Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
Moi, président de la République, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local… …parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. François Hollande
Légion d’honneur pour le prince héritier Saoudien. 154 exécutions l’an dernier dans son pays. (…) Voilà pourquoi j’ai refusé la Légion d’Honneur. Sophie Marceau
La seule liste garantie sans cumul. Slogan de la liste d’Emmanuelle Cosse
Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes. Rapport
Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011. «33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes. Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés». (…) Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.(…) «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs. Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste. Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier. Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier. Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France». Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions». Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession. 20 minutes
Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l’enseignement. Environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un notable dans sa préfecture, l’instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants. (…) Nous avons tous des témoignages d’incidents, d’absence de respect entre élèves et professeurs, y compris lors des premières années d’université. Ce n’est pas étonnant. Ces incidents reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants. (…) Le métier de professeur est un métier sans aucune évolution. Les seules promotions possibles, c’est le syndicalisme ou l’inspection. Mais, en réalité, lorsqu’on dénonce le pouvoir syndical, on nage en plein mythe. Le syndicalisme perd de son influence. Les syndicats ont ainsi de plus en plus de mal à recruter chez les jeunes. (…) Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. La prise en compte des seules heures de cours devant les élèves en guise de «temps de service» n’a pas de sens. Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux! Le travail en équipe devrait être généralisé. Les professeurs du secondaire s’identifient à leur discipline, s’y réfugient pour réagir à leur déclassement social. Je ne nie pas le fait qu’ils ont un très bon niveau disciplinaire, utile au lycée. Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire? Il y a trop d’enseignants différents au collège, c’est déstabilisant pour d’aussi jeunes élèves, ballottés toutes les heures d’un adulte à l’autre. Beaucoup ne se remettent pas de cette différence avec l’école primaire. La transition serait plus douce avec moins d’enseignants. Antoine Compagnon
Attention: une déconsidération peut en cacher une autre !
Au lendemain d’une énième fête des femmes …
Et d’un énième remaniement du gouvernement Hollande qui vient de nous doter, entre secrétariats d’Etat à «l’aide aux victimes», à la biodiversité ou à la réforme de l’Etat et la simplification et Ministère du Logement et de l’Habitat Durable …
A un Ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes doublé d’un Secrétariat d’Etat à « l’égalité réelle » …
Pendant qu’entre rencontres de dictateurs et légions d’honneur aux découpeurs de têtes et lapideurs de femmes adultères …
Président comme ministres continuent à s’asseoir sur leurs promesses de campagne …
Et qu’à nos nouveaux envahisseurs chez nos voisins germaniques ou nordiques, on enseigne la position du missionnaire …
Petit retour avec une publicité de l’Education nationale d’il y a cinq ans …
Particulièrement significative, entre jeune professeur ambitieux tout droit « sorti du magazine Challenge ou Capital » et jeune professeure rêveuse digne d‘un catalogue IKEA » …
De tout le chemin qui reste à faire …
Vers l’égalité « réelle » des femmes …
Certes pour une profession à la fois en panne de recrutement et massivement féminisée …
Recrutement des profs : elle a des rêves, il a de l’ambition
Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ». Il lance une campagne destinée à tous les
Blandine Grosjean Rédactrice en chef
Rue 89
16/06/2011
Le ministère de l’Education nationale, « premier employeur de France », recrute cette année 17 000 personnes « dans un contexte où l’ensemble de ses métiers évolue en profondeur ».
Il lance une campagne destinée à tous les étudiants qui réfléchissent à leur avenir professionnel. Il s’agit « d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions : assurer la réussite de chaque élève ».
► Elle : Laura a des « rêves »
Elle s’appelle Laura, elle lit (un roman… « Madame Bovary » ?). Et elle « rêve ». De quoi ? Pas d’argent, ni de réussite, ni d’une grosse voiture. Non, « d’avenir ».
« Et l’avenir pour elle, c’est de faire vivre et partager sa passion, transmettre [eh oui, la vie, ndlr], se consacrer à la réussite de ses élèves. »
L’univers de Laura : tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore).
Elle rêve aussi d’emmener « ses » classes découvrir la Rome antique (là encore, il s’agit de supputations sexistes de l’auteure).
► Lui : Julien a des « ambitions »
Changement de code couleurs : on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, « concret », qu’il va « concrétiser ». Enseignant, c’est la « concrétisation de son projet professionnel », il peut partager :
sa passion,
ses savoirs,
ses valeurs (comme Laura mais c’est plus concret dans le cas de Julien).
On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités : proviseur, inspecteur, responsable syndical…
Laura est une femme, elle est littéraire, douce, plutôt blonde.
Julien est un homme, il est techno, carré, brun. Il a des valeurs.
Voir aussi:
Education Nationale : à elle les « rêves », à lui « l’ambition »
Laure Daussy
Arrêt sur images
le 16/06/2011
Les stéréotypes hommes/femmes ont encore de beaux jours devant eux, à voir la nouvelle campagne de l’Education nationale. Le ministère veut recruter 17000 personnes, et a lancé pour cela une campagne d’affiches que l’on peut voir dans plusieurs médias.
On y découvre un florilège des clichés sur les différences hommes/femme, pointés notamment par Rue89. D’un côté, une femme, Laura, qui « a trouvé le poste de ses rêves », et de l’autre, Julien, qui a trouvé le poste à la hauteur de ses… « ambitions ». L’homme peut apparemment se permettre d’être ambitieux quand la femme se contente de rêver.
Les univers des deux protagonistes sont bien différenciés. Rue89 décrit ainsi : « L’univers de Laura: tons crème et lin, bois clair, zen et féminine attitude. Le thé vert est hors-champ, Laura écoute France-Musique, elle aime aussi dessiner et elle fait du yoga (on imagine). Sans doute va-t-elle demander une décharge de poste pour passer plus de temps avec ses enfants, ou pour se consacrer à ses projets personnels (on imagine encore). »
Quant à Julien : « Changement de code couleurs: on passe au bleu, au gris, high-tech. L’ordi, la chemise bleue (retroussée), Julien bosse au petit matin ou en soirée. Et lui, il a un projet, «concret», qu’il va «concrétiser». Enseignant, c’est la «concrétisation de son projet professionnel». On vous fiche notre billet que Julien est appelé à de hautes responsabilités: proviseur, inspecteur, responsable syndical… »
On a donc, d’un côté, la femme, la douceur, les couleurs pastels, la littérature, la blondeur, le rêve, et de l’autre, l’homme, l’ordinateur, le bleu, l’attitude concentrée, l’ambition.
