Mondialisation: A bout de souffle (After the title of world’s tourist capital, employment-law inflexible Paris to lose NYT’s European headquarters to London)

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C’est quoi, les Champs ? Patricia Franchini (A bout de souffle, 1960)
Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville : allez vous faire foutre ! Michel Poiccard (A bout de souffle, 1960)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le non-désir redevient privilège, comme chez le sage antique ou le saint du christianisme. mais le sujet désirant recule, effrayé devant l’idée du renoncement absolu. Il cherche des échappatoires. Il veut se composer un personnage chez qui l’absence de désir ne soit pas conquise, péniblement, sur l’anarchie des instincts et la passion métaphysique. Le héros somnambulique créé par les romanciers américains est la « solution » de ce problème. Le non-désir de ce héros ne rappelle en rien le triomphe de l’esprit sur les forces mauvaises, ni cette ascèse que prônent les grandes religions et les humanismes supérieurs. Il rappelle plutôt un engourdissement des sens, une perte totale ou partielle de la curiosité vitale. Dans le cas de Meursault, cet état « privilégié » se confond avec la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin, c’est une grâce soudaine qui, sans qu’on sache pourquoi, descend sur le héros sous forme de nausée. (…) Le héros parvient alors à un état d’abrutissement lucide qui constitue la dernière des poses romantiques. Ce non-désir n’a rien à voir, bien entendu, avec l’abstinence et la sobriété. Mais le héros prétend accomplir dans l’indifférence, par simple caprice et presque sans s’en apercevoir, tout ce que les Autres accomplissent par désir.  René Girard (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. (…) Cette existence vide, cette tristesse cachée, ce monde à l’envers, ce crime secrètement provocateur, tout cela est caractéristique des crimes dits de délinquance juvénile.  (…) De nombreux observateurs ont signalé dans la délinquance juvénile, la présence d’un élément de romantisme moderne et démocratisé. Au cours de ces dernières années, plusieurs romans et films qui traitent ouvertement de ce phénomène social, ont emprunté certaines particularités à L’Etranger, ouvrage qui en apparence n’a rien à voir avec le sujet. Le héros du film A bout de souffle, par exemple, tue un policier à demi volontairement et devient ainsi un « bon criminel » à la manière de Meursault. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Pour la corruption et la dissipation, Athènes il est vrai n’a rien à envier à Paris, Madrid ou Rome. Mais ce qu’attend Papandréou de l’Europe, c’est qu’elle éponge les pertes d’une économie clientéliste qui, malgré les privatisations bien timide de la droite, reste pour 67% une économie d’Etat. Si indulgente soit la Commission pour les frasques de la « cohésion sociale », pourra-t-elle continuer à les tolérer, alors que la Grèce vient de se voir allouer, pour les cinq prochaines années, un pactole de 175 milliards de francs de subventions ?  Jean-François Revel (Grèce: fini la comédie, Le Point, 13 octobre 1993)
Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs. C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. (…) En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels. Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables. Le Monde
Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport. [Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?] Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque. (…) Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France. Thibaud Simphal (Uber France)
To me, the Herald Tribune represents a time when Paris truly was the expatriate capital of America. Charles Trueheart
Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées! Internaute français
Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir. Internaute français
Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique. Le Figaro
Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Le Figaro
There is more labour flexibility in London compared with Paris. New York Times International spokeswoman
Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded. London is taking precedence as an international hub. A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong. INYT insider
Le New York Times est en train de réduire la présence à Paris de son quotidien International New York Times, anciennement connu sous le nom d’International Herald Tribune, tout en déployant davantage de ressources à Londres. Selon le Financial Times, le quotidien new-yorkais, dont le siège européen se situe toujours à Paris, est guidé dans cette voie, notamment, par la réglementation du travail, plus favorable dans la capitale britannique. Le Figaro
The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws. (…) Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle. The Financial Times

Attention: une fuite en avant peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre une Grèce enfin rattrapée par ses créanciers et un cinéma allemand en mal d’inspiration, continue plus que jamais à faire recette la transformation des bourreaux en victimes comme celle des victimes en bourreaux …

Et après la perte, par la ville-lumière, du titre de ville la plus visitée au monde l’an dernier …

Puis, par le pays dont est la capitale, de celui de cinquième puissance économique mondiale en janvier dernier …

Et sans compter, pour préserver le plus archaïque des systèmes, la mise hors la loi quelque peu expéditive des cowboys d’Uber …

Comment ne pas voir avec la récente annonce, par la mythique édition internationale du New York Times, de la délocalisation à Londres d’une partie de ses opérations …

Le signe de l’inéluctable accession de Londres et du Royaume-Uni au statut de véritables ville et puissance globales …

Et la confirmation – merci François Hollande et son vice-record mondial, après le Danemark et entre prestations sociales à 32% du PIB, dépenses publiques et chômage à plus de 10%,  du taux de prélèvements obligatoires

Du non moins inéluctable déclassement d’une capitale française et d’une France désormais à bout de souffle …

D’avoir si longtemps voulu donner le change, à l’instar de la petite frappe du fameux film de Godard, face à leurs modèles et rivaux d’outre-Manche et d’outre-Atlantique ?

New York Times bets on London over Paris
Matthew Garrahan in New York
The Financial Times
June 7, 2015

The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws.

The company has merged its London bureau with the London office of the International New York Times, adding digital editors and a branded content studio, while departing editorial staff at its Paris operation are not being replaced, according to people familiar with the matter.

Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle .

The New York Times owned the International Herald Tribune jointly with the Washington Post but took full ownership in 2003, renaming it the International New York Times in 2013.

The shift in resources from Paris to London has fuelled talk that the newspaper may move the International New York Times to London. A spokeswoman said there were “no current plans” to move.

However, she acknowledged that French employment laws had played a part in the decision to expand its London presence. “There is more labour flexibility in London compared with Paris,” she said.

The company now employs about 60 people in London, with plans to add four new positions for its T Brand Studio, the “custom content” operation run by its advertising department. About 120 people work in the Paris office but that number is dwindling, according to people familiar with the matter.

“Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded,” said one of those people. “London is taking precedence as an international hub.”

The shift to a digital publishing schedule has led to investment in offices in London and Hong Kong so that global news can be published in a timely fashion over a 24 hour cycle.

“A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong,” the person said.

The newspaper’s investment in London comes as another US publisher is making a big digital push in Europe. Politico, the online news service that took on the Washington Post in its home market, has expanded in Europe after striking a deal with Axel Springer, the German media group. It has opened an office in Brussels and is adding reporters in other capital cities across the continent.

Voir aussi:

Tourisme : Londres détrône Paris
Florentin Collomp

Le Figaro
16/01/2014

En 2013, Londres a franchi la barre des 16 millions de touristes étrangers, devenant ainsi la ville la plus visitée au monde.

En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery. Ils se sont envolés dans les cabines de la grande roue London Eye ou dans les sombres couloirs de la Tour de Londres. Une ­affluence record permet aux dirigeants de la ville d’espérer pouvoir annoncer, ce jeudi, qu’en franchissant la barre des 16 millions de touristes étrangers, la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète. Si les critères peuvent diverger, Paris avait accueilli 15,9 millions d’étrangers en 2012. New York se classe en quatrième ­position.

La mairie de Londres lie directement ce regain d’intérêt à un «effet Jeux olympiques». Un ­cercle vertueux, qui parvient à éviter la tendance des villes ­olympiques à constater une dé­saffection l’année suivante. Au contraire, Londres affichait une hausse de fréquentation de 8 % au premier semestre. Dans l’en­semble du pays, les arrivées d’étrangers ont bondi de 11 % sur les neuf premiers mois de l’année, à près de 25 millions de ­personnes.

Plus de revenus dans le West End que dans la City
«L’image de Londres a changé grâce aux JO, estime Kit Malt­house, maire adjoint de la ville. Les gens ont vu une ville belle, ouverte, vibrante, au-delà des clichés habituels sur la reine et le gin Beefeater.» Les touristes londoniens proviennent en grande majorité d’Europe, devant l’Amérique du Nord et le reste du monde. Ceux venant de Chine, d’Inde ou du Moyen-Orient représentent une large part de la croissance cons­tatée. Mais la politique de visas restrictive du gouvernement ­Cameron freine le développement de cette clientèle, au détriment de Paris. C’est pourquoi, sur pression des milieux d’affaires et du lobby touristique, le ministère de l’Intérieur a accepté d’assouplir sa pratique pour les Chinois.

Ces visiteurs dépensent beaucoup: 5 milliards de livres (6 milliards d’euros) sur les six premiers mois de 2013, en hausse de 12 %. Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique.

Chez London & Partners, l’agence de promotion de la capitale, on se félicite d’un «feel good factor» post-olympique et post-jubilé royal, prolongé par l’engouement autour de la naissance du prince George, la victoire d’Andy Murray à Wimbledon et des expositions événements ­comme «Pompéi» au British ­Museum ou «David Bowie» au Victoria & Albert. Facteur exceptionnel contribuant à l’attrait de la capitale britannique: les touristes ont en plus pu profiter d’un été magnifique.

 Voir également:

La France a perdu sa place de cinquième puissance économique mondiale
Le Figaro
Jean-Pierre Robin, Service infographie du Figaro
06/01/2015

INFO LE FIGARO – Notre pays a été dépassé en 2014 par le Royaume-Uni, dont le PIB est supérieur au nôtre.

Voilà une bien triste nouvelle pour François Hollande et l’orgueil national: «La France, c’est un grand pays ; elle est la cinquième puissance économique du monde», avait affirmé le président de la République le soir de la Saint-Sylvestre lors de ses vœux aux Français. Le propos se voulait roboratif, «un message de confiance et de volonté», avait-il lui-même annoncé. Hélas, trois fois hélas, au moment même où le chef de l’État rappelait ce fameux classement – une habitude bien ancrée de sa part -, il n’était déjà plus valable.

Certes, la France était effectivement «la cinquième puissance économique du monde» encore en 2013. Son PIB (produit intérieur brut), la richesse créée annuellement, la seule mesure de la puissance économique, arrivait au 5e rang, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Or celui-ci nous devance désormais: en 2014, le PIB britannique aura dépassé de 98 milliards d’euros celui de la France (2232 milliards d’euros pour le premier et 2134 milliards pour le second). Ces chiffres figurent dans un document de la Commission européenne consultable sur son site.

À cette période de l’année, il s’agit bien sûr encore d’une estimation. Mais contrairement aux prévisions qui peuvent se révéler fausses, cette évaluation comptable, qui marque une différence de près de 4,5 % entre les deux pays, ne sera en aucun cas remise en cause lors de la publication définitive des bilans 2014 dans quelques semaines.

Trois explications: la croissance, l’inflation et la force du sterling
Il s’agit en réalité d’un secret de polichinelle, et tous les économistes qui suivent ces questions le savaient: «Sur les quatre derniers trimestres dont on connaît les résultats – du quatrième trimestre 2013 au troisième de 2014 -, les calculs font apparaître que le PIB français a été de 2134 milliards d’euros en France et de 2160 milliards d’euros outre-Manche», observe Jean-Luc Proutat, économiste à BNP Paribas.

François Hollande aurait dû s’en douter, ou faire confirmer son information par ses conseillers, avant d’entonner l’antienne «France cinquième puissance», une contre-vérité désormais. Car le revers de fortune français intervenu l’an dernier n’a rien de mystérieux. Il est le produit de trois éléments: une croissance économique beaucoup plus rapide pour l’économie britannique, un rythme d’inflation également plus soutenu outre-Manche et, last but not least, la réappréciation substantielle de la livre sterling.

Rappelons qu’en 2013 le PIB anglais était inférieur de 97 milliards d’euros au nôtre (respectivement 2017 et 2114 milliards d’euros). Or il a bénéficié d’une croissance en volume de 3 % en 2014, ce qui lui a permis de progresser d’une soixantaine de milliards d’euros. De même l’inflation britannique a été de l’ordre de 1,5 %, d’où à nouveau une augmentation de 30 à 40 milliards d’euros. À quoi s’est ajoutée la revalorisation de la livre sterling, de 5,4 % vis-à-vis de l’euro, ce qui a permis de gonfler le PIB des Anglais d’environ 126 milliards d’euros. De son côté, la France n’a bénéficié que d’une croissance de 0,4 % et d’une inflation du même ordre ; du coup, son PIB nominal ne s’est accru que de 20 milliards d’euros à peine, selon la Commission européenne.

Le Royaume-Uni historiquement devant la France
Ces chiffres sont connus de tous. On s’étonne que Laurence Boone, la conseillère économique de l’Élysée, observatrice avisée de l’économie britannique, n’ait pas attiré l’attention de son patron. De leur côté, nos amis anglais se sont abstenus pour le moment de faire sonner tambours et trompettes après leur victoire sur les «froggies» (les Français mangeurs de grenouilles). Il y a quelques semaines, David Cameron, le premier ministre, se battait bec et ongles avec Bruxelles pour ne pas payer le surcroît de la contribution britannique au budget européen, laquelle résulte mécaniquement des bonnes performances de son pays.

Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Honneur au vainqueur.

Voir encore:

« Face à Londres, Paris manque d’un brin de folie »
Jean-Baptiste Daubié
Le Figaro

16/01/2014
VOTRE AVIS – Alors que Londres vient de détrôner Paris comme ville la plus visitée du monde, les internautes du Figaro.fr s’interrogent sur les raisons du désamour des touristes pour la capitale française.

Aphrodisiaque, Bertrand Delanoë? Moins que son homologue londonien Boris Johnson si l’on en croit l’afflux de touristes qui se pressent dans la capitale britannique. Londres vient en effet de ravir à Paris la place de première ville touristique du monde. Mais comment nos voisins d’outre-Manche ont-ils réussi ce hold-up? Les internautes du Figaro sont sans appel sur les raisons de cette destitution. Mais ils ne désespèrent pas: Paris peut reprendre sa place.

Londres et Paris, «c’est la nuit et le jour», explique Serge, qui a fait récemment un voyage à dans la capitale britannique. «Il existe des amendes allant jusqu’à 1000 livres si on laisse déféquer les animaux dans la rue», raconte-t-il: la saleté est en effet l’un des points de comparaison les plus relevées entre nos capitales. «De gros efforts doivent être faits sur la propreté» résume positif23 . «Les transports en commun parisiens sont en retard de 40 ans sur les autres métropoles comparables», ajoute-t-il, tandis que le voyant fait remarquer que «le métro londonien, lui, est propre et a été entièrement rénové».

«Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner»
Il faut croire que les Français ont le dénigrement facile, car la litanie des tares de notre capitale ne s’arrête pas là: «À Paris, on y va pour se faire agresser!», fustige ainsi Hélène. Johnny se plaint lui du nombre «de délinquants sur les Champs-Elysées». En réponse, Serge fait valoir qu’à Londres, «vous n’êtes pas obligé de surveiller vos sacs et poches en permanence!»

Ensuite, il manque aussi à Paris «de la bonne humeur et un brin de folie» explique Hughes. «Nos chauffeurs de taxi et garçons de café repoussent toutes les clientèles», regrette ainsi positif23 . «L’accueil à Londres est bien plus sympathique», témoigne Annick. «Les Londoniens sont bien moins sectaires que les Français et ont le sourire» ajoute ViveleRoy . «Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner» résume Hélène.

«Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique»
Toutefois, chacun conviendra que ces critiques ne sont pas nouvelles: comment expliquer alors que Londres ne dépasse Paris qu’aujourd’hui? La réponse est à trouver dans les évènements récents où la capitale britannique a été le centre d’attention du monde entier, comme les Jeux Olympiques de 2012, le mariage princier ou le Jubilé de diamant de la reine Élisabeth II. «Nous étions à Londres avant les Jeux Olympiques et sommes revenus totalement charmés» , témoigne ainsi Alice . «Paris est tournée vers son passé alors que Londres est une ville dynamique» constate bastilleparis . «Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique» s’inquiète donc génius .

«Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées!», proteste bastilleparis . «Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir», s’agace S S 4 .

Faut-il désespérer d’attirer à nouveau les touristes? Non, répondent plusieurs internautes: «En terme de patrimoine architectural, Paris reste largement supérieure à Londres» rappelle wushin , «J’ai l’habitude de voyager, et j’aime Paris», ajoute Annick. «Il faut seulement savoir se remettre en question» conseille Daisy . «Déçue par les mauvaises surprises de Paris, une jeune amie de Hong Kong est allée visiter Strasbourg et a été séduite par ses petites rues charmantes et proprettes» témoigne Alice . Alors, chiche?

Voir de plus:

La France championne du monde des prestations sociales
Le Figaro Service infographie du Figaro
25/11/2014

INFOGRAPHIE – Elles représentent près de 32% du PIB de l’Hexagone, contre 22% en moyenne pour l’OCDE.

Les dépenses sociales sont en baisse en Grèce ou au Canada, mais restent toutefois élevées dans la plupart des pays de l’OCDE avec en moyenne 22% du PIB, la France étant la plus généreuse (près de 32%), selon de nouvelles données rendues publiques lundi soir. Ces dernières années, les dépenses allouées aux allocations chômage, maladie ou autres aides sociales ont connu des baisses importantes au Canada, en Allemagne, Islande, Irlande ou encore au Royaume-Uni, indique l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

La Grèce enregistre la baisse la plus rapide (-2 points), après avoir taillé drastiquement dans les salaires des fonctionnaires, de médecins, des pensions retraite, détaille Maxime Ladaique, statisticien à la division des politiques sociales de l’OCDE. Toutefois, dans la majorité des pays, les niveaux restent historiquement élevés. Quatre pays consacrent plus de 30% de leur PIB aux dépenses sociales: la France, la Finlande, la Belgique et le Danemark. En Italie, en Autriche, en Suède, en Espagne et en Allemagne, elles représentent plus d’un quart du PIB.

A l’opposé, Turquie, Corée, Chili et Mexique dépensent moins de 15% de leur PIB pour les prestations sociales. Les trois derniers pays sont actuellement un niveau similaire à ceux des pays européens dans les années 1960. Comparé au niveau de 2007 d’avant-crise, le ratio dépenses sociales/ PIB a augmenté de 4 points en Belgique, Danemark en Irlande et au Japon. Il est en baisse au Luxembourg, en Espagne et en Finlande.

La santé, un poste de plus en plus important
Dans le détail, les pays consacrent en moyenne davantage de dépenses aux prestations en espèces (12,3% du PIB) qu’aux services sociaux et de santé (8,6% du PIB). Mais dans les pays scandinaves, au Canada, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, un meilleur équilibre entre les prestations en espèces et les prestations en nature est fait, remarque l’OCDE.
Ainsi les dépenses liées aux personnes âgées, aux maisons de retraite, aux personnes handicapées ou encore aux crèches sont importantes en Suède (7,5% du PIB) et au Danemark (7%), contre 3% en France ou 1% en Italie et en Pologne. Les pays scandinaves «sont très développés» et comptabilisent de nombreuses institutions pour accueillir les personnes âgées ou les enfants en bas âge, explique l’expert.

Les prestations en espèces ciblées sur la population dans la vie active représentent 4,4 % du PIB en moyenne dans les pays de l’OCDE: près de la moitié (1,8%) au titre des prestations invalidité/accidents du travail, 1,3 % pour les prestations familiales, 1 % du PIB pour les indemnités de chômage, et le reste pour des transferts sociaux.

La santé (coût des hôpitaux, médecins, médicaments) est un poste de plus en plus important pour les dépenses publiques, passé de 4% du PIB en 1980 à 6% en 2012. Cette augmentation s’explique entre autres par le coût de la technologie et une proportion de personnes âgées plus importante.

Les retraites pèsent aussi plus lourd pour les comptes publics. Depuis 1980, les dépenses pour les pensions par rapport au PIB ont augmenté de 2 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. En France, elles représentent près d’un tiers des dépenses sociales.

Autre élément mis en lumière par l’OCDE: l’utilisation de prestations sous conditions de ressources est beaucoup plus répandue dans les pays anglophones et non européens que dans les pays d’Europe continentale. En Australie, plus de 40% des aides sociales vont par exemple aux 20% de la population la moins riche. Ce pourcentage tombe à environ 17% en France où les bénéficiaires d’aides sont beaucoup moins ciblés.

(AFP)

Guerre des taxis : cow-boys contre monopole
Le Monde

25.06.2015

Edito du « Monde ». En dépit de l’appel au calme lancé à l’Assemblée nationale, mardi 23 juin, par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, la guerre des taxis est déclarée. Larvée depuis des mois, elle menace de dégénérer. Après les manifestations musclées, menaces et agressions de ces derniers jours dans plusieurs villes de France, le blocage de Paris et de ses aéroports, jeudi 25 juin, émaillé de violents incident, en témoigne.

Les belligérants sont connus. D’un côté, les taxis professionnels, formés et titulaires d’un certificat de capacité, adossés à un monopole vieux de plusieurs décennies, protégés par le numerus clausus qui en limite le nombre de façon drastique, indépendants ou salariés de grosses sociétés comme G7 ou les Taxis bleus à Paris. Depuis des lustres, ils ont su défendre bec et ongles leurs intérêts et leur profession.

De l’autre, l’entreprise californienne Uber, créée en 2009, et qui a connu un développement fulgurant au point d’être actuellement valorisée 40 milliards de dollars. Grâce à une application pour smartphones, disponible dans le monde entier, elle entend casser le monopole des taxis en mettant directement en relation des clients et des voitures avec chauffeur (VTC). Tant que la concurrence se jouait entre les taxis professionnels et les VTC, y compris ceux d’Uber, autorisés et réglementés par la loi Thévenoud votée en octobre 2014, la situation était à peu près sous contrôle.

Mais Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs.

Archaïsmes
C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. Elle a ainsi suscité quatre questions prioritaires de constitutionnalité, visant à faire annuler par le Conseil constitutionnel telle ou telle disposition de la loi Thévenoud. La dernière en date, qui porte précisément sur l’activité d’UberPop, ne sera pas examinée avant l’automne.

En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels.

Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables.

Voir de même:

Uber annonce la suspension d’UberPop en France dès ce soir

Le Monde Economie

03.07.2015

Propos recueillis par Jean-Baptiste Jacquin

A l’issue d’une folle semaine commencée jeudi 25 juin par une grève des taxis émaillée de violence et marquée par le renvoi en correctionnelle des deux patrons d’Uber pour l’Europe et la France, le géant américain jette l’éponge en France. Dans un entretien au Monde, Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France, annonce la « suspension » d’UberPop, ce service qui permet à des particuliers de s’improviser chauffeurs de taxi avec leur voiture de tous les jours. Une volte-face. Ignorant les multiples proclamations d’illégalité, la société californienne continuait de déployer son service en attendant que la justice tranche de façon définitive. Uber, dont la principale activité reste les voitures de transport avec chauffeur (VTC), veut faire sauter les verrous qui entravent ce marché naissant.

Manuel Valls s’est réjoui vendredi de la décision d’Uber, en déclarant que « c’est une profession qui a besoin de règles ».

Pourquoi continuer à proposer le service UberPop en France alors que toutes les autorités du pays vous demandent d’arrêter cette activité ?

« Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud »

Nous avons décidé de suspendre UberPop en France, dès 20 heures ce vendredi soir [3 juillet]. En premier lieu pour préserver la sécurité des chauffeurs Uber, ce qui a toujours été notre priorité. Ils ont été victimes d’actes de violence ces derniers jours. La seconde raison est que nous souhaitons nous situer dans un esprit d’apaisement, de dialogue avec les pouvoirs publics et montrer que l’on prend nos responsabilités. Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud [qui organise la concurrence des taxis] concernant UberPop.

C’est la première fois qu’Uber renonce dans le monde à un service sans y avoir été contraint par la justice. Est-ce le signe d’une inflexion de votre stratégie ?

Non, nous avons déjà retiré le service UberX à Portland [Etats-Unis]. Le facteur principal ici n’est pas la contrainte mais la violence.

L’action de la police ces derniers jours n’avait-elle pas déjà réduit à néant l’activité d’UberPop ?

Pas du tout. Près de 10 000 conducteurs occasionnels en France sont inscrits sur la plateforme UberPop, dont 4 000 ont été actifs la semaine dernière. Tout ce bruit a plutôt fait de la publicité pour la plateforme.

Que vont devenir les chauffeurs UberPop ?

87 % des chauffeurs UberPop ont une autre activité à côté. Leur recette moyenne annuelle est de 8 200 euros, ce qui correspond environ aux coûts annuels de leur véhicule. Je tiens à les remercier ici pour leur calme et leur attitude exemplaire malgré les difficultés et la violence. UberPop leur offrait une opportunité réelle d’arrondir leurs fins de mois, alors que le pays en manque cruellement. Nous allons les aider.

Etait-ce responsable de les inciter il y a encore huit jours à rejoindre UberPop en leur affirmant que c’était juridiquement sûr ?

On a toujours été responsable, contrairement à certains acteurs qui n’ont pas clairement condamné les violences. Notre priorité est maintenant de trouver un moyen de remettre ces milliers de conducteurs sur la route. C’est vital pour eux et leur famille. On va les aider dans la course d’obstacles pour devenir VTC [véhicule de transport avec chauffeur]. Parce que les faits démontrent que la réglementation ne fonctionne absolument pas.

La loi Thévenoud ne permet-elle pas le développement du marché des VTC, en le démarquant à la fois des taxis et de services illégaux tels UberPop ?

C’est le contraire. Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport.

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité

Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?

Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque.

Après vous être comporté en cow-boy, comment pensez-vous être crédible pour proposer des mesures aux taxis ?

Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France.

Vous risquez une peine de prison. Avez-vous songé à quitter Uber ?

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore de très belles choses à faire. Cette entreprise fait débat partout, cela vient du succès et de la puissance d’une idée.

Voir par ailleurs:

Une économie grecque à bout de souffle
Dette publique, chômage, recul de l’activité… Tous les clignotants sont au rouge.
La Croix
5/7/15

Pour la Grèce, le drame qui se joue en ce moment, est un peu celui d’une décennie perdue, avec un PIB, autrement dit une richesse nationale, qui a perdu plus du quart de sa valeur, pour revenir quasiment à son niveau de 1999, juste avant l’entrée du pays dans la zone euro. L’an dernier, le PIB par habitant atteignait environ 22 000 €.

Le taux de chômage a, quant à lui, explosé depuis le déclenchement de la crise, pour être aujourd’hui le plus élevé de la zone euro. Il touche 25,6 % de la population active (presque 60 % chez les moins de 25 ans), contre 7 %, à son plus bas niveau en 2007. Il atteignait 10,5 % lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro, en 2001.

Une situation qui continue de se dégrader
Déficit public, recul de l’activité… Aujourd’hui, tous les clignotants de l’économie grecque sont dans le rouge. L’activité a reculé de 0,2% au premier trimestre 2015, deuxième trimestre consécutive de recul. Après six ans de récession, le pays avait pourtant renoué avec une timide croissance de 0,7% en 2014, dopée surtout par une bonne saison touristique.

Les comptes publics se dégradent aussi très rapidement. Dans sa dernière prévision, établie en mai, la Commission européenne prévoyait un déficit de 2,1 % cette année, puis de 2,2 % en 2016. En début d’année, elle tablait pourtant sur un excédent de 1,1 %, puis de 1,6 %.

La dette grecque, déjà la plus élevée de la zone euro, devrait elle aussi exploser pour atteindre 180,2 % cette année, avant de légèrement refluer à 173,5 % en 2016. En février, la Commission européenne prévoyait une dette à 170,2 % en 2015, et 159,2 % l’an prochain.

Un niveau de dette insoutenable
Avec la crise financière et le laxisme des gouvernements successifs, la dette publique grecque est passée de 107% du PIB en 2007 à 177% en 2014, soit 317 milliards d’euros, selon Eurostat. Un niveau qualifié aujourd’hui d’« insoutenable » par le FMI.

Un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros avait pourtant été accordé à la Grèce en 2010 par l’Union européenne, la BCE et le FMI. Mais la situation ne s’est pas redressée au contraire.

Un second plan de sauvetage a été mis en place en 2012, combinant 130 milliards de prêts supplémentaires et un effacement de 107 milliards de la dette détenue par les créanciers privés.

L’absence de réformes structurelles
L’économie grecque reste minée par la corruption, le clientélisme et le travail au noir. Dans un pays sans cadastre, le fait de ne pas payer d’impôt est depuis longtemps un sport national. En 2012, le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux Nikos Lekkas avait ainsi évalué le manque à gagner à 40 à 45 milliards d’euros par an, soit 12 à 15% du PIB.

La Grèce souffre aussi d’une bureaucratie étouffante et d’une lourdeur administrative, peu propice aux investissements, malgré les subventions massives accordées par l’Union européenne pour le développement du pays.

Les finances publiques grecques sont structurellement déficitaires et le poids des retraites reste un fardeau, représentant 16% du PIB, selon le FMI, soit le niveau le plus élevé d’Europe. Les réformes entamées en 2010 en ce domaine n’ont pas suffi et de nouvelles économies seront nécessaires.

Une économie fermée
L’économie reste peu productive, relativement fermée sur elle-même. Les exportations grecques de biens et de services ne représentent ainsi que 30% de son PIB, et ses importations 34%.

L’an dernier, la balance commerciale de la Grèce affichait un déficit de 20,5 milliards d’euros. « Partout en Europe, on trouve de l’huile d’olive italienne ou espagnole, mais pas d’huile d’olive grecque », souligne, à titre d’exemple, Olivier Passet, économiste chez Xerfi.

Jean-Claude Bourbon

Voir aussi:

Edito: Grèce, fuite en avant
Vincent Slits

La Libre Belgique

28 juin 2015

En Grèce, les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 6 juillet
Sous le choc de la crise grecque, les bourses européennes chutent
Après l’annonce du contrôle des capitaux, les Grecs à la fois inquiets et résignés
Les banques grecques et la Bourse d’Athènes fermées ce lundi
EditoMais comment en sommes-nous arrivés là ? Il y a un peu moins d’une semaine, un accord semblait à portée de main pour éviter un défaut de paiement de la Grèce et le risque d’un « Grexit » qui plongerait alors l’ensemble de la zone euro en terres inconnues. On le sait, un « deal » – extension du programme d’assistance financière à la Grèce contre réformes (retraites, TVA, fiscalité…) et économies budgétaires – est durement négocié, depuis cinq mois, entre Athènes et ses créanciers. Et alors qu’un nouvel Eurogroupe était convoqué samedi dans l’espoir de conclure, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en annonçant la tenue le 5 juillet d’un référendum sur l’acception ou non des propositions des créanciers.

Le Premier ministre grec sortait ainsi de sa manche son ultime carte, celle qui était censée faire plier les créanciers et ouvrir la voie à une restructuration de la dette grecque. L’objectif est totalement manqué. Ce chantage à la voix du peuple n’aura fait que cabrer les partenaires européens, torpillant les derniers espoirs d’éviter le pire.

Sans même parler de la légalité de ce référendum ou de la pertinence de son objet, Tsipras s’est décrédibilisé sur la scène européenne dans cette « opération kamikaze » dont ses concitoyens risquent d’être les premières victimes. La panique bancaire, l’effondrement du système financier grec et la banqueroute économique du pays ne sont plus très loin.

Si le pari de Tsipras est irresponsable, les dirigeants européens devraient s’interroger sur les racines de cette fuite en avant grecque. L’humiliation du peuple grec, écrasé par des mesures d’austérité aveugles qui ont anéanti un quart de son économie et l’absence de perspectives de sortie de crise, pousse aux solutions les plus radicales car les plus désespérées. Il est moins une pour éviter le chaos. Chacun doit y mettre du sien. Et avoir enfin le courage politique d’aborder la problématique de la dette sans tabous.

Voir également:

Suivez « Victoria » jusqu’au bout de la nuit
Thriller. « Victoria » vous embarque dans une course incessante de plus de deux heures, filmée d’une traite par Sebastian Schipper.
Paris-Normandie
le 30/06/2015

Grand Prix du jury au dernier Festival international du film policier de Beaune, Victoria a également reçu les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure photographie, meilleure musique au Deutscher Filmpreis, l’équivalent de nos César… Et pour combler son réalisateur, Sebastian Schipper, la Berlinale 2015 lui a décerné l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique. De quoi susciter une curiosité qui n’est pas sans rappeler l’effet Cours Lola, cours en 1999.

Le pitch est pourtant banal : il est presque 6 heures du matin lorsque Victoria, installée à Berlin depuis trois mois, sort d’une boîte de nuit avec Sonne et sa bande, dont elle vient de faire la connaissance. Grisée par l’alcool, la jeune fille plutôt sage accepte de les suivre jusqu’au lever du jour et l’ouverture du bar où elle travaille. Une décision hasardeuse qui ne sera pas sans conséquence.

La particularité artistique du film, c’est qu’il s’agit d’un long plan séquence de 2 h 10. Tout simplement parce que Sebastian Schipper filme en temps réel cette fin de nuit et ce lever du jour que vivent Victoria, Sonne et ses amis. Il ne s’agit pas seulement d’une prouesse technique qui a dû demander des heures de répétitions et de mises en place. Non, il s’agit d’un choix narratif qui place le spectateur dans le même état que ses personnages : à bout de souffle, à force d’avoir dansé sur des musiques frénétiques, déambulé dans la ville, couru d’un lieu à l’autre, monté des étages, grimpé des échelles, et fui des dangers plus ou moins effrayants.

La virée commence par de gentils bobards racontés par des garçons fanfarons, le chapardage potache de cannettes de bières. Elle se poursuit sur un joli moment intime et émouvant entre Victoria et Sonne, attirés l’un par l’autre. Le lever du jour sera le moment de vérité, celui où Victoria accepte de participer à une équipée beaucoup plus risquée.

La jeune Laïa Costa, d’une fraîcheur déroutante, nous fait partager son envie de suivre ces inconnus plus bras cassés que braqueurs. Il faut dire que Frederick Lau fait de Sonne un garçon craquant. L’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre est crédible, tout comme leur solidarité au groupe.

Geneviève Cheval

Victoria

De Sebastian Schipper (Allemagne, 2 h 10) avec Laia Costa, Frederick Lau…

 Voir enfin:

Entretien
“Victoria”, “un projet fou qui nous rappelle combien il est fou de tourner un film”

Jérémie Couston
Télérama

03/07/2015

En un seul et unique plan-séquence, Sebastian Schipper filme les pérégrinations nocturnes d’une jeune Espagnole à Berlin. Une prouesse technique sur fond de thriller épileptique que nous décrypte le cinéaste allemand.
Sebastian Schipper n’enseigne pas à l’école de cinéma de Berlin comme on peut le lire sur IMDb. Mais on aurait pu le croire en découvrant son quatrième long métrage, Victoria, récit d’un braquage en temps réel dans la nuit berlinoise, qui joue avec les codes du films de gangsters, tout en s’en démarquant avec fracas par sa forme. Après quelques seconds rôles, notamment dans Cours, Lola, cours, petit film culte allemand de la fin du siècle dernier, et trois réalisations inédites en France, Sebastian Schipper sera donc le cinéaste qui a réussi la prouesse de tourner un film d’action en un seul plan-séquence de deux heures et vingt minutes. On s’attendait à rencontrer un jeune technicien survolté parlant avec exaltation de son exploit. On est tombé sur un élégant brun aux yeux bleus, de 47 ans, qui boit du Darjeeling et préfère les métaphores aux marques de caméras.

La question qui brûle les lèvres, c’est évidemment celle de l’absence ou non de trucage pour réaliser ce plan-séquence…

Est-ce que l’Allemagne a gagné 7-1 contre le Brésil ? C’est incroyable, mais c’est arrivé. Si vous ne voyez pas de coupes, c’est sans doute qu’il n’y en a pas. En vérité, il y a trois moments où j’aurais pu couper car la lumière était très faible mais je ne l’ai pas fait. J’aurais pu, à l’étalonnage, éclaircir ces scènes pour bien montrer que la caméra ne s’arrête pas mais j’ai préféré les laisser sombres car je n’ai pas fait ce film pour le Guinness des records.

En même temps, je suis obligé de vous croire…

A Berlin [où le film a commencé sa carrière], Dieter [Kosslick, le directeur du festival] est venu me trouver le jour de la présentation officielle en me disant qu’il avait croisé une personne qui avait des informations selon lesquelles mon film comportait trois coupes. La théorie du complot appliquée au cinéma. Pour la balle magique qui a tué Kennedy ou la mort d’Oussama Ben Laden, je n’en sais rien, mais je détiens la vérité pour mon film ! Et je suis en mesure d’affirmer qu’il a été tourné en un seul plan. Un jour, un journaliste a pris une photo d’un criminel avec son smartphone et ce dernier a été localisé et arrêté grâce aux informations contenues dans le fichier numérique. Une image comporte toujours des éléments invisibles à l’œil nu. C’est fascinant. On aurait sans doute pu réaliser des coupes « invisibles » mais le public s’en serait, d’une manière ou d’une autre, rendu compte.

“Eliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur.”
Cela a dû être une organisation démente, des répétitions interminables, non ?

Tous les films sont éprouvants. Celui-ci pas plus qu’un autre. Je pense que la folie de ce projet nous rappelle combien il est fou de tourner un film. Et que la professionnalisation du cinéma d’aujourd’hui est peut-être une fausse route. Vouloir à tout prix éliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur. Tous les acteurs professionnels savent parfaitement comment prononcer une réplique quand la caméra les cadre en gros plan. Gros plan qui sera parfaitement éclairé par un chef opérateur très professionnel et parfaitement voulu par un réalisateur tout aussi professionnel. Quelque chose s’est perdu dans tout ce professionnalisme.

Qu’a-t-on perdu ?

Prenons deux films de mon panthéon personnel, A bout de souffle et Apocalypse Now, deux films très différents dans leur forme mais qui ont en commun d’avoir été tournés de façon non professionnelle si l’on considère les standards actuels. D’après ce que je sais du tournage d’A bout de souffle, il y avait beaucoup d’improvisation, des horaires très flexibles, Godard lui-même hésitait pas mal dans sa mise en scène, se laissant guider par l’inspiration du moment. Quant à Apocalypse Now, le documentaire sur le tournage, Heart of darkness, est presque aussi célèbre que le film. Je ne me compare pas du tout à ces deux monstres. L’an dernier, j’ai tourné un petit film un peu fou, un peu idiot, dans les rues de Berlin, en essayant simplement de retrouver cet esprit.

“C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.”
Comment prépare-t-on un tel tournage ?

Mentalement. Tous ceux qui ont été tentés avant moi de réaliser un film en un seul un plan-séquence l’ont fait en essayant d’imiter un film normal. C’est-à-dire avec d’innombrables répétitions pour atteindre la perfection, pour contrôler l’incontrôlable. Le projet qui se rapproche le plus du mien en terme de forme, c’est L’Arche russe, de Sokourov, qui a été tourné en un seul plan dans le musée de l’Ermitage mais c’est un film contrôlé de partout. Victoria, au contraire, parle de la perte de contrôle, du partage des responsabilités. C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.

Mais vous aviez des cascades à gérer, on n’improvise pas des cascades…

Une improvisation ne consiste pas à se retrouver et à jouer ensemble. Il y a des règles. Quel style de musique ? Quels instruments ? Quel rythme ? Si tu amènes une guitare électrique pour jouer The Star-Spangled Banner dans une impro de free jazz, tu te fais virer. Même la musique punk répond à un cahier des charges précis. Je suis persuadé qu’un punk ne pourrait pas boire une bière dans un verre en cristal sans se faire lyncher. Bien sûr qu’on a fait des répétitions, bien sûr que les acteurs avaient une trame pour leurs dialogues. Mais l’organisation du plateau n’a pas été le plus dur. Il fallait avant tout que le film ait l’air vivant, et que les acteurs ne donnent pas l’impression de jouer. Le plan-séquence, c’est l’outil, il faut inventer tout ce qu’il y a autour. Au 19e siècle, les peintres ont mis la peinture dans des tubes et ont pu poser leur chevalet dans la nature et enfin peindre la vie telle qu’ils la voyaient, et non plus d’après leurs souvenirs, au fond de leur atelier. Mais quand les impressionnistes sont revenus avec leurs tableaux peints sur le vif, on leur a dit qu’ils étaient affreux. Il faut s’habituer à la laideur, ne pas en avoir peur. J’ai le sentiment que les cinéastes ont abandonné l’idée de laideur, ils se sont arrêtés de progresser, d’innover. Ils se sont rendus à la beauté. Tous les films se ressemblent, ils sont impeccables, mêmes ceux tournés caméra à l’épaule. Aujourd’hui, la beauté des tableaux des impressionnistes ou du Caravage n’est plus remise en cause, c’est même devenu la quintessence de la beauté. Mais on s’interroge toujours sur celle de Francis Bacon. La plupart des cinéastes contemporains se sont arrêtés aux impressionnistes. Et il y a peu de Francis Bacon qui, tout en admirant le Caravage, ose retourner le canevas pour peindre sur le mauvais côté de la toile et voir ce qui peut surgir de cet accident. Ne pas rechercher la perfection mais le flow : c’est une expérience risquée mais enthousiasmante. Sur Victoria, on est passé pas loin de la catastrophe.

“A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.”
C’est-à-dire ?

Les deux premières prises ne m’ont pas convaincu. L’énergie n’était pas au rendez-vous. J’avais un plan B dans ma tête si le plan-séquence échouait sur la durée du film : monter le film en jump cuts [technique de montage, popularisée par Godard dans A bout de souffle, qui consiste à coller deux plans sans respecter la continuité, de façon abrupte, créant ainsi un effet de sursaut]. Le monteur a donc réalisé une version en jump cuts mais c’était encore pire, ça ne marchait pas du tout. Je me suis donc retrouvé tout à coup sans plan B. La première prise a été tournée juste après les répétitions. La seconde une dizaine de jours plus tard. Et la troisième, la bonne, quarante-huit heures après. Victoria a donc deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas très jolies à voir. Elles seront sur le dvd et tout le monde pourra juger sur pièces. A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.

Quelle caméra avez-vous utilisé ?

On s’en fout. Si je devais faire une liste des dix choses les plus importantes pour ce film, la caméra n’y serait pas. Vous avez raison, il y a deux ou trois ans, la peinture en tube n’existait pas mais j’ai l’impression qu’on parle trop de tube et de peinture. Pour vous répondre franchement, notre budget était serré, nous avons donc demandé au fabricant de nous prêter une caméra pour tourner le film. Ce qu’il a refusé. Je ne vais donc pas lui faire de la pub en le citant.

“Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer.”
La scène du hold-up avec Victoria qui attend dans la voiture est une citation de Gun Crazy, non ?

Je n’ai jamais vu Gun Crazy ! Bacon et Le Caravage ont tous les deux peint un pape, mais leurs tableaux sont très différents. Je vénère certains réalisateurs comme Godard ou Coppola et j’allume volontiers une bougie à l’église pour eux, mais quand je sors de l’église, j’essaie de ne plus y penser. Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer. Quand un groupe entre en studio pour enregistrer un nouvel album, je préfère imaginer qu’il ne passe pas son temps à écouter ses disques préférés.

Quel type de cours dispensez-vous à l’école de cinéma de Berlin ?
Mais je n’ai jamais enseigné le cinéma, ni à Berlin ni ailleurs ! J’ignore pourquoi cette information s’est retrouvée sur internet. Vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Cela dit, l’an dernier, j’ai proposé à l’école Otto-Falkenberg à Munich, dans laquelle j’ai étudié le métier d’acteur, de leur organiser un atelier car je crois avoir compris quelques trucs sur la façon de réagir face à une caméra. Ils m’ont proposé de venir une fois parler de mon expérience devant les élèves mais j’ai refusé, je voulais faire un atelier et sans être payé. Ma proposition tient toujours.

Un commentaire pour Mondialisation: A bout de souffle (After the title of world’s tourist capital, employment-law inflexible Paris to lose NYT’s European headquarters to London)

  1. jcdurbant dit :

    CHRISTIAN IDEAS GONE MAD (When sanctuary cities turn into safe heavens for criminals: Repeat felon and 5-time deportee who shot a young woman on San Francisco pier says he chose city for its sanctuary policies)

    We have a city law, ordnance, that makes it very clear that we don’t turn people over to I.C.E.

    Freya Horne (Attorney for San Francisco sheriff department)

    « Sanctuary policies — official or otherwise, result in safe havens (or safer havens) for illegal aliens involved in a variety of criminal enterprises — since their illegal schemes are less likely to be uncovered and face less risk of deportation if caught by local law enforcement. Sanctuary policies also provide an environment helpful to Latin American drug cartels, gangs, and terrorist cells — since their activities are less likely to be detected and reported by law enforcement. »

    Website

    « I firmly believe it makes us safer. We’re a world-renowned city with a large immigrant population. … From a law enforcement perspective, we want to build trust with that population. »

    San Francisco Sheriff Ross Mirkarimi

    Proponents say that by encouraging members of immigrant communities to work with police without fear of deportation, such policies help authorities improve public safety by helping authorities identify and arrest dangerous criminals who might otherwise go undetected. Supporters say such policies are widely supported by police groups such as the International Association of Chiefs of Police and chiefs from the nation’s largest police departments because they help communities unite to fight crime.

    More than 200 state and local jurisdictions have policies that call for not honoring U.S. Immigration and Customs Enforcement detention requests, the agency’s director, Sarah Saldana, told Congress in March.

    The sanctuary movement is said to have grown out of efforts by churches in the 1980s to provide sanctuary to Central Americans fleeing violence at home amid reluctance by the federal government to grant them refugee status. It’s also a product of the long-running national immigration debate, in which officials in some more diverse and liberal communities sometimes take issue with aggressive immigration enforcement efforts.

    http://edition.cnn.com/2015/07/06/us/san-francisco-killing-sanctuary-cities/

    tragic shooting at a popular tourist site in California. A young woman killed by an illegal immigrant, a repeat felon who had been deported five times. This is tragic on every level. It raises an awful question. Did a gap in our nation’s immigration system cost this victim her life? US Officials are now pointing a finger at local law enforcement saying they handed over Sanchez to San Francisco authorities to face a local drug charge after spending time in federal prison. The feds claim they asked in writing to be notified when Sanchez’s local case was completed. Local officials say after the drug charges were dropped, they had no legal reason to hold him.

    Did you keep coming back to San Francisco because you knew they wouldn’t look for you to deport you? Yes.

    http://abcnews.go.com/GMA/video/san-francisco-shooter-states-chose-city-sanctuary-policies-32245573

    http://abcnews.go.com/WNT/video/sf-shooter-convicted-felon-deported-times-322395

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