait la carrure de Vladimir Poutine. Il a ainsi prétendu avoir reporté l’entrevue suite à ”un désaccord majeur entre la Russie et la France ». Mais c’est trop tard, le mal est fait. La France s’est humiliée. Drapé dans une logique humanitaire à sens unique, Jean-Marc Ayrault semble, de son côté, avoir enfilé les bottes de Laurent Fabius. Après le départ de ce dernier au Conseil Constitutionnel, la diplomatie française semblait pouvoir prendre une tournure un poil plus réaliste. En particulier dans ces deux grandes crises ukrainienne et syrienne mais depuis c’est la rechute. Le retour des grandes déclarations, des coups de menton et des doigts levés; cette parodie d’Aristide Briand à la SDN. La Russie a du mettre son véto à la résolution française de cessez le feu à Alep. Une gifle que le quai d’Orsay n’a pas digérée. Car Poutine est déterminé à terminer le siège des quartiers Est et à reprendre le contrôle de la Syrie septentrionale. Il s’agit pour Moscou, Téhéran et Damas d’infliger une cuisante défaite aux rebelles djihadistes alliés à la branche syrienne d’Al-Qaïda (leur « divorce blanc » n’a trompé personne pour reprendre l’expression de Fabrice Balanche). Moscou entend accélérer les choses avant les élections américaines. Les deux candidats promettent de replacer les Etats-Unis au rang de leader du monde libre mais ils ne prêteront serment que fin janvier. En attendant, Barack Obama n’a pas caché son souhait de reprendre Mossoul avant son départ de la Maison-Blanche. Sa priorité est la chute de Daech et il sait qu’il doit compter malgré tout sur Moscou pour atteindre son but. La course contre-la-montre est engagée. Tout doit être terminé pour l’hiver. A l’initiative de Moscou et Damas, plusieurs cessez-le-feu ont déjà été négociés ou proposés à Alep, sous l’égide de l’ONU, afin que la population alépine puisse sortir de ce piège. Malheureusement, les groupes djihadistes ont interdit à la population d’en profiter. La population civile est le bouclier humain et la caution morale des djihadistes et de leur famille. Les hôpitaux abritent des QG, ils permettent aux grands chefs de la rébellion de se protéger mais aussi d’exposer les blessés aux bombardements de l’aviation russe (comme à Kunduz avec l’aviation américaine). Le but est de jouer sur la corde humanitaire occidentale et de provoquer une intervention sinon une pression occidentale sur Poutine. La France se fait le porte-voix de ses clients du Golfe. Lesquels relayent les cris des groupes djihadistes enfermés dans Alep. La France surjoue son rôle de patrie des droits de l’homme et de soldat de la paix. Mais en réalité, elle n’est plus maîtresse de son propre jeu. La France est entrée dans une confrontation avec la Russie qui la marginalise un peu plus. Plutôt que de réactiver une guerre froide inutile avec Moscou, et de multiplier les rebuffades, Paris ferait mieux d’assumer le dialogue. Pour combattre notre seul et vrai ennemi commun, les djihadistes. Hadrien Desuin
Make no mistake, the carnage taking place in Aleppo right now is a disgrace to the international community. The Syrian government and Russian-backed forces are reportedly using chemical weapons, barrel bombs and increasingly powerful explosives to target innocent men, women and children. While rebel fighters have undoubtedly embedded themselves in the city in fortified positions, it appears that the civilian population is bearing the brunt of the conflict. While there has been some condemnation from the UN, where are the protests on the streets of European capitals and where is the media frenzy about this disgrace? Had Israel been involved, or had the IDF aimed one solitary munition at Aleppo, I think the response would be much different. The international community’s condemnation of the Assad regime and Putin’s Russia is nothing compared to the vitriol leveled against Israel for its far more restrained (and completely justified) 2014 operation against Hamas in Gaza. Unfortunately for the 250,000 residents of Aleppo, the city is not being attacked by the IDF. There are no leaflets being dropped warning civilians to evacuate areas in the line of fire. There is no “roof knocking” — where non-explosive devices are dropped on the roofs of targeted buildings to give civilians time to flee. And judging by the number of civilian casualties and the extent of the destruction in Syria, there is very little to no concern for the well-being of innocent civilians. Aleppo is a testament to the double standards at play when it comes to the treatment of Israel’s military operations. There is, however, a caveat. The IDF should be held to higher standards than the militaries of both Syria and Russia. And that is why The Sunday Times of London caught my eye recently. One story was headlined “Putin’s gigantic firebombs torch Aleppo.” Next to it was an article entitled, “RAF drone crew divert missile to save ‘civilian’ seconds from death.” The dissonance between the two stories is striking. On one side, we have the alleged deployment by Russia of a weapon “capable of blasting a massive ball of flame across wide areas of Aleppo.” On the other, the release of a video by Britain’s Royal Air Force showing a drone missile aimed at ISIS terrorists being diverted at the last minute to avoid killing a civilian. One side was indiscriminately firebombing, while the other was deliberately acting to prevent civilian casualties. The RAF evidently felt that its tale was a positive story, which showed that its drone squadrons act both ethically and in accordance with international law. Why is this news? Israel released many videos from incidents where missiles targeting Hamas terrorists were diverted due to the presence of Palestinian civilians. So why then were Israel’s identical efforts not deemed newsworthy? Simon Plosker
Tous ceux qui comparent la situation en Syrie avec la guerre d’Espagne et les jihadistes aux brigades internationales bénéficient de l’engouement d’une partie des médias où l’émotion domine plus que la réflexion. Mais les choses sont bien plus complexes: le désastre humanitaire en Syrie est aussi la conséquence de cette irealpolitik. Cela dit, il est évident que ce qui se déroule à Alep-Est est horrible pour les populations civiles qui sont sous les bombes. Ce que décrit l’ONU sur la situation humanitaire est exact: hôpitaux détruits, population terrée dans des abris, femmes et enfants prisonniers des décombres, etc. Mais tous les observateurs un peu réalistes avaient anticipé ce qui allait se passer si les rebelles ne quittaient pas Alep-Est, comme cela leur avait été proposé par la Russie. (…) Les rebelles «modérés» ont refusé de se désolidariser du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda. Au contraire, deux des principaux groupes rebelles d’Alep dit «modérés», la brigade al-Zinki et Suqour es-Sham, se sont même officiellement affiliés à la coalition (Jaysh al Naser) dirigée par le Front al-Nosra durant la dernière trêve. Cela indique que le Front al-Nosra domine davantage les différentes factions rebelles, y compris celles considérées comme «modérées». Le Front al Nosra n’est pas membre de Fatah Halep, la coalition des rebelles d’Alep, mais c’est lui qui sur le terrain dirige les opérations militaires. Son emprise sur Alep-Est n’a fait qu’augmenter depuis le printemps 2016, date à laquelle il a envoyé 700 combattants en renfort alors que des combattants des brigades modérées commençaient à quitter la zone avant que la dernière sortie ne soit coupée. L’ouverture provisoire d’une brèche dans le siège d’Alep, en août 2016 (bataille de Ramousseh), a encore augmenté son prestige et son emprise sur les rebelles. (…) L’Arabie Saoudite et autres bailleurs arabes de la rébellion syrienne n’ont aucun intérêt à voir se concrétiser l’accord entre les États-Unis et la Russie. Ils veulent que le combat continue car sinon cet accord russo-américain signifie la victoire du camp Assad en Syrie et notamment celle de l’Iran. Les Saoudiens n’ont que faire des civils syriens, ils bombardent quotidiennement depuis deux ans le Yémen sans aucune considération pour la population civile. Nous sommes dans une guerre régionale et les considérations humanitaires sont instrumentalisées sans scrupules. L’objectif pour l’Arabie Saoudite est précisément d’obliger les États-Unis à intervenir davantage en Syrie pour bloquer l’Iran et la Russie. Pour cela il faut influencer l’opinion publique, c’est-à-dire les électeurs des membres du Congrès, en vue d’infléchir la politique américaine. Cela fonctionne puisqu’Alep est devenu un mot-clé de l’élection présidentielle américaine et il faudra beaucoup de détermination au successeur de Barak Obama pour résister aux pressions interventionnistes. (…) Depuis le printemps 2012, date de la militarisation à outrance de l’opposition syrienne, le régime syrien utilise une stratégie classique de contre-insurrection. Il s’agit moins de gagner les cœurs que de faire plus peur que l’adversaire et de prouver qu’il est le seul capable de ramener la paix en Syrie. Après cinq années de guerre, tout ce qui compte pour l’immense majorité des Syriens c’est précisément de vivre en paix, peu leur importe qui dirige le pays. Sur le plan psychologique, Bachar el Assad a donc gagné puisqu’il apparaît, au pire, comme le moindre mal. Il lui reste à éliminer les rebelles. Pour cela il faut les séparer de la population civile dans laquelle ils se dissimulent. La technique de contre-insurrection utilisée à Alep-Est consiste donc, depuis l’hiver 2013-2014, à bombarder sporadiquement pour faire fuir les civils, puis d’encercler le territoire rebelle. Résultat auquel l’armée syrienne est parvenue début septembre. La population d’Alep-Est est ainsi passée de plus d’un million d’habitants en 2011 à 200,000 aujourd’hui selon l’ONU, mais sans doute beaucoup moins. À titre de comparaison la partie occidentale d’Alep, sous contrôle gouvernemental, compte 800,000 habitants. (…) Après trois années de bombardement, le camp de Bashar el Assad considère que ceux qui restent dans Alep-Est soutiennent les rebelles, car les autres ont eu tout le temps de fuir. C’est en partie vrai, car il s’agit pour l’essentiel des familles des combattants, qui sont donc payées pour rester. Désormais, la seule solution envisagée par les militaires pour les convaincre de quitter Alep-Est est de frapper aveuglément et massivement. Dans quelques jours, une trêve sera sans doute proclamée pour permettre à ceux qui le souhaitent d’être évacués. Mais encore faut-il qu’ils le puissent, car les groupes radicaux empêchent les civils de partir pour les utiliser comme boucliers humains, comme ce fut le cas à Homs. Puis les bombardements reprendront jusqu’à la reconquête totale des quartiers rebelles d’Alep.(…) En tout état de cause, le Président russe considère que les États-Unis sont incapables de convaincre leurs alliés de cesser le combat, il a donc décidé de les mettre devant le fait accompli. L’exécutif américain est paralysé au moins jusqu’à la prise de fonction de la nouvelle administration en janvier 2017. Il s’agit donc de l’emporter à Alep d’ici trois mois. Recep Teyep Erdogan, a lui, anticipé ce qui allait se passer et il a trouvé plus judicieux de négocier avec Vladimir Poutine. Il a obtenu du maître du Kremlin la création d’une zone sous influence turque au Nord-Est d’Alep pour accueillir les futurs réfugiés, tout en bloquant l’avancée des Kurdes vers l’Ouest. En échange, le Président turc a dû s’engager à réduire son soutien aux rebelles syriens. Ce qui augure mal de l’avenir de la rébellion syrienne car la Turquie est indispensable pour son soutien logistique. Alexis Feertchak
Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation. Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de «pensée magique», funeste version 2016 de «Boucle d’or au Pays des trois ours» découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme «le camp du Bien» …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant. Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré. Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie. Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? (…) L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps? Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? (…) Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens. (…) L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi – en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. (…) Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun – comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain! «P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non …» La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre: le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager. (…) La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir? Caroline Galactéros
Cachez ces boucliers humains que je ne saurai voir !
Après la pantalonnade que l’on sait de la visite annulée du chef d’Etat français avec son homologue russe …
Pendant que sans la moindre mise en perspective et jusqu’à susciter les vocations les plus fourvoyées …
Nos belles âmes nous matraquent avec les tragiques images des victimes civiles des bombardements syro-russes …
Comment ne pas repenser …
Sans compter l’évident deux poids deux mesures (imaginez les manifestations qu’aurait provoqué, venant des forces israéliennes, ne serait-ce que le centième des dégâts collatéraux des actuels bombardements d’Alep !) …
Aux tristement fameuses campagnes de désinformation qui, sur fond d’usage massif de boucliers humains achetés ou forcés, avaient marqué les guerres d’Israël contre les forces terroristes du Liban ou de Gaza ?
Et surtout ne pas voir avec la certes très poutinomane et ayatollaphile politologue Caroline Galactéros …
L’incroyable mélange d’aveuglement et d’hypocrisie qui sert actuellement de politique étrangère aux dirigeants occidentaux …
Qui après avoir précipité l’émergence des djihadistes de l’Etat islamique suite à l’abandon criminel de l’Irak et de la Syrie par l’Administaration Obama …
Les voit aujourd’hui soutenir …
Contre une Russie plus que jamais revanchiste et un Iran à qui l’on vient par ailleurs de reconnaitre le droit à l’arme ultime …
Et avec, entre deux bombardements de civils au Yemen ou ailleurs, les habituels fourriers saoudiens et qataris du djiadisme …
Rien de moins que la prochaine génération de djihadistes ?
Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »
Caroline Galactéros
Le Figaro
11/10/2016
FIGAROVOX/TRIBUNE – Vladimir Poutine a annoncé qu’il reportait sa visite à Paris où il devait rencontrer François Hollande. Pour Caroline Galactéros, cette décision n’est que la suite logique d’un amateurisme complet de la France en Syrie et ailleurs dans le monde.
Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).
Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame – à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation.
Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de «pensée magique», funeste version 2016 de «Boucle d’or au Pays des trois ours» découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme «le camp du Bien» …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant.
Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.
Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie.
Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi – qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique… aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad…tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? C’est de l’opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d’une totale incompréhension du réel.
De telles contradictions ne peuvent s’expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien actuel dont nul n’imaginait qu’il résisterait si longtemps aux feux croisés de l’Amérique et de ses alliés sunnites. L’exigence américaine – reprise à son compte par Paris – d’une cessation des bombardements aériens sur Alep-Est «pour raisons humanitaires» aurait permis en fait de laisser les islamistes de la ville (soit rien moins qu’Al Nosra et consorts) se refaire une santé militaire en se servant des civils comme de boucliers humains, de poursuivre leurs tirs d’obus sur la partie ouest de la ville et d’empêcher Damas et Moscou de faire basculer décisivement le rapport de force militaire en faveur de l’Etat syrien dans le cadre d’une négociation ultime. Qui a d’ailleurs fait échouer le cessez le feu signé le 9 septembre dernier à Genève? Les groupes terroristes qui n’en voulaient pas et les Etats-Unis qui ont bombardé les forces syriennes à Deir el Zor et ouvert la voie aux forces de l’Etat Islamique. Encore un accord de dupes.
Temps court versus temps long, individu versus groupe, froideur politique versus empathie médiatique (sélective): on se refuse à voir, dans nos démocraties molles, que la véritable action stratégique, pour être efficace, ne peut prendre en compte que des nombres, des masses, des ensembles, des mouvements, des processus, quand toute l’attention médiatique et la gestion politicienne des crises, elles, veulent faire croire que l’individu est central et se concentrent sur la souffrance et le sort des personnes, alors que celles-ci sont depuis toujours et sans doute pour encore longtemps sacrifiées à la confrontation globale et brutale entre Etats. Les images terrifiantes de la guerre au quotidien masquent la réalité d’un affrontement sans scrupules de part et d’autre, dont en l’espèce les malheureux Syriens ne sont même plus les enjeux mais de simples otages.
L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant: si Assad, «bourreau de son propre peuple» selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer? A qui sera livrée la Syrie, «utile» ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement «exfiltré» vers d’autres macabres «territoires de jeu», en Libye par exemple? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat? Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom – Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un «go» pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, «par erreur» naturellement? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de «l’Armée de la Conquête» qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles – apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps?
Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel? … «Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir? je ne vois que l’herbe qui verdoie et la terre qui poudroie» … Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait!
L’interview accordée le 5 octobre dernier par notre ministre des Affaires étrangères à la veille de son départ pour Moscou à Yves Calvi sur LCI est à cet égard, un morceau de bravoure édifiant, qui escamote la réalité et brosse un paysage surréaliste du conflit et de ce qu’il faudrait y comprendre et en attendre.
Florilège et exégèse….
«La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes»
Est-ce à dire qu’il faut les laisser faire, leur donner les clefs du pays et prier peut-être, pour qu’ils ne massacrent pas les minorités qui y demeurent encore et instaurent la démocratie? Faut-il ne plus agir en espérant qu’ils vont s’arrêter? De qui se moque-t-on? Adieu Boucle d’Or. Nous sommes au Pays des rêves bleus de Oui-Oui…
Les Russes, qui se disent satisfaits de l’efficacité de leurs frappes contre les terroristes d’Alep-Est «sont cyniques» … Qui est cynique ici? Celui qui déforme la réalité d’un affrontement pour ne pas avouer qu’il est (avec d’autres) à la manœuvre d’une déstabilisation d’Etat par des groupuscules terroristes liés à Al-Qaïda (matrice de Daech) sous couvert d’aspiration à la démocratie? Ou ceux qui cherchent à réduire l’emprise djihadiste et à renforcer des structures d’Etat laïques avec ou sans Bachar?
«La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision.»
Ah?! Laquelle? Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets: action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire: les Syriens.
En dépit de l’excellence de nos forces armées, de la présence du Charles de Gaulle sur zone et de nos missions aériennes soutenues, Paris n’est diplomatiquement et stratégiquement plus nulle part en Syrie, et depuis longtemps. Par dogmatisme, par moralisme, par notre parti pris immodéré pour les puissances sunnites de la région, nous nous sommes engouffrés dans un alignement crédule sur la politique américaine qui s’est en plus retourné contre nous dès l’été 2013, lorsque Barack Obama a dû renoncer à frapper directement Damas au prétexte d’un usage d’armes chimiques qui n’a d’ailleurs jamais été confirmé. Un camouflet d’autant plus lourd à porter que notre ancien ministre des affaires étrangères avait jugé bon, dès août 2012, de dire que «Bachar el Assad ne méritait pas d’être sur terre» et, en décembre 2012, «qu’Al Nosra faisait du bon boulot». L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi – en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. N’en déplaise à Monsieur Ayrault, la France n’est ni écoutée, ni considérée, ni attendue sur le dossier syrien. Elle en est réduite à servir de go between entre Washington et Moscou lorsque ceux-ci ne peuvent plus se parler et qu’il faut faire semblant, une fois encore, de rechercher un compromis et d’amener Moscou à lever le pied d’une implication trop efficace à notre goût.
«Si le choix est entre Bachar et Daech, il n’y a pas de choix.»
Mais c’est pourtant le cas, ne nous en déplaise. Nous combattons l’Etat islamique pour la galerie, sans grande conviction ni détermination politique, de très haut, par des frappes qui sans présence terrestre demeurent symboliques. Pour Moscou, au contraire, il n’existe pas «d’islamistes modérés» ; combattre le terrorisme revient à combattre l’EI mais aussi ses avatars locaux innombrables à tout prix, y compris au prix de pertes civiles importantes. Et c’est aujourd’hui la Russie qui, dans les airs mais aussi au sol, avec l’Iran et le régime syrien, «fait la guerre», se bat contre le terrorisme islamiste qui menace tout l’Occident, gangrène nos vieilles sociétés repues et pacifiques et nous prend pour cible. Ils «font le job». Un horrible job. Dans l’immédiat, il faut choisir entre le soutien à l’Etat syrien – que le régime d’Assad incarne-, et DAECH et Cie.
Le sommet est atteint à la fin de l’intervention ministérielle, lorsque l’on apprend que «la Syrie future devra être unitaire, avoir des structures étatiques stables, être protectrice de toutes ses minorités, mettre en place des institutions solides, contrôler son armée et ses Services…» (sic)! Les bras nous en tombent. Voici décrite…la Syrie d’avant la guerre! Ce terrifiant carnage n’aurait-il donc été qu’un coup d’épée dans l’eau?
Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun – comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain! «P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non …» La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre: le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager.
Hauteur de vue et profondeur de champ, véritable souci pour la souffrance humaine: la realpolitik est la solution, pas le mal. La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir?
Voir aussi:
Alep : pourquoi la tragédie humanitaire ne bouleverse pas la donne géopolitique
Alexis Feertchak
Le Figaro
29/09/2016
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que la crise humanitaire s’aggrave, le régime syrien soutenu par les Russes et les Iraniens reprend du terrain. Pour Fabrice Balanche, les rebelles sont plus que jamais liés à Al-Qaïda et Moscou ne saurait être le seul responsable du chaos.
Agrégé et docteur en Géographie, Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon-2 et chercheur invité au Washington Institute. Spécialiste du Moyen-Orient, il a publié notamment La région alaouite et le pouvoir syrien(éd. Karthala, 2006) et Atlas du Proche-Orient arabe (éd. RFI & PUPS, 2010).
FIGAROVOX. – À propos d’Alep, le politologue libanais Ziad Majed a déclaré au journal Le Monde: «Si on parle d’un point de vue de droit international, et de la convention de Genève, ce qui se passe commence même à dépasser le cadre des crimes de guerre, ce sont presque des crimes contre l’humanité». Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire dans l’ancienne capitale économique de la Syrie?
Tous ceux qui comparent la situation en Syrie avec la guerre d’Espagne et les jihadistes aux brigades internationales bénéficient de l’engouement d’une partie des médias où l’émotion domine plus que la réflexion. Mais les choses sont bien plus complexe: le désastre humanitaire en Syrie est aussi la conséquence de cette irealpolitik.
Cela dit, il est évident que ce qui se déroule à Alep-Est est horrible pour les populations civiles qui sont sous les bombes. Ce que décrit l’ONU sur la situation humanitaire est exact: hôpitaux détruits, population terrée dans des abris, femmes et enfants prisonniers des décombres, etc. Mais tous les observateurs un peu réalistes avaient anticipé ce qui allait se passer si les rebelles ne quittaient pas Alep-Est, comme cela leur avait été proposé par la Russie. Je citerais tout simplement John Kerry au micro de la NPR le 14 septembre dernier:
«Quelle est l’alternative (en Syrie)? L’alternative est-elle d’ajouter encore des milliers de morts aux 450.000 personnes qui ont déjà été tuées. Qu’Alep soit complètement envahie? Que les Russes et Assad bombardent partout indistinctement dans les jours à venir pendant que nous regardons cela impuissant? L’alternative c’est essayer d’obtenir tout de même quelque chose puisque l’Amérique ne veut pas intervenir avec ses troupes. Or, l’Amérique a pris la décision de ne pas intervenir militairement en Syrie. Le Président a pris cette décision».
L’Armée syrienne soutenue par l’aviation russe a repris un quartier de la zone d’Alep contrôlée par les rebelles. De quels rebelles s’agit-il?
Les rebelles «modérés» ont refusé de se désolidariser du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda. Au contraire, deux des principaux groupes rebelles d’Alep dit «modérés», la brigade al-Zinki et Suqour es-Sham, se sont même officiellement affiliés à la coalition (Jaysh al Naser) dirigée par le Front al-Nosra durant la dernière trêve. Cela indique que le Front al-Nosra domine davantage les différentes factions rebelles, y compris celles considérées comme «modérées». Le Front al Nosra n’est pas membre de Fatah Halep, la coalition des rebelles d’Alep, mais c’est lui qui sur le terrain dirige les opérations militaires. Son emprise sur Alep-Est n’a fait qu’augmenter depuis le printemps 2016, date à laquelle il a envoyé 700 combattants en renfort alors que des combattants des brigades modérées commençaient à quitter la zone avant que la dernière sortie ne soit coupée. L’ouverture provisoire d’une brèche dans le siège d’Alep, en août 2016 (bataille de Ramousseh), a encore augmenté son prestige et son emprise sur les rebelles.
L’accord de coopération militaire américano-russe, qui portait d’abord et avant tout sur Alep, semble avoir fait long feu. Comment expliquer cet échec?
L’Arabie Saoudite et autres bailleurs arabes de la rébellion syrienne n’ont aucun intérêt à voir se concrétiser l’accord entre les États-Unis et la Russie. Ils veulent que le combat continue car sinon cet accord russo-américain signifie la victoire du camp Assad en Syrie et notamment celle de l’Iran. Les Saoudiens n’ont que faire des civils syriens, ils bombardent quotidiennement depuis deux ans le Yémen sans aucune considération pour la population civile. Nous sommes dans une guerre régionale et les considérations humanitaires sont instrumentalisées sans scrupules. L’objectif pour l’Arabie Saoudite est précisément d’obliger les États-Unis à intervenir davantage en Syrie pour bloquer l’Iran et la Russie. Pour cela il faut influencer l’opinion publique, c’est-à-dire les électeurs des membres du Congrès, en vue d’infléchir la politique américaine. Cela fonctionne puisqu’Alep est devenu un mot-clé de l’élection présidentielle américaine et il faudra beaucoup de détermination au successeur de Barak Obama pour résister aux pressions interventionnistes.
Mais revenons aux faits. Depuis le printemps 2012, date de la militarisation à outrance de l’opposition syrienne, le régime syrien utilise une stratégie classique de contre-insurrection. Il s’agit moins de gagner les cœurs que de faire plus peur que l’adversaire et de prouver qu’il est le seul capable de ramener la paix en Syrie. Après cinq années de guerre, tout ce qui compte pour l’immense majorité des Syriens c’est précisément de vivre en paix, peu leur importe qui dirige le pays. Sur le plan psychologique, Bachar el Assad a donc gagné puisqu’il apparaît, au pire, comme le moindre mal. Il lui reste à éliminer les rebelles. Pour cela il faut les séparer de la population civile dans laquelle ils se dissimulent. La technique de contre-insurrection utilisée à Alep-Est consiste donc, depuis l’hiver 2013-2014, à bombarder sporadiquement pour faire fuir les civils, puis d’encercler le territoire rebelle. Résultat auquel l’armée syrienne est parvenue début septembre. La population d’Alep-Est est ainsi passée de plus d’un million d’habitants en 2011 à 200,000 aujourd’hui selon l’ONU, mais sans doute beaucoup moins. À titre de comparaison la partie occidentale d’Alep, sous contrôle gouvernemental, compte 800,000 habitants.
Quel semble être aujourd’hui l’objectif du Kremlin et de Damas?
Après trois années de bombardement, le camp de Bashar el Assad considère que ceux qui restent dans Alep-Est soutiennent les rebelles, car les autres ont eu tout le temps de fuir. C’est en partie vrai, car il s’agit pour l’essentiel des familles des combattants, qui sont donc payées pour rester. Désormais, la seule solution envisagée par les militaires pour les convaincre de quitter Alep-Est est de frapper aveuglément et massivement. Dans quelques jours, une trêve sera sans doute proclamée pour permettre à ceux qui le souhaitent d’être évacués. Mais encore faut-il qu’ils le puissent, car les groupes radicaux empêchent les civils de partir pour les utiliser comme boucliers humains, comme ce fut le cas à Homs. Puis les bombardements reprendront jusqu’à la reconquête totale des quartiers rebelles d’Alep. Il faut noter que c’est la première fois depuis l’été 2012, que l’infanterie est engagée pour reprendre du terrain comme le quartier de Farafirah au centre-ville, Sheikh Saïd au sud, ou l’ex camp palestinien de Handarat au nord.
Ce que j’ai décrit était annoncé. La seule façon de l’empêcher est d’entrer dans une confrontation militaire avec la Russie en abattant les avions russes et syriens. Je doute que l’Occident souhaite une escalade de ce type. Certains évoquent la distribution de missiles sol-air aux rebelles, au risque de les voir tomber dans les mains d’Al-Qaïda ou de Daesh. Par ailleurs, il n’est pas sûr que cela soit efficace, car les Russes bombarderaient de plus haut avec du plus lourd et feraient donc plus de dégâts. La Russie pourrait aussi frapper avec des missiles de croisière depuis la mer Caspienne.
Au-delà d’Alep, le rapport de force est-il en train de changer entre le régime et les rebelles? Que change sur ce point l’intervention turque qui se poursuit tout au Nord de la Syrie?
La Russie ne croit plus à la possibilité d’un accord de coopération militaire avec les États-Unis. Le bombardement de l’armée syrienne à Deir ez Zor par l’aviation de la coalition internationale, le 17 septembre dernier, fut le coup de grâce donné à ses longues et laborieuses négociations. S’agit-il d’une erreur comme le prétendent les États-Unis? Ou d’une mauvaise information donnée sciemment par un membre de la coalition qui aurait intérêt à voir échouer l’accord? Erreur ou non, cet épisode risquerait d’entamer la crédibilité de la Russie si Vladimir Poutine ne réagissait pas énergiquement. En tout état de cause, le Président russe considère que les États-Unis sont incapables de convaincre leurs alliés de cesser le combat, il a donc décidé de les mettre devant le fait accompli.
L’exécutif américain est paralysé au moins jusqu’à la prise de fonction de la nouvelle administration en janvier 2017. Il s’agit donc de l’emporter à Alep d’ici trois mois. Recep Teyep Erdogan, a lui, anticipé ce qui allait se passer et il a trouvé plus judicieux de négocier avec Vladimir Poutine. Il a obtenu du maître du Kremlin la création d’une zone sous influence turque au Nord-Est d’Alep pour accueillir les futurs réfugiés, tout en bloquant l’avancée des Kurdes vers l’Ouest. En échange, le Président turc a dû s’engager à réduire son soutien aux rebelles syriens. Ce qui augure mal de l’avenir de la rébellion syrienne car la Turquie est indispensable pour son soutien logistique.
Voir également:
Hollande déboussolé face à Poutine
La France plus isolée que jamais
Hadrien Desuin
Expert en géo-stratégie, sécurité et défense
Causeur
13 octobre 2016
Hollande improvise sur TMC
Dans une séquence improvisée, François Hollande a benoitement livré au micro de TMC ses hésitations. “Je me suis posé la question (…) Est-ce que c’est utile ? Est-ce que c’est nécessaire ? Est-ce que ça peut être une pression ?” Il commence par confirmer au jeune journaliste qui se trouvait là qu’il va recevoir le président russe et il finit sa phrase en ânonnant “si je le reçois…” Il est tellement sincère, au fond, notre président. On le voit hésiter, trembler en direct. Comme une Léonarda diplomatique. Cet homme n’aime pas ce pour quoi il a été élu: décider et choisir. Il laisse la décision à Vladimir Poutine. Et Vladimir Poutine de lui répondre moqueur : “je viendrai quand François Hollande sera prêt”. Comme si Hollande n’était pas vraiment dans son assiette. Pas vraiment maître de lui même. Après tout, la France doit parler à Moscou pour exister sur la scène internationale. Mais la Russie n’a pas besoin de Paris pour compter dans le monde.
Bluff présidentiel
Désireux de se ressaisir et de dissiper ce perpétuel sentiment de flou, François Hollande a tenté devant l’Assemblée du Conseil de l’Europe de prouver qu’il avait un cap, qu’il avait la carrure de Vladimir Poutine. Il a ainsi prétendu avoir reporté l’entrevue suite à ”un désaccord majeur entre la Russie et la France ». Mais c’est trop tard, le mal est fait. La France s’est humiliée.
Drapé dans une logique humanitaire à sens unique, Jean-Marc Ayrault semble, de son côté, avoir enfilé les bottes de Laurent Fabius. Après le départ de ce dernier au Conseil Constitutionnel, la diplomatie française semblait pouvoir prendre une tournure un poil plus réaliste. En particulier dans ces deux grandes crises ukrainienne et syrienne mais depuis c’est la rechute. Le retour des grandes déclarations, des coups de menton et des doigts levés; cette parodie d’Aristide Briand à la SDN.
La Russie a du mettre son véto à la résolution française de cessez le feu à Alep. Une gifle que le quai d’Orsay n’a pas digérée. Car Poutine est déterminé à terminer le siège des quartiers Est et à reprendre le contrôle de la Syrie septentrionale. Il s’agit pour Moscou, Téhéran et Damas d’infliger une cuisante défaite aux rebelles djihadistes alliés à la branche syrienne d’Al-Qaïda (leur « divorce blanc » n’a trompé personne pour reprendre l’expression de Fabrice Balanche).
Obama a besoin de Poutine
Moscou entend accélérer les choses avant les élections américaines. Les deux candidats promettent de replacer les Etats-Unis au rang de leader du monde libre mais ils ne prêteront serment que fin janvier. En attendant, Barack Obama n’a pas caché son souhait de reprendre Mossoul avant son départ de la Maison-Blanche. Sa priorité est la chute de Daech et il sait qu’il doit compter malgré tout sur Moscou pour atteindre son but. La course contre-la-montre est engagée. Tout doit être terminé pour l’hiver.
A l’initiative de Moscou et Damas, plusieurs cessez-le-feu ont déjà été négociés ou proposés à Alep, sous l’égide de l’ONU, afin que la population alépine puisse sortir de ce piège. Malheureusement, les groupes djihadistes ont interdit à la population d’en profiter. La population civile est le bouclier humain et la caution morale des djihadistes et de leur famille. Les hôpitaux abritent des QG, ils permettent aux grands chefs de la rébellion de se protéger mais aussi d’exposer les blessés aux bombardements de l’aviation russe (comme à Kunduz avec l’aviation américaine). Le but est de jouer sur la corde humanitaire occidentale et de provoquer une intervention sinon une pression occidentale sur Poutine.
La France se fait le porte-voix de ses clients du Golfe. Lesquels relayent les cris des groupes djihadistes enfermés dans Alep. La France surjoue son rôle de patrie des droits de l’homme et de soldat de la paix. Mais en réalité, elle n’est plus maîtresse de son propre jeu. La France est entrée dans une confrontation avec la Russie qui la marginalise un peu plus. Plutôt que de réactiver une guerre froide inutile avec Moscou, et de multiplier les rebuffades, Paris ferait mieux d’assumer le dialogue. Pour combattre notre seul et vrai ennemi commun, les djihadistes.
Voir encore:
Le 11 octobre, alors que le président Hollande, avec toute l’élégance de son rang et de son niveau, claironne alentour qu’il ne souhaite pas recevoir le Président Poutine, ce dernier accorde une interview à un journaliste de TF1. Cette interview bizarrement nous ne pouvons la trouver sur le site de la chaine française, ni à fortiori vérifier et préciser le nom de l’intervieweur. Il est vrai que ce n’est pas le moment pour les occidentaux de donner place aux points de vue russes…
Cette interview a évidemment eu une résonance minimale dans la presse française et plus largement européenne, alors que Poutine y précise des aspects très importants des évènements en cours. Et nous devons le souligner, avec un tact, une précision, et un vocabulaire extrêmement mesuré. Ceci alors que les hauts représentants du monde occidental ne renoncent ni aux excès de langage, ni à la grossièreté. Sans parler du non-respect des normes et convenances diplomatiques les plus élémentaires.
RI choisit ici de vous traduite le texte intégral de cette interview, sur base du texte officiel mis en ligne sur le site de la présidence russe http://www.kremlin.ru/events/president/news/53081
***
Interview du Président Poutine par la chaîne de télévision française TF1 le 11 octobre 2016.
Président Poutine: Mais comment êtes-vous arrivé ici [i]? Nous nous trouvons dans une toute petite ville de province. Maintenant partout où nous venons en Russie, dans n’importe quel village nous trouvons des Français. Mais c’est très bien comme ça, cela nous fait bien plaisir.
Question TF1 : Monsieur le Président pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous n’avez pas fait ce voyage à Paris ?
Président Poutine : C’est très simple, il était supposé que nous allions solennellement inaugurer un centre récemment construit à Paris, un centre culturel et une cathédrale russes, mais nous avons pu observer que ce n’était pas le moment opportun pour un évènement de ce type. D’autant moins si l’on considère notre incompréhension mutuelle sur ce qui se passe en Syrie et plus précisément autour de la ville d’Alep. Mais sinon nous sommes évidemment toujours ouverts à ce que nous puissions nous consulter et dialoguer sur ce thème.
Question TF1: mais c’est exactement ce que voulaient les Français, utiliser le contexte de votre visite pour discuter de la situation en Syrie. Tandis que vous c’est pour cette même raison que vous renoncez à la visite.
Président Poutine: Mais sachez que nous n’avons pas réellement refusé, on nous a fait savoir que la cause principale, à savoir l’ouverture de ce centre culturel et religieux, n’est pas appropriée. Mais si la raison principale de mon déplacement à Paris n’est pas appropriée, alors nous trouverons certainement une autre possibilité qui soit plus appropriée pour discuter de la situation en Syrie. Nous n’avons aucune limite à ce sujet nous sommes ouverts au dialogue.
Simplement on nous a fait savoir que ce n’est pas le moment le plus confortable pour de telles manifestations et puis c’est tout. Quant à nous, nous n’avons rien refusé.
Question TF1: De nombreux représentants officiels occidentaux parmi lesquels John Kerry, Jean-Marc Ayrault, même François Hollande, utilisent une rhétorique dure envers la Russie à propos des bombardements à Alep, sous lesquels tombent des cibles civiles, telles que des hôpitaux. Certains même recourent à l’expression « crimes de guerre ». Que pouvez-vous dire à ce sujet?
Président Poutine: Je dirais que c’est une rhétorique politique qui n’a pas grand sens ni ne tient compte de la réalité de ce qui se passe dans ce pays. Et je dirai maintenant pourquoi. Je suis intimement convaincu que dans la situation qui s’est instaurée dans la région dans son ensemble et en Syrie en particulier la responsabilité incombe à tous nos partenaires occidentaux, et en premier lieu évidemment les États-Unis d’Amérique et leurs alliés, dont évidemment les pays leaders de l’Europe.
Rappelons-nous avec quel engouement tous là-bas soutenaient la révolution arabe. Où est-il ce bel optimisme ? Par quoi cela s’est-il terminé ? Souvenons-nous ce que représentaient la Libye et l’Irak avant la destruction de leurs états, de leurs gouvernements. Qui ont été anéantis par les diverses forces armées de nos partenaires occidentaux.
Ce n’étaient pas bien sûr des modèles de démocratie tels que cela se comprend aujourd’hui. Certainement on pouvait influer sur les structures de ces sociétés, les structures de ces gouvernements et de ces pouvoirs. Par les forces autochtones. Mais dans tous les cas il n’y avait précisément pas de signes avant-coureurs de terrorisme dans ces pays. De ces territoires ne partaient pas de menaces, ni pour Paris, ni pour la Côte-d’Azur en France, ni pour la Belgique, la Russie ou pour les États-Unis d’Amérique.
Actuellement ce sont des sources de terrorisme. Et notre but consiste exactement à éviter qu’en Syrie ne se développe une telle situation.
J’anticipe votre question à propos des réfugiés. Je suppose que vous voulez en parler ? Même si ce n’est pas le cas je vais aborder cette question. Souvenons-nous que les problèmes des réfugiés sont apparus bien avant que la Russie n’entreprenne ses actions pour la normalisation et la stabilisation de la situation en Syrie. L’exode massif de personnes de ces énormes territoires du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Afghanistan, a commencé bien avant notre intervention en Syrie. Aucun reproche à la Russie à propos de l’augmentation du problème des réfugiés n’est acceptable. Notre but justement est de restaurer les conditions pour le retour des réfugiés sur leur lieu d’existence antérieure.
Maintenant à propos de la situation humanitaire autour d’Alep. Pensez-vous que nous avons oublié comment les forces aériennes des États-Unis ont bombardé un hôpital en Afghanistan, au cours duquel ont péri des collaborateurs de l’organisation Médecins sans frontières? Ou bombardé des fêtes de mariages où jusqu’à 100 personnes ont péri en Afghanistan, puis maintenant au Yémen ce qui vient de se passer, lorsque, avec une seule bombe, 170 personnes ont été tuées, 500 blessées lors d’une cérémonie funéraire.
Quoi qu’il en soit, partout où se déroulent des conflits armés, bien malheureusement meurent et souffrent des gens qui n’y sont pour rien. Mais nous ne pouvons permettre aux terroristes de se protéger derrière des civils qu’ils utilisent comme des boucliers humains, et nous ne pouvons permettre qu’ils fassent chanter le monde entier lorsqu’ils ont pris quelqu’un en otage, le tuent et le décapitent. Si nous voulons mener cette guerre à son terme avec les terroristes, il faut alors se battre contre eux, mais ne pas aller vers eux en s’inclinant, et se retirer à reculons.
Question TF1 : Monsieur le Président le fait est que les Français ne comprennent pas pourquoi vous faites subir des bombardements à ceux que vous appelez des terroristes. Nous avons été attaqués par l’EI, qui ne se trouve pas dans Alep. C’est cela que les Français ne comprennent pas.
Président Poutine: Je vais vous expliquer. À Alep la situation est contrôlée par une autre organisation terroriste qui s’appelle Jabhat al Nusra. Elle a toujours été considérée comme une aile d’Al-Qaïda et figure dans la liste des organisations terroristes établie par l’ONU.
Ce qui choque et nous étonne c’est le fait que nos partenaires, et plus précisément américains, d’une façon ou d’une autre tentent sans cesse de sortir le dialogue sur le terrorisme de ses limites propres. Et je vais vous dire pourquoi. Il me semble que nos partenaires systématiquement et constamment reviennent sur les mêmes travers, ils veulent utiliser le potentiel militaire de ces organisations terroristes et radicales pour accomplir leurs buts politiques ; et dans ce cas pour combattre le président Assad et son gouvernement, ne comprenant pas que plus tard ils ne réussiront pas à mettre ces terroristes de côté, dans un coin, et les contraindre à vivre selon les lois et le droit civilisés, s’ils arrivaient à vaincre quelqu’un.
Nous avons à de multiples reprises convenu avec les Américains qu’ils procéderont à la séparation de l’organisation Jabhat al Nosra et de ses semblables des autres organisations que l’on appelle modérées de l’opposition, dont celles qui sont à Alep. Et les Américains ont convenu avec nous que cela doit être fait. Je dirais même plus, nous avons convenu de certains délais, mais mois après mois, rien n’a été fait.
Nous avons tout récemment convenu de ce que nous annoncerions le jour du cessez-le-feu – le jour J comme disent les Américains-. J’avais insisté pour que, auparavant, ils résolvent le problème de la séparation de Jabhat al Nosra et des autres organisations terroristes de ce que l’on appelle l’opposition modérée. Et que, alors seulement, soit annoncé le cesser le feu.
Mais les Américains insistèrent au contraire pour que l’on annonce d’abord un cessez-le-feu et seulement ensuite soit accomplie cette séparation entre terroristes et non terroristes. Finalement nous avons été à leur rencontre et nous avons accepté cela. Et c’est ainsi que le 12 septembre fut annoncé le cessez-le-feu et la cessation des activités militaires. Mais le 16 septembre l’aviation américaine a bombardé les forces syriennes[ii] occasionnant la mort de 80 militaires syriens.
Au même moment, immédiatement après les bombardements, l’État islamique -et ici on parle bien de l’État islamique-, a entrepris une attaque terrestre sur la zone qui venait d’être bombardée. Nos collègues américains nous ont dit que ce bombardement était une erreur. Mais cette erreur a conduit à la mort de 80 personnes. C’est la première chose. Et la deuxième chose, c’est que c’est peut-être aussi par hasard que Daech est passé à l’offensive tout de suite après ces frappes.
Alors, simultanément, à un niveau inférieur, opérationnel, un des responsables militaires américains annonce très directement qu’ils avaient préparé pendant plusieurs jours cette attaque aérienne. Comment pouvaient-ils se tromper s’ils ont consacré plusieurs jours à la préparation?
Ainsi furent rompus nos accord sur un cesser le feu. Qui les a rompus ? Nous ? Non.
Question TF1: on parle du retour possible à la guerre froide mais il y a d’autre part un américain auquel vous plaisez, c’est Donald Trump. Comment le considérer vous? Est-ce qu’il vous plaît ?
Président Poutine: Écoutez, tout le monde nous plaît, l’Amérique est un grand pays, les Américains un grand peuple, intéressant, sympathique et talentueux. C’est une grande nation. Qui ils vont élire nous verrons, et c’est avec celui-ci ou celle-là que nous travaillerons. Bien sûr il est plus commode de travailler avec ceux qui souhaitent travailler avec nous. Si Trump veut travailler avec la Russie alors on peut seulement le saluer, mais il faut seulement que cette collaboration soit sincèrement équitable et mutuelle.
Mais, voyez-vous, revenons au problème de Alep. Nous parlons de ce qu’il est indispensable de mener des convois humanitaires. Tout le monde tente de nous convaincre de la nécessité de le faire. Mais il ne faut pas nous convaincre, nous sommes du même avis, nous pensons qu’il est nécessaire d’organiser des convois humanitaires. Mais comment le faire ? Il n’y a qu’une seule route, par laquelle doit passer le convoi, d’un côté de la route il y a les combattants rebelles et de l’autre il y a des régiments de l’armée arabe syrienne. Nous avons connaissance des provocations et de tirs sur l’une de ces colonnes, et nous savons par quel groupe terroriste ces tirs ont été provoqués.
Nous disons: Convenons d’évacuer les troupes rebelles d’un côté de la route, et l’armée régulière syrienne de l’autre côté de la route. Et nous libérons ainsi le passage et sécurisons cette route pour les convois humanitaires.
Tout le monde est d’accord avec nous et même plus, cela est consigné dans certains documents. Et puis, plus rien ne se passe, personne n’agit du côté de nos partenaires. Soit ils ne veulent pas retirer les troupes rebelles soit ils ne peuvent pas le faire, je ne le sais pas.
Ensuite arrive une proposition exotique. Je vais maintenant vous étonner, vous et vos téléspectateurs. Il nous a été proposé de placer nos forces armées -de l’armée russe- de part et d’autre de cette route. Et d’en assurer la sécurité. Nos militaires, qui sont des gens courageux et déterminés, sont venus me voir et m’ont dit : bien, on peut le faire nous sommes prêts.
J’ai dit non. Si nous le faisons, nous ferons avec les Américains, proposez-le leur. Nous avons proposé et les Américains ont immédiatement refusé : monter au front, ils ne veulent pas. Retirer les troupes rebelles, ils ne veulent pas non plus. Que fait-on dans cette situation ?
Nous devons simplement relever le niveau de confiance mutuelle et comprendre que ces menaces nous sont communes Et ce n’est qu’en travaillant ensemble que l’on peut écarter et éloigner ces menaces.
Avec les services français nous avons d’excellentes relations, nous travaillons concrètement en phase. Ainsi en est-il pour nos spécialistes de lutte antiterroriste avec les spécialistes tant français qu’européens. Mais ce n’est pas toujours le cas.
Par exemple nous communiquons à nos partenaires américains une information. Très souvent elle reste sans aucune réaction. Il y a quelques temps nous avions envoyé une information sur les frères Tsarnaev[iii]. Le premier document a été envoyé, résultat zéro. Puis un second document a été envoyé et nous recevons en réponse « ce n’est pas votre affaire car ils sont déjà citoyens américains nous nous débrouillerons seuls». Résultat il y a eu un acte terroriste aux États-Unis.
N’est-ce pas un exemple de ce qu’en négligeant la coopération dans cette sphère extrêmement sensible nous subissons des pertes ? Il faut s’occuper non de rhétorique politique mais chercher des issues à cette situation qui s’est installée entre autres en Syrie. Quelle issue et quelle solution ? Il n’y en a qu’une : il faut convaincre toutes les parties impliquées dans ce conflit de suivre la voie de solutions politiques.
Ainsi nous avons convenu avec le président Assad, et il l’a accepté, de privilégier la solution d’une nouvelle constitution, puis de mener des élections sur la base de cette constitution. Mais on ne parvient à convaincre absolument personne de cette solution. Si le peuple ne vote pas pour le président Assad, cela veut dire que démocratiquement il y aura un changement de pouvoir, non par le recours à la force depuis l’extérieur, mais par un strict contrôle international et un contrôle de l’ONU. Je ne comprends pas que l’on ne puisse pas s’accommoder avec cette forme démocratique de résolution d’un problème de pouvoir. Mais nous ne perdons pas notre optimisme, et espérons que d’une manière ou d’une autre nous réussirons à convaincre tous nos collègues et partenaires que c’est l’unique moyen de résoudre les problèmes.
Traduction Mufasa – Réseau International
Source : http://www.kremlin.ru/events/president/news/53081
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[i] Le contexte de cette interview est un forum dans la petit ville de KOVROV, dans l’oblast de Vladimir.
[ii] Le bombardement des troupes syriennes par l’aviation US à Deir el Zor, suivit immédiatement d’un assaut de Daesh, EI et autres mercenaires. Assaut victorieux qui permet à ces derniers d’emporter une position très favorable dans l’est de la Syrie
[iii] Selon les autorités US ils seraient les auteurs de l’attentat de Boston.
Voir encore:
Double Standards for Aleppo and Gaza
Algemeiner
September 29, 2016
Make no mistake, the carnage taking place in Aleppo right now is a disgrace to the international community.
The Syrian government and Russian-backed forces are reportedly using chemical weapons, barrel bombs and increasingly powerful explosives to target innocent men, women and children. While rebel fighters have undoubtedly embedded themselves in the city in fortified positions, it appears that the civilian population is bearing the brunt of the conflict.
While there has been some condemnation from the UN, where are the protests on the streets of European capitals and where is the media frenzy about this disgrace?
Had Israel been involved, or had the IDF aimed one solitary munition at Aleppo, I think the response would be much different.
The international community’s condemnation of the Assad regime and Putin’s Russia is nothing compared to the vitriol leveled against Israel for its far more restrained (and completely justified) 2014 operation against Hamas in Gaza.
Unfortunately for the 250,000 residents of Aleppo, the city is not being attacked by the IDF. There are no leaflets being dropped warning civilians to evacuate areas in the line of fire. There is no “roof knocking” — where non-explosive devices are dropped on the roofs of targeted buildings to give civilians time to flee. And judging by the number of civilian casualties and the extent of the destruction in Syria, there is very little to no concern for the well-being of innocent civilians.
Aleppo is a testament to the double standards at play when it comes to the treatment of Israel’s military operations. There is, however, a caveat. The IDF should be held to higher standards than the militaries of both Syria and Russia.
And that is why The Sunday Times of London caught my eye recently. One story was headlined “Putin’s gigantic firebombs torch Aleppo.” Next to it was an article entitled, “RAF drone crew divert missile to save ‘civilian’ seconds from death.”
The dissonance between the two stories is striking. On one side, we have the alleged deployment by Russia of a weapon “capable of blasting a massive ball of flame across wide areas of Aleppo.” On the other, the release of a video by Britain’s Royal Air Force showing a drone missile aimed at ISIS terrorists being diverted at the last minute to avoid killing a civilian.
One side was indiscriminately firebombing, while the other was deliberately acting to prevent civilian casualties.
The RAF evidently felt that its tale was a positive story, which showed that its drone squadrons act both ethically and in accordance with international law. Why is this news? Israel released many videos from incidents where missiles targeting Hamas terrorists were diverted due to the presence of Palestinian civilians. So why then were Israel’s identical efforts not deemed newsworthy?
Granted, the Sunday Times is a British newspaper covering the British military, but the UK press has never been shy about devoting many column inches to Israel and the Palestinians.
Israeli efforts to minimize civilian casualties go unreported or even ignored by the press, and Israel instead finds itself regularly judged in the court of public opinion, which is led by a lazy or hostile media.
So Israel is subjected not only to a different standard than the deplorable militaries of Syria and Russia, but even to a different standard than other Western militaries.
If and when the Syrian conflict comes to an end, will anyone be held to account for what certainly appear, at face value, to be genuine war crimes? Will there be a UN investigation and a Goldstone-style report? Will the International Criminal Court issue indictments? Given Russian involvement and the lack of American global power projection, it is unlikely that anyone will be held to account.
The next time open conflict between Israel and Hamas breaks out, will the parameters of judgment have changed as a result of the carnage in Aleppo and other parts of Syria? Or will Israel continue to be held to a standard of behavior unlike any other military in the world?
The likelihood is that nothing will have changed when it comes to how Israel is treated, and we will be left to conclude that, ultimately, the world will be outraged by Israel defending itself and its citizens irrespective of how ethically it behaves.
Simon Plosker is Managing Editor of HonestReporting
Voir de plus:
Syrie : des horreurs commises par des groupes armés
Amnesty international
[04/07/2016]
Les groupes armés implantés à Alep, Idlib et dans les environs, dans le nord de la Syrie, se livrent à des séries d’enlèvements, de tortures et d’exécutions sommaires.
Depuis cinq ans, nous avons recensé en détail les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis à grande échelle par les forces gouvernementales syriennes. Nous avons également rendu compte des graves violations, y compris des crimes de guerre, imputables à l’EI et à d’autres groupes armés.
Si certains civils dans les zones contrôlées par les groupes armés de l’opposition ont pu au départ saluer le fait d’échapper au joug du régime syrien, l’espoir que ces groupes respecteraient les droits s’estompe au fur et à mesure qu’ils s’emparent des lois et commettent de graves violations.
Notre rapport Torture was my punishment: Abductions, torture and summary killings under armed group rule in Aleppo and Idleb, Syria, (anglais) offre un rare aperçu de ce qu’est la vie dans les zones contrôlées par les groupes armés d’opposition.
Les groupes armés en cause
Nous avons recensé les violences commises par cinq groupes armés qui contrôlent des régions des gouvernorats d’Alep et d’Idlib depuis 2012 :
- Le mouvement Nour al Dine Zinki, du Front al Shamia et de la brigade 16, qui ont rejoint la coalition de groupes armés Conquête d’Alep (Fatah Halab) en 2015
- Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham à Idlib, qui ont rejoint la coalition de l’Armée de la conquête, en 2015
Le rapport apporte aussi un éclairage sur les institutions administratives et quasi-judiciaires mises en place par les groupes armés pour gouverner ces régions.
Une dure réalité pour les civils
Beaucoup des civils sous contrôle des groupes armés d’opposition à Alep, à Idlib et dans les environs vivent dans la peur constante d’être enlevés s’ils critiquent le comportement des groupes armés en place ou ne respectent pas les règles strictes imposées par certains.
À Alep et Idlib aujourd’hui, les groupes armés ont les coudées franches pour commettre des crimes de guerre et bafouer le droit international humanitiare en toute impunité.
Un système judiciaire « sur mesure »
Des groupes armés non étatiques comme le Front al Nosra, le Front al Shamia et le Mouvement islamique Ahrar al Sham définissent leurs propres « systèmes judiciaires » fondés sur la charia (loi islamique) dans les zones qu’ils contrôlent.
Ils mettent sur pied des bureaux chargés des poursuites, des forces de police et des centres de détention non officiels.
Ils nomment également des juges, dont certains ne connaissent pas la charia.
Mauvais traitements et crimes de guerre
Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham notamment appliquent une interprétation stricte de la charia et imposent des sanctions équivalant à des actes de torture ou à des mauvais traitements pour des infractions présumées.
Certains groupes bénéficieraient du soutien des gouvernements du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis notamment, alors que des éléments prouvent qu’ils violent le droit international humanitaire (les lois de la guerre).
Militants des droits humains, minorités et mineurs pris pour cibles
Nous avons recensé 24 cas d’enlèvements par des groupes armés dans les gouvernorats d’Alep et d’Idlib entre 2012 et 2016.
Parmi les victimes figurent des militants pacifiques et même des mineurs, ainsi que des membres de minorités pris pour cibles uniquement en raison de leur religion. Des membres de la minorité kurde à Sheikh Maqsoud, quartier à majorité kurde de la ville d’Alep, figurent parmi les personnes enlevées, ainsi que des prêtres chrétiens ciblés en raison de leur religion.
Plusieurs journalistes et militants utilisant les réseaux sociaux qui rendent compte des violations des droits humains ont déclaré à nos chercheurs avoir été enlevés parce qu’ils avaient critiqué le comportement des groupes armés au pouvoir.
Beaucoup ont ensuite été libérés, sous la pression exercée par la population sur le groupe armé qui les avait enlevés.
Issa, 24 ans, militant utilisant les médias, a déclaré qu’il avait cessé de publier sur Facebook toute information susceptible de lui faire courir des risques après avoir reçu des menaces du Front al Nosra :
Ils contrôlent ce que nous pouvons et ne pouvons pas dire. Soit vous êtes d’accord avec leurs règles sociales et leurs politiques, soit vous disparaissez. Au cours des deux dernières années, j’ai été menacé à trois reprises par le Front al Nosra pour avoir critiqué sur Facebook leur manière de diriger.»
Bassel, avocat installé à Idlib, a été enlevé chez lui, à Marat al Numan, en novembre 2015, pour avoir critiqué le Front al Nosra :
J’étais content d’être enfin libéré du joug inique du gouvernement syrien, mais c’est bien pire aujourd’hui. J’ai critiqué publiquement le Front al Nosra sur Facebook… Le lendemain matin, ils sont venus chez moi me kidnapper.»
Ses ravisseurs l’ont retenu captif dans une maison abandonnée pendant 10 jours, puis l’ont finalement libéré après l’avoir contraint à renoncer à sa profession, le menaçant de ne jamais revoir sa famille s’il n’obtempérait pas.
Exécutions sommaires
Les informations recueillies établissent que des exécutions sommaires sont imputables au Front al Nosra, au Front al Shamia et à leurs « tribunaux » affiliés, ainsi qu’au Conseil judiciaire suprême, entité dans le gouvernorat d’Alep reconnue par plusieurs groupes armés comme l’unique autorité judiciaire de la région.
Parmi les victimes figurent des civils, dont un adolescent de 17 ans accusé d’être homosexuel et une femme accusée d’adultère, ainsi que des soldats capturés des forces gouvernementales syriennes, des membres des milices chabiha pro-gouvernementales, du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) et d’autres groupes rivaux.
Dans certains cas, les groupes armés ont procédé à des exécutions sommaires en place publique. Or, le droit international humanitaire interdit l’homicide délibéré de prisonniers, acte qui constitue un crime de guerre.
Lire aussi : Syrie: le gouvernement bombarde et affame ses citoyens« Saleh », capturé par le Front al Nosra en décembre 2014, a déclaré avoir vu cinq femmes qui, selon un gardien, étaient accusées d’adultère et ne seraient pardonnées « que dans la mort ». Par la suite, il a vu une vidéo montrant des combattants du Front al Nosra tuer l’une de ces femmes, en place publique, dans le cadre de ce qui s’apparentait à une exécution.
Faire pression sur les groupes armés
Les États-Unis, la France, le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite font partie des États membres du Groupe international de soutien à la Syrie, et participent à ce titre aux négociations sur la Syrie.
Ils doivent :
– faire pression sur les groupes armés pour qu’ils mettent fin aux violations et pour qu’ils respectent les lois de la guerre ;
– cesser tout transfert d’armes ou de soutien aux groupes qui se livrent à des crimes de guerre et à des violations flagrantes des droits fondamentaux.
La Russie et les États-Unis, ainsi que l’envoyé spécial des Nations unies en Syrie, doivent mettre l’accent, durant les pourparlers de paix de Genève, sur les détentions imputables aux forces gouvernementales et sur les enlèvements imputables aux groupes armés.
De son côté, le Conseil de sécurité de l’ONU doit imposer des sanctions ciblées aux dirigeants des groupes armés qui se livrent à des crimes de guerre.
Voir enfin:



Obama, ce Ponce Pilate narcissique …
https://www.pressreader.com/france/le-point/20161027/textview
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WE HAVE ORDAINED FOR THE CHILDREN OF ISRAEL (While Pallywood comes to Syria, even the Koran acknowledges its Jewish origins)
Therefore, Adam was created singly, to teach us that whoever destroys a single life in Israel is considered by Scripture to have destroyed the whole world and whoever saves a single life is considered by Scripture to have saved the whole world.
The Mishnah
Together we have saved more than 60,000 Syrians. Our work is guided by an Islamic principle, written in the Quran: “Whoever saves one life, it is as if he has saved all of humanity.”
Radeh Saleh
http://www.nytimes.com/2016/10/21/opinion/we-have-tried-every-kind-of-death-possible.html
For this reason we have ordained for the Children of Israel that whoever kills a person, unless it be for manslaughter or for mischief in the land, it as though he had killed all men. And whoever saves a life, it is as though he had saved the lives of all men. And certainly our messengers came to them with clear arguments, but even after that many of them commit excesses in the land.
The Koran
The whole thrust of 5:32 is that the precept in question is an originally Jewish one that the “Children of Israel” have sinfully failed to live up to. Indeed, the Arabic verb generally rendered by Quranic translations as “we have ordained” or “we have prescribed” is katabuna, “we have written.” So whether or not the Quran was aware of where in Jewish tradition the precept came from (Muhammad may have thought it to be biblical), it was understood to belong to the sacred literature of the Jewish people, revealed to them by God’s “messengers” before the advent of Islam …
http://mosaicmagazine.com/observation/2016/10/the-origins-of-the-precept-whoever-saves-a-life-saves-the-world/
https://jcdurbant.wordpress.com/2016/10/16/boucliers-humains-a-alep-comme-a-gaza-la-desinformation-vaincra-after-beirut-and-gaza-aleppo-will-the-west-ever-learn/
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http://russia-insider.com/en/politics/syrian-girl-misteriously-saved-again-and-again-photo-video/ri17295
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LA POUTINO-AYATOLLAPHILE DE SERVICE DU FIGARO POINTE L’ELEPHANT DANS LA PIECE SYRIENNE
On semble aussi avoir totalement oublié une donnée fondamentale du conflit: les malheureux civils de la Ghouta, comme ceux des ultimes portions du territoire syrien encore aux mains des «rebelles» djihadistes ou de Daech, sont des boucliers humains, peut-être même, en l’espèce, sacrifiés par ces mêmes apprentis démocrates suppôts d’al-Qaïda et consorts pour entraîner l’Occident dans une guerre ouverte avec Moscou et Téhéran.
Caroline Galactéros
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/04/10/31002-20180410ARTFIG00277-pourquoi-la-france-ne-doit-pas-s-associer-aux-frappes-en-syrie.php
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