Heureusement que l’Education Nationale a prévu, dans les nouveaux manuels de Sciences de la vie et de la terre, d’enseigner – un peu – les « gender studies ». Avec cette exigeance précisée dans le bulletin officiel, sous le titre « Devenir homme ou femme » : « Différencier, (…) ce qui relève : de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société (…) ». Ouf !
Voir également:
Professeur, un métier pour filles rêveuses ?
Véronique Soulé
Libération
8 juillet 2011
Laura, la jeune et jolie prof sur l’affiche du ministère de l’Education, a l’air douce et rêveuse – elle lit posément un livre. Julien n’est pas mal non plus – mais pour les hommes, c’est quand même moins important… Surtout, il a l’air décidé et fort en informatique – il est devant un ordinateur. L’actuelle campagne de recrutement de l’Education nationale, qui a mis en colère les syndicats enseignants, dénonçant une opération de com au moment où l’on supprime 16 000 postes, a des côtés très distrayants, voire incongrus.
D’abord, alors que l’on s’inquiète plutôt aujourd’hui des clichés sexistes véhiculés à l’école, elle les reprend allègrement. Laura, la jeune prof, «a trouvé le poste de ses rêves». Julien, son collègue mâle, a, lui, «trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions». Interrogé par Libération, le ministre de l’Education, Luc Chatel, a reconnu que ce problème ne lui avait pas sauté aux yeux. En septembre, il avait pourtant reçu un rapport sur les discriminations à l’école où les experts se désolaient : «Les filles seraient par nature plus tournées vers la littérature et la communication, les garçons seraient plus doués pour les sciences. L’école ne parvient pas à combattre efficacement ces stéréotypes.» Suivaient des propositions pour mieux faire.
Autre bizarrerie : pourquoi cette campagne très médiatique, alors que chaque année, le ministère fait disparaître des postes ? L’opération, qui s’achève le 12 juillet, coûte 1,35 million d’euros hors taxes. Réponse officielle : l’Education nationale veut attirer les meilleurs. Or, avec tout le ramdam autour des suppressions de postes, les gens ont oublié qu’elle recrutait – comme on ne renouvelle pas la moitié des 33 000 départs à la retraite, elle supprime 16 000 postes et embauche 17 000 personnes (dont 11 600 profs). «Nous sommes même le plus gros recruteur de diplômés de master», se félicite-t-on. Mais aussi le plus gros destructeur de postes.
Les syndicats enseignants n’ont pas tout à fait la même version. Pour eux, cette campagne vise à attirer des candidats tout court, dans le cadre d’une baisse inquiétante des vocations. L’an dernier, pour le Capes de maths, discipline quasi désertée, on n’avait pas deux candidats pour un poste. Au ministère, on juge normal d’avoir moins de candidats puisqu’il faut un master contre, avant, une licence, «et les maths sont un problème ancien». Laura la rêveuse et Julien l’ambitieux sauront-ils inverser la tendance ? Réponse dans une semaine avec le nombre d’inscrits aux concours. Officiellement, ça remonte…
Voir encore:
Décortiqué : campagne publicitaire « l’éducation nationale recrute »
Nicolas Gaillard
Le CorteX
8 juin 2011
Vous avez mené avec brio votre analyse de la page « Campagne publicitaire à analyser : l’éducation nationale recrute » ? Voilà ma propre analyse, n’hésitez pas à nous écrire pour compléter / corriger cette proposition de décorticage.
1/ Les effets rhétoriques
L’éducation nationale recrute 17000 personnes…
Ce recrutement semble a priori en contradiction :
D’une part avec le plan d’austérité du gouvernement dénoncé par les syndicats de l’éducation nationale, les élus locaux et nationaux et les fédérations de parents d’élèves : coupes budgétaires, fermetures de classes et suppression d’emplois (comme le présente le reportage ci-contre.)
D’autre part avec la démarche demaîtrise des dépenses publique dans l’éducation nationale, notamment par la suppression de postes, annoncée l’année dernière par Luc Chatel et toujours d’actualité.
La publicité annonce donc « 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »
On est face à une rhétorique en deux étapes :
– Un effet paillasson, c’est-à-dire que le terme pourvoir est ambigu et peut renvoyer à de nombreuses définitions dans cette situation. Il peut vouloir dire plusieurs choses. Ces postes sont-ils créés ? Sont-ils à pourvoir au sens de « remplacer ce qui manque » ? Sont-ils à pourvoir parce que désertés par les professionnels ? Sont-ce des postes précaires ?
Selon comment on l’interprète, ce terme va jouer sur l’équivoque et la compréhension du sens de cette phrase. N’écrire que « 17000 postes sont à pourvoir » désyncrétise le problème, et gomme toute interprétation négative : cela évoque plutôt des maintiens d’emploi, des embauches, voire des créations de postes, de surcroît dans une période de crise.
– Un carpaccio .
Le chiffre 17 000 est un chiffre détaché – c’est-à-dire que l’on ne sait pas à quoi le comparer, ni sur quelle base l’appréhender – il crée un impact important : je me dis « 17 000, c’est beaucoup ! » .
Pourtant cette affirmation dissimule une réalité moins joviale. Si le Ministère de l’éducation nationale recrute 17 000 personnes c’est qu’en réalité sur les 33 000 départs à la retraite en 2011, seule la moitié est effectivement maintenue, conformément aux principes de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (dans le carde de la révision générale des politiques publiques).
La manière dont la publicité est construite met en scène 17 000 postes à pourvoir comme s’il s’agissait de 17 000 postes créés, tout en dissimulant 16 000 suppressions de postes. C’est une forme de scénarisation de l’information, pour l’embellir, la rendre séduisante, mais bien souvent en cachant ses aspects les plus rébarbatifs. On nomme cette manière de faire la technique du Carpaccio ; il suffit de couper en fines lamelles une rondelle de tomate, une feuille de salade, du bœuf ou un ministre de l’éducation pour en faire un « carpaccio de… » beaucoup plus attrayant. Il suffit de « tourner » l’information en la blanchissant, en la mettant en scène, et on obtient un produit d’appel publicitaire.
Enfin, cette campagne met fortement en avant la profession d’enseignant, dans les textes principaux et les images, renforçant une possible erreur de compréhension « 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants ». Mais c’est bien 11 600 postes d’enseignants qui seront recrutés sur les 17 000.
Cela porte à confusion même si ce n’est pas à proprement parler une dissimulation puisque l’information apparaît en bas du document, mais sans donner la répartition des professions et en petits caractères : « Pourquoi pas vous ? 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires sont à pourvoir en 2011. »
En creusant un peu, on s’aperçoit que les arrêtés publiés au Bulletin Officiel fixant au titre de l’année 2011 le nombre de postes offerts au concours pour le recrutement d’infirmier-e-s et de médecins arrivent au maximum à 514 postes (sans savoir précisément si l’ensemble de ces postes sont intégrés dans le total des 17 000 recrutements.)
Je fais une rapide soustraction : 17000 – 11600 – 514 = 4 886
Il reste donc environ 4 886 postes non-précisés et qui n’apparaissent pas dans le texte. C’est bien 17 000 postes dont 11 600 d’enseignants, 414 d’infirmier(e)s, 100 de médecins scolaires et 4886 autres, qui sont à pourvoir en 2011. Finalement la dissimulation pointe le bout de son nez, puisque rien ne laisse supposer que d’autres professions sont concernées et en quelle proportion. (J’ai demandé des informations au Ministère, j’attends et je publierai la réponse.)
Cette campagne publicitaire oriente délibérément vers une erreur de perception : 17 000 postes = 17 000 postes d’enseignants, d’infirmier(e)s et de médecins scolaires. C’est embêtant.
2/ La fabrication de l’image
Julien semble sorti du magazine Challenge ou Capital (magazines sur l’actualité économique en direction des cadres et managers), et Laura d‘un catalogue de mobiliers IKEA.
Les images sont fortement sexuées, avec des stéréotypes classiques, notamment sur les critères de beautés attendus. Pour le garçon c’est une ambiance à dominante bleue, cheveux courts, bruns, chemise dans un environnement studieux. Pour la fille c’est une ambiance à dominante rose : cheveux blonds mi-longs, habits clairs et dans un environnement de détente. Intérieurs aseptisés et modernes, les acteurs sont quasi-souriants, ils semblent détendus, en un mot : heureux. La technologie est mise en avant avec Julien qui est occupé sur un ordinateur portable. Pour Laura c’est la culture littéraire qui est privilégiée, elle lit adossée à une bibliothèque, la jambe nonchalamment pliée.
Ces choix ne sont pas anodins, puisque l’objectif de cette campagne est de rendre séduisant un métier qui ne l’est plus. Alors pas d’élève (pourtant central dans le texte), pas d’établissement scolaire, on est très loin d’une classe surchargée de RAR (Réseau Ambition Réussite).
C’est la plénitude et la dynamique intellectuelle qui sont mises en avant dans ces visuels.
Ce choix scénaristique utilise les mêmes leviers que les campagnes du Ministère de la défense pour les recrutements de l’armée de terre, où le dynamisme, l’aventure et le dépassement de soi sont les axes forts.
3/ Le vocabulaire utilisé dans les images
Que connote-t-il ? Quels problèmes cela peut-il poser ?
La comparaison des deux textes dénote sans ambivalence la différence de genre entre hommes et femmes. Les termes reproduisent les stéréotypes de genre en différenciant la démarche de Laura et de Julien. Laura lit un livre, elle est représentée nonchalante, passive, dans un environnement clair, voire rose (stéréotype féminin) :
« Laura a trouvé le poste de ses rêves. C’est l’avenir qu’elle a toujours envisagé. »
Julien pianote sur un portable, il semble dynamique et actif, il est dans un environnement de travail :
« Julien a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions. C’est la concrétisation de son projet professionnel. »
Laura a trouvé le poste de ses rêves : est-ce l’unique ? Celui qui lui était destiné ? Le poste de ses rêves connote un déterminisme de genré « fille », où selon les représentations classiques, la femme est maîtresse d’école ou infirmière plus volontiers que chercheur en physique (ce qu’on appelle les professions du care, « prendre soin »). C’est d’ailleurs l’avenir qu’elle a toujours envisagé, le déterminisme est renforcé, c’est devenu sa vocation (étymologiquement un appel venu d’ailleurs, comme Jeanne d’Arc), son destin..
Julien, quant à lui, a trouvé un poste ; un parmi d’autres, contrairement à Laura. A-t-il plus de choix que Laura ? Les termes connotent clairement une attitude dynamique, affirmée et déterminée. Il a de l’ambition et concrétise ses projets. Ceux-ci sont professionnels, là où Laura vit un rêve.
Laura est une fée, douce, blonde, habillée en blanc et cantonnée à la littérature ; Julien est un homme, il est branché haute-technologie, dynamique, brun, en chemise aux manches retroussées et cantonné aux sciences.
Tous ces éléments viennent renforcer un essentialisme sexuel. On reproduit l’idée implicite de comportements genrés qui seraient naturels, en évinçant la question de leurs construction sociale. Voir les travaux du Cortex sur ces questions Sociologie, anthropologie – Atelier sur le racisme ordinaire et Biologie, essentialisme – Nature, écologisme, sexisme, racisme, spécisme .
Finissons sur un détail : cette publicité est un exemple rare de la féminisation des textes. C’est en général peu employé, d’abord par commodité de lecture, c’est une pratique qui alourdit le texte. Pourtant ici, infirmier apparaît infirmier(e)s. Initiative intéressante, si ce n’est que celle-ci n’est appliquée que dans un sens : simplement pour masculiniser une profession, infirmière, plutôt que pour en féminiser également une autre, comme enseignant. On peut se demander alors ce que vise réellement cette démarche, elle ne cherche apparemment pas à pointer la construction genrée de notre grammaire et rétablir un peu la balance.
