Meurtre d’Ilan Halimi/10e: Arrêtez de nous embêter avec ce fait divers (Tortured and assassinated in France because he was Jewish: Ten years on, France still can’t seem to come to grips with its antisemitism)

GaucheFinkieilan – Spotlightquotes
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Ilan Jacques Halimi, torturé et assassiné en France parce qu’il était juif à l’âge de 23 ans. Pierre tombale d’Ilan Halimi à Jérusalem
S’il faut un village pour élever un gamin, il faut aussi un village pour en abuser un. Avocat arménien du film Spolight)
When you’re a poor kid from a poor family, religion counts for a lot. And when a priest pays attention to you it’s a big deal. He asks you to collect the hymnals or take out the trash, you feel special. It’s like God asking for help. And maybe it’s a little weird when he tells you a dirty joke but now you got a secret together so you go along. Then he shows you a porno mag, and you go along. And you go along, and you go along, until one day he asks you to jerk him off or give him a blow job. And so you go along with that too. Because you feel trapped. Because he has groomed you. How do you say no to God, right?  Phil Saviano (activiste dans Spotlight)
Tout le monde sait grosso modo ce qu’est un «bouc émissaire»: c’est une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. Le bouc émissaire (synonyme approximatif: souffre-douleur) est un individu innocent sur lequel va s’acharner un groupe social pour s’exonérer de sa propre faute ou masquer son échec. Souvent faible ou dans l’incapacité de se rebeller, la victime endosse sans protester la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant comme on dit de «porter le chapeau». Il y dans l’Histoire des boucs émissaires célèbres. Dreyfus par exemple a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force: on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif: c’était le «coupable idéal»… Ainsi le bouc émissaire est une «victime expiatoire», une personne qui paye pour toutes les autres: l’injustice étant à la base de cette élection/désignation, on ne souhaite à personne d’être pris pour le bouc émissaire d’un groupe social, quel qu’il soit (peuple, ethnie, entreprise, école, équipe, famille, secte). René Girard
Le peuple juif, ballotté d’expulsion en expulsion, est bien placé, certes, pour mettre les mythes en question et repérer plus vite que tant d’autres peuples les phénomènes victimaires dont il est souvent la victime. Il fait preuve d’une perspicacité exceptionnelle au sujet des foules persécutrices et de leur tendance à se polariser contre les étrangers, les isolés, les infirmes, les éclopés de toutes sortes. Cet avantage chèrement payé ne diminue en rien l’universalité de la vérité publique, il ne nous permet pas de tenir cette vérité pour relative. René Girard
Le judaïque et le chrétien passent pour trop obsédés (…) par les persécutions pour ne pas entretenir avec elles un rapport trouble qui suggère leur culpabilité. Pour appréhender le malentendu dans son énormité, il faut le transposer dans une affaire de victime injustement condamnée, une affaire si bien éclaircie désormais qu’elle exclut tout malentendu. À l’époque où le capitaine Dreyfus, condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis, purgeait sa peine à l’autre bout du monde, d’un côté il y avait les « antidreyfusards » extrêmement nombreux et parfaitement sereins et satisfaits car ils tenaient leur victime collective et se félicitaient de la voir justement châtiée. De l’autre côté il y avait les défenseurs de Dreyfus, très peu nombreux d’abord et qui passèrent longtemps pour des traîtres patentés ou, au mieux, pour des mécontents professionnels, de véritables obsédés, toujours occupés à remâcher toutes sortes de griefs et de soupçons dont personne autour d’eux ne voyait le bien-fondé. On cherchait dans la morbidité personnelle ou dans les préjugés politiques la raison du comportement dreyfusard. En réalité, l’antidreyfusisme était un véritable mythe, une accusation fausse universellement confondue avec la vérité, entretenue par une contagion mimétique si surexcitée par le préjugé antisémite qu’aucun fait pendant des années ne parvint à l’ébranler. Ceux qui célèbrent l’« innocence » des mythes, leur joie de vivre, leur bonne santé et qui opposent tout cela au soupçon maladif de la Bible et des Évangiles commettent la même erreur, je pense, que ceux qui optaient hier pour l’antidreyfusisme contre le dreyfusisme. C’est bien ce que proclamait à l’époque un écrivain nommé Charles Péguy. Si les dreyfusards n’avaient pas combattu pour imposer leur point de vue, s’ils n’avaient pas souffert, au moins certains d’entre eux, pour la vérité, s’ils avaient admis, comme on le fait de nos jours, que le fait même de croire en une vérité absolue est le vrai péché contre l’esprit, Dreyfus n’aurait jamais été réhabilité, le mensonge aurait triomphé. Si on admire les mythes qui ne voient de victimes nulle part, et si on condamne la Bible et les Évangiles parce qu’au contraire ils en voient partout, on renouvelle l’illusion de ceux qui, à l’époque héroïque de l’Affaire, refusaient d’envisager la possibilité d’une erreur judiciaire. Les dreyfusards ont fait triompher à grand-peine une vérité aussi absolue, intransigeante et dogmatique que celle de Joseph dans son opposition à la violence mythologique. René Girard
Pour comprendre la question du bouc émissaire, il faut la comparer avec celle des boucs émissaires modernes. Ceux-ci sont très faciles à identifier, parce que notre société tout entière les a reconnus. Je pense, en particulier, à l’affaire Dreyfus. Dans ce dernier exemple, on a affaire à un véritable mythe, au sens où je l’entends, parce qu’il y a une victime innocente qui est condamnée par tout le monde, et d’une certaine manière transformée en personnage mythique. Le colonel Picquart et les premiers individus qui se sont élevés contre cette condamnation ont dû souffrir comme Dreyfus lui-même, être en quelque sorte martyrs, parce qu’ils se sont opposés non seulement à toutes les autorités, mais à une opinion publique qui était refermée mimétiquement sur elle-même. La vérité a néanmoins triomphé. Si dans cinq mille ans on retrouve les textes de l’affaire Dreyfus en vrac, les savants les étudieront ; si, ne sachant plus le français, ils se mettent à travailler statistiquement sur ces textes, ils y trouveront cent mille choses, toutes différentes, et en tireront des conclusions déconstructrices et très modernes, constatant qu’il y a des milliers d’interprétations de l’affaire Dreyfus et jugeant qu’elles se valent toutes, qu’elles ne sont ni vraies ni fausses. Ce ne sera pas vrai : en réalité, il n’y a que deux interprétations qui comptent, celle qui déclare la victime innocente et celle qui la dit coupable. La première est absolument vraie, et on ne peut pas la relativiser. La seconde est absolument fausse, et on ne peut pas relativiser sa fausseté. C’est ce qu’il faut dire aux étudiants à qui on apprend, aujourd’hui, que la vérité n’existe pas. René Girard
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances. (…) Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger. (…) Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations. The Spectator
Spotlight is a fantastic film about the importance of “outsiders”, institutional corruption, thorough investigative journalism, and the dire consequences of inaction. Spotlight begins with the Boston Globe receiving a new Editor In Chief, Marty Baron, an awkward outsider (he’s Jewish, and not from Boston) who is viewed with suspicion by the staff. Marty tasks the Spotlight team to investigate a case of a Catholic priest who is allegedly a serial molester. The story snowballs gradually from there. Almost immediately the Spotlight team is hit with resistance within the Globe about their investigative methods and sources. The Catholic Church, an incredibly powerful institution in the city of Boston, uses all its might to dissuade Spotlight from continuing their research, but they steadfastly continue to investigate these allegations. The Catholic Church itself is portrayed in the film as a powerful, resourceful, and dangerous institution.  The Church has control and/or influence with nearly every major institution in the city of Boston. The “small-town” inclusiveness of the city only further allows the Church to abuse and misuse its power, while vigorously opposing or discrediting anyone who attempts to speak out. The Church even indirectly benefits from the shame of the victims and the parish pressuring them to keep silent. Mitchell Garabedian, an Armenian lawyer (another vital outsider standing against the Church) representing dozens of alleged victims, posits, “The Church thinks in centuries Mr. Rezendes, do you really think your paper has the resources to take this on?” As the Spotlight team traverses across the city of Boston in search of the truth, a church is often looming in the background, as if watching their every move. This is the behemoth the Spotlight team must defeat. (…) Their triumph reveals the corruption and gross negligence of not only the Catholic Church, but other powerful Boston institutions. Their efforts come at a high personal price as the investigation is emotionally draining on the reporters, all of whom were raised catholic. Each have their faith shattered by the investigation and are haunted by the results. Keaton’s reaction, in particular, toward the end of the film is utterly devastating. Its conclusion is as satisfying as it is tragic. It took two outsiders, one an Armenian lawyer, and the other a Jewish editor to get the ball rolling for the Spotlight team. Garabedian in particular is critical to their success and he illuminates the issue with a scathing indictment of Boston’s corruption, “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” (…) The final numbers revealed at the end will undoubtedly horrify you and leave you feeling depressed and angry. Why was this allowed to go on so long? Why did it take so long to uncover it? For Spotlight the answer is simple, no one wanted to look.  Steve Baqqi
The movie makes the case that it takes an outsider—like Baron, a Jewish editor new to a Catholic town, or the Armenian attorney (Stanley Tucci) making sure these cases actually go to trial—to enact change in a city as insular as Boston. A.A. Dowd
Spotlight (…) tells the story behind the story—how the paper uncovered the Catholic Church’s cover-up of a scandal that was hiding in plain sight, indeed, in the Globe’s own archives. Most films about journalism are cringe-worthy. Not this one. The film vividly documents what reporters do at their best. A story usually begins with a question. Something doesn’t make sense. Reporters begin with a premise and then gather facts that support or contradict their hypothesis. The best journalists follow those facts without “fear or favor,” as the New York Times, my former employer, likes to put it. Spotlight’s reporters slowly build their case with each new lurid revelation. Nothing comes easily. The film also lays bare the Catholic Church’s hold on Boston politics and the city’s deeply ingrained anti-Semitism and its xenophobic disdain for “outsiders.” It reveals the political and financial pressures imposed on the Globe and its investigative team by the Church and its powerful friends in a heavily Catholic city as the Globe’s Spotlight team starts to uncover the truth about decades of horrifying abuse, and the inadequacy of their own beliefs and assumptions. The Globe’s four-person team soon discovers, for instance, that its initial theory that pedophile priests are an anomaly—a few “rotten apples,” as the Church’s representatives and supporters repeatedly assure them—is wrong. Clips from the paper’s own “morgue,” where earlier stories yellowing with age are stored, show that the Globe had run a few modest stories years earlier about a priest accused of molesting several children. But the paper failed to follow up. The editors assumed, or wanted to believe, that this abuse was an isolated incident. Subsequent tips to reporters and editors were ignored. Spotlight’s reporters find that crucial documents have disappeared from court house files. This is Boston, after all, and Cardinal Bernard Law, then the head of the diocese, has friends everywhere. The team discovers that child abuse at the hands of God’s self-appointed disciples is no secret. In fact, it is widely known among Boston’s politicians, prosecutors, and other powerful parishioners who knew or suspected the prevalence of sexual crimes committed by priests against children but chose not to speak out. Their fear of spiritual and social excommunication allowed the abuse to fester. It takes a village to raise a child, observes Mitchell Garabedian, an irascible lawyer skillfully played by Stanley Tucci, who represents many of Boston’s child victims. And it takes the silence of a village to perpetuate such abuse. The film bravely acknowledges that the Globe itself was among those powerful institutions that did all too little for far too long. The Globe, having been purchased by the New York Times in 1993, beset by layoffs and declining subscribers and revenue, was focused on other news before it finally confronted the horrifying truth that it had declined to pursue for decades, while the number of shattered lives mounted. The decision to pursue the inquiry was made by the Globe’s chief editor, Martin Baron, who was a newcomer to Boston and who now heads the Washington Post. Brilliantly depicted by Liev Schreiber, Baron is a Florida native and not one of those Irish-American journalists who have most recently staffed the paper. Socially awkward, intellectually aloof, unmarried, uninterested in tickets to Red Sox games, Baron lacks the “people skills” that are crucial to advancement in most professional bureaucracies. He was the first Jew to head the paper. “So the new editor of the Boston Globe is an unmarried man of the Jewish faith who hates baseball?” Jim Sullivan, a lawyer who has represented priests, asks Walter “Robby” Robinson, editor of the Spotlight series, who is portrayed by Michael Keaton, an actor’s actor.(…) Baron’s outsider status, his Jewishness, is a natural target. Baron is not one of us, says Peter Conley (Paul Guilfoyle), who does the Church’s bidding. He reminds Robby over a drink at the Fairmont Hotel’s Oak Bar that people need the church, now more than ever. While neither the Church nor Cardinal Law (Len Cariou) who heads it in Boston is perfect, Conley acknowledges, why would the Globe risk destroying the faith of thousands of readers over a “few bad apples”? But neither Robby, who is deeply grounded in Boston, nor Baron, who has no familial stake in the community, is cowed. Conley tries driving a wedge between them. Baron is an outsider just “trying to make his mark,” he warns Robby. “He’ll be here for a few years and move on. Just like he did in New York and Miami,” he says. “Where you gonna go?” Baron is not the film’s only outsider. The most passionate member of the Spotlight team, Michael Rezendes (Mark Ruffalo), may hail from east Boston, but his family is Portuguese. Garabedian, the lawyer who has represented 86 local victims and one of Mark’s sources—is an Armenian. In a bar, they talk obliquely about how city insiders pressure outsiders to conform.(…) For decades, the victims’ stories cried out for public exposure. The Globe’s Spotlight team provided it. This understated, remarkable film documents that achievement. Tablet
J’ai trouvé fascinant de voir comment ce type, Marty Baron, qui vient de Miami, propose dès son premier jour au Boston Globe d’enquêter sur une possible tentative de l’Église catholique d’étouffer un scandale. C’était très audacieux de sa part. En outre, l’affaire Spotlight permettait de rendre un hommage appuyé à la tradition des grands reportages de la presse écrite. Ce qui m’inquiète énormément, c’est qu’il reste très peu de journalistes d’investigation aujourd’hui par rapport à il y a une quinzaine d’années. Grâce à ce film, je me suis dit qu’on allait pouvoir montrer l’impact du travail de fond de journalistes d’investigation aguerris. Qu’y a-t-il de plus important que le sort de nos enfants ? J’ai grandi dans le catholicisme, si bien que je connais bien l’institution, et que j’ai du respect et de l’admiration pour elle. Dans ce film, il ne s’agit pas d’éreinter l’Église, mais de se poser la question de savoir comment un tel phénomène peut se produire. L’Église s’est rendue coupable – et continue de le faire dans une certaine mesure – de violence institutionnelle, non seulement en comptant des violeurs d’enfants dans ses rangs, mais en étouffant leurs crimes. Comment ces actes épouvantables ont-ils pu être perpétrés pendant des décennies sans que quiconque ne proteste ? Tom McCarthy
That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it. To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that. Tom McCarthy (scénariste et réalisateur)
Robby, to my mind, is a hero. The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him. Josh Singer (co-scénariste)
We’re reporters and we stumble around the dark a lot. We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to. Walter Robinson
The act is a terrible act, and the consequence is a terrible consequence, and there are a lot of folk who have suffered a great deal of pain and anguish. And that’s a source of profound pain and anguish for me and should be for the whole church. Any time that I made a decision, it was based upon a judgment that with the treatment that had been afforded and with the ongoing treatment and counseling that would be provided, that this person would not be [a] harm to others. I think we’ve come to appreciate and understand that whatever the assessment might be, the nature of some activity is such that it’s best that the person not be in a parish assignment. Cardinal Bernard Law (Nov 2, 2001)
Spotlight ignores the simple fact that years ago, Church officials acted time after time on the advice of trained « expert » psychologists from around the country when dealing with abusive priests. Secular psychologists played a major role in the entire Catholic Church abuse scandal, as these doctors repeatedly insisted to Church leaders that abusive priests were fit to return to ministry after receiving « treatment » under their care. Indeed, one of the leading psychologists in the country recommended to the Archdiocese of Boston in both 1989 and 1990 that – despite the notorious John Geoghan’s two-decade record of abuse – it was both « reasonable and therapeutic » to return Geoghan to active pastoral ministry including work « with children. » And it is not as if the Boston Globe could plead ignorance to the fact that the Church had for years been sending abusive priests to therapy and then returning them to ministry on the advice of prominent and credentialed doctors. As we reported earlier this year, back in 1992 – a full decade before the Globe unleashed its reporters against the Church – the Globe itself was enthusiastically promoting in its pages the psychological treatment of sex offenders, including priests – as « highly effective » and « dramatic. » The Globe knew that the Church’s practice of sending abusive priests off to treatment was not just some diabolical attempt to deflect responsibility and cover-up wrongdoing, but a genuine attempt to treat aberrant priests that was based on the best secular scientific advice of the day. Yet a mere ten years later, in 2002, the Globe acted in mock horror that the Church had employed such treatments. It bludgeoned the Church for doing in 1992 exactly what the Globe itself said it should be doing. The hypocrisy of the Globe is simply off the charts. And the issue of the Church’s use of these psychologists was not a surprise to the Globe when it actually interviewed Cardinal Bernard Law in November 2001, only two months before the Globe’s historic coverage: Reflecting on the most difficult issue of his tenure in Boston, Law said he is pained over the harm caused to Catholic youngsters and their families by clergy sexual misconduct, but that he always tried to prevent such abuse. The Media report
One of the film’s most important twists — one that even eluded the Globe — fell into the filmmakers’ laps by accident. [The following contains SPOILERS.] In Spotlight, which the pair co-wrote and McCarthy directed, the dramatic weight of the film is epitomized by a line from the crusading attorney played by Stanley Tucci: “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” The film asks the difficult question: Was everyone, including the media, too deferential to the Church while crimes were happening in their backyards? Late in the film, Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: “I already sent you a list of names… years ago!” he says to Robinson and Pfeiffer. “I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names… and you buried it!” Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ‘93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either. In reality, these sequences played out during the screenwriting process — when MacLeish told Singer and McCarthy. Though they already knew the main beats of the story they wanted to tell, they met with the Boston attorney — who’d represented numerous plaintiffs in complaints against the Church in the early 1990s — if only to help with casting. But not long into their chat, MacLeish dropped the bomb. “It was a little bit like the moment that’s in the movie: You had 20 priests’ [names] in Boston?” says Singer. “My reaction was quite similar to Rachel and Michael’s in that scene: That can’t possibly be true. Tom and I sort of looked at each other but didn’t say anything. But to double-check, I went back to the archives, and this article popped up, buried on page B42 [on the Metro section]. I was flabbergasted. I called Tom as soon as I got the article and said, ‘What do we do?’” They emailed Robinson the story, not knowing what to expect. Robinson responded quickly. “He owned up to it,” says Singer. “He had just taken over Metro and didn’t remember the story but, ‘This was on my watch and clearly we should’ve followed up on it.’ When we went to write the scene in the movie, we based it a lot on what Robby said there.” In the film, Keaton accepts his share of responsibility and asks his team, “Why didn’t we get it sooner?” And in real life, Robinson doesn’t dodge. “It happened on my watch and I’ll go to confession on it,” says Robinson, who recently returned to the Globe as an editor at large. “Like any journalist who’s been around this long, I’ve made my share of mistakes. But I have no memory of it. And if we’d found it in 2001, I don’t know if I would’ve had a memory of it then either. Looking at it from this vantage point 22 years later, I just have to scratch my head and wonder what happened. Should it have been played more prominently? In hindsight, based upon on what we later learned, yes, obviously.” For Singer and McCarthy, the revelation was a dramatic gift, even if they had to utilize some artistic license. “That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it,” says McCarthy. “To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that.” Because McCarthy and Singer had concluded from their research that the Globe was probably guilty of sins of omission, if not commission, when it came to its coverage of the Church in the early 1990s. (…) But if there was some editorial restraint, it was reflected by public opinion. “For the most part, [stories about clergy sex abuse were greeted with] disbelief,” says James Franklin, the Globe’s former religion reporter who wrote the December 1993 story that MacLeish cites in the film. “It was regarded as something extraordinary, as something obscene. There was always a suspicion that guys like me, guys like us, were sniping unfairly.” Matchan encountered the same resistance. “After I finished that magazine story, I thought, there’s so much more to say about this. I wanted to write a book about it,” she says. “So I contacted an agent, and she loved the idea. And I wrote a book proposal, she sent it out to a lot of publishing houses, and she got back these letters that just said, ‘This is a great proposal but nobody would ever read a book about sexual abuse by the clergy.’ That was the thinking in those days.” “Every archdiocese is in a city with a major paper — everybody missed this,” says Robinson. “Who can imagine that such an iconic institution could be responsible for causing such a devastating impact on the lives of thousands of children and covering it up? It’s almost beyond belief.” Even with the 1993 hiccups, it’s essential to note that the Boston Globe was the first to crack a scandal that reached far beyond Boston. As has been revealed in subsequent investigations around the world, Boston was not unique, and the Church has been forced to shell out billions in settlements to the victims of clergy sex abuse in other states and countries. “Robby, to my mind, is a hero,” says Singer. “The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him.”  Robinson has been front and center in the film’s promotion, in part because the film captures his profession at its best, at a time in 2015 when most newspapers and media outlets are slashing staff and eliminating investigative reporting. “We’re reporters and we stumble around the dark a lot,” he says. “We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to.” Entertainment weekly
The monolithic power of the Catholic Church (until 2002) over civic, religious, and spiritual affairs in the city of Boston is chilling. It extended even into the Boston Globe where employees (many of whom were Catholic) simply knew you don’t take on the Catholic Church. They are even trained to believe that when the Catholic Church dismisses claims, they can’t possibly be true. It took an outside editor from New York to press the issue. (…) The kicker is that all the evidence was hiding in plain sight. Much is made of the fact that B.C. High (a Catholic Jesuit boys high school that some of the reporters themselves attended, maintained an infamous priest-coach molester on staff) is directly across the street from the Boston Globe building. Ironically, both the Catholic Church in Boston and the Boston Globe were at the height of their influence at the beginning of the new millennium, while a third character–the internet–is just becoming a serious player. (…) Very self-effacingly — and I would say unnecessarily and misplaced — the film blames The Globe itself in a big way for not reporting the story years earlier when lawyers and victims provided plenty of damning information that went ignored. Whatever culpability The Globe bears, they more than made up for it by compiling overwhelming, carefully-researched evidence that wouldn’t be just another isolated story that would get buried. “The Church” and Cardinal Law are distant, cold, uncaring shadows. The abusing priests are sick and distorted men — almost excused. The names Geoghan, Shanley and Talbot (among others) will conjure up ugly memories for all who lived at the heart of this nightmare or on its peripheries. (…) The faces and voices of the victims are given three-dimensional reality and the major focus. Even the heroic, crusading lawyer, Mitchell Garabedian — who insisted on bringing victims’ cases to the courts to expose the Church’s wrongdoing — is modestly underplayed. (…) Part of the initial incredulity of sectors of the public and the average Catholic in the pew to the Globe’s scoop was due to the Globe’s notorious anti-Catholicism since its very inception in 1872 (not unlike most of the old Boston WASP establishment). And many just didn’t believe that so many heinous crimes of this nature could have been so well hidden for so long. If it were true, surely we would have known? Surely we would have heard some rumors and gossip? Whoever did know something was silenced with hush money, or gave up when crushed by the power of the Church’s legal and “moral authority” arsenal and sway. But it didn’t take long for the undeniable, verifiable veracity of the charges to grip the city and the world. (…) There is precious little aftermath in the film, as it wraps up on the day the first big story is released (there were a total of 600 stories run relentlessly about the scandal for at least a year afterward in the Globe). A few words of Epilogue are given, and then we are left with a gaping wound of sadness. (…) Cardinal Law (…) in reality (…) was a magnetic, charismatic personality who had actually been a media favorite when he first came to Boston. (…) The one priest molester we see being interviewed begins to say that he was raped, but the thought was not continued. (The rest of that statistic is that it was discovered that some priests who molested children were molested by priests themselves when they were children. They grew up, become priests and continued the cycle.) (…) It’s just raw evil on display. Perhaps this is the best way for this particular film to handle this grave matter. Sexual abuse destroys hope. No soothing, reassuring sugar-coating or “Hollywood ending” in this film.(…) God is pretty much absent from the film. The one tragically poignant mention of God is from a male victim, now an adult, who says: “You don’t say no to God” (meaning when a priest propositioned him at twelve years old, the only right answer was “yes”). Again, perhaps this was the best way to handle “God” in this story that had nothing to do with a good God, and everything to do with bad men. The Church, although divinely instituted by Christ and guided by the Holy Spirit, is still human and sinful because of the free will of her members — even those who hold the authority. Thankfully, the sacraments and everything we need still operates through these men, regardless of their personal holiness. (…) “Spotlight” is an important film to see, even if you kept up and delved into these dark waters — as I did — when they first hit the shore. The restrained even-handedness of the storytelling is remarkable and will prevent it from being a “controversial” film. There’s a lot of dialogue in the film, but it’s never tedious. The narrative and the horror is in the information itself each time more is unearthed. Why should you see this film? To honor the victims, first of all, and second of all to understand how corruption — of any sort — works, in order to be vigilant and oppose it. NEVER AGAIN. Has ANY good come of all this sorrow? The suffering of the children, teens and their families has not been totally in vain. There is now a much greater awareness of the sexual abuse of minors all over the world, and new laws have been created to protect young people where there were none. (…) This problem is centuries old It’s not celibacy that is the problem, but a culture of secrecy brought about by a culture of absolute power absolute power corrupts absolutely (…) pedophiles automatically gravitate to wherever they have trusted access to children (seminaries, schools, sports teams, law enforcement, etc.) (…) anyone who reported behavior was threatened (get kicked out of seminary themselves, lose a job/position)silence=loyalty silence/playing the game=perks, advancement (…) it was keeping up appearances (bishops knew they could quash “problems,” abusers knew they would never get in trouble and would always be shielded: the perfect set-up) (…) toward the middle of the 20th century, psychiatrists and psychologists got involved (assessments, “treatment”) and kept giving the green light to put the priest back in ministry (bishops blindly “obeyed”) it wasn’t known that pedophilia is not “curable” (but it’s also not rocket science to see that a man abusing over and over and over and over again needs to be stopped, removed permanently) (…) the clergy sex abuse problems will continue unless there is courageous breaking with mentalities, cultures, habits, patterns, and cycles the presence of women in all (non-ordained) positions at all levels and places of Church life will help mitigate undisciplined male power (and male lack of empathy and sympathy) (…) child safety is everyone’s job, not just those in positions of authority. (…) Men do NOT want to be Superman or the Lone Ranger. They do NOT want to break ranks. Men are HORRIBLE at whistle-blowing. They are all about BAND OF BROTHERS. And this can be a good thing! Men are stronger together. They have each other’s backs. They can provide for and protect hearth and home better TOGETHER. The problem lies when they BAND TOGETHER FOR EVIL. To hide each other’s sins. To give each other a pass for their sins. Look the other way. Code of silence. Complete corruption. Whole cities run on this notion. But it doesn’t have to be that way. MEN NEED TO BAND TOGETHER FOR THE GOOD. Positive peer pressure. And call each other out when they need calling out. And always, always BAND TOGETHER FOR THE GOOD, NOT EVIL. Sr. Helena Burns
“If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one,” is how one character here summarises the issues. This high-minded, well-intentioned movie, co-written and directed by Tom McCarthy, is about the Boston Globe’s investigative reporting team Spotlight, and its Pulitzer-winning campaign in 2001 to uncover widespread, systemic child abuse by Catholic priests in Massachusetts. The film shows that in the close-knit, clubbably loyal and very Catholic city of Boston, no one had any great interest in breaking the queasy, shame-ridden silence that made the church’s culture of abuse possible, and even tentatively suggests that the Globe itself was one of the Boston institutions affected. The paper had evidence of abuse 10 years before the campaign began, but somehow contrived to downplay and bury the story, and it took a new editor, both non-Boston and Jewish, to get things started. (…) What is interesting about this movie is that it reminds you that the “bad apple” theory of child abuse by priests was widely accepted until relatively recently. The team are stunned at the realisation that what they are working on is not like, say, a corruption case where there are more public officials on the take than they at first thought. It is a mass psychological dysfunction hidden in plain sight, which has stretched back decades or even centuries and will, unchecked, do precisely the same in the future. What McCarthy is saying in Spotlight is that threats never needed to be made. A word here, a drink there, a frown and a look on the golf course or at the charity ball, this was all that was needed to enforce a silence surrounding a transgression that most of the community could hardly believe existed anyway. It’s certainly a relevant issue in our unhappy, post-Yewtree times. The Guardian
