Bac 2015: Attention, un mystère peut en cacher un autre ! (From pink elephants to blue tigers: No unveiling of the psychedelic Eleusinian mysteries for French students)

https://pbs.twimg.com/media/CH3xeQgW8AAU8xF.jpghttps://tse1.mm.bing.net/th?&id=JN.oN8SJjyxPqEfhIuCzJ%2bFjw&w=300&h=300&c=0&pid=1.9&rs=0&p=0There are, broadly speaking, two types of drinkers. There is the man whom we all know, stupid, unimaginative, whose brain is bitten numbly by numb maggots; who walks generously with wide-spread, tentative legs, falls frequently in the gutter, and who sees, in the extremity of his ecstasy, blue mice and pink elephants. He is the type that gives rise to the jokes in the funny papers. The other type of drinker has imagination, vision. Even when most pleasantly jingled, he walks straight and naturally, never staggers nor falls, and knows just where he is and what he is doing. It is not his body but his brain that is drunken. He may bubble with wit, or expand with good fellowship. Or he may see intellectual spectres and phantoms that are cosmic and logical and that take the forms of syllogisms. It is when in this condition that he strips away the husks of life’s healthiest illusions and gravely considers the iron collar of necessity welded about the neck of his soul. This is the hour of John Barleycorn’s subtlest power. It is easy for any man to roll in the gutter. But it is a terrible ordeal for a man to stand upright on his two legs unswaying, and decide that in all the universe he finds for himself but one freedom–namely, the anticipating of the day of his death. With this man this is the hour of the white logic (of which more anon), when he knows that he may know only the laws of things–the meaning of things never. This is his danger hour. His feet are taking hold of the pathway that leads down into the grave. All is clear to him. All these baffling head-reaches after immortality are but the panics of souls frightened by the fear of death, and cursed with the thrice-cursed gift of imagination. They have not the instinct for death; they lack the will to die when the time to die is at hand. They trick themselves into believing they will outwit the game and win to a future, leaving the other animals to the darkness of the grave or the annihilating heats of the crematory. But he, this man in the hour of his white logic, knows that they trick and outwit themselves. The one event happeneth to all alike. There is no new thing under the sun, not even that yearned-for bauble of feeble souls–immortality. But he knows, HE knows, standing upright on his two legs unswaying. He is compounded of meat and wine and sparkle, of sun-mote and world- dust, a frail mechanism made to run for a span, to be tinkered at by doctors of divinity and doctors of physic, and to be flung into the scrap-heap at the end. Jack London (John Barleycorn)
Un éléphant rose est une métaphore relative aux hallucinations causées par l’abus d’alcool (on parle de delirium tremens) ou tout autre produit stupéfiant. L’expression a été utilisée pour la première fois par l’écrivain américain Jack London en 1913 dans John Barleycorn. (…) Dans le dessin animé Dumbo des studios Disney, on trouve une séquence culte: la danse des éléphants roses. Wikipedia
Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais. De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction. Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris. Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie. Dark Asie
De fines feuilles séchées empilées les unes sur les autres. J’en porte une à mes lèvres et je mâche doucement. Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Je les mâche avec lenteur. Et ce goût-là  n’a pas de pareil. C’est grâce à elle que je vois et que tu m’entends. Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Je contemplais ce grand fleuve barbare, la rive ennemie, là-bas, au-delà du cours infranchissable. Et c’est là que je le vis. A une centaine de pas devant moi, avançant avec précaution dans les hauts roseaux du fleuve, un tigre bleu. Je crus d’abord que j’étais victime d’une hallucination. Mais il se détacha sur le terre-plein et j’eus tout le loisir de l’observer. C’était le tigre de l’Euphrate …  Laurent Gaudé (Le Tigre bleu de l’Euphrate, 2002)
Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope. Antonio Gnoli (L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann, 2004)
J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire. Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. (…) A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins. Mohamed Rouabhi

Psychopompe ou psychotrope ?

Alors qu’après la prestigieuse Oxford union et la vérité de 2013 …

Et  les crimes d’honneur de l’an dernier …

C’est les tigres bleus qui passent cette année à la trappe de nos concepteurs de sujets du bac de français de cette année

Et valent à nos pauvres chères têtes blondes les gausseries faciles de nos médias pressés …

Pour avoir dans une épreuve tirée d’un extrait d’une oeuvre contemporaine de Laurent Gaudé intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate

Prétendument confondu un fleuve avec un animal réel …

Comment ne pas voir dans cet énième et systématique effacement, politiquement correct oblige, de tout ce qui pourrait mettre les candidats sur la voie …

Face au mystère d’un animal qui, au-delà de son rôle psychopompe (guide des âmes) dans l’oeuvre en question, pourrait non seulement sous le nom de tigre de Malte, exister ou avoir existé dans la réalité physique de notre monde …

Mais pourrait témoigner, à l’image des éléphants roses de London, d’une expérience proprement hallucinatoire …

Suite à la prise, si l’on en croit le metteur en scène Mohamed Rouabhi, de produits psychotropes liés, depuis les fameux mystères d’Eleusis aux farines contaminées de nos danseurs de St Gui et autres sorcières ou plus récemment à nos adeptes du LSD, à l’ergot du seigle …

Le mystère encore plus profond tant de la désolante habitude de déréalisation du réel de nos autorités éducatives …

Que de l’hélas si fréquente cuistrerie – pour ne pas dire fumisterie – de nombre de ceux qui ont vocation de nous informer ?

 Le Tigre bleu de l’Euphrate
de Laurent Gaudé
mise en scène Mohamed Rouabhi

Présentation
Un destin commun

L’épopée d’Alexandre le Grand est immense. Sans doute plus grande et plus ineffable que toutes les terres qu’il a foulées. Elle est de celle dont seule peut-être la littérature peut venir à bout, s’érigeant à la mesure de l’homme qui rivalisa avec les Dieux.
Et sans doute aussi, la Mort.
C’est ainsi que dans Le Tigre Bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé, loin de vouloir faire plier le géant pour mieux pénétrer son coeur, a choisi de nous le rendre plus proche, marchant à nos côtés sur cette route tant de fois foulée depuis la nuit des temps, vers cette dernière aventure qui nous attend tous un jour, esclaves de l’éphémère, et devant laquelle le pouvoir et la force, la grandeur et le courage, la cruauté et la furie, deviennent des armes vaines et impuissantes.
En choisissant la partie la plus intime, la plus faible, la plus dégradée d’un homme, ce dernier n’en devient que plus digne et plus contemporain.

L’invitation au voyage

J’ai tout de suite été frappé à la lecture de ce texte qui sonne déjà comme un grand classique, de la manière singulière avec laquelle le mode monologué disparaissait progressivement pour laisser place aux voix. C’est comme si de la bouche ou plutôt de l’intérieur même de ce corps exsangue, des multitudes de voix se relayaient pour raconter, avec une envoûtante beauté de la langue, la lente progression des armées d’Alexandre. Sans jamais sombrer dans une fastidieuse et complaisante description des combats – ficelle littéraire des biographes historiques, « comme si vous y étiez » – Gaudé prend le parti de générer la narration d’une manière mystique, voire hallucinatoire.

Les feuilles que le roi mourant mâche tout au début, alors qu’il a le ventre vide et qu’il ne peut rien avaler, déclenchent le récit, provoquent les apparitions, le rapprochent petit à petit non pas de la mort, mais d’un état extatique propice au « voyage » dans les ténèbres, tout en gardant un pied dans le monde des vivants. Il dit :

Ce sont des feuilles de mort, inconnues des mortels. (…) Ce sont les feuilles de l’entre-deux. Je les mâche et c’est comme de n’être plus tout à fait vivant. (…) Alexandre est celui qui verra la mort de son vivant. (…) Alexandre va faire pâlir le dieu des morts, d’étonnement d’abord, puis de ravissement.[[« (…) Pour l’étude du LSD, j’avais trouvé dans les régions méditerranéennes une herbe sauvage très répandue, l’ivraie, plus précisément, la « mauvaise ivraie », celle qui en botanique est classée sous le nom de Lolium temulentum (…). Cette plante est souvent atteinte d’ergot, c’est-à-dire du sclérote d’un champignon parasite connu sous le nom de Claviceps purpurea. Il est vénéneux, au point que la farine de blé, si elle est mélangée à celle de l’ivraie, produit une intoxication, qu’on appelle celle de l’ « ivraie enivrante ». J’ai découvert que ce champignon contenait des combinaisons chimiques très voisines de celles du LSD et produisait sur le psychisme des effets analogues (…). Le Kykéôn, breuvage sacré à base de plantes psychotropes telles que l’ivraie parasité, était utilisé dans les cultes archaïques des religions grecques (…). Pindare, Sophocle, Platon, Alexandre, Marc Aurèle ont au moins une fois dans leur vie, fait l’expérience de l’hallucination que procurait le Kykéôn, la potion psychotrope (…). » In « L.S.D. entretiens avec Albert Hofmann » Antonio Gnoli. 2004 Editions Payot. p. 66]]

A partir de ce moment, l’expérience chamanique devient une mise en abîme. Alexandre est initié et guidé par un tigre bleu qu’il voit un jour sur le bord de l’Euphrate et qui lui réapparaîtra plusieurs fois ; Alexandre est initiateur et nous guide, provoquant les visions dont nous sommes les témoins.

Il ne reste plus rien

Perdant tour à tour des amis chers dans de sanglantes batailles (Darius, Koïnos), Alexandre est en proie au désordre et au doute. Et puis il y a ces paroles, terribles, impossibles, qui clôturent le chapitre IX …

J’aurais dû (…) franchir seul l’Hyphase et continuer ma route vers l’est.
(…) Car le Gange n’était plus loin et je suis sûr que le tigre bleu m’aurait guidé (…).
J’aurais dû (…) m’enfoncer seul, dans la touffeur chaude de l’Inde étrangère.
J’aurais dû, oui, car, depuis, je n’ai fait que mourir.

… suivies de celles qui annoncent le dixième et dernier chapitre :

Je vais mourir maintenant.

On a à peine le temps de comprendre ce qui vient de se passer. La voix du regret et de l’amertume a couvert un instant celle du sage et du guerrier. Elle nous a fait redescendre brutalement et jeté aux bords de l’Hadès. Les vapeurs du puissant narcotique tourbillonnent maintenant autour de nous, se mêlant aux relents d’un corps pourrissant tenant à peine debout.
Dans un dernier souffle de lucidité et d’humilité, Alexandre se présente à la mort, nu.

Pleure sur moi, je suis l’homme qui meurt et disparaît avec sa soif.

Un nouveau continent

Depuis maintenant plus de deux ans, nous poursuivons ensemble avec Carlo Brandt, un compagnonnage poétique et musical, à la lisière du théâtre. Un théâtre que nous aimons tous les deux malmener férocement avec des textes qui brûlent de colère, de sagesse ou de révolte : Charles Mingus, Joshi Yamamoto et Mahmoud Darwich ont déjà cimenté ce petit chemin qui nous conduit aujourd’hui vers un nouveau continent jusqu’ici inexploré.

L’édition des textes contemporains nous offre rarement l’occasion de découvrir des pièces jusqu’ici inédites. Encore plus lorsqu’il s’agît d’un auteur bien vivant. Il faut toutefois considérer pour être honnête, qu’il est difficile pour un éditeur lorsqu’il s’agît d’une oeuvre destinée au théâtre, de mettre sur le marché un ouvrage qui aura peu de chances d’être lu par un public habitué à n’acquérir le texte de la pièce que parce qu’il l’a vu.

C’est donc avec un grand bonheur que j’ai lu un jour ce texte que m’offrit Carlo, après l’avoir travaillé pendant un mois à Kinshasa avec des acteurs congolais.
Les évènements se succédèrent alors très vite et en moins de six mois, nous mettions sur pied ce projet ambitieux.

Au fil des discussions, il nous paraissait évident de fournir à cette ode un cadre esthétique et scénographique qui ne laisserait de place ni au pathos ni à la grandiloquence.
Le « tragique » propre aux textes de Laurent Gaudé, cette sorte de « tenue » de la langue, la rigidité guerrière du protagoniste, nous amenèrent à réfléchir à un traitement spectaculaire et codé du récit de ce roi agonisant.
Les premières propositions radicales concernèrent tout d’abord « l’apparence » et la « lisibilité » du personnage. Pas question de l’affubler d’un costume qu’il soit d’époque ou non.

Ce qui saute aux yeux du lecteur, c’est à la fois la grande force et la grande pauvreté de l’homme qui souffre et qui distille avec une grande précision le peu de vie qu’il lui reste encore.
Alexandre dit à la fin qu’il est aussi nu que l’enfant qui vient de naître et c’est ainsi que nous le voyons. Mais comment alors évacuer les milliers de petites scories qui nous traversent la tête à la vue d’un acteur nu sur un plateau de théâtre, et qui nous empêchent de suivre le cheminement de sa pensée ?
Il faut alors qu’il prenne une apparence plus qu’humaine, celle de l’homme qui perd peu à peu l’usage de son corps, qui s’effrite et se carde au fur et à mesure qu’il s’approche de la fin et qu’il voit la mort prendre forme devant ses yeux.

A l’instar de l’art du Buto, l’usage d’un maquillage blanc mat, d’une grossière poudre de riz abondamment répartie sur le corps de façon à rendre à l’épiderme sa rugosité naturelle et perdre le côté fragile et démuni d’un corps nu exposé aux regards, s’avère être une piste intéressante.

Et puis enfin, il y a Carlo Brandt et ce qui chez lui ne porte pas de nom, cette matière mystique et rare, lorsque l’esprit se libère du corps pour nous livrer la substance brute et âpre du texte, cette capacité de maîtriser l’émotion dans ses moindres manifestations organiques.

Pour mieux nous irradier avec son invisible force.

Voir aussi:

Le tigre bleu de la province du Fujian en Chine
Dark Asie

Le tigre maltais, ou tigre bleu serait présent dans les montagnes de la province de Fujian, dans le sud de la Chine. Son nom vient d’une couleur inhabituelle dans la robe de ce tigre chinois; c’est un bleu maltais poudreux avec des taches blanches sur le visage et des rayures noires. Une variété de couleur rare pour l’espèce similaire à la couleur du chat maltais.
De nombreux témoignages très sérieux font état depuis le début du siècle dernier de cette espèce de tigre, mais si elle existe peut-être encore, elle est en voie d’extinction.

Pour beaucoup de scientifiques, ces tigres n’existent absolument pas. Il s’agit d’une fantasmagorie qui n’existe que dans les romans. Toutes les photos que l’on peut trouver sont des photos montages (la photo en illustration en est un mais il a été clairement annoncé comme tel afin d’illustrer le propos). D’autres scientifiques estiment que cela est très probable à l’image de la panthère noire ou bien sur du chat maltais, deux autres félins, cependant ils estiment que la couleur de ces tigres serait plus vers le gris.

Bon je ne juge pas, en Bretagne nous avons bien les éléphants roses. En tout cas le tigre bleu du Fujian méritait sa place dans notre rubrique cryptozoologie.

Voir également:

Bac français: le mystère du tigre bleu de l’écrivain Laurent Gaudé
Le Parisien

19 Juin 2015

Un extrait de la pièce de théâtre « Le tigre bleu de l’Euphrate », donné à commenter aux épreuves du bac français vendredi, affole les réseaux sociaux: l’auteur Laurent Gaudé évoque-t-il dans ce texte un tigre, comme beaucoup de lycéens l’ont cru, ou un fleuve? Cette question agitait notamment Twitter, où les candidats postaient des messages désespérés, furieux, ou désabusés sur ce fameux tigre bleu.

De faux comptes ont été créés ainsi que fleurissaient des mots-clés #tigrebleu ou #LaurentGaude. Et nombreux étaient ceux qui tweetaient des photos d’un tigre teint en bleu.
« Jurez, le tigre bleu, c’est un fleuve? », demande, affolée, @yelenna1998. « Ce soir, on va tous en rêver de ce tigre bleu », prédisait @Mary_Liine. « Il y a deux types de personnes », indiquait @hugoblet en postant deux photos, l’une représentant un tigre à la fourrure bleutée et l’autre un fleuve.

L’extrait présenté, tiré de la pièce écrite en 2002 par Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004 pour « Le soleil des Scorta »), est un monologue d’Alexandre le Grand, qui s’apprête à mourir. Il raconte à la Mort comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient.

« Le #tigrebleu de Laurent Gaudé est en train de croquer l’oiseau bleu de Twitter », note le compte du site d’annales france-examen.fr.
L’extrait était un des trois textes de l’épreuve écrite du bac français (passée en première) pour les élèves des sections scientifique (S) et économique et sociale (ES). Le commentaire de texte s’appuyait sur cet extrait.

Plusieurs lycéens ont noté qu’un texte du même écrivain avait également été donné comme sujet de français au brevet, passé par ces mêmes élèves en 3e. « Il veut la mort de l’année 98 », gémissait @FélicieBignon. La grande majorité des adolescents en 1ère cette année et qui passent donc le bac français sont nés en 1998.

L’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable. Dans un message à l’AFP, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l?Euphrate, est un « fleuve d?Asie. L?auteur joue sur l?homonymie entre le fleuve et l?animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu?il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.

Voir encore:

Le « tigre bleu » du Bac français « ne peut se réduire à une seule interprétation » selon Actes Sud
L’Express avec AFP

19/06/2015

Les élèves de ES et S se sont retrouvés face à un extrait d’une pièce de théâtre intitulée Le Tigre bleu de l’Euphrate. Beaucoup n’ont pas vu le double sens. Découvrez le texte.
On tient la polémiquette de l’année, et elle vient comme l’année dernière du bac de français. A la sortie de l’épreuve anticipée du bac, voici à quoi ressemblaient les emojis postés sur Twitter par les étudiants.

La tête des candidats au bac de français sur Twitter.

emoji
Et pour cause. Dans la série S et ES (voir les corrigés), l’une des épreuves, au choix des candidats, consistait en un commentaire d’un extrait d’un extrait de la pièce de Laurent Gaudé, Le Tigre bleu de l’Euphrate, paru en 2002. Problème: une partie des candidats n’a pas saisi que le Tigre bleu est aussi le fleuve de Mésopotamie qui coule sur près de 2 kilomètres entre le Taurus et le golfe Persique…

Voici le texte:

L’extrait se situe à la fin de la pièce, composée de dix actes. Une seule voix se fait entendre, celle d’Alexandre le Grand. Au premier acte, il se prépare à mourir et chasse tous ceux qui se pressent autour de lui. Il raconte à la Mort, qu’il imagine face à lui, comment le Tigre bleu lui est un jour apparu et comment il a su que le but de sa vie était de le suivre, toujours plus loin, à travers le Moyen-Orient. Mais, cédant à la prière de ses soldats, il cesse de suivre le Tigre bleu pour faire demi-tour.
[…]

Je vais mourir seul

Dans ce feu qui me ronge,

Sans épée, ni cheval,

Sans ami, ni bataille,

Et je te demande d’avoir pitié de moi,

Car je suis celui qui n’a jamais pu se rassasier,

Je suis l’homme qui ne possède rien

Qu’un souvenir de conquêtes.

Je suis l’homme qui a arpenté la terre entière

Sans jamais parvenir à s’arrêter.

Je suis celui qui n’a pas osé suivre jusqu’au bout le tigre bleu de l’Euphrate.

J’ai failli.

Je l’ai laissé disparaître au loin

Et depuis je n’ai fait qu’agoniser.

A l’instant de mourir,

Je pleure sur toutes ces terres que je n’ai pas eu le temps de voir.

Je pleure sur le Gange

lointain de mon désir.

Il ne reste plus rien.

Malgré les trésors de Babylone,

Malgré toutes ces victoires,

Je me présente à toi, nu comme au sortir de ma mère.

Pleure sur moi, sur l’homme assoiffé.

Je ne vais plus courir,

Je ne vais plus combattre,

Je serai bientôt l’une de ces millions d’ombres qui se mêlent et

s’entrecroisent dans tes souterrains sans lumière.

Mais mon âme, longtemps encore, sera secouée du souffle du cheval.

Pleure sur moi,

Je suis l’homme qui meurt

Et disparaît avec sa soif.

La découverte de leur infortune par certains lycéens ne leur a pas enlevé le sens de l’humour…

Dans les séries S et ES, l’épreuve anticipée de français est au coefficient 2. Mais comme le souligne notre corrigé, le fait que le mot ait ce double sens n’était pas central dans l’explication de texte.

Contacté par L’Express, l’auteur, publié aux éditions Actes Sud, n’était pas joignable ce vendredi. Dans un message, sa maison d’édition indique que le Tigre, tout comme l’Euphrate, est un « fleuve d’Asie. L’auteur joue sur l’homonymie entre le fleuve et l’animal pour enrichir la résonance de son texte ».

Que les candidats se rassurent toutefois: « Comme tout texte poétique, il ne peut se réduire à une seule interprétation et au contraire laisser au lecteur la possibilité de choisir celle qu’il voudra fabriquer à partir de son imaginaire, de la rêverie que lui inspire le texte », ajoute Actes Sud.

2 commentaires pour Bac 2015: Attention, un mystère peut en cacher un autre ! (From pink elephants to blue tigers: No unveiling of the psychedelic Eleusinian mysteries for French students)

  1. jcdurbant dit :

    L’auteur tacle gentiment la presse:

    J’ai eu la surprise de découvrir, vendredi 19 juin, que mon texte « Le Tigre bleu de l’Euphrate » avait été donné comme sujet du bac français pour les élèves de 1S et ES. Dans ce texte, Alexandre Le Grand parle à la mort et raconte une dernière fois sa vie. Il évoque notamment la rencontre qu’il a faite avec un animal imaginaire et mythologique : le tigre bleu. Dans ces terres de Mésopotamie où coulent deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, le félin et le fleuve ont le même nom, oui. La poésie invite, à travers des jeux d’échos, des métaphores, des associations d’idées, à développer l’imaginaire et l’émotion.

    Après quatre heures d’épreuve et des semaines de révision, les bacheliers se sont angoissés et défoulés sur les réseaux sociaux. Je comprends cela très bien. J’ai été par contre plus surpris de voir que, dans les jours qui ont suivi, bons nombres de sites médias annonçaient de façon tranchée et définitive que le mot « tigre » désignait le fleuve et non le félin. Cela a ajouté du bruit au bruit, et fait monter le sentiment de déception chez les jeunes gens. C’est dommage. D’autant plus que c’est inexact. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à aller vérifier dans le texte intégral…

    Communiqué de Philippe Gaudé

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  2. jcdurbant dit :

    CANCEL QUESTION M (What happens when you don’t give students enough context: French teens unable to ‘cope with’ English exam question launch desperate online petition)

    Thousands of French teenagers were stumped by a question in their English exam paper using the word ‘coping.’ The question, based on Ian McEwan’s novel Atonement, asks how the character Robbie Turner – falsely accused of rape – is “coping with the situation.”

    This isn’t the first time an exam question has launched a furious online appeal. Earlier in June, a petition in the UK gained nearly 40,000 signatures after maths students encountered an unusually difficult question.

    In May, England’s exams regulator told boards to re-write their new maths GCSE exams after finding that three of the four had made their papers too hard.

    http://www.ibtimes.co.uk/thousands-french-students-protest-…

    http://europe.newsweek.com/french-students-baffled-by-conce…

    http://time.com/3931629/baccalaureate-english-exam/

    http://www.bbc.com/news/world-europe-33238996

    http://www.independent.co.uk/…/french-students-call-on-educ…

    http://www.theguardian.com/…/french-teens-unable-cope-with-…

    http://www.dailymail.co.uk/…/Parlez-vous-Anglais-10-000-Fre…

    https://news.google.com/news/story…

    https://jcdurbant.wordpress.com/…/bac-2015-attention-un-my…/

    COPE:

    – transitive: cope with (a problem):

    examples: She coped well with the problem. How do you cope with bullying in schools ?

    French translation: faire face à, gérer, composer avec, affronter, surmonter, venir à bout de, s’en sortir avec

    ex. Elle a bien surmonté le problème. Comment gérer le problème du harcèlement à l’école ?

    – intransitive: cope:

    se débrouiller, s’en sortir, s’en tirer

    examples: He can’t cope anymore : Il ne s’en sort plus. Il est complètement dépassé.

    After his breakdown, she couldn’t cope anymore: Après sa dépression, elle a craqué.

    Synonyms: face, deal (successfully) with, handle, overcome (a problem, a difficult situation)

    Etymology: from French « coup » (?) = strike, meaning: strike back, fight back

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