Alors même que les établissements scolaires cherchent à lutter quotidiennement contre les discriminations, notamment sexuelles, cette campagne de publicité s’inscrit précisément dans la reproduction de stéréotypes. Bigre, je gronde mais à 1,35 milion d’€ la campagne publicitaire, le résultat n’est pas fameux : je préviens le Ministre de ce pas et promis je vous mettrai la réponse plus bas.
Voir de même:
Education nationale: La campagne de recrutement du ministère fait jaser les syndicats
SOCIETE Elle promet 17.000 nouveaux postes, quand 16.000 sont supprimés dans le même temps…
Capture d’écran du site du ministère de l’Education nationale consacré à sa campagne de recrutement en 2011. – 20minutes.fr
Corentin Chauvel
20 minutes
01.06.2011
Avec l’Education nationale, il ne vaut mieux pas se perdre dans les chiffres. Après avoir jugé probable dimanche la suppression d’au moins 16.000 postes l’an prochain, Luc Chatel a lancé ce mercredi une campagne de recrutement de 17.000 postes en 2011.
«33.000 fonctionnaires partent à la retraite dans l’année, 16.000 ne sont pas remplacés (non-remplacement d’un départ en retraite sur deux) donc 17.000 sont à pourvoir», explique-t-on au ministère, joint par 20Minutes.
Sauf que les 16.000 suppressions de 2012 concernent, si l’on en croit Luc Chatel, uniquement des enseignants et que, dans le détail, les 17.000 nouveaux fonctionnaires ne seront pas que des professeurs. Ils ne seront en effet que 11.600 (3.000 dans le premier degré, 8.600 dans le second), le reste étant «des agents administratifs, du personnel de santé scolaire, des métiers extrêmement variés».
«L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!»
Les syndicats ne croient pas au but de cette campagne: «L’objectif, c’est que tout le monde s’y perde!», persifle Christian Chevalier, secrétaire général de SE-Unsa, contacté par 20Minutes. «C’est un plan com’ pour brouiller les esprits, une publicité sur ce qui existe déjà puisqu’on recrute autant d’enseignants chaque année», ajoute le syndicaliste.
«C’est limite de la provocation», renchérit Bernadette Groison, secrétaire générale du FSU, pour qui cette promotion «ne se confronte pas à la vraie question de la revalorisation du métier. Car la difficulté à recruter des enseignants est bien réelle. «C’est la première fois que le nombre de candidats qui se présentent au concours chute de manière brutale», indique Christian Chevalier, qui explique ce phénomène par trois facteurs.
Trois facteurs déterminants
Le premier, c’est un «vivier pas suffisant». Le nouveau niveau de recrutement en M1 au lieu de la licence écarte de fait près de 200.000 candidats potentiels. Les disciplines scientifiques sont les plus en peine avec «autant de candidats que de postes à pourvoir», précise le syndicaliste.
Ensuite, c’est l’image du métier qui cloche: suppressions de postes, classe surchargées, métier difficile et anxiogène… Autant d’éléments qui ne profitent pas à la valorisation de l’Education nationale, selon Christian Chevalier, qui déplore également un troisième facteur financier.
Pour le syndicaliste, «démarrer une carrière à 1.500 euros pour atteindre 2.000 euros dix à douze ans plus tard», ce n’est pas très alléchant. «Il y a nettement mieux ailleurs, notamment dans le domaine scientifique. Les étudiants préfèrent aller bosser chez Total, où les promotions sont plus avantageuses», ajoute Christian Chevalier.
«Vers une crise du recrutement»
Ce sont justement ces deux derniers facteurs auxquels le ministère entend s’attaquer avec cette campagne. «Cela fait partie de la politique de revalorisation du métier d’enseignant», précise-t-on rue de Grenelle, où l’on se vante toujours d’être toujours «le premier recruteur de France».
Dotée d’un budget de plus d’un million d’euros, la promotion de l’Education nationale voit large avec une présence dans tous les médias sauf la télévision. La campagne a pour objectif «d’attirer les meilleurs talents au service de la plus noble des missions: assurer la réussite de chaque élève». Sur les affiches, «Laura a trouvé le poste de ses rêves» et Julien «un poste à la hauteur de ses ambitions».
Un sexisme dont se gausse Christian Olivier: «On essaie quotidiennement en classe de tordre les clichés quand l’institution les reprend à son compte.» «La réalité, c’est que le métier d’enseignant ne fait plus recette et on va vers une crise du recrutement», résume-t-il encore, dans l’attente d’une politique «qui redonnerait ses lettres de noblesse» à la profession.
Voir de plus:
Féminisation des noms de métiers : encore un effort !
Gaëlle Dupont
Le Monde
11.03.2016
Il y a trente ans, dans la foulée de la Journée internationale des droits des femmes, le premier ministre Laurent Fabius adressait à son gouvernement la circulaire du 11 mars 1986 prescrivant « la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades, ou titres » dans tous les textes réglementaires et documents officiels. Vingt-neuf journées des droits des femmes après, beaucoup de chemin reste à faire. Il arrive encore régulièrement d’entendre « Madame le député » ou « Madame le sénateur » au Parlement, par exemple.
Un « Madame le président », adressé à la vice-présidente socialiste de l’Assemblée nationale Sandrine Mazetier en octobre 2014, avait valu au député (UMP) Julien Aubert une sanction financière. « Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite », avait riposté Mme Mazetier. L’affaire avait créé un de ces drames dont sont coutumiers les Français, friands de querelles langagières.
Les élus ne sont pas les seuls concernés. Hélène Carrère d’Encausse veut être appelée Madame le secrétaire perpétuel de l’Académie française – en accord avec la ligne de l’institution. Muriel Mayette a longtemps été administrateur général de la Comédie-Française. Dans le langage courant se répand l’usage du pronom féminin accolé à un terme qui reste au masculin : une professeur, une médecin, une chef – quoique cheffe gagne du terrain.
La puissance des habitudes
Plusieurs raisons expliquent cette inertie. Dans une mise au point d’octobre 2014, l’Académie française s’élevait contre « un esprit de système qui tend à imposer (…) des formes qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes », par exemple procureure, sapeuse-pompière, recteure. Pour l’institution, « la dénomination de la fonction s’entend comme un neutre distinct du sexe de l’individu qui l’incarne ».
L’esthétique est souvent citée. La puissance des habitudes est déterminante. Autrice, le féminin d’auteur, est unanimement jugé laid, alors qu’actrice ne l’est pas. Dans un guide d’aide à la féminisation des noms publié en 1999 à la demande du gouvernement, le linguiste Bernard Cerquiglini estimait ces réticences d’ordre « psychologique et socioculturel ». « La néologie est dissonante quand elle est dérangeante », affirmait-il en préambule d’une liste comportant des centaines de substantifs féminins, d’abatteuse à zootechnicienne.
Les usages changent tout de même, à mesure que les femmes accèdent à des postes et des métiers autrefois fermés. « Appelez-moi Madame la maire », a déclaré Anne Hidalgo dès son élection en mars 2014. On rencontre aujourd’hui des chirurgiennes, des expertes, des policières, des préfètes, des principales. Le Monde a consacré jeudi 10 mars un article au rapport de la contrôleure générale des prisons, Adeline Hazan.
« Le Monde accompagne, et quelquefois précède légèrement, par sympathie, la féminisation des noms », explique Lucien Jedwab, ancien chef de la correction du journal. Non sans débats. « Auteure a suscité des réticences, y compris chez certaines rédactrices », se souvient-il. L’emploi de contrôleure a fait réagir des lecteurs. « Contrôleuse pose problème, estime Lucien Jedwab. Il y a un attachement à l’idée que la fonction doit sonner à l’oreille. »
« Dans les cas compliqués, il faut laisser les choses se faire, estime Gaëlle Abily, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. L’usage tranchera. » Cette institution est désormais un aiguillon. « L’usage du féminin est un enjeu fondamental au même titre que l’égalité des salaires, estime Mme Abily. Le langage est le reflet de notre société. La prééminence du masculin est un choix qui date du XVIIe siècle. Il a été jugé plus noble. »
Signe d’une nouvelle ère ? Le Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, publié par le Haut Conseil en novembre 2015, a rencontré un succès inespéré. Il comporte dix recommandations, dont la féminisation des noms, mais aussi l’utilisation de l’ordre alphabétique (égalité femmes-hommes), ou encore le recours à une écriture où sont visibles le féminin et le masculin, « afin que les femmes comme les hommes soient inclus.e.s ». Cette formule commence à percer dans certains documents officiels. Reste à savoir si elle conviendra au plus grand nombre de lecteur.trice.s
Voir encore:
INTERVIEW – Antoine Compagnon, professeur de littérature française au Collège de France, est notamment l’auteur d’Un été avec Montaigne. Pour lui, le déclassement social des enseignants est lié à la massification de l’enseignement.
LE FIGARO. – Pourquoi le métier d’enseignant est-il déconsidéré en France, comme dans la plupart des pays européens?
Antoine COMPAGNON. – Cette déconsidération est liée au déclassement social des professeurs, lui-même lié à la massification de l’enseignement. Environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012! Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un professeur était un notable dans sa préfecture, l’instituteur était un notable au même titre que le maire ou le médecin du village. Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.
Pourquoi les jeunes respectent-ils moins les professeurs en France qu’ailleurs?
Nous avons tous des témoignages d’incidents, d’absence de respect entre élèves et professeurs, y compris lors des premières années d’université. Ce n’est pas étonnant. Ces incidents reflètent ce que pensent les parents et l’ensemble de la société des enseignants.
Nos compatriotes critiquent fortement l’influence des syndicats d’enseignants…
Le métier de professeur est un métier sans aucune évolution. Les seules promotions possibles, c’est le syndicalisme ou l’inspection. Mais, en réalité, lorsqu’on dénonce le pouvoir syndical, on nage en plein mythe. Le syndicalisme perd de son influence. Les syndicats ont ainsi de plus en plus de mal à recruter chez les jeunes.
Quelles réformes proposez-vous concernant le statut des enseignants, en pleine discussion au ministère?
Ce qui est aberrant, c’est ce statut des enseignants qui n’a pas évolué depuis 1950. Il date d’avant la télévision, d’une époque où très peu de Français allaient au collège et encore moins au lycée. La prise en compte des seules heures de cours devant les élèves en guise de «temps de service» n’a pas de sens. Il faut plus de présence dans les établissements et les bureaux!
Le travail en équipe devrait être généralisé. Les professeurs du secondaire s’identifient à leur discipline, s’y réfugient pour réagir à leur déclassement social. Je ne nie pas le fait qu’ils ont un très bon niveau disciplinaire, utile au lycée. Mais, concernant le collège, qu’y a-t-il de dégradant pour un professeur de français d’enseigner aussi l’histoire? Il y a trop d’enseignants différents au collège, c’est déstabilisant pour d’aussi jeunes élèves, ballottés toutes les heures d’un adulte à l’autre. Beaucoup ne se remettent pas de cette différence avec l’école primaire. La transition serait plus douce avec moins d’enseignants.
Voir aussi:
Louise Tourret
Slate.fr
15.01.2014
La féminisation d’un métier est-il un mauvais signe pour ce métier? Est-ce parce qu’il est féminisé qu’il est déclassé, ou l’inverse? Quelle est la place des hommes et des femmes dans l’Education nationale? Une interview critiquée d’Antoine Compagnon permet de se pencher sur ces questions.
Professeur au Collège de France, grand spécialiste de Montaigne, Antoine Compagnon a accordé un entretien à Marie-Estelle Pech, journaliste éducation au Figaro, qui a provoqué des réactions inhabituelles pour le monsieur et le sujet. Le propos tournait autour du manque de perspectives dans le métier d’enseignant et de la déconsidération dont il pâtit. Pour Antoine Compagnon, un temps pressenti pour être nommé à la tête du Conseil supérieur des programmes (scolaires), cette déconsidération s’explique:
«Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. C’est inéluctable. Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple. L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.»
Les Inrocks ont publié une autre interview pour vérifier que c’était bien ce que Compagnon pensait avoir dit et pensait tout court et, apparemment, c’est le cas.
Les propos de l’universitaire ont évidemment été vertement critiqués sur les réseaux sociaux et sur des sites d’information comme avec cet intéressant article par exemple. Un texte en particulier, signé Anne-Charlotte Husson, a beaucoup circulé. Et la colère est grande:
«Grâce à vous, j’en ai appris encore un peu plus sur ma réelle motivation, celle que je me cachais à moi-même. J’avais sous-estimé un fait important : j’ai moi aussi un titre, je suis Etre Humain à Utérus Intégré (EHUI, à prononcer “eh oui”), et cela ne peut que déterminer chaque aspect de ma vie.»
Mais revenons sur la déclaration d’Antoine Compagnon, point par point.
«Les métiers de l’enseignement étaient des métiers de promotion sociale. Ils ont cessé de jouer ce rôle. La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser»
Est-ce une fausse banalité ou cette affirmation est-elle étayée? Si les enseignants sont une profession dévalorisée que dire des juges et des médecins dont parle l’interview? Et des politiques? Est-ce la présence accrue des femmes qui dévalorise un métier?
Marlaine Cacouaut-Bittaud explore les articulations complexes mais possibles entre vie personnelle et vie professionnelle chez les enseignantes. Elle a publié une étude qui portait très précisément sur ce sujet. Elle date de 2001 et est intitulée: «La féminisation d’une profession est-elle signe de perte de prestige?»
Elle cite Christian Baudelot et Roger Establet, deux très grands sociologues de l’éducation pour qui la présence minoritaire des hommes dans les écoles n’est pas un phénomène récent puisque les institutrices formaient déjà 62% du corps en 1923 et 67,2% en 1939. C’est seulement dans les années 1960 qu’on l’interprète comme un signe de déclin.
Marlaine Cacouaut-Bittaud rappelle aussi que l’idée qu’une profession se dévaloriserait par la présence des femmes est en général véhiculée par… des hommes. Avec une vision contradictoire de leurs intérêts et de ceux de femmes. Un exemple avec les médecins:
«Au cours des dernières décennies, une partie des médecins (les généralistes plus que les spécialistes, ceux qui occupent “les positions relativement dominées”) se sentent “déclassés”. Le mode d’exercice, fréquent chez les femmes, qui consiste à se réserver un jour de liberté, à s’associer, à travailler à temps partiel, apparaît comme une menace. En effet, il contribue à banaliser le métier: que les médecins s’organisent pour vivre “comme tout le monde” est considéré par beaucoup d’entre eux comme l’indice d’une baisse de prestige. Un métier “masculin” (qui suppose une épouse dévouée et des revenus confortables) se verrait transformé en métier “féminin”, aux horaires et aux revenus limités, de plus en plus contrôlé par l’Etat. Comme nous l’avons laissé entendre, la réalité est plus complexe car des salariées peuvent atteindre un niveau de rémunération plus élevé que des généralistes et des spécialistes femmes cumulent un bon niveau de revenus et une souplesse dans l’organisation de leur temps. Néanmoins, des questions cruciales sont soulevées à l’occasion des discussions ou des polémiques entre praticiens. Les femmes revendiquent l’amélioration de la couverture maternité des indépendantes, dénoncent l’augmentation des cotisations retraite, acceptable pour les hauts revenus mais pénalisante pour les professionnelles, qui gagnent, dans l’ensemble, moins que leurs confrères et gèrent plus souvent un cabinet à temps partiel».
Bref, un métier valorisé, serait un métier chronophage. Le fait est que le temps partiel ou l’organisation des temps de vie qui permet de tout faire –entendez l’éducation des enfants– reste majoritairement un choix de femmes et que 80% des tâches domestiques et éducatives sont assurés par les femmes. Ce n’est pas une opinion, ce sont les statistiques qui le montrent.
«Un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple»
Concernant la question du salaire d’appoint, Marlaine Cacouaut-Bittaud rappelle que oui, dans les années 1970-80 beaucoup d’enseignantes étaient femmes de cadres (ce qui induisait des vraies différence sociales au sein des équipes soit dit en passant).
Cette réalité paraît périmée, comme la notion de salaire d’appoint en général. Mais ce qui n’est pas périmé, c’est que le salaire des enseignants subit une baisse relative depuis cinquante ans et ça, ce sont leurs syndicats qui l’affirment.
«L’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants.»
En 2010, Julie Jarty a étudié les usages de la flexibilité temporelle chez les enseignants en partant du postulat suivant:
«Il existe une perception largement répandue selon laquelle la profession enseignante serait woman-friendly, “bien pour une femme”»
Son étude la conduit à la conclusion suivante:
«La contraction du temps passé au sein de l’établissement après la naissance d’un enfant se révèle une pratique plutôt féminine; rares sont les hommes pour qui la naissance d’un enfant engendre un tel changement. Si la négociation d’emploi du temps “sur mesure”, permettant une compatibilité d’enseignement avec les horaires scolaires de leurs propres enfants, est une pratique courante et admise dans les collèges et lycées étudiés, les directions d’établissement consentent souvent à élaborer des emplois du temps explicitement évoqués en termes “d’horaires de mamans”, avec des journées de cours concentrées entre neuf heures et seize heures et/ou des mercredis matins libérés.»
Voilà pour le collège. Et le sociologue François Dubet avance même que pour une partie des femmes, le choix du métier d’enseignant se fait sur l’idée qu’il s’agit d’un métier diplômé qui va leur permettre de concilier leur vie professionnelle et personnelle.
Que le métier attire aujourd’hui moins d’hommes et plus de femmes devraient nous faire réfléchir d’autant que, d’après les statistiques du ministère du Travail, il s’agit une exception dans les métiers diplômés où la tendance est plutôt à l’équilibrage.
«Pour certains enfants, il serait préférable d’avoir aussi affaire à des hommes à l’école primaire, à des figures masculines comme à des figures féminines.»
Antoine Compagnon affirme cela non pas dans Le Figaro mais dans Les Inrocks et c’est peut-être ce qu’il y a de plus scandaleux dans ses propos récents.
L’idée selon laquelle «il serait préférable d’avoir aussi affaire à des hommes» reste totalement à démontrer à ce jour et relève d’une conception étroite de l’éducation… et des femmes.
Mais, voyons comment se répartissent les postes entre hommes et femmes à l’école. Il n’y a presque que des femmes dans les maternelles (93%) mais leurs inspecteurs sont majoritairement des hommes (62%). Alors le plafond de verre à l’école, on en parle? Dans le secondaire: 56% de femmes, mais des personnels de direction majoritairement masculin (60%). Il y a aussi 70% de recteurs (mais là le progrès est notable). Plus on monte dans la hiérarchie scolaire, plus il y a d’hommes. Et tout en haut, au ministère, ils sont majoritaires comme dans le cabinet de Vincent Peillon.
En matière d’inégalités, dans la vie professionnelle comme personnelle, la féminisation du corps enseignant et sa répartition dans l’école posent aussi de bonnes questions. Des questions qu’il serait regrettable d’ignorer alors que l’institution promeut le combat contre les stéréotypes en son sein.
Voir aussi:
«Egalité réelle», «biodiversité»: Hollande ou l’art d’inventer des secrétariats d’Etat ridicules
Anne-Sophie Letac
Le Figaro
12/02/2016
FIGAROVOX/CHRONIQUE- Anne-Sophie Letac a lu la liste des ministres et des secretaires d’Etat du nouveau gouvernement. Et essayé de comprendre à quoi ils peuvent correspondre.
Ancienne élève de l’école Normale supérieure, Anne-Sophie Letac enseigne en classes préparatoires. Elle tient une chronique sur FigaroVox.
Au delà du calcul grossièrement visible de François Hollande, qui change de gouvernement pour un aéroport et s’offre au prix promotionnel de deux maroquins les gros titres dithyrambiques de La Dépêche, le récent remaniement ministériel illustre deux caractéristiques majeures de notre vie politique, la mise au placard du sens du ridicule, qui tue en politique, contrairement à ce qu’en dit le sens commun, et l’absence totale d’un sentiment pourtant utile et noble, la vergogne.
Dans un système où la communication oblitère les idées, la parole politique perd ainsi tout son sens, et comme une voiture qui perdrait l’adhérence avec la route, se trouve victime d’un périlleux aquaplaning dans l’opinion publique.
C’est ce qui se produit par exemple lorsqu’on ose créer un Secrétariat d’Etat à «l’égalité réelle», parfaite illustration de cette perte de sens. Est-ce à dire que l’égalité était depuis mai 2012 fictive, partiellement irréelle ou purement théorique? Un autre secrétariat d’Etat est dévolu à «l’aide aux victimes», mais victimes de quoi au juste? Sûrement des attentats, mais pourquoi pas du choc fiscal, des accidents d’autocar, de la réforme de l’orthographe, ou de la catalepsie due aux discours empêtrés de François Hollande? Un troisième est chargé de la biodiversité, à côté du ministère de l’Environnement. Peut-être s’agit-il de veiller sur l’écosystème du gouvernement, cet élevage de homards qui s’entredévoreront si on ne leur bloque les pinces avec des élastiques? Certes nous devrions être rassurés par le Ministère du Logement et de l’Habitat Durable, qui nous garantit que la maison n’est pas en carton. Enfin, dans le domaine plus subtil de l’injonction paradoxale, le nouveau gouvernement affiche une parité irréprochable, mais associe désormais de manière rétrograde la défense des droits des femmes à la famille et à l’enfance, peut-être pour faire oublier le mariage pour tous.
Qui mieux que Jean-Vincent Placé pouvait assurer la « réforme de l’Etat et la simplification », lui qui, élu public, représentant de la nation, a résolu le problème de ses 133 contraventions impayées en les rangeant dans un tiroir ?
Il est d’autre part frappant de constater la perte de toute vergogne, de tout sens du ridicule, et l’impudence de certains politiques.
Qui mieux que Jean-Vincent Placé pouvait assurer la «réforme de l’Etat et la simplification», lui qui, élu public, représentant de la nation, a résolu le problème de ses 133 contraventions impayées en les rangeant dans un tiroir? Gageons que cette charge lui a été confiée après qu’il ait déclaré «ne pas être très bon avec les papiers», un peu comme son malheureux collègue Thomas Thévenoud, atteint de «phobie administrative» qui conclut récemment dans la presse: «Evidemment c’était une connerie de communication, il ne fallait pas le dire». Jean-Vincent Placé considérait tout secrétariat d’Etat comme indigne de lui: «Maman va penser que je fais le courrier» avait-il affirmé au JDD le 7 février 2011. Il faut croire qu’il l’a oublié, ou bien qu’il y a prescription, pas comme en Suède, où les mots comptent, et où la transparence exige que les dépenses des ministres soient accessibles publiquement. La ministre Mona Sahlin dut ainsi démissionner en 1995 et disparaître dix ans de la vie politique pour avoir acheté des chocolats avec sa carte bleue de fonction.
Il est d’autre part frappant de constater la perte de toute vergogne, de tout sens du ridicule, et l’impudence de certains politiques.
De son côté, Jean-Marc Ayrault n’éprouve aucune gêne à devenir ministre des Affaires Etrangères de Valls III après avoir été premier ministre d’un gouvernement où ses amis politiques se chargeaient de l’humilier sans l’aide de l’opposition. Claude Bartolone disait de lui «Il est là… Au Parlement, on fait avec». De son côté, la verte Emmanuelle Cosse semble affligée d’une mémoire de petit pois, elle qui tweetait le 19 janvier dernier: «Déchéance de nationalité: un non sens, une incompréhension totale, cette proposition fait du mal à la société» et en février 2015 «49.3, aveu de faiblesse, déni de démocratie #loiMacron». Ces critiques acerbes, de même que la fidélité à son parti, ont cédé devant l’attrait du pouvoir.
Bizarrement oublieux ou distraits, ces personnages comptent sur la mémoire de poisson rouge du citoyen, affaiblie par la vie quotidienne et par la succession frénétique d’événements chassant les précédents. Pourtant leur espoir se heurte cruellement à la réalité, puisqu’il n’a jamais été aussi facile de retrouver les traces des faits et dits de chacun, ce dont ne se privent pas les réseaux sociaux.
La première victime de l’aquaplaning, c’est donc François Hollande, dont la parole ne porte pas plus que celle d’un professeur chahuté dans une classe où volent des drones en papier. Gaspard Gantzer lui aurait conseillé de se taire, mais même son silence est désormais inaudible.
Voir également:
Passés de ministère à secrétariat dédié, les droits des femmes sont repassés hier au statut de ministère, mais relégués derrière deux autres virgules polémiques : la famille et l’enfance. Il n’a pas fallu longtemps à Laurence Rossignol, en charge du nouveau ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes donc pour affronter sa première tempête médiatique. Plusieurs mouvements féministes ont vivement critiqué ce rapprochement aux accents « Trente Glorieuses » selon eux. L’association Osez le féminisme s’est rapidement fendue d’un communiqué jeudi soir dénonçant le « nouveau triptyque rétrograde du gouvernement ». « François Hollande et Manuel Valls, à travers cette nouvelle composition, affichent tout leur mépris à l’encontre des droits des femmes, subalternes à la question de la famille et des enfants. Nous rappelons encore et toujours que les droits des femmes sont une question transversale à toutes les questions politiques, et pas que à la famille. » Le collectif Les effronté-e-s, lui, est resté « baba ». « Comme c’était de coutume sous la droite, l’État assigne les femmes aux thématiques de la famille et de l’enfance ! », a-t-il déclaré dans un très court communiqué.
Levée de boucliers
Les femmes politiques Danielle Bousquet (présidente du Haut-Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), Chantal Jouanno (sénatrice UDI) et Pascale Vion (membre du CESE) ont coécrit un communiqué le jour même pour faire part de leurs « sérieuses préoccupations » quant à ce rapprochement. « Mettre sous un même ministère « la famille, l’enfance et les droits des femmes », n’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles : celui d’épouse et de mère ? », s’interrogent les signataires, qui réclament « des clarifications et des assurances du gouvernement quant à son engagement en matière de droits des femmes et d’égalité entre les sexes ».
De son côté, Caroline de Haas, militante très médiatisée et ancienne fondatrice d’Osez le féminisme, est -sans surprise- contre le parti pris du gouvernement. Elle a aussitôt initié une campagne via le site Macholand qu’elle a lancé en 2014, sorte de vigie qui traque le machisme et propose de harceler ses initiateurs via les réseaux sociaux. « Les droits des femmes sont désormais la responsabilité de Laurence Rossignol, avec la famille et l’enfance. Un vrai truc de filles (…) Aujourd’hui, c’est un nouveau renoncement et un nouveau bras d’honneur à la défense des droits des femmes », dénonce, tout en mesure, le texte de présentation de l’opération qui vise à adresser massivement au compte Twitter de François Hollande le tweet suivant :
Le blog féministe Les Martiennes est parmi les seuls à avoir emprunté la voie de la pédagogie. « Pourquoi c’est une maladresse ? Parce que les sujets touchant les droits des femmes sont beaucoup plus larges que la famille et les enfants. À vrai dire, ceux-ci concernent tout le monde… Le signal envoyé ? Les femmes sont encore cantonnées à la maison et à la sphère familiale. Rappelons que le temps partiel subi, les inégalités salariales, les violences faites aux femmes, l’éternel plafond de verre, la faible représentation dans les sphères de pouvoir politique ou économique n’ont rien à voir avec la famille ».
Famille et droits des femmes « intimement liés »
En guise de réponse, la nouvelle ministre a tenu à dédiaboliser le « triptyque rétrograde », en soutenant que rapprocher famille et droits des femmes n’est pas une insulte réductrice, mais une vision pragmatique. Au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV vendredi matin, elle a affirmé : « la famille, ce n’est pas un repoussoir, ce n’est pas une valeur négative. C’est probablement la principale valeur commune : tout le monde en a une, ceux qui n’en ont pas aimeraient bien en avoir une mais c’est aussi l’axe d’une partie des inégalités. Quand on sait par exemple que 40% des femmes changent leur façon de travailler ou leur projet de carrière professionnelle à l’arrivée du premier enfant contre simplement 6% des hommes, on voit bien que, dans les inégalités femme-homme, quelque chose se construit et se dessine dans ce triptyque famille-enfance-droits des femmes », a-t-elle clarifié.
En effet, la carrière des femmes est souvent mise entre parenthèses pour maintenir l’équilibre interne d’une cellule familiale dont elles assument 80% des tâches domestiques. Plus souvent que son conjoint, la femme arrête de travailler ou choisit un temps partiel ou le télétravail pour s’occuper de leur nouveau-né, suit son partenaire en expatriation et n’ose pas postuler ou accepter une promotion. La conciliation entre vies privée et professionnelle reste encore majoritairement l’affaire des femmes dans la société.
Plutôt que de voir la femme au foyer, bébé dans un bras, torchon à la main, Laurence Rossignol soutient une vision pragmatique du rôle de la famille dans les inégalités. « Les inégalités professionnelles dans l’entreprise, les inégalités salariales, elles se jouent aussi dans la charge qu’ont les femmes dans les familles. Quand on voit à quelle lenteur évoluent la répartition et le partage des tâches ménagères et des responsabilités familiales… Qu’est-ce que je peux faire moi ? Ce que je faisais déjà : une politique familiale dans laquelle l’accès au mode d’accueil pour les jeunes enfants est une priorité parce que c’est la clé ».
Qui plus est, c’est aussi dans la sphère familiale que surviennent les violences conjugales, récemment illustrées par l’affaire Jacqueline Sauvage, les mutilations sexuelles, les viols (80% des victimes connaissent leur agresseur), les stéréotypes culturels sexistes, l’autocensure notamment liés à l’éducation ou encore l’isolement des mères célibataires, auxquelles la ministre a fait référence. « La famille, les droits des femmes et les enfants sont intimement liés dans la vie quotidienne des femmes. Ce qui a changé, ce sont les familles, en particulier les familles monoparentales. Aujourd’hui, elles représentent presque 25% des familles. Ce sont des femmes seules qui concentrent sur leurs épaules une part importante de la pauvreté, de la précarité, elles élèvent leurs enfants seules, c’est dur, elles travaillent et elles sont parfois aussi très isolées. »