Good kill: Attention, un pilote de drones peut en cacher un autre (No kill lists and Terror Tuesdays, please, we’re Hollywood)

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L’ennemi n’est pas identifiable en tant que tel dans le sens où ce sont des gens qui se mêlent à la population. Donc ils sont habillés comme n’importe qui. Il n’y a pas d’uniforme donc comment savoir si c’est l’ennemi ou juste des personnes normales ? C’est juste d’après le comportement qu’on peut le voir. Bernard Davin (pilote belge au retour d’Afghanistan, RTBF, 13.01.09)
La majorité du temps, ce n’est pas une décision qui est difficile puisque en fait, c’est l’ennemi qui nous met dans une situation difficile au sol. Didier Polomé (commandant belge)
On n’en saura pas plus. Les détails des opérations OTAN sont couvertes par le secret militaire pour éviter les représailles contre les pays impliqués et contre les familles des pilotes en mission en Afghanistan. Journaliste belge (RTBF, 13.01.09)
Le bien et le mal se mélangent un peu (…) et ça devient un peu comme un jeu vidéo. Soldat israélien
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drones ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Obama (2010)
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
The drone operation now operates out of two main bases in the US, dozens of smaller installations and at least six foreign countries. There are « terror Tuesday » meetings to discuss targets which Obama’s campaign manager, David Axelrod, sometimes attends, lending credence to those who see naked political calculation involved. The New York Times
Foreign Policy a consacré la une de son numéro daté de mars-avril aux “guerres secrètes d’Obama”. Qui aurait pu croire il y a quatre ans que le nom de Barack Obama allait être associé aux drones et à la guerre secrète technologique ? s’étonne le magazine, qui souligne qu’Obama “est le président américain qui a approuvé le plus de frappes ciblées de toute l’histoire des Etats-Unis”. Voilà donc à quoi ressemblait l’ennemi : quinze membres présumés d’Al-Qaida au Yémen entretenant des liens avec l’Occident. Leurs photographies et la biographie succincte qui les accompagnait les faisaient ressembler à des étudiants dans un trombinoscope universitaire. Plusieurs d’entre eux étaient américains. Deux étaient des adolescents, dont une jeune fille qui ne faisait même pas ses 17 ans. Supervisant la réunion dédiée à la lutte contre le terrorisme, qui réunit tous les mardis une vingtaine de hauts responsables à la Maison-Blanche, Barack Obama a pris un moment pour étudier leurs visages. C’était le 19 janvier 2010, au terme d’une première année de mandat émaillée de complots terroristes dont le point culminant a été la tentative d’attentat évitée de justesse dans le ciel de Detroit le soir de Noël 2009. “Quel âge ont-ils ? s’est enquis Obama ce jour-là. Si Al-Qaida se met à utiliser des enfants, c’est que l’on entre dans une toute nouvelle phase.” La question n’avait rien de théorique : le président a volontairement pris la tête d’un processus de “désignation” hautement confidentiel visant à identifier les terroristes à éliminer ou à capturer. Obama a beau avoir fait campagne en 2008 contre la guerre en Irak et contre l’usage de la torture, il a insisté pour que soit soumise à son aval la liquidation de chacun des individus figurant sur une kill list [liste de cibles à abattre] qui ne cesse de s’allonger, étudiant méticuleusement les biographies des terroristes présumés apparaissant sur ce qu’un haut fonctionnaire surnomme macabrement les “cartes de base-ball”. A chaque fois que l’occasion d’utiliser un drone pour supprimer un terroriste se présente, mais que ce dernier est en famille, le président se réserve le droit de prendre la décision finale. (…) Une série d’interviews accordées au New York Times par une trentaine de ses conseillers permettent de retracer l’évolution d’Obama depuis qu’il a été appelé à superviser personnellement cette “drôle de guerre” contre Al-Qaida et à endosser un rôle sans précédent dans l’histoire de la présidence américaine. Ils évoquent un chef paradoxal qui approuve des opérations de liquidation sans ciller, tout en étant inflexible sur la nécessité de circonscrire la lutte antiterroriste et d’améliorer les relations des Etats-Unis avec le monde arabe. (…) C’est le plus curieux des rituels bureaucratiques : chaque semaine ou presque, une bonne centaine de membres du tentaculaire appareil sécuritaire des Etats-Unis se réunissent lors d’une visioconférence sécurisée pour éplucher les biographies des terroristes présumés et suggérer au président la prochaine cible à abattre. Ce processus de “désignation” confidentiel est une création du gouvernement Obama, un macabre “club de discussion” qui étudie soigneusement des diapositives PowerPoint sur lesquelles figurent les noms, les pseudonymes et le parcours de membres présumés de la branche yéménite d’Al-Qaida ou de ses alliés de la milice somalienne Al-Chabab. The New York Times (07.06.12)
Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones. (…) George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu. Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence. Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan. Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones. La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. (…) Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés. Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. (…) Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies. Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans. Le Monde (18.06.13)
Aucun soldat n’avait vécu cela jusqu’ici. Avant, on se rendait dans le pays avec lequel on était en conflit. Aujourd’hui, plus besoin : la guerre est télécommandée. Avant, le pilote prenait son jet, lâchait une bombe et rentrait. Aujourd’hui, il lâche sa bombe, attend dans son fauteuil et compte le nombre de morts. Il passe douze heures à tuer des talibans avant d’aller chercher ses enfants à l’école. (…) Obama est démocrate. Et l’emploi des drones a augmenté depuis qu’il est au pouvoir. Mon film parle de l’ »American sniper » ultime. J’ai juste tenté d’être honnête vis-à-vis du sujet. De montrer les choses telles qu’elles sont sans imposer une manière de penser. Il serait naïf de dire « je suis anti-drone ». Ce serait comme dire « je suis anti-internet ». Mais avec cette technologie, la guerre peut être infinie. Le jour où l’armée américaine quittera le Moyen-Orient, les drones, eux, y resteront. (…) L’état-major américain était sur le point d’attribuer une médaille à certains pilotes de drones. Cela a soulevé un tel tollé de la part des vrais pilotes qu’ils ont abandonné l’idée. Ces médailles sont censées célébrer les valeurs et le courage. Comment les décerner à des types qui tuent sans courir le moindre danger ? (…) J’ai aussi pas mal filmé les scènes extérieures au conflit, celles de la vie quotidienne du personnage à Las Vegas, d’un point de vue culminant, pour créer une continuité et un sentiment de paranoïa. Comme si un drone le suivait en permanence. Ou le point de vue de Dieu. Andrew Niccol
Tout ce que je montre est vrai: un type près de Las Vegas peut détruire une maison pleine de talibans en Afghanistan. Encore faut-il être sûr que ceux qui y sont réunis sont vraiment des talibans. Et il est arrivé que des missiles américains soient lancés contre des enterrements. Andrew Niccol
J’étais plus intéressé par le personnage, par cette nouvelle manière de faire la guerre. On n’a jamais demandé à un soldat de faire ça. De combattre douze heures et de rentrer chez lui auprès de sa femme et de ses enfants, il n’y a plus de sas de décompression. (…) J’ai engagé d’anciens pilotes de drones comme consultants, puisque l’armée m’avait refusé sa coopération. J’en aurais bien voulu, ç’aurait été plus facile si on m’avait donné ces équipements, ces installations. J’ai dû les construire. (…) je me suis souvenu aujourd’hui d’une conférence de presse du général Schwartzkopf pendant la première guerre d’Irak, il avait montré des vidéos en noir et blanc, avec une très mauvaise définition, de frappes de précision et on voyait un motocycliste échapper de justesse à un missile. Il l’avait appelé « l’homme le plus chanceux d’Irak ». On le voit traverser un pont, passer dans la ligne de mire et sortir du champ au moment où le panache de l’explosion éclot. Aujourd’hui on sait qu’il existe une vidéo pour chaque frappe de drone, c’est la procédure. Mais on ne les montre plus comme au temps du général Schwartzkopf. Expliquez-moi pourquoi. (…) Je vais vous dire pourquoi. Les humains ont tendance à l’empathie – et même si vous êtes mon ennemi, même si vous êtes une mauvaise personne, si je vous regarde mourir, je ressentirai de l’empathie. Ce qui n’est pas bon pour les affaires militaires. (…) Je crois que ça a tendance à insensibiliser. On n’entend jamais une explosion, on ne sent jamais le sol se soulever. On est à 10 000 kilomètres. (…) L’armée l’a mise là pour des raisons de commodité: les montagnes autour de Las Vegas ressemblent à l’Afghanistan, ce qui permet aux pilotes de drones à l’entraînement de se familiariser avec le terrain. Ils s’exercent aussi à suivre des voitures. Andrew Niccol
Je voulais montrer que plus on progresse technologiquement, plus on régresse humainement. Derrière sa télécommande, le pilote n’entend rien, ne sent pas le sol trembler, ne respire pas l’odeur de brûlé… Il fait exploser des pixels sans jamais être dans le concret de la chair et du sang. Andrew Nicool
I get to play a character I’ve never seen on screen before. He’s spending the bulk of the day fighting the Taliban; leaves work, picks up some eggs and orange juice, helps his son with his homework and fights with his wife about what TV show to watch. And then the next day does the same thing again. This is a new situation we’ve never been in: Soldiers who take people’s lives whose own life isn’t in danger. A lot of these people go into the military because they have the mentality of a warrior. They want to put their life on the line for their beliefs to make people safe, but what does it mean when your life isn’t on the line? It seems like the stuff of sci-fi but it’s arrived. (…) We can’t have a serious conversation about a drone strike unless people have more information. Most people don’t know what a drone looks like, or how it’s operated. I learned a lot – I had no idea [the US] would strike a funeral or rescuers. There’s a certain logic to doing it – you could say perhaps it is proportionate. Perhaps we’re stopping more death than we’re creating, but we are killing innocent people. Am I sure I want our soldiers doing that? An interesting example is on Obama’s third day in office he ordered a drone strike – it was surgical, but they had the wrong information and they murdered a family that had nothing to do with anything. When these tools are available accidents happen. It’s ripe for dialogue. I’m not in politics, I don’t have an agenda for the audience, but I think it’s a really interesting conversation. I don’t think we should let our governments run willy-nilly and kill whoever and spy on whoever they want to without asking any questions. Ethan Hawke
Every strike Tom does in the movie there is a precedent for, but his character is fictitious. There were some things I didn’t put in the movie because I thought they were too outrageous. I was told about drone pilots who were younger than Ethan’s character – they would work with a joystick for 12 hours over Afghanistan, take out a target and go home to their apartment and play video games. The military modelled the workstation on computer games because it’s the joystick that’s the easiest to use. They want gamers to join the Air Force because they’re good and can manoeuvre a drone perfectly. But how can they possibly separate playing one joystick game one moment, and then playing real war the next? Andrew Nicool
His control bunker looks a bit like a shipping container from the outside, boxy and portable. ‘The troops are going to withdraw from Afghanistan, but the drones won’t leave’ “The reason is that they used to wheel them into a Hercules and fly them around the world,” says Niccol. “But then realized they didn’t have to go anywhere; they had satellites.” Hawke’s character kills enemies in Afghanistan from half a world away, but struggles with the moral implications of such precise, emotionless combat. The cinematography in Good Kill calls attention to the similarities in geography between the U.S. and Afghan deserts, and the walled residences that exist in both locations. “It’s not my choice; it’s the military’s choice,” says Niccol. They can train drone pilots locally over terrain similar to what they’ll see while on duty. “If you’re going on a weekend trip to Vegas in your car,” he adds, “you may not know it — in fact you won’t know it — but they’ll follow a car with a drone just as practice.” Good Kill airs both sides of the debate over unmanned drone strikes — on the one hand, it risks fewer American lives; on the other, it risks dehumanizing war — but it’s clear on which side Niccol and Hawke stand. “Say what you like about the United States,” says the New Zealand-born Niccol, “but you’re allowed to make that movie. Some people are going to hate it and think it’s unpatriotic, and some people are going to love it, but if it causes some kind of debate — great.” “That’s the point of making a movie like this,” says Hawke, “is to not let all this stuff happen in our name without us having any awareness or knowledge or interest in what’s being done.” He likes the idea of a war film “that isn’t glorifying the past; something that shows us where we are right now. The troops are going to withdraw from Afghanistan, but the drones won’t leave.” National Post
Needless to say, however, this particular world is no product of Niccol’s imagination: The apparent future of warfare is in fact, as Bruce Greenwood’s hardened commander likes to bark at awestruck new arrivals, “the fucking here and now.” Pilots are recruited in shopping malls on the strength of their gaming expertise; joysticks are the new artillery. The film opens on the Afghan desert, as caught through a drone’s viewfinder and transmitted to Egan’s monitor. A terrorist target is identified, the missile order is given and, within 10 seconds of Egan hitting the switch 7,000 miles away, a life ends in a silent explosion of dust and rubble. (The title refers to Egan’s regular, near-involuntary verbal reaction to each successful hit.) Another day’s work done, Egan hops in his sports car and heads home to his military McMansion, where his wife, Molly (January Jones), and two young children await. It’s an existence that theoretically combines the gung-ho ideals of American heroism and the domestic comforts of the American Dream. Niccol forges this connection with one elegantly ironic long shot of Egan’s car leaving the arid middle-of-nowhere surrounds of the control center (which have an aesthetic proximity to the Middle East, if nothing else) and approaching the glistening urban heights of Vegas — hardly the city to anchor this uncanny setup in any greater sense of reality. For all intents and purposes, Egan, who previously risked life and limb flying F-16 planes in Iraq, has lucked out. It doesn’t feel that way to him, however, as he finds it increasingly impossible to reconcile the immense power he wields from his planeless cockpit with the lack of any attendant peril or consequence on his end. Niccol’s script and Hawke’s stern, buttoned-down performance keep in play the question of whether it’s adrenaline or moral accountability that he misses most in his new vocation, but either way, as new, more ruthless orders come in from the CIA, it’s pushing him to the brink of emotional collapse. Egan finds a measure of solidarity in rookie co-pilot Suarez (a fine, flinty Zoe Kravitz), who challenges authority more brazenly than he does, but can’t explain his internal crisis to his increasingly alienated family. It’s the peculiar mechanics of drone warfare that enable “Good Kill” to be at once a combat film and a war-at-home film, two familiar strains of military drama given a bracing degree of tension by their parallel placement in Niccol’s tightly worked script: The pressures of Egan’s activity in the virtual field bounce off the volatile battles he fights in the bedroom and vice versa, as the film’s intellectual deliberations over the rights and wrongs of this new military policy are joined by the more emotive question of just what type of man, if any, is mentally fit for the task. (Or, indeed, woman: One thing to be said for the new technology is that it expands the demographic limits of combat.) Rife as it is with heated political questioning, this essentially human story steers clear of overt rhetorical side-taking: The Obama administration comes in for some implicit criticism here, but the film’s perspective on America’s ongoing Middle East presence isn’t one the right is likely to take to heart. Just as Niccol’s narrative structure is at once fraught and immaculate in its escalation of ideas and character friction, so his arguments remain ever-so-slightly oblique despite the tidiness of their presentation: How much viewers wish to accept the pic as a single, tragic character study or a broader cautionary tale is up to them. He overplays his hand, however, with a needlessly melodramatic subplot that finds Egan growing personally invested in the fate of a female Afghan civilian living on their regular surveillance route, while Greenwood’s character is given one pithy slogan too many (“fly and fry,” “warheads on foreheads”) to underline the detachment of empathy from the act of killing. Happily, such instances of glib overstatement are rare in a film that trusts its audience both to recognize Niccol’s interpretations of current affairs as such, and to arrive at their own without instruction. Variety
Implacable et documenté, Good kill décrit avec précision les pratiques de l’armée américaine : par exemple, le principe de la double frappe. Vous éliminez d’un missile un foyer de présumés terroristes, mais vous frappez dans les minutes qui suivent au même endroit pour éliminer ceux qui viennent les secourir, et tant pis si ce sont clairement des civils. L’un des sommets du film est le récit d’une opération visant l’enterrement d’ennemis tués plus tôt dans la journée, la barbarie à son maximum – et on est sûr que Andrew Niccol, scénariste et réalisateur, n’a rien inventé. Bien sûr, à tuer quasiment à l’aveugle, ou sur la foi de renseignements invérifiables, on crée une situation de guerre permanente, et on fabrique les adversaires que l’on éliminera plus tard. (…) Good Kill est un film important parce qu’il montre pour la première fois le vrai visage des guerres modernes, et à quel point ont disparu les notions de patriotisme et d’héroïsme – que risque ce combattant planqué à part de se détruire lui-même ? C’est aussi un réquisitoire courageux contre l’american way of life, symbolisée ici par Las Vegas, ville sans âme que les personnages traversent sur leur chemin entre base militaire et pavillon sinistre. Ce n’est pas un film d’anticipation. L’horreur que l’on fait subir aux victimes et, en un sens, à leurs bourreaux, c’est ici et maintenant. Une sale guerre, un sale monde. Aurélien Ferenczi
Ce qui pose vraiment problème n’est toutefois pas d’ordre artistique, mais politique. Paré des oripeaux de la fiction de gauche, The Good Kill s’inscrit pleinement (comme le faisait la troisième saison de « Homeland ») dans le paradigme de la guerre contre le terrorisme telle que la conduisent les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Les Afghans ne sont jamais représentés autrement que sous la forme des petites silhouettes noires mal définies, évoluant erratiquement sur l’écran des pilotes de drones qui les surveillent. La seule action véritablement lisible se déroule dans la cour d’une maison, où l’on voit, à plusieurs reprises, un barbu frapper sa [?] femme et la violer. C’est l’argument imparable, tranquillement anti-islamiste, de la cause des femmes, que les avocats de la guerre contre le terrorisme ont toujours brandi sans vergogne pour mettre un terme au débat. La critique que fait Andrew Niccol, dans ce contexte, de l’usage des drones ne pouvait qu’être cosmétique. Elle est aussi inepte, confondant les questions d’ordre psychologique (comment se débrouillent des soldats qui rentrent le soir dans leur lit douillet après avoir tué des gens – souvent innocents), et celles qui se posent sur le plan du droit de la guerre (que Grégoire Chamayou a si bien expliqué dans La Théorie du drone, La Fabrique, 2013), dès lors que ces armes autorisent à détruire des vies dans le camp adverse sans plus en mettre aucune en péril dans le sien. Si l’ancien pilote de chasse ne va pas bien, explique-t-il à sa femme, ce n’est pas parce qu’il tue des innocents, ce qu’il a toujours fait, c’est qu’il les tue sans danger. Pour remédier à son état, s’offre une des rédemptions les plus ahurissantes qu’il ait été donné à voir depuis longtemps au cinéma. S’improvisant bras armé d’une justice totalement aveugle, il dégomme en un clic le violeur honni, rendant à sa [?] femme, après un léger petit suspense, ce qu’il imagine être sa liberté. La conscience lavée, le pilote peut repartir le cœur léger, retrouver sa famille et oublier toutes celles, au loin, qu’il a assassinées pour la bonne cause. Le Monde
Semblable à l’œil de Dieu, sa caméra voit tout lorsqu’elle descend du ciel : la femme qui se fait violer par un taliban sans qu’il puisse intervenir, les marines dont il assure la sécurité durant leur sommeil, mais aussi l’enfant qui surgit à vélo là où il vient d’envoyer son missile… (…) Dans cet univers orwellien où toutes sortes d’euphémismes – « neutraliser », « incapaciter », « effacer » – sont utilisés pour éviter de prononcer le mot « tuer », le décalage entre la réalité et le virtuel prend encore plus de sens quand on apprend que les très jeunes pilotes de drone sont repérés dans les arcades de jeux vidéo. D’autres, comme l’ancien pilote de chasse interprété par Ethan Hawke, culpabilisent d’être si loin du danger. Paris Match

 Vous avez dit deux poids deux mesures ?

Au lendemain de l’annonce de l’élimination ô combien méritée, par un drone américain au Yémen, du commanditaire des attentats de Paris de janvier dernier …

Et après le courageux abandon l’Afghanistan à son triste sort, l’Europe a depuis longtemps oublié ce que ses soldats ont bien pu y faire …

Comment ne pas voir …

Alors que, pour défendre ses soldats face aux pires perfidies du Hamas, Israël se voit à nouveau soupçonné des pires crimes de guerre

L’étonnante retenue de nos journalistes comme de nos cinéastes (une seule allusion indirecte et non-nominative dans un film par ailleurs présenté absurdement comme l’anti-American sniper)  …

Qu’on avait naguère connus autrement plus virulants contre une certaine prison cubaine …

Depuis l’inauguration d’un certain prix Nobel 2009 …

Face à l’élimination, dans la plus grande discrétion, de quelque 2 500 cibles …

« Femmes et enfants » compris, comme le veut la formule …

Par quelqu’un qui peut même, cerise sur le gâteau, se permettre de plaisanter devant un parterre de journalistes …

D’une nouvelle arme pouvant abattre n’importe qui à 10 000  km de distance Américains inclus ?  …

Rencontre
Andrew Niccol : “’Good Kill’ dit une vérité inconfortable”

Aurélien Ferenczi
Télérama

22/04/2015
Œil pour œil, le débat des critiques ciné #331 : “Caprice” d’Emmanuel Mouret et “Good Kill” d’Andrew Niccol

“Good-Kill”, avec Ethan Hawke, son film-brûlot basé sur des faits réels, interroge le drone, une nouvelle arme de guerre. Andrew Niccol (“Bienvenue à Gattaca”, “Lord of war”) livre ses secrets de réalisation et revient sur sa carrière.
Il a toute prête une jolie citation de John Lennon, qu’il sort promptement au journaliste ayant tenté d’établir un lien entre son premier film, Bienvenue à Gattaca (1998) et son sixième – seulement –, Good Kill, sur les écrans cette semaine. « Plus vous mettez le doigt sur ce que vous faites, plus vous l’éloignez. Si je réfléchis trop à ce que je fais, j’ai peur de ne plus pouvoir le faire. » Andrew Niccol, 50 ans, costume chic de businessman, regard bleu, a l’air un peu fatigué (le jet lag ?) et la parole prudente. L’inquiétude, sans doute, d’avoir signé un film-brûlot, qui, en décrivant la vie d’un manipulateur de drone (Ethan Hawke), ex-pilote de l’armée de l’air cloué au sol sur une base du Nevada, raconte la guerre d’aujourd’hui : une guerre à distance, à armes inégales, un conflit sans fin où n’importe quel suspect – aux yeux de qui ? c’est tout le problème – peut être cliniquement dézingué d’un tir à la précision chirurgicale par un soldat en poste à l’autre bout du monde.

« Quand j’ai écrit le film, lâche-t-il, un de mes amis m’a tout de suite dit que je devrais réunir le budget en euros plutôt qu’en dollars. » De fait, le projet, qui n’a pas intéressé les majors d’Hollywood, est produit notamment par le Français Nicolas Chartier (qui avait financé Démineurs, de Kathryn Bigelow). Et quand la production est allée demander le soutien logistique de l’armée américaine, on lui a répondu un cinglant « Classifié »… « C’est ce qui nous différencie d’American Sniper, ajoute malicieusement Andrew Niccol, qui a reçu une aide conséquente de l’armée. »  Sur le film d’Eastwood, il refuse de porter un jugement, se contentant de signaler que le pilote de drone est « le sniper ultime, qui tue sans être vu… »

“Good Kill dit une vérité inconfortable”
Les infos, il les a trouvées alors auprès d’ex-pilotes de drone de l’US Air Force, et aussi dans les documents transmis par Bradley/Chelsea Manning à Wikileaks. « Tout ce que je montre est vrai, assure-t-il : un type près de Las Vegas peut détruire une maison pleine de talibans en Afghanistan. Encore faut-il être sûr que ceux qui y sont réunis sont vraiment des talibans. Et il est arrivé que des missiles américains soient lancés contre des enterrements. » Good kill dédouane un peu l’armée américaine, la soumettant aux ordres obscurs d’une mystérieuse agence gouvernementale – de fait, la CIA – pour qui la mort d’innocents ne semble pas un problème majeur. « Good Kill dit une vérité inconfortable. Après la première projection au Festival de Venise, j’ai entendu des échos contradictoires : certains spectateurs accusaient le film d’être anti-américain, d’autres d’être pro-américain. Moi, je ne juge pas. Et on ne peut pas être « anti-drone » : c’est l’usage qu’on en fait qui peut être répréhensible. »

En 2005, déjà, Andrew Niccol avait abordé un sujet sérieusement contemporain dans l’excellent (et souvent sous-estimé) Lord of war : les trafics d’armes internationaux et leur impact sur les guerres civiles africaines. Le personnage principal, joué par Nicholas Cage, était directement inspiré du trafiquant d’origine russe Victor Bout. Lequel, lors de son procès, se plaignit de la mauvaise image que le film donnait de lui… Après la sortie, Niccol reçut même la visite du FBI. « Parce que nous avions dû louer l’avion-cargo de Victor Bout, impossible autrement de trouver un Antonov en Afrique. Alors que nous mettions en soute des armes factices, l’équipage se fichait de nous : « Nous transportions de vraies armes il y a quelques jours, on aurait pu vous les garder »… Depuis, je sais que je suis sous surveillance ! »

Né en Nouvelle-Zélande, Andrew Niccol a débuté dans la publicité à Londres, qui fut, « comme pour Ridley Scott », son école de cinéma. Il part pour les Etats-Unis au début des années 90, écrit un premier script qu’il ne pourra réaliser, mais qui lui vaudra une nomination à l’Oscar : The Truman show. Sa version à lui, qui se situe entièrement à New York est plus noire que le film signé Peter Weir en 1998. Et à la place de Jim Carrey, Niccol aurait bien vu Jeff Bridges… Mais, dans la foulée, on le laisse réaliser son premier film, déjà avec Ethan Hawke, Bienvenue à Gattaca. « Je suppose que Sony a dit oui sur un malentendu. Une fois le film fini, ils ne savaient pas quoi en faire. Ils l’ont enterré. Cette année-là, ils croyaient beaucoup plus à un petit film d’horreur : Souviens-toi l’été dernier… »

“J’ai des idées non conventionnelles et coûteuses”
Bienvenue à Gattaca est (presque) devenu un classique, et la science-fiction a gagné ses lettres de noblesse auprès des studios. Sans que Niccol en profite réellement. « J’ai des idées non conventionnelles et coûteuses. L’un ou l’autre – des idées conventionnelles exigeant un gros budget, ou des idées non conventionnelles bon marché – ça peut passer. Les deux ensemble, c’est plus dur. » Il a refusé de mettre en scène des films de super-héros, et écrit plusieurs scénarios qui n’ont jamais vu le jour. « Peut-être que je vais enfin pouvoir réaliser The Cross, l’histoire de personnages qui veulent échapper à la société dans laquelle ils vivent… » Le thème central de son œuvre ? Le film avait déjà failli se faire en 2009, avec Vincent Cassel. « Cinéaste aux Etats-Unis, c’est épuisant : il faut savoir faire tourner au-dessus de sa tête plusieurs assiettes en même temps », explique-t-il en empruntant une métaphore circassienne. « Si tant est qu’on ne me chasse pas du pays. Dans ce cas, j’irai au Canada, le pays de ma femme… »

Voir aussi:

‘Good Kill’ Review: Ethan Hawke Stars
Andrew Niccol takes on the topical issue of drone strikes in a tense war drama notable for its tact and intelligence.
Guy Lodge
Variety

September 5, 2014

Sci-fi futures characterized by complex moral and political architecture have long been writer-director Andrew Niccol’s stock-in-trade. Yet while there’s not a hint of fantasy in “Good Kill,” a smart, quietly pulsating contempo war drama, it could hardly feel more typical of Niccol’s strongest work. To many, after all, drone strikes — the controversial subject of this tense but appropriately tactful ethics study — still feel like something that should be a practical and legal impossibility. Those who haven’t considered its far-reaching implications, meanwhile, will be drawn into consciousness by Niccol’s film, which sees Ethan Hawke’s former U.S. fighter pilot wrestling with the psychological strain of killing by remote control. At once forward-thinking and exhilaratingly of the moment, this heady conversation piece could yield substantial commercial returns with the right marketing and release strategy.

Niccol has, of course, covered this kind of topical dramatic territory before in 2005’s Amnesty Intl.-approved underperformer “Lord of War,” which starred Nicolas Cage as a faintly disguised incarnation of Soviet arms dealer Viktor Bout. “Good Kill,” however, feels closer in tone and texture to the stately speculative fiction of his 1997 debut, “Gattaca,” and not merely because of Hawke’s presence in the lead. The spartan Las Vegas airbase where Major Thomas Egan (Hawke) wages war against the Taliban from the comfort of an air-conditioned cubicle seems, in terms of its bleak function and lab-like appearance, a faintly dystopian creation — one where distant life-and-death calls are made at the touch of a button. The perils of playing God, of course, were also explored in Niccol’s prescient screenplay for “The Truman Show,” with which “Good Kill” shares profound concerns about a growing culture of extreme surveillance that itself goes unmonitored.

Needless to say, however, this particular world is no product of Niccol’s imagination: The apparent future of warfare is in fact, as Bruce Greenwood’s hardened commander likes to bark at awestruck new arrivals, “the fucking here and now.” Pilots are recruited in shopping malls on the strength of their gaming expertise; joysticks are the new artillery. The film opens on the Afghan desert, as caught through a drone’s viewfinder and transmitted to Egan’s monitor. A terrorist target is identified, the missile order is given and, within 10 seconds of Egan hitting the switch 7,000 miles away, a life ends in a silent explosion of dust and rubble. (The title refers to Egan’s regular, near-involuntary verbal reaction to each successful hit.)

Another day’s work done, Egan hops in his sports car and heads home to his military McMansion, where his wife, Molly (January Jones), and two young children await. It’s an existence that theoretically combines the gung-ho ideals of American heroism and the domestic comforts of the American Dream. Niccol forges this connection with one elegantly ironic long shot of Egan’s car leaving the arid middle-of-nowhere surrounds of the control center (which have an aesthetic proximity to the Middle East, if nothing else) and approaching the glistening urban heights of Vegas — hardly the city to anchor this uncanny setup in any greater sense of reality.

For all intents and purposes, Egan, who previously risked life and limb flying F-16 planes in Iraq, has lucked out. It doesn’t feel that way to him, however, as he finds it increasingly impossible to reconcile the immense power he wields from his planeless cockpit with the lack of any attendant peril or consequence on his end. Niccol’s script and Hawke’s stern, buttoned-down performance keep in play the question of whether it’s adrenaline or moral accountability that he misses most in his new vocation, but either way, as new, more ruthless orders come in from the CIA, it’s pushing him to the brink of emotional collapse. Egan finds a measure of solidarity in rookie co-pilot Suarez (a fine, flinty Zoe Kravitz), who challenges authority more brazenly than he does, but can’t explain his internal crisis to his increasingly alienated family.

It’s the peculiar mechanics of drone warfare that enable “Good Kill” to be at once a combat film and a war-at-home film, two familiar strains of military drama given a bracing degree of tension by their parallel placement in Niccol’s tightly worked script: The pressures of Egan’s activity in the virtual field bounce off the volatile battles he fights in the bedroom and vice versa, as the film’s intellectual deliberations over the rights and wrongs of this new military policy are joined by the more emotive question of just what type of man, if any, is mentally fit for the task. (Or, indeed, woman: One thing to be said for the new technology is that it expands the demographic limits of combat.) Rife as it is with heated political questioning, this essentially human story steers clear of overt rhetorical side-taking: The Obama administration comes in for some implicit criticism here, but the film’s perspective on America’s ongoing Middle East presence isn’t one the right is likely to take to heart.

Just as Niccol’s narrative structure is at once fraught and immaculate in its escalation of ideas and character friction, so his arguments remain ever-so-slightly oblique despite the tidiness of their presentation: How much viewers wish to accept the pic as a single, tragic character study or a broader cautionary tale is up to them. He overplays his hand, however, with a needlessly melodramatic subplot that finds Egan growing personally invested in the fate of a female Afghan civilian living on their regular surveillance route, while Greenwood’s character is given one pithy slogan too many (“fly and fry,” “warheads on foreheads”) to underline the detachment of empathy from the act of killing. Happily, such instances of glib overstatement are rare in a film that trusts its audience both to recognize Niccol’s interpretations of current affairs as such, and to arrive at their own without instruction.

It can’t be a coincidence that Hawke’s styling — aviators, snug leather bomber, Ivy League haircut — gives him the appearance of Tom Cruise’s “Top Gun” hero Maverick Mitchell gone somewhat to seed. His nuanced, hard-bitten performance, too, bristles with cracked machismo and seething self-disappointment; the actor has had a good run of form recently, though his brittle, closed manner here still surprises. Supporting ensemble work is uniformly strong, with Jones, who has form when it comes to playing the repressed wives of inscrutable men, finally landing a film role worthy of her work in “Mad Men.”

The filmmaking here is as efficient and squared-off as the storytelling, with Amir Mokri’s sturdy lensing capturing the hard, unforgiving light of the Nevada desert, and foregrounding every sharp angle of Guy Barnes’ excellent production design — which makes equally alien spaces of a pod-like military boardroom and the beige, under-loved walls of Egan’s home. Sound work throughout is aces, making a virtue of the sound effects that are eerily absent as those present: In drone warfare, at least in Vegas, no one can hear you scream.

Venice Film Review: ‘Good Kill’
Reviewed at Venice Film Festival (competing), Sept. 3, 2014. (Also in Toronto Film Festival — Special Presentations.) Running time: 102 MIN.

Voir également:

Frame of drones: Ethan Hawke is a conflicted fighter pilot in Andrew Niccol’s Good Kill
Chris Knight

National Post

September 11, 2014

Andrew Niccol can remember a time when U.S. involvement in Iraq included televised media briefings in which Gen. Norman Schwarzkopf would show video clips that demonstrated the accuracy of so-called smart bombs. Then, they were launched from piloted aircraft. Now they’re as likely to be fired from unmanned aerial vehicles, or drones.

“Now that picture is a lot better, and there is obviously video for every one of the drone strikes,” he says. “But you haven’t seen one recently, have you?”

Ethan Hawke jumps in at this point. “Nobody has,” he says darkly. “They don’t want you to see this.”

Hawke is starring in Niccol’s Good Kill, which had its North American premiere this week at the Toronto International Film Festival after screening in Venice. The actor plays Maj. Thomas Egan, a former fighter pilot who now flies unmanned drones from a military base outside Las Vegas. His control bunker looks a bit like a shipping container from the outside, boxy and portable.

‘The troops are going to withdraw from Afghanistan, but the drones won’t leave’

“The reason is that they used to wheel them into a Hercules and fly them around the world,” says Niccol. “But then realized they didn’t have to go anywhere; they had satellites.” Hawke’s character kills enemies in Afghanistan from half a world away, but struggles with the moral implications of such precise, emotionless combat.

The cinematography in Good Kill calls attention to the similarities in geography between the U.S. and Afghan deserts, and the walled residences that exist in both locations. “It’s not my choice; it’s the military’s choice,” says Niccol. They can train drone pilots locally over terrain similar to what they’ll see while on duty.

“If you’re going on a weekend trip to Vegas in your car,” he adds, “you may not know it — in fact you won’t know it — but they’ll follow a car with a drone just as practice.”

Good Kill airs both sides of the debate over unmanned drone strikes — on the one hand, it risks fewer American lives; on the other, it risks dehumanizing war — but it’s clear on which side Niccol and Hawke stand.

“Say what you like about the United States,” says the New Zealand-born Niccol, “but you’re allowed to make that movie. Some people are going to hate it and think it’s unpatriotic, and some people are going to love it, but if it causes some kind of debate — great.”

“That’s the point of making a movie like this,” says Hawke, “is to not let all this stuff happen in our name without us having any awareness or knowledge or interest in what’s being done.”

He likes the idea of a war film “that isn’t glorifying the past; something that shows us where we are right now. The troops are going to withdraw from Afghanistan, but the drones won’t leave.”

Niccol and Hawke have worked together, albeit sporadically, on Gattaca (1997) and Lord of War (2005), before this film. They share a favourite movie (One Flew Over the Cuckoo’s Nest) and a shorthand that the writer/director says was invaluable given the movie’s tight budget and timeline.

That extended to Hawke’s agreement to star in the film, which took place over the phone. “I was walking my dog and I called you after reading the script,” he recalls. “I think I walked my dog for two hours as we talked. We were already making the movie that night!”

Voir également:

Entertainment & Arts
Good Kill: Tackling the ethics of drone warfare on film
Genevieve Hassan Entertainment reporter
BBC

10 April 2015

Ethan Hawke’s drone pilot begins to question his orders – and his job
Actor Ethan Hawke and director Andrew Niccol discuss their latest film, Good Kill, about an Air Force drone pilot who begins to question the ethics of his job.

The first time Hawke worked with Niccol, they made 1997 sci-fi film Gattaca. The second occasion, they made 2005’s Lord of War, about an arms dealer with a conscience. Now they’ve made it a hat-trick, reuniting once again to tackle the timely issue of using drones in modern warfare.

Set in 2010, Good Kill sees Hawke play Air Force pilot Tom Egan, who spends eight hours a day fighting the Taliban. But instead of being out on the front line, he’s in a Las Vegas bunker remotely dropping bombs in the Middle East as part of the US’s War on Terror.

Distanced from close combat from the safety of his joystick control half a world away, when the civilian casualties start mounting up, Egan begins to question his orders – and his job.

Hawke and Niccol spoke to the BBC News website about the inspiration behind the film and the moral questions it raises.

Why did you decide to make this project now?
Andrew Niccol: Now is almost a few years too late. I could have made this film a few years ago because this war has been going on in Afghanistan for 13 years. It’s stunning to me it’s America’s longest war and still counting – it beats Vietnam, the first Iraq war and World War Two.

It was all in response to 9/11 and I completely understand why we began it because that’s where Bin Laden was. But it gets to a point where it’s overkill. Are we ever going to leave that part of the planet? Are we really going to stay over the top of the Middle East forever?

Ethan Hawke: The troops are going to come out of Afghanistan, but the drones will still be there. It’s not a question of right or wrong, or how I feel about it – it’s the truth. This is the nature of warfare right now.

Do we want drones to be the international police? Is it a good idea? Is it creating more terror than stopping? They’re valuable questions.

For me as an actor and a fan of storytelling, I get to play a character I’ve never seen on screen before. He’s spending the bulk of the day fighting the Taliban; leaves work, picks up some eggs and orange juice, helps his son with his homework and fights with his wife about what TV show to watch. And then the next day does the same thing again.

This is a new situation we’ve never been in: Soldiers who take people’s lives whose own life isn’t in danger. A lot of these people go into the military because they have the mentality of a warrior. They want to put their life on the line for their beliefs to make people safe, but what does it mean when your life isn’t on the line? It seems like the stuff of sci-fi but it’s arrived.

Did you intend to push a specific political agenda with this film?
Ethan Hawke: No, I’m allergic to that. We can’t have a serious conversation about a drones strike unless people have more information. Most people don’t know what a drone looks like, or how it’s operated.

I learned a lot – I had no idea [the US] would strike a funeral or rescuers. There’s a certain logic to doing it – you could say perhaps it is proportionate. Perhaps we’re stopping more death than we’re creating, but we are killing innocent people. Am I sure I want our soldiers doing that?

An interesting example is on Obama’s third day in office he ordered a drone strike – it was surgical, but they had the wrong information and they murdered a family that had nothing to do with anything. When these tools are available accidents happen. It’s ripe for dialogue.

I’m not in politics, I don’t have an agenda for the audience, but I think it’s a really interesting conversation. I don’t think we should let our governments run willy-nilly and kill whoever and spy on whoever they want to without asking any questions.

Andrew Niccol: I’m not anti or pro, I’m just saying this is what is, and now you have that information perhaps it can provoke thought and conversation.

The US military want computer gamers to join the Air Force because they are equipped with the dexterity and speed needed to operate a drone efficiently, like Ethan Hawke’s character in Good Kill
Are all the events depicted in the film real?
Andrew Niccol: Every strike Tom does in the movie there is a precedent for, but his character is fictitious.

There were some things I didn’t put in the movie because I thought they were too outrageous. I was told about drone pilots who were younger than Ethan’s character – they would work with a joystick for 12 hours over Afghanistan, take out a target and go home to their apartment and play video games.

The military modelled the workstation on computer games because it’s the joystick that’s the easiest to use. They want gamers to join the Air Force because they’re good and can manoeuvre a drone perfectly.

But how can they possibly separate playing one joystick game one moment, and then playing real war the next?

Good Kill is released in UK cinemas on 10 April.

Voir encore:

Barack Obama, président des drones
LE MONDE GEO ET POLITIQUE

Philippe Bernard

18.06.2013

De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder.

Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones.

L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote.

George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu.

LES FRAPPES OPÉRÉES PAR LA CIA SONT « COVERT »

Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence.

Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan.

Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones.

La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul.

UN IMPORTANT DISCOURS SUR LA « GUERRE JUSTE »

Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés.

Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. »

Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies.

Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans.

Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain.

Voir encore:

US national security
Obama’s secret kill list – the disposition matrix
The disposition matrix is a complex grid of suspected terrorists to be traced then targeted in drone strikes or captured and interrogated. And the British government appears to be colluding in it
US President Barack Obama
Barack Obama, chairing the ‘Terror Tuesday’ meetings, agrees the final schedule of names on the disposition matrix. Photograph: Saul Loeb/AFP/Getty Images

Ian Cobain

The Guardian

14 July 2013

When Bilal Berjawi spoke to his wife for the last time, he had no way of being certain that he was about to die. But he should have had his suspicions.

A short, dumpy Londoner who was not, in the words of some who knew him, one of the world’s greatest thinkers, Berjawi had been fighting for months in Somalia with al-Shabaab, the Islamist militant group. His wife was 4,400 miles away, at home in west London. In June 2011, Berjawi had almost been killed in a US drone strike on an al-Shabaab camp on the coast. After that he became wary of telephones. But in January last year, when his wife went into labour and was admitted to St Mary’s hospital in Paddington, he decided to risk a quick phone conversation.

A few hours after the call ended Berjawi was targeted in a fresh drone strike. Perhaps the telephone contact triggered alerts all the way from Camp Lemmonier, the US military’s enormous home-from-home at Djibouti, to the National Security Agency’s headquarters in Maryland. Perhaps a few screens also lit up at GCHQ in Cheltenham? This time the drone attack was successful, from the US perspective, and al-Shabaab issued a terse statement: « The martyr received what he wished for and what he went out for. »

The following month, Berjawi’s former next-door neighbour, who was also in Somalia, was similarly « martyred ». Like Berjawi, Mohamed Sakr had just turned 27 when he was killed in an air strike.

Four months later, the FBI in Manhattan announced that a third man from London, a Vietnamese-born convert to Islam, had been charged with a series of terrorism offences, and that if convicted he would face a mandatory 40-year sentence. This man was promptly arrested by Scotland Yard and is now fighting extradition to the US. And a few weeks after that, another of Berjawi’s mates from London was detained after travelling from Somalia to Djibouti, where he was interrogated for months by US intelligence officers before being hooded and put aboard an aircraft. When 23-year-old Mahdi Hashi next saw daylight, he was being led into a courtroom in Brooklyn.

That these four men had something in common is clear enough: they were all Muslims, all accused of terrorism offences, and all British (or they were British: curiously, all of them unexpectedly lost their British citizenship just as they were about to become unstuck). There is, however, a common theme that is less obvious: it appears that all of them had found their way on to the « disposition matrix ».

The euphemisms of counter-terrorism

When contemplating the euphemisms that have slipped into the lexicon since 9/11, the adjective Orwellian is difficult to avoid. But while such terms as extraordinary rendition, targeted killing and enhanced interrogation are universally known, and their true meanings – kidnap, assassination, torture – widely understood, the disposition matrix has not yet gained such traction.

Since the Obama administration largely shut down the CIA’s rendition programme, choosing instead to dispose of its enemies in drone attacks, those individuals who are being nominated for killing have been discussed at a weekly counter-terrorism meeting at the White House situation room that has become known as Terror Tuesday. Barack Obama, in the chair and wishing to be seen as a restraining influence, agrees the final schedule of names. Once details of these meetings began to emerge it was not long before the media began talking of « kill lists ». More double-speak was required, it seemed, and before long the term disposition matrix was born.

In truth, the matrix is more than a mere euphemism for a kill list, or even a capture-or-kill list. It is a sophisticated grid, mounted upon a database that is said to have been more than two years in the development, containing biographies of individuals believed to pose a threat to US interests, and their known or suspected locations, as well as a range of options for their disposal.

It is a grid, however, that both blurs and expands the boundaries that human rights law and the law of war place upon acts of abduction or targeted killing. There have been claims that people’s names have been entered into it with little or no evidence. And it appears that it will be with us for many years to come.

The background to its creation was the growing realisation in Washington that the drone programme could be creating more enemies than it was destroying. In Pakistan, for example, where the government estimates that more than 400 people have been killed in around 330 drone strikes since 9/11, the US has arguably outstripped even India as the most reviled foreign country. At one point, Admiral Mike Mullen, when chairman of the US joint chiefs of staff, was repo rted to be having furious rows over the issue with his opposite number in Pakistan, General Ashfaq Kayani.
matrix mike mullen and ashfaq Kayani

The term entered the public domain following a briefing given to the Washington Post before last year’s presidential election. « We had a disposition problem, » one former counter-terrorism official involved in the development of the Matrix told the Post. Expanding on the nature of that problem, a second administration official added that while « we’re not going to end up in 10 years in a world of everybody holding hands and saying ‘we love America' », there needed to be a recognition that « we can’t possibly kill everyone who wants to harm us ».

Drawing upon legal advice that has remained largely secret, senior officials at the US Counter-Terrorism Center designed a grid that incorporated the existing kill lists of the CIA and the US military’s special forces, but which also offered some new rules and restraints.

Some individuals whose names were entered into the matrix, and who were roaming around Somalia or Yemen, would continue to face drone attack when their whereabouts become known. Others could be targeted and killed by special forces. In a speech in May, Obama suggested that a special court could be given oversight of these targeted killings.

An unknown number would end up in the so-called black sites that the US still quietly operates in east Africa, or in prisons run by US allies in the Middle East or Central Asia. But for others, who for political reasons could not be summarily dispatched or secretly imprisoned, there would be a secret grand jury investigation, followed in some cases by formal arrest and extradition, and in others by « rendition to justice »: they would be grabbed, interrogated without being read their rights, then flown to the US and put on trial with a publicly funded defence lawyer.

Orwell once wrote about political language being « designed to make lies sound truthful and murder respectable ». As far as the White House is concerned, however, the term disposition matrix describes a continually evolving blueprint not for murder, but for a defence against a threat that continues to change shape and seek out new havens.

As the Obama administration’s tactics became more variegated, the British authorities co-operated, of course, but also ensured that the new rules of the game helped to serve their own counter-terrorism objectives.

Paul Pillar, who served in the CIA for 28 years, including a period as the agency’s senior counter-terrorism analyst, says the British, when grappling with what he describes as a sticky case – « someone who is a violence-prone anti-western jihadi », for example – would welcome a chance to pass on that case to the US. It would be a matter, as he puts it, of allowing someone else to have their headache.

« They might think, if it’s going to be a headache for someone, let the Americans have the headache, » says Pillar. « That’s what the United States has done. The US would drop cases if they were going to be sticky, and let someone else take over. We would let the Egyptians or the Jordanians or whoever take over a very sticky one. From the United Kingdom point of view, if it is going to be a headache for anyone: let the Americans have the headache. »

The four young Londoners – Berjawi, Sakr, Hashi and the Vietnamese-born convert – were certainly considered by MI5 and MI6 to be something of a headache. But could they have been seen so problematic – so sticky – that the US would be encouraged to enter their names into the Matrix?
The home secretary’s special power

Berjawi and Sakr were members of a looseknit group of young Muslims who were on nodding terms with each other, having attended the same mosques and schools and having played in the same five-a-side football matches in west London.

A few members of this group came to be closely scrutinised by MI5 when it emerged that they had links with the men who attempted to carry out a wave of bombings on London’s underground train network on 21 July 2005. Others came to the attention of the authorities as a result of their own conduct. Mohammed Ezzouek, for example, who attended North Westminster community school with Berjawi, was abducted in Kenya and interrogated by British intelligence officers after a trip to Somalia in 2006; another schoolmate, Tariq al-Daour, has recently been released from jail after serving a sentence for inciting terrorism.

As well as sharing their faith and, according to the UK authorities, jihadist intent, these young men had something else in common: they were all dual nationals. Berjawi was born in Lebanon and moved to London with his parents as an infant. Sakr was born in London, but was deemed to be a British-Egyptian dual national because his parents were born in Egypt. Ezzouek is British-Moroccan, while al-Daour is British-Palestinian.

This left them vulnerable to a little-known weapon in the government’s counter-terrorism armoury, one that Theresa May has been deploying with increasing frequency since she became home secretary three years ago. Under the terms of a piece of the 2006 Immigration, Asylum and Nationality Act, and a previous piece of legislation dating to 1981, May has the power to deprive dual nationals of their British citizenship if she is « satisfied that deprivation is conducive to the public good ».

This power can be applied only to dual nationals, and those who lose their citizenship can appeal. The government appears usually to wait until the individual has left the country before moving to deprive them of their citizenship, however, and appeals are heard at the highly secretive special immigration appeals commission (SIAC), where the government can submit evidence that cannot be seen or challenged by the appellant.

The Home Office is extraordinarily sensitive about the manner in which this power is being used. It has responded to Freedom of Information Act requests about May’s increased use of this power with delays and appeals; some information requested by the Guardian in June 2011 has still not been handed over. What is known is that at least 17 people have been deprived of their British citizenship at a stroke of May’s pen. In most cases, if not all, the home secretary has taken action on the recommendation of MI5. In each case, a warning notice was sent to the British home of the target, and the deprivation order signed a day or two later.

One person who lost their British citizenship in this way was Anna Chapman, a Russian spy, but the remainder are thought to all be Muslims. Several of them – including a British-Pakistani father and his three sons – were born in the UK, while most of the others arrived as children. And some have been deprived of their citizenship not because they were assessed to be involved in terrorism or any other criminal activity, but because of their alleged involvement in Islamist extremism.

Berjawi and Sakr both travelled to Somalia after claiming that they were being harassed by police in the UK, and were then stripped of their British citizenship. Several months later they were killed. The exact nature of any intelligence that the British government may have shared with Washington before their names were apparently entered into the disposition matrix is deeply secret: the UK has consistently refused to either confirm or deny that it shares intelligence in support of drone strikes, arguing that to do so would damage both national security and relations with the US government.

More than 12 months after Sakr’s death, his father, Gamal, a businessman who settled in London 37 years ago, still cannot talk about his loss without breaking down and weeping. He alleges that one of his two surviving sons has since been harassed by police, and suspects that this boy would also have been stripped of his citizenship had he left the country. « It’s madness, » he cries. « They’re driving these boys to Afghanistan. They’re making everything worse. »

Last year Gamal and his wife flew to Cairo, formally renounced their Egyptian citizenship, and on their return asked their lawyer to let it be known that their sons were no longer dual nationals. But while he wants his family to remain in Britain, the manner in which his son met his death has shattered his trust in the British government. « It was clearly directed from the UK, » he says. « He wasn’t just killed: he was assassinated. »
The case of Mahdi Hashi

Mahdi Hashi was five years old when his family moved to London from Somalia. He returned to the country in 2009, and took up arms for al-Shabaab in its civil war with government forces. A few months earlier he had complained to the Independent that he been under pressure to assist MI5, which he was refusing to do. Hashi was one of a few dozen young British men who have followed the same path: in one internet video clip, an al-Shabaab fighter with a cockney accent can be heard urging fellow Muslims « living in the lands of disbelief » to come and join him. It is thought that the identities of all these men are known to MI5.

After the deaths of Berjawi and Sakr, Hashi was detained by al-Shabaab, who suspected that he was a British spy, and that he was responsible for bringing the drones down on the heads of his brothers-in-arms. According to his US lawyer, Harry Batchelder, he was released in early June last year. The militants had identified three other men whom they believed were the culprits, executing them shortly afterwards.

Within a few days of Hashi’s release, May signed an order depriving him of his British citizenship. The warning notice that was sent to his family’s home read: « The reason for this decision is that the Security Service assess that you have been involved in Islamist extremism and present a risk to the national security of the United Kingdom due to your extremist activities. »

Hashi decided to leave Somalia, and travelled to Djibouti with two other fighters, both Somali-Swedish dual nationals. All three were arrested in a raid on a building, where they had been sleeping on the roof, and were taken to the local intelligence agency headquarters. Hashi says he was interrogated for several weeks by US intelligence officers who refused to identify themselves. These men then handed him over to a team of FBI interrogators, who took a lengthy statement. Hashi was then hooded, put aboard an aircraft, and flown to New York. On arrival he was charged with conspiracy to support a terrorist organisation.

Hashi has since been quoted in a news report as saying he was tortured while in custody in Djibouti. There is reason to doubt that this happened, however: a number of sources familiar with his defence case say that the journalist who wrote the report may have been misled. And the line of defence that he relied upon while being interrogated – that Somalia’s civil war is no concern of the US or the UK – evaporated overnight when al-Shabaab threatened to launch attacks in Britain.

When Hashi was led into court in Brooklyn in January, handcuffed and dressed in a grey and orange prison uniform, he was relaxed and smiling. The 23-year-old had been warned that if he failed to co-operate with the US government, he would be likely to spend the rest of his life behind bars. But he appeared unconcerned.

At no point did the UK government intervene. Indeed, it cannot: he is no longer British.

When the Home Office was asked whether it knew Hashi was facing detention and forcible removal to the US at the point at which May revoked his citizenship, a spokesperson replied: « We do not routinely comment on individual deprivation cases, nor do we comment on intelligence issues. »

The Home Office is also refusing to say whether it is aware of other individuals being killed after losing their British citizenship. On one point it is unambiguous, however. « Citizenship, » it said in a statement, « is a privilege, not a right. »

The case of ‘B2’

A glimpse of even closer UK-US counter-terrorism co-operation can be seen in the case of the Vietnamese-born convert, who cannot be named for legal reasons. Born in 1983 in the far north of Vietnam, he was a month old when his family travelled by sea to Hong Kong, six when they moved to the UK and settled in London, and 12 when he became a British citizen.

While studying web design at a college in Greenwich, he converted to Islam. He later came into contact with the banned Islamist group al-Muhajiroun, and was an associate of Richard Dart, a fellow convert who was the subject of a TV documentary entitled My Brother the Islamist, and who was jailed for six years in April after travelling to Pakistan to seek terrorism training. In December 2010, this man told his eight-months-pregnant wife that he was going to Ireland for a few weeks. Instead, he travelled to Yemen and stayed for seven months. MI5 believes he received terrorism training from al-Qaida in the Arabian peninsula and worked on the group’s online magazine, Inspire.

He denies this. Much of the evidence against him comes from a man called Ahmed Abdulkadir Warsame, a Somali who once lived in the English midlands, and who was « rendered to justice » in much the same way as Hashi after being captured in the Gulf of Aden two years ago. Warsame is now co-operating with the US Justice Department.

On arrival back at Heathrow airport, the Vietnamese-born man was searched by police and arrested when a live bullet was found in his rucksack. A few months later, while he was free on bail, May signed an order revoking his British citizenship. Detained by immigration officials and facing deportation to Vietnam, he appealed to SIAC, where he was given the cipher B2. He won his case after the Vietnamese ambassador to London gave evidence in which he denied that he was one of their citizens. Depriving him of British citizenship at that point would have rendered him stateless, which would have been unlawful.

Within minutes of SIAC announcing its decision and granting B2 unconditional bail, he was rearrested while sitting in the cells at the SIAC building. The warrant had been issued by magistrates five weeks earlier, at the request of the US Justice Department. Moments after that, the FBI announced that B2 had been charged with five terrorism offences and faced up to 40 years in jail. He was driven straight from SIAC to Westminster magistrates’ court, where he faced extradition proceedings.

B2 continues to resist his removal to the US, with his lawyers arguing that he could have been charged in the UK. Indeed, the allegations made by the US authorities, if true, would appear to represent multiple breaches of several UK laws: the Terrorism Act 2000, the Terrorism Act 2006 and the Firearms Act 1968. Asked why B2 was not being prosecuted in the English courts – why, in other words, the Americans were having this particular headache, and not the British – a Crown Prosecution Service spokesperson said: « As this is a live case and the issue of forum may be raised by the defence in court, it would be inappropriate for us to discuss this in advance of the extradition hearing. »

The rule of ‘imminent threat’

In the coffee shops of west London, old friends of Berjawi, Sakr, Hashi and B2 are equally reluctant to talk, especially when questioned about the calamities that have befallen the four men. When they do, it is in a slightly furtive way, almost in whispers.

Ezzouek explains that he never leaves the country any more, fearing he too will be stripped of his British citizenship. Al-Daour is watched closely and says he faces recall to prison whenever he places a foot wrong. Failing even to tell his probation officer that he has bought a car, for example, is enough to see him back behind bars. A number of their associates claim to have learned of the deaths of Berjawi and Sakr from MI5 officers who approached them with the news, and suggested they forget about travelling to Somalia.

Last February, a 16-page US justice department memo, leaked to NBC News, disclosed something of the legal basis for the drone programme. Its authors asserted that the killing of US citizens is lawful if they pose an « imminent threat » of violent attack against the US, and capture is impossible. The document adopts a broad definition of imminence, saying no evidence of a specific plot is needed, and remains silent on the fate that faces enemies who are – or were – citizens of an allied nation, such as the UK.
matrix drone in flight

But if the Obama administration is satisfied that the targeted killing of US citizens is lawful, there is little reason to doubt that young men who have been stripped of their British citizenship, and who take up arms in Somalia or Yemen or elsewhere, will continue to find their way on to the disposition matrix, and continue to be killed by missiles fired from drones hovering high overhead, or rendered to courts in the US.

And while Obama says he wants to curtail the drone programme, his officials have been briefing journalists that they believe the operations are likely to continue for another decade, at least. Given al-Qaida’s resilience and ability to spread, they say, no clear end is in sight.

Voir encore:

La dérive morale de l’armée israélienne à Gaza
Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

Le Monde

04.05.2015

Eté 2014, bande de Gaza. Un vieux Palestinien gît à terre. Il marchait non loin d’un poste de reconnaissance de l’armée israélienne. Un soldat a décidé de le viser. Il est grièvement blessé à la jambe, ne bouge plus. Est-il vivant ? Les soldats se disputent. L’un d’eux décide de mettre fin à la discussion. Il abat le vieillard.

Cette histoire, narrée par plusieurs de ses acteurs, s’inscrit dans la charge la plus dévastatrice contre l’armée israélienne depuis la guerre, lancée par ses propres soldats. L’organisation non gouvernementale Breaking the Silence (« rompre le silence »), qui regroupe des anciens combattants de Tsahal, publie, lundi 4 mai, un recueil d’entretiens accordés sous couvert d’anonymat par une soixantaine de participants à l’opération « Bordure protectrice ».

Une opération conduite entre le 8 juillet et le 26 août 2014, qui a entraîné la mort de près de 2 100 Palestiniens et 66 soldats israéliens. Israël a détruit trente-deux tunnels permettant de pénétrer clandestinement sur son territoire, puis a conclu un cessez-le-feu avec le Hamas qui ne résout rien. L’offensive a provoqué des dégâts matériels et humains sans précédent. Elle jette, selon l’ONG, « de graves doutes sur l’éthique » de Tsahal.

« Si vous repérez quelqu’un, tirez ! »

Breaking the Silence n’utilise jamais l’expression « crimes de guerre ». Mais la matière que l’organisation a collectée, recoupée, puis soumise à la censure militaire comme l’exige toute publication liée à la sécurité nationale, est impressionnante. « Ce travail soulève le soupçon dérangeant de violations des lois humanitaires, explique l’avocat Michael Sfard, qui conseille l’ONG depuis dix ans. J’espère qu’il y aura un débat, mais j’ai peur qu’on parle plus du messager que du message. Les Israéliens sont de plus en plus autocentrés et nationalistes, intolérants contre les critiques. »

Environ un quart des témoins sont des officiers. Tous les corps sont représentés. Certains étaient armes à la main, d’autres dans la chaîne de commandement. Cette diversité permet, selon l’ONG, de dessiner un tableau des « politiques systémiques » décidées par l’état-major, aussi bien lors des bombardements que des incursions au sol. Ce tableau contraste avec la doxa officielle sur la loyauté de l’armée, ses procédures strictes et les avertissements adressés aux civils, pour les inviter à fuir avant l’offensive.

« Ce travail soulève le soupçon dérangeant de violations des lois humanitaires, explique l’avocat Michael Sfard, qui conseille l’ONG Breaking the Silence. J’espère qu’il y aura un débat »
Les témoignages, eux, racontent une histoire de flou. Au nom de l’obsession du risque minimum pour les soldats, les règles d’engagement – la distinction entre ennemis combattants et civils, le principe de proportionnalité – ont été brouillées. « Les soldats ont reçu pour instructions de leurs commandants de tirer sur chaque personne identifiée dans une zone de combat, dès lors que l’hypothèse de travail était que toute personne sur le terrain était un ennemi », précise l’introduction. « On nous a dit, il n’est pas censé y avoir de civils, si vous repérez quelqu’un, tirez ! », se souvient un sergent d’infanterie, posté dans le nord.

Les instructions sont claires : le doute est un risque. Une personne observe les soldats d’une fenêtre ou d’un toit ? Cible. Elle marche dans la rue à 200 mètres de l’armée ? Cible. Elle demeure dans un immeuble dont les habitants ont été avertis ? Cible. Et quand il n’y a pas de cible, on tire des obus ou au mortier, on « stérilise », selon l’expression récurrente. Ou bien on envoie le D-9, un bulldozer blindé, pour détruire les maisons et dégager la vue.

« Le bien et le mal se mélangent »
Un soldat se souvient de deux femmes, parlant au téléphone et marchant un matin à environ 800 mètres des forces israéliennes. Des guetteuses ? Un drone les survole. Pas de certitude. Elles sont abattues, classées comme « terroristes ». Un sergent raconte le « Bonjour Al-Bourej ! », adressé un matin par son unité de tanks à ce quartier situé dans la partie centrale du territoire. Les tanks sont alignés puis, sur instruction, tirent en même temps, au hasard, pour faire sentir la présence israélienne.

Beaucoup de liberté d’appréciation était laissée aux hommes sur le terrain. Au fil des jours, « le bien et le mal se mélangent un peu (…) et ça devient un peu comme un jeu vidéo », témoigne un soldat. Mais cette latitude correspondait à un mode opérationnel. Au niveau de l’état-major, il existait selon l’ONG trois « niveaux d’activation », déterminant notamment les distances de sécurité acceptées par rapport aux civils palestiniens. Au niveau 3, des dommages collatéraux élevés sont prévus. « Plus l’opération avançait, et plus les limitations ont diminué », explique l’ONG. « Nos recherches montrent que pour l’artillerie, les distances à préserver par rapport aux civils étaient très inférieures à celles par rapport à nos soldats », souligne Yehuda Shaul, cofondateur de Breaking the Silence.

Un lieutenant d’infanterie, dans le nord de la bande de Gaza, se souvient : « Même si on n’entre pas [au sol], c’est obus, obus, obus. Une structure suspecte, une zone ouverte, une possible entrée de tunnel : feu, feu, feu. » L’officier évoque le relâchement des restrictions au fil des jours. Lorsque le 3e niveau opératoire est décidé, les forces aériennes ont le droit à un « niveau raisonnable de pertes civiles, dit-il. C’est quelque chose d’indéfinissable, qui dépend du commandant de brigade, en fonction de son humeur du moment ».

Fin 2014, le vice-procureur militaire, Eli Bar-On, recevait Le Monde pour plaider le discernement des forces armées. « On a conduit plus de 5 000 frappes aériennes pendant la campagne. Le nombre de victimes est phénoménalement bas », assurait-il. A l’en croire, chaque frappe aérienne fait l’objet d’une réflexion et d’une enquête poussée. Selon lui, « la plupart des dégâts ont été causés par le Hamas ». Le magistrat mettait en cause le mouvement islamiste pour son utilisation des bâtiments civils. « On dispose d’une carte de coordination de tous les sites sensibles, mosquées, écoles, hôpitaux, réactualisée plusieurs fois par jour. Quand on la superpose avec la carte des tirs de roquettes, on s’aperçoit qu’une partie significative a été déclenchée de ces endroits. »

Treize enquêtes pénales ouvertes
L’armée peut-elle se policer ? Le parquet général militaire (MAG) a ouvert treize enquêtes pénales, dont deux pour pillages, déjà closes car les plaignants ne se sont pas présentés. Les autres cas concernent des épisodes tristement célèbres du conflit, comme la mort de quatre enfants sur la plage de Gaza, le 16 juillet 2014. Six autres dossiers ont été renvoyés au parquet en vue de l’ouverture d’une enquête criminelle, après un processus de vérification initial.

Ces procédures internes n’inspirent guère confiance. En septembre, deux ONG israéliennes, B’Tselem et Yesh Din, ont annoncé qu’elles cessaient toute coopération avec le parquet. Les résultats des investigations antérieures les ont convaincues. Après la guerre de 2008-2009 dans la bande de Gaza (près de 1 400 Palestiniens tués), 52 enquêtes avaient été ouvertes. La sentence la plus sévère – quinze mois de prison dont la moitié avec sursis – concerna un soldat coupable du vol d’une carte de crédit. Après l’opération « Pilier de défense », en novembre 2012 (167 Palestiniens tués), une commission interne a été mise en place, mais aucune enquête ouverte. Le comportement de l’armée fut jugé « professionnel ».

Voir par ailleurs:

“Good Kill”, ce film digne qu’Eastwood n’a pas signé

Aurélien Ferenczi
Cinécure

24/02/2015

L’unique statuette ramassée l’autre nuit par American Sniper, le dernier Clint Eastwood, a valeur de symbole : l’Oscar du meilleur montage son est allé comme une médaille du courage aux deux types qui ont passé de longues semaines à recueillir, puis à caler sur les images du film des bruits de fusils d’assaut, mitraillettes, fusils de chasse, lance-roquettes, grenades, etc. Des techniciens à l’ouïe fine, sans doute capables de différencier le son d’une balle amie à celui d’une balle ennemie…

Mais ce sont aussi les petits malins responsables (sous les ordres de Papy Clint) de la première faute de goût du film, impardonnable péché originel : dès la première seconde de projection, sur le logo de la Warner (pas encore passée sous contrôle qatari pourtant), une voix psalmodie « Allah Akbar ». Une prière qui ouvre clairement les hostilités, dit à qui on aura affaire, jouerait presque à faire peur. Pas très digne, vraiment…

American Sniper cartonne des deux côtés de l’Atlantique (plus d’un million de spectateurs en France au terme de sa première semaine d’exploitation) : les « eastwoodiens » de longue date s’en félicitent (à tous lessens du mot), sans s’apercevoir que c’est l’un des films les plus faibles de leur auteur-fétiche. Outre les libertés bien commodes qu’il prend avec la vraie biographie de Chris Kyle (un type assez malin pour penser que des séances de tir sont le meilleur remède au syndrome post-traumatique des soldats éclopés), le scénario alterne mécaniquement scènes de guerre banales – moins spectaculaires que celles de La Chute du Faucon noir, par exemple – et vie de famille troublée, montrée avec une finesse éléphantesque. Exemple : Intérieur jour. Chris Kyle est assis dans son fauteuil, inerte. La télévision est éteinte, mais il entend des rafales d’armes automatiques (merci les monteurs son). C’est comme s’il était encore à la guerre… Non, vraiment ? Difficile de reconnaître l’auteur de Josey Wales dans ces gros sabots bellicistes.

Eastwood parachute un héros américain dans une époque où le manichéisme n’est plus possible. Chacun sait qu’il n’y a plus de guerre propre et que le défi « à l’ancienne » que s’impose le héros eastwoodien – avoir la peau du sniper adverse, et puis rentrer chez lui – est pure fiction. L’impossibilité de l’héroïsme est au cœur d’un autre film sur les conflits d’aujourd’hui, qui sonne autrement juste. Good Kill, d’Andrew Niccol (le réalisateur de Bienvenue à Gattaca et Lord of War), qui sortira en France le 22 avril, raconte la guerre d’un type qui tue de très loin. Un ancien pilote de chasse de l’US Air force, désormais aux commandes de drones qu’il dirige à des milliers de kilomètres de distance.

Il agit depuis sa base de Las Vegas, au sein de petites cabines frappées d’extra-territorialité, des habitacles immobiles comme ceux des jeux vidéos, et il appuie sur le lance-roquettes quand les cibles se précisent. Quelles cibles ? C’est le problème, a fortiori quand la CIA s’en mêle, réquisitionnant les unités d’élite de l’armée pour éliminer des suspects : les drones survolent par exemple le Waziristan, au nord-ouest du Pakistan, et il faut obéir aux ordres, imaginer que ces villageois réunis sont bien des terroristes en puissance, et les éliminer, tant pis si des femmes ou des enfants sont dans la zone de tir.

Implacable et documenté, Good kill décrit avec précision les pratiques de l’armée américaine : par exemple, le principe de la double frappe. Vous éliminez d’un missile un foyer de présumés terroristes, mais vous frappez dans les minutes qui suivent au même endroit pour éliminer ceux qui viennent les secourir, et tant pis si ce sont clairement des civils. L’un des sommets du film est le récit d’une opération visant l’enterrement d’ennemis tués plus tôt dans la journée, la barbarie à son maximum – et on est sûr que Andrew Niccol, scénariste et réalisateur, n’a rien inventé. Bien sûr, à tuer quasiment à l’aveugle, ou sur la foi de renseignements invérifiables, on crée une situation de guerre permanente, et on fabrique les adversaires que l’on éliminera plus tard.

Le personnage joué par Ethan Hawke, avec autrement d’intensité que la bonhomie irresponsable de Bradley Cooper chez Eastwood, peut difficilement ne pas être traversé d’un trouble terrible – a fortiori en retrouvant sa femme et ses enfants le soir chez lui, juste après avoir détruit des familles dans la journée.

Good Kill est un film important parce qu’il montre pour la première fois le vrai visage des guerres modernes, et à quel point ont disparu les notions de patriotisme et d’héroïsme – que risque ce combattant plaqué à part de se détruire lui-même ? C’est aussi un réquisitoire courageux contre l’american way of life, symbolisée ici par Las Vegas, ville sans âme que les personnages traversent sur leur chemin entre base militaire et pavillon sinistre. Ce n’est pas un film d’anticipation. L’horreur que l’on fait subir aux victimes et, en un sens, à leurs bourreaux, c’est ici et maintenant. Une sale guerre, un sale monde.

Voir aussi:

Good Kill », un film édifiant sur l’utilisation des drones
Nicolas Schaller

L’Obs
26-04-2015
« Good Kill », c’est l’anti-« American Sniper ». Rencontre avec son réalisateur, Andrew Niccol

L’OBS. « Good Kill » suit un pilote de l’U.S. Air Force, interprété par Ethan Hawke, qui pilote des drones et bombarde le Moyen-Orient depuis une base de Las Vegas, à plus de 10.000 km.

Andrew Niccol. Tout ce que vous voyez dans le film est réel. L’utilisation militaire des drones a commencé après le 11-Septembre et n’a jamais cessé depuis. Les Républicains comme les Démocrates y sont favorables. Cela leur évite d’envoyer des soldats dans la zone de conflit. Les stations de contrôle des drones sont à l’intérieur de remorques. Avant, ces remorques étaient emmenées sur place par hélicoptère. Puis ils se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas besoin d’y être. « Good Kill » se déroule en 2010, année où les frappes de drones ont atteint des proportions jamais connues.

Une manière de dire aux familles : « nous n’envoyons pas vos enfants là-bas ».

– C’est sans danger. On ne voit pas revenir de cercueils.

En revanche, les morts de l’autre côté sont hasardeuses.

– Les drones sont très précis. Si vous voulez détruire tel immeuble, vous l’aurez sans problème. Reste à savoir si c’est le bon. Trois jours après son accession au pouvoir, Obama a ordonné une frappe sur un repaire taliban. Qui s’est avéré ne pas en être un. Neuf civils sont morts. Au moment où on tournait, l’armée américaine a accidentellement bombardé une cérémonie de mariage au Yémen. On en a à peine parlé aux infos. Ce n’était pas le premier mariage pris pour cible par erreur. Là-bas, la tradition veut que l’on tire des coups de feu durant la fête et il est arrivé à plusieurs reprises que les Américains prennent ça pour des attaques.

Avez-vous bénéficié du concours de l’armée américaine ?

– Non. Le film raconte une vérité trop dérangeante. Mais j’ai pu parler à d’ex-pilotes de drones tels que Brandon Bryant…

… lequel a déclaré dans les médias américains avoir tué plus de 1600 personnes. Cela n’a choqué personne ?

– Pas vraiment. Les Etats-Unis sont le seul pays où la guerre menée par drones est plus populaire que l’inverse. WikiLeaks m’a été très précieux : c’est le seul moyen de voir des images de frappes de drones. Grâce à Chelsea Manning [ex-analyste militaire condamnée en 2013 à 35 ans de prison pour avoir divulguer des documents classés Secret Défense, ndlr].

« Good Kill » se focalise sur les missions confidentielles menées par l’armée sous le commandement de la C.I.A.

– Je n’ai rien inventé. Comme on le voit dans mon film, l’armée américaine a délibérément bombardé un enterrement. La CIA ne fait plus dans l’espionnage mais dans l’assassinat. Depuis le 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, tout lui est permis. Mais comme elle n’a pas de pilotes, elle doit faire appel à l’armée. Bien sûr, l’assassinat est illégal aux Etats-Unis. Sauf qu’ils emploient des termes différents. Ils ont mis au point tout un lexique qui ferait bien rire George Orwell. Ils parlent d’ « auto-défense préventive ». Comme dans « Minority Report » : on tue le coupable présumé avant qu’il n’ait agi ! Il y a aussi la « frappe signature » qui consiste à tirer sur tout un groupe de gens dont vous ne connaissez pas forcément l’identité. Ils justifient cela par l’idée de « proportionalité ». Traduction : il est si important d’éliminer la personne ciblée que peu importe si on tue les types d’à côté. Et puis d’ailleurs, que font-ils là ? S’ils ne sont pas loin d’un terroriste, c’est qu’ils ne doivent pas être innocents.

On imagine les répercussions au Moyen Orient.

– Dans le film, j’ai choisi de ne montrer que le point de vue du drone, si j’ose dire, car c’est le seul à la portée du pilote qu’interprète Ethan Hawke. Une chose m’a marqué : aujourd’hui, les habitants des pays du Moyen-Orient où l’Amérique est en guerre détestent le ciel bleu. Ils sont heureux quand la météo se couvre : cela signifie que les drones ne peuvent pas voler. Cette guerre est une usine à terroristes. A chaque innocent qu’elle tue, l’armée américaine crée dix nouveaux terroristes.

Il est dit dans le film que la console de jeu X-Box a servi de modèle pour les drones. Vrai ?

– Oui, l’armée s’en est inspirée pour concevoir les joysticks de téléguidage. Elle ne veut plus de vrais pilotes, elle les embauche dans les salles d’arcades des centres commerciaux. Comme ce sont des civils, ils n’ont pas le droit d’actionner la bombe. Un officier doit être là pour appuyer sur le bouton de tir. Il y a une chose que je n’ai pas mise dans le film car cela n’aurait pas eu l’air crédible et pourtant, c’est vrai : des jeunes pilotes de drones m’ont raconté qu’après leur journée à tuer des talibans de derrière leur joystick, ils rentraient chez eux et jouaient aux jeux vidéo !

On imagine que la guerre menée avec des drones est moins onéreuse ?

– Un tir de drone coûte 68.000 $. C’est bien moins cher qu’un tir de jet. Un drone est très lent mais il peut tenir en l’air 24 heures d’affilée. On en produit davantage aujourd’hui que des jets. Et bientôt, il y aura des drones-jets. Le personnage d’Ethan Hawke souffre de ça. Il a grandi avec l’image de « Top Gun », rêvait d’être Tom Cruise dans le film et voilà à quoi il en est réduit.

Le syndrome de stress post-traumatique dont il souffre est très particulier.

– Parce qu’aucun soldat n’avait vécu cela jusqu’ici. Avant, on se rendait dans le pays avec lequel on était en conflit. Aujourd’hui, plus besoin : la guerre est télécommandée. Avant, le pilote prenait son jet, lâchait une bombe et rentrait. Aujourd’hui, il lâche sa bombe, attend dans son fauteuil et compte le nombre de morts. Il passe douze heures à tuer des talibans avant d’aller chercher ses enfants à l’école.

« J’ai tué six talibans cet après-midi et là, je rentre chez moi préparer un barbecue », dit le personnage d’Ethan Hawke à l’épicier auquel il achète sa bouteille de vodka quotidienne.

– Et le type croit qu’il blague. Le fait que les pilotes soient basés près du clinquant Las Vegas est obscène. Vous savez pourquoi ils ont choisi cette zone ?Parce que le paysage et les montagnes alentour ressemblent à ceux d’Afghanistan. Cela facilite l’entraînement.

L’héroïsme, la famille, le fantasme d’une Amérique gendarme du monde… « Good Kill » traite des mêmes sujets qu’ « American Sniper ». Jusqu’à sa fin ambiguë. Est-ce la version démocrate du film de Clint Eastwood ?

– Même pas : Obama est démocrate. Et l’emploi des drones a augmenté depuis qu’il est au pouvoir. Mon film parle de l’ »American sniper » ultime. J’ai juste tenté d’être honnête vis-à-vis du sujet. De montrer les choses telles qu’elles sont sans imposer une manière de penser. Il serait naïf de dire « je suis anti-drone ». Ce serait comme dire « je suis anti-internet ». Mais avec cette technologie, la guerre peut être infinie. Le jour où l’armée américaine quittera le Moyen-Orient, les drones, eux, y resteront.

Qu’avez-vous pensé d’ « American Sniper » ?

– J’ai pour règle de ne jamais m’exprimer sur les films des autres, mais son succès m’a un peu surpris. En fait, il est tombé pile au bon moment et a permis aux Américains de se sentir mieux vis-à-vis d’eux-mêmes. Mon « sniper » est très différent. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est sa schizophrénie. L’état-major américain était sur le point d’attribuer une médaille à certains pilotes de drones. Cela a soulevé un tel tollé de la part des vrais pilotes qu’ils ont abandonné l’idée. Ces médailles sont censées célébrer les valeurs et le courage. Comment les décerner à des types qui tuent sans courir le moindre danger ?

Je crains que « Good Kill » ne rencontre pas le même succès qu’ « American Sniper » aux Etats-Unis.

– Je n’en doute pas.

Votre film est moins roublard que celui d’Eastwood.

– Et c’est une petite compagnie indépendante qui le sort, pas la Warner.

Avez-vous utilisé de vrais drones lors du tournage ?

– On peut effectuer des prises de vue aériennes à l’aide de drones mais, étrangement, ils sont trop petits et pas assez stables pour soutenir une caméra de cinéma. J’ai donc utilisé un hélicoptère ainsi qu’une grue de 60 mètres en balançant légèrement la caméra pour donner l’impression qu’elle vole. J’ai aussi pas mal filmé les scènes extérieures au conflit, celles de la vie quotidienne du personnage à Las Vegas, d’un point de vue culminant, pour créer une continuité et un sentiment de paranoïa. Comme si un drone le suivait en permanence. Ou le point de vue de Dieu.

Salle de contrôle (Voltage Pictures / Sobini films)

« Truman Show », « S1m0ne », « Lord of War » : dans tous vos films, les hommes sont prisonniers de la technologie…

– L’interaction entre les humains et la technologie me passionne.

… Et un individu se retrouve doté du pouvoir d’un dieu.

– Dans « Bienvenue à Gattaca » aussi : la manipulation génétique, c’est jouer à être Dieu. J’ai toujours vu le personnage de Nicolas Cage dans « Lord of War » comme quelqu’un d’invincible. Je l’imaginais traversant un champ de bataille sans baisser la tête, inatteignable. C’est sa malédiction.

Vous aimez gratter les sujets qui fâchent ?

– Je suis sur la « watch list » des autorités américaines depuis « Lord of War ».

Comment le savez-vous ?

– Le FBI m’a rendu visite pour savoir pourquoi j’avais fait jouer un vrai trafiquant d’armes dans le film. Parce que le seul moyen d’obtenir un avion-cargo russe en Afrique est de passer par un trafiquant d’armes. Celui que l’on voit dans « Lord of War » transportait de vraies armes au Congo une semaine avant qu’on le filme rempli de fausses armes. L’équipage russe se foutait de moi en me disant : « Pourquoi t’es pas venu la semaine dernière, on t’en aurait filées des vraies ». Vous vous souvenez du plan avec tous les tanks ? Les cinquante ont été vendus à Kadhafi un mois plus tard.

Propos recueillis par Nicolas Schaller

Voir de même:

« Good Kill » : au temps des drones, un nouvel art de la guerre
Thomas Sotinel
Le Monde

21.04.2015

L’American Sniper de Clint Eastwood était capable d’abattre sa cible à plusieurs centaines de mètres de distance. Le major Tom Egan peut le faire à des milliers de kilomètres. Le major est un as de l’US Air Force, le descendant des pilotes de biplan de la première guerre mondiale, qui fascinaient les Howard, Hawks et Hughes, des héros que filmait John Ford pendant la bataille de Midway en 1942. Mais la vie de guerrier de Tom Egan n’a rien à voir avec celle de ses ancêtres chevaleresques, qui ne savaient jamais le matin s’ils reverraient un jour leur patrie. Le soir, quand le service est fini, le major du XXIe siècle pousse la porte de l’espèce de container dans lequel il a passé sa journée, marche jusqu’au parking, monte dans sa voiture et regagne la périphérie de Las Vegas, sa maison entourée d’un carré de pelouse aussi verte que le désert est poussiéreux. Tom Egan ne pilote plus d’avions depuis longtemps mais dirige des drones qui survolent l’Afghanistan, le Waziristan, le Yémen, la Somalie pour surveiller et punir les ennemis des Etats-Unis.

Andrew Niccol, le réalisateur de Good Kill, est fasciné par les mutations de l’humanité : l’intervention de la génétique dans la définition des rapports sociaux (Bienvenue à Gattaca), la mondialisation – vue à travers le commerce des armes (Lord of War). Ici, il se lance dans une entreprise presque impossible : la mise en scène de la guerre contemporaine, dont l’asymétrie repose sur la disparition physique de l’une des parties en présence, remplacée par des machines. Comme cette ambition s’accompagne d’un souci très américain d’offrir un spectacle correspondant au prix du billet, Good Kill n’est pas tout à fait le film analytique, froid et fascinant que l’on entrevoit lors des premières séquences.

Elles montrent Tom Egan (Ethan Hawke) abruti d’ennui, devant un écran qui offre des images d’une netteté et d’une platitude presque insupportables. On y voit des cours orientales dans lesquelles des gens sans intérêt vaquent à des occupations triviales. Une fois que le renseignement a assigné à ces silhouettes la qualité d’ennemi, Egan peut faire tomber la foudre sur elles. Ce processus clinique, à l’opposé de la fureur guerrière que chérit le cinéma, trouve sa contrepartie civile dans le paysage synthétique de Las Vegas que traverse le soldat pour rentrer chez lui.

Une volonté d’analyse froide
Ethan Hawke est parfait pour le rôle, trouvant un nouvel emploi à cette faille constitutive qui fait qu’on sait toujours qu’il ne sera pas le héros qu’on attendait. Ici, sa frustration d’ancien combattant de terrain (on suppose qu’il a mitraillé et bombardé en Irak et en Afghanistan) honteux de son travail de bourreau à distance qu’il ressent comme une espèce d’impuissance martiale.

Cette description clinique, photographiée avec un soin maniaque du détail et un refus admirable de l’esthétique habituelle des films situés à Las Vegas, est assez vigoureuse et singulière pour empêcher Good Kill de succomber à ses nombreux défauts. Telles les figures dramatiques usées – les disputes conjugales en écho aux drames guerriers (Ethan Hawke a pour épouse January Jones, qui incarne Betty Draper dans la série « Mad Men ») –, la galerie sommaire de stéréotypes qui entourent le major Egan à la base de l’US Air Force, répartis équitablement entre militaires soucieux de leur honneur et ruffians qui voient des ennemis partout.

Malgré ces maladresses (et une fin qui menace de saper le travail intellectuel qui a précédé), Good Kill reste un film passionnant, soulevant (parfois avec beaucoup de raideur) une bonne part des questions posées par les mutations de l’art de la guerre.

On voit les contrôleurs de drones se soumettre aux ordres des services secrets, on les voit tentés par la toute-puissance que leur confère ce pouvoir de voir et de tuer sans être vus ni menacés. Dans les moments où la mise en scène s’accorde avec cette volonté d’analyse froide, Good Kill devient comme une version réaliste de ce qui reste à ce jour le meilleur film d’Andrew Niccol, le cauchemar futuriste de Bienvenue à Gattaca : le portrait d’un monde dont l’homme a exclu sa propre humanité.
Film américain d’Andrew Niccol avec Ethan Hawke, January Jones, Zoë Kravitz (1 h 42).

Toronto: le drame de drones d’Andrew Niccol

Thomas Sotinel

10 septembre 2014

« Good Kill », c’est l’interjection qu’éructent les pilotes de drones une fois leur objectif détruit. Coincés à l’intérieur d’une espèce de caravane, dans le désert du Nevada, ils contrôlent à distance de petits avions sans pilotes qui frappent sans relâches les ennemis des Etats-Unis, en Afghanistan, au Waziristan, au Yemen. Good Kill, le film, raconte le voyage dans la folie d’un ces pilotes, incarné par Ethan Hawke, qui n’arrive pas à faire le deuil de la guerre, la vraie, celle qui révèle la vérité d’un homme.

Ethan Hawke dans Good Kill, d’Andrew Niccol
Andrew Niccol a présenté son film à la Mostra, comme vous l’avez peut-être lu sur ce site. Je ne partage pas la répulsion de ma camarade vénitienne, au contraire. De Bienvenue à Gattaca en Lord of War, Niccol a toujours mis en scène avec précision l’interaction entre l’homme et les machines qu’il crée. Il est peut-être moins à l’aise lorsqu’il s’agit de filmer les relations entre humains, mais comme l’essentiel de Good Kill est consacré à ces machines invisibles dont les victimes n’apprennent la présence qu’au moment exact de leur mort, ce n’est pas très grave.

Pour l’instant, le film n’a pas trouvé de distributeur en France. En attendant, voici ce que le réalisateur a à en dire.

Qu’est ce qui vous a intéressé dans les drones?

J’étais plus intéressé par le personnage, par cette nouvelle manière de faire la guerre. On n’a jamais demandé à un soldat de faire ça. De combattre douze heures et de rentrer chez lui auprès de sa femme et de ses enfants, il n’y a plus de sas de décompression.

Vous avez imaginé la psychologie de ces pilotes?

J’ai engagé d’anciens pilotes de drones comme consultants, puisque l’armée m’avait refusé sa coopération. J’en aurais bien voulu, ç’aurait été plus facile si on m’avait donné ces équipements, ces installations. J’ai dû les construire.

Vous pensez que ce souci de discrétion, de secret même, fait partie la stratégie d’emploi des drones?

Oui, je me suis souvenu aujourd’hui d’une conférence de presse du général Schwartzkopf pendant la première guerre d’Irak, il avait montré des vidéos en noir et blanc, avec une très mauvaise définition, de frappes de précision et on voyait un motocycliste échapper de justesse à un missile. Il l’avait appelé « l’homme le plus chanceux d’Irak ». On le voit traverser un pont, passer dans la ligne de mire et sortir du champ au moment où le panache de l’explosion éclot. Aujourd’hui on sait qu’il existe une vidéo pour chaque frappe de drone, c’est la procédure. Mais on ne les montre plus comme au temps du général Schwartzkopf. Expliquez-moi pourquoi.

Je préfèrerais que vous le fassiez.

Je vais vous dire pourquoi. Les humains ont tendance à l’empathie – et même si vous êtes mon ennemi, même si vous êtes une mauvaise personne, si je vous regarde mourir, je ressentirai de l’empathie. Ce qui n’est pas bon pour les affaires militaires.

Vous pensez que l’emploi des drones permet de surmonter cet inconvénient?

Je crois que ça a tendance à insensibiliser. On n’entend jamais une explosion, on ne sent jamais le sol se soulever. On est à 10 000 kilomètres.

Il doit y avoir plusieurs bases de pilotages de drones aux Etats-Unis, pourquoi avez vous situé celle du film près de Las Vegas?

L’armée l’a mise là pour des raisons de commodité: les montagnes autour de Las Vegas ressemblent à l’Afghanistan, ce qui permet aux pilotes de drones à l’entraînement de se familiariser avec le terrain. Ils s’exercent aussi à suivre des voitures.

« Good Kill », par Andrew Niccol, en salles actuellement

« The Good Kill » à la Mostra de Venise : le film américain de trop
Isabelle Regnier (Venise, envoyée spéciale)

Le Monde

06.09.2014

(…)

LA QUESTION DES DRONES

Mais il a fallu attendre vendredi 5 septembre pour découvrir, en compétition, le plus problématique des films américains. Très attendu, The Good Kill d’Andrew Niccol (auteur du très élégant Bienvenue à Gattacca, et du plus englué Master of War) promettait d’interroger la question hautement politique et morale des drones, en suivant un ancien pilote de chasse reconverti en pilote à distance de ces machines meurtrières.

Le film est si mauvais qu’on peine à y croire. À partir d’un scénario qui lorgne du côté de la série Homeland (malaise du pilote de guerre de retour dans la vie civile, cynisme de la CIA, suprématie de la raison d’Etat dans la guerre contre le terrorisme…), Andrew Niccol met en scène des personnages sans épaisseur, sans qualité. Enveloppe vide qui tire la gueule du début à la fin du film, celui d’Ethan Hawke est défini par les rasades de vodka qu’il s’envoie en douce dans la salle de bains ; déambulant en robe cocktail et talons aiguilles dans son pavillon de la banlieue de Las Vegas comme si elle n’était pas tout à fait sortie de la série Mad Men, sa femme, interprétée par l’actrice January Jones, répète en boucle la même réplique : « tu as l’air d’être à des kilomètres… » ; quant à la jeune Zoe Kravitz, qui restera peut-être dans l’histoire comme la femme officier la plus sexy de toute l’histoire de l’armée, elle s’adonne, faute d’avoir plus intéressant à faire, à un festival de moues boudeuses qui pourrait lui valoir un prix dans un festival un peu en pointe. Le reste – monologues didactiques sur l’enjeu militaire et moral des drones, dialogues téléphonés, blagues pas drôles, musique de bourrin – est à l’avenant.

CRITIQUE COSMÉTIQUE

Ce qui pose vraiment problème n’est toutefois pas d’ordre artistique, mais politique. Paré des oripeaux de la fiction de gauche, The Good Kill s’inscrit pleinement (comme le faisait la troisième saison de « Homeland ») dans le paradigme de la guerre contre le terrorisme telle que la conduisent les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Les Afghans ne sont jamais représentés autrement que sous la forme des petites silhouettes noires mal définies, évoluant erratiquement sur l’écran des pilotes de drones qui les surveillent. La seule action véritablement lisible se déroule dans la cour d’une maison, où l’on voit, à plusieurs reprises, un barbu frapper sa femme et la violer. C’est l’argument imparable, tranquillement anti-islamiste, de la cause des femmes, que les avocats de la guerre contre le terrorisme ont toujours brandi sans vergogne pour mettre un terme au débat.

La critique que fait Andrew Niccol, dans ce contexte, de l’usage des drones ne pouvait qu’être cosmétique. Elle est aussi inepte, confondant les questions d’ordre psychologique (comment se débrouillent des soldats qui rentrent le soir dans leur lit douillet après avoir tué des gens – souvent innocents), et celles qui se posent sur le plan du droit de la guerre (que Grégoire Chamayou a si bien expliqué dans La Théorie du drone, La Fabrique, 2013), dès lors que ces armes autorisent à détruire des vies dans le camp adverse sans plus en mettre aucune en péril dans le sien. Si l’ancien pilote de chasse ne va pas bien, explique-t-il à sa femme, ce n’est pas parce qu’il tue des innocents, ce qu’il a toujours fait, c’est qu’il les tue sans danger.

RÉDEMPTION AHURISSANTE

Pour remédier à son état, s’offre une des rédemptions les plus ahurissantes qu’il ait été donné à voir depuis longtemps au cinéma. S’improvisant bras armé d’une justice totalement aveugle, il dégomme en un clic le violeur honni, rendant à sa femme, après un léger petit suspense, ce qu’il imagine être sa liberté. La conscience lavée, le pilote peut repartir le cœur léger, retrouver sa famille et oublier toutes celles, au loin, qu’il a assassinées pour la bonne cause.

Good Kill
Thriller réalisé en 2014 par Andrew Niccol
Avec Ethan Hawke , Stafford Douglas , Michael Sheets …
Date de sortie : 22 avril 2015

Good Kill – Bande Annonce VOST
SYNOPSIS
Le commandant Tom Egan est un ancien pilote de chasse de l’US Army qui, après de nombreuses missions sur le terrain, se retrouve en service dans une petite base du Nevada où il s’est reconverti en pilote de drones, des machines meurtrières guidées à distance. Derrière sa télécommande Tom opère ses missions douze heures par jour : surveillance des terrains à risque, protection des troupes et exécution des cibles terroristes. Mais de retour chez lui, ses relations avec sa famille sont exécrables. Progressivement confronté à des problèmes de conscience, Tom remet bientôt sa mission en question…

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 22/04/2015

Pour

Un héros américain déchu : pilote de chasse, le commandant Tommy Egan ne fait plus voler que des drones. Enfermé dans un conteneur banalisé, sur une base militaire près de Las Vegas, son écran de contrôle lui montre la Terre, quelque part au Moyen-Orient, filmée de si haut qu’elle en devient presque abstraite. Mais pas pour lui. On lui ­désigne des cibles à bombarder, il voit des humains qu’il doit détruire. Et ça le détruit, comme l’alcool dont il abuse… Il est beau, ce personnage, cet oiseau blessé interprété par Ethan Hawke avec un désenchantement fiévreux digne de Montgomery Clift. Pour mener la guerre d’aujourd’hui, technologique et furtive, il faudrait que le commandant Egan devienne lui-même une machine. Au lieu de quoi, il résiste, pense, souffre. Le film trouve là une dimension mentale séduisante et pleine de tension. Car les états d’âme du militaire surgissent dans une réalité qui semble simplifiée, géométrique, comme les maisons du lotissement où il vit avec sa famille.

La superbe mise en scène d’Andrew Niccol donne toute sa complexité au personnage. Filmé à plusieurs reprises avec un crucifix derrière lui, accroché au mur de la chambre à coucher, il est désigné comme un croyant possible. En tout cas, un homme honnête qui veut rester fidèle à sa femme — alors que tout le pousse vers une charmante collègue — et à son idée du bien. Les autres pilotes de drones, après avoir fait feu, s’exclament « Good kill ! » (« en plein dans le mille ! »). Pour lui, cette logique entre le « good » et le « kill » soulève des interrogations morales. Nobles, assurément, mais qui, dans ce monde explosif et martial, passent par la violence. La guerre, c’est ça. — Frédéric Strauss

Contre

La guerre moderne qui transforme les soldats en snipers de jeux vidéo : un sujet en or pour le réalisateur de Bienvenue à Gattaca et Lord of war. Hélas, Andrew Niccol accumule les archétypes : l’ancien pilote, partagé entre le devoir et la cul­pabilité, sa collègue féminine qui verse une larme en gros plan en appuyant sur le bouton de la mort, le ­supérieur galonné qui débite des discours lourdement explicatifs… Dans American Sniper, Clint Eastwood filmait un homme formé à obéir et à tuer sans chercher à définir ce qu’est un « bon » ou un « mauvais » soldat. Andrew Niccol, lui, s’arroge ce droit et plonge dans la complaisance. Pendant tout le film, il prépare le terrain, il montre plusieurs fois, sur l’écran de contrôle, un salaud, un violeur, la pire des ordures. Enfin une cible que le sniper pourra dégommer sans remords — depuis son scénario du Truman Show, il n’a qu’une obsession : l’homme qui se prend pour Dieu. Mais à aucun moment, ici, il ne condamne le geste de ce soldat qui, à force d’exercer le droit de vie et de mort à distance, se change en justicier. Le film réquisitoire contre la sale guerre devient, dès lors, un thriller qui crée le malaise et met en rage. — Guillemette Odicino

Frédéric Strauss;Guillemette Odicino

Ethan Hawke et Andrew Niccol
« Good Kill », une drone de guerre
Ethan et Andrew posent pour Paris Match. © Patrick Fouque
Le 23 avril 2015 | Mise à jour le 23 avril 2015
Christine Haas

Dans «Good Kill», tuer à distance provoque des dégâts qui n’ont rien de virtuel…

«Good Kill ! » est la phrase glaçante que prononce le pilote de drone en atteignant sa cible quelque part en Afghanistan, à 11 000 kilomètres de la base militaire de Las Vegas où il « combat » douze heures par jour, installé dans un compartiment climatisé. Semblable à l’œil de Dieu, sa caméra voit tout lorsqu’elle descend du ciel : la femme qui se fait violer par un taliban sans qu’il puisse intervenir, les marines dont il assure la sécurité durant leur sommeil, mais aussi l’enfant qui surgit à vélo là où il vient d’envoyer son missile…

Face à cette inconfortable vérité, l’armée américaine n’a pas soutenu le projet du subversif Andrew Niccol, qui avait déjà agacé avec sa leçon de géopolitique dans « Lord of War ». Pour son scénario, le cinéaste s’est nourri des conseils d’anciens pilotes de drone. « Je voulais montrer que plus on progresse technologiquement, plus on régresse humainement, explique-t-il. Derrière sa télécommande, le pilote n’entend rien, ne sent pas le sol trembler, ne respire pas l’odeur de brûlé… Il fait exploser des pixels sans jamais être dans le concret de la chair et du sang. »

Dans cet univers orwellien où toutes sortes d’euphémismes – « neutraliser », « incapaciter », « effacer » – sont utilisés pour éviter de prononcer le mot « tuer », le décalage entre la réalité et le virtuel prend encore plus de sens quand on apprend que les très jeunes pilotes de drone sont repérés dans les arcades de jeux vidéo. D’autres, comme l’ancien pilote de chasse interprété par Ethan Hawke, culpabilisent d’être si loin du danger. « Il combat les talibans tout l’après-midi, explique l’acteur, puis il rentre chez lui, passe la soirée en famille et, le lendemain matin, retourne faire la guerre. Sa psychose traumatique s’accentue lorsqu’il se demande si l’Amérique ne suscite pas plus le terrorisme qu’elle ne l’éradique. C’est la triste possibilité d’une guerre sans fin qui semble se dessiner… »

«Good Kill», en salle actuellement.

Voir encore:

« Good Kill », les drones noyés sous le pathos
Andrew Niccol fait mine de s’attaquer aux questions posées par la suprématie technologique de l’armée américaine, mais déçoit avec un film caricatural.
La Croix
21/4/15

GOOD KILL

d’Andrew Niccol Film américain, 1 h 42

Présenté lors de la dernière Mostra de Venise, au mois de septembre 2014, Good Kill avait, sur le papier, de quoi retenir l’attention. D’abord pour son thème – l’utilisation massive de drones par l’armée américaine –, encore très peu exploité par le cinéma hollywoodien.

Ensuite pour la personnalité de son réalisateur, Andrew Niccol, scénariste de The Truman Show à ses débuts, à qui l’on doit un film d’anticipation très réussi, Bienvenue à Gattaca (1998), mais aussi Simone (2002), Lord of War (2005), Les Ames Vagabondes (2013)…

Autant de longs-métrages qui, s’ils ne révèlent pas à toute force la personnalité d’un auteur, proposent de réfléchir par-delà le simple divertissement. Dans le cas présent, il faut hélas déchanter.

Voici donc l’histoire du commandant Tommy Egan (Ethan Hawke), pilote de chasse de l’armée de l’air américaine, affecté au guidage de drones en attendant de retrouver une affectation digne de son rang. Depuis sa base située dans les environs de Las Vegas, avec des horaires de fonctionnaire, il traque les Talibans afghans à l’aide de ces aéronefs sans équipage, concentrés de technologies censés permettre des « frappes chirurgicales ».

Supportant mal de délivrer la mort sans être lui-même engagé physiquement, Tommy Egan vit des heures d’autant plus difficiles que les services secrets américains s’immiscent souvent dans son travail, désignant des cibles sans donner de raisons et faisant peu de cas des éventuels dommages collatéraux.

Le questionnement moral du soldat se trouve décuplé par la toute-puissance et l’omniscience dont il semble jouir derrière ses manettes. Son malaise, son impuissance à agir, l’incitent à se transformer en justicier solitaire, en dépit de sa hiérarchie et des procédures d’encadrement existantes.

Un scénario caricatural

Good Kill ne fait pas longtemps illusion : si le sujet autorisait une réflexion intéressante sur la guerre technologique, ses risques et limites, le scénario se charge de la caricaturer et de l’étouffer sous une épaisse couche de pathos.

Le pilote de drone cache ses bouteilles de vodka et, incapable de s’extraire de ses obsessions, voit son couple et sa famille se déliter sous ses yeux. Sempiternelle rengaine. Hollywood, dont on connaît la capacité à s’emparer du réel, donne ici plutôt l’impression de faire du vieux avec du neuf. La portée critique du film s’en trouve considérablement réduite.

Voir enfin:

«Charlie Hebdo»: un chef d’al-Qaïda tué par un drone au Yémen
RFI
07-05-2015

Nasser bin Ali al-Ansi avait revendiqué l’attentat de «Charlie Hebdo» en janvier 2015. AFP PHOTO / HANDOUT / SITE Intelligence Group
Un haut responsable d’al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a été tué par un tir de drone américain au Yémen. L’information est donnée par l’organisation elle-même, selon le centre américain de surveillance des sites islamistes. Nasser al-Ansi est connu pour avoir revendiqué l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier en France.

Nasser al-Ansi, stratège militaire du réseau extrémiste, était apparu dans plusieurs vidéos d’Aqpa. C’est lui qui, le 14 janvier, affirmait que son groupe avait mené, par l’intermédiaire des frères Kouachi, la tuerie de Charlie Hebdo une semaine plus tôt, pour « venger » Mahomet, caricaturé par le journal satirique français. L’homme est aussi connu pour ses discours faisant l’apologie des attaques en Europe et aux Etats-Unis. Il avait rendu Barack Obama responsable de la mort de deux otages occidentaux que son groupe détenait, lors d’une tentative de libération.

La mort d’Ansi a été annoncée par un responsable d’Aqpa, Abou al-Miqdad al-Kindi dans une vidéo diffusée sur Twitter, selon SITE. Le centre américain de surveillance des sites islamistes précise que « selon des informations de presse, Ansi a été tué par un raid de drone à Moukalla, une ville du gouvernorat du Hadramout au Yémen, en avril avec son fils et six autres combattants ». Le Pentagone, comme à l’habitude, n’a pas souhaité commenter ces informations.

Selon une biographie fournie en novembre 2014 par Aqpa, Nasser ben Ali al-Ansi est né en octobre 1975 à Taëz, au Yémen. Il a participé au « jihad » en Bosnie en 1995, avant de retourner au Yémen puis de se rendre au Cachemire et en Afghanistan. Il avait rencontré Oussama ben Laden qui l’avait chargé de questions administratives, avant de participer à davantage de camps d’entraînement où il avait excellé. Il a été emprisonné six mois au Yémen puis avait rejoint Aqpa en 2011.

Sa mort, pour laquelle Washington offrait une récompense de cinq millions de dollars, est un coup réel porté à l’organisation, qui a profité de la guerre civile au Yémen pour reprendre des positions. Cela signifie aussi que le Pentagone a continué de recevoir des informations en provenance de ce pays malgré la crise, et le retrait de ses marines.

2 commentaires pour Good kill: Attention, un pilote de drones peut en cacher un autre (No kill lists and Terror Tuesdays, please, we’re Hollywood)

  1. jcdurbant dit :

    Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain.

    Le Monde

    Et voilà ça commence:

    China’s military plans to produce nearly 42,000 land-based and sea-based unmanned weapons and sensor platforms as part of its continuing, large-scale military buildup, the Pentagon’s annual report on the People’s Liberation Army (PLA) disclosed Friday.

    Free beacon

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    En cinq mois, les drones américains ont tué 90% de civils plutôt que des terroristes
    L’Express avec AFP
    16/10/2015

    En luttant à l’étranger contre le terrorisme, les Etats-Unis frapperaient parfois à l’aveuglette, quitte à tuer des innocents.

    Un site d’investigation publie des documents édifiants sur les méthodes des Etats-Unis lors d’opérations extérieures. Ils montrent que l’administration a sous-estimé le nombre de civils tués avec ses drones, notamment en Afghanistan.

    « La machine à tuer. » Voilà le titre d’un dossier publié jeudi par le site d’investigation The Intercept et qui est accablant pour les Etats-Unis. Basé sur une série de documents secrets, remis par un professionnel du renseignement américain, il montre que les pertes civiles liées aux frappes de drones américaines sur les terrains d’opérations extérieures sont sous-estimées par l’administration. Alors même que ces attaques visent normalement des extrémistes identifiés.

    Les documents font référence, par exemple, aux ratés de l’opération Haymaker, lancée dans le nord-est de l’Afghanistan entre janvier 2012 et février 2013. Les drones des forces spéciales américaines y ont tué plus de 200 personnes, dont seulement 35 étaient les cibles visées.
    Des victimes civiles qualifiées de « combattants »

    Sur une sous-période de cinq mois pendant cette opération, 90% des personnes tuées n’étaient pas des personnes visées, poursuit The Intercept. Les documents montrent aussi que les militaires américains ont désigné ces victimes dans leurs statistiques comme des « ennemis tués au combat ». Qualifier ces hommes de combattants, sauf preuve du contraire, est « folle », estime le professionnel du renseignement cité par le site. Celui qui est qualifié de « lanceur d’alerte » poursuit: « Mais nous nous sommes habitués à cela. Les agences de renseignement, le JSOC (forces spéciales américaines procédant aux frappes), la CIA (qui effectue aussi des frappes de drones), et tous ceux qui aident et soutiennent ces programmes, ils n’ont pas de problème avec ça ».

    Interrogé jeudi sur cette enquête, le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest a estimé que le président Obama tentait d’être « aussi transparent que possible sur les opérations antiterroristes » dans le monde. « Et le fait que ces opérations vont très loin pour éviter les victimes civiles », a-t-il ajouté, « c’est un contraste assez saisissant avec des organisations comme les talibans qui clairement mènent des opérations contre des civils innocents, dans une stratégie coordonnée pour fomenter la violence et les troubles ».
    « Des pouvoirs divins »

    Dans son enquête foisonnante, The Intercept détaille également les rouages du processus de décision de la machine bureaucratique, avant une élimination par drone. Le site présente ainsi les « cartes de base-ball » créées par les professionnels du renseignement, sur le modèle des cartes que s’échangent les passionnés de sport sur leurs joueurs préférés.

    Un portrait de la cible, la menace qu’elle représente pour les Etats-Unis, ses liens avec d’autres extrémistes… Tout est cela combiné à des renseignements opérationnels dans un dossier qui voyagera jusqu’au bureau du président Obama, pour qu’il donne son feu vert à la frappe. Un processus qui, selon la source aux renseignements du site, font croire aux personnes qui choisissent les cibles d’avoir des « pouvoirs divins ».

    Une fois lancé, le processus d’autorisation par le président prend en moyenne 58 jours. Le feu vert est ensuite valable pour 60 jours.

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