Attentats de Paris: Lutter contre le nazisme tout en invitant Hitler à sa table (Like the Obama administration’s hasty exit from Iraq, working with Iran would only push more Sunnis into the arms of the Islamic State)

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AlloFrançois
Le problème qui se pose est d’imposer à certains pays un minimum. Je pense en particulier à la Turquie, compte tenu de l’ambiguïté de ses relations avec l’OEI. (…) Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. Marc Trévidic
Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes. Malek Boutih
Tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent!. Réfléchis trois secondes: un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran. (…) Un communiqué, ça se fabrique, c’est comme les images: tout est bidon. La vérité, de toute façon, on la connaît: c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste. Tu vois, les Kouachi. J’ai un copain qui les connaissait bien. Il m’a dit que le deuxième frère était mort en 2009. C’est pas une preuve, ça? Le but, c’est de salir les musulmans. Malik
Les gros salauds, les barbares, les criminels qu’faudrait régler à la kalach, c’est les Juifs! Mais ça, tu pourras pas l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout. Reda
Les Juifs, enfin les sionistes plutôt. C’est eux les grands caïds. Même l’Etat français est une marionnette entre leurs mains. Kamel
Demain, il nous faudra résister et combattre. Résister au repli sur soi et aux tentations radicales. Combattre la peur, les amalgames et la haine. Plus que jamais, Saint-Denis est une ville populaire, tolérante et ouverte. C’est cette coexistence inépuisable qui permet aux 110 000 Dionysiens, issus de plus de 130 nationalités différentes, de vivre, de travailler, de s’épanouir ensemble, autour de notre bien le plus précieux, les valeurs démocratiques de liberté, d’égalité et de fraternité. C’est pour revendiquer ces valeurs et repousser les peurs que je vous invite à vous joindre au rassemblement en hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre qui se tiendra demain soir, jeudi 19 novembre à 18h, devant le Stade de France (avenue Jules-Rimet). En France, à Saint-Denis, la meilleure réponse à la barbarie, c’est de faire face, ensemble. Didier Paillard (Maire de Saint-Denis)
Vendredi, l’ancien directeur de France Inter était chez des amis lorsqu’il a appris que des fusillades simultanées avaient lieu dans la capitale. (…)  Sur le chemin du retour, se tenant au courant par la radio du scénario macabre qui était en train de se dérouler, il est passé, raconte-t-il, devant une pizza halal où des jeunes barbus ou encapuchonnés nés ne cachaient pas leur joie… Écœuré, groggy, Philippe Val n’a pas dormi jusque tard dans la nuit. Et lui qui dénonce dans son dernier livre (C’était Charlie, Grasset) les dérives d’une gauche « rouge-brune » – qui, sous couvert de protéger le peuple, le méprise en réalité – , peine depuis à contenir sa colère. «Je suis ulcéré par ce que j’entends en ce moment. On ne nomme pas le danger. On va en crever !  On parle de guerre, certes, mais on ne nomme pas l’ennemi, nous déclarait-il hier. Dans les années 1930, Winston Churchill, lui, était le seul à nommer Hitler et à dire « il faut tuer Hitler ». On a l’impression que certains aujourd’hui ont le même réflexe que dans les années 1930. Ils relativisent. Au discours, « il ne faut pas humilier les Allemands de l’époque, on a substitué un réflexe similaire vis-à-vis de l’islam radical – étant entendu naturellement que tous les musulmans ne sont pas des islamistes», s’indigne-t-il. Un refus, une incapacité à nommer les choses que l’on retrouve dans les médias, mais aussi, regrette-t-il, chez les politiques et certains intellectuels. Philippe Val
La France est-elle à ce point naïve qu’elle imagine pouvoir déclarer la guerre à des pays musulmans sans que ceux-ci ripostent ? Michel Onfray 
Les Européens ont compris qu’il y avait un danger, mais les mesures qui auraient dû être prises ne l’ont pas été, comme par exemple une réforme de la législation permettant l’écoute de terroristes potentiels. Moshe Yaalon
Quand on est en guerre, il ne faut pas avoir peur de tuer, et il ne faut pas avoir peur d’être tué. On ne vainc pas la terreur depuis le ciel. Daech a des points de vulnérabilité, surtout s’il est attaqué sur terre. Général Ashkenazi
En Europe, l’équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme penchait jusqu’à présent en faveur des droits de l’homme. Mais il n’y a plus le choix : il faut faire pencher la balance du côté de la sécurité pour défendre la démocratie. dans la lutte antiterroriste, nous sommes tous dans le même bateau. Ministre israélien de la Défense
Gaby Ashkenazi, comme d’autres responsables actifs de la défense israélienne estime que Daech a exploité les failles et les points faibles des régimes démocratiques européens, qui de leur côté ont préféré continuer à croire que le conflit se limitait au Proche-Orient et ne les concernait pas directement. Pour faire face à cette nouvelle réalité qu’il est désormais impossible d’occulter, la doctrine de défense telle que les Israéliens la recommandent aujourd’hui à leurs alliés français et européens, repose sur trois piliers : frontières, renseignement et actions préventives. L’espace Shengen a vécu. La France et l’Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont voulu croire que les conflits de civilisation étaient révolus, et depuis la fin de l’ère soviétique, que leurs frontières pouvaient s’ouvrir sans limitation, car la démocratie avait gagné et ne serait plus jamais menacée. Le terrorisme islamiste vient de s’engouffrer dans la brèche qu’il faut donc refermer. Les Etats d’Europe vont devoir reprendre le contrôle de leurs frontières, et en particulier avec la Turquie, recommande notamment le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon. Actualité juive
Un rapport explosif fourni par le département d’État et le Pentagone circule depuis plusieurs semaines sur les sites d’information alternatifs, sans que les grands médias américains – hormis quelques titres conservateurs – ne s’en fassent l’écho. Il met pourtant en avant le fiasco de l’administration Obama dans sa gestion des crises syrienne et irakienne, qui ont enfanté l’organisation État islamique (EI). Dès le 5 août 2012, ce rapport d’information de la DIA (Defense Intelligence Agency, les services de renseignements du Pentagone) alarmait les responsables de la CIA, du département d’État, et du Pentagone sur la radicalisation de la rébellion syrienne et le possible établissement d’un « État islamique » à l’est de la Syrie, avec de « graves conséquences en Irak . Deux ans plus tard, la « prédiction » devenait réalité avec la proclamation en juin 2014 d’un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak. Le Point (10/06/2015)
On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. François Géré
Le califat islamique de Daech entend simplement refaire ce qu’ont fait les premiers califes qui ont étendu le royaume de l’Arabie aux portes de la Chine jusqu’au Sud de l’Espagne. Ils expriment aujourd’hui cette volonté de conquête massive globale où l’ennemi n’est pas que le juif, mais l’Occident chrétien. L’attaque spectaculaire à Paris vise à sidérer l’ennemi, créer l’effroi général, créer un syndrome de Stokhcolm généralisé chez les populations pour que celle-ci exigent un infléchissement de la stratégie syrienne et arabe de la France. (…) La hiérarchie est la suivante: en premier il y a les « vrais » musulmans, les salafstes, puis les autres musulmans sunnites, puis les chiites orthodoxes, puis les chrétiens et les juifs, puis, bien plus bas, les sectes hétérodoxes « apostates » issues du chisme (Alaouites, druzes, etc) et les idolâtres. Enfin, l’objectif des Jihadistes est atteint: le pays ennemi est plongé dans l’effroi, les magasins et lieux publics sont sur contrôlés, les citoyens sont terrifiés par les médias qui ne parlent que de cela en boucle et qui ne cessent de relayer les revendications des Jihadistes. Pendant ce temps, Daech continue d’envoyer des activistes futurs terroristes dans le flux global des immigrés clandestins… (…)  Tout d’abord, Abou Moussab Al-Souri, de son vrai nom, Setmariam Nazar possédant la double nationalité syro-espagnole (par mariage), est un idéologue d’Al-Qaida « canal historique », bien qu’ayant toujours fait preuve d’une grande indépendance personnelle vis-à-vis de la direction du mouvement. Comme cela est dit dans le film « les barbouzes », « il encombre aux archives » de tous les services de renseignement. Seul détail gênant, depuis sa libérations des geôles syriennes en 2011 (il avait été « rendu » au régime de Bachar el-Assad par les Américains – qui l’avaient arrêté en 2005 – quand celui-ci était encore fréquentable), personne ne sait où il est passé. Ses théories vont à l’opposé de celles de Daech dans le cadre de la création d’un « État » islamique. Il jugeait cette façon de faire comme trop dangereuse car présentant une cible trop facile à frapper par les Occidentaux. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales. (…) Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. Cela dit, Al-Qaida « canal historique » a perdu beaucoup de ses contacts à l’étranger en dehors de ses mouvements affiliés (AQMI au Sahel, AQAP au Yémen, etc.). C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains. En Occident, il est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action. Cette « cause » est différente de celle d’Al-Qaida car il existe aujourd’hui un véritable État islamique situé à cheval sur la Syrie et l’Irak. C’est du « concret ». Les motivations des nouveaux adeptes sont souvent dictées par la volonté de venir à bout d’un mal-être personnel. Daech ne s’en prend pas plus aux Occidentaux qu’Al-Qaida. De plus, il profite des combattants étrangers pour se fournir en « chair à canon ». Il est en effet en sous-effectifs par rapport aux territoires qu’il tente de contrôler. Les djihadistes étrangers sont priés de ne pas repartir. Pour ce faire, leurs papiers leur sont confisqués dès leur arrivée. La rumeur court qu’une centaine auraient été exécutés car ils souhaitaient déserter. Il n’est toutefois pas impossible que quelques fanatiques puissent revenir et se lancer dans des attentats vengeurs.(…) Ce qui est inquiétant, c’est la surenchère qui existe aujourd’hui entre Al-Qaida « canal historique » et  Daech. C’est à celui qui fera parler le plus de lui. D’ailleurs, Al-Qaida qui n’a pas dit son dernier mot est en train de créer un État dans le nord-ouest de la Syrie. Son objectif est de faire la pige à Daech. Il va falloir aussi voir ce que va faire Al-Qaida en Afghanistan quand les talibans mèneront leur « offensive de printemps » qui pourrait voir, à terme,  l’effondrement du régime en place à Kaboul. (…) . Al-Qaida se livrait essentiellement à du prosélytisme via des mosquées, des clubs sportifs et des associations. Cette phase semble terminée car les services de police surveillent particulièrement ces structures. Le principe pour recruter des activistes est de les valoriser personnellement en leur démontrant qu’ils sont « maltraités » par la société. Cette manière de faire est aussi valable pour d’autres mouvements contestataires ou séparatistes. Il n’y a rien de nouveau dans le monde révolutionnaire. D’ailleurs, si le salafisme-djihadiste disparaissait demain, d’autres mouvements révolutionnaires utiliseraient alors le terrorisme qui n’est, en fin de compte qu’un moyen de combat (« mouvement terroriste » ne veut rien dire. Il faudrait dire un mouvement idéologique, politique, religieux, sectaire, etc. qui « utilise » l’arme du terrorisme). Alexandre Del Valle
Au lendemain des attentats du 7 janvier, j’ai passé deux jours scotché aux informations télévisées en continu sans pouvoir en détourner les yeux. Au lendemain des attentats du 13 novembre, je crois que je n’ai même pas allumé la télévision. Je me suis contenté d’appeler les amis et les connaissances qui habitent dans les quartiers touchés (et ça représente du monde). On s’habitue à tout, même aux attentats. La France résistera. Les Français sauront résister même sans se prévaloir d’un héroïsme exceptionnel, sans même avoir besoin d’un +sursaut+ collectif d’orgueil national (…). Ils résisteront parce qu’on ne peut pas faire autrement, et que l’on s’habitue à tout. Parce qu’aucune émotion humaine, pas même la peur, est plus forte que l’habitude. +keep calm and carry on+. Reste calme et avance. D’accord, on va faire exactement comme ça (même si – hélas – nous n’avons pas un Churchill à la tête du pays). Contrairement à ce que l’on pense, les Français sont plutôt dociles et ils se laissent gouverner facilement, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont de complets imbéciles. Leur principal défaut est une sorte de superficialité qui incline à l’oubli, ce qui signifie qu’il faut leur rafraîchir la mémoire périodiquement. La situation regrettable dans laquelle nous nous trouvons doit être attribuée à des responsabilités politiques spécifiques ; et ces responsabilités politiques devront tôt ou tard être étudiées à la loupe. Il est très improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’Etat, tout comme l’attardé congénital qui occupe les fonctions de Premier ministre, pour ne rien dire des +ténors de l’opposition+ (LOL) sortent avec les honneurs d’un tel examen. Qui a décidé les coupes dans les forces de police, jusqu’à réduire ces dernières à l’exaspération, [ à les rendre ] quasiment incapables d’effectuer leurs missions ? Qui, pendant des années, nous a répété que les frontières sont une antique absurdité, symbole d’un nationalisme dépassé et nauséabond ? Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ces responsabilités ont été largement partagées. (…) Les gouvernements qui se sont succédé au cours des dix (vingt ? trente ?) dernières années ont failli péniblement, systématiquement, lourdement, dans leur mission fondamentale qui consiste à protéger la population française dont ils ont la charge (…). On pourrait multiplier à l’infini les exemples de la fracture – aujourd’hui abyssale – qui existe entre les citoyens et ceux qui devraient les représenter. Michel Houellebecq
Cela ne fait jamais que quarante ans que la gauche, mimée par la droite, poursuit cette politique désastreuse. Un effet d’optique laisse croire que la France ne serait en guerre que contre le « terrorisme djihadiste », que François Hollande n’a d’ailleurs pas osé nommer plus précisément, mardi devant le Congrès réuni à Versailles. Or, si l’idéologie salafiste menace la France, c’est bien parce qu’elle a pu s’y installer et y prospérer sans contraintes, sous la protection des belles âmes aveuglées par leur dévotion à la « diversité ». C’est donc aussi l’idéologie relativiste et sansfrontiériste, toujours en vigueur quand on observe Bartolone s’enfermer dans les mêmes dénis des réalités, qu’il s’agit de combattre. Ivan Rioufol
President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror. The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection. Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State. Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely.  “Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists. (…) Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité. Garry Kasparov

Attention: un ennemi peut en cacher un autre !

A l’heure où suite au plus grave acte terroriste qu’ait connu la France …

Pendant que dans l’indifférence générale continue à frapper en Israël le terrorisme palestinien

Se confirment  tant les risques d’une immigration incontrôlée que la présence et la mort dans la ville aux 110 000 habitants  et  130 communautés d’un des terroristes les plus recherchés d’Europe …

Et où l’on apprend sur fond d’emballement des théories du complot voire de franche réjouissance dans nos banlieues dites « sensibles » et de propagation des menaces en Allemagne, Italie ou Suède

Que les autorités françaises auraient refusé, si l’on en croit un ancien responsable des services secrets, une liste de djhadistes français en Syrie sous prétexte qu’elle était proposée par les services syriens …

Pendant qu’après cet incroyable ratage dix mois après le tragique avertissement de Charlie hebdo et de l’Hyper cacher, le gouvernement français consent enfin à reconnaitre que nous sommes en guerre (et que, comme le rappellent nos écrivain et philosophe groupies des dhimmis Villepin et Chirac, faire la guerre, ça se paie) …

Mais, non content de frayer depuis des décennies avec les financiers (Arabie saoudite et Qatar) et soutiens (Turquie) mêmes du terrorisme mondial, annonce à présent son ralliement avec des partenaires aussi peu fiables que la Russie et l’Iran …

Comment ne pas voir, avec Garry Kasparov, autre chose que l’aggravation de la mesure même qui a donné le jour à l’Etat islamique

A savoir le retrait inconsidéré, par le président Obama, des troupes en Irak …

Et l’abandon consécutif au pouvoir et aux milices chiites de Bagdad …

D’une minorité sunnite sans laquelle, comme l’avait brillamment démontré et réussi le général Pretaeus juste avant la funeste décision de l’actuelle administration américaine, toute défaite de l’Etat islamique est parfaitement illusoire ?

Dancing With Dictators Against Islamic State
The U.S. and its allies can defeat ISIS. Joining with Putin, Assad and Iran’s regime would be immoral.
Garry Kasparov
The Wall Street Journal
Nov. 17, 2015

Three days after coordinated terror attacks in Paris killed at least 129 people and put the lie to President Obama’s recent claim that Islamic State was “contained,” Mr. Obama took to the podium on Monday. Speaking from Antalya, Turkey, where he was attending a G-20 meeting, he threw the full weight of his rhetoric behind solidarity with France and behind the French military response against Islamic State, or ISIS. But he offered no policy changes. In other words, once again America is leading from behind.

Mr. Obama’s remarks in Turkey came after he sat down for an impromptu discussion with Russian dictator Vladimir Putin, who has shipped troops and military hardware to Syria to prop up the Bashar Assad regime and to produce desperately needed new war propaganda back home. A suggestion gaining currency in recent days—encouraged by the Putin-Obama photo op—that the U.S. and NATO cooperate with Mr. Putin against ISIS is ludicrous on many levels. The most obvious one being that Russian forces aren’t in Syria to fight ISIS.

Even after the death of 224 people—most of them Russian tourists—in the Oct. 31 Metrojet crash in Egypt that was almost certainly an ISIS terror bombing, Mr. Putin remains focused on his goals. He is in Syria to help Iran and Mr. Assad destroy any legitimate alternatives to the status quo. What is that status quo? The Assad regime and its Iranian backers controlling the region by force.

The Kremlin also wants to maintain a stream of Syrian refugees pouring into Europe. The migrant crisis is useful to Mr. Putin in two ways. It distracts European attention from his continuing military campaign against Ukraine. And the flood of refugees will enhance the fortunes of far-right European parties that openly embrace Mr. Putin, increasing pressure on the European Union to lift sanctions against Russia. If one of the terrorists in the Paris attack slipped into Europe with Syrian refugees, so much the better.

President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror.

The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection.

Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State.

Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely.

“Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists.

Pacifying the region and protecting its people from the predation of terrorists and brutal dictatorships is the only path left. It is also the only way to ever repatriate the millions of refugees the Syrian civil war has created. We must support these people now, not watch from afar as they are slaughtered and enslaved, paying attention only when the horror makes its way into our capitals. Our fate is tied to theirs.

Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité.

Mr. Kasparov is the chairman of the New York-based Human Rights Foundation and the author of “Winter Is Coming: Why Vladimir Putin and the Enemies of the Free World Must Be Stopped” (PublicAffairs, 2015).

Voir aussi:

Après les attentats à Paris, le « J’accuse » de Michel Houellebecq
Jean Michel Gradt

Les Echos

Le 19/11/15

Dans une tribune publiée par le quotidien transalpin, « Il Corriere della Sera », l’écrivain fustige les gouvernements de droite comme de gauche qui ont failli dans leur mission de protection de la population française. Il a des mots particulièrement durs pour François Hollande et Manuel Valls.

Son dernier roman « Soumission », une farce grinçante dans laquelle il décrit une France gouvernée par un parti islamiste en 2022, était paru le… 7 janvier, jour de l’attentat contre « Charlie Hebdo ». Puis la terreur a frappé à nouveau la capitale le 13 novembre. Ce jeudi, Michel Houellebecq revient sur ces attentats, dans une tribune intitulée « J’accuse Hollande et je défends les Français » parue dans le grand quotidien transalpin « Il Corriere della Sera ».

L’occasion pour lui d’administrer une volée de bois vert aux hommes politiques français et à leur action diplomatique.

« Au lendemain des attentats du 7 janvier, j’ai passé deux jours scotché aux informations télévisées en continu sans pouvoir en détourner les yeux. Au lendemain des attentats du 13 novembre, je crois que je n’ai même pas allumé la télévision. Je me suis contenté d’appeler les amis et les connaissances qui habitent dans les quartiers touchés (et ça représente du monde) », confie-t-il.

« On s’habitue à tout, même aux attentats »
Avant d’ajouter, sur le mode désabusé. « On s’habitue à tout, même aux attentats. La France résistera. Les Français sauront résister même sans se prévaloir d’un héroïsme exceptionnel, sans même avoir besoin d’un +sursaut+ collectif d’orgueil national (…). Ils résisteront parce qu’on ne peut pas faire autrement, et que l’on s’habitue à tout. Parce qu’aucune émotion humaine, pas même la peur, est plus forte que l’habitude. »

Puis, on note une rupture de ton. Après la résignation (feinte ?), il amorce l’offensive : « +keep calm and carry on+. Reste calme et avance. D’accord, on va faire exactement comme ça (même si – hélas – nous n’avons pas un Churchill à la tête du pays). Contrairement à ce que l’on pense, les Français sont plutôt dociles et ils se laissent gouverner facilement, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont de complets imbéciles. Leur principal défaut est une sorte de superficialité qui incline à l’oubli, ce qui signifie qu’il faut leur rafraîchir la mémoire périodiquement. »

Puis l’écrivain se fait procureur, passe du réquisitoire à la charge : « la situation regrettable dans laquelle nous nous trouvons doit être attribuée à des responsabilités politiques spécifiques ; et ces responsabilités politiques devront tôt ou tard être étudiées à la loupe. Il est très improbable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le fauteuil de chef de l’Etat, tout comme l’attardé congénital qui occupe les fonctions de Premier ministre, pour ne rien dire des +ténors de l’opposition+ (LOL) sortent avec les honneurs d’un tel examen. »

Les gouvernements entre faillite et discrédit
L’auteur de « Extension du domaine de la lutte » interroge : « qui a décidé les coupes dans les forces de police, jusqu’à réduire ces dernières à l’exaspération, [ à les rendre ] quasiment incapables d’effectuer leurs missions ? Qui, pendant des années, nous a répété que les frontières sont une antique absurdité, symbole d’un nationalisme dépassé et nauséabond ? Il ne faut pas longtemps pour comprendre que ces responsabilités ont été largement partagées. »

Michel Houellebecq reproche aux leaders politiques français – exception faite de Dominique de Villepin dont il salue l e discours contre la guerre en Irak en 2003 à l’ONU – d’avoir engagé le pays dans des opérations militaires « absurdes et coûteuses » qui ont eu pour principal résultat d’avoir « plongé dans le chaos, d’abord l’Irak, puis la Libye. Et ces dirigeants étaient sur le point, il y a peu de temps encore, de faire la même chose en Syrie ».

Conclusion : « Les gouvernements qui se sont succédé au cours des dix (vingt ? trente ?) dernières années ont failli péniblement, systématiquement, lourdement, dans leur mission fondamentale qui consiste à protéger la population française dont ils ont la charge (…). On pourrait multiplier à l’infini les exemples de la fracture – aujourd’hui abyssale – qui existe entre les citoyens et ceux qui devraient les représenter. »

Voir également:

SCANDALE D’ÉTAT ? : Valls a refusé la liste des djihadistes français proposée par la Syrie !
Olivier Berruyer

Les Crises

18 nov 2015

Yves de Kerdrel, directeur de la publication de Valeurs actuelles, révèle l’information inédite de l’interview de Bernard Squarcini (ancien chef du renseignement français) qui paraîtra dans l’édition de ce jeudi 19 novembre :

L’ancien directeur de la DCRI y affirme que :

les services secrets syriens ont la liste des combattants djihadistes français opérant en Syrie, qu’ils l’ont proposée à la France il y a deux ans, que Manuel Valls a répondu “pas question, nous n’échangeons pas d’informations avec un régime tel que la Syrie”

Kerdrel commente “cette information a de quoi faire sauter un certain nombre de personnes en France” – tu m’étonnes !

Squarcini n’est pas un ange, Valeurs actuelles non plus, mais enfin, on parle ici du chef de la DST ! Qui ne s’amuse pas à proférer des accusations pareilles sans biscuits… Et si on attend que ces informations sortent dans Libé…

Il a donné une intéressante interview ici en 2014 :

 Vous êtes politisé ?

Je n’ai pas de couleur politique, je n’ai même pas de carte. Enfin si… Carte Vitale, de police et de préfet. J’ai servi la gauche avec force avant de servir la droite et vice versa. On m’a relié à un homme. Certains disent de vous que vous étiez l’homme de Sarkozy… S’ils savaient… Je disais « non » neuf fois sur dix. Le grand journaliste Georges Malbrunot dénonce ces politiques délirantes depuis longtemps :

mais là on apprend surtout, non pas le crétinisme de la décision, mais la valeur de ce qui a été refusé…

Cette histoire va finir par être très intéressante, car la vérité va finir par apparaître :

un ministre des affaires étrangères qui fricotte avec des islamistes, qui trouve qu’al-Qaïda fait du bon boulot sur le terrain en Syrie, qui déclare que “Bachar el-Assad ne mérite pas d’être sur terre” (empêchant toute coopération, et suscitant nombre de vocation dans les banlieues du coup, répondant à son appel… Mais QUI lui a confié la Diplomatie)
un Premier Ministre comme ça…
un Président qui a reconnu avoir livré des tonnes d’armes aux rebelles syrien, 90 % ayant fini chez les islamistes d’al-Qaïda ou de Daesh…  (ce qui est interdit par le Droit international pour mémoire)
tout ça pour mettre à terre un régime certes pas sympathique et autoritaire (avec des crimes encore limités en 2011), mais qui ne nous a rien fait, ne nous menaçait en rien, était même un régime ami il y a 5 ans !

On a confié notre sécurité à des clowns. N’y voyez pas de polémique partisane, c’est Alain Juppé qui a commencé, en reconnaissant les “islamistes modérés” comme légitimes.

Grace à Chirac et Villepin, la France était aimée de tout le monde arabe en 2007. Passent le cyclone Sarkozy puis le typhon Hollande, alimentés par la dépression BHL, et on se retrouve ennemi n’°1 de l’État islamique !

Ces droits-de-l’hommistes ayant d’ailleurs une grande cohérence dans leurs relations, ne fréquentant que des “démocrates”…

“Démocrates” qui, certes, financent le terrorisme, mais bon, comme ils ne financent pas que ça…

Réécoutez-le hier, défendant ses amis, dénoncés partout :

“Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table.” [Marc Trevidic, juge antiterroriste français, 15/11/2015]

À suivre demain avec l’article, ce n’est que le début…

En route vers une commission d’enquête !

Voir encore:

Comment les experts israéliens analysent les attentats de Paris

Pour les spécialistes de la défense israélienne, les attentats de Paris s’expliquent d’abord par une conception du monde dépassée et inadaptée de la part de la France et des autres pays d’Europe.

« L’Europe n’était pas préparée à ce type d’attaque ». Au lendemain des attentats qui ont frappé Paris, le diagnostic de Gaby Ashkénazi est sans appel. Pour l’ancien chef d’état-major de Tsahal, la France n’est pas seule à avoir refusé de regarder la réalité en face, même après les attentats de janvier. Daech n’a jamais caché ses objectifs et c’est ouvertement que le mouvement terroriste a promis de s’en prendre à la France. Gaby Ashkenazi, comme d’autres responsables actifs de la défense israélienne estime que Daech a exploité les failles et les points faibles des régimes démocratiques européens, qui de leur côté ont préféré continuer à croire que le conflit se limitait au Proche-Orient et ne les concernait pas directement.

Pour faire face à cette nouvelle réalité qu’il est désormais impossible d’occulter, la doctrine de défense telle que les Israéliens la recommandent aujourd’hui à leurs alliés français et européens, repose sur trois piliers : frontières, renseignement et actions préventives. L’espace Shengen a vécu. La France et l’Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont voulu croire que les conflits de civilisation étaient révolus, et depuis la fin de l’ère soviétique, que leurs frontières pouvaient s’ouvrir sans limitation, car la démocratie avait gagné et ne serait plus jamais menacée. Le terrorisme islamiste vient de s’engouffrer dans la brèche qu’il faut donc refermer. Les Etats d’Europe vont devoir reprendre le contrôle de leurs frontières, et en particulier avec la Turquie, recommande notamment le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon.

Les mesures n’ont pas été prises

Le renseignement doit être plus efficace. « Les Européens ont compris qu’il y avait un danger, mais les mesures qui auraient dû être prises ne l’ont pas été, comme par exemple une réforme de la législation permettant l’écoute de terroristes potentiels » estime encore Moshe Yaalon. Sans tomber dans certains excès américains, il y a des dispositions qui peuvent améliorer le traitement et l’analyse des informations pour une utilisation optimale. Cela passe aussi par la coopération internationale, qu’Israël pratique déjà avec ses alliés européens, dont la France. « Israël a des informations. Nous ne sommes pas exactement un acteur subalterne dans ce domaine. Les renseignements que nous obtenons, nous les partageons avec la France et avec d’autres Etats concernés; et pas seulement depuis hier » a déclaré Binyamin Netanyahou au lendemain des attentats du 13 novembre.

« Quand on est en guerre, il ne faut pas avoir peur de tuer, et il ne faut pas avoir peur d’être tué » rappelle pour sa part le général Ashkenazi. « On ne vainc pas la terreur depuis le ciel », estime l’ancien chef d’état-major, convaincu que les frappes aériennes en Syrie ou en Irak ne seront pas la solution. « Daech a des points de vulnérabilité, surtout s’il est attaqué sur terre ». Des actions contre le mouvement terroriste sur son terrain sont possibles et nécessaires.

« En Europe, l’équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme penchait jusqu’à présent en faveur des droits de l’homme. Mais il n’y a plus le choix : il faut faire pencher la balance du côté de la sécurité pour défendre la démocratie » affirme le ministre israélien de la Défense, qui espère que la France et l’Europe ont maintenant compris que « dans la lutte antiterroriste, nous sommes tous dans le même bateau ».

Voir aussi:

Europe
Key ISIS figure targeted in Paris raid may have slipped in and out of Europe
Anthony Faiola

The Washington Post

November 18

PARIS — French security forces mobilized Wednesday on a surprising lead: The man considered to be the ringleader of the Paris attacks — an Islamic State operative and the puppet master of its effort to terrorize Europe — was potentially hiding out right under the noses of French intelligence.

Based on the lead, police officers and soldiers launched a seven-hour siege on an apartment building in Paris’s Saint-Denis district that left at least two dead, officials said.

Two senior European officials familiar with the investigation said they received confirmation from the French that one of the dead was Abdelhamid Abaaoud — a 28-year-old Belgian of Moroccan descent who cajoled his own 13-year-old brother into fighting in Syria.

French officials Wednesday said they could not confirm that Abaaoud was among the two dead. But they said he was not among the eight taken alive.

Social video captures police raid in Saint-Denis
Gunfire broke out in the northern Paris suburb of Saint-Denis early on Nov. 18 as police pursued suspects from the terror attacks on Nov. 13. Witnesses documented the flood of police into the historic suburb as the raid grew. (Jenny Starrs/The Washington Post)
His death would bring a measure of justice to the French investigation into the deadliest attack on French soil since World War II, an assault in which three squads of militants killed 129 people and left more than 300 wounded. But Abaaoud’s ability to successfully traverse the porous borders of Europe and hide in France would also suggest just how large a security threat the continent is facing.

Officials believe the man who has boasted of easily escaping “crusader intelligence” as he sneaked in and out of Europe is a guru behind the Paris massacre. In the hours and days after the attacks — which struck a stadium, a concert hall, bars and restaurants — authorities have pieced together a picture of a network of attackers with ties that radiate back to Abaaoud.

Two European officials familiar with the case said Abaaoud is thought to have arrived in Syria sometime in 2013 or 2014 and to have slipped in and out of Europe since. Following the Paris attacks, the intelligence community was divided on where Abaaoud might be. Some officials believed he might be in Syria. But Paris prosecutor François Molins said Wednesday that investigators received information from a witness Monday that Abaaoud was in France.

 “It was taken very seriously and was double-checked through the verification of phone records and banking operations,” he said.

At least two of the men believed to be directly involved in the Paris attacks — including Salah Abdeslam, a 26-year-old who is on the run — had years-long connections to Abaaoud and came from the same hardscrabble neighborhood in Brussels that has become a breeding ground for European jihadists. The bearded Islamic State operative, officials say, may also have been directly involved in the recruitment of other assailants in Friday’s attacks, and he was actively involved in several other attempts this year to stage terrorist acts in Europe.

Abaaoud has been linked by authorities to several foiled terrorist plots in France and Belgium over the past two years, including the attempted attack in August on a Paris-bound high-speed train from Amsterdam that was thwarted with the aid of three Americans.

Authorities say as many as 20 people may have been involved in the plot to attack Paris. Here’s what we know about them so far. (Gillian Brockell/The Washington Post)
In August, Reda Hame, a French foreign fighter, was arrested in France after returning home from Syria. He told the police that he had met Abaaoud in Syria and had been instructed to strike at densely populated targets. He said he had been given several targets for attacks in France, including “concert halls” and “food markets.”

“These weren’t specific targets,” a French official said, “rather, ideas of places to strike, so as to spread fear everywhere.”

Abaaoud spent his youth in the Molenbeek neighborhood of Brussels and was arrested for petty crimes — a profile common among young jihadists who were also wayward youths. But he is thought to have later associated with members of Sharia4Belgium, an Islamist activist group that was designated a terrorist organization this year.

Abaaoud is believed to have joined the Islamic State, also known as ISIS or ISIL, sometime in 2013. He has appeared in a number of its videos, including one from March 2014 in which he drives a pickup truck with a string of dead bodies attached.

 “He contributed to sending hundreds of Belgians to Syria, coordinating departures,” said Jean-Charles Brisard, a counterterrorism expert based in Paris. “He has a big role in recruitment of the French-speaking jihadists.”

Voir de plus:

Attentats – Goldnadel : « Et dire qu’il était interdit avant vendredi de lier invasion migratoire et risque terroriste »
Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles

18 Novembre 2015

Stop ou encore ? Mots belliqueux creux ou détermination ? Certes, nous ne sommes plus dans l’escroquerie Charlie, mais sommes-nous vraiment sortis de 30 ans de complaisance médiatique et politique pour la radicalité islamique ? Le jour d’avant le vendredi noir, il était encore interdit de lier invasion migratoire et risque terroriste, tous les migrants étant indiscutablement cultivés et pacifiques. Le jour d’avant, le président d’une Europe crépusculaire et démissionnaire tançait le « nombrilisme » des Européens égoïstes. Ceux qui osaient penser que c’était mieux avant la société multiculturelle et le métissage obligatoire étaient d’affreux « déclinistes » rétrogrades. Le jour d’avant, une marche « des dignités » pouvait tranquillement insulter les policiers « violents » et vouloir exclure les  blancs « racistes ».Le jour d’avant, le seul danger qui guettait la France s’appelait le « populisme », du moins celui de droite. La fermeture des frontières était une chimère. Mais le samedi matin, rien n’était encore dit, au nom d’une commode « unité nationale », sur la dimension religieuse antichrétienne contenue dans le message de revendication de l’État islamique. Aucune réflexion n’était amorcée sur cette société multiculturelle avancée qui tourne au cauchemar, sur la dangerosité avérée d’une invasion qu’on n’a pas le droit de nommer. Stop ou encore ? Sommes-nous vraiment au jour d’après ?

Voir de même:

Saint-Denis, cité des rois et désormais de l’islam

C’est à deux pas de la basilique Saint-Denis, là où se trouve le gisant de Charles Martel, qu’un assaut des forces de l’ordre a été mené, ce mercredi matin, contre des suspects liés aux attentats islamistes de vendredi. Deux d’entre eux ont été tués, dont une femme qui a actionné sa ceinture d’explosifs. Sept personnes ont été interpellées, tandis que l’armée a massivement pris position dans ce quartier central. Difficile ce matin, devant les images télévisées de ces soldats surarmés patrouillant dans les rues, de ne pas faire le rapprochement avec des scènes souvent vues en Israël. Certes, Saint-Denis n’est pas Jérusalem-est. Néanmoins, comme l’explique Gilles Kepel dans  son livre, Quatre-vingt-treize, « l’ancienne ville des rois puis de la Révolution et de la classe ouvrière est devenue La Mecque de l’islam de France ». Le département de Seine-Sain-Denis, choisi pour promouvoir la candidature de Paris aux Jeux Olympiques, fait lui-même partie de ces territoires qui ont largement entamé leur bascule démographique et culturelle, sous le poids de l’immigration arabo-musulmane et de sa fécondité.  Les derniers autochtones quittent progressivement les lieux pour rejoindre la France périphérique. Il n’est donc guère étonnant que des islamistes aient pu trouver refuge, aux portes de Paris, dans cette ville de plus en plus homogène, par l’effet d’une substitution de population, d’un changement de peuple. Ce matin, sur Europe 1, le député PS du département, Claude Bartolone, a appelé à ne pas faire de lien entre les « banlieues populaires » et « ces terroristes ». Il a juré, sans rire, qu’ « il n’y avait jamais eu d’angélisme » dans son camp. Il a donc continué à défendre les mérites du « vivre ensemble ». Cela ne fait jamais que quarante ans que la gauche, mimée par la droite, poursuit cette politique désastreuse.
Un effet d’optique laisse croire que la France ne serait en guerre que contre le « terrorisme djihadiste », que François Hollande n’a d’ailleurs pas osé nommer plus précisément, mardi devant le Congrès réuni à Versailles. Or, si l’idéologie salafiste menace la France, c’est bien parce qu’elle a pu s’y installer et y prospérer sans contraintes, sous la protection des belles âmes aveuglées par leur dévotion à la « diversité ». C’est donc aussi l’idéologie relativiste et sansfrontiériste, toujours en vigueur quand on observe Bartolone s’enfermer dans les mêmes dénis des réalités, qu’il s’agit de combattre. L’éventuel  démantèlement du commando d’assassins d’une jeunesse parisienne ne mettra pas pour autant la France à l’abri, tant les cités elles-mêmes sont devenues inflammables. Le député PS, Malek Boutih, estime que les « terroristes » ont remplacé les « émeutiers », le rejet de la République et de ses valeurs étant très profond selon lui. Les lanceurs d’alerte qui, en 2002, avaient en vain sonné le glas sur les « territoires perdus de la République » voient leurs craintes confortées. L’un de ceux-là, Georges Bensoussan, explique ce mercredi dans Le Figaro : « Une partie de la population française ne se reconnaît plus dans les valeurs démocratiques et républicaines de la France. Et encore moins dans son histoire. La radicalisation islamiste de certains, et l’approbation apportée par les mêmes aux attentats de janvier 2015, évoquent les germes d’une guerre civile ». En fait, cette guerre civile est déjà là, quand des Français tuent d’autres Français et quand l’armée se déploie dans les villes. Elle peut en rester à ce stade, si le gouvernement affronte enfin clairement l’ennemi, sans désespérer les citoyens déjà en rupture avec l’Etat. Sinon, l’autodéfense pourrait être le risque.
Voir aussi:
FIGAROVOX/TRIBUNE – La journaliste et philosophe Alexandra Laignel-Lavastine, qui habite en Seine-Saint-Denis, a interrogé les jeunes de son quartier dès le matin du 14 novembre. Si leurs propos ne reflètent pas l’opinion majoritaire dans ce département, ils traduisent une réalité dérangeante.Alexandra Laignel-Lavastine a fait ses études à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV puis au Centre de formation des journalistes (CFJ), avant de se consacrer à une carrière d’essayiste, d’universitaire et d’éditeur, collaborant aussi, depuis 1987, à de nombreux médias écrits et audiovisuels, dont Le Monde (près de 250 articles, portraits et chroniques de 1998 à 2009, accessibles via le site du quotidien), Libération, Le Monde des débats, Philosophie Magazine… Elle est l’auteur d’ un livre de combat sur les enjeux de l’après Charlie, intitulé La Pensée égarée(Grasset, Prix de la Licra, mai 2015)* et sous titré «Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l’Europe». La chronique d’une catastrophe annoncée en même temps qu’une invitation à décréter l’état d’urgence intellectuel.

Alors qu’en ce lugubre matin du samedi 14 novembre, la France était en état de choc et le monde glacé d’effroi, comment les jeunes de mon quartier, dans le 93, avaient-ils vécu, eux, les carnages de la nuit? Un vague espoir m’avait saisi: et si les tueurs islamistes venaient, par ce bain de sang, de s’aliéner un peu leurs admirateurs de banlieue, généralement fascinés par leurs «exploits guerriers»? Dans cet univers clos et à la dérive, où la fêlure morale est souvent vertigineuse, le principe qui prédomine est en effet celui de la valeur contraire. Les décapitations en ligne, les prières de rue et le voile intégral horrifient ou dérangent? Ils «kiffent» puisqu’ils «niquent la France». Mais cette fois? Se pouvait-il que les images atroces des tueries les laissent de marbre et ne suscitent pas l’ombre d’un écœurement ou d’une identification aux victimes? En s’en prenant au public jeune et festif d’un concert de rock ; pis, en ciblant les spectateurs d’un match de foot, leur passion, de surcroît au Stade de France, situé à quelques encablures de là et où ils auraient tous pu se trouver, les tueurs de Daech n’avaient-ils pas commis une erreur d’appréciation? J’avoue que je m’attendais au moins à un vague: «Là quand même, ils abusent!». Je descends au bistrot du coin vers 10 heures.

Aussi brillant que celui d’Emmanuel Todd et d’une bonne partie de la doxa de gauche politiquement correcte, pour qui il ne s’agissait déjà plus, quatre mois après « Charlie », de combattre l’islamisme, mais le « laïcisme radical » porté par les néo-réactionnaires, très vite tenus, en toute indécence, pour les coupables indirects des crimes de janvier.
Première surprise: rien n’y laisse deviner qu’une tragédie vient de frapper le pays. La télé est pourtant allumée au-dessus du comptoir, le film des événements passe et repasse en boucle. La clientèle, exclusivement masculine, regarde du coin de l’œil, mais personne ne semble concerné. J’interroge le patron, les yeux rougis par l’absence de sommeil, un sympathique arabe chrétien qui se définit comme «assyro-babylonien»: «J’y crois pas», me dit-il à voix basse. Depuis que j’ai ouvert à 8 heures, les gens parlent de tout et de rien, mais surtout pas de ce qui vient de se passer. C’est biz as usual: circulez, y’a rien à voir. Je m’attable avec Malik* en train de boire son café, le visage fermé. Je lui dit qu’il a une mine fatiguée et qu’il y a de quoi après les massacres horribles des dernières heures. «Pourquoi horribles?», me lance-t-il d’un air hostile, «tu crois quand même pas ce qu’ils nous racontent!». Ma crédulité lui fait même «pitié»: «Réfléchis trois secondes: un musulman, ça tue pas. Tuer, chez nous, c’est haram. C’est marqué dans le Coran». Je tente la carte bobo nunuche bien-pensante: l’islam est certes une religion-de-tolérance-et-de-paix, mais il peut y avoir de mauvais musulmans, des fanatiques qui le déforment et s’en servent à de vilaines fins politiques. «C’est quoi ces conneries?», poursuit-il. «Un communiqué, ça se fabrique, c’est comme les images: tout est bidon». Et comme un musulman ne peut donc être un meurtrier, il faut bien que «y’ai un truc derrière tout ça». Le raisonnement est implacable. Aussi brillant que celui d’Emmanuel Todd et d’une bonne partie de la doxa de gauche politiquement correcte, pour qui il ne s’agissait déjà plus, quatre mois après «Charlie», de combattre l’islamisme, mais le «laïcisme radical» porté par les néo-réactionnaires, très vite tenus, en toute indécence, pour les coupables indirects des crimes de janvier.

Or on a quand même le droit de se sentir chez soi, c’est normal ! ». J’ose faire remarquer que Nicolas Sarkozy a pourtant l’air de se trouver physiquement à Paris. « Ben c’est normal, vu que c’est Rockefeller qui dirige BFM et iTélé». J’admet que je n’y avais pas pensé… De toute façon, « ils sont tous islamophobes, faut arrêter de nous stigmatiser », conclut un autre.

Entre temps, les copains de Malik sont arrivés et ils se mêlent à la conversation. Nidal, passablement agressif, renchérit: «La vérité, de toute façon, on l’a connaît: c’est un complot contre nous et contre l’islam, comme avec Merah et le reste». Le reste? Un autre m’éclaire de façon assez prévisible en m’expliquant que les chambres à gaz seraient une «invention sioniste», le 11-Septembre un complot du Mossad et le massacre de Charlie-Hebdo un coup monté de la DCRI. «Tu vois, les Kouachi. J’ai un copain qui les connaissait bien. Il m’a dit que le deuxième frère était mort en 2009. C’est pas une preuve, ça? Le but, c’est de salir les musulmans». Avant, m’expliquent-ils, ils ne disposaient que de la version officielle que leur servaient «les médias». Désormais, ils possèdent un savoir inaccessible au profane: «On peut plus nous enfumer». À ce propos, je leur demande quels sont leurs sites préférés: Dieudonné, Soral, Médiapart, oumma.com, les Indigènes de la République? Ils ne comprennent pas le sens de ma question: «Internet, quoi, YouTube. Tu connais YouTube?». Je n’insiste pas, voyant que la notion même de source leur échappe. Je me résigne aussi assez vite à laisser de côté la question de la vraisemblance dudit complot — la paranoïa conspirationniste étant par définition immunisée contre tout démenti en provenance des faits —, pour m’intéresser aux chefs d’orchestres cachés: un complot, mais orchestré par qui? «Justement, on le saura jamais», dit Kevin d’un air grave et dubitatif. «Tu déconnes!», s’énerve Réda qui prend à son tour la parole avec véhémence: «T’sé quoi Madame, avec tout mon respect: les gros salauds, les barbares, les criminels qu’faudrait régler à la kalach, c’est les Juifs! Mais ça, tu pourras pas l’écrire dans ton journal vu qu’ils contrôlent tout». Vraiment tout? «Nan, en fait, seulement 80 %», estime Kamel, plus raisonnable et qui dispose de chiffres plus… exacts. Son voisin, un peu gêné devant moi, tient lui aussi à… nuancer: «Les Juifs, enfin les sionistes plutôt. C’est eux les grands caïds. Même l’Etat français est une marionnette entre leurs mains». Tous acquiescent avec vigueur et considèrent, pour de mystérieuses raisons, que seul Poutine, «un mec génial», pourrait nous «sauver».

Les trois mots magiques — «Juif», «sioniste» et «complot» — étant lâchés, ces vocables ont aussitôt pour effet d’échauffer le groupe, toujours aussi peu disposé, autour de midi, à verser une larme de compassion, même une toute petite, envers les morts et les blessés de la nuit. Une insensibilité et une indifférence absolues. Tandis que je songe à la réflexion d’Hannah Arendt sur le fait que c’est aussi dans le vide de la pensée et l’incapacité d’être ému que la barbarie se déploie, voilà que Toufik infléchit avec succès la discussion sur les francs-maçons, «les alliés du grand caïd» qui, manifestement, les passionnent. Et d’ajouter: «De toute façon, en France, c’est simple: si tu fais pas partie d’une loge, t’as pas de boulot». Son pote le coupe: «Faut pas oublier non plus Sarko et sa bande qui, après avoir vendu cinq tonnes d’or aux Américains pour une bouchée de pain, se sont tous tirés à Tel-Aviv». Son voisin complète: «Même les Français en ont marre, ils sont plus chez eux avec ces Juifs pourris. Or on a quand même le droit de se sentir chez soi, c’est normal!». J’ose faire remarquer que Nicolas Sarkozy a pourtant l’air de se trouver physiquement à Paris. «Ben c’est normal, vu que c’est Rockefeller qui dirige BFM et iTélé». J’admet que je n’y avais pas pensé… De toute façon, «ils sont tous islamophobes, faut arrêter de nous stigmatiser», conclut un autre.

Là, il me sidère: ces jeunes esprits déstructurés, abreuvés aux discours de haine et aux fantasmes complotistes, ont en même temps très bien capté le prêt-à-penser du jour et l’intérêt qu’ils pouvaient en retirer, entre chantage à l’islamophobie, vulgate du padamalgame (les procès en dérive «néo-réac», ils ne connaissent pas encore) et complaisance victimaire. Il est vrai que l’axiome de Malik — «Un musulman, ça tue pas» — rejoint le principe intangible de la bien-pensance contemporaine, à savoir que le Mal ne saurait en aucun cas surgir du camp du Bien, celui des anciens «damnés de la terre». D’où l’exploit d’Edwy Plenel qui, en 2013, osait encore parler d’un «terrorisme dit islamiste».

C’est ainsi que sans ces territoires occupés de la pensée progressiste, toute à son déni idéologique du réel, Les Territoires perdus de la République*, un livre qui réunissait dès 2002 les témoignages alarmés de professeurs du secondaire, aurait pu permettre de faire — à temps? — le bon diagnostic. La gauche, dont la lâcheté fut affligeante, a préféré le bouder et le considérer comme raciste: comment osait-on constater une offensive salafiste dans certains quartiers? Scandaleux. Résultat: la France enregistre quinze ans de retard à l’allumage face à la menace représentée par un islam qui se radicalise. À se demander où réside le plus horrifiant. Dans cette perte absolue de repères parmi une jeunesse pourtant née et éduquée en France? Ou dans le manque de courage de nos élites somnambules qui, de renoncements en capitulations, ont contribué à accuser cette fracture qu’il était jusqu’à présent de mauvais goût de vouloir voir et sur laquelle il était donc de bon ton de ne rien savoir. Tragique. Au début des années 2000, mes interlocuteurs étaient encore enfants. Nos milliers de djihadistes de fabrication locale — dont les massacreurs du 13 novembre —, l’étaient aussi.

* 220 pages, 18 €.

* Les prénoms ont été changés

Voir aussi:

Philippe Val, celui qui « vit avec »
Anne Fulda
Le Figaro
17 novembre 2015

PORTRAIT – L’ancien directeur de Charlie Hebdo, qui vit depuis dix ans sous protection policière, vient de publier un livre dans lequel il raconte l’histoire du journal et fustige la dérive d’une gauche qui nie la réalité. La trahison des clercs revisitée.

«C’est terrible tout ça. On a l’impression que cela ne finira jamais, qu’il faudra vivre avec…» Philippe Val est choqué, peiné, mais pas vraiment étonné par les attentats dramatiques intervenus dans la nuit de vendredi à samedi. Lui, il «vit avec» depuis près de dix ans, ne se déplaçant jamais sans protection policière depuis qu’il publié, quand il était directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, de 1992 à 2009, les fameuses caricatures de Mahomet.

Vendredi, l’ancien directeur de France Inter était chez des amis lorsqu’il a appris que des fusillades simultanées avaient lieu dans la capitale. Comme un citoyen à part qu’il est devenu, il a été aussitôt « exfiltré. Comme Hollande l’a été du Stade de France. « Ses » policiers à lui sont venus le chercher: « Il faut partir ».  Sur le chemin du retour, se tenant au courant par la radio du scénario macabre qui était en train de se dérouler, il est passé, raconte-t-il, devant une pizza halal où des jeunes barbus ou encapuchonnés nés ne cachaient pas leur joie… Écœuré, groggy, Philippe Val n’a pas dormi jusque tard dans la nuit. Et lui qui dénonce dans son dernier livre (C’était Charlie, Grasset) les dérives d’une gauche « rougebrune » – qui, sous couvert de protéger le peuple, le méprise en réalité – , peine depuis à contenir sa colère.

«Je suis ulcéré par ce que j’entends en ce moment. On ne nomme pas le danger. On va en crever !  On parle de guerre, certes, mais on ne nomme pas l’ennemi, nous déclarait-il hier. Dans les années 1930, Winston Churchill, lui, était le seul à nommer Hitler et à dire « il faut tuer Hitler ». On a l’impression que certains aujourd’hui ont le même réflexe que dans les années 1930. Ils relativisent. Au discours, « il ne faut pas humilier les Allemands de l’époque, on a substitué un réflexe similaire vis-à-vis de l’islam radical – étant entendu naturellement que tous les musulmans ne sont pas des islamistes», s’indigne-t-il. Un refus, une incapacité à nommer les choses que l’on retrouve dans les médias, mais aussi, regrette-t-il, chez les politiques et certains intellectuels.

Nommer les choses

Zappant d’une chaine à l’autre dans la nuit de vendredi à samedi, il s’étonne ainsi de n’avoir jamais entendu parler de « terrorisme islamiste ».  Or, objecte-il, on doit pouvoir nommer les choses et de parler d’islamofascisme, même avec l’épicier du coin. Et d’enfoncer le clou : « Lorsque l’on n’ose pas mettre le mot islam dans la problématique, c’est comme si on disait que l’Inquisition n’a rien à voir avec le catholicisme».

Évidemment, ces propos ne vont pas arranger l’image de Philippe Val parmi certains de ses anciens de ses anciens petits camarades gauchistes. Pour eux, c’est clair : Philippe Val  est devenu « réac». Infréquentable. Il a mal tourné. Il est devenu le traitre majuscule. Il a l’habitude. Lui qui dans d’autres vies a été artiste – humoriste en duo avec Font – chanteur compositeur, journaliste puis directeur de journal et de radio a affronté les mêmes adversaires à plusieurs reprise ces dernières années. Au moment de la guerre du Kosovo, du référendum sur la constitution européenne, quand il a licencié Siné en 2008 ou lorsqu’il s’est retrouvé seul lors d’un dîner aveec des amis journalistes, qu’il raconte dans son livre, à se dire favorable à l’interdiction des signes religieux à l’école.

Cette mise au ban de la gauche politiquement correcte ne le touche pas outre mesure. Désormais, en liberté mais conditionnelle, entravé dans sa manière de vivre, de travailler et circuler, celui qui a passé sa vie dans un univers peuplé d’anars et de gauchistes n’entend pas museler sa liberté de parole. Ni rentrer dans le rang. Il se sent toujours proche d’une gauche laïque et politiquement libérale qu’il regrette de ne pas voir incarnée.

Conformisme moralisateur

Déjà, dans son livre précédent, Ravage dans l’inculture, Philippe Val dénonçait les ravages du « sociologisme », ce conformisme moralisateur cher à une bonne partie de la gauche et visant à finira jamais, qu ‘ü faudra  .  une bonne partie de la gauche et visant à expliquer pratiquement tout par un déterminisme social exemptant l’individu de toute responsabilité individuelle. Dans c’était Charlie, il raconte dans un même élan l’aventure de Charlie hebdo et la poussée d’une gauche antisioniste et anticapitaliste qui a érigé l’islam en religion des opprimés, interdisant de ce fait toute réflexion concernant les crimes commis en son nom. C’est selon lui la trahison des clercs revisitée. L’expression aussi d’une blessure, d’une incompréhension: pourquoi après l’attentat du 7 janvier, certains journaux de gauche ont-ils pris leur distance ou insinué que les journalistes de Charlie hebdo avaient insulté l’islam pour gagner de l’argent ? Pourquoi à l’époque la presse n’a-t-elle pas eu le courage de publier les caricatures  , ce qui aurait dilué le danger et n’aurait pas transformé charlie en symbole et en cible ?

Philippe Val n’a pas vraiment de réponse. Ou alors celle-ci, guère encourageante: la peur. Et d’expliciter: « Je pense que lorsque les élites sentent un danger massif, structurel, elles ont tendance à défendre l’ennemi plutôt que le peuple. »
Voir par ailleurs:

Terrorisme. Les menaces d’attentats gagnent l’Allemagne

Courrier international

18/11/2015

Cela devait être un “symbole de liberté” malgré les menaces terroristes, commente Der Spiegel. Ces dernières ont fini par avoir le dessus. A moins d’une heure du coup d’envoi d’Allemagne – Pays-Bas mardi 17 novembre à Hanovre, la rencontre est annulée, le stade évacué. Le chef de la police de la ville évoque “une situation de grave mise en danger”.

Le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière a confirmé la menace, sans donner de précisions. Selon Der Spiegel, les services de renseignements français auraient alerté les autorités allemandes d’un danger planant sur le match.

Faux colis piégé

Pour le président par intérim de la Fédération allemande de football, Reinhard Rauball, il s’agit là d’un “triste jour pour l’Allemagne et le football allemand”, selon la Süddeutsche Zeitung. “Que notre équipe [nationale] vive deux fois en quatre jours de tels événements tragiques, ce n’est pas imaginable.” La Mannschaft avait déjà passé la nuit de vendredi à samedi au Stade de France, à la suite des attentats à Paris.

Hanovre a également été le théâtre d’une plaisanterie macabre : la police a retrouvé dans un train, toujours mardi soir, un faux colis piégé. “Une fausse bombe bien réalisée, et pas une vraie, comme on l’a craint dans un premier temps”, rapporte Der Spiegel.

Une annulation “justifiée”

“Hanovre n’est pas devenu un deuxième Paris”, se félicite Die Welt. Le quotidien salue l’attitude du public et des policiers, qui ont réagi avec calme à l’annulation de la rencontre. “Hanovre a envoyé un signal fort et a bravé la terreur – même sans football.”

L’annulation du match était “absolument justifiée”, commente la Frankfurter Allgemeine Zeitung, une ligne suivie par une large majorité des médias allemands. “Mais que l’organisation appelée ‘Etat islamique’, ou ses imitateurs, décide de l’agenda public, cela ne doit pas créer un précédent”, prévient le quotidien, qui appelle l’Etat et tous les citoyens à “opposer à cette idéologie meurtrière leur culture de la liberté”.

Voir de même:

Attentats : le FBI inquiet pour Rome et Milan

Scala de Milan, place Saint-Pierre au Vatican… La police fédérale américaine s’inquiète d’attentats potentiels dans des sites touristiques italiens et désigne cinq suspects.

Le Parisien

19 Nov. 2015
Les Etats-Unis ont mis en garde contre des menaces d’attentats en Italie. Ils ont également signalé cinq suspect aux autorités italiennes qui tentaient ce jeudi de les identifier.

Sur son site internet, l’ambassade des Etats-Unis à Rome énumère les sites «identifiés comme cibles potentielles» par le FBI.

La police fédérale américaine cite ainsi la place Saint-Pierre à Rome, le Duomo, la Scala de Milan et «les églises, synagogues, restaurants, théâtres et hôtels» des deux villes.

«Des groupes terroristes peuvent utiliser des méthodes similaires à celles utilisées dans les récents attentats de Paris», ajoute l’ambassade, en appelant les Américains à la «vigilance». Toutefois, l’ambassade ne déconseille pas directement de se rendre dans ces lieux.

150 sites identifiés comme à risque

Par ailleurs, le FBI a signalé mercredi cinq suspects aux forces de sécurité italiennes, qui «travaillent pour (les) identifier», a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, à la télévision Rai 3. Le même jour, la police a contrôlé plusieurs «bed and breakfast» de Rome, pour tenter de trouver un suspect recherché par les autorités françaises, selon des médias italiens.

Au lendemain des attentats à Paris, l’Italie est passée au niveau 2 de l’alerte sécurité, juste un cran en-dessous du niveau maximal déclenché en cas d’attentat sur son sol. «Le ministère de l’Intérieur a déjà expliqué plusieurs fois que nous étions à des niveaux d’alerte très élevés pour les sites symboliques», a rappelé le ministre des Affaires étrangères. A Rome, où patrouillaient déjà 1300 militaires, 700 hommes supplémentaires ont été déployés dans les rues, le métro ou encore les centres commerciaux. Selon les médias, le nombre de sites identifiés comme à risque est passé de 90 à 150.

La sécurité du Pape en question

A moins d’un mois de la grande célébration du Jubilée au Vatican, qui devrait attirer des millions de personnes à Rome, les médias italiens s’inquiètent pour la sécurité du souverain pontife.

Le 14 novembre, au lendemain des attentats de Paris, une menace circulait par ailleurs sur les réseaux sociaux : «C’est maintenant le tour de Rome, Londres et Washington.», a relayé le quotidien Il Sole 24 Ore.

En avril dernier, le FBI avait arrêté un adolescent de 15 ans à Philadelphie qui avait planifié une attaque contre le pape François, s’inspirant du groupe terroriste Etat islamique.

En octobre 2014, Qatib, le magazine de propagande de Daech, publiait une photo du drapeau de l’organisation terroriste hissé en plein milieu du Vatican, rapportait à l’époque Le Corriere della Sera.

 Voir de même:

Suède : un homme activement recherché pour «préparation d’acte terroriste»

 AFP/Direct matin
18 Novembre 2015

Un homme soupçonné d’avoir préparé un attentat en Suède était recherché mercredi par toutes les polices du pays, où le niveau d’alerte antiterroriste a été relevé, ont annoncé les services de sécurité.

La Norvège et le Danemark, théâtre en février d’attaques meurtrières commises par un Danois d’origine palestinienne, ont également relevé leur niveau d’alerte face à la menace terroriste.

L’homme traqué en Suède, dont l’identité n’a pas été révélée, fait l’objet d’un «mandat d’arrêt dans le cadre d’une enquête pour préparation d’acte terroriste», a indiqué le chef des services de renseignement intérieur et du contreterrorisme (Säpo), Anders Thornberg. «Il est activement recherché», a-t-il ajouté au cours d’une conférence de presse à Stockholm. Il s’est refusé à confirmer des informations de presse selon lesquelles il s’agit d’un Irakien formé au combat en Syrie.

Pas de lien avec les attentats de Paris

Les recherches se concentrent sur le territoire suédois et aucun élément de l’enquête ne permet pour l’heure d’établir un lien avec les attentats du 13 novembre à Paris, selon la Säpo. La Suède a relevé mercredi son niveau de menace terroriste à «élevé», le deuxième le plus haut sur une échelle de cinq, invoquant des «renseignements concrets». «Les attentats à Paris le 13 novembre démontrent probablement des capacités accrues» pour Daesh «de perpétrer des attentats relativement complexes en Europe.

Certains individus pourraient éventuellement s’en inspirer», craint la Säpo. De fait le groupe terroriste «considère la Suède comme une cible légitime», a souligné le directeur du Centre d’évaluation national de la menace terroriste (NTC), Mats Sandberg, lors de cette conférence de presse.

La Norvège et le Danemark en alerte

Au Danemark, le «niveau d’alerte interne» a été fixé à «préparation considérablement élevée», soit le deuxième le plus haut sur une échelle de cinq, «à la suite des attaques terroristes à Paris», a indiqué la police dans un communiqué. En février, Omar El-Hussein, 22 ans, avait tué à Copenhague un réalisateur en marge d’un débat sur la liberté d’expression puis un juif qui montait la garde devant la synagogue de la capitale. Mercredi, l’un des deux terminaux de l’aéroport de Copenhague a été brièvement évacué à la mi-journée après que deux hommes eurent été entendus en train de discuter de la présence d’une bombe dans leurs bagages. Placés en garde à vue, «ils ont dit qu’ils plaisantaient», a rapporté à l’AFP un porte-parole de la police, Steen Hansen.

En Norvège, le service de renseignement intérieur (PST) a indiqué mercredi que le niveau d’alerte des forces de sécurité avait déjà été relevé lundi dans le sillage des attentats de Paris. Interrogée mercredi par l’AFP, Mona Sahlin, coordinatrice pour la protection de la démocratie contre la violence extrémiste en Suède, a estimé qu’il fallait «faire plus en termes de répression, nos lois ne sont pas à la hauteur». «Une partie de la société suédoise ne prend pas le jihadisme comme un problème pour le pays», selon Mona Sahlin qui déplore une certaine «naïveté». Le gouvernement doit présenter avant Noël un projet de loi de sécurité qui va, entre autres, alourdir les peines pour voyage à l’étranger dans le cadre d’une entreprise terroriste ou utilisation de passeport falsifié, a annoncé le ministre de l’Intérieur Anders Ygeman.

La Suède a jusqu’ici été épargnée par le terrorisme islamiste, à l’exception d’une attaque-suicide à la bombe sur un marché de Stockholm en décembre 2010, lancée par un Suédo-Irakien qui avait trouvé la mort et seulement blessé légèrement des passants.

Voir également:

Pourquoi l’Etat islamique n’est pas dans une fuite en avant désordonnée mais dans une stratégie extrêmement pensée de déclenchement d’une guerre civile en Europe

Les actions se réclamant du terrorisme islamiste en Occident s’inscrivent dans une stratégie plus large, théorisée en 2004 par un dénommé Abou Moussab Al-Souri dans un ouvrage de 2 500 pages. On en retrouve l’idée dans la revendication de l’Etat islamique des attentats perpétrés vendredi 13 novembre à Paris.

Atlantico : Quelle analyse peut-on faire du communiqué de l’Etat islamique revendiquant les attentats perpétrés vendredi 13 novembre à Paris quant à la stratégie de l’EI ?

Alexandre Del Valle : Tout d’abord, nous pouvons constater la marque de fabrique de Daech, une extrême radicalité barbare mêlée à des références coraniques et chariatiques orthodoxes et rigoureuses puis le souvenir idéalisé de l’Age d’or du Califat conquérant. Le Communiqué commence d’ailleurs par une citation de la sourate 59, verset 2. et le titre du communiqué, « L’Attaque bénie de Paris contre la France croisée » s’inscrit dans une stratégie de choc civilisationnel global et dans une symbolique de longue durée. Une fois encore, Daech tente de s’inscrire dans la tradition des grands califats des premiers siècles de l’islam. C’est une stratégie efficace et très séduisante pour le monde musulman car dans ces pays, surtout arabes, contrairement à l’Europe, le passé califal est très fortement et unanimement valorisé et glorifié, y compris aux niveaux éducatifs et officiels. Daech escompte donc prendre aux mots les leaders musulmans qui ont inculqué cette fierté impériale et tentent d’être ainsi cohérents avec les racines de leur histoire religieuse. En commençant avec une sourate du Coran, les jihadistes essayent de se montrer comme très orthodoxes, ce qui est le propre et la raison des succès des salafistes en général partout dans le monde. Les acteurs de l’EI essayent ainsi de séduire les cœurs des croyants intégristes qui ne sont pas forcement totalitaires. En prônant la mort pour les croisés, les blasphémateurs et les idolâtres, la déclaration ne fait que s’appuyer sur la Tradition islamique sunnite orthodoxe jamais réformée et qui prévoit en effet la mort pour les blasphémateurs, les idolâtres et les croisés qui attaquent un territoire islamique. Et la dimension de guerre psychologique, vrai but de tout terrorisme, est très présente à travers l’expression « jeter l’effroi et la peur dans le coeur des ennemis infidèles ».

Ensuite, dans ce communiqué, les cibles-ennemis sont les Français dans leur semble : qu’ils soient favorables à Charlie Hebdo, païens, non croyants ou croisés catholiques. Cela fait écho à l’expansion de l’Etat islamique qui ne s’appelle d’ailleurs plus DAECH (Etat islamique en Irak et au Levant) depuis l’été 2014 mais Etat islamique tout court, à l’image de sa prétention planétaire. Ainsi, Daech veut clairement reprendre le flambeau des premiers califats, successeurs de Mahomet, qui s’en prenaient au monde croisé, au monde byzantin, au monde mécréant, ou au monde perse et avec succès foudroyants grâce à la stratégie de la «  sidération ». Les Jihadistes se réfèrent aux grands premiers califes (Rachidoun, omeyyades, abbassides) des premiers siècles de l’islam conquérant. à cette époque, le jihad permanent rencontrait des succès extraordinaires et permettait d’étendre le règne de l’islam. Le califat islamique de Daech entend simplement refaire ce qu’ont fait les premiers califes qui ont étendu le royaume de l’Arabie aux portes de la Chine jusqu’au Sud de l’Espagne. Ils expriment aujourd’hui cette volonté de conquête massive globale où l’ennemi n’est pas que le juif, mais l’Occident chrétien. L’attaque spectaculaire à Paris vise à sidérer l’ennemi, créer l’effroi général, créer un syndrome de Stokhcolm généralisé chez les populations pour que celle-ci exigent un infléchissement de la stratégie syrienne et arabe de la France. Bizarrement, la Russie n’est pas mentionnée clairement. Mais l’Allemagne l’est.  La France est présentée comme ce qu’il y a de pire au sein des nations « Mécréantes ». Elle cumule à la fois la tare d’être la fille aînée de l’Eglise, le pays de croisés et en même temps d’être le pays de la révolution française, le pays de Charlie Hebdo, le pays qui a « humilié » les religions, et surtout l’Islam, et qui a en plus d’avoir participé à des guerres contre les musulmans au Mali et en Syrie. C’est de ce point de vue un désaveu total de la politique de François Hollande qui a voulu choisir ni entre l’Etat islamique ni entre Bachar El-Assad.

Ridiculisation et discrédit du dirigeant français 

Dans le cadre de l’efficace et froide guerre psychologique livrée par l’Etat islamique, François Hollande est traité comme un imbécile, « l’imbécile de France François Hollande ». Cette attaque en ridiculisation ne doit pas être sous-estimée ou considérée comme un délire pamphlétaire ou un dérapage verbal qui témoignerait d’une pauvreté intellectuelle. En stratégie de communication, la ridiculisation d’un chef d’Etat, d’un responsable et de n’importe quel dirigeant est très puissante et dommageable. Ici, Daech ne se contente pas de diaboliser l’ennemi, il cherche aussi à le ridiculiser pour lui faire perdre le peu de crédit qui lui reste encore au sein des populations. Lorsqu’on veut détruire un ennemi dans le cadre d’une guerre psychologique, c’est extrêmement habile d’allier la diabolisation au ridicule. Le but est de discréditer l’autorité suprême au sein de sa propre population, afin d’entraîner le chaos et la division, ce que préconisait d’ailleurs Sun Tzu. J’appelle cette guerre des représentations ou guerre psychologique la « DCR2 (Discréditer, Culpabiliser, Ridiculiser et Renverser) : 1/ Discréditer: ici le chef illégitime est jugé responsable des attentats a cause de l’intervention en Syrie contre Daech et du refus de renverser Bachar, 2/ Culpabiliser :la France est le pays « croisé ancien colonisateur qui persécute l’islam »), 3/ Ridiculiser : Daech tente de faire perdre le respect et l’autorité morale du dirigeant. 4/ Renverser: le « vrai » responsable des attentats et des morts français n’est pas le barbare jihadiste kamikaze mais le dirigeant qui a fait bombarder les camps terroristes.

L’extension du domaine de l’ennemi: la France pays des croisés et des idolâtres

Le communiqué de Daech met en fait en avant une rhétorique double : il accuse les victimes des attentats de Paris d’avoir été soit des « idolâtres » soit des « croisés ». L’attaque vise donc le monde païen mécréant autant que et le monde chrétien. Il s’agit d’une revendication tout à fait nouvelle car l’ennemi sioniste, juif, « apostat » ou « blasphémateur », qui avait motivé les attentats de ces dernières années, a été remplacé par un ennemi plus large encore: l’ensemble des Français (croyants ou pas) et l’ensemble du monde chrétien ou post-chrétien. La France est maintenant visée sous tous ces régimes, dans l’ensemble de son histoire, à travers toutes ses composantes et pour des raisons à la fois religieuses et géopolitiques (action militaire en Syrie et refus de combattre Bachar al-Assad).

-Avant, les islamistes évoquaient les croisés sionistes, les judéo-croisés, on tuait soit des Juifs enfants ou adultes, on visait des écoles ou centres juifs (Hypercasher), des journaux « anti-musulmans » (Charlie Hebdo) ou des soldats ou policiers français souvent « apostats » d’origine maghrébine. La cible était plus « ciblée ». Cette fois-ci, l’élément juif est beaucoup moins présent que d’habitude, et le mobile puis les cible sont élargis à un niveau bien plus global. Autant l’an dernier, en janvier 2015, les attaques étaient portées surtout contre des juifs et un journal « blasphémateur » « païen ». Autant cette fois-ci le communiqué désigne l’ennemi français de façon globale, en tant que croisé et idolâtre à la fois. Dans la traduction du monde salafiste djihadiste, le « croisé » renvoie à l’époque où la France était à la tête de la lutte contre le Califats islamiques et de l’occupation de la terre sainte. La France est depuis lors considérée dans les représentations islamistes comme le pays « porte-bannière de la croix », ce qui est évoqué dans le communiqué. Paris est représentée, à égalité avec Rome, comme la capitale de la chrétienté croisée. La France est visée ici dans sa globalité, dans son histoire de longue durée et sous tous ses régimes, en tant que royaume des Francs, fille aînée de l’Eglise, et du fait qu’il existe dans ce pays la plus forte mobilisation catholique, comme on l’a vu notamment  à l’occasion du mariage pour tous.

-D’un autre côté, la France représente également pour DAECH et les islamistes en général, le pays du blasphème, la république laïque qui offense l’islam, interdit le voile et la burka et pratique le sacrilège (Charlie Hebdo), lequel a déjà été puni pour avoir « insulté le prophète ». Les islamistes jihadistes voient donc dans la France une double matrice anti-islamique, à la fois catholique de l’Ancien Régime et républicaine laïcarde et anticléricale depuis la Révolution française. D’un point de vue philosophique, la revue de DAECH en français (Dar al-Islam, n° de juillet dernier) et ce communiqué de revendication des attentats de vendredi soir soulignent le fait que la France est la « pire » des nations d’Occident et la plus « anti-islamique » pour ces raisons. Les Jihadistes accusent également la France d’abriter des «  idolâtres », donc des païens, pire accusation théologique dans l’islam sunnite car les païens sont considérés comme les plus hostiles au Dieu unique et à la religion monothéiste islamique en vertu du principe de base des salafistes qui est le culte du Tawhid, l’Unicité. Ainsi, le communiqué décrit les victimes présentes au Bataclan au concert de Hard Rock comme des « idolâtres » assistant un un évènement de « perversité » (hard rock). Ces Idolâtres et « associateurs » (Muchrikûn) pervers représentent ce qu’il y a de pire dans les écrits du Coran et de la Charia et dans la démonologie islamiste. La hiérarchie est la suivante: en premier il y a les « vrais » musulmans, les salafstes, puis les autres musulmans sunnites, puis les chiites orthodoxes, puis les chrétiens et les juifs, puis, bien plus bas, les sectes hétérodoxes « apostates » issues du chisme (Alaouites, druzes, etc) et les idolâtres.

Enfin, l’objectif des Jihadistes est atteint: le pays ennemi est plongé dans l’effroi, les magasins et lieux publics sont sur contrôlés, les citoyens sont terrifiés par les médias qui ne parlent que de cela en boucle et qui ne cessent de relayer les revendications des Jihadistes. Pendant ce temps, Daech continue d’envoyer des activistes futurs terroristes dans le flux global des immigrés clandestins…

Atlantico : En 2004, Abou Moussab Al-Souri, théoricien du djihadisme, publiait un ouvrage de 2500 pages donnant les indications des actions à mener pour composer un djihadisme mondial, qui ne s’arrêterait pas à la seule région du Proche et Moyen-Orient. Qu’est-ce qui dans ses écrits prédit un projet de guerre civile ? Quelle était le processus imaginé en théorie ? 

Alain Rodier : Tout d’abord, Abou Moussab Al-Souri, de son vrai nom, Setmariam Nazar possédant la double nationalité syro-espagnole (par mariage), est un idéologue d’Al-Qaida « canal historique », bien qu’ayant toujours fait preuve d’une grande indépendance personnelle vis-à-vis de la direction du mouvement. Comme cela est dit dans le film « les barbouzes », « il encombre aux archives » de tous les services de renseignement. Seul détail gênant, depuis sa libérations des geôles syriennes en 2011 (il avait été « rendu » au régime de Bachar el-Assad par les Américains – qui l’avaient arrêté en 2005 – quand celui-ci était encore fréquentable), personne ne sait où il est passé. Ses théories vont à l’opposé de celles de Daech dans le cadre de la création d’un « État » islamique. Il jugeait cette façon de faire comme trop dangereuse car présentant une cible trop facile à frapper par les Occidentaux. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales.

L’Etat islamique semble vouloir « rationaliser » ses actions sur le territoire européen – et français – avec des appels à recrutement, et à mener des actions, lancées depuis la Syrie notamment. En quoi leur modèle d’importation de la « guerre civile » en France diffère-il de celui des précurseurs d’Al-Qaïda ? Pourquoi ? 

Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. Cela dit, Al-Qaida « canal historique » a perdu beaucoup de ses contacts à l’étranger en dehors de ses mouvements affiliés (AQMI au Sahel, AQAP au Yémen, etc.). C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains. En Occident, il est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action. Cette « cause » est différente de celle d’Al-Qaida car il existe aujourd’hui un véritable État islamique situé à cheval sur la Syrie et l’Irak. C’est du « concret ». Les motivations des nouveaux adeptes sont souvent dictées par la volonté de venir à bout d’un mal-être personnel.

Daech cible beaucoup plus les étrangers qu’Al-Qaïda ne le faisait, et fait plus confiance à des « 100% occidentaux » pour mener des actions. Pourquoi cette plus forte internationalisation ?  

Daech ne s’en prend pas plus aux Occidentaux qu’Al-Qaida. De plus, il profite des combattants étrangers pour se fournir en « chair à canon ». Il est en effet en sous-effectifs par rapport aux territoires qu’il tente de contrôler. Les djihadistes étrangers sont priés de ne pas repartir. Pour ce faire, leurs papiers leur sont confisqués dès leur arrivée. La rumeur court qu’une centaine auraient été exécutés car ils souhaitaient déserter. Il n’est toutefois pas impossible que quelques fanatiques puissent revenir et se lancer dans des attentats vengeurs.

Al-Qaïda a déjà largement mis en oeuvre en son temps un processus structuré pour mener ce djihadisme mondial. In fine, quel était leur but en Europe ? Quel était l’objectif final des réseaux qui ont mené des actions comme les attentats de Londres ou de Madrid ? 

Al-Qaida « canal historique » souhaite créer un « califat mondial ». Ses leaders savent que cela devrait prendre plusieurs générations. En Europe comme ailleurs, l’objectif est de créer le chaos qui devrait amener la destruction des sociétés en vigueur. Sur ce chaos, l’islam radical serait alors imposé comme la solution. Toutefois, cette organisation n’a plus les moyens nécessaires pour déclencher des attentats du type « 11 septembre ». Cela n’exclue pas des opérations de moindre importance mais pouvant être meurtrières du style des attentats de Londres. Ce qui est inquiétant, c’est la surenchère qui existe aujourd’hui entre Al-Qaida « canal historique » et  Daech. C’est à celui qui fera parler le plus de lui. D’ailleurs, Al-Qaida qui n’a pas dit son dernier mot est en train de créer un État dans le nord-ouest de la Syrie. Son objectif est de faire la pige à Daech. Il va falloir aussi voir ce que va faire Al-Qaida en Afghanistan quand les talibans mèneront leur « offensive de printemps » qui pourrait voir, à terme,  l’effondrement du régime en place à Kaboul.

Quel était le modèle de recrutement et d’endoctrinement pour créer des « ennemis de l’intérieur » dans les pays occidentaux ? Comment sont formés ceux qui étaient chargés de continuer le combat en Occident ? 

Les islamistes radicaux ne sont pas le KGB. Ils n’ont pas de techniques de recrutement en vigueur comme dans les services secrets. Al-Qaida se livrait essentiellement à du prosélytisme via des mosquées, des clubs sportifs et des associations. Cette phase semble terminée car les services de police surveillent particulièrement ces structures. Le principe pour recruter des activistes est de les valoriser personnellement en leur démontrant qu’ils sont « maltraités » par la société. Cette manière de faire est aussi valable pour d’autres mouvements contestataires ou séparatistes. Il n’y a rien de nouveau dans le monde révolutionnaire. D’ailleurs, si le salafisme-djihadiste disparaissait demain, d’autres mouvements révolutionnaires utiliseraient alors le terrorisme qui n’est, en fin de compte qu’un moyen de combat (« mouvement terroriste » ne veut rien dire. Il faudrait dire un mouvement idéologique, politique, religieux, sectaire, etc. qui « utilise » l’arme du terrorisme).

Voir enfin:

Les services secrets américains avaient prédit l' »État islamique »
DOCUMENT. Un rapport déclassifié des services du Pentagone alertait dès août 2012 sur la possible formation d’un califat islamique à l’est de la Syrie.
Armin Arefi
Le Point
10/06/2015

Un rapport explosif fourni par le département d’État et le Pentagone circule depuis plusieurs semaines sur les sites d’information alternatifs, sans que les grands médias américains – hormis quelques titres conservateurs – ne s’en fassent l’écho. Il met pourtant en avant le fiasco de l’administration Obama dans sa gestion des crises syrienne et irakienne, qui ont enfanté l’organisation État islamique (EI). Dès le 5 août 2012, ce rapport d’information de la DIA (Defense Intelligence Agency, les services de renseignements du Pentagone) alarmait les responsables de la CIA, du département d’État, et du Pentagone sur la radicalisation de la rébellion syrienne et le possible établissement d’un « État islamique » à l’est de la Syrie, avec de « graves conséquences en Irak . Deux ans plus tard, la « prédiction » devenait réalité avec la proclamation en juin 2014 d’un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak.

« Il s’agit d’une compilation d’informations extrêmement précises qui prédit tout ce qui allait arriver dans la région avec l’essor de l’EI », se félicite Tom Fitton, président de Judicial Watch,un cabinet d’avocats spécialisé dans la surveillance des activités du gouvernement américain. Classée à droite de l’échiquier politique, l’organisation, qui se déclare « conservatrice » mais « non partisane », a obtenu les documents après avoir poursuivi l’administration Obama en mai 2015 devant la justice fédérale au nom du Freedom of Information Act (Loi pour la liberté d’information), qui oblige l’exécutif américain à fournir à tout citoyen qui en fait la demande des documents classifiés. « C’est tout bonnement incroyable », poursuit Tom Fitton. « Quatorze mois après que le département de la Défense eut tiré la sonnette d’alarme, Obama décrivait l’EI comme une équipe de juniors », rappelle le président du Judicial Watch, pour qui Washington aurait clairement minimisé l’impact du rapport pour garantir les chances de réélection du président en novembre 2012.

Parmi la centaine de pages de rapports déclassifiés obtenus par l’ONG, notamment au sujet de l’attaque du consulat américain de Benghazi, dans laquelle est mort l’ambassadeur Christopher Stevens le 11 septembre 2012, sept sont consacrées à la situation en Syrie en août 2012, un an et demi après le début de la « révolution ». Largement censuré, le document, classé « Secret » (l’équivalent du « confidentiel-défense » en France, soit un faible niveau de confidentialité), résume les forces en présence sur le terrain, leurs alliés internationaux, leurs motivations politiques, les gains territoriaux acquis et les scénarios possibles.

Rebelles islamistes
« La source est tout à fait fiable, souligne François Géré, directeur de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). Il s’agit d’une méthode de renseignements classique. On décrit avec précision une menace sans savoir pour autant comment elle va évoluer. C’est ensuite au destinataire politique d’évaluer ces renseignements et de prendre des décisions. » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les conclusions du rapport tranchent radicalement avec les analyses en cours à l’époque au département d’État. À ce moment-là, aux yeux de l’administration Obama comme du Quai d’Orsay, la rébellion syrienne est dominée par des forces modérées, qui ont entamé un an plus tôt des manifestations pacifiques aux slogans démocratiques. Mais face à la répression aveugle de Damas, des officiers déserteurs de l’armée régulière syrienne ont pris les armes dès septembre 2011 pour créer « l’Armée syrienne libre », une force rebelle présentée à l’époque comme laïque.

« Les salafistes, les Frères musulmans et Al-Qaïda en Irak (l’ancêtre de l’EI) sont les forces principales conduisant l’insurrection en Syrie », estime pourtant le document, qui affirme qu’un an après avoir débuté, la révolte prend une « tournure sectaire majeure ». « Après le début de l’insurrection en Syrie, explique le rapport, les forces religieuses et tribales dans la région ont commencé à adhérer à cette insurrection sectaire. Cette (sympathie) est apparue dans les sermons de la mosquée du vendredi, qui appelaient les volontaires à soutenir les sunnites (majoritaires en Syrie). »

Scénario écrit
Mais le rapport frappe surtout par la troublante justesse de ses prévisions quant à l’évolution de la crise, qui s’apparente même aujourd’hui à une « prophétie ». Après avoir brièvement évoqué la possibilité d’une victoire finale du régime syrien, le service de renseignements américain s’attarde sur le scénario d’une guerre par procuration entre les parrains étrangers de chaque camp, conduisant à une partition de facto du pays. « Avec le soutien de la Russie, de la Chine et de l’Iran, le régime contrôle(rait) les zones d’influence le long de la côte (villes de Tartous et de Latakié), et défend(rait) avec vigueur Homs, qui est considérée comme la principale voie de transport en Syrie. De l’autre côté, poursuit le rapport, les forces d’opposition essaie(raient) de contrôler les zones de l’Est adjacentes aux provinces orientales irakiennes, en plus de la frontière turque. Les pays occidentaux, les États du Golfe et la Turquie soutien(draient) ces efforts. »

Un scénario – il est vrai déjà potentiellement valable à l’été 2012, avant que Damas ne reprenne le dessus sur la rébellion – qui demeure plus que jamais d’actualité en 2015, à l’heure où le régime syrien, massivement soutenu par Moscou et Téhéran, est acculé sur la côte, après avoir enchaîné les défaites dans la province d’Idleb (Ouest) face à l’armée de la Conquête, une coalition islamiste dominée par le Front al-Nosra et financée par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

Toutefois, le rapport commet une erreur de taille, en confondant Al-Qaïda en Irak, ancêtre de l’EI, créé en 2004 dans le pays au lendemain de l’intervention américaine et contrôlant l’est du pays, où il a établi son califat, et le Front al-Nosra (Front de défense du peuple syrien), organisation djihadiste créée à l’été 2011 après que Bachar el-Assad a libéré de prison la quasi-totalité des djihadistes syriens. D’ailleurs, les deux groupes s’affrontent sur le terrain depuis janvier 2014, Al-Nosra faisant de la chute de Bachar el-Assad sa priorité, au contraire de l’EI qui reste concentré sur l’établissement de son « califat ».

« Principauté salafiste »
En revanche, le service de renseignements américain voit juste en pointant les graves risques que fait peser la crise en Syrie sur l’avenir de l’Irak voisin. « Si la situation se démêle, affirme le document, il y a une possibilité que s’établisse une principauté salafiste déclarée ou non déclarée dans l’est de la Syrie (dans les provinces de Hassaké et de Deir Ezzor) », indique le rapport, près de deux ans avant la proclamation du « califat ». « Cela crée une atmosphère idéale pour qu’Al-Qaïda retourne dans ses anciennes poches de Mossoul et de Ramadi (en Irak), pour fournir un nouvel élan à l’unification du djihad entre les sunnites d’Irak et de Syrie », poursuit-il, allant même jusqu’à parler de l’établissement d’un « État islamique » à travers l’union d’Al-Qaïda en Irak avec d’ « autres organisations terroristes en Irak et en Syrie ». Un scénario qui se vérifie au mot près deux ans plus tard, l’EI ayant pu se servir de son territoire à l’est de la Syrie pour se lancer à l’assaut des villes irakiennes de Mossoul en juin 2014, et de Ramadi en mai 2015.

S’il juge le rapport « intéressant et bien renseigné », l’expert François Heisbourg, président de l’Institut international des études stratégiques (IISS), lui reproche néanmoins ses imprécisions. « Tous les différents scénarios sont présentés de façon égale, sans aucune hiérarchie ni degré de crédibilité des sources, comme il est pourtant de coutume » de le faire, souligne-t-il. « Le champ des hypothèses est très large, ce qui empêche la prise d’une décision politique. » Outre la confusion entre EI et Front al-Nosra, la DIA commet une autre approximation en jugeant crédible l’hypothèse de zones d’exclusion aérienne pour servir de refuge aux populations syriennes déplacées. Or celles-ci n’ont en réalité jamais été sérieusement envisagées.

« Washington savait »
Enfin, le rapport fournit un dernier élément troublant, en totale contradiction avec le discours officiel occidental. Outre le soutien aux rebelles islamistes déjà évoqué, il affirme que l’Occident, les États du Golfe et la Turquie seraient favorables à l’établissement de la « principauté salafiste » dans l’est de la Syrie. « C’est exactement ce que les puissances soutenant l’opposition veulent, dans le but d’isoler le régime syrien, qui est considéré comme la profondeur stratégique de l’expansion chiite (Irak et Iran) », affirme le service de renseignements du Pentagone.

« Il s’agit d’un scénario prospectif pour le moins fantaisiste, qui ne signifie en aucun cas qu’il allait se réaliser », réagit l’expert François Géré. « On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. »

« On peut déduire de cet excellent rapport que Washington savait ce qui allait se passer », tranche Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Et d’interroger : « Mais qu’auraient pu faire les États-Unis ? »

4 commentaires pour Attentats de Paris: Lutter contre le nazisme tout en invitant Hitler à sa table (Like the Obama administration’s hasty exit from Iraq, working with Iran would only push more Sunnis into the arms of the Islamic State)

  1. jcdurbant dit :

    ENOUGH PHONY GRIEF, JUST PAY YOUR TAXES (British tabloid editorial calls out world’s richest companies’s phony grief and refusal to pay for the security of us all)

    What hogwash. What utter hypocrisy. For this was saccharine sympathy from self-serving firms that refuse to play their part in protecting us from such cruel assaults. If these companies really want to show solidarity with the victims of this latest terrorist outrage, let alone with doctors treating the wounded or members of security forces risking their lives to track down the killers, how about paying their fair share of taxes? Instead, they are serial European tax avoiders, displaying zero interest in our common good. After all, ask yourself how else Apple became the world’s richest company, sitting on a cash stockpile bigger than the gross domestic product of several European nations? It is easy to express “empathy” with doodles and smooth words.

    But this is phoney grief when the people running these firms ignore a harsh reality: effective armed forces, police and spies in Europe cost hard cash. The billionaire bosses don’t seem to care that here, hospitals, doctors and nurses are expensive, or that roads for police cars and ambulances (and Amazon deliveries) need maintenance. And if they refuse to pay from swelling company profits, then a bigger burden falls on the rest of us to ensure our society is safe, our families protected and our democracy secure. Indeed with bitter irony, even as French officials swept blood and glass from the streets of Paris, members of the European Parliament issued the latest scathing attack on Amazon, Facebook and Google for obscene tax avoidance …

    The Sun

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  2. jcdurbant dit :

    Vais-je devoir me réabonner à CNN ?

    La concurrence avec Fox news a l’air de leur avoir fait du bien, on dirait …

    Si votre camp, c’est la France, comment se fait-il que personne au sein de la communauté musulmane en France n’ait su ce que ces personnes étaient sur le point de faire ? Parce qu’il me semble que c’était un plan d’envergure, et il y avait forcément des gens au-delà des sept terroristes tués qui savaient quelque chose, et si quelqu’un savait c’était probablement au sein de votre communauté. Et pourtant personne n’a rien dit.

    John Vause (CNN)

    Même si ce n’est pas leur faute, […] ça vient de la communauté […] ils ne peuvent pas se dérober.

    Isha Sesay (CNN)

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/11/17/la-question-indigne-de-cnn-a-un-musulman-francais/

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  3. jcdurbant dit :

    Terrorisme: la guerre des services nous a coûté cher

    En 1982 j’étais au ministère de la Défense. Un soir, je reçois une information sur un attentat en préparation : j’ai le numéro de la bagnole, son lieu de stationnement rue Marbeuf devant la rédaction du journal Al Watan al-Arabi, et même l’heure prévue pour l’explosion…

    C’est arrivé par des sources proches du ministère de la Défense, qui n’étaient pas des sources du renseignement, d’ailleurs, c’était un canal inhabituel… Ça arrive… Nous passons l’info à la Place Beauvau qui décide… de s’asseoir dessus ! Le lendemain matin, le réveil fut très pénible… un mort et plus de soixante blessés ! À ma connaissance, il n’y a jamais eu de débriefing en bonne et due forme. Je n’oublierai jamais la leçon terrible de ce 22 avril 1982 : face au terrorisme, le plus gros problème c’est nous.

    Toujours la même histoire : une guerre des services entre Paris et Toulouse, entre anciens de la DST et anciens des RG. Conséquence : des différences d’évaluation de la dangerosité de Merah, les uns qui veulent l’utiliser comme source, les autres qui veulent l’arrêter. Et, lorsqu’on finit par comprendre que Merah est derrière les assassinats des militaires puis des enfants à l’école juive, les rapports entre services étaient tellement dégradés que ça a perturbé le bon déroulement de l’enquête à chaud !

    Autre exemple, plus récent : le 7 janvier 2015, quelques heures après l’attentat contre Charlie Hebdo, le RAID se transporte à Reims… Avec les équipes de toutes les chaînes télé… Comme le débarquement américain en Somalie ! Et que trouve-t-il ? Rien !

    Parce que l’un des frères Kouachi était supposé habiter Reims. Mais il n’y était plus ! Et pourquoi ne le savait-on pas ? Parce qu’il n’y avait pas été suivi !

    De retour du Yémen, le jeune Kouachi s’installe à Paris et se voit « pris en charge » par la préfecture de Police et les RG en liaison avec ce qui est encore la DCRI. Il est d’abord mis sur écoute et sous surveillance électronique et… rien ! Nib de nib ! Sauf que quand il n’y a rien, c’est souvent qu’il y a un gros lézard…

    Les services en tirent la conclusion que c’est probablement du lourd et le serrent de beaucoup plus près, 24 heures/24 et 7 jours/7. C’était bien vu. Seulement, Kouachi décide d’aller à Reims et le dossier passe de la préfecture de Police de Paris et des RG à la DCRI. Logique. Mais à Reims, il n’y a ni DCRI ni RG, et ce n’est pas non plus en zone gendarmerie… Résultat : on le perd de vue !

    Après le massacre dans la rédaction de Charlie Hebdo, les deux frères terroristes fichent le camp, pas très discrètement d’ailleurs, du côté de Villers-Cotterêts. Ils passent la nuit en forêt. À ce moment-là, une cellule de crise s’ouvre au ministère de l’Intérieur avec le ministre et tutti quanti, autour de la grande table dans le sous-sol. Ils prennent des décisions sur la suite de la traque. Nous avons des informations sur ce qui s’est passé grâce à l’équipe de télé invitée à enregistrer les événements.

    Leur caméra et leur micro sont tombés sur Favier, le patron de la gendarmerie, au moment même où Cazeneuve décidait d’envoyer le RAID du côté de Dammartin-en-Goël… Et Favier d’objecter que c’est en zone gendarmerie : le GIGN serait ravi de pouvoir s’en occuper !

    Cazeneuve réagit en radical-socialiste, il envoie aussi le GIGN. Résultat : le lendemain matin, les deux grands corps d’élite font le siège de deux glandus enfermés dans une imprimerie sans otages. Or, les autorités savaient déjà que Coulibaly, qui venait d’assassiner la policière à Montrouge, était dans la nature et il y avait toutes les chances pour qu’il tente quelque chose. À 13 heures, lorsque débute la prise d’otages de l’Hyper Cacher, les deux grandes forces d’intervention sont à 45 kilomètres de Paris ! On rappelle le RAID qui prend la route immédiatement, et on envoie la BRI, des gens très bien, qui ont d’ailleurs sauvé la journée, mais les vrais spécialistes, ce sont tout de même le RAID et le GIGN.

    Le GIGN a à sa disposition, haut-le-pied, deux hélicoptères de transport et d’assaut. Quelqu’un a-t-il proposé de transporter les gars du RAID ? En deux rotations, ils auraient tous été à la porte de Vincennes ! Au lieu de quoi ils ont été coincés dans des embouteillages…

    D’où ils sont arrivés à s’extraire avec une grande difficulté grâce, notamment, à l’intervention de motards qui les ont aidés à dégager la route. Les motos de la Marne, on croit rêver!

    Heureusement, grâce à la BRI, ces empêchements absurdes n’ont pas eu de conséquences – le GIGN n’aurait pas fait mieux. Mais si Coulibaly avait été plus pro, cela aurait pu être bien plus grave.

    Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé au Bataclan pendant deux heures, entre 22 h 02 et 00 h 17. Grâce à ce type de la BAC qui, avec son pétard, tout seul, a réussi à faire exploser un des terroristes avec sa ceinture, la fusillade n’a duré que quinze minutes, pendant lesquelles ces quelque 350 morts et blessés se sont fait descendre ! Et c’est un miracle. La BRI est arrivée un quart d’heure après, elle a progressé, cheminé, tout doucement…

    La concierge d’un immeuble proche du Bataclan raconte que des victimes ont été acheminées dans sa cour, et qu’au fil des heures certaines sont mortes… Apparemment, il n’y avait aucun tri ! Et pour couronner le tout, il y a eu l’assaut contre l’appartement des terroristes à Saint-Denis. On se moque des Américains qui règlent tout par la puissance de feu, mais alors à Saint-Denis ! 5 500 tirs… il fallait le faire !

    Après le 11-Septembre, les Américains ont créé une commission d’enquête fédérale pour comprendre ce qui s’était passé. Nous avons subi notre 11-Septembre, à nous de créer une commission d’enquête. Non pas une cour de justice qui punit, mais une commission qui posera toutes les questions, passera au crible toutes les décisions et ira jusqu’au bout pour connaître la vérité et mettre les choses à plat. L’Assemblée nationale vient d’en créer une. Espérons qu’elle pourra bien travailler, sinon, nous sommes condamnés à répéter nos erreurs.

    François Heisbourg

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  4. jcdurbant dit :

    2 Mar 16 à 12:09 éditez

    FAILED STATE (With a sizeable and poorly integrated Muslim minority, availability of arms, complacent authorities and the inexorable spread of a violent religion not to mention a cluless US president and Merkel-triggered Muslim invasion, Belgium knew it had it coming)

    As in other European countries, it was the the war in Syria that catalysed deep existing problems. By some estimates, Belgium has supplied the highest per capita number of fighters to Syria of any European country. Experts say about 450 out of a total population of 11 million that includes fewer than half a million Muslims have travelled. Molenbeek, a borough of 90,000 in the capital where some neighbourhoods are up to 80% Muslim, is seen by many as a particular problem. Some commentators have claimed Molenbeek is a virtual no-go area where “police have little grip”. Research from Oxford University confirms the importance of social networks, showing friends or peers played a primary role in the recruitment of three-quarters of foreign fighters to Isis. Family members accounted for a fifth of recruits, while mosques were thought to be responsible for just one in 20. Nor is poverty an explanation. Many of the Paris attackers were relatively well off. There is much activity beyond Molenbeek, too, even if several of the attackers who killed 130 in Paris last year grew up and lived there …

    http://www.theguardian.com/world/2016/mar/22/why-was-belgium-targeted-by-bombers

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