L’étonnante enquête des quatre journalistes enquêteurs révèle ainsi l’incroyable développement tentaculaire d’un complot systémique sidérant. Boston est l’une des villes flambeaux du catholicisme, une institution puissante et totalement implanter dans l’ensemble de la ville et plus largement dans l’ensemble des États-Unis — comme le révèle le générique final du film listant les nombreuses villes américaines concernées par ce même scandale. Les méandres de cette affaire scandaleuse s’étendent donc à travers toutes les différentes sphères de la société de Boston, du système judiciaire au système éducatif. Et c’est aux journalistes de Spotlight de suivre ce jeu de pistes complexe pour dénouer l’effroyable vérité de l’affaire, résumée en ces mots par l’éditeur en chef du Boston Globe : « If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one » (« s’il faut un village pour élever un enfant, il faut un village pour en maltraiter un »). L’accaparante complexité de l’affaire s’impose naturellement comme le sujet principal du film et éclipse toutes autres pistes narratives possibles : la vie privée des protagonistes, leur parcours émotionnel,  le doute conspirationniste, la crise du journalisme face à Internet et les nouvelles technologies 2.0, ou bien même l’impact historique et médiatique du 11 septembre… (…) Les cinéastes offrent ainsi au spectateur une compréhension plus juste et précise des tenants et aboutissants d’un complot effroyable, à l’échelle d’une société toute entière — et pas seulement à l’échelle américaine puisque de nombreuses villes en France et dans le monde sont citées à la fin du film. (…) Et même si de nombreux enjeux sont effleurés à travers le film — qu’ils soient moraux, sociaux, émotionnels, ou même spirituels —, une seule chose compte au final : l’implacable exposition de la vérité. Bulles de culture
Tout est vrai. L’enquête, publiée en 2001 par des journalistes du Boston Globe. Et le scandale qu’elle révéla. Durant des décennies, l’Eglise catholique locale a étouffé les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des enfants, et a systématiquement soustrait les coupables à la justice. Un phénomène à grande échelle : au moins un millier de victimes, rien que dans la région. Et une politique du silence qui s’étend bien ­au-delà du Massachusetts… « Spotlight » est le nom de l’équipe de journalistes qui, au bout de longs mois d’efforts, en dépit de toutes les pressions, a révélé la vérité. Ce qui lui a valu le prix Pulitzer. Le film est dopé à la même adrénaline, à la même ténacité citoyenne que son modèle évident, Les Hommes du Président, d’Alan J. Pakula, déjà basé sur un scoop historique, la révélation du scandale du Watergate par le Washington Post. Tout y est : l’effervescence en salle de rédaction, les impasses et les coups de théâtre, les résistances, les informateurs-clés. Manches retroussées, téléphone collé à l’oreille, les comédiens multiplient les morceaux de bravoure, les scènes électrisantes. Ils rivalisent d’aisance et de charisme en incarnant des figures diverses et passionnantes : Michael Keaton, vétéran de l’info, aux prises avec son propre milieu de grands bourgeois catholiques ; Liev Schreiber, rédac chef taiseux et déterminé ; Rachel McAdams, l’enquêtrice dont l’écoute et la délicatesse permettent toutes les confidences. Sans oublier Marc Ruffalo : en limier pugnace et impertinent, à la fois concentré et intense, il trouve l’un de ses plus beaux rôles. Subtils, ambigus — humains, en quelque sorte —, ces personnages ne sont pas des preux chevaliers au service du quatrième pouvoir. Ce sont des bosseurs. Le réalisateur Tom McCarthy (The Visitor, The Station Agent) a choisi, avant tout, de filmer leur travail, dans son aspect le plus quotidien et le plus endurant : une formidable mécanique de petits détails, de bouts de papier, de porte-à-porte et de méthodes différentes — l’un force les barrages, l’autre cultive ses relations. Cet hommage réaliste et vibrant à tous les chasseurs de vérité vient d’obtenir six nominations aux Oscars. Télérama
« Nous avions un projet d’attentat contre le Bataclan parce que les propriétaires sont juifs. » Cette phrase, glaçante au regard de la prise d’otages et du carnage qui aurait fait ce vendredi « une centaine de morts », selon des sources policières, a été prononcée dans les bureaux de la DCRI, en février 2011. Les services français interrogeaient alors des membres de « Jaish al-Islam », l’Armée de l’islam, soupçonnés de l’attentat qui a coûté la vie à une étudiante française au Caire en février 2009. Ils planifiaient un attentat en France et avaient donc pris pour cible la célèbre salle de spectacle parisienne. En 2007 et en 2008, le Bataclan avait déjà été sous la menace de groupes plus ou moins radicaux. En cause : la tenue régulière de conférences ou de galas d’organisations juives, notamment le « Magav », une unité de garde-frontières dépendant de la police d’Israël. En décembre 2008, alors qu’une opération de l’armée israélienne a lieu dans la bande de Gaza, les menaces autour du Bataclan se font plus précises. Sur le Web, une vidéo montrant un groupe d’une dizaine de jeunes, le visage masqué par des keffiehs, qui menacent les responsables du Bataclan à propos de l’organisation du gala annuel du Magav. À l’époque, Le Parisien y consacre un article sans que cette poignée de militants soit véritablement identifiée. Dans la foulée, ce meeting annuel sera reporté. (…) la presse israélienne rappelait que le groupe de rock Eagles of Death qui se produisait ce vendredi 13 au soir avait effectué une tournée en Israël. Le groupe avait alors dû faire face à plusieurs appels au boycott, ce qui ne les avait pas empêchés de s’y produire. Le Point
LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT LARGEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION MUSULMANE, PLUS QUE CHEZ L’ENSEMBLE DES FRANÇAIS 51% des musulmans se déclarent d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés 90% considèrent que les juifs sont très soudés entre eux » 74% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir » 66% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français » 67% qu’« ils sont trop présents dans les médias » 62% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France » 26% qu’« ils sont plus intelligents que la moyenne » 29% qu’« ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres » Sondage IPSOS-JDD
You are our first ambassadors. Be the ones who lead others, even the reticent, those who might not want to see the film,” Arcady told a crowd at the Paris preview for 24 Days. “Even those who say, ‘Oh la la, Ilan Halimi, that’s a fait divers [a petty news item], stop bothering us with that.’ And seeing the film you will understand that it is not a petty news item. And those who still think that today, they are the ones who really needed to be persuaded to come see the film. Alexandre Arcady
Dix ans plus tard, nous continuons à éprouver un remords collectif, celui d’avoir hésité à désigner par son nom la haine antisémite . (…) Derrière ce crime il y avait l’antisémitisme et la haine de l’autre. Le supplice d’Ilan Halimi annonçait à sa manière une série de gestes assassins : il annonçait les tueries de Mohamed Merah en 2012, la fusillade du musée juif de Bruxelles en 201 ou encore le drame de l’Hyper Cacher l’an dernier. Bernard Cazeneuve (ministre de l’Intérieur)
Malheureusement, les faits m’ont donné raison. Quand on aborde de façon critique la politique du gouvernement israélien ou encore les prises de position des intellectuels et institutions communautaires en France sur la question du conflit israélo-palestinien, on se met forcément un peu en danger. Il y a deux risques. Le premier est d’être accusé d’antisémitisme plus ou moins assumé. Cela a été le cas. J’ai été attaqué de façon scandaleuse par un journaliste, Frédéric Haziza, et par Julien Dray, dont on peut par ailleurs s’étonner qu’il soit encore élu au conseil régional d’Île-de-France au vu de l’ensemble de son œuvre et par rapport au désir de moralité qui semble gouverner dans les hautes sphères. Ceci étant, après cette polémique odieuse m’accusant de nier la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi, une pétition a été lancée et a recueilli plusieurs milliers de signatures sur le thème « Stop à la chasse aux sorcières ». Lorsque je regarde la liste des signataires et leur réputation morale, je suis réconforté. Le second risque, c’est le black-out. Les médias dans leur grande majorité n’ont pas voulu parler du livre et de ses thèses. La tentation chez beaucoup de mes collègues chercheurs et de nombreux journalistes consiste à considérer que ça divise l’opinion ou qu’il n’y a que des coups à prendre et qu’il est donc plus prudent de ne pas aborder ce sujet. Mais, en attendant, le débat continue, et parfois, de façon plus malsaine. D’ailleurs, je suis pris entre deux écueils, les ultras pro-israéliens m’accusent d’antisémitisme. Et lorsque, dans des débats un peu chauds, je m’élève contre l’utilisation du terme « entité sioniste » pour parler de l’État d’Israël, que je refuse la vision d’une presse contrôlée par les juifs ou que je dénonce Dieudonné, d’autres m’accusent d’être payé par les juifs. Il y a donc là un enjeu essentiel pour notre débat démocratique. Combattre l’antisémitisme mais refuser le chantage consistant à faire un amalgame entre critique politique du gouvernement israélien et antisémitisme. (…) Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également. (…) La défense inconditionnelle de l’État d’Israël des institutions juives, quelle que soit son action ou sa politique, très rapidement reliée à la lutte contre l’antisémitisme contribue à faire peur aux juifs français. Cela vient poser une barrière entre juifs et non-juifs autour de cet enjeu du soutien à Israël. Cela est très dangereux. On voit, par exemple, sur quelles bases le Crif a décidé de ne plus inviter le Parti communiste à son dîner annuel. Que l’on me montre la moindre déclaration d’un dirigeant communiste qui verse dans l’antisémitisme. Par contre, on reproche aux communistes leur solidarité avec la cause palestinienne. Le Crif privilégie ainsi son soutien à Israël au détriment du combat contre l’antisémitisme. Tout en se disant en faveur d’un règlement pacifique, les institutions et les intellectuels communautaires pilonnent systématiquement ceux qui sont tout autant pour la paix mais qui estiment que le blocage de la situation provient plus de l’occupant que de l’occupé. Les institutions juives mettent en avant la lutte contre l’antisémitisme pour tétaniser toute expression politique contraire ou critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle est directement taxée soit d’antisémitisme, soit de le nourrir en important le conflit du Proche-Orient. Cet argument est pour le moins paradoxal puisque ce sont les mêmes qui, sans cesse, appellent les juifs de France à démontrer une solidarité infaillible au gouvernement israélien. Ils sont donc très largement responsables de ce faux lien. (…) Il y a eu Mohamed Merah qui a tué des enfants parce qu’ils étaient juifs. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel acte terroriste qui, par définition, est incontrôlable et on ne peut pas nier l’existence d’un tel risque. Il y a eu aussi l’affaire Ilan Halimi, même si plus complexe, qui a une dimension antisémite mais qui ne peut pas se résumer uniquement à un acte antisémite. Mais, il n’y a pas de recrudescence d’agressions ou d’injures. Les actes antisémites, bien sûr toujours trop nombreux, représentent un nombre faible face à l’ensemble des actes violents répertoriés, dans la rue, à l’école, en milieu hospitalier, etc. Je donne à ce sujet des chiffres très précis. Nous vivons dans une société violente. Et puis, surtout, il y a beaucoup d’agressions racistes qui touchent d’autres catégories de populations. Les actes antimusulmans ou anti-Noirs sont très nombreux alors qu’ils ne semblent pas faire autant l’objet d’une vigoureuse dénonciation des médias ou des pouvoirs publics. Cela est largement ressenti. Les médias et les élus de la République font très souvent du « deux poids, deux mesures », aggravent un mal qu’ils disent vouloir combattre. (…) Je cite plusieurs exemples d’agressions d’autres communautés, pas seulement arabes, de faits graves pas ou peu médiatisés. Cela au final se retourne contre les juifs français car cela crée un sentiment d’être traité différemment. Il ne faut pas ignorer l’existence d’une nouvelle forme d’antisémitisme en banlieue aujourd’hui. Cela est dû plus à une forme de jalousie sociétale qu’à une haine raciale. Il y a le sentiment que l’on en fait plus pour les uns que pour les autres. Par ailleurs, le Crif joue à la fois un rôle de repoussoir et de modèle. Beaucoup de musulmans y voient la bonne méthode pour se faire entendre des pouvoirs publics et veulent faire pareil. Le risque est de se retrouver communauté contre communauté. Faire ce constat, ce n’est pas vouloir dresser les uns contre les autres. Je réclame au contraire l’égalité de traitement. La République doit considérer tous ses enfants de la même façon. Quels que soient l’histoire et les drames vécus précédemment, il n’y a pas de raison que certains soient plus protégés que les autres. Je remarque toutefois que l’on parle beaucoup plus des dégradations de mosquée, des agressions et des injures islamophobes. Une prise de conscience est en train de s’opérer dans les médias certainement liée à la pression populaire et aux réseaux sociaux. Pascal Boniface (mai 2004)
L’antisémitisme, répandu parmi les jeunes musulmans en Europe, possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent de la haine des Juifs présente au sein de la population générale, dans les sociétés qui les environnent. Pourtant, il existe aussi des points communs. De nombreuses affirmations passe-partout, concernant l’origine de l’antisémitisme musulman en Europe, sont sans fondement. Il n’existe, notamment, aucune preuve que cette attitude haineuse soit fortement influencée par la discrimination que les jeunes musulmans subissent dans les sociétés occidentales. (…) J’ai mené 117 entretiens auprès de jeunes musulmans, dont la moyenne d’âge était de 19 ans, à Paris, Berlin et Londres. La majorité a fait part de certains sentiments antisémites, avec plus ou moins de virulence. Ils expriment ouvertement leurs points de vue négatifs envers les Juifs. C’est souvent dit avec agressivité et parfois, ces prises de positions incluent des intentions de commettre des actes antisémites. (…) Beaucoup de jeunes auprès desquels j’ai enquêté, ont exprimé des stéréotypes antisémites « traditionnels ». Les théories de la Conspiration et les stéréotypes qui associent les Juifs à l’argent sont les plus fréquents. Les Juifs sont souvent réputés comme riches et avares. Ils ont aussi fréquemment perçus comme formant une même entité ayant, parce que Juifs, un intérêt commun malfaisant. Ces stéréotypes archétypaux renforcent une image négative et potentiellement menaçante « des Juifs », dans la mentalité de ces jeunes. (…) Habituellement, ils ne différencient absolument pas les Juifs des Israéliens. Ils utilisent leur perception du conflit au Moyen-Orient comme une justification de leur attitude globalement hostile envers les Juifs, y compris, bien sûr, envers les Juifs allemands, français et britanniques. Ils proclament souvent que les Juifs ont volé les terres des Arabes Palestiniens ou, alternativement, des Musulmans. C’est une assertion essentielle, pour eux, qui leur suffit à délégitimer l’Etat d’Israël, en tant que tel. L’expression « Les Juifs tuent des enfants » est aussi fréquemment entendue. C’est un argument qui sert de clé de voûte pour renforcer leur opinion qu’Israël est fondamentalement malfaisant. Puisqu’ils ne font aucune distinction entre les Israéliens et les Juifs en général, cela devient une preuve supplémentaire du « caractère foncièrement cruel » des Juifs. Et c’est aussi ce qui les rend particulièrement émotifs. (…) L’hypothèse d’une hostilité générale, et même éternelle entre les Musulmans (ou Arabes) et les Juifs est très répandue. C’est souvent exprimé dans des déclarations telles que : « Les Musulmans et les Juifs sont ennemis », ou, par conséquent : « Les Arabes détestent les Juifs ». Cela rend très difficile, pour des jeunes qui s’identifient fortement comme Musulmans ou Arabes, de prendre leurs distances à l’encontre d’une telle vision. (…) Nous savons que l’antisémitisme n’est jamais rationnel. Pourtant, certains jeunes musulmans n’essaient même pas de justifier leur attitude. Pour eux, si quelqu’un est Juif, c’est une raison suffisante pour qu’il suscite leur répugnance. Des déclarations formulées par les enquêtés, il ressort que les attitudes négatives envers les Juifs sont la norme au sein de leur environnement social. Il est effrayant de constater qu’un grand nombre d’entre eux expriment le désir d’attaquer physiquement les Juifs, lorsqu’ils en rencontrent dans leurs quartiers. (…) Certains d’entre eux racontent les actes antisémites commis dans leur environnement, et dont les auteurs n’ont jamais été pris. Plusieurs interviewés approuvent ces agressions. Parfaitement au courant du fait que d’autres, issus de leur milieu d’origine sociale, religieuse et ethnique, s’en prennent à des Juifs, ne font pas l’objet d’arrestation et n’ont pas clairement été condamnés, ne fait que renforcer la normalisation de la violence contre les Juifs dans leurs cercles de relations ». (…) Les différences entre les enquêtés des trois pays, concernant leurs points de vue antisémites, restent, de façon surprenante, extrêmement ténues. On perçoit quelques divergences dans leur argumentation. Les Musulmans allemands mentionnent que les Juifs contrôlent les médias et les manipulent dans l’unique but de dissimuler les supposées « atrocités » d’Israël. En France, les interviewés disent souvent que les Juifs jouent un rôle prédominant dans les médias nationaux et la télévision. Au Royaume-Uni, ils mentionnent principalement l’influence des Juifs dans les programmations américaines, aussi bien que dans l’industrie cinématographique qui provient des Etats-Unis. (…) Des non-Musulmans emploient, également, le mot “Juif” de façon péjorative, en Allemagne et en France. En Grande-Bretagne, ce phénomène est, généralement, moins perceptible, parmi les sondés musulmans, notamment. Certains jeunes musulmans affirment que c’est faux de prétendre que les Juifs auraient une vie meilleure en France que les Musulmans. Il est possible que cela découle du fait que les Juifs de France sont souvent plus visibles que ceux d’Allemagne et de Grande-Bretagne et, en outre, que de nombreux Juifs de France sont aussi des immigrés d’Afrique du Nord, ce qui alimentee un certain sentiment de concurrence à leur égard. (…) En Allemagne, certains individus interrogés emploient souvent des arguments particuliers qu’ils ont empruntés à la société dans son ensemble, tels que les remboursements et restitutions compensatrices, supposées trop élevées, versées à Israël, du fait de la Shoah. Un autre argument fréquemment proposé, auquel ils croient, est que les Juifs, à la lumière de la Shoah, « devraient être des gens bien meilleurs que les autres, alors qu’Israël incarnerait exactement l’inverse. (…) Pourtant, il existe, aussi, heureusement, de jeunes musulmans qui prennent leurs distances avec l’antisémitisme. Cela arrive, même s’ils ont d’abord été largement influencés par des points de vue antisémites, de la part de leurs amis, de leur famille et des médias. Cela prouve, une fois encore, qu’on ne devrait pas généraliser , dès qu’il s’agit de telle ou telle population ». (…) L’antisémitisme peut encore être renforcé [chez eux] en se référant à une attitude générale négative, portée par la communauté musulmane envers les Juifs. Les références au Coran ou aux Hadiths peuvent être utilisées avec, pour implication que D.ieu lui-même serait d’accord avec ce point de vue. Pourtant, on ne doit pas se laisser induire en erreur par la conclusion de sens commun, que l’antisémitisme musulman est le produit exclusif de la haine d’Israël, ou de l’antisémitisme occidental « classique », ou encore des enseignements de l’Islam, ou de leur identité musulmane. La réalité est bien plus complexe. Günther Jikeli
Juif et donc riche. C’est ainsi que les bourreaux d’Ilan Halimi ont justifié les vingt-quatre jours de torture qu’ils ont fait subir au jeune homme. Dix ans après la découverte de son corps, il reste pour sept Français sur dix le « symbole de ce à quoi peuvent conduire les préjugés sur les juifs », nous apprend une étude de l’Ifop* pour SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs (UEJF) que nous dévoilons en exclusivité. Cette « affaire », dont 61 % des sondés disent qu’elle les a « beaucoup » touchés, n’a pourtant pas permis d’anéantir les stéréotypes dont elle a été l’emblème. L’étude démontre en effet qu’au-delà d’Internet où des torrents de haine antijuive se déversent, les préjugés antisémites ont la dent dure. 32 % estiment que les juifs se servent dans « leur propre intérêt » de leur statut de victime du nazisme, de même que de nombreux sondés admettent pour vraie l’idée de juifs plus riches que la moyenne (31 %), avec par exemple trop de pouvoir dans les médias (25 %). Le Parisien
*Le 13 février 2006, Ilan Halimi est retrouvé nu, bâillonné et menotté le long d’une voie ferrée de la banlieue parisienne. Vivant. Ou plutôt agonisant. Il mourra dans l’ambulance qui l’emmène vers l’hôpital. Cheveux tondus, traces de brûlures, plaies par arme blanche… son corps témoigne des sévices qu’il a subis pendant près de trois semaines dans la cave d’une barre HLM de la cité de Pierre-Plate où il a été séquestré par ceux qui seront surnommés le « gang des barbares » au cours de leur procès. Vingt-sept personnes seront poursuivies. A leur tête : Youssouf Fofana, le « cerveau » de la bande. C’est lui qui recrute les « geôliers » et « l’appât ». Lui aussi qui cible Ilan Halimi, qu’il choisit parce qu’il est « juif donc riche », selon ses préjugés antisémites, espérant extorquer une rançon à sa famille. Condamné en 2009 à la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté, Fofana a ajouté trois ans à sa peine en 2014, pour avoir agressé des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe. Emma, elle, a été condamnée à neuf ans de prison. Elle est celle qui, le 21 janvier 2006, a attiré sa victime dans la cave qui lui servira de geôle et de lieu de torture. En janvier 2012, elle a retrouvé la liberté après six années passées en prison. Le Monde
Nous n’oublions rien de ceux qui ont commis l’irréparable, de ceux qui ont encouragé et ceux qui se sont tus. Porte-parole du collectif Haverim
Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également. Pascal Boniface
J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place [que ce débat] a pris, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas, et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C’est cela notre devoir dans la communauté national. Emmanuel Macron
Je comprends et je respecte profondément les réflexions et les réactions sur ce sujet. Il faut répondre à trois exigences  : la protection des Français, le respect de l’engagement pris par le président de la République – l’autorité de l’Etat en dépend – et la cohésion nationale. C’est une mesure symboliquement importante  : elle donne un sens à ce que c’est que d’appartenir à la communauté nationale. (…) Je suis ministre de la République, donc pleinement solidaire de la politique gouvernementale. Emmanuel Macron
En interrogeant la pertinence du débat autour de la déchéance de nationalité, Emmanuel Macron acte le débat qui l’oppose à Manuel Valls sur l’identité de la gauche au pouvoir, et le refus de l’avènement d’une « gauche Finkielkraut ». Peut-on « recadrer » celui qui dit que « le mal est partout »? La réalité s’impose, et même un Premier ministre de la Ve République n’y peut rien. Quoi qu’il prétende. Quoi qu’il décrète. En cela, la sortie d’Emmanuel Macron en plein débat sur le projet de révision constitutionnelle fait date. Elle ne relève pas seulement de la petite polémique politique comme les aiment les commentateurs old school, les grands lecteurs du temps court, formés au culte de la petite phrase, mais bien au-delà en ce que d’un coup, elle synthétise le grand débat de la gauche contemporaine. (…) Le message est adressé à Manuel Valls, et à travers lui à une certaine idée de la gauche en mutation. Emmanuel Macron refuse la finkielkrautisation de la gauche, ou pire encore, sa zemmourisation. Il lance un appel à la raison, à la compréhension, à la refondation autour des valeurs qui fondent la gauche. Macron refuse l’avènement de la gauche Finkielkraut qui s’affichait en Une du Point la semaine passée. (…) Du point de vue de l’ancien élève de Paul Ricoeur, cela signifie qu’il faut comprendre pourquoi le mal nait. Aller aux racines. Comprendre non pour excuser, mais pour combattre. Là encore, l’invitation à incliner en faveur de l’action, toujours féconde, plutôt qu’à la réaction, toujours stérile, est patente. (..) il faut bien se garder de réduire l’affrontement Macron/Valls à la seule dimension de leurs personnes. Derrière ce choc, se profile l’affrontement des deux gauches modernes appelées à incarner l’avenir. L’enjeu n’est pas anodin. Ou bien la gauche se contente de s’adapter à l’air du temps que commande l’apparent succès des valeurs réactionnaires, portées par les bardes du déclinisme, et alors Manuel Valls est fondé à s’en aller écouter le discours d’Alain Finkielkraut lors de sa cérémonie de réception à l’Académie française, le tout en saluant ce « grand philosophe ». Si l’on en demeure là, cette défaite de la pensée de gauche lui promettrait, en cas de déroute en 2017, une longue cure d’opposition. Ou bien la gauche, nécessairement convertie à l’économie libérale, s’efforce de demeurer fidèle à l’héritage de Jaurès, Blum, Mendès France et Mitterrand, et elle continue de vouloir penser le monde, et toutes les formes de Mal qui le hantent, pour mieux le transformer. « Finkielkrautétiser » la gauche, ce serait acter que la guerre culturelle a été perdue. Macron questionne parce qu’il pense que c’est ainsi que la gauche en politique trouvera les réponses en elle, sans céder à la droitisation de l’époque. Cela peut heurter. Bousculer. Déranger. Confronter le temps politique du temps court au temps long. « En ce qui concerne les choses humaines, ne pas s’indigner mais comprendre. » Macron est un spinoziste en politique. Et c’est une démarche qui à la mérite d’être authentiquement de gauche. Et moderne. Et refondatrice pour un socialisme qui parait avoir arrêté de penser le monde depuis vingt ans. (…) Comme Macron le disait lui-même, dans le 1, en juillet dernier: « L’exigence du quotidien qui va avec la politique, c’est d’accepter le geste imparfait », et d’ajouter: « On bascule dans le temps politique en acceptant l’imperfection du moment ». Accepter l’imperfection, la comprendre, y compris pour comprendre le Mal et mieux le combattre. Macron est un bien-pensant, et il est moderne, il est donc la preuve que la gauche Finkielkraut n’a pas encore gagné. Bruno Roger-Petit
A large part of the Jewish community is convinced that the anti-Semitic dimension of Ilan Halimi’s murder has not been mentioned enough, while another large part of public opinion thinks this affair has been overexposed because of its anti-Semitic dimension and many parents ask themselves: ‘Would they have talked about this if the victim had been my son?’ Pascal Boniface (2014)
In January 2006, just weeks after riots had set aflame the troubled banlieues and housing projects throughout the country, a single horrific killing exposed an icy violence that was in its way even more shocking. Ilan Halimi, 23, was kidnapped by the self-styled “Gang of Barbarians” and tortured to death because he was Jewish and they thought his family or other Jews would pay for his freedom. And when 24 Days director Arcady describes Ilan Halimi as the first person murdered for being Jewish in France since the Second World War, it is lost on no one that he was not the last. During Mohamed Merah’s al Qaeda-inspired killing spree in 2012, the motorcycle-riding gunman slaughtered three children and a rabbi outside a Jewish school in Toulouse. Ruth Halimi (…) pleads with cops who keep insisting her son’s kidnapping is purely financially motivated and ignore the anti-Semitic undertones. “Why are you afraid of the truth?!” she cries, convinced the intent is more sinister and her son’s fate is sealed. The detectives are shown telling her that refusal to pay ultimately will protect her son because he’ll be valued as a bargaining chip. Hot on the heels of the November 2005 banlieue riots, tensions remained high. And a spectacularly embarrassing false alarm not long before that had clouded the authorities’ judgment. In the summer of 2004, a young woman told police she had been attacked by six young black and Arab men on a suburban Paris commuter train. She claimed the muggers tore her clothes and markered swastikas onto her bare stomach, cut a lock of her hair, and toppled her baby’s stroller. In a nation still riven with guilt over its WWII persecution of Jews, the incident sparked a swift political response from then-President Jacques Chirac. But days later the young woman recanted, eventually explaining she was just vying for her parents’ attention. In the event, the Gang of Barbarians eluded the 400 police officers assigned to the case until it was too late. Two dozen men and women would be convicted for their varying degrees of involvement. The gang’s 25-year-old ringleader, Youssouf Fofana, the French-born son of Ivorian immigrants, was captured on the run in Abidjan 10 days after he had stabbed Halimi, doused him with a flammable substance, set him alight, and left him for dead. The new film’s theatrical release goes some way toward repairing what many saw as an injustice. Both the 2009 trial and a 2010 appeal were held behind closed doors because some of the accused were minors at the time of the events. Halimi’s family and anti-racism groups had pled for public trials, citing their educational value. But one observer suggests the renewed media interest in Halimi’s case could itself spur resentment. In a new book on what he sees as France’s unhealthy tendency to internalize the Israeli-Palestinian conflict, Pascal Boniface argues that anti-Semitism has in fact declined radically in France over recent decades. The director of France’s Institute of International and Strategic Relations suggests Jewish community leaders and the media risk a sort of public fatigue by interpreting anti-Semitic acts out of that context and out of proportion to crimes against other groups. He spotlights the Halimi case as an example of anti-Semitism overexposed to a counterproductive degree. The Daily Beast
“Don’t you see?” I plead with the police. “They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?” But the authorities will have none of it. (…) Ilan’s situation, we later learn, has taken a turn for the worse. The concierge of the building notifies the kidnappers that they will have to vacate the apartment. He has orders to paint it for the next tenant. Fofana returns to France from the Ivory Coast especially to transport Ilan somewhere else. Covered in a blanket, he is carried on the kidnappers’ shoulders to a nearby cellar. It is colder in there than in the flat. He is under the watch of ten guards between the ages of 17 and 23, most of them converts to Islam. They were promised the whole thing would take three days and they’d make some quick money. “I wanted to buy myself new clothes,” said one gang member during his interrogation. Now, they are annoyed. Ten days have passed and they are still stuck with Ilan, who bears the brunt of their frustration. They kick him and burn him with cigarettes, each one inventing a different kind of torture. “Even an animal isn’t treated that way,” the police later say. By now the police know that the man in charge is using a different Internet café each time. Four hundred men are mobilized to catch the perpetrator. To me, it is abundantly clear that this is an anti-Semitic act and that I should shout out the truth and alert the press. But I do what the police tell me. Around this time the local police stop a black man on the streets of Paris whose name is Youssouf Fofana. They have no idea about the kidnapping because it is all being handled secretly. They return his papers to him. How he must have laughed! How powerful he must have felt! (…) The owner of a cyber café alerts the police: the black man in the hood and gloves they are looking for has come back. The police recruit a nearby squad without giving them too many details other than that they must immediately go and arrest a black man at 9 Rue Poirier de Narcay. They have no idea how dangerous he is or how much is at stake. The six policemen rush off together, discretion—the most important factor in this operation—thrown to the wind. They are searching for Number 9 but there’s no address on the shop, only on a nearby building. Fofana, sitting at the window, has ample time to notice them and flee. By the time they realize their mistake Fofana is long gone. They chase him but it’s too late. Why wasn’t the situation explained to them properly? Why couldn’t road blocks have been set up to prevent Fofana’s escape? Why wasn’t his picture put in the newspapers? And why didn’t the police compare his image to the one that was already in their files for the past 13 years, for a host of infractions? (…) On February 13, at five o’clock in the morning, Ilan was first shaven, like six million other Jews, and flung into the forest by his torturers. He managed to take the mask off his eyes, and as Fofana later reported, look them straight in the eye. I am a human being, his eyes told them. He received a few knife stabs for that. Then, like many of the six million before him he was set on fire and burned alive, having been sprayed with a flammable substance. Then his tormentors left. When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.” It was raining that morning; Ilan managed to roll down on the leaves towards the highway. A black woman, a secretary like me, saw him lying by the side of the road, stopped her car and called the police. She accompanied him in the ambulance and did not leave his side. He was still alive in the ambulance but died on the way to the hospital. (…) “I have boxes and boxes of transcripts from the trial. When I started reading them I felt like throwing myself out the window. They enumerate in painstaking detail what they did to my child just to amuse themselves. When Fofana was asked in prison if he had a message for me he said, ‘Tell her that her son fought well.’ It was probably meant as a compliment in his twisted mind.” (…) “words are sometimes worse than weapons,” (…) “The popular French comedian, Dieudonné [which means ‘gift of God’], whose supposed humor drips with anti-Semitism and is enjoyed by millions of Frenchmen, has said things like, ‘The Germans should have finished the job in 1945.’ It’s words like these that incite violence and inspire incidents like Toulouse.” (…) I didn’t want him to lie in the same soil on which he was murdered. I wanted him to be buried in Israel immediately, but my children said they needed him close by so they could visit him every day. I also knew that one day Fofana will be released from prison, and I don’t want him to be able to come and spit on my son’s grave.” Ruth Halimi

Attention: un lynchage peut en cacher un autre !

Alors qu’il aura fallu dix ans et pas moins de trois tueries de masse, pour que le gouvernement français reconnaisse enfin son long aveuglement …

Sur la nature antisémite du sauvage assassinat du jeune juif Ilan Halimi par une bande de jeunes de la banlieue de Bagneux se faisant appeler « gang des barbares » sous la direction d’un franco-ivoirien mais avec la complicité plus ou moins active de tout un voisinage

Et qu’après avoir pendant des années, sans parler de la désinformation constante et systématique comme des emballements périodiques de nos médias, laissé crier dans nos rues mort aux juifs ou appels au boycott ou à la stigmatisation d’Israël …

Nos belles âmes continuent à nier l’évidente montée, pourtant confirmée par une récente étude, de l’antisémitisme et notamment de l’antisémitisme des populations d’origine musulmane en France …

Comment ne pas voir, de la part des mêmes beaux esprits, la nouvelle dénonciation de la prétendue finkielkrautisation de la société comme un énième lynchage d’un membre, lui aussi, de ce peuple qui depuis 3 000 ans prétend empêcher le monde de tourner en rond ?

Et ne pas être frappé à la lueur des analyses du regretté René Girard

Comme du vibrant « hommage aux chasseurs de vérité« , à l’initiative là aussi de deux « outsiders » (un rédacteur en chef juif et un avocat arménien), sorti tout récemment sur nos écrans, face à la longue complicité des autorités catholiques américaines mais aussi de toute une ville, psys laïcs compris, sur les abus sexuels de ses prêtres contre des centaines d’enfants …

Par la dimension ô combien collective que semblent invariablement prendre ce genre d’affaires …

Et par cette longue omerta et ces sempiternelles accusations de trahison ou d’obsession du complot qu’avaient eux aussi dû surmonter il y a plus d’une siècle …

Surtout quand ils étaient eux-mêmes juifs, protestants ou d’origine étrangère (Zola) les défenseurs de la vérité…

D’un certain capitaine Dreyfus ?

Dix ans après son assassinat, Bernard Cazeneuve rend hommage à Ilan Halimi
Le Monde.fr avec AFP

Lucie Soullier

13.02.2016

Ilan Halimi. Ce nom résonne depuis dix ans comme le symbole de l’horreur de l’antisémitisme en France. Mort parce que juif. Assassiné parce que juif. Torturé parce que juif. Une douleur inscrite jusque sur sa tombe, à Jérusalem :

« Ilan Jacques Halimi, torturé et assassiné en France parce qu’il était juif à l’âge de 23 ans. »
Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, s’est rendu samedi 13 février à Bagneux pour lui rendre hommage lors d’une cérémonie qui a rassemblé le grand rabbin de France Haïm Korsia, le président du Consistoire central israélite de France, Joël Mergui, ainsi que de nombreux élus. Une cérémonie pour ne pas oublier ce que le jeune homme a enduré dans cette cité des Hauts-de-Seine, vingt-quatre jours durant.

« Dix ans plus tard, nous continuons à éprouver un remords collectif, celui d’avoir hésité à désigner par son nom la haine antisémite », a déclaré le ministre dans un auditorium de la ville après s’être recueilli dans le parc attenant, devant une stèle à la mémoire du jeune homme. Le drame, a estimé M. Cazeneuve devant environ 150 personnes, « annonçait à sa manière une série de gestes assassins » : les tueries de Mohamed Merah en 2012, la fusillade du musée juif de Bruxelles en 2014, le drame de l’Hyper Cacher l’an dernier. Mais aussi « la diffusion rampante » de l’antisémitisme, du racisme, du « mépris » et de la « haine de l’autre ». Et, « à sa manière, les attentats » de novembre.

« Gang des barbares »
Le 13 février 2006, Ilan Halimi est retrouvé nu, bâillonné et menotté le long d’une voie ferrée de la banlieue parisienne. Vivant. Ou plutôt agonisant. Il mourra dans l’ambulance qui l’emmène vers l’hôpital.

Cheveux tondus, traces de brûlures, plaies par arme blanche… son corps témoigne des sévices qu’il a subis pendant près de trois semaines dans la cave d’une barre HLM de la cité de Pierre-Plate où il a été séquestré par ceux qui seront surnommés le « gang des barbares » au cours de leur procès. Vingt-sept personnes seront poursuivies.

Lire le récit des geôliers lors du procès de 2006

A leur tête : Youssouf Fofana, le « cerveau » de la bande. C’est lui qui recrute les « geôliers » et « l’appât ». Lui aussi qui cible Ilan Halimi, qu’il choisit parce qu’il est « juif donc riche », selon ses préjugés antisémites, espérant extorquer une rançon à sa famille. Condamné en 2009 à la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté, Fofana a ajouté trois ans à sa peine en 2014, pour avoir agressé des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe.

Emma, elle, a été condamnée à neuf ans de prison. Elle est celle qui, le 21 janvier 2006, a attiré sa victime dans la cave qui lui servira de geôle et de lieu de torture. En janvier 2012, elle a retrouvé la liberté après six années passées en prison. Elle n’avait alors que 23 ans. Le même âge qu’Ilan Halimi, lorsqu’elle l’a guidé à sa mort.

Hommages
Dix ans après, dans le jardin qui porte son nom, dans le 12e arrondissement de Paris où le jeune homme résidait, des centaines de personnes se sont rassemblées jeudi 11 février, à l’appel du collectif Haverim. En présence des sœurs de la victime, des textes « selon ses goûts » ont été lus, extraits de Si c’est un homme, de Primo Levi, La vie est belle, de Roberto Benigni, ou encore L’être ou pas, de Jean-Claude Grumberg.

Le porte-parole du collectif tenait à ce que ce rassemblement soit un « hymne à la vie ». Mais il voulait également rappeler que, dix ans après, personne n’a oublié.

« Nous n’oublions rien de ceux qui ont commis l’irréparable, de ceux qui ont encouragé et ceux qui se sont tus. »

Voir de même:

Déchéance de nationalité: Macron défie Valls et la « gauche Finkielkraut »
Bruno Roger-Petit
Challenges

10-02-2016

En interrogeant la pertinence du débat autour de la déchéance de nationalité, Emmanuel Macron acte le débat qui l’oppose à Manuel Valls sur l’identité de la gauche au pouvoir, et le refus de l’avènement d’une « gauche Finkielkraut ».

Peut-on « recadrer » celui qui dit que « le mal est partout »? La réalité s’impose, et même un Premier ministre de la Ve République n’y peut rien. Quoi qu’il prétende. Quoi qu’il décrète. En cela, la sortie d’Emmanuel Macron en plein débat sur le projet de révision constitutionnelle fait date. Elle ne relève pas seulement de la petite polémique politique comme les aiment les commentateurs old school, les grands lecteurs du temps court, formés au culte de la petite phrase, mais bien au-delà en ce que d’un coup, elle synthétise le grand débat de la gauche contemporaine.

Il faut donc lire et relire ce que dit Emmanuel Macron du grand débat du moment autour de la question de la déchéance de nationalité appliquée aux auteurs de crimes et délits terroristes portant atteinte aux intérêts de la Nation. Le ministre de l’Economie n’est pas dans la posture de l’instant. Ni dans le buzz. Ni dans la polémique destinée à nourrir une actualité réduite aux soubresauts des réseaux sociaux.

Donc, devant la Fondation France-Israël, Emmanuel Macron a livré le fond de sa pensée: « J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place [que ce débat] a pris, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas, et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C’est cela notre devoir dans la communauté nationale ».

Le message est adressé à Manuel Valls, et à travers lui à une certaine idée de la gauche en mutation. Emmanuel Macron refuse la finkielkrautisation de la gauche, ou pire encore, sa zemmourisation. Il lance un appel à la raison, à la compréhension, à la refondation autour des valeurs qui fondent la gauche. Macron refuse l’avènement de la gauche Finkielkraut qui s’affichait en Une du Point la semaine passée.

En premier lieu, Macron affirme que la gauche de gouvernement, confrontée au terrorisme, ne peut apporter pour seul réponse qu’un exorcisme vain. « On ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale », dit-il. Comment ne pas reconnaitre qu’il s’agit là d’une évidence? Expulser les terroristes qui font la guerre à la France et aux Français est une décision symbolique, apparemment réparatrice, mais elle ne prévient pas l’apparition du mal. La décision peut procurer une forme d’apaisement de l’opinion, un temps, mais elle n’est pas la réponse ultime au Mal. C’est un exorcisme politique, teinté de juridisme, dont la portée symbolique emporte sa propre limite. Implicitement, Emmanuel Macron indique que le Mal nait du Mal, et qu’il convient de l’intégrer dans la représentation que l’on est amené à se faire, au pouvoir, de ce qu’est l’état de la société d’aujourd’hui.

Ne pas être otage de l’air du temps
Le ministre appelle la gauche à ne pas être réaction, mais action. Ne pas être otage de l’air du temps, qui commande, à travers les figures médiatiques de l’époque, les Finkielkraut et les Zemmour, au rejet qui engendre le rejet, qui lui-même engendre encore le rejet. L’exorcisme que représente la déchéance de nationalité est sans doute nécessaire, en certains cas, mais il ne saurait être suffisant. Pour Macron, la déchéance de nationalité est un moyen, mais en doit être en aucun cas une fin.

Il faut inverser la charge de la preuve. C’est Emmanuel Macron qui recadre ce que devrait être l’action de la gauche de gouvernement, et c’est en ce sens que les vallsistes, qui promettent au ministre de l’Economie un sort peu enviable, se trompent en pensant le recadrer en jouant les Capitan de comédie dans la salle des quatre colonnes de l’Assemblée nationale. On ne recadre pas celui qui cadre la Vérité.

« A la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes », affirme Macron, second temps de son appel à en revenir aux valeurs de la gauche. Puisque l’exorcisme est insuffisant, il faut agir afin d’enrayer, contenir, anéantir le Mal avant même qu’il n’apparaisse.

Du point de vue de l’ancien élève de Paul Ricoeur, cela signifie qu’il faut comprendre pourquoi le mal nait. Aller aux racines. Comprendre non pour excuser, mais pour combattre. Là encore, l’invitation à incliner en faveur de l’action, toujours féconde, plutôt qu’à la réaction, toujours stérile, est patente.

En creux, une fois de plus, Macron s’oppose à Manuel Valls. Son appréhension des choses du Mal s’oppose à celle du Premier ministre qui disait il y a encore quelques semaines, au sujet des terroristes qui s’en prennent à la France et qui sont pour certains, ses enfants: « Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. » Macron affirme l’exact contraire, surtout quand il énonce que le Mal est partout.

Le Mal, ce n’est pas seulement les terroristes, ce peut être aussi ceux qui, sous prétexte de le combattre, peuvent l’instrumentaliser dans le dessein de servir leur cause, tout aussi malsaine et nuisible. Comprendre, c’est aussi combattre signifie Macron, afin de mieux « prévenir et punir implacablement le mal et les actes terroristes ». Là où Valls se contente de punir, action, Macron ajoute qu’il faut prévenir, soient Action et réaction.

De ce qui précède, deux leçons peuvent être tirées.

L’affrontement de 2 gauches modernes
D’abord, Emmanuel Macron est bien plus à gauche que ce que le conformisme médiatique ambiant entretient. Sans aucun doute faut-il reconsidérer ce que le microcosme a édicté sur son compte à son sujet.

En outre, il faut bien se garder de réduire l’affrontement Macron/Valls à la seule dimension de leurs personnes. Derrière ce choc, se profile l’affrontement des deux gauches modernes appelées à incarner l’avenir. L’enjeu n’est pas anodin. Ou bien la gauche se contente de s’adapter à l’air du temps que commande l’apparent succès des valeurs réactionnaires, portées par les bardes du déclinisme, et alors Manuel Valls est fondé à s’en aller écouter le discours d’Alain Finkielkraut lors de sa cérémonie de réception à l’Académie française, le tout en saluant ce « grand philosophe ». Si l’on en demeure là, cette défaite de la pensée de gauche lui promettrait, en cas de déroute en 2017, une longue cure d’opposition.

Ou bien la gauche, nécessairement convertie à l’économie libérale, s’efforce de demeurer fidèle à l’héritage de Jaurès, Blum, Mendès France et Mitterrand, et elle continue de vouloir penser le monde, et toutes les formes de Mal qui le hantent, pour mieux le transformer.

« Finkielkrautétiser » la gauche, ce serait acter que la guerre culturelle a été perdue.

Macron questionne parce qu’il pense que c’est ainsi que la gauche en politique trouvera les réponses en elle, sans céder à la droitisation de l’époque. Cela peut heurter. Bousculer. Déranger. Confronter le temps politique du temps court au temps long.

« En ce qui concerne les choses humaines, ne pas s’indigner mais comprendre. » Macron est un spinoziste en politique. Et c’est une démarche qui à la mérite d’être authentiquement de gauche. Et moderne. Et refondatrice pour un socialisme qui parait avoir arrêté de penser le monde depuis vingt ans. Commentant le propos de Macron, un proche de Manuel Valls aurait promis de  « couper les couilles de ce petit con ». Est-ce bien digne de l’expression d’une pensée conforme à l’héritage socialiste?

Comme Macron le disait lui-même, dans le 1, en juillet dernier: « L’exigence du quotidien qui va avec la politique, c’est d’accepter le geste imparfait », et d’ajouter: « On bascule dans le temps politique en acceptant l’imperfection du moment ». Accepter l’imperfection, la comprendre, y compris pour comprendre le Mal et mieux le combattre. Macron est un bien-pensant, et il est moderne, il est donc la preuve que la gauche Finkielkraut n’a pas encore gagné.
Horror Story
04.28.14 11:45 AM ET
A Horror Story of True-Life Anti-Semitism in France
In 24 Days, opening this week in Paris, filmmaker Alexandre Arcady sets out to expose the motives and the meaning behind a savage crime.
It was a ghastly tragedy that rattled a nation and became a byword for anti-Semitism in France. In January 2006, just weeks after riots had set aflame the troubled banlieues and housing projects throughout the country, a single horrific killing exposed an icy violence that was in its way even more shocking. Ilan Halimi, 23, was kidnapped by the self-styled “Gang of Barbarians” and tortured to death because he was Jewish and they thought his family or other Jews would pay for his freedom.
Now eight years on, the story is coming to cinemas in France. Alexandre Arcady’s 24 Days: The Truth About the Ilan Halimi Affair opens Wednesday, the first of two French feature films on the case due out in 2014. And in a nation where Europe’s largest Jewish community is still reeling from the recent fight to censor a notorious comedian spewing anti-Semitic hate, it is bound to touch a nerve.
Indeed, in the wake of the controversy over the dubious humorist Dieudonné M’bala M’bala, which saw his stage shows banned in several French cities in January, the Jewish community has expressed concern that anti-Semitic acts, which were down 31 percent in France last year, could rise.

And when 24 Days director Arcady describes Ilan Halimi as the first person murdered for being Jewish in France since the Second World War, it is lost on no one that he was not the last. During Mohamed Merah’s al Qaeda-inspired killing spree in 2012, the motorcycle-riding gunman slaughtered three children and a rabbi outside a Jewish school in Toulouse.
The beginning of the end for Ilan Halimi came on a Friday night in January 2006. He had left his mother’s Paris home after a Shabbat meal to meet a girl at a café. A femme fatale in the truest sense, “Emma”—recruited as bait for Halimi—had first flirted with the affable mobile-phone salesman that very day in the shop where he worked on the Boulevard Voltaire.
She would lure him to a Paris suburb where the gang waited in ambush. They beat him, bound him and stashed him away in an apartment building in the projects. Halimi was held for 24 days, his eyes and face plastered in duct tape, first in a vacant flat, then in a basement boiler room with the building superintendent’s complicity.
When Halimi’s jailers tired of helping their captive relieve himself, they stopped feeding him. He was found barely alive in the woods near a commuter train line, still tied up, naked, and badly burned. He died before the ambulance reached the hospital.
Arcady’s 24 Days tells the story from the perspective of Halimi’s mother, Ruth, based on her 2009 memoir. Savage violence goes largely unseen in the film. Instead, audiences sink into the family’s nightmare: the oppressive barrage of rambling, invective-laced phone calls demanding ransom—more than 600 calls over the course of Halimi’s captivity.
Despite a last act every French viewer will know in advance, the film moves along like a thriller. It catalogues a massive but doomed police investigation through its agonizing near-misses and mistaken hunches.

Ruth Halimi (Zabou Breitman) pleads with cops who keep insisting her son’s kidnapping is purely financially motivated and ignore the anti-Semitic undertones. “Why are you afraid of the truth?!” she cries, convinced the intent is more sinister and her son’s fate is sealed. The detectives are shown telling her that refusal to pay ultimately will protect her son because he’ll be valued as a bargaining chip. Inside a Paris preview screening, a loud “Ha!” could be heard from a pair of audience members at the detectives’ onscreen naiveté.
In fairness, Arcady has put this misapprehension in context. Hot on the heels of the November 2005 banlieue riots, tensions remained high. And a spectacularly embarrassing false alarm not long before that had clouded the authorities’ judgment.
In the summer of 2004, a young woman told police she had been attacked by six young black and Arab men on a suburban Paris commuter train. She claimed the muggers tore her clothes and markered swastikas onto her bare stomach, cut a lock of her hair, and toppled her baby’s stroller. In a nation still riven with guilt over its WWII persecution of Jews, the incident sparked a swift political response from then-President Jacques Chirac. But days later the young woman recanted, eventually explaining she was just vying for her parents’ attention. (That case, too, became the subject of a feature film in 2009, The Girl on the Train, with Emilie Dequenne and Catherine Deneuve.)
In fact, the extent to which Halimi’s motley assailants acted out of anti-Semitism would remain a point of contention long after his body was found.
In the event, the Gang of Barbarians eluded the 400 police officers assigned to the case until it was too late. Two dozen men and women would be convicted for their varying degrees of involvement. The gang’s 25-year-old ringleader, Youssouf Fofana, the French-born son of Ivorian immigrants, was captured on the run in Abidjan 10 days after he had stabbed Halimi, doused him with a flammable substance, set him alight, and left him for dead.

In 2009, Fofana was convicted of murder, acts of torture and barbarity, with anti-Semitism an aggravating circumstance. He is serving life in prison with no possibility for parole for 22 years. (He has since been sentenced to several additional years for new crimes including attacking prison personnel and posting videos to YouTube spewing anti-Semitic hate and praising al Qaeda from his cell.)

The comedian Dieudonné was recently acquitted of disseminating a video in which he is shown deriding a “Jewish lobby” and calling for Fofana’s release from prison. A Paris court ruled it could not be proven that Dieudonné personally released the video in April 2010. It did not pronounce on the video’s content.
Prime Minister Manuel Valls, while still interior minister last October, visited the set of 24 Days during a scene filmed near the Sainte-Geneviève-des-Bois train station, where Halimi was found. In February, fresh from his very public showdown with Dieudonné, Valls told the Representative Council of Jewish Institutions in France at a dinner in Toulouse that he had seen the finished film. “If we do not stop these words that kill and that tear apart our society, there will be other Ilan Halimis,” he warned. President François Hollande held a private screening of 24 Days this month at the Elysée Palace.
The new film’s theatrical release goes some way toward repairing what many saw as an injustice. Both the 2009 trial and a 2010 appeal were held behind closed doors because some of the accused were minors at the time of the events. Halimi’s family and anti-racism groups had pled for public trials, citing their educational value.

A second film by director Richard Berry based on Morgan Sportès’s prizewinning novel Tout, Tout de Suite focuses on the assailants and is expected in September.
But one observer suggests the renewed media interest in Halimi’s case could itself spur resentment. In a new book on what he sees as France’s unhealthy tendency to internalize the Israeli-Palestinian conflict, Pascal Boniface argues that anti-Semitism has in fact declined radically in France over recent decades. The director of France’s Institute of International and Strategic Relations suggests Jewish community leaders and the media risk a sort of public fatigue by interpreting anti-Semitic acts out of that context and out of proportion to crimes against other groups. He spotlights the Halimi case as an example of anti-Semitism overexposed to a counterproductive degree.
“We can wager in advance that the films’ release will benefit from media hype,” writes Boniface. “Will they find an audience beyond their community circles? That’s less sure. … A large part of the Jewish community is convinced that the anti-Semitic dimension of Ilan Halimi’s murder has not been mentioned enough, while another large part of public opinion thinks this affair has been overexposed because of its anti-Semitic dimension and many [non-Jewish] parents ask themselves: ‘Would they have talked about this if the victim had been my son?’”
One French journalist, Frédéric Haziza, author of a new book that deems Dieudonné a fascist guru, struck out at Boniface’s take on the Halimi case, calling him a “sorcerer’s apprentice of hate” and an anti-Semitism denier. In turn, a wide palette of French notables responded in Boniface’s defense with a petition rejecting a “climate of McCarthyism” that has collected more than 5,000 signatures. Suffice it to say, eight years after the Halimi atrocity, the case still inflames opinion.
“You are our first ambassadors. Be the ones who lead others, even the reticent, those who might not want to see the film,” Arcady told a crowd at the Paris preview for 24 Days. “Even those who say, ‘Oh la la, Ilan Halimi, that’s a fait divers [a petty news item], stop bothering us with that.’ And seeing the film you will understand that it is not a petty news item. And those who still think that today, they are the ones who really needed to be persuaded to come see the film.”
It opens in France on Wednesday.

Voir aussi:

The Shocking Murder of Ilan Halimi
In 2006 a young Parisian Jew was kidnapped and brutally murdered because he was Jewish. French authorities initially refused to believe it was a hate crime.
by Deborah Freund
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This article originally appeared in Ami Magazine.

Little did Ilan Halimi know that day that the customer walking into the cellphone store where he worked as a salesman would be the agent of his death. The young woman looked around at the merchandise, asked questions and engaged him in friendly conversation. They hit it off so well that before leaving, she asked Ilan for his phone number.

The next evening Ilan received a call from his new acquaintance, inviting him out for a drink. Only 23 years old, Ilan had no suspicions. He was ambushed by a gang of thugs, held prisoner in an apartment in the Bagneux neighborhood of Paris for 24 days and tortured until they finally abandoned him in a forest. When Ilan was found, he had burns over 80% of his body. He was the first French Jew murdered after WWII simply because he was Jewish.

His mother, Ruth Halimi, agreed to meet me in the recently-dubbed Ilan Halimi Gardens, a pocket-sized oasis of green on a busy street in the 12th arrondissement.

A small woman, she has dark eyes set in a determined, pale face. “This is where Ilan used to play as a child,” she says. “I come here often.”

Her voice is melodious, the kind of voice associated more with a mother singing a lullaby than with an outspoken firebrand courageously confronting the French people about the poison brewing in their midst.

“I’m a woman who naturally shies away from crowds and doesn’t like being in limelight. But the Almighty said no, I have a different plan for you, and He gave me an extra measure of courage to be able to speak out in public. I’ve spoken in Washington, Brussels, Paris and Israel, with a strength I didn’t know I possessed.”

I ask her to tell me about her son.

“Ilan was my only son. He had a smile that lit up his face. The house became alive the minute he stepped into it. Ilan loved people deeply. He was curious and outgoing. He was such a star at his bar mitzvah…

“Ilan’s father and I parted when Ilan was two years old,” she continues. “As a consequence, he always tried to be the man of the house. I raised him and my two daughters single-handedly, with little financial means but with love in abundance. I often wonder if that’s why he was so trustful of people. Ilan profoundly believed that people are good, and he was killed for it.

“Helping other people came naturally to him. His first job was in a real estate office. One day a poor Muslim woman came in looking for an apartment. She was having great difficulty finding one. Ilan did some research and found her a flat. Two days later she returned in despair. When the French landlord had seen her Muslim name on the lease he had refused to sign it. Ilan picked up the phone and gave him a piece of his mind, accusing him of racism. The man signed the contract. When Ilan was murdered…”

Her voice trails, her energy sapped. “I found an envelope in my mailbox containing a 100 euro note. It was from the Muslim woman. ‘Madame,’ it said. ‘How can I even begin to express my feelings of horror at what happened to your son?’”

“Please,” I steel myself before asking. “Can you walk me through what happened?”

January 20, 2006
It’s a regular Friday, and I’m on my way home from work. Passing by a store I see a pair of shoes in a style that I know Ilan would like, with a buckle. I stop to purchase them. They are final sale, neither exchangeable nor refundable. I then do some shopping for our Shabbat meal. Even though I am not Orthodox, the Shabbat meal is something I will not give up for any price. It’s the only time of the week we get to all sit peacefully around a beautifully set table. When I reach our building I glance up to see if Ilan is at the window. He usually looks out for me and runs down the stairs to help me bring up the packages. Ilan sings the Kiddush. My children were bought up in the Jewish tradition and know all the Jewish prayers. After we wash, Ilan cuts the challah and distributes it. We wish each other Shabbat Shalom. Dinner is over by 9:00 p.m.

A while later I hear Ilan answering the telephone in his room. I will later learn that that was the fateful call from his new acquaintance inviting him out. I see him putting on his windbreaker. I don’t like it when he goes out on Shabbat and he knows it. “Don’t be angry, Maman,” he says, an apologetic smile playing on his lips. As if having a premonition that this would be the last time I would ever see him, I try to keep him from leaving. “You didn’t try on your new shoes,” I remind him. He gives me a hug. “Tomorrow,” he says, and clatters down the stairs.

The shoes are still lying untouched in their box.

January 21
The nightmare starts the following day when we realize that Ilan hasn’t come home. None of his friends have heard from him either. I’m reading a story to Noa, my granddaughter, when I hear my daughters’ piercing screams in the next room. They’re looking at a photo of Ilan on the computer screen that has just been sent by email. My son’s face is covered with black tape, and there’s a pistol pointed at his temple. “We are holding Ilan,” the email reads. “We are demanding 450,000 euros for his release.”

“You have 20 minutes to bring the money. If you contact the police, we will kill him.”
A phone call ensues. A young man speaking French with a heavy African accent says, “You have 20 minutes to bring the money. If you contact the police, we will kill him.” My two daughters, each holding one of my hands, drag me down the stairs to the police station. Didier, Ilan’s father, is already there, having received the same phone call.

The police try to figure out why Ilan was targeted. None of us can pay the sum of 450,000 euros. I’m a secretary. Ilan earns 1,200 euro a month. His father doesn’t have any money either. Our profile certainly doesn’t mark us as a target for kidnappers. The police search our house and confiscate Ilan’s computer. Again and again they imply that Ilan was involved in drugs. Again and again I vigorously deny it. I know my son. They are sullying his name. Must I fight the police as well as his abductors?

“Don’t give in to them,” the police warn us. “If you play by their rules, they will only increase their demands.” It is important, they explain, to keep up a steady dialogue with the kidnappers to give the authorities time to unravel his whereabouts. For Ilan’s own safety, they insist, his disappearance must be kept secret.

January 22
The next morning there’s another phone call, a request for 100,000 euros followed by a string of curses and insults. It sounds like the ranting of a lunatic. The police decide that I’m too emotional and cannot be counted on to control myself over the phone. From now on Didier, Ilan’s father, will be the only one answering their calls. But Didier doesn’t have much self-control either, so every word he utters to the madman will henceforth be directed by two professional negotiators and a criminal psychologist. “You have to be strong,” she says to him. “Do not lose your temper.” I feel powerless. I’ve raised three children on my own. Why am I now so helpless? What am I doing in the hands of these men?

January 23
A new email: “Tomorrow at 11:00 a.m. you are to assemble ten people, each of whom has a valid ID and a laptop computer with WiFi.” They want to do a money transfer over the Internet, and they need ten people because the maximum amount that can be transferred is 10,000 euro per person. The police realize that there will be no movie-style exchange of an attaché case filled with money for the hostage’s release. They instruct us to email them back that we simply don’t have that much money. We do as they say. We have no choice but to trust their decision.

January 24
A profile of the kidnapper gradually emerges: He is an African man calling from the Ivory Coast who speaks a primitive French slang. The police are convinced that they are dealing with an experienced, organized band. They have no idea that the kidnapper is really a 26-year-old male of African descent who was born in France. Indeed, Youssouf Fofana, a petty criminal with an extensive record, has already served time for armed robbery, theft and resisting arrest. In fact, his face has often been featured on wanted posters. Who could fathom that it was only a single madman vacationing in the Ivory Coast in anticipation of the expected ransom, while his makeshift gang guarded their prisoner?

We sit around the phone, not daring to move, afraid to miss a call. We are getting 40 phone calls a day—680 in total. Each day we are subjected to abusive diatribes and threats, but never a clear proposition.

Five other men have previously been approached, the investigators inform us, by different youngsters. None of them took the bait, except for one whose screams caught the attention of a neighbor who alerted the police. He was found on the front steps of a building with 86 bruises on his body.

Each of the five men was Jewish.

“Can’t you see what’s really going on?” I beg the police. “Ilan has been kidnapped because he’s a Jew.
A new phone call, this time with only a repetition of Arabic chants. A Muslim police officer confirms that these are recitations from the Koran.

The next call is in French: “We want a down payment of 50,000 euros.” Didier repeats what the psychologist whispers to him: “I don’t have the money.”

“Then get it from the Jewish community,” the man answers before the receiver is slammed down.

“Can’t you see what’s really going on?” I beg the police. “Ilan has been kidnapped because he’s a Jew. It’s the typical anti-Semitic approach: Jews are rich and clannish. They’ll cough up the money because they stick to each other.”

A new knot has formed in my stomach. If my son has been kidnapped because he’s a Jew, he will never be released so easily.

“Promise me that you will bring him home!” I beg the two policemen sleeping in my living room. “Madame,” they assure me, “we are doing everything in our power.” I know they are. But the last kidnapping in France was in 1978, when the Baron Empain was abducted and eventually liberated by his captors. Unlike countries where kidnappings are frequent, the French have little experience with such matters. “Don’t worry,” they tell me. “Kidnappers kidnap to get someone thing out of it, not to kill their victims.”

Today Didier got two dozen more phone calls demanding the ransom. The man on the line is clearly nervous. The police suspect that Ilan is dead and want to see a photo as proof that he’s still alive. They also hope to catch the kidnapper posting the picture in a cyber café, where there are security cameras. The photo finally arrives: it’s Ilan, with a long cut on his cheek. The page is adorned with colorful balloons; they are having fun. It is zero degrees outside. We later learn that Ilan was lying on the floor of an unheated apartment during this time, “tied like a mummy,” as one of the gang members described it, his face completely covered with tape except for a hole to insert a straw. He is barely kept nourished; just enough so he won’t die. They are also keeping him silent, hitting him when he groans. He’s being held in an 11-story building, in an apartment that has been vacant since January 16. The concierge has received 1,500 euros for his silence. In exchange, the gang may use the empty flat until it is rented out. None of the neighbors report their comings and goings. No one hears anything.

It isn’t far from where I live.

January 25
More phone calls. Fofana insists on a money transfer. The police do not give in. Didier is instructed to stop answering the phone. “We want to force the kidnappers to alter their demands.” Fourteen phone calls go unanswered. Violent insults are left on the answering machine. We stand there listening, helpless. The psychologist congratulates Didier each time he doesn’t pick up the receiver. She uses her skills to manipulate the kidnappers, but also to manage Didier as she sees fit.

My daughters, Deborah and Eve, resolve to spread the word about Ilan’s kidnapping in the hope that media attention will somehow help. The police think differently. They are firm: We are to tell people that Ilan is fine and merely on vacation. I am to return to work. Everything must seem as normal as possible. I do as I am instructed. I go back to work and discuss the weather. I put on a pleasant face, as I am told that Ilan’s life depends on it. I think of other people who have disappeared, their photos on the walls of every post office and in every window. Why can’t the same be done for Ilan ? Why am I obeying the police rather than following the dictates of my heart?

January 28
This time Fofana’s tone is urgent: “I want to release Ilan,” he says. “Let’s negotiate an agreement.” An email follows: “I cannot control my people anymore. They are going to harm him. You must respond quickly.”

Again the police order Didier not to answer the phone. They are convinced that our silence will force Fofana to agree to an exchange. The result is an entire night of incessant phone messages on his machine, warning him that they’re going to dump Ilan in the forest. The police refuse to budge.

Shabbat arrives. Without Ilan. Every night I have the same dream, of heavy stone doors being closed in my face. All I have left is prayer. I pray that the young woman who lured Ilan to his captors will have a change of heart and lead the police to him. I pray to have news of my son. I am petrified that they will act on their threat but the phone has stopped ringing. The two policemen in my house have become like family. They eat with us, accompany me to the supermarket. For long hours I speak to them about Ilan. How happy I was when he was born after two daughters.

January 29
Rabbi Thierry Zinni in Paris receives three messages from the kidnappers. We do not know each other but he is Jewish; that is enough for them. “A Jew has been kidnapped,” the message says, and directs him to where he will find a video tape. The rabbi takes it seriously and immediately contacts the police.

“They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?”
Ilan’s voice is on the tape; it is very feeble. From the photos I know that his eyes and face are taped. “I am Jewish,” he says. “Please, please help me. Maman,” he breaks into a sob. “Help me! Do not abandon me.” To hear my son beg for his life is beyond suffering. Then I hear a thump and Ilan groans; he has been hit.

“Don’t you see?” I plead with the police. “They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?” But the authorities will have none of it.

January 30
Ilan’s situation, we later learn, has taken a turn for the worse. The concierge of the building notifies the kidnappers that they will have to vacate the apartment. He has orders to paint it for the next tenant. Fofana returns to France from the Ivory Coast especially to transport Ilan somewhere else. Covered in a blanket, he is carried on the kidnappers’ shoulders to a nearby cellar. It is colder in there than in the flat. He is under the watch of ten guards between the ages of 17 and 23, most of them converts to Islam. They were promised the whole thing would take three days and they’d make some quick money. “I wanted to buy myself new clothes,” said one gang member during his interrogation. Now, they are annoyed. Ten days have passed and they are still stuck with Ilan, who bears the brunt of their frustration. They kick him and burn him with cigarettes, each one inventing a different kind of torture. “Even an animal isn’t treated that way,” the police later say.

By now the police know that the man in charge is using a different Internet café each time. Four hundred men are mobilized to catch the perpetrator. To me, it is abundantly clear that this is an anti-Semitic act and that I should shout out the truth and alert the press. But I do what the police tell me.

Around this time the local police stop a black man on the streets of Paris whose name is Youssouf Fofana. They have no idea about the kidnapping because it is all being handled secretly. They return his papers to him. How he must have laughed! How powerful he must have felt!

February 2
The owner of a cyber café alerts the police: the black man in the hood and gloves they are looking for has come back. The police recruit a nearby squad without giving them too many details other than that they must immediately go and arrest a black man at 9 Rue Poirier de Narcay. They have no idea how dangerous he is or how much is at stake. The six policemen rush off together, discretion—the most important factor in this operation—thrown to the wind. They are searching for Number 9 but there’s no address on the shop, only on a nearby building. Fofana, sitting at the window, has ample time to notice them and flee. By the time they realize their mistake Fofana is long gone. They chase him but it’s too late. Why wasn’t the situation explained to them properly? Why couldn’t road blocks have been set up to prevent Fofana’s escape? Why wasn’t his picture put in the newspapers? And why didn’t the police compare his image to the one that was already in their files for the past 13 years, for a host of infractions?

These are questions with which I torment myself daily.

February 6
After three days without any communication the emails begin again. The police decide to pay the ransom. One hundred thousand euros are photographed and put into an attaché case that is given to Didier. The whole area where the meeting will take place is under surveillance. But the encounter doesn’t take place as planned; the kidnappers fail to show up. Instead, they call Didier and give him another address in Chatelet, a 30-minute ride away. When he arrives there, with the police discreetly observing the proceedings, he receives a new directive: “Send 5,000 euros via Union Transfer now and take a train to Brussels.” This time he has had enough and hangs up the phone.

Seventeen days have now passed without any results. We are totally drained and at our wits’ end. A new stream of phone calls is directed to the police. They don’t answer.

Then the phone calls stop.

February 13
That night I feel a strong force hurl my bed against the wall and I wake up. “Something happened to Ilan! I’m sure of it!” I tell the policemen in my living room. Of course, they think it’s only the ranting of a hysterical woman. It was five a.m. They say that a mother knows. I checked it out later. On February 13, at five o’clock in the morning, Ilan was first shaven, like six million other Jews, and flung into the forest by his torturers. He managed to take the mask off his eyes, and as Fofana later reported, look them straight in the eye. I am a human being, his eyes told them. He received a few knife stabs for that. Then, like many of the six million before him he was set on fire and burned alive, having been sprayed with a flammable substance. Then his tormentors left.

When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.”
It was raining that morning; Ilan managed to roll down on the leaves towards the highway. A black woman, a secretary like me, saw him lying by the side of the road, stopped her car and called the police. She accompanied him in the ambulance and did not leave his side. He was still alive in the ambulance but died on the way to the hospital. I console myself that my son died hearing a soothing voice.

When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.” The police publicly admit to the press that it was an anti-Semitic crime.
“Why did you write your book, 24 Days, which chronicles Ilan’s kidnapping?” I want to know. “How did you have the courage to immerse yourself in what must have been such unbearable pain?”

“I couldn’t allow his murder to evaporate, to simply disappear like yesterday’s news,” she explains. “The idea was intolerable. I had to leave a permanent testament to my son.

Ilan’s funeral

“Of course it was very difficult,” she continues. “I have boxes and boxes of transcripts from the trial. When I started reading them I felt like throwing myself out the window. They enumerate in painstaking detail what they did to my child just to amuse themselves. When Fofana was asked in prison if he had a message for me he said, ‘Tell her that her son fought well.’ It was probably meant as a compliment in his twisted mind.”

“The murder of Ilan Halimi has been publicly declared an act of anti-Semitism. When you speak in public, what is your message to the French people?” I ask.

“I tell them that words are sometimes worse than weapons,” she replies. “The popular French comedian, Dieudonné [which means ‘gift of God’], whose supposed humor drips with anti-Semitism and is enjoyed by millions of Frenchmen, has said things like, ‘The Germans should have finished the job in 1945.’ It’s words like these that incite violence and inspire incidents like Toulouse.”

“Have you ever considered leaving France?” I inquire.

“Yes. My youngest daughter made aliyah and is happy in Israel. She is urging me to join her. But at the moment, with the pension I have, I cannot afford it. I also have grandchildren here to whom I am very attached. But I do not plan on remaining here forever. One day when my daughter in Israel marries and has a family, I too shall leave.”

“Why did you have Ilan’s remains reinterred in Israel?”

“Because I didn’t want him to lie in the same soil on which he was murdered. I wanted him to be buried in Israel immediately, but my children said they needed him close by so they could visit him every day. I also knew that one day Fofana will be released from prison, and I don’t want him to be able to come and spit on my son’s grave.”

This article originally appeared in Ami Magazine.

Voir encore:

Emmanuel Macron : « Il y a du mal à l’intérieur de notre société »
Propos recueillis par Arnaud Leparmentier, Cédric Pietralunga et Thomas Wieder

Le Monde

06.01.2016

Dans un entretien au Monde, le ministre de l’économie Emmanuel Macron explique qu’il faut « donner plus de place à ceux qui sont en dehors du système et de sortir de l’entre-soi ».

Après le 13 novembre, vous avez dit, ce que Manuel Valls n’a pas apprécié, que la France avait « une part de responsabilité » dans le « terreau » qui a enfanté le terrorisme…

Quand j’ai dit ça, ce n’était ni pour justifier ni pour excuser, mais parce que je pense qu’il faut tenir un discours adulte à nos concitoyens. Il y a bien sûr une menace terroriste extérieure, mais il y a des terroristes français et donc du mal à l’intérieur de notre société. Notre responsabilité, c’est de protéger et de punir de manière implacable, d’avoir une politique sécuritaire très forte, mais c’est aussi de prévenir et regarder cette réalité en face.

Ce «  néototalitarisme terroriste  » qui prospère aux confins de l’islamisme religieux, pourquoi pénètre-t-il nos sociétés  ? Une forme d’anomie s’est installée au cœur de celle-ci, une anomie qui procède d’une perte de repères chez des individus qui n’ont plus de perspectives familiales, professionnelles… Attention, je ne dis pas que c’est parce qu’on n’a pas de diplôme qu’on devient djihadiste   : il y a bien sûr une part de trajectoire individuelle. Mais il y a aussi une part de responsabilité collective et, après ce que nous avons vécu en  2015, nous devons aussi répondre à ce désespoir-là. Pour moi, la clé de la recomposition politique est là, dans le fait de donner plus de place à ceux qui sont en dehors du système et de sortir de l’entre-soi.

Faut-il une forme d’unité nationale ?

Ce que nos concitoyens veulent, c’est un discours de vérité et des politiques courageuses. Il ne faut pas penser qu’on peut atteindre cela par des combinaisons. Si c’est la condition pour mener des politiques neuves et répondre aux difficultés de notre pays, cela peut se concevoir. Mais si c’est une finalité en soi, ce sera un nouvel artifice. Nous n’avons pas un système parlementaire qui conduise à des grandes coalitions comme en Allemagne mais un système présidentiel qui fait que les grandes coalitions se conduisent au moment de l’échéance présidentielle.

François Hollande doit-il construire une grande coalition pour 2017 sur le thème de la France unie ?

Ce n’est pas mon rôle de le dire. Beaucoup l’ont tenté. Même Nicolas Sarkozy en 2007 à travers certaines nominations. Est-ce que cela a eu un impact ? La France est un peuple politique beaucoup plus intelligent que les élites ne le pensent. L’unité nationale doit venir d’un choix populaire, d’une mobilisation des énergies davantage que d’une combinaison d’appareils.

Quelle est votre position sur la déchéance de nationalité ?

Je comprends et je respecte profondément les réflexions et les réactions sur ce sujet. Il faut répondre à trois exigences  : la protection des Français, le respect de l’engagement pris par le président de la République – l’autorité de l’Etat en dépend – et la cohésion nationale. C’est une mesure symboliquement importante  : elle donne un sens à ce que c’est que d’appartenir à la communauté nationale.

Vous voteriez cette mesure ?

Je suis ministre de la République, donc pleinement solidaire de la politique gouvernementale.

Voir de plus:

Entretien avec Pascal Boniface

Entretien réalisé par 
Pierre Chaillan
L’Humanité
16 Mai, 2014

Spécialiste de géopolitique, président de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface lance un véritable débat arguant que « La République doit considérer tous ses enfants de la même façon »

En publiant 
 »la France malade du conflit israélo-palestinien », Pascal Boniface affirme ses craintes de voir s’ériger des barrières séparant différentes communautés dans notre pays rejoignent sa compréhension de l’Europe et du monde.

Dans la France malade du conflit israélo-palestinien (1), vous vous interrogez sur le fait de revenir sur cette question. Pourquoi?

Pascal Boniface. Malheureusement, les faits m’ont donné raison. Quand on aborde de façon critique la politique du gouvernement israélien ou encore les prises de position des intellectuels et institutions communautaires en France sur la question du conflit israélo-palestinien, on se met forcément un peu en danger. Il y a deux risques. Le premier est d’être accusé d’antisémitisme plus ou moins assumé. Cela a été le cas. J’ai été attaqué de façon scandaleuse par un journaliste, Frédéric Haziza, et par Julien Dray, dont on peut par ailleurs s’étonner qu’il soit encore élu au conseil régional d’Île-de-France au vu de l’ensemble de son œuvre et par rapport au désir de moralité qui semble gouverner dans les hautes sphères. Ceci étant, après cette polémique odieuse m’accusant de nier la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi, une pétition a été lancée et a recueilli plusieurs milliers de signatures sur le thème « Stop à la chasse aux sorcières » (2). Lorsque je regarde la liste des signataires et leur réputation morale, je suis réconforté. Le second risque, c’est le black-out. Les médias dans leur grande majorité n’ont pas voulu parler du livre et de ses thèses. La tentation chez beaucoup de mes collègues chercheurs et de nombreux journalistes consiste à considérer que ça divise l’opinion ou qu’il n’y a que des coups à prendre et qu’il est donc plus prudent de ne pas aborder ce sujet. Mais, en attendant, le débat continue, et parfois, de façon plus malsaine. D’ailleurs, je suis pris entre deux écueils, les ultras pro-israéliens m’accusent d’antisémitisme. Et lorsque, dans des débats un peu chauds, je m’élève contre l’utilisation du terme « entité sioniste » pour parler de l’État d’Israël, que je refuse la vision d’une presse contrôlée par les juifs ou que je dénonce Dieudonné, d’autres m’accusent d’être payé par les juifs. Il y a donc là un enjeu essentiel pour notre débat démocratique. Combattre l’antisémitisme mais refuser le chantage consistant à faire un amalgame entre critique politique du gouvernement israélien et antisémitisme.

Est-ce au point de tirer la sonnette d’alarme sur l’état de la société française ?

Pascal Boniface. Oui. Il y a un décalage extrêmement fort entre les élites politiques et médiatiques très prudentes et l’opinion de la rue vindicative sur la question. La prudence et 
la pusillanimité des uns, pour ne pas dire l’absence de courage, conduisent d’une certaine manière à l’extrémisme des autres. La société française perd des deux côtés. Il faut vraiment aborder cette question, en parler très ouvertement et franchement. Plus on en discutera de manière sereine et de façon ouverte et plus on évitera les dérives.

Vous mettez en garde contre le communautarisme. À quoi faites-vous allusion ?

Pascal Boniface. Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également.

Vous regrettez une instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme à des fins géopolitiques. Comment cela se traduit-il ?

Pascal Boniface. La défense inconditionnelle de l’État d’Israël des institutions juives, quelle que soit son action ou sa politique, très rapidement reliée à la lutte contre l’antisémitisme contribue à faire peur aux juifs français. Cela vient poser une barrière entre juifs et non-juifs autour de cet enjeu du soutien à Israël. Cela est très dangereux. On voit, par exemple, sur quelles bases le Crif a décidé de ne plus inviter le Parti communiste à son dîner annuel. Que l’on me montre la moindre déclaration d’un dirigeant communiste qui verse dans l’antisémitisme. Par contre, on reproche aux communistes leur solidarité avec la cause palestinienne. Le Crif privilégie ainsi son soutien à Israël au détriment du combat contre l’antisémitisme. Tout en se disant en faveur d’un règlement pacifique, les institutions et les intellectuels communautaires pilonnent systématiquement ceux qui sont tout autant pour la paix mais qui estiment que le blocage de la situation provient plus de l’occupant que de l’occupé. Les institutions juives mettent en avant la lutte contre l’antisémitisme pour tétaniser toute expression politique contraire ou critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle est directement taxée soit d’antisémitisme, soit de le nourrir en important le conflit du Proche-Orient. Cet argument est pour le moins paradoxal puisque ce sont les mêmes qui, sans cesse, appellent les juifs de France à démontrer une solidarité infaillible au gouvernement israélien. Ils sont donc très largement responsables de ce faux lien.

Pourtant n’assiste-t-on pas à une recrudescence des actes antisémites les plus violents ?

Pascal Boniface. Il y a eu Mohamed Merah qui a tué des enfants parce qu’ils étaient juifs. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel acte terroriste qui, par définition, est incontrôlable et on ne peut pas nier l’existence d’un tel risque. Il y a eu aussi l’affaire Ilan Halimi, même si plus complexe, qui a une dimension antisémite mais qui ne peut pas se résumer uniquement à un acte antisémite. Mais, il n’y a pas de recrudescence d’agressions ou d’injures. Les actes antisémites, bien sûr toujours trop nombreux, représentent un nombre faible face à l’ensemble des actes violents répertoriés, dans la rue, à l’école, en milieu hospitalier, etc. Je donne à ce sujet des chiffres très précis. Nous vivons dans une société violente. Et puis, surtout, il y a beaucoup d’agressions racistes qui touchent d’autres catégories de populations. Les actes antimusulmans ou anti-Noirs sont très nombreux alors qu’ils ne semblent pas faire autant l’objet d’une vigoureuse dénonciation des médias ou des pouvoirs publics. Cela est largement ressenti. Les médias et les élus de la République font très souvent du « deux poids, deux mesures », aggravent un mal qu’ils disent vouloir combattre.

Faut-il y voir un péril pour la République ?

Pascal Boniface. Je cite plusieurs exemples d’agressions d’autres communautés, pas seulement arabes, de faits graves pas ou peu médiatisés. Cela au final se retourne contre les juifs français car cela crée un sentiment d’être traité différemment. Il ne faut pas ignorer l’existence d’une nouvelle forme d’antisémitisme en banlieue aujourd’hui. Cela est dû plus à une forme de jalousie sociétale qu’à une haine raciale. Il y a le sentiment que l’on en fait plus pour les uns que pour les autres. Par ailleurs, le Crif joue à la fois un rôle de repoussoir et de modèle. Beaucoup de musulmans y voient la bonne méthode pour se faire entendre des pouvoirs publics et veulent faire pareil. Le risque est de se retrouver communauté contre communauté. Faire ce constat, ce n’est pas vouloir dresser les uns contre les autres. Je réclame au contraire l’égalité de traitement. La République doit considérer tous ses enfants de la même façon. Quels que soient l’histoire et les drames vécus précédemment, il n’y a pas de raison que certains soient plus protégés que les autres. Je remarque toutefois que l’on parle beaucoup plus des dégradations de mosquée, des agressions et des injures islamophobes. Une prise de conscience est en train de s’opérer dans les médias certainement liée à la pression populaire et aux réseaux sociaux.

Vous présidez l’Iris et êtes de ce fait attentif à l’actualité du monde. À quelques jours des élections européennes et au regard de l’actualité ukrainienne, quel est l’enjeu stratégique pour l’UE ?

Pascal Boniface. Les élections vont être probablement marquées par un fort taux d’abstention 
et par des débats qui portent plus sur la politique intérieure de chaque pays que sur l’Europe. Il y a cet effet de ciseau entre un Parlement européen qui est de plus en plus important en termes de pouvoir et de détermination de politiques européennes et des citoyens français qui croient de moins en moins en l’Europe et dans sa capacité 
à impulser une direction. L’exemple de l’Ukraine montre qu’il y a encore un appétit d’Europe en dehors des frontières de l’Union européenne et une fatigue à l’intérieur. Pourquoi ? Parce que les choses sont mal présentées. Est-ce l’UE qui impose des règles d’austérité injustes ? Le système de santé est malmené en Grèce afin de faire des économies demandées par l’UE. Mais c’est bien le gouvernement grec qui décide de ne pas imposer l’Église orthodoxe ou les armateurs et de faire peser l’effort sur les citoyens. La décision est nationale. Sur la crise ukrainienne, l’Europe a réussi une médiation extrêmement positive entre le gouvernement 
et l’opposition ukrainienne en parvenant à l’accord du 21 février. Cet accord n’a pas ensuite été respecté et l’Europe n’en a pas tenu compte. S’il avait été mis 
en œuvre, il aurait pourtant évité la crise survenue. L’Europe n’a pas suffisamment confiance dans ses capacités d’acteur global et n’a pas conscience du poids qu’elle représente.

Jusqu’à se retrouver maintenant à la remorque de la position américaine ?

Pascal Boniface. Oui, clairement. Elle n’a pas suivi les États-Unis sur la nature des sanctions mais l’impulsion première a été donnée par les Américains et s’est appuyée sur leurs plus fidèles alliés en Europe. En réalité, le tournant a été manqué 
il y a deux décennies lorsque la fin du monde bipolaire n’a pas été gérée de façon satisfaisante. Gorbatchev a fait des efforts extraordinaires pour construire un monde nouveau en permettant aux Nations unies de jouer pleinement leur rôle. 
De leur côté, les Américains ont parlé eux d’un nouvel ordre mondial en se félicitant d’avoir gagné la guerre froide. Ils ont privilégié la tentative 
de la construction d’un monde unipolaire sur la possibilité de construire un monde basé sur la sécurité collective bâtie sur l’effort de tous. Du coup, on n’a toujours pas reconstruit un nouvel ordre mondial.

Votre grille de lecture de la société et du monde semble suivre une même logique ?

Pascal Boniface. Vous avez parfaitement raison. Il y a une matrice commune : respecter les autres, prendre le point de vue de l’autre en considération et surtout éviter d’humilier les autres car c’est une source première de violence et de rejet. Il s’agit de respecter les individus à l’échelle de la société ou les peuples au niveau mondial. L’information circule tellement aujourd’hui que l’on ne peut pas baser une relation sur le mépris et la négation de l’autre. C’est non seulement moralement indéfendable, mais c’est politiquement dangereux.

Des questions stratégiques à la géopolitique du sport. 
Pascal Boniface a écrit une cinquantaine d’ouvrages, alternant essais et livres pédagogiques sur les questions stratégiques, traitant de la politique extérieure de la France, des questions nucléaires, de la sécurité européenne, 
du conflit du Proche-Orient et de ses répercussions sur la société française et sur les rapports de forces internationaux, ainsi que du rôle du sport dans les questions internationales. Son dernier ouvrage, Géopolitique du sport, vient 
de paraître aux éditions Armand Colin.

1) Éditios Salvador. 222 pages. 19,5 euros

(2)

Voir par ailleurs:

Perceptions et attentes de la population juive : le rapport à l’autre et aux minorités
31 Janvier 2016

Le dispositif d’enquête dont les principaux enseignements sont présentés ci-après a été conduit par l’Institut Ipsos à la demande de la Fondation du Judaïsme Français. Ce dispositif d’études s’articule autour de trois volets.
Document associé :

[COMPLEMENT] Afin de mieux appréhender les résultats d’une étude approfondie et comportant de nombreux volets, nous mettons à votre disposition l’analyse de l’ensemble des données par Chantal Bordes (CNRS), Dominique Schnapper (EHESS), Brice Teinturier (IPSOS), Etienne Mercier (IPSOS).

Note de synthèse longuepdf 1.15 MB
Le premier volet concerne l’ensemble de la population française : nous avons interrogé 1005 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). L’enquête a été réalisée par internet du 15 au 24 juillet 2014.

Le second concerne les personnes se considérant comme juives : après avoir réalisé 45 entretiens qualitatifs d’environ 2h auprès de juifs (45) dont des responsables communautaires (15) en région parisienne, à Toulouse et Strasbourg, Ipsos a réalisé une étude quantitative auprès de 313 personnes.
Il n’existe pas de définition satisfaisante de qui est juif et qui ne l’est pas. Il n’existe pas non plus de statistiques permettant d’appliquer des quotas. La méthode utilisée a été celle de l’autodéfinition par les personnes elles-mêmes. Est juif celui ou celle qui se considère comme tel. A partir de plusieurs dizaines de milliers de panélistes interrogés, on a ainsi pu extraire un échantillon de 313 personnes se déclarant comme juif ou juive, auquel le questionnaire a été administré du 24 février au 8 juin 2015. Cette méthode a l’avantage de limiter les biais que l’on rencontre lors de recrutement « dans la rue » ou à proximité de lieux de culte

Le troisième concerne les personnes se considérant comme musulmanes. Pour les mêmes raisons, il a été procédé exactement de la même façon que pour les répondants juifs. Un échantillon de 500 personnes se déclarant musulman/musulmane extrait de notre Acces Panel a ainsi été interrogé du 24 février au 9 mars 2015.

LES FRANÇAIS PESSIMISTES EN CE QUI CONCERNE LE FUTUR DU PAYS ET LEUR PROPRE AVENIR

Pour comprendre la force de la crise de confiance généralisée, il convient de garder à l’esprit qu’elle s’est aussi individualisée. De ce point de vue, il n’y a pas un pessimisme collectif et un optimisme individuel mais un pessimisme collectif massif qui se double d’un pessimisme individuel important.

79% sont aujourd’hui persuadés que la France est en déclin
61% déclarent qu’en pensant à leur avenir, celui-ci leur apparaît « bouché »

UNE CRISE DE CONFIANCE GÉNÉRALISÉE QUI S’EXPRIME PAR DES CRITIQUES FORTES À L’ÉGARD DE « L’AUTRE »

Ce pessimisme s’accompagne d’une relation de défiance à l’égard d’autrui (les immigrés, les chômeurs).

66% des Français estiment que « Dans la vie, on ne peut pas faire confiance à la plupart des gens »
54% des Français considèrent que « L’immigration n’est pas une source d’enrichissement pour la France »,
53% qu’on « en fait plus pour aider les immigrés que les Français »
39% affirment que ce n’est pas « la pauvreté qui est la principale cause d’insécurité, c’est l’immigration ».
49% que « les chômeurs ne font pas de réels efforts pour trouver du travail »
30% estiment qu’« une réaction raciste peut se justifier ».

UN REPLI SUR SOI, LE SENTIMENT FRÉQUENT D’ASSISTER À UN CHOC DES RELIGIONS ET D’ÊTRE DEVENUS MINORITAIRES

Ces opinions s’inscrivent dans un climat de forte défiance vis-à-vis des religions et de leur capacité à coexister entre elles.

53% estiment que « l’intégrisme religieux est un phénomène développé en France »
44% estiment qu’« en France les différentes religions coexistent plutôt bien entre elles »
23% disent avoir même assisté à des comportements agressifs ou à des violences liées à la religion et que les victimes de ces agressions étaient majoritairement de leur propre confession
Les Français estiment en moyenne que 31% de la population globale est musulmane et considèrent même que les catholiques sont aujourd’hui minoritaires (seulement 49% de la population d’ensemble).
Les mesures en faveur des minorités religieuses sont presque toutes rejetées, surtout quand elles touchent à l’école, symbole fort de la laïcité : 63% sont opposés à « la mise en place de menus spécifiques dans les cantines scolaires pour les élèves de confession juive et musulmane », 71% sont défavorables à « la mise en place de dérogations permettant aux élèves de s’absenter les jours de fêtes religieuses non prévus dans le calendrier » et 74% sont contre « la possibilité pour des mères portant le voile d’accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires ».
En revanche, 53% sont favorables « à la construction de mosquées pour que les personnes de confession musulmane puissent exercer leur culte plus facilement ».

DES MÉCANISMES TRÈS VARIABLES DE TOLÉRANCE ET D’INTOLÉRANCE : LES JUIFS SONT TRÈS MAJORITAIREMENT PERÇUS COMME BIEN INTÉGRÉS, CONTRAIREMENT AUX ROMS, AUX MUSULMANS ET AUX MAGHRÉBINS

Si l’on sait que les périodes de crise favorisent les sentiments d’hostilité à l’égard des minorités, des étrangers, en un mot des « autres », les réactions à l’égard des différents groupes montrent que les sentiments d’hostilité ne portent pas en priorité sur les juifs mais sur les Roms, les musulmans et les Maghrébins :

80% des Français considèrent que la grande majorité des Roms est mal intégrée
Seuls 29% des Français estiment que la majorité des personnes de confession musulmane est bien intégrée, 44% pensent qu’une moitié est bien intégrée, l’autre non et 27% considèrent que la majorité d’entre eux est mal intégrée).
89% des Français qui pensent que les musulmans sont mal intégrés estiment que « c’est parce qu’ils se sont repliés sur eux-mêmes et qu’ils refusent de s’ouvrir sur la société » contre 11% qui estiment que « c’est la société qui a poussé ces personnes à se replier sur elles-mêmes en les rejetant »)

LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT FORTEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION FRANÇAISE ET TRANSCENDENT TOUS LES CRITÈRES SOCIODÉMOGRAPHIQUES ET POLITIQUES

Indéniablement, la diffusion des stéréotypes antisémites est forte au sein de la population française.

91% considèrent que « les juifs sont très soudés entre eux »
56% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir »
56% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français »
53% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France »
41% qu’ «ils sont trop présents dans les médias »
25% qu’ «ils sont plus intelligents que la moyenne »
24% qu’ «ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres »
13% qu’  « il y a un peu trop de juifs en France »
Au total, c’est plus du tiers de la population (36%) qui se dit d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés.

Les ouvriers sont légèrement plus nombreux à être dans la catégorie de ceux qui se disent d’accord avec au moins 5 stéréotypes (42%), mais les professions intermédiaires (28%) et les cadres (32%) sont également très présents. De même, si les titulaires d’un diplôme inférieur au bac sont plus nombreux que les autres à se dire d’accord avec au moins 5 des stéréotypes testés (46%), c’est aussi le cas de 32% des bacheliers, de 23% des titulaires d’une licence/maîtrise et de 35% des diplômés d’une grande école ou d’un doctorat.

LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT LARGEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION MUSULMANE, PLUS QUE CHEZ L’ENSEMBLE DES FRANÇAIS

51% des musulmans se déclarent d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés

90% considèrent que les juifs sont très soudés entre eux »
74% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir »
66% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français »
67% qu’« ils sont trop présents dans les médias »
62% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France »
26% qu’« ils sont plus intelligents que la moyenne »
29% qu’« ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres »

UN ANTISÉMITISME PERÇU PAR LES JUIFS COMME ÉTANT EN FORTE PROGRESSION ET QUI EST DEVENU LEUR PRINCIPALE PRÉOCCUPATION…

La perception de leur situation en tant que juif a profondément évolué au cours des dernières années : la crainte de la montée de l’antisémitisme a laissé la place chez bon nombre d’entre eux à une angoisse réactivée régulièrement par les actes terroristes et les tueries qui se sont succédé.

92% des juifs estiment que l’antisémitisme a augmenté (dont 67% disent « beaucoup »)
Ils considèrent que l’antisémitisme progresse d’abord et avant tout chez les musulmans (91% dont 61% estiment qu’il s’est « beaucoup » renforcé ces 5 dernières années) mais ont aussi le sentiment que la situation se détériore au sein de la population française dans son ensemble (77% pensent qu’il a augmenté au global).
L’antisémitisme (67%), le terrorisme (50%), et l’intégrisme religieux sont les principales craintes des juifs, loin devant le chômage (23%), ou le pouvoir d’achat (27%) à rebours de la population française dont ce sont les principales préoccupations.

…AUQUEL S’AJOUTE UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ VÉCU « PERSONNELLEMENT »

L’idée que les juifs ne sont plus en sécurité sur le territoire français s’est largement diffusée, y compris auprès des responsables communautaires. Dans le même temps, les juifs ont le sentiment d’assister à une libération de la parole antisémite concomitante à un sentiment d’insécurité vécu personnellement.

45% disent avoir subi personnellement des remarques ou des insultes antisémites au cours de l’année parce qu’ils étaient juifs et 71% ont un ou plusieurs proches qui en aurait aussi été victime.
31% disent avoir un proche qui a été agressé physiquement au cours de l’année parce qu’il était juif
76% des juifs interrogés considèrent qu’il est difficile d’être juif aujourd’hui en France.
Plus de 6 juifs sur 10 éprouvent des craintes importantes pour leur sécurité (69%) et pour la possibilité d’exercer leur religion sereinement (63%)
45%  ont tendance à faire attention à ne pas montrer qu’ils sont juifs

DES CONDAMNATIONS JUGÉES INSUFFISANTES, UNE ATTENTE TRÈS FORTE DE PRISE DE PAROLE DE LA PART DES POLITIQUES

Dans ce contexte, les juifs interviewés se montrent de moins en moins rassurés par la solidité des remparts traditionnels à l’antisémitisme (la République, les intellectuels, les représentants communautaire juifs et musulmans, la société dans son ensemble).

Face à l’ensemble des actes terroristes et des exactions commises à l’encontre de juifs, il semble qu’il y ait au sein de la conscience des interviewés un premier « crime originel », celui d’Ilan Halimi. La très grande majorité des juifs considèrent que la plupart des acteurs de la société ont insuffisamment réagi :

Les musulmans et le Front National d’abord (respectivement 83% et 80% des interviewés considèrent qu’ils ne l’ont pas fait assez) mais aussi la gauche française et notamment EELV (77%), le Front de Gauche (77%) et le PS (62%).
L’UMP est moins critiquée même si plus d’un juif sur deux considère que sa réaction n’a pas été à la hauteur (53%). Au-delà, c’est aussi l’ensemble de la société française qui est critiquée pour l’insuffisance de sa réaction (69%).
Le gouvernement et le président de la République d’une part, les médias de l’autre, sont les seuls acteurs à être considérés par une courte majorité de juifs comme ayant suffisamment réagi (respectivement 54% et 52%).
Les réactions du gouvernement et du Président de la République sont presque toujours perçues comme celles qui ont été les plus fortes. C’est plus spécifiquement le cas pour la tuerie de l’hyper-casher (87% des juifs estiment que les réactions ont été suffisantes), celle de Toulouse (71%) et, comme l’a montré l’enquête qualitative, les propos tenus par Dieudonné et Alain Soral. La parole politique, lorsqu’elle est prise, est donc repérée et s’avère fondamentale…

… tout comme l’absence de condamnation forte lors d’évènements antisémites. C’est notamment le cas lors de la tuerie du musée juif de Bruxelles, où 51% seulement des juifs considèrent que l’exécutif a « suffisamment réagi », et plus encore lors des manifestations anti-israéliennes de juillet 2014 dans les rue de Paris durant lesquelles des commerces tenus par des juifs ont été vandalisés et des manifestants ont crié « Mort aux juifs ! » : 36% seulement des juifs estiment que le Gouvernement a alors suffisamment réagi.

DES RÉFLEXIONS TRÈS AVANCÉES SUR UN POSSIBLE DÉPART HORS DE FRANCE POUR UN JUIF SUR QUATRE

Face à un niveau d’angoisse et d’anxiété très élevé chez beaucoup de juifs, le départ devient plus qu’une tentation. Pour près d’un quart des juifs, c’est désormais une option.

61% estiment que les juifs sont plus en sécurité en Israël qu’en France (contre 37% qui disent en France).
54% des juifs envisagent un départ vers Israël ou vers un autre pays.
26% disent qu’il s’agit d’une option qu’ils étudient sérieusement.
Pour ceux qui « envisagent » ce départ, c’est d’abord à cause de « l’accumulation des attentats et des meurtres dont ont été victimes un certain nombre de juifs » (67%). Mais aussi en raison de « la progression de l’islamisme radical au sein d’une partie de la population musulmane » (56%), de « l’absence de réaction de la société française face à l’antisémitisme » (31%) et de la persistance des stéréotypes antisémites (29%) devant la libération de la parole antisémite (24%).

[Mise à jour du 3/02/2016] Nous avons supprimé le logo « EHESS » (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), c’est en effet comme conseillère scientifique et spécialiste de ces questions, que Dominique Schnapper (Directrice d’études à l’EHESS) est intervenue sur cette étude.

Voir de même:

Dix ans après la mort d’Ilan Halimi, un sondage que nous révélons montre que les préjugés antijuifs demeurent.

Le Parisien

12 février 2016

Les préjugés restent tenaces

Juif et donc riche. C’est ainsi que les bourreaux d’Ilan Halimi ont justifié les vingt-quatre jours de torture qu’ils ont fait subir au jeune homme. Dix ans après la découverte de son corps, il reste pour sept Français sur dix le « symbole de ce à quoi peuvent conduire les préjugés sur les juifs », nous apprend une étude de l’Ifop* pour SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs (UEJF) que nous dévoilons en exclusivité. Cette « affaire », dont 61 % des sondés disent qu’elle les a « beaucoup » touchés, n’a pourtant pas permis d’anéantir les stéréotypes dont elle a été l’emblème. L’étude démontre en effet qu’au-delà d’Internet où des torrents de haine antijuive se déversent, les préjugés antisémites ont la dent dure.

32 % estiment que les juifs se servent dans « leur propre intérêt » de leur statut de victime du nazisme, de même que de nombreux sondés admettent pour vraie l’idée de juifs plus riches que la moyenne (31 %), avec par exemple trop de pouvoir dans les médias (25 %). « Le préjugé devient un véritable problème quand il engendre une violence envers l’autre ou un rejet de celui-ci, commente Dominique Sopo, le président de SOS Racisme. Ce qui est inquiétant est que notre sondage révèle que contrairement aux idées reçues les préjugés antisémites ne concernent pas que les jeunes. Ils prennent même de l’ampleur chez les plus de 25 ans. » « Nous sommes dans la situation paradoxale où les Français disent ressentir de l’empathie pour les juifs alors que 40 % des actes racistes concernent ce 1 % de la population, rappelle Sacha Reingewirtz, le président de l’UEJF. L’affaire Ilan Halimi montre que le travail de pédagogie, d’enseignement et de transmission doit être amplifié. Déconstruire les préjugés sur les Juifs, les musulmans, les homos… est la seule manière de pouvoir coexister. » * Etude menée en ligne du 3 au 5 février auprès de 1 468 personnes

Voir aussi:

Spotlight (2015)
Steve Baqqi

Epsilon reviews

December 28, 2015

The sexual abuse scandal in the Boston Catholic Church rocked much of the world when it was revealed by The Boston Globe in 2002. Spotlight dramatizes how the investigative team exposed this scandal. The term “spotlight” refers to the team of reporters at the Boston Globe who investigates an issue or topic in depth for months, thereby shining a “spotlight” on the previously unknown. This Spotlight team was awarded a Pulitzer Prize for their efforts depicted in the film. Spotlight is a fantastic film about the importance of “outsiders”, institutional corruption, thorough investigative journalism, and the dire consequences of inaction.

Spotlight begins with the Boston Globe receiving a new Editor In Chief, Marty Baron, an awkward outsider (he’s Jewish, and not from Boston) who is viewed with suspicion by the staff. Marty tasks the Spotlight team to investigate a case of a Catholic priest who is allegedly a serial molester. The story snowballs gradually from there. Almost immediately the Spotlight team is hit with resistance within the Globe about their investigative methods and sources. The Catholic Church, an incredibly powerful institution in the city of Boston, uses all its might to dissuade Spotlight from continuing their research, but they steadfastly continue to investigate these allegations.

The Catholic Church itself is portrayed in the film as a powerful, resourceful, and dangerous institution.  The Church has control and/or influence with nearly every major institution in the city of Boston. The “small-town” inclusiveness of the city only further allows the Church to abuse and misuse its power, while vigorously opposing or discrediting anyone who attempts to speak out. The Church even indirectly benefits from the shame of the victims and the parish pressuring them to keep silent. Mitchell Garabedian, an Armenian Lawyer (another vital outsider standing against the Church) representing dozens of alleged victims, posits, “The Church thinks in centuries Mr. Rezendes, do you really think your paper has the resources to take this on?” As the Spotlight team traverses across the city of Boston in search of the truth, a church is often looming in the background, as if watching their every move. This is the behemoth the Spotlight team must defeat.

Spotlight is directed and edited with an unpretentious simplicity that allows us to focus on the team and their investigative efforts. This simplicity is what gives the film’s raw look into the massive corruption a lasting impact. Furthermore, the film’s muted palette, and haunting ambient theme, gives a serious and somber backdrop to its grave subject matter. The Spotlight team of Mike Rezendes (Mark Ruffalo), Walter ‘Robby’ Robinson (Michael Keaton), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), and Matt Carroll (Brian d’Arcy James) are hardworking, driven reporters. Their investigative reporting is never dull as they uncover an astonishing amount of facts and disturbing details. Their triumph reveals the corruption and gross negligence of not only the Catholic Church, but other powerful Boston institutions. Their efforts come at a high personal price as the investigation is emotionally draining on the reporters, all of whom were raised catholic. Each have their faith shattered by the investigation and are haunted by the results. Keaton’s reaction, in particular, toward the end of the film is utterly devastating. Its conclusion is as satisfying as it is tragic.

It took two outsiders, one an Armenian lawyer, and the other a Jewish editor to get the ball rolling for the Spotlight team. Garabedian in particular is critical to their success and he illuminates the issue with a scathing indictment of Boston’s corruption, “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” Black Mass could learn a lot from Spotlight in how to depict institutional corruption in Boston. The final numbers revealed at the end will undoubtedly horrify you and leave you feeling depressed and angry. Why was this allowed to go on so long? Why did it take so long to uncover it? For Spotlight the answer is simple, no one wanted to look.

TLDR: A deeply depressing and unsettling film about marrow deep corruption in the city of Boston and the investigation that brought the Catholic Church’s sexual abuse scandal to light-4/5 Stars

Voir encore:

Spotlight

Jesse Cataldo

Slant

November 2, 2015

Boston may be a major American city, but as described in Tom McCarthy’s Spotlight, it’s still a small town at heart. With a populace that skews nearly 50 percent Catholic, the conventions of this metaphorical village are organized under the jurisdiction of the church, which provides the clearest point of connection for immigrants old and new. Such insularity fosters tight-knit communities and deep ancestral roots, but it has its downsides, specifically regarding the exclusion of outsiders, as one Armenian character notes to another of Portuguese extraction. Even more insidiously, this environment encourages a private approach to community housekeeping, assuring that problems will be handled internally, and secrets will remain underground.

Based on the events leading up to the 2001 sex abuse scandal that rocked the Roman Catholic Church, Spotlight patiently charts the gradual development from rumors and whispers to a full-blown revelation of years of astonishing exploitation. As the film imagines, it’s the singular character of the town, particularly its reliance on the moral authority of religious officials, that allowed dozens of pedophiles to remain at work, with the diocese shuffling them around the city once their crimes came to light, lying to parishioners, and offering scads of hush money. The task of revealing this rotten system falls to The Boston Globe, itself already in crisis, what with the arrival of Marty Baron (Liev Schrieber) as executive editor, appearing to herald greater control by the paper’s parent corporation with a salvo of buyouts and layoffs.

A Jewish transplant from Florida, backed by the big-city pedigree of The New York Times, Baron is a classic interloper, a singularly focused workaholic unburdened by the constraints of social niceties, who doesn’t play golf or know the catechism. This makes him the perfect person to spearhead the exposé, which seems to strike at the heart of everything the city holds dear.

His motives are contrasted against the more sensitive demands of Walter Robinson (Michael Keaton), whose award-winning Spotlight team, charged with the production of lengthy investigative pieces, handles the burden of the journalistic work. A native son with a strong local pedigree, Robinson has to weigh the needs of his community against the ethical demands of a journalist, while making similar decisions for his reporters, namely the dangerously obsessive Michael Rezendes (Mark Ruffalo) and the blandly proficient Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), each of whom seems poised to suffer serious emotional damage from the production and fallout of the articles.

Spotlight entertains such weighty concerns while also spinning a masterfully paced potboiler. A familiar tale of scrappy underdogs taking on a secretive institution, it complicates that dynamic by having its protagonists operating under the auspices of a monolithic corporation, which many Bostonites are concerned intends to strip away the distinctiveness of their hometown paper, all while nosily digging into local matters and airing dirty laundry.

It devotes too much time delivering information to establish a convincing visual foundation for its account.
This is a complex film about moving past clannish parochial designations, one which ends up assigning the burden of guilt upon an entire populace for looking the other way, none of them quite aware of the scale of the problem they were avoiding. In tackling this mass culpability, the film also confronts the degradation of individuality which also occurs as communities stretch past their traditional limits and out into the ethereal fabric of the internet, as city papers become assets of global conglomerates, and local flavor turns into a surface characteristic rather than an essential quality of a place.

But the biggest downside to this approach is that, burdened with the telling of this expansive story, the film devotes too much time delivering information to establish a convincing visual foundation for its account, aside from a few ominous shots of church structures literally looming over everything. Full of reserved tracking shots and walk-and-talk exposition dumps, Spotlight seems submissively constructed around the contours of its voluminous dialogue, a feat of informational cinema that’s equally thrilling and overwhelming.

McCarthy has yet to emerge as a director with any noticeable style. With Spotlight, he pulls off his biggest and most consistently conceived production yet, but the lack of a personal imprint leaves the film feeling a bit too much like a modern companion to All the President’s Men, though one that doesn’t match that film’s sharp stylistic sense or its aura of era-defining importance. Achieving the latter would be a tall task, but Pakula’s classic managed to match its timely narrative with an equally virtuosic lens for telling its story. By modeling its structure so closely after the format of its predecessor, Spotlight only draws closer attention to its lack of scope and ambition.

For a film so concerned with portraying the special character of a city, its unique workings, rites, and rituals, Spotlight never conveys much local color beyond some respectably rendered accents, and a specifically intense level of Catholic influence, what with the church inextricably ingrained in the very fabric of the town. In this atmosphere, the individual characters, specifically the reporters embroiled in the investigation, feel less like fully conceived humans than personifications of different narrative concerns, each tasked with a specific type of reaction to the mounting chain of shocking disclosures.

In a final postscript that plays like a bit of caustic black humor, the film lists off a compilation of communities that experienced their own molestation scandals in the wake of Boston’s reckoning, information which occupies several title cards and encompasses untold thousands of horrible incidents. This one city, as it turns out, wasn’t so unique after all.

Voir de même:

Catholic Movie Reviews: Spotlight
Sr. Helena Burns, FSP
R
MPAA Rating

Life Teen Rating
Is It Cool?: Excellence in Filmmaking
“Spotlight” is the recounting of the “Spotlight” team of intrepid investigative reporters at the Boston Globe who broke the Catholic Church’s clergy sex abuse story in January 2002 — mainly concerning the Archdiocese of Boston.

This is a story that had to be told, and the filmmakers have done a capable and responsible job.

For starters, this is not a Church-bashing film even though it easily could have been. It’s an accurate, stark, almost understated presentation. It’s rated “R” simply and appropriately for subject matter. Just enough of the horrific details of cases are disclosed in the film, the rest is hinted at discreetly.

NOT ENTERTAINMENT
“Spotlight” is not a pseudo-documentary, nor is it juicy, sensational, exploitative entertainment. It is what I would call an “information film.” The acting, too, is muted: none of the big name actors shine. The excellent cast seem to be humbly striving only to serve the story.

Is it hard to watch? Yes, of course. The tone is somber, dreary and somewhat suffocating — as it should be. The monolithic power of the Catholic Church (until 2002) over civic, religious, and spiritual affairs in the city of Boston is chilling. It extended even into the Boston Globe where employees (many of whom were Catholic) simply knew you don’t take on the Catholic Church. They are even trained to believe that when the Catholic Church dismisses claims, they can’t possibly be true. It took an outside editor from New York to press the issue.

What’s it Saying?: Message of the Movie
MAGNITUDE
The timeline unfolds without much fanfare. Little by little, the magnitude of the number of priests, victims, and the span of years and cover-ups becomes clearer. Since we, the audience, presumably know the sordid story and outcome, there are few surprises and no real highs, lows or even serious crisis points.

The kicker is that all the evidence was hiding in plain sight. Much is made of the fact that B.C. High (a Catholic Jesuit boys high school that some of the reporters themselves attended, maintained an infamous priest-coach molester on staff) is directly across the street from the Boston Globe building.

Ironically, both the Catholic Church in Boston and the Boston Globe were at the height of their influence at the beginning of the new millennium, while a third character–the internet–is just becoming a serious player.

WHO’S TO BLAME?
Very self-effacingly — and I would say unnecessarily and misplaced — the film blames The Globe itself in a big way for not reporting the story years earlier when lawyers and victims provided plenty of damning information that went ignored. Whatever culpability The Globe bears, they more than made up for it by compiling overwhelming, carefully-researched evidence that wouldn’t be just another isolated story that would get buried. “The Church” and Cardinal Law are distant, cold, uncaring shadows. The abusing priests are sick and distorted men — almost excused. The names Geoghan, Shanley and Talbot (among others) will conjure up ugly memories for all who lived at the heart of this nightmare or on its peripheries.

FOCUS ON THE VICTIMS
The faces and voices of the victims are given three-dimensional reality and the major focus. Even the heroic, crusading lawyer, Mitchell Garabedian — who insisted on bringing victims’ cases to the courts to expose the Church’s wrongdoing — is modestly underplayed.

DENIAL
Part of the initial incredulity of sectors of the public and the average Catholic in the pew to the Globe’s scoop was due to the Globe’s notorious anti-Catholicism since its very inception in 1872 (not unlike most of the old Boston WASP establishment). And many just didn’t believe that so many heinous crimes of this nature could have been so well hidden for so long. If it were true, surely we would have known? Surely we would have heard some rumors and gossip? Whoever did know something was silenced with hush money, or gave up when crushed by the power of the Church’s legal and “moral authority” arsenal and sway. But it didn’t take long for the undeniable, verifiable veracity of the charges to grip the city and the world.

NO AFTERMATH
There is precious little aftermath in the film, as it wraps up on the day the first big story is released (there were a total of 600 stories run relentlessly about the scandal for at least a year afterward in the Globe). A few words of Epilogue are given, and then we are left with a gaping wound of sadness.

THREE FLAWS
As I see it, three minor drawbacks to the film are:

1) They got Cardinal Law a bit wrong. They made him a much older man (he was only 68 in 2001) with a hint of an Irish accent (Wha?). They made him a rather flat — although bold — stereotypical bureaucratic figure, when in reality he was a magnetic, charismatic personality who had actually been a media favorite when he first came to Boston.

2) The feeble, brief explanations given for the (unfettered) abuse were screaming to be explored and were even contradictory.

“Celibacy is the issue. It creates a culture of secrecy.” Really?? So if one attempts to practice (priestly) celibacy they have a good chance of being/becoming a depraved, predatory pedophile? And how are celibacy and secrecy related? This makes no sense. And sadly, most sex abusers of children? Married men.
Another reason given is that some of the priests were “psycho-sexually stunted at the level of a 12-year-old” — which may be very true, but that does not make one an automatic repeat child molester. The one priest molester we see being interviewed begins to say that he was raped, but the thought was not continued. (The rest of that statistic is that it was discovered that some priests who molested children were molested by priests themselves when they were children. They grew up, become priests and continued the cycle.)

3) I would like to have seen some rage in the film. Some of the rage that I felt and still feel in the pit of my stomach. Perhaps the filmmakers are leaving that up to us, the audience.

The Good, The Bad, The Ugly: Morality in the Movie
NO HOPE
There does not seem to be any hope put forth in this film. Not about healing for victims or reform for the Church. But maybe that was not a part of the film’s scope. Maybe there is no way to find the silver lining here. There is also hardly any insight into the root causes of this terrible state of affairs. It’s just raw evil on display. Perhaps this is the best way for this particular film to handle this grave matter. Sexual abuse destroys hope. No soothing, reassuring sugar-coating or “Hollywood ending” in this film.

THERE IS HOPE
But of course, there is hope. Although sexual abuse (and spiritual-sexual abuse) takes a deep, deep toll, and a certain proportion of the victims tragically committed suicide, emotional healing is always a possibility.

NO GOD
There is hardly any mention of God in this film. No angry questioning of “Why did God allow this?!” or “Where was God?!” or “How could purported men of God do this?” or “This has destroyed my faith in God!” There is only mention of “devout Catholics” and those who “go to church” or “don’t go to church.” There didn’t even need to be a distinction made between a good God and bad men who represent God (and are doing a terrible job at it) because God is pretty much absent from the film. The one tragically poignant mention of God is from a male victim, now an adult, who says: “You don’t say no to God” (meaning when a priest propositioned him at twelve years old, the only right answer was “yes”). Again, perhaps this was the best way to handle “God” in this story that had nothing to do with a good God, and everything to do with bad men.

The Church, although divinely instituted by Christ and guided by the Holy Spirit, is still human and sinful because of the free will of her members — even those who hold the authority. Thankfully, the sacraments and everything we need still operates through these men, regardless of their personal holiness.

SEE THIS IMPORTANT FILM
“Spotlight” is an important film to see, even if you kept up and delved into these dark waters — as I did — when they first hit the shore. The restrained even-handedness of the storytelling is remarkable and will prevent it from being a “controversial” film. There’s a lot of dialogue in the film, but it’s never tedious. The narrative and the horror is in the information itself each time more is unearthed.

Why should you see this film? To honor the victims, first of all, and second of all to understand how corruption — of any sort — works, in order to be vigilant and oppose it. NEVER AGAIN.

Has ANY good come of all this sorrow? The suffering of the children, teens and their families has not been totally in vain. There is now a much greater awareness of the sexual abuse of minors all over the world, and new laws have been created to protect young people where there were none.

OTHER STUFF:

SO WHAT ARE THE REAL ROOTS / REASONS / CAUSES FOR THIS HORRIFYING TRAVESTY?

This problem is centuries old
It’s not celibacy that is the problem, but a culture of secrecy brought about by a culture of absolute power
absolute power corrupts absolutely
abuse of power is not an inevitability, it’s a choice
unbridled male chauvinistic power is insensitive to women, children and the vulnerable
pedophiles automatically gravitate to wherever they have trusted access to children (seminaries, schools, sports teams, law enforcement, etc.)
seminaries did not do good screening of candidates
anyone who reported behavior was threatened (get kicked out of seminary themselves, lose a job/position)silence=loyalty
silence/playing the game=perks, advancement
it was a numbers game (to have lots of priests)
it was keeping up appearances (bishops knew they could quash “problems,” abusers knew they would never get in trouble and would always be shielded: the perfect set-up)
it was keeping up appearances (“not on my watch”)
toward the middle of the 20th century, psychiatrists and psychologists got involved (assessments, “treatment”) and kept giving the green light to put the priest back in ministry (bishops blindly “obeyed”)
it wasn’t known that pedophilia is not “curable” (but it’s also not rocket science to see that a man abusing over and over and over and over again needs to be stopped, removed permanently)
gross blindness and ignorant cluelessness what sexual abuse does to a child/teen
careerism, clericalism, wrong priorities
evil and sin
SOLUTIONS?

the clergy sex abuse problems will continue unless there is courageous breaking with mentalities, cultures, habits, patterns, and cycles
the presence of women in all (non-ordained) positions at all levels and places of Church life will help mitigate undisciplined male power (and male lack of empathy and sympathy)
following preventative and protective protocols for child safety immediately and unilaterally
child safety is everyone’s job, not just those in positions of authority
stringent screening/dismissals at seminary level
thorough training in human sexuality for seminarians (including THEOLOGY OF THE BODY)
a deep prayer life, spiritual direction in seminary
priestly spirituality
normal, healthy relationships with laypeople, families, women of God
priestly fraternity, camaraderie, seminary follow-up, oversight by and relationship with bishop
bishop accountability (Pope Francis is putting this in place)
availability: doing ministry where needed (while maintaining healthful lifestyle, self-care and avoiding burnout)
pouring oneself out as a spiritual father (love and zeal for the Bride [the Church] and the world) conquers loneliness

That’s Right. I Said It: Reviewer Comments
When the shocking news broke, it was the only time in my life — since my conversion at 15 — that I wanted to leave the Catholic Church and run screaming to the hills. A close friend even accused me: “You’re a nun–you knew!” But I didn’t. Nobody knew. Or very, very few people knew. I agonized for months over it. I couldn’t understand. I thought priests and bishops were the good guys! I thought they wanted to protect and help people! I just couldn’t figure it out. And then — through my study of Theology of the Body — I got a powerful insight: Men do NOT want to be Superman or the Lone Ranger. They do NOT want to break ranks. Men are HORRIBLE at whistle-blowing. They are all about BAND OF BROTHERS. And this can be a good thing! Men are stronger together. They have each other’s backs. They can provide for and protect hearth and home better TOGETHER. The problem lies when they BAND TOGETHER FOR EVIL. To hide each other’s sins. To give each other a pass for their sins. Look the other way. Code of silence. Complete corruption. Whole cities run on this notion. But it doesn’t have to be that way. MEN NEED TO BAND TOGETHER FOR THE GOOD. Positive peer pressure. And call each other out when they need calling out. So, guys? Join some good guy thing to do charitable works together, pray together or just hang out together. Do your secret handshakes. Knock yourselves out. Live by the “10 Commandments of Chivalry“ (except the “have no mercy on the infidel” part). And always, always BAND TOGETHER FOR THE GOOD, NOT EVIL.

Voir également:

Spotlight (2015), au cœur d’un complot
Emilio M.

Bulles de culture

2016-01-24

Spotlight de Tom McCarthy nous plonge dans les méandres d’un effroyable complot, autant véridique qu’inadmissible. Pour mener l’enquête, un casting de marque, avec en tête Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schrieber. Un hommage efficace à l’un des derniers fleurons du journalisme d’investigation d’une époque révolue. Spotlight est un coup de cœur de Bulles de Culture !

Synopsis :
Été 2001. À peine nommé rédacteur en chef du Boston Globe, Marty Baron (Liev Schreiber) missionne les journalistes d’investigation de l’équipe Spotlight, dirigée par Walter “Robby” Robinson (Michael Keaton), pour enquêter sur un curé accusé de pédophilie. L’affaire est grave puisque le prêtre aurait violé des dizaines de jeunes paroissiens en l’espace de trente ans…

Dans les règles du genre

Spotlight est un pur film de journalisme d’investigation, dans la lignée directe du cultissime Les hommes du Président d’Alan J. Pakula. Tout comme son prédécesseur, Spotlight reconstitue avec fidélité une enquête journalistique bien réelle mettant à jour un complot d’une ampleur effroyable.

Pour y parvenir, le film respecte les codes du genre et privilégie l’authenticité. L’image du chef opérateur Masanobu Takayanagi — qui s’est prêté au même style d’exercice sur le film True Story (2015) Rupert Goold — favorise une simplicité esthétique naturaliste.

Une sobriété qui va de pair avec la mise en scène discrète de Tom McCarthy et qui apporte en plus une fluidité esthétique dans son découpage et ses mouvements de caméra invisible, le tout au service de la narration. Un effort bien nécessaire du fait de la complexité de l’intrigue et des nombreuses pistes qu’elle explore.

Il en va de même pour la musique de Spotlight, composé par l’incontournable Howard Shore. Omniprésente tout au long du film, la partition du célèbre compositeur est éminemment cinématographique, tout en restant subtile et discrète. La musique renforce ainsi la fluidité de la narration et apporte avec élégance une cohésion supplémentaire au récit.

L’imposant casting hollywoodien apporte enfin la dernière touche d’authenticité au film, avec Michael Keaton et Mark Ruffalo en tête. Les deux acteurs ont en effet collaboré étroitement avec les deux journalistes qu’ils interprètent dans le film, Walter Robinson et Michael Rezendes — qui seront d’ailleurs les premiers bluffés par la prestation des acteurs, troublante de réalisme.

Tous ses efforts mis en œuvre au service des différents aspects du film servent au final un seul but bien précis : rapporter avec véracité et clarté le développement effarant d’une enquête historique sans précédent.

Une enquête fascinante

Lorsque l’équipe de Spotlight débute son enquête, un seul prêtre pédophile est concerné. Et ce qui interpelle les journalistes du Boston Globe, c’est le fait que le prêtre en question ait pu récidiver impunément en changeant de paroisse au fil des ans. Mais à mesure que l’enquête avance, l’affaire va rapidement prendre des proportions hallucinantes pour finir par mettre à jour pas moins de 87 prêtres pédophiles rien que dans la région de Boston.

L’étonnante enquête des quatre journalistes enquêteurs révèle ainsi l’incroyable développement tentaculaire d’un complot systémique sidérant. Boston est l’une des villes flambeaux du catholicisme, une institution puissante et totalement implanter dans l’ensemble de la ville et plus largement dans l’ensemble des États-Unis — comme le révèle le générique final du film listant les nombreuses villes américaines concernées par ce même scandale.

Les méandres de cette affaire scandaleuse s’étendent donc à travers toutes les différentes sphères de la société de Boston, du système judiciaire au système éducatif. Et c’est aux journalistes de Spotlight de suivre ce jeu de pistes complexe pour dénouer l’effroyable vérité de l’affaire, résumée en ces mots par l’éditeur en chef du Boston Globe : « If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one » (« s’il faut un village pour élever un enfant, il faut un village pour en maltraiter un »).

L’implacable exposition de la vérité

L’accaparante complexité de l’affaire s’impose naturellement comme le sujet principal du film et éclipse toutes autres pistes narratives possibles : la vie privée des protagonistes, leur parcours émotionnel,  le doute conspirationniste, la crise du journalisme face à Internet et les nouvelles technologies 2.0, ou bien même l’impact historique et médiatique du 11 septembre… Tant de thèmes pertinents et parallèles au récit qui ne sont qu’effleurés par le scénario, entièrement focalisé sur l’enquête.

On pourrait regretter ce manque de profondeur, mais Tom McCarthy et son co-scénariste Josh Singer (À la maison blanche, Le cinquième pouvoir) sont bien conscients des limites du format long-métrage. En gardant l’investigation journalistique comme fil narratif exclusif de Spotlight, ils permettent le récit limpide de cette enquête obsédante et tentaculaire.

Les cinéastes offrent ainsi au spectateur une compréhension plus juste et précise des tenants et aboutissants d’un complot effroyable, à l’échelle d’une société toute entière — et pas seulement à l’échelle américaine puisque de nombreuses villes en France et dans le monde sont citées à la fin du film.

Spotlight s’évertue à coller à la réalité de l’enquête et des faits avec une sobre éloquence cinématographique. Une efficacité mise au service de la narration qui submerge le spectateur dans les différentes sphères sociales de Boston, mais sans jamais se perdre dans l’enquête qui avance avec limpidité du début à la fin.

Et même si de nombreux enjeux sont effleurés à travers le film — qu’ils soient moraux, sociaux, émotionnels, ou même spirituels —, une seule chose compte au final : l’implacable exposition de la vérité.

Voir encore:

Fact Checker: More Ways That ‘Spotlight’ Got It Wrong [w/ Addendum, 12/5/15]
TheMediaReport.com

November 30, 2015
Shining the light on ‘Spotlight’
In addition to the instances we have already reported, here are some other ways that the Hollywood movie Spotlight has misled the public about the sex abuse scandal in Boston:

1. A key scene in the film features the Globe’s Walter Robinson threatening Boston Church-suing lawyer Roderick MacLeish to cooperate with the paper’s investigation. MacLeish wrote in a Facebook post that in truth the event « never occurred » and, in fact, he « welcomed » the meeting with Robinson.

2. Another scene features the Globe’s Sacha Pfeiffer claiming that abuse victims « have to sign confidentiality agreements to get monetary settlements, » implying that the Church forced these agreements upon victims. In truth, as we have reported before, it was the other way around. Embarrassed by what had happened to them, it was the victims who sought secrecy from the Church.

3. In another scene, Robinson asks MacLeish if he ever followed up with the cases he settled to ensure that abusive priests were taken out of ministry. MacLeish’s uncomfortable silence to Robinson’s question implies that he didn’t. In fact, it was MacLeish himself who told the Globe back in December 1993 that the Archdiocese had removed 20 accused priests from active ministry. (In addition, MacLeish at the time « credited the Catholic Archdiocese of Boston with taking prompt action on the accusations. »)

4. The film portrays Globe staffer Steve Kurkjian as being dismissive of the Globe’s pursuit of the Church abuse story. In fact, Kurkjian did some of the reporting on the Spotlight Team investigation. So reckless is this portrayal that even the Globe’s own Kevin Cullen has now written, « Kurkjian, a journalistic icon, is owed an apology. »

5. The film portrays a meeting in 2001 about abuse at Boston College High School between Globe staffers and administrators as being confrontational in nature. In truth, not only did the meeting not take place until 2002, it was indeed cordial. Even the Globe itself at the time praised the high school’s swift and transparent handling of its crisis in an opinion article.

6. The film features a scene with the Globe’s Spotlight Team acting astonished when learning about a report issued to bishops in 1985 that had foreseen the scope of the abuse crisis. In truth, the paper already wrote about the report back in 1990 and 1991, and the report itself was the subject of a front-page article in the Globe in July 1992.

[ADDENDUM, 12/5/15:]

7. Hollywood entertainment magazine Entertainment Weekly exposes at least three more fictitious scenes! Check it out:

« Late in the film, [Globe columnist Walter] Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: ‘I already sent you a list of names … years ago!’ he says to Robinson and [the Globe’s Sacha] Pfeiffer. ‘I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names … and you buried it!’

« Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ’93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either. »

Voir également:

Movies

Spotlight players confront the clue that became the movie’s key twist
Co-writers Josh Singer and Tom McCarthy stumbled upon the overlooked ’93 ‘Globe’ report

Jeff Labrecque

EW

November 23 2015

Josh Singer and Tom McCarthy weren’t necessarily digging for a scoop while researching the 2002 Boston Globe exposé of the Catholic Church sex-abuse scandal for the screenplay that would become Spotlight. After all, they were already standing on the shoulders of giants – the Globe’s Spotlight team of investigative journalists had won the Pulitzer Prize for their series of articles that revealed how the Boston archdiocese, led by Cardinal Bernard Law, had shielded predator priests for more than three decades, shuffling them to different parishes when they molested children and shelling out millions to victims in confidential settlements.

Not only had the Globe published an official book documenting the Spotlight team’s findings, Betrayal, but all their articles, including the more than 600 stories published in 2002 — leading to Law’s resignation — were available online. Plus, the screenwriters had access to many of the Globe’s key people, including those depicted in the film: Walter “Robby” Robinson (Michael Keaton), Mike Rezendes (Mark Ruffalo), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), Matt Carroll (Brian d’Arcy James), Ben Bradlee Jr. (John Slattery), and Marty Baron (Liev Schreiber).

But one of the film’s most important twists — one that even eluded the Globe — fell into the filmmakers’ laps by accident. [The following contains SPOILERS.] In Spotlight, which the pair co-wrote and McCarthy directed, the dramatic weight of the film is epitomized by a line from the crusading attorney played by Stanley Tucci: “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” The film asks the difficult question: Was everyone, including the media, too deferential to the Church while crimes were happening in their backyards?

Late in the film, Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: “I already sent you a list of names… years ago!” he says to Robinson and Pfeiffer. “I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names… and you buried it!”

Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ‘93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either.

In reality, these sequences played out during the screenwriting process — when MacLeish told Singer and McCarthy. Though they already knew the main beats of the story they wanted to tell, they met with the Boston attorney — who’d represented numerous plaintiffs in complaints against the Church in the early 1990s — if only to help with casting. But not long into their chat, MacLeish dropped the bomb. “It was a little bit like the moment that’s in the movie: You had 20 priests’ [names] in Boston?” says Singer. “My reaction was quite similar to Rachel and Michael’s in that scene: That can’t possibly be true. Tom and I sort of looked at each other but didn’t say anything. But to double-check, I went back to the archives, and this article popped up, buried on page B42 [on the Metro section]. I was flabbergasted. I called Tom as soon as I got the article and said, ‘What do we do?’”

They emailed Robinson the story, not knowing what to expect. Robinson responded quickly. “He owned up to it,” says Singer. “He had just taken over Metro and didn’t remember the story but, ‘This was on my watch and clearly we should’ve followed up on it.’ When we went to write the scene in the movie, we based it a lot on what Robby said there.”

In the film, Keaton accepts his share of responsibility and asks his team, “Why didn’t we get it sooner?” And in real life, Robinson doesn’t dodge. “It happened on my watch and I’ll go to confession on it,” says Robinson, who recently returned to the Globe as an editor at large. “Like any journalist who’s been around this long, I’ve made my share of mistakes. But I have no memory of it. And if we’d found it in 2001, I don’t know if I would’ve had a memory of it then either. Looking at it from this vantage point 22 years later, I just have to scratch my head and wonder what happened. Should it have been played more prominently? In hindsight, based upon on what we later learned, yes, obviously.”

For Singer and McCarthy, the revelation was a dramatic gift, even if they had to utilize some artistic license. “That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it,” says McCarthy. “To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that.”

Because McCarthy and Singer had concluded from their research that the Globe was probably guilty of sins of omission, if not commission, when it came to its coverage of the Church in the early 1990s. The December 1993 story plays a pivotal role in the film, but the filmmakers were already paddling in that general direction. In fact, before MacLeish spilled his secret, the film was more focused on an August 1993 article than ran in the Globe’s Sunday magazine.

Back then, Boston was riveted by the case against Rev. James Porter, who was ultimately sentenced to 18-20 years for abusing dozens of children in multiple parishes. Though Porter had worked in the Fall River archdiocese, south of Boston, Cardinal Law became a loud critic of the media’s coverage, and in particular, what was being printed by the Globe. In May 1993, Law lashed out, saying, “The papers like to focus on the faults of a few. … We deplore that. The good and dedicated people who serve the church deserve better than what they have been getting day in and day out in the media. … We call down God’s power on our business leaders, and political leaders and community leaders. By all means we call down God’s power on the media, particularly the Globe.” In a coincidence that even Hollywood wouldn’t dare make up, one of the Globe’s top editors broke his leg and almost died the very next week.

But even if Law didn’t have a direct channel to God, he was the most powerful Catholic in the United States, with access to the White House and absolute credibility with his constituency of Roman Catholics – who made up 53 percent of the Globe’s readership and were not eager to believe that its Church may be responsible for protecting degenerate clerics. Ande Zellman edited the Sunday magazine story, written by Linda Matchan, and the reaction to their story at the Globe was immediate — as Schreiber’s Marty Baron would say, “from the top-down.”

“It certainly created a lot of waves internally,” Zellman says. “I think there was a level of institutional courtesy towards the Church. The coverage after that was scarce.”

But if there was some editorial restraint, it was reflected by public opinion. “For the most part, [stories about clergy sex abuse were greeted with] disbelief,” says James Franklin, the Globe’s former religion reporter who wrote the December 1993 story that MacLeish cites in the film. “It was regarded as something extraordinary, as something obscene. There was always a suspicion that guys like me, guys like us, were sniping unfairly.”

Matchan encountered the same resistance. “After I finished that magazine story, I thought, there’s so much more to say about this. I wanted to write a book about it,” she says. “So I contacted an agent, and she loved the idea. And I wrote a book proposal, she sent it out to a lot of publishing houses, and she got back these letters that just said, ‘This is a great proposal but nobody would ever read a book about sexual abuse by the clergy.’ That was the thinking in those days.”

“Every archdiocese is in a city with a major paper — everybody missed this,” says Robinson. “Who can imagine that such an iconic institution could be responsible for causing such a devastating impact on the lives of thousands of children and covering it up? It’s almost beyond belief.”

Even with the 1993 hiccups, it’s essential to note that the Boston Globe was the first to crack a scandal that reached far beyond Boston. As has been revealed in subsequent investigations around the world, Boston was not unique, and the Church has been forced to shell out billions in settlements to the victims of clergy sex abuse in other states and countries. “Robby, to my mind, is a hero,” says Singer. “The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him.”

Robinson has been front and center in the film’s promotion, in part because the film captures his profession at its best, at a time in 2015 when most newspapers and media outlets are slashing staff and eliminating investigative reporting. “We’re reporters and we stumble around the dark a lot,” he says. “We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to.”

Voir de plus:

‘Spotlight’ Neglects to Mention the Boston Globe’s Own Long History of Rank Hypocrisy on the Issue of the Sexual Abuse of Minors
TheMediaReport.com

November 30, 2015
Shining the light on ‘Spotlight’
While the Hollywood movie Spotlight portrays editors and writers at the Boston Globe wringing their hands over the potential story of abuse by Catholic priests, the film conveniently neglects to mention the Globe’s own long history of looking the other way when it comes to the issue of sex abuse of minors in other institutions.

In fact, the Globe even has a long history of supporting advocates of child sex.

The Globe’s long history which Spotlight forgot

To take but just a few of the many examples, and as we have chronicled here, the Globe has previously:

given a high-profile platform to the co-founder of the North American Man/Boy Love Association (NAMBLA), which promotes sex with children;
routinely celebrated entertainment celebrities who have committed child abuse crimes, including Roman Polanski, Peter Yarrow, and Paula Poundstone;
once endorsed a Congressman for reelection even after he admitted to repeatedly plying booze and having sex with a high-school-aged page;
repeatedly touted a « sexologist » who spoke favorably of incest between fathers and daughters;
repeatedly ignored or mitigated rampant sex abuse and cover-ups in Boston Public Schools (1, 2, 3, 4);
and more.

Between its incessant hypocrisy and its long history of anti-Catholicism, one could fill a book. And indeed that book is Sins of the Press: The Untold Story of The Boston Globe’s Reporting on Sex Abuse in the Catholic Church by TheMediaReport.com’s own Dave Pierre.

Sins of the Press chronicles many more instances of the Globe’s hypocrisy when it comes to the sexual abuse of children.

Voir de même:

‘Cardinal Law Knew of Abuse and Did Nothing’? Actually, Cardinal Law Did Exactly As He Was Told To Do By Psychologists
November 30, 2015 By TheMediaReport.com
Shining the light on ‘Spotlight’
A mantra running throughout the movie Spotlight is that Cardinal Law and the Catholic Church « did nothing » when confronted with knowledge of abusive priests.

However, as is frequently the case with Hollywood, the truth is an entirely different matter.

Hollywood vs. the truth

Spotlight ignores the simple fact that years ago, Church officials acted time after time on the advice of trained « expert » psychologists from around the country when dealing with abusive priests. Secular psychologists played a major role in the entire Catholic Church abuse scandal, as these doctors repeatedly insisted to Church leaders that abusive priests were fit to return to ministry after receiving « treatment » under their care.

Indeed, one of the leading psychologists in the country recommended to the Archdiocese of Boston in both 1989 and 1990 that – despite the notorious John Geoghan’s two-decade record of abuse – it was both « reasonable and therapeutic » to return Geoghan to active pastoral ministry including work « with children. »

And it is not as if the Boston Globe could plead ignorance to the fact that the Church had for years been sending abusive priests to therapy and then returning them to ministry on the advice of prominent and credentialed doctors. As we reported earlier this year, back in 1992 – a full decade before the Globe unleashed its reporters against the Church – the Globe itself was enthusiastically promoting in its pages the psychological treatment of sex offenders, including priests – as « highly effective » and « dramatic. »

The Globe knew that the Church’s practice of sending abusive priests off to treatment was not just some diabolical attempt to deflect responsibility and cover-up wrongdoing, but a genuine attempt to treat aberrant priests that was based on the best secular scientific advice of the day.

The Globe’s feigned outrage

Yet a mere ten years later, in 2002, the Globe acted in mock horror that the Church had employed such treatments. It bludgeoned the Church for doing in 1992 exactly what the Globe itself said it should be doing. The hypocrisy of the Globe is simply off the charts.

And the issue of the Church’s use of these psychologists was not a surprise to the Globe when it actually interviewed Cardinal Bernard Law in November 2001, only two months before the Globe’s historic coverage:

Reflecting on the most difficult issue of his tenure in Boston, Law said he is pained over the harm caused to Catholic youngsters and their families by clergy sexual misconduct, but that he always tried to prevent such abuse.

« The act is a terrible act, and the consequence is a terrible consequence, and there are a lot of folk who have suffered a great deal of pain and anguish. And that’s a source of profound pain and anguish for me and should be for the whole church, » he said.

« Any time that I made a decision, it was based upon a judgment that with the treatment that had been afforded and with the ongoing treatment and counseling that would be provided, that this person would not be [a] harm to others. »

Law said the current policy, which bars child-abusers from ever having a job that involves contact with children, is good, but that he wished he knew when he started that pedophilia is essentially incurable.

« I think we’ve come to appreciate and understand that whatever the assessment might be, the nature of some activity is such that it’s best that the person not be in a parish assignment, » he said.

Not that we’re surprised, but the fact that the Church relied on the best psychologists of the day in deciding what to do with abusive priests was completely left out of Spotlight. Instead, the film repeatedly falsely claims that Cardinal Law « did nothing » or « did shit. »

But now you know the truth.

Voir encore:

Spotlight review – Catholic church child abuse film decently tells an awful story
3 / 5 stars
Mark Ruffalo, Michael Keaton and Rachel McAdams star as Boston Globe reporters investigating accusations against priests in Tom McCarthy’s worthy, well-intentioned journalism drama

‘Never hits the heights of passion but capably and decently tells an important story’ … Michael Keaton and Mark Ruffalo in Spotlight
Peter Bradshaw

The Guardian

3 September 2015

“If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one,” is how one character here summarises the issues. This high-minded, well-intentioned movie, co-written and directed by Tom McCarthy, is about the Boston Globe’s investigative reporting team Spotlight, and its Pulitzer-winning campaign in 2001 to uncover widespread, systemic child abuse by Catholic priests in Massachusetts.

The film shows that in the close-knit, clubbably loyal and very Catholic city of Boston, no one had any great interest in breaking the queasy, shame-ridden silence that made the church’s culture of abuse possible, and even tentatively suggests that the Globe itself was one of the Boston institutions affected. The paper had evidence of abuse 10 years before the campaign began, but somehow contrived to downplay and bury the story, and it took a new editor, both non-Boston and Jewish, to get things started.

Spotlight has a few inevitable journo cliches: male reporters are dishevelled mavericks who don’t need to keep the same hours as everyone else, doing a fair bit of shouting and desk-thumping. There is much cheeky machismo on the subjects of poker and sports, and they somehow never need to do the boring grind of sitting down and writing stuff on computers. But this is a movie that is honourably concerned to avoid sensationalism and to avoid the bad taste involved in implying that journalists, and not the child abuse survivors, are the really important people here. So there is something cautious, even occasionally plodding, in its dramatic pace.

We keep hearing about how the church is going to come after reporters who dare to challenge its authority – but this never really happens, and there is none of the paranoia of a picture like Alan J Pakula’s All the President’s Men (1976) or Michael Mann’s The Insider (1999). Yet McCarthy keeps the narrative motor running, and there are some very good scenes, chiefly the extraordinary moment when Rachel McAdams’s reporter doorsteps a smilingly hospitable retired priest and asks him, flat-out, if he has ever molested a child. The resulting scene had me on the edge of my seat.

Mark Ruffalo is chief reporter Michael Rezendes; McAdams is his colleague Sacha Pfeiffer. Michael Keaton plays the careworn and distracted Spotlight editor Robby Robinson – an interesting comparison with his performance as the journalist nearing breakdown in Ron Howard’s The Paper (1994) – and John Slattery plays the section chief Ben Bradlee Jr, son of the great man himself, although Watergate is not mentioned. Liev Schreiber plays the new broom editor Marty Baron who quietly insists on the investigation from day one.

Soon, the team discover that the smoothie lawyer Eric MacLeish (Billy Crudup) who has been handling victim cases until now has effectively been part of the cover-up, managing a system whereby cases are settled privately and complainants silently bought off with cash payments, of which MacLeigh takes his cut. Rezendes approaches another lawyer, testy advocate Mitch Garabedian (Stanley Tucci), who has been doggedly working for a serious action to be contested in open court.

There are smoking-gun documents proving that church high-ups knew all about the problem and covered it up, Mitch says, but these documents are legally sealed and the Spotlight team must find a way of putting them on the record. Their problems are made even worse when 9/11 comes along, putting every other story in the shade and allowing the Catholic cardinal to make morale-boosting public statements calling for calm and courage.

What is interesting about this movie is that it reminds you that the “bad apple” theory of child abuse by priests was widely accepted until relatively recently. The team are stunned at the realisation that what they are working on is not like, say, a corruption case where there are more public officials on the take than they at first thought. It is a mass psychological dysfunction hidden in plain sight, which has stretched back decades or even centuries and will, unchecked, do precisely the same in the future.

What McCarthy is saying in Spotlight is that threats never needed to be made. A word here, a drink there, a frown and a look on the golf course or at the charity ball, this was all that was needed to enforce a silence surrounding a transgression that most of the community could hardly believe existed anyway. It’s certainly a relevant issue in our unhappy, post-Yewtree times. Spotlight never hits the heights of passion, but capably and decently tells an important story.

Voir aussi:

Film
‘Spotlight’ Shows a Community at Its Worst, and Journalism at Its Best
The vivid new feature film starring Michael Keaton dramatizes the Boston Globe’s real-life uncovering of sex abuse by Catholic priests

Judith Miller

Tablet

November 5, 2015

Spotlight is powerful docudrama about how the Boston Globe’s investigative team, known as “spotlight,” exposed priests in the Boston Catholic diocese who had sexually abused Boston children for decades. Written by Thomas McCarthy and Josh Singer, directed by McCarthy, and exquisitely acted, the film tells the story behind the story—how the paper uncovered the Catholic Church’s cover-up of a scandal that was hiding in plain sight, indeed, in the Globe’s own archives.

Most films about journalism are cringe-worthy. Not this one. The film vividly documents what reporters do at their best. A story usually begins with a question. Something doesn’t make sense. Reporters begin with a premise and then gather facts that support or contradict their hypothesis. The best journalists follow those facts without “fear or favor,” as the New York Times, my former employer, likes to put it. Spotlight’s reporters slowly build their case with each new lurid revelation. Nothing comes easily.

The film also lays bare the Catholic Church’s hold on Boston politics and the city’s deeply ingrained anti-Semitism and its xenophobic disdain for “outsiders.” It reveals the political and financial pressures imposed on the Globe and its investigative team by the Church and its powerful friends in a heavily Catholic city as the Globe’s Spotlight team starts to uncover the truth about decades of horrifying abuse, and the inadequacy of their own beliefs and assumptions.

The Globe’s four-person team soon discovers, for instance, that its initial theory that pedophile priests are an anomaly—a few “rotten apples,” as the Church’s representatives and supporters repeatedly assure them—is wrong. Clips from the paper’s own “morgue,” where earlier stories yellowing with age are stored, show that the Globe had run a few modest stories years earlier about a priest accused of molesting several children. But the paper failed to follow up. The editors assumed, or wanted to believe, that this abuse was an isolated incident. Subsequent tips to reporters and editors were ignored. Spotlight’s reporters find that crucial documents have disappeared from court house files. This is Boston, after all, and Cardinal Bernard Law, then the head of the diocese, has friends everywhere.

The team discovers that child abuse at the hands of God’s self-appointed disciples is no secret. In fact, it is widely known among Boston’s politicians, prosecutors, and other powerful parishioners who knew or suspected the prevalence of sexual crimes committed by priests against children but chose not to speak out. Their fear of spiritual and social excommunication allowed the abuse to fester. It takes a village to raise a child, observes Mitchell Garabedian, an irascible lawyer skillfully played by Stanley Tucci, who represents many of Boston’s child victims. And it takes the silence of a village to perpetuate such abuse.

The film bravely acknowledges that the Globe itself was among those powerful institutions that did all too little for far too long. The Globe, having been purchased by the New York Times in 1993, beset by layoffs and declining subscribers and revenue, was focused on other news before it finally confronted the horrifying truth that it had declined to pursue for decades, while the number of shattered lives mounted.

***

The decision to pursue the inquiry was made by the Globe’s chief editor, Martin Baron, who was a newcomer to Boston and who now heads the Washington Post. Brilliantly depicted by Liev Schreiber, Baron is a Florida native and not one of those Irish-American journalists who have most recently staffed the paper. Socially awkward, intellectually aloof, unmarried, uninterested in tickets to Red Sox games, Baron lacks the “people skills” that are crucial to advancement in most professional bureaucracies. He was the first Jew to head the paper. “So the new editor of the Boston Globe is an unmarried man of the Jewish faith who hates baseball?” Jim Sullivan, a lawyer who has represented priests, asks Walter “Robby” Robinson, editor of the Spotlight series, who is portrayed by Michael Keaton, an actor’s actor.

When Baron suggests using the Freedom of Information Act to unseal documents related to the victims’ law suits, Richard Gilman, the paper’s understated, Brooks Brothers-clad publisher, is alarmed. “You want to sue the Catholic Church?” he asks. Baron persists, even when Gilman reminds him that the Church “will fight us hard on this” and that 52 percent of the Globe’s subscribers are Catholic.

When it becomes clear that Robby intends to publish Spotlight’s shocking findings, prominent Bostonians and friends try to persuade him and other senior Globe editors to kill the series. Baron’s outsider status, his Jewishness, is a natural target. Baron is not one of us, says Peter Conley (Paul Guilfoyle), who does the Church’s bidding. He reminds Robby over a drink at the Fairmont Hotel’s Oak Bar that people need the church, now more than ever. While neither the Church nor Cardinal Law (Len Cariou) who heads it in Boston is perfect, Conley acknowledges, why would the Globe risk destroying the faith of thousands of readers over a “few bad apples”? But neither Robby, who is deeply grounded in Boston, nor Baron, who has no familial stake in the community, is cowed. Conley tries driving a wedge between them. Baron is an outsider just “trying to make his mark,” he warns Robby. “He’ll be here for a few years and move on. Just like he did in New York and Miami,” he says. “Where you gonna go?”

Baron is not the film’s only outsider. The most passionate member of the Spotlight team, Michael Rezendes (Mark Ruffalo), may hail from east Boston, but his family is Portuguese. Garabedian, the lawyer who has represented 86 local victims and one of Mark’s sources—is an Armenian. In a bar, they talk obliquely about how city insiders pressure outsiders to conform. Over time, Rezendes understands that Garabedian’s gruffness and hostility are partly the result of having watched the Church hide its priests’ crimes with the connivance of the city’s leading institutions for far too long. Garabedian knows what it means to battle Boston’s powerbrokers. He initially doubts that Rezendes will pursue the story.

As the Globe reporters slowly, methodically uncover the depressing scale of the abuse, pressure not to publish grows. As the team finds dozens of cases that have been quietly settled between victims and the Church, the Spotlight reporters jettison their premise that the Vatican was simply trying to deal compassionately with a few fallen priests. The story expands. So does the team, from four to eight reporters. Baron wants them to expose not only the horrific sexual crimes of the priests, most of whom have been moved to other parishes where they continue molesting children, or to treatment centers on “sick leave,” but the Catholic Church’s role in effectively condoning the abuses.

Proving the Church’s complicity, however, turns out to be even more complex and time-consuming. For a while, a far more all-consuming story—the Sept. 11 attacks on New York and Washington in which many Bostonians died—demand the team’s attention.

***

Spotlight is a process movie. In less-gifted hands, it would risk being dull, or worse, a romanticized version of journalism’s ostensible nobility. But this movie is unlike Truth, the newly released film about the bungled CBS broadcast shortly before the 2004 presidential election aiming to show that former President George W. Bush got preferential treatment to enter the National Guard to avoid the draft and was AWOL during much of his service. Starring Robert Redford as Dan Rather, and Cate Blanchett as Mary Mapes, his talented, long-time producer, the film is based on Mapes’ book and portrays her and three others who were fired by CBS, and Dan Rather, who was prematurely retired as CBS’s anchor, as martyrs to the truth and the victims of evil corporate forces in search of White House favors. But the memos upon which Mapes and her team relied could not be authenticated, and the source who produced them changed his account of how he had obtained them after the broadcast aired, which is every reporter’s and producer’s worst nightmare. But the film downplays the team’s mistakes. Not surprisingly, CBS—which took cinematic heat in 1999 for The Insider, a powerful film about the network’s suppression of a whistle-blower’s claims about tobacco and cancer until the information had been reported elsewhere—has blasted Truth as fiction and declined to run ads for the film on its network.

Under Tom McCarthy’s wise direction, Spotlight suffers from no such hype or false notes. There is no stirring, melodramatic sound track, no confrontations or emotional “gotcha” confessions by priests, no actual scenes of sexual molestation. There are no meetings in dark, underground garages as in All the President’s Men, the highly praised 1976 film about Bob Woodward’s and Carl Bernstein’s dogged exposure of the Watergate scandal in the Washington Post that toppled President Richard Nixon. Spotlight faithfully portrays the painstaking work of investigative reporters who corroborate tips, hunches, and weigh the accounts of often flawed or self-serving sources.

Some of the script’s most powerful moments are the victims’ accounts of their sexual and psychological torment. At first, the reporters question why victims of such abuse call themselves “survivors.” One such victim-turned-advocate, a twitchy, prematurely aging activist named Phil Saviano (played by Neal Huff), explains to the reporters that priests often target vulnerable kids from poor backgrounds. Sexual abuse by priests, he says, robs children not just of their innocence, but their faith. “When you’re a poor kid from a poor family, religion counts for a lot,” he tells Robby and his reporter Sacha Pfeiffer, (Rachel McAdams). “And when a priest pays attention to you it’s a big deal. He asks you to collect the hymnals or take out the trash, you feel special. It’s like God asking for help. And maybe it’s a little weird when he tells you a dirty joke but now you got a secret together so you go along. Then he shows you a porno mag, and you go along. And you go along, and you go along, until one day he asks you to jerk him off or give him a blow job. And so you go along with that too. Because you feel trapped. Because he has groomed you. How do you say no to God, right?”

Spotlight’s understated hero, investigative chief “Robby” Robinson, is a lapsed Catholic. So are many of the team’s other reporters. Some are afraid to tell their families the target of their investigation. Doors are often slammed shut on them. Their calls to sources start early and end late; some of their marriages dissolve. They battle editors over whether and when to publish what they know. Waiting too long risks being beaten on the story; publishing too soon risks reducing their impact by enabling the Church to pick apart or discredit the specific examples of abuse the team has identified and documented. What Baron wants to describe, and Robby senses he is right, is not just a pattern of pedophilia among the faith’s spiritual guardians, but the Church’s role in hiding its priests’ crimes and therefore in perpetuating the damage. He seeks to indict the Church as a criminal system. But his determination to hold out for the bigger story with greater impact infuriates Michael Rezendes, who argues for disclosing what the team knows as soon as the information is confirmed and thus stop the abuse. Robby’s and Marty Baron’s wiser instincts prevail, but this is not an easy call.

Spotlight’s exhaustive investigation ultimately disclosed allegations of sexual abuse of children, male and female alike, by some 249 priests and brothers within the Boston Archdiocese alone. The reporters identified more than 1,000 survivors. In late 2002, Cardinal Law resigned his post in Boston. He was reassigned to the Basilica di Santa Maria Maggiore in Rome, among the Church’s most prestigious posts.

For decades, the victims’ stories cried out for public exposure. The Globe’s Spotlight team provided it. This understated, remarkable film documents that achievement.

Voir enfin:

13 janvier 2015 – Discours
Discours du Premier ministre à l’Assemblée nationale en hommage aux victimes des attentats
« Il y a quelque chose qui nous a tous renforcé, après ces évènements, et après les marches de cette fin de semaine. Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français. Ne l’oublions jamais ! »

Monsieur le Président,
Mesdames, messieurs les ministres,
Madame, Messieurs les présidents de groupe,
Mesdames, messieurs les députés.

Monsieur le Président, vous l’avez dit, ainsi que chacun des orateurs, avec force et sobriété, en trois jours, oui en trois jours 17 vies ont été emportées par la barbarie.

Les terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, des salariés. Les terroristes ont tué des personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d’origine, d’opinion et de croyance. Et c’est toute la communauté nationale que l’on a touchée. Oui, c’est la France qu’on a touché au cœur.

Les soutiens, la solidarité, venus du monde entier, de la presse, partout, des citoyens qui ont manifesté dans de nombreuses capitales, des chefs d’Etat et de gouvernements, tous ces soutiens ne s’y sont pas trompés ; c’est bien l’esprit de la France, sa lumière, son message universel que l’on a voulu abattre. Mais la France est debout. Elle est là, elle est toujours présente.

A la suite des obsèques de ce matin à Jérusalem, de la cérémonie éprouvante, belle, patriotique, à la Préfecture de Police de Paris, en présence du chef de l’Etat, à quelques heures ou de jours d’obsèques pour chacune des victimes, dans l’intimité familiale, je veux, comme chacun d’entre vous, rendre, à nouveau, l’hommage de la Nation à toutes les victimes. Et la Marseillaise, tout à l’heure, qui a éclaté, dans cet hémicycle, était aussi une magnifique réponse, un magnifique message aux blessés, aux familles qui sont dans une peine immense, inconsolable, à leurs proches, à leurs confrères, je veux dire à mon tour une nouvelle fois notre compassion et notre soutien.

Le Président de la République l’a dit ce matin avec des mots forts, personnels : « la France se tient et se tiendra à leurs côtés ».

Dans l’épreuve, vous l’avez rappelé, notre peuple s’est rassemblé, dès mercredi. Il a marché partout dans la dignité, la fraternité, pour crier son attachement à la liberté, et pour dire un « non » implacable au terrorisme, à l’intolérance, à l’antisémitisme, au racisme. Et aussi au fond, à toute forme de résignation et d’indifférence.

Ces rassemblements, vous le soulignez monsieur le président de l’Assemblée, sont la plus belle des réponses. Dimanche, avec les chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, avec l’ancien président de la République, avec les anciens Premiers ministres, avec les responsables politiques et les forces vives de ce pays, avec le peuple français, nous avons dit – et avec quelle force – notre unité. Et Paris était la capitale universelle de la liberté et de la tolérance.

Le peuple Français, une fois encore, a été à la hauteur de son histoire. Mais, c’est aussi, pour nous tous sur ces bancs, vous l’avez dit, un message de très grande responsabilité. Etre à la hauteur de la situation est une exigence immense. Nous devons aux Français d’être vigilants quant aux mots que nous employons et à l’image que nous donnons. Bien sûr la démocratie, que l’on a voulu abattre, ce sont les débats, les confrontations. Ils sont nécessaires, indispensables à sa vitalité, et ils reprendront, c’est normal.

Loin de moi l’idée de déposer, après ces événements, la moindre chape de plomb sur notre débat démocratique, et vous ne le permettrez pas, de toute façon. Mais, mais nous devons être capables, collectivement, de garder les yeux rivés sur l’intérêt général, et d’être à la hauteur, dans une situation qui est déjà difficile, sur le plan économique, parce que notre pays aussi est fracturé depuis longtemps, parce qu’il y a eu des événements graves, on les oublie aujourd’hui, même s’ils n’avaient pas de lien entre eux, qui ont frappé les esprits à la fin de l’année, à Joué-Lès-Tours, à Dijon et à Nantes. Nous devons être à la hauteur de l’attente, de l’exigence du message des Français.

Je veux, Mesdames et Messieurs les députés, en notre nom à tous, saluer – et le mot est faible – le très grand professionnalisme, l’abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l’ordre – policiers, gendarmes, unités d’élite.

En trois jours, les forces de sécurité, souvent au péril de leur vie, ont mené un travail remarquable d’investigation, sous l’autorité du parquet antiterroriste, traquant les individus recherchés, travaillant sur les filières, interrogeant les entourages, afin de mettre hors d’état de nuire, le plus vite possible, ces trois terroristes.

Monsieur le ministre de l’Intérieur, cher Bernard CAZENEUVE, je veux vous remercier aussi. Vous avez non seulement trouvé les mots justes, mais j’ai pu le voir à chaque heure, vous étiez concentré sur cet objectif.

Autour du Président de la République, avec vous aussi madame la garde des Sceaux, nous avons été pleinement mobilisés pour faire face à ces moments si difficiles pour la patrie. Et pour prendre les décisions graves qui s’imposaient.

Mesdames, Messieurs les députés, à aucun moment nous ne devons baisser la garde. Et je veux dire, avec gravité, à la représentation nationale et à travers vous à nos concitoyens, que non seulement la menace globale est toujours présente, mais que, liés aux actes de la semaine dernière, des risques sérieux et très élevés demeurent : ceux liés à d’éventuels complices, ou encore ceux émanant de réseaux, de donneurs d’ordres du terrorisme international, de cyberattaques. Les menaces perpétrées à l’encontre de la France en sont malheureusement la preuve.

Je vous dois cette vérité, et nous devons cette vérité aux Français. Pour y faire face, partout sur le territoire, des militaires, des gendarmes, des policiers sont mobilisés. Les renforts de soldats affectés, en tout, près de 10. 000 – et je vous en remercie monsieur le ministre de la Défense -, et c’est sans précédent, permettent un niveau d’engagement massif, plus de 122 000 personnels assurent la protection permanente des points sensibles et de l’espace public. Les renforts militaires serviront et servent en priorité à la protection des écoles confessionnelles juives, des synagogues, et de mosquées.

Madame, Messieurs les présidents, après le temps de l’émotion et du recueillement – et il n’est pas fini – vient le temps de la lucidité et de l’action.

Sommes-nous en guerre ? La question a, en réalité peu d’importance, car les terroristes djihadistes en nous frappant trois jours consécutifs y ont apporté, une nouvelle fois, la plus cruelle des réponses.

Avec détermination, avec sang–froid, la République va apporter la plus forte des réponses au terrorisme, la fermeté implacable dans le respect de ce que nous sommes, un Etat de droit.

Le gouvernement vient devant vous avec la volonté d’écouter et d’examiner toutes les réponses possibles, techniques, règlementaires, législatives, budgétaires, monsieur le président JACOB. A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la même force : jamais des mesures d’exception qui dérogeraient aux principes du droit et des valeurs.

La meilleure des réponses au terrorisme qui veut précisément briser ce que nous sommes, c’est-à-dire une grande démocratie, c’est le droit, c’est la démocratie, c’est la liberté et c’est le peuple français.

A cette menace terroriste, la République apporte et apportera des réponses sur son sol national. Elle en apportera aussi là où les groupes terroristes s’organisent pour nous attaquer, pour nous menacer, nos intérêts comme nos concitoyens.

C’est pour cela que le Président de la République a décidé d’engager nos forces au Mali, un 11 janvier. Le 11 janvier 2013, jour où d’ailleurs tombait notre premier soldat dans ce conflit, Damien BOITEUX. Et d’ailleurs la même nuit, monsieur le ministre de la Défense, trois membres de nos services tombaient en Somalie.

Le président de la République a décidé cet engagement pour venir en aide à un pays ami, le Mali, menacé de désintégration par des groupes terroristes ; le Mali, pays musulman.

Le président de la République a décidé de renforcer notre présence aux côtés de nos alliés africains avec l’opération Barkhane. C’est un gros effort qu’assume la France, au nom notamment de l’Europe et de ses intérêts stratégiques. Un effort coûteux. La solidarité de l’Europe elle doit être dans la rue, elle doit être aussi dans les budgets à nos côtés. Un effort impérieux. Et quelle belle image de voir dimanche dernier, coude à coude le chef de l’Etat, des chefs de gouvernement, le président de la République et le Président malien, Ibrahim Boubacar KEÏTA. Là aussi c’était la meilleure des réponses pour dire que nous ne menons pas une guerre de religion, mais que nous menons, oui, un combat pour la tolérance, la laïcité, la démocratie, la liberté et les Etats souverains, ce que les peuples doivent se choisir.

Oui, nous nous battons ensemble et nous continuons de nous battre sans relâche.

C’est cette même volonté, curieuse concordance liée au calendrier, que nous exprimerons tout à l’heure en votant le prolongement de l’engagement de nos forces en Irak. C’est là aussi notre riposte claire et ferme, je m’exprimerai ici même dans un instant, le ministre des Affaires étrangères le fera au Sénat. C’est là aussi notre riposte contre le terrorisme, et nous devons avoir pour nos soldats engagés, sur les théâtres d’opération extérieurs, à des milliers de kilomètres d’ici, un profond respect et une grande gratitude.

La menace est aussi intérieure. Je l’ai également rappelé souvent à cette tribune.

Et face à la tragédie qui vient de se dérouler, s’interroger est toujours légitime et nécessaire. Nous devons apporter des réponses aux victimes, à leurs familles, aux parlementaires, aux Français. Il faut le faire avec détermination, sérénité, sans jamais céder à la précipitation. Et je ferai mienne la formule du président LEROUX : « il n’y a pas de leçon à donner, il n’y a que des leçons à tirer ».

Le Parlement a déjà voté deux lois anti terroristes encore il y a quelques semaines à une très large majorité, les décrets d’application sont en cours de publication. Le Parlement s’est déjà saisi des questions relatives aux filières djihadistes.

Ici-même, à l’Assemblée nationale, le 3 décembre dernier, vous avez créé une commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes. Le président, Monsieur Éric CIOTTI, travaille étroitement avec le rapporteur, Monsieur Patrick MENNUCCI.

Au Sénat, depuis le mois d’octobre, il existe une commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Plusieurs membres du gouvernement ont déjà été auditionnés. Les travaux doivent se poursuivre et je sais que le ministre de l’Intérieur est particulièrement attentif à ces travaux. Il a d’ailleurs déjà rencontré hier les groupes et les parlementaires qui travaillent sur ces questions.

Le gouvernement, monsieur le président de l’Assemblée nationale, Madame, Messieurs les présidents de groupe, est à la disposition du Parlement. Sur tous ces sujets, ou sur d’autres que nous avons déjà examinés, et je pense à la question épineuse particulièrement complexe, mais qu’il faut traiter encore avec plus de détermination, qui est celle des trafics d’armes dans nos quartiers.

Je tiens à saluer, là aussi, le travail de nos services de renseignement : DGSI, DGSE, Service du renseignement territorial. A saluer aussi la justice antiterroriste. La tâche de ces femmes, de ces hommes est par essence discrète et immensément délicate. Ils font face à un défi sans précèdent, à un phénomène protéiforme, mouvant qui se dissimule aussi ; et parce qu’ils savent travailler ensemble ils obtiennent des résultats.

A cinq reprises, en deux ans, ils ont permis de neutraliser des groupes terroristes susceptibles de passer à l’acte.

En France, comme dans l’ensemble des pays européens, les personnes qui se reconnaissent dans le djihadisme international ont fortement augmenté en 2014. Dès l’examen de la loi antiterroriste, en décembre 2012, j’ai dit qu’il y avait en France des dizaines de MERAH potentiels. Le temps a confirmé, dramatiquement et implacablement, ce diagnostic.

Sans renforcement très significatif des moyens humains et matériels, les services de renseignement intérieur pourraient se trouver débordés. On dépasse désormais 1 250 individus pour les seules filières irako-syriennes. Sans jamais négliger les autres théâtres d’opération, les autres menaces, celles des autres groupes terroristes au Sahel, au Yémen, dans la corne de l’Afrique, et dans la zone afghano-pakistanaise.

Nous affecterons donc les moyens nécessaires pour tenir compte de cette nouvelle donne. En matière de sécurité, les moyens humains sont en effet essentiels. Nous l’avons mis en pratique depuis 2012. En 2013, sur la base des enseignements des tueries de Montauban et de Toulouse et des propositions formulées par la mission URVOAS-VERCHERE, une profonde réforme de nos services de renseignement a été accomplie avec la transformation de la Direction centrale du Renseignement intérieur en Direction générale de la Sécurité intérieure. La création de 432 emplois à la DGSI a été programmée. Ils doivent permettre de renforcer les compétences et de diversifier les recrutements : informaticiens, analystes, chercheurs ou interprètes. 130 sont déjà pourvus. Nous avons aussi amélioré la coopération entre les services intérieurs et extérieurs et également renforcé, même s’il faut encore faire davantage, nos échanges avec les services étrangers, à la suite de l’initiative que j’ai pu prendre il y a deux ans avec les ministres européens et notamment avec la ministre belge, Joëlle MILQUET puisque son pays est également confronté à ce problème là. Initiative que Bernard CAZENEUVE a prolongée encore avec la réunion de nombreux ministres de l’Intérieur Place Beauvau. Mais il faut aller plus loin, et j’ai demandé au ministre de l’Intérieur de m’adresser dans les huit jours des propositions de renforcement. Elles devront notamment concerner Internet et les réseaux sociaux qui sont plus que jamais utilisés pour l’embrigadement, la mise en contact, et l’acquisition de techniques permettant de passer à l’acte.

Nous sommes aussi l’une des dernières démocraties occidentales à ne pas disposer d’une cadre légal cohérent pour l’action des services de renseignement. Ce qui pose un double problème. Un travail important a été fourni par la mission d’information sur l’évaluation du cadre juridique des services de renseignement, présidée par Jean-Jacques URVOAS en 2013. Un prochain projet de loi quasiment prêt visera à donner aux services tous les moyens juridiques pour accomplir leurs missions, tout en respectant les grands principes républicains de protection des libertés publiques et individuelles, ce texte de loi qui sera sans aucun doute enrichi par vos travaux doit être, c’est ma conviction, adopté le plus rapidement possible.

Au cours de l’année, nous lancerons également la surveillance des déplacements aériens des personnes suspectes d’activités criminelles. C’est le système PNR. La plateforme de contrôle française sera opérationnelle dès septembre 2015. Il reste à mettre en place un dispositif similaire au niveau européen. J’appelle de manière solennelle ici dans cette enceinte le Parlement européen à prendre enfin toute la mesure de ces enjeux, et de voter, comme nous le lui demandons depuis deux ans avec l’ensemble des gouvernements, à adopter ce dispositif qui est indispensable : nous ne pouvons plus perdre de temps !

Mesdames et Messieurs, les phénomènes de radicalisation sont présents sur l’ensemble du territoire. Il faut donc agir partout. Le plan d’action adopté en avril dernier a permis de renouveler l’approche administrative et préventive. La plateforme de signalement est particulièrement sollicitée par les familles. Elle a permis d’éviter de nombreux départs.

Les préfets, en lien avec les collectivités territoriales qui doivent être associées à ces démarches, mettent progressivement en place des dispositifs de suivi et de réinsertion des personnes radicalisées. Là encore, j’ai demandé au ministre de l’Intérieur en lien avec d’autres membres du gouvernement concerné par ces sujets de m’indiquer les moyens nécessaires pour amplifier ces actions.

Les phénomènes de radicalisation se développent, nous le savons, vous l’avez dit, en prison. Ce n’est pas nouveau ! L’administration pénitentiaire renforce d’ailleurs l’action de ses services de renseignement en lien étroit avec le ministère de l’Intérieur. Il faut, là aussi, accroître nos efforts. Dans nos prisons, des imans, comme des aumôniers de tous les cultes interviennent. C’est normal ! Mais il faut un cadre clair à cette d’intervention. Il nous faut aussi parvenir à une réelle professionnalisation. Enfin, avant la fin de l’année, sur la base de l’expérience menée depuis cet automne à la prison de Fresnes, la surveillance des détenus considérés comme radicalisés sera organisée dans des quartiers spécifiques créés au sein d’établissements pénitentiaires.

Une formation de haut niveau sera dispensée aussi aux services de la protection judiciaire de la jeunesse. Comprendre le parcours de radicalisation d’un jeune est toujours complexe. Nous savons la facilité avec laquelle certains jeunes délinquants de droit commun basculent dans des processus de radicalisation et le passage de la délinquance de droit commun à la radicalisation et au terrorisme est un phénomène que nous avons décrit à maintes reprises ici dans les travaux de l’Assemblée nationale. Mais nous devons savoir prendre les mesures adaptées qui s’imposent. Il faut, certes, accompagner, aider, suivre de nombreux mineurs menacés par cette radicalisation. Il faut aussi prendre acte de la nécessité de créer, au sein de la direction de la PJJ, une unité de renseignement, à l’instar de ce qui est fait dans l’administration pénitentiaire. Pour tous ces axes de travail, mais aussi pour répondre aux besoins du parquet anti-terroriste, j’ai demandé à la Garde des Sceaux de me faire des propositions également dans les jours qui viennent.

Mesdames et Messieurs, la lutte contre le terrorisme demande une vigilance de chaque instant. Nous devons pouvoir connaître en permanence l’ensemble des terroristes condamnés, connaitre leur lieu de vie, contrôler leur présence ou leur absence.

J’ai demandé aux ministres de l’Intérieur et de la Justice d’étudier les conditions juridiques de mise en place d’un nouveau fichier. Il obligera les personnes condamnées à des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle. De telles dispositions existent déjà pour d’autres formes de délinquance à risque élevé de récidive. Nous devons l’appliquer en matière d’engagement terroriste, toujours sous le contrôle strict du juge.

Mesdames et Messieurs, toutes ces propositions – et il y en aura d’autres, je n’en doute pas et n’en doutez pas – avant leur mise en œuvre et application, feront l’objet d’une consultation ou d’une présentation au Parlement au-delà bien sûr des textes législatifs.

Mesdames et Messieurs les députés, les épreuves tragiques que nous venons de traverser nous marquent, marquent notre pays et marquent notre conscience. Mais nous devons être capables de poser rapidement à chaque fois un diagnostic lucide aussi sur l’état de notre société, sur ses urgences. Ce sont des débats que nous aurons l’occasion évidemment de mener.

Je vais en dire quelques mots, en m’excusant de prendre plus de temps que nécessaire à ce qui était prévu.

Le premier sujet qu’il faut aborder clairement, c’est la lutte contre l’antisémitisme.

L’histoire nous l’a montré, le réveil de l’antisémitisme, c’est le symptôme d’une crise de la démocratie, d’une crise de la République. C’est pour cela qu’il faut y répondre avec force. Après Ilan HALIMI, en 2006, après les crimes de Toulouse, les actes antisémites connaissent en France une progression insupportable. Il y a les paroles, les insultes, les gestes, les attaques ignobles, comme à Créteil il y a quelques semaines qui, je l’ai rappelé ici dans cet hémicycle, n’ont pas soulevé l’indignation qui était attendue par nos compatriotes juifs dans le pays. Il y a cette inquiétude immense, cette peur que nous avons les uns et les autres sentie, palpée samedi dans la foule devant cet HYPER CACHER porte de Vincennes ou à la synagogue de la Victoire dimanche soir. Comment accepter qu’en France, terre d’émancipation des juifs, il y a deux siècles, mais qui fut aussi, il y a 70 ans, l’une des terres de son martyre, comment peut-on accepter que l’on puisse entendre dans nos rues crier « mort aux juifs » ? Comment peut-on accepter les actes que je viens de rappeler ? Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés par ce qu’ils sont juifs ? Comment peut-on accepter que des compatriotes ou qu’un citoyen tunisien, que son père avait envoyé en France pour qu’il soit protégé alors qu’il va acheter son pain pour le Shabbat, meurt parce qu’il est juif ? Ce n’est pas acceptable et à la communauté nationale qui peut-être n’a pas suffisamment réagi, à nos compatriotes français juifs, je leur dis que cette fois-ci, nous ne pouvons pas l’accepter, que nous devons là aussi nous rebeller et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l’on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’Etat d’Israël, et qui prône la haine du juif et de tous les juifs. Il faut le dire, il faut poser les mots pour combattre cet antisémitisme inacceptable !

Et comme j’ai eu l’occasion de le dire, comme la ministre Ségolène ROYAL l’a dit ce matin à Jérusalem, comme Claude LANZMANN l’a écrit dans une magnifique tribune dans Le Monde, oui, disons-le à la face du monde : sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. Et ce message, c’est à nous tous de le clamer haut et fort. Nous ne l’avons pas dit ! Nous ne nous sommes pas assez indignés ! Et comment accepter que, dans certains établissements, collèges ou lycées, on ne puisse pas enseigner ce qu’est la Shoah ? Comment on peut accepter qu’un gamin de 7 ou 8 ans dise à son enseignant quand il lui pose la question « quel est ton ennemi ? » et qu’il lui répond « c’est le juif » ? Quand on s’attaque aux juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais !

Et quelle terrible coïncidence, quel affront que de voir un récidiviste de la haine tenir son spectacle dans des salles bondées au moment même où, samedi soir, la Nation, Porte de Vincennes, se recueillait. Ne laissons jamais passer ces faits et que la justice soit implacable à l’égard de ces prédicateurs de la haine ! Je le dis avec force ici à la tribune de l’Assemblée nationale !

Et allons jusqu’au bout du débat. Allons jusqu’au bout du débat, Mesdames et Messieurs les députés, quand quelqu’un s’interroge, un jeune, un citoyen ou un jeune, et qu’il vient me dire à moi ou à la ministre de l’Education nationale « mais je ne comprends pas, cet humoriste, lui, vous voulez le faire taire et les journalistes de Charlie Hebdo, vous les montez au pinacle » mais il y a une différence fondamentale et c’est cette bataille que nous devons gagner, celle de la pédagogie auprès de notre jeunesse, il y a une différence fondamentale entre la liberté d’impertinence – le blasphème n’est pas dans notre droit, il ne le sera jamais – il y a une différence fondamentale entre cette liberté et l’antisémitisme, le racisme, l’apologie du terrorisme, le négationnisme qui sont des délits, qui sont de crimes et que la justice devra sans doute punir avec encore plus de sévérité.

L’autre urgence, c’est de protéger nos compatriotes musulmans. Ils sont, eux aussi, inquiets. Des actes antimusulmans inadmissibles, intolérables, se sont à nouveau produits ces derniers jours. Là aussi, s’attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière, c’est une offense à nos valeurs. Et le préfet LATRON a en charge à la demande du ministre de l’Intérieur en lien avec tous les préfets de faire en sorte que la protection de tous les lieux de culte soit assurée. L’Islam est la deuxième religion de France. Elle a toute sa place en France. Et notre défi, pas en France, mais dans le monde, c’est de faire cette démonstration : la République, la laïcité, l’égalité hommes / femmes sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national qui acceptent les principes et les valeurs de la République. Mais cette République doit faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande intransigeance, face à ceux qui tentent, au nom de l’Islam, d’imposer une chape de plomb sur des quartiers, de faire régner leur ordre sur fond de trafics et sur fond de radicalisme religieux, un ordre dans lequel l’homme domine la femme, où la foi, oui madame la présidente POMPILI, vous avez eu raison de le rappeler, l’emporterait sur la raison.

J’avais ici, devant cette Assemblée, il y a quelques mois, évoqué les insuffisances et les échecs de trente ans de politique d’intégration. Mais, en effet, quand de vrais ghettos urbains se forment, où l’on n’est plus qu’entre soi, où l’on ne prône que le repli, que la mise en congé de la société, où l’Etat n’est plus présent, comment aller vers la République, saisir cette main fraternelle qu’elle tend ?

Et surtout, comment tirer un trait catégorique sur cette frontière trop souvent ténue qui fait que l’on peut basculer – pas d’angélisme, regardons les faits en face – dans nos quartiers, de l’Islam tolérant, universel, bienveillant vers le conservatisme, vers l’obscurantisme, l’islamisme, et pire la tentation du djihad et du passage à l’acte.

Ce débat, il n’est pas entre l’Islam et la société. C’est bien un débat au sein même de l’Islam, que l’islam de France doit mener en son sein, en s’appuyant sur les responsables religieux, sur les intellectuels, sur les Musulmans qui nous disent depuis plusieurs jours qu’ils ont peur. Je l’ai déjà rappelé, comme vous tous j’ai des amis français, de confession et de culture musulmane. L’un de mes plus proches amis m’a dit l’autre jour, il avait les yeux plein de larmes et de tristesse, qu’il avait honte d’être musulman. Eh bien moi je ne veux plus que dans notre pays il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des Musulmans qui aient honte parce que la République elle est fraternelle, elle est généreuse, elle est là pour accueillir chacun.

Enfin, enfin, la réponse aux urgences de notre société elle doit forte, sans hésitations : la République et ses valeurs. Et ce sont mes derniers mots.

Les valeurs ce sont en premier lieu la laïcité qui est gage d’unité et de tolérance.

La laïcité, elle s’apprend bien sûr à l’école, qui en est un des bastions. C’est là, peu importe les croyances, les origines, que tous les enfants de la République ont accès à l’éducation, au savoir, à la connaissance.

J’étais, ce matin avec la ministre de l’Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, devant les recteurs de France. Et je leur ai adressé un message de mobilisation totale. Un message d’exigence. Un message qui doit répercuter à tous les niveaux de l’éducation nationale, autour du seul enjeu qui importe : la laïcité ! La laïcité ! La laïcité, parce que c’est le cœur de la République et donc de l’école.

La République n’est pas possible sans l’école, et l’école n’est pas possible sans la République. Et on a laissé passer trop de choses, je le disais il y a un instant, dans l’école.

La laïcité, oui la laïcité, la possibilité de croire, de ne pas croire. L’éducation a des valeurs fondamentales, doit plus que jamais – c’est aussi cette réponse – être le combat de la France face à l’attaque que nous avons connue. Et arborons fièrement ce principe puisqu’on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées ici interdisant les signes religieux à l’école prohibant le voile intégral, revendiquons les, parce que c’est ça qui doit qui doit nous aider à être encore davantage plus forts.

Cette France qui s’est retrouvée dans l’épreuve, ce moment où le monde entier est venu à elle, car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu’elle incarne d’universel.

La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.

Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est apporter les réponses aux questions que se posent les Français. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est comprendre que le monde a changé, qu’il y aura un avant et un après. Et au nom même de nos valeurs, apporter la riposte avec toute la détermination nécessaire : fermeté, unité, sont les termes qui ont été encore utilisés par le président de la République ce matin.

Nous allons entretenir, je l’espère, comme un feu ardent, cet état d’esprit et nous appuyer sur la force de son message d’unité. Et en revendiquant fièrement ce que nous sommes. En le faisant, en nous rappelant sans cesse de nos héros, ceux qui sont tombés, ces 17, la semaine dernière.

En nous souvenant toujours de ces héros que sont les forces de l’ordre.

Avec beaucoup d’émotion nous l’avons encore ressenti ce matin, vous étiez nombreux sur tous les bancs, dans la cour de la préfecture de police de Paris. C’est ça aussi la France. Il y avait trois couleurs. Trois couleurs de ces trois policiers, ces deux policiers nationaux et cette policière municipale. Elle représentait, ils représentaient la diversité des parcours et des origines. Trois couleurs différentes. Trois parcours, mais trois Français. Trois serviteurs de l’Etat. Et devant les cercueils, aux côtés de leurs familles, il n’y avait que trois couleurs, celles du drapeau national. C’est au fond ça le plus beau message.

Je vous avais dit, ici, au mois d’avril ma fierté, comme chacun d’entre vous, d’être français. Il y a quelque chose qui nous a tous renforcé, après ces événements, et après les marches de cette fin de semaine.

Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français. Ne l’oublions jamais !

Un commentaire pour Meurtre d’Ilan Halimi/10e: Arrêtez de nous embêter avec ce fait divers (Tortured and assassinated in France because he was Jewish: Ten years on, France still can’t seem to come to grips with its antisemitism)

  1. jcdurbant dit :

    Voir aussi

    J’ai passé l’agrégation de lettres modernes et non de philosophie, j’ai réussi Saint-Cloud après avoir raté le concours de la rue d’Ulm. J’ai d’ailleurs pleuré comme un enfant, devant les panneaux où étaient affichés les résultats. Je me souviens encore de la consolation goguenarde de Bernard Gotlieb, qui était, lui, admissible à Ulm. J’étais un bon élève très anxieux, surtout pendant les examens, où je pouvais devenir temporairement dyslexique. L’assimilation passait par l’école. Les choses allaient de pair dans ma génération. Un désir d’assimilation totale et une sensibilité juive à fleur de peau.

    Mon amour pour la France est un amour pour quelque chose de périssable, dont je sens la fragilité, mais qui n’a pas encore entièrement disparu. Je me suis retrouvé, par hasard, entre Sarlat et Brive, dans le Périgord. Je suis tombé en pâmoison devant un petit village, Saint-Amand-de-Coly, avec une église merveilleuse. Il est bon de vivre dans une France sécularisée, mais il y a une dette de la culture vis-à-vis de la religion. Le sentiment religieux a produit en France tant de beauté qu’on ne peut qu’être rempli de gratitude pour le fait de vivre ici. Certains partisans du « mariage pour tous » voudraient rejeter, dans les ténèbres de la barbarie, la France des vieux clochers et du « mâle blanc hétérosexuel et catholique ». Cette attitude, ainsi que le refus de l’assimilation par un grand nombre d’immigrés et les critiques américaines de notre laïcité, m’ont amené à prendre conscience de ce que la France représente pour moi.

    Dans les années 1980, les Français ne devaient pas se réclamer de leur identité, c’était soit anachronique, soit antipathique puis, quand Jean-Marie Le Pen est arrivé, c’est devenu impossible. L’identité juive était, en revanche, bien portée. Ce n’est plus le cas car il nous faut maintenant répondre des « crimes » d’Israël. Il m’arrive d’être pris à parti à cause de mon amour « viscéral » d’Israël. Je suis pourtant signataire de JCALL [European Jewish Call for Reason] et je soutiens, depuis 1980, l’option des deux États. Mais aujourd’hui, on ne peut être juif dans l’espace majoritaire qu’en s’excusant d’Israël. Je critique Israël, mais je ne m’excuse pas d’Israël. Donc, c’est vrai : je suis caricaturé à la fois en tant que juif et en tant que Français puisqu’on dit que je vais rejoindre les identitaires.

    L’Europe m’apparaissait comme une construction un peu ennuyeuse jusqu’au jour où les écrivains d’Europe centrale m’ont fait comprendre qu’il s’agissait aussi d’une civilisation menacée … Valéry l’avait dit : « Nous ne pensons que par hasard aux circonstances permanentes de notre vie; nous ne les percevons qu’au moment qu’elles s’altèrent tout à coup. » La question de l’identité a surgi chez moi de cette manière-là : non pas une identité que j’habite de manière agressive, mais une identité que je vois se dissoudre.

    C’est l’autre malheur de l’identité : qu’elle soit captée et défendue par des gens décidément infréquentables. Mais ce serait faire leur jeu que de leur abandonner le terrain et de criminaliser l’inquiétude identitaire elle-même

    La gauche, hélas, préfère le déni des problèmes à l’analyse et quand Manuel Valls dit qu’il faut revenir sur la politique du regroupement familial, un froid polaire descend sur le gouvernement socialiste. On ferme les yeux pour se tenir chaud. Et on accuse d’islamophobie ceux qui, plutôt que de soumettre la République aux exigences de l’islam, veulent soumettre les musulmans aux lois de la République.

    Le mathématicien Laurent Lafforgue, qui vient d’un milieu « défavorisé », dit sa reconnaissance pour les héritiers, ces familles bourgeoises qui pensaient que leurs privilèges impliquaient des devoirs et que l’un de ses devoirs les plus importants était d’honorer la culture et de la servir. Cette bourgeoisie a cédé la place à une jet-set qui se croit rebelle parce qu’elle écoute du rap et qui affiche tous les jours, sur Canal +, son ignorance et sa vulgarité.

    [Vous faites un portrait acéré des « sympathiques bobos ».]
    J’en suis un moi-même. C’est ma génération, après tout, qui a inventé l’adolescence perpétuelle. Mais à la différence de mes pairs, j’essaye de ne pas me payer de mots. Les bobos typiques célèbrent le métissage et vivent dans des forteresses ; ils plaident pour l’ouverture des frontières et mettent leurs enfants dans des écoles socialement et ethniquement homogènes. Ne pas se mentir, telle est, il me semble, la morale du Juif imaginaire, de L’Identité malheureuse, d’Un cœur intelligent. Les grands ­romans nous racontent des histoires qui déconstruisent les histoires que nous nous racontons sans cesse.

    Alain Finkielkraut

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