Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

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Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

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Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

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Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.

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