Droits d’auteur: Accorder à Hitler ce que l’on refuse à Anne Frank (Doing the revisionists’s work for them: To extend copyright of Anne Frank’s diary, foundation argues it was ‘cut and pasted’ by the father)

This image shows Anne Frank, with a hand written note and signed by her in Dutch language dating back to October 10, 1942. The note says: "This is a photo as I would wish myself to look all the time. Then I would maybe have the chance to come to Hollywood." signed: Anne Frank 10 Oct. 1942. Anne Frank, is the Jewish girl who wrote her world famous journal while living in hiding, in Amsterdam, Netherlands, during the Second World War. (AP Photo)anne-frank-361679MeinKampfBurqaExecutionsSerai-je jamais capable d’écrire quelque chose de grand ? Anne Frank
Ce faux n’est pas à mettre au compte du respect des victimes mais, au contraire, il pue les charognards qui se repaissent du malheur des hommes pour en faire des drames à grand spectacle. Claude Karnoouh
Les faucons affirment (…) que le président Ahmadinejad a déclaré vouloir “rayer Israël de la carte”. Mais cet argument repose sur une mauvaise traduction de ses propos. La traduction juste est qu’Israël “devrait disparaître de la page du temps”. Cette expression (empruntée à un discours de l’ayatollah Khomeiny) n’est pas un appel à la destruction physique d’Israël. Bien que très choquant, son propos n’était pas un appel à lancer une attaque, encore moins une attaque nucléaire, contre Israël. Aucun État sensé ne peut partir en guerre sur la foi d’une mauvaise traduction. John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt (2007)
L’Etat actuel d’Israël n’est pas légitime. C’est pourquoi nous n’avons pas de relations avec eux car nous ne considérons pas cet Etat comme légitime. Nous pensons que toutes les personnes qui étaient d’origine palestinienne et qui sont en errance à l’étranger doivent pouvoir tous revenir sur leurs terres. Il faut qu’il y ait des élections publiques sous la supervision des Nations unies et quels qu’en soient les résultats, nous les accepterons. (…) nous parlons d’un Etat. Que tout le monde se réunisse et vote. Avant 1948, il y avait un seul pays. Nous voulons retourner à cette situation. (…) Nous parlons du vote du peuple. Une fois réunis, tous les juifs, tous les musulmans, tous les chrétiens, tous ceux qui appartiennent à cette terre et sont aujourd’hui réfugiés doivent revenir dans leur pays et voter. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas de relation avec cet Etat. La seule solution, c’est une élection libre. (…) De grandes compagnies, notamment Airbus, sont présentes en Iran. Nous achèterons, c’est vrai, à ces grandes compagnies, et notamment Airbus.  (…) L’Iran, à aucun moment, n’a souhaité fabriquer une bombe atomique, ni hier, ni aujourd’hui. Hassan Rohani
À l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rohani, lundi 25 janvier, le célèbre musée du Capitole à Rome a dissimulé toutes ses statues dénudées derrière des paravents en bois. Une initiative  prise par respect pour la culture et la sensibilité de l’Iran. (…) En accueillant son hôte lundi dans ce site prestigieux où de nombreux accords ont été signés, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, avait mis l’accent sur la richesse historique des deux pays, assurant qu’ils avaient en commun d’être « deux superpuissances de la beauté et de la culture ». L' »attention » du musée italien en a surpris, voire agacé plus d’un. Le ministre de la Culture lui-même, Dario Franceschini, a jugé cette initiative « incompréhensible », précisant que ni lui, ni le Premier ministre ne l’ont autorisée. « Je pense qu’on aurait facilement pu trouver d’autres solutions pour ne pas offenser un important visiteur étranger plutôt que de faire ce choix incompréhensible de recouvrir les statues », a-t-il déclaré à la presse mercredi. Certaines personnalités politiques avaient dénoncé une « soumission culturelle », tandis que de nombreux titres de presse avaient également affiché leur colère.  Dans un tweet mardi, le quotidien de gauche L’espresso a déclaré : « Quelle honte d’avoir couvert les statues du Capitole pour la visite de Rohani ». Le journal libéral Il foglio a lui titré sur « L’Italie met des burqas à ses statues », tandis que le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord a dénoncé un « énième acte de soumission à une culture qui ne nous appartient pas. Le gouvernement semble avoir honte de nos racines et de notre histoire. Faut-il mettre le hijab aussi aux œuvres d’art au nom de l’intégration ? » Cette indignation a fait sourire les Radicaux: « Il y a seulement sept mois, toujours ‘par respect’, les affiches de l’exposition de Tamara de Lempicka ont été couvertes pour la visite du pape dans notre ville laïque de Turin. Personne ne s’en était scandalisé ». Toujours par « respect » et pour ménager la sensibilité de son hôte, l’Italie a également accepté de bannir le vin d’un déjeuner avec le président Sergio Matterella, et d’un dîner avec Matteo Renzi, la consommation d’alcool étant prohibé par l’islam. Si l’Italie a accepté de mettre de l’eau dans son vin, la France s’était de son côté montrée plus intransigeante sur son patrimoine culturel spiritueux. Le 17 novembre, Hassan Rohani devait être reçu par François Hollande – une visite finalement repoussée au jeudi 28 janvier à cause des attentats de Paris. Mais lorsque le protocole s’agitait encore dans l’ombre début novembre pour organiser la rencontre, l’Iran avait demandé un menu halal et la suppression des bouteilles d’alcool à table. La France avait indiqué qu’elle n’accèderait pas à cette requête, l’usage voulant qu’une sélection de vins français soit proposée au cours de repas officiels organisés à l’Élysée. L’idée d’un petit déjeuner avait alors été évoquée, mais rejetée par Téhéran. Finalement, deux mois après, il semblerait que tout repas ait été écarté. Hassan Rohani sera reçu à l’Élysée par François Hollande et Laurent Fabius à …15 heures, pas même à l’heure du goûter. France 24
M. Shaheed, l’enquêteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, a déclaré que le «nombre estomaquant de 753 exécutions» effectuées par l’Iran en 2014 – un sommet – sera surpassé cette année. Au moins 694 personnes auraient été pendues pendant les sept premiers mois de 2015 et plusieurs organisations de défense des droits de la personne témoignent maintenant de plus de 800 exécutions pendant les dix premiers mois de l’année. Des dizaines d’autres personnes attendent un sort similaire, a dit M. Shaheed. Il estime que le rythme des exécutions est «alarmant» et déclare que «l’Iran est possiblement sur le bon chemin pour surpasser 1000 (exécutions) d’ici la fin de l’année». M. Shaheed a dit que 69 % des exécutions pendant les six premiers mois de 2015 étaient reliées au trafic de la drogue, ce qui témoigne d’une hausse de la toxicomanie au pays. Il a aussi dénoncé le recours de l’Iran à l’isolement et à la torture pour obtenir des aveux; la criminalisation de la liberté d’expression; l’arrestation d’une cinquantaine de journalistes depuis le début de l’année; et les châtiments imposés aux individus qui discutent du gouvernement et des droits de la personne sur les réseaux sociaux. M. Shaheed indique toutefois que son rapport est «légèrement plus optimiste» que le précédent, puisqu’il a été en mesure de rencontrer différents responsables iraniens et que Téhéran semblait plus ouvert au dialogue cette fois-ci. Peine de mort.org
Les lois n’ont pas à décider de la vérité des dogmes ; elles n’ont en vue que le bien et la conservation de l’État et des particuliers qui le composent.  John Locke (1689)
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Pour beaucoup de mouvements politiques d’extrême droite, Anne s’avère être un obstacle. Son témoignage personnel de la persécution des Juifs et sa mort dans un camp de concentration empêchent la réhabilitation du national socialisme.  Teresien da Silva
Son authenticité ayant été contestée par des historiens comme Pierre Vidal-Naquet ou Claude Karnoouh (ils n’en contestent pas l’existence, mais affirment que son père l’a réécrit, supprimant les passages intimes et en rajoutant d’autres), le Journal d’Anne Frank est devenu un enjeu politique entre les défenseurs du devoir de mémoire envers la Shoah et les négationnistes (…) Mais les contestations des négationnistes n’ont pas attendu les doutes des historiens sur l’authenticité du texte : dès 1958, Simon Wiesenthal fut défié par un groupe de manifestants lors de la représentation théâtrale du Journal d’Anne Frank à Vienne, de prouver qu’Anne a bien existé, en retrouvant l’homme qui l’avait arrêtée. Wisenthal commença à chercher Karl Silberbauer et le trouva en 1963. Lors de son interview, Silberbauer admit directement son rôle, et identifia Anne Frank à partir d’une photographie comme étant l’une des personnes arrêtées. Il fournit un compte rendu complet des événements et se rappela qu’il avait vidé une valisette pleine de papiers sur le sol. Ses déclarations corroborèrent la version des événements qui avait précédemment été présentée par des témoins oculaires comme Otto Frank. Aucune charge ne put être retenue contre Silberbauer, qui n’avait fait que suivre les ordres. Les informations qu’il donna ne permirent pas à Wiesenthal de trouver le dénonciateur de la famille Frank (…) À Lübeck en 1959, Otto Frank attaqua en justice Lothar Stielau, un professeur d’école, ancien membre des Jeunesses hitlériennes, qui avait publié un prospectus scolaire décrivant le journal comme une contrefaçon. La Cour de justice examina le journal et, en 1960, le déclara comme étant authentique. Stielau rétracta ses précédentes déclarations et Otto Frank arrêta la procédure judiciaire. Depuis les années 1970 le négationniste David Irving a affirmé de manière régulière que le journal n’était pas authentique. En 1976, M. Frank engagea une autre procédure contre Heinz Roth de Francfort, qui avait également publié des pamphlets proclamant que le journal était une contrefaçon. Le juge statua que s’il publiait de nouveaux écrits de ce type, il serait passible de 500 000 Deutsche Mark d’amende et d’une peine de six mois de prison. Deux autres plaintes furent rejetées par des tribunaux allemands en 1978 et 1979 sur base de la liberté d’expression, car la plainte n’avait pas été déposée par une des parties visées par les écrits. La cour statua dans les deux cas que si la plainte avait été déposée par une partie concernée, comme Otto Frank, une charge pour calomnie aurait pu être retenue. Wikipedia
AFF is merely applying to existing laws under which the diary remains protected after 2015, and has decided to inform people about it. We have made clear that in certain territories the copyright is protected for a longer time, because this is our duty. Otto Frank is not the co author of the original diaries. We as a foundation have been fighting for 40 years against Holocaust deniers who have said the book is a falsification. We proved that it was not – the diary is authentic. After the war, Otto Frank merged, or compiled, the two versions of the Diary that Anne Frank left, that were both incomplete and that partly overlapped, into one reader friendly version. He typed over Anne Frank’s manuscripts and with scissors and glue subsequently, literally, ‘cut and pasted’ them into the version that was published in English from the early fifties. The book he created earns his own copyright. For the purposes of copyright, he is to be viewed as an ‘author’ of that version. Please note, again, that this does not imply that he ‘co-wrote’ anything. Yves Kugelmann (Anne Frank Fonds)
Many revisionists, people who want to deny the extermination camps existed, have tried to attack the diary for years. Saying now the book wasn’t written by Anne alone is weakening the weight it has had for decades, as a testimony to the horrors of this war. She lost her grandparents in Nazi camps, she had uncles who were hidden like Anne Frank was – for her it is a very touchy subject, and she wanted to react and not to let the Anne Frank Fonds use its interpretation of the law. On 1 January, Mein Kampf will enter the public domain, and [Attard] feels the symbolism of this, Mein Kampf entering the public domain, and a counterpart, Anne Frank’s diary, this very important work about the horrors of the second world war, not entering at the same time, was inacceptable for her. Spokesperson for French MP Attard
C’est horrible, mais Mein Kampf tombera, lui aussi, dans le domaine public en cette année 2016. Le Journal d’Anne Frank est la voix qui s’élève contre l’obscurantisme, contre le négationnisme. Pourquoi donner accès aux propos malsains de Mein Kampf et refuser l’accès libre à l’histoire incroyable de cette jeune fille qui a vécu l’enfer de la Shoah puis des camps ? Les gens ont besoin d’y avoir accès librement pour se rappeler d’Anne Frank. Isabelle Attard

Attention: un scandale peut en cacher bien d’autres !

Après avoir non seulement résisté mais été conforté par tant d’accusations de contrefaçon, le journal d’Anne Frank succombera-t-il aux trop bonnes intentions de ses ayant droit ?

En ces temps liberticides où l’histoire se dit désormais dans les prétoires …

Et où après avoir vendu l’arme nucléaire à un régime qui appelle explicitement à la Solution finale d’un de ses voisins et avec la Chine et l’Arabie saoudite détient le record toutes catégories d’éxécutions dans le monde, l’Europe en est à mettre des burqas à sa culture

Commen ne pas poser …

En cette 71e Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

Et près de 50 ans après la mort d’un Martin Luther King né la même année que la petite Anne dont les discours comme les films sont toujours bloqués ou réduits à la paraphrase par des héritiers qui en revendent les droits au prix fort à la plus offrante des Apple ou Google …

La question d’un droit d’auteur …

Qui accorde, comme le rappelle avec raison la députée du Calvados  Isabelle Attard , le libre accès du domaine public au texte qui fonde ledit holocauste …

Et le refuse à l’un de ses plus forts témoignages personnels …

Allant même, avec l’argument de la co-écriture paternelle du journal, jusqu’à accorder aux négationnistes ce qu’ils n’avaient pas réussi à obtenir depuis justement plus de 70 ans ?

Une députée de Normandie « libère » le Journal d’Anne Frank
Au 1er janvier 2016, le Journal d’Anne Frank tombe dans le domaine public, selon la loi. Mais le fonds Anne Frank le refuse. Isabelle Attard, députée du Calvados, l’a publié.
Alice Labrousse
Normandie actu

01/01/2016

Dernière minute. Le maître de conférence Olivier Ertzscheid et la députée Isabelle Attard ont, comme promis, mis en ligne l’intégralité du « Journal d’Anne Frank » en version originale, vendredi 1er janvier 2016.

70 ans après le décès d’un auteur, ses héritiers perdent leurs droits. L’oeuvre devient public. Mais le fonds Anne Frank refuse que le Journal soit diffusé. La députée écologiste du Calvados, Isabelle Attard, monte au créneau. Explications.

Isabelle Attard, députée EELV du Calvados, annonce vouloir publier, le 1er janvier 2016, une version du Journal d’Anne Frank sur son site. (Photo @Isabelle Attard Facebook)

Une histoire d’argent pour le fonds ?
Pour la députée, le Journal d’Anne Frank est une oeuvre que tout le monde doit connaître et dont l’accès doit être facilité. « Je considère qu’il entrera dans le domaine public peu importe ce que pense le fonds. » Selon elle, il y a une distinction à faire entre le droit patrimonial et le droit moral.

Au 1er janvier 2016, les héritiers ne toucheront plus de droits d’auteur, mais ils pourront toujours défendre l’oeuvre d’Anne Frank en poursuivant toute personne qui dénigre l’image de la jeune fille et de son ouvrage. L’excuse des négationnistes ne tient pas. Ils auront toujours un droit de regard sur ce qui sera dit sur l’oeuvre et sur la personne d’Anne Frank.
Isabelle Attard dénonce une peur des pertes financières qui découleront de la disparition des droits d’auteur. « C’est une question de dizaines de millions d’euros en droits d’auteur. C’est conséquent, bien sûr. Mais l’oeuvre et son message ne méritent-ils pas d’être connus de tous plus largement grâce à l’entrée dans le domaine public ? À l’heure actuelle, les héritiers n’ont même jamais connu de son vivant la jeune fille. Ce serait dommage qu’ils refusent que son oeuvre bénéficie d’une plus large accessibilité au public. »

La polémique. Le texte original hollandais du Journal, paru en 1947, tombe dans le domaine public 70 ans après la mort de la jeune fille au camp de concentration de Bergen-Belsen, en 1945. Mais, pour le fonds Anne Frank, Otto, le père d’Anne, est coauteur du Journal. Comme il n’est mort qu’en 1980, le texte ne tomberait pas dans le domaine public avant 2051…  Le fonds, à Bâle (Suisse), menace même ceux qui voudraient défier l’interdiction, en publiant le Journal, de 1 000 euros par jour de pénalités.

Une aubaine pour la culture…et la mémoire
L’autre argument qu’avance la députée est celui de la création d’emplois dans la culture. « Le passage dans le domaine public permettrait à des metteurs en scène, à des scénaristes, de raconter cette histoire tragique. Cela donne du travail. Et puis, cela engendre beaucoup de richesses, à la fois financières et culturelles. » Et le Journal d’Anne Frank n’est pas le seul ouvrage de cette sombre période de la Shoah concerné :

C’est horrible, mais Mein Kampf tombera, lui aussi, dans le domaine public en cette année 2016. Le Journal d’Anne Frank est la voix qui s’élève contre l’obscurantisme, contre le négationnisme. Pourquoi donner accès aux propos malsains de Mein Kampf et refuser l’accès libre à l’histoire incroyable de cette jeune fille qui a vécu l’enfer de la Shoah puis des camps ? Les gens ont besoin d’y avoir accès librement pour se rappeler d’Anne Frank.
Publié le 1er janvier 2016 sur son site
La députée menace ainsi de publier la version originale du Journal sur son site au 1er janvier. « Je publierai la version du Journal d’Anne Frank de 1947 sur mon site, dès le 1er janvier 2016, le plus tôt possible. Elle sera en Néerlandais pour des raisons de droits d’auteur, car les traducteurs touchent toujours des droits sur leur traduction. Je le fais pour que tout le monde ait accès à ce grand ouvrage. »

Vive Anne Frank, vive le Domaine Public
Isabelle Attard

1 janvier 2016

Aujourd’hui, le journal intime écrit dans un appartement secret d’Amsterdam par cette jeune adolescente juive, allemande puis déchue de sa nationalité, entre enfin, s’élève, dans le Domaine Public. Chaque 1er janvier de nombreux artistes viennent tour à tour enrichir le Domaine Public de leurs œuvres. Cela signifie concrètement que 70 ans après le décès de l’auteur, le monde entier peut utiliser, traduire, interpréter ces œuvres, et se les approprier pour en créer de nouvelles. Cela signifie que leurs renommées n’ont plus de frontières.

Combattre la « privatisation de la connaissance » comme le disait Aaron Swartz est entièrement d’actualité. La création, les contenus, valent de l’or et les Google, Amazon & Co le savent parfaitement. Leur obsession est bien de mettre la main sur la plus grande quantité de contenus et de monnayer l’accès à cette immensité culturelle. Ne soyons pas naïfs au point de croire que cette privatisation est « pour notre bien », et protégeons le Domaine Public en lui donnant une définition positive !

Alors, malgré les trouvailles juridiques du Fonds Anne Frank pour retarder le plus possible ce moment tant attendu, nous pouvons, comme le disait Olivier Ertzscheid, collectivement, « après ces années de cave, d’obscurité, cette obscurité si pesante dans ton journal, chère Anne Frank, avoir l’intelligence de t’offrir enfin la lumière que tu mérites, celle que ton journal mérite, celle de l’espace public. Bienvenue dans la lumière, chère Anne. »

Les fichiers suivants, en néerlandais, sont libres de tout droit d’auteur patrimonial en France. Si vous vous trouvez ailleurs, il vous appartient de vérifier que la législation de votre pays est identique. Vous êtes libres de copier ces fichiers, les modifier, les traduire, les diffuser et même les vendre. Néanmoins, le droit moral de l’auteur est en France perpétuel, imprescriptible et inaliénable. L’auteur jouit donc du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Attention à ne faire qu’un usage respectueux de cette œuvre si importante.

Het Achterhuis – Anne Frank en txt.

La députée Isabelle Attard et un chercheur mettent en ligne le « Journal d’Anne Frank », contre l’avis des ayants droit
Le HuffPost
02/01/2016

CULTURE – Une députée et un universitaire français ont mis en ligne vendredi comme ils l’avaient annoncé « Le Journal d’Anne Frank » dans sa version néerlandaise, estimant que cette oeuvre tombe dans le domaine public le 1er janvier 2016, ce que conteste le Fonds détenant les droits du livre.

« Anne Frank est morte en 1945 (au camp de concentration de Bergen-Belsen), donc au 1er janvier 2016 le Journal doit rentrer dans le domaine public », fait valoir Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur en sciences de l’information.

La législation française, conforme à une directive européenne de 1993, prévoit qu’une oeuvre tombe dans le domaine public le 1er janvier suivant les soixante-dix ans de la mort de son auteur « ou du dernier auteur survivant ».

« Pour ce texte, pour ce témoignage, pour ce qu’il représente (…), je garde la conviction qu’il n’y a pas d’autre combat à mener que celui de sa libération, pas d’autre hommage à rendre que celui de son partage sans limite, pas d’autre place à lui accorder que celle qui lui revient de droit en le laissant s’élever ce jour dans le domaine public », écrit l’enseignant sur son blog en préambule à la publication de l’intégralité du journal.

L’universitaire, qui se décrit comme un « militant, très attaché à une vision positive du domaine public », avait en octobre publié sur son site deux versions françaises du « Journal d’Anne Frank », avant de les retirer en novembre après une mise en demeure du Livre de Poche. Le chercheur rappelle que le 1er janvier 2016 sont entrés dans le domaine public des œuvres antisémites, dont ‘Mein Kampf' » d’Adolf Hitler.

Déjà vendu à plus de 30 millions d’exemplaires

La députée du Calvados Isabelle Attard, membre du groupe écologiste, a également mis en ligne la version néerlandaise de l’oeuvre. « Vive le Journal d’Anne Frank, vive le Domaine public », écrit-elle dans son blog, soutenant que « combattre la ‘privatisation de la connaissance’ est entièrement d’actualité ».

Dès l’annonce de ces publications, le Fonds Anne Frank avait demandé par courrier à Olivier Ertzscheid et Isabelle Attard de renoncer à la mise en ligne, de rectifier leurs déclarations, et les a menacés de poursuites judiciaires. Créé par le père de la jeune fille, Otto Frank, le Fonds, installé à Bâle (Suise), est propriétaire des droits de ce phénomène d’édition, traduit dans 70 langues et vendu à plus de 30 millions d’exemplaires.

Selon lui, le Journal est une oeuvre posthume, pour laquelle la durée du droit exclusif est de cinquante années à compter de la date de publication. Le texte dans sa version intégrale publiée en 1986 serait donc protégé jusqu’en 2037 au moins.

« Le ‘Journal d’Anne Frank’, écrit par la jeune fille juive de 13 ans entre juin 1942 et août 1944 alors qu’elle se cachait avec sa famille à Amsterdam, a été publié pour la première fois en néerlandais par son père en 1947 qui en a supprimé des passages.

Voir aussi:

 « Mein Kampf » de Hitler est tombé dans le domaine public
Metronews

02-01-2016

INQUIETUDES – Depuis le 1er janvier, l’édition et la publication de « Mein Kampf » d’Adolf Hitler sont désormais libres. Cette perspective nourrit de vives inquiétudes en Europe, même s’il est déjà très simple de se procurer le livre fondateur du IIIe Reich.

Soixante-dix ans après la mort d’un auteur, les droits de ses œuvres tombent dans le domaine public. Le pamphlet antisémite d’Adolf Hitler, Mein Kampf, n’échappe pas à la règle. Détenus par l’Etat de la Bavière, qui les avait reçus des forces d’occupation américaines, les droits de ce texte rédigé en 1924 et 1925 sont devenus propriété universelle. En théorie, n’importe quel éditeur peut, depuis ce vendredi 1er janvier, publier l’ouvrage.

Dans les faits, l’ouvrage est déjà abondamment diffusé dans certains pays et largement accessible en ligne. « On trouve Mein Kampf dans au moins vingt versions sur Internet », précise à RFI le journaliste Sven Kellerhoff, qui vient de finir un livre sur l’histoire de Mein Kampf. Mais la possibilité de rééditer l’ouvrage fondateur du IIIe Reich suscite de nombreuses inquiétudes en Europe.

Faut-il l’interdire ?

« Le danger est très grand que ce ‘torchon’ soit encore davantage mis à disposition sur le marché », s’alarme le président de la communauté juive d’Allemagne, Josef Schuster, interrogé par l’AFP. Selon lui, »l’ouvrage de propagande antisémite devrait rester interdit ». Au risque de contribuer à en faire un mythe, comme le pense le journaliste Sven Kellerhoff ?

En Allemagne, la publication du texte brut restera interdite, sous peine de poursuites pour incitation à la haine raciale. Mais des rééditions commentées et contextualisées seront désormais possibles. Et c’est l’Institut d’Histoire contemporaine de Munich (IFZ) qui va mettre la toute première réédition de Mein Kampf à la disposition du public allemand le 8 janvier prochain. Une première, soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le texte du dictateur nazi et ses 3.500 annotations seront édités en deux volumes, pour un total de 1.948 pages, vendus au prix de 59 euros.

Fayard va le publier en France

L’idée est de « déconstruire et mettre en contexte les écrits de Hitler : comment sont nées ses thèses ? Quels objectifs avait-il ? Et surtout : que pouvons-nous opposer avec nos connaissances d’aujourd’hui aux innombrables affirmations, mensonges et déclarations d’intention d’Hitler? » se justifie l’institut.

En France, c’est la maison d’édition Fayard qui devrait publier en 2016 une version commentée de « Mon combat » (le titre en français) dans une nouvelle traduction. « Fayard prendra bien sûr toutes les précautions nécessaires à la republication de ce livre », avait tenu à rassurer l’éditeur, interrogé par metronews. « Le comité scientifique est en cours de constitution. Il sera composé d’historiens français et étrangers et proposera une importante critique ». « Une catastrophe », a déploré le Conseil représentatif des institutions juives (Crif), Roger Cukierman, qui s’inquiète de voir le brûlot devenir « un livre de chevet ».

Voir également:

EUROPE

Italie: le musée du Capitole habille ses statues dénudées pour la visite de l’Iranien Rohani

France 24

27/01/2016

Lors de sa visite au musée du Capitole de Rome lundi 25 janvier, le président iranien Hassan Rohani n’a vu aucune des statues dénudées, dissimulées derrière des paravents. Une initiative du musée qui a fait polémique dans la péninsule.

Autocensure trop zélée ou protocole diplomatique ? À l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rohani, lundi 25 janvier, le célèbre musée du Capitole à Rome a dissimulé toutes ses statues dénudées derrière des paravents en bois. Une initiative  prise par respect pour la culture et la sensibilité de l’Iran.

Selon des sources iraniennes, citées par le Corriere della Sera, les Vénus aux seins nus et autre Éros en tenue d’Adam n’auraient pas obtenu l’aval d’une inspection préalable de la délégation diplomatique iranienne. Une information démentie mercredi 27 janvier par le président iranien lui-même qui a assuré que Téhéran n’a jamais contacté Rome à ce sujet, ni donné d’instruction en ce sens. Pour autant, il dit avoir « apprécié l’accueil qui lui a été réservé » en Italie. “Les Italiens sont très accueillants, ce sont des gens qui font le maximum pour mettre leurs invités à l’aise et je les remercie pour cela”, a-t-il declaré.

En accueillant son hôte lundi dans ce site prestigieux où de nombreux accords ont été signés, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, avait mis l’accent sur la richesse historique des deux pays, assurant qu’ils avaient en commun d’être « deux superpuissances de la beauté et de la culture ».

« Che vergogna ! »

L' »attention » du musée italien en a surpris, voire agacé plus d’un. Le ministre de la Culture lui-même, Dario Franceschini, a jugé cette initiative « incompréhensible », précisant que ni lui, ni le Premier ministre ne l’ont autorisée. « Je pense qu’on aurait facilement pu trouver d’autres solutions pour ne pas offenser un important visiteur étranger plutôt que de faire ce choix incompréhensible de recouvrir les statues », a-t-il déclaré à la presse mercredi.

Certaines personnalités politiques avaient dénoncé une « soumission culturelle », tandis que de nombreux titres de presse avaient également affiché leur colère.  Dans un tweet mardi, le quotidien de gauche L’espresso a déclaré : « Quelle honte d’avoir couvert les statues du Capitole pour la visite de Rohani ».

Le journal libéral Il foglio a lui titré sur « L’Italie met des burqas à ses statues », tandis que le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord a dénoncé un « énième acte de soumission à une culture qui ne nous appartient pas. Le gouvernement semble avoir honte de nos racines et de notre histoire. Faut-il mettre le hijab aussi aux œuvres d’art au nom de l’intégration ? »

Cette indignation a fait sourire les Radicaux: « Il y a seulement sept mois, toujours ‘par respect’, les affiches de l’exposition de Tamara de Lempicka ont été couvertes pour la visite du pape dans notre ville laïque de Turin. Personne ne s’en était scandalisé ».

L’Italie met de l’eau dans son vin

Toujours par « respect » et pour ménager la sensibilité de son hôte, l’Italie a également accepté de bannir le vin d’un déjeuner avec le président Sergio Matterella, et d’un dîner avec Matteo Renzi, la consommation d’alcool étant prohibé par l’islam.

Si l’Italie a accepté de mettre de l’eau dans son vin, la France s’était de son côté montrée plus intransigeante sur son patrimoine culturel spiritueux. Le 17 novembre, Hassan Rohani devait être reçu par François Hollande – une visite finalement repoussée au jeudi 28 janvier à cause des attentats de Paris. Mais lorsque le protocole s’agitait encore dans l’ombre début novembre pour organiser la rencontre, l’Iran avait demandé un menu halal et la suppression des bouteilles d’alcool à table.

La France avait indiqué qu’elle n’accèderait pas à cette requête, l’usage voulant qu’une sélection de vins français soit proposée au cours de repas officiels organisés à l’Élysée. L’idée d’un petit déjeuner avait alors été évoquée, mais rejetée par Téhéran. Finalement, deux mois après, il semblerait que tout repas ait été écarté. Hassan Rohani sera reçu à l’Élysée par François Hollande et Laurent Fabius à …15 heures, pas même à l’heure du goûter.

EUROPE

Le président iranien en visite en Italie, les entreprises se mobilisent
France 24

26/01/2016

Neuf jours après la levée des sanctions contre l’Iran, le président Hassan Rohani effectue sa première visite en Europe, où d’importants contrats commerciaux devraient être signés. Arrivé lundi en Italie, il est attendu en France cette semaine.

Le président iranien, Hassan Rohani, est arrivé lundi 25 janvier en Italie pour sa première visite officielle en Europe, symboliquement très importante puisqu’elle intervient après la levée des sanctions internationales contre la République islamique, le 16 janvier.

Cette venue du numéro un iranien sera axée en grande partie sur l’économie, alors que de nombreuses entreprises européennes cherchent à revenir ou s’implanter en Iran. « Atterri à Rome. Impatient de renforcer les liens bilatéraux et d’explorer les opportunités pour un engagement constructif », a écrit Rohani à la mi-journée sur son compte Twitter.

Reçu pour un déjeuner de travail par son homologue italien, Sergio Mattarella, avant une rencontre et un dîner avec le chef du gouvernement Matteo Renzi en soirée, le président iranien doit aussi s’entretenir mardi matin avec le pape François.

« L’Italie, premier partenaire de l’Iran »

« L’Italie était le premier partenaire économique et commercial de l’Iran avant les sanctions », et entend retrouver cette place, avait souligné il y a quelques mois la ministre italienne du Développement économique, Federica Guidi. Avant l’entrée en vigueur des sanctions, les échanges entre l’Italie et l’Iran s’élevaient à 7 milliards d’euros. Ils sont actuellement de quelque 1,6 milliard, dont 1,2 milliard d’exportations italiennes.

Selon la presse locale, les repas sont possibles parce que les Italiens ont accédé à la demande des Iraniens de ne pas mettre d’alcool sur la table. Lors de la suite de son voyage mercredi en France, Rohani n’a en revanche aucun repas de travail prévu avec les autorités.

Tous les Européens cherchent en effet à placer leurs pions pour tenter de reconquérir le terrain perdu au profit de la Russie et des pays émergents comme la Chine et la Turquie. Ils sont avantagés par rapport aux Américains, car Washington – qui n’a plus de relations diplomatiques depuis 35 ans avec Téhéran – va maintenir des sanctions dans le secteur pétrolier contre toute entreprise soupçonnée de financer le terrorisme.

Airbus décroche un contrat

Dans la course aux contrats, Airbus a été le plus rapide : le ministre iranien des Transports a annoncé samedi que l’Iran allait acheter 114 avions. Rohani doit signer cet accord mercredi à Paris. Il s’agit de la première annonce commerciale d’envergure depuis la levée des sanctions, le 16 janvier, avec l’entrée en vigueur de l’accord historique sur le nucléaire.

L’aéronautique représente un secteur clé pour les Européens car l’Iran, peuplé de près de 79 millions d’habitants, doit renouveler sa flotte vieillissante, notamment de la compagnie nationale Iran Air.

Ce nouveau climat d’entente inquiète cependant les opposants à la peine de mort, un sujet sur lequel l’Italie est d’ordinaire en pointe. Une manifestation est prévue mardi pour rappeler que selon l’ONU, l’Iran a exécuté au moins 700 condamnés en 2015.

Avec AFP

Le nombre d’exécutions bondit en Iran
dépêche de presse du 28 octobre 2015 – Associated Press – AP

Peine de mort.org

(Associated Press) Le nombre d’exécutions en Iran connaît une croissance «exponentielle» depuis 2005 et pourrait atteindre un millier cette année, en raison de la répression lancée contre les narcotrafiquants, a prévenu mercredi un enquêteur des Nations Unies.

Ahmed Shaheed indique dans un rapport présenté à l’Assemblée générale et remis aux médias que l’Iran exécute plus de gens par habitant que n’importe quel autre pays du monde.

Il ajoute que la majorité de ces exécutions contreviennent au droit international, qui interdit le recours à la peine capitale pour les mineurs et les crimes non violents. Il demande à l’Iran d’adopter un moratoire sur la peine de mort dans ces dossiers et de la réserver uniquement aux «crimes les plus graves», où on peut démontrer une intention de tuer qui se solde par un décès.

M. Shaheed, l’enquêteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, a déclaré que le «nombre estomaquant de 753 exécutions» effectuées par l’Iran en 2014 – un sommet – sera surpassé cette année.

Au moins 694 personnes auraient été pendues pendant les sept premiers mois de 2015 et plusieurs organisations de défense des droits de la personne témoignent maintenant de plus de 800 exécutions pendant les dix premiers mois de l’année. Des dizaines d’autres personnes attendent un sort similaire, a dit M. Shaheed.

Il estime que le rythme des exécutions est «alarmant» et déclare que «l’Iran est possiblement sur le bon chemin pour surpasser 1000 (exécutions) d’ici la fin de l’année».

M. Shaheed a dit que 69 % des exécutions pendant les six premiers mois de 2015 étaient reliées au trafic de la drogue, ce qui témoigne d’une hausse de la toxicomanie au pays.

Il a aussi dénoncé le recours de l’Iran à l’isolement et à la torture pour obtenir des aveux; la criminalisation de la liberté d’expression; l’arrestation d’une cinquantaine de journalistes depuis le début de l’année; et les châtiments imposés aux individus qui discutent du gouvernement et des droits de la personne sur les réseaux sociaux.

M. Shaheed indique toutefois que son rapport est «légèrement plus optimiste» que le précédent, puisqu’il a été en mesure de rencontrer différents responsables iraniens et que Téhéran semblait plus ouvert au dialogue cette fois-ci.

Pourquoi Le Journal d’Anne Frank ne sera libre qu’en 2050
Mathilde Doiezie
Le Figaro
14/10/2015

INTERVIEW – Le célèbre ouvrage devait tomber dans le domaine public en 2016, ce que constestent ses ayants droit. Le Figaro a interrogé Camille Bauer, spécialiste du droit de la propriété intellectuelle, afin de faire le point sur une controverse qui enflamme les réseaux sociaux.

Le 6 octobre, le Fonds Anne Frank de Bâle rappelait dans un communiqué, transmis à Livres Hebdo, que Le Journal d’Anne Frank ne sera pas libre de droit au 1er janvier 2016, comme les règles générales du droit d’auteur pouvaient le laisser penser, 70 ans après la mort d’Anne Frank.

«Si Anne Frank est décédée en mars 1945, les différentes versions de son journal restent pourtant soumises à protection en France, comme dans de nombreux autres pays, et donc à autorisation préalable du Fonds Anne Frank», écrivaient ainsi ses ayants droit.

Pour quelles raisons? Le Fonds Anne Frank utilise deux arguments: la première version du Journal, publiée en 1947, a été co-écrite par Otto Frank, mort en 1980 ; la seconde, parue en 1980, bénéficie encore du régime particulier des œuvres posthumes. Les écrits d’Anne Frank ne devraient alors entrer dans le domaine public qu’en 2050 pour le premier cas, en 2030 pour le second.

Cette annonce a créé une vive polémique dans le milieu de l’édition. Notamment parce que les ayants droit ont déjà vendu plus de 30 millions d’exemplaires du Journal d’Anne Frank. Le 8 octobre, l’enseignant chercheur Olivier Ertzscheid a publié les deux versions de l’ouvrage sur le site de Rue89, afin de remettre en question cette décision et de permettre la mise en place d’un débat constructif sur la question. Me Camille Bauer, avocate spécialiste du droit de la propriété intellectuelle, répond aux questions du Figaro.

LE FIGARO. – Le fonds Anne Frank a signifié la semaine dernière que Le Journal d’Anne Frank ne sera pas libre de droit au 1er janvier 2016, comme prévu initialement, en mentionnant divers arguments juridiques pour repousser cette date. Est-ce une tentative courante de la part des ayants droit?

Camille BAUER. – Il ne faut pas banaliser ce comportement, mais oui, cela se pratique. Quand on a une source de revenu importante pour une œuvre connaissant une certaine notoriété, des ayants droit peuvent avoir le souhait de proroger cette période de protection des droits. Souvent, ce sont aussi les éditeurs- qui se partagent les droits avec l’auteur – qui font ressortir un nouvel ouvrage agrémenté de commentaires ou d’une nouvelle traduction, ceci afin de faire courir plus longtemps le délai de prescription. Ça s’est notamment pratiqué avec des versions modernes d’ouvrages d’auteurs anciens pourtant tombés dans le domaine public. On retrouve ces deux éléments avec Le Journal d’Anne Frank: les ayants droit souhaitent proroger leurs droits au maximum et deux versions coexistent, probablement pour prolonger encore ces droits.

Le fonds Anne Frank avance le report des droits en raison de la qualité de co-auteur d’Otto Frank sur la première version du Journal, paru en 1947. Qu’est-ce que cela signifie au niveau juridique?

Deux sortes de règles s’appliquent en matière de droit d’auteur. Les droits patrimoniaux d’abord, qui sont pécuniaires et sont perçus en France et en Europe, à quelques différences près, sur une durée de 70 ans après la mort de l’auteur. Le droit moral ensuite, qui précise que l’auteur jouit du respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Un droit perpétuel, inaliénable et imprescriptible, néanmoins transmissible aux héritiers à la mort de l’auteur.

Dans le cas du Journal d’Anne Frank, l’affaire relève de l’interprétation des règles du droit patrimonial. Comme souvent, le sujet est de savoir à partir de quand la date de prescription s’impose. À partir de la mort d’Anne Frank en 1945, ce qui signifierait que son Journal tomberait effectivement dans le domaine public le 1er janvier 2016? Or sur la première version publiée, son père a été crédité en tant que co-auteur. Lui étant décédé en 1980, cela repousse les droits de cette version jusqu’en 2050.

Qu’en est-il pour la version parue en 1980?

Cette version est considérée comme une œuvre à part entière, générant des droits patrimoniaux nouveaux. Néanmoins, en sa qualité d’oeuvre posthume – parue après la mort d’Anne Frank – elle n’est protégée que durant 50 ans. Elle devrait donc tomber dans le domaine public en 2030.

Est-il possible de contredire les revendications du fonds Anne Frank? Notamment en ce qui concerne le rôle de co-auteur d’Otto Frank?

On peut effectivement s’interroger sur sa qualité de co-auteur, qui repousse les droits de la première version du Journal d’Anne Frank aux 70 ans après sa mort. Est-il co-auteur ou ne l’est-il pas? Le fonds revendique que l’œuvre est composite. Mais cela peut paraître contestable sur le plan juridique, étant donné qu’il n’a, a priori, fait que des coupes et allégé l’ouvrage dans un souci éditorial.

Certains avancent que les ayants droit chercheraient également à repousser la date de protection, par crainte que des négationnistes ou des révisionnistes ne s’emparent de l’œuvre pour la modifier. Est-ce une réelle menace?

C’est une crainte qui serait peu fondée. La famille peut toujours attaquer pour violation du droit du respect de l’œuvre. Elle a un droit de regard sur le bien-fondé de l’utilisation du Journal. Dans le cas d’attaques négationnistes, les ayants droit peuvent aussi poursuivre pour incitation à la haine raciale. La protection au titre du droit moral leur donne déjà des garanties, pas besoin du droit patrimonial pour ça.

À quoi peut s’attendre Olivier Ertzscheid, l’enseignant chercheur qui a publié les deux versions du Journal d’Anne Frank sur le site de Rue89?

Les droits confèrent un monopole à l’éditeur. Si on viole les droits de l’éditeur en la diffusant gratuitement par exemple, on est dans l’illégalité. Ce chercheur risquerait d’être poursuivi pour violation des droits, à l’intiative de l’éditeur et de la famille. Il s’expose à une condamnation pour dommages et intérêts ainsi qu’à une interdiction de publication.

Ces dommages et intérêts pourraient néanmoins être symboliques dans ce cas. Il était conscient de l’illégalité de son geste. C’était un acte à la fois de provocation – à l’intention des ayants droit – et d’hommage – à Anne Frank. Un moyen d’ouvrir le débat sur cet ouvrage dont on reporte la date d’entrée dans le domaine public. Or il estime que son rayonnement serait plus large si Le Journal d’Anne Frank pouvait être exploité librement, par exemple avec des adaptations en film, en bande dessinée… Un acte de résistance en somme dont il assume les risques.

Chère Anne Frank

Olivier Ertzscheid

07 oct 2015

Bon ben voilà. On dirait que je suis le gars qui a mis un gros bordel sur les internets. Ce billet – et ceux des camarades qui m’ont suivi – est repris un peu partout, Anne Franck a passé la journée en Trending Topic sur Twitter – ben oui … Les articles de presse tombent, Mediapart, Arrêt sur Images, 20 minutes, probablement Libé bientôt et probablement d’autres. Un salut particulier à l’équipe de Rue89 et à Xavier De La Porte qui ont reproduit mon texte et proposent également les deux fichiers illégaux sur leur site.

Beaucoup de choses sont en train de se dire et de s’écrire. Certaines sont justes et peuvent être discutées (elles le méritent), d’autres sont uniquement des réactions épidermiques – c’est le jeu – en mode « c’est un scandale / salaud ! » ou « quelle attitude courageuse ». Ce n’est bien sûr ni l’un, ni l’autre.

Le but premier de ce billet était de porter cette question (le domaine public, les ayants droits) sur la place publique. Là au moins … c’est fait.

Je vais couper toute connexion jusqu’à ce week-end et reviendrai dimanche soir ou Lundi sur ce blog pour répondre aux arguments de ceux qui me reprochent de l’avoir fait et expliquer plus en détail pourquoi je l’ai fait.

En attendant un merci sincère pour les nombreux messages de soutien que je reçois depuis ce matin (par mail, en commentaire, par téléphone ou sur Twitter), un merci tout aussi sincère à celles et ceux qui ont choisi de s’associer à cette initiative en étant tout aussi conscients que moi des risques qu’ils prenaient, en en prenant parfois davantage, a fortiori lorsqu’il s’agit de journaux, d’acteurs ou d’institutions publiques (oui oui, des bibliothèques proposent ces fichiers sur leurs sites).

Je précise juste deux choses :

je ne suis pas « un blogueur » qui a mis en ligne ces 2 fichiers. Je suis un universitaire qui depuis 15 ans réfléchit sur les problématiques de l’accès ouvert, qui connaît les modèles de l’édition, qui sans être juriste a, disons, un avis relativement étayé sur les questions juridiques sous-jacentes, qui a lui même été édité, à touché des droits d’auteur, a aussi choisi parfois de ne pas en toucher. Je connais et bosse régulièrement avec des auteurs, des éditeurs, des traducteurs. Je sais de quoi leur quotidien est fait. Je sais combien il est pour certains difficile. Je suis aussi un enseignant à l’université qui chaque année, forme – ou déforme … – une grosse centaine d’étudiants sur les questions et les enjeux du numérique, des droits d’auteurs, de la circulation et de la mise à disposition des savoirs et des connaissances. Le fait de clamer ainsi d’être un « universitaire » n’ajoute ou n’enlève rien à ma démarche, ni ne la justifie d’aucune manière, mais elle est tout de même une manière de rappeler que cet acte illégal dont je me suis rendu coupable a été accompli en parfaite connaissance de cause, mais qu’il ne l’a pas uniquement été sur un coup de tête ou un énervement passager et qu’il s’inscrit dans le cadre de la réflexion et de l’analyse que je m’efforce de mener depuis 15 sur ces questions, et sur un autre risque, le risque, tout aussi considérable, qu’il y aurait eu, une nouvelle fois, à ne rien faire.

Je suis aussi un « militant », et oui, il n’est pas totalement infondé d’assimiler mon acte d’hier soir à celui des faucheurs volontaires, comme cela a souvent été fait sur Twitter. J’ai publiquement et sous mon vrai nom rendu accessibles des fichiers illégaux que n’importe qui peut récupérer en tapant simplement le nom d’Anne Frank sur Google suivi du mot clé « pdf » ou « epub ». Le fait de le faire publiquement n’a pas pour seule vocation de faciliter le travail de la justice pour remonter jusqu’à moi. Il est un nouvel épisode de cette « guerilla » qu’Aaron Schwartz appelait de ses voeux dans son manifeste :
« Nous avons besoin de récolter l’information où qu’elle soit stockée, d’en faire des copies et de la partager avec le monde. Nous devons nous emparer du domaine public et l’ajouter aux archives. Nous devons acheter des bases de données secrètes et les mettre sur le Web. Nous devons télécharger des revues scientifiques et les poster sur des réseaux de partage de fichiers. Nous devons mener le combat de la guérilla pour le libre accès.

Lorsque nous serons assez nombreux de par le monde, nous n’enverrons pas seulement un puissant message d’opposition à la privatisation de la connaissance  : nous ferons en sorte que cette privatisation appartienne au passé. Serez-vous des nôtres  ? »

Bon week-end. Bonne lecture. Et à bientôt pour d’autres nouvelles.

Dix questions sur l’authenticité du journal d’Anne Frank

Il existe un nombre important d’informations fiables concernant Anne Frank et son journal. Mais il arrive à l’occasion que via Internet ou ailleurs des mensonges soient colportés à propos du journal. On peut lire dans des livres et des brochures qui circulent que le journal est un faux, qu’il a été rédigé par d’autres qu’anne Frank. Certains sites web même affirment que des passages du journal ont été écrits au stylo à bille. La Maison d’anne Frank attaque régulièrement en justice ceux qui remettent en cause l’authenticité (la véracité) du journal, et ceci avec succès. Ceux qui néanmoins tombent sur ces mensonges à propos du journal trouveront sur ces pages web, sous forme de questions et de réponses, les principaux faits concernant l’authenticité du journal.

Une arrière-pensée politique

Il convient de placer les attaques contre le journal dans une perspective plus large. Ceux qui ont affirmé ou affirment que le journal est un faux sont sur une arrière-pensée politique. En général, ils nient l’holocauste. Ou bien ils tentent de démontrer qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz à Auschwitz et que le nombre de six millions de Juifs exterminés durant la Seconde Guerre mondiale est démesurément exagéré. Le journal d’anne Frank constitue un document très important sur l’holocauste et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale Anne Frank est devenue progressivement le symbole le plus connu, de par le monde, de la persécution des Juifs. Les personnes ou les organisations qui nient ou minimisent l’holocauste essaient de par- là même de disculper et de réhabiliter le système national-socialiste. Ou bien elles tentent, en semant le doute sur le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, de saper les fondements mêmes sur lesquels se base l’existence de l’état d’israël. À la télévision et sur Internet La diffusion de matériel remettant en cause l’authenticité du journal d’anne Frank et niant aussi fréquemment l’holocauste est heureusement, en Europe et en Amérique du Nord, uniquement l’œuvre de quelques personnes. Il n’existe pas d’hommes de sciences dignes de ce nom qui doutent que l’holocauste ait eu lieu ou que le journal d’anne Frank ait vraiment été écrit par elle. Cependant, au Moyen-Orient le négationnisme est devenu de plus en plus souvent une arme dans la lutte contre Israël, et des contrevérités sur l’holocauste sont colportées ouvertement et à grande échelle à la télévision et sur Internet. Bien des enfants au Moyen-Orient apprennent à l’école que le journal d’anne Frank est un faux. Au moyen de la télévision par satellite, ces mensonges s’infiltrent aussi dans le monde occidental. De plus, les diffuseurs de matériel négationniste ou remettant en cause le journal d’anne Frank se voient offrir par Internet une diffusion particulièrement large de leurs idées. C’est pourquoi la Maison d’anne Frank se propose d’user de plusieurs moyens et par conséquent de son site web également pour infirmer les contrevérités émises sur le journal d’anne Frank.

2 Dix questions sur l’authenticité du journal d’anne Frank : 1. En quoi consiste exactement l’héritage d’Anne Frank? 2. Quelles ont été les recherches effectuées sur l’authenticité du journal? 3. D’où provenaient soudain les cinq nouvelles pages du journal? 4. On dit parfois qu’il existe aussi dans le journal des notes faites au stylo à bille. Est-ce exact? 5. Quelles sont les personnes et les organisations qui affirment que le journal d’anne Frank est un faux? 6. Pourquoi ne peut-on affirmer que le journal est un faux? La liberté d’expression existe tout de même? 7. Qu’a fait Otto Frank contre les attaques mettant en cause l’authenticité du journal? 8. Qu’a fait la Maison d’anne Frank contre les attaques mettant en cause l’authenticité du journal? 9. Pour quelle raison prend-on si peu de mesures contre les sites Internet qui nient l’holocauste ou qui mettent en doute l’authenticité du journal? 10. Où puis-je trouver davantage d’informations sur le négationnisme? 1. En quoi consiste exactement l’héritage d’anne Frank? Le 12 juin 1942, Anne Frank fête son treizième anniversaire. Elle reçoit entre autres un cahier de poésies : un album pour ainsi dire carré avec une couverture dure à carreaux rouges-blancs-verts. C’est dans cet album qu’elle va tenir son journal. Son premier journal se termine le 5 décembre 1942. Son deuxième cahier, un cahier d’écolier qui a été conservé, débute le 22 décembre 1943 et se poursuit jusqu’au 17 avril 1944. Il est extrêmement improbable qu’anne Frank n’ait pas tenu de journal entre décembre 1942 et décembre 1943 : nous devons admettre que cette partie a dû se perdre. Son troisième et dernier journal, également un cahier d’écolier, débute le 17 avril 1944 et prend fin le 1 er août 1944. 2007 Anne Frank Stichting 2

3 En plus de son journal, Anne écrivit aussi dans un grand cahier de caisse les « Contes d’anne Frank ». Et elle remplit de citations un petit livre de caisse de forme allongée : le « Livre de belles phrases ». Tous deux ont été conservés. Deux versions Les journaux d’anne Frank décrivent à partir du mois de juin 1942 d’une façon poignante les heurs et malheurs des huit clandestins juifs de l’annexe située au Prinsengracht, à Amsterdam. Anne Frank a elle-même réécrit dans l’annexe ses notes de journal, en vue d’une éventuelle publication après la guerre. Et ce, sur des feuilles de papier pelure, les fameuses « feuilles volantes ». C’est sur ces feuilles volantes qu’elle trie et réécrit ses précédentes notes de journal ; elle remanie des textes, assemble parfois sous une seule date des notes rédigées à des dates différentes et dans certains cas en raccourcit d’autres considérablement. C’est ainsi que naît de sa main une deuxième version, dans laquelle sont également décrites les vicissitudes de décembre 1942 à décembre 1943. Les feuilles volantes ont été conservées ; les dernières notes datent du 29 mars 1944. Si la première version du journal n’a donc pas été entièrement gardée, la deuxième partie est restée inachevée. Publication Afin de susciter l’intérêt d’un éditeur pour Het Achterhuis (L’Annexe, ainsi qu’anne Frank avait intitulé sa deuxième version), Otto Frank fait dactylographier durant l’automne 1945 des passages des notes du journal. Il supprime certains fragments, en déplace d’autres et apporte quelques corrections. C’est ainsi que prend forme un tapuscrit, toutefois le livre n’existe pas encore. À la demande d’otto Frank, son ami Albert Cauvern réalise ensuite un second tapuscrit. Avec l’autorisation d’otto Frank, Cauvern change entre autres les noms de neuf des treize clandestins et protecteurs de l’annexe en leur donnant des pseudonymes qu’anne elle-même a imaginés en vue d’une éventuelle publication. Les deux textes dactylographiés ont été conservés. Enfin, un rédacteur de la maison d’édition Contact est le troisième à se pencher sur le texte : en corrigeant les fautes de frappe et en harmonisant le manuscrit avec les « règles internes » de la maison d’édition. Le tout a pour résultat la première publication néerlandaise de Het Achterhuis en juin 1947. Trois versions en un seul volume Otto Frank meurt le 19 août 1980. Il lègue par testament tous les écrits de sa fille à l’état néerlandais. Les autorités néerlandaises remettent alors la gestion des écrits à l’institut national de documentation sur la guerre (RIOD, par la suite Institut néerlandais de documentation sur la guerre NIOD). En 1986, le NIOD publie les trois versions du journal mentionnées ci-dessus les notes originales du journal qui ont été conservées, la version réécrite par Anne Frank elle-même et l’édition composée par Otto Frank et parue en 1947 aux éditions Contact le tout en un seul volume intitulé De Dagboeken van Anne Frank (Les Journaux d’anne Frank). 2007 Anne Frank Stichting 3

4 L’original du journal d’anne Frank ainsi que plusieurs écrits de sa main sont exposés depuis 1986 dans la Maison d’anne Frank. 2. Quelles ont été les recherches effectuées sur l’authenticité du journal? Face aux accusations lancées continuellement à l’encontre du journal d’anne Frank dans les années soixante et soixante-dix, un certain nombre de recherches ont été effectuées en partie à l’initiative d’otto Frank sur l’authenticité du journal. Les recherches les plus vastes menées dans la première moitié des années quatre-vingt sont celles du Laboratoire judiciaire de l’institut néerlandais de médecine légale, et ce, à la demande de l’institut national de documentation sur la guerre. Les résultats des recherches du Laboratoire judiciaire ont été consignés dans un rapport de plus de 250 pages. La majeure partie de ce rapport porte sur les résultats d’une analyse graphologique approfondie. Cependant, le Laboratoire judiciaire a également étudié les documents d’un point de vue technique. Un résumé du rapport du Laboratoire judiciaire de 65 pages a été inclus dans les Dagboeken van Anne Frank, c’est-àdire dans l’édition critique qu’a publiée le NIOD en 1986. La totalité du rapport est disponible pour les chercheurs. Le NIOD conclut : «( ) Le rapport du Laboratoire judiciaire (Gerechtelijk Laboratorium) a établi de façon probante que les deux versions du journal d’anne Frank ont bien été écrites par elle dans les années 1942-1944. Les allégations selon lesquelles elles auraient été écrites (après la guerre ou non) par une autres personne, ont trouvé ainsi une réfutation décisive.» (Les Journaux d’anne Frank. Édition intégrale, 1988, p. 207.) Recherches allemandes Les recherches du Laboratoire judiciaire effectuées sur l’authenticité du journal dans les années quatre-vingt avaient été précédées par d’autres. En 1959, les écrits d’anne Frank avaient été étudiés par des graphologues en Allemagne en vue d’un procès intenté par Otto Frank. En mars 1960, les graphologues de Hambourg parvinrent, dans un rapport de 131 pages, à la conclusion que toutes les notes contenues dans les journaux, les feuilles volantes mais aussi toutes les corrections et tous les ajouts étaient « identiques » à l’écriture d’anne Frank. Le rapport concluait également que les feuilles volantes n’avaient pas été écrites avant les trois cahiers. Enfin, ils tirèrent la conclusion que «le texte paru en traduction allemande sous le titre de Das Tagebuch der Anne Frank [devait] être considéré comme conforme à l’original en ce qui concerne le contenu et les idées.» (Les Journaux d’anne Frank. Édition intégrale, 1989, p. 109.) C’est aussi en 1980 qu’eurent lieu des recherches très limitées – en Allemagne, en vue d’une procédure juridique, effectuées cette fois-ci par le Bundeskriminalamt (BKA) de Wiesbaden. Le BKA parvint à la conclusion que tous les types de papier et toutes les sortes d’encre utilisés avaient été fabriqués avant 1950 et qu’ils avaient donc pu servir dans les années de guerre. 2007 Anne Frank Stichting 4

5 3. D’où provenaient soudain les cinq nouvelles pages du journal? En 1998, cinq pages jusqu’alors inconnues du journal d’anne Frank refirent surface. Il s’agissait de cinq feuilles volantes qu’otto Frank avait déjà écartées avant la publication du journal en 1947. Elles furent rendues publiques par Cor Suyk, un ancien collaborateur de la Maison d’anne Frank. Cor Suyk fit savoir qu’otto Frank lui avait confié les cinq feuilles. Il vendit les feuilles volantes à l’état néerlandais et celles-ci furent ensuite ajoutées au journal, qui est géré par l’institut néerlandais de documentation sur la guerre (NIOD). Les cinq feuilles furent insérées pour la première fois intégralement dans la cinquième édition des Dagboeken van Anne Frank (l’édition critique, 2001). Selon toute vraisemblance, Otto Frank n’a pas voulu rendre publics ces fragments du journal de sa fille étant donné qu’ils contenaient des observations quelque peu pénibles d’anne Frank sur son mariage et sur sa première femme morte à Auschwitz. Avec une probabilité quasi certaine Le NIOD chargea le Laboratoire judiciaire qui durant la première moitié des années quatre-vingt avait effectué des recherches approfondies sur l’authenticité du journal d’étudier également ces cinq feuilles volantes. A l’issue des recherches sur l’aspect technique des documents et de fait d’une étude graphologique, le Laboratoire judiciaire conclut que «( ) l’écriture figurant sur le matériel à étudier d’une part et sur le matériel de référence constitué par des feuilles volantes du journal d’anne Frank d’autre part, sont avec une probabilité quasi certaine de la même main.» (De Dagboeken van Anne Frank, cinquième édition, 2001, p. 213.) 4. On dit parfois qu’il existe aussi dans le journal des notes faites au stylo à bille. Est-ce exact? Non, ce n’est pas exact. Toutes les notes du journal ont été écrites avec diverses sortes d’encre et de crayon (de couleur), pas au stylo à bille. Les recherches portant sur l’aspect technique des documents effectués par le Laboratoire judiciaire démontrent que la majeure partie du journal et des feuilles volantes a été écrite au stylo à encre bleu gris. Par ailleurs, Anne a utilisé pour ses notes de l’encre rouge diluée, un crayon de couleur vert et rouge et un crayon noir ; mais pas de stylo à bille. Néanmoins on peut encore lire régulièrement, entre autres sur les sites web d’extrême droite, que des passages du journal d’anne Frank ont été écrits au stylo à bille. C’est avec raillerie que les auteurs de ces sites parlent de « la fille au stylo à bille A. Frank », tout en expliquant que ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le stylo à bille est devenu populaire en Europe. La conclusion qui s’impose dans ces accusations, c’est que les textes figurant dans le journal n’ont pas pu être écrits par Anne Frank elle-même. 2007 Anne Frank Stichting 5

6 Feuilles de notes L' »histoire du stylo à bille » remonte au rapport de quatre pages que le Bundeskriminalamt (BKA) de Wiesbaden publia en 1980. Ces recherches sur les types de papier et les sortes d’encre utilisés dans les journaux d’anne Frank mentionnent des « corrections au stylo à bille » apportées sur quelques feuilles volantes. Le BKA avait été chargé de signaler tous les textes figurant dans le journal. Les analyses du Laboratoire judiciaire néerlandais (au milieu des années quatre-vingt) montrent cependant que l’écriture au stylo à bille n’a été trouvée que sur deux feuilles de note volantes rédigées précédemment par des chercheurs et que ces notes ne sont d’aucune importance quant au contenu même du journal. Elles y ont été de toute évidence glissées par la suite. De plus, les chercheurs du Laboratoire judiciaire concluent que l’écriture sur ces deux feuilles de note diffère « dans une très large mesure » de celle figurant dans le journal. La publication du NIOD a inclus des photos de ces feuilles de note volantes (voir : De Dagboeken van Anne Frank, cinquième édition, 2001, p. 193 et 195). En 1987, monsieur Ockelmann, de Hambourg, fit savoir dans une lettre que c’était sa mère qui avait écrit les feuilles de note en question. Madame Ockelmann avait fait partie de l’équipe qui vers 1960 avait effectué une analyse graphologique des écrits d’anne Frank. L’histoire fait son chemin Bref, l' »histoire du stylo à bille » est simple à infirmer. La formulation négligente ou en tout cas susceptible à plusieurs interprétations du rapport du BKA de 1980 un rapport qui au demeurant n’apporte nullement atteinte à l’authenticité du journal a commencé à faire son chemin dans les milieux d’extrême droite. L’histoire du stylo à bille repose sur le simple fait que vers 1960 deux feuilles de note écrites au stylo à bille se sont glissées parmi les feuilles originales. Ces textes ont été écrits par une graphologue et n’ont été inclus dans aucune édition du journal (à l’exception de l’édition critique, où figurent les photos de ces feuilles de note). En juillet 2006, le BKA a jugé nécessaire de déclarer dans un communiqué de presse que l’analyse réalisée en 1980 ne peut être utilisée pour mettre en doute l’authenticité du journal. 5. Quelles sont les personnes et les organisations qui affirment que le journal d’anne Frank est un faux? Abstraction faite de quelques originaux égarés, toutes les personnes (et groupes de personnes) qui affirment, en ayant toutes leurs facultés, que le journal ou des passages du journal d’anne Frank sont un faux appartiennent à la catégorie des négationnistes. En attaquant le journal, elles tentent de semer le doute quant à la réalité de l’holocauste. Et ce, en affirmant qu’il n’y a pas eu six millions de Juifs assassinés durant la Seconde Guerre mondiale et que les nationaux-socialistes n’ont pas construit de chambres à gaz. Ce sont des individus qui ont une arrièrepensée politique : en niant l’holocauste, elles essaient de démonter ou du moins de rendre plausible que le national-socialisme était (et est) un système bien 2007 Anne Frank Stichting 6

7 moins pernicieux qu’on ne le pense. Elles essaient de gagner par-là de nouveaux adeptes à l’idéologie nazie. Comme le journal d’anne Frank représente de par le monde une introduction accessible à l’holocauste et qu’il est souvent utilisé dans les écoles, il constitue une cible de choix pour ces anciens et nouveaux nazis. Arguments pseudo-scientifiques Les négationnistes – ceux donc qui nient l’holocauste sont de tout poil. Certains se drapent d’un manteau scientifique : ils se qualifient de révisionnistes ou révisionnistes historiques (le révisionnisme signifie : aspiration à la révision). Avec des arguments pseudo-scientifiques, ils essaient de revoir l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. L’un des écrits révisionnistes les plus traduits et les plus propagés sur le journal d’anne Frank est la « thèse » du scientifique français Robert Faurisson, publiée en 1978 sous le titre de Le Journal d’anne Frank est-il authentique? Faurisson a été condamné à plusieurs reprises en France à des peines de prison avec ou sans sursis et à payer des amendes pour avoir nié l’existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale et pour incitation à la discrimination et à la haine raciale. « Propagande sioniste » Le négationnisme n’est pas le fait uniquement du monde occidental, mais aussi et ces dernières années à un degré croissant du Moyen Orient. Dans cette région, il constitue surtout une arme contre l’état d’israël. Le fait de semer le doute quant au sort des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale mais aussi de nier l’authenticité du journal d’anne Frank a lieu en première instance pour « démontrer » que l’holocauste n’est que de la « propagande sioniste ». On essaie ainsi de saper les fondements mêmes sur lesquels se base l’existence de l’etat d’israël. En Iran, le négationnisme est même l’idéologie officielle de l’état, mais dans le monde arabe aussi et à un degré croissant en Turquie également les négationnistes sont présentés dans les médias comme des scientifiques sérieux. Il convient de remarquer que de nombreux écrits révisionnistes qui circulent au Moyen Orient (que ce soit ou non sur Internet) sont de fabrication européenne ou américaine. 6. Pourquoi ne peut-on affirmer que le journal est un faux? La liberté d’expression existe tout de même? La liberté d’expression est un droit fondamental important dans toute société démocratique. Ce droit signifie que tout citoyen est libre d’exprimer en public toutes sortes d’idées, d’opinions et de points de vue, sans censure préalable. Cependant, la liberté d’expression ne signifie pas pour autant que quiconque peut impunément tout dire ou tout proclamer en public. Comme tous les autres droits fondamentaux, la liberté d’expression est sujette à des limites qui ne peuvent être transgressées. L’incitation à la haine, au meurtre ou à la violence et la diffamation par exemple tombent sous le coup de la loi. La diffusion de contrevérités manifestes sur le journal d’anne Frank n’est pas seulement 2007 Anne Frank Stichting 7

8 extrêmement offensante pour les proches parents, c’est également discriminatoire et blessant pour toutes les victimes de l’holocauste et leurs parents. Est-ce que ça tombe sous le coup de la loi? C’est seulement une fois l’opinion exprimée publiquement que le juge peut évaluer si celle-ci tombe sous le coup de la loi. Sur ce point, les États-Unis et les pays membres de l’union européenne ont des traditions divergentes. Aux États- Unis, on ne sera pas prompt à fixer des limites à la liberté d’expression. Ce n’est pas un hasard si le Premier article de la Constitution américaine stipule que le législateur ne peut promulguer des lois qui limitent inutilement cette liberté. En Europe par contre, on aura tendance à limiter la liberté d’expression si le droit à la protection contre la discrimination est en cause. Si le négationnisme ne tombe pas sous le coup de la loi aux États-Unis, en revanche l’allemagne, la France et plusieurs autres pays européens connaissent des lois qui pénalisent la diffusion de mensonges sur « Auschwitz » – et par conséquent aussi les mensonges propagés sur le journal d’anne Frank. C’est ce qui explique pourquoi un nombre considérable de livres et de sites web remettant en cause le journal d’anne Frank proviennent des États-Unis. 7. Qu’a fait Otto Frank contre les attaques mettant en cause l’authenticité du journal? Dès la fin des années cinquante jusqu’à sa mort en 1980, Otto Frank s’est élevé en paroles et en écrits, mais aussi en intervenant en justice contre les attaques remettant en cause l’authenticité du journal. Les premières accusations contre le journal parurent en 1957 et 1958 dans d’obscures revues suédoises et norvégiennes. Il y était notamment affirmé que le journaliste et romancier américain Myer Levin était l’auteur du journal. Levin s’était proposé de faire aux États-Unis une adaptation du journal au théâtre et au cinéma, mais n’avait pas rencontré le soutien d’otto Frank dans cette entreprise. La presse eut connaissance du conflit entre Meyer Levin et Otto Frank et ce conflit fut ensuite utilisé par des radicaux de droite comme argument pour mettre en doute l’authenticité du journal. On ignore si Otto Frank eut vent de ces premières attaques contre le journal ; le fait est qu’il n’a pas porté plainte. Lothar Stielau et Heinrich Buddeberg À trois reprises, Otto Frank attaqua en justice plusieurs personnes qui avaient affirmé que le journal de sa fille était un faux. Début 1959, il déposa plainte contre le professeur allemand Lothar Stielau (professeur d’anglais à Lübeck et membre du parti radical de droite Deutsche Reichspartei) pour diffamation, injure, outrage et atteinte à la mémoire d’une personne décédée et pour propos antisémites. Celui-ci avait écrit dans un journal d’école : «Les faux journaux d’eva Braun, de la reine d’angleterre et celui, à peine plus authentique, d’anne Frank ont sans doute rapporté quelques millions aux profiteurs de la défaite 2007 Anne Frank Stichting 8

9 d’allemagne, mais ont en revanche exacerbé notre sensibilité à ces sortes de choses.» La plainte déposée par Otto Frank visait également Heinrich Buddeberg, membre du même parti que Stielau, qui avait pris la défense de ce dernier dans une lettre ouverte au journal Lübecker Nachrichten. À l’issue d’une ample et sérieuse analyse graphologique sur l’authenticité des manuscrits d’anne Frank, le tribunal régional de Lübeck reconnut l’authenticité du journal et déclara la plainte d’otto Frank fondée. Stielau et Buddeberg rétractèrent leurs accusations en raison de l’enquête préliminaire et la procédure judiciaire fut clôturée. L’enquête et l’audition des témoins les avaient convaincus de l’authenticité du journal. Ils firent part de leurs regrets d’avoir tenu leurs propos sans avoir tenté d’étudier la question. Là-dessus, Otto Frank accepta une transaction, ce qu’il regretta par la suite : «Si j’avais su qu’il y a des gens pour qui un compromis, dans cette affaire, ne constitue pas une preuve suffisante, j’aurais mené le procès a son terme.» (Les Journaux d’anne Frank. Édition intégrale, 1989, p. 112.) Heinz Roth En 1976, Otto Frank engagea devant le tribunal régional de Francfort une procédure en référé contre Heinz Roth, originaire de la ville d’odenhausen, en Allemagne. Par le biais de sa propre maison d’édition, Roth propageait une multitude de brochures et de tracts néonazis intitulés notamment : Anne Frank’s Tagebuch eine Fälschung et Anne Frank’s Tagebuch Der Grosse Schwindel. Au bout de deux ans, le tribunal jugea que Roth serait passible de 500.000 marks allemands d’amende (environ 250.000) ou de six mois de prison au maximum s’il publiait à nouveau ce genre d’écrits. Ayant fait appel, Roth produisit le rapport du scientifique français Robert Faurisson, mais ce rapport non plus ne put convaincre le tribunal allemand. L’appel de Roth fut rejeté en 1979. Bien que mort en 1978, il y eut pourvoi en cassation auprès de la Cour fédérale allemande qui renvoya l’affaire en 1980 à la Cour de Francfort au motif que Roth n’avait pas eu suffisamment l’occasion d’étayer ses affirmations ; il aurait dû au cas où l’affaire serait révisée se voir offrir la possibilité de le faire. Le fait que le prévenu était mort depuis deux ans déjà ne joua manifestement aucun rôle dans ce verdict ; l’affaire ne fut finalement jamais examinée par le tribunal de Francfort. Ernst Römer et Edgar Geiss Le troisième procès allemand auquel prit part Otto Frank (en tant que coplaignant) se déroula de 1976 à 1993. Tout commença lorsqu’ernst Römer, à l’issue des représentations de la pièce « Le journal d’anne Frank », distribua des tracts ayant pour titre « Best-Seller ein Schwindel ». Le Ministère public décida de poursuivre Römer et par la suite également Edgar Geiss, qui partageait ses idées et qui distribuait au tribunal les mêmes tracts. Les deux affaires furent jointes. Römer et Geiss furent condamnés à respectivement 1.500 marks d’amende (environ 750) et six mois d’emprisonnement. Ils firent appel. Si l’affaire en appel traîna si longtemps, c’est surtout parce qu’une enquête fut tout d’abord ouverte par le Bundeskriminalamt et qu’il fut ensuite décidé d’attendre la traduction en allemand des Dagboeken van Anne Frank (l’édition critique). Celleci parut en 1988 et put ainsi servir de pièce à conviction. En raison de son âge 2007 Anne Frank Stichting 9

10 avancé, Römer décida de renoncer à faire appel et Geiss se retrouva seul. L’un des moyens de sa défense atteint son but : en Allemagne la diffusion d’écrits diffamatoires bénéficie d’un délai de prescription relativement court. L’affaire fut classée pour prescription. 8. Qu’a fait la Maison d’anne Frank contre les attaques mettant en cause l’authenticité du journal? La Maison d’anne Frank s’est, elle aussi, élevée en paroles et en écrits et dans un certain nombre de cas également par des moyens juridiques contre les remises en cause de l’authenticité du journal. Libre examen historique En 1976, la La Maison d’anne Frank intervint dans la procédure en référé qu’otto Frank avait engagée contre Heinz Roth devant le tribunal régional de Francfort (voir question précédente). De même, après la mort d’otto Frank survenue en 1980, la Maison d’anne Frank s’est employée à lutter contre la diffusion de mensonges blessants sur le journal. Avec d’autres organisations, elle a engagé des procédures judiciaires contre la maison de vente par correspondance Vrij Historisch Onderzoek (Libre examen historique VHO), l’un des plus grands distributeurs dans les pays de langue néerlandaise de matériel négationniste et remettant en cause l’authenticité du journal d’anne Frank. Établie à Anvers (Belgique), la VHO diffusait depuis 1985 la traduction néerlandaise du rapport de Robert Faurisson intitulé Le Journal d’anne Frank est-il authentique? et publia en 1991 le livret Le « Journal » d’anne Frank : une approche critique. Ce livret contenait le rapport de Faurisson et une introduction de l’éditeur de la VHO, Siegfried Verbeke. Il était surtout envoyé à des bibliothèques et à des personnes privées aux Pays-Bas sans qu’elles en aient fait, ni les unes ni les autres, la demande. Procédure civile La Maison d’anne Frank et l’anne Frank Fonds Bâle décidèrent d’agir de concert et engagèrent une procédure civile contre Verbeke, Faurisson et la Vrij Historisch Onderzoek. L’Anne Frank Fonds Bâle et la Maison d’anne Frank sollicitèrent une interdiction de la diffusion du livret aux Pays-Bas sous peine d’une astreinte de 25.000 florins. Le tribunal de grande instance d’amsterdam donna gain de cause aux requérants en décembre 1998 et admit les demandes, une décision qui en 2000 fut confirmée en appel. D’autres procédures judiciaires ont été entreprises depuis 1992 contre la Vrij Historisch Onderzoek et Siegfried Verbeke, qui via Internet ont considérablement élargi leur champ d’activités. 2007 Anne Frank Stichting 10

11 9. Pour quelle raison prend-on si peu de mesures contre les sites Internet qui nient l’holocauste ou qui mettent en doute l’authenticité du journal? L’authenticité du journal d’anne Frank a surtout été mise en doute, durant la dernière décennie du siècle précédent, par le biais de livrets, de tracts et de brochures d’obscures maisons d’édition nazies. La très grande majorité de ces écrits n’a pas atteint ou pratiquement pas atteint la grande masse des lecteurs. L’arrivée d’internet a offert des possibilités considérables aux diffuseurs de matériel négationniste. Quiconque tape sur un moteur de recherche « Anne Frank » n’obtiendra pas seulement toutes sortes de sites web fournissant de bonnes et solides informations, mais pourra aussi être confronté à des sites diffusant des mensonges et des contrevérités sur le journal. Et en tapant le mot « Holocauste », on tombera rapidement sur des sites révisionnistes. Sur ce point, Internet n’est pas seulement une magnifique et incroyablement grande bibliothèque, mais aussi un amas de fumier. La lutte juridique : pas si simple La lutte contre le négationnisme sur Internet en est encore à ses premiers balbutiements. Tout comme d’ailleurs la lutte contre les « sites de haine » (des sites incitant à la haine et à la violence envers les minorités), le cyberterrorisme/criminalité ou la diffusion de pornographie infantile par le biais du net. Il est difficile de dire quelle est la manière la meilleure et la plus efficace de lutter contre la diffusion du négationnisme et de mensonges sur le journal d’anne Frank sur Internet. En raison notamment du caractère transfrontalier d’internet, la lutte juridique n’est pas simple. Ainsi, afin d’éviter l’intervention de la justice, certains groupuscules révisionnistes et néonazis cherchent-ils un fournisseur d’accès en dehors de l’europe. Pour ce qui est de la lutte juridique contre la diffamation, les États-Unis connaissent en effet une autre tradition, ce qui a pour conséquences que le négationnisme n’entraîne pas rapidement des poursuites en justice. Cependant, un certain nombre de sites analysant en profondeur les « arguments » des négationnistes (voir également la dernière question) ont été créés et sont régulièrement mis à jour aux États-Unis. Avec faits, chiffres et documents à l’appui, ces sites réfutent les mensonges colportés dans les rapports révisionnistes. Et ce, en partant du principe que les faits sont le seul et le meilleur remède contre la diffusion de contrevérités. 10. Où puis-je trouver davantage d’informations sur le négationnisme? Il existe un certain nombre de livres et de sites web offrant de solides informations sur le négationnisme et les négationnistes. Quiconque veut en savoir davantage sur ce sujet peut consulter l’un des titres mentionnés cidessous au centre de documentation de la Maison d’anne Frank ou visiter l’un des sites web mentionnés ci-dessous. 2007 Anne Frank Stichting 11

12 Articles: Barnouw, David Mises en cause de l’authenticité du journal. Dans: Les journaux d’anne Frank / Institut national néerlandais pour la documentation de guerre ; introd. de Harry Paape, Gerrold van der Stroom et David Barnouw ; texte établi par David Barnouw et Gerrold van der Stroom ; trad. du néerlandais par Philippe Noble et Isabelle Rosselin-Bobulesco. – Paris : Calmann-Lévy, 1989. P. 105-125. Livres: Brayard, Florent Le génocide des Juifs entre procès et histoire, 1943-2000 / sous la dir. de Florent Brayard ; textes de Florent Brayard… [et al.]. – Bruxelles : Éditions Complexe [etc.], cop. 2000. (Collection « Histoire du Temps Présent »). Brayard, Florent Comment l’idée vint à M. Rassinier : naissance du révisionnisme / Florent Brayard ; préf. de Pierre Vidal-Naquet. – [Paris] : Fayard, 1996. Finkielkraut, Alain L’avenir d’une négation : réflexion sur la question du génocide / Alain Finkielkraut. – Paris : Seuil, 1982. (Fiction & Cie). Igounet, Valérie Histoire du négationnisme en France / Valérie Igounet. – Paris : Seuil, 2000. – 693 p. Janover, Louis Nuit et brouillard du révisionisme / Louis Janover. – Parijs : Méditerranée, 1996. – (Les pieds dans le plat). Vidal-Naquet, Pierre Les assassins de la mémoire : « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme / Pierre Vidal-Naquet. – Paris : Découverte, 1987. – (Cahiers libres). Wellers, Georges Les chambres à gaz ont existé : des documents, des témoignages, des chiffres / Georges Wellers. – [Paris] : Gallimard, 1981. – (Collection Témoins). Sites web: The Nizkor Project: Deceit and Misrepresentation: The Techniques of Holocaust Denial English language website that discusses the techniques of Holocaust denial. Includes a FAQ section and details the denial of science, the toxicity of hydrogen cyanide, misrepresentation of the Holocaust, and fabrications concerning the Holocaust. http://www.nizkor.org/features/techniques-of-denial 2007 Anne Frank Stichting 12

13 MEMRI: The Middle East Media Research Institute English language website that that offers information on holocaust denial in the Middle East. http://www.memri.org/ Holocaust Denial on Trial: Truth Triumphs in 2000 Historical Court Victory David Irving, a British writer, sued American professor and author Deborah Lipstadt and her British publisher, Penguin Books Ltd., for libel in a trial that took place in London, England, in 2000. Lipstadt is the author of the book « Denying the Holocaust – the Growing Assault on Truth and Memory, » which was published by Penguin Books Ltd. The judge found in favor of the defendants. Transcripts, testimony, and news articles in English relating to the trial are available online. Emory University and the Institute for Jewish Studies present the information. http://www.holocaustdenialontrial.org/ 2007 Anne Frank Stichting 13

Le Journal d’Anne Frank : Les falsifications de Faurisson
Didier Daeninckx
Publié originellement dans Amnistia.net-Les enquêtes interdites, no 81, 19 mars 2007

Préambule
Robert Faurisson (à dr.) et Pierre Guillaume au palais de justice de Paris.
Le 12 mars 2007, la 17e Chambre correctionnelle de Paris consacrait ses audiences du matin et de l’après-midi à l’examen de la plainte pour diffamation déposée par le négationniste Robert Faurisson à l’encontre de l’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, lui réclamant 15 000 euros de dommages et intérêts. L’ancien ministre de la Justice, lors d’un débat sur la chaîne Arte, avait déclaré que Robert Faurisson s’était vu condamner pour falsification historique. Techniquement parlant, cela était inexact, le délit de « falsification historique » n’existant pas. Cependant une dizaine de témoins sont venus à la barre pour démontrer que les déclarations, les écrits négationnistes reposent sur des méthodes connues de falsification, de mensonge et que les nombreuses condamnations prononcées contre Robert Faurisson, tant en France qu’à l’étranger, se basent sur la dénonciation de ces techniques de manipulation, de ces procédés de faussaire. Il ne s’agissait donc pas, juridiquement parlé, de « diffamation », compte tenu du caractère patent des falsifications faurissoniennes. Didier Daeninckx était l’un des témoins appelés par Robert Badinter, afin de traiter la façon dont Robert Faurisson présente frauduleusement Le Journal d’Anne Frank. Le site web Amnistia.net, aujourd’hui indisponible, avait publié un résumé de son intervention à la barre accompagné de documents. Didier Daeninckx a autorisé PHDN a reproduire ce texte. Le découpage et les intertitres ont été adaptés par PHDN pour cette version.

Introduction
Portrait d’Anne Frank en 1941
La première fois que j’ai lu le texte de Robert Faurisson « Le Journal d’Anne Frank est-il authentique ? », j’ai été véritablement déstabilisé. La minutie avec laquelle l’auteur démontait la thèse de la véracité du journal, la variété des démonstrations, tout semblait apparemment inattaquable tellement les arguments étaient assénés avec autorité. Il m’a fallu reprendre l’argumentation de Robert Faurisson page par page, argument par argument, pour m’apercevoir que la force de conviction de ce texte reposait sur des méthodes de falsification, sur des procédés de faussaire: absence de citations de sources, noms de témoins passés sous silence, citations inexactes, traductions biaisées, rétention d’informations essentielles au jugement du lecteur, affirmations sans fondements, suppositions tenant lieu de démonstrations. Nous sommes bien là face à une démarche empreinte de « légèreté », de « négligence », « d’ignorance délibérée », de « mensonges ».

Je voudrais donner quatre exemples de la manière dont Robert Faurisson détourne l’attention du lecteur :

La démonstration sur les bruits dans l’Annexe
L’expertise d’un procès de négateurs allemands du Journal
Les différentes écritures d’Anne Frank
La mention des “chambres à gaz” par Anne Frank

1. Les bruits dans l’Annexe
Une page du Journal
Il s’agit là de la première page du texte de Robert Faurisson où il tente d’établir que les descriptions attribuées à Anne Frank ne sont pas réalistes et il en tire la conclusion que la famille Frank n’a pu vivre dans l’Annexe, cet appartement secret dissimulé dans l’entreprise que le père d’Anne Frank dirigeait avant-guerre à Amsterdam.

Robert Faurisson débusque tous les passages où Anne Frank décrit la vie, les bruits, les rires, les disputes pour tenter de prouver que toute cette activité aurait alerté les magasiniers travaillant dans l’entrepôt situé sous l’appartement dissimulé. Faurisson écrit par exemple en ouverture de sa « démonstration » :

« Il est donc invraisemblable et même inconcevable que Mme Van Daan ait pour habitude tude de passer l’aspirateur chaque jour à 12 heures 30 (5 août 1943). Les aspirateurs de l’époque étaient, de plus, particulièrement bruyants. Je demande: ‘Comment cela est-il concevable?’ Ma question n’est pas de pure forme. Elle n’est pas oratoire. Elle n’a pas pour but de manifester un étonnement. Ma question est une question. Il faut y répondre. »
Le problème, c’est que Robert Faurisson connaît la réponse à sa question: il suffit pour cela de lire le texte d’Anne Frank du 5 août 1943 en commençant par le début et non pas en la tronçonnant comme le fait Faurisson. Voici ce qu’écrit Anne Frank :

« Aujourd’hui, nous passons à la pause des bureaux. Il est 12 heures trente. Toute la bande respire. Au moins Van Maaren, l’homme au passé obscur, et de Kök, sont rentrés chez eux. En haut, on entend les coups étouffés de l’aspirateur qui passe sur le beau et d’ailleurs unique tapis de ‘madame’. »
Robert Faurisson prend, dès le début de sa soit-disante démonstration, le soin de châtrer le texte, de l’amputer, afin d’imposer sa vision des choses au lecteur alors qu’Anne Frank dit explicitement que les gens dangereux ont quitté leur poste de travail et que les emmurés vivants peuvent enfin relâcher le contrôle de leurs moindres gestes.

De la même manière, Robert Faurisson insiste sur le fait qu’Anne Frank parle de « cris interminables » en date du 6 décembre 1943. Une lecture précise du texte auquel Faurisson se réfère permet de constater qu’il n’existe pas les mots « cris interminables » ce qui est une invention pure et simple de Robert Faurisson. Anne Frank parle « d’éclats de rire interminables ». Mais ce que Robert Faurisson gomme délibérément pour les besoins de sa démonstration, c’est qu’Anne Frank relate une scène se déroulant la veille au soir, soit le dimanche 5 décembre, jour où les magasiniers sont absents.

Un nouvel exemple de falsification de Robert Faurisson. Dès la première page de son article, il prend appui sur cette lettre du 9 novembre 1942 pour souligner que les clandestins font énormément de bruit, ce qui aurait dû alerter les ouvriers travaillant dans le magasin situé au rez-de-chaussée de la maison. Pour les besoins de sa démonstration, Robert Faurisson ne mentionne pas une phrase capitale écrite par Anne Frank et placée entre parenthèses : « Dieu merci, il n’y avait là que des initiés ». CQFD.
Robert Faurisson évoque également le 9 novembre 1942 quand un sac de haricots rouges se déchire provoquant « un fracas de jugement dernier ». Il coupe la phrase pour que n’apparaisse pas cette réflexion d’Anne Frank : « Dieu merci, il n’y avait là que des initiés », c’est-à-dire des gens au courant de la présence des clandestins.

Ce sont là des méthodes de faussaire.

2. L’expertise
Robert Faurisson consacre de nombreuses pages au procès intenté par Otto Frank, le père d’Anne Frank, en 1960 à Stielau, un négateur allemand du Journal d’Anne Frank. Robert Faurisson prétend qu’une expertise de Mme Hübner, favorable à l’accusé, aurait été annulée d’autorité par le procureur de Lübeck. En fait, il est avéré en consultant les archives allemandes que ce sont les avocats de l’accusé qui ont récusé l’expert.

Robert Faurisson n’en poursuit pas moins sur sa lancée en imaginant ce que ce rapport d’expertise pourrait contenir. Cela donne :

« D’après le peu d’éléments que je possède sur le contenu de ce rapport d’expertise, ce dernier FERAIT état d’une grande quantité de faits intéressants au point de vue de la comparaison des textes […] Elle PARLERAIT de texte remanié […] Elle IRAIT par ailleurs jusqu’à nommer des personnes […] Ces personnes SERAIENT… Mme Hübner AURAIT…. »
Cette inflation de conditionnels permet, aux yeux d’un lecteur pressé, d’établir la réalité du complot dont seraient victimes les personnes qui osent s’attaquer au « mythe » du Journal d’Anne Frank. Et sur les bases de cette méthode de journalisme de pacotille, Robert Faurisson n’hésite pas à franchir un nouveau pas en accusant Otto Frank, le père d’Anne Frank, d’avoir acheté le silence des accusés. Qu’en est-il ?

Le procès Stielau n’est pas allé à son terme. Le 17 octobre 1961, à l’initiative du procureur de Lübeck, un accord amiable intervenait entre Otto Frank et Stielau. Ce dernier reconnaissait par écrit que ses attaques étaient sans fondement, qu’il avait été convaincu par les travaux des experts et il s’engageait à payer 1 000 DM de frais de justice sur les 15 000 DM afférents à la procédure, l’État apurant la différence.

Sans vérification des sources, sans aucune autre preuve que sa volonté de nuire, Robert Faurisson écrit :

« Je suppose que M. Frank a versé au tribunal de Lübeck ces 1 000 Marks et qu’il a ajouté à cette somme 14 712 Marks pour sa propre part. »
Ce sont là des méthodes de faussaire.

3. Les deux écritures
Robert Faurisson juxtapose deux textes d’Anne Frank écrits avec deux écritures dissemblables et en tire la conclusion qu’il s’agit de faux…

En conclusion de son article, Robert Faurisson donne à voir le fac-similé de deux textes écrits de la main d’Anne Frank.

Un premier en écriture en cursive d’apparence maîtrisée qui date du 12 juin 1942 signé Anne Frank. Un autre en écriture script d’apparence enfantine et datée lui du 10 octobre 1942, c’est-à-dire quatre mois plus tard, également signé Anne Frank.

Cette juxtaposition conduit le lecteur à conclure qu’une adolescente ne peut avoir deux formes d’écriture aussi éloignées l’une de l’autre et que le modèle le plus immature soit postérieur au modèle affirmé. Il y a donc supercherie. Ce montage est un des éléments qui permet à Robert Faurisson d’affirmer en conclusion de son étude que sa « conviction personnelle est que cette œuvre émane de M. Frank, même si je pense qu’à raison de deux lettres par jour, il lui a suffi de trois mois pour mettre sur pied le premier état de son affabulation maladroite ».

Pour conclure, Faurisson assène : « La vérité m’oblige à dire que le Journal d’Anne Frank n’est qu’une simple supercherie littéraire. »

…Il lui aurait suffi de consulter les manuscrits originaux pour constater qu’Anne Frank, à la même page de son Journal, utilisait indifféremment ces deux écritures, comme nombre d’adolescents. Leur appartenance à une seule et même personnes a été définitivement établie par les expertises judiciaires de 1985

Bien entendu, Robert Faurisson s’est bien gardé de consulter des spécialistes de l’écriture enfantine ou adolescente, sinon il aurait appris que l’alternance d’écriture script et cursive est un phénomène sinon habituel au moins courant chez les sujets adolescents en phase d’affirmation de la personnalité. Des études portant sur des échantillons de journaux intimes de cette classe d’âge ont montré jusqu’à 15 % d’exemples se rapprochant du cas d’Anne Frank.

Le Laboratoire Judiciaire de l’État néerlandais a de son côté procédé à une analyse rigoureuse de chaque page du Journal: étude des encres, du papier, des reliures, des colles, examen graphologique minutieux. Des cartes postales, des lettres, envoyées par Anne Frank en 1942 et 1943 ont complété la masse des documents soumis à vérification.

La conclusion est sans appel :

« Les écritures figurant sur les feuilles volantes, les écritures figurant sur les Journaux 1 et 2, les écritures figurant sur les échantillons supplémentaires (cartes postales, enveloppes, lettres) peuvent être attribuées au même scripteur avec une probabilité confinant à la certitude ».
D’ailleurs, Robert Faurisson le savait bien avant ces analyses qui le confondent : en plaçant côte à côte les deux documents en fac-similé, en les choisissant soigneusement pour que l’écriture d’apparence enfantine soit postérieure de quatre mois à l’écriture cursive, il se trahit, il en fait trop.

Il suffit en effet de consulter l’original du Journal d’Anne Frank pour constater qu’il n’est point besoin de confronter des textes distants de plusieurs mois. En effet, les deux écritures COHABITENT sur la même page, à la même date. Ce que ne dit pas Faurisson, c’est que le même jour, Anne Frank pouvait utiliser alternativement l’écriture script et l’écriture cursive, ce dont témoignent des dizaines de documents.

Nous sommes là encore face aux méthodes d’un faussaire en histoire.

4. Les chambres à gaz
Dans son article, Robert Faurisson, qui maîtrise l’allemand et le néerlandais, affirme qu’Anne Frank parle de « chambres à gaz » à la date du 9 octobre 1942. Robert Faurisson a pourtant eu connaissance du texte originale puisqu’il met entre parenthèses le mot « vergassing » comme si c’était le mot hollandais pour désigner les chambres à gaz. Si on se réfère à l’édition originale du Journal on trouve cette rédaction de la plume d’Anne Frank :

Lors de ma première lecture du texte de Robert Faurisson, l’argument qui m’avait le plus ébranlé est celui concernant les chambres à gaz. Robert Faurisson écrit qu’« Il ne faudrait pas attribuer à l’imagination de l’auteur ou à la richesse de sa personnalité des choses qui sont, en réalité, inconcevables ». Il souligne à l’appui de son avis que « Le 9 octobre 1942, Anne parle déjà de ‘chambre à gaz’ (texte hollandais : “vergassing”)! »

On sait que les informations sur cet instrument du meurtre de masse n’interviendront que près de deux années plus tard, et qu’il est rigoureusement impossible qu’Anne Frank ait pu percer un secret aussi protégé que celui-là. La radio anglaise sera extrêmement prudente et ne divulguera l’existence des chambres à gaz qu’après de nombreuses vérifications. En lisant cette citation mise sous la plume d’Anne Frank, je me suis dit que si Faurisson avait raison sur ce point, il emportait tout.

Je me suis reporté à l’édition courante en français, une traduction de 1950 publiée par Calmann-Lévy, et, effectivement, les mots « chambre à gaz » figuraient au cœur du texte du 9 octobre 1942. Ce qu’avançait Faurisson avait donc une réalité.

Dans ce cas, la première question que l’on se pose, que l’on soit scientifique ou non, est de savoir si les termes figurent dans l’édition originale ainsi que sur les manuscrits. Je me suis donc procuré cette version originale en néerlandais adossée de manière rigoureuse sur les manuscrits et expertisée par l’Institut national néerlandais pour la documentation de guerre.

Le texte des Journaux 1 et 2 écrits par Anne Frank est identique :

« De Engelse radio spreekt van vergassing ».
C’est-à-dire littéralement : « La radio anglaise parle de… vergassing ».

La traduction publiée en France en 1950 est donc fautive. L’existence des chambres à gaz étant avérée à l’époque de l’établissement du texte en français, le traducteur a sollicité la lettre du Journal en pensant en fortifier l’esprit. Robert Faurisson ne l’ignore pas, mais il fait comme si Anne Frank avait supervisé l’édition française de son Journal cinq ans après sa mort dans les camps nazis. Il écrit en effet qu’Anne Frank (et non la radio anglaise) « parle déjà de ‘chambre à gaz’ » ! Il prend soin d’ajouter le terme « vergassing » entre parenthèses pour faire avaler à ses lecteurs dont la connaissance de la langue néerlandaise est, on peut le penser, réduite, le fait qu’Anne Frank aurait écrit le terme néerlandais correspondant à « chambre à gaz ».

Selon Robert Faurisson qui maîtrise parfaitement l’allemand et le néerlandais comme le prouve son travail millimétrique sur les moindres différences entre la traduction allemande du Journal et l’original, le mot « vergassing » doit donc être traduit par « chambre à gaz ».

Il suffit de consulter le dictionnaire de référence de langue néerlandaise pour traduire le mot « vergassing » et réduire à néant la falsification de Faurisson. Le verbe « vergassen » signifie « tuer ou assassiner par le gaz » sans qu’il soit question de « chambre à gaz ».
Je me suis donc procuré auprès de l’Université de Gand la définition donnée par le Van Dalle, dictionnaire de référence pour la langue néerlandaise, au verbe « vergassen » dont « vergassing » est une déclinaison.

Voici cette définition: « Vergassen: 2) met gas doden of uitmoorden » Ce que l’on peut traduire par : « donner la mort par le gaz », « tuer au moyen du gaz », « gazer ».

Anne Frank n’a donc jamais écrit les mots « chambre à gaz », il s’agit là d’une faute de traduction de la version française dont Robert Faurisson se sert de façon délibérée pour forger une falsification historique. Faurisson sait pertinemment qu’en néerlandais, « chambre à gaz » se dit « gaskamer », formé des mots « gas » pour « gaz » et « kamer » pour « chambre ». Et pour accentuer son avantage supposé, basé sur la fausseté, Robert Faurisson prétend qu’une étude des émissions de la radio anglaise et de la radio hollandaise, de juin 1942 à août 1944, arriverait à prouver une supercherie de la part de l’auteur réel du journal, sous-entendu Otto Frank.

Cette étude, que Robert Faurisson s’est, bien entendu, abstenu d’entreprendre, a été faite par l’Institut néerlandais, et elle lui apporte une fois encore un démenti cinglant : à partir de juin 1942, la BBC évoque des massacres au moyen du gaz. Le 9 juillet 1942, par exemple, le bulletin de six heures du soir donne l’information suivante : « On massacre régulièrement des juifs à la mitrailleuse, à la grenade et même au gaz ». Anne Frank, qui écoutait régulièrement la BBC et les émissions en néerlandais diffusées depuis Londres, était donc informée des « gazages » en cours à l’Est de l’Allemagne. Le mot « vergassing » terrorisait la population juive de Hollande qui fut décimée à près de 90 %. Mais Anne Frank ignora, jusqu’à sa déportation le moyen utilisé par ces gazages : la « chambre à gaz ».

5. Faurisson imposteur
Dans son article publié en 1980 dans le livre de Serge Thion, “Vérité historique ou vérité politique?” (éditions de la Vieille Taupe), Robert Faurisson prétend qu’un témoin miraculeux lui aurait fait des révélations sur les circonstances de l’arrestation de la famille Frank, à Amsterdam. Il ne peut, prétend-il, divulguer le nom de ce témoin dont le nom figure dans une enveloppe cachetée à entête de l’Université Lyon 2. Le fac-similé est placé en annexe du livre.

En août 1978, cette enveloppe mystérieuse a été produite (et non son contenu) devant le tribunal de Hambourg qui jugeait Ernst Römer, un négateur allemand.

Trente ans plus tard, Robert Faurisson s’est fait plus que discret sur cet épisode et plus personne n’a jamais entendu parler du témoin secret1, au point que ce fac-similé a disparu des éditions postérieures du texte de Faurisson, particulièrement la traduction néerlandaise.

Ce que Robert Faurisson ne pouvait deviner, c’est que cette enveloppe l’accuse aujourd’hui. Il y a effectivement porté, de sa main, en 1978, la mention “Rapport du Professeur Faurisson sur le Journal d’Anne Frank”.

Or,en 1978, quand il produisait cette pièce devant la justice allemande, Robert Faurisson n’était pas professeur d’université, ce grade lui ayant été plusieurs fois refusé. Il usurpait alors, pour influer sur les juges, une fonction scientifique.Robert Faurisson ne sera nommé professeur que deux ans plus tard, au plus fort de l’offensive négationniste.
Il faut souligner que ce véritable travail de faussaire intitulé « Le Journal d’Anne Frank est-il authentique ? » était en 1978-1979 au programme de l’Université Lyon II, inscrit au séminaire de « Critique de textes et documents » dispensé par Robert Faurisson aux étudiants de 4e année déjà pourvus d’une licence.

Non content d’être un faussaire, Robert Faurisson, alors chargé de cours, enseignait le négationnisme au nom de l’éducation nationale. En 1980, alors qu’il était assigné en justice pour sa propagande antisémite, le ministère lui conférera le titre de professeur des Universités, un titre qu’il usurpait depuis plusieurs années déjà dans les publications négationnistes auxquelles il participait.

Complément
A l’issue de cette déposition, Eric Delcroix, l’avocat de Robert Faurisson a procédé à l’interrogatoire de Didier Daeninckx et s’est trouvé dans l’incapacité de contredire les points abordés. Il s’est alors livré à une diversion en se saisissant d’une phrase de Pierre Vidal-Naquet, contemporaine de la sortie de l’étude frauduleuse de Robert Faurisson. A la question d’un journaliste de l’hebdomadaire Regards le 7 novembre 1980, Pierre Vidal-Naquet répondait que lorsque Robert Faurisson « montre que le Journal d’Anne Frank est un texte trafiqué, il n’a peut-être pas raison dans tous les détails, il a certainement raison en gros et une expertise du tribunal de Hambourg vient de montrer qu’effectivement, ce texte avait été pour le moins remanié après la guerre, puisqu’utilisant des stylos à bille qui n’ont fait leur apparition qu’en 1951.Ceci est net, clair et précis ».

Ce qui est clair, net et précis, c’est que Pierre Vidal-Naquet n’a pas effectué, à l’époque, d’analyse approfondie des élucubrations de Faurisson. Il prend tout de même la précaution de modérer son propos par un « peut-être », de dire que Faurisson a raison « en gros », formulation peu scientifique s’il en est, mais surtout il adosse son avis sur une expertise judiciaire qui ferait apparaître des parties du Journal écrites au moyen de stylos à bille en noir, en bleu, en vert, un argument, il faut le souligner, que Robert Faurisson n’utilise pas dans son long article.

Qu’en est-il ? En 1985, le Laboratoire Judiciaire néerlandais procédait à une expertise minutieuse de l’ensemble des écrits d’Anne Frank, et trouvait effectivement quelques mots écrits au stylo-bille noir et bleu. Rien en vert. Il s’agissait de deux languettes de papier jointes aux feuilles volantes remplies de l’écriture d’Anne Frank. Les quelques phrases portées sur ces languettes n’ont aucune incidence sur le contenu du journal, et leur écriture est radicalement différente de celle d’Anne Frank. Ces ajouts au stylo à bille portent le texte suivant :

« La page 70 est la conclusion de la lettre datée du 28 septembre 1942 (commençant en XVIII à la page 64) ».

Et

« La lettre XVI du 12 nov. 1942 page 93 et 94 devrait en fait porter le n°XXVI. »
Cela, on le constate, n’a aucune incidence sur le contenu du Journal. Il s’agit, à l’évidence, de notes de travail écrites par l’une des personnes qui a travaillé à l’établissement de la première publication du Journal d’Anne Frank.
Liens & bibliographie (par PHDN)
Philippe Lejeune, « L’Histoire vraie du Jounal d’Anne Frank », Revue des Livres pour Enfants, no 153, automne 1993.
Dix questions sur l’authenticité du journal d’Anne Frank
Les différents Journaux d’Anne Frank
Dene Bebbington, « Rebuttal of Faurisson on the Anne Frank Diary », tHHP.
Daniel Paul O’Donnell, « The Diary of Anne Frank as Bildungsroman », Revue canadienne d’études néerlandaises, 2011, vol. 32 no. 2
Bigitte Bailer-Galanda, « Das Tagebuch der Anne Frank », in Brigitte Bailer-Galanda, Wolfgang Benz & Wolfgang Neugebauer (eds), Wahrheit und „Auschwitzlüge“. Zur Bekämpfung „revisionistischer“ Propaganda, Wien 1995.
A Study of the Diary of Anne Frank, A Student Essay
The Controversy of Anne Frank, A student essay
Gerrold Van der Stroom, « Les journaux : le texte néerlandais publié (Het Achterhuis) et les traductions », in Les Journaux d’Anne Frank, Institut national néerlandais pour la documentation de guerre, Paris : Calmann-Lévy, 1989, p. 75-96.
David Barnouw, « Mises en cause de l’authenticité du journal », in Les Journaux d’Anne Frank, op. cit., p. 105-125.

Notes de PHDN.

1. Didier Daeninckx commet ici une erreur vénielle. En effet, Faurisson a révélé en 2000 l’identité de son spectaculaire témoin, à savoir la veuve de Karl Silberbauer. Or Karl Silberbauer était le SS-Oberscharführer autrichien, membre de la Gestapo, qui a procédé à l’arrestation d’Anne Frank et de sa famille. Retrouvé en 1963, il a regretté n’avoir pas ramassé les papiers qui constitueront le Journal d’Anne Frank (Simon Wiesenthal, « Epilogue to the Diary of Anne Frank », in Hyman A. Enzer & Sandra Solotarrof-Enzer, University of Illinois Press, Anne Frank: Reflections on Her Life and Legacy, p. 67. Les seuls regrets exprimés par Karl Silberbauer ne concernent pas la mort d’Anne Frank, de sa mère, de sa soeur, mais de la perte de confort que la révélation de son rôle a entraînée…). Il confirmait ainsi le récit de Otto Frank, le père d’Anne et celui de l’amie de la famille, Miep Gies qui retrouva ces papiers, les notes et journaux d’Anne Frank, les garda et les remis à Otto Frank après la guerre. Ceci infirme évidemment les propos de Faurisson qui prétend rapporter les propos de la veuve de Silberbauer qui prétendrait rapporter les propos de son mari (décédé en 1972!) comme quoi celui-ci n’aurait pas cru à l’authenticité du Journal… Notons que le rôle de Silberbauer s’est limité à l’arrestation des Frank, une parmi les nombreuses arrestations auxquelles il a procédé et que de son vivant, il n’a jamais émis le moindre doute sur le Journal. Les journalistes lui avaient pourtant abondamment tendu l’oreille. Quand on sait comment Faurisson traite les témoins directs de l’assassinat industriel des Juifs, voir Faurisson accorder une telle importance à un récit de seconde main (Faurisson ne jugera pas utile de réfléchir à l’objectivité de la veuve de celui qui a arrêté Anne Frank…) d’un avis qu’auraient eu Silberbauer qui n’était même pas en mesure de fonder un tel avis, cela a quelque-chose de savoureux et souligne bien l’hypocrisie absolue de Faurisson dans son traitement des témoignages en général.

Voir enfin:

« Le Rêve d’Eva est mon meilleur conte, et le plus incroyable c’est que je ne sais pas vraiment d’où je le tire. Dans La Vie de Cady, il y a beaucoup de bonnes choses, mais l’ensemble est nul ! Le meilleur et le plus sévère de mes juges ici, c’est bien moi, c’est moi qui sais ce qui est bien ou mal écrit. Quand on n’écrit pas, on ne peut pas savoir à quel point c’est agréable ; avant, je regrettais toujours d’être complètement incapable de dessiner, mais à présent je suis trop contente de savoir au moins écrire. Et si je n’ai pas le talent d’écrire dans les journaux ou d’écrire des livres, alors je pourrai toujours écrire pour moi-même. Mais je veux aller plus loin, je ne peux pas m’imaginer une vie comme celle de Maman, de Mme Van Daan et de toutes ces femmes qui font leur travail puis qu’on oublie, je dois avoir une chose à laquelle je peux me consacrer, en plus de mon mari et de mes enfants ! Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre, même après ma mort ! Et c’est pourquoi je suis si reconnaissante à Dieu de m’avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d’écrire, et donc d’exprimer tout ce qu’il y a en moi !

Quand j’écris, je me débarrasse de tout, mon chagrin disparaît, mon courage renaît ! Mais voilà la question capitale, serai-je jamais capable d’écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais une journaliste et un écrivain ?

Je l’espère tant, car en écrivant je peux tout consigner, mes pensées, mes idéaux et les fruits de mon imagination.

Cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé à La Vie de Cady, dans ma tête je connais exactement la suite de l’histoire, mais ça ne coule pas bien. Peut-être que je ne terminerai jamais, que le tout finira au panier ou dans le poêle. C’est une pensée très désagréable, mais je me dis qu’à quatorze ans et avec si peu d’expérience, on ne peut quand même pas écrire de la philosophie. Alors il faut persévérer, reprendre courage, je vais finir par y arriver, car écrire, voilà ce que je veux !

Bien à toi,

Anne M. Frank

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