Islam: Voici revenu le temps des Assassins ! (Marx on Islam: How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran?)

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Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Cela fait un an maintenant qu’est apparu au grand jour l’Etat islamique (EI). Et l’on ne peut que constater qu’il a lancé les « festivités » de cet anniversaire, malgré les bombardements qu’il subit. Tout cela accompagne le début du ramadan la semaine dernière. L’EI a appelé la quasi-totalité de ses sympathisants à fêter cette première année par tous les moyens et partout dans le monde. Selon moi, les attentats perpétrés à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), à Sousse et à Koweït City s’inscrivent dans cette macabre célébration. C’est un terrible pied de nez adressé à la communauté internationale. Et ce n’est que le début.(…) Souvenons-nous : l’EI a commencé son offensive au début du ramadan 2014. Il a déclaré le califat le 30 juin 2014. Je pense donc que cela risque de culminer dans les semaines à venir. En outre, le mois de ramadan est considéré comme propice au jihad. Je crains donc que nous soyons face au lancement d’une campagne d’attentats. (…) on n’est pas assez conscients de la portée symbolique des dates et des lieux. Désormais, l’EI se considère comme un Etat, gère les territoires comme tel, avec un gouvernement, une administration et un agenda. Nous sommes bel et bien face à un Etat terroriste. Mathieu Guidère
Seifeddine Rezgui was high on cocaine as he murdered British tourists on the beach, it emerged today. A stimulant, believed to the class A drug or one similar to it, was detected by doctors during a post-mortem examination, the Daily Mail has been told. (…) IS fighters are known to take doses of cocaine to make them feel invincible on the battlefield. An informed source said: ‘The autopsy proves that the terrorist used some drugs before he did the attack – the same drug that IS gives to people who do terrorist attacks – so that he will not understand what he is doing.’ A hotel worker named Houssem told the Mail: ‘He was laughing as he was shooting. When he had finished and he had killed everyone, he did not care, he did not try to run. He was smiling, he was happy.’ The Daily Mail
Many scholars have argued, and demonstrated convincingly, that the attribution of the epithet « hashish eaters » or « hashish takers » is a misnomer derived from enemies of the Isma’ilis and was never used by Muslim chroniclers or sources. It was therefore used in a pejorative sense of « enemies » or « disreputable people ». This sense of the term survived into modern times with the common Egyptian usage of the term Hashasheen in the 1930s to mean simply « noisy or riotous ». It is unlikely that the austere Hassan-i Sabbah indulged personally in drug taking … there is no mention of that drug hashish in connection with the Persian Assassins – especially in the library of Alamut (« the secret archives »). Edward Burman
Le fascisme est bien plus sain que n’importe quelle conception hédoniste de la vie (…) Alors que le socialisme et même le capitalisme – plus à contrecoeur – ont dit aux gens: « Je vous offre du bon temps », Hitler leur a dit: « Je vous offre la lutte, le danger et la mort » et le résultat a été qu’un nation entière se jeta à ses pieds. Orwell
Le fait est qu’il y a quelque chose de profondément attirant chez lui. […] Hitler sait que les êtres humains ne veulent pas seulement du confort, de la sécurité, des journées de travail raccourcies, de l’hygiène, de la contraception et du bon sens en général ; ils souhaitent aussi, au moins de temps en temps, vivre de luttes et de sacrifice de soi, sans mentionner les tambours, les drapeaux et les défilés patriotiques. George Orwell
Nous étions cons et dangereux. Yves Montand
Je suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
These extremists distort the idea of jihad into a call for terrorist murder against Christians and Hindus and Jews — and against Muslims, themselves, who do not share their radical vision. George Bush (November 11, 2005)
L’analogie que nous utilisons ici parfois, et je pense que c’est exact, c’est que si une équipe de juniors met l’uniforme des Lakers, cela n’en fait pas des Kobe Bryant. Obama (27 janvier 2014)
L’État islamique ne parle au nom d’aucune religion (…) Aucun Dieu ne soutiendrait leurs actes (…) l’État islamique n’a pas sa place au XXIe siècle. Barack Hussein Obama
Six weeks ago, Human Rights Watch documented a “system of organized rape and sexual assault, sexual slavery, and forced marriage by ISIS forces.” Their victims were mainly Yazidi women and girls as young as 12, whom they bought, sold, gang-raped, beat, tortured and murdered when they tried to escape. (…) and yet (…) the upcoming annual conference of the National Organization for Women does not list ISIS or Boko Haram on its agenda. While the most recent Women’s Studies annual conference did focus on foreign policy, they were only interested in Palestine, a country which has never existed, and support for which is often synonymous with an anti-Israel position. Privately, feminists favor non-intervention, non-violence and the need for multilateral action, and they blame America for practically everything wrong in the world. What is going on? Feminists are, typically, leftists who view “Amerika” and white Christian men as their most dangerous enemies, while remaining silent about Islamist barbarians such as ISIS. Feminists strongly criticize Christianity and Judaism, but they’re strangely reluctant to oppose Islam — as if doing so would be “racist.” They fail to understand that a religion is a belief or an ideology, not a skin color. The new pseudo-feminists are more concerned with racism than with sexism, and disproportionately focused on Western imperialism, colonialism and capitalism than on Islam’s long and ongoing history of imperialism, colonialism, anti-black racism, slavery, forced conversion and gender and religious apartheid … Phyllis Chesler
Ce sont des symptômes qui relèvent d’un désordre mental. Un mélange de haine personnelle, de marginalité, de frustration économique, d’Islam identitaire… une grande salade d’ingrédients confus avec un vernis islamique, symptomatique d’un Islam aujourd’hui atomisé, d’une doctrine éclatée – y compris le salafisme – d’un terrorisme individualisé. Cela montre une civilisation arabo-musulmane délabrée. Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien. Ceux qui prennent les armes ne connaissent même pas l’Islam. Ils mélangent le martyr avec le suicide. La théologie du martyr c’est de subir la mort ou la guerre, pas de la rechercher. Le problème c’est la lutte contre l’ignorance, la restauration du savoir et de la culture. La violence vient de l’absence de la démocratisation de la pensée en général et de la religion en particulier. Quand il n’y a pas de langage, eh bien il y a de la violence. Tareq Oubrou (recteur de la grande mosquée de Bordeaux)
Le qualificatif de terroriste est beaucoup trop général et générique. Nous avons affaire à la rencontre d’expériences personnelles et d’une figure contemporaine et mortifère de la révolte que la seule logique policière et militaire ne parviendra pas à anéantir. Les actes d’Amedy Coulibaly et des frères Kouachi, comme ceux de Mohammed Merah, viennent au terme d’histoires singulières, d’histoires françaises. Comme celles des quelque mille jeunes français partis en Syrie. Comme celle de ceux, bien plus nombreux, qui ne regardent pas forcément avec autant d’horreur que nous cette guerre annoncée contre l’occident corrupteur. De la même façon, les salafistes tunisiens dont sont issus les meurtriers du Bardo sont particulièrement bien implantés à Sidi Bouzid et Kasserine, dans le berceau de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. Pire : nombre d’entre eux ont été les acteurs de cette révolution et n’étaient pas salafistes à l’époque.  (…) Je pense qu’il nous faut comprendre que nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé, et surtout que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam », mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. Alors que les salafistes tunisiens actuels les plus actifs ne l’étaient pas lorsqu’ils étaient mobilisés contre Ben Ali, on sait que les candidats français au djihad sont bien souvent des convertis ou, à l’instar de Coulibaly et des frères Kouachi, des pratiquants tardifs. La vérité de leurs mobiles et de leur pensée ne doit pas tant être cherchée dans la théologie, de l’Islam en général ou du wahhabisme en particulier, mais bien dans la cohérence contemporaine des propositions politiques qu’ils portent. Si la confessionnalisation du monde et des affrontements est bien au cœur de ces propositions, ils sont loin d’en avoir le monopole aujourd’hui. Cette confessionnalisation en a mobilisé d’autres, en France ou ailleurs, dans la rue (la « Manif pour tous ») comme dans les gouvernements. L’événement majeur qui nous a conduits là est sans aucun doute l’effondrement des États communistes et du communisme à la fin du 20e siècle et, de proche en proche, l’effondrement de la figure moderne de la politique qui faisait de la conquête du pouvoir le levier des transformations collectives. Nous avons perdu dans le même mouvement l’espoir révolutionnaire et le sens de la représentation élective. Nous avons perdu en même temps un certain rapport populaire et politique au temps historique, dans lequel le passé permettait de comprendre le présent et le présent de préparer l’avenir. (…) Pour toute une génération qui arrive aujourd’hui à l’âge adulte, une évidence s’impose : au bout du chemin emprunté par leurs parents, qu’ils aient immigré pour une vie meilleure, milité pour des lendemains qui chantent ou œuvré à leur propre « réussite », il y a une impasse. Plus d’espoir collectif de révolution ou de progrès social et peu d’espoir de réussite individuelle. Le compte à rebours de la planète semble commencé sans que rien n’arrête la course à la catastrophe. Avec la mondialisation financière, la vie publique est dominée par la corruption des États et le mensonge des gouvernements. Dans ces conditions, les valeurs de la République peuvent apparaître quelque peu désincarnées. La référence obsessionnelle à la mémoire s’est substituée à la réflexivité du récit historique. Et nous avons perdu le sens du passé parce que nous n’avons plus de subjectivité collective de l’avenir. Tout ceci, nous le savons peu ou prou. Mais il nous faut en réfléchir les articulations et les conséquences. Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. Le seul avenir proposé est la mort : celle « des mécréants, des juifs et des croisés » comme celle des martyres qui finiront au paradis en emmenant avec eux soixante-dix personnes. Quand on a cela en tête, on comprend mieux aussi la publicité faite par Daech autour des destructions des vestiges du passé et du patrimoine culturel. Si ce passé nous a menti sur notre avenir, il ne nous servirait plus qu’à mentir encore.(…) Le salafisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, repose sur un sens donné à la vie qui ne laisse aucune place à la liberté. C’est l’islam dans une version des plus totalisantes. Un de ses attraits repose sur sa maîtrise de l’intime, la répression des désirs et des plaisirs, un cadre proposé pour tous les actes et les moments de la vie comme un acte de résistance au capitalisme et à « l’occident corrupteur ». Dans toute organisation de la révolte, il y a une figure de la libération possible et une contrainte de lutte, une discipline, et une éthique. Nous vivons l’effondrement des constructions qui ont associé ces deux dimensions à la fois libératrices et contraignantes. Le communisme a été au 20e siècle sa forme majeure. Il donnait sens à la souffrance, à la vie quotidienne en même temps qu’il proposait une subversion. Nous sommes toujours dans ce moment qui suit l’effondrement du communisme, mais aussi celui du tiers-mondisme. Le cycle politique des 19e et 20e siècles se clôt. (…) Il y a une demande de politique et de cadre qui se retrouve dans le nom que se donne ce mouvement radical, l’État islamique. Il n’a rien d’un État au sens moderne du terme : il ne garantit ni la paix ni le respect de l’altérité. Il est au contraire entièrement fondé sur la guerre et le massacre de l’autre. Il n’est ni national ni territorial, mais à vocation universaliste et multi-situé avec le jeu des « allégeances » qui ne vont que se multiplier. Mais c’est une puissance de combat au service de cette radicalité mortifère, une puissance qui – à l’instar de la puissance malfaisante du Cinquième élément de Luc Besson – se renforce et gagne en influence quand on l’attaque. (…) L’effondrement de la catégorie d’avenir dont nous avons parlé, et que l’anthropologue Arjun Appadurai a mis au centre de son dernier livre The Future as Cultural Fact : Essays on the Global Condition, est sans doute une des dimensions de la vague émeutière qui a touché le monde entier depuis le début du siècle. Ces dernières années, cette vague a été prolongée par de grandes mobilisations collectives comme ce que l’on a appelé le printemps arabe, la mobilisation brésilienne contre la Coupe du monde, la mobilisation turque contre le projet urbain de la place Taksim… Nous venons de vivre une séquence mondiale d’affrontements entre les peuples et les pouvoirs, équivalente du « Printemps des peuples » de 1848, des révolutions communistes d’après la première guerre mondiale, de 1968. Il y a deux devenirs possibles à ses séquences : la construction d’une figure durable de la révolte et de l’espoir qui s’incarne dans des mouvements politiques organisés et des perspectives institutionnelles, ou la dérive vers le désespoir et la violence minoritaire. Après 1968, on a connu les Brigades rouges, la Bande à Baader, des dérives terroristes au Japon. Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ?  Alain Bertho
Professeur à l’Université de Paris VIII, il est directeur de l’École doctorale sciences sociales (2007-2013), directeur de la Maison des sciences de l’homme de Paris Nord (2013-..) et directeur du Master « Villes et nouveaux espaces européens de gouvernance » à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris-VIII. Il est membre du Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement (UMR 7218 – équipe AUS). Il est élu président de la 20e section du Conseil national des universités (anthropologie biologique, ethnologie, préhistoire) en novembre 2011. Après vingt-sept ans d’engagement au PCF, notamment dans le mouvement des Refondateurs, il se met en congé du parti en 2003 puis le quitte l’année suivante. En 2008, il fonde avec Sylvain Lazarus l’Observatoire international des banlieues et des périphéries au sein duquel il mène des enquêtes sur les banlieues au Brésil et au Sénégal. Son site recense quotidiennement les émeutes dans le monde depuis l’année 2007. Le temps des émeutes est le titre du livre qu’il a écrit à partir de ce travail de recensement. Cet ouvrage est une analyse anthropologique de ce phénomène qui connaît un développement exponentiel et planétaire depuis quelques années. Ses travaux intellectuels se rapprochent des travaux du sociologue Zygmunt Bauman et du philosophe Giorgio Agamben. Il partage avec eux leur regard singulier sur la forme contemporaine de la mondialisation et de l’État. Travaillant également sur les questions liées à la place des métropoles et des mouvements sociaux à l’aire de la mondialisation, il rejoint intellectuellement les travaux de la sociologue Saskia Sassen et de l’anthropologue Arjun Appadurai. Comme eux, il attache beaucoup d’importance aux « préoccupations « militantes » et (porte) donc une attention plus poussée aux formes collectives de subjectivité qui émergent ». Les travaux de son ami Toni Negri, notamment ceux engagés en collaboration avec Michael Hardt sur l’Empire et la Multitude, font également partis de ses références. En somme, il qualifie l’ensemble de ces intellectuels de « sentinelles du contemporain ». Wikipedia
Depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l’islam. L’affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l’époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l’abandon de notre modèle républicain. La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d’Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d’un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu’une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d’Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d’un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû y avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n’avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. J’ai tenté d’alerter à travers des écrits et des conférences sur la gravité du phénomène de radicalisation de jeunes musulmans, pour certains récemment convertis. Mais on a parfois la terrible impression que les gens s’habituent aux violations des droits les plus fondamentaux. Il est intéressant de faire le parallèle avec la décennie noire en Algérie. Dans Gouverner au nom d’Allah, l’écrivain algérien Boualem Sansal rappelle qu’au début, personne ne prenait vraiment au sérieux le phénomène d’islamisation qui était vu comme une sorte de folklore sympathique. Lorsque les Algériens se sont réveillés, c’était le cauchemar. Le conflit a fait 300 000 morts (ndlr: les historiens avancent des chiffres compris entre 60 000 et 150 000 morts). Lorsque nous allons enfin nous réveiller, il sera trop tard. (…) Ce n’est pas parce que 4 millions de personnes ont défilé dans les rues que les choses ont changé. Je ne comprends pas comment le 11 janvier la France a pu bomber le torse et prétendre s’être relevée? Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu’elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c’est la preuve d’un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d’avoir pensé qu’ils ne pourraient pas se reproduire? Nous n’avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. La violence ne cesse de progresser et j’entends que certains trouvent encore des excuses aux islamistes! Le titre d’un article sur le site de RFI n’était-il pas: «l’enfance malheureuse des frères Kouachi»? … Il faut arrêter la langue de bois. Aujourd’hui, on ne peut plus défendre la laïcité, critiquer ou même simplement évoquer l’islam, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie par des mouvements de gauche. Tant qu’on ne prendra pas le recul nécessaire pour dénoncer certains comportements du prophète, on ne pourra arrêter le profond mouvement de régression que connaît le monde musulman depuis l’islam des lumières du XIe siècle. Au Yémen aujourd’hui, on vous explique que l’âge légal du mariage peut être abaissé à neuf ans car Mahomet a lui-même épousé une petite fille de six ans! Sur Youtube, Nada, une petite fille de 11ans que ses parents veulent marier de force lance un appel au monde occidental. En France, on ricane: «Cela concerne la péninsule arabique, pas nous!». Les Français ont tort de penser que ce qui se passe ailleurs ne les concerne pas. Les frères Kouachi sont allés s’entraîner au Yémen, Merah est allé au Pakistan. A chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. (…) nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas.  (…) Il n’y a pas que dans les cités. Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L’écrivain avait fui son pays natal, l’Autriche, chassé par le nazisme, pour l’Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n’aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l’histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, elles nous sautent même aux yeux et pourtant nous n’en tirons aucune conséquence. (…) Le monde culturel et intellectuel a également une lourde part de responsabilité. L’alliance rouge-verte symbolisé par le livre d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi. Jeannette Bougrab
Si nous prenons un peu de champ, je vois plusieurs raisons à cet invraisemblable aveuglement, à commencer par le fait que les esprits sont empoisonnés par plus d’une décennie de «trahison des clercs». Des élites passées maîtresses dans l’art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal — la haine, la terreur, l’obscurantisme — ne saurait surgir de ce qu’elles croyaient être le camp du Bien, celui des anciens damnés de la terre. Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer avec paresse un monde européen forcément coupable à un monde musulman ontologiquement innocent, est tout à fait obsolète. L’ensemble des musulmans éclairés, dont nous relayons bien peu la parole alors qu’il s’agirait d’épouser leur combat comme hier celui des dissidents du bloc soviétique, nous le répètent pourtant à longueur de journée. Mais peu importe pour nos bien-pensants de service, très présents dans les médias, qui ont préféré s’en tenir à une curieuse pratique de la pensée magique en interdisant aux faits toute incursion malvenue dans l’univers de leur croyance idéologique. En cela, oui, ils ont œuvré à notre désarmement intellectuel et moral. Cette couardise, doublée de la perte horrifiante de la lucidité la plus élémentaire, me fait penser au mot de Yves Montand à propos de sa génération, fascinée par la stalinisme: «Nous étions dangereux et cons». Avec un peu d’honnêteté, nombreux sont nos intellectuels qui, en France, seraient bien inspirés de s’approprier cette observation autocritique. J’ajouterais même un appendice: non contents d’être redevenus «dangereux et cons» depuis le 11-Septembre 2001, nos «beaux esprits» somnambules, particulièrement nombreux à gauche, se sont aussi distingués par leur insondable lâcheté. En effet, quelle est cette irresponsabilité qui, depuis des années, a poussé tant de faiseurs d’opinion — journalistes, politiques, sociologues vertueux — à s’enferrer à ce point dans le déni, à être incapables de mettre leur montre à l’heure, d’appeler un chat un chat et d’admettre que c’est l’islam radical qui, ces derniers temps, a un peu tendance à armer le bras des assassins et non des hordes de bouddhistes déchainés? N’oublions pas qu’entre le 6 et le 10, nous sommes subitement passés de la thèse, confortable mais fausse, des «loups solitaires» — et autres «enfants perdus du djihad», des formules partout reprises en cœur —, à la reconnaissance officielle d’un fléau planétaire. N’oublions pas qu’ Edwy Plenel parlait encore du terrorisme «dit islamiste» dans son livre récent, intitulé Pour les musulmans . Ou comment mélanger au passage, dans une même condescendance postcoloniale, les terroristes et leurs suppliciés. Et on pourrait multiplier les exemples à l’infini. D’ailleurs, le vendredi 26 juin au soir, les bandeaux «Encore un loup solitaire?» s’inscrivaient derechef sur nos écrans de télévision. Vertigineuse régression. Le dispositif global d’intimidation par l’«islamophobie» — l’intimidation étant caractéristique de la mentalité fasciste — a fait le reste: quiconque ne partageait pas cette vision irénique se voyait traité de raciste ou, plus à la mode, de «néo-réactionnaire». Brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Tel est à peu près l’état d’esprit toxique qui domine depuis des années en France et nous empêche, aujourd’hui encore, de percuter l’ampleur du danger. On ne réadapte pas ses catégories mentales du jour au lendemain. Plus largement, il me semble que les Européens de bonne foi ont exorcisé depuis si longtemps le cauchemar des guerres de religion qu’ils ont du mal à en imaginer le retour. Or, on peine toujours à voir ce que l’on peine à concevoir. Alexandra Laignel-Lavastine
People want to absolve Islam. It’s this ‘Islam is a religion of peace’ mantra. As if there is such a thing as ‘Islam’! It’s what Muslims do, and how they interpret their texts. Those texts are shared by all Sunni Muslims, not just the Islamic State. And these guys have just as much legitimacy as anyone else. Slavery, crucifixion, and beheadings are not something that freakish [jihadists] are cherry-picking from the medieval tradition.  Islamic State fighters “are smack in the middle of the medieval tradition and are bringing it wholesale into the present day. (…) What’s striking about them is not just the literalism, but also the seriousness with which they read these text. There is an assiduous, obsessive seriousness that Muslims don’t normally have. The Wahhabis were not wanton in their violence. They were surrounded by Muslims, and they conquered lands that were already Islamic; this stayed their hand. ISIS, by contrast, is really reliving the early period. Early Muslims were surrounded by non-Muslims, and the Islamic State, because of its takfiri tendencies, considers itself to be in the same situation. (…) The only principled ground that the Islamic State’s opponents could take is to say that certain core texts and traditional teachings of Islam are no longer valid. That really would be an act of apostasy. Bernard Haykel (Princeton)
The reality is that the Islamic State is Islamic. Very Islamic. Yes, it has attracted psychopaths and adventure seekers, drawn largely from the disaffected populations of the Middle East and Europe. But the religion preached by its most ardent followers derives from coherent and even learned interpretations of Islam. Virtually every major decision and law promulgated by the Islamic State adheres to what it calls, in its press and pronouncements, and on its billboards, license plates, stationery, and coins, “the Prophetic methodology,” which means following the prophecy and example of Muhammad, in punctilious detail. Muslims can reject the Islamic State; nearly all do. But pretending that it isn’t actually a religious, millenarian group, with theology that must be understood to be combatted, has already led the United States to underestimate it and back foolish schemes to counter it. We’ll need to get acquainted with the Islamic State’s intellectual genealogy if we are to react in a way that will not strengthen it, but instead help it self-immolate in its own excessive zeal. Without acknowledgment of these factors, no explanation of the rise of the Islamic State could be complete. But focusing on them to the exclusion of ideology reflects another kind of Western bias: that if religious ideology doesn’t matter much in Washington or Berlin, surely it must be equally irrelevant in Raqqa or Mosul. When a masked executioner says Allahu akbar while beheading an apostate, sometimes he’s doing so for religious reasons.(…) Some observers have called for escalation, including several predictable voices from the interventionist right (Max Boot, Frederick Kagan), who have urged the deployment of tens of thousands of American soldiers. These calls should not be dismissed too quickly: an avowedly genocidal organization is on its potential victims’ front lawn, and it is committing daily atrocities in the territory it already controls.(…) It would be facile, even exculpatory, to call the problem of the Islamic State “a problem with Islam.” The religion allows many interpretations, and Islamic State supporters are morally on the hook for the one they choose. And yet simply denouncing the Islamic State as un-Islamic can be counterproductive, especially if those who hear the message have read the holy texts and seen the endorsement of many of the caliphate’s practices written plainly within them. Graeme Wood
We seem to have gone from one extreme to the other. Now that Islam is no longer demonised, it seems it can do no wrong. Perhaps the truth is that the two opposing strands need to be held together, instead of dismissing one or the other. The reality of Islam is more complex. Islam actually means « submission » – not quite the same as « peace ». Many horrific acts have been, and continue to be, perpetrated in the name of Islam, just as they have in the name of Christianity. But, unlike Islam, Christianity does not justify the use of all forms of violence. Islam does. (…)  The contradictory reactions to the terrorist attacks – official condemnation at leadership level and support among many people – are an indication that Islam is not always « a religion of peace ». There are so many Muslims rejoicing at the tragic loss of American lives and the humiliation of the American government that they cannot be dismissed as « a few extremists ». Sura 9, verse 5 of the Koran reads, « Then fight and slay the Pagans wherever ye find them. And seize them, beleaguer them, And lie in wait for them, In every stratagem (of war). » (…) In the Muslim faith, the Koran is believed to be the very word of God, applying to all people, in all times, in all places. It is the source of the Muslim faith and the law that orders the Islamic way of life. Killing is not totally forbidden: in fact, it was through conquest that Islam spread. In Indonesia today, non-Muslims are offered a choice of conversion to Islam or death. The argument that the above verse was written to refer only to a particular time and people is not valid. The Koran is considered immutable – a fact that has been repeatedly employed to justify verses that are discriminatory toward women, such as the unequal inheritance shares given to women in line with Sura 4, verse 11. The development of Shariah, Islamic law, created a society where non-Muslims lived as second-class citizens subject to and humiliated by numerous laws. Those who converted from Islam to another religion were killed, a practice that continues in Afghanistan, Iran and Saudi Arabia. Koran Sura 5, verse 85, which speaks of enmity between Muslims and non-Muslims, reads: « Strongest among men in enmity to the Believers wilt thou Find the Jews and Pagans. » The World Trade Centre attack cannot be dismissed as merely the work of a small group of extremists. The Muslims celebrating the tragedy in America are doubtless recalling the words of the Koran, urging Muslims to « fight a mighty nation, fight them until they embrace Islam ». Sheikh Omar Bakri Mohamed, leader of the radical Islamic organisation Al-Muhajiroun, last week indicated that civilian targets were wrong, but military and government targets are legitimate. The Kuwaiti paper Al-Watan argued in favour of the Islamic justification for killing non-combatants. It referred specifically to Jews, but its argument could apply to any non-combatants living in a democracy. Citizens vote for the government and pay taxes to support it. And so, the argument goes, citizens can be considered as potential soldiers or as being « involved in complementary activities ». To recognise that no culture or people are without fault and that all should be subject to criticism is not racism; it is an honesty that emphasises our common humanity. The way to increase respect between people of different faiths is not to gloss over our problems but to admit them, face up to them and together seek to deal with them. Violence occurs in all religions, but in most it is not sanctioned and although there might be moderate elements within Islam, it is the extremist elements that have tended to dominate the development of the religion, with often tragic consequences. Patrick Sookhdeo
The reality is that the Islamic State is Islamic. Very Islamic. Yes, it has attracted psychopaths and adventure seekers, drawn largely from the disaffected populations of the Middle East and Europe. But the religion preached by its most ardent followers derives from coherent and even learned interpretations of Islam. Virtually every major decision and law promulgated by the Islamic State adheres to what it calls, in its press and pronouncements, and on its billboards, license plates, stationery, and coins, “the Prophetic methodology,” which means following the prophecy and example of Muhammad, in punctilious detail. Muslims can reject the Islamic State; nearly all do. But pretending that it isn’t actually a religious, millenarian group, with theology that must be understood to be combatted, has already led the United States to underestimate it and back foolish schemes to counter it. We’ll need to get acquainted with the Islamic State’s intellectual genealogy if we are to react in a way that will not strengthen it, but instead help it self-immolate in its own excessive zeal. Without acknowledgment of these factors, no explanation of the rise of the Islamic State could be complete. But focusing on them to the exclusion of ideology reflects another kind of Western bias: that if religious ideology doesn’t matter much in Washington or Berlin, surely it must be equally irrelevant in Raqqa or Mosul. When a masked executioner says Allahu akbar while beheading an apostate, sometimes he’s doing so for religious reasons.(…) Some observers have called for escalation, including several predictable voices from the interventionist right (Max Boot, Frederick Kagan), who have urged the deployment of tens of thousands of American soldiers. These calls should not be dismissed too quickly: an avowedly genocidal organization is on its potential victims’ front lawn, and it is committing daily atrocities in the territory it already controls.(…) It would be facile, even exculpatory, to call the problem of the Islamic State “a problem with Islam.” The religion allows many interpretations, and Islamic State supporters are morally on the hook for the one they choose. And yet simply denouncing the Islamic State as un-Islamic can be counterproductive, especially if those who hear the message have read the holy texts and seen the endorsement of many of the caliphate’s practices written plainly within them. Graeme Wood
 Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles. L’Infidèle est « harby », c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l’Islam. Comment, donc, l’existence de chrétiens sujets de la Porte [l’empire turc] peut-elle être conciliée avec le Coran ?  Si une ville, dit la législation musulmane, se rend par capitulation, et que ses habitants deviennent « rayahs », c’est à dire sujets du prince musulmans sans abandonner leur foi, ils doivent payer le « kharatch » (capitation ou taxe par tête), quand ils obtiennent une trêve des fidèles, et il est alors interdit de confisquer leurs biens et de prendre leurs maisons … Dans ce cas, leurs églises deviennent une partie de leurs patrimoine, et ils ont le droit d’y prier. Mais ils n’ont pas le droit d’en construire de nouvelles. Ils ont seulement le droit de les réparer, et de reconstruire les parties détruites. A période régulière, des commissaires du gouverneur de la province doivent inspecter les églises et les sanctuaires des Chrétiens, afin de vérifier qu’aucune nouvelle construction n’a été érigée sous prétexte de réparation. Si une ville est conquise par la force, les habitants conservent leurs églises, mais seulement comme lieu de refuge, et ils n’ont plus le droit d’y prier »(…) Les Musulmans forment environ un quart de l’ensemble de la population composée de Turcs, d’Arabes et de Maures qui sont évidemment les maîtres à tous égards puisqu’ils ne sont aucunement affectés par la faiblesse de leur gouvernement situé à Constantinople. Rien n’égale la misère et les souffrances des Juifs de Jérusalem, qui résident dans le quartier le plus infect de la ville que l’on appelle le hareth-el-yahoud, ce quartier d’immondices compris entre les monts Sion et Moriah où sont situés leurs synagogues – objets constants de l’oppression et de l’intolérance des Musulmans, exposés aux insultes des Grecs, persécutés par les Latins, et ne vivant que des aumônes à peine suffisantes transmises par leurs frères d’Europe. Les Juifs ne sont cependant pas des indigènes et seuls les attirent à Jérusalem le désir d’habiter la Vallée de Josaphat ainsi que celui de mourir sur le lieu même où ils attendent la rédemption. ’Attendant leur mort’, écrit un auteur français, ’ils souffrent et ils prient. Leurs regards tournés vers ce Mont Moriah où s’éleva autrefois le Temple du Liban ( ?), et dont ils n’osent s’approcher, ils versent des larmes sur les infortunes de Sion et sur leur dispersion à travers le monde.  Karl Marx (New-York Herald Tribune, 15 avril 1854)

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

En ce temps  revenu des assassins  et premier anniversaire de l’Etat Islamique …

Où l’on se gorge de cocaïne pour célébrer et faire respecter à coups de kalachnikovs le jeûne du Ramadan

Où, pour assouvir une vengeance personnelle dans son travail ou dans sa vie familiale, il faut dorénavant fracasser un avion entier

Ou, tout en criant Allah Akbar et en déployant son drapeau noir, découper son patron au couteau de boucher et faire sauter une usine à gaz ….

Et où, après avoir abandonné l’Irak et bientôt l’Afghanistan aux djihadistes et se refusant toujours à nommer la cible de ses discrètes éliminations ciblées, le prétendu chef du Monde libre n’a pas de mots assez durs pour ceux qui insultent l’islam tout  prônant, à condition qu’il soit arc-en-ciel, l’amour pour tous (robots compris !) …

Pendant qu’étrangement silencieuses face aux exactions djihadistes, nos féministes n’ont d’yeux que pour les nouveaux damnés de la terre palestiniens …

Et qu’après le court sursaut de janvier dernier, nos orphelins du communisme nous confirment que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam » mais plutôt à une « islamisation de la révolte radicale » …

Comment ne pas repenser …

A la fameuse tribune du New York Herald de 1854 …

Où, au lendemain de la déclaration de la Guerre de Crimée, un certain Karl Marx posait la question de l’existence de chrétiens sujets de l’empire turc face à un Coran …

Qui, disait-il, reprenant largement des écrits du diplomate français César Famin, divise le monde en territoires, entre Fidèles et Infidèles et entre Paix et Guerre, et réduit chrétiens comme juifs à l’oppression et à la misère ?

Declaration of War. – On the History of the Eastern Question
Karl Marx
New-York Herald Tribune
March 28, 1854
First published: in the New-York Daily Tribune, April 15;
Transcribed: by Andy Blunden;
London, Tuesday, March 28, 1854

War has at length been declared. The Royal Message was read yesterday in both Houses of Parliament; by Lord Aberdeen in the Lords, and by Lord J. Russell in the Commons. It describes the measures about to be taken as “active steps to oppose the encroachments of Russia upon Turkey.” To-morrow The London Gazette will publish the official notification of war, and on Friday the address in reply to the message will become the subject of the Parliamentary debates.

Simultaneously with the English declaration, Louis Napoleon has communicated a similar message to his Senate and Corps Législatif.

The declaration of war against Russia could no longer be delayed, after Captain Blackwood, the bearer of the Anglo-French ultimatissimum to the Czar, had returned, on Saturday last, with the answer that Russia would give to that paper no answer at all. The mission of Capt. Blackwood, however, has not been altogether a gratuitous one. It has afforded to Russia the month of March, that most dangerous epoch of the year, to Russian arms.

The publication of the secret correspondence between the Czar and the English Government, instead of provoking a burst of public indignation against the latter, has – incredibile dictu – the signal for the press, both weekly and daily, for congratulating England on the possession of so truly national a Ministry. I understand, however, that a meeting will be called together for the purpose of opening the eyes of a blinded British public on the real conduct of the Government. It is to be held on Thursday next in the Music Hall, Store-st.; and Lord Ponsonby, Mr. Layard, Mr. Urquhart, etc., are expected to take part in the proceedings.

The Hamburger Correspondent has the following:

“According to advices from St. Petersburg, which arrived here on the 16th inst., the Russian Government proposes to publish various other documents on the Eastern question. Among the documents destined for publication are some letters written by Prince Albert.”

It is a curious fact that the same evening on which the Royal Message was delivered in the Commons, the Government suffered their first defeat in the present session; the second reading of the Poor-Settlement and Removal bill having, notwithstanding the efforts of the Government, been adjourned to the 28th of April, by a division of 209 to 183. The person to whom the Government is indebted for this defeat, is no other than my Lord Palmerston.

“His lordship,” says The Times of this day, “has managed to put himself and his colleagues between two fires (the Tories and the Irish party) without much prospect of leaving them to settle it between themselves.”

We are informed that on the 12th inst. a treaty of triple alliance was signed between France, England and Turkey, but that, notwithstanding the personal application of the Sultan to the Grand Mufti, the latter supported by the corps of the Ulemas, refused to issue his fetva sanctioning the stipulation about the changes in the situation of the Christians in Turkey, as being in contradiction with the precepts of the Koran. This intelligence must be looked upon as being the more important, as it caused Lord Derby to make the following observation:

“I will only express my earnest anxiety that the Government will state whether there is any truth in the report that has been circulated during the last few days that in this convention entered into between England, France and Turkey, there are articles which will be of a nature to establish a protectorate on our part as objectionable at least, as that which, on the part of Russia, we have protested against.”

The Times of to-day, while declaring that the policy of the Government is directly opposed to that of Lord Derby adds:

“We should deeply regret if the bigotry of the Mufti or the Ulemas succeeded in opposing any serious resistance to this policy.”

In order to understand both the nature of the relations between the Turkish Government and the spiritual authorities of Turkey, and the difficulties in which the former is at present involved, with respect to the question of a protectorate over the Christian subjects of the Porte, that question which ostensibly lies at the bottom of all the actual complications in the East, it is necessary to cast a retrospective glance at its past history and development.

The Koran and the Mussulman legislation emanating from it reduce the geography and ethnography of the various people to the simple and convenient distinction of two nations and of two countries; those of the Faithful and of the Infidels. The Infidel is “harby,” i.e. the enemy. Islamism proscribes the nation of the Infidels, constituting a state of permanent hostility between the Mussulman and the unbeliever. In that sense the corsair-ships of the Berber States were the holy fleet of Islam. How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran?

“If a town,” says the Mussulman legislation, “surrenders by capitulation, and its habitants consent to become rayahs, that is, subjects of a Mussulman prince without abandoning their creed, they have to pay the kharatch (capitation tax), when they obtain a truce with the faithful, and it is not permitted any more to confiscate their estates than to take away their houses…. In this case their old churches form part of their property, with permission to worship therein. But they are not allowed to erect new ones. They have only authority for repairing them, and to reconstruct their decayed portions. At certain epochs commissaries delegated by the provincial governors are to visit the churches and sanctuaries of the Christians, in order to ascertain that no new buildings have been added under pretext of repairs. If a town is conquered by force, the inhabitants retain their churches, but only as places of abode or refuge, without permission to worship.”

Constantinople having surrendered by capitulation, as in like manner has the greater portion of European Turkey, the Christians there enjoy the privilege of living as rayahs, under the Turkish Government. This privilege they have exclusively by virtue of their agreeing to accept the Mussulman protection. It is, therefore, owing to this circumstance alone, that the Christians submit to be governed by the Mussulmans according to Mussulman law, that the patriarch of Constantinople, their spiritual chief, is at the same time their political representative and their Chief Justice. Wherever, in the Ottoman Empire, we find an agglomeration of Greek rayahs; the Archbishops and Bishops are by law members of the Municipal Councils, and, under the direction of the patriarch, [watch] over the repartition of the taxes imposed upon the Greeks. The patriarch is responsible to the Porte as to the conduct of his co-religionists. Invested with the right of judging the rayahs of his Church, he delegates this right to the metropolitans and bishops, in the limits of their dioceses, their sentences being obligatory for the executive officers, kadis, etc., of the Porte to carry out. The punishments which they have the right to pronounce are fines, imprisonment, the bastinade, and exile. Besides, their own church gives them the power of excommunication. Independent of the produce of the fines, they receive variable taxes on the civil and commercial law-suits. Every hierarchic scale among the clergy has its moneyed price. The patriarch pays to the Divan a heavy tribute in order to obtain his investiture, but he sells, in his turn, the archbishoprics and bishoprics to the clergy of his worship. The latter indemnify themselves by the sale of subaltern dignities and the tribute exacted from the popes. These, again, sell by retail the power they have bought from their superiors, and traffic in all acts of their ministry, such as baptisms, marriages, divorces, and testaments.

It is evident from this exposé that this fabric of theocracy over the Greek Christians of Turkey, and the whole structure of their society, has its keystone in the subjection of the rayah under the Koran, which, in its turn, by treating them as infidels – i.e., as a nation only in a religious sense – sanctioned the combined spiritual and temporal power of their priests. Then, if you abolish their subjection under the Koran by a civil emancipation, you cancel at the same time their subjection to the clergy, and provoke a revolution in their social, political and religious relations, which, in the first instance, must inevitably hand them over to Russia. If you supplant the Koran by a code civil, you must occidentalize the entire structure of Byzantine society.

Having described the relations between the Mussulman and his Christian subject, the question arises, what are the relations between the Mussulman and the unbelieving foreigner?

As the Koran treats all foreigners as foes, nobody will dare to present himself in a Mussulman country without having taken his precautions. The first European merchants, therefore, who risked the chances of commerce with such a people, contrived to secure themselves an exceptional treatment and privileges originally personal, but afterward extended to their whole nation. Hence the origin of capitulations. Capitulations are imperial diplomas, letters of privilege, octroyed by the Porte to different European nations, and authorizing their subjects to freely enter Mohammedan countries, and there to pursue in tranquillity their affairs, and to practice their worship. They differ from treaties in this essential point, that they are not reciprocal acts contradictorily debated between the contracting parties, and accepted by them on the condition of mutual advantages and concessions. On the contrary, the capitulations are one-sided concessions on the part of the Government granting them, in consequence of which they may be revoked at its pleasure. The Porte has, indeed, at several times nullified the privileges granted to one nation, by extending them to others; or repealed them altogether by refusing to continue their application. This precarious character of the capitulations made them an eternal source of disputes, of complaints on the part of Embassadors, and of a prodigious exchange of contradictory notes and firmans revived at the commencement of every new reign.

It was from these capitulations that arose the right of a protectorate of foreign powers, not over the Christian subjects of the Porte – the rayahs – but over their co-religionists visiting Turkey or residing there as foreigners. The first power that obtained such a protectorate was France. The capitulations between France and the Ottoman Porte made in 1535, under Soliman the Great and Francis I; in 1604 under Ahmed I and Henry IV; and in 1673 under Mohammed IV and Louis XIV, were renewed, confirmed, recapitulated, and augmented in the compilation of 1740, called “ancient and recent capitulations and treaties between the Court of France and the Ottoman Porte, renewed and augmented in the year 1740, A.D., and 1153 of the Hegira, translated (the first official translation sanctioned by the Porte) at Constantinople by M. Deval; Secretary Interpreter of the King, and his first Dragoman at the Ottoman Porte.” Art. 32 of this agreement constitutes the right of France to a protectorate over all monasteries professing the Frank religion to whatever nation they may belong, and of the Frank visitors of the Holy Places.

Russia was the first power that, in 1774, inserted the capitulation, imitated after the example of France, into a treaty – the treaty of Kainardji. Thus, in 1802, Napoleon thought fit to make the existence and maintenance of the capitulation the subject of an article of treaty, and to give it the character of synallagmatic contract.

In what relation then does the question of the Holy Places stand with the protectorate?

The question of the Holy Shrines is the question of a protectorate over the religious Greek Christian communities settled at Jerusalem, and over the buildings possessed by them on the holy ground, and especially over the Church of the Holy Sepulcher. It is to be understood that possession here does not mean proprietorship, which is denied to the Christians by the Koran, but only the right of usufruct. This right of usufruct excludes by no means the other communities from worshipping in the same place; the possessors having no other privilege besides that of keeping the keys, of repairing and entering the edifices, of kindling the holy lamp, of cleaning the rooms with the broom, and of spreading the carpets, which is an Oriental symbol of possession. In the same manner now, in which Christianity culminates at the Holy Place, the question of the protectorate is there found to have its highest ascension.

Parts of the Holy Places and of the Church of the Holy Sepulcher are possessed by the Latins, the Greeks, the Armenians, the Abyssinians, the Syrians, and the Copts. Between all these diverse pretendents there originated a conflict. The sovereigns of Europe who saw, in this religious quarrel, a question of their respective influences in the Orient, addressed themselves in the first instance to the masters of the soil, to fanatic and greedy Pashas, who abused their position. The Ottoman Porte and its agents adopting a most troublesome système de basculea gave judgment in turns favorable to the Latins, Greeks, and Armenians, asking and receiving gold from all hands, and laughing at each of them. Hardly had the Turks granted a firman, acknowledging the right of the Latins to the possession of a contested place, when the Armenians presented themselves with a heavier purse, and instantly obtained a contradictory firman. Same tactics with respect to the Greeks, who knew, besides, as officially recorded in different firmans of the Porte and “hudjets” (judgments) of its agents, how to procure false and apocryph titles. On other occasions the decisions of the Sultan’s Government were frustrated by the cupidity and ill-will of the Pashas and subaltern agents in Syria. Then it became necessary to resume negotiations, to appoint fresh commissaries, and to make new sacrifices of money. What the Porte formerly did from pecuniary considerations, in our days it has done from fear, with a view to obtain protection and favor. Having done justice to the reclamations of France and the Latins, it hastened to make the same conditions to Russia and the Greeks, thus attempting to escape from a storm which it felt powerless to encounter. There is no sanctuary, no chapel, no stone of the Church of the Holy Sepulcher, that had been left unturned for the purpose of constituting a quarrel between the different Christian communities.

Around the Holy Sepulcher we find an assemblage of all the various sects of Christianity, behind the religious pretensions of whom are concealed as many political and national rivalries.

Jerusalem and the Holy Places are inhabited by nations professing religions: the Latins, the Greeks, Armenians, Copts, Abyssinians, and Syrians. There are 2,000 Greeks, 1,000 Latins, 350 Armenians, 100 Copts, 20 Syrians, and 20 Abyssinians = 3,490. In the Ottoman Empire we find 13,730,000 Greeks, 2,400,000 Armenians, and 900,000 Latins. Each of these is again subdivided. The Greek Church, of which I treated above, the one acknowledging the Patriarch of Constantinople, essentially differs from the Greco-Russian, whose chief spiritual authority is the Czar; and from the Hellens, of whom the King and the Synod of Athens are the chief authorities. Similarly, the Latins are subdivided into the Roman Catholics, United Greeks, and Maronites; and the Armenians into Gregorian and Latin Armenians – the same distinctions holding good with the Copts and Abyssinians. The three prevailing religious nationalities at the Holy Places are the Greeks, the Latins, and the Armenians. The Latin Church may be said to represent principally Latin races, the Greek Church, Slav, Turko-Slav, and Hellenic races; and the other churches, Asiatic and African races.

Imagine all these conflicting peoples beleaguering the Holy Sepulcher, the battle conducted by the monks, and the ostensible object of their rivalry being a star from the grotto of Bethlehem, a tapestry, a key of a sanctuary, an altar, a shrine, a chair, a cushion – any ridiculous precedence!

In order to understand such a monastical crusade it is indispensable to consider firstly the manner of their living, and secondly, the mode of their habitation.

“All the religious rubbish of the different nations,” says a recent traveler, “live at Jerusalem separated from each other, hostile and jealous, a nomade population, incessantly recruited by pilgrimage or decimated by the plague and oppressions. The European dies or returns to Europe after some years; the pashas and their guards go to Damascus or Constantinople; and the Arabs fly to the desert. Jerusalem is but a place where every one arrives to pitch his tent and where nobody remains. Everybody in the holy city gets his livelihood from his religion – the Greeks or Armenians from the 12,000 or 13,000 pilgrims who yearly visit Jerusalem, and the Latins from the subsidies and aims of their co-religionists of France, Italy, etc.”

Besides their monasteries and sanctuaries, the Christian nations possess at Jerusalem small habitations or cells, annexed to the Church of the Holy Sepulcher, and occupied by the monks, who have to watch day and night that holy abode. At certain periods these monks are relieved in their duty by their brethren. These cells have but one door, opening into the interior of the Temple, while the monk guardians receive their food from without, through some wicket. The doors of the Church are closed, and guarded by Turks, who don’t open them except for money, and close it according to their caprice or cupidity.

The quarrels between churchmen are the most venomous, said Mazarin. Now fancy these churchmen, who not only have to live upon, but live in, these sanctuaries together!

To finish the picture, be it remembered that the fathers of the Latin Church, almost exclusively composed of Romans, Sardinians, Neapolitans, Spaniards and Austrians, are all of them jealous of the French protectorate, and would like to substitute that of Austria, Sardinia or Naples, the Kings of the two latter countries both assuming the title of King of Jerusalem; and that the sedentary population of Jerusalem numbers about 15,500 souls, of whom 4,000 are Mussulmans and 8,000 Jews. The Mussulmans, forming about a fourth part of the whole, and consisting of Turks, Arabs and Moors, are, of course, the masters in every respect, as they are in no way affected with the weakness of their Government at Constantinople. Nothing equals the misery and the sufferings of the Jews at Jerusalem, inhabiting the most filthy quarter of the town, called hareth-el-yahoud, the quarter of dirt, between the Zion and the Moriah, where their synagogues are situated – the constant objects of Mussulman oppression and intolerance, insulted by the Greeks, persecuted by the Latins, and living only upon the scanty alms transmitted by their European brethren. The Jews, however, are not natives, but from different and distant countries, and are only attracted to Jerusalem by the desire of inhabiting the Valley of Jehosaphat, and to die in the very places where the redemptor is to be expected.

“Attending their death,” says a French author, “they suffer and pray. Their regards turned to that mountain of Moriah, where once rose the temple of Solomon, and which they dare not approach, they shed tears on the misfortunes of Zion, and their dispersion over the world.”

To make these Jews more miserable, England and Prussia appointed, in 1840, an Anglican bishop at Jerusalem, whose avowed object is their conversion. He was dreadfully thrashed in 1845, and sneered at alike by Jews, Christians and Turks. He may, in fact, be stated to have been the first and only cause of a union between all the religions at Jerusalem.

It will now be understood why the common worship of the Christians at the Holy Places resolves itself into a continuance of desperate Irish rows between the diverse sections of the faithful; but that, on the other hand, these sacred rows merely conceal a profane battle, not only of nations but of races; and that the Protectorate of the Holy Places which appears ridiculous to the Occident but all important to the Orientals is one of the phases of the Oriental question incessantly reproduced, constantly stifled, but never solved.

Voir aussi:

A religion that sanctions violence
Patrick Sookhdeo
The Daily Telegraph
September 17, 2001

UNTIL recently, Islam has had a negative and violent image in the West, but now the trend is to focus on Islam as a religion of peace. Since the World Trade Centre attack, there has been a flood of statements and articles making these assertions. A recent BBC2 series formed part of this trend, as did John Casey’s article in praise of Islam in this newspaper. These sentiments were echoed by Tony Blair: last week he said that « such acts of infamy and cruelty are wholly contrary to the Islamic faith ».

We are often told that the word Islam means « peace ». We seem to have gone from one extreme to the other. Now that Islam is no longer demonised, it seems it can do no wrong. Perhaps the truth is that the two opposing strands need to be held together, instead of dismissing one or the other. The reality of Islam is more complex. Islam actually means « submission » – not quite the same as « peace ». Many horrific acts have been, and continue to be, perpetrated in the name of Islam, just as they have in the name of Christianity.

But, unlike Islam, Christianity does not justify the use of all forms of violence. Islam does.There have been reports that Muslims fear revenge attacks. In America and Britain, there have been stories of intimidation. Attacks on Muslims and on peace can never be justified, but the answer is not to forfeit justice or to ignore truth.

The contradictory reactions to the terrorist attacks – official condemnation at leadership level and support among many people – are an indication that Islam is not always « a religion of peace ». There are so many Muslims rejoicing at the tragic loss of American lives and the humiliation of the American government that they cannot be dismissed as « a few extremists ».

Sura 9, verse 5 of the Koran reads, « Then fight and slay the Pagans wherever ye find them. And seize them, beleaguer them, And lie in wait for them, In every stratagem (of war). » The note that accompanies this verse in the respected A Yusuf Ali translation states that « when war becomes inevitable it must be pursued with vigour. The fighting may take the form of slaughter, or capture, or siege, or ambush and other stratagems.

« In the Muslim faith, the Koran is believed to be the very word of God, applying to all people, in all times, in all places. It is the source of the Muslim faith and the law that orders the Islamic way of life. Killing is not totally forbidden: in fact, it was through conquest that Islam spread. In Indonesia today, non-Muslims are offered a choice of conversion to Islam or death. The argument that the above verse was written to refer only to a particular time and people is not valid. The Koran is considered immutable – a fact that has been repeatedly employed to justify verses that are discriminatory toward women, such as the unequal inheritance shares given to women in line with Sura 4, verse 11.

The development of Shariah, Islamic law, created a society where non-Muslims lived as second-class citizens subject to and humiliated by numerous laws. Those who converted from Islam to another religion were killed, a practice that continues in Afghanistan, Iran and Saudi Arabia. Koran Sura 5, verse 85, which speaks of enmity between Muslims and non-Muslims, reads: « Strongest among men in enmity to the Believers wilt thou Find the Jews and Pagans. »

The World Trade Centre attack cannot be dismissed as merely the work of a small group of extremists. The Muslims celebrating the tragedy in America are doubtless recalling the words of the Koran, urging Muslims to « fight a mighty nation, fight them until they embrace Islam ». Sheikh Omar Bakri Mohamed, leader of the radical Islamic organisation Al-Muhajiroun, last week indicated that civilian targets were wrong, but military and government targets are legitimate. The Kuwaiti paper Al-Watan argued in favour of the Islamic justification for killing non-combatants. It referred specifically to Jews, but its argument could apply to any non-combatants living in a democracy. Citizens vote for the government and pay taxes to support it. And so, the argument goes, citizens can be considered as potential soldiers or as being « involved in complementary activities ».

To recognise that no culture or people are without fault and that all should be subject to criticism is not racism; it is an honesty that emphasises our common humanity. The way to increase respect between people of different faiths is not to gloss over our problems but to admit them, face up to them and together seek to deal with them. Violence occurs in all religions, but in most it is not sanctioned and although there might be moderate elements within Islam, it is the extremist elements that have tended to dominate the development of the religion, with often tragic consequences.

(Patrick Sookhdeo is the director of the Institute for the Study of Islam and Christianity)

Voir encore:

Alain Bertho : « Une islamisation de la révolte radicale »

Entretien par Catherine Tricot

Regards

11 mai 2015

Pour prendre la mesure des attentats de janvier et comprendre comment la révolte peut prendre de telles formes, Alain Bertho nous invite à appréhender le point de vue de leurs auteurs, et souligne l’absence actuelle de toute proposition de radicalité positive.

Le récent essai d’Emmanuel Todd Qui est Charlie ? a déjà fait couler beaucoup d’encre. Alain Bertho part de prémisses proches des siennes. Mais son cheminement ultérieur diffère sensiblement.

Alain Bertho est anthropologue, directeur de la Maison des sciences de l’homme de Paris-Nord. Il travaille depuis dix ans sur les émeutes urbaines dans le monde. Entretien extrait de L’Enquête sur l’engagement des jeunes du numéro de printemps de Regards.

Regards. Comment avez-vous interprété les attaques terroristes du début d’année à Paris ?

Alain Bertho. Quelques jours après les attentats des 7 et 9 janvier, j’ai lu Underground. Dans ce livre basé essentiellement sur des entretiens, le romancier japonais Haruki Murakami tente de comprendre l’attaque meurtrière au gaz sarin perpétrée par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995. Il a pour cela interrogé des victimes, dont il restitue les témoignages singuliers, et des membres de la secte. Son travail montre à quel point, dans ce genre de situations, deux expériences subjectives irréconciliables sont en concurrence sur le sens de l’événement : celle des victimes et celles des meurtriers. En réalité, l’expérience des victimes est celle d’un pourquoi sans réponse. La répétition en boucle des témoignages et de l’extrême douleur ne produit pas de sens. Cette expérience de souffrance physique et subjective est la matière première possible pour construire des énoncés sur la période qui s’ouvre. On l’a vu en janvier en France, on l’a revu à Tunis en mars. Quand « les mots ne suffisent plus », voire quand « il n’y a pas de mots » pour le dire, c’est que l’événement est au sens propre « impensable ». C’est ce que nous montre Haruki Murakami dans les deux tiers de son livre consacrés aux passagers du métro dont la vie a été bouleversée, voire anéantie par l’attentat. Mais ce qui fait le sens de l’acte et assure sa continuité subjective avant, pendant et après, c’est ce que pensent ceux qui en ont été les acteurs ou auraient pu l’être. C’est ce qu’interroge Haruki Murakami en donnant la parole à des membres d’Aum. Il nous donne à lire une intellectualité en partage entre quelques assassins et de beaucoup plus paisibles Japonais au nom desquels les meurtres ont été commis. Il nous montre comment, si le passage à l’acte est toujours exceptionnel, il s’enracine dans une vision du monde et une expérience partagée. C’est l’élément qui nous manque aujourd’hui pour comprendre complètement les 7-8-9 janvier 2015.

« Nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé ni à une « radicalisation de l’Islam » mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. »

Comment reconstituer, compléter le tableau ?

À notre tour, nous devons faire ce travail et comprendre le sens des meurtres de Paris. Notre subjectivité, et on peut le comprendre, s’y est refusée. Nous avons été sidérés, choqués. Pour faire le deuil de ce traumatisme, il a été nécessaire de construire un récit qui n’est pas celui des meurtriers. Mais malgré l’horreur que cela nous inspire, il faut pourtant comprendre le sens qu’ils ont donné à leur acte. Le qualificatif de terroriste est beaucoup trop général et générique. Nous avons affaire à la rencontre d’expériences personnelles et d’une figure contemporaine et mortifère de la révolte que la seule logique policière et militaire ne parviendra pas à anéantir. Les actes d’Amedy Coulibaly et des frères Kouachi, comme ceux de Mohammed Merah, viennent au terme d’histoires singulières, d’histoires françaises. Comme celles des quelque mille jeunes français partis en Syrie. Comme celle de ceux, bien plus nombreux, qui ne regardent pas forcément avec autant d’horreur que nous cette guerre annoncée contre l’occident corrupteur. De la même façon, les salafistes tunisiens dont sont issus les meurtriers du Bardo sont particulièrement bien implantés à Sidi Bouzid et Kasserine, dans le berceau de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. Pire : nombre d’entre eux ont été les acteurs de cette révolution et n’étaient pas salafistes à l’époque.

Est-ce que des événements passés peuvent aider à comprendre ce qui s’enracine ici et maintenant ? Comment comprenez-vous la conversion à l’Islam de jeunes sans rapport aucun avec la culture arabe, parfois issus de milieux très engagés à gauche ?

Je pense qu’il nous faut comprendre que nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé, et surtout que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam », mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. Alors que les salafistes tunisiens actuels les plus actifs ne l’étaient pas lorsqu’ils étaient mobilisés contre Ben Ali, on sait que les candidats français au djihad sont bien souvent des convertis ou, à l’instar de Coulibaly et des frères Kouachi, des pratiquants tardifs. La vérité de leurs mobiles et de leur pensée ne doit pas tant être cherchée dans la théologie, de l’Islam en général ou du wahhabisme en particulier, mais bien dans la cohérence contemporaine des propositions politiques qu’ils portent. Si la confessionnalisation du monde et des affrontements est bien au cœur de ces propositions, ils sont loin d’en avoir le monopole aujourd’hui. Cette confessionnalisation en a mobilisé d’autres, en France ou ailleurs, dans la rue (la « Manif pour tous ») comme dans les gouvernements. L’événement majeur qui nous a conduits là est sans aucun doute l’effondrement des États communistes et du communisme à la fin du 20e siècle et, de proche en proche, l’effondrement de la figure moderne de la politique qui faisait de la conquête du pouvoir le levier des transformations collectives. Nous avons perdu dans le même mouvement l’espoir révolutionnaire et le sens de la représentation élective. Nous avons perdu en même temps un certain rapport populaire et politique au temps historique, dans lequel le passé permettait de comprendre le présent et le présent de préparer l’avenir.

« Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. »

Quelles formes prend la rupture de ce lien ?

Pour toute une génération qui arrive aujourd’hui à l’âge adulte, une évidence s’impose : au bout du chemin emprunté par leurs parents, qu’ils aient immigré pour une vie meilleure, milité pour des lendemains qui chantent ou œuvré à leur propre « réussite », il y a une impasse. Plus d’espoir collectif de révolution ou de progrès social et peu d’espoir de réussite individuelle. Le compte à rebours de la planète semble commencé sans que rien n’arrête la course à la catastrophe. Avec la mondialisation financière, la vie publique est dominée par la corruption des États et le mensonge des gouvernements. Dans ces conditions, les valeurs de la République peuvent apparaître quelque peu désincarnées. La référence obsessionnelle à la mémoire s’est substituée à la réflexivité du récit historique. Et nous avons perdu le sens du passé parce que nous n’avons plus de subjectivité collective de l’avenir. Tout ceci, nous le savons peu ou prou. Mais il nous faut en réfléchir les articulations et les conséquences. Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. Le seul avenir proposé est la mort : celle « des mécréants, des juifs et des croisés » comme celle des martyres qui finiront au paradis en emmenant avec eux soixante-dix personnes. Quand on a cela en tête, on comprend mieux aussi la publicité faite par Daech autour des destructions des vestiges du passé et du patrimoine culturel. Si ce passé nous a menti sur notre avenir, il ne nous servirait plus qu’à mentir encore.

Le problème est que ce choix se tourne vers un islam des plus rétrogrades, des plus intrusifs…

En effet… Le salafisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, repose sur un sens donné à la vie qui ne laisse aucune place à la liberté. C’est l’islam dans une version des plus totalisantes. Un de ses attraits repose sur sa maîtrise de l’intime, la répression des désirs et des plaisirs, un cadre proposé pour tous les actes et les moments de la vie comme un acte de résistance au capitalisme et à « l’occident corrupteur ». Dans toute organisation de la révolte, il y a une figure de la libération possible et une contrainte de lutte, une discipline, et une éthique. Nous vivons l’effondrement des constructions qui ont associé ces deux dimensions à la fois libératrices et contraignantes. Le communisme a été au 20e siècle sa forme majeure. Il donnait sens à la souffrance, à la vie quotidienne en même temps qu’il proposait une subversion. Nous sommes toujours dans ce moment qui suit l’effondrement du communisme, mais aussi celui du tiers-mondisme. Le cycle politique des 19e et 20e siècles se clôt.

« Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ? »

La demande ne s’exprime pas que sur le terrain spirituel ou religieux. Elle prend des formes politiques explicites, par exemple avec EI, l’État islamique.

Il y a une demande de politique et de cadre qui se retrouve dans le nom que se donne ce mouvement radical, l’État islamique. Il n’a rien d’un État au sens moderne du terme : il ne garantit ni la paix ni le respect de l’altérité. Il est au contraire entièrement fondé sur la guerre et le massacre de l’autre. Il n’est ni national ni territorial, mais à vocation universaliste et multi-situé avec le jeu des « allégeances » qui ne vont que se multiplier. Mais c’est une puissance de combat au service de cette radicalité mortifère, une puissance qui – à l’instar de la puissance malfaisante du Cinquième élément de Luc Besson – se renforce et gagne en influence quand on l’attaque.

Peut-on faire un parallèle entre l’extrême gauche hyperpolitisée passée au terrorisme dans les années 1970 et ces actes individuels sans revendication ?

L’effondrement de la catégorie d’avenir dont nous avons parlé, et que l’anthropologue Arjun Appadurai a mis au centre de son dernier livre The Future as Cultural Fact : Essays on the Global Condition, est sans doute une des dimensions de la vague émeutière qui a touché le monde entier depuis le début du siècle. Ces dernières années, cette vague a été prolongée par de grandes mobilisations collectives comme ce que l’on a appelé le printemps arabe, la mobilisation brésilienne contre la Coupe du monde, la mobilisation turque contre le projet urbain de la place Taksim… Nous venons de vivre une séquence mondiale d’affrontements entre les peuples et les pouvoirs, équivalente du « Printemps des peuples » de 1848, des révolutions communistes d’après la première guerre mondiale, de 1968. Il y a deux devenirs possibles à ses séquences : la construction d’une figure durable de la révolte et de l’espoir qui s’incarne dans des mouvements politiques organisés et des perspectives institutionnelles, ou la dérive vers le désespoir et la violence minoritaire. Après 1968, on a connu les Brigades rouges, la Bande à Baader, des dérives terroristes au Japon. Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ? C’est l’expérience biographique des meurtriers de janvier. Le 17 septembre 2000, Amedy Coulibaly, qui a alors dix-huit ans, vole des motos avec un copain, Ali Rezgui, dix-neuf ans. Ils sont poursuivis par la police… qui tire, et Ali meurt dans ses bras sur un parking de Combs-la-Ville. Aucune enquête n’est ouverte sur la bavure. Cela provoque deux jours d’émeute à la Grande-Borne. Où sont aujourd’hui tous les acteurs des émeutes de 2005 ? Et tous ceux qui les ont regardés faire avec sympathie ? Comment regardent-ils la vie et la politique ? Quel regard ont-ils porté sur les événements de janvier ? On ne les a pas écoutés avant, ni pendant, ni après, ni depuis le 7 janvier. Le 8 au soir, je ne me suis pas rendu à la République, mais au rassemblement devant la mairie de Saint-Denis, ville où j’habite. J’ai rarement vu autant de monde, aussi ému. Mais en même temps, j’y ai rarement vu aussi peu « tout le monde ». Il y avait certainement là tous les réseaux des militants. Mais si peu de gens ordinaires, d’inconnus, de gens et de jeunes « des quartiers », comme on dit. Pris dans notre émotion collective, avons-nous été attentifs au clivage silencieux qui était en train de prendre forme ?

« Les vraies valeurs d’une génération sont celles qu’elle se construit en retravaillant le passé à l’épreuve de sa propre expérience. La transmission n’y suffit pas. »

Comment avez-vous vécu la grande manifestation du 11 janvier ?

C’est un événement complexe. Je ne sais pas si nous avons déjà connu dans l’histoire une mobilisation aussi massive, construite sur du désarroi. Je l’ai un peu vécue comme une marche funèbre, l’enterrement de la génération de 68. C’est sur ce désarroi que l’État a pu construire un sens auquel il a donné un nom : « l’esprit du 11 janvier ». Il y a dans l’expression « Je suis Charlie » au moins deux choses qu’il nous faut éclaircir. D’abord le « je » qui n’est pas d’emblée un « nous » sommes Charlie. Car le nous ne préexiste pas au désarroi, il se construit dans le partage de l’émotion et dans les rassemblements. C’est pourquoi il est idéologiquement plastique. Ensuite il y a Charlie. Car il y a eu trois catégories de victimes : les « mécréants » (Charlie), les juifs (l’Hypercacher) et les « croisés » (le policier du 11e arrondissement et la policière de Montrouge). Mohammed Merah s’en était déjà pris aux juifs et aux « croisés » sans susciter tant d’émotion. Et gageons que si Coulibaly avait agi seul et si les frères Kouachi n’avaient pas attaqué Charlie, la mobilisation n’aurait absolument pas été la même. Quelque chose s’est noué autour de l’attaque d’un journal peu connu et peu lu, devenu plus sûrement le symbole d’une liberté collective que ne l’aurait été peut-être un autre organe de presse ayant beaucoup plus pignon sur rue. C’est aussi à une butte témoin des années 60-70 que s’en sont pris, sans le savoir, les assassins, à des souvenirs d’enfance et de jeunesse, aux dernières traces d’une révolte juvénile d’un autre âge. Car pour une part, comme l’ont dit des collégiens à leurs enseignants, on a aussi assassiné des « papys ». Mais une part du malentendu national est là. D’une certaine façon, une équipe héritière de mai 68 a mené jusqu’au bout des batailles devenues décalées par rapport aux enjeux d’aujourd’hui. Charlie a inscrit son irrévérence face à l’islam dans la lignée de son opposition aux églises et aux dogmes qui bloquent la libération de la société. Ils n’ont pas pris la mesure qu’en France au 21e siècle, s’en prendre ainsi à l’Islam, c’était aussi blesser les gens dominés dont c’était un point d’appui éthique pour faire face à la souffrance sociale.

« L’esprit du 11 janvier » n’a pas opéré sur vous…

Une fois encore, qui maîtrise le sens de l’événement ? Qui le construit ? C’est le pouvoir qui parle de « l’esprit du 11 janvier ». Je le redis, le consensus de l’émotion s’est construit sur un non-dit. Les incidents autour de la minute de silence ont été révélateurs de ce non-dit. Et plutôt que d’entendre le malaise qui s’exprimait alors, ils ont été au sens propre « réduits au silence », soumis à l’opprobre général, voire judiciarisés. On est ainsi passé de l’émotion partagée à l’émotion obligatoire. Pense-t-on inculquer par autorité les valeurs de la République ? On sait bien, depuis au moins une génération, que ces valeurs sont aussi des promesses non tenues. L’obligation d’y adhérer est une violence de plus. L’une des grandes faiblesses du monde institutionnel est de penser que l’on peut répondre par les valeurs du passé, par la transmission. Les vraies valeurs d’une génération sont celles qu’elle se construit en retravaillant le passé à l’épreuve de sa propre expérience. La transmission n’y suffit pas. Le propre des valeurs est de donner un sens éthique à l’expérience. C’est hélas ce qui fait, pour certains, le sens du djihad et son attrait.

« La conversion au djihadisme est aujourd’hui une figure possible de la révolte. »

Quel rapport entre les djihadistes d’ici, qui partent en Syrie, et ceux qui ont contesté la minute de silence ?

Nous sommes face à des trajectoires subjectives diverses et pour une part disjointes. C’est une erreur grossière d’assimiler ceux qui ont contesté la minute de silence à des candidats au djihad, ou même à ses thuriféraires. Et même tous ceux qui partent en Syrie ne sont pas forcément voués au meurtre individuel. Il y a dans ce passage à l’acte ultime une part de décrochage irrationnel. Mais il y a un contexte, des vécus en écho sinon en partage. Comme à d’autres époques, ce contexte est aujourd’hui assez puissant pour polariser des décrochages psychiques, voire donner un sens contemporain à la folie. Pour les jeunes de la Grande Borne, Amédy Coulibaly est identifié comme « perché », autrement dit un peu cassé dans sa tête. De quel contexte subjectif est-il question ici ? Il s’agit d’une expérience en partage, un désarroi et une révolte face à un monde politique, médiatique, institutionnel qui ne prend pas en compte le malaise ou la souffrance d’une partie des classes populaires, qui les confessionnalise et les stigmatise. C’est plus que l’expérience d’une « exclusion » objective. C’est l’expérience collective d’une négation subjective. Ce qu’ils ressentent n’a pas d’existence officielle.

Quelles sont les conséquences de ce déni d’existence ?

Il ne faut pas sous-estimer les effets dévastateurs de cette expérience populaire : l’expérience du mensonge permanent des discours politiques et journalistiques à leur propre endroit. Cette expérience est destructrice des repères sur la notion même de vérité et alimente toutes les rumeurs et tous les complotismes dont se repaissent Alain Soral et ses amis. Si le « système » gouverne avec le mensonge, toute parole autorisée fut-elle scientifique peut être frappée du sceau du soupçon. D’autre part, la négation de la souffrance alimente toutes les mises en concurrence victimaires. De ce point de vue, l’influence de Dieudonné comme héro “anti-système” aurait dû être davantage regardée comme un symptôme plus global et pas une dérive morale solitaire. Mais l’indifférence générale à l’islamophobie a aussi ouvert la voie à un un renouveau antisémite bien au-delà de ceux qui en étaient les victimes. N’en déplaise au président du Crif, les profanateurs du cimetière de Sarre-Union en février n’étaient pas musulmans. Le résultat, aujourd’hui, est que si l’islamophobie progresse, l’antisémitisme aussi. En vis-à-vis de l’extrême droite officiellement islamophobe du FN, un terreau est aujourd’hui prêt pour une autre extrême droite, “révolutionnaire” comme on disait, populaire et antisémite. En vis-à-vis de l’extrême droite classiquement islamophobe du FN, un terreau est aujourd’hui prêt pour une autre extrême droite, « révolutionnaire » comme on disait, populaire et antisémite.

Et maintenant ?

Une période s’achève… La conversion au djihadisme est aujourd’hui une figure possible de la révolte. La réponse à ce drame n’est certainement pas une figure de l’ordre, fût-elle républicaine. La réponse viendra d’une figure alternative et contemporaine de la révolte, une révolte qui ne se place pas sur le terrain de la négation de l’avenir, de la négation du passé et de la haine de la pensée. Les deux questions clefs qui sont devant nous sont celle du possible et celle de la paix. « Podemos », nous dit le mouvement d’Iglesias en Espagne. Quand la financiarisation au pouvoir nous enferme dans des calculs de probabilités et de risques, il est urgent d’ouvrir des possibles sans lesquels l’avenir n’est qu’un mot creux. Et quand la guerre ou la menace de guerre (ou de terrorisme) tend à devenir un mode de gouvernement, il est temps de redonner un sens à une perspective de paix collective qui ne passe pas par une politique sécuritaire ni par des frappes aériennes un peu partout dans le monde. C’est peut-être aussi cela que nous ont dit les manifestants du 11 janvier. Je ne suis pas sûr qu’ils aient été bien entendus sur ce point.

Voir encore:

Attentat en Isère : Yassin Salhi voulait « frapper les esprits »
Le Figaro
Christophe Cornevin
29/06/2015

VIDÉO – Trois jours après l’attaque de Saint-Quentin-Fallavier, le principal suspect affirme ne pas avoir agi au nom de la religion. Sa mère et sa soeur ont assuré qu’il était parti en Syrie en 2009.
Au terme de 72 heures de garde à vue, Yassin Salhi incarne en apparence la forme inédite d’un terroriste hybride qui applique les méthodes barbares d’un bourreau islamiste pour assouvir une vengeance personnelle, où se mêle crise de couple et conflit dans l’entreprise. Devant les policiers, Salhi a fini par reconnaître l’assassinat d’Hervé Cornara, directeur commercial de la société de transports qu’il avait rejointe en mars dernier.

Son plan aurait été prémédité en 48 heures, après s’être fait réprimander par son patron pour une histoire de palette renversée. Même si l’altercation est confirmée par un autre employé, l’explication est cependant prise avec retenue par les enquêteurs, comme s’il s’agissait d’un élément périphérique. La veille au soir de son effroyable équipée, Salhi aurait eu en outre un vif échange de mots avec celle qui est son épouse depuis dix ans. Lui, la considérant comme «pas assez religieuse». Elle, demandant le divorce. En audition, Salhi a commencé à livrer une amorce de scénario émaillé de zones opaques.

Lundi après-midi, Salhi refusait toujours de reconnaître la moindre coloration terroriste dans son acte
Porteur de deux drapeaux ornés de la «Chahada», la profession de foi musulmane, d’un couteau et d’une arme longue factice, le chauffeur-livreur se serait rendu vers 7h30 au siège de sa société avant de forcer son patron à monter dans le Peugeot Boxer de l’entreprise. Il l’aurait étranglé, ce que les légistes n’ont pas encore confirmé, sur la route menant à l’usine Air Products & Chemicals de Saint-Quentin-Fallavier. En chemin, sur un parking situé à 500 mètres à peine du site classé Seveso, il dit avoir stationné son véhicule afin de décapiter sa victime. Toujours selon lui, il aurait ensuite accroché la tête du directeur commercial aux grilles pour «frapper les esprits», sans pouvoir expliquer pourquoi il a cru bon de l’encadrer de deux bannières islamiques.

Lundi après-midi, Salhi refusait toujours de reconnaître la moindre coloration terroriste dans son acte tout comme il conteste, affirme une source informée, «toute religiosité dans son passage à l’acte». «Ce personnage peut avoir des problèmes personnels et une vie compliquée car chacun à son histoire, mais cela ne saurait occulter le caractère terroriste de sa démarche», affirme un policier de haut rang.

Qui est ce Français destinataire du «selfie» macabre?
Le mode opératoire de la décapitation et de la tête accrochée à une chaîne qui reprend le code des mises en scène de l’État islamique diffusées sur Internet est jugé, de même source, comme «dépourvus de toute ambiguïté». En outre, Yassin Salhi a envoyé deux clichés de ses exactions vers un numéro canadien via l’application Whatsapp, dont un selfie avec la tête de sa victime, à Sébastien alias Younes V., 30 ans, combattant volontaire français enrôlé sous la bannière de Daech, dans le fief de Raqqa. Or ce technicien en logistique converti au milieu des années 2000 est originaire de Besançon, à l’instar de Yassin Salhi qui le considère comme son «seul ami».

Les deux hommes se fréquentaient depuis 2006. L’un a quitté le Doubs avec femme et enfant de 18 mois pour la Syrie en novembre dernier, l’autre le mois suivant pour échouer dans l’Isère. Pendant leur garde à vue, la mère et la sœur de Salhi ont assuré que Yassin était parti lui aussi en Syrie en 2009, soit un an avant la guerre, sans qu’aucun élément matériel accrédite cette thèse. Son enracinement radical est aussi corroboré par son ex-appartenance à un groupe gravitant en 2006 à Pontarlier autour de Frédéric Jean Salvi, alias Ali ou «le Grand Ali», ex-trafiquant devenu gourou converti à l’islam radical en prison. En 2010, Les autorités indonésiennes l’avaient désigné comme suspect dans un projet d’attentat à la voiture piégée dans leur pays. Le Français avait toutefois échappé au coup de filet sur l’île de Java.

Aucun élément ne permet pour l’heure de le relier à l’assassinat et à l’action terroriste qui a endeuillé l’Isère. Aucune revendication ne permettait lundi soir d’établir que le tueur ait agi sous mandat d’une organisation terroriste.

Voir également:

Le scénario barbare de l’attentat de l’Isère
Christophe Cornevin
Le Figaro

26/06/2015

Yassin Salhi a décapité son employeur avant de tenter de faire sauter une usine de gaz industriels.
La nouvelle attaque terroriste qui a frappé la France, six mois après les attentats de janvier, vient de franchir une étape supplémentaire dans l’horreur. Elle témoigne d’une mise en scène effroyable et moyenâgeuse, inédite sur le territoire national et qui porte le sceau de la barbarie islamiste. Ce que redoutaient tant les services de renseignements, à savoir une décapitation perpétrée sur notre sol, est survenu vendredi dans l’Isère.

Yassin Salhi, chauffeur-livreur de 35 ans travaillant pour une société de transport de la région, se présente à 9 h 28 au volant de son Peugeot Boxer devant l’usine du groupe américain Air Products, spécialisée dans la production de gaz industriels, et située dans un site sensible classé Seveso, à Saint-Quentin-Fallavier, entre Lyon et Bourgoin-Jallieu, non loin de l’aéroport Saint-Exupéry. Arborant une courte barbe récemment taillée, Yassin Salhi est fiché des services de renseignements. S’illustrant par une brutale radicalisation au contact d’un prêcheur virulent originaire de Pontarlier (Doubs) d’où il est natif, ce père de trois enfants fait l’objet dès 2006 d’une fiche S (pour «Sûreté de l’État»). Classée niveau 13 sur une échelle de vigilance allant jusqu’à 16, elle n’avait pas été renouvelée en 2008. L’islamiste radical, qui n’a pas de casier judiciaire, était cependant toujours suivi en raison de sa proximité depuis 2013 avec la mouvance salafiste.

Il dévisse les bonbonnes de gaz avant d’y mettre le feu
Comme s’il effectuait sa maraude régulière, l’islamiste, connu des employés, sonne au portail et engage son véhicule badgé lui donnant l’autorisation de franchir un premier périmètre de sécurité. Salhi longe un mur, accélère soudain et percute de plein fouet les grilles d’une seconde zone plus protégée. Blessé dans la violence du choc, comme en témoignent des entailles assez profondes sur le visage, il parvient à descendre de sa voiture, à se rendre dans un hangar couvert rempli de bonbonnes d’Air liquide, de gaz et d’acétone qu’il dévisse tour à tour avant d’y mettre le feu. Alerté par une forte explosion et un début d’incendie, un sapeur-pompier des services d’incendie et de secours de l’Isère (Sdis) découvre le terroriste à 10 heures. Avec courage et sang-froid, il empoigne Yassin Salhi, qui résiste. Le soldat du feu le ceinture et le maintient au sol le temps de l’arrivée des renforts. Alertée, une patrouille de la gendarmerie départementale dépêchée sur place découvre, médusée, une tête décapitée, attachée à l’aide d’une chaîne au grillage d’enceinte de l’usine et encadrée de deux grandes bannières noire et blanche supportant des inscriptions en arabe, qui s’avéreront correspondre à la Shahada (profession de foi musulmane). À l’aplomb de la Peugeot Boxer partiellement détruite par le souffle de la déflagration, gît un corps démembré. Un couteau a été ramassé non loin.

La victime, Hervé C., âgée de 54 ans, n’est autre que le directeur commercial de la société ATC Transport où Yassin Salhi est salarié depuis mars dernier. Selon toute vraisemblance, le chef d’entreprise a été assassiné et décapité avant que Yassin Salhi ne pénètre dans l’usine et déclenche des explosions. Deux caméras de vidéosurveillance ont filmé de manière intermittente le chauffeur qui a préalablement placé la tête tranchée de son employeur avant de passer à l’action. Comme si l’ensemble de cette abjecte équipée avait été préméditée et scénarisée bien en amont.

Quatre personnes placées en garde à vue
Lancés aux trousses d’hypothétiques complices du terroriste, les policiers de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont mené une série d’opérations. Au total, quatre personnes ont été placées en garde à vue. Outre Yassin Salhi, un suspect de 33 ans a notamment été interpellé par un peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) dans la matinée après avoir été repéré alors qu’il passait et repassait à bord d’une camionnette devant l’usine d’Air Products comme s’il faisait une reconnaissance. Ce personnage intéresse d’autant plus les enquêteurs que son passé judiciaire comporte des antécédents liés à des menaces de type terroriste.

En milieu d’après-midi, les policiers d’élite du Raid ont mené à Saint-Priest une perquisition au domicile du bourreau présumé, et la sœur et l’épouse de ce dernier ont été à leur tour placées en garde à vue. «Tous les services sont mobilisés pour faire avancer l’enquête», a prévenu Bernard Cazeneuve, venu rapidement sur les lieux de l’attentat djihadiste puisqu’il était en déplacement devant la 65e promotion des élèves commissaires de police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, dans la périphérie de Lyon.

Alors qu’une vive émotion mêlée de dégoût s’est une fois encore emparée de la population, le branle-bas de combat a été déclenché au plus haut sommet de l’État. Le président François Hollande, qui participait à un sommet européen à Bruxelles, l’a écourté pour venir présider un conseil restreint à 15 h 30 dans la capitale. Le premier ministre, Manuel Valls, depuis l’Amérique du Sud, a, lui, ordonné une «vigilance renforcée» sur tous les sites sensibles de la région Rhône-Alpes, avant d’écourter lui aussi son voyage. Le plan Vigipirate a été hissé au seuil «alerte maximale» sur l’ensemble de la région pour trois jours. Les contrôles vont se multiplier dans les gares et autour des sites sensibles jusqu’à lundi, date symbolique du premier anniversaire de l’État islamique.

Voir encore:

Alexandra Laignel-Lavastine : «Face à l’islamisme, certains intellectuels «progressistes» sont dangereux»

propos recueillis par Alexandre Devecchio
Le Figaro

27/06/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN : Dans son essai La pensée égarée, Alexandra Laignel-Lavastine explore plus d’une décennie de capitulation des « élites » face à la montée de l’islamisme radical. Après l’attentat de Saint-Quentin- Fallavier, elle a accordé un entretien fleuve à FigaroVox.


Alexandra Laignel-Lavastine est philosophe et historienne des idées. Elle a publié chez Grasset La pensée égarée , Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l’Europe.


FIGAROVOX: Dans votre dernier livre, La Pensée égarée, rédigé pour l’essentiel avant le traumatisme de Charlie, vous estimez que nous n’avons pas pris la mesure des attentats de janvier. Les événements vous donnent tragiquement raison. Ces nouvelles attaques vous ont- elles surprises?

ALEXANDRA LAIGNEL-LAVASTINE : C’est plutôt l’étonnement général qui me surprend. Un intellectuel musulman laïc et démocrate me lançait il y a quelques jours: «Les intellectuels progressistes européens se comportent à l’égard des islamistes comme des collabos!». Sévère, mais juste. Jusqu’à présent, les tenants du politiquement correct ont de loin préféré avoir tort avec les islamo-fascistes qu’avoir raison avec les réalistes. Et ce, au nom d’un antifascisme hors de saison, ce qui constitue le comble du paradoxe! Après avoir trop longtemps baissé les bras face au communautarisme et à l’islamisme par crainte de se voir traité d’«islamophobes», il y aurait urgence à ce que nous redescendions de la planète mars pour faire place au réel. Et au courage.

Que nous apprend le monde réel? Qu’une guerre ouverte a été déclarée au monde occidental et à ses valeurs humanistes et universalistes les plus précieuses, donc les plus fragiles. Que cette peste verte est désormais planétaire et que nous n’en sommes probablement qu’au début. Que cette guerre est menée sur notre sol et que l’ennemi, aujourd’hui, est aussi bien intérieur qu’extérieur. On savait que la menace djihadiste était à son comble en France — ou plutôt, nous aurions dû le comprendre. Depuis janvier, plusieurs attentats ont été déjoués, les uns dans une phase préparatoire, les autres de justesse. De nombreuses cellules djihadistes dormantes ont été réactivées et nous sommes également au courant des crimes de masse quotidiennement perpétrés par les nouveaux barbares sur les vastes territoires qu’ils contrôlent. Que nous faut-il de plus? Pourquoi cette étrange stupéfaction, au-delà de l’horreur évidemment justifiée que suscitent ces nouveaux attentats, après ceux de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, après les pancartes «Mort aux Juifs!» de l’été, les décapitations en série de Daesh cet automne, suivies des atroces tueries du début de l’année?

Oui, mais justement, pourquoi cette difficulté à percuter la menace? Sommes-nous désarmés intellectuellement et moralement?

Si nous prenons un peu de champ, je vois plusieurs raisons à cet invraisemblable aveuglement, à commencer par le fait que les esprits sont empoisonnés par plus d’une décennie de «trahison des clercs». Des élites passées maîtresses dans l’art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal — la haine, la terreur, l’obscurantisme — ne saurait surgir de ce qu’elles croyaient être le camp du Bien, celui des anciens damnés de la terre.

Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer avec paresse un monde européen forcément coupable à un monde musulman ontologiquement innocent, est tout à fait obsolète. L’ensemble des musulmans éclairés, dont nous relayons bien peu la parole alors qu’il s’agirait d’épouser leur combat comme hier celui des dissidents du bloc soviétique, nous le répètent pourtant à longueur de journée. Mais peu importe pour nos bien-pensants de service, très présents dans les médias, qui ont préféré s’en tenir à une curieuse pratique de la pensée magique en interdisant aux faits toute incursion malvenue dans l’univers de leur croyance idéologique. En cela, oui, ils ont œuvré à notre désarmement intellectuel et moral. Cette couardise, doublée de la perte horrifiante de la lucidité la plus élémentaire, me fait penser au mot de Yves Montand à propos de sa génération, fascinée par le stalinisme: «Nous étions dangereux et cons».

«Dangereux et cons»?

Avec un peu d’honnêteté, nombreux sont nos intellectuels qui, en France, seraient bien inspirés de s’approprier cette observation autocritique. J’ajouterais même un appendice: non contents d’être redevenus «dangereux et cons» depuis le 11-Septembre 2001, nos «beaux esprits» somnambules, particulièrement nombreux à gauche, se sont aussi distingués par leur insondable lâcheté. En effet, quelle est cette irresponsabilité qui, depuis des années, a poussé tant de faiseurs d’opinion — journalistes, politiques, sociologues vertueux — à s’enferrer à ce point dans le déni, à être incapables de mettre leur montre à l’heure, d’appeler un chat un chat et

d’admettre que c’est l’islam radical qui, ces derniers temps, a un peu tendance à armer le bras des assassins et non des hordes de bouddhistes déchainés?

N’oublions pas qu’entre le 6 et le 10, nous sommes subitement passés de la thèse, confortable mais fausse, des «loups solitaires» — et autres «enfants perdus du djihad», des formules partout reprises en cœur —, à la reconnaissance officielle d’un fléau planétaire. N’oublions pas qu’Edwy Plenel parlait encore du terrorisme «dit islamiste» dans son livre récent, intitulé Pour les musulmans. Ou comment mélanger au passage, dans une même condescendance postcoloniale, les terroristes et leurs suppliciés. Et on pourrait multiplier les exemples à l’infini. D’ailleurs, le vendredi 26 juin au soir, les bandeaux «Encore un loup solitaire?» s’inscrivaient derechef sur nos écrans de télévision. Vertigineuse régression.

Le dispositif global d’intimidation par l’«islamophobie» — l’intimidation étant caractéristique de la mentalité fasciste — a fait le reste: quiconque ne partageait pas cette vision irénique se voyait traité de raciste ou, plus à la mode, de «néo-réactionnaire». Brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Tel est à peu près l’état d’esprit toxique qui domine depuis des années en France et nous empêche, aujourd’hui encore, de percuter l’ampleur du danger. On ne réadapte pas ses catégories mentales du jour au lendemain. Plus largement, il me semble que les Européens de bonne foi ont exorcisé depuis si longtemps le cauchemar des guerres de religion qu’ils ont du mal à en imaginer le retour. Or, on peine toujours à voir ce que l’on peine à concevoir.

Sommes-nous retombés dans l’avant-Charlie aussitôt après?

Force est de constater que le sursaut aura été de très courte durée. «Esprit du 11-Janvier, es-tu là?», en était-on à se demander un mois après les tueries. Tous les alibis étaient déjà bons pour penser à autre chose. Comment un événement aussi grave, porté par le contexte international radicalement nouveau et explosif que l’on sait, a-t-il pu déboucher sur des résultats aussi misérables? À ce degré d’absence de soi, on hésitait entre faire tourner la table ou la renverser. Car voilà qu’il nous a très vite fallu compter avec les revenants. On les avait d’abord cru tapis dans le remord et la honte, ceux qui n’avaient pas trouvé de termes assez durs pour condamner, entre autres prouesses, le Manifeste des Douze publié par Charlie Hebdo en mars 2006. Un texte salutaire qui énonçait sans détours ce qui crevait déjà les yeux, à savoir qu’après le fascisme, le nazisme et le stalinisme, l’islamisme est un totalitarisme religieux qui met la démocratie en danger.

Mais non. Il faudra à peine un jour ou deux aux esprits frappeurs pour resurgir de l’au-delà. Et pour nous expliquer quoi dans leur rhétorique tordue? Que l’islamisme n’est pas un cancer qui prolifère sur les maux qui ravagent le monde musulman, sur son arriération dramatique et sur ses propres échecs, mais qu’il procède d’un Occident très méchant qui n’aime pas les musulmans. Que les vrais auteurs des crimes de janvier ne seraient pas de sombres tueurs apocalyptiques, mais tous les «islamophobes» de France et de Navarre… Au moins, n’allaient-ils pas oser hurler, comme au lendemain des crimes de Merah, au «renforcement de l’arsenal sécuritaire»? Décence minimale oblige. Et bien si. Une semaine après la sidération et l’horreur, ces esprits faux devenus littéralement fous mettaient déjà en garde, non pas bien sûr contre la barbarie djihadiste, mais contre… «le triomphe du Parti de l’ordre». On apprendra dans la foulée que c’est le Front national qui, à force de «jouer sur les haines», serait indirectement responsable du carnage. Le président François Hollande en a même remis une couche dans son discours du Panthéon en évoquant, dans un pluriel hautement confusionniste, «le devoir de vigilance face aux haines de la démocratie» — soit trois poncifs en une proposition. Une prouesse. Ou comment annuler le courageux discours de Manuel Valls du 13 janvier. On se frotte les yeux.

Le livre d’Emmanuel Todd, Qui est Charlie?, vous paraît-il représentatif de cette dérive?

Oui, emblématique même. Nous sommes passés de l’hibernation à la perversion, et de la perversion à l’inversion. Surtout, aucun esprit sain n’aurait pu prévoir, dans ses plus pessimistes prophéties, le succès d’une thèse transformant, par un sinistre tour de magie, les meurtriers en «victimes» du racisme. Ni imaginer que tant de micros allaient lui être si avidement tendus. Voilà donc qu’avec ce best-seller au mois de mai, il ne s’agissait déjà plus de combattre l’islamisme radical, mais «le laïcisme radical» ; et voilà que le pire, à suivre Todd, aurait moins consisté dans les massacres sanglants que dans l’odieuse manifestation «totalitaire» (je vous laisse apprécier l’oxymore) et naturellement «islamophobe» du 11-Janvier… En vérité, un simple «non» opposé de façon massive, spontanée et responsable à des barbares qui venaient de s’en prendre à un minimum civilisationnel commun absolu.

En clair, la folle spirale du déni ne s’est pas atténuée, comme on aurait pu s’y attendre: elle s’est étrangement aggravée. On pense à la réplique d’un personnage de Skakespeare: «Je me suis si longtemps vautré dans l’erreur qu’il m’est plus facile de poursuivre dans cette voie que de m’arrêter en chemin». À ce niveau de déraison, on se demande à quel discours nous auront droit d’ici quelques jours… Attendons-nous à ce que la loi sur le Renseignement, adoptée en mai et qu’il était de bon ton de juger «liberticide» dans les salons parisiens, soit tenue pour la grande coupable des derniers attentats et qu’il aurait mieux valu ne pas la voter pour ne pas offusquer «les musulmans». Je relève à cet égard que pour d’incompréhensibles raisons, les «faucons» républicains ont voté contre avec l’extrême gauche. La lâcheté, de nos jours, traverse l’ensemble de l’échiquier politique.

Vous précisez dans votre livre que vous vivez dans le 93 depuis trente ans. Qu’en disent les musulmans eux-mêmes que vous côtoyer tous les jours?

Vous n’imaginez pas à quel point les musulmans «normaux» n’en peuvent plus de ce «Padamalgame»

absurde — et désormais criminogène — qui tient lieu de prêt-à-penser à une partie de nos élites. Beaucoup d’entre eux ne le comprennent même pas: «La vérité n’a jamais stigmatisé personne», me faisait ainsi remarquer mon voisin tunisien en janvier. Il ajoutait: «Il fallait au contraire qu’elle soit dite et que l’ennemi soit enfin désigné pour que nous ne nous sentions plus obligés de raser les murs de honte». Bref, un soulagement pour la majorité d’entre eux, armés d’un bon sens qu’on aimerait trouver chez nos énarques. Quant aux jeunes du coin, shootés aux sites internet de Dieudonné ou Soral, nous avions bien entendu affaire à un «complot sioniste» dès le lendemain matin…

Les politiques publiques conduites depuis janvier vous semblent-elles à la hauteur?

Le problème vient de ce que nous avons quinze ans de retard à l’allumage. Le plan Vigipirate est essentiel, mais sait-on que nos courageux soldats, dépourvus d’armes de poing, patrouillent avec des fusils de guerre inutilisables en milieu urbain au risque de provoquer un carnage? Sait-on que dans le 93, certaines mairies ont donné il y a quelques jours pour consigne à leur police municipale de ne plus verbaliser les femmes portant un voile intégral dissimulant leur visage, alors même qu’une loi a été votée et que la police est en principe chargée de la faire respecter? Ramadan oblige, sans doute… Que les mêmes élus locaux ne cessent de rhabiller des salafistes en militants associatifs par peur de perdre les prochaines élections? C’est dire si notre capitulation en rase campagne a persisté bien au-delà du 11-Janvier. Et nous revoilà à feindre de se demander sur tous les plateaux comment nous en sommes arrivés là!

Vous renvoyez dos à dos la montée de l’islamisme et celle du populisme. Mais les populismes respectent la règle du jeu démocratique tandis que les intégristes musulmans sème la terreur et la mort. Ne tombez-vous pas, à vôtre tour, dans le politiquement correct que vous dénoncez?

Non. Quand je dis que nous avons du souci à nous faire pour l’avenir de l’Europe — pris entre ceux qui ne pensent plus à force de bien-penser et ceux qui ne voient plus les limites du mal-penser sans penser à mal —, la logique qui gouverne mon raisonnement est celle de l’engendrement, pas du renvoi dos-à-dos. Je veux dire qu’à force de s’obstiner dans un «padamalgame» obtus, à force d’accorder à l’islamisme la clause de l’idéologie totalitaire et massacreuse la plus excusée, on fait chaque jour la campagne de Marine Le Pen, laquelle pourrait, à ce rythme, partir à la plage jusqu’aux prochaines présidentielles. En refusant de prendre en charge les angoisses identitaires, l’insécurité culturelle et le sentiment d’abandon exprimés par plus de la majorité des Européens, gauche et droite républicaines abandonnent le monde aux populistes. Pour leur plus grand bonheur et pour notre plus grand malheur à tous. Cette attitude est suicidaire et l’issue sera catastrophique car ce sont ces nouvelles formations qui, à coup sûr, emporteront la mise de toutes nos lâchetés.

En effet, ce n’est pas l’instauration de la charia qui menace en Europe à brève ou moyenne échéance, mais un «populisme patrimonial» d’autant plus présentable qu’il s’est habilement relooké. Il serait souhaitable, là aussi, d’entrouvrir un œil car ces partis mutants se sont mis à prospérer sur l’ensemble du Vieux Continent, comme on vient encore de s’en apercevoir au Danemark — mais s’en aperçoit-on vraiment? En cela, le politiquement correct n’a cessé, ces derniers temps, de nourrir le politiquement abject — en grande partie par réaction et par exaspération. C’est en ce sens qu’à mes yeux, ils font désormais cause commune. Il me semble qu’il existe pourtant un boulevard entre la xénophilie angélisante et la xénophobie diabolisante, entre la stratégie de l’enfouissement et l’apocalypse du «grand remplacement». Il serait grand temps de l’emprunter. À moins qu’on ne préfère secrètement le retour d’une bonne vieille «bête immonde» à l’ancienne, laquelle épargnerait à nos bonnes consciences d’épuisantes contorsions mentales face à cet islamo-fascisme qui ne cadre pas. Tel serait en tout cas l’objectif qu’on ne saurait mieux s’y prendre.

Voir de même:

Tareq Oubrou : «Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien»
Delphine de Mallevoüe

Le Figaro

30/06/2015

INTERVIEW – Après les attentats de janvier, le ministre de l’Intérieur a choisi Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux, comme interlocuteur privilégié des pouvoirs publics dans sa volonté de relancer le dialogue avec les représentants musulmans. Entretien.

LE FIGARO. – Fermer les mosquées salafistes (89 en 2014 contre 44 en 2010), est-ce la solution pour tuer dans l’œuf le radicalisme?

Tareq OUBROU – C’est seulement une partie de la solution, car le problème est multifactoriel. Il faut traiter l’urgence, oui, mais s’occuper des conséquences ce n’est pas traiter les causes. Il faut s’attaquer à l’étiologie du mal, ne pas se contenter des sermons républicains mais agir et appliquer le droit. Sans quoi nous provoquerons la fragilisation de la démocratie et les tentations populistes. Au reste, ce ne sont pas les mosquées qu’il faut fermer – les fidèles n’ont pas à être pénalisés – ce sont les prédicateurs haineux qu’il faut expulser (40 imams et «prêcheurs de haine» ont été expulsés depuis 2012, dont une dizaine depuis début 2015, NDLR). Et ceux-là ne sont pas toujours ceux qu’on croit. …

/…/

Comment analysez-vous l’acte de décapitation commis par Yassin Salhi lors de l’attaque près de Lyon ?

Ce sont des symptômes qui relèvent d’un désordre mental. Un mélange de haine personnelle, de marginalité, de frustration économique, d’Islam identitaire… une grande salade d’ingrédients confus avec un vernis islamique, symptomatique d’un Islam aujourd’hui atomisé, d’une doctrine éclatée – y compris le salafisme – d’un terrorisme individualisé. Cela montre une civilisation arabo-musulmane délabrée. Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien.

Ceux qui prennent les armes ne connaissent même pas l’Islam. Ils mélangent le martyr avec le suicide. La théologie du martyr c’est de subir la mort ou la guerre, pas de la rechercher. Le problème c’est la lutte contre l’ignorance, la restauration du savoir et de la culture. La violence vient de l’absence de la démocratisation de la pensée en général et de la religion en particulier. Quand il n’y a pas de langage, eh bien il y a de la violence.

Vous comparez la laïcité à la charia…

Oui, tout le monde en parle, mais chacun dans sa définition ! Une sainte ignorance partagée par tout le monde, comme disait le politologue Olivier Roy. La laïcité, tout comme la charia, ne sont pas des lois, mais des principes un jour mis dans des lois.

Ce sont des mouvements qui ont été amorcés et qui doivent être continués par l’intelligence des hommes. Et aujourd’hui, en ce qui concerne l’Islam, il y a urgence à travailler une nouvelle doctrine. Qu’est-ce que c’est que Daesh ou al-Qaida à part des slogans ? Où est la doctrine là dedans ? Quant aux pratiques – foulard, barbe, hallal – elles relèvent d’un Islam identitaire, sociologique, d’un Islam «de fait» plus que d’un Islam théologique, d’une orthodoxie de masse plus que d’une doctrine… […]

Voir aussi:

As ISIS brutalizes women, a pathetic feminist silence
Phyllis Chesler
The New York Post

June 7, 2015

Oh, how the feminist movement has lost its way. And the deafening silence over ISIS’s latest brutal crimes makes that all too clear.

Fifty years ago, American women launched a liberation campaign for freedom and equality. We achieved a revolution in the Western world and created a vision for girls and women everywhere.

Second Wave feminism was an ideologically diverse movement that pioneered society’s understanding of how women were disadvantaged economically, reproductively, politically, physically, psychologically and sexually.

Feminists had one standard of universal human rights — we were not cultural relativists — and we called misogyny by its rightful name no matter where we found it.

As late as 1997, the Feminist Majority at least took a stand against the Afghan Taliban and the burqa. In 2001, 18,000 people, led by feminist celebrities, cheered ecstatically when Oprah Winfrey removed a woman’s burqa at a feminist event — but she did so safely in Madison Square Garden, not in Kabul or Kandahar.

Six weeks ago, Human Rights Watch documented a “system of organized rape and sexual assault, sexual slavery, and forced marriage by ISIS forces.” Their victims were mainly Yazidi women and girls as young as 12, whom they bought, sold, gang-raped, beat, tortured and murdered when they tried to escape.

In May, Kurdish media reported, Yazidi girls who escaped or were released said they were kept half-naked together with other girls as young as 9, one of whom was pregnant when she was released. The girls were “smelled,” chosen and examined to make sure they were virgins. ISIS fighters whipped or burned the girls’ thighs if they refused to perform “extreme” pornography-influenced sex acts. In one instance, they cut off the legs of a girl who tried to escape.

These atrocities are war crimes and crimes against humanity — and yet American feminists did not demand President Obama rescue the remaining female hostages nor did they demand military intervention or support on behalf of the millions of terrified Iraqi and Syrian civilian refugees.

An astounding public silence has prevailed.

The upcoming annual conference of the National Organization for Women does not list ISIS or Boko Haram on its agenda. While the most recent Women’s Studies annual conference did focus on foreign policy, they were only interested in Palestine, a country which has never existed, and support for which is often synonymous with an anti-Israel position. Privately, feminists favor non-intervention, non-violence and the need for multilateral action, and they blame America for practically everything wrong in the world.

What is going on?

Feminists are, typically, leftists who view “Amerika” and white Christian men as their most dangerous enemies, while remaining silent about Islamist barbarians such as ISIS.

Feminists strongly criticize Christianity and Judaism, but they’re strangely reluctant to oppose Islam — as if doing so would be “racist.” They fail to understand that a religion is a belief or an ideology, not a skin color.

The new pseudo-feminists are more concerned with racism than with sexism, and disproportionately focused on Western imperialism, colonialism and capitalism than on Islam’s long and ongoing history of imperialism, colonialism, anti-black racism, slavery, forced conversion and gender and religious apartheid.

And why? They are terrified of being seen as “politically incorrect” and then demonized and shunned for it.

The Middle East and Western Africa are burning; Iran is raping female civilians and torturing political prisoners; the Pakistani Taliban are shooting young girls in the head for trying to get an education and disfiguring them with acid if their veils are askew — and yet, NOW passed no resolution opposing this.

Twenty-first century feminists need to oppose misogynistic, totalitarian movements. They need to reassess the global threats to liberty, and rekindle our original passion for universal justice and freedom.

Phyllis Chesler (Phyllis-chesler.com) is emerita professor of psychology and the author of 16 books including “Living History: On the Front Line for Israel and the Jews, 2003-2015.”

Voir par ailleurs:

Sunbed gunman was high on COCAINE: Laughing fanatic took photos of his victims during tourist killing spree – as new pictures emerge of unexploded bomb found next to his dead body

Sam Greenhill In Kairouan and Emine Sinmaz In Sousse, Tunisia

The Daily Mail

 30 June 2015

Seifeddine Rezgui was high on cocaine as he murdered British tourists on the beach, it emerged today.

A stimulant, believed to the class A drug or one similar to it, was detected by doctors during a post-mortem examination, the Daily Mail has been told.

Tunisian police separately confirmed that an unexploded bomb was found on Rezgui’s body, meaning he could have murdered scores more. The detonator was just inches away.

Survivors said last night that Rezgui, who has been linked to Islamic State, was laughing and smiling as he massacred his 38 victims with an AK-47 assault rifle in Sousse last Friday.

‘At one point, the gunman was busy – with his gun on his back – with a phone out, taking photos of the bodies and laughing,’ said Paul Short.

IS fighters are known to take doses of cocaine to make them feel invincible on the battlefield.

An informed source said: ‘The autopsy proves that the terrorist used some drugs before he did the attack – the same drug that IS gives to people who do terrorist attacks – so that he will not understand what he is doing.’

A hotel worker named Houssem told the Mail: ‘He was laughing as he was shooting. When he had finished and he had killed everyone, he did not care, he did not try to run. He was smiling, he was happy.’

Voir enfin:

MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L’ISLAM

André Cournouve

Connaissance ouverte
A / Moyen-Âge et Renaissance :

Pierre le Vénérable (vers 1093 – 1156), abbé de Cluny :

« Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension, aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin. Voici les noms des chrétiens : Robert de Chester, Hermann le Dalmate, Pierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mohammed. Cette équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire en l’année du Seigneur 1141. » (cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Âge, « Le temps qui court », Paris : Le Seuil, 1957 ; merci à Jean-Baptiste de Morizur).

Hervé Martin (né en 1940) :

« [Aux XIIIe et XIVe siècles] le discours antisodomie se durcit. Ce péché, estime-t-on, appelle la vengeance du ciel. Le laïc qui s’y adonne doit être excommunié et le clerc réduit à l’état laïc (Concile de Latran III, 1179). L’homosexualité est d’autant plus vivement dénoncée qu’elle est très répandue chez les musulmans, que l’on accuse de sodomiser leurs prisonniers chrétiens et dont on estime qu’ils menacent l’Europe. »
Mentalités médiévales XIe-XVe siècle, chapitre XIII, Paris : PUF, 1996.

Michel de Montaigne (1533-1592) :

« Le grand Seigneur [le Grand Turc, Soliman le magnifique] ne permet aujourd’hui ni à Chrétien ni à Juif d’avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire. » (Essais, I, xlviii, page 289 de l’édition Villey/PUF/Quadrige)

« […] quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d’or et de pierrerie, peuplé de garçes d’excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, je vois bien que ce sont des moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler et attirer par ces opinons et espérances, convenables à notre mortel appétit. » (Essais, II, xii, page 518)

« Je ne m’étonne plus de ceux que les singeries d’Apollonius [de Tyane] et de Mahomet embufflarent. Leur sens et entendement est entièrement étouffé en leur passion. » (III, x, page 1013).
B / Grand-siècle, Lumières :

B / a) Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) :

« Mes Frères, cet objet lugubre d’un chrétien captif dans les prisons des mahométans, me jette dans une profonde considération des grands et épouvantables progrès de cette religion monstrueuse. O Dieu, que le genre humain est crédule aux imposture de Satan! O que l’esprit de séduction et d’erreur a d’ascendant sur notre raison! Que nous portons en nous-mêmes, au fond de nos cœurs, une étrange opposition à la vérité, dans nos aveuglements, dans nos ignorances, dans nos préoccupations opiniâtres. Voyez comme l’ennemi du genre humain n’a rien oublié pour nous perdre, et pour nous faire embrasser des erreurs damnables. Avant la venue du Sauveur, il se faisait adorer par toute la terre sous les noms de ces fameuses idoles devant lesquelles tremblaient tous les peuples; il travaillait de toute sa force à étouffer le nom du vrai Dieu. Jésus-Christ et ses martyrs l’ont fait retentir si haut depuis le levant jusqu’au couchant, qu’il n’y a plus moyen de l’éteindre ni de l’obscurcir. Les peuples qui ne le connaissaient pas, y sont attirés en foule par la croix de Jésus-Christ; et voici que cet ancien imposteur, qui dès l’origine du monde est en possession de tromper les hommes, ne pouvant plus abolir le saint nom de Dieu, frémissant contre Jésus-Christ qui l’a fait connaître à tout l’univers, tourne toute sa furie contre lui et contre son Évangile : et trouvant encore le nom de Jésus trop bien établi dans le monde par tant de martyrs et tant de miracles, il lui déclare la guerre en faisant semblant de le révérer, et il inspire à Mahomet, en l’appelant un prophète, de faire passer sa doctrine pour une imposture; et cette religion monstrueuse, qui se dément elle-même, a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, armes redoutables et victorieuses, qui font trembler tout le monde, et rétablissent par force l’empire de Satan dans tout l’univers.  »
Panégyrique de saint Pierre Nolasque.
B / b) Baron de Montesquieu (1689-1755) :

« Nous savons que les Mahométans, qui, pour se procurer des extases, se mettent dans des tombeaux où ils veillent et ne cessent de hurler, en sortent toujours avec l’esprit plus faible.» (Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères, [Première partie]).

‎« On s’est aperçu que le zèle pour les progrès de la Religion est différent de l’attachement qu’on doit avoir pour elle, et que, pour l’aimer et l’observer, il n’est pas nécessaire de haïr et de persécuter ceux qui ne l’observent pas. Il serait à souhaiter que nos Musulmans pensassent aussi sensiblement sur cet article que les Chrétiens. » (Lettres persanes, 1721, lettre LX).

« Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. […] Sur le caractère de la religion chrétienne et celui de la mahométane, on doit, sans autre examen, embrasser l’une et rejeter l’autre : car il nous est bien plus évident qu’une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu’il ne l’est qu’une religion soit vraie. C’est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée. […] La religion des Guèbres rendit autrefois le royaume de Perse florissant ; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. »
De l’Esprit des lois, 1748, livre XXIV, chapitres 3, 4 et 11.

B / c) Voltaire (1694-1778) et ENCYCLOPÉDIE :

« Il est à croire que Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d’abord de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu’il croyait bonne. » Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre VI, « De l’Arabie et de Mahomet ».

« Sa définition de Dieu est d’un genre plus véritablement sublime. On lui demandait quel était cet Allah qu’il annonçait : « C’est celui, répondit-il, qui tient l’être de soi-même, et de qui les autres le tiennent ; qui n’engendre point et qui n’est point engendré, et à qui rien n’est semblable dans toute l’étendue des êtres. » Cette fameuse réponse, consacrée dans tout l’Orient, se trouve presque mot à mot dans l’antépénultième chapitre du Koran.
[…]
Une chose qui peut surprendre bien des lecteurs, c’est qu’il n’y eut rien de nouveau dans la loi de Mahomet, sinon que Mahomet était prophète de Dieu.

En premier lieu, l’unité d’un être suprême, créateur et conservateur, était très-ancienne. Les peines et les récompenses dans une autre vie, la croyance d’un paradis et d’un enfer, avaient été admises chez les Chinois, les Indiens, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, et ensuite chez les Juifs, et surtout chez les chrétiens, dont la religion consacra cette doctrine.

L’Alcoran reconnaît des anges et des génies, et cette créance vient des anciens Perses. Celle d’une résurrection et d’un jugement dernier était visiblement puisée dans le Talmud et dans le christianisme. Les mille ans que Dieu emploiera, selon Mahomet, à juger les hommes, et la manière dont il y procédera, sont des accessoires qui n’empêchent pas que cette idée ne soit entièrement empruntée. Le pont aigu sur lequel les ressuscités passeront, et du haut duquel les réprouvés tomberont en enfer, est tiré de la doctrine allégorique des mages.

C’est chez ces mêmes mages, c’est dans leur Jannat que Mahomet a pris l’idée d’un paradis, d’un jardin, où les hommes, revivant avec tous leurs sens perfectionnés, goûteront par ces sens mêmes toutes les voluptés qui leur sont propres, sans quoi ces sens leur seraient inutiles. C’est là qu’il a puisé l’idée de ces houris, de ces femmes célestes qui seront le partage des élus, et que les mages appelaient hourani, comme on le voit dans le Sadder. Il n’exclut point les femmes de son paradis, comme on le dit souvent parmi nous. Ce n’est qu’une raillerie sans fondement, telle que tous les peuples en font les uns des autres. Il promet des jardins, c’est le nom du paradis ; mais il promet pour souveraine béatitude la vision, la communication de l’Être suprême.

Le dogme de la prédestination absolue, et de la fatalité, qui semble aujourd’hui caractériser le mahométisme, était l’opinion de toute l’Antiquité : elle n’est pas moins claire dans l’Iliade que dans l’Alcoran.

À l’égard des ordonnances légales, comme la circoncision, les ablutions, les prières, le pèlerinage de la Mecque, Mahomet ne fit que se conformer, pour le fond, aux usages reçus. La circoncision était pratiquée de temps immémorial chez les Arabes, chez les anciens Égyptiens, chez les peuples de la Colchide, et chez les Hébreux. Les ablutions furent toujours recommandées dans l’Orient comme un symbole de la pureté de l’âme.

Point de religion sans prières. La loi que Mahomet porta, de prier cinq fois par jour, était gênante, et cette gêne même fut respectable. Qui aurait osé se plaindre que la créature soit obligée d’adorer cinq fois par jour son créateur ?

Quant au pèlerinage de la Mecque, aux cérémonies pratiquées dans le Kaaba et sur la pierre noire, peu de personnes ignorent que cette dévotion était chère aux Arabes depuis un grand nombre de siècles. Le Kaaba passait pour le plus ancien temple du monde ; et, quoiqu’on y vénérât alors trois cents idoles, il était principalement sanctifié par la pierre noire, qu’on disait être le tombeau d’Ismaël. Loin d’abolir ce pèlerinage, Mahomet, pour se concilier les Arabes, en fit un précepte positif.

Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs, et chez les chrétiens. Mahomet le rendit très-sévère, en l’étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n’est pas permis de boire un verre d’eau, ni de fumer, avant le coucher du soleil ; et ce mois lunaire, arrivant souvent au plus fort de l’été, le jeûne devint par là d’une si grande rigueur qu’on a été obligé d’y apporter des adoucissements, surtout à la guerre.

Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées.

On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté tous leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres.

Dans toutes ces ordonnances positives, vous ne trouverez rien qui ne soit consacré par les usages les plus antiques. Parmi les préceptes négatifs, c’est-à-dire ceux qui ordonnent de s’abstenir, vous ne trouverez que la défense générale à toute une nation de boire du vin, qui soit nouvelle et particulière au mahométisme. Cette abstinence, dont les musulmans se plaignent, et se dispensent souvent dans les climats froids, fut ordonnée dans un climat brillant, où le vin altérait trop aisément la santé et la raison. Mais, d’ailleurs, il n’était pas nouveau que des hommes voués au service de la Divinité se fussent abstenus de cette liqueur. Plusieurs collèges de prêtres en Égypte, en Syrie, aux Indes, les nazaréens, les récabites, chez les Juifs, s’étaient imposé cette mortification.

Elle ne fut point révoltante pour les Arabes : Mahomet ne prévoyait pas qu’elle deviendrait un jour presque insupportable à ses musulmans dans la Thrace, la Macédoine, la Bosnie, et la Servie. Il ne savait pas que les Arabes viendraient un jour jusqu’au milieu de la France, et les Turcs mahométans devant les bastions de Vienne.

Il en est de même de la défense de manger du porc, du sang, et des bêtes mortes de maladies ; ce sont des préceptes de santé : le porc surtout est une nourriture très-dangereuse dans ces climats, aussi bien que dans la Palestine, qui en est voisine. Quand le mahométisme s’est étendu dans les pays plus froids, l’abstinence a cessé d’être raisonnable, et n’a pas cessé de subsister.

La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne puisse trouver d’exemple dans aucune religion. Elle ressemble à une loi de couvent plutôt qu’à une loi générale d’une nation. Il semble que Mahomet n’ait formé un peuple que pour prier, pour peupler, et pour combattre.

Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à sa religion le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu, présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations, et jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.

Cette religion s’appela l’Islamisme, c’est-à-dire résignation à la volonté de Dieu ; et ce seul mot devait faire beaucoup de prosélytes. Ce ne fut point par les armes que l’Islamisme s’établit dans plus de la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion, et surtout par l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus. Mahomet, dans ses premiers combats en Arabie contre les ennemis de son imposture, faisait tuer sans miséricorde ses compatriotes pénitents. Il n’était pas alors assez puissant pour laisser vivre ceux qui pouvaient détruire sa religion naissante ; mais sitôt qu’elle fut affermie dans l’Arabie par la prédication et par le fer, les Arabes, franchissant les limites de leur pays, dont ils n’étaient point sortis jusqu’alors, ne forcèrent jamais les étrangers à recevoir la religion musulmane. Ils donnèrent toujours le choix aux peuples subjugués d’être musulmans, ou de payer tribut. Ils voulaient piller, dominer, faire des esclaves, mais non pas obliger ces esclaves à croire. Quand ils furent ensuite dépossédés de l’Asie par les Turcs et par les Tartares, ils firent des prosélytes de leurs vainqueurs mêmes ; et des hordes de Tartares devinrent un grand peuple musulman. Par là on voit en effet qu’ils ont converti plus de monde qu’ils n’en ont subjugué.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent ; mais la vérité doit les combattre.

Bornons-nous toujours à cette vérité historique : le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L’instituteur divin du christianisme, vivant dans l’humilité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes, et la plus barbare. »
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre VII,  » De l’Alcoran, et de la loi musulmane. Examen si la religion musulmane était nouvelle, et si elle a été persécutante. ».

 » Comment dans ce temps-là même les mahométans, qui, sous Abdérame, vers l’an 734, subjuguèrent la moitié de la France, auraient-ils laissé subsister derrière les Pyrénées ce royaume des Asturies ? C’était beaucoup pour les chrétiens de pouvoir se réfugier dans ces montagnes et d’y vivre de leurs courses, en payant tribut aux mahométans. Ce ne fut que vers l’an 759 que les chrétiens commencèrent à tenir tête à leurs vainqueurs, affaiblis par les victoires de Charles Martel et par leurs divisions ; mais eux-mêmes, plus divisés entre eux que les mahométans, retombèrent bientôt sous le joug. Mauregat, à qui il a plu aux historiens de donner le titre de roi, eut la permission de gouverner les Asturies et quelques terres voisines, en rendant hommage et en payant tribut. Il se soumit surtout à fournir cent belles filles tous les ans pour le sérail d’Abdérame. Ce fut longtemps la coutume des Arabes d’exiger de pareils tributs ; et aujourd’hui les caravanes, dans les présents qu’elles font aux Arabes du désert, offrent toujours des filles nubiles. »
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre XXVII, « De l’Espagne et des musulmans maures aux viiie et ixe siècles. ».

Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1779),

« MAHOMÉTISME, s. m. (Hist. des religions du monde.) religion de Mahomet. L’historien philosophe de nos jours [Voltaire] en a peint le tableau si parfaitement, que ce serait s’y mal connaître que d’en présenter un autre aux lecteurs.
Pour se faire, dit-il, une idée du Mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d’empires, il faut d’abord se rappeler que ce fut sur la fin du sixième siècle, en 570, que naquit Mahomet à la Mecque dans l’Arabie Pétrée. Son pays défendait alors sa liberté contre les Perses, et contre ces princes de Constantinople qui retenaient toujours le nom d’empereurs romains.
Les enfants du grand Noushirvan, indignes d’un tel père, désolaient la Perse par des guerres civiles et par des parricides. Les successeurs de Justinien avilissaient le nom de l’empire ; Maurice venait d’être détrôné par les armes de Phocas et par les intrigues du patriarche syriaque et de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l’avoir servi. Le sang de Maurice et de ses cins fils avait coulé sous la main du bourreau, et le pape Grégoire le grand, ennemis des patriarches de Constantinople, tâchaient d’attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui proposant des louanges et en condamnant la mémoire de Maurice qu’il avait loué pendant sa vie. […] Après avoir connu le caractère de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité, et leur disposition à l’enthousiasme, il vit qu’il pouvait s’ériger en prophète, il feignit des révélations, il parla : il se fit croire d’abord dans sa maison, ce qui était probablement le plus difficile. […]
Il enseignait aux Arabes, adorateurs des étoiles, qu’il ne fallait adorer que le Dieu qui les a faites, que les livres des Juifs et des Chrétiens s’étant corrompus et falsifiés, on devait les avoir en horreur : qu’on était obligé sous peine de châtiment éternel de prier cinq fois par jour, de donner l’aumône, et surtout, en ne reconnaissant qu’un seul Dieu, de croire en Mahomet son dernier prophète ; enfin de hasarder sa vie pour sa foi. […]
Sa religion était d’ailleurs plus assujettissante qu’aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre et la forme des prières et des ablutions, rien n’étant plus gênant pour la nature humaine que des pratiques qu’elle ne demande pas et qu’il faut renouveler tous les jours.
Il proposait pour récompense une vie éternelle, où l’âme ferait enivrée de tous les plaisirs spirituels, le où le corps ressuscité avec ses sens, goûterait par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui font propres.,
Cette religion s’appela l’islamisme qui signifie résignation à la volonté de Dieu. Le livre qui la contient s’appela coran, c’est-à-dire, le livre, ou l’écriture, ou la lecture par excellence. […]
On y voit surtout une ignorance profonde de la Physique la plus simple et la plus connue. C’est là la pierre de touche des livres que les fausses religions prétendent écrits par la Divinité. […]
Le nouveau prophète donnait le choix à ceux qu’il voulait subjuguer d’embrasser sa secte ou de payer un tribut. […] De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par les conquêtes. […]
Le peuple hébreux avait en horreur les autres nations, et craignait toujours d’être asservi. Le peuple arabe au contraire voulut tout attirer à lui, et se crut fait pour dominer. »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 9, pages 864-865, 1765.

Denis DIDEROT (1713-1784),

« SARRARINS ou ARABES, philosophie des, : Le saint prophète ne savait ni lire ni écrire : de-là la haine des premiers musulmans contre toute espèce de connaissance ; le mépris qui s’en est perpétué chez leurs successeurs ; et la plus longue durée garantie aux mensonges religieux dont ils sont entêtés.

Mahomet fut si convaincu de l’incompatibilité de la Philosophie et de la Religion, qu’il décerna peine de mort contre celui qui s’appliquerait aux arts libéraux : c’est le même pressentiment dans tous les temps et chez tous les peuples, qui a fait hasarder de décrier la raison.
Le peu de lumière qui restait s’affaiblit au milieu du tumulte des armes, et s’éteignit au sein de la volupté ; l’alcoran fut le seul livre ; on brûla les autres, ou parce qu’ils étaient superflus s’ils ne contenaient que ce qui est dans l’alcoran, ou parce qu’ils étaient pernicieux, s’ils contenaient quelque chose qui n’y fût pas. Ce fut le raisonnement d’après lequel un des généraux  »sarrazins » fit chauffer pendant six mois les bains publics avec les précieux manuscrits de la bibliothèque d’Alexandrie. On peut regarder Mahomet comme le plus grand ennemi que la raison humaine ait eu. Il y avait un siècle que sa religion était établie, et que ce furieux imposteur n’était plus, lorsqu’on entendait des hommes remplis de son esprit s’écrier que Dieu punirait le calife Almamon [Al-Ma’mūn calife de Bagdad de 813 à 833], pour avoir appelé les sciences dans ses États; au détriment de la sainte ignorance des fidèles croyants.  »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 14, page 664, Neufchastel : Samuel Faulche et Compagnie, 1765.

VOLTAIRE : « Il était bien difficile qu’une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjugât pas une partie de la Terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par l’épée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu’aux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à l’islamisme. […] Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l’enthousiasme. Rien n’est plus terrible qu’un peuple qui, n’ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion. »
Questions sur l’Encyclopédie, article « Alcoran, ou plutôt le Koran », section II.

B / d) Caron de Beaumarchais :

« Je me jette à corps perdu dans le théâtre ; me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. »
Le Mariage de Figaro (1784), V, iii.
B / e) Marquis de CONDORCET (1743-1794 ) :

« J’exposerai comment la religion de Mahomet, la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la Terre où elle a étendu son empire ; tandis que nous allons voir briller le génie des sciences et de la liberté sous les superstitions les plus absurdes, au milieu de la plus barbare intolérance. La Chine nous offre le même phénomène, quoique les effets de ce poison abrutissant y aient été moins funestes. »
Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain,  » Sixième époque, Décadence des Lumières, jusqu’à leur restauration vers le  temps des croisades « , Paris : Masson, 1822 [1794].
C / XIXe siècle

C / a ) François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848) et Alfred de VIGNY (1797-1863) :

« Peut-on supposer que quelque imposteur, quelque nouveau Mahomet, sorti d’Orient, s’avance la flamme et le fer à la main, et vienne forcer les Chrétiens à fléchir le genou devant son idole ? La poudre à canon nous a mis à l’abri de ce malheur*. »
* Non pas si les gouvernements chrétiens ont la folie de discipliner les sectateurs du Coran. Ce serait un crime de lèse-civilisation que notre postérité, enchaînée peut-être, reprocherait avec des larmes de sang à quelques misérables hommes d’État de notre siècle. Ces prétendus politiques auraient appelé au secours de leurs petits systèmes les soldats fanatiques de Mahomet, et leur auraient donné les moyens de vaincre en permettant qu’on leur enseignât l’art militaire. Or, la discipline militaire n’est pas la civilisation ; avec des renégats chrétiens pour officiers, les brutes du Coran peuvent apprendre à vaincre dans les règles les soldats chrétiens.
« Le monde mahométan barbare a été au moment de subjuguer le monde chrétien barbare ; sans la vaillance de Charles Martel nous porterions aujourd’hui le turban : le monde mahométan discipliné pourrait mettre dans le même péril le monde chrétien discipliné. »
Essai sur les révolutions, 1797, IIe partie, chapitre LV.

« L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête : l’Évangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix […] Où en serions-nous si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des Lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts ? Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. »
Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811.

« Considérée sous le double rapport des intérêts généraux de la société et de nos intérêts particuliers, la guerre de la Russie contre la Porte [l’empire turc] ne doit nous donner aucun ombrage. En principe de grande civilisation, l’espèce humaine ne peut que gagner à la destruction de l’empire ottoman : mieux vaut mille fois pour les peuples la domination de la Croix à Constantinople que celle du Croissant. Tous les éléments de la morale et de la société politique sont au fond du christianisme, tous les germes de la destruction sociale sont dans la religion de Mahomet. On dit que le sultan actuel a fait des pas vers la civilisation : est-ce parce qu’il a essayé, à l’aide de quelques renégats français, de quelques officiers anglais et autrichiens, de soumettre ses hordes fanatiques à des exercices réguliers ? Et depuis quand l’apprentissage machinal des armes est-il la civilisation ? C’est une faute énorme, c’est presqu’un crime d’avoir initié les Turcs dans la science de notre tactique : il faut baptiser les soldats qu’on discipline, à moins qu’on ne veuille élever à dessein des destructeurs de la société.  »
Lettre à M. le comte de La Ferronnays, Rome, 30 novembre 1828, Mémoire, seconde partie.

VIGNY : « Croyez en Dieu et en son prophète qui ne sait ni lire ni écrire (dans le Coran). » Journal d’un poète, été-automne 1829.
« L’humanité a les mêmes droits sur elle-même qu’un homme sur son corps pour le guérir. Si l’on préfère la vie à la mort on doit préférer la civilisation à la barbarie. Nulle peuplade dorénavant n’aura le droit de rester barbare à côté des nations civilisées. L’Islamisme est le culte le plus immobile et le plus obstiné, il faut bien que les peuples qui le professent périssent s’ils ne changent de culte. »
Journal d’un poète, 1831 et été 1840.
« Je lui [à Lamartine] ai demandé s’il était toujours occupé de l’Orient. Il se montre enthousiasmé des malheurs des mahométans et les regarde comme plus civilisés que nous, à cause de la charité extrême en eux. – Cependant, lui dis-je, l’islamisme n’est qu’un christianisme corrompu, vous le pensez bien.
– Un christianisme purifié ! me dit-il avec chaleur.
Il ne m’a fallu que quelques mots pour lui rappeler que le Coran arrête toute science et toute culture ; que le vrai mahométan ne lit rien, parce que tout ce qui n’est pas dans le Coran est mauvais et qu’il renferme tout. – Les arts lui sont interdits parce qu’il ne doit pas créer une image de l’homme. » Journal d’un poète, 12 mars 1838.
« Mahomet eut le sentiment vrai du caractère de la religion lorsqu’il lui donna pour symbole le croissant de la lune dont la lumière est trompeuse et sans chaleur. » Journal d’un poète, 1849.
C / b) John Quincy Adams, 1767-1848 (6e président des U. S. A., 1825-1829) :

« In the seventh century of the Christian era, a wandering Arab of the lineage of Hagar [i.e., Muhammad], the Egyptian, […..] Adopting from the new Revelation of Jesus, the faith and hope [foi et espérance] of immortal life, and of future retribution, he humbled it to the dust by adapting all the rewards and sanctions of his religion to the gratification of the sexual passion. He poisoned the sources of human felicity at the fountain, by degrading the condition of the female sex, and the allowance of polygamy; and he declared undistinguishing and exterminating war, as a part of his religion, against all the rest of mankind [l’humanité]. THE ESSENCE OF HIS DOCTRINE WAS VIOLENCE AND LUST [le désir sexuel].- TO EXALT THE BRUTAL OVER THE SPIRITUAL PART OF HUMAN NATURE…. Between these two religions, thus contrasted in their characters, a war of twelve hundred years has already raged. The war is yet flagrant … While the merciless and dissolute dogmas of the false prophet shall furnish motives to human action, there can never be peace upon earth, and good will towards men. »
Cité dans Robert Spencer, From The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades).
C / c) Arthur Schopenhauer (1788-1860) :

« Que l’on considère, par exemple, le Coran ; ce méchant livre a suffi pour fonder une grande religion, satisfaire, pendant douze cents ans le besoin métaphysique de plusieurs millions d’hommes  ; il a donné un fondement à leur morale, leur a inspiré un singulier mépris de la mort et un enthousiasme capable d’affronter des guerres sanglantes, et d’entreprendre les plus vastes conquêtes. Or nous y trouvons la plus triste et la plus pauvre forme du théisme. Peut-être le sens nous en échappe-t-il en grande partie dans les traductions. Cependant je n’ai pu y découvrir une seule idée un peu profonde. »
Le Monde comme Vouloir et comme Représentation, 1844, Supplément au livre premier, seconde partie, § XVII « Sur le besoin métaphysique de l’humanité ». Traduction A. Burdeau revue et corrigée par Richard Roos, Paris : PUF, 1966, 1984.
C / d) Texte extrait d’un article de Friedrich Engels alors correspon­dant à Paris pour le journal anglais Northern Star, volume XI, 20 janvier 1848, n° 535, page 7 :

« En somme, à notre avis, c’est très heureux que ce chef arabe (Abd-el-­Kader) ait été capturé. La lutte des bédouins était sans espoir et bien que la manière brutale avec laquelle les soldats comme Bugeaux ont mené la guerre soit très blâmable, la conquête de l’Algérie est un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation.

Les pirateries des États barbaresques, jamais com­battues par le gouvernement anglais tant que leurs bateaux n’étaient pas molestés, ne pouvaient être sup­primées que par la conquête de l’un de ces États. Et la conquête de l’Algérie a déjà obligé les beys de Tunis et Tripoli et même l’empereur du Maroc à prendre la route de la civilisation. Ils étaient obligés de trouver d’autres emplois pour leurs peuples que la piraterie et d’autres méthodes pour remplir leurs coffres que le tribut payé par les petits­ États d’Europe.

Si nous pouvons regretter que la liberté des bédouins du désert ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins étaient une nation de voleurs dont les moyens de vie principaux étaient de faire des razzias contre leurs voisins ou contre les villages paisibles, prenant ce qu’ils trouvaient, tuant ceux qui résistaient et vendant les prisonniers comme esclaves.

Toutes ces nations de barbares libres paraissent très fières, nobles et glorieuses vues de loin, mais approchez seulement et vous trouverez que, comme les nations plus civi­lisées, elles sont motivées par le désir de gain et emploient seule­ment des moyens plus rudes et plus cruels.

Et après tout, le bourgeois moderne avec sa civilisation, son industrie, son ordre, ses « lumières » relatives, est préférable au seigneur féodal ou au voleur maraudeur, avec la société barbare à laquelle ils appartiennent. »
C / e) Alphonse de Lamartine

« La religion, surtout dans l’Orient, terre théocratique par excellence, est le mobile des peuples. Leur nationalité est dans leur dogme, leur destinée est dans leur foi ; l’esprit de migration et de conquête qui les soulève dans leurs steppes natales et qui les dissémine un livre dans une main, un sabre dans l’autre à travers le monde, est surtout l’esprit de prosélytisme. Un prophète, un révélateur, marche avec eux derrière le conquérant. »
Histoire de la Turquie, Paris : Aux bureaux du Constitutionnel, 1854, livre premier, I.

« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois; Ils n’ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. »
Livre premier, XCIV.

« L’inspiration intérieure de Mahomet fut sa seule imposture. Il y avait deux hommes en lui, l’inspiré de la raison et le visionnaire de l’extase. Les inspirations du philosophe furent aidées à son insu par les visions du malade. Ses songes, ses délires, ses évanouissements pendant lesquels son imagination traversait le ciel et conversait avec des êtres imaginaires, lui faisaient à lui-même les illusions qu’il faisait aux autres. La crédulité arabe inventa le reste. »
Livre premier, XC.

« Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur des dogmes rationnels d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles ou l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? Il n’y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n’avait pas tiré l’épée pour aider la parole, seul glaive de l’esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d’être conquérant. Mais celui-là, les hommes l’ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l’ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l’ont proclamé Dieu ! »
Livre premier, XC.

C / f) Karl Marx (1818-1883), New-York Herald Tribune, 15 avril 1854 :

« Declaration of War. – On the History of the Eastern Question, London, Tuesday, March 28, 1854 » :

« The Koran and the Musulman legislation emanating from it reduce the geography and ethnography of the various people to the simple and convenient distinction of two nations and of two countries; those of the Faithful and of the Infidels. The Infidel is “harby,” i.e. the enemy. Islamism proscribes the nation of the Infidels, constituting a state of permanent hostility between the Musulman and the unbeliever. In that sense the corsair-ships of the Berber States were the holy fleet of Islam. How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran ? [« Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles. L’Infidèle est « harby », c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l’Islam. Comment, donc, l’existence de chrétiens sujets de la Porte [l’empire turc]  peut-elle être conciliée avec le Coran ? » ; voir, plus loin, la même idée chez Michel Onfray]

“If a town,” says the Musulman legislation, “surrenders by capitulation, and its habitants consent to become rayahs, that is, subjects of a Musulman prince without abandoning their creed, they have to pay the kharatch (capitation tax), when they obtain a truce with the faithful, and it is not permitted any more to confiscate their estates than to take away their houses … In this case their old churches form part of their property, with permission to worship therein. But they are not allowed to erect new ones. They have only authority for repairing them, and to reconstruct their decayed portions. At certain epochs commissaries delegated by the provincial governors are to visit the churches and sanctuaries of the Christians, in order to ascertain that no new buildings have been added under pretext of repairs. If a town is conquered by force, the inhabitants retain their churches, but only as places of abode or refuge, without permission to worship.”. »
C / g) Alexis de Tocqueville (1805-1859) :

 » Caractère des conquêtes de la Révolution. Il arriva alors quelques chose d’analogue à ce qu’on vit à la naissance de l’islamisme, quand les Arabes convertirent la moitié de la Terre en la ravageant.  » De la Constituante au 18 Brumaire.

 » L’architecture peint les besoins et les mœurs. Celle-ci ne résulte pas seulement de la chaleur du climat ; elle peint à merveille l’état social et politique des populations musulmanes et orientales : la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageu qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections de cœur dans l’intérieur de la famille.  » Voyage en Algérie, 7 mai 1841.

 » Une dernière querelle et je vous quitte. En même temps que vous êtes si sévère pour cette religion qui a tant contribué cependant à nous placer à la tête de l’espèce humaine, vous me paraissez avoir un certain faible pour l’islamisme. Cela me rappelle un autre de mes amis que j’ai retrouvé en Afrique devenu mahométan. Cela ne m’a point entraîné. J’ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en Algérie et dans tout l’Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la conviction qu’il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de la décadence aujourd’hui si visible du monde musulman et quoique moins absurde que le polythéisme antique, ses tendances sociales et politiques étant, à mon avis, infiniment plus à redouter, je la regarde relativement au paganisme lui-même comme une décadence plutôt que comme un progrès. Voilà ce qu’il me serait possible, je crois, de vous démontrer clairement, s’il vous venait jamais la mauvaise pensée de vous faire circoncire… » Lettre à Gobineau, 22 octobre 1843,

« L’islam, c’est la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections du coeur du côté de l’intérieur de la famille. »
Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie.

« Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non-seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L’évangile ne parle au contraire que des rapports généraux des hommes avec Dieu, et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montreur que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres. »
De la Démocratie en Amérique, tome III, 1ère partie « Influence de la Démocratie sur le Mouvement intellectuel », chapitre V  » Comment, aux États-Unis, la religion sait se servir des instincts démocratiques « , Paris: Pagnerre, 1848.

« Dans leur correspondance de l’année 1843 [avec Gobineau], de Tocqueville s’affirme comme chrétien et dénigre l’islam, auquel il impute la « décadence du monde arabe, en disant s’appuyet sur sa lecture du « Koran » faite en relation avec son intéret pour l’Algérie et l’Orient (entendons le Proche-Orient).
On doit rappeler aussi que de Tocqueville a utilisé le modèle de la diffusion de l’islam pour rendre compte de la Révolution française, au passage et d’un seul mot, mais qui pèse. Il soutient que la Révolution française ne fut pas, essentiellement, un mouvement qui visait l’Église : elle avait pour but d’ « énerver » le pouvoir politique. Propagande, prosélytisme : la Révolution française a « opéré » par rapport à ce monde comme les religions par rapport à l’autre monde. Et c’est pourquoi elle eut un air de « révolution religieuse » qui a « épouvanté les contemporains, ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui néanmoins, comme l’islamisme, a inondé toute la Terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs » (souligné par nous). Lorsque paraissent ces lignes, en 1856, le voyage de de Tocqueville en Algérie est loin, de même que sa première dépréciation de l’islam. Aussi se construit un nouveau paradoxe, celui d’un conflit entre deux entités similaires : la Révolution française qui, ayant propagé l’idée d’égalité universelle, légitime l’entreprise coloniale en Algérie musulmane est analogue à une autre révolution religieuse, celle qui a fait naître le monde musulman ; ce sont donc deux grandes religions qui s’affrontent, l’une qui a produit de la « grandeur », l’autre de la « décadence ».
Dominique Colas, article « Tocqueville », in François Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris : Karthala éditions, 2008.
C / h) Ernest RENAN (1823-1892) :

« La nature humaine, plus forte au fond que tous les systèmes religieux, sait trouver des secrets pour reprendre sa revanche. L’islamisme, par la plus flagrante contradiction, n’a-t-il pas vu dans son sein un développement de science purement rationaliste ? Kepler, Newton, Descartes et la plupart des fondateurs de la science moderne étaient des croyants. Étrange illusion, qui prouve au moins la bonne foi de ceux qui entreprirent cette œuvre, et plus encore la fatalité qui entraîne l’esprit humain engagé dans les voies du rationalisme à une rupture absolue, que d’abord il repousse, avec toute religion positive ! […] L’islamisme qui, par un étrange destin, à peine constitué comme religion dans ses premières années est allé depuis acquérant sans cesse un nouveau degré de force et de stabilité, l’islamisme périra par l’influence seule de la science européenne, et ce sera notre siècle qui sera désigné par l’histoire comme celui où commencèrent à se poser les causes de cet immense événement. La jeunesse d’Orient, en venant dans les écoles d’Occident puiser la science européenne, emportera avec elle ce qui en est le corollaire inséparable, la méthode rationnelle, l’esprit expérimental, le sens du réel, l’impossibilité de croire à des traditions religieuses évidemment conçues en dehors de toute critique. »
L’Avenir de la science, III, 1848.

« L’islamisme ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l’état de religion libre ou individuelle, il périra. L’islamisme n’est pas seulement une religion d’État, comme l’a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l’est encore en Espagne ; c’est la religion excluant l’État, c’est une organisation dont les États pontificaux seuls en Europe offraient le type. […] L’islam est la plus complète négation de l’Europe ; l’islam est le fanatisme […] le dédain de la science, la suppression de la société civile ; c’est l’épouvantable simplicité de l’esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d’une éternelle tautologie : Dieu est Dieu. »
De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, 1862.

« Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement l’infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États gouvernés par l’islam, la nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur culture et leur éducation.[…] le musulman a le plus profond mépris pour l’instruction, pour la science, pour tout ce qui constitue l’esprit européen. […] l’islam est à mille lieues de tout ce qui peut s’appeler rationalisme ou science. {…] Le terrible coup de vent de l’islam arrêta net, pendant une centaine d’années, tout ce beau développement iranien. […]. Une ville qui a eu dans l’histoire de l’esprit humain un rôle tout à fait à part, la ville de Harran, était restée païenne et avait gardé toute la tradition scientifique de l’antiquité grecque ; toutes […] l’élément vraiment fécond de tout cela venait de la Grèce. […] L’astronomie n’est tolérée que pour la partie qui sert à déterminer la direction de la prière. […] , parmi les philosophes et les savants dits arabes, il n’y en a guère qu’un seul, Alkindi, qui soit d’origine arabe ; » […]
« Les libéraux qui défendent l’islam ne le connaissent pas. L’islam, c’est l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée. […] Faire honneur à l’islam de la philosophie et de la science qu’il n’a pas tout d’abord anéanties, c’est comme si l’on faisait honneur aux théologiens des découvertes de la science moderne. […] Faire honneur à l’islam d’Avicenne, d’Avenzoar, d’Averroès, c’est comme si l’on faisait honneur au catholicisme de Galilée [ou au judaïsme de la philosophie de Spinoza]. […] L’islam a réussi pour son malheur. En tuant la science, il s’est tué lui-même, et s’est condamné dans le monde à une complète infériorité. »
L’islamisme et la science, Conférence faite à la Sorbonne le 29 mars 1883, publiée dans Discours et conférences, 1887, texte repris dans : Œuvres complètes, tome 1, Calmann-Lévy, 1947, pages 947-965.
C / i) Gustave Flaubert (1821-1880) :

« Sans doute par l’effet de mon vieux sang normand, depuis la guerre d’Orient [1875-1878], je suis indigné contre l’Angleterre, indigné à en devenir Prussien ! Car enfin, que veut-elle ? Qui l’attaque ? Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
Lettre à Edma Roger des Genettes, 1er mars 1878.

Commentaire pris sur facebook en janvier 2015 :

 » Hollande se rend en Arabie séoudite. Va-t-il offrir au nouveau roi Salmane, en guise de cadeau pour son avènement, le tome V de la correspondance de Flaubert ? Il y lirait, page 366 (lettre du 1/3/1878) : « Cette prétention de défendre l’islam* (qui est, en soi, une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’Humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise La Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
(* En fait Flaubert écrit « islamisme ». Mais au XIXe, ainsi qu’on le voit chez Renan et que l’atteste Littré, « islamisme », qui fait parallèle avec « christianisme », est couramment employé au sens d’ « islam ». Le sens moderne d’ « islamisme », désignant la conception intégriste et fanatique de l’islam, n’existe pas alors).  »
Pourtant, bien des critiques rapportées sur cette page de mon blog, y compris celles de Bossuet, Vigny et Renan, s’appliquent parfaitement à l’islamisme contemporain et à son obscurantisme.
C / j) Frédéric Nietzsche (1844-1900) :

Fragments posthumes, 1878-1888,

N I 3c, 1878 – juillet 1879 : 39[8] : — sur l’islam [—  über den Islam ?]
E. [Edmond] Schérer, études litteraires.
Ambros III Band (Renaissance bis Palestrina).
Peschel, Völkerkunde.
Renan usw.

M III 4a, automne 1881 : 5[17] :
« Mon orgueil consiste en ce que « j’ai une origine » – c’est pourquoi je n’ai pas besoin de gloire. En tout ce qui pouvait émouvoir Zoroastre, Moïse, Mahomet, Jésus, Platon, Brutus, Spinoza, Mirabeau, moi aussi d’ores et déjà j’étais vivant et pour maintes choses ce n’est qu’en moi que vient au jour ce qui nécessitait quelques millénaires pour passer de l’état embryonnaire à celui de pleine maturité. Nous sommes les premiers aristocrates de l’esprit – ce n’est qu’à partir de maintenant que commence l’esprit historien. »
[Im Alterthum hatte jeder höhere Mensch die Begierde nach dem Ruhme — das kam daher, daß jeder mit sich die Menschheit anzufangen glaubte und sich genügende Breite und Dauer nur so zu geben wußte, daß er sich in alle Nachwelt hinein dachte, als mitspielenden Tragöden der ewigen Bühne. Mein Stolz dagegen ist „ich habe eine Herkunft“ — deshalb brauche ich den Ruhm nicht. In dem, was Zarathustra, Moses, Muhamed Jesus Plato Brutus Spinoza Mirabeau bewegte, lebe ich auch schon, und in manchen Dingen kommt in mir erst reif an’s Tageslicht, was embryonisch ein paar Jahrtausende brauchte. Wir sind die ersten Aristokraten in der Geschichte des Geistes — der historische Sinn beginnt erst jetzt.]

W II 5, printemps 1888 : 14[180] : « le mahométisme, en tant que c’est une religion pour des hommes, a un profond mépris pour la sentimentalité et l’hypocrisie du christianisme … une religion de femmes, comme il la ressent – » [der Muhammedanismus, als eine Religion für Männer, hat eine tiefe Verachtung für die Sentimentalität und Verlogenheit des Christenthums… einer Weibs-Religion, als welche er sie fühlt —]

14[204] : [Muhammedanismus hat von den Christen wiederum gelernt : die Benutzung des „Jenseits“ als Straf-Organ.]
L’Antéchrist,
« Quel est tout ce que, plus tard, Mahomet prit au christianisme ? L’invention de Paul, son moyen de la tyrannie des prêtres, de la formation de troupeaux : la croyance en l’immortalité — cela s’appelle la doctrine du « Jugement ». » [Was allein entlehnte später Muhamed dem Christenthum? Die Erfindung des Paulus, sein Mittel zur Priester-Tyrannei, zur Heerden-Bildung den Unsterblichkeits-Glauben — das heisst die Lehre vom „Gericht“…]
§ 42.

« Le « saint mensonge » est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l’Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. « La vérité est là » : partout où l’on entend ça, cela signifie que le prêtre ment … » [Die „heilige Lüge“ — dem Confucius, dem Gesetzbuch des Manu, dem Muhamed, der christlichen Kirche gemeinsam: sie fehlt nicht bei Plato. „Die Wahrheit ist da“: dies bedeutet, wo nur es laut wird, der Priester lügt…]
§ 55.

« Si l’Islam méprise le christianisme, il a là mille fois raison : l’Islam présuppose des hommes… » [Wenn der Islam das Christenthum verachtet, so hat er tausend Mal Recht dazu: der Islam hat Männer zur Voraussetzung…]
§ 59.
« Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture de l’islam. Le merveilleux monde culturel maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds !) — Pourquoi ? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus les exquis raffinements de la vie maure !… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière — une civilisation en comparaison de laquelle même notre XIXe siècle semblerait pauvre et retardataire.[…] En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance : ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. « Guerre à outrance avec Rome ! Paix et amitié avec l’Islam. » C’est ce qu’a senti, c’est ce qu’a fait ce grand esprit fort, le seul génie parmi les empereurs allemands, Frédéric II. » [Das Christenthum hat uns um die Ernte der antiken Cultur gebracht, es hat uns später wieder um die Ernte der Islam-Cultur gebracht. Die wunderbare maurische Cultur-Welt Spaniens, uns im Grunde verwandter, zu Sinn und Geschmack redender als Rom und Griechenland, wurde niedergetreten — ich sage nicht von was für Füssen — warum? weil sie vornehmen, weil sie Männer-Instinkten ihre Entstehung verdankte, weil sie zum Leben Ja sagte auch noch mit den seltnen und raffinirten Kostbarkeiten des maurischen Lebens!… Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, — eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr „spät“ vorkommen dürfte. — Freilich, sie wollten Beute machen: der Orient war reich… Man sei doch unbefangen! Kreuzzüge — die höhere Seeräuberei, weiter nichts! — Der deutsche Adel, Wikinger-Adel im Grunde, war damit in seinem Elemente: die Kirche wusste nur zu gut, womit man deutschen Adel hat… Der deutsche Adel, immer die „Schweizer“ der Kirche, immer im Dienste aller schlechten Instinkte der Kirche, — aber gut bezahlt… Dass die Kirche gerade mit Hülfe deutscher Schwerter, deutschen Blutes und Muthes ihren Todfeindschafts-Krieg gegen alles Vornehme auf Erden durchgeführt hat! Es giebt an dieser Stelle eine Menge schmerzlicher Fragen. Der deutsche Adelfehlt beinahe in der Geschichte der höheren Cultur: man erräth den Grund… Christenthum, Alkohol — die beiden grossen Mittel der Corruption… An sich sollte es ja keine Wahl geben, Angesichts von Islam und Christenthum, so wenig als Angesichts eines Arabers und eines Juden. Die Entscheidung ist gegeben, es steht Niemandem frei, hier noch zu wählen. Entweder ist man ein Tschandala oder man ist es nicht… „Krieg mit Rom auf’s Messer! Friede, Freundschaft mit dem Islam“: so empfand, so that jener grosse Freigeist, das Genie unter den deutschen Kaisern, Friedrich der Zweite. Wie? muss ein Deutscher erst Genie, erst Freigeist sein, um anständig zu empfinden? — Ich begreife nicht, wie ein Deutscher je christlich empfinden konnte…]
§ 60.

[Cf Julien Rochedy, 2 octobre 2014] :  » J’ai le tort d’être nietzschéen et de me rappeler des belles pages de mon maître sur l’Islam. J’ai le tort d’avoir lu et apprécié René Guénon. J’ai certainement le tort d’avoir beaucoup aimé le récit des Omeyyades et des Abbassides dans l’Histoire des civilisations de Will Durant, historien peu connu et pourtant absolument génial. J’ai le tort d’avoir des ami(e)s musulmans, dont certains étrangers qui déplorent d’ailleurs le comportement lamentable que peut avoir une partie de nos berbères à nationalité française qui se prétendent musulmans. Et puis il faut dire que j’ai un respect, un peu conventionnel peut-être, pour tout ce qui touche à la spiritualité des gens. C’est comme ça. Je dois sans doute tenir ce trait de ma propre éducation religieuse chez les bonnes sœurs. « ]. On a vu plus haut que Nietzsche n’est pas toujours tendre envers l’islam.

C / k) Jules Napoléon NEY (1849-1900, petit-fils du maréchal Ney) :

« Si nous ne nous étions limité à dessein le champ du présent travail, nous montrerions aux lecteurs de l’“Initiation” quelles éventualités redoutables menacent l’Europe chrétienne au courant du vingtième siècle. Il est à craindre qu’elle ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d’Afrique et la marche en avant vers l’ouest des musulmans d’Asie. Nous ne parlons pas de la réserve innombrable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l’œuvre destructive et dévastatrice si bien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devrait unir les nations menacées. »
(Napoléon Ney, Un danger européen : Les société secrètes musulmanes, V ; Paris : Georges Carré libraire-éditeur, 1890, page 20).

C / l) Winston Churchill (1874-1965) :

« How dreadful are the curses which Mohammedanism lays on its votaries ! Besides the fanatical frenzy, which is as dangerous in a man as hydrophobia in a dog, there is this fearful fatalistic apathy. The effects are apparent in many countries. Improvident habits, slovenly systems of agriculture, sluggish methods of commerce, and insecurity of property exist wherever the followers of the Prophet rule or live. A degraded sensualism deprives this life of its grace and refinement; the next of its dignity and sanctity. The fact that in Mohammedan law every woman must belong to some man as his absolute property – either as a child, a wife, or a concubine – must delay the final extinction of slavery until the faith of Islam has ceased to be a great power among men. Individual Moslems may show splendid qualities. Thousands become the brave and loyal soldiers of the Queen ; all know how to die; but the influence of the religion paralyses the social development of those who follow it. No stronger retrograde force exists in the world. Far from being moribund, Mohammedanism is a militant and proselytizing faith. It has already spread throughout Central Africa, raising fearless warriors at every step; and were it not that Christianity is sheltered in the strong arms of science – the science against which it had vainly struggled – the civilization of modern Europe might fall, as fell the civilization of ancient Rome. » (The River War : An Account of the Reconquest of the Sudan, volume II, 1999).
D / XXe siècle, avant la correction politique :

D / a) Jacob Burckhardt (1818-1897) :

« Celui qui ne cherche pas à exterminer les Musulmans ou n’en a pas les moyens, fait mieux de les laisser tranquilles ; on arrivera peut-être à s’emparer de leurs contrées désertiques, arides et dénudées, mais on ne pourra jamais les contraindre à se soumettre à une forme d’État non-coranique : leur sobriété leur assure une très grande indépendance individuelle, leur système d’esclavage et leur domination sur les Giaours leur permettent de maintenir intact leur mépris du travail – exception faite du travail agricole – mépris qui est nécessaire à leur pathos.

Le régime ottoman révèle une singulière continuité qui s’explique peut-être par un épuisement des forces destinées à une possible usurpation. Mais tout rapprochement avec la culture occidentale semble être absolument pernicieux pour les Musulmans, à commencer par les emprunts et les dettes d’État. »
Considérations sur l’histoire universelle (posthume, 1905), III, 3, « L’État conditionné par la religion ».

D / b) Alain Quellien, 1910 :

« L’Islamophobie. — Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans. […] Il semble que cette prévention contre l’Islam soit un peu exagérée, le musulman n’est pas l’ennemi né de l’Européen (1), mais il peut le devenir par suite de circonstances locales et notamment lorsqu’il résiste à la conquête à main armée. » (Alain Quellien, La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française, seconde partie  » La politique musulmane « , chapitre premier  » Reproches adressés à l’Islam dans l’Afrique Occidentale « , pages 133-135, Paris, É. Larose, 1910).
1. On a vu plus haut que Karl Marx était d’un avis contraire.

André GIDE ;  » Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j’envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l’Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations… Berdiaeff réserve ce rôle à l’orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C’est au nom de Dieu qu’on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s’agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C’est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. Chacune prétend être la seule à posséder la Vérité. La raison est commune à tous les hommes, et s’oppose à la religion, aux religions.  » (Journal, 14 avril 1933)
D / c) John M. Keynes (1883-1946) :

« My feelings about Das Kapital are the same as my feelings about the Koran. I know that it is historically important and I know that many people, not all of whom are idiots, find it a sort of Rock of Ages and containing inspiration. Yet when I look into it, it is to me inexplicable that it can have this effect. Its dreary, out-of-date, academic controversialising seems so extraordinarily unsuitable as material for the purpose. But then, as I have said, I feel just the same about the Koran. How could either of these books carry fire and sword round half the world? It beats me. Clearly there is some defect in my understanding. Do you believe both Das Kapital and the Koran? » (Lettre à George Bernard Shaw, 2 décembre 1934).
D / d) Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :

« L’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même : le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures. (…)

Dans les Hindous, je contemplais notre exotique image, renvoyée par ces frères indo-européens évolués sous un autre climat, au contact de civilisations différentes, mais dont les tentations intimes sont tellement identiques aux nôtres qu’à certaines périodes, comme l’époque 19000, elles remontent chez nous aussi en surface.

Rien de semblable à Agra, où règnent d’autres ombres : celles de la Perse médiévale, de l’Arabie savante, sous une forme que beaucoup jugent conventionnelle. Pourtant, je défie tout visiteur ayant encore gardé un peu de fraîcheur d’âme de ne pas se sentir bouleversé en franchissant, en même temps que l’enceinte du Taj, les distances et les âges, accédant de plain-pied à l’univers des Mille et une Nuits […].

Pourquoi l’art musulman s’effondre-t-il si complètement dès qu’il cesse d’être à son apogée ? Il passe sans transition du palais au bazar. N’est-ce pas une conséquence de la répudiation des images ? L’artiste, privé de tout contact avec le réel, perpétue une convention tellement exsangue qu’elle ne peut être rajeunie ni fécondée. Elle est soutenue par l’or, ou elle s’écroule. […]

Si l’on excepte les forts, les musulmans n’ont construit dans l’Inde que des temples et des tombes. Mais les forts étaient des palais habités, tandis que les tombes et les temples sont des palais inoccupés. On éprouve, ici encore, la difficulté pour l’Islam de penser la solitude. Pour lui, la vie est d’abord communauté, et le mort s’installe toujours dans le cadre d’une communauté, dépourvue de participants. […]

N’est-ce pas l’image de la civilisation musulmane qui associe les raffinements les plus rares – palais de pierres précieuses, fontaines d’eau de rose, mets recouverts de feuilles d’or, tabac à fumer mêlé de perles pilées – servant de couverture à la rusticité des moeurs et à la bigoterie qui imprègne la pensée morale et religieuse ?

Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures : parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté.

Plutôt que de parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et de la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation paradoxale au sens « pavlovien » , génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam, de surmonter un pareil conflit. En vain d’ailleurs : comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grand principes – liberté, égalité, tolérance – et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.

Un jour à Karachi, je me trouvais en compagnie de Sages musulmans, universitaires ou religieux. À les entendre vanter la supériorité de leur système, j’étais frappé de constater avec quelle insistance ils revenaient à un seul argument : sa simplicité. La législation islamique en matière d’héritage est meilleure que l’hindoue, parce qu’elle est plus simple. […] Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique […].

Chez les Musulmans, manger avec les doigts devient un système : nul ne saisit l’os de la viande pour en ronger la chair. De la seule main utilisable (la gauche étant impure, parce que réservée aux ablutions intimes) on pétrit, on arrache les lambeaux et quand on a soif, la main graisseuse empoigne le verre. En observant ces manières de table qui valent bien les autres, mais qui du point de vue occidental, semblent faire ostentation de sans-gêne, on se demande jusqu’à quel point la coutume, plutôt que vestige archaïque, ne résulte pas d’une réforme voulue par le Prophète – « ne faites pas comme les autres peuples, qui mangent avec un couteau » – inspiré par le même souci, inconscient sans doute, d’infantilisation systématique, d’imposition homosexuelle de la communauté par la promiscuité qui ressort des rituels de propreté après le repas, quand tout le monde se lave les mains, se gargarise, éructe et crache dans la même cuvette, mettant en commun, dans une indifférence terriblement autiste, la même peur de l’impureté associée au même exhibitionnisme. […]

[S]i un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale : stricte observance du règlement (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions [sic]) ; revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles) ; promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses ; et pas de femmes.
[…]
Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme insconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une « néantisation » d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. […] Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons : je retrouve en lui l’univers d’où je viens ; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. […] Si, pourtant, une France de quarante-cinq millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. […] pari dont l’enjeu est aussi grave que celui que nous refusons de risquer.

Le pourrons-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? (…) [I]ci, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible, celui, précisément, que l’Islam interdit en dressant sa barrière entre un Occident et un Orient qui, sans lui, n’auraient peut-être pas perdu leur attachement au sol commun où ils plongent leurs racines. (…)
[…]
Aujourd’hui, c’est par-dessus l’Islam que je contemple l’Inde ; mais celle de Bouddha, avant Mahomet qui, pour moi européen et parce que européen, se dresse entre notre réflexion et des doctrines qui en sont les plus proches comme le rustique empêcheur d’une ronde où les mains prédestinées à se joindre, de l’Orient et de l’Occident ont été par lui désunies. Quelle erreur allais-je commettre, à la suite de ces musulmans qui se proclament chrétiens et occidentaux et placent à leur Orient la frontière entre les deux mondes ! […] L’évolution rationnelle est à l’inverse de celle de l’histoire : l’Islam a coupé en deux un monde plus civilisé. Ce qui lui paraît actuel relève d’une époque révolue, il vit dans un décalage millénaire. Il a su accomplir une œuvre révolutionnaire ; mais comme celle-ci s’appliquait à une fraction attardée de l’humanité, en ensemençant le réel il a stérilisé le virtuel : il a déterminé un progrès qui est l’envers d’un projet. » Tristes Tropiques, 9e partie, xxxix, Paris : Plon, 1955, collection Terre Humaine.
D / e) André MALRAUX (1901-1976) :

 » La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera.
C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’État. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis « musulmane » je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les « misérables » ont d’ailleurs peu à perdre.
Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  »
3 juin 1956.
Elisabeth de Miribel, transcription par sténographie. Source Institut Charles de Gaulle. Valeurs Actuelles, n° 3395.

© http://www.malraux.org, 3 décembre 2009 et 24 février 2010

D / f) Elias Canetti (1905-1994) :

[Page 150 :] «  Il est quatre manières différentes de s’assembler pour les mahométans croyants.
1. Ils s’assemblent plusieurs fois par jour pour la prière, à laquelle les convoquent une voix venue d’en haut. – Il s’agit là de petits groupes rythmiques que l’on peut qualifier de meutes orantes. Le moindre mouvement est exactement prescrit et orienté dans une seule et unique direction, celle de La Mecque. Une fois par semaine, pour la prière du vendredi, ces meutes prennent les proportions de masses.
2. Ils s’assemblent pour la guerre sainte contre les incroyants.
[page 151] 3. Ils s’assemblent à La Mecque, lors du grand pèlerinage.
4. Ils s’assemblent pour le Jugement dernier.
Dans l’islam, comme dans toutes les religions, la plus grande importance revient aux masses invisibles. Mais plus nettement marquées que dans les autres religions universelles, ce sont ici des masses invisibles doubles qui se font face.
Dès que retentit la trompette du Jugement dernier, tous les morts sortent de leurs tombeaux et se rendent en tout hâte, comme à un commandement militaire, au champ du Jugement. Ils se présentent alors devant Dieu, en deux groupes immenses et séparés, d’un côté les croyants, les incroyants de l’autre, et Dieu les juge séparément.
Toutes les générations humaines sont ainsi rassemblées, et chacun a l’impression de n’avoir été mis au tombeau que la veille. Personne n’a la moindre idée des immenses espaces de temps pendant lesquels il a pu rester au tombeau. Sa mort fut sans rêve et sans mémoire. Mais tout le monde entend le son de la trompette. « Ce jour-là les hommes se présenteront par troupes. » Il est constamment question dans le Coran des troupes de ce grand moment. C’est la représentation de masse la plus vaste dont soit capable un mahométant croyant. Personne ne peut imaginer un nombre d’êtres humains plus grand que celui de tous ceux qui ont jamais vécu, poussés en rangs serrés en un seul endroit. C’est la seule masse qui ne s’accroisse plus, et sa densité est extrême, puisque chacun de ceux qui la constituent se présente à ce même endroit devant son juge.
Mais en dépit de son étendue et de sa densité, elle reste du début à la fin divisée en deux. Chacun sait parfaitement ce qui l’attend : l’espoir est chez les uns, l’effroi chez les autres. « Ce jour-là, il y aura des visages radieux, qui riront dans la joie ; et ce jour-là il y aura des visages couverts de poussière, recouverts de ténèbres, ce sont les incroyants, les impies. » Comme il s’agit d’une sentence absolument juste, – toute action est enregistrée et attestée par écrit –, nul ne saurait échapper à la moitié à laquelle il appartient de droit. Dans l’islam, la bipartition de la masse est inconditionnée, elle sépare la troupe des croyants de celle des incroyants. Leur destin, qui restera à jamais séparé, est de se combattre entre elles. La guerre sainte est un devoir sacré, et c’est ainsi que, dès cette vie, est préfigurée dans chaque bataille, quoique avec moins d’ampleur, la masse double du Jugement dernier.
Le mahométan garde sous les yeux l’image différente d’un devoir non moins sacré : le pélerinage à La Mecque. Il s’agit ici d’une masse lente, qui se forme progressivement par l’afflux venu de toutes les terres. Suivant la distance à laquelle le [page 152] croyant habite de La Mecque, elle peut s’étendre sur des semaines, des mois, voire des années. Le devoir d’accomplir ce pèlerinage au moins une fois dans sa vie colore toute l’existence terrestre de l’individu. Qui n’a pas été de ce pèlerinage n’a pas réellement vécu. C’est une expérience qui englobe pour ainsi dire le domaine tout entier qu’a recouvert la foi et le concentre en ce lieu unique d’où elle est partie. Cette masse de pèlerins est pacifique. Elle se consacre uniquement à atteindre son but. Sa tâche n’est pas de soumettre les incroyants, elle n’a que le devoir de parvenir à l’endroit prescrit et d’y avoir été.
C’est un singulier miracle qu’une ville de l’importance de La Mecque puisse contenir ces troupes innombrables de pèlerins. Le pèlerin espagnol Ibn Jubayr [1145-1217], qui fut à La Mecque vers la fin du XIIe siècle et en a laissé une description détaillée, est d’avis que même la plus grande ville du monde n’aurait pas assez de place pour tant de gens. Mais La Mecque, ajoute-t-il, a reçu en grâce une extensibilité particulière en faveur des masses ; on ne peut que la comparer à une femme enceinte qui se fait plus petite ou plus grande suivant la taille de l’embryon qu’elle porte.
Le grand moment du pèlerinage est la journée de la plaine d’Harafat. Sept cent mille hommes doivent s’y tenir debout. Les vides sont remplis par des anges qui se mêlent invisiblement aux hommes.
Mais quand le temps de paix est passé, la guerre sainte reprend ses droits. « Mahomet, dit un des meilleurs connaisseurs de l’Islam [Gobineau, dans Religions et philosophies dans l’Asie centrale, 1865], est le prophète de la lutte et de la guerre… Ce qu’il a commencé par faire dans son milieu arabe, c’est le testament qu’il laisse ensuite à l’avenir de sa communauté : guerre aux infidèles, extension non pas tellement de la foi que de sa sphère d’influence, qui est la sphère même de la puissance d’Allah. Ce qui compte pour les guerriers de l’Islam n’est pas tellement la conversion que la soumission des incroyants. »
Le Coran, le livre du prophète inspiré par Dieu, ne laisse aucun doute là-dessus. « Quand les mois saints sont passés, tuez les incroyants où que vous les trouviez ; saisissez-vous d’eux, refoulez-les et tendez-leur toutes les embuscades que vous pourrez. [Sourate IX, versets 4-5] » ».
[Masse und Macht [Foules et pouvoir , ou] Masse et puissance, (1960), chapitre III, « Meute et religion », § 6, « L’Islam, religion guerrière ». [Elias CANETTI, Masse et puissance, traduit de l’allemand par Robert Rovini, Paris : Gallimard, 1966, collection « Bibliothèque des Science Humaines »].

[Page 153 :] « Les religions de la lamentation funèbre ont marqué le visage de la Terre. Elles ont atteint dans le christianisme à une sorte de validité universelle. La meute qui leur sert de support n’a qu’une brève existence. […]
La légende autour de laquelle elle se forme est celle d’un homme ou d’un dieu qui a péri injustement. C’est toujours l’histoire d’une persécution, qu’il s’agisse d’une chasse ou d’une poursuite. Il peut s’y rattacher aussi un procès inique.

[Page 156 :] « […] La plus importante des religions funèbres est le christianisme. Nous aurons à reparler de sa forme catholique. Quant aux grands moments du christianisme, aux moments de véritable émotion de masse, ce n’est pas celui de la lamentation authentique, devenue rare, que nous décrirons, mais un autre : la solennité de la résurrection dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem..
La lamentation fuènbre elle-même, meute passionnée qui s’ouvre en véritable masse, la voici, imposante et inoubliable, dans la fête chiite du moharrem. »
Chapitre III, § 7, « Religions funèbres ».

« L’Islam, qui a tous les traits évidents d’une religion guerrière, a donné naissance, par scission, à une religion funèbre, celle des chiites. Il n’en est pas de plus concentrée, de plus extrême. C’est la religion officielle de l’Iran et du Yémen. Elle est très répandue aux Indes et en Irak.
Les chiites croient en un chef spirituel et temporel de leur communauté, qu’ils appellent l’iman. Sa position est plus marquante que celle du pape. Il est le dépositaire de la lumière divine. Il est infaillible. Seul le fidèle attaché à son iman peut être sauvé. « Qui meurt sans connaître le vrai iman de son temps, meurt de la mort de l’incroyant. ».
L’iman descend du prophète en ligne directe. Ali, gendre de Mahomet, marié à sa fille Fatima, passe pour le premier iman. Le prophète a confié à Ali certaines connaissances qu’il cachait à d’autres de ses adeptes, et elles se transmettent dans sa famille.Il a expressément nommé Ali son successeur, tant pour l’enseignement de la doctrine que pour le gouvernement. Le prophète lui-même a disposé qu’Ali est l’Élu ; à lui seul revient le titre de « souverain des croyants ». Les fils d’Ali, Hassan et Hussein, ont ensuite hérité cette fonction de lui ; ils étaient les petits-fils du prophète ; Hassan fut le deuxième iman, Hussein le troisième. Qui d’autre s’arrogeait le gouveernement des croyants était un usurpateur.
L’histoire politique de l’islam après la mort de Mahomet aida grandement à la formation d’une légende autour d’Ali et de ses fils. Ali ne fut pas tout de suite élu au califat. Au cours [page 157] des vingt-quatre années qui suivirent la mort de Mahomet, trois autres de ses frères d’armes revêtirent l’un après l’autre cette dignité suprême. Ali ne prit le pouvoir que lorsque le troisième fut mort, mais son gouvernement fut bref. Pendant un service divin du vendredi à la mosquée de Koufa, il fut assassiné par un fanatique de ses ennemis armé d’une épée empoisonnée. Son fils aîné Hassan vendit ses droits pour une somme de plusieurs millions de dirhams et se retira à Médine, ou il mourut quelques années plus tard des suites d’une vie dissolue.
La religion des chiites est centrée sur les souffrances de son cadet Hussein. Tout le contraire d’Hassan, il était réservé et sérieux, et menait une vie calme à Médine. Bien qu’il fut devenu chef du chiisme à la mort de son frère, il ne se mêla de longtemps à aucune agitation politique. Mais quand le calife de Damas mourut et que son fils voulut prendre sa succession, Hussein lui refusa sa soumission. Les habitants de la turbulente ville de Koufa en Irak écrivirent à Hussein, l’engageant à les rejoindre. Ils le voulaient pour calife et, une fois sur place, lui promettaient que tout lui reviendrait. Il se mit en route avec sa famille, ses femmes, ses enfants, et une petite troupe de partisans. Ce fut une longue route à travers le désert. Quand il parvint à proximité de la ville, elle avait déjà fait défection. Son gouverneur envoya à sa rencontre une forte troupe de cavaliers, qui lui demandèrent de se rendre. Il refusa, et on lui coupa l’accès des points d’eau. On le cerna avec sa petite troupe. Hussein et les siens, qui s’étaient courageusement mis sur la défensive, furent attaqués et écrasés dans la plaine de Kerbéla, le dixième jour du mois de moharrem, l’an 680 de notre ère. Quatre-vingt-sept hommes furent tués avec Hussein ; beaucoup étaient de sa famille et de celle de son frère. Son cadavre portait les marques de trente-trois coups de lance et de trente-quatre coups d’épée. Le commandant de la troupe ennemis donna l’ordre à ses gens de fouler le cadavre d’Hussein aux pieds de leurs chevaux. Le petit-fils du prophète fut piétiné par leurs sabots. Sa tête tranchée fut envoyée au calife de Damas. Celui-ci la frappa sur la bouche avec sa canne. Un ancien combattant de Mahomet, qui était présent, l’en réprimenda : « Ote ta canne, dit-il, j’ai vu la bouche du prophète baiser cette bouche ».
Les « épreuves de la race du prophète » sont devenues le thème propre de la littérature religieuse des chiites. « On reconnait, dit-on, les vrais croyants de ce proupe à leur corps amaigri de privations, à  leurs lèvres desséchées par la soif et à leurs yeux chassieux à force de pleurer. Le vrai chiite est persé- [page 158] cuté et misérable comme la famille pour laquelle il prend fait et cause et souffre. On considère bientot que c’est la vocation de la famille du prophète que de subir tourments et persécutions. »
Depuis la tragique journée de Kerbéla, l’histoire de cette famille est une suite continuelle de souffrances et de tourments. Une riche littérature de martyrologes s’attache à les narrer en poésie et en prose. Ils font l’objet des réunions de chiites pendant le premier tiers du mois de moharrem dont le dixième jour (achourah) est considéré comme l’anniversaire de la tragédie de Kerbéla. « Nos commémorations sont nos réunions funèbres » est la conclusion que donne un prince d’esprit chiite à un poème dans lequel il commémore les nombreuses épreuves de la famille du prophète. Pleurer, se lamenter et s’affliger à cause des malheurs et des persécutions de la famille d’Ali, de son martyrologe, voilà tout ce qui compte pour le vrai fidèle. […]
La contemplation de la personne et du destin d’Hussein est au centre sentimental de la foi. C’est la grande source de l’expérience religieuse. L’interprétation de sa mort en a fait un sacrifice volontaire, c’est par ses souffrances que les saints entrent au paradis. L’idée d’un médiateur est étrangère à l’islam, à l’origine. Elle est devenue prépondérante chez les chiites depuis la mort d’Hussein.
Le tombeau d’Hussein dans la plaine de Kerbéla a été très tôt le pèlerinage principal des chiites. […]
{Page 160 :] « Les vrais jeux de la passion, dans lesquels sont représentés dramatiquement les souffrances d’Hussein, ne sont devenus institution permanente que vers le début du XIXe siècle. [Joseph Arthur de ] Gobineau [1816-1882], qui a fait de longs séjours en Perse au milieu du siècle et plus tard, en a donné une relation captivante.
[…]
[Page 163 :] « Tout ce qui va se passer est de toute façon connu des spectateurs, il ne s’agit pas ici de tension dramatique, au sens que nous donnons à ce mot, mais d’une parfaite participation. […] Le cortège fait halte près d’un monastère chrétien : dès que l’abbé aperçoit la tête du martyr, il abjure sa foi et professe la religion de l’islam. […] Aucune religion n’a plus fortement insisté sur la lamentation. »
Chapitre III, « Meute et religion », §  8, « La fête du Moharrem chez les chiites ».

« Un examen sans prévention découvre dans le catholicisme une certaine lenteur, un calme, alliés à une grande ampleur. Sa principale maxime, offrir une place à tout le monde, est déjà contenue dans son nom.»
§ 9, «Masse et catholicisme »

« Une foule énorme de pèlerins (parfois six cent, sept cent mille) a pris position dans une cuvette entourée de hauteurs dénudées et se presse vers le « mont de la Commisération » qui en occupe le centre. Un prédicateur se tient en haut à l’endroit où se tint jadis le prophète, et fait un sermon solennel.
La foule lui répond en clamant : « Labbeika ya Rabbi, labbeika ! Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » Cet appel est répété sans arrêt au cours de la journée et atteint au délire. Puis, dans une sorte de subite peur collective – appelée ifâdha, fleuve –, tous s’enfuient, comme possédés, de l’Harafat jusqu’à la localité voisine, Mozdalifa, où ils passent la nuit, et le lendemain matin ils fuient Mozdalifa en direction de Mina. Tout le monde se précipite pêle-mêle, se heurte et se piétine, cette ruée coûte la vie à plusieurs pèlerins d’habitude. A Mina, on abat ensuite une énorme quantité d’animaux qui sont offerts en sacrifice ; leur chair est aussitôt consommée en commun. Le sol est imbibé de sang et parsemé de reliefs.
La station sur l’Harafat est le moment où l’attente d’ordres des masses de fidèles atteint son maximum d’intensité. C’est ce qu’exprime nettement la formule mille fois répétée dans sa concision : « Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » L’Islam, la résignation, est ici réduit à son plus simple dénominateur, état dans lequel les gens ne pensent plus qu’aux ordres du Seigneur et les appellent de toute leur force. Quant à la peut subite qui intervient à un signal et aboutit à une fuite en masse sans pareille, il y en a une explication probante : c’est le caractère ancien de l’ordre, qui est un ordre de fuite, qui perce en l’occurrence, mais sans que les croyants puissent savoir pourquoi il en est ainsi. L’intensité de leur attente en masse porte à son comble l’effet de l’ordre divin, jusqu’à ce qu’il redevienne soudain ce que tout ordre était à l’origine, un ordre de fuite. C’est l’ordre de Dieu qui met les hommes en fuite. La continuation de cette fuite le lendemain, après une nuit passée à Mozdalifa, montre que l’effet de l’ordre ne s’est toujours pas épuisé.
Selon la croyance de l’islam, c’est l’ordre direct de Dieu qui apporte la mort aux hommes. Ils essayent d’échapper à cette mort ; mais ils la reportent sur les animaux qu’ils abattent à Mina, terminus de leur fuite. Les animaux tiennent ici la place des hommes, substitution courante dans beaucoup de religions : pensons au sacrifice d’Abraham. Les hommes échappent ainsi au bain de sang que Dieu leur avait destiné. Ils se sont soumis à son ordre, si bien même qu’ils ont pris la fuite devant lui, et cependant ils ne l’ont pas frustré du sang qui lui revient : le sol est finalement imbibé du sang des animaux abattus en masse.
Il n’y a pas d’autre coutume religieuse qui montre plus concrètement la nature propre de l’ordre que la station sur l’Harafat, le wuqûf, et la fuite massive qui la suit, ifâdha. Dans cet Islam où le commandement religieux a beaucoup gardé de l’immédiateté de l’ordre lui-même, l’attente des ordres et l’ordre en général ont trouvé leur plus pure expression. »
Chapitre VIII, « L’ordre », § 6, « L’attente des ordres chez les pèlerins du mont Harafat ». [Merci à Jean-Baptiste de Morizur ; les indications entre crochets sont de Cl. C.]

E / Depuis la correction politique :
E / a) Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :
« J’ai dit dans « Tristes Tropiques » ce que je pensais de l’islam. Bien que dans une langue plus châtiée, ce n’était pas tellement éloigné de ce pourquoi on fait aujourd’hui un procès à [Michel] Houellebecq. Un tel procès aurait été inconcevable il y a un demi-siècle ; ça ne serait venu à l’idée de personne. On a le droit de critiquer la religion. On a le droit de dire ce qu’on pense. […] Nous sommes contaminés par l’intolérance islamique. Il en va de même avec l’idée actuelle qu’il faudrait introduire l’enseignement de l’histoire des religions à l’école. J’ai lu que l’on avait chargé Régis Debray d’une mission sur cette question. Là encore, cela me semble être une concession faite à l’islam : à l’idée que la religion doit pénétrer en dehors de son domaine. Il me semble au contraire que la laïcité pure et dure avait très bien marché jusqu’ici. »
Visite à Lévi-Strauss, Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2002.
« J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. » (propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », in Magazine littéraire, hors-série, 2003).
E / b) Samuel P. Huntington (1927-2008) :

« Muslim Arabs received, valued, and made use of their « Hellenic inheritance for essentially utilitarian reasons. Being mostly interested in borrowing [l’emprunt de] certain external forms or technical aspects, the knew how to disregard all elements in the Greek body of thought that would conflict with the ‘truth’ as established in their fundamental Koranic norms and precepts » [Adda B. Bozeman, « Civilizations under stress », Virginia Quarterly Review, Winter ’75 (51), page 7] »
(The Clash of Civilizations, New York : Simon and Schuster, 1996, chapter 3)
« The argument is made that Islam has from the start been a religion of the sword [l’épée] and that it glorifies military virtues. Islam originates among « warring Bedouin nomadic tribes » and this « violent origin is stamped in the foundation of Islam. Muhammad himself is remembered as a hard fighter and a skillfull military commander » [James L. Payne, Why Nations Arm, Oxford : B. Blckwell, 1989, pages 125, 127]. (No one would say this about Christ or Buddha.) The doctrines of Islam, it is argued, dictate war against unbelievers [incroyants], and when the initial expansion of Islam tapered off [se ralentit], Muslim groups, quite contrary to doctrine, then fought among themselves. The ratio of fitna or internal conflicts to jihad shifted drastically in favor of the former. The Koran and other statements of Muslim beliefs contain few [peu de] prohibitions on violence, and a concept of nonviolence is absent from Muslim doctrine and practice. » (The Clash …, chapter 10)
E / c) Michel Houellebecq (Michel Thomas, né en 1956, prix Goncourt 2010) :

« Depuis l’apparition de l’islam, plus rien. Le néant intellectuel absolu, le vide total. Nous sommes devenus un pays de mendiants pouilleux. Des mendiants pleins de poux, voilà ce que nous sommes. Racaille, racaille […], il faut vous souvenir cher monsieur que l’islam est né en plein désert, au milieu de scorpions, de chameaux et d’animaux féroces de toutes espèces. Savez-vous comment j’appelle les musulmans? Les minables du Sahara. Voilà le seul nom qu’ils méritent […]. L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire ­ pardonnez-moi ­ que d’enculer leurs chameaux. » (Plateforme, Paris : Flammarion, 2001)

Platerforme, 2001. Merci à @EugenieBastie
« La lecture du Coran est une chose dégoûtante. Dès que l’islam naît, il se signale par sa volonté de soumettre le monde. Dans sa période hégémonique, il a pu apparaître comme raffiné et tolérant. Mais sa nature, c’est de soumettre. C’est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux. » Figaro Magazine, 25 août ­2001)

« Je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré … effondré ! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire … ce qui peut excuser beaucoup de choses. […] L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. D’autre part l’islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam. » (Lire, septembre 2001, pages 31-32).

M. H. fut accusé d’islamophobie ou de racisme anti-musulmans par des associations musulmanes ; à l’audience, il revendiqua le droit de critiquer les religions monothéistes : « Les textes fondamentaux monothéistes ne prêchent ni la paix, ni l’amour, ni la tolérance. Dès le départ, ce sont des textes de haine ». Le MRAP et la Ligue française des droits de l’homme (LDH) qui lui intentèrent un procès furent déboutés, le tribunal constatant que ces propos de relevaient du droit de critiquer des doctrines religieuses et que la critique d’une religion ne pouvait s’apparenter à des propos racistes (TGI de Paris, XVIIe chambre correctionnelle, 22 octobre 2002).

« The despair comes from saying good-bye to a civilization, however ancient. But in the end the Koran turns out to be much better than I thought, now that I’ve reread it—or rather, read it. The most obvious conclusion is that the jihadists are bad Muslims. Obviously, as with all religious texts, there is room for interpretation, but an honest reading will conclude that a holy war of aggression is not generally sanctioned, prayer alone is valid. So you might say I’ve changed my opinion. That’s why I don’t feel that I’m writing out of fear. I feel, rather, that we can make arrangements. The feminists will not be able to, if we’re being completely honest. But I and lots of other people will. » (« Scare Tactics: Michel Houellebecq on His New Book », interview par Jérôme Bourmeau, The Paris Review, 2 janvier 2015)
E / d) Robert Redeker (né en 1954) :

Texte de 2001 : « Aucune idéologie n’est plus rétrograde que l’islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression barbarisante. [..] Les Stoïciens nous ont légué, parmi leurs bienfaits, une logique des préférables. Est préférable, selon Zénon [de Citium] et Chrysippe, ce qui apporte le plus de bien, de beauté et de progrès. […] Le capitalisme, parce qu’il permet sans le nécessiter un plus ample développement de la liberté, parce qu’il a créé aussi de la richesse et de la beauté, est préférable à l’islam, tout comme la symbolique des Twin Towers est préférable aux discours proférés dans les mosquées. »
« Le discours de la cécité volontaire », Le Monde, 22 novembre 2001. Voir plus loin, § E / j), le texte de 2006.

E / e) Alain Finkielkraut (né en 1949) : « L’Occident vit sous le régime de la critique, et le monde musulman – élites laïques comprises – sous celui de la paranoïa. »
« Jamais les juifs ne se sont sentis aussi seuls », propos recueillis par Élisabeth Lévy, Marianne, 12 au 18 août 2002.
E / f) Philippe Nemo (né en 1949) : « Que l’esprit scienfique de l’Occident n’ait rien dû d’essentiel au monde musulman, on en a une preuve indirecte dans le fait que l’averroïsme n’eut guère de lendemains en islam même. Les sociétés musulmanes ne connurent pas, par la suite, le même développement du rationalisme et de la science, ni le même prométhéisme transformateur, caractéristiques des sociétés occidentales. C’est bien le signe qu’il régnait en islam un autre esprit. Ce qu’on peut lire à ce sujet dans la littérature anti-occidentaliste est intellectuellement bien faible. Le retard de l’islam, en termes de sciences, de techniques, de développement économique, serait dû à l’ « oppression » dont il aurait été victime de la part des puissances colonisatrices, qui auraient délibérément « bloqué » » son développement […]. Cette façon de présenter les choses n’est pas raisonnable. Si l’islam avait eu dans sa culture tous les éléments permettant un développement endogène, il se serait développé et n’aurait probablement pas, de ce fait, été colonisé. S’il n’y avait eu qu’un retard, la colonisation même lui aurait permis de le combler rapidement, selon le scénario qui s’est produit au Japon. Il faut donc croire qu’il y a, en matière de développement scientifique et économique, un problème de fond avec l’islam lui-même, je veux dire avec le rapport au monde que cette religion implique, avec le type de société qu’elle engendre. »
Qu’est-ce que l’Occident ?, Paris : PUF, 2004 (octobre), page 142, note 57.

E / g) Michel Onfray (né en 1959) :

Traité d’athéologie – Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en octobre 2006 en collection « Le Livre de Poche », n° 30 637.

« 1ère partie « Athéologie », III  » Vers une athéologie « , § 1  » Spectrographie du nihilisme « . […] revendication claire à presque toutes les pages du Coran d’un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens — au nom d’un Dieu miséricordieux ! »
« II « Monothéismes », i « Tyrannies et servitudes des arrière-mondes », § 3 La kyrielle des interdits. […] Les Évangiles n’interdisent ni le vin ni le porc, ni aucun aliments, pas plus qu’ils n’obligent à porter des vêtements particuliers. L’appartenance à la communauté chrétienne suppose l’adhésion au message évangélique, pas aux détails de prescription maniaque. […] Juifs et musulmans obligent à penser Dieu dans chaque seconde de la vie quotidienne.
i, § 5. Tenir le corps en respect.  Comment comprendre ces séries d’interdits juifs et musulmans – si semblables – sinon par l’association systématique du corps à l’impureté ? Corps sale, malpropre, corps infecté, corps de matières viles, corps libidinal, corps malodorant, corps de fluides et de liquides, corps infectés, corps malades, corps de morts, de chiens et de femmes, corps de déchets, corps de saletés, corps sanguinolent, corps puant, corps sodomite, corps stérile, corps infécond, corps détestable …

ii  » Autodafés de l’intelligence », § 3 Haine de la science. L’instrumentalisation religieuse de la science soumet la raison à un usage domestique et théocratique. En terre d’islam, la science ne se pratique pas pour elle-même mais pour l’augmentation de la pratique religieuse. Depuis des siècles de culture musulmane on ne pointe aucune invention ou aucune recherche, aucune découverte notable sur le terrain de la science laïque.

IV « Théocratie », i « Petite théorie du prélèvement », § 7 Allah n’est pas doué pour la logique.
« L’interdit juif de tuer et simultanément l’éloge de l’holocauste par les mêmes ; l’amour du prochain chrétien et, en même temps, la légitimation de la violence par la colère prétendument dictée par Dieu, voilà deux problèmes spécifiquement bibliques. Et il en va de même avec le troisième livre monothéiste, le Coran, lui aussi chargé de potentialités monstrueuses. »
i, § 8 Inventaire des contradictions. Allah ne cesse d’apparaître dans le Coran comme un guerrier sans pitié.
iii « Pour une laïcité post-chrétienne »,
§ 1 « Le goût musulman du sang [et du feu !!]. En bonne synthèse des deux monothéismes qui le précèdent, qu’il acclimate au désert arabe régi par le tribal et le féodal, l’islam reprend à son compte le pire des dits juifs et chrétiens : la communauté élue, le sentiment de supériorité, le local transformé en global, le particulier élargi à l’universel, la soumission corps et âme à l’idéal ascétique, le culte de la pulsion de mort, la théocratie indexée sur l’extermination du divers – esclavage, colonialisme, guerre, razzia, guerre totale, expéditions punitives, meurtres, etc. […] l’islam refuse par essence l’égalité métaphysique, ontologique, religieuse, donc politique. Le Coran l’enseigne : au sommet les musulmans, en dessous les chrétiens […] Enfin, après le musulman, le chrétien et le juif, arrive en quatrième position, toutes catégories confondues dans la réprobation générale, le groupe des incroyants, infidèles, mécréants, polythéistes, et, bien sûr, athées … […] La loi coranique qui interdit de tuer ou de commettre des délits ou des massacres sur son prochain concerne seulement de manière restrictive les membres de la communauté : l’umma. Comme chez les juifs. »

iii, § 2 « Le local comme universel. En lecteurs de Carl Schmidt qu’ils ne sont pas, les musulmans coupent le monde en deux : les amis, les ennemis [voir plus haut la même idée chez Karl Marx]. D’un côté, les frères en islam, de l’autre, les autres, tous les autres. Dâr al-islam contre dar al-harb : deux univers irréductibles, incompatibles, régis par des relations sauvages et brutales : un prédateur une proie, un mangeur un mangé, un dominant un dominé. […] Une vision du monde pas bien éloignée de celle d’Hitler qui justifie les logiques de marquage, de possession, de gestion et d’extension de territoire.

IV, iii, 5 Du fascisme musulman. […] Le renversement du shah d’Iran en 1978 et la prise de tous les pouvoirs par l’ayatollah Khomeyni quelque temps plus tard avec cent quatre-vingt mille mollahs, inaugurent un réel fascisme musulman – toujours en place un quart de siècle plus tard, avec la bénédiction de l’Occident silencieux et oublieux. Loin de signifier l’émergence de la spiritualité politique qui fait défaut aux Occidentaux, comme le croit faussement Michel Foucault en octobre 1978, la révolution iranienne accouche d’un fascisme islamique inaugural dans l’histoire de cette religion.

IV, iii, 7 L’islam, structurellement archaïque.

IV, iii, 8 « Thématiques fascistes. Fascisme et et islamisme communient dans une logique mystique […] La théocratie islamique s’appuie, – comme tout fascisme – sur une logique hypermorale. […] Tout ce qui définit habituellement le fascisme se retrouve dans la proposition théorique et la pratique du gouvernement islamique : la masse dirigée par un chef charismatique, inspiré ; le mythe, l’irrationnel, la mystique promus au rang de moteur de l’Histoire ; la loi et le droit créés par la parole du chef ; l’aspiration à abolir un vieux monde pour en créer un nouveau – nouvel homme, nouvelles valeurs ; le vitalisme de la vision du monde doublé d’une passion thanatophilique sans fond ; la guerre expansionniste vécue comme preuve de la santé de la nation ; la haine des Lumières – raison, marxisme (1), science, matérialisme, livres ; le régime de terreur policière ; l’abolition de toute séparation entre sphère privée et domaine public ; la construction d’une société close ; la dilution de l’individu dans la communauté ; sa réalisation dans la perte de soi et le sacrifice salvateur ; la célébration des vertus guerrières – virilité, machisme, fraternité, camaraderie, discipline, misogynie ; la destruction de toute résistance ; la militarisation de la politique ; la suppression de toute liberté individuelle ; la critique foncière de l’idéologie des droits de l’homme ; l’imprégnation idéologique permanente ; l’écriture de l’histoire avec slogans négateurs – antisémites, antimarxistes (1), anticapitalistes, antiaméricains, antimodernes, antioccidentaux ; la famille promue premier maillon du tout organique. Peu ou prou, cette série autorise la définition d’un contenu pour le fascisme, les fascismes. La théocratie brode toujours avec des variations sur ce thème … »

1. Il est étonnant de voir un philosophe du XXIe siècle ranger cette idéologie totalitaire qu’est le marxisme parmi les Lumières, et l’antimarxisme dans le fascisme.

Traité d’athéologie – Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en 2006 en collection « Le Livre de Poche », n° 30 637.
E / h) Régis Debray : « Une religion qui a eu sa Renaissance d’abord et son Moyen-Âge ensuite. »
Intervention à « Culture et dépendances », France 3, 2 novembre 2005.

E / i) Velasio de Paolis : « Le problème est que l’islam est fermé au point de ne pas admettre la réciprocité. »
Mgr Velasio de Paolis, secrétaire du Tribunal de la signature apostolique, La Stampa, 22 février 2006.

E / j) Robert Redeker (né en 1954) :

Texte de 2006 :«  Les réactions suscitées par l’analyse de Benoît XVI sur l’islam et la violence [discours de Ratisbonne, 12 septembre 2006] s’inscrivent dans la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s’exprimer.

L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l’argument avancé : risque de « troubles à l’ordre public ». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l’affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l’oppression contre les femmes suscite, plus propre à « troubler l’ordre public » que le string. Il n’est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam. Ou, à tout le moins, qu’elle résulte de l’insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s’élevaient contre l’inauguration d’un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s’opposent pas à la construction de mosquées. L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme.

Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen « d’idiots utiles », les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d’inouïe violence. Maxime Rodinson [1915-2004] énonce, dans l’Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D’une part, « Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (…) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (…) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin ».

D’autre part, « Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu’il accusait d’un comportement suspect » . Enfin, « après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d’années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages ».

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L’Inquisition, la chasse aux sorcières, l’exécution des philosophes [Giordano] Bruno [1548-1600] et [Giulio Cesare] Vanini [1585-1619], ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre [1745-1766] pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église.

Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n’est pas qu’un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Cette lapidation, s’accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d’éliminer cette violence archaïque, à l’imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c’est-à-dire l’entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l’islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’œil du Coran, pullulent en son sein. » ( » Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? « , Le Figaro 19 septembre 2006). Voir plus haut, § E / d), le texte de 2001.

E / k) Nicolas Sarkozy : « L’Islam a porté l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses civilisations dans le monde. Le président de l’Institut du Monde arabe peut en porter lui-même témoignage.
C’est l’occasion pour les Français et tous les visiteurs étrangers du Louvre et de la France de voir que l’Islam c’est le progrès, la science, la finesse, la modernité et que le fanatisme au nom de l’Islam c’est un dévoiement de l’Islam. Tuer au nom de l’Islam c’est bafouer l’Islam. Ne pas respecter les droits de la femme au nom de l’Islam, c’est bafouer l’Islam. L’Islam a permis, et ces salles le montreront, des collections parmi les plus extraordinaires. Avec l’Islam, nos prédécesseurs étaient bien en avance sur le monde et il n’y a aucune raison que ce qui a été le cas il y a des siècles, ne soit pas le cas pour les siècles qui viennent. Ce sera une occasion, Altesse [le représentant du roi d’Arabie saoudite], pour chacun de découvrir la richesse et la finesse de ces arts de l’Islam. » (au musée du Louvre, le 16 juillet 2008).
F / Depuis 2012 :

F / a) Christine Tasin : « Oui je suis islamophobe, et alors (…) je suis contre l’islam qui pose problème ; moi je ne trouve pas normal qu’on tue des animaux, je ne trouve pas normal qu’on voile les femmes ; (…) C’est la France qui a un problème avec l’islam. (…) 60 % des animaux tués en France le sont selon le mode de l’abattage rituel ; donc les gens mangent halal sans le savoir (…) La haine de l’islam, bien sûr et j’en suis fière, l’islam est une saloperie, c’est un danger pour la France, absolument ; je suis désolée. » Belfort, 15 octobre 2013. Christine Tasin, poursuivie pour « incitation à la haine raciale », a été condamnée le vendredi 8 août 2014 à 3000 € d’amende dont 1500 € avec sursis par le T.G.I. de Belfort.

F / b) François Hollande :  » Votre constitution garantit la liberté de croyance, de conscience, et le libre exercice des cultes, et confirme ce que j’avais affirmé ici même, à avoir que l’islam est compatible avec la démocratie.  » Discours à l’Assemblée nationale constituante, Tunis, 7 février 2014.

On voit cependant dans les extraits qui suivent que la Tunisie n’est pas encore une démocratie :

 » Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux
PRÉAMBULE
Nous, représentants du peuple tunisien, membres de l’Assemblée nationale constituante ;
[…]
Exprimant l’attachement de notre peuple aux enseignements de l’Islam et à ses finalités caractérisées par l’ouverture et la modération, des nobles valeurs humaines et des hauts principes des droits de l’Homme universels, Inspirés par notre héritage culturel accumulé tout le long de notre histoire, par notre mouvement réformiste éclairé fondé sur les éléments de notre identité arabo-musulmane et sur les acquis universels de la civilisation humaine, et par attachement aux acquis nationaux que notre peuple a pu réaliser ;
[…]
Sur la base de la place qu’occupe l’être humain en tant qu’être digne ; Afin de consolider notre appartenance culturelle et civilisationnelle à la nation arabe et musulmane ; de l’unité nationale fondée sur la citoyenneté, la fraternité, la solidarité et la justice sociale ; En vue de soutenir l’Union maghrébine, qui constitue une étape vers l’union arabe et vers la complémentarité entre les peuples musulmans et les peuples africains et la coopération avec les peuples du monde ;
[…]
Article 1
La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime.
Il n’est pas permis d’amender cet article.
Article 6
L’État est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes ; il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane.
L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte, comme il s’engage à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer.
Article 39
[…]
L’État veille aussi à enraciner l’identité arabo-musulmane et l’appartenance nationale dans les jeunes générations et à ancrer, à soutenir et à généraliser l’utilisation de la langue arabe, ainsi que l’ouverture sur les langues étrangères et les civilisations humaines et à diffuser la culture des droits de l’Homme.
Article 74
La candidature à la présidence de la République est un droit pour toute électrice et pour tout électeur jouissant de la nationalité tunisienne par la naissance, et étant de confession musulmane.
[…]

F / c) Manuel Carlos VALLS :  » L’islam est la seconde religion (1) de France. Mais au-delà des musulmans de France, c’est toute une nation qui reconnaît, ici, la grandeur, la finesse et la diversité de l’islam. C’est toute une nation qui dit aussi que l’islam a toute sa place en France, parce que l’islam est une religion de tolérance, de respect, une religion de lumière et d’avenir, à mille lieues de ceux qui en détournent et en salissent le message. Et c’est aux musulmans eux-mêmes d’agir, de refuser les intégrismes, les radicalismes qui utilisent la religion pour diffuser la haine et la terreur. […] La France est une terre de liberté qui respecte les croyances de chacun, et qui considère que le fait que l’islam est la deuxième religion (1) de France est une chance pour la France. » (Discours à l’Institut du Monde Arabe, 26 juin 2014 ; transcription d’après la vidéo sur le site gouvernement.fr).
1. Deuxième religion peut-être, mais troisième conviction, après les catholiques et les incroyants.

F / d) Abdennour BIDAR :  » Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position debarzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n’est pas moi ! », « Ce n’est pas l’islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’indignes devant une telle monstruosité, tu t’insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d’habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l’islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »
J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l’islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine, je vois aussi autre chose – que tu ne sais pas voir ou que tu ne veux pas voir… Et cela m’inspire une question, LA grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? Pourquoi a-t-il pris le masque de l’islam et pas un autre masque ? C’est qu’en réalité derrière cette image du monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il le faut bien pourtant, il faut que tu en aies le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps. Et de ton ventre malade, il sortira dans le futur autant de nouveaux monstres – pires encore que celui-ci – aussi longtemps que tu refuseras de regarder cette vérité en face, aussi longtemps que tu tarderas à l’admettre et à attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux, quand je leur dis cela, ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent « Non le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ». Ils vivent dans des sociétés si sécularisées qu’ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur du réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l’étendue des ombres d’obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes livres ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance ! […]  » Lettre ouverte au monde musulman, 15/10/2014, mis à jour: 09/01/2015,

F / e) Michel ONFRAY : « Que cette immigration apporte avec elle une religion qui est aussi une idéologie et que cette idéologie ne revendique pas pour valeurs « liberté, égalité, fraternité, féminisme, laïcité » est une évidence pour qui connaît la religion musulman autrement que par ouï-dire et propagande médiatique. Il suffit de lire le Coran, les hadiths du Prophète, une biographie, même hagiographique, de Mahomet pour s’en rendre compte. Mais on supporte ce qui vient de l’islam par tonnes, quand on refuse un gramme de ce qui vient du christianisme. Et c’est un athée qui vous le dit… […] Autre point d’accord avec Éric Zemmour, la question de l’islam, qui n’est pas une religion de paix, de tolérance et d’amour, contrairement à ce qui est rabâché sans cesse par les médias du politiquement correct. Ainsi, la moindre référence au caractère belliqueux du Coran passe pour de l’islamophobie assimilée au racisme, à la xénophobie, de la part de ceux qui confondent la critique d’une religion avec la haine de la couleur de certains peuples qui s’en réclament ! »
« Zemmour, la gauche et moi », propos recueillis par Daoud Boughézala, Causeur, N° 18, novembre 2014.

F / f) Michel Onfray : « Prétendre qu’il n’y a pas un choc des civilisations entre l’Occident localisé et moribond et l’Islam déterritorialisé en pleine santé est une sottise qui empêche de penser ce qui est advenu, ce qui est, et ce qui va advenir.

L’Islam est une civilisation, avec ses textes sacrés, ses héros, ses grands hommes, ses soldats, ses martyrs, ses artistes, ses poètes, ses penseurs, ses architectes, ses philosophes. Il suppose un mode de vie, une façon d’être et de penser qui ignore le libre arbitre augustinien, le sujet cartésien, la séparation kantienne du nouménal et du phénoménal, la raison laïque des Lumières, la philosophie de l’histoire hégélienne, l’athéisme feuerbachien, le positivisme comtien, l’hédonisme freudo-marxiste. Il ignore également l’iconophile et l’iconodulie (goût et défense des images religieuses) pour lui préférer la mathématique et l’algèbre des formes pures (mosaïques, entrelacs, arabesques, calligraphie), ce qu’il faut savoir pour comprendre pourquoi la figuration de Mahomet est un blasphème.

Refuser la réalité du choc des civilisations ne peut se faire que si l’on ignore ce qu’est une civilisation, si l’on méprise l’Islam en lui refusant d’en être une, si l’on déteste la nôtre par haine de soi, si l’on pense l’histoire avec les fadaises du logiciel chrétien et marxiste qui promet la parousie en ignorant les leçons de philosophie données par Hegel : les civilisations naissent, croissent, vivent, culminent, décroissent, s’effondrent, disparaissent pour laisser place à de nouvelles civilisations. Qu’on médite sur l’alignement de Stonehenge, les pyramides du Caire, le Parthénon d’Athènes ou les ruines de Rome comme on méditera plus tard sur les ruines des cathédrales !

Notre occident est en décomposition […]

Pendant ce temps, animé par la grande santé nietzschéenne, l’Islam planétaire propose une spiritualité, un sens, une conquête, une guerre pour ses valeurs, il a des soldats, des guerriers, des martyrs qui attendent à la porte du paradis. Refuser qu’il en aille, là, d’une civilisation qui se propose « le paradis à l’ombre de épées », un propos du Prophète, c’est persister dans l’aveuglement. Mais comment pourrait-il en être autrement ? L’aveuglement qui fait dire que le réel n’a pas eu lieu (ou n’a pas lieu) est aussi un signe de nihilisme. » (La chronique mensuelle de Michel Onfray | Mars 2015 – N° 118,  » LE CHOC DES CIVILISATIONS « )

Pascal Bruckner : « Ces interprétations [Todd, Plenel] ne sont ni pertinentes ni justes à mon sens. … ma stupéfaction devant ce genre de raisonnements. […] L’islam radical a réveillé la gauche anti-totalitaire … Il n’ a aucun compromis possible avec la gauche qui nous explique que l’opprimé, ou le fils d’opprimé, ou l’arrière-petit-fils d’opprimé, parce que son père a été colonisé, a absolument tous les droits … Attraction absolument folle que l’islam exerce sur les restes de l’armée trotskiste en France. […] Comment la critique d’une religion peut-elle être assimilée à un acte de racisme ? Il y a  un coup de force sémantique, il y a une dérive. […] Je ne suis pas sûr que nous ayons la patience d’attendre quatre siècles pour que l’islam se réforme [comme l’a fait le christianisme]  » […] Je n’utilise pas le mot « islamophobe » parce que je ne comprends pas ce qu’il veut dire  » […] Ce à quoi nous assistons, Brice Couturier parlait tout à l’heure des années 30, oui, il y a une victoire posthume de Hitler, mais pas là où on pensait  dans la fraction la plus radicale du monde musulman qui a importé sans aucune discrimination tous les préjugés antisémites de l’extrême droite fasciste européenne. C’est très très inquiétant. » (Les matins de France Culture, 1ère partie, 25 mai 2015).
Voir aussi Extraits du Coran sur le site de l’Union des Athées.

Publié par A. Claude Courouve à 21:53 Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
Libellés : fanatisme, ignorance, islam, laïcité, Marx, Montaigne, Nietzsche, philosophie, Renan, Vigny, Voltaire

2 commentaires:

Noxélios a dit…
Prédiction hallucinante et fascinante, en ce qui me concerne tout du moins : Au dix-neuvième siècle, un prophète, Jules Napoléon Ney (1849-1900), petit-fils du maréchal Ney, prédit que les Chinois gagneront la partie dans une Europe mise à mal par l’immigration musulmane.

« Si nous ne nous étions limité à dessein le champ du présent travail, nous montrerions aux lecteurs de l’“Initiation” quelles éventualités redoutables menacent l’Europe chrétienne au courant du vingtième siècle. Il est à craindre qu’elle ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d’Afrique et la marche en avant vers l’ouest des musulmans d’Asie. Nous ne parlons pas de la réserve innombrable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l’œuvre destructive et dévastatrice si bien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devrait unir les nations menacées. »
(Napoléon Ney, “Un danger européen : Les société secrètes musulmanes”, V ; Georges Carré libraire-éditeur, Paris, 1890, page 20.)
1 novembre 2014 21:13

Noxélios a dit…
Citons aussi Flaubert :

« Sans doute par l’effet de mon vieux sang normand, depuis la guerre d’Orient, je suis indigné contre l’Angleterre, indigné à en devenir Prussien ! Car enfin, que veut-elle ? Qui l’attaque ? Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise La Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
(Gustave Flaubert, lettre [n°1728] à madame Roger des Genettes, vendredi 1er mars 1878, dans les “Œuvres complètes de Gustave Flaubert”, Correspondance, huitième série [1877-1880], Louis Conard libraire-éditeur, Paris, 1930, page 112.)

Voir enfin:

Jeannette Bougrab : «La France est toujours aussi aveugle face au péril islamiste»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
23/05/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – À l’occasion de la sortie de son livre «maudites», Jeannette Bougrab a accordé un long entretien à FigaroVox. Quatre mois après les attentats de janvier, elle revient sur ces évènements tragiques ainsi que sur son enfance en banlieue.

Jeannette Bougrab est une universitaire française devenue maître des requêtes au Conseil d’État, membre de l’UMP. Elle a été présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) du 16 avril 2010 au 14 novembre 2010, date à laquelle elle est nommée au secrétariat d’État à la Jeunesse et à la Vie associative dans le gouvernement de François Fillon. Son dernier livre s vient de paraître aux éditions Albin Michel.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

Quatre mois après les attentats de janvier, a-t-on tiré les enseignements nécessaires de cette tragédie?

Non, depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l’islam. L’affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l’époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l’abandon de notre modèle républicain. La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d’Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d’un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu’une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d’Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d’un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû y avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n’avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. J’ai tenté d’alerter à travers des écrits et des conférences sur la gravité du phénomène de radicalisation de jeunes musulmans, pour certains récemment convertis. Mais on a parfois la terrible impression que les gens s’habituent aux violations des droits les plus fondamentaux. Il est intéressant de faire le parallèle avec la décennie noire en Algérie. Dans Gouverner au nom d’Allah, l’écrivain algérien Boualem Sansal rappelle qu’au début, personne ne prenait vraiment au sérieux le phénomène d’islamisation qui était vu comme une sorte de folklore sympathique. Lorsque les Algériens se sont réveillés, c’était le cauchemar. Le conflit a fait 300 000 morts (ndlr: les historiens avancent des chiffres compris entre 60 000 et 150 000 morts). Lorsque nous allons enfin nous réveiller, il sera trop tard.

Quel regard portez-vous sur le 11 janvier? N’y a-t-il pas eu ce jour-là une forme de réveil?

Ce n’est pas parce que 4 millions de personnes ont défilé dans les rues que les choses ont changé. Je ne comprends pas comment le 11 janvier la France a pu bomber le torse et prétendre s’être relevée? Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu’elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c’est la preuve d’un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d’avoir pensé qu’ils ne pourraient pas se reproduire? Nous n’avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. La violence ne cesse de progresser et j’entends que certains trouvent encore des excuses aux islamistes! Le titre d’un article sur le site de RFI n’était-il pas: «l’enfance malheureuse des frères Kouachi»? … Il faut arrêter la langue de bois. Aujourd’hui, on ne peut plus défendre la laïcité, critiquer ou même simplement évoquer l’islam, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie par des mouvements de gauche. Tant qu’on ne prendra pas le recul nécessaire pour dénoncer certains comportements du prophète, on ne pourra arrêter le profond mouvement de régression que connaît le monde musulman depuis l’islam des lumières du XIe siècle. Au Yémen aujourd’hui, on vous explique que l’âge légal du mariage peut être abaissé à neuf ans car Mahomet a lui-même épousé une petite fille de six ans! Sur Youtube, Nada, une petite fille de 11ans que ses parents veulent marier de force lance un appel au monde occidental. En France, on ricane: «Cela concerne la péninsule arabique, pas nous!». Les Français ont tort de penser que ce qui se passe ailleurs ne les concerne pas. Les frères Kouachi sont allés s’entraîner au Yémen, Merah est allé au Pakistan.

A chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas.
Dans votre livre, Maudites, vous revenez sur votre enfance. Vous expliquez qu’à l’époque, habiter dans une cité est une chance, mais qu’aujourd’hui vous ne pourriez plus retourner dans votre quartier en portant une robe sans vous faire agresser. Comme expliquez-vous une telle régression?

Il faut rappeler que mes parents venaient d’Algérie où il n’y avait pas d’eau courante et pas de chauffage. Pour eux, habiter en HLM était un bonheur. Les grands ensembles, tant décriés aujourd’hui, représentaient un progrès social indéniable. Et puis, nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. On peut le voir aujourd’hui à travers la réforme du collège. Il y a également une part de responsabilité des parents. Les miens ne savaient ni lire ni écrire, mais m’ont inculqué l’amour de l’école. Ils me rappelaient, ainsi qu’à mes frères et sœurs, que nous avions la chance d’être nés en France et que nous avions la responsabilité de nous en sortir.

Diriez-vous que dans un certains quartiers, nous avons accepté une forme de «totalitarisme»?

Il n’y a pas que dans les cités. Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L’écrivain avait fui son pays natal, l’Autriche, chassé par le nazisme, pour l’Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n’aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l’histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, elles nous sautent même aux yeux et pourtant nous n’en tirons aucune conséquence.

D’avoir vu Charb abattu par des terroristes tout aussi sanguinaires, faute, pour notre République, d’avoir pris la mesure de la tyrannie des nouveaux terroristes de l’islamisme, et d’avoir été traînée ainsi dans la boue, je ressens la même trahison que celle vécue par papa. J’ai le sentiment d’avoir été rejetée, abandonnée par un pays entier. Je deviens à mon tour un harki.
Est-ce pour cela que vous avez décidé de quitter la France pour la Finlande?

J’ai passé toute ma vie à défendre les valeurs de la France. J’ai mis la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) à feu et à sang pour défendre une petite crèche, Baby Loup, et à travers elle la laïcité. Mon frère est militaire, mon père harki s’est battu pour la France. Mais après les évènements du 11 janvier, je ne pouvais plus rester dans ce pays, c’était une question d’oxygène, de vie ou de mort. Mon père a eu sa famille égorgée par les terroristes du FLN et n’a jamais été remercié par la France pour son engagement auprès d’elle. D’avoir vu Charb abattu par des terroristes tout aussi sanguinaires, faute, pour notre République, d’avoir pris la mesure de la tyrannie des nouveaux terroristes de l’islamisme, et d’avoir été traînée ainsi dans la boue, je ressens la même trahison que celle vécue par papa. J’ai le sentiment d’avoir été rejetée, abandonnée par un pays entier. Je deviens à mon tour un harki.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’on a besoin de vous pour mener le combat?

Je suis une femme arabe de culture musulmane, je dénonce l’islamisme et on me le reproche. Une fois, deux fois, trois fois, sur tous les tons, j’ai essayé de dire, d’écrire la menace qui pèse sur nous. Personne n’a voulu m’écouter. On m’a récemment traité de «Dora l’exploratrice» parce que je suis allé au Pakistan et au Yémen pour rencontrer des femmes qui luttent et auxquels je rends hommage dans mon livre. Je ne supporte plus ce ricanement permanent. C’est un manque de respect pour ces jeunes filles qui sont des héroïnes. La gauche morale se fout du sort des Yézidis, de celui de jeunes filles pakistanaises. Elle préfère les intellectuels qui ont défendu Mao et les Khmers rouges tout en devisant sur la résistance au Flore… Dans ces conditions, je me sens libre de quitter le pays un temps pour me ressourcer un peu avec ma fille. Mais je continuerai à me battre de là où je serai.

Les dirigeants français ont-ils capitulé?

J’ai subi les foudres de mon premier ministre pour avoir dit qu’il n’y avait pas de «charia light». Mais je crois qu’on ne peut pas se contenter de critiquer les politiques. Manuel Valls a souvent été courageux sur la question de la laïcité. Malheureusement, il est contesté par sa base. Le monde culturel et intellectuel a également une lourde part de responsabilité. L’alliance rouge-verte symbolisé par le livre d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi.

2 commentaires pour Islam: Voici revenu le temps des Assassins ! (Marx on Islam: How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran?)

  1. jcdurbant dit :

    AS DANGEROUS IN A MAN AS RABIES IN A DOG (British politician gets arrested quoting Churchill’s views on islam)

    The women are submitted to unjust drudgery. This I believe is the case with every barbarous people. With such, force is law. The stronger sex therefore imposes on the weaker. It is civilization alone which replaces women in the enjoyment of their natural equality. That first teaches us to subdue the selfish passions, and to respect those rights in others which we value in ourselves. Were we in equal barbarism, our females would be equal drudges.

    Thomas Jefferson

    https://goo.gl/GGO5Oi

    How dreadful are the curses which Mohammedanism lays on its votaries! Besides the fanatical frenzy, which is as dangerous in a man as hydrophobia in a dog, there is this fearful fatalistic apathy. The effects are apparent in many countries. Improvident habits, slovenly systems of agriculture, sluggish methods of commerce, and insecurity of property exist wherever the followers of the Prophet rule or live. A degraded sensualism deprives this life of its grace and refinement; the next of its dignity and sanctity. The fact that in Mohammedan law every woman must belong to some man as his absolute property—either as a child, a wife, or a concubine—must delay the final extinction of slavery until the faith of Islam has ceased to be a great power among men. Individual Moslems may show splendid qualities. Thousands become the brave and loyal soldiers of the Queen: all know how to die. But the influence of the religion paralyzes the social development of those who follow it. No stronger retrograde force exists in the world. Far from being moribund, Mohammedanism is a militant and proselytizing faith. It has already spread throughout Central Africa, raising fearless warriors at every step; and were it not that Christianity is sheltered in the strong arms of science—the science against which it had vainly struggled—the civilization of modern Europe might fall, as fell the civilization of ancient Rome.

    Winston Churchill (The River War: An Account of the Reconquest of the Sudan, 1899)

    Combien effrayantes sont les malédictions que le mahométanisme fait reposer sur ses fidèles ! Outre la frénésie fanatique, qui est aussi dangereuse pour l’homme que l’hydrophobie (rage) pour le chien, on y trouve une terrible apathie fataliste. Les effets sont patents dans certains pays. Habitudes imprévoyantes, systèmes agricoles aberrants, lenteur des méthodes commerciales, et insécurité de la propriété se retrouvent partout où les adeptes du Prophète gouvernent ou vivent. Un sensualisme avilissant dépouille la vie de sa grâce et de sa distinction, ensuite de sa dignité et de sa sainteté. Le fait que dans la loi mahométane toute femme, qu’elle soit enfant, épouse ou concubine doive appartenir à un homme comme son entière propriété, ne fait que repousser l’extinction totale de l’esclavage au jour où l’Islam aura cessé d’être un pouvoir important parmi les hommes. Certains musulmans peuvent montrer de splendides qualités, mais l’influence de la religion paralyse le développement social de ceux qui la suivent. Aucune force aussi rétrograde n’existe dans le monde. Loin d’être moribond le mahométanisme est une foi militante et prosélyte. Il s’est déjà répandu partout en Afrique centrale, attirant de courageux guerriers pour chaque avancée et partout où la chrétienté n’est pas protégée par les armes puissantes de la science, science contre laquelle elle a vainement lutté, la civilisation de l’Europe moderne peut s’écrouler, comme s’est écroulée la civilisation de la Rome antique.

    Winston Churchill, The River War, 1899)

    That religion, which above all others was founded and propagated by the sword—the tenets and principles of which are instinct with incentives to slaughter and which in three continents has produced fighting breeds of men—stimulates a wild and merciless fanaticism. The love of plunder, always a characteristic of hill tribes, is fostered by the spectacle of opulence and luxury which, to their eyes, the cities and plains of the south display. A code of honour not less punctilious than that of old Spain is supported by vendettas as implacable as those of Corsica. … Indeed it is evident that Christianity, however degraded and distorted by cruelty and intolerance, must always exert a modifying influence on men’s passions, and protect them from the more violent forms of fanatical fever, as we are protected from smallpox by vaccinations. But the Mohammaden religion increases, instead of lessening, the fury of intolerance. It was originally propagated by the sword, and ever since its votaries have been subject, above all the peoples of all other creeds, to this form of madness. Christianity (and also Judaism) is conducive to the civilization of mankind, meaning the public recognition of the equal natural rights of all human beings. It moderates man’s passions and increases the propensity for toleration. Islam does not.

    Winston Churchill (The Story of the Malakand Field Force)

    http://www.washingtontimes.com/news/2014/apr/29/quoting-winston-churchills-criticism-islam-contrib/

    http://www.dailyecho.co.uk/news/11271429.Charges_dropped_against_politician_arrested_on_suspicion_of_religious_harrassment/

    https://www.contrepoints.org/2014/05/10/165579-arrestation-politique-en-grande-bretagne-mais-que-font-les-liberaux

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