Impression express: Le futur était déjà là et nous ne le savions pas ! (Any title printed while you wait: France belatedly discovers print on demand)

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L-Espresso-Book-machine-exposee-Salon-livre-Paris-mars-2015_0_730_450Le futur est déjà là – il est juste encore inégalement réparti. William Gibson
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles. William Gibson
What we call technology in our science is almost always emergent technology. … They don’t mean the technology we’ve had for 50 years, which has already changed us more than we’re capable of knowing. When I say technology, I’m sort of thinking of the whole anthill we’ve been heaping up since we came out of the caves, really. So we’re living on top of a quite randomly constructed heap of technologies that were once new, and that now we don’t even think of as technology. People think technology is something we bring home in a box from some kind of future shop.(…) When I watch my work sort of travel down the timeline of the real future, I just see it acquiring that beautiful, absolutely standard patina of wacky quaintness that any imaginary future will always acquire. That’s where your flying car and your food pills all live — and all the other stuff they promised our parents. (…) I’ve been writing stuff set in the 21st century since 1981. Now that I’ve actually arrived into the 21st century the hard way, the real 21st century is so much wackier and more perverse than anything I’ve been able to make up. I wake up in the morning, look at the newsfeed on my computer and away I go. William Gibson
L’Etat islamique n’est pas le premier groupe jihadiste coupeur de têtes. Son ancêtre, Al-Qaïda en Irak, a décapité de nombreux otages dans les années 2000, tout comme le Groupe islamique armé (GIA) algérien dans les années 1990. Outre l’objectif d’inspirer la terreur par un acte barbare, la décapitation a des motivations historiques et religieuses. Comme l’expliquait Jeune Afrique en 2004, elle fait partie de l’histoire de l’islam, avec notamment plusieurs intellectuels décapités au Xe siècle. On trouve également sa trace dans deux sourates du Coran (8, verset 12 et 47, verset 4) où il est conseillé de frapper ses adversaires au cou. Francetvinfo
Le CRC a en outre dénoncé les nombreux cas d’enfants, notamment appartenant à des minorités, auxquels l’Etat islamique a fait subir des violences sexuelles et d’autres tortures ou qu’il a purement et simplement assassinés. Le CRC rapporte « plusieurs cas d’exécutions de masse de garçons, ainsi que des décapitations, des crucifixions et des ensevelissements d’enfants vivants ». Les enfants de minorités ont été capturés dans nombre d’endroits, vendus sur des marchés avec sur eux des étiquettes portant des prix, ils ont été vendus comme esclaves », poursuit le rapport du CRC. (…) Le comité a toutefois souligné que certaines violations des droits des enfants ne pouvaient être attribuées aux seuls djihadistes. De précédents rapports relevaient ainsi que des mineurs étaient obligés d’être de faction à des postes de contrôle tenus par les forces gouvernementales ou que des enfants étaient emprisonnés dans des conditions difficiles à la suite d’accusations de terrorisme, et dénonçaient également des mariages forcés de fillettes de 11 ans. Une loi permettant aux violeurs d’éviter toute poursuite judiciaire à condition de se marier avec leurs victimes s’est particulièrement attirée les foudres du CRC, qui a rejeté l’argument des autorités de Bagdad selon lesquelles c’était « le seul moyen de protéger la victime des représailles de sa famille ». Le Nouvel Observateur
Il pourrait être un savant fou. Mais Sergio Canavero est neurochirurgien à l’université de Turin, spécialiste de la stimulation cérébrale. Son projet est pourtant incroyable : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre !  « Une folie qui permettrait aux tétraplégiques de marcher, dit-il, et aux cerveaux les plus brillants de ne jamais  disparaître… » Paris Match
Je pratiquerai une découpe de la moelle épinière particulièrement nette, à l’aide de lames beaucoup plus tranchantes et précises que celles utilisées auparavant. Ensuite, pour que le sujet greffé puisse retrouver toutes ses facultés motrices, nous appliquerons du PEG-chitosane sur les extrémités de la moelle, restaurant ainsi 30 % à 60 % des fibres. C’est suffisant pour la motricité.(…) Des personnes souffrant de graves dysfonctionnements neuromusculaires ou des malades au stade initial d’Alzheimer. Cette opération leur serait utile car il semble que les tissus neufs du corps peuvent avoir un effet rajeunissant sur ceux de la tête par le simple biais de la circulation sanguine. (…) Il me faut deux ans pour coordonner une équipe d’environ 100 à 150 chirurgiens, anesthésiologistes, techniciens et infirmières. J’évalue une transplantation de tête à 10 millions d’euros. Une somme considérable que gagnent chaque année certains footballeurs… (…) Mes recherches pourraient sauver des personnes. Et notre expérience ouvre la possibilité de la vie éternelle. La vraie question éthique serait plutôt : à qui donner accès à cette vie éternelle ? Que se passerait-il si un vieux milliardaire réclamait un nouveau corps ? Les médecins se serviraient-ils dans les prisons, comme c’est déjà le cas pour certains organes ? Des questions qu’il vaut mieux poser dès à présent. (…) Nombreux sont les neurologues qui pensent, comme moi, que le cerveau n’est qu’un filtre, que la conscience est ­générée ailleurs. Des transferts de souvenirs ont été observés à l’occasion d’une greffe de cœur ! Sergio Canavero
Techniquement, c’est faisable. Mis à part le rétablissement de la continuité de la moelle épinière sectionnée. Mais éthiquement, ce projet me paraît difficile. On est dans le même domaine que pour la greffe du visage. Ce n’est pas une transplantation d’un rein ou du pancréas. On touche ici à des choses qui définissent la personne humaine. (…) Le questionnement éthique doit venir avant la démarche technique. Au moins aller de pair. La science qui avance sans éthique relève du fascisme. (…) Je n’y ai pas réfléchi profondément mais cela pousse la science très loin. A force de se prendre pour Dieu, on finit par créer des monstres. Je ne pense pas que l’on soit censé vivre indéfiniment. C’est mon point de vue d’homme. Sur le plan médical, c’est probablement faisable. Avec le bémol de la repousse de la moelle, l’hypothèse de Canavero, encore jamais prouvée sur l’homme, ne sera pas possible avant 20-30 ans. Dr Sorin Aldea (Neurochirurgien, hôpital Foch, Suresnes)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
La pointe d’un obus plantée dans l’œil de la Lune. Il aura suffi de cette image pour faire du Voyage dans la Lune le film muet le plus célèbre de l’histoire du cinéma. (…) cet œil rendu borgne par des spationautes conquérants est inscrit dans le patrimoine collectif. Les quatorze minutes de ce qui en son temps (1902) a été le plus long film jamais réalisé jusque-là, resurgissent aujourd’hui, dans une version coloriée qu’on croyait perdue à jamais. Ce retour, visible désormais en DVD, tient du miracle. Il est en partie le fruit d’aléas qui ont révélé l’existence de la bobine, et le résultat de l’acharnement d’une poignée de passionnés têtus, qui ont travaillé pendant de longues années pour réanimer une œuvre moribonde. (…) « Il faut penser qu’à cette même époque il fallait entre 15 et 20 minutes pour saisir avec précision chaque image. Le Voyage dans la Lune en compte 13 795. A ce rythme, il nous aurait fallu dix ans pour venir à bout de la restauration.» Alors, en attendant des temps plus propices et des moyens appropriés, l’opération est mise en jachère. Elle est définitivement relancée en 2010, sept ans plus tard. De nouveaux ­logiciels ont fait leur apparition entre-temps. Les ingénieurs en audiovisuel peuvent donc se pencher sur le cas Méliès. (…) En 2011, le nouveau Voyage dans la Lune est enfin prêt. (…) L’ultime étape de la restauration, celle décisive, a entraîné des coûts que Serge Bromberg chiffre à environ 500 000 euros. «Il faut encore ajouter tout le travail en aval, réalisé depuis 1999. Il n’a comporté aucun échange d’argent. Tout a été fait à l’énergie, dans un élan passionné. Mais on peut estimer le budget de l’opération à 1 million d’euros. » Le Temps
Il devient possible de rematérialiser tout ce qui est dématérialisé sur Internet, comme votre mur Facebook qu’on pourra imprimer en dos carré collé ! Hubert Pédurand
Cette machine compacte, de 2 m2 d’empreinte au sol, réalise les mêmes opérations qu’une imprimerie classique. Elle imprime le corpus de pages, façonne et colle la couverture. Pour produire un livre de 200 pages, il faut compter environ cinq minutes. (…) Une application sur smartphone permettra de choisir un livre dans un catalogue. Il sera imprimé à proximité (grâce à la géolocalisation) et sera livré à domicile ou retiré chez le libraire de son choix.  (…) On vend un livre avant de l’imprimer alors qu’actuellement, on imprime un livre en espérant qu’il soit vendu. Chaque année en France, 118 millions d’exemplaires partent au pilon. (…)  Il y a 70 000 à 80 000 nouvelles éditions par an. Les libraires ne peuvent pas tout avoir en stock. Par ailleurs, 20 % des livres réalisent 80 % du chiffre d’affaires. Les autres manquent de visibilité. Hubert Pédurant (consultant à l’UNIC)
C’est une grande opportunité pour tous. J’ai été surpris par la qualité de l’accueil. Certaines personnes préféraient avoir le livre imprimé devant eux plutôt que déjà publié pour pouvoir le personnaliser, par exemple. Frédéric Mériot (PUF)
Tout le monde est très excité par rapport à cette technologie. Certaines personnes qui ont essayé sans succès les circuits de publication traditionnels viennent ici pour imprimer eux-mêmes leurs ouvrages. Ils sont heureux d’avoir pu trouver le moyen de faire entendre leur voix. Margaret Harrang (employée de McNally Jackson)
Le coût conséquent de la machine, 80 000 euros, ne permettra pas à toutes les librairies d’en faire l’acquisition, mais Frédéric Mériot assure que ce ne sera pas nécessaire. Les librairies pourraient louer la machine et reverser un pourcentage des ventes. Une autre solution, compte tenu de la taille imposante de l’Expresso Book Machine, serait la mise en place d’un réseau permettant aux libraires d’être livrés en quelques heures sans avoir à accueillir la machine dans leurs locaux. L’Orient le jour

Le futur était déjà là et nous ne le savions pas !

Impression à la demande, personnalisabilisation à l’unté ou en très petites séries , encombrement réduit (2 m2 d’empreinte au sol), quasi-suppression des dépenses de transport et de stockage, fin du gaspillage, livraison quasi-instantanée (5 minutes contre 48 h pour Amazon), accès direct au consommateur, remise sur le marché d’ouvrages épuisés depuis parfois des dizaines d’années, rentabilisation de milliers de titres jusque-là voués au pilon (30 000 chaque année), retour du client dans les librairies, revanche du papier sur le numérique, rematérialisation du livre numérique,  « YouTube des écrivains », possibilité de très petites séries, livres à compte d’auteur, réduction du bilan carbone …

En ce monde étrange …

Où cohabitent, entre crucifixions et procréation médicalement assistée, coupeurs et greffeurs de tête …

Et où l’on peut dépenser un million d’euros et douze ans de travail pour restaurer 14 minutes de film …

Pendant qu’à quelques heures d’avion de là on détruit en quelques minutes des trésors archéologiques de plusieurs milliers d’années …

Comment ne pas repenser à ce « futur inégalement réparti » du visionnaire auteur américain de cyberfiction William Gibson ?

Et s’étonner encore de ce correspondant américain de France 2 hier soir …

Qui nous faisant découvrir une machine qui équipe depuis dix ans une trentaine d’universités ou librairies américaines  …

Mais qui est présentée chez nous depuis autant d’années comme l’avenir de l’impression …

Ne prendre même pas la peine de rappeler qu’il en existe quand même une demi-douzaine en France …

Comme une centaine entre Canada, Australie, Japon, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Chine, Abu Dhabi ou Egypte …

Et que celle-ci avait il y  a quelques semaines à peine fait les honneurs du Salon du livre ?

L’impression express, un avant-goût du livre du futur
L’impression express donnera-t-elle naissance à la librairie de demain ? On choisit un livre numérique sur un ordinateur qui vous propose des milliers de références, on appuie ensuite sur une touche et on obtient en cinq minutes le livre fraîchement imprimé.
Frédérique Schneider

La Croix
1/4/15

 « C’est une grande opportunité pour tous », s’enthousiasme Frédéric Mériot, directeur général des Presses Universitaires de France (PUF), devant la machine transparente qui imprime des pages à toute vitesse. Les PUF et un autre éditeur, La Martinière, ont présenté deux modèles différents de l’« Espresso Book Machine » au dernier salon du livre de Paris.

Et le résultat est étonnant, l’exemplaire imprimé étant quasiment identique à un ouvrage issu d’une imprimerie traditionnelle. Il sera commercialisé au prix unique du livre.

Venue des États-Unis
Aux États-Unis, l’Espresso Book Machine est déjà utilisé dans certaines universités et librairies, comme la McNally Jackson dans le sud de Manhattan, à New York.

La machine présentée par les PUF a été créée par l’entreprise américaine Xérox il y a dix ans et est exploitée en France par Irénéo, programme de recherche sur le livre imprimé à la demande soutenu par l’Idep (Institut de développement et d’expertise plurimedia) et l’Unic (Union nationale des industries de l’impression et de la communication).

Pour Hubert Pédurand, du bureau d’études de l’Unic, « ce nouvel outil rend disponible l’indisponible tout en proposant aux éditeurs d’aller sur des marchés où ils ne sont pas. Cette machine peut être installée dans les librairies mais aussi dans les médiathèques ou les universités ».

Le modèle de La Martinière, plus petit, a été en revanche mis au point par le japonais Ricoh ; il est exploité par la société française Orséry.

Une machine chère et imposante
L’Espresso Book Machine permet de réduire considérablement les dépenses liées au transport et au stockage des ouvrages, mais son coût d’acquisition (100 000 €) semble difficile à supporter pour les libraires. « Ireneo pourra exploiter ses brevets et produire des machines en France espère Hubert Pédurand, ce qui réduira le prix par deux. Restera à trouver un mode de financement permettant aux libraires de s’équiper. Je produis ce que je vais vendre et pas l’inverse, c’est un nouvel écosystème à imaginer. »

 « Nous leur proposons de les louer pour 250 € par mois », fait valoir le président d’Orséry, Christian Vié. « Ils encaisseraient en retour 33 % du prix de vente du livre », une marge légèrement supérieure à celle des livres imprimés traditionnellement, ajoute-t-il.

Autre obstacle : la taille de la machine. Si l’objet a de l’allure, un bloc en verre contenant une mini-imprimerie, il reste assez imposant, environ 1,5 mètre de haut sur 2 mètres de large.

Pour ceux qui trouveront ces appareils trop chers ou trop encombrants, les PUF pensent que la solution pourrait passer par la mise en place d’un réseau permettant aux libraires d’être livrés en quelques heures sans avoir l’ « Espresso Book Machine » dans leurs locaux.

Lutter contre Amazon
Des milliers de titres dont la demande est trop basse pour qu’ils soient rentables ne sont plus imprimés avec le modèle traditionnel. Aux PUF par exemple 300 titres disparaissent du marché par « attrition » naturelle. Cette évolution pourrait être ralentie par l’impression à la demande.

De plus, aujourd’hui, un client qui ne trouve pas un livre dans les librairies se tourne vers Amazon. « Ireneo peut alors faire en cinq minutes ce que Amazon propose en 48 heures. Une façon rapide de concrétiser l’acte d’achat et de ramener des gens dans les librairies », explique Hubert Peduran.

Mais au-delà de l’intérêt des lecteurs et des libraires, le succès de cette machine dépendra aussi de l’accueil que lui réserveront les maisons d’édition. Car le plus important c’est bien le catalogue et le nombre de fichiers PDF disponibles. « Plus on aura de maisons d’édition, plus les librairies seront intéressées », confirme Christian Vié.

La revanche du papier sur le numérique
Le numérique a été vécu comme une menace par l’industrie du livre, mais il offre aujourd’hui un grand volant d’opportunité aux auteurs et aux éditeurs. Comme l’explique Hubert Pédurand « avec l’impression à la demande, un livre produit est un livre vendu. L’incertitude n’existe plus. N’oublions pas que 30 000 titres sont pilonnés chaque année en France ! »

 « Nous assistons sans doute, précise Hubert Pédurand, à la revanche du papier sur le numérique. » L’ambition de ce projet est en effet de « rematérialiser » ce qui a été dématérialisé (e-book) et de « créer un service qui serait le YouTube des écrivains »…

Société – 2min 01s – Le 21 mars à 13h20

Découvrez « L’Expresso Book Machine », un nouveau procédé d’imprimerie, qui va être présenté lors du Salon du Livre. Cette machine est capable de fabriquer un livre en moins de 5 minutes, et à la demande grâce à Internet. Il en existe 15 dans le monde, dont 6 en France. Elle pourrait révolutionner le petit monde du papier et surtout éviter le gaspillage.

Voir aussi:

Economie
La mini-imprimerie qui fabrique des livres en un clic ouvre une page à Lille
Valérie Sauvage

La Voix du nord

26/01/2015

À peine 150 exemplaires dans le monde dont six en France et une à Lille. L’Espresso Book Machine est une véritable imprimerie miniature, capable de fabriquer un livre de 200 pages en cinq minutes. Elle vient d’arriver à Lille, à l’Amigraf, le centre de formation des imprimeurs, pour une phase de test.

Sur le papier, c’est mieux qu’un joujou, un bijou technologique. L’Espresso Book Machine est capable de produire un livre aussi simplement que d’autres un café. Une centaine d’exemplaires sont à l’œuvre dans le monde. Six en France dont un à Lille, à la faveur du programme expérimental Ireneo, porté par l’IDEP (institut de développement et d’expertise plurimédia) et l’UNIC (Union nationale de l’imprimerie et de la communication).

Comment ça fonctionne ? Hubert Pédurant, consultant à l’UNIC, explique. « Cette machine compacte, de 2 m2 d’empreinte au sol, réalise les mêmes opérations qu’une imprimerie classique. Elle imprime le corpus de pages, façonne et colle la couverture. Pour produire un livre de 200 pages, il faut compter environ cinq minutes. »

DES MILLIONS AU PILON

L’Espresso Book Machine, fabriquée par une société américaