Juifs utiles: Ne pas désespérer Le Monde (Schadenfreude: Israeli author calls out Israeli apartheid for Le Monde)

Des « pieux » mensonges de Sartre pour ne pas désespérer Billancourt, couvrant ainsi les crimes communistes dont il devenait complice de fait… aux mensonges et falsifications de la meute anti-israélienne, couvrant ainsi les crimes terroristes arabo-islamistes dont ils se rendent complices, existe-il une différence de nature? (…) De quoi auraient l’air une Sallenave ou un Pascal Boniface ou encore une Leïla Shahid sans l’appoint d’un quelconque supplétif juif? David Dawidowicz
Le cas de Guy Sorman est révélateur, parce qu’il montre bien comment le rejet des origines conduit à douter de l’avenir d’Israël, et à remettre en cause le droit à l’existence de l’Etat juif. L’analyse du discours de Sorman et des autres « Alterjuifs » permet de comprendre la maladie qui atteint aujourd’hui une grande partie de l’establishment politique israélien : le refus d’assumer l’héritage national juif et la haine des origines » (…) Le discours d’un Sorman n’est pas sans conséquence : il sert, en effet, de légitimation aux volontés génocidaires des pires ennemis de l’Etat juif, et aux considérations de realpolitik des diplomates du Quai d’Orsay et des autres chancelleries occidentales, qui sont intimement persuadés, comme la majorité des interlocuteurs musulmans de Sorman, que l’Etat d’Israël est provisoire et qu’il aura bientôt disparu. Chaque époque a les intellectuels qu’elle mérite. En juin 1967, l’ombre d’Auschwitz, qui planait sur Israël, avait conduit de nombreux écrivains français, juifs et non juifs, à prendre la défense du petit Etat hébreu menacé de destruction. Quarante ans plus tard, il est beaucoup plus « tendance », pour un écrivain français, de célébrer « l’Islam des Lumières », de chanter les louanges de la charia, tout en prédisant la prochaine disparition d’Israël et des Juifs. P.I. Lurçat
Que le Président Nasser veuille ouvertement détruire un Etat membre des Nations Unies ne trouble pas la conscience délicate de Mme Nehru. Etacide, biensûr, n’est pas génocide. Et les Juifs français qui ont donné leur âme à tous les révolutionnaires noirs, bruns ou jaunes hurlent maintenant de douleur pendant que leurs amis hurlent à la mort. Je souffre comme eux, avec eux, quoi qu’ils aient dit ou fait, non parce que nous sommes devenus sionistes ou israéliens, mais parce que monte en nous un mouvement irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient. Si les grandes puissances, selon le calcul froid de leurs intérêts, laissaient détruire le petit Etat qui n’est pas le mien, ce crime, modeste à l’échelle du nombre, m’enlèverait la force de vivre et je crois que des milliers et des milliers d’hommes auraient honte de l’humanité. Raymond Aron (Le Figaro littéraire, 4 juin 1967)
Parmi ce peuple, qui va se restreignant et se dissolvant, les citoyens de l’Etat d’Israël ne représentent à leur tour que la minorité d’une minorité. Si bien que ce qui est en jeu au Proche-Orient n’est pas tant le sort des Palestiniens que la disparition programmée d’Israël, comme Etat, comme peuple, comme porteur d’un message si message il y a. Au rebours des images, des violences, du bruit des armes et des commentaires dominants, à la mesure de l’histoire, le fort n’est donc pas celui que l’on croit et le faible n’est pas celui que l’on dit. Qu’est-ce en effet qu’une riposte israélienne aussi brutale soit-elle contre des Palestiniens que l’on qualifiera au choix de résistants ou terroristes? Au mieux du temps gagné. Mais à la mesure de l’histoire, pas même de l’histoire longue mais d’une génération, que pèsent trois millions d’Israéliens face à deux cents millions d’Arabes dont les Palestiniens ne constituent qu’une phalange avancée et militante. Les Palestiniens le savent et le monde arabe plus encore; à terme, le nombre l’emporte et la démographie sera probablement victorieuse sur toutes les stratégies et tous les pieux espoirs («processus») de paix. Quelle paix d’ailleurs?Imagine-t-on vraiment les Palestiniens et le monde arabe se satisfaisant d’un Etat-croupion, enclavé et non viable? L’Etat palestinien peut incarner l’espoir d’une élite locale en quête de reconnaissance internationale et de postes, mais en quoi le peuple palestinien y trouverait-il son compte, économique ou politique? L’aspiration ultime du monde arabo-musulman est de constituer la communauté des croyants sinon de l’islam tout entier mais au moins celle du monde arabe, une aspiration parfaitement légitime. Mais Israël n’y a pas sa place, la colonie juive est comme une encoche dans ce rêve; nulle surprise que ce songe arabe, légitime, répétons-le, ne conçoive pas Israël comme autre chose qu’un avatar de la colonisation franque; le royaume de Jérusalem dura un siècle, les Arabes se le rappellent. L’Israël moderne aurait-il déjà accompli la moitié de son parcours historique? Ou plus peut-être? Car il suffirait d’une bombe, une seule, chimique, nucléaire ou sale comme l’appellent aujourd’hui les stratèges pour qu’Israël soit rayé de la carte. Imaginons un instant l’équivalent de l’attentat du 11 septembre perpétré contre Tel-Aviv? Rien n’est moins simple désormais que de le concevoir puisque le précédent existe; les combustibles sont en libre circulation et le nombre des candidats au suicide à l’évidence plus que suffisant. Une bombe suffirait donc pour que disparaisse la plus grande part de la population d’Israël et que le reste fuit sans attendre son extermination finale. Ce scénario est réaliste; il est probable que quelques Ben Laden l’ont en tête et que New York, ville juive autant que Tel-Aviv, fut une répétition de ce nouvel holocauste possible. Que dirait alors le monde, ou «la communauté internationale?» Comme pour l’holocauste précédent, ils s’en repentiraient. Pourrait-on empêcher cela, le prévenir? On n’en prend pas le chemin puisque tout se passe, au niveau diplomatique et de l’opinion alimentée par les médias comme si une paix de type immobilier suffirait à mettre un terme à un conflit que l’on voudrait croire géographique mais qui est au moins métaphysique. La survie d’Israël et non pas celle des Palestiniens n’est pas véritablement prise en considération; elle supposerait d’ailleurs un accord non pas avec les seuls Palestiniens mais avec tous les Etats arabes environnants dont on ne voit pas qu’ils sont même sollicités pour respecter la survie d’Israël; au surplus, conclura-t-on jamais un traité respecté entre les arrière-pensées?. Juifs sans Israël?Si Israël disparaissait, il n’y aurait plus d’Israéliens. Resterait-il des juifs?La diaspora, avons-nous observé, est la condition historique quasi normale du peuple juif; n’a-t-il pas survécu deux mille ans en diaspora? Mais le monde a changé et les juifs aussi; aux Etats-Unis, en Europe, en Russie, en Argentine, les ultimes grandes communautés en exil, le taux des mariages mixtes évolue entre 50 et 70%; si les enfants de mères juives restent techniquement juifs si l’on peut dire, les enfants des hommes qui ne le sont pas cessent d’appartenir au peuple juif. (…) Imaginera-t-on un monde sans juifs? Pourquoi pas? Claude Lévi-Strauss interrogé sur cette perspective fit observer que les peuples disparus jonchent l’Histoire de l’humanité et qu’il s’en fallut de peu pour que les nazis ne réussissent leur pari d’extermination. Si les juifs disparaissaient, hors quelques sectes intégristes subsidiaires, qu’auraient-ils légué au monde? Le christianisme tout d’abord et aussi paradoxalement l’islam; sans les juifs, sans la Bible, pas de Christ, pas de Mahomet. Le judaïsme survivrait donc pour l’éternité prévisible chez ceux-là mêmes qui voudraient s’en défaire. Un autre legs aussi: l’ironie qui naît de l’exil. Parce que les juifs sont en exil, quel que soit le lieu où ils habitent, ils ont toujours porté sur le monde un regard distancié, qui éclaire leur humour insupportable et les théories qui en sont nées. Si tant de juifs ont interprété le monde autrement que du premier regard, de Freud à Marx, de Schomberg à Kandinsky, ce n’est pas du fait d’un génie particulier, mais parce qu’ils ont toujours occupé par rapport à ce monde une situation oblique. Ce décalage conduit à voir autrement ou à apercevoir une vérité qui porte au-delà de la réalité. Un monde sans juifs est-il envisageable? Il resterait alors le souvenir des juifs et une interprétation du monde qui n’eut pas été la même sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur oeuvre est-elle achevée et les temps sont mûrs pour qu’ils nous quittent. Telle est du moins l’interrogation fondamentale que devrait susciter la fin possible d’Israël comme nation et celle de la diaspora qui va se dissolvant dans les étreintes conjugales. Cette jérémiade est-elle infondée? Dieu seul le sait. Guy Sorman
Où que l’on se trouve dans le monde musulman, quelle que soit la distance géographique qui sépare de la Palestine, la question surgit, même quand on voudrait l’éviter. Certes, plus on s’éloigne du monde arabe, vers le Bangladesh, Djakarta ou l’Afrique au sud du Sahara, les musulmans passent de l’engagement à l’inquiétude, de la posture à la rhétorique… Mais ne nions pas que, outre le Coran, les musulmans estiment avoir la Palestine en commun. (…) Certains événements minuscules ou cocasses modifient radicalement le regard que l’on porte sur le monde. Avant Hébron, je ne m’étais jamais trop interrogé sur l’Etat d’Israël : on ne peut penser à tout. Depuis Hébron j’ai une conviction bien ancrée : l’Etat d’Israël est une erreur historique, les Juifs n’avaient pas vocation à créer un Etat. (…) « Etes-vous juif ? » Au cours de ma déjà longue existence protégée d’intellectuel français né après l’Holocauste, cette question ne me fut jamais posée qu’une seule fois, sur un mode agressif. C’était en Palestine, en l’an 2000, à l’entrée de la ville d’Hébron… Le soldat était un Israélien d’origine éthiopienne : un Falacha, reconnu comme Juif en un temps où Israël manquait d’immigrés nouveaux pour meubler les bas échelons de la nation. Les Russes n’étaient pas encore arrivés !  (…) A l’entrée du tombeau dit d’Abraham, il me fallut à nouveau arbitrer entre les trois confessions issues de cet ancêtre… Je fus un instant tenté par l’islam chiite ; mon compagnon palestinien m’en dissuada. Je m’en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race. A l’intérieur du sépulcre, chaque armée protégeait les siens . (…) il n’y a pas de bonne solution au fait d’être juif, hormis celle de cesser de l’être. (…) Pour ceux qui veulent bien écouter les Arabes, l’attente de la fin d’Israël, active ou contemplative, reflète une conviction profonde. Peu le disent, de crainte de passer pour des extrémistes ; tous le pensent plus ou moins confusément. Dans l’Egypte en paix avec Israël depuis plus de 20 ans, les plus tolérants font preuve de patience, tout en nourrissant l’espoir que leur pays ne sera pas impliqué dans la disparition d’Israël. (…) Les modérés à la manière de Hassan Hanafi se demandent pour quelle obscure raison les Juifs s’accrochent à ce lambeau de terre si inhospitalier, alors que le monde est si vaste et qu’un grand nombre d’Israéliens, en sus de leur passeport israélien, ont une nationalité en réserve : française, américaine, argentine, etc. On se le demande aussi. (…) Un monde sans Juifs est envisageable ; il y subsisterait le souvenir des Juifs, une interprétation du monde qui n’eût pas été possible sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur œuvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu’ils se dissolvent dans l’Occident ? (…) En revanche, il restera toujours des musulmans, Que cette vision d’Apocalypse sur la fin des Juifs soit excessive ou fondée, Dieu seul le sait. (…) La charia s’y applique : il arrive que l’on coupe en public la main d’un voleur ; certaines femmes adultères auraient été liquidées, sans témoins. Il faut s’en émouvoir, tout en sachant qu’en pratique ces châtiments publics sont rares, car les voleurs peu nombreux.  Guy Sorman (Les enfants de Rifaa)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
C’est terrible à dire mais on a eu beaucoup de chance que les kamikazes ne rentrent pas dans le Stade de France car ils avaient bien imaginé pénétrer dans l’enceinte. Leur objectif était de se faire sauter sous l’oeil des caméras. Il y aurait eu un carnage, des mouvements de foule. Imaginez l’impact médiatique ! (…) Quant aux cibles potentielles pour les terroristes en France, tout le monde pense forcément à ce qui nous ferait le plus mal: une école, des enfants. … On hésite à dire cela, à dévoiler nos faiblesses. Mais les terroristes le savent déjà. Ces gens-là nous connaissent trop bien. Tant viennent de chez nous… Marc Trévidic
C’est la mode chez les jeunes, c’est vachement bien d’être intégralement voilée de noir, avec une belle kalach’. (…) Elles baignent là-dedans, ça fait branché. Marc Trévidic
La chaîne publique allemande ZDF a présenté ses excuses pour avoir tardé, à l’instar de la plupart des grands médias nationaux, à évoquer les agressions sexuelles sur des femmes survenues le soir du Nouvel An à Cologne, ce qui suscite des critiques du public. Le fait que le journal de 19h lundi soir « n’ait pas au moins mentionné les incidents était une négligence », écrit la rédaction du journal télévisé sur ses comptes Facebook et Twitter. Ne pas en parler lundi soir « était (…) clairement un jugement erroné », reconnait ZDF, dont la page Facebook est émaillée de commentaires de spectateurs mécontents: « ma confiance dans (cette chaîne), pour laquelle je paie des impôts, s’amenuise de plus en plus », écrit l’un deux, alors que d’autres s’étonnent que ZDF « passe sous silence depuis un certain temps certaines choses ». Attribuées à des « jeunes apparemment d’origine arabe », les agressions, plus d’une centaine au total, ont été commises sur des femmes la nuit du Nouvel an à Cologne (ouest), soit dans la nuit de jeudi à vendredi. Des faits similaires ont également été signalés à Stuttgart (sud-ouest) et Hambourg (nord). Plus d’une centaine de plaintes ont été déposées au final, selon un décompte de la police mercredi. Mais le 1er janvier, soit le lendemain des événements, la police de Cologne a publié un communiqué faisant état d’une nuit sans incidents notables. Elle a commencé à donner de premiers éléments dans la journée du lundi à mesure que s’accumulaient les plaintes des victimes, avant que l’affaire ne prenne toute son ampleur mardi en Allemagne. Elle a depuis provoqué un émoi considérable, le gouvernement condamnant les violences tout en s’inquiétant d’une stigmatisation des réfugiés. La police parle d’agresseurs d’apparence « nord-africaine » ou arabe ». La municipalité et la police de Cologne sont depuis sous le feu des critiques, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière fustigeant notamment l’inaction des forces de l’ordre à Cologne le soir des faits. Plus globalement, le peu d’écho avant mardi des médias sur cette affaire est également mis en question. Le site spécialisé sur les médias, Meedia, a ainsi relevé qu’il a fallu « quatre jours » pour que l’affaire soit « relatée de façon exhaustive au niveau national ». « Lorsque l’on regarde (la presse nationale), il n’y a rien jusqu’à lundi sur ces incidents », poursuit Meedia. « Il a fallu quatre jours pour que la grande machine médiatique ne s’enclenche », épingle encore le portail. L’affaire alimente du coup aussi les thèse complotistes et celles de mouvements hostiles aux réfugiés, à l’image de Pegida qui fustige régulièrement la « presse mensongère ». 7 sur 7
Je ne mets pas le danger frontiste sur le même plan que le danger islamiste, les islamistes tuent, massacrent et il faut bien comprendre aussi que ce ne sont pas ni des loups solitaires, ni des déséquilibrés, ni une poignée de psychopathes comme on a tellement aimé se le répéter pour se rassurer, ni des victimes du racisme et des discriminations, cela revient à inverser, pas de culture de l’excuse qui frise vraiment l’indécence qui consiste à cracher sur les victimes, à cracher sur les morts et en plus à cracher aussi sur les vrais pauvres, sur les vrais défavorisés, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas faire autrement que de tuer son prochain, j’aimerais bien qu’on les respecte aussi un peu, ce discours-là me parait d’une condescendance post-coloniale absolument insupportable, je ne les mets pas sur le même plan d’autant que le Front national joue le jeu démocratique, l’islam pas du tout qui est animé par un projet de société et c’est très important de le dire, notre ennemi c’est une idéologie totalitaire et meurtrière animé par un projet de société et par un projet de conquête et de destruction de l’Europe donc ce n’est pas sur le même plan mais la logique est celle de l’engendrement, plus on s’aveugle et plus on sert la soupe en quelque sorte au Front national et ce n’est pas la peine à chaque scrutin puisqu’il progresse inéluctablement jusqu’à présent, de pousser des hi et des ha et de se demander comment on en est arrivé là ». Alexandra Laignel-Lavastine
Depuis le temps qu’elle sévit, je crains fort que cette vulgate bien-pensante, qui ne cesse de se crever les yeux face à la montée de l’islamisme par crainte de nourrir l’“islamophobie”, n’ait trop profondément formaté les esprits pour que nous puissions espérer en être débarrassés de sitôt. Ce prêt-à-penser a en effet ceci de redoutable que sa toxicité s’étend bien au-delà de la sphère islamogauchiste. S’il constitue l’idéologie dominante, c’est qu’il sait jouer à merveille sur plusieurs ressorts : sur les bons sentiments bobos nunuches, sur l’envie d’être en paix plutôt qu’en guerre, mais aussi sur la peur et sur cette insondable paresse intellectuelle qui nous a jusqu’à présent rendus incapables de nous convertir au réel. Si tel n’était pas le cas, nous ne serions pas en train de prendre de plein fouet quinze ans au moins de capitulation devant le communautarisme, de complaisance à l’égard de l’islam radical et d’irresponsabilité face aux discours haineux et antisémites qu’on laisse prospérer à ciel ouvert en toute irresponsabilité. C’est parce que nous avons tout laissé passer que nous sommes aujourd’hui complètement dépassés. Mais le problème n’est pas seulement politique. Gauche et droite confondues ont trouvé collectivement plus confortable de faire comme si nous n’avions pas d’ennemi pour la bonne raison que nous n’en voulions pas. Résultat : nous avons quinze ans de retard à l’allumage, sur le plan de la pensée comme sur les plans sécuritaire et militaire. Confrontés à une peste verte se répandant à une vitesse prodigieuse, un fléau planétaire désormais doté d’un outil de propagande et de recrutement jusque-là inconnu dans l’histoire de l’humanité (Internet et les réseaux sociaux), les politiques, la hiérarchie policière et les technocrates de tous bords ont été incapables de réadapter leurs catégories mentales, de secouer la lenteur de leurs appareils administratifs et de prendre à temps la mesure du danger. L’aveuglement collectif était tel qu’au cours des deux ou trois dernières décennies, les partis de gouvernement ont également renoncé à mettre en oeuvre des politiques d’intégration mieux adaptées à une immigration extra-européenne d’origine majoritairement musulmane. Or, la première affaire dite du foulard islamique remonte, en France, à 1989. Quant à nos pieux sociologues, ils nous expliquaient déjà que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes multiculturalistes et que l’islamisme lui-même refluait : la plus sûre façon de paralyser toute prise de conscience et toute action. Quand il se fera de plus en plus revendicatif au fil des années 2000 puis 2010, au point de réclamer des aménagements législatifs nous projetant plusieurs siècles en arrière, la France de gauche dira : “Respect de la diversité !”. Au printemps dernier, dans la commune de Seine-Saint-Denis où je vis, il revient toutefois au maire de droite d’avoir émis une circulaire donnant pour consigne à sa police municipale de ne pas verbaliser les dames portant le voile intégral, autrement dit de ne pas appliquer la loi votée par le Parlement en 2010. On peut donc considérer que la lâcheté a traversé l’ensemble de la société comme de l’échiquier politique. Depuis qu’une nouvelle judéophobie de facture arabo-musulmane explose dans ce pays et tue sur le sol français, y compris des enfants, les Français n’ont pas non plus compris que quand les nuages s’amoncellent au-dessus des juifs, l’orage est bientôt pour tous. Plus largement, il me semble que les Européens ont depuis si longtemps dissipé le cauchemar des guerres de Religion qu’ils ont eu beaucoup de mal à percuter l’ampleur de la menace djihadiste. Or, l’on peine toujours à “voir” ce que l’on peine à “concevoir”. (…) C’est le principe du déni, d’autant plus étrange que les islamistes ne se limitaient pas à proclamer haut et fort la haine absolue qu’ils portent au meilleur de notre civilisation : ils ont joint la parole aux actes. Que nous fallait-il de plus pour redescendre de Mars, nous arracher à notre somnambulisme, percuter la réalité de la menace et cesser de rejouer, chaque fois, la sidération ? Rien, si ce n’est l’extraordinaire puissance du déni. En ce sens, l’ennemi est aussi en nous-mêmes. C’est un des versants de la guerre où nous sommes engagés. Et non des moindres. Il va nous falloir d’urgence retrouver le sens des mots et réapprendre à bien nommer les choses pour cesser de nous tirer une balle dans le pied et d’ajouter au malheur du monde. Seulement voilà : ceux qui osaient jusqu’à présent nommer l’ennemi étaient taxés de néoréactionnaires (j’en fais partie) et accusés de faire le jeu du Front national. On connaît le bon vieux principe : brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Alexandra Laignel-Lavastine
Pour les délits commis par des criminels possédant une nationalité étrangère et qui sont enregistrés dans un centré de réfugiés, nous classons immédiatement le dossier sans suite.  Il y a de strictes instructions venant de la hiérarchie pour ne pas reporter les crimes et délits perpétrés par les migrants. Seules des requêtes directes émises par des journalistes ou des médias peuvent être suivis d’effet. Haut gradé de la police allemande
Il y a des faits particulièrement spectaculaires qui ont attiré l’attention et les projecteurs, mais si on se base sur les données du ministère de l’Intérieur ou du service de protection de la communauté juive qui recense toutes les attaques et agressions antisémites, on s’aperçoit qu’on a une tendance très marquée à la hausse depuis une quinzaine d’années. Il y a des phases de ressac et de reflux, mais si on regarde sur une longue période, on peut dire que la violence antisémite a considérablement progressé, voire même explosé certaines années. C’est le point de départ de notre travail d’investigation qui était de voir comment une catégorie de la population soumise à ce changement assez brutal de sa situation sécuritaire a été amenée à réagir sur différents registres : stratégies résidentielles ou scolaires, comportements électoraux, et lien avéré ou non avec un autre phénomène qui a énormément progressé ces dernières années, à savoir l’alya, le départ des Juifs vers Israël. Pour ce qui est de la progression des actes antisémites, on a fait figurer dans le livre toute une série de graphiques qui montrent cela de manière très précise. Même dans les phases d’accalmie et de répit, on est au minimum à 400 ou 500 actes antisémites par an alors qu’on était à moins de 100 à la fin des années 1990. Le deuxième point à noter, c’est que cette dynamique de progression est très fortement corrélée à long terme mais aussi de manière ponctuelle avec la situation au Proche-Orient. On est donc sur le schéma d’une « importation » du conflit israélo-palestinien, notamment l’Intifada, sur le territoire français. On constate une explosion de la violence antisémite dès 2000 et le début de la deuxième Intifada jusqu’à environ 2005. Ensuite, à chaque fois que la situation se tend ponctuellement en Israël ou en Palestine et que l’armée israélienne lance des opérations à Gaza, on a eu dans les semaines qui ont suivi des pics de violence et d’actes antisémites en France. (…) Il y a tout d’abord cette montée très forte des actes antisémites en France, qui est naturellement ressentie par la population juive. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que par rapport aux autres pays européens, la France se distingue de deux manières. D’une part, c’est le pays qui possède la plus importante communauté juive d’Europe, en nombre de personnes. Et ensuite, c’est également le pays où la population issue de l’immigration et la population musulmane est la plus importante d’Europe. Comme les actes antisémites sont fortement liés dans le temps avec la situation du Proche-Orient, on a l’une des clés d’explication de ce ressenti particulièrement alarmiste et inquiétant de la population juive française. Non seulement la corrélation entre les actes antisémites et le conflit israélo-palestinien est objectivement prouvée par les chiffres, mais elle est également ressentie comme telle par les individus eux-mêmes. Nous nous sommes rendus compte dans le cadre d’entretiens que nous avons menés pour cette enquête que cela avait été intégré par toute une partie de la population juive, qui est bien consciente de la possibilité de « représailles » ici en France lorsque l’armée israélienne agissait au Proche-Orient. Certains d’entre eux nous ont expliqué qu’ils modifiaient leurs habitudes, leurs parcours et leurs déplacements en fonction du calendrier des événements au Proche-Orient. Cette contrainte est très bien intégrée en France, peut-être plus qu’ailleurs. Le traitement médiatique est peut-être plus important ici qu’ailleurs, mais le niveau de menace et d’antisémitisme est objectivement plus élevé chez nous que chez nos voisins européens. (…) On montre dans le livre que si on se place du point de vue de l’opinion publique, on constate un basculement assez clair mais ancien dans la relation entre les Français et Israël. Jusqu’à la guerre des Six Jours, on a un présupposé largement en faveur d’Israël en France. A partir de cette victoire israélienne et de l’occupation d’un certain nombre de territoires palestiniens, les choses se sont équilibrées. Ce rééquilibrage ne se fait pas forcément au profit des Palestiniens, mais plutôt à l’opinion « ni l’un ni l’autre ». Cette posture attentiste ou désengagée de la part d’une grande majorité de Français a gagné en puissance au fur et à mesure que le temps passait et que la résolution du conflit apparaissait de plus en plus hors de portée. Aujourd’hui, toutes les enquêtes qu’on mène régulièrement lorsqu’il y a des phases de tension dans cette région du monde montrent qu’une grande majorité de Français (70%) ne donnent leur sympathie ni aux uns ni aux autres. Du point de vue de l’opinion publique, nous ne sommes donc pas aujourd’hui dans une posture majoritairement pro-palestinienne. En revanche, la prédisposition à être plutôt clément envers Israël s’est considérablement estompée. C’est déjà beaucoup, car vous passez d’un sentiment d’être soutenu à un sentiment beaucoup plus neutre. Ce sentiment d’éloignement ou d’incompréhension a par ailleurs aussi été alimenté par le fait qu’au début des années 2000, toute une partie de la classe politique et médiatique a minoré l’explosion de la violence antisémite. Cela a été très mal vécu par toute une partie de la population juive qui s’est sentie incomprise et abandonnée. Donc il y a à la fois le fait de se dire : « en tant que Juif nous avons un lien particulier avec Israël et la société française est devenue anti-israélienne ». Ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, c’est qu’elle est moins pro-israélienne qu’elle ne l’était il y a 30 ans. Et d’autre part, « nous vivons en tant que Juif une situation très difficile, et les gens nous disent que nous exagérons ou que ce sont de faux problèmes ». Cela renvoie à ce qu’il s’était passé dans les années 1990-2000 où une partie de la gauche disait qu’il n’y avait pas vraiment d’insécurité mais plutôt un sentiment d’insécurité. C’est un peu le même phénomène ici. Or, cet électorat juif, qui est à la base diversifié mais qui avait historiquement des liens forts avec la gauche, s’est petit à petit détourné de la gauche parce qu’une bonne partie des électeurs avaient le sentiment que la gauche ne les soutenait plus et ne les comprenait plus. On voit donc qu’il s’est vraiment passé beaucoup de choses au tournant de ces années 2000, au moment de la deuxième Intifada, quand la gauche est au pouvoir en France.  (…) Nous citons dans notre livre un certain nombre de sources, notamment les rapports de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, qui montrent qu’on a une surreprésentation des milieux « arabo-musulmans » dans la commission de ces actes. La violence antisémite provenant de l’extrême-droite continue d’exister, mais elle est aujourd’hui minoritaire. Il y a toute une série d’actes antisémites commis dans des quartiers difficiles de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne, qui relèvent de la délinquance pure et simple mais qui visent la communauté juive : racket, kidnapping, etc. Ces voyous habillent leurs actes par des motivations politiques, en affirmant par exemple qu’ils se vengeaient de ce que faisait Israël aux populations arabes, même si le but premier reste tout simplement de leur piquer leur argent et leur portable. (…) Le chiffre record de 7231 personnes passées par les services de l’Agence juive pour émigrer en Israël en 2014 est donc la conséquence de l’affaire Merah en 2012. On a eu ensuite en 2014 les émeutes dans des quartiers juifs de Sarcelles et devant une synagogue de la rue de la roquette à Paris. Pour couronner le tout, on a début 2015 la question de l’Hyper Cacher. D’après les chiffres communiqués en fin d’année par l’agence juive, on est à 8000 départs pour 2015. C’est donc une hausse, mais moins forte que ce que certains annonçaient. Toutefois, on n’a pas encore eu dans ces chiffres « l’effet 2015 », donc on peut s’attendre à voir ce chiffre continuer de progresser l’année prochaine. C’est quand même un signe que les choses vont assez mal en France dans notre société démocratique. De plus, on se focalise sur les départs en Israël mais notre enquête montre qu’il y a peut-être autant de personnes qui envisageraient d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Nous avons toutefois conscience de l’argument qui consiste à pointer le fait que l’agence juive ne donne jamais les chiffres des personnes qui reviennent en France. Apparemment, ces chiffres seraient assez élevés car la greffe ne prend pas forcément là-bas, avec les soucis de langue, le système de protection sociale qui est radicalement différent, la société et la culture qui sont radicalement différentes de ce qu’on a chez nous… On a un nombre de retours importants, mais ce qui nous intéresse ici dans notre analyse de la société française, c’est de mesurer l’ampleur des départs et de comprendre ce que cela veut dire. Jérome Fourquet
Je vais revenir sur les liens entre Daesh et le Front National, enfin les liens… pas les liens directs entre Daesh et le FN mais ce repli identitaire qui finalement est une communauté d’esprit, parce que l’idée pour Daesh c’est de pousser la société française au repli identitaire ? Jean-Jacques Bourdin
[le djihadisme français et la poussée du Front national] sont deux phénomènes congruents, qui se ressemblent. Dans les deux cas, il y a une inclusion de plus en plus faible. Dans les quartiers défavorisés des banlieues populaires, la perspective d’avoir un emploi est de plus en plus faible, donc à partir du moment où il y a le sentiment que l’école ne sert à rien, d’une certaine façon les valeurs qu’elle porte sont jetées avec l’eau du bain par ceux qui sont marginalisés. Du côté de l’extrême droite, il y a un phénomène qui n’est pas complètement différent, qui touche d’autres personnes. Gilles Kepel
Monstrueuses photos. Mme Le Pen : incendiaire du débat public, faute politique et morale, non-respect des victimes… #FNhorsjeu Manuel Valls
Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… Mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable (…) Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. (…) Nous avons subi un acte de guerre. C’est une véritable guerre qui nous a été déclarée. Nous devrons l’affronter et la gagner. Manuel Valls
Quand on n’a que l’amour à offrir en prière pour les maux de la terre  … La LICRA
Un conducteur renverse plusieurs piétons dans Jérusalem Est.  BBC
Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. (…) Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte. (…) L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». (…) M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne. (…) La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées. La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent. « Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ? Le Monde
Les enquêteurs écartaient jusqu’ici la piste terroriste dans l’attaque contre des militaires devant la grande mosquée de Valence. Mais des «images de propagande jihadiste» ont été retrouvées sur l’ordinateur du forcené. Le procureur de Valence a évoqué un acte isolé et les propos confus du jeune homme. Une enquête est ouverte pour «tentative d’homicide». Un domicile et un véhicule ont été perquisitionnés mais aucune arme n’a été retrouvée. Les premiers éléments ne montraient aucun signe de radicalisation du jeune homme. Mais des images de propagandes jihadistes ont été retrouvées sur son ordinateur. Vendredi après-midi, il fonçait, à bord de son véhicule, sur les quatre militaires en faction devant la grande mosquée de Valence. Lors de l’attaque il aurait crié « Allah est grand ». Entendu par des enquêteurs, les propos de l’homme âgé de 29 ans sont confus. Il aurait à la fois déclaré vouloir « tuer » des soldats et exprimé sa volonté de se « faire tuer par des militaires. » Alex Perrin, procureur de la République de Valence, a assuré lors de sa conférence de presse que l’individu « n’était pas connu des services judiciaires, pas d’antécédents pénaux. A priori il était inconnu également des services du renseignement ». « C’est quelqu’un qui est un musulman pratiquant, puisqu’on sait qu’il fréquentait habituellement la mosquée de Bron », a précisé le procureur. La piste terroriste est pour l’instant écartée par les enquêteurs. L’épouse, qui s’est dite « très surprise », par le geste de son mari a également été entendue. RFI
Au lendemain d’une attaque contre des militaires stationnés devant la grande mosquée de Valence (Drôme), le procureur de la République Alex Perrin a affirmé, samedi 2 janvier, que la piste terroriste était actuellement écartée. M. Perrin a évoqué le « comportement d’un individu solitaire » et affirmé que « rien ne renvoie à l’appartenance à un réseau quelconque ».Vendredi après-midi, un homme âgé de 29 ans,  ori L’agresseur, qui aurait dit « Allahou akbar ! » (« Dieu est le plus grand ! ») lors de l’attaque, semble avoir « un lien avec une certaine religiosité », a ajouté M. Perrin. L’homme a tenu des propos « confus » aux secouristes, auxquels il a déclaré qu’il souhaitait « se faire tuer par des militaires et tuer des militaires », au motif que ceux-ci « tuaient les gens ». Ni arme ni explosif n’ont été trouvés à l’intérieur de la Peugeot 307 break rouge utilisée par l’agresseur, et la section antiterroriste du parquet de Paris a décidé de ne pas se saisir du dossier, qui reste aux mains du parquet de Valence. (…) De Jordanie, où il est en déplacement, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a salué samedi le « sang-froid » des soldats déployés dans le cadre de l’opération « Sentinelle », visant à protéger des édifices à risque sur l’ensemble du territoire. L’attaque « montre que “Sentinelle” est une opération dangereuse et qu’il faut faire appel à des militaires parce qu’ils ont cette expérience-là, de vigilance, de sang-froid », a affirmé M. Le Drian. « Ils ont été tout à fait à la hauteur de leur tâche », a-t-il poursuivi. L’un des quatre militaires a été touché par le véhicule et légèrement blessé au genou et au tibia. Manuel Valls, le premier ministre, a également fait part de son « soutien aux militaires attaqués ». Le Monde
Selon des sources proches de l’enquête, l’individu abattu ce jeudi devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris serait un homme de vingt ans né au Maroc, connu des services de police pour une affaire (…) Seule certitude: il portait sur lui un papier figurant le drapeau de Daech et expliquant sa volonté de « venger les morts en Syrie ». Selon BFMTV, il aurait prêté allégeance, dans ce document, à Abu Bakr al-Baghdadi, le leader de l’organisation Etat islamique. Sur iTélé, la Garde des Sceaux Christiane Taubira indique que l’individu était « fiché pour des actes de petite délinquance », qu’il « n’a aucun lien avec la radicalisation violente ». Une source proche de l’enquête précise à L’Express qu’il était inconnu des services de renseignement. Selon la locataire de la place Vendôme, l’acte commis ce jeudi pourrait traduire « des signes de déséquilibre ». Pourtant, selon une source policière contactée par L’Express, les enquêteurs affirment ne pas disposer « pour l’instant d’éléments pouvant faire penser à un déséquilibré ». L’Express
Un mineur, vraisemblablement déséquilibré, a blessé légèrement avec une machette un homme qui portait une kippa ce matin à Marseille, en pleine rue, avant d’être interpellé par la police et de revendiquer un geste antisémite, a indiqué une source policière. Le jeune homme, né en 2000, a porté des coups à la victime devant la mairie du 9e arrondissement de Marseille, devant des témoins, et a laissé l’arme sur place, a précisé cette source. La victime a été légèrement blessée au dos et à la main. Parti en courant, l’auteur présumé a été interpellé dix minutes plus tard par la brigade anti-criminalité (BAC) à qui il a tenu des propos incohérents. « L’individu ne semble pas jouir de toutes ses facultés », a précisé une source proche du dossier. Le Figaro
Même si on en parle, les extrêmes se saisiront du débat. Moi, je note quand même  (…) que la police a dit que ces hommes étaient tres alcolisés. Et je me demande si justement il n’y a pas une espèce de réaction, d’explosion de la part de ces gens qui n’ont jamais eu droit à l’alcool et auquel le coran l’interdit. Ils arrivent en Allemagne et ils boivent et là ils tiennent pas le coup (…) Ah bien, ce n’est pas une circonstance atténuante, c’est une circonstance aggravante. Michèle Cotta
Un ami a eu récemment cette phrase très juste : Vous n’avez vu que la bande-annonce du film Les Migrants. Les migrants climatiques vont suivre et toutes les autres formes ensuite. A partir du moment où on admet que les libertés sont fondamentales, la première liberté c’est celle de circulation. Et donc les gens vont venir et c’est très bien. (…) Ces gens-là vont faire de l’Europe, la première puissance du monde. L’intégration espagnole et italienne en Belgique est un succès. On ne voit que les problèmes de l’intégration musulmane mais pas les succès qui sont nombreux. En France, on a quelque 5 millions de musulmans dont 98 % s’intègrent, sont médecins, avocats, journalistes. Normalement, ce qui se passe avec les migrants devrait entraîner la construction d’une Europe plus intégrée, plus puissante, se donnant les moyens de recevoir ces personnes. Leur arrivée est une incroyable chance car cela transforme la démographie européenne. Et nous, au contraire, on a une réaction de petits. Jacques Attali
Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ? (…) Les Israéliens ont décidé de croire qu’ils ont essayé de faire la paix avec les Arabes et que les Arabes n’en ont pas voulu. Je ne dis pas que les Palestiniens n’ont pas leur part dans cet échec. Derrière le discours sur le processus de paix, il y a la colonisation : tout en négociant, les gouvernements investissent des milliards dans les territoires occupés palestiniens. Ehud Barak a plus investi dans les territoires que Benyamin Nétanyahou. Pour régler le problème israélo-palestinien, il faut une vraie co-volonté. (…) Ce sentiment a toujours existé en Israël. La société israélienne ne s’est jamais considérée comme partie prenante de l’espace proche-oriental. Nous sommes restés comme une chair étrangère dans cette région. Personnellement, j’aurais souhaité qu’Israël passe des alliances avec les forces démocratiques chez ses voisins plutôt que d’encourager la montée du fondamentalisme islamique comme il l’a fait dans les années 1980 en favorisant le Hamas – pour contrer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). J’aimerais qu’on ait des rapports de voisinage. C’est évidemment un fantasme et personne ne pense dans ces termes aujourd’hui. L’Etat d’Israël est surtout occupé à souffler sur les braises des conflits qui l’entourent ou à chercher à les exploiter à son profit. Il ne considère pas ses voisins comme dignes de confiance. (…) Dans un monde idéal, nous vivrions ensemble avec les Palestiniens dans un seul Etat démocratique, avec des droits égaux pour tous. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et, ce qui se dessine, c’est un Etat non démocratique dans la seule manière de vivre est de verser le sang. Si un seul Etat binational et démocratique est mon idéal, je respecte la volonté des peuples. Et il est vrai que le peuple palestinien aspire pour le moment à se construire seul. (…) Au milieu des années 1980, quand j’allais à Gaza, l’atmosphère était très différente. C’était l’Intifada des pierres. Gaza n’était pas la prison à ciel ouvert qu’elle est devenue aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’échanges. Je ne dis pas que la situation était rose, mais la rencontre était possible ainsi que les échanges entre Israéliens et Palestiniens. Avec ce qui s’est passé ces dix dernières années, la coupure totale entre les deux sociétés, les Israéliens ne connaissent plus Gaza ni ses habitants. La « démonisation » de l’autre est devenue totale. Chacun est devenu un monstre pour l’autre. C’est d’ailleurs cette situation qui a peut-être conduit aux attentats-suicides. Il y a trop d’aliénation entre nos deux peuples. (…) Ma critique et mon désespoir sont le signe de mon appartenance et de ma fidélité à la tradition de la pensée critique propre au judaïsme. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que, ces deux dernières années, j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres. Ronit Matalon

Attention: une société israélienne peut en cacher une autre !

A l’heure où, après un premier sursaut sur fond de déploiement militaire et de tirs à vue dans les rues mais aussi d’attaques au couteau ou à la voiture-bélier …

Une France et une Europe désormais à l’heure israélienne semble repartir, derrière les paroles fortes et les imprécations contre le seul FN, dans le déni le plus total …

Et qu’avec Charlie lui-même, c’est le Dieu judéochrétien lui-même qui se voit mis au pilori …

Pendant qu’à l’instar du dernier petit joyau de bienséance et bienpensance antiraciste de la LICRA, nos belles âmes nous rappellent que tout ça n’est qu’une affaire de déséquilibrés qui n’ont rien à voir avec le terrorisme ou les pauvres réfugiés de Merkel dépassés par leur nouvel accès à l’alcool et qui sont d’ailleurs « une incroyable chance » pour l’Europe …

Et que quand ils ne quittent pas le pays, les juifs français se voient incités à cacher leur kippa

Comment ne pas se sentir tout requinqué avec l’entretien que vient de nous dénicher Le Monde

De cette ancienne journaliste de Haaretz nous rappelant ô combien bien à propos …

Que bien plus grave que les couteaux et entre l’apartheid et la fin même de la démocratie, une société israélienne de repris de justice est encore bien pire que la nôtre ?

Ronit Matalon, écrivaine israélienne : « Nous vivons sous un régime d’apartheid »
Propos recueillis auprès de Ronit Matalon par Christophe Ayad
Le Monde
10 janvier 2016

Depuis l’automne 2015, Israël est frappé par une vague d’attaques au couteau. Des actes de violence imprévisibles, menés par des individus isolés. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ces attaques au couteau, ce n’est qu’un début. Il y aura autre chose. Je ne sais pas exactement pourquoi ces individus font cela, mais je suis sûre que ce serait une question pertinente à poser à nos services de renseignement. En tant qu’intellectuelle, je me pose des questions. Des questions que se posent des services de renseignement.

Je me contente de constater plusieurs choses. D’abord, l’occupation [des territoires palestiniens] est comme un malade en phase terminale et je m’étonne presque que tout cela ne soit pas arrivé plus tôt. Ensuite, je constate que la caractéristique fondamentale de la société israélienne est le déni. Elle est prisonnière de sa rhétorique sur la sécurité et la victimisation. Les Israéliens ne comprennent pas pourquoi on leur fait cela. Ils se voient comme des gens tellement bien ! Nous ne pouvons pas voir que, lorsqu’on ne laisse aucun espoir à un peuple, on le pousse à de tels actes. Ehud Barak [ancien premier ministre travailliste de 1999 à 2001], qui n’est pourtant pas quelqu’un dont j’ai une opinion très positive, a dit un jour que s’il avait été adolescent dans les mêmes circonstances, il aurait agi de la même manière.

Ce que je dis n’est, en aucune manière, une justification des meurtres et de la terreur. Seulement, la violence ne fait qu’entraîner la violence. Il y a une forme de loi de la violence qui finit par contaminer les peuples qui se libèrent pour devenir, au final, des sociétés non démocratiques, des sociétés qui tuent. La violence ne peut être contenue dans une boîte. Elle s’étend, chez les Arabes comme chez nous. Si l’on regarde la manière dont nous définissons notre ennemi, nous sommes passés du « terroriste arabe » à l’Arabe tout court et au juif tout court.

La société israélienne semble déchirée entre des groupes irréconciliables. Qu’est-ce qui la rassemble ?

Les militants d’extrême gauche en Occident, et même les juifs libéraux, ont beaucoup de mal à comprendre quelque chose de propre à la société israélienne : sa très grande hétérogénéité. On peut même parler d’un ramassis de communautés qui n’ont rien en commun. Ce qui cimente et fabrique la collectivité israélienne en ce moment, c’est l’ennemi. Les gouvernants successifs ont compris cette donnée et la manipulent à loisir.

Ça a été comme ça tout au long de l’histoire du sionisme, mais il y avait toutes sortes de freins aux dérives. Aujourd’hui, ces freins ont disparu et l’actuel gouvernement de droite ne craint pas d’affirmer qu’il veut un Etat juif, donc non démocratique. Il y a toujours eu une tension dans la définition de l’Etat d’Israël, dès son origine, entre l’identité juive et le caractère démocratique. Au sein du sionisme, qui abritait plusieurs courants, le moins démocratique a triomphé. Ce débat est devenu anachronique et le sionisme des débuts a vécu. Nous vivons aujourd’hui sous un régime d’apartheid. Comment qualifier cela autrement quand nous construisons des routes réservées aux juifs ?

Rien de ce qui se passe aujourd’hui n’était absent à l’origine de l’Etat d’Israël, en 1948. Il y a toujours eu une lutte sur l’identité de ce pays. Dans son ADN, Israël me fait penser aux sociétés fondamentalistes.

Certains analystes disent que le jour où Israël signera la paix avec les Palestiniens, la société israélienne entrera en guerre civile. Qu’en pensez-vous ?

Il ne faut pas penser en termes apocalyptiques. Il y a assez de freins dans la société israélienne pour que la guerre civile ne soit pas à l’ordre du jour. On a cru que l’assassinat d’Yitzhak Rabin entraînerait une prise de conscience de la droite israélienne. C’est absurde, les mêmes disent aujourd’hui des choses bien pires qu’en 1995. C’est comme si la société israélienne était totalement désinhibée et que l’on pouvait tout y dire. En fait, il n’y aura pas de guerre civile parce que l’autre camp, celui opposé à l’extrême droite et ses idées, est trop isolé. La majorité ne va pas barrer la route aux extrémistes pour défendre une minorité éclairée. Enfin, je ne crois pas à la guerre civile parce que c’est un argument utilisé par la droite pour effrayer l’ensemble de la société.

Etes-vous favorable à une reprise du processus de paix ou croyez-vous qu’il est trop tard pour une solution à deux Etats ?

Il est tout à fait possible que la solution à deux Etats soit devenue impossible, en effet. Le processus de paix est devenu un slogan. L’Etat d’Israël n’arrive pas à savoir ce qu’il veut être, ni la société. Les Israéliens ont décidé de croire qu’ils ont essayé de faire la paix avec les Arabes et que les Arabes n’en ont pas voulu. Je ne dis pas que les Palestiniens n’ont pas leur part dans cet échec. Derrière le discours sur le processus de paix, il y a la colonisation : tout en négociant, les gouvernements investissent des milliards dans les territoires occupés palestiniens. Ehud Barak a plus investi dans les territoires que Benyamin Nétanyahou. Pour régler le problème israélo-palestinien, il faut une vraie co-volonté.

Le monde arabe, tout autour d’Israël, est en ébullition. Avez-vous le sentiment de vivre dans un pays assiégé par la violence et les menaces ?

Ce sentiment a toujours existé en Israël. La société israélienne ne s’est jamais considérée comme partie prenante de l’espace proche-oriental. Nous sommes restés comme une chair étrangère dans cette région. Personnellement, j’aurais souhaité qu’Israël passe des alliances avec les forces démocratiques chez ses voisins plutôt que d’encourager la montée du fondamentalisme islamique comme il l’a fait dans les années 1980 en favorisant le Hamas – pour contrer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). J’aimerais qu’on ait des rapports de voisinage. C’est évidemment un fantasme et personne ne pense dans ces termes aujourd’hui. L’Etat d’Israël est surtout occupé à souffler sur les braises des conflits qui l’entourent ou à chercher à les exploiter à son profit. Il ne considère pas ses voisins comme dignes de confiance.

A quoi ressemblerait un monde idéal ?

Dans un monde idéal, nous vivrions ensemble avec les Palestiniens dans un seul Etat démocratique, avec des droits égaux pour tous. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et, ce qui se dessine, c’est un Etat non démocratique dans la seule manière de vivre est de verser le sang.

Si un seul Etat binational et démocratique est mon idéal, je respecte la volonté des peuples. Et il est vrai que le peuple palestinien aspire pour le moment à se construire seul. Pour qu’il y ait un Etat unique dans cent ans, il nous faut passer par une phase où deux Etats cohabitent. Quand j’étais journaliste et que j’allais à Gaza, un de mes meilleurs amis palestiniens me disait : « Avant de parler de se mélanger dans un seul pays, il faut que nous apprenions à savoir qui nous sommes et qui vous êtes. » Tant qu’il n’y a pas d’identité autonome, partager un seul et même espace n’est pas possible. Quant à la solution à deux Etats, je ne sais pas comment elle sera mise en œuvre. Il pourrait tout à fait y avoir une présence juive dans un Etat palestinien, mais les colons n’en voudront pas, ni les Palestiniens.

Vous alliez à Gaza ? Bientôt, il y aura une génération de jeunes, Palestiniens comme Israéliens, qui n’aura jamais rencontré l’autre…

Au milieu des années 1980, quand j’allais à Gaza, l’atmosphère était très différente. C’était l’Intifada des pierres. Gaza n’était pas la prison à ciel ouvert qu’elle est devenue aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’échanges. Je ne dis pas que la situation était rose, mais la rencontre était possible ainsi que les échanges entre Israéliens et Palestiniens. Avec ce qui s’est passé ces dix dernières années, la coupure totale entre les deux sociétés, les Israéliens ne connaissent plus Gaza ni ses habitants. La « démonisation » de l’autre est devenue totale. Chacun est devenu un monstre pour l’autre. C’est d’ailleurs cette situation qui a peut-être conduit aux attentats-suicides. Il y a trop d’aliénation entre nos deux peuples.

Israël vit dans un isolement de plus en plus grand au niveau international. Les campagnes de boycottage se multiplient et l’on assiste à une recrudescence de l’antisémitisme. Cela vous inquiète ?

Je ne sais pas, parce que je ne vis pas en Europe. Les critiques, justifiées, à l’égard de la politique menée par l’Etat d’Israël se doublent parfois d’un antisémitisme profond et très inquiétant. Mais le problème, c’est la réaction de l’Etat, qui considère que toute critique, même légitime, relève de l’antisémitisme. Nous sommes incapables de distinguer entre la critique valable d’Israel et antisémitisme. En agissant ainsi, le gouvernement israélien met en danger la vie des juifs en Europe et aux Etats-Unis. Le plus terrible, c’est la manipulation de la Shoah par les gouvernements successifs. Ils n’ont cessé de tirer des bénéfices de cette manipulation. Le pire attentat à la mémoire de la Shoah qu’on puisse commettre, c’est de l’utiliser pour justifier les actes les plus immoraux, comme les bombardements indiscriminés de Beyrouth ou de Gaza, où l’on a tué des femmes, des enfants…

Vous sentez-vous désespérée, menacée ?

Ma critique et mon désespoir sont le signe de mon appartenance et de ma fidélité à la tradition de la pensée critique propre au judaïsme. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que, ces deux dernières années, j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres.

Ecrivaine israélienne, Ronit Matalon est née en 1959 à Gnei Tikva dans une famille originaire d’Egypte. Après des études de lettres, elle travaille comme journaliste pour le quotidien Haaretz, où elle couvre la bande de Gaza et la Cisjordanie entre 1987 et 1993. Elle a remporté en 2009 le prix de la Fondation Bernstein, qui récompense les auteurs d’expression hébraïque, pour son roman Le Bruit de nos pas (Stock, 2012). Aujourd’hui, Ronit Matalon, qui se présente comme « une Séfarade qui s’en est sortie », vit et enseigne à Haïfa. Son premier roman, De face sur la photo, est paru à l’automne dernier chez Actes Sud.

Voir aussi:

Israël: Arye Deri, repris de justice, nommé ministre de l’Intérieur
RFI

10-01-2016

En Israël, le chef du parti religieux ultra-orthodoxe, Arye Deri, 56 ans, a été nommé ce dimanche 10 janvier ministre de l’Intérieur. Un poste qu’il avait dû abandonner pour purger une peine de prison pour corruption. Il avait en effet déjà occupé le poste de ministre de l’Intérieur de 1988 à 1993. Il a ensuite été condamné en 2000 à trois ans de prison pour avoir touché un pot-de-vin de 155 000 dollars, ainsi que pour fraude et abus de confiance. Sa peine avait été réduite pour « bonne conduite ».
Avec notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul

Vingt-deux ans après, Arye Deri retrouve le poste qu’il avait été contraint d’abandonner après avoir été accusé de corruption, de fraude et d’abus de pouvoir. Condamné à trois ans de prison en 2000, il avait également été éloigné de la vie publique pour une période de sept ans sur ordre du tribunal.

Enfant prodige de la vie politique israélienne, devenu ministre de l’Intérieur une première fois à 29 ans, le rabbin Deri appartient au parti ultra-orthodoxe séfarade Shass. Réélu à la Knesset en 2015, il a occupé les fonctions de ministre de l’Economie puis de la Périphérie au sein de l’actuel gouvernement de Benyamin Netanyahu. Un portefeuille qu’il continuera à gérer après son retour au ministère de l’Intérieur.

Si sa nomination s’est faite sans problème au sein du gouvernement, les choses risquent d’être plus compliquées lors du vote à la Knesset cette semaine pour entériner le remaniement ministériel. Plusieurs ONG israéliennes ont également l’intention d’introduire un recours auprès de la Cour suprême pour tenter d’annuler la décision.

Le portefeuille de l’Intérieur s’est libéré le mois dernier. Le ministre en place, Silvan Shalom, a été contraint de démissionner après avoir été accusé par plusieurs femmes de viols et de harcèlement sexuel.

Voir également:

La piste terroriste pour l’instant écartée concernant l’attaque de militaires à Valence
Le Monde.fr avec AFP et Reuters

01.01.2016

Au lendemain d’une attaque contre des militaires stationnés devant la grande mosquée de Valence (Drôme), le procureur de la République Alex Perrin a affirmé, samedi 2 janvier, que la piste terroriste était actuellement écartée. M. Perrin a évoqué le « comportement d’un individu solitaire » et affirmé que « rien ne renvoie à l’appartenance à un réseau quelconque ».
Vendredi après-midi, un homme âgé de 29 ans, originaire de Bron, dans la banlieue lyonnaise, a foncé en voiture sur quatre militaires postés devant la mosquée. Le véhicule est revenu à la charge et les militaires ont ouvert le feu au deuxième assaut, blessant grièvement le conducteur au bras et à la jambe.

« Tuer des militaires qui tuent des gens »
L’agresseur, qui aurait dit « Allahou akbar ! » (« Dieu est le plus grand ! ») lors de l’attaque, semble avoir « un lien avec une certaine religiosité », a ajouté M. Perrin. L’homme a tenu des propos « confus » aux secouristes, auxquels il a déclaré qu’il souhaitait « se faire tuer par des militaires et tuer des militaires », au motif que ceux-ci « tuaient les gens ».

Ni arme ni explosif n’ont été trouvés à l’intérieur de la Peugeot 307 break rouge utilisée par l’agresseur, et la section antiterroriste du parquet de Paris a décidé de ne pas se saisir du dossier, qui reste aux mains du parquet de Valence.

L’agresseur, qui était inconnu des services de police, a été hospitalisé à Valence, sous le régime de la garde à vue, pour être opéré. Les ministères de la défense et de l’intérieur ont précisé que ses jours n’étaient pas en danger. L’homme devrait être entendu par les enquêteurs de la police judiciaire de Lyon dès que son état médical le permettra.

Les auditions de témoins, du voisinage et de la famille, commencées vendredi, se poursuivaient samedi pour tenter de déterminer les motivations de l’agresseur. Les militaires en faction étaient-ils la cible ? ou était-ce la mosquée, la seule de la ville mais l’une des plus importantes de la région ?

Le « sang-froid » des militaires

L’homme a agi entre deux offices, au moment où de nombreux musulmans étaient présents aux abords de la mosquée en ce jour de prière. Selon la préfecture, la grande mosquée de Valence est un lieu très calme, « où le culte se passe de manière apaisée ». Abdallah Dliouah, l’un des imams, a confirmé que la mosquée n’avait « jamais reçu de menace ». Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a condamné « avec la plus grande fermeté » une « agression lâche ».

De Jordanie, où il est en déplacement, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a salué samedi le « sang-froid » des soldats déployés dans le cadre de l’opération « Sentinelle », visant à protéger des édifices à risque sur l’ensemble du territoire.

L’attaque « montre que “Sentinelle” est une opération dangereuse et qu’il faut faire appel à des militaires parce qu’ils ont cette expérience-là, de vigilance, de sang-froid », a affirmé M. Le Drian. « Ils ont été tout à fait à la hauteur de leur tâche », a-t-il poursuivi. L’un des quatre militaires a été touché par le véhicule et légèrement blessé au genou et au tibia.

Manuel Valls, le premier ministre, a également fait part de son « soutien aux militaires attaqués ».

Voir encore:

L’assaillant présumé du commissariat de Barbès est-il « déséquilibré »?
Claire Hache et AFP

L’Express

07/01/2016

Selon des sources proches de l’enquête, l’individu abattu ce jeudi devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris serait un homme de vingt ans né au Maroc, connu des services de police pour une affaire de vol en réunion en 2013 dans le sud de la France.

Peu d’informations ont pour l’instant fuité sur l’identité de l’homme abattu ce jeudi par la police devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris. Selon des sources proches de l’enquête, l’homme était connu des services de police pour une affaire de vol en réunion en 2013 à Saint-Maxime, dans le Var.

A l’époque des faits, il avait déclaré aux gendarmes chargés de l’enquête s’appeler Sallah Ali. Il se présentait comme un sans domicile fixe, né en mai 1995 à Casablanca au Maroc. Ses empreintes digitales avaient alors été entrées dans le Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) et correspondent à celles de l’homme tué ce jeudi après devant le commissariat de la Goutte d’Or. Ce jeudi, les enquêteurs précisent à L’Express que l’individu ne dormait pas dans la rue, « ce qui n’exclut pas qu’il puisse être logé chez des amis ».

« Des signes de déséquilibre », selon Christiane Taubira
Seule certitude: il portait sur lui un papier figurant le drapeau de Daech et expliquant sa volonté de « venger les morts en Syrie ». Selon BFMTV, il aurait prêté allégeance, dans ce document, à Abu Bakr al-Baghdadi, le leader de l’organisation Etat islamique.

Sur iTélé, la Garde des Sceaux Christiane Taubira indique que l’individu était « fiché pour des actes de petite délinquance », qu’il « n’a aucun lien avec la radicalisation violente ». Une source proche de l’enquête précise à L’Express qu’il était inconnu des services de renseignement. Selon la locataire de la place Vendôme, l’acte commis ce jeudi pourrait traduire « des signes de déséquilibre ». Pourtant, selon une source policière contactée par L’Express, les enquêteurs affirment ne pas disposer « pour l’instant d’éléments pouvant faire penser à un déséquilibré ».

Voir encore:

L’homme abattu devant un commissariat du 18e vivait dans un foyer de réfugiés en Allemagne
L’Express avec AFP

L’Express

10/01/2016

La police allemande a perquisitionné un foyer de demandeurs d’asile dans l’ouest du pays. L’homme tué devant un commissariat à Paris y vivait. Son identité est toujours en cours de confirmation.
L’enquête avance sur l’homme qui a été tué devant un commissariat du 18e arrondissement de Paris jeudi. Un foyer de demandeurs d’asile a été perquisitionné samedi par la police régionale allemande. L’assaillant, dont l’identité n’est toujours pas confirmée, y vivait, ont indiqué dans un communiqué les forces de l’ordre Outre-Rhin.

Une demande d’asile déposée avec un troisième nom?
La police n’a pas précisé si cet homme était enregistré comme demandeur d’asile en Allemagne. Mais une source proche du dossier a indiqué à l’AFP que c’était effectivement le cas. Une carte SIM allemande avait été retrouvée en sa possession.

Selon des informations publiées dimanche par l’hebdomadaire allemand Welt am Sonntag, l’homme avait peint un symbole de l’EI sur un mur de son foyer. Le magazine Spiegel assure qu’il a posé dans le centre avec un drapeau de l’organisation, ce qui a amené les autorités locales à le classer comme potentiellement dangereux. Toutefois il a disparu de Recklingshausen au mois de décembre, ajoute Spiegel Online.

Welt am Sonntag précise pour sa part que l’homme s’était fait enregistrer en Allemagne sous quatre identités différentes et en donnant des nationalités variables, par exemple syrienne, marocaine ou encore géorgienne. Sa demande d’asile, elle, aurait été déposée sous le nom de Walid Salihi, selon le journal. Les autorités françaises avaient jusqu’à présent deux identités pour le même homme: Sallah A., le nom donné lors d’une précédente affaire en 2013, et Tarek B., comme il a été identifié par une famille en Tunisie.

« Aucun indice » d’autres attaques

Lors de la perquisition de ce foyer situé à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, « aucun indice de possibles autres attaques » n’a été trouvé. Précisant avoir agi sur information des autorités françaises, la police judiciaire assure que « les enquêtes se poursuivent » et que les résultats de la perquisition vont encore être examinés en détail.

Un an jour pour jour après les attentats contre Charlie Hebdo, l’homme était arrivé en courant vers les policiers en faction devant le commissariat de la Goutte d’Or, un quartier populaire de Paris, en brandissant un hachoir de boucher, et muni d’un dispositif explosif factice. Il n’a pas répondu aux injonctions de s’arrêter des policiers, qui ont alors ouvert le feu. Une revendication djihadiste incluant une profession de foi de l’organisation Etat islamique a été retrouvée sur lui, selon les autorités françaises.

Voir de plus:

Marseille: un juif blessé avec une machette
Le Figaro avec AFP
11/01/2016

Un mineur, vraisemblablement déséquilibré, a blessé légèrement avec une machette un homme qui portait une kippa ce matin à Marseille, en pleine rue, avant d’être interpellé par la police et de revendiquer un geste antisémite, a indiqué une source policière.

Le jeune homme, né en 2000, a porté des coups à la victime devant la mairie du 9e arrondissement de Marseille, devant des témoins, et a laissé l’arme sur place, a précisé cette source. La victime a été légèrement blessée au dos et à la main.

Parti en courant, l’auteur présumé a été interpellé dix minutes plus tard par la brigade anti-criminalité (BAC) à qui il a tenu des propos incohérents. « L’individu ne semble pas jouir de toutes ses facultés », a précisé une source proche du dossier. Néanmoins, « l’affaire est prise très au sérieux par les enquêteurs », a expliqué la source policière.

« Une révoltante agression antisémite »

Selon le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la victime est un enseignant d’une école juive. « L’enseignant de l’école juive a subi des blessures aux mains, s’est défendu et a mis en fuite son agresseur », écrit le Crif sur son compte Twitter. « L’enseignant de l’école juive a été poursuivi sur 50 mètres, sur le chemin de son travail ».

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé lundi sur son compte twitter une « révoltante agression antisémite ». « Une enquête est « en cours sous l’autorité de la Justice », a-t-il ajouté.

Voir de même:

Israeli Author to Le Monde: ‘We Live Under an Apartheid Regime’

In an interview with the French newspaper, Ronit Matalon wonders why the current wave of attacks ‘did not happen sooner.’

Shlomo Papirblat

Haaretz

Jan 11, 2016

« We live under an apartheid regime, » read the headline in Le Monde’s interview with Israeli author Ronit Matalon. The article, which was published on Sunday, drew public attention, with more than 1,500 readers sharing it on Facebook.

The interview was held ahead of the publication of Matalon’s book, « The One Facing Us, » in French.

When asked about the current wave of attacks, she answered, « These knife attacks are just the beginning. »

« As an intellectual, I ask myself questions, » she continued. Calling the occupation a « terminally ill patient, » Matalon wondered « how all of this did not happen sooner. » She added, « I see that the fundamental characteristic of the Israeli society is denial. It is a prisoner of its own rhetoric on security and sacrifices. »

Later in the interview, Matalon stated: « There is no other we to define it – we are living under an apartheid regime. » She admitted that her biggest worry was her fear to express her opinions.

« What is happening in Israeli society is more frightening then knife attacks. I’m afraid of losing our democratic identity, » she said.

Voir par ailleurs:

Cologne: la chaîne publique allemande s’excuse pour ne pas avoir couvert les faits
7 sur 7
6/01/16

La chaîne publique allemande ZDF a présenté ses excuses pour avoir tardé, à l’instar de la plupart des grands médias nationaux, à évoquer les agressions sexuelles sur des femmes survenues le soir du Nouvel An à Cologne, ce qui suscite des critiques du public.

Le fait que le journal de 19h lundi soir « n’ait pas au moins mentionné les incidents était une négligence », écrit la rédaction du journal télévisé sur ses comptes Facebook et Twitter. Ne pas en parler lundi soir « était (…) clairement un jugement erroné », reconnait ZDF, dont la page Facebook est émaillée de commentaires de spectateurs mécontents: « ma confiance dans (cette chaîne), pour laquelle je paie des impôts, s’amenuise de plus en plus », écrit l’un deux, alors que d’autres s’étonnent que ZDF « passe sous silence depuis un certain temps certaines choses ».

Une centaine d’agressions
Attribuées à des « jeunes apparemment d’origine arabe », les agressions, plus d’une centaine au total, ont été commises sur des femmes la nuit du Nouvel an à Cologne (ouest), soit dans la nuit de jeudi à vendredi. Des faits similaires ont également été signalés à Stuttgart (sud-ouest) et Hambourg (nord). Plus d’une centaine de plaintes ont été déposées au final, selon un décompte de la police mercredi.

Nuit tranquille, selon la police
Mais le 1er janvier, soit le lendemain des événements, la police de Cologne a publié un communiqué faisant état d’une nuit sans incidents notables. Elle a commencé à donner de premiers éléments dans la journée du lundi à mesure que s’accumulaient les plaintes des victimes, avant que l’affaire ne prenne toute son ampleur mardi en Allemagne.

Emoi considérable
Elle a depuis provoqué un émoi considérable, le gouvernement condamnant les violences tout en s’inquiétant d’une stigmatisation des réfugiés. La police parle d’agresseurs d’apparence « nord-africaine » ou arabe ». La municipalité et la police de Cologne sont depuis sous le feu des critiques, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière fustigeant notamment l’inaction des forces de l’ordre à Cologne le soir des faits.

« Rien jusqu’à lundi dans les journaux »
Plus globalement, le peu d’écho avant mardi des médias sur cette affaire est également mis en question. Le site spécialisé sur les médias, Meedia, a ainsi relevé qu’il a fallu « quatre jours » pour que l’affaire soit « relatée de façon exhaustive au niveau national ». « Lorsque l’on regarde (la presse nationale), il n’y a rien jusqu’à lundi sur ces incidents », poursuit Meedia. « Il a fallu quatre jours pour que la grande machine médiatique ne s’enclenche », épingle encore le portail.

« Presse mensongère »
L’affaire alimente du coup aussi les thèse complotistes et celles de mouvements hostiles aux réfugiés, à l’image de Pegida qui fustige régulièrement la « presse mensongère ».

Voir également:

Décryptage
Harcèlement du nouvel an: l’émoi allemand
Nathalie Versieux, Correspondante à Berlin

Libération

6 janvier 2016

Après des agressions sexuelles, la nuit du réveillon à Cologne, imputées à des hommes présentés comme des maghrébins, le débat sur les réfugiés s’envenime.

L’Allemagne est choquée par une forme inédite de harcèlement visant des femmes. Près de 150 agressions sexuelles, commises par des jeunes d’apparence maghrébine dans la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, Hambourg et Stuttgart, provoquent une forte émotion dans le pays. Le gouvernement condamne les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés.

Que s’est-il passé en cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne ?
Les témoignages sont concordants. A sa descente du train régional, à la gare centrale de Cologne, Anna, 27 ans, prend peur : «La place était pleine, presque que des hommes, quelques femmes terrorisées, que tous dévisageaient. J’avais l’impression d’être au marché aux bestiaux ! Presque aussitôt, j’ai senti une première main se glisser dans mon jean. Je me suis accrochée à mon ami, et nous avons pris la fuite…» «Je n’ai jamais vu autant de femmes pleurer», décrit pour sa part Steffi, travailleuse sociale de 31 ans. Arrivée elle aussi peu après minuit des environs de Cologne en train, elle est frappée par «la forte concentration d’hommes jeunes, d’apparence maghrébine, pour beaucoup ivres» qui se trouvent dans la gare. «Salope», «sale pute»… rapidement les insultes pleuvent. Dans un coin, une très jeune fille blonde pleure, le collant déchiré, la jupe de travers. Une femme de 60 ans raconte «avoir paniqué» lorsqu’elle s’est retrouvée «encerclée par de très jeunes hommes d’allure moyen-orientale», cherchant à lui toucher les seins ou à lui mettre la main dans le pantalon. Sous le coup de la peur, elle n’a pas remarqué la disparition de son porte-monnaie.

A Hambourg, un étudiant de 25 ans, Krill, assiste à trois scènes similaires en quelques minutes. «J’ai eu l’impression que ces hommes s’étaient donné le mot, qu’ils avaient décidé de se lâcher…» Plus de 100 femmes ont porté plainte depuis, pour vol et agression sexuelle, une pour viol. Toutes ont raconté avoir été encerclées par des groupes d’une dizaine à une vingtaine de jeunes hommes aux environs de la gare de Cologne. Les agresseurs, âgés de 15 à 35 ans et d’apparence maghrébine selon les victimes, se sont livrés à des attouchements, avant de voler portable ou sac à main. Des scènes similaires se sont également produites à Hambourg (une douzaine de plaintes) et Stuttgart.

«Nous avons affaire à une forme de criminalité organisée d’un type inédit», dénonce Wolfgang Albers, le patron de la police de Cologne, choqué du caractère systématique et du nombre important des agressions. On sait, à ce stade de l’enquête, qu’un millier de jeunes, pour la plupart ivres, se sont mis à jeter des pétards et des feux d’artifice dans la foule depuis le sommet des marches du parvis de la cathédrale peu après minuit, provoquant une première intervention des forces de l’ordre. «Les hommes se sont alors dispersés dans le noir en petits groupes», explique le porte-parole des forces de l’ordre.

C’est à partir de ce moment, entre minuit et 4 heures du matin, que se seraient produites la plupart des agressions. «On ne peut pas parler de 1 000 agresseurs, tente de rassurer la police de Cologne. Mais il est certain que les agresseurs se trouvaient parmi ce groupe d’un millier de jeunes hommes d’allure étrangère.» La police ne croit pas que les agressions de la Saint-Sylvestre soient le fait de demandeurs d’asile mais plutôt d’une ou plusieurs bandes de petits criminels maghrébins installés de longue date en Allemagne et pour certains déjà connus des forces de l’ordre. Le fait que certains aient parlé allemand confirmerait cette hypothèse.

Pourquoi l’affaire n’a-t-elle éclaté au grand jour que mardi ?
Au petit matin du 1er janvier, la police de Cologne, visiblement dépassée, dressait un bilan «positif» de la nuit de la Saint-Sylvestre : «Comme l’an passé, les festivités sur les ponts du Rhin, dans le centre de Cologne et de Leverkusen se sont déroulées de façon pacifique», annonce le communiqué officiel des forces de l’ordre. Plus tard dans l’après-midi, la police dresse un premier bilan de 30 plaintes de jeunes femmes agressées. Lundi, on passe à 60 plaintes. Le communiqué officiel parle cette fois de «violences d’une dimension inédite». Mardi, les cercles du pouvoir à Berlin prennent la mesure du scandale. Depuis, autorités fédérales et régionales se renvoient la balle. Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, accuse la police de Cologne de «négligences». «J’attends des explications urgentes : ces agressions étaient-elles organisées ? S’agissait-il de Nord-Africains ? Et comment la police a-t-elle pu prétendre le lendemain que la nuit avait été paisible ?» Rainer Wendt, président de DPolG, un syndicat de la police, s’en prend lui au gouvernement : «Où se trouvaient les renforts de la police fédérale qui étaient prévus à Cologne le soir de la Saint-Sylvestre ? Dépêchés en Bavière, pour surveiller les frontières !» A Cologne comme à Hambourg, les forces de l’ordre ont visiblement été débordées par l’afflux de fêtards. Les jeunes femmes agressées rapportent toutes ne pas avoir noté de présence policière particulière à proximité. Une policière en civil ce soir-là figure même parmi les victimes.

Comment réagissent les autorités ?
Cette vague d’agressions provoque une vive émotion en Allemagne. Gouvernement et opposition condamnent les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés. Depuis des mois, le débat politique se crispe en Allemagne autour de la question des migrants, à la veille de cinq scrutins régionaux en mars et en septembre. Le succès de mouvements tels que Pegida, ou la progression du petit parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AFD) expliquent la grande prudence de la classe politique sur la question des réfugiés. «Ces succès montrent qu’une partie importante de l’opinion se distancie des valeurs de la Constitution», souligne le politologue Timo Lochocki. Mardi, la chancelière, Angela Merkel, se disait «outrée par ces agressions abjectes et ces attaques à caractère sexuel», exigeant «une réponse sans faille de l’Etat de droit». «Nous devons tout mettre en œuvre pour retrouver les coupables sans délai, et les punir sans considérer leur apparence, leurs origines ou leur histoire personnelle», a précisé son porte-parole Steffen Seibert. Comme lui, la plupart des commentateurs, sans les citer, tentent de dissocier les agressions de la vague de demandeurs d’asile entrés en Allemagne depuis la fin du mois d’août. «On ne peut pas prétendre que ce genre d’agressions soit typique des Arabes ou des réfugiés, estime la verte Claudia Roth, vice-présidente du Bundestag. Il s’agit de violence masculine, et d’une tentative d’exploiter la Saint-Sylvestre comme si c’était une période de non-droit.» «Le fait que des personnes d’origine étrangère soient associées à ces faits ne doit pas conduire à ce que les réfugiés soient systématiquement soupçonnés», insiste le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

L’affaire sert-elle l’extrême droite ?
Le mouvement anti-islam Pegida et le petit parti AFD se sont déjà engouffrés dans la brèche. «Il est maintenant évident que la politique d’Angela Merkel a provoqué une crise dramatique, estime le président de l’AFD pour le Bade-Wurtemberg, Jörg Meuthen, à deux mois des élections régionales à Stuttgart. Les excès de violence de la Saint-Sylvestre sont les premiers effets d’un mélange explosif d’immigration incontrôlée, de défaillance de l’Etat de droit et de déni du politique.» La présidente de l’AFD, Frauke Petry, dénonce «des agressions rappelant la situation d’absence de droit qui régnait en Allemagne à la fin de la guerre». Jusqu’à un million de femmes avaient alors été victimes de viols, commis par des Soviétiques dans l’est du pays. «Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent à de telles agressions, il s’agit d’une éclatante trahison des valeurs de l’hospitalité et cela doit conduire à la fin immédiate de leur séjour en Allemagne», estime pour sa part Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU, la branche bavaroise et conservatrice du parti d’Angela Merkel. La CSU réclame la limitation à 200 000 par an des nouvelles arrivées. En 2015, l’Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d’asile.

Voir aussi:

Acharnement de l’AFP: « Israël nomme un repris de justice Ministre de l’Intérieur »
Coolnews

10 janvier 2016

L’AFP a encore frappé. Avec la nomination d’Arye Deri à la tête du Ministère de l’Intérieur, l’Agence de presse a utilisé un titre qui sonne une nouvelle fois comme une charge contre Israël, qualifiant ce dernier de « repris de justice ».

Selon le Larousse, un « repris de justice » qualifie une personne condamnée au pénal. En ce sens, tout condamné peut être qualifié de ces mots. Mais réduire la qualité d’une personne à ce titre est une démarche foncièrement hostile.

On ne se souvient pas d’un tel rappel concernant les politiques arabes, dont la corruption est connue de tous, dans les dépêches de l’AFP.

Pour rappel, le précédent premier ministre français, Jean-Marc Ayrault avait lui aussi été condamné au pénal. S’en était suivi en France un débat sur le rappel de ce fait dans les articles décrivant M. Ayrault.

Il est instructif de rappeler l’avis du médiateur du magazine Le Point à ce sujet:

« Ainsi, si l’on s’en tient aux dispositions du Code pénal alors applicable, comme le maire de Nantes [Jean Marc Ayrault ndlr.] a exécuté sa peine, qu’il n’a pas subi de nouvelle condamnation et que, depuis, le délai d’épreuve de cinq ans est dépassé, Jean-Marc Ayrault bénéficie des dispositions de l’article 133-13 qui stipule que « la réhabilitation est acquise de plein droit », « après un délai de cinq ans à compter soit de l’exécution de la peine, soit de la prescription accomplie ». En clair, le casier judiciaire de Jean-Marc Ayrault est vierge, il est un citoyen comme un autre, il ne doit plus rien à la Cité, qui, d’une certaine façon, l’a absous. Dans l’équipe de modération, les partisans du « non à l’expression repris de justice » en concluent qu’à ce titre, réitérer le rappel de l’expression dans les commentaires n’a pas de portée argumentative, et relève finalement de l’invective gratuite qui dessert la tenue du débat, soit par aigreur, soit par esprit partisan. Ce serait d’ailleurs, selon eux, permettre qu’on salisse gratuitement l’honneur d’un homme que la société et sa justice ont entendu laver de l’infamie, et donc se placer inopportunément au-dessus d’elles. »

Et encore, cette analyse ne concerne pas l’utilisation du terme « repris de justice » dans le titre d’une dépêche mais le rappel d’une condamnation. L’AFP confirme donc selon les mots mêmes des médias français relever de l’invective gratuite quand il s’agit d’Israël, soit par aigreur soit par esprit partisan. Peut-être les deux?

Voir de plus:

Ayrault : dire ou ne pas dire « repris de justice » ?
L’expression, les commentaires la véhiculent des milliers de fois chaque jour. Elle embarrasse les modérateurs, qui se sont posé la question : au nom de quoi doit-on, peut-on, laisser répéter tant de fois que Jean-Marc Ayrault est un repris de justice ? En quoi cela sert-il le débat ?
Ludovic Pauchant

Le Point

15/05/2012

« Je ne savais pas qu’un repris de justice faisait un candidat potentiel pour le job de Premier ministre », s’agaçait, il y a quelques jours, Nederlander. Avec lui, des centaines d’autres internautes : alors que Jean-Marc Ayrault est pressenti Premier ministre du nouveau gouvernement, que François Hollande a juré mordicus qu’il ne s’entourerait pas d’un homme « jugé et condamné », les médias, puis les internautes, nombreux, sont montés au créneau. Et l’expression « repris de justice » a pris ses quartiers dans les commentaires.

Occulter, c’est travestir la vérité

Parce que nous avons conscience de la complexité de notre mission de modération des milliers de commentaires que chaque jour vous soumettez dans les colonnes du Point.fr, nous nous précipitons dans les impasses que l’actualité commande, pour tenter de définir collégialement ce qui relève du publiable, et sur quels critères. Parce qu’ils croient en la vertu du débat démocratique, les modérateurs font valoir leurs analyses, pour trouver un équilibre dans les choix de modération. Comme dans toute communauté, il arrive qu’ils peinent à s’accorder : nous y voilà, une nouvelle fois, avec cette expression « repris de justice ».

La question est posée : l’expression « repris de justice » apporte-t-elle quelque chose au débat, vaut-elle argument ? Au nom de l’histoire et d’une certaine idée de la vérité, certains modérateurs, comme certains lecteurs, estiment que oui. Notamment parce que Jean-Marc Ayrault est un personnage public, qu’il a été condamné dans l’exercice d’un mandat public, et que le citoyen doit pouvoir tout connaître de qui l’administrera. Occulter une condamnation relèverait, dès lors, du travestissement de la vérité. Stricto sensu, le Larousse leur donne raison, puisqu’il entend par « repris de justice », « toute personne ayant fait l’objet d’une condamnation pénale ». Du point de vue de la langue française, l’affaire pourrait donc s’arrêter là.

Le soupçon, un encombrant boulet

C’est oublier que le modérateur n’est pas qu’un « obsédé textuel » : comme pour chacune de vos contributions, il y cherche avec la patience de l’entomologiste l’intention communicative, c’est-à-dire ce que l’internaute a souhaité, même à demi-mot, exprimer. Pour, in fine, décider que le commentaire a sa place dans le débat, ou qu’il ne s’inscrit pas dans le cadre strict fixé par la charte de modération du Point.fr.

Or, ce que la solution fondée sur le sens propre de l’expression de « repris de justice » écarte, c’est que les mots, selon le contexte, prennent un sens nouveau dans les commentaires.

Alors, le problème se corse. La voix des partisans du « non » s’élève : utiliser l’expression « repris de justice », ce n’est pas tant évoquer une condamnation passée, mais, souvent, au mieux, laisser entendre qu’un soupçon de malhonnêteté plane sur la tête du Premier ministre présagé, comme un encombrant boulet. Ou, au pire, laisser entendre qu’il est susceptible de recommencer, et qu’à ce titre, il n’est pas digne de confiance, et même, dans certains commentaires, que le confirmer à de hautes fonctions publiques serait une escroquerie.

L’invective gratuite dessert le débat

Le droit, dans sa rigueur et sa relative neutralité, est alors, au moins intellectuellement, d’un louable secours. Ainsi, si l’on s’en tient aux dispositions du Code pénal alors applicable, comme le maire de Nantes a exécuté sa peine, qu’il n’a pas subi de nouvelle condamnation et que, depuis, le délai d’épreuve de cinq ans est dépassé, Jean-Marc Ayrault bénéficie des dispositions de l’article 133-13 qui stipule que « la réhabilitation est acquise de plein droit », « après un délai de cinq ans à compter soit de l’exécution de la peine, soit de la prescription accomplie ». En clair, le casier judiciaire de Jean-Marc Ayrault est vierge, il est un citoyen comme un autre, il ne doit plus rien à la Cité, qui, d’une certaine façon, l’a absous. Dans l’équipe de modération, les partisans du « non à l’expression repris de justice » en concluent qu’à ce titre, réitérer le rappel de l’expression dans les commentaires n’a pas de portée argumentative, et relève finalement de l’invective gratuite qui dessert la tenue du débat, soit par aigreur, soit par esprit partisan. Ce serait d’ailleurs, selon eux, permettre qu’on salisse gratuitement l’honneur d’un homme que la société et sa justice ont entendu laver de l’infamie, et donc se placer inopportunément au-dessus d’elles.

Justice et morale ?

Finalement, passée l’émotion des débats, la solution à cet épineux problème se trouve quelque part au confluent des questions qui en découlent.

Au nom de la morale, de ce qui est « bien » et « mal », si l’on s’en tient au Larousse, Jean-Marc Ayrault est un repris de justice. Au nom de la justice, il n’en est pas un. Privilégier la morale, c’est nier la justice, pilier démocratique et puissant outil de remise en ordre quand le chaos guette. Privilégier la justice, c’est accorder à l’État, et donc à la société, le droit de prendre lui-même le chemin qu’il estime bon pour lui, quitte à laisser derrière lui, sur ce chemin, une part de la vérité. En somme, c’est considérer que parfois, décréter la vérité a du bon, au nom d’intérêts considérés comme supérieurs, ou au moins indispensables à la vie dans la cité : le droit à l’oubli, le droit à une deuxième chance, la force « purgative » de la justice, le droit à la réhabilitation, voire à quelque chose comme le pardon et la rédemption. Mais cela suppose d’oublier un temps des droits considérés comme essentiels à l’exercice démocratique. Par exemple, le droit à la liberté d’expression, les dispositions relatives au droit de la presse.

Jugé, condamné…, réhabilité

Aucune solution n’affleure. Comment ne pas glisser de la modération vers la censure ? La question s’était déjà posée dans les cas, entre autres, des affaires Juppé et Fabius : la position traditionnelle des modérateurs a toujours été de ne pas laisser croire que la réitération de ce qui ressemble à des éléments de langage propagandistes pouvait tenir lieu d’arguments dans le débat. Peut-être, alors, cette solution est-elle la bonne, ni au-delà, ni en deçà. Car enfin, de quoi s’agit-il ? D’une affaire de marché public, d’un délit de favoritisme, il y a 17 ans, affaire à l’issue de laquelle Jean-Marc Ayrault a été jugé, condamné, puis réhabilité. Rien dont il ne puisse se vanter, mais rien, non plus, qui justifie une lapidation en règle. La littérature du passé nous ramène parfois au présent : pour un morceau de pain volé, l’émondeur de Faverolles est envoyé au bagne, honneur et probité avec lui. Victor Hugo l’a appelé Jean Valjean, en lui collant aux trousses l’inspecteur Javert, justicier de la Morale. Toute sa vie, Valjean est pourchassé, tout petit voleur qu’il fut un mauvais jour de disette. De Valjean à Ayrault, il y a un pas qu’il ne nous appartient pas de franchir. D’ailleurs, ce serait grotesque. Cela ne nous empêche pas d’en tirer un enseignement, et de trancher dans la question qui nous occupe : l’acharnement, quel qu’il soit, n’est pas une oeuvre utile. Et surtout, il nuit au débat.

Voir aussi:

L’affront fait à Jean-Marc Ayrault
Renaud Dély
Le Nouvel Obs

12-05-2012

En s’emparant de la condamnation de l’homme pressenti pour être le futur Premier ministre de Hollande, les responsables UMP se réfèrent au droit… et se mettent eux-mêmes hors la loi !
Jean-Marc Ayrault, dont le nom circule comme possible Premier ministre du président Hollande, est l’objet depuis quelques jours d’une virulente campagne. L’UMP s’est emparée de sa condamnation, en décembre 1997, à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis et 30.000 francs d’amende pour délit de favoritisme dans l’attribution d’un marché public.

En l’occurrence, les conditions de l’appel d’offres concernant le journal municipal de Nantes n’ont pas été respectées. Jean-Marc Ayrault a été condamné es qualités de maire pour avoir acté la création d’une association chargée de gérer la communication de la ville, laquelle a confié « sans mise en concurrence », la fabrication et l’impression de Nantes passion, le magazine municipal, à une entreprise privée.
Au demeurant, la faute demeure assez bénigne et nul n’a jamais soupçonné Jean-Marc Ayrault d’un quelconque enrichissement personnel ou de financement illicite de son activité politique.

On peut toutefois comprendre que la droite se soit saisie de cette vieille histoire pour tenter de mettre en contradiction François Hollande, lui qui s’était engagé au cours de sa campagne à ne s’entourer d’aucune personnalité « jugée et condamnée ». C’est de bonne guerre, même si la polémique ne vole pas très haut…

Le seul souci, c’est que les responsables UMP qui se réfèrent ainsi au droit… se mettent eux-mêmes hors la loi !

En effet, il semble que nul ne puisse mentionner publiquement la condamnation de Ayrault depuis décembre 2007. Après avoir payé la peine d’amende qui lui était réclamée, l’élu nantais bénéficie, comme tout justiciable, des effets de la réhabilitation. Celle-ci est acquise à l’issue d’un délai de cinq ans dans le cas d’une peine d’emprisonnement assortie de sursis simple, selon l’article 133-13 du Code pénal.

A ce premier délai de cinq ans, un second de la même durée s’ajoute à l’expiration duquel une condamnation à du sursis simple est dite « non avenue ».

Bref, attaqué par ses adversaires pour des faits qui ne peuvent plus être mentionnés publiquement, Jean-Marc Ayrault serait en droit de les poursuivre à son tour en diffamation. La justice a des subtilités qui échappent, bien souvent, à la violence du combat politique.

Voir aussi:

Alexandra Laignel-Lavastine : la fin de la récréation a sonné
Sacha

Danilette’s

17 décembre 2015
Voici l’ITW d’Alexandra Laignel-Lavastine par Sonia Mabrouk sur Public Sénat le 14 décembre 2015

« Je mets les pieds dans le plat, ça ne fait rien »…
Sonia Mabrouk : Alexandra Laignel-Lavastine, quel est votre regard, votre analyse sur ce second tour d’hier ?
-Alexandra Laignel-Lavastine : je pense que l’heure n’est vraiment pas au triomphalisme, le Front national ne cesse de progresser depuis des années, c’est ça la réalité à laquelle nous sommes confrontés et je crois que nous en sommes arrivés là parce que nous autres, politiques, journalistes, faiseurs d’opinion au sens large, nous avons eu très coupablement tendance au cours de toutes ces 15 dernières années à lui abandonner littéralement le monde et ses réalités déplaisantes, puisque tout de même une guerre vient de nous être déclarée, en se refusant à nommer l’ennemi, c’est à dire l’islamisme, en capitulant devant le communautarisme et tout ce qu’il implique de sexisme, d’antisémitisme, de vision complètement rétrograde de l’homme et de la société […] comment à force de lâcheté et comment à force de s’enfoncer dans ce véritable déni idéologique du réel, nous avons aujourd’hui 15 ans de retard à l’allumage face à la menace islamiste comme face à la progression du Front national.

On va en parler, on dirait dans votre discours que vous les mettez sur le même plan ? C’est une critique froide et sans concession des élites, élites politiques, élites médiatiques, élites intellectuelles, est-ce que vous dites que l’ascension de Marine Le Pen c’est en partie notre oeuvre ?
-oui tout à fait, ce qui m’a fait le dire aussi c’est un intellectuel d’origine musulmane laic et démocrate, je pense que les dissidents du XXIème siècle ce sont eux, c’est à dire ces hommes et ces femmes, il ne faut pas les oublier, qui se battent pour leur liberté et pour la notre et qui ne cessent depuis 10 ans de tirer la sonnette d’alarme sans qu’on les entende, je rappelle tout de même que l’intellectuel musulman préféré des plateaux de télévision pendant 10 ans c’était Taril Ramadan, alors qu’ils sont remarquablement courageux, et cet intellectuel me disait quoi, déjà au printemps, quelques mois après Charlie, il me disait qu’un certain nombre d’intellectuels européens progressistes ou qui se croient encore progressistes sont effrayants, ils se comportent comme des collabos, envers l’islam radical et l’islamisme, moyennant quoi ils pavent la voie à la droite extrême […]
Je crois que la distinction entre vrai et faux islam n’a pas de sens, une religion c’est ce que les hommes en font à un moment donné de l’histoire […] il faudrait aussi, c’est d’ailleurs ce que les intellectuels musulmans éclairés nous disent du matin au soir que les musulmans notamment les responsables musulmans français se posent aussi la question de savoir comment il se fait qu’il y a autant de branches pourries dans l’islam qui pourrissent le monde musulman et qui pourrissent le monde, on aimerait bien que cette question soit clairement posée […] il faudrait que l’islam et les musulmans eux-mêmes arrivent à réinsuffler une bonne dose de lumière dans un modèle culturel parce que les causes ne sont pas seulement économiques et sociales et là je crois qu’à répéter cela, cela revient à se tirer une balle dans le pied, les causes sont aussi culturelles et c’est cela qu’il faut nommer clairement

Vous dites aux élites : « stop, stop à l’aveuglement, stop au somnambulisme, il en va de notre survie »
-oui, il y va de notre survie, il y va de notre capacité à gagner la guerre et je crois vraiment qu’après Charlie et qu’après les tueries du 13 novembre, la fin de la récréation a sonné, on ne peut plus faire dans ce discours politiquement correct qui s’aveugle sur tout qui s’enfonce dans une folle spirale du déni et qui ne fait qu’une chose c’est faire monter le politiquement abject, c’est en ce sens que je dis qu’une partie de la gauche, non seulement n’a pas fait le jeu du Front national mais elle a fait bien pire : elle a fait campagne à la place de Marine Le Pen d’une certaine manière, parce que les gens sont exaspérés par cet aveuglement et c’est pour ça qu’ils se mettent à voter pour le Front national […]

Je ne mets pas le danger frontiste sur le même plan que le danger islamiste, les islamistes tuent, massacrent et il faut bien comprendre aussi que ce ne sont pas ni des loups solitaires, ni des déséquilibrés, ni une poignée de psychopathes comme on a tellement aimé se le répéter pour se rassurer, ni des victimes du racisme et des discriminations, cela revient à inverser, pas de culture de l’excuse qui frise vraiment l’indécence qui consiste à cracher sur les victimes, à cracher sur les morts et en plus à cracher aussi sur les vrais pauvres, sur les vrais défavorisés, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas faire autrement que de tuer son prochain, j’aimerais bien qu’on les respecte aussi un peu, ce discours-là me parait d’une condescendance post-coloniale absolument insupportable, je ne les mets pas sur le même plan d’autant que le Front national joue le jeu démocratique, l’islam pas du tout qui est animé par un projet de société et c’est très important de le dire, notre ennemi c’est une idéologie totalitaire et meurtrière animé par un projet de société et par un projet de conquête et de destruction de l’Europe donc ce n’est pas sur le même plan mais la logique est celle de l’engendrement, plus on s’aveugle et plus on sert la soupe en quelque sorte au Front national et ce n’est pas la peine à chaque scrutin puisqu’il progresse inéluctablement jusqu’à présent, de pousser des hi et des ha et de se demander comment on en est arrivé là.

Voir également:

Alexandra Laignel-Lavastine :«Le déni idéologique du réel sera le plus difficile à abattre»
Anne-Laure Debaecker, Raphaël Stainville

Valeurs actuelles

07 Décembre 2015

L’Incorrect. Pour la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine, les attentats en France n’ont fait qu’aggraver l’aveuglement des intellectuels et des politiques.

Dans la Pensée égarée, un essai prophétique paru en mai dernier, vous insistiez beaucoup sur cette « spirale du déni » où s’enfonce depuis des années, écrivez-vous, « la doxa bien-pensante », alors même qu’un islam de plus en plus agressif et revendicatif montait en visibilité. Avec le dur réveil des attentats, en sommes-nous enfin sortis ?

Depuis le temps qu’elle sévit, je crains fort que cette vulgate bien-pensante, qui ne cesse de se crever les yeux face à la montée de l’islamisme par crainte de nourrir l’“islamophobie”, n’ait trop profondément formaté les esprits pour que nous puissions espérer en être débarrassés de sitôt. Ce prêt-à-penser a en effet ceci de redoutable que sa toxicité s’étend bien au-delà de la sphère islamogauchiste. S’il constitue l’idéologie dominante, c’est qu’il sait jouer à merveille sur plusieurs ressorts : sur les bons sentiments bobos nunuches, sur l’envie d’être en paix plutôt qu’en guerre, mais aussi sur la peur et sur cette insondable paresse intellectuelle qui nous a jusqu’à présent rendus incapables de nous convertir au réel. Si tel n’était pas le cas, nous ne serions pas en train de prendre de plein fouet quinze ans au moins de capitulation devant le communautarisme, de complaisance à l’égard de l’islam radical et d’irresponsabilité face aux discours haineux et antisémites qu’on laisse prospérer à ciel ouvert en toute irresponsabilité. C’est parce que nous avons tout laissé passer que nous sommes aujourd’hui complètement dépassés.

Mais le problème n’est pas seulement politique. Gauche et droite confondues ont trouvé collectivement plus confortable de faire comme si nous n’avions pas d’ennemi pour la bonne raison que nous n’en voulions pas. Résultat : nous avons quinze ans de retard à l’allumage, sur le plan de la pensée comme sur les plans sécuritaire et militaire. Confrontés à une peste verte se répandant à une vitesse prodigieuse, un fléau planétaire désormais doté d’un outil de propagande et de recrutement jusque-là inconnu dans l’histoire de l’humanité (Internet et les réseaux sociaux), les politiques, la hiérarchie policière et les technocrates de tous bords ont été incapables de réadapter leurs catégories mentales, de secouer la lenteur de leurs appareils administratifs et de prendre à temps la mesure du danger. L’aveuglement collectif était tel qu’au cours des deux ou trois dernières décennies, les partis de gouvernement ont également renoncé à mettre en oeuvre des politiques d’intégration mieux adaptées à une immigration extra-européenne d’origine majoritairement musulmane. Or, la première affaire dite du foulard islamique remonte, en France, à 1989. Quant à nos pieux sociologues, ils nous expliquaient déjà que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes multiculturalistes et que l’islamisme lui-même refluait : la plus sûre façon de paralyser toute prise de conscience et toute action. Quand il se fera de plus en plus revendicatif au fil des années 2000 puis 2010, au point de réclamer des aménagements législatifs nous projetant plusieurs siècles en arrière, la France de gauche dira : “Respect de la diversité !”.

Au printemps dernier, dans la commune de Seine-Saint-Denis où je vis, il revient toutefois au maire de droite d’avoir émis une circulaire donnant pour consigne à sa police municipale de ne pas verbaliser les dames portant le voile intégral, autrement dit de ne pas appliquer la loi votée par le Parlement en 2010. On peut donc considérer que la lâcheté a traversé l’ensemble de la société comme de l’échiquier politique.
Depuis qu’une nouvelle judéophobie de facture arabo-musulmane explose dans ce pays et tue sur le sol français, y compris des enfants, les Français n’ont pas non plus compris que quand les nuages s’amoncellent au-dessus des juifs, l’orage est bientôt pour tous. Plus largement, il me semble que les Européens ont depuis si longtemps dissipé le cauchemar des guerres de Religion qu’ils ont eu beaucoup de mal à percuter l’ampleur de la menace djihadiste. Or, l’on peine toujours à “voir” ce que l’on peine à “concevoir”.

Mais tout de même, nous nous savons en guerre depuis les attentats du 11 Septembre, non ?

Oui, nous le savions, mais nous ne voulions pas le savoir. C’est le principe du déni, d’autant plus étrange que les islamistes ne se limitaient pas à proclamer haut et fort la haine absolue qu’ils portent au meilleur de notre civilisation : ils ont joint la parole aux actes. Que nous fallait-il de plus pour redescendre de Mars, nous arracher à notre somnambulisme, percuter la réalité de la menace et cesser de rejouer, chaque fois, la sidération ? Rien, si ce n’est l’extraordinaire puissance du déni. En ce sens, l’ennemi est aussi en nous-mêmes. C’est un des versants de la guerre où nous sommes engagés. Et non des moindres. Il va nous falloir d’urgence retrouver le sens des mots et réapprendre à bien nommer les choses pour cesser de nous tirer une balle dans le pied et d’ajouter au malheur du monde. Seulement voilà : ceux qui osaient jusqu’à présent nommer l’ennemi étaient taxés de néoréactionnaires (j’en fais partie) et accusés de faire le jeu du Front national. On connaît le bon vieux principe : brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même

Voir encore:

Des élites coupées des réalités françaises
Alexandra Laignel-Lavastine

Le Monde

08.12.2015

Comment en sommes-nous arrivés là  ? Cette question en appelle aussitôt une autre : jusqu’à quand allons-nous feindre, à chaque nouvelle percée du Front national, la surprise et la sidération ? S’il est en passe de devenir le premier parti de France, c’est aussi qu’une partie de nos élites intellectuelles, politiques et médiatiques a longtemps trouvé plus confortable de rester perchée sur Mars et de lui abandonner le monde. Surtout ses réalités déplaisantes, comme les problèmes que posent une immigration de masse d’origine extra-européenne en l’absence de politique d’intégration, la porosité de nos frontières, le prodigieux écho que rencontre l’islamisme dans nos banlieues, la poussée du communautarisme, du sexisme, de l’homophobie et de l’antisémitisme. Toutes réalités enfin officiellement admises en l’espace d’une nuit, entre le 13 et le 14 novembre. Bien tard pour regagner une quelconque crédibilité.

Peu de temps auparavant, rappelons qu’il se trouvait encore de bons apôtres du politiquement correct pour parler de «  terrorisme dit “islamiste”  », car il ne pouvait s’agir, cela va de soi, que d’une lubie aux relents racistes. Pour cette vision théologico-tiers-mondiste qui ne souffre aucun démenti en provenance des faits, l’axiome est intangible : le mal ne saurait surgir du camp du bien, celui des prétendus «  damnés de la terre  ». Enivrés par leur folle reductio ad lepenum, certains ont même réussi l’exploit de céder la souveraineté et la laïcité à Marine Le Pen. Ou plutôt cet abominable…

Voir de plus:

« L’an prochain à Jérusalem » : l’étude qui montre que jamais le nombre de Juifs voulant quitter la France pour Israël n’a été aussi élevé depuis 1967
Et si la population juive de France diminuait au fil des années ? Dans un livre intitulé « L’an prochain à Jérusalem ? », Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach dressent un bilan très complet de la situation des Juifs de France depuis les années 2000. Le nombre des candidats à l’alya, l’émigration vers Israël, augmente.
Jérome Fourquet

Atlantico

8 Janvier 2016

Atlantico : Depuis quelques années, les actes antisémites ont eu un fort écho médiatique (agressions physiques à Sarcelles, attaque d’une école juive à Toulouse, profanations de cimetières juifs et de synagogues…). Au-delà de l’impact médiatique, peut-on dire que le nombre d’actes antisémites est objectivement en train d’augmenter en France ?

Jérôme Fourquet : Effectivement, il y a des faits particulièrement spectaculaires qui ont attiré l’attention et les projecteurs, mais si on se base sur les données du ministère de l’Intérieur ou du service de protection de la communauté juive qui recense toutes les attaques et agressions antisémites, on s’aperçoit qu’on a une tendance très marquée à la hausse depuis une quinzaine d’années. Il y a des phases de ressac et de reflux, mais si on regarde sur une longue période, on peut dire que la violence antisémite a considérablement progressé, voire même explosé certaines années.

C’est le point de départ de notre travail d’investigation qui était de voir comment une catégorie de la population soumise à ce changement assez brutal de sa situation sécuritaire a été amenée à réagir sur différents registres : stratégies résidentielles ou scolaires, comportements électoraux, et lien avéré ou non avec un autre phénomène qui a énormément progressé ces dernières années, à savoir l’alya, le départ des Juifs vers Israël.

Pour ce qui est de la progression des actes antisémites, on a fait figurer dans le livre toute une série de graphiques qui montrent cela de manière très précise. Même dans les phases d’accalmie et de répit, on est au minimum à 400 ou 500 actes antisémites par an alors qu’on était à moins de 100 à la fin des années 1990. Le deuxième point à noter, c’est que cette dynamique de progression est très fortement corrélée à long terme mais aussi de manière ponctuelle avec la situation au Proche-Orient. On est donc sur le schéma d’une « importation » du conflit israélo-palestinien, notamment l’Intifada, sur le territoire français. On constate une explosion de la violence antisémite dès 2000 et le début de la deuxième Intifada jusqu’à environ 2005. Ensuite, à chaque fois que la situation se tend ponctuellement en Israël ou en Palestine et que l’armée israélienne lance des opérations à Gaza, on a eu dans les semaines qui ont suivi des pics de violence et d’actes antisémites en France.

En 2012, une enquête de l’Union européenne a révélé que les Juifs français étaient les plus pessimistes, puisque 74% d’entre eux estimaient que l’antisémitisme avait beaucoup augmenté ces cinq dernières années, soit le plus haut total d’Europe. Comment expliquez-vous ce chiffre ? Y a-t-il un particularisme français ?
Il y a tout d’abord cette montée très forte des actes antisémites en France, qui est naturellement ressentie par la population juive. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que par rapport aux autres pays européens, la France se distingue de deux manières. D’une part, c’est le pays qui possède la plus importante communauté juive d’Europe, en nombre de personnes. Et ensuite, c’est également le pays où la population issue de l’immigration et la population musulmane est la plus importante d’Europe. Comme les actes antisémites sont fortement liés dans le temps avec la situation du Proche-Orient, on a l’une des clés d’explication de ce ressenti particulièrement alarmiste et inquiétant de la population juive française. Non seulement la corrélation entre les actes antisémites et le conflit israélo-palestinien est objectivement prouvée par les chiffres, mais elle est également ressentie comme telle par les individus eux-mêmes. Nous nous sommes rendus compte dans le cadre d’entretiens que nous avons menés pour cette enquête que cela avait été intégré par toute une partie de la population juive, qui est bien consciente de la possibilité de « représailles » ici en France lorsque l’armée israélienne agissait au Proche-Orient. Certains d’entre eux nous ont expliqué qu’ils modifiaient leurs habitudes, leurs parcours et leurs déplacements en fonction du calendrier des événements au Proche-Orient. Cette contrainte est très bien intégrée en France, peut-être plus qu’ailleurs. Le traitement médiatique est peut-être plus important ici qu’ailleurs, mais le niveau de menace et d’antisémitisme est objectivement plus élevé chez nous que chez nos voisins européens.

Le sentiment d’abandon de la communauté juive de France s’accompagne souvent de l’idée selon laquelle les médias et la société française seraient pro-palestiniens et hostiles à Israël. Selon vous, est-ce un constat avéré ou exagéré ?

On montre dans le livre que si on se place du point de vue de l’opinion publique, on constate un basculement assez clair mais ancien dans la relation entre les Français et Israël. Jusqu’à la guerre des Six Jours, on a un présupposé largement en faveur d’Israël en France. A partir de cette victoire israélienne et de l’occupation d’un certain nombre de territoires palestiniens, les choses se sont équilibrées. Ce rééquilibrage ne se fait pas forcément au profit des Palestiniens, mais plutôt à l’opinion « ni l’un ni l’autre ». Cette posture attentiste ou désengagée de la part d’une grande majorité de Français a gagné en puissance au fur et à mesure que le temps passait et que la résolution du conflit apparaissait de plus en plus hors de portée. Aujourd’hui, toutes les enquêtes qu’on mène régulièrement lorsqu’il y a des phases de tension dans cette région du monde montrent qu’une grande majorité de Français (70%) ne donnent leur sympathie ni aux uns ni aux autres. Du point de vue de l’opinion publique, nous ne sommes donc pas aujourd’hui dans une posture majoritairement pro-palestinienne. En revanche, la prédisposition à être plutôt clément envers Israël s’est considérablement estompée. C’est déjà beaucoup, car vous passez d’un sentiment d’être soutenu à un sentiment beaucoup plus neutre.

Ce sentiment d’éloignement ou d’incompréhension a par ailleurs aussi été alimenté par le fait qu’au début des années 2000, toute une partie de la classe politique et médiatique a minoré l’explosion de la violence antisémite. Cela a été très mal vécu par toute une partie de la population juive qui s’est sentie incomprise et abandonnée. Donc il y a à la fois le fait de se dire : « en tant que Juif nous avons un lien particulier avec Israël et la société française est devenue anti-israélienne ». Ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, c’est qu’elle est moins pro-israélienne qu’elle ne l’était il y a 30 ans. Et d’autre part, « nous vivons en tant que Juif une situation très difficile, et les gens nous disent que nous exagérons ou que ce sont de faux problèmes ». Cela renvoie à ce qu’il s’était passé dans les années 1990-2000 où une partie de la gauche disait qu’il n’y avait pas vraiment d’insécurité mais plutôt un sentiment d’insécurité. C’est un peu le même phénomène ici.

Or, cet électorat juif, qui est à la base diversifié mais qui avait historiquement des liens forts avec la gauche, s’est petit à petit détourné de la gauche parce qu’une bonne partie des électeurs avaient le sentiment que la gauche ne les soutenait plus et ne les comprenait plus. On voit donc qu’il s’est vraiment passé beaucoup de choses au tournant de ces années 2000, au moment de la deuxième Intifada, quand la gauche est au pouvoir en France. Nous avons reproduit dans notre livre toute une série de déclarations de responsables de gauche qui minimisaient ces événements. Cela a été ressenti très douloureusement par beaucoup de Juifs français, qui déploraient quelque part une forme de double peine. Quand vous êtes Juif et de gauche, vous constatez au quotidien la montée de la violence antisémite et les politiques dont vous êtes censé être proche balaient cela d’un revers de main, disent qu’il y a des problèmes plus urgents, etc. Certains allaient jusqu’à dire qu’il ne fallait pas jeter de l’huile sur le feu, qu’il n’y avait pas d’importation du conflit en France, etc.

Le basculement à droite commence à s’opérer un peu avant, mais il devient spectaculaire avec l’élection présidentielle de 2007 puis celle de 2012. Il y a un double phénomène. Tout d’abord cette prise de distance vis-à-vis de la gauche sur la question du rapport à l’immigration maghrébine et à la montée des actes antisémites. Et par la suite, une partie de la droite s’est engouffrée dans l’espace laissé vacant. On pense notamment à Alain Madelin en 2002 de manière spectaculaire, puis Nicolas Sarkozy en 2007, qui se sont présentés en boucliers et en meilleurs ambassadeurs de la communauté juive de France.

Est-ce qu’on peut dresser aujourd’hui un profil global des individus auteurs d’actes antisémites ? Au début du 20e siècle, ils étaient surtout commis par des gens qui se réclamaient de la tradition conservatrice catholique française, voire de l’extrême-droite. Est-ce toujours le cas de nos jours ?
Nous citons dans notre livre un certain nombre de sources, notamment les rapports de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, qui montrent qu’on a une surreprésentation des milieux « arabo-musulmans » dans la commission de ces actes. La violence antisémite provenant de l’extrême-droite continue d’exister, mais elle est aujourd’hui minoritaire. Il y a toute une série d’actes antisémites commis dans des quartiers difficiles de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne, qui relèvent de la délinquance pure et simple mais qui visent la communauté juive : racket, kidnapping, etc.

Ces voyous habillent leurs actes par des motivations politiques, en affirmant par exemple qu’ils se vengeaient de ce que faisait Israël aux populations arabes, même si le but premier reste tout simplement de leur piquer leur argent et leur portable.

En 2014, 7231 Juifs français ont fait leur alya en émigrant vers Israël, soit le chiffre le plus élevé depuis 1967 et la Guerre des Six Jours. Comment vous expliquez cela, alors qu’on était alors plutôt sur une moyenne de 2000 départs par an ?
C’est dû à une tendance de fond qui est la montée de l’antisémitisme quotidien dans les écoles, dans la rue, etc. Le point capital ici, c’est Mohammed Merah et son attaque de l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse. On bascule dans tout autre chose. On avait déjà eu Ilan Halimi, avec le gang des barbares et Youssouf Fofana, mais on franchit là un palier supplémentaire. Nous expliquons dans le livre qu’une majorité de familles juives continuent de scolariser leurs enfants dans le public, mais qu’une partie les inscrit dans le privé catholique ou juif pour les protéger (même si ce n’est pas la seule raison) de la violence et de la délinquance ordinaire qui existeraient dans certains établissements publics. Dans ce contexte-là, les établissements juifs étaient perçus comme des havres de paix. Or, cette image vole aujourd’hui en éclats avec l’affaire Merah. D’ailleurs, cela rejoint ce que je disais tout à l’heure sur le sentiment d’abandon : beaucoup de Juifs nous ont dit que si en janvier 2015 il n’y avait eu que l’Hyper Cacher, il n’y aurait pas eu quatre millions de personnes dans la rue. Ils prennent exemple sur l’affaire Merah, où il n’y avait pas eu tout ce monde-là alors qu’on parle quand même d’un type qui est rentré dans une école et a tué à bout portant des gamins…

La conclusion qui en est tirée par toute une partie de la population juive de France, c’est qu’il n’y a plus d’avenir pour leurs enfants dans ce pays, et que le seul moyen de leur offrir un avenir et une sécurité est de partir en Israël. Il y a en moyenne un délai de latence d’un an et demi ou deux ans. Partir du jour au lendemain ne se fait pas comme cela : il faut vendre votre bien ici si vous êtes propriétaire, il faut réfléchir à une reconversion professionnelle là-bas… Il y a tout un travail psychologique à faire. C’est un changement de vie quasiment total, dans cela prend du temps. Le chiffre record de 7231 personnes passées par les services de l’Agence juive pour émigrer en Israël en 2014 est donc la conséquence de l’affaire Merah en 2012. On a eu ensuite en 2014 les émeutes dans des quartiers juifs de Sarcelles et devant une synagogue de la rue de la roquette à Paris. Pour couronner le tout, on a début 2015 la question de l’Hyper Cacher.

D’après les chiffres communiqués en fin d’année par l’agence juive, on est à 8000 départs pour 2015. C’est donc une hausse, mais moins forte que ce que certains annonçaient. Toutefois, on n’a pas encore eu dans ces chiffres « l’effet 2015 », donc on peut s’attendre à voir ce chiffre continuer de progresser l’année prochaine. C’est quand même un signe que les choses vont assez mal en France dans notre société démocratique. De plus, on se focalise sur les départs en Israël mais notre enquête montre qu’il y a peut-être autant de personnes qui envisageraient d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Nous avons toutefois conscience de l’argument qui consiste à pointer le fait que l’agence juive ne donne jamais les chiffres des personnes qui reviennent en France. Apparemment, ces chiffres seraient assez élevés car la greffe ne prend pas forcément là-bas, avec les soucis de langue, le système de protection sociale qui est radicalement différent, la société et la culture qui sont radicalement différentes de ce qu’on a chez nous… On a un nombre de retours importants, mais ce qui nous intéresse ici dans notre analyse de la société française, c’est de mesurer l’ampleur des départs et de comprendre ce que cela veut dire.

Voir enfin:

Guy Sorman et le souhait d’un monde sans Juifs

P.I. Lurçat

Vu de Jérusalem

18/12/2008

Le cas de Guy Sorman est révélateur, parce qu’il montre bien comment le rejet des origines conduit à douter de l’avenir d’Israël, et à remettre en cause le droit à l’existence de l’Etat juif. L’analyse du discours de Sorman et des autres « Alterjuifs » permet de comprendre la maladie qui atteint aujourd’hui une grande partie de l’establishment politique israélien : le refus d’assumer l’héritage national juif et la haine des origines », écrivais-je dans une note récente [« Hébron et la haine des origines »]. Je publie aujourd’hui l’intégralité de mon article sur Guy Sorman, paru dans la revue « Controverses » [n° 4], consacrée aux Alterjuifs (néologisme créé par Muriel Darmon).

Essayiste prolixe, Guy Sorman a publié une quinzaine de livres 1 depuis son premier essai, La Révolution conservatrice américaine, paru en 1983. La plupart sont des ouvrages de réflexion et de vulgarisation portant sur des thèmes économiques. Il ne s’est pratiquement jamais exprimé sur Israël ou sur le judaïsme, à l’exception de rares interviews et de quelques lignes dans son livre Le bonheur français, où il retraçait ses origines familiales et se définissait comme un « Juif athée ».

G. Sorman

Son livre Les Enfants de Rifaa 2, comporte un chapitre intitulé « Fin du peuple juif », dans lequel Sorman fait sienne l’idée de la disparition inéluctable de l’Etat d’Israël et du judaïsme tout entier. Ce chapitre ne s’insère pas de manière très logique dans le livre, qui porte sur les rapports entre l’Islam et la modernité. Les Enfants de Rifaa est en effet une réflexion sur ce que Sorman appelle les « deux Islam » : celui de Sayyid Qotb, théoricien des Frères musulmans et de l’islamisme radical, et celui de Rifaa el Tahtawi, théologien égyptien et fondateur de la « Renaissance arabe », courant moderniste et réformateur qui incarne pour Sorman l’espoir d’une libéralisation du monde arabo-musulman.

Les premiers chapitres des Enfants de Rifaa sont consacrés à une biographie de Rifaa el Tahtawi, le « Tocqueville oriental », et à une réflexion sur les rapports entre le capitalisme et le monde musulman. Dans les chapitres qui suivent, Sorman mêle réflexions et comptes-rendus de ses nombreux voyages dans le monde arabo-musulman, du Maroc à l’Arabie Saoudite, du Bangladesh au Pakistan et du Koweit à la Turquie.

L’avant-dernier chapitre du livre, intitulé « Fin du peuple juif », n’est pas fondé, à la différence des autres, sur un compte-rendu de voyage. Le point de départ de Sorman est la constatation de l’omniprésence de la question de la Palestine chez ses interlocuteurs musulmans :

Où que l’on se trouve dans le monde musulman, quelle que soit la distance géographique qui sépare de la Palestine, la question surgit, même quand on voudrait l’éviter. Certes, plus on s’éloigne du monde arabe, vers le Bangladesh, Djakarta ou l’Afrique au sud du Sahara, les musulmans passent de l’engagement à l’inquiétude, de la posture à la rhétorique… Mais ne nions pas que, outre le Coran, les musulmans estiment avoir la Palestine en commun 3.

C’est cette omniprésence de la question palestinienne chez ses interlocuteurs musulmans qui amène Sorman à s’interroger sur les causes du conflit israélo-arabe et sur les solutions à y apporter. Mais curieusement, alors même qu’il constate avec lucidité que le monde arabo-musulman « vit en fait dans l’attente de la disparition de l’Etat d’Israël 4 », et qu’il ne se fait guère d’illusion sur la « solution andalouse », ce prétendu « âge d’or » des Juifs d’Andalousie que certains de ses interlocuteurs musulmans voudraient faire revivre en Palestine, sur les ruines de l’Etat d’Israël, Sorman ne développe pas son analyse par la revendication d’un nécessaire aggiornamento du monde musulman, sur ce point comme sur les autres précédemment abordés dans son livre. Et, loin d’encourager ses interlocuteurs musulmans à accepter le fait israélien, ce qui serait conforme à l’esprit général de son livre, Sorman en vient à faire siennes les conclusions de ceux-ci et à intérioriser le projet génocidaire du monde arabo-musulman envers Israël.

La visite à Hébron

Dans ce même chapitre des Enfants de Rifaa, Sorman nous livre, avec franchise, une clé d’interprétation de son attitude envers Israël. C’est au cours d’une visite dans la ville de Hébron, en l’an 2000, que Sorman a acquis la conviction que l’Etat d’Israël était une « erreur historique », et était voué à disparaître. Comme il l’explique :

Certains événements minuscules ou cocasses modifient radicalement le regard que l’on porte sur le monde. Avant Hébron, je ne m’étais jamais trop interrogé sur l’Etat d’Israël : on ne peut penser à tout. Depuis Hébron j’ai une conviction bien ancrée : l’Etat d’Israël est une erreur historique, les Juifs n’avaient pas vocation à créer un Etat 5.

Ce passage est surprenant et révélateur, à de nombreux égards. Il est peu courant de la part d’un intellectuel de reconnaître que le jugement qu’il porte n’est pas le fruit d’une réflexion rationnelle, mais la conséquence d’un événement particulier. C’est pourtant un phénomène que nous avons déjà rencontré. Ainsi, Esther Benbassa déduisait l’absence d’antisémitisme en France du fait que ses commerçants arabes lui avaient souhaité la bonne année…

E. Benbassa

Dans le cas de Sorman toutefois, l’événement « minuscule » en question n’a pas eu lieu dans une épicerie parisienne, mais dans un endroit chargé d’histoire et de symboles : Hébron, « ville des Patriarches » – où sont enterrés, selon la tradition juive, Abraham, Isaac et Jacob – et lieu d’affrontements répétés entre Israéliens et Palestiniens.

C’est ainsi que Sorman relate cet événement qui a transformé radicalement son regard sur le monde, et sur Israël en particulier :

« Etes-vous juif ? » Au cours de ma déjà longue existence protégée d’intellectuel français né après l’Holocauste, cette question ne me fut jamais posée qu’une seule fois, sur un mode agressif. C’était en Palestine, en l’an 2000, à l’entrée de la ville d’Hébron…

Le soldat était un Israélien d’origine éthiopienne : un Falacha, reconnu comme Juif en un temps où Israël manquait d’immigrés nouveaux pour meubler les bas échelons de la nation. Les Russes n’étaient pas encore arrivés ! 6.

La situation décrite dans ce passage du livre illustre l’attitude paradoxale de Sorman lors de sa visite à Hébron. Dès l’abord, il se sent agressé par le soldat israélien d’origine éthiopienne qui lui demande quelle est sa religion. Loin de s’identifier avec le soldat juif, dont la question n’exprime aucune animosité, mais une interrogation de routine en cet endroit, Sorman le perçoit d’emblée comme hostile. Et il en profite pour dénigrer toute l’entreprise sioniste, au détour d’une phrase, en qualifiant le soldat éthiopien de « falacha » (terme péjoratif, comparable à l’adjectif « boche ») venu en Israël pour « meubler les bas échelons de la nation ».

Contrairement à ce qu’affirme Sorman, les Juifs éthiopiens ne « meublent » pas les « bas échelons de la nation » israélienne, mais sont venus en Terre promise par conviction religieuse, au terme d’un périple éprouvant. Ils incarnent même un modèle d’intégration réussie dans la société israélienne, en particulier dans l’armée, où beaucoup sont officiers, y compris dans les unités d’élite.

La suite du récit de cette visite à Hébron est une nouvelle falsification :

A l’entrée du tombeau dit d’Abraham, il me fallut à nouveau arbitrer entre les 3 confessions issues de cet ancêtre… Je fus un instant tenté par l’islam chiite ; mon compagnon palestinien m’en dissuada. Je m’en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race. A l’intérieur du sépulcre, chaque armée protégeait les siens 7.

Cette description de l’arrivée au caveau des Patriarches à Hébron est pétrie de préjugés anti-israéliens, auxquels se mêle une hostilité visible au judaïsme. Tout d’abord, Sorman conteste le nom du tombeau d’Abraham, appellation consacrée de ce lieu depuis des générations. En mettant en doute la véracité de l’inhumation d’Abraham en ce lieu (rapportée par la Bible, dans le Livre de la Genèse), Sorman se conduit un peu comme un touriste béotien qui refuserait, en chaque endroit, d’accepter les traditions historiques et religieuses. Mais c’est contre la seule tradition juive qu’il dirige son scepticisme absolu.

Interrogé à nouveau sur sa religion par un soldat gardant les lieux, Sorman semble s’amuser de cette question et envisage un instant de se prétendre « musulman chiite ». Mais il ne s’agit pas d’un jeu, comme le confirme la suite du récit : « je m’en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race ». Cette phrase contraste par sa lourdeur presque caricaturale avec la légèreté et le détachement que Sorman affectait jusqu’alors… Ce qu’il appelle le « chemin réservé à ma race » est tout simplement l’entrée du Tombeau d’Abraham empruntée par les visiteurs juifs, chaque confession ayant son propre passage pour éviter les conflits interreligieux. Mais Sorman feint de ne pas le comprendre : il choisit de parler de sa « race », comme pour souligner le caractère irréfragable de l’appartenance au judaïsme qui lui est imposée en cet instant-clé, contre sa volonté et malgré ses tentatives puériles de dénégation et de fuite vers une identité imaginaire (« l’islam chiite »).

Le mot race, on le sait, n’est plus guère usité dans son ancienne acception, depuis que les théories raciales en vogue à la fin du dix-neuvième siècle ont engendré les crimes monstrueux du vingtième siècle. Parler de « race juive » après la Shoah, c’est soit faire preuve d’une ignorance grossière, soit exprimer son adhésion aux théories racistes. Mais dans le cas de Sorman, c’est encore autre chose : il n’est certes pas raciste, et pas non plus ignorant des connotations de l’expression qu’il emploie. Mais c’est à dessein qu’il parle du « chemin réservé à sa race », et cette incongruité de style sonne comme un aveu : lui, qui se définit comme un « juif athée », souffre d’être confiné à son appartenance au peuple juif, au moment où il voudrait la fuir par tous les moyens.

Le judaïsme n’est pas une simple « religion », à laquelle on pourrait renoncer en se déclarant athée… En entrant dans le caveau des Patriarches, Sorman comprend soudain la nature quasi-indestructible des liens qui l’unissent – malgré lui – à la nation juive et à son père fondateur, Abraham. Mais cette compréhension, loin de susciter un quelconque « retour au bercail », c.-à-d. au peuple juif, se traduit chez Sorman par une hostilité d’autant plus virulente envers le judaïsme et l’Etat d’Israël.

Le récit de la visite à Hébron s’achève par un nouveau mensonge flagrant : « à l’intérieur du sépulcre, chaque armée protégeait les siens ». Cette phrase laisse entendre que l’armée israélienne ne protège que les citoyens juifs, alors que d’autres armées (lesquelles ?) protégeraient les Arabes chrétiens et musulmans. Ce mensonge vise à conforter la conception d’un Etat ethnique dans lequel seuls les citoyens juifs jouiraient de tous les droits : en d’autres termes, un Etat d’apartheid.

Faire disparaître Israël, pourquoi ?

Le chapitre des Enfants de Rifaa, intitulé « Fin du peuple juif » est, en réalité, antérieur au reste du livre. Celui-ci, publié en 2003, se fonde sur le récit de voyages dans les pays musulmans accomplis par Sorman entre la fin 2001 et la fin 2002. Mais l’épisode-clé du chapitre 11 (la visite à Hébron) a eu lieu en l’an 2000. Et l’ébauche de ce chapitre avait fait l’objet d’une tribune publiée dans Le Figaro du 24 décembre 2001. Dans cet article, intitulé « La survie d’Israël en question », Sorman envisageait l’hypothèse de la disparition de l’Etat juif, rayé de la carte par une bombe chimique ou nucléaire. « Ce scénario est réaliste » expliquait Sorman. « Il est probable que quelques Ben Laden l’ont en tête et que New York, ville juive autant que Tel Aviv, fût [sic] une répétition de ce nouvel holocauste possible ».

Cette hypothèse l’amenait à s’interroger sur la survie du judaïsme tout entier, menacé de destruction physique en Israël et de disparition lente par assimilation en diaspora. Mais, loin de s’émouvoir de la possible disparition des Juifs, Sorman prétendait « envisageable » un monde sans Juifs, dans lequel subsisteraient, à titre de legs du judaïsme à l’humanité, le christianisme et l’islam, et aussi « l’ironie qui naît de l’exil ». « Peut-être leur œuvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu’ils [les Juifs] nous quittent », concluait Sorman.

C’est donc l’hypothèse d’une possible disparition de l’Etat d’Israël et du judaïsme de diaspora, d’abord envisagée dans cet article du Figaro, qui a fourni la trame au chapitre 11 des Enfants de Rifaa, intitulé « Fin du peuple juif » (sans point d’interrogation). Le titre de ce chapitre évoque également l’essai publié par le sociologue Georges Friedmann, dans les années 1960, sous le titre: Fin du peuple juif ?. Mais c’est l’absence de point d’interrogation qui fait toute la différence.

Presque quarante ans avant Sorman, un autre intellectuel français, d’origine juive, s’interrogeait sur une possible disparition de l’Etat d’Israël. Dans un article fameux publié dans le Figaro littéraire, le 4 juin 1967, Raymond Aron écrivait ceci :

Que le Président Nasser veuille ouvertement détruire un Etat membre des Nations Unies ne trouble pas la conscience délicate de Mme Nehru. Etacide, bien sûr, n’est pas génocide. Et les Juifs français qui ont donné leur âme à tous les révolutionnaires noirs, bruns ou jaunes hurlent maintenant de douleur pendant que leurs amis hurlent à la mort. Je souffre comme eux, avec eux, quoi qu’ils aient dit ou fait, non parce que nous sommes devenus sionistes ou israéliens, mais parce que monte en nous un mouvement irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient. Si les grandes puissances, selon le calcul froid de leurs intérêts, laissaient détruire le petit Etat qui n’est pas le mien, ce crime, modeste à l’échelle du nombre, m’enlèverait la force de vivre et je crois que des milliers et des milliers d’hommes auraient honte de l’humanité 8.

Aron : une « bouffée de judéité »

 La mise en parallèle de l’article de R. Aron et de celui de Sorman est révélatrice. Tous deux sont des intellectuels français, qui n’ont quasiment jamais écrit sur des thèmes juifs, et pour qui le judaïsme ne joue pas un rôle essentiel, ni dans leur œuvre, ni dans leur cheminement politique. Et tous deux sont conduits à s’interroger, à un tournant décisif de l’histoire mondiale, sur la survie de l’Etat d’Israël : R. Aron en juin 1967, à la veille de la guerre des Six Jours, G. Sorman au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

Mais la comparaison s’arrête là : Aron, en effet, réagit avec une émotion non dissimulée, et son article est un véritable cri de révolte (qu’il qualifiera dans ses Mémoires de « bouffée de judéité qui fit irruption dans [sa] conscience de Français ».) En déclarant que la destruction de l’Etat d’Israël lui « enlèverait la force de vivre », Aron affirme de manière solennelle son attachement indéfectible au peuple juif, alors même qu’il se définit comme un Juif déjudaïsé et passionnément français. Et, dans un aveu d’une étonnante sincérité, Aron reconnaît sentir monter en lui un « mouvement irrésistible de solidarité » dont il ignore l’origine.

Sorman, au contraire d’Aron, choisit d’accepter froidement et sans le moindre regret la possibilité de la disparition de l’Etat d’Israël et du judaïsme tout entier :

Un monde sans juifs est-il envisageable ? Il resterait alors le souvenir des juifs et une interprétation du monde, qui n’eût pas été possible sans leur faculté de le décoder 9.

Dans son livre Les Enfants de Rifaa, Sorman va encore plus loin : il ne se contente pas d’envisager froidement la possibilité de la disparition du judaïsme, mais en fait la solution du « problème juif » : « il n’y a pas de bonne solution au fait d’être juif, hormis celle de cesser de l’être 10 ».

L’attitude de Sorman rejoint celle d’autres juifs atteints de cette maladie très particulière, analysée par le philosophe Theodor Lessing : la haine de soi juive 11. Le cas le plus célèbre de cette pathologie est celui d’Otto Weininger, philosophe autrichien qui a résolu de manière radicale son « problème juif », d’abord en se faisant baptiser, puis en se suicidant à l’âge de vingt trois ans.

Du suicide comme solution du « problème juif »

Sorman, comme Weininger, considère le judaïsme comme un « problème » qu’il faut résoudre, de manière radicale. Il ne veut certes pas se suicider, étant attaché à sa propre vie, mais envisage avec sérénité la destruction de l’Etat d’Israël, qui ne lui apparaît pas comme un scandale (comme à Raymond Aron) mais comme la fin inéluctable de l’entreprise sioniste, vouée à l’échec dès l’origine. Cette conclusion n’est pas tant le fruit d’une réflexion indépendante sur la question juive (à laquelle Sorman ne s’est jamais, de son propre aveu, intéressé) que l’intériorisation du rejet d’Israël par ses interlocuteurs musulmans, rencontrés au cours de ses nombreux voyages.

Sorman décrit avec précision,dans son livre, ce processus d’intériorisation :

Pour ceux qui veulent bien écouter les Arabes, l’attente de la fin d’Israël, active ou contemplative, reflète une conviction profonde. Peu le disent, de crainte de passer pour des extrémistes ; tous le pensent plus ou moins confusément. Dans l’Egypte en paix avec Israël depuis plus de 20 ans, les plus tolérants font preuve de patience, tout en nourrissant l’espoir que leur pays ne sera pas impliqué dans la disparition d’Israël 12.

Ainsi, Sorman est très au fait de l’opinion arabe concernant Israël et ne nourrit guère d’illusion sur les plus tolérants parmi les habitants des pays arabes, même ceux de l’Egypte, pays officiellement en paix avec Israël. Mais cette connaissance ne le conduit pas à s’indigner contre l’attente arabe de la fin d’Israël, ni à chercher à convaincre ses interlocuteurs du droit à l’existence de l’Etat juif. Au contraire :

Les modérés à la manière de Hassan Hanafi se demandent pour quelle obscure raison les Juifs s’accrochent à ce lambeau de terre si inhospitalier, alors que le monde est si vaste et qu’un grand nombre d’Israéliens, en sus de leur passeport israélien, ont une nationalité en réserve : française, américaine, argentine, etc. On se le demande aussi 13.

Sorman justifie donc l’espoir de destruction de l’Etat juif, qu’il partage avec ses interlocuteurs musulmans « modérés ». Le raisonnement de Sorman peut se résumer ainsi : le conflit israélo-arabe est insoluble, puisque les musulmans, même modérés, n’accepteront jamais l’existence de l’Etat juif. Il vaut donc mieux que celui-ci disparaisse… Ce syllogisme ressemble à celui qui sous-tend l’attitude d’un Otto Weininger : puisque les antisémites ne m’accepteront jamais et me haïront toujours, il vaut mieux que je disparaisse. Weininger a choisi le suicide comme solution radicale de son « problème juif ». Sorman prône, quant à lui, la disparition d’Israël comme solution du conflit israélo-arabe.

Weininger

La responsabilité de Guy Sorman

Le dernier paragraphe du chapitre 11 des Enfants de Rifaa reprend, avec quelques légères modifications, la conclusion de l’article du Figaro intitulé « La survie d’Israël en question » :

Un monde sans Juifs est envisageable ; il y subsisterait le souvenir des Juifs, une interprétation du monde qui n’eût pas été possible sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur œuvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu’ils se dissolvent dans l’Occident ? […]

En revanche, il restera toujours des musulmans, Que cette vision d’Apocalypse sur la fin des Juifs soit excessive ou fondée, Dieu seul le sait 14.

L’idée que les Juifs auraient « achevé » leur œuvre et qu’ils pourraient donc disparaître évoque la conception chrétienne traditionnelle du Nouvel Israël ; mais le christianisme pré-conciliaire acceptait au moins que les Juifs subsistent en tant que témoins… Sorman, qui considère comme inéluctable (et même souhaitable) la disparition totale du judaïsme, est par contre convaincu qu’ « il restera toujours des musulmans ». Ainsi, son plaidoyer pour un islam moderne et éclairé prend un sens tout à fait different, au regard de ses positions radicales concernant Israël. Pour lui, l’émergence d’un islam éclairé n’implique absolument pas l’acceptation du fait israélien.

La grande mansuétude dont il fait preuve à l’égard de l’Arabie Saoudite n’a pas son pendant concernant Israël. Dans le chapitre de son livre consacré au « pays des Ben Laden », Sorman va jusqu’à faire l’éloge de la charia, avec une rhétorique qui évoque celle d’un Tariq Ramadan :

La charia s’y applique : il arrive que l’on coupe en public la main d’un voleur ; certaines femmes adultères auraient été liquidées, sans témoins. Il faut s’en émouvoir, tout en sachant qu’en pratique ces châtiments publics sont rares, car les voleurs peu nombreux 15.

Sorman a beau jeu de prétendre que sa conception de la disparition nécessaire d’Israël relève de la spéculation intellectuelle, en écrivant que « Dieu seul sait si cette vision d’Apocalypse est excessive ou fondée »… Sa responsabilité d’intellectuel n’en est pas moins grande. En envisageant froidement la disparition des Juifs de la surface de la terre, Sorman apporte une caution inestimable à ceux qui œuvrent concrètement pour que cette « vision d’Apocalypse » devienne réalité.

La thématique des Enfants de Rifaa est tout à fait significative de l’esprit du temps. Invoquer « l’islam des Lumières », faire preuve de compréhension envers les régimes musulmans les plus rétrogrades comme celui de l’Arabie Saoudite, et rejeter dans le même temps Israël du côté des ténèbres, tout en attendant sa prochaine disparition.

Le discours d’un Sorman n’est pas sans conséquence : il sert, en effet, de légitimation aux volontés génocidaires des pires ennemis de l’Etat juif, et aux considérations de realpolitik des diplomates du Quai d’Orsay et des autres chancelleries occidentales, qui sont intimement persuadés, comme la majorité des interlocuteurs musulmans de Sorman, que l’Etat d’Israël est provisoire et qu’il aura bientôt disparu.

Chaque époque a les intellectuels qu’elle mérite. En juin 1967, l’ombre d’Auschwitz, qui planait sur Israël, avait conduit de nombreux écrivains français, juifs et non juifs, à prendre la défense du petit Etat hébreu menacé de destruction. Quarante ans plus tard, il est beaucoup plus « tendance », pour un écrivain français, de célébrer « l’Islam des Lumières », de chanter les louanges de la charia, tout en prédisant la prochaine disparition d’Israël et des Juifs.

——————-

Notes

1. Parmi lesquels La Solution libérale (Fayard, 1984), L’Etat minimum (Albin Michel, 1985), La Nouvelle Richesse des Nations (Fayard, 1987), Sortir du Socialisme (Fayard, 1990), Le bonheur français, (Fayard, 1995), Le Génie de l’Inde (Fayard, 2000).

2. Les Enfants de Rifaa, Fayard, 2003.

3. Op. cit., p. 297.

4. Op. cit., p. 299.

5. Op. cit., p. 300.

6. Op. cit., p. 299.

7. Op. cit., p. 300.

8. Repris dans les Mémoires de Raymond Aron, Julliard, 1983.

9. « La survie d’Israël en question », Le Figaro, 24 décembre 2001.

10. Les Enfants de Rifaa, p. 303.

11. Voir T. Lessing, La Haine de soi ou le refus d’être juif, Berg International éditeurs, 2001. Sur la problématique de la haine de soi juive, voir également Paul Giniewski, Simone Weil ou la haine de soi, Berg International, 1978.

12. Les Enfants de Rifaa, p. 305.

13. Op. cit., p. 305-306. C’est moi qui souligne.

14. Op. cit., p.305.

15. Op. cit., p. 134.

——————-

Voir enfin:

Le peuple juif va-t-il disparaître?
Guy Sorman(*)

L’économiste

02/01/2002

Au temps du Christ, il y a vingt siècles, on estimait à vingt millions le peuple juif, un chiffre énorme pour l’époque; ce qui explique sans doute entre autres raisons la diffusion rapide du message chrétien parmi les enfants d’Israël dont Jésus lui-même était issu. Parmi eux, déjà, le plus grand nombre vivait en exil comme si la diaspora était la condition normale ou du moins la vocation des juifs, témoins parmi les nations depuis la chute du premier temple et l’exil à Babylone. Deux mille ans plus tard, les juifs ne comptent plus qu’une douzaine de millions d’individus; osera-t-on admettre que leur lien avec la religion juive est souvent ténu? Et il va se dissolvant par les mariages mixtes qui, en exil, sont devenus la norme. Cette dilution par le mariage ou par l’abandon des traditions réduit la diaspora ou ce qu’il en reste de manière plus drastique encore que n’y parvint l’holocauste; les juifs de l’exil qui faillirent périr par la haine des nazis seraient-ils maintenant en voie de disparaître par l’amour et le mariage? Qui ne voit combien ils négligent de transmettre à leur descendance le message reçu de leurs ancêtres, que ce message fût religieux ou plus simplement de l’ordre de la civilisation? Parmi ce peuple, qui va se restreignant et se dissolvant, les citoyens de l’Etat d’Israël ne représentent à leur tour que la minorité d’une minorité. Si bien que ce qui est en jeu au Proche-Orient n’est pas tant le sort des Palestiniens que la disparition programmée d’Israël, comme Etat, comme peuple, comme porteur d’un message si message il y a.

Le fort n’est pas celui qu’on croit Au rebours des images, des violences, du bruit des armes et des commentaires dominants, à la mesure de l’histoire, le fort n’est donc pas celui que l’on croit et le faible n’est pas celui que l’on dit. Qu’est-ce en effet qu’une riposte israélienne aussi brutale soit-elle contre des Palestiniens que l’on qualifiera au choix de résistants ou terroristes? Au mieux du temps gagné. Mais à la mesure de l’histoire, pas même de l’histoire longue mais d’une génération, que pèsent trois millions d’Israéliens face à deux cents millions d’Arabes dont les Palestiniens ne constituent qu’une phalange avancée et militante. Les Palestiniens le savent et le monde arabe plus encore; à terme, le nombre l’emporte et la démographie sera probablement victorieuse sur toutes les stratégies et tous les pieux espoirs («processus») de paix. Quelle paix d’ailleurs?Imagine-t-on vraiment les Palestiniens et le monde arabe se satisfaisant d’un Etat-croupion, enclavé et non viable? L’Etat palestinien peut incarner l’espoir d’une élite locale en quête de reconnaissance internationale et de postes, mais en quoi le peuple palestinien y trouverait-il son compte, économique ou politique? L’aspiration ultime du monde arabo-musulman est de constituer la communauté des croyants sinon de l’islam tout entier mais au moins celle du monde arabe, une aspiration parfaitement légitime. Mais Israël n’y a pas sa place, la colonie juive est comme une encoche dans ce rêve; nulle surprise que ce songe arabe, légitime, répétons-le, ne conçoive pas Israël comme autre chose qu’un avatar de la colonisation franque; le royaume de Jérusalem dura un siècle, les Arabes se le rappellent. L’Israël moderne aurait-il déjà accompli la moitié de son parcours historique? Ou plus peut-être?Car il suffirait d’une bombe, une seule, chimique, nucléaire ou sale comme l’appellent aujourd’hui les stratèges pour qu’Israël soit rayé de la carte. Imaginons un instant l’équivalent de l’attentat du 11 septembre perpétré contre Tel-Aviv? Rien n’est moins simple désormais que de le concevoir puisque le précédent existe; les combustibles sont en libre circulation et le nombre des candidats au suicide à l’évidence plus que suffisant. Une bombe suffirait donc pour que disparaisse la plus grande part de la population d’Israël et que le reste fuit sans attendre son extermination finale. Ce scénario est réaliste; il est probable que quelques Ben Laden l’ont en tête et que New York, ville juive autant que Tel-Aviv, fut une répétition de ce nouvel holocauste possible. Que dirait alors le monde, ou «la communauté internationale?» Comme pour l’holocauste précédent, ils s’en repentiraient. Pourrait-on empêcher cela, le prévenir? On n’en prend pas le chemin puisque tout se passe, au niveau diplomatique et de l’opinion alimentée par les médias comme si une paix de type immobilier suffirait à mettre un terme à un conflit que l’on voudrait croire géographique mais qui est au moins métaphysique. La survie d’Israël et non pas celle des Palestiniens n’est pas véritablement prise en considération; elle supposerait d’ailleurs un accord non pas avec les seuls Palestiniens mais avec tous les Etats arabes environnants dont on ne voit pas qu’ils sont même sollicités pour respecter la survie d’Israël; au surplus, conclura-t-on jamais un traité respecté entre les arrière-pensées?. Juifs sans Israël?Si Israël disparaissait, il n’y aurait plus d’Israéliens. Resterait-il des juifs?La diaspora, avons-nous observé, est la condition historique quasi normale du peuple juif; n’a-t-il pas survécu deux mille ans en diaspora? Mais le monde a changé et les juifs aussi; aux Etats-Unis, en Europe, en Russie, en Argentine, les ultimes grandes communautés en exil, le taux des mariages mixtes évolue entre 50 et 70%; si les enfants de mères juives restent techniquement juifs si l’on peut dire, les enfants des hommes qui ne le sont pas cessent d’appartenir au peuple juif. Outre ces considérations strictement rabbiniques et contestées par les juifs libéraux, le fait est que les mariages mixtes dissolvent la mémoire et suspendent les rites; ce qui vaut aussi de plus en plus au sein des mariages entre juifs. Le judaïsme qui fut une religion, un message et une culture tend à ne plus être qu’une culture seule; bientôt en exil autant qu’en Israël, ce ne sera plus que le souvenir d’une culture. Ultime paradoxe, ne subsisteraient alors comme juifs au-delà de la disparition possible d’Israël et de la dilution en exil que des groupuscules d’intégristes, caricatures d’un judaïsme archaïque d’Europe centrale pour qui le costume et la coutume tiennent lieu de mémoire.Imaginera-t-on un monde sans juifs? Pourquoi pas? Claude Lévi-Strauss interrogé sur cette perspective fit observer que les peuples disparus jonchent l’Histoire de l’humanité et qu’il s’en fallut de peu pour que les nazis ne réussissent leur pari d’extermination. Si les juifs disparaissaient, hors quelques sectes intégristes subsidiaires, qu’auraient-ils légué au monde? Le christianisme tout d’abord et aussi paradoxalement l’islam; sans les juifs, sans la Bible, pas de Christ, pas de Mahomet. Le judaïsme survivrait donc pour l’éternité prévisible chez ceux-là mêmes qui voudraient s’en défaire. Un autre legs aussi: l’ironie qui naît de l’exil. Parce que les juifs sont en exil, quel que soit le lieu où ils habitent, ils ont toujours porté sur le monde un regard distancié, qui éclaire leur humour insupportable et les théories qui en sont nées. Si tant de juifs ont interprété le monde autrement que du premier regard, de Freud à Marx, de Schomberg à Kandinsky, ce n’est pas du fait d’un génie particulier, mais parce qu’ils ont toujours occupé par rapport à ce monde une situation oblique. Ce décalage conduit à voir autrement ou à apercevoir une vérité qui porte au-delà de la réalité. Un monde sans juifs est-il envisageable? Il resterait alors le souvenir des juifs et une interprétation du monde qui n’eut pas été la même sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur oeuvre est-elle achevée et les temps sont mûrs pour qu’ils nous quittent. Telle est du moins l’interrogation fondamentale que devrait susciter la fin possible d’Israël comme nation et celle de la diaspora qui va se dissolvant dans les étreintes conjugales. Cette jérémiade est-elle infondée? Dieu seul le sait.

(*)Essayiste et chroniqueur, Guy Sorman s’est illustré par ses prises de positions iconoclastes, tant en matière économique que politique. Il prépare actuellement un livre sur le monde musulman

Un commentaire pour Juifs utiles: Ne pas désespérer Le Monde (Schadenfreude: Israeli author calls out Israeli apartheid for Le Monde)

  1. jcdurbant dit :

    Sorman persiste et signe:

    On m’objectera, en France surtout, où la communauté juive est en majorité issue d’Afrique du Nord, que des Juifs sont victimes d’actes criminels. Rarissimes, ils sont commis par de jeunes Arabes qui reconstituent, dans leurs quartiers de Paris ou Marseille, le conflit israélo-palestinien. Or, on ne saurait confondre antisionisme et antisémitisme. L’antisionisme est fondé sur une situation réelle : les Palestiniens ne sont pas mythiques, leurs revendications non plus bien que difficiles à satisfaire.

    Guy Sorman

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :