Primaires républicaines: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (It’s not race, it’s class, stupid ! – Republican front-running candidate calls out the media’s double standards)

Espace social (Bourdieu)
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La culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié. Emile Henriot
La perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir. Paul Valéry
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée.  Pierre Bourdieu
L’idéologie du goût naturel tire ses apparences et son efficacité de ce que, comme toutes les stratégies idéologiques qui s’engendrent dans la lutte des classes quotidienne, elle naturalise des différences réelles, convertissant en différences de nature des différences dans les modes d’acquisition de la culture et reconnaissant comme seul légitime le rapport à la culture (ou à la langue) qui porte le moins les traces visibles de sa genèse, qui, n’ayant rien d’appris », d' »apprêté », d » »affecté », d' »étudié », de « scolaire » ou de « livresque », manifeste par l’aisance et le naturel que la vraie culture est nature, nouveau mystère de l’Immaculée Conception.  Bourdieu
 Les héritiers bénéficiant d’un capital social qui ne peut s’acquérir dans son ampleur, sa complexité, ses subtilités que par ceux qui sont nés et ont grandi dans le milieu adéquat. Alors que les autres, d’extraction modeste, trahissent toujours leurs origines, ce qui en fait des parvenus, grossièrement acquis à leur nouvelle cause, auxquels on reproche de trop en faire, de ne maîtriser que les codes les plus évidents, de manquer de nuances, de rester gauches et maladroits, à l’instar de l’étranger toujours trahi par son accent en dépit de ses efforts pour le cacher. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (Les Héritiers : les étudiants et la culture, 1964)
Parce qu’il n’a pas acquis sa culture selon l’ordre légitime qu’instaure l’institution scolaire, l’autodidacte est voué à trahir sans cesse, dans son anxiété même du bon classement, l’arbitraire de ses classements, et, par là, de ses savoirs, sortes de perles sans fils, accumulés au cours d’un apprentissage singulier, ignorant les étapes et les obstacles institutionnalisés et standardisés, les programmes et les progressions qui font de la culture scolaire un ensemble hiérarchisé et hiérarchisant de savoirs implicatifs. Les manques, les lacunes, les classements arbitraires de sa culture n’existent que par rapport à une culture scolaire qui est en mesure de faire méconnaître l’arbitraire de ses classements et de se faire reconnaître jusque dans ses lacunes. L’allure disparate des préférences, la confusion des genres et des rangs, opérette et opéra, vulgarisation et science, l’imprévisibilité des ignorances et des savoirs, sans autre liens entre eux que les hasards biographiques, tout renvoie aux particularités d’un mode d’acquisition hérétique. Faute de posséder cette sorte de sens du placement qui, armé d’indices souvent tout extérieurs tels que le nom de l’éditeur, du metteur en scène ou de la salle de théâtre ou de concert, permet de repérer les consommations culturelles “de premier choix” à la façon dont on s’assure de la qualité des produits en se fiant à ces “garanties de qualité” que sont certaines “griffes” ou certains magasins, le petit-bourgeois, toujours exposé à en savoir trop ou trop peu, à la façon des héros de jeux télévisés que leur érudition mal placée rend ridicules aux yeux des “esprits cultivés”, est ainsi voué à thésauriser sans fin des savoirs disparates et souvent déclassés qui sont aux savoirs légitimes ce que la collection de petits objets de peu de prix (timbres, objets techniques en miniature, etc.) auxquels il consacre son temps et sa minutie classificatoire est à la collection de tableaux et d’objets de luxe des grands bourgeois, une culture en petit. Mais surtout, victime par défaut des effets du titre scolaire, l’autodidacte ignore le droit d’ignorer que confèrent les brevets de savoir et il serait sans doute vain de chercher ailleurs que dans la manière dont il s’affirme ou se trahit ce qui fait la différence entre l’éclectisme forcé de cette culture acquise au hasard des rencontres et des lectures, et l’éclectisme sélectif des esthètes qui aiment à chercher dans le mélange des genres et la subversion des hiérarchies une occasion de manifester la toute-puissance de leur disposition esthétique.” (…)  le prétendant prétentieux (…) a toutes les chances de voir ses connaissances et ses techniques dévaluées comme trop étroitement subordonnées à des fins pratiques, trop “intéressées” trop marquées, dans leurs modalités, par la presse et l’empressement de leur acquisition, au profit de connaissances plus “fondamentales” et aussi plus “gratuites” ; et on n’en finirait pas de recenser les marchés, depuis les grands concours jusqu’aux rédactions des magazines, aux entretiens de recrutement ou aux réunions mondaines, où les productions culturelles de l’habitus petit bourgeois sont subtilement discréditées parce qu’elles rappellent l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis et qu’elles trahissent trop clairement, par le sérieux même avec lequel elles sont offertes, les dispositions éthiques qui sont à leur principe, et qui sont l’antithèse à peu près parfaite du rapport légitime à la culture. Les petits-bourgeois ne savent pas jouer comme un jeu le jeu de la culture : ils prennent la culture trop au sérieux pour se permettre le bluff ou l’imposture ou, simplement, la distance et la désinvolture qui témoignent d’une véritable familiarité ; trop au sérieux pour échapper à l’anxiété permanente de l’ignorance ou de la bévue et pour esquiver les épreuves en leur opposant ou l’indifférence de ceux qui ne sont pas dans la course ou le détachement affranchi de ceux qui se sentent autorisés à avouer ou même à revendiquer leurs lacunes. Identifiant la culture au savoir, ils pensent que l’homme cultivé est celui qui possède un immense trésor de savoirs et ils ne peuvent pas le croire  lorsqu’il professe, par une de ses boutades de cardinal qui peut prendre avec le dogme des libertés interdites au simple curé de campagnr que, ramenée à sa plus simple et sa plus sublime expression, elle se réduit à un rapport à la culture (« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié »). Faisant de la culture une question de vie ou de mort, de vrai ou de faux, ils ne peuvent soupçonner l’assurance irresponsable, la désinvolture insolente, voie la malhonnêteté cachée que suppose la moindre page d’un essai inspiré sur la philosophie, l’art ou la littérature. Hommes de l’acquis, ils ne peuvent entretenir avec la culture la relation de familiarité autorisant les libertés et les audaces de ceux qui lui sont liés par la naissance, c’est-à-dire par nature et par essence. Pierre Bourdieu (La Distinction, 1979, pp. 378-381)
Les dominants, du fait même de leur position, sont en accord profond avec le monde social tel qu’il est. Celui-ci est ce qu’il doit être puisqu’ils y exercent la domination qu’ils sont convaincus de mériter. Rares en effet sont les dominants qui, le préjugé naturaliste aidant, n’ont pas la conviction d’être pétris dans une pâte un peu spéciale, d’être porteurs de propriétés hors du commun, de dons, de charismes qui les mettent au-dessus du grand nombre, de façon distincte, distinctive et distinguée. Ils transforment ainsi leur essence sociale, c’est-à-dire l’identité que leur confèrent les verdicts plus ou moins arbitraires et hasardeux des institutions, en essence naturelle et personnelle, irréductible et ineffable. En étant comme ils sont, ils sont «comme il faut». Ils sont le devoir-être incarné. Ils constituent ce qu’il est convenu d’appeler des élites, des aristocraties, d’autant plus assurés de leur excellence que pour exceller continûment il leur suffit de rester eux-mêmes, sans ostentation et sans emphase. L’observation des différents champs (et en particulier du champ des classes sociales) montre que les stratégies des agents dominants (et singulièrement de la fraction dominante de la classe dominante, la grande bourgeoisie) se caractérisent par la mesure, la sobriété, la discrétion. Quand on est réellement en position de force, surtout quand on l’est de longue date, on n’a pas besoin de faire étalage de sa puissance. Les dominants notoires sont suffisamment reconnus et autorisés, ils disposent d’un capital symbolique suffisant pour ne pas avoir à faire et refaire sans arrêt la preuve qu’ils sont bien ce qu’ils sont réputés être et que l’institution dit qu’ils sont. De sorte que la façon la plus distinctive de manifester la supériorité éclatante des moyens dont on dispose, c’est précisément de ne pas chercher à attirer l’attention, de ne pas se donner en spectacle. D’où le caractère habituellement réservé, pondéré et détendu des comportements des dominants que leur habitus détourne spontanément des pratiques les plus voyantes et de la recherche de l’effet par lesquelles les prétendants trahissent leurs prétentions et les parvenus leurs origines modestes. L’insistance pesante, la pose qui veut en imposer, l’enflure, la surenchère tapageuse, la provocation, l’agitation bruyante, l’éclat retentissant, sont des traits révélateurs de l’angoisse et de la tension engendrées par une légitimité insuffisante ou douteuse, chez ceux que leur position dominée -ou leur accession trop récente à une position dominante- condamne à «se faire remarquer», à «en rajouter» pour «être distingués» sans jamais être sûrs d’y parvenir tout à fait. L’agent dominant, au contraire, se sent sûr de lui, pleinement justifié d’être ce qu’il est. Cette certitude de soi-même est la racine commune de toutes ces propriétés emblématiques (discrétion, retenue, flegme, litote, aisance, élégance, etc.) caractérisant un art de vivre qui se reconnaîtrait sans doute dans ce que Valéry disait de l’art classique : «la perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir». Alain Accordo
To avoid being mistaken as a sellout, I chose my friends carefully. The more politically active black students. The foreign students. The Chicanos. The Marxist professors and structural feminists and punk-rock performance poets. We smoked cigarettes and wore leather jackets. At night, in the dorms, we discussed neocolonialism, Franz Fanon, Eurocentrism, and patriarchy. (…) I watched Marcus as he spoke, lean and dark and straight-backed, his long legs braced apart, comfortable in a white T-shirt and blue denim overalls. Marcus was the most conscious of brothers. He could tell you about his grandfather the Garveyite; about his mother in St. Louis who had raised her kids alone while working as a nurse; about his older sister who had been a founding member of the local Panther party; about his friends in the joint. His lineage was pure, his loyalties clear, and for that reason he always made me feel a little off-balance, like a younger brother who, no matter what he does, will always be one step behind. Barry Obama
Only Malcolm X’s autobiography seemed to offer something different. His repeated acts of self-creation spoke to me; the blunt poetry of his words, his unadorned insistence on respect, promised a new and uncompromising order, martial in its discipline, forged through sheer force of will. All the other stuff, the talk of blue-eyed devils and apocalypse, was incidental to that program, I decided, religious baggage that Malcolm himself seemed to have safely abandoned toward the end of his life. And yet, even as I imagined myself following Malcolm’s call, one line in the book stayed me. He spoke of a wish he’d once had, the wish that the white blood that tan through him, there by an act of violence, might somehow be expunged. I knew that, for Malcolm, that wish would never be incidental. I knew as well that traveling down the road to self-respect my own white blood would never recede into mere abstraction. I was left to wonder what else I would be severing if and when I left my mother and my grandparents at some uncharted border. Barack Hussein Obama (Dreams of my father)
Même si ce livre repose principalement sur des journaux intimes ou sur des histoires orales de ma famille, les dialogues sont forcément approximatifs. Pour éviter les longueurs, certains personnages sont des condensés de personnes que j’ai connues et certains événements sont sans contexte chronologique précis. A l’exception de ma famille et certains personnages publics, les noms des protagonistes ont été changés par souci de respecter leur vie privée. Barack Hussein Obama jr. (préface des Rêves de mon père, 1995)
Je connais, je les ai vus, le désespoir et le désordre qui sont le quotidien des laissés-pour-compte, avec leurs conséquences désastreuses sur les enfants de Djakarta ou de Nairobi, comparables en bien des points à celles qui affectent les enfants du South Side de Chicago. Je sais combien est ténue pour eux la frontière entre humiliation et la fureur dévastatrice, je sais avec quelle facilité ils glissent dans la violence et le désespoir. Barack Hussein Obama jr. (préface de Rêves de mon père, l’histoire d’un héritage en noir et blanc, 2004)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Why did Obama make the conscious decision to take on his formal African name? His father was also Barack, and also Barry: he chose the nickname when he came to America from Kenya on a scholarship in 1959. His was a typical immigrant transition. Just as a Dutch woman named Hanneke might become Johanna, or a German named Matthias becomes Matt, the elder Barack wanted to fit in. America was a melting pot, and it was expected then that you melt—or at least smooth some of your more foreign edges. But Obama, after years of trying to fit in himself, decided to reverse that process. The choice is part of his almost lifelong quest for identity and belonging—to figure out who he is, and how he fits into the larger American tapestry. Part black, part white, raised in Hawaii and Indonesia, with family of different religious and spiritual backgrounds—seen by others in ways he didn’t see himself—the young Barry was looking for solid ground. At Occidental, he was feeling as if he was at a « dead end, » he tells NEWSWEEK, « that somehow I needed to connect with something bigger than myself. » The name Barack tied him more firmly to his black African father, who had left him and his white mother at a young age and later returned home to Kenya. But that wasn’t the primary motivation. Obama wrote a whole book about his quest for identity, called « Dreams From My Father, » and in it he never directly deals with the reasons he reverted to his birth name, or the impression it made on his relatives. The book is a deeply personal narrative that takes some liberties with the facts for the sake of a coherent tale. (Some of the characters, he points out in the introduction, are composites.) Old friends contacted by NEWSWEEK who were present during the time he changed his name recall or intuit a mix of reasons—both personal and social. By Obama’s own account, he was, like most kids at that stage of life, a bit of a poseur—trying to be cool. So that could have played a part. He was also trying to reinvent himself.  It’s clear that he was trying to fit in somehow, but not in the way of his father’s generation. He wanted to be taken seriously, perhaps to rebel against the compromises blacks and others were expected to make in a white-dominated society. But more generally, he was also looking for a community that would accept him as he was, inside and out. (…) He could be part of a black world where his pastor and spiritual mentor, the Rev. Jeremiah Wright Jr., expressed paranoid fantasies about white conspiracies to spread drugs or HIV, because he understood in his gut the history of racism that stoked those fears. He could, for a time, shrug off Wright’s more incendiary views, in part because he knew that whites, in their private worlds, often expressed or shrugged off bigotry themselves, partly because of fears that might seem irrational to African-Americans. Obama’s own grandmother, as he pointed out in his Philadelphia speech last week, « on more than one occasion uttered racial or ethnic stereotypes that made me cringe. » (…) Keith Kakugawa was a close friend of Obama’s at the Punahou School (…) says that Obama, being a dark-skinned kid growing up in a white household, sensed that something was amiss. « He felt that he was not getting a part of who he was, the history, » says Kakugawa, who is also of mixed race. He recalls Obama’s reading black authors —James Baldwin, Ralph Ellison, Langston Hughes—looking for clues. Keith didn’t know at first that Obama’s given name was Barack. « We were in the library and there was a Malcolm X book, » Kakugawa tells NEWSWEEK. « He grabbed it and looked at it and he’s checking it out, and I said, ‘Hold on, man. What you gonna do? Change your name to something Muslim?’ He said, ‘Well, my name is Barack Obama.’ And I said, ‘No it isn’t.’ And we got in an argument about that in the library and they had to tell us, ‘Shhhh’. » (…) Barry Obama met Eric Moore fresh on arrival from Hawaii at Occidental College in Los Angeles. (…) Their kinship was strengthened in conversations like the one they had about a trip Moore took during the summer of 1980. He visited Kenya—the homeland of Obama’s father and other relatives—as part of a program that sent teens abroad to do volunteer work. Moore told Obama about his experiences, and explained how the trip was one of the most powerful events of his life. « It helped me find my own identity, » Moore says. « I think for an African-American to go back to Africa is a powerful experience. It’s like going to Israel if you’re Jewish. » (…)  « What kind of name is Barry Obama—for a brother? » Moore asked with a grin. « Actually, my name’s Barack Obama, » he replied. « That’s a very strong name, » Moore told him. Obama responded that he didn’t want to have to explain his name. « Barry » was just a way of simplifying things—a small compromise to smooth the way in society. Moore knew then that Obama had been called Barry for a very long time, but he made a point to call him Barack anyway. He did this because he liked the name, he says, but also because he respected anything African. « It was a time when we were very conscious and he actually appreciated that I called him Barack, » Moore says. A handful of people, mostly close friends, would use Barack and Barry interchangeably. (…) Wahid Hamid, a good friend at Oxy who attended Obama’s wedding years later, says that even before he became Barack, most friends simply called him « Obama. » « It wasn’t surprising to me that he decided to embrace that identity because ‘Barry’ could be perceived as trying to run away from something and trying to fit in, rather than embracing his own identity and, in many ways, kind of opening himself to who he is. » For Wahid, an immigrant from Pakistan also trying to find his way in America (he is now a corporate executive in New York), the name Barack was perfectly natural and « somewhat refreshing. » (…) Obama wanted a clean slate. « Going to New York was really a significant break. It’s when I left a lot of stuff behind, » he says. « I think there was a lot of stuff going on in me. By the end of that year at Occidental, I think I was starting to work it through, and I think part of the attraction of transferring was, it’s hard to remake yourself around people who have known you for a long time. » It was when he got to New York that, as he recalls it, he began to ask people to call him Barack: « It was not some assertion of my African roots … not a racial assertion. It was much more of an assertion that I was coming of age. An assertion of being comfortable with the fact that I was different and that I didn’t need to try to fit in in a certain way. » (…) He stopped drinking and partying, leading what he calls « a hermetic existence » for two years. « When I look back on it, it was a pretty grim and humorless time that I went through, » he recalls. « I literally went to class, came home, read books, took long walks, wrote. (…)  Obama kept detailed journals in New York. It was good practice. « Writing journals during those two years gave me not only the raw material for the book, but also taught me to shape a narrative in ways that would work, » he says. When he later became a community organizer in Chicago, part of his job was storytelling. « His job largely consisted of interviewing community members and creating a narrative out of their experiences, the problems the community faced, » says his boss at that time, Gerald Kellman. Eventually, even Chicago would seem too small a stage. He told Kellman « he did not feel there would be large-scale change brought about by organizing. » Large-scale change was what Obama was aiming for. (…) The absence of his father taught Obama the importance of stories. These tales helped him make sense of who he was. (At least two acquaintances in his postgraduation years thought he was on a track to become a writer.) Stories made the murkier aspects of life coherent, or at least gave him confidence—that he could author his own life story, and thus become a master of the tale and not a victim. As a teenager, he had been skeptical of some family yarns, thinking they had been burnished a little too bright. He was at an age then when kids distinguish between fairy tales and truth, when they often become disillusioned with their parents. Newsweek
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright ( janvier 2006)
Au lieu de dire : “que Dieu bénisse l’Amérique”, il faut dire : “que dieu maudisse l’Amérique […], que Dieu damne l’Amérique. Rev. Jeremiah Wright
I think the President’s speech yesterday was the reason we Americans elected him. It was grand. It was positive. Hopeful…But what I liked about the President’s speech in Cairo was that it showed a complete humility…The question now is whether the President we elected and spoke for us so grandly yesterday can carry out the great vision he gave us and to the world. Chris Matthews
I mean in a way Obama’s standing above the country, above – above the world, he’s sort of God.(…) : « He’s going to bring all different sides together…Obama is trying to sort of tamper everything down. He doesn’t even use the word terror. He uses extremism. He’s all about let us reason together…He’s the teacher. He is going to say, ‘now, children, stop fighting and quarreling with each other.’ And he has a kind of a moral authority that he – he can – he can do that. Evan Thomas
He told the story in brilliant, painful detail in his first book, Dreams from My Father, which may be the best-written memoir ever produced by an American politician. Joe Klein (Time, October 23, 2006)
Given what I do for a living, I suppose it’s only natural that I have a high degree of respect for those who write well. Good writing very often signals a strong intellect and in many cases a deep vision. It also shows its author to be a person of some discipline, in that even those who are born with a great deal of talent in this area still usually have to work hard and make sacrifices to develop their abilities. All of which is making me giddy at the prospect of Barack Obama’s coming presidency. Like many politicians Barack Obama is also an author. What makes him different is he’s also a good writer. Most books by today’s policies are glossy, self-serving, sometimes ghost-written puffery, which are designed to be sold as throwaway literature. Obama has written a couple of these books, and the best that can be said about them is that they’re a cut above the usual tripe politicians slap between two covers. Earlier, however, way back in 1995, Barack Obama penned another book, Dreams from My Father: A Story of Race and Inheritance, which is easily the most honest, daring, and ambitious volume put out by a major US politician in the last 50 years. Rob Woodard (The Guardian)
Much has been made of Mr. Obama’s eloquence — his ability to use words in his speeches to persuade and uplift and inspire. But his appreciation of the magic of language and his ardent love of reading have not only endowed him with a rare ability to communicate his ideas to millions of Americans while contextualizing complex ideas about race and religion, they have also shaped his sense of who he is and his apprehension of the world. Mr. Obama’s first book, “Dreams From My Father” (which surely stands as the most evocative, lyrical and candid autobiography written by a future president), suggests that throughout his life he has turned to books as a way of acquiring insights and information from others — as a means of breaking out of the bubble of self-hood and, more recently, the bubble of power and fame. He recalls that he read James Baldwin, Ralph Ellison, Langston Hughes, Richard Wright and W. E. B. Du Bois when he was an adolescent in an effort to come to terms with his racial identity and that later, during an ascetic phase in college, he immersed himself in the works of thinkers like Nietzsche and St. Augustine in a spiritual-intellectual search to figure out what he truly believed. Michiko Kakutani (The New York Times)
I was interested really in him because of his book, « Song of Solomon. » It was quite extraordinary. I mean, he’s a real writer type. (…) Yeah, well, we said a few little things about « Song of Solomon, » and I sort of acknowledged that he was a writer, also, in my high esteem. (…) He’s very different. I mean, his ability to reflect on this extraordinary mesh of experiences that he has had, some familiar and some not, and to really meditate on that the way he does and to set up scenes in a narrative structure type of conversation, all of these things that you don’t often see, obviously, in the routine political memoir biography. But I think this was when he was much younger, like in his 30s or something. So that was impressive to me. But it’s unique. It’s his. There are no other ones like that. Toni Morrison
That’s a good book. Dreams of My Father, is that what it’s called? I read it with great interest, in part because it’d been written by this guy who was running for president, but I found it well done and very persuasive and memorable too. Philip Roth
Apart from other unprecedented aspects of his rise, it is a geographical truth that no politician in American history has traveled farther than Barack Obama to be within reach of the White House. He was born and spent most of his formative years on Oahu, in distance the most removed population center on the planet, some 2,390 miles from California, farther from a major landmass than anywhere but Easter Island. In the westward impulse of American settlement, his birthplace was the last frontier, an outpost with its own time zone, the 50th of the United States, admitted to the union only two years before Obama came along. Those who come from islands are inevitably shaped by the experience. For Obama, the experience was all contradiction and contrast. As the son of a white woman and a black man, he grew up as a multiracial kid, a « hapa, » « half-and-half » in the local lexicon, in one of the most multiracial places in the world, with no majority group. There were native Hawaiians, Japanese, Filipinos, Samoans, Okinawans, Chinese and Portuguese, along with Anglos, commonly known as haole (pronounced howl-lee), and a smaller population of blacks, traditionally centered at the U.S. military installations. But diversity does not automatically translate into social comfort: Hawaii has its own difficult history of racial and cultural stratification, and young Obama struggled to find his place even in that many-hued milieu. He had to leave the island to find himself as a black man, eventually rooting in Chicago, the antipode of remote Honolulu, deep in the fold of the mainland, and there setting out on the path that led toward politics. Yet life circles back in strange ways, and in essence it is the promise of the place he left behind — the notion if not the reality of Hawaii, what some call the spirit of aloha, the transracial if not post-racial message — that has made his rise possible. Hawaii and Chicago are the two main threads weaving through the cloth of Barack Obama’s life. Each involves more than geography. Hawaii is about the forces that shaped him, and Chicago is about how he reshaped himself. Chicago is about the critical choices he made as an adult: how he learned to survive in the rough-and-tumble of law and politics, how he figured out the secrets of power in a world defined by it, and how he resolved his inner conflicts and refined the subtle, coolly ambitious persona now on view in the presidential election. Hawaii comes first. It is what lies beneath, what makes Chicago possible and understandable. (…) « Dreams From My Father » is as imprecise as it is insightful about Obama’s early life. Obama offers unusually perceptive and subtle observations of himself and the people around him. Yet, as he readily acknowledged, he rearranged the chronology for his literary purposes and presented a cast of characters made up of composites and pseudonyms. This was to protect people’s privacy, he said. Only a select few were not granted that protection, for the obvious reason that he could not blur their identities — his relatives. (…) Keith and Tony Peterson (…) wondered why Obama focused so much on a friend he called Ray, who in fact was Keith Kukagawa. Kukagawa was black and Japanese, and the Petersons did not even think of him as black. Yet in the book, Obama used him as the voice of black anger and angst, the provocateur of hip, vulgar, get-real dialogues. (…) Sixteen years later, Barry was no more, replaced by Barack, who had not only left the island but had gone to two Ivy League schools, Columbia undergrad and Harvard Law, and written a book about his life. He was into his Chicago phase, reshaping himself for his political future … David Maraniss
It has recently been discovered by Washington Post editor and Obama biographer David Maraniss that Obama’s memoir likely went much farther than just the character « compression » and chronology rearrangement that Obama admitted to in his memoir’s introduction. Maraniss reveals in his new book that, much like Frey’s memoir, Dreams contains fabrications of material aspects of Obama’s life narrative. (…) Ultimately, what Maraniss did discover is that Obama’s actual upbringing was simply too comfortable and boring to lend itself to a compelling memoir. So he did what Frey did and turned an otherwise mundane life story into a more meaningful and interesting one. Mendy Finkel
Not only did he grow up in Indonesia and Hawaii, but he also grew up amid diversity in both places, which brought him into casual, daily contact with Africans, Asians, Natives and Caucasians, people of all kinds of ethnic variations and political and social differences. What he did not experience in his early life is mainland, American-style racism. Growing up in places that were diverse, he never had to confront his identity as a black man until his college years. There are no slaves in the Obama family tree, and he missed most of the tumultuous civil rights struggle because of his youth and the physical distance from the mainland. There is an amusing section on the future president’s more than casual acquaintance with marijuana as a high school student in Hawaii. I won’t ruin the fun, but if you get the e-book, search for « Choom Gang, » « Total Absorption » (the opposite of not inhaling) and « Roof Hits. » Enough said. Even when Barry, which is how he was known, finally made it to the mainland as a college freshman, he chose elite Occidental College in Los Angeles, a diverse environment in a sheltered section of the city that gave him virtually no taste of the typical experience of blacks in America. In fact, one of his Oxy college friends said that Barry, who was starting to refer to himself as Barack in part to reconnect to his black roots, decided to transfer after his sophomore year to Columbia in New York so that he could « discover blackness in America. » What hits home in Maraniss’ book is how race was, for Barack Obama, primarily an intellectual journey of study and self-discovery. He had to discover his blackness. This sets him apart from the dominant African American experience, and it accounts for some of the reluctance on the part of veteran civil rights advocates like Jesse Jackson to embrace his candidacy early on. Dave Cieslewicz 
It almost seemed too good to be true. When President Barack Obama’s 1995 memoir, « Dreams From My Father, » was re-published soon after the young politican catapulted onto the national stage with a charismatic speech at the 2004 Democratic National Convention, his amazing life story captured the hearts and minds of millions of Americans. But like many memoirs, which tend to be self-serving, it now appears that Obama shaped the book less as a factual history of his life than as a great story. A new biography, « Barack Obama: The Story, » by David Maraniss, raises questions about the accuracy of the president’s account and delivers fresh revelations about his pot-smoking in high school and college and his girlfriends in New York City. In his memoir, Obama describes how his grandfather, Hussein Onyango, was imprisoned and tortured by British troops during the fight for Kenyan independence. But that did not happen, according to five associates of Onyango interviewed by Maraniss. Another heroic tale from the memoir about Obama’s Indonesian stepfather, Soewarno Martodihardjo, being killed by Dutch soldiers during Indonesia’s fight for independence also is inaccurate, according to Maraniss. The president explains in his memoir that some of the characters in his book have been combined or compressed. Maraniss provides more details about the extent of that alteration. One of Obama’s « African American » classmates was based on Caroline Boss, a white student whose Swiss grandmother was named Regina, according to Maraniss, a Washington Post editor and author who has won a Pulitzer Prize. The president also described breaking up with a white girlfriend due to a « racial chasm that unavoidably separated him from the woman, » writes Maraniss. But Obama’s next girlfriend in Chicago, an anthropologist, also was white. The young Obama’s lack of playing time on the high school basketball team was due more to his ability than the coach’s preference for white players, Maraniss writes. And Obama’s mother likely left his father — not the other way around — after domestic abuse, note reviews of the book in the Los Angeles Times and Buzzfeed. The Huffington Post
In his 1995 memoir, [Mr. Obama] mentioned smoking “reefer” in “the dorm room of some brother” and talked about “getting high.” Before Occidental, he indulged in marijuana, alcohol and sometimes cocaine as a high school student in Hawaii, according to the book. He made “some bad decisions” as a teenager involving drugs and drinking, Senator Obama, now a presidential candidate, told high school students in New Hampshire last November. Mr. Obama’s admissions are rare for a politician (his book, “Dreams From My Father,” was written before he ran for office.) They briefly became a campaign issue in December when an adviser to Senator Hillary Rodham Clinton, Mr. Obama’s chief Democratic rival, suggested that his history with drugs would make him vulnerable to Republican attacks if he became his party’s nominee. Mr. Obama, of Illinois, has never quantified his illicit drug use or provided many details. He wrote about his two years at Occidental, a predominantly white liberal arts college, as a gradual but profound awakening from a slumber of indifference that gave rise to his activism there and his fears that drugs could lead him to addiction or apathy, as they had for many other black men. Mr. Obama’s account of his younger self and drugs, though, significantly differs from the recollections of others who do not recall his drug use. That could suggest he was so private about his usage that few people were aware of it, that the memories of those who knew him decades ago are fuzzy or rosier out of a desire to protect him, or that he added some writerly touches in his memoir to make the challenges he overcame seem more dramatic. In more than three dozen interviews, friends, classmates and mentors from his high school and Occidental recalled Mr. Obama as being grounded, motivated and poised, someone who did not appear to be grappling with any drug problems and seemed to dabble only with marijuana. Serge F. Kovaleski
Maraniss’s Barack Obama: The Story punctures two sets of falsehoods: The family tales Obama passed on, unknowing; and the stories Obama made up. The 672-page book closes before Obama enters law school, and Maraniss has promised another volume, but by its conclusion I counted 38 instances in which the biographer convincingly disputes significant elements of Obama’s own story of his life and his family history. The two strands of falsehood run together, in that they often serve the same narrative goal: To tell a familiar, simple, and ultimately optimistic story about race and identity in the 20th Century. The false notes in Obama’s family lore include his mother’s claimed experience of racism in Kansas, and incidents of colonial brutality toward his Kenyan grandfather and Indonesian step-grandfather. Obama’s deliberate distortions more clearly serve a single narrative: Race. Obama presents himself through the book as “blacker and more disaffected” than he really was, Maraniss writes, and the narrative “accentuates characters drawn from black acquaintances who played lesser roles his real life but could be used to advance a line of thought, while leaving out or distorting the actions of friends who happened to be white.” (…) Maraniss’s deep and entertaining biography will serve as a corrective both to Obama’s mythmaking and his enemies’. Maraniss finds that Obama’s young life was basically conventional, his personal struggles prosaic and later exaggerated. He finds that race, central to Obama’s later thought and included in the subtitle of his memoir, wasn’t a central factor in his Hawaii youth or the existential struggles of his young adulthood. And he concludes that attempts, which Obama encouraged in his memoir, to view him through the prism of race “can lead to a misinterpretation” of the sense of “outsiderness” that Maraniss puts at the core of Obama’s identity and ambition. (…) In Dreams, for instance, Obama writes of a friend named “Regina,” a symbol of the authentic African-American experience that Obama hungers for (and which he would later find in Michelle Robinson). Maraniss discovers, however, that Regina was based on a student leader at Occidental College, Caroline Boss, who was white. Regina was the name of her working-class Swiss grandmother, who also seems to make a cameo in Dreams. Maraniss also notices that Obama also entirely cut two white roommates, in Los Angeles and New York, from the narrative, and projected a racial incident onto a New York girlfriend that he later told Maraniss had happened in Chicago. (…) Across the ocean, the family story that Hussein Onyango, Obama’s paternal grandfather, had been whipped and tortured by the British is “unlikely”: “five people who had close connections to Hussein Onyango said they doubted the story or were certain that it did not happen,” Maraniss writes. The memory that the father of his Indonesian stepfather, Soewarno Martodihardjo, was killed by Dutch soldiers in the fight for independence is “a concocted myth in almost all respects.” In fact, Martodihardjo “fell off a chair at his home while trying to hang drapes, presumably suffering a heart attack.” (…) Maraniss corrects a central element of Obama’s own biography, debunking a story that Obama’s mother may well have invented: That she and her son were abandoned in Hawaii in 1963. “It was his mother who left Hawaii first, a year earlier than his father,” Maraniss writes, confirming a story that had first surfaced in the conservative blogosphere. He suggests that “spousal abuse” prompted her flight back to Seattle. Obama’s own fairy-tales, meanwhile, run toward Amercan racial cliché. “Ray,” who is in the book “a symbol of young blackness,” is based on a character whose complex racial identity — half Japanese, part native American, and part black — was more like Obama’s, and who wasn’t a close friend. “In the memoir Barry and Ray, could be heard complaining about how rich white haole girls would never date them,” Maraniss writes, referring to Hawaii’s upper class, and to a composite character whose blackness is. “In fact, neither had much trouble in that regard.” Ben Smith
The errant Obama biography in the Acton & Dystel booklet does not contradict the authenticity of Obama’s birth certificate. Moreover, several contemporaneous accounts of Obama’s background describe Obama as having been born in Hawaii. The biography does, however, fit a pattern in which Obama–or the people representing and supporting him–manipulate his public persona. David Maraniss’s forthcoming biography of Obama has reportedly confirmed, for example, that a girlfriend Obama described in Dreams from My Father was, in fact, an amalgam of several separate individuals. In addition, Obama and his handlers have a history of redefining his identity when expedient. In March 2008, for example, he famously declared: “I can no more disown [Jeremiah Wright] than I can disown the black community. I can no more disown him than I can my white grandmother.”  Several weeks later, Obama left Wright’s church–and, according to Edward Klein’s new biography, The Amateur: Barack Obama in the White House, allegedly attempted to persuade Wright not to “do any more public speaking until after the November [2008] election” (51). Obama has been known frequently to fictionalize aspects of his own life. During his 2008 campaign, for instance, Obama claimed that his dying mother had fought with insurance companies over coverage for her cancer treatments.  That turned out to be untrue, but Obama has repeated the story–which even the Washington Post called “misleading”–in a campaign video for the 2012 election. The Acton & Dystel biography could also reflect how Obama was seen by his associates, or transitions in his own identity. He is said, for instance, to have cultivated an “international” identity until well into his adulthood, according to Maraniss. Regardless of the reason for Obama’s odd biography, the Acton & Dystel booklet raises new questions as part of ongoing efforts to understand Barack Obama–who, despite four years in office remains a mystery to many Americans, thanks to the mainstream media. Joel B. Pollak
Obama a toujours eu une sensibilité particulière pour une pathologie inquiétante chez les riches élites libérales blanches qui cherchent souvent, de façon condescendante, à promouvoir des aspirants candidats minoritaires dans des positions de pouvoir et d’influence en raison de leur profil, plutôt que de leur bilan. D’où le retour du Barry Dunham issu des meileures prépas pour le nom autrement plus exotique de Barack Obama, un « autre » assez authentique tout fraîchement sorti de l’église du révérend Wright, mais aussi le chouchou de l’Ivy League. (…) Obama s’est brillamment faufilé dans le créneau yuppie presque tout comme nous, multiculturel, Ivy league, prep-school, affirmative action. Je vous laisse décider si la gauche caviar pratique un tel paternalisme raciste en raison de ses sentiments de culpabilité, de son aversion intrinsèque aux  classes populaires et moyennes fans des courses auto et de Sarah Palin, ou comme une sorte d’exemption médiévale, l’énorme panneau « Obama for President » sur la pelouse du professeur de Palo Alto permettant de ne jamais avoir à mettre ses enfants dans les écoles touchées par le busing des quartiers hispaniques d’East Palo Alto. Mais ce qui est absolument incontestable, c’est que le bilan antérieur d’Obama dans ses premières années de fac, comme rédacteur en chef de la Harvard Law Review, professeur de droit de Chicago, parlementaire de l’Illinois et sénateur fut aussi quelconque que furent éblouissants ses efforts pour obtenir ces postes. (…) Obama, à qui on a tout passé, du révérend Wright à Tony Rezko, est avec raison surpris: qui est-ce qui change les règles à présent ? Pourquoi devrait il soudainement être tenu responsable d’une manière dont il ne l’a jamais été auparavant ? Il s’est engagé à être un président transformationnel au-dessus de la politique, pas une personne, soumis aux aléas des scandales de Washington. (…) c’est nous qui sommes à l’origne de la règle  Obama qui veut que ce soit les symboles (et non la performance) et l’amnistie (et non la responsabilisation) qui comptent. Alors pourquoi rompre le contrat avec lui et commencer maintenant à exiger des réalisations concrètes et honnêtes quand le prompteur avait toujours été suffisant ? En 2008, nous sommes-nous inquiétés du contenu de « l’audace de l’espoir » ou demandés comment quelqu’un qui n’avait pas manqué un service à Trinity Church (« Oui, chaque semaine. Au service de 11 h « ) avaient on ne sait pas comment pu manquer les séries de harangues racistes, antisémites et antiaméricaines du révérend Wright ? Que nous voulions maintenant connaître le rôle du Président à Benghazi, ou dans les scandales du fisc, de l’agence de presse AP et de la Fox ne faisait tout simplement pas partie de l’offre plus intelligent président de l’histoire- comme si l’Amérique avait jamais demandé « mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’ espoir et de changement ? » Victor Davis Hanson
The Obama memoir is revealed not really to be a memoir at all. Most of his intimate friends and past dalliances that we read about in Dreams From My Father were, we learn, just made up (“composites”); the problem, we also discover, with the president’s autobiography is not what is actually false, but whether anything much at all is really true in it. If a writer will fabricate the details about his own mother’s terminal illness and quest for insurance, then he will probably fudge on anything. For months the president fought the Birthers who insist that he was born in Kenya, only to have it revealed that he himself for over a decade wrote just that fact in his own literary biography. Is Barack Obama then a birther? Has any major public figure (57 states, Austrian language, corpse-men, Maldives for Falklands, private sector “doing fine,” etc.) been a more underwhelming advertisement for the quality of a Harvard education or a Chicago Law School part-time billet? Has any presidential candidate or president set a partisan crowd to laughing by rubbing his chin with his middle finger as he derides an opponent, or made a joke about killing potential suitors of his daughters with deadly Predator drones, or recited a double entendre “go-down” joke about a sex act? Victor Davis Hanson
NBC Nightly News anchorman Brian Williams frequently fabricated a dramatic story that he was under enemy attack while reporting from Iraq. NBC is now investigating whether Williams also embellished events in New Orleans during his reporting on Hurricane Katrina. (…) Former CBS anchorman Dan Rather tried to pass off fake memos as authentic evidence about former President George W. Bush’s supposedly checkered National Guard record. CNN news host Fareed Zakaria, who recently interviewed President Obama, was caught using the written work of others as if it were his own. He joins a distinguished array of accused plagiarists, from historian Doris Kearns Goodwin to columnist Maureen Dowd. Usually, plagiarism is excused. Research assistants are blamed or clerical slips are cited — and little happens. In lieu of admitting deliberate dishonesty, our celebrities when caught prefer using the wishy-washy prefix “mis-” to downplay a supposed accident — as in misremembering, misstating, or misconstruing. Politicians are often the worst offenders. Vice President Joe Biden withdrew from the presidential race of 1988 once it was revealed that he had been caught plagiarizing in law school. In that campaign, he gave a speech lifted from British Labor party candidate Neil Kinnock. Hillary Clinton fantasized when she melodramatically claimed she had been under sniper fire when landing in Bosnia. Her husband, former president Bill Clinton, was more overt in lying under oath in the Monica Lewinsky debacle. Former senator John Walsh (D., Mont.) was caught plagiarizing elements of his master’s thesis. President Obama has explained that some of the characters in his autobiography, Dreams from My Father, were “composites” or “compressed,” which suggests that in some instances what he described did not exactly happen. What are the consequences of lying about or exaggerating one’s past or stealing the written work of others? It depends. Punishment is calibrated by the stature of the perpetrator. If the offender is powerful, then misremembering, misstating, and misconstruing are considered minor and aberrant transgressions. If not, the sins are called lying and plagiarizing, and deemed a window into a bad soul. Thus a career can be derailed. Young, upcoming lying reporters like onetime New York Times fabulist Jayson Blair and The New Republic’s past stable of fantasy writers — Stephen Glass, Scott Beauchamp, and Ruth Shalit — had their work finally disowned by their publications. Former Washington Post reporter Janet Cooke got her Pulitzer Prize revoked for fabricating a story. Obscure senator Walsh was forced out of his re-election race. Biden, on the other hand, became vice president. It did not matter much that the Obama biography by Pulitzer Prize–winning author David Maraniss contradicted many of the details from Obama’s autobiography. Hillary Clinton may well follow her husband’s trajectory and become president. The Reverend Al Sharpton helped perpetuate the Tawana Brawley hoax; he is now a frequent guest at the White House. Why do so many of our elites cut corners and embellish their past or steal the work of others? For them, such deception may be a small gamble worth taking, with mild consequences if caught. Plagiarism is a shortcut to publishing without all the work of creating new ideas or doing laborious research. Padding a resume or mixing truth with half-truths and composites creates more dramatic personal histories that enhance careers. Our culture itself has redefined the truth into a relative idea without fault. Some academics suggested that Brian Williams may have lied because of “memory distortion” rather than a character defect. Contemporary postmodern thought sees the “truth” as a construct. The social aim of these fantasy narratives is what counts. If they serve progressive race, class, and gender issues, then why follow the quaint rules of evidence that were established by an ossified and reactionary establishment? (…) Our lies become accepted as true, but only depending on how powerful and influential we are — or how supposedly noble the cause for which we lie. Victor Davis Hanson
Ce qui rendait Obama unique, c’est qu’il était le politicien charismatique par excellence – le plus total inconnu à jamais accéder à la présidence aux Etats-Unis. Personne ne savait qui il était, il sortait de nulle part, il avait cette figure incroyable qui l’a catapulté au-dessus de la mêlée, il a annihilé Hillary, pris le contrôle du parti Démocrate et est devenu président. C’est vraiment sans précédent : un jeune inconnu sans histoire, dossiers, associés bien connus, auto-créé. Il y avait une bonne volonté énorme, même moi j’étais aux anges le jour de l’élection, quoique j’aie voté contre lui et me sois opposé à son élection. C’était rédempteur pour un pays qui a commencé dans le péché de l’esclavage de voir le jour, je ne croyais pas personnellement le voir jamais de mon vivant, quand un président noir serait élu. Certes, il n’était pas mon candidat. J’aurais préféré que le premier président noir soit quelqu’un d’idéologiquement plus à mon goût, comme par exemple Colin Powell (que j’ai encouragé à se présenter en 2000) ou Condoleezza Rice. Mais j’étais vraiment fier d’être Américain à la prestation de serment. Je reste fier de ce succès historique. (…) il s’avère qu’il est de gauche, non du centre-droit à la manière de Bill Clinton. L’analogie que je donne est qu’en Amérique nous jouons le jeu entre les lignes des 40 yards, en Europe vous jouez tout le terrain d’une ligne de but à l’autre. Vous avez les partis communistes, vous avez les partis fascistes, nous, on n’a pas ça, on a des partis très centristes. Alors qu’ Obama veut nous pousser aux 30 yards, ce qui pour l’Amérique est vraiment loin. Juste après son élection, il s’est adressé au Congrès et a promis en gros de refaire les piliers de la société américaine — éducation, énergie et soins de santé. Tout ceci déplacerait l’Amérique vers un Etat de type social-démocrate européen, ce qui est en dehors de la norme pour l’Amérique. (…) Obama a mal interprété son mandat. Il a été élu six semaines après un effondrement financier comme il n’y en avait jamais eu en 60 ans ; après huit ans d’une présidence qui avait fatigué le pays; au milieu de deux guerres qui ont fait que le pays s’est opposé au gouvernement républicain qui nous avait lancé dans ces guerres; et contre un adversaire complètement inepte, John McCain. Et pourtant, Obama n’a gagné que par 7 points. Mais il a cru que c’était un grand mandat général et qu’il pourrait mettre en application son ordre du jour social-démocrate. (…) sa vision du monde me semble si naïve que je ne suis même pas sûr qu’il est capable de développer une doctrine. Il a la vision d’un monde régulé par des normes internationales auto-suffisantes, où la paix est gardée par un certain genre de consensus international vague, quelque chose appelé la communauté internationale, qui pour moi est une fiction, via des agences internationales évidemment insatisfaisantes et sans valeur. Je n’éleverais pas ce genre de pensée au niveau d’ une doctrine parce que j’ai trop de respect pour le mot de doctrine. (…) Peut-être que quand il aboutira à rien sur l’Iran, rien sur la Corée du Nord, quand il n’obtiendra rien des Russes en échange de ce qu’il a fait aux Polonais et aux Tchèques, rien dans les négociations de paix au Moyen-Orient – peut-être qu’à ce moment-là, il commencera à se demander si le monde fonctionne vraiment selon des normes internationales, le consensus et la douceur et la lumière ou s’il repose sur la base de la puissance américaine et occidentale qui, au bout du compte, garantit la paix. (…) Henry Kissinger a dit une fois que la paix peut être réalisée seulement de deux manières : l’hégémonie ou l’équilibre des forces. Ca, c’est du vrai réalisme. Ce que l’administration Obama prétend être du réalisme est du non-sens naïf. Charles Krauthammer (oct. 2009)
Qu’est-ce que cela fait d’avoir un nouveau président des Etats-Unis qui sait lire ? Du bien. Cela fait du bien d’apprendre qu’il a toujours un livre à portée de la main. On a tellement flatté ses qualités d’orateur et ses dons de communicant qu’on a oublié l’essentiel de ce qui fait la richesse de son verbe : son côté lecteur compulsif. A croire que lorsqu’il sera las de lire des livres, il dirigera l’Amérique pour se détendre. Michiko Kakutani, la redoutée critique du New York Times, d’ordinaire si dure avec la majorité des écrivains, est tout miel avec ce non-écrivain auteur de trois livres : deux textes autobiographiques et un discours sur la race en Amérique. Elle vient de dresser l’inventaire de sa « bibliothèque idéale », autrement dit les livres qui ont fait ce qu’il est devenu, si l’on croise ce qu’il en dit dans ses Mémoires, ce qu’il en confesse dans les interviews et ce qu’on en sait. Adolescent, il lut avidement les grands auteurs noirs James Baldwin, Langston Hugues, Ralph Ellison, Richard Wright, W.E.B. Du Bois avant de s’immerger dans Nietzsche et Saint-Augustin en marge de ses études de droit, puis d’avaler la biographie de Martin Luther King en plusieurs volumes par Taylor Branch. Autant de livres dans lesquels il a piqué idées, pistes et intuitions susceptibles de nourrir sa vision du monde. Ce qui ne l’a pas empêché de se nourrir en permanence des tragédies de Shakespeare, de Moby Dick, des écrits de Lincoln, des essais du transcendantaliste Ralph Waldo Emerson, du Chant de Salomon de la nobélisée Toni Morrison, du Carnet d’or de Doris Lessing, des poèmes d’un autre nobélisé Derek Walcott, des mémoires de Gandhi, des textes du théologien protestant Reinhold Niebuhr qui exercèrent une forte influence sur Martin Luther King, et, plus récemment de Gilead (2004) le roman à succès de Marylinne Robinson ou de Team of rivals que l’historienne Doris Kearns Goodwin a consacré au génie politique d’Abraham Lincoln, « la » référence du nouveau président. Pardon, on allait oublier, le principal, le livre des livres : la Bible, of course. Pierre Assouline
Dans sa biographie du président, le journaliste David Maraniss décrit lui aussi un jeune homme qui se cherche, et qui, lorsqu’il devient politicien, cisèle sa biographie, Dreams from my Father, pour la rendre plus signifiante politiquement et romanesque littérairement qu’elle ne l’est en réalité. Non, son gran-père kenyan Hussein Onyango Obama n’a pas été torturé et emprisonné par les Britanniques; non, le père de son beau-père indonésien n’a pas été tué dans la lutte contre le colonisateur hollandais; non, il ne semble pas avoir sérieusement consommé de drogues lorsqu’il était au lycée puis à Occidental College avant de trouver la rédemption; non, l’assurance santé de sa mère n’a pas refusé de lui payer le traitement de base de son cancer. Tous ces détails ne sont pas des inventions ou des mensonges: ce sont des embellissements, souvent repris de mythes familiaux, qui donnent du sens à son parcours. Justin Vaïsse
Pourquoi cette apparence anticipée de triomphe pour le candidat dont le bilan des votes au Sénat est le plus à gauche de tout le parti Démocrate? L´électorat américain a-t-il vraiment basculé? Comment expliquer la marge énorme de différence entre les instituts de sondage à 3% et ceux à 12%? L´explication, me semble-t-il, réside dans la détermination sans faille du «peuple médiatique»; comme Mitterrand parlait du «peuple de gauche», les uns, français, habitaient la Gauche, les autres, américains, habitent les media, comme les souris le fromage. Le peuple médiatique, l´élite politico-intellectuelle, le «paysage audiovisuel», comme on dit avec complaisance, ont décidé que rien n´empêcherait l´apothéose de leur candidat. Tout ce qui pouvait nuire à Obama serait donc omis et caché; tout ce qui pouvait nuire à McCain serait monté en épingle et martelé à la tambourinade. On censurerait ce qui gênerait l´un, on amplifierait ce qui affaiblirait l´autre. Le bombardement serait intense, les haut-parleurs répandraient sans répit le faux, le biaisé, le trompeur et l´insidieux. C´est ainsi que toute assertion émise par Obama serait tenue pour parole d´Evangile. Le terroriste mal blanchi Bill Ayers? – «Un type qui vit dans ma rue», avait menti impudemment Obama, qui lui devait le lancement de sa carrière politique, et le côtoyait à la direction d´une fondation importante. Il semble même qu´Ayers ait été, si l´on ose oser, le nègre du best-seller autobiographique (!) d´Obama. Qu´importe! Nulle enquête, nulle révélation, nulle curiosité. «Je ne l´ai jamais entendu parler ainsi » -, mentait Obama, parlant de son pasteur de vingt ans, Jeremiah Wright, fasciste noir, raciste à rebours, mégalomane délirant des théories conspirationnistes – en vingt ans de prêches et de sermons. Circulez, vous dis-je, y´a rien à voir – et les media, pieusement, de n´aller rien chercher. ACORN, organisation d´activistes d´extrême-gauche, aujourd´hui accusée d´une énorme fraude électorale, dont Obama fut l´avocat – et qui se mobilise pour lui, et avec laquelle il travaillait à Chicago? Oh, ils ne font pas partie de la campagne Obama, expliquent benoîtement les media. Et, ajoute-t-on, sans crainte du ridicule, «la fraude aux inscriptions électorales ne se traduit pas forcément en votes frauduleux». Laurent Murawiec
Je ne me souviens pas d’un tel niveau d’examen pour le président Barack Obama quand il faisait campagne pour la présidence. En fait, je me souviens du contraire. Je me souviens qu’on disait ‘O-o-oh, nous ne voulons pas parler de ça. On ne va pas parler de cette relation. Frank Marshall Davis? On ne va pas parler de ça. Bernardine Dohrn, Bill Ayers ? Il ne le connaissait pas vraiment. Tout ce que disait Jeremiah Wright, oh non, ce n’est pas un gros problème. Va à Occidental college, ne brille pas vraiment par ses résultats, se retrouve on ne sait pas trop comment à Columbia. Oh, je ne sais pas. Ses notes sont sous scellé. Pourquoi vous ne vous intéressez pas aux raisons pourquoi ses notes sont sous scellé ? Ben Carson
Conservateur, Ben Carson l’est jusqu’à la caricature lorsqu’il s’agit notamment d’homosexualité, qu’il associe à la bestialité, ou de la réforme de santé de M. Obama, qualifiée de pire fléau pour les Etats-Unis depuis l’esclavage. Mais c’est précisément ses positions éloignées du consensus qui lui valent de figurer à la hauteur des candidats déjà déclarés à l’investiture, comme les sénateurs Rand Paul (Kentucky) et Ted Cruz (Texas) dans les sondages mesurant les intentions de vote. Un rang flatteur compte tenu de la modestie de ses lettres de créances politiques, même si le rôle d’iconoclaste ne garantit pas contre les chausse-trappes d’une campagne. Bien au contraire. Le Monde
These pictures of Ben Carson’s Maryland mansion reveal a further insight into the eccentric mind of the embattled Republican presidential candidate. A marble engraving on a wall proclaims: ‘By humility and the fear of the Lord are riches and honor and life – poverbs 22:4′. Unfortunately, Proverbs is misspelt. Above that, is a portrait of Carson in his surgeon’s coat. Over in the hallway, is another striking portrait of Carson… with Jesus. Carson is again, wearing a surgeon’s coat over scrubs, and Jesus has an arm on his shoulder. And in the family room, is a spectacular shrine to the 64-year-old – with almost every inch of the wall covered in his awards, plaques and diplomas. (…) There are numerous honorary doctorate degrees – ranging from Yale to Morgan State University – as well as cases filled with certificates, photographs and trophies. Carson’s Presidential Medal of Freedom, awarded in 2008, takes pride of place close to the front door as well as pictures with then-president George W. Bush and his wife in his makeshift shrine. Also on display are pictures from the movie about Carson’s life – Gifted Hands: The Ben Carson Story. The film, based on his autobiography, aired on network TNT in February 2009, with Oscar-winning actor Cuba Gooding Jr. playing Carson. Magazine articles about Carson, who found fame after becoming the first surgeon to successfully separate twins joined at the head in 1987, also feature on his wall. Carson and his wife, who have three sons, bought the 48-acre property in Upperco, Baltimore County, in 2001 and lived there with Carson’s mother Sonya before moving to Florida. The palatial property, boasts eight bedrooms and 12 bathrooms. It’s decorated in the Georgian style but with Corinthian columns featuring gold-leaf capitals. These photographs, taken in 2014, are a far cry from Carson’s oft-repeated life story – beginning with a childhood living in poverty in Detroit, where his mother Sonya single-handedly raised her sons by working several jobs after their father left. (…) But in recent days, questions surrounding the accuracy of Carson’s autobiography – Gifted Hands – have dominated his presidential campaign. It tells the story of Carson’s rise from a childhood in inner-city Detroit to becoming the youngest chief of pediatric neurosurgery at Johns Hopkins Hospital in Baltimore at 33. As Carson is relatively new to politics, much of his career and published works are being scrutinized for the first time. The Daily Mail

La polémique qui monte autour de Ben Carson finira-t-elle, comme tous les scandales, par révéler sur ce qui avec Obama avait fini par passer pour normal ?

Anti-avortement, opposé à l’homosexualité et à l’aberration du mariage dit « pour tous », climatosceptique, fervent défenseur du port d’armes, fils de pasteur adventiste qui respecte le sabbat juif et met en doute l’évolution, virulent critique du président Obama et d’Obamacare, commentateur-vedette de Fox news, objet d’une série télé sur sa vie, dérapeur occasionnel (pyramides d’Egypte silos à grains, armement juif qui aurait pu éviter le génocide nazi), approximations ou enjolivements de son autobiographie (offre informelle d’entrée à West Point transfigurée en offre de bourse, violence sur un membre de sa famille transformé en camarade de classe), relation non assumée avec une firme de compléments alimentaires, demeure qualifiée de palatiale avec salle de trophées, tableaux et multiplication des livres célébrant sa réussite personnelle, vendeur de mèche sur l’évident favoritisme des médias pour le président actuel lors des élections précédentes  …

Inventions biographiques (emprisonnement et torture inexistants de son grand-père kenyan par les Britanniques, assassinat imaginaire du père de son beau-père indonésien par les colons hollandais, exagération de son expérience du racisme ou de la drogue, passage sous silence ou colorisation de ses amis blancs, racialisation – entre deux relations avec des étudiantes blanches – d’une rupture sentimentale avec une autre copine blanche ou de son évincement de l’équipe de basket-ball de son lycée, rupture de sa mère avec un père violent présentée comme abandon dudit père, refus de traitement du cancer de sa mère), amitiés sulfureuses (ancien membre d’un mouvement terroriste, pasteur complotiste et raciste, association accusée de fraude éléctorale maassive,  ex-porte-parole antisémite de l´OLP, financier véreux aux multiples condamnations), dizaines de millions de fonds de campagne d´origine douteuse et invérifiée, utilisation des services de l´Etat pour enquêter sur les finances personnelles d’opposants …

A l’heure où, entre cérémonie de naturalisation en niqab et refus accepté de serrer la main des femmes, triomphent le multiculturalisme et le politiquement correct dans un Occident toujours plus désarmé face un islam toujours plus hégémonique …

Et où, entre les barbaries de l’Etat islamique et les attaques au couteau ou à la voiture bélier des Palestiniens et du Moyen-Orient à l’Europe, on mesure chaque jour un peu plus les effets de la vacance du pouvoir à la tête de ce qui reste du Monde prétendu libre …

Pendant qu’avec sa percée dans les sondages, l’intérêt des médias pour le passé et les moindres déclarations du candidat républicain Ben Carson n’est pas loin de tourner à l’acharnement …

Comment ne pas voir l’étrange deux poids deux mesures quand on se souvient de l’incroyable traitement de faveur dont avait bénéficié…

Tant en 2008 que 2012 et entre ses amitiés troubles et ses mensonges répétés un certain candidat Obama …

Noir lui aussi mais trainant un nombre incroyable de casseroles  ?

Mais comment ne pas deviner également derrière la véritable dénonciation que faisait il y a deux jours, photos et faute d’orthographe à l’appui, le Daily Mail de la résidence et de la salle de trophées de l’ancien neuro-chirurgien adulé …

Autre chose, au-delà des évidents a priori idéologiques, que le racisme de classe face à quelqu’un qui n’ayant pas hérité du « cool » que confère la naissance dans le milieu enchanté de l’université et de l’expatriation …

Avait toutes les chances de ressembler à ces parvenus dont parlait Bourdieu …

Qui entre leur « avidité accumulatrice » des marques de reconnaissance, leur « érudition mal placée » de « héros de jeux télévisés » et leurs côté  « tape-à-l’oeil » et « m’as-tu vu » de prétentieux incultes qui en font toujours trop  …

N’ont pas compris que l’essence de la vraie culture, c’est « tout ce qui reste quand on a tout oublié » …

« Rappelant » ainsi, faute de goût et péché impardonnables, « l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis » ?

Inside Ben Carson’s eccentric Maryland mansion – complete with a shrine to himself, gold leaf columns and a portrait WITH Jesus
Pictures of Carson’s 48-acre mansion in Upperco, Maryland, reveal insight into the mind of retired neurosurgeon
Carson bought the eight-bedroom, 12-bathroom, property in Baltimore County, with his wife Lacena in 2001
The family room features a massive wall dedicated to Carson’s career with countless awards, pictures and diplomas
Khaleda Rahman

The Daily Mail

9 November 2015

He’s a celebrated neurosurgeon who denies evolution. He is also a devout Christian facing claims he has lied about certain aspects of his life story.

And these pictures of Ben Carson’s Maryland mansion reveal a further insight into the eccentric mind of the embattled Republican presidential candidate.

A marble engraving on a wall proclaims: ‘By humility and the fear of the Lord are riches and honor and life – poverbs 22:4′. Unfortunately, Proverbs is misspelt.

Above that, is a portrait of Carson in his surgeon’s coat. Over in the hallway, is another striking portrait of Carson… with Jesus. Carson is again, wearing a surgeon’s coat over scrubs, and Jesus has an arm on his shoulder.

And in the family room, is a spectacular shrine to the 64-year-old – with almost every inch of the wall covered in his awards, plaques and diplomas

‘It took me around 12 hours to put all these up,’ his wife Lacena ‘Candy’ Carson told Baltimore Magazine in 2009.

‘I had to lay them all on the floor first to get the proportions just right.’

She added: ‘I wanted it to be art – not just a bunch of plaques on the walls – and I still have so many to put up that are still in storage.’

There are numerous honorary doctorate degrees – ranging from Yale to Morgan State University – as well as cases filled with certificates, photographs and trophies.

Carson’s Presidential Medal of Freedom, awarded in 2008, takes pride of place close to the front door as well as pictures with then-president George W. Bush and his wife in his makeshift shrine.

Also on display are pictures from the movie about Carson’s life – Gifted Hands: The Ben Carson Story.

The film, based on his autobiography, aired on network TNT in February 2009, with Oscar-winning actor Cuba Gooding Jr. playing Carson.

Magazine articles about Carson, who found fame after becoming the first surgeon to successfully separate twins joined at the head in 1987, also feature on his wall.

Carson and his wife, who have three sons, bought the 48-acre property in Upperco, Baltimore County, in 2001 and lived there with Carson’s mother Sonya before moving to Florida.

The palatial property, boasts eight bedrooms and 12 bathrooms. It’s decorated in the Georgian style but with Corinthian columns featuring gold-leaf capitals.

These photographs, taken in 2014, are a far cry from Carson’s oft-repeated life story – beginning with a childhood living in poverty in Detroit, where his mother Sonya single-handedly raised her sons by working several jobs after their father left.

‘There’s no question I loved the idea of space,’ Carson said, of the luxurious home, in 2009.

‘Having grown up in places that were not very spacious with lots of people around, I like the idea of having your own space, and the idea of being so secluded really appealed to us.’

But in recent days, questions surrounding the accuracy of Carson’s autobiography – Gifted Hands – have dominated his presidential campaign.

It tells the story of Carson’s rise from a childhood in inner-city Detroit to becoming the youngest chief of pediatric neurosurgery at Johns Hopkins Hospital in Baltimore at 33.

As Carson is relatively new to politics, much of his career and published works are being scrutinized for the first time.

Voir  aussi:

Un Ben Carson différent

Richard Hétu

7 novembre 2015

Depuis le début de sa campagne présidentielle, Ben Carson a impressionné plusieurs électeurs par son ton calme et son sourire quasi permanent. Lors des débats, certains observateurs lui ont même trouvé un air plutôt somnolent.

Le neurochirurgien à la retraite a cependant montré un autre aspect de sa personnalité hier soir lors d’une conférence de presse houleuse en Floride. Il a adopté un ton combatif et parfois sarcastique pour attaquer CNN et Politico, qui ont mis en doute son récit de moments charnières de sa jeunesse. Le premier de ces moments concerne une attaque au couteau qui a failli tuer un de ses amis (il avait alors 14 ans) et l’autre son acceptation à l’académie militaire West Point (il avait alors 17 ans).

«Attendez une minute, ne mentez pas! Je n’ai jamais dit que j’avais reçu une bourse complète», a-t-il notamment déclaré en interrompant un journaliste qui l’interrogeait sur l’épisode de West Point, à propos duquel il a pourtant écrit ceci dans son livre, Gifted Hands :

«J’ai été présenté au général Westmoreland et j’ai dîné avec lui et les gagnants de la Médaille du Congrès. Plus tard, on m’a offert une bourse complète (pour étudier) à West Point.»

Qualifiant le reportage de Politico de «mensonge éhonté» et celui de CNN de «ramassis de balivernes», Carson s’est décrit comme la victime d’«une chasse aux sorcières» menée par des médias.

«Je ne me souviens pas d’un tel niveau d’examen pour le président Barack Obama quand il faisait campagne pour la présidence. En fait, je me souviens du contraire. Je me souviens qu’on disait ‘O-o-oh, nous ne voulons pas parler de ça’», a-t-il déclaré sur un ton sarcastique en mentionnant le nom de Bill Ayers, l’ancien membre du Weather Underground qu’Obama a connu à Chicago.

Il a de plus prédit que l’archarnement des médias finira par l’aider.

Quoi qu’il en soit, le Wall Street Journal s’est joint hier à CNN et à Politico pour mettre en doute un autre épisode de la jeunesse de Carson. Dans Gifted Hands, celui-ci raconte avoir suivi un cours de psychologie à l’Université Yale appelé Perceptions 301 dans lequel le professeur a mené une expérience sur l’honnêteté de 150 étudiants. Il a écrit qu’il avait été le seul à réussir l’expérience, ce qui, a-t-il précisé, avait incité le Yale Daily News à le photographier.

Selon cet article du Wall Street Journal, Yale n’offrait pas de cours de psychologie connu sous ce nom et ce numéro pendant les années de Carson à cette université. Le Yale Daily News n’a par ailleurs publié aucune photo de Carson à l’époque où il était étudiant.

Le Journal souligne que plusieurs des histoires de Carson sont difficiles à confirmer ou à infirmer. Le quotidien mentionne notamment le récit que le candidat a fait récemment d’un holdup perpétré dans les années 1980 dans un restaurant Popeye de Baltimore au cours duquel le voleur lui a enfoncé un revolver dans les côtes. Carson lui aurait dit : «Je pense que tu veux le gars derrière le comptoir.» La police de Baltimore a été incapable de confirmer qu’un holdup a eu lieu dans un restaurant Popeye à la même époque.

Il est trop tôt pour dire si la prédiction de Carson se réalisera. Mais certains de ses adversaires ont commencé à mentionner les controverses autour de certains épisodes de sa jeunesse. «Il devra répondre aux questions» sur son passé, a déclaré Chris Christie sur MSNBC hier. Donald Trump a pour sa part déclaré sur Twitter que la bio de Carson pourrait être «une fabrication totale».

Voir également:
The Fix

Ben Carson rants at media, and it seems to be serving him well

November 8 2015
Whatever happens to the presidential candidacy of former neurosurgeon Ben Carson, the news conference he held in South Florida this weekend will live on. It was as if the sleepy-eyed motivational speaker known to millions of people had been swapped out for a ringer – a flame-breathing, uncompromising scourge of media bias. »There is a desperation on behalf of some to try to find a way to tarnish me, » he said. « My prediction is that all of you guys trying to pile on is going to help me. When I go out to these book signings and meet these thousands of people, they say, ‘Don’t let the media get you down.' »Pushed and pushed, Carson channeled the conservative id. Why, he asked, was he being subjected to the kind of scrutiny the current president never was? »I do not remember this level of scrutiny for one President Barack Obama when he was running, » Carson said. « In fact, I remember just the opposite. I remember people saying, oh, we won’t really talk about that relationship. Frank Marshall Davis? We don’t want to talk about that. Bernardine Dohrn, Bill Ayers? He didn’t really know him. All the things that Jeremiah Wright was saying. Goes to Occidental College, doesn’t do all that well, somehow ends up at Columbia University. Oh, I don’t know. His records are sealed. Why are you guys not interested in whether his records are sealed? »On Twitter, liberal critics of Carson thought they saw a man in full meltdown, like Lonesome Rhodes after the public caught him on a live mike. The Carson campaign saw something else: dollar signs. According to Carson spokesman Doug Watts, the campaign raised $3.5 million during its toughest week of coverage. Tellingly, a full $500,000 of that came from telemarketing on Friday, the day of the news  conference, when CNN, Politico and Wall Street Journal all carried stories about claims made by Carson relating to his life story.Also, tellingly, the only Republican rival to join in the pile-on has been Donald Trump, who appears constitutionally incapable of doing otherwise. Jeb Bush, who has fallen far beyond Carson in poll numbers, told Fox News that he trusts him. To say otherwise would be to anger the conservative base, which had been waiting for a rant such as Carson’s.The fury of party activists shouldn’t overwhelm investigative journalism. Like Columbia Journalism Review’s David Uberti, I thought Politico’s Kyle Cheney had the grist of a good story, deeply reported, muddied by the Web site’s initial headline. It was not news that Carson had never applied to West Point. Yet during the weekend, conservative readers wrote in to ask me how a reporter could be so unfair to Carson. A sample:

The statement may be correct in a very technical way, but most people who hear that a student gets a full ride with all tuition, room and board paid for would call that a scholarship.

Your readers will recall the lack of serious scrutiny by the Post of President Obama’s claims in his book and his extreme equivocation on multiple contradictory statements made relative to his relationship with Jeremiah Wright. Why should readers be urged to consider the President’s statements in their « context » but the same accommodation not be extended to Dr. Carson?

I do think it rich to see the press suddenly so interested in the academic records of potential presidential candidates. Especially subtle recollected details of events 35+ years ago. I’m sure I’ve never misremembered anything in my past. After all, as another candidate so eloquently put it, « What difference does it make? »

The last two e-mails were representative, because, on the right, it is accepted as truth that the media failed to vet Obama and smoothed his path to the White House. It doesn’t matter that ABC News broke the Jeremiah Wright story or that Politico broke the Bill Ayers story. Because those stories were not piled on Obama — or because he was able to break free of them — they are proof that the media went easy and allowed him to become president.

This take on the press is basically immutable. In 2012, Breitbart News published a series on a young Obama titled “The Vetting,” predicated on the idea that « the complicit mainstream media had refused to examine President Obama’s ideological past. » When the stories failed to blow up the president’s reelection, a process called « BenSmithing » was blamed, named for the editor of Buzzfeed. BenSmithing, according to the New York Times, meant « writing an article that supposedly tackles a Democratic Party scandal, but is actually intended to dismiss the issue. » Why was Smith a fitting namesake? Well, before Buzzfeed, he was the Politico reporter who first wrote about Obama’s political debts to Ayers. The assumption that the media vets Democrats only as a way to clear them runs as deep as the assumption that it vets Republicans to destroy them.

Carson, more than almost any Republican politician, is suited to make this argument. He is not really comparable to Herman Cain, a popular but minor tea party figure who become a primary phenom and blamed bias for the scrutiny that ended his campaign. Carson is an icon whose memoir has passed through the hands of home-schoolers and even public school students for decades.

More people have read « Gifted Hands » than perhaps will ever read « Dreams from My Father, »Obama’s memoir. Obama was known to Democratic voters roughly 2½ years before he started running for president. Carson and his biography have been known since the late 1980s. Cover a Carson mega-rally, and you’ll find people who know a young person who benefited from a Carson-endowed scholarship, or were even operated on by the man himself.

The reporters now vetting Carson may know this, but it hasn’t stopped them from falling into a trap. In Florida, after Carson asked why reporters had demanded his records but not those of Obama, one reporter could be heard quizzically asking why Obama’s biography would ever be questioned. He had never tried to hide his mediocre early school tales.

« He wrote them in the book, » the reporter said.

That was exactly Carson’s point. One candidate’s book was a shield; another candidate’s, a Republican one, had suddenly become an oppo file. If that’s his defense, millions of conservatives are ready to endorse it.

David Weigel is a national political correspondent covering the 2016 election and ideological movements.
Voir encore:
National review
November 8, 2015
 It’s been less than two weeks since CNBC’s train wreck of a debate exposed just how much of a double standard the mainstream media can have against GOP presidential candidates.
Now a new example comes in the attack on Ben Carson for saying in his autobiography that he was offered a full scholarship to West Point. In a news conference on Friday, Carson said the offer from Army officials was informal and he never in fact applied to the military academy, which is how he described it in his book Gifted Hands, first published in 1990:
I was offered a full scholarship to West Point. I didn’t refuse the scholarship outright, but I let them know a military career wasn’t where I saw myself going. . . . As overjoyed as I felt to be offered such a scholarship, I wasn’t really tempted. . . . I wanted to be a doctor. . . . Each college required a ten-dollar non-returnable entrance fee sent with the application. I had exactly ten, so I could apply to only one.
Carson has also been questioned by CNN about why several people who knew him growing up don’t recall that he had exhibited anger or violence. Carson noted that most of the people the media has talked to knew him in high school, and that his last “violent episode” occurred in the ninth grade, before he had a religious conversion. Carson said that he did try to stab someone, “a relative who does not want to be subjected to the media.”
But Carson’s news conference was most memorable for his willingness to push back against the media:
I do not remember this level of scrutiny for one President Barack Obama when he was running. In fact I remember just the opposite. I remember people saying, ‘Oh, we won’t really talk about that. We won’t talk about that relationship. Well, Frank Marshall Davis, well, we don’t want to talk about that. Bernardine Dohrn, Bill Ayers, well he don’t really know him. All the things that Jeremiah Wright was saying, oh, not a big problem.
A reporter responded to Carson’s complaint that there was a “desperation on behalf of some” to find some kind of scandal surrounding him by saying, “Our job is to ask questions.” Carson paused and said: “There is a fair way to do this and a very unfair way to do this. . . . My job is to call you out when you are unfair.” At another point he said: “You are not going to find with me, somebody who will sit back and let you be completely unfair without letting the American people know what is going on. The American people are waking up to these games.”

Carson’s comments about the media, and his complaints about Barack Obama, were — no surprise — barely reported. But they deserve an airing. By those standards, Barack Obama was clearly the beneficiary of enormous media forbearance while he ran for president. The real bias in the profession isn’t in how a story is covered, but in which stories the media chooses to focus on and which they ignore or actively suppress. When Bob Schieffer retired as host of CBS’s Face the Nation last June, he admitted to Howard Kurtz of Fox News: “Maybe we were not skeptical enough. It was a campaign.” He added that in his view it is the role of the opponents to “make the campaign” question the records of candidates. I wouldn’t want to tell that to Woodward and Bernstein about their coverage of Watergate during the 1972 election. Just before the 2008 election, Mark Halperin, co-author of the best-selling campaign book Game Change and now a Bloomberg TV host, was asked at a conference if the media had been too soft on Obama. He answered yes and went on to say that through the subtle choice of which stories to cover and where to deploy investigative resources, the national media had handed Obama “hundreds of millions in free publicity.” As I described in 2011: Halperin attributed the positive coverage in part to the historic nature of Obama’s candidacy. But he also noted that only a few hands had gone up in the crowded room when the audience had been asked how many had voted for George W. Bush. “I find it curious that far more time and media energy has been spent on Sarah Palin’s time in Wasilla, Alaska’s, city government in the last eight weeks than in looking at Barack Obama’s dozen years in Chicago politics and government over the last 18 months of his candidacy,” he noted dryly. And Ms. Palin was only running for vice president. . . . He called on reporters to look at their 2008 coverage of candidates after the election, in hopes that in the future they will “do a better job treating people equally.” As Ben Carson might say: fat chance of that happening.
It’s worth revisiting just how much the media gave Obama a pass in 2008. Take the infamous videos of the Reverend Jeremiah Wright, Obama’s Chicago pastor. Brian Ross’s ABC News report on Wright didn’t air until March 13, 2008, after more than 40 states had voted in the Democratic nomination contest and Obama needed only 225 delegates to wrap up the race against Hillary Clinton. Ironically, the videos of Wright’s speeches had been hiding in plain sight, easily obtainable in the gift store of Wright’s church. “After the videos hit, Obama narrowly limped home to the nomination as Hillary outperformed him badly, 302 to 171 in delegates in the final three months,” noted media critic Dan Curry earlier this year on his blog, Reverse Spin. If the Wright videos had hit prior to the Iowa caucuses, he says they “would undoubtedly have been devastating and fatal to a largely undefined Barack Obama.” Ironically, the Wright videos had in fact emerged earlier, in February 2007, when Rolling Stone ran a piece called “The Radical Roots of Barack Obama” right before Obama announced his bid for the presidency. The story so rattled the Obama team that they pulled Wright from the speaking roster less than 24 hours before the campaign announcement. But as former CBS News reporter Bernie Goldberg noted, the follow-up coverage on the Wright story was scant and notably apologetic. The story should have prompted full explorations of the Obama-Wright connections. Instead, there was media malpractice. The media malpractice extended to many other areas of Obama’s life. In October 2007, the New York Times ran an article headlined “Obama’s Account of New York Years Often Differs from What Others Say.”  It reported that Obama resisted any attempts to reconcile his account in his 1995 memoir Dreams from My Father with the recollections and records of those who knew him. The Times reported: Yet he declined repeated requests to talk about his New York years, release his Columbia transcript, or identify even a single fellow student, co-worker, roommate, or friend from those years. A campaign spokesman, Ben LaBolt, had this explanation for the candidate’s silence: “He doesn’t remember the names of a lot of people in his life.” Obama was also not willing to part with many of the names of people he knew and did remember, even those of whom he would have had records. His campaign declined to release a list of the approximately 30 clients for whom he worked personally while he was a lawyer with a law firm with close ties to the Daley machine in Chicago. His campaign also concealed and obfuscated relevant facts about Obama’s ties to the radical group ACORN — in the 1990s, he had served as a top trainer and lawyer for ACORN. Let’s stop pretending that there isn’t a glaring double standard in how presidential candidates are treated if they depart from the mainstream media’s ideological premises. Jack Cashill, the author of Deconstructing Obama, noted this weekend that Carson was right to point out the media’s lack of interest in Frank Marshall Davis, a well-known Communist who was Obama’s mentor in Hawaii. Davis wasn’t someone whose membership in the Communist party was a youthful indiscretion. He was a member of the party during the Stalin era until he was well into his 40s, and in 1956, Davis even took the Fifth Amendment in front of the Senate Internal Security Subcommittee. Obama spent 2,500 words in Dreams from My Father describing Davis’s influence on his life, but, before the 2008 election, no mainstream media outlet examined the connection. But Obama was clearly worried that Marshall’s past might haunt Obama in the run-up to this presidential campaign. His publisher said he “personally approved” the audio version of his memoir when it was released in 2005. That version removed all 22 of the book’s references to his mentor “Frank.”In 2012, David Maraniss of the Washington Post published a biography of Obama that belatedly discussed Davis as well as the many discrepancies in Obama’s account of his life. In his review of the Maraniss book, Buzzfeed’s Ben Smith wrote, “I counted 38 instances in which the biographer convincingly disputes significant elements of Obama’s own story of his life and his family history.” But reporters investigated very few of those discrepancies before the 2008 election. No one is suggesting that Ben Carson be given a pass on statements he made in his autobiography. Those are fair game. Carson has also at times unfairly lashed out at reporters — he criticized NRO’s Jim Geraghty for investigating Carson’s speeches and appearance for Mannatech. We should call out Carson for these unfair assaults. But let’s stop pretending that there isn’t a glaring double standard in how presidential candidates are treated if they depart from the mainstream media’s ideological premises. As Ben Carson put it in his news conference last Friday: “There is a fair way to do this and a very unfair way to do this.” — John Fund is National Review Online’s national-affairs correspondent.

Voir de plus:

Primaires républicaines
Accusé de mensonges, Ben Carson remet les points sur les iParis match
07 novembre 2015

Ben Carson, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine, accusé d’avoir menti sur sa jeunesse violente et sur une offre reçue par une prestigieuse école militaire, a maintenu ses propos et dénoncé une «chasse aux sorcières» contre lui.

Attaques fondées ou non ? L’avenir le dira. Toujours est-il que Ben Carson, le principal adversaire de Donal Trump en vue des primaires républicaines, selon les sondages * a été la cible d’accusations graves de la part de deux médias américains réputés sérieux : Politico et CNN. Le premier a affirmé vendredi que le neurochirurgien noir à la retraite avait prétendu avoir été reçu à l ‘une des plus prestigieuses écoles militaires des Etats-Unis –avant de choisir la filière médicale. L’histoire dit qu’il aurait obtenu son admission, assortie d’une bourse d’étude, après avoir dîné en mai 1969, à Detroit, avec le général William Westmoreland, devenu célèbre lors de la guerre du Vietnam. Or, l’institution n’a gardé aucune trace d’une acceptation dans ses rangs de Carson, ni même d’une candidature de celui-ci, a indiqué à Politico Theresa Brinkerhoff, porte-parole de l’académie militaire. Le site politique américain va plus loin : le général Westmoreland ne pouvait se trouver à Detroit au moment indiqué par Carson….

L’équipe de campagne du candidat a rejeté en bloc ses accusations. «Il n’a jamais déclaré avoir été admis ni même avoir candidaté» à West Point, a rétorqué Doug Watts, porte-parole de Carson, dans un communiqué publié par le site Daily Caller. Il a seulement dit, et le confirme, s’être vu proposer, à l’âge de 17 ans, une bourse d’étude par l’Académie de West Point. Suite à quoi Politico a quelque peu précisé ses propos : «Ben Carson a dit qu’il avait reçu une bourse d’études complète de West Point», ce qui «implique clairement», selon le site, une admission.

Des victimes imaginaires ?

Quant à CNN, elle a remis en cause le même jour les récits que le Dr Carson a fait, à plusieurs reprises, concernant les accès de colères auxquels il aurait dû faire face étant jeune. Dans plusieurs livres et discours, il a raconté plusieurs anecdotes qui ont surpris l’opinion, le chirurgien à la «voix douce», pour reprendre les mots de la chaîne américaine, étant réputé pour son flegme. Le petit Carson, qui a grandi dans un quartier défavorisé de Detroit, aurait notamment frappé un camarade de classe avec un cadenas ; mais aussi blessé avec une pierre un garçon ; ou encore menacé sa mère avec un marteau… De son côté, il affirme avoir été victime de «colères pathologiques», avant d’être «sauvé» par la religion. A l’âge de 14 ans, il aurait tenté de poignarder un garçon de son âge. Mais la lame de son couteau se serait cassée sur la boucle métallique de la ceinture de sa victime miraculée: une intervention divine, selon lui, qui l’a remis sur le droit chemin.

Problème : «neuf amis, camarades et voisins ayant grandi avec Carson ont déclaré à CNN n’avoir aucun souvenir de la colère ou de la violence que le candidat décrit.» En réponse à ces attaques, le médecin s’est dit outré de ce «tissu de mensonges qui veut faire croire qu’(il) men(t) sur (sa) propre vie.» «C’est lamentable, je pense que les médias tentent de détourner l’attention des sujets de débat importants de ce pays», a-t-il conclu lors d’une conférence de presse. Une fois n’est pas coutume, il a même perdu un peu de son calme olympien, interrompant un journaliste pour lui dire d’«arrête(r) de mentir», et dénonçant une «chasse aux sorcières».

* Ce samedi, la compilation réalisée par le site spécialisé RealClearPolitics le place même à la première place des intentions de vote (24,8%, contre 24,6% pour Trump).

Voir de même:

Monde
Ben Carson dans la tourmente sur son CV
ETATS-UNIS La vie du leader républicain des sondages est passée au microscope…
Philippe Berry
20 minutes

06.11.2015

C’est l’histoire d’un jeune Afro-Américain au tempérament violent, élevé dans la pauvreté par une mère célibataire, transformé par une intervention divine pour devenir un neurochirurgien brillant. La vie de Ben Carson semble tout droit sortie d’un film hollywoodien. Elle a même été portée à l’écran en 2009. Le problème pour le candidat républicain, qui fait la course en tête dans les sondages aux côtés de Donald Trump, c’est qu’il y a de gros doutes sur un épisode central de sa vie qu’il a mis en avant à de nombreuses reprises.

«Une offre informelle»
Dans son autobiographie, il raconte avoir reçu «une offre de bourse complète» pour rentrer à la prestigieuse académie militaire de West Point après ses excellentes notes au lycée. Mais il affirme l’avoir refusée pour choisir la médecine. Sauf qu’une enquête du site Politico montre qu’il n’y a aucune trace de cet épisode. Accusé d’avoir inventé l’histoire, Carson a tenté de s’expliquer dans une interview au New York Times: «Je ne me souviens plus des détails, mais on m’a dit qu’avec mes notes, je pourrais facilement obtenir une bourse pour West Point. C’était une offre informelle.»

Dans sa biographie, il écrit: «J’étais si fier. On m’a présenté le général Westmoreland, l’un des héros du Vietnam. J’ai dîné avec lui et ensuite, on m’a offert une bourse complète pour West Point». Sauf qu’il n’y a aucune trace de cet épisode du côté de l’administration de l’académie, et que ce soir-là, le général jouait au tennis à Washington.

Entrer à West Point est un processus compliqué. Il faut notamment être parrainé. Et il n’y a pas de bourse à proprement parler, l’éducation est gratuite en échange des années de service dans l’armée. Le seul qui pourrait confirmer sa version est le général, mais il est décédé.

Donald Trump au taquet
Il n’a pas fallu longtemps à Trump, qui se trouve au coude-à-coude avec Carson, pour réagir sur Twitter : « Ce n’est pas bon. Wow, l’un des nombreux mensonges de Ben Carson ! Grosse affaire. »

Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique est accusé d’avoir enjolivé ou inventé une histoire. Mais pour Carson, qui fait de sa morale son argument principal, l’affaire prend de l’ampleur. CNN a enquêté sur son passé soi-disant violent et n’a trouvé personne pour confirmer des épisodes marquants. Carson affirme notamment qu’il a attaqué un ami avec un couteau, sa mère avec un marteau et qu’il a cassé le nez et les lunettes d’un camarade avec un caillou.

Acculé, Ben Carson a choisi d’attaquer les médias. Sur CNN (avant les révélations de Politico), il a dénoncé « des mensonges » et des « attaques pathétiques ». « Vous n’avez pas autant enquêté sur le passé de Barack Obama », accuse-t-il. Il aura l’occasion de s’expliquer mardi prochain, lors du prochain débat républicain.

Voir encore:

Présidentielle américaine : Ben Carson, l’improbable candidat républicain
À 64 ans, le plus improbable des candidats aux primaires se retrouve en tête des sondages avec 25 % des voix, au coude-à-coude avec Donald Trump. Portrait.
Hélène Vissière
Le Point
0/11/2015

Cet homme est une mine d’or pour les médias. Il y a d’abord ses perles. Obamacare, la réforme de la santé, est « la pire chose qui soit arrivée dans cette nation depuis l’esclavage ». Si les Juifs avaient été armés en Allemagne, ils auraient pu tenir tête aux nazis et éviter l’Holocauste. La preuve que l’homosexualité est un choix, c’est que « beaucoup d’hétéros qui sont emprisonnés ressortent de prison gays ». Pour défendre le port d’arme, il est allé jusqu’à clamer : « Sans aucun doute, la violence absurde est affreuse, mais je n’ai jamais vu un corps criblé de balles qui soit plus dévastateur que de supprimer le droit d’être armé. » Et tout récemment, il a expliqué que les pyramides ont été construites par Joseph, le fils de Jacob, pour servir de silo et stocker le grain. Ce qui a enchanté la twittosphère qui a multiplié les parodies : « Le Taj Mahal a été construit à l’origine pour être un terrain de handball », se moque un tweet.

Tu changes la radio ? Coup de couteau !
Apparemment, les étranges déclarations de Ben Carson, le neurochirurgien noir à la retraite, ne choquent pas l’électorat républicain. En effet, à 64 ans, le plus improbable des candidats aux primaires se retrouve en tête des sondages avec près de 25 % des voix, au coude-à-coude avec Donald Trump. Il est aussi celui qui a collecté le plus de fonds au dernier trimestre. Il est particulièrement populaire auprès de l’aile conservatrice religieuse du parti, qui adore sa biographie exemplaire. Ben Carson est issu d’une famille très pauvre de Détroit. Sa mère illettrée s’est mariée à 13 ans, mais divorce lorsqu’elle découvre que son mari, un pasteur baptiste qui deviendra ouvrier chez Cadillac, a déjà une autre famille. Le petit Ben raconte dans un de ses livres qu’il a un tempérament violent. Il a essayé de frapper sa mère avec un marteau, et, à 15 ans, a tenté de poignarder un ami parce qu’il avait changé la station de radio, mais la lame a heureusement heurté sa boucle de ceinture. Ben Carson se met alors à lire la Bible, découvre Dieu et, comme il l’écrit, « n’a plus jamais eu un problème de comportement ».

Élève brillant, il intègre Yale puis l’Université de médecine du Michigan et devient à 33 ans directeur du Centre de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital John Hopkins dans le Maryland. Il est célèbre notamment pour avoir séparé des jumeaux reliés par le crâne. Il en profite pour écrire six livres qui racontent son succès, faire des conférences et il a même fait l’objet d’une série télé sur sa vie. À part cette belle histoire de rédemption, ses partisans aiment beaucoup ses manières calmes et posées, à l’inverse du bravache Trump, autre outsider trublion qui insulte tout le monde. Ils apprécient aussi le fait que Carson ne soit pas un politicien de carrière. Et s’il n’a aucune expérience politique, ce n’est pas un handicap, comme il le dit dans un tweet merveilleux : « Les gens qui ont construit l’arche de Noé étaient des amateurs et ceux qui ont construit le Titanic étaient des professionnels. » Contrairement à Donald Trump, il est très pratiquant. Ce père de famille de trois enfants est adventiste du Septième Jour, une dénomination protestante qui célèbre le Sabbat et encourage ses fidèles à manger végétarien.

Chat sur Facebook
Ben Carson mène une campagne peu conventionnelle. Il interrompt ses meetings électoraux pendant plusieurs jours pour aller faire la promotion de son nouveau livre. Au lieu de s’entraîner avec un ou deux conseillers pour le débat télévisé, il a fait un questions-réponses avec un groupe d’électeurs. Il tchatte sur Facebook et se rend dans des temples et des cliniques plutôt que dans des cafés comme les autres candidats. Et il vient de lancer une pub radio avec un rappeur qui entremêle sa chanson d’extraits de discours. Il espère ainsi toucher une partie de l’électorat noir, en majorité démocrate.

Son ascension dans les sondages laisse analystes et médias dubitatifs. Même Donald Trump, qui a toujours réponse à tout, a avoué récemment « je ne sais pas ce qui se passe » lorsque Carson lui est passé devant dans l’Iowa. Le magnat de l’immobilier multiplie les piques en l’accusant de manquer de vigueur. Et c’est vrai qu’en débat, Carson est totalement soporifique. Outre ses gaffes incessantes, il semble aussi assez ignorant. Il a confondu le budget et le plafond de la dette. Sur Facebook, il affirme que comme lui « chaque signataire de la Déclaration d’indépendance n’avait aucune expérience d’élu », ce qui est faux. Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams ont occupé des fonctions électives. Il rejette l’idée que l’activité industrielle provoque le réchauffement climatique et a déclaré en bon scientifique qu’il « va toujours y avoir soit un refroidissement soit un réchauffement ». Sans parler de ses positions fluctuantes sur les impôts, l’avortement…

Des liens étranges avec une société

Longtemps les médias l’ont un peu ignoré, jugeant l’individu trop bizarre. Mais sa remontée spectaculaire dans les sondages a changé la donne. Ces jours-ci, plusieurs articles ont montré qu’il avait tendance à enjoliver sa biographie. Il n’a cessé par exemple de répéter qu’au lycée, après une rencontre avec le général Westmoreland, il avait reçu une offre de bourse pour West Point, la prestigieuse école militaire, mais qu’il l’avait refusée car il voulait être médecin. En fait, après une enquête du journal Politico, il a reconnu qu’il n’avait pas reçu d’offre et n’a même pas postulé. Le même jour, le Wall Street Journal a mis en doute d’autres anecdotes comme celle où Carson prétend que pendant des émeutes raciales au lycée, il a protégé des étudiants blancs. Quant à CNN, elle n’a trouvé personne parmi ses copains qui se souviennent de son comportement violent et Carson a reconnu qu’il avait changé le nom de l’ami qu’il avait poignardé.

Les médias ont aussi mis au jour ses relations étroites avec Mannatech, une firme de compléments alimentaires. Il a fait des conférences à plusieurs de leurs manifestations, est apparu dans des vidéos promotionnelles, a figuré sur leur site internet et a dit que l’entreprise avait fourni de l’argent à son hôpital… Mais lors d’un des débats télévisés, il a clamé haut et fort qu’il n’avait aucun lien avec eux. Ce week-end, le chirurgien habituellement imperturbable s’est rebiffé et a attaqué violemment les journalistes, qui, selon lui, essaient de le traîner dans la boue parce qu’il constitue une menace « au mouvement progressiste laïque dans ce pays ». Est-ce que ces révélations successives vont nuire à sa popularité ? Pas sûr, car ses partisans sont farouchement loyaux et méprisent les médias. Mais s’il a des chances de remporter l’Iowa, le premier État des primaires dominé par la droite évangélique, en revanche, il aura plus de mal à s’imposer ailleurs, surtout si l’avalanche de révélations se poursuit.

Voir de plus:

Pour le candidat républicain Ben Carson, la Shoah aurait pu être évitée si les juifs avaient eu des armes
Repéré par Claire Levenson

Slate
09.10.2015
Le candidat à l’investiture républicaine multiplie les déclarations sur le droit de posséder des armes après la fusillade dans l’Oregon.

Après la fusillade qui a fait neuf morts le 1er octobre à Roseburg dans l’Oregon, le candidat aux primaires républicaines Ben Carson a fait plusieurs déclarations incendiaires. Quelques jours après la tuerie, il avait écrit sur Facebook:

«Il n’y a aucun doute que cette violence est terrible, mais je n’ai jamais vu un corps criblé de balles qui soit plus dévastateur que le fait de nous retirer le droit à porter des armes.»

Carson, un neurochirurgien à la retraite pour l’heure crédité de 17% des intentions de vote –ce qui le place en deuxième position après Donald Trump– a aussi dit que s’il se retrouvait face à un tireur, il ne se laisserait pas faire:

«Je ne le laisserais pas me tirer dessus. Je dirais: “Eh les gars, il faut tous qu’on l’attaque.” Peut-être qu’il peut me tirer dessus, mais il ne peut pas tous nous avoir.»

Point Godwin
Ces déclarations ont beaucoup choqué, ce qui n’a pas empêché le candidat républicain d’en rajouter hier sur CNN, où il a expliqué que si les juifs avaient eu des armes, la Shoah n’aurait pas eu lieu. Pendant l’interview, le journaliste Wolf Blitzer a cité un extrait du livre que vient de publier Carson («A More Perfect Union»):

«Les citoyens allemands ont été désarmés par leur gouvernement à la fin des années 1930, et au milieu des années 1940, le régime de Hitler avait massacré six millions de juifs et de nombreuses autres personnes considérées comme inférieures… En confisquant les armes et en diffusant de la propagande mensongère, les nazis ont pu mettre à exécution leur intentions meurtrières en rencontrant assez peu de résistance.»
Le journaliste a demandé à Carson de clarifier son propos, et celui-ci a déclaré:

«Je pense que la probabilité qu’Hitler atteigne ses buts aurait été fortement diminuée si les gens avaient été armés. Je vous dis qu’il y a bien une raison pour laquelle les dictateurs confisquent d’abord les armes.»

Dire que le port des armes aurait pu empêcher le totalitarisme nazi est une vieille tradition de l’ultradroite américaine, et par extension, tous ceux qui défendent le contrôle des armes sont associés à des nazis. Après la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook en 2012, le site conservateur Drudge Report avait illustré un article sur les décrets présidentiels d’Obama sur le contrôle des armes à feu avec une image d’Hitler et de Staline.

La même année, le président de la NRA David Keene avait comparé le gouverneneur de New York Andrew Cuomo à Hitler parce qu’il voulait faire passer des réformes sur les armes à feu.

«Les gens qui connaissent l’histoire, pas juste en Allemagne mais ailleurs, regardent l’histoire et disent qu’on ne peut pas laisser ce genre de choses arriver ici», avait-il dit.

Les historiens contestent ces théories. Comme l’expliquait l’Anti-Defamation League, une association de lutte contre l’antisémitisme: «un petit nombre d’armes aux mains des juifs allemands qui étaient restés en Allemagne en 1938 (environ 214.000) n’aurait absolument pas pu arrêter le pouvoir totalitaire de l’Etat nazi».

Ce qui n’empêche pas la droite dure américaine de constamment présenter le port d’armes comme le seul rempart contre la tyrannie et le totalitarisme.

Voir de même:

Ben Carson, de la success-story à la course à l’investiture républicaine
Gilles Paris (Washington, correspondant)
Le Monde
04.05.2015

Avant le 7 février 2013, Ben Carson était une illustration presque consensuelle du rêve américain. Né en 1951 à Detroit (Michigan) au sein d’une famille modeste, cet Afro-Américain avait poursuivi une carrière météorite jusqu’à devenir l’un des neurochirurgiens vedettes du pays, rattaché au très huppé John Hopkins Hospital de Baltimore (Maryland). Cette trajectoire empreinte de religiosité (il est le fils d’un pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour, une chapelle du protestantisme constituée aux Etats-Unis) avait d’ailleurs nourri plusieurs best-sellers et une pluie de décorations et de récompenses, dont la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction pour les civils, accordée en 2008 par le président George W. Bush.

Principal orateur d’un rendez-vous annuel de Washington, le National Prayer Breakfast, M. Carson avait exécuté ce 7 février 2013, en moins d’une demi-heure, la politique du président démocrate Barack Obama, assis à la tribune à moins de deux mètres de lui. Une attaque en règle qui lui avait valu les louanges de la presse conservatrice et alimenté les interrogations sur d’éventuelles ambitions politiques, d’autant qu’il avait annoncé un mois plus tard sa décision de mettre un terme à sa carrière professionnelle. L’annonce de sa candidature à l’investiture républicaine, qui devait être formalisée dans sa ville natale lundi 4 mai, constitue l’épilogue attendu de cette offensive.

Soutien du Tea Party
Franc-tireur, Ben Carson se lance dans la course à la présidentielle de 2016 sans expérience ni soutien en dehors des cercles très conservateurs et souvent proches des Tea Party, que ses livres et ses interventions médiatiques ont fédérés. Sa démarche à cet égard est très proche de celle d’un autre Afro-Américain, Herman Cain, brillant homme d’affaires issu, lui aussi, d’une famille modeste et qui avait professé pendant les premiers mois des primaires républicaines un mélange de libéralisme économique et de conservatisme social avant que son amateurisme et surtout d’embarrassantes accusations de harcèlement sexuel mettent un terme à ses ambitions.

Conservateur, Ben Carson l’est jusqu’à la caricature lorsqu’il s’agit notamment d’homosexualité, qu’il associe à la bestialité, ou de la réforme de santé de M. Obama, qualifiée de pire fléau pour les Etats-Unis depuis l’esclavage. Mais c’est précisément ses positions éloignées du consensus qui lui valent de figurer à la hauteur des candidats déjà déclarés à l’investiture, comme les sénateurs Rand Paul (Kentucky) et Ted Cruz (Texas) dans les sondages mesurant les intentions de vote. Un rang flatteur compte tenu de la modestie de ses lettres de créances politiques, même si le rôle d’iconoclaste ne garantit pas contre les chausse-trappes d’une campagne. Bien au contraire.

Voir enfin:

Ben Carson : l’Obama républicain ?

Guillaume Lagane
Le Figaro
17/09/2015

FIGAROVOX/OPINION – Ben Carson peut-il devenir le candidat du parti républicain aux élections de 2016 ? La question se pose au moment où cet ancien chirurgien rivalise, dans les sondages, avec le favori du moment, le milliardaire Donald Trump. L’analyse de Guillaume Lagane.

Guillaume Lagane est maître de conférence à Sciences-Po Paris.

Ben Carson a des atouts. Né dans la pauvreté à Detroit, il est entré à Yale avant d’embrasser une carrière médicale qui l’a mené à la célébrité: il est le premier à séparer des jumeaux reliés par la tête en 1987, une success story typique du rêve américain. Seul noir dans la compétition pour l’investiture républicaine, il peut, sans risque d’être taxé de racisme, critiquer le président Obama dont la réforme de la santé est, dit-il, «la pire chose depuis l’esclavage».

Très conservateur, marié et père de trois enfants, il plaît à la frange Tea Party de la droite américaine. Ses convictions sont ancrées dans sa foi religieuse, celle des adventistes du septième jour. Violent dans sa jeunesse, Carson a calmé son tempérament par une lecture assidue du Livre des Proverbes. L’austérité de cette église protestante, dont les membres ne travaillent pas le samedi et prônent une alimentation équilibrée (William Kellog, fabriquant de céréales au petit déjeuner, était adventiste), plaisent à la frange évangélique du parti, un peu dubitative devant la vie amoureuse agitée de Donald Trump.

Le parti républicain est contraint de naviguer entre une ligne de fermeté en matière d’immigration (mexicaine pour l’essentiel) et soutien au libéralisme économique malgré les critiques contre le libre-échange, qui favoriserait la Chine.

En même temps, la candidature de Carson est encore fragile. Il a en effet en face de lui un formidable concurrent en la personne de Donald Trump, très connu, très riche et dont les propos populistes, sur l’immigration ou le déclin de l’Amérique, plaisent beaucoup à la base du parti républicain. Carson pourrait séduire les élites du parti, effrayées par la perspective d’une candidature Trump, qui ferait fuir les électeurs centristes. Mais, dans cette portion de l’électorat, il doit faire face à des adversaires coriaces, au premier chef Jeb Bush, plus modéré, mieux formé du fait de son passé de gouverneur, et soutenu par les vastes réseaux du clan familial.

Les primaires sont une compétition sans pitié, où la roche tarpéienne n’est jamais loin du Capitole. En 2012, un autre Noir, Herman Cain, avait connu un moment de gloire. Tout aussi conservateur, il s’appuyait sur sa réussite professionnelle après avoir dirigé une chaîne de pizzerias, la Pizza du Parrain (dont la devise était: «la pizza que vous ne pouvez pas refuser»). Mais ses errements en politique étrangère – il évoquait l’Ouz béki béki stan – et la révélation de ses infidélités conjugales l’avaient ensuite ramené dans les profondeurs du classement.

Reste que, pour le parti républicain, le choix d’un candidat est de plus en plus complexe. D’un côté, la base du parti est de plus en plus radicalisée et semble parfois tentée par l’abstention ou le vote pour un tiers parti (en 1992, la défaite de George Bush tenait beaucoup à la candidature de l’indépendant Ross Perot). Or, il est impossible de gagner sans mobiliser le cœur de cet électorat républicain. De l’autre, la victoire à l’élection présidentielle suppose de plaire à une portion plus modérée et centriste de l’électorat, en particulier les minorités ethniques, de plus en plus nombreuses (en 2042, les blancs seront minoritaires aux Etats-Unis).

Le parti est donc contraint de naviguer entre une ligne de fermeté en matière d’immigration (mexicaine pour l’essentiel) et soutien au libéralisme économique malgré les critiques contre le libre-échange, qui favoriserait la Chine. Une stratégie d’équilibre subtile, qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy, entre radicalisation de l’électorat et propositions réalistes, à la tête… des Républicains français.

Voir enfin:

Ben Carson : le deuxième président noir des Etats-Unis ?Jonathan Mann
Le Figaro

11/11/2015
FIGAROVOX/ANALYSE – Le journaliste de CNN, Jonathan Mann a suivi le dernier débat de la primaire du parti républicain. Il compare l’ascension de Ben Carson à celle de Barack Obama.


Jonathan Mann , journaliste et présentateur de «Political Mann» sur CNN International


L’histoire se répète et parfois très rapidement. Il a fallu plus de 200 ans aux États-Unis pour élire son premier président afro-américain. Des millions d’électeurs pensent désormais élire, sans grande explication, un autre afro-américain pour lui succéder.

Le candidat républicain Ben Carson, un neurochirurgien retraité sans aucune expérience politique, est en tête des récents sondages, un conservateur chrétien qui prêche le bien-fondé d’un gouvernement de taille réduite, de l’autonomie et de la foi.

«J’adore voir les gens venir vers moi pour me dire, ‘mais vous n’avez jamais occupé une fonction publique, vous ne savez pas ce qu’il faut faire’,» murmure Carson. «Mais permettez-moi de vous dire quelque chose. L’Arche a été construite par des amateurs. Le Titanic par des experts.»

À mesure que les navires progressent, Carson a le vent en poupe.

Il est passé du milieu de la myriade des candidats républicains pour se situer à la deuxième place à quelques encablures du milliardaire Donald Trump. Dans plus d’un sondage, la différence entre les deux candidats relève d’une marge d’erreur statistique, ce qui signifie que les résultats sont extrêmement serrés. Mais les chiffres de Trump sont stables alors que ceux de Carson ont augmenté.

La comparaison la plus intéressante est à faire avec Barack Obama. Pour ce qui est de leurs instincts politiques, ils se situent aux antipodes l’un de l’autre – mais il existe un parallèle frappant au sujet de leur passé.

Obama, 54 ans, et Carson, 64 ans, ont été élevés par des mères volontaires après que leurs pères les ont abandonnés.

Dans l’autobiographie de Carson, l’un des huit livres qu’il a écrit, nous apprenons que sa mère faisait partie d’une famille de 25 enfants et qu’elle s’était mariée à l’âge de 13 ans. Elle a eu deux enfants avant de découvrir que son mari était bigame, puis elle éleva seule ses fils.

Carson décrit sa mère comme une femme presque analphabète, mais il a étudié d’arrache-pied pour s’inscrire à la prestigieuse Université de Yale et devint un célèbre neurochirurgien pédiatrique. Parmi ses patients, on peut citer des frères siamois attachés par la tête. Carson fut le premier neurochirurgien à avoir séparé avec succès des frères siamois.

Carson sera parmi les candidats lors du prochain débat républicain. Nous sommes mardi soir aux États-Unis, il est très tôt mercredi matin en Europe, et ce débat vaut la peine d’être regardé uniquement pour Carson. Il parle d’une voix douce et choisit ses mots avec attention, mais il dit des choses étonnantes.

Il a nommé le nouveau régime d’assurance-maladie américain, connu sous le nom Obamacare, «la pire chose qui soit arrivée dans ce pays depuis l’esclavage.»

Carson insiste pour dire qu’il veut que tous les Américains aient accès aux soins de santé, mais sans l’intervention de l’État, qui, selon lui, donne au gouvernement le pouvoir de vie ou de mort sur ses citoyens.

Quelle que soit la politique qu’il a à l’esprit, la comparaison avec l’esclavage était incroyable venant d’un Afro-Américain, en particulier de la part de quelqu’un qui a rarement évoqué la notion de race au cours de sa campagne.

Cela peut s’avérer être l’une des grandes surprises de la candidature de Carson. Contrairement à la campagne électorale d’Obama il y a huit ans, personne ne semble prêter beaucoup d’attention à la couleur de sa peau.

Obama a fait de l’idée, jusque-là impensable et selon laquelle un homme noir occuperait la Maison Blanche, un fait banal et familier.

Ron Brownstein, analyste politique sur CNN, déclare que Carson a également des qualités plus intéressantes, pour les chrétiens évangéliques qui constituent un bloc d’électeurs très influents dans le parti républicain: il parle souvent de religion de manière très ouverte.

«Il tire davantage profit de sa foi que de sa race. Cela dit, une question ouverte demeure à savoir si Carson se verra imposer des limites chez les électeurs républicains blancs, en particulier dans le Sud, s’il demeure une option viable à une étape avancée dans le processus électoral.»

Entre-temps, le médecin est toujours dans la course et le pronostic est prometteur.

Voir par ailleurs:

UNE LECTURE DE BOURDIEU
Alain Accordo

Initiation à la sociologie
L’illusionisme social
CHAPITRE 6

Les stratégies

Le terme de «stratégie» exprime habituellement (conformément à son origine militaire) l’idée d’un plan réfléchi, d’un calcul rationnel mettant explicitement en rapport des objectifs définis et des moyens précis pour atteindre ces objectifs.

Si l’on s’en tenait à cette définition usuelle de la stratégie, il faudrait logiquement en déduire que toutes les stratégies par lesquelles un agent cherche à accroître son capital, en s’appropriant les profits spécifiques que produit l’activité d’un champ, sont des calculs délibérés et totalement conscients. En fait, d’un point de vue psychosociologique, il faut donner une autre acception au terme de stratégie. Non pas que les agents sociaux ne fassent jamais de calculs, de plans explicites et mûrement réfléchis. Mais cela ne constitue qu’une partie, et pas la plus grande, de nos pratiques. Comme nous l’avons déjà dit, grâce à notre habitus, à notre système complexe et transposable de prédispositions durables, nous possédons tout un potentiel de pratiques adaptées d’avance à un grand nombre de situations capables de nous assurer un rendement satisfaisant de nos investissements en capital dans tel ou tel champ. En somme, l’habitus est un opérateur de calcul inconscient qui nous permet de nous orienter correctement dans l’espace social sans avoir besoin d’y réfléchir. Les actions pédagogiques multiples auxquelles nous sommes soumis nous permettent d’acquérir les compétences indispensables pour tenir convenablement notre place dans le jeu social (1). Mais à la différence des rôles de théâtre, les rôles sociaux ne sont pas appris par cœur dans les moindres détails. Ce sont des rôles largement improvisés à partir du canevas constitué par la rencontre entre notre habitus et la situation concrète dans laquelle nous nous trouvons. Il suffit d’avoir bien intériorisé les règles du jeu, la logique du champ, pour jouer correctement et ramasser les gains correspondant à nos mises, c’est-à-dire à nos investissements. On peut dire à cet égard que tout agent possède un certain niveau de maîtrise de la pratique dans laquelle il est engagé. Mais il doit être bien clair que cette maîtrise est d’abord essentiellement une maîtrise pratique de la pratique, c’est-à-dire une aptitude à adopter les stratégies conformes (à la logique du champ, à la position occupée dans le système) sans le secours de la pensée réfléchie et explicite. Il y a ainsi une foule innombrable de choses que nous savons faire parce que nous avons appris à les faire, et au sujet desquelles nous n’avons jamais eu à nous interroger. Pourquoi faire ceci plutôt que cela, pourquoi le faire ainsi et pas autrement, comment pourrait-on faire autrement, pourquoi faire cela plutôt que rien du tout, etc. ? Ces questions ne nous ont jamais effleurés. Et on le comprend bien. S’il fallait en effet réfléchir au moindre de nos actes, à la moindre parole, à la moindre réaction, nous serions bien embarrassés et bien limités dans nos comportements. Tant que nos pratiques spontanées sont adaptées noui n’avons pas de raison majeure d’y réfléchir. En revanche lorsqu’une situation nouvelle exige une réponse qui n’est pas déjà inscrite dam notre habitus, nous sommes bien obligés de réfléchir au problème qui se pose. C’est alors que nous quittons le plan du vécu, celui de la maîtrise pratique de la pratique, pour nous situer au plan du conçu, celui de la maîtrise symbolique de la pratique. Maîtriser symboliquement la pratique c’est devenir capable d’engendrer des pratiques non spontanées qui obéissent à des règles explicites, à des raisonnements formels. Ce sont les insuffisances, les lacunes, les échecs de la maîtrise pratique de la pratique qui suscitent le passage à la maîtrise symbolique et rationalisée. Autrement dit c’est là où les stratégies inconscientes et automatiques d’ l’habitus sont mises en échec qu’il faut leur substituer des stratégies; conscientes et délibérées. Ainsi toutes nos pratiques peuvent se distribuer à des degrés divers entre deux pôles opposés : à une extrémité les pratiques qui nous donnent le sentiment d’agir de façon totalement libre parce qu’elles sont en fait commandées par une logique qui nous échappe, celle de l’habitus, à l’autre extrémité les pratiques consciemment et expressément réglées, codifiées par des règles grammaticales, techniques, morales, juridiques, etc. D’un côté des pratiques qui vont de soi, tellement évidentes qu’on n’a pas besoin de les expliquer ou de les justifier. De l’autre des pratiques que seule la raison et la règle peuvent imposer. Par exemple pour un enfant élevé dans une cité ouvrière la pratique langagière spontanée consiste à parler le français comme on le parle dans son milieu, dans sa bande, dans sa famille. Cela ne lui pose aucun problème tant qu’il s’agit de communiquer avec ses parents ou ses copains. Mais à l’école ses stratégies de communication automatiques sont mises en échec par la nécessité de parler et écrire une langue académique qui est pour lui presque l’équivalent d’une langue étrangère. Et comme son habitus linguistique est incapable de lui faire maîtriser spontanément cette langue scolaire, l’enfant est obligé de fournir des efforts considérables et parfois insurmontables pour maîtriser une nouvelle stratégie conforme aux impératifs de la logique scolaire.

Cet exemple nous permet d’ailleurs de souligner au passage à quel point la rencontre avec des situations nouvelles, des milieux nouveaux, des mœurs nouvelles, des univers sociaux différents est propice à la prise de conscience par les agents du caractère arbitraire du système de croyances et de mœurs dont ils avaient jusque-là la maîtrise pratique. Tant que je n’ai pas rencontré de pratiques différentes des miennes je peux m’imaginer que mes pratiques sont nécessaires, c’est-à-dire qu’elles sont «naturelles» et ne peuvent pas être autres que ce qu’elles sont. Je peux continuer à croire que ma façon de parler ou de manger, de me réjouir ou de m’attrister, de travailler ou de me divertir, d’aimer ou d’envisager le temps et l’espace, que tout cela est évident, normal, inévitable. Jusqu’au jour où, me trouvant dans des conditions objectives nouvelles, mon habitus continue à fournir des réponses spontanées manifestement désaccordées par rapport aux conditions nouvelles. Il est temps alors de réfléchir et de remplacer, si possible, la stratégie automatique par la stratégie rationnelle, qui finira peut-être par tomber elle-même, à la longue, au rang de stratégie automatique, puisque, comme nous l’avons vu un peu plus haut, l’habitus ne cesse de subir et d’intégrer les effets pédagogiques de l’expérience.

Ce n’est donc pas par hasard que les agents obtiennent les résultats qu’ils obtiennent. Qu’il s’agisse de métier, de salaire, d’établissement scolaire, de diplôme, de résidence, de vacances, de mariage, d’activités culturelles ou sportives, etc., tout se passe comme si la maîtrise pratique des agents leur permettait de connaître intuitivement les probabilités objectives d’appropriation de telle ou telle variété de capital. La maîtrise pratique du champ se traduit chez l’agent par des attentes, des espérances subjectives en concordance avec la position occupée (et avec la trajectoire suivie jusque-là). Les aspirations sont spontanément ajustées au capital possédé, de telle sorte que les agents n’obtiennent rien qu’ils n’aient raisonnablement voulu et ne veulent raisonnablement que ce qu’ils peuvent obtenir. Il peut paraître surprenant de voir à quel point les agents savent se limiter et s’accommoder de ce que les conditions objectives les autorisent à revendiquer et de ce qu’elles leur refusent. Le vieil adage légué par les anciens («cordonnier, ne regarde pas plus haut que la chaussure») semble être la règle de l’immense majorité des agents. Sans avoir le sentiment de se contraindre, de s’imposer un renoncement, chacun est conduit à adopter la stratégie compatible avec sa position dans le champ. Cela ne signifie pas que les agents s’abstiennent de nourrir des aspirations ou de formuler des revendications ; cela signifie seulement que ces aspirations et ces revendications sont dans l’ensemble «convenables», «raisonnables», non exorbitantes par rapport à la position occupée, et que sans effort particulier les agents évitent d’avoir «les yeux plus gros que le ventre», ou de vouloir «péter plus haut que leur derrière», ou de «vouloir décrocher la lune», conformément au «bon sens», c’est-à-dire au sens pratique qui leur a été inculqué.

Si les agents s’accommodent aussi facilement des limitations de leur condition, c’est évidemment parce que ces limitations sont inscrites dans leur habitus et que celui-ci ne leur dicte en conséquence que des choix socialement acceptables. Les agents vivent ces choix comme l’expression même de leur volonté personnelle, et ils n’ont absolument pas conscience que tout choix est en même temps une censure, un refoulement, la négation de toutes les autres possibilités. Le choix est vécu positivement comme une réalisation effective, un accomplissement, et non pas négativement comme une impossibilité de faire autrement, comme une mutilation. Bref, chacun a appris à faire de nécessité vertu. Semblables au renard de la fable qui ne pouvant atteindre les raisins d’une treille trop haute décrète que ces raisins après tout «sont verts et bons pour des goujats», transformant ainsi son échec en marque de dédain et de supériorité, nous excellons habituellement à tourner à notre avantage et à percevoir comme des vertus les nécessités qui nous sont imposées par la position objective que nous occupons. On peut, de ce point de vue, dire que les goûts sont le produit de l’intériorisation de la nécessité. Plus exactement ils sont le produit incorporé et naturalisé de conditions sociales d’existence qui se définissent par leur distance à la nécessité (et tout d’abord à la forme la plus contraignante de la nécessité : la nécessité économique). La distance à la nécessité et donc le degré de liberté dans le choix sont évidemment plus grands pour les agents pourvus d’un capital important que pour ceux qui en sont dépourvus. On aime forcément la viande de porc et les haricots secs quand on ne peut pas s’offrir du bifteck et des haricots verts frais. Pascal faisait à juste raison remarquer que personne n’est malheureux de n’être pas roi, sauf un roi dépossédé de son pouvoir parce que justement la condition normale d’un roi est de continuer à régner. De même personne n’est malheureux de n’avoir qu’une seule bouche alors que tout le monde se lamenterait de n’avoir qu’un œil. Faire de nécessité vertu c’est avoir appris à refuser nous-mêmes ce que la société nous refuse, à assumer sans réticence le destin social le plus probable qui nous est réservé et à nous réconcilier avec l’inévitable, comme un spectateur de music-hall qui croit sincèrement avoir lui-même choisi dans le paquet que lui présente le prestidigitateur la «carte forcée» que celui-ci l’a en réalité obligé à prendre. Qu’il s’agisse d’épouser un ouvrier spécialisé ou un P.D.G., de préparer un D.U.T. d’électronique ou une agrégation de médecine, d’habiter une cité-dortoir ou un quartier résidentiel, de boire du gros rouge ou des grands crus à tous les repas, chacun a le sentiment qu’il fait ce qu’il doit, qu’il a ce qui lui est dû. En d’autres termes l’ordre établi n’est pas seulement un ordre établi à l’extérieur de nous-mêmes. C’est aussi et surtout un ordre établi en nous-mêmes, et qui se reproduira d’autant mieux à l’extérieur qu’il est plus profondément enraciné à l’intérieur.

Et pourtant, malgré ces pesanteurs du système, malgré cette inertie de l’habitus, la réalité bouge, et finit par changer. Il importe à cet égard de préciser qu’il n’y a pas à opposer mécaniquement la stabilité et le mouvement des structures sociales parce qu’en fait, c’est la même logique qui entraîne la reproduction des structures et leur transformation. L’accumulation des différentes espèces de capital modifie le rapport des forces sociales, en modifiant les conditions objectives d’existence. Par exemple au XIXe siècle, l’accumulation capitaliste a entraîné la prolétarisation des masses paysannes, la massification industrielle urbaine, l’accroissement du niveau moyen d’instruction des travailleurs, etc. D’où inévitablement l’apparition d’un nouvel habitus de classe : l’habitus ouvrier avec ses aspirations, ses revendications spécifiques ; habitus qui lui-même a continué à évoluer avec les transformations du système industriel capitaliste. Ces transformations ont aussi entraîné le développement de couches et de catégories nouvelles de travailleurs (par exemple les «cols blancs», les employés, etc.), elles-mêmes porteuses de revendications, de besoins. Si les revendications et les besoins qui apparaissent à mesure que le capital s’accumule étaient normalement satisfaits, chacun y trouverait son compte et la stabilité serait assurée. Mais la logique de l’appropriation du capital par les dominants qui tend vers la monopolisation fait que des aspirations légitimes ne sont pas satisfaites. On ne peut pas à la fois tendre à monopoliser le capital et le répartir équitablement en fonction des besoins réels. D’où des frustrations, du malaise, du mécontentement, des luttes pour modifier les choses. Et ainsi, d’une génération à l’autre, l’habitus se transforme en intégrant des dimensions nouvelles et des aspirations contradictoires à la fois au changement et au maintien de l’ordre existant. Par exemple, les couches moyennes sont partagées entre le désir de faire tomber les barrières qui les séparent de la bourgeoisie dominante et la crainte de voir tomber les barrières qui les séparent des classes populaires. Dans les classes populaires elles-mêmes on est loin de voir régner uniformément, tant s’en faut, des aspirations révolutionnaires. Les militants révolutionnaires savent combien il est difficile de mobiliser les travailleurs les plus exploités, les plus démunis. En effet, le comble de la dépossession c’est d’être aussi dépossédé de la capacité de réfléchir à la dépossession dont on est victime et de ne pas pouvoir prendre conscience qu’il est possible de se battre pour mettre fin à cette dépossession.

Ainsi donc la reproduction des structures sociales n’exclut pas mais au contraire implique une certaine dose de changement inévitable. Il n’y a pas reproduction stricte, étroite, des structures (au sens où on l’entend quand on parle de la copie fidèle d’un original), mais reproduction élargie, qui à terme engendre des rapports nouveaux. (Que l’on songe par exemple à la façon dont les rapports économiques capitalistes se sont lentement constitués au sein même de la société féodale qui s’est pourtant «reproduite» pendant des siècles tout en se transformant progressivement).

Il n’est donc pas contradictoire avec l’affirmation que les choses peuvent changer, de dire qu’elles ne changent pas vite et que la cause de cette lenteur c’est, entre autres causes, l’inertie des habitus qui conduit les agents à se comporter pour une large part en reproducteurs sociaux (et cela est vrai même pour les agents qui au plan politique adoptent des positions révolutionnaires).

Pour être tout à fait rigoureux, il faudrait préciser que la disposition à faire de nécessité vertu, à se censurer et à renoncer à ce à quoi on n’a pas droit, est elle-même une disposition qui s’acquiert et se renforce avec les enseignements de l’expérience.

Les nouveaux entrants dans un champ, c’est-à-dire le plus souvent les agents les plus jeunes, n’ont pas encore entièrement intériorisé la logique de fonctionnement du champ. N’étant pas, par définition, pourvus d’un important capital spécifique, ils peuvent se permettre toutes les ambitions. Celles-ci ne coûtent rien, et tous les espoirs sont permis quand on n’a rien à perdre et tout à gagner. C’est pourquoi les nouveaux entrants se comportent généralement en prétendants à la domination dans le champ. (Nous verrons un peu plus loin que tous les prétendants n’adoptent pas les mêmes stratégies d’accès aux positions de pouvoir.) En fait toutes les prétentions (aspirations préexistant aux moyens de se satisfaire) ne seront pas satisfaites. Bien des prétendants comprendront, plus ou moins rapidement, qu’ils ont visé trop haut, qu’ils n’avaient pas «les pieds sur terre», et qu’il faut savoir «mesurer ses forces». La répétition de ces désillusions, l’accumulation de ces échecs, grands et petits, dans un champ, dans un autre, puis dans un autre encore, exercent une action pédagogique considérable sur les agents qui intériorisent ainsi, un peu mieux à chaque déception, sous forme d’un habitus toujours mieux structuré, ce fameux «sens des réalités», ce sens du placement (au double sens de place dans le jeu et d’investissement rentable) qui fait que chacun se réconcilie avec sa condition et finit par «faire son deuil» de tout ce que sa condition lui interdit d’espérer. Mais à la différence du deuil qu’on prend à la mort d’un être cher, le deuil de nos espérances n’engendre pas le chagrin parce que le désenchantement vient progressivement et que d’ailleurs on ne peut pas pleurer la mort d’espérances qui n’ont pas eu le temps de vivre puisque, à mesure que nous avançons en âge et en expérience, notre habitus censure toujours plus étroitement nos aspirations et nos goûts. On peut dire que le vieillissement social se mesure à cette aptitude à assumer sa condition objective, à se satisfaire de n’être que ce qu’on est, à en être content et même à s’en faire une gloire. Il est vrai que tout au long de ce processus de vieillissement social, les agents sont soutenus et réconfortés par toutes les variantes (morales, philosophiques, religieuses, politiques) du discours idéologique dominant sur le thème majeur de «après tout, chacun a ce qu’il mérite».

Fondamentalement, les stratégies mises en œuvre par les agents dans les luttes qui les unissent ou les opposent sont commandées par la position qu’ils occupent dans le champ, c’est-à-dire dans la structure de répartition du capital spécifique de ce champ. La position occupée commande les stratégies de l’agent par l’intermédiaire de son habitus qui lui fournit à tout moment une évaluation pratique des chances de profit objectivement inscrites dans la position. En toutes circonstances l’habitus répond aux sollicitations de la situation en engendrant les besoins, les vœux, les aspirations, et donc les pratiques qui correspondent à la position occupée (2).

On peut ainsi distinguer schématiquement trois grands modèles de stratégies correspondant d’une part aux positions ordonnées autour du pôle dominant, d’autre part à celles qui s’ordonnent autour du pôle dominé, enfin à celles qui se situent dans les zones intermédiaires de l’espace social.
a) Les stratégies dominantes :

d’une façon générale les agents en position dominante dans un champ tendent à adopter des stratégies défensives, favorables au statu quo et de nature à reproduire les rapports de force établis. Les dominants ont une propension au conservatisme d’autant plus forte que leur position est plus puissante et mieux assurée. On ne scie pas une branche sur laquelle on est assis ; on ne peut éprouver sérieusement le besoin de modifier en profondeur la logique d’un champ qui fonctionne à votre profit, à moins, bien sûr, que le changement, devenu nécessaire et irrépressible, ne s’intègre lui-même à une stratégie de reproduction et de conservation plus réaliste qui fait des concessions pour mieux conserver (on «lâche du lest», on «fait la part du feu», on «recule pour mieux sauter»).

Les dominants, du fait même de leur position, sont en accord profond avec le monde social tel qu’il est. Celui-ci est ce qu’il doit être puisqu’ils y exercent la domination qu’ils sont convaincus de mériter. Rares en effet sont les dominants qui, le préjugé naturaliste aidant, n’ont pas la conviction d’être pétris dans une pâte un peu spéciale, d’être porteurs de propriétés hors du commun, de dons, de charismes qui les mettent au-dessus du grand nombre, de façon distincte, distinctive et distinguée. Ils transforment ainsi leur essence sociale, c’est-à-dire l’identité que leur confèrent les verdicts plus ou moins arbitraires et hasardeux des institutions, en essence naturelle et personnelle, irréductible et ineffable. En étant comme ils sont, ils sont «comme il faut». Ils sont le devoir-être incarné. Ils constituent ce qu’il est convenu d’appeler des élites, des aristocraties, d’autant plus assurés de leur excellence que pour exceller continûment il leur suffit de rester eux-mêmes, sans ostentation et sans emphase.

L’observation des différents champs (et en particulier du champ des classes sociales) montre que les stratégies des agents dominants (et singulièrement de la fraction dominante de la classe dominante, la grande bourgeoisie) se caractérisent par la mesure, la sobriété, la discrétion. Quand on est réellement en position de force, surtout quand on l’est de longue date, on n’a pas besoin de faire étalage de sa puissance. Les dominants notoires sont suffisamment reconnus et autorisés, ils disposent d’un capital symbolique suffisant pour ne pas avoir à faire et refaire sans arrêt la preuve qu’ils sont bien ce qu’ils sont réputés être et que l’institution dit qu’ils sont. De sorte que la façon la plus distinctive de manifester la supériorité éclatante des moyens dont on dispose, c’est précisément de ne pas chercher à attirer l’attention, de ne pas se donner en spectacle. D’où le caractère habituellement réservé, pondéré et détendu des comportements des dominants que leur habitus détourne spontanément des pratiques les plus voyantes et de la recherche de l’effet par lesquelles les prétendants trahissent leurs prétentions et les parvenus leurs origines modestes. L’insistance pesante, la pose qui veut en imposer, l’enflure, la surenchère tapageuse, la provocation, l’agitation bruyante, l’éclat retentissant, sont des traits révélateurs de l’angoisse et de la tension engendrées par une légitimité insuffisante ou douteuse, chez ceux que leur position dominée -ou leur accession trop récente à une position dominante- condamne à «se faire remarquer», à «en rajouter» pour «être distingués» sans jamais être sûrs d’y parvenir tout à fait. L’agent dominant, au contraire, se sent sûr de lui, pleinement justifié d’être ce qu’il est. Cette certitude de soi-même est la racine commune de toutes ces propriétés emblématiques (discrétion, retenue, flegme, litote, aisance, élégance, etc.) caractérisant un art de vivre qui se reconnaîtrait sans doute dans ce que Valéry disait de l’art classique : «la perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir».

Cette tranquille assurance est aussi à l’origine du discours d’orthodoxie, discours de rappel à l’ordre que le m’as-tu-vuïsme insolent et dérangeant des nouveaux entrants finit par arracher aux dominants. Le discours d’orthodoxie consiste, en substance, à réactiver le nécessaire respect des règles du jeu, dont il importe de rafraîchir le souvenir chez ceux qui auraient tendance à les perdre de vue, en particulier chez les nouveaux venus qui manifestent des velléités de remise en cause de l’ordre établi dans le champ. Ce qui n’empêche nullement les dominants d’un champ de prendre eux-mêmes des libertés avec la règle du jeu. Là encore il s’agit d’une propriété de position intériorisée sous forme d’une disposition de l’habitus à agir en prenant avec le strict respect du code, de l’étiquette, des convenances, les distances que seul le virtuose accompli peut se permettre de prendre. Le dominant étant par essence un maître, un expert, un champion, reconnu comme tel, sa virtuosité même le met à l’abri de la tension, de la crispation pouvant aller jusqu’à l’inhibition totale qu’engendrent le souci d’être approuvé, la crainte du ridicule et l’angoisse du conformisme. Du coup la marque de la virtuosité du dominant devient sa capacité de jouer le jeu en jouant avec la règle du jeu, comme on peut le voir à l’évidence dans les comportements de condescendance, entre autres. Un grand bourgeois maîtrisant parfaitement le code des «bonnes manières» peut, à l’occasion, se permettre des familiarités de parole ou de geste avec son personnel domestique. Le domestique ne peut, lui, se permettre de se laisser-aller. Le même comportement qui serait une faute dans sa position devient chez son patron un témoignage de l’aisance propre à quelqu’un qui maîtrise tellement bien les règles, qui les a si bien incorporées et dont la supériorité est tellement reconnue, qu’il n’a plus besoin de se «surveiller», de se contraindre et de se censurer, comme un académicien célèbre qui s’autorise à utiliser des locutions populaires ou des expressions triviales dans la conversation avec le détachement tranquille de celui qui sait que personne n’ira le soupçonner de manquer de compétences linguistiques légitimes. Au contraire, les transgressions de la règle par les dominants ont toute chance de leur valoir un profit symbolique supplémentaire. On dira d’eux que «non seulement ils sont forts, mais en plus ils sont tellement simples», et ils réaliseront ainsi, sans même le rechercher expressément, le paradoxe de se mettre au niveau de leurs interlocuteurs devenus pour un instant leurs pairs, sans amoindrir si peu que ce soit la supériorité statutaire de leur position, une telle stratégie permettant de jouer gagnant à la fois sur le tableau de la distinction et sur celui de la légitimité. Les dominants peuvent se permettre des accommodements avec les grands principes dictés par un sens du compromis qui est un trait de leur habitus. Familiarisés avec tous les aspects du commandement, de la gestion, ils savent d’expérience que le bon gouvernement d’un champ implique de savoir négocier et faire le cas échéant les concessions ou les entorses qui s’imposent, avec souplesse et réalisme, pour mieux préserver l’essentiel, à savoir leur domination. Tous les dominants s’accorderaient avec le grand-bourgeois Buddenbrook pour reconnaître la nécessité d’admettre des «tolérances»(3), qui, au regard d’une stricte orthodoxie, ne seraient pas «tout à fait irréprochables». Du coup ils offrent à des prétendants dominés, condamnés par position à être impeccables, la possibilité de développer, sur le thème du nécessaire «retour aux sources», des stratégies de dénonciation et de moralisation qui consistent à retourner le discours d’orthodoxie contre les dominants en les accusant de «trahir» la pureté de l’idéal originel et de tomber dans la compromission. Les prétendants s’efforcent ainsi à la fois de discréditer les dominants et de s’ériger eux-mêmes en défenseurs intransigeants de l’intégrité d’un jeu dans lequel, à la morale de l’intérêt qui est celle des dominants, ils peuvent opposer leur propre intérêt à et pour la morale.

De ce que le jeu avec la règle du jeu est un trait typique des pratiques de dominants il faut toutefois se garder de conclure que les dominants ne sont pas sincèrement convaincus du bien-fondé de la règle, du sérieux du jeu et de ses enjeux. Les marques de désinvolture, les concessions et les transgressions, ne sont pas forcément des signes de tiédeur dans l’adhésion mais plutôt une façon qui se veut plus «intelligente» et détendue d’appliquer les règles, dans leur esprit plutôt que dans leur lettre. Cette distance au rôle n’interdit nullement aux dominants de se percevoir comme exemplaires et de «donner l’exemple» qui conditionne et entretient la reconnaissance. Faisant là encore de nécessité vertu, leur habitus les incline à s’imposer eux-mêmes ce que leur assigne leur essence sociale. La devise de l’aristocratie d’Ancien Régime, «noblesse oblige», est celle de toutes les noblesses, de toutes les élites, obligées par leur position même de se montrer «à la hauteur» en toutes circonstances, et de se faire un devoir de ce qu’à la limite personne d’autre ne les croirait tenues de faire.

Bien évidemment tous les agents des classes supérieures ne disposent pas des mêmes moyens de domination et nous avons déjà vu que, selon la structure de répartition des différents capitaux, c’est-à-dire plus précisément selon le rapport entre capital économique et capital culturel, on peut distinguer pour le moins une fraction dominante, plus riche en capital économique qu’en capital culturel et une fraction dominée, plus riche en capital culturel qu’en capital économique, constituée essentiellement par les diverses catégories intellectuelles et artistiques. Il s’agit là d’une des oppositions les plus importantes du monde social. En effet ces deux grandes fractions de la classe dominante détiennent, l’une l’essentiel du pouvoir temporel, l’autre l’essentiel du pouvoir symbolique, et cette division du travail de domination a pour effet de les faire fonctionner dans un rapport de frères-ennemis, à la fois solidaires et concurrents, complémentaires et antagonistes, cette opposition s’incarnant sous sa forme peut-être la plus exemplaire dans les personnages du patron d’entreprise et du professeur (ou encore de l’artiste d’avant-garde).

Selon les circonstances, les dominés de la classe dominante adoptent des stratégies qui, schématiquement, sont tantôt commandées davantage par leur intérêt générique, à savoir par leur appartenance aux dominants, tantôt commandées davantage par leurs intérêts spécifiques, à savoir les intérêts liés à leur position de dominés. En tant que dominants, ils font cause commune avec les autres et assurent efficacement leur part du travail de domination, non pas d’ailleurs au nom de l’intérêt de la seule classe dominante, mais généralement au nom de valeurs qu’ils perçoivent et promeuvent comme universelles. Dans la mesure où ils sont dominés et souvent mal traités par les autres dominants, ils peuvent être conduits à sympathiser diversement avec certaines fractions des classes dominées, à l’intention desquelles ils déploient des stratégies de séduction et d’alliance qui leur permettent de s’appuyer sur une base sociale solide dans leur lutte contre les autres dominants, en particulier sur le plan des luttes politiques où les intellectuels les plus dominés ont toutes chances de se transformer en représentants, porte-parole et délégués des classes populaires ou de la petite-bourgeoisie dont la confiance et le soutien leur permettent d’obtenir pleinement la reconnaissance qui leur est mesurée, voire refusée, par les autres dominants.

Mais si ces stratégies d’alliance ont souvent pour origine l’antagonisme entre fractions dominantes et fractions dominées des classes dominantes, elles peuvent avoir aussi pour origine la concurrence que se livrent inévitablement entre elles les différentes catégories d’agents du monde intellectuel et artistique. En effet, dans tous les champs et sous-champs de la vie culturelle, intellectuelle, artistique, politique, ces catégories sont engagées dans une concurrence acharnée pour le monopole du pouvoir symbolique qui en est l’enjeu spécifique par excellence. Comme on peut s’en douter, on trouve à l’intérieur de ces fractions dominées, une inégale répartition du capital spécifique, avec des agents en position dominante et des agents en position dominée.

Les dominants sont ceux qui ont réussi à imposer (contre leurs prédécesseurs) une nouvelle définition légitime dans tel ou tel domaine des pratiques intellectuelles et artistiques (nouvelle théorie, nouveau dogme, nouvelle méthode, nouveau style, etc.). Bref, ce sont les partisans et les défenseurs d’une orthodoxie (religieuse, politique, esthétique, juridique, morale, etc.) par rapport à laquelle toute innovation risque d’apparaître comme une hérésie dangereuse. Tout nouvel entrant dans un champ intellectuel ou artistique a donc le «choix» entre deux types de stratégie opposés : ou bien il adopte une stratégie de succession qui consiste à se soumettre à l’orthodoxie, à intérioriser les modèles dominants, et à faire patiemment l’apprentissage de la domination sous le patronage des dominants. Dominants et candidats respectueux à la succession trouvent également leur compte dans cet échange de reconnaissance, les uns en s’assurant l’obéissance et la fidélité des aspirants à la domination, les autres en s’assurant la caution et la protection des titulaires et la garantie que, le moment venu, la passation des pouvoirs s’effectuera à leur profit (toutes les «élites» fonctionnent de cette façon-là, en recrutant leurs membres, par sélection et cooptation, parmi des héritiers dûment façonnés et prédisposés). Ou bien alors le nouvel entrant, à défaut d’être un héritier, se comporte en hérétique et s’engage dans une stratégie de subversion. Un agent subversif est un agent qui, en règle générale, «n’a rien à perdre» à tenter d’imposer d’un seul coup son autorité, sans attendre la reconnaissance octroyée par les dominants. Il s’agit en l’occurrence de réaliser sans délai une accumulation de capital initial qui demande habituellement plus de temps (les formations aristocratiques sont toujours plus longues que les autres). Ces «jeunes loups» pressés, qui «pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître», se livrent en fait à de véritables coups de force symboliques qui, lorsqu’ils réussissent, les propulsent dans les sphères dominantes au détriment de certains dominants et de leurs successeurs désignés. Les stratégies de subversion ne vont évidemment pas sans perturber plus ou moins profondément l’ordre établi dans le champ, dans la mesure où elles impliquent une rupture plus ou moins radicale avec les définitions légitimes, les règles canoniques, les modèles académiques, les taxinomies officielles et autres expressions de l’orthodoxie régnante. Aussi sont-elles généralement combattues avec vigueur par les dominants et dénoncées par eux comme d’intolérables menaces pour le champ tout entier. En réalité, comme nous l’avons vu précédemment, la logique de fonctionnement d’un champ est indissociablement consensuelle et conflictuelle. Il y a inévitablement dans la population du champ une proportion variable d’agents, dominés de préférence, animés d’une volonté de subversion dont l’expérience montre qu’elle va rarement jusqu’à la consommation intégrale de la rupture. L’objectif essentiel des stratégies de subversion c’est la hiérarchie existante et non pas les principes mêmes qui sont au fondement de la hiérarchie. Dans les champs fonctionnant au capital symbolique plus encore que dans les autres, il convient de se méfier des apparences. Il est plus facile qu’ailleurs d’y faire figure de révolutionnaire, mais les stratégies de subversion y sont plutôt des révolutions de palais, ou mieux, des sacrilèges rituels, c’est-à-dire des pratiques qui donnent l’apparence d’attenter aux valeurs dominantes mais qui, loin de désacraliser le jeu et ses enjeux, contribuent en définitive à renforcer leur caractère sacré et à alimenter la foi dans les valeurs fondamentales du champ. On pourrait, parmi bien d’autres illustrations, évoquer l’histoire du champ artistique où les rapports entre générations d’artistes vont traditionnellement sur le mode de l’anathème, de l’excommunication et de l’exclusion réciproque, sans que le fonctionnement du champ en soit affecté, bien au contraire, car les concurrents les plus féroces participent, par leur concurrence même, à la concélébration fétichiste des valeurs transcendantes de l’Art éternel et universel.

Le propre des pratiques culturelles et artistiques étant d’être des pratiques symboliques c’est-à-dire de consister essentiellement en une production — et une consommation — de sens (au moyen de mots, signes, images, formes, et autres signifiants dont on peut manipuler la signification à l’infini), on conçoit qu’elles se prêtent mieux que toutes autres aux surenchères distinctives de la part des agents en compétition, engagés dans une escalade dont le principe consiste à affirmer sa différence en niant ou en annulant symboliquement la différence précédemment imposée par d’autres concurrents. Mais la même logique qui pousse certains agents à adopter une stratégie de contre-pied, les expose inévitablement à être eux-mêmes, à terme, pris à contre-pied. D’où la prolifération des chapelles, écoles, sectes, obédiences, courants, tendances, cénacles, artistiques,religieux, philosophiques, politiques, etc., qui, à partir d’une même source d’inspiration originelle, en arrivent à s’opposer sur des différences de plus en plus ténues et d’autant plus âprement défendues qu’elles risquent d’être plus insignifiantes, vues objectivement. (Que l’on songe par exemple à l’extraordinaire morcellement des écoles psychanalytiques nées des divergences d’interprétation des mêmes théories freudiennes, au foisonnement des églises chrétiennes réformées, à l’extrême diversité des courants marxistes, aux multiples manières de concevoir et de pratiquer le libéralisme, le socialisme, l’idéalisme philosophique, le réalisme esthétique, etc., pour s’en tenir à quelques exemples spectaculaires.)

Ce sont ces stratégies de contre-pied qui, de négation en négation de la négation, sont à l’origine de convergences, de rencontres, de collusions symboliques qui, de prime abord, peuvent paraître assez étranges, comme celles de certains artistes ou intellectuels d’avant-garde qui, à force de vouloir s’éloigner de ce qu’ils perçoivent et définissent comme une mentalité «bourgeoise», un goût «pompier», un style «académique», etc., sont conduits à adopter une démarche populiste, c’est-à-dire à aller chercher leur inspiration et leurs modèles du côté des classes populaires auxquelles ils empruntent des pratiques qui jusque-là étaient plutôt perçues comme vulgaires ou grossières, et donc plutôt stigmatisantes au regard des normes légitimes. Mais ils les transfigurent, les ennoblissent en les combinant avec des formes plus raffinées, plus élaborées, plus savantes, à la façon par exemple dont les musiciens de cour du XVIIe siècle (comme Lulli) ont emprunté à la culture paysanne cette danse sautillante et sans prétention qu’était le menuet pour en faire une structure musicale nouvelle, sans rapport avec la danse paysanne, en l’intégrant dans la forme savante de la suite (XVIIe) puis de la sonate (XVIIIe), ou encore à la façon dont les écrivains (comme Honoré d’Urfé et Mlle de Scudéry) ont introduit dans la littérature romanesque de la même époque, des bergers et des bergères qui échangent des propos amoureux et dialoguent avec distinction dans la langue des beaux esprits des salons parisiens. De nos jours, le populisme des intellectuels et des artistes est tout aussi réel, et il se manifeste dans toutes sortes de stratégies de récupération, de restauration et de réhabilitation des propriétés appartenant (ou ayant appartenu) au «petit peuple» des villes et des campagnes : habitations, mobilier rustique, vêtements, musiques et danses «folkloriques», recettes culinaires, cérémonies et rituels, façons de parler dialectales, etc. Il s’agit là d’un bricolage symbolique, c’est-à-dire de la production pour les besoins de la concurrence interne dans des champs où les classes populaires n’accèdent guère, d’un objet nouveau à partir de l’assemblage de bouts et de morceaux détachés d’une culture populaire et qui n’ont plus aucun rapport avec leur ensemble d’origine, (cf. par exemple l’«invention» de l’Occitan et de l’Occitanie par les théoriciens régionalistes militants, à partir de dialectes et de territoires qui ont certes existé historiquement mais qui n’ont jamais eu cette unité culturelle ni politique).

On ne saurait terminer l’examen des stratégies dominantes sans dire un mot des stratégies d’alliance matrimoniale, qui jouent un rôle particulièrement important parmi les stratégies de reproduction : elles servent en effet à assurer la reproduction biologique du groupe sans mettre en péril sa reproduction sociale (sa position) par des mésalliances. Elles visent donc à unir les membres d’un groupe dominant aux membres d’un groupe au moins équivalent sous tous les rapports pertinents.

Naguère encore les mariages étaient arrangés par les familles. Aujourd’hui certes on tient compte davantage des inclinations et des sentiments personnels, mais le risque de mésalliance reste minime, d’abord pour la raison fondamentale que les jeunes gens et les jeunes filles de la bonne bourgeoisie ont un habitus dûment façonné et fortement structuré par leur socialisation spécifique, ensuite parce que toutes les précautions sont prises pour rendre hautement improbables des rencontres imprévues en dehors du milieu de la bonne société (cf. par exemple l’institution des rallyes). Si on y ajoute que les familles bourgeoises sont en général nombreuses, ramifiées, avec une parentèle étendue, on ne s’étonne pas que les stratégies matrimoniales présentent une très forte homogamie, avec une proportion élevée de redoublements d’alliance et de mariages consanguins. Ainsi se sont constituées et se maintiennent des lignées, des dynasties qui font de la bourgeoisie de vieille souche, la noblesse de l’époque contemporaine.

b) Les stratégies dominées :

s’agissant des agents les plus dominés du champ des classes sociales, c’est-à-dire des classes populaires, le faible volume des capitaux qu’ils détiennent, en tous domaines, et leurs conditions objectives d’existence caractérisées par le poids plus ou moins contraignant de la nécessité (et d’abord de la nécessité économique), entraînent que leurs pratiques ont pour principe le choix du nécessaire. En d’autres termes, leur habitus les incline à opérer de façon systématique des choix, à exprimer des goûts, des opinions, qui sont en conformité avec la modestie de leur condition. Les gens «simples», les «petites gens», comme on les appelle, ont des stratégies à la mesure de leurs moyens. Grâce à leur intuition pratique de ce qui leur est accessible et inaccessible et à leur évaluation spontanée des chances de profit qui sont les leurs, ils sont généralement à l’abri des tentations démesurées, des ambitions exorbitantes et ils parviennent à s’accommoder de leur situation, satisfaits d’être ce qu’ils sont. D’autant plus satisfaits que pour l’immense majorité des agents des classes populaires, l’expérience de la misère et de l’insécurité n’est jamais très éloignée dans le temps ni dans l’espace social. Ils ont souvent connu eux-mêmes le dénuement, la détresse matérielle, ou alors ce sont leurs parents, leurs proches, leurs amis. Leur mémoire personnelle (et collective) est pleine de souvenirs de la condition terrible des sous-prolétaires dont leur famille a réussi un jour à sortir et où ils redoutent toujours d’avoir à replonger. Au fond, pour eux, la réussite sociale consiste non pas tant à se promouvoir vers des positions supérieures qu’à éviter de retomber dans une condition inférieure, au-dessous du «seuil de pauvreté», celle du «quart-monde», par rapport à laquelle gagner honnêtement sa vie, avoir «une bonne place», manger à sa faim, «avoir la santé», constituent d’inappréciables privilèges.

C’est ce qui explique le réalisme des stratégies populaires, gouvernées plus que toutes autres par le principe de conformité (conformité aux attentes du groupe et à la position occupée). Sans avoir le plus souvent le sentiment douloureux d’être frustrés, de s’automutiler, les agents des classes populaires s’interdisent spontanément ce qui leur serait de toute façon refusé socialement. Ils ne cherchent pas à «décrocher la lune» dans quelque domaine que ce soit. Il y a d’ailleurs peu de domaines de la vie sociale auxquels les classes populaires aient pleinement accès objectivement et où par conséquent elles pourraient avoir subjectivement un réel désir d’accéder. Dans nombre de champs sociaux, les classes populaires sont soit totalement absentes, soit présentes par procuration, comme on peut le voir avec une évidence particulière dans les champs fonctionnant principalement au capital symbolique ( dans ses différentes variétés intellectuelles, artistiques et politiques). Rien n’est plus symptomatique de cette exclusion à la fois objective et subjective que le maigre bilan —quand ce n’est pas dans bien des cas le fiasco complet— en matière de participation du public populaire, de toutes les entreprises culturelles pieusement intentionnées qui s’efforcent (par expositions, représentations, formations, etc.) de faire accéder «le peuple» aux pratiques et aux consommations culturelles les plus légitimes.

Si les stratégies populaires sont aussi «raisonnables», c’est que l’habitus populaire a profondément intériorisé la logique des rapports de domination qui,nous l’avons vu, implique l’adhésion des dominés à l’ordre établi et s’inscrit chez eux sous forme d’une disposition à l’acceptation, à l’obéissance et au respect des distances sociales. Les classes supérieures ont d’ailleurs toujours tiré le meilleur parti (pour elles) de cette disposition fondamentale des classes populaires à se laisser maneuvrer, entretenue par des contreparties éventuelles, réactivée par des miettes de profit matériel et /ou symbolique. Et de l’Antiquité à nos jours, on a souvent vu dans l’histoire se produire un phénomène de mobilisation des fractions les plus démunies, les plus misérables des classes populaires, en faveur des puissants, des riches, des maîtres (4). Ce qui peut s’expliquer aisément : le sous-prolétariat agricole ou industriel est constitué d’agents qui se trouvent non seulement dans un extrême dénuement matériel mais aussi dans une extrême pauvreté idéologique. Privés des instruments symboliques qui leur permettraient de théoriser leur expérience, et d’analyser la réalité, ils connaissent le comble de la dépossession qui est de ne même pas pouvoir comprendre qu’ils sont dépossédés. Cet état d’aliénation leur interdit de se constituer en groupe-pour-soi ayant une identité commune et corollairement une solidarité et une cohésion. Atomes sociaux isolés, ils dérivent dans l’espace social, prêts à céder à l’attraction du plus minime des profits immédiats que les démagogues de toute envergure ne manquent pas de leur faire miroiter. Dans leurs luttes internes pour s’emparer des leviers du pouvoir, les fractions concurrentes des classes dominantes se sont souvent servi de ces cohortes de nécessiteux marginalisés par la faillite, la misère, la solitude, le chômage, l’analphabétisme, pour en faire une masse de manoeuvre utile à la réalisation de leurs ambitions» En particulier les classes dominantes s’efforcent de dresser le sous-prolétariat contre les fractions les plus avancées idéologiquement des classes populaires et les plus contestataires. Cette opération de division des dominés n’a cessé de faire la preuve de son efficacité depuis les patriciats de l’Antiquité gréco-latine jusqu’aux bourgeoisies latino-américaines, en passant par la bourgeoisie bonapartiste du XIXe siècle ou la bourgeoisie nazie du XXe.

Au demeurant, l’existence dans les classes populaires de fractions éclairées, progressistes, parvenues à la conscience de leur identité et à la définition d’une stratégie de lutte autonome, prouve que ces classes ne forment pas un ensemble amorphe, indifférencié, uniformément et passivement soumis à la domination des classes supérieures. Mais il faut bien constater que la fraction parvenue à une vision critique de l’ordre social est loin de constituer une majorité et qu’elle a bien du mal à mobiliser l’ensemble des dominés sur des mots d’ordre spécifiques. Cela s’est produit à certains moments de l’Histoire, dans des périodes révolutionnaires, ou d’intense lutte sociale, et ces grandes mobilisations populaires, parfois en alliance avec d’autres forces, ont imposé des rapports de forces et par voie de conséquence des changements importants dans l’organisation sociale. En France, 1789 fut l’un de ces temps forts, avec 1848, La Commune, 1936, etc. On comprend aisément qu’aux yeux des dominants, l’existence chez les dominés de fractions capables de contester rationnellement et durablement l’ordre établi, constitue un danger qu’il faut se garder de négliger et qu’il convient de combattre le cas échéant par tous les moyens.

Un des grands enjeux des luttes sociales (en particulier des luttes idéologico-politiques) c’est, aujourd’hui comme hier, de réussir à enrôler la grande masse des classes populaires sous la bannière du maintien de l’ordre social ou au contraire sous celle du changement. Mais les structures de l’habitus étant ce qu’elles sont, il semblerait que les classes populaires forment encore aujourd’hui un public dans l’ensemble plus disposé à entendre les variantes modernistes du discours traditionnel d’euphémisation et de célébration de l’ordre établi qu’un discours de dénonciation et de subversion.

En résumé, l’analyse des stratégies des agents des classes populaires conduirait à un tableau assez nuancé selon la position et la trajectoire des agents dans la structure de répartition des capitaux à l’intérieur de ces classes sociales. Il est sûr, par exemple, que la probabilité de voir ces agents adopter une démarche critique et explicitement politisée augmente en fonction du volume du capital culturel détenu, bien qu’il n’y ait pas de lien automatique (nous y reviendrons dans le prochain chapitre). Mais si l’on devait s’en tenir aux propriétés les plus répandues dans les classes populaires, il faudrait souligner la propension à faire de nécessité vertu, à s’accommoder de son destin social, entretenue par les immanquables et incessants rappels à l’ordre que les groupes populaires adressent à ceux de leurs membres qui, à l’occasion, se laissent aller à transgresser les interdits et à manifester des prétentions, à «faire des chichis», à «prendre la grosse tête», etc., ces sanctions et mises en demeure diverses contribuant efficacement à l’homogénéisation de l’univers social populaire et à l’ effet de clôture qui en découle.
c) Les statégies moyennes :

quand on entreprend l’examen des stratégies des classes moyennes, il est bon d’avoir à l’esprit que celles-ci aussi comportent des fractions différentes et qu’en toute rigueur, il conviendrait de distinguer entre les dispositions caractéristiques de la petite-bourgeoisie traditionnelle et celles de la petite-bourgeoisie d’exécution ou celles de la petite-bourgeoisie nouvelle. Mais sans entrer dans l’examen détaillé de leurs différences, il est possible de montrer ce que les stratégies de ces différentes fractions ont en commun et qu’elles doivent à une raison fondamentale : elles sont commandées par un habitus qui, dans tous les cas, est celui d’agents occupant des positions intermédiaires, échelonnées dans une zone moyenne, une espèce d’entre-deux social entre le pôle dominant et le pôle dominé de la structure des classes sociales. Cette situation objective commune a, entre autres conséquences importantes, celle d’obliger les agents des classes moyennes à se définir en permanence par le double rapport aux classes supérieures et aux classes inférieures (c’est-à-dire populaires). La logique de la distinction leur impose de maintenir et si possible d’accroître la distance qui les sépare de celles-ci, et de diminuer en même temps la distance qui les sépare de celles-là. Le petit-bourgeois est, par essence sociale, un prétendant, doublement tendu, d’une part par sa crainte d’être rejoint, de se voir dévaloriser par la divulgation de ses propriétés (la hantise du nombre) et d’être englouti dans le flot nombreux et obscur des «masses populaires», d’autre part par son ambition d’acquérir des propriétés plus rares, plus distinctives, de s’élever vers des positions supérieures et d’accéder à la bourgeoisie.

Il s’ensuit que les stratégies des classes moyennes présentent fréquemment un aspect subversif, une tonalité contestataire. Contestation qui peut revêtir les formes les plus diverses, y compris les plus radicales en apparence, mais qui relève en général plutôt de l’opposition dans le système que de l’opposition au système. Ce qui, au demeurant, est logique : le prétendant au titre ne peut pas vouloir sérieusement contester l’existence du titre ; il ne peut que vouloir se mettre à la place du titulaire ou partager le titre avec lui. Au-delà de ses intérêts spécifiques le prétendant a un intérêt générique puissant en commun avec les occupants des positions supérieures : l’intérêt au maintien de l’ordre établi, des hiérarchies existantes, à l’intérieur desquelles il aspire à se promouvoir davantage, en empruntant d’ailleurs aux bourgeois dominants certains traits de leur style de vie et en contribuant ainsi à diffuser ces modèles dominants dans tout le corps social.

Il n’en demeure pas moins que la distance entre les classes moyennes et les classes supérieures est considérable. Les capitaux détenus par les unes sont sans commune mesure avec les capitaux accumulés par les autres. Les membres des différentes fractions de la petite-bourgeoisie ne sont ni immensément riches ni supérieurement instruits, ils n’occupent pas des postes de responsabilité très élevés, ils n’ont pas des héritages économiques et culturels impressionnants. En conséquence, leurs prétentions à accéder à des positions supérieures se heurtent à des obstacles nombreux et parfois insurmontables. Aussi sont-ils constamment obligés d’en rabattre et de se contenter d’une apparence plus ou moins illusoire de supériorité. Ils deviennent des praticiens du faux-semblant et du vraisemblable, des consommateurs de simili, avides des signes extérieurs et des symboles apparents d’une domination temporelle et spirituelle à laquelle ils n’ont pas réellement les moyens matériels et culturels d’accéder pleinement. D’où la fréquence des stratégies de bluff caractéristiques des classes moyennes, toujours préoccupées de se mettre en scène pour donner la représentation la plus valorisante possible de leurs propriétés (5). S’il y a un univers social qui évoque l’illusion théâtrale, c’est bien celui des classes moyennes, dans lequel les agents ne sont pas vraiment ce qu’ils donnent l’apparence d’être, cette comédie sincère, ce mentir-vrai, exprimant le décalage entre l’importance sociale que ces agents se donnent à eux-mêmes (ou, si l’on préfère, leurs prétentions) et l’importance qui leur est reconnue effectivement par les institutions et les autorités légitimes. Et comme la reconnaissance sociale s’exprime, entre autres signes, par des appellations contrôlées, des labels et des titres officiels, on comprend pourquoi les agents des classes moyennes, dans leurs efforts pour se mettre en scène et en valeur, accordent tant d’importance aux appellations qui servent à désigner leurs positions et leurs fonctions, par exemple leurs catégories socio-professionnelles (6). Il est connu, en effet, que selon l’intitulé employé pour la désigner, une pratique peut gagner ou perdre en prestige social et donc rapporter une plus-value symbolique différente.

Certes, tous les agents sociaux sont obligés, plus ou moins, de faire de la mise en scène. Mais la propension à en faire est moins nette dans les classes supérieures et dans les classes populaires que dans les classes moyennes ; dans les classes populaires parce qu’on y est «modeste» (en moyens d’existence et en prétentions) et qu’on accepte plus facilement d’être ce que l’on est visiblement, d’où le franc-parler, le franc-manger, le style «à la bonne franquette» ; et dans les classes supérieures, parce que disposant des moyens réels d’assurer une légitime supériorité on peut se permettre de cultiver une aristocratique «simplicité». Les agents des classes moyennes au contraire sont constamment poussés à «en faire trop» de peur de ne pas en faire assez, et à tomber dans la surenchère. Il est significatif à cet égard que les métiers de la communication, de la relation, de la présentation et de la représentation, attirent particulièrement aujourd’hui les membres de la petite-bourgeoisie que leur habitus prédispose à recourir à toutes les technologies du faire-voir et du faire-savoir, pour produire et reproduire un produit qui n’est rien d’autre que leur propre style de vie érigé en modèle, et pour promouvoir le besoin de ce style de vie.(7)

Ce besoin de paraître exprime à sa façon, spectaculaire, une volonté d’ascension sociale qui s’actualise de manière moins évidente mais tout aussi caractéristique dans les stratégies de fécondité des classes moyennes. A la différence des classes populaires et de la bourgeoisie dominante, les petits-bourgeois ont peu d’enfants (moins de deux par ménage, en moyenne). La limitation des naissances, qui est la forme la plus élémentaire et la plus spontanée du numerus clausus, traduit bien la tension et les prétentions inscrites dans l’habitus de ces agents que leurs ambitions mêmes, leur désir de promotion, obligent à concentrer les moyens dont ils disposent et leurs investissements éducatifs sur le minimum de têtes.

En résumé on pourrait dire que les stratégies des classes moyennes ont pour dénominateur commun leur situation en porte-à-faux dans la structure des classes sociales. Ni dominants, ni dominés, mi-dominants, mi-dominés, les petits-bourgeois, portés par des dispositions contradictoires à la fois à accepter et à contester l’ordre existant, sont conduits à jouer, dans la reproduction de celui-ci, un rôle ambivalent, en ce sens qu’ils contribuent efficacement par leur travail d’encadrement, de formation et de manipulation symbolique à intégrer l’ensemble des dominés et à les soumettre à la domination des classes supérieures, et qu’en même temps, encouragés par la légitimité que leur confère la reconnaissance de leur supériorité par les classes populaires, ils entretiennent avec les classes supérieures une relation à la fois fascinée et agressive, où les meilleurs sentiments sont toujours mêlés de ressentiment, dans la logique du dépit amoureux.

A la fin de ce chapitre consacré aux stratégies , il est bon d’insister encore une fois sur la nécessité d’écarter toute interprétation intellectualiste et volontariste de ce concept qui tendrait à faire des investissements des agents le produit d’un calcul explicite et délibéré mettant consciemment en relation des moyens et des fins. S’il faut constamment réitérer cette mise en garde c’est parce que le langage courant à lui seul entretient un contresens permanent sur la nature exacte de nos stratégies en les décrivant dans des termes connotant l’intentionnalité, en parlant de «buts», de «visées», etc. Si nos investissement sont stratégiques, c’est bien parce qu’ils sont finalisés, mais leur finalité est le plus souvent objective, sans intention expresse. Cet apparent paradoxe s’explique, nous l’avons vu , par la nature même de l’habitus, structure interne de subjectivité qui, parce qu’elle se constitue par intériorisation des structures objectives externes, est capable d’engendrer spontanément des pratiques pertinentes et adaptées, raisonnables sans être raisonnées, c’est-à-dire obéissant à une rationalité implicite, inscrite dans l’habitus même. Ce qui explique pourquoi les agents, même les plus enclins à l’auto-analyse, sont si souvent embarrassés par la question de savoir pour-quoi ils font ce qu’ils font. En s’inspirant de la formule célèbre de Pascal, on pourrait dire que l’habitus a des raisons que la raison ignore.

(1) A cet égard, l’habitus peut se définir comme un système de compétences, au double sens du terme (savoir-faire et aussi droit socialement reconnu à exercer ce savoir-faire).

(2) Nous avons vu plus haut que la réponse de Fhabitus peut – à cause de son mouvement inertiel – prendre du retard sur l’évolution du champ et par conséquent ne plus être adaptée à la situation. Ainsi par exemple les membres des groupes en déclin social peuvent être conduits par la nostalgie de leur puissance passée à adopter ce qu’on pourrait appeler la stratégie d’Alceste, Le Misanthrope de Molière, qui, au milieu d’une noblesse devenue courtisane, totalement soumise au bon plaisir du roi, s’obstine à vouloir se comporter en «homme d’honneur», c’est-à-dire conformément à la morale de l’ancienne noblesse, ce qui finit par le rendre inadapté à la vie de cour et par là-même insupportable à son entourage.

(3) «II y a dans la vie moderne des affaires, des choses qu’on est convenu d’appeler des tolérances…Une tolérance, comprends-tu, c’est une manoeuvre qui n’est pas tout à fait irréprochable, qui ne se conforme pas tout à fait à la loi écrite et qu’un esprit profane juge déloyale, mais qui cependant, par un accord tacite, est admise couramment dans le monde des affaires. La ligne de démarcation entre tolérance et délit est très difficile à tracer…N’importe…» Thomas MANN, Les Buddenbrook, Points, Fayard, p.457.

(4) On voit aussi se produire constamment des flambées de violence meurtrière contre les maîtres (révoltes d’esclaves, jacqueries paysannes, émeutes,etc.) Celles-ci ne contredisent pas vraiment l’affirmation de la tendance à la soumission. En effet ces violences explosives ne s’inscrivent pas dans une stratégie de conquête du pouvoir, elles ne contestent pas la domination dans son principe même. Ce sont des réactions sans projet et sans lendemain à un excès d’oppression.

(5) La société américaine offre à cet égard un terrain d’observation privilégié à cause du développement des classes moyennes aux Etats-Unis. Mais cet aspect important de l’american way of life a été depuis longtemps importé et adopté dans les sociétés européennes occidentales. Et cette diffusion culturelle doit justement beaucoup à la volonté de distinction d’une petite-bourgeoisie nouvelle soucieuse d’optimiser son look et de donner l’image la plus favorable d’elle même.

(6) II peut paraître insignifiant et même dérisoire à première vue de s’intituler «kinésithérapeute» plutôt que «masseur», «artisan d’art» plutôt que «potier», «artiste capillaire» ou «visagiste» plutôt que «coiffeur», mais dans la logique de la distinction symbolique cela cesse d’être indifférent ou ridicule, tout comme il est préférable de s adonner à des activités désignées par des termes anglo-américains (mailing, marketing, body-building, etc., quand ce n’est pas «brioching»!) plutôt que par des termes banalement français.

(7) Pour être tout à fait précis, il faudrait nuancer le propos en fonction des différentes fractions de la petite-bourgeoisie. On trouvera un tableau plus détaillé de leurs styles de vie en annexe, à la fin de l’ouvrage.

Voir encore:

Cérémonie de naturalisation en niqab au Canada : les ravages du relativisme culturel

Le Figaro

09/11/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Zunera Ishaq est devenue canadienne à visage couvert, prêtant le serment de citoyenneté en niqab. Alban Ketelbuters estime que l’Occident assiste à la montée en puissance d’un islam conquérant dans la sphère publique sans condamnation des progressistes et des féministes.


Alban Ketelbuters est doctorant en Histoire & civilisations à l’Ecole des hautes études en sciences sociales; et doctorant en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).


Si le niqab était promu par des intégristes catholiques, l’immense majorité des progressistes et des féministes l’auraient condamné. Beaucoup de ceux qui se montrent intraitables avec la violence machiste orchestrée par des mâles blancs de culture chrétienne, qui font le plus souvent l’objet d’une condamnation immédiate et unanime, se font beaucoup plus discrets, nuancés et compréhensifs quand il s’agit d’hommes et de femmes non blancs de culture islamique. Dans une société qui dénonce à l’envi la «culture du viol», un étendard pornographique aussi archaïque et avilissant que le niqab, vecteur d’une idéologie fasciste, qui met en scène de manière aussi caricaturale l’infériorité du sexe féminin, ne mériterait aucun débat universitaire ou politique digne de ce nom.

Le relativisme culturel s’est tellement propagé en Amérique du Nord que l’on peut désormais prêter serment le visage dissimulé. Une telle exaltation de l’obscurantisme religieux ne revient-elle pas à gifler ces millions de femmes qui, dans les pays du Moyen et du Proche-Orient, du Maghreb, d’Afrique et d’Asie luttent au péril de leurs vies pour s’en affranchir? Pire, elle alimente l’amalgame qui consiste à ne plus distinguer, chez les musulmans, les démocrates laïques des intégristes réactionnaires.

Alors qu’un islam politique, impérialiste et totalitaire ne cesse de croître à l’échelle du monde, beaucoup de progressistes et de féministes ont rendu le climat social encore plus malsain à travers des prises de position contre-nature vis-à-vis des principes et des idéaux dont ils se réclament. Quand celles et ceux qui sont supposés défendre l’idée de progrès, la justice sociale, l’égalité (entre les peuples, entre les sexes), l’instruction, la culture et l’émancipation du plus grand nombre s’accommodent volontiers du sectarisme religieux, défendent le voilement des cheveux, du corps et du visage d’une partie de la population, procèdent à une dénonciation à géométrie variable du patriarcat et renoncent à promouvoir la laïcité, il est légitime et nécessaire de s’interroger sur la crédibilité et la nature de cette «gauche».

Quand des progressistes n’osent pas dénoncer le niqab en tant qu’il véhicule une idéologie sectaire d’extrême droite, ou quand des féministes qui traquent la moindre plaisanterie machiste et dénoncent quotidiennement (et à juste titre) les résidus patriarcaux à l’œuvre dans la société, mais sont incapables du moindre examen probant vis-à-vis d’une telle aberration démocratique, il ne faut pas s’étonner que le progressisme et le féminisme soient l’objet d’un désamour grandissant et de critiques virulentes.

Comme l’a écrit Fethi Benslama dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), «si la logique du patriarcat gouverne l’Islam à l’instar d’autres civilisations, elle revêt néanmoins, dans son système, des caractéristiques qui la rendent plus virulente, plus cruelle, plus difficile à ébranler […] L’inégalité instituée, le ravalement légitimé des femmes par la loi théologique sont des faits patents». Et le psychanalyste d’ajouter que «l’islamisme radical a trouvé à travers le voile le moyen retors de faire revenir la honte du corps féminin dans l’espace public».

Pourquoi vouloir débusquer la moindre inégalité et se taire face à la plus spectaculaire d’entre elles? Pourquoi livrer les citoyens de culture ou de confession musulmane, vivant en conformité avec les mœurs des pays qui les ont accueillis, aux intégristes les plus réactionnaires faisant primer les lois de la «chari’a» sur toute autre considération? Pourquoi se taire sur le fanatisme islamique alors qu’il n’a jamais été aussi présent, aussi conquérant et aussi meurtrier à l’échelle du monde? Pourquoi des féministes célèbrent-elles chaque année la mémoire des disparues de la tuerie de l’École polytechnique de Montréal, et se taisent sur le despotisme ordinaire qui est à l’œuvre à travers le voile islamique? Faudra-t-il que des islamistes promènent leurs femmes en laisse pour qu’elles réagissent?

Ne pas dénoncer cette idéologie d’extrême droite qui travaille en profondeur les démocraties occidentales, comme s’y refuse pour des raisons obscures une large part de la gauche intellectuelle et politique, est une véritable trahison. Car aujourd’hui, force est de constater que nombre de progressistes et de féministes ne combattent plus l’intégrisme religieux. Ils ne font que l’accompagner, voire l’encourager.

Voir de plus:

Le footballeur néerlandais, Nacer Barazite, dans l’œil du cyclone pour avoir refusé de serrer la main à une journaliste sportive

Oumma

10 novembre 2015

Encensé, il y a une semaine, pour son excellente prestation sous le maillot du FC Utrecht qui en a fait « le joueur du match » incontesté, Nacer Barazite, le footballeur néerlandais d’origine marocaine, est aujourd’hui immolé pour une poignée de main qui a définitivement éclipsé ses deux buts victorieux.

Une poignée de main refusée à une journaliste de Fox TV, Hélène Hendricks, laquelle s’était précipitée vers le héros de la rencontre pour recueillir ses impressions sur la pelouse de ses exploits, au nom de croyances religieuses qui étaient connues de tous et qui avaient fait l’objet d’un communiqué de presse, en début de saison, portant le sceau officiel de la direction de son club afin de parer à toute polémique passionnelle.

Mais patatras ! Après été couvert de fleurs, Nacer Barazite essuie à présent une salve de critiques assassines, fusant notamment de la part d’un ancien responsable de football des Pays-Bas qui a été le premier à tirer à boulets rouges sur son refus de tendre la main à une femme. « Barazite peut s’en aller et rejoindre l’Etat islamique », a vitupéré ce dernier, en perdant son sang-froid et tout sens de la mesure…

Comble de l’ironie dans cette violente tempête extra-sportive, la journaliste, présentée comme la malheureuse victime du dogmatisme islamiste ou encore intégriste, ne s’est pas le moins du monde offusquée du comportement de Nacer Barazite à son égard, l’essentiel étant ailleurs, en l’occurrence à la célébration du meilleur buteur du moment.

All That’s Left Is the Bitterness
Noah Rothman

Commentary magazine

Nov. 10, 2015

Last night, the promise of Barack Obama’s presidency was fully exhausted
The president had strived in the wake of his party’s second consecutive midterm drubbing to portray himself as an indefatigable warrior who would not succumb to the same lame duck syndrome that afflicted his two-term predecessors. Disillusioned with the delineation of powers, Obama sought to demonstrate his force of will by expending as much executive authority as he could get away with – even if that meant running afoul of the Constitution he swore to uphold and protect. The climax of Obama’s caudillo act came when he signed a series of “executive actions” – one dare not call them executive orders, for that implies their legitimacy – pertaining to the status of several classes of illegal immigrants. Obama declared his intention to interpret broadly his discretionary authority to enforce existing immigration law and simply insisted that some of those laws were to be ignored. On Monday night, a three-judge panel on the Fifth Circuit Court of Appeals upheld an injunction on those actions. The president, for all his accumulated powers that would surely make the Founders cringe, had been checked by a co-equal branch; his “executive actions” will remain blunted if and until the Supreme Court weighs in on the matter.

Perhaps there remain a handful of holdouts that still believe Obama’s potential might eventually be realized, but most Americans have come to terms with the president’s unmet expectations. Conservatives, even those who were temporarily swayed by the passions of 2008, long ago accepted that the president was no competent steward of American affairs. Progressives who once saw Obama as their savior have now embraced the flesh-and-blood expression of angst that is Bernie Sanders, in part as a vehicle to register their dissatisfaction with Obama and his anointed heir. Only a waning and unwittingly humorous cast of true believers still hope that the president might fulfill their expectancies, but they are only kidding themselves. The court’s thwarting of Obama’s will is a fine example of how his most ballyhooed legacy achievements are being methodically torn down around him. These so-called accomplishments were hard-won, and they left in their wakes substantial acrimony and division. The status quo ante is gone; it will not return. Rather than leave behind him a set of progressive accomplishment and a nation appreciably more left-of-center than he found it, Barack Obama might end up leaving behind him only the bitterness he roused.

If Obama had hoped to move the cultural needle to the left by cementing the impression for Hispanics that Democrats were the party that would save illegal residents from mandated deportation – itself a bizarre misreading of the priorities of voters of Latin American descent – his efforts have failed. Similarly, Obama probably wanted to be remembered as the president who realized the perennial progressive dream of instilling in Americans the belief that access to health care is both a right and a public good. Increasingly, John Roberts’ Supreme Court, which went to absurd lengths to preserve the Affordable Care Act, looks prescient. Had they taken any of the two opportunities they had to dismantle the law, they might have made martyred it. Instead, this structure is collapsing under its own weight.

On Monday, the largest health care co-op in the country, Health Republic of New York, failed. State regulators shuttered the low-cost insurance provider that had insured over 200,000 New Yorkers due to the likelihood that it would soon become financially insolvent. The state informed those who will lose their health care that they have a handful of weeks to now seek coverage on New York’s state health insurance exchange, but few are entirely certain that the state can handle the task. “[O]ther health insurers have no way to identify whether Health Republic’s customers met their 2015 deductible, or how far they are toward the out-of-pocket maximums put in place by the Affordable Care Act,” Politicoreported.

This is a problem repeating itself all over the country. Health Republic is just the latest co-op to fold; over half of those insurance cooperatives established under Affordable Care Act have gone under. “Most co-ops that grew the fastest are now ruined — namely, six of the eight that exceeded the enrollment projections in their loan applications,” the Wall Street Journal editorial board observed.  “The reason is that they bought customers with discounted premiums below the cost of medical claims.” As the immutable laws of economics take their revenge on the nation’s unsuspecting health insurance consumers, human interest stories focused on the plight of the newly uninsured are filling up the nation’s newspapers. “I am an advocate for the health care law,” the disillusioned 33-year-old Liz Jackson told the New York Times after Republic Health collapsed. “And if I can’t navigate this, who can?”

As National Review’s Rich Lowry observed, premiums are skyrocketing, enrollments are well below projections, and the already unsustainable burdens imposed on Medicare and Medicaid are growing. As the law fails in its primary charge, insuring those who could not afford insurance in the ancien régime, Americans will increasingly be left to conclude that experiments in massive, socialized insurance models cannot work in the United States. When Obama boards Marine One for the final time, he will leave behind him a country bitterly divided over a failing law for which he sacrificed hundreds of Democratic officeholder and national comity. With his signature legislative achievement in tatters, he might also leave behind him a broadly popular mandate for a free market-based alternative health care reform.

This isn’t the only trust that Obama has sacrificed. The president might have had no more pressing mandate when he took office than to extricate the United States from Iraq. The Middle East he inherited was one of such relative passivity when compared with the present state of affairs that Obama was able to fulfill that mission with alacrity.  “We are leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq,” Obama averred as the last American troops returned home. Before his final term was out, American soldiers are again returning to Iraqi (and now Syrian) battlefields. What’s more striking is that, as war-weary as the American public is, most have again warmed to the notion that American security and national interests can no longer be guaranteed from afar.

In October of 2014, as the Islamic State rampaged across the region, only 39 percent of respondents in a Pew Research Center survey supported sending U.S. ground troops to combat the threat. By October of 2015, 47 percent favored backed a renewed presence on the ground in Iraq. By March, a Quinnipiac University poll found that 62 percent of respondents — including a majority of both Democrats and Republicans, men and women, and all age groups – supported essentially re-invading Iraq. What had Obama accomplished by prematurely withdrawing from the region save for squandering the support of America’s regional allies and augmenting their sense of alienation and mistrust in the United States?

The most plentiful commodity that the next president will inherit from Barack Obama will be the rancor he fostered in order to secure a handful of fleeting and unsustainable notches on his belt. Perhaps no other president in living memory entered office with such grand expectations or has failed so spectacularly to meet them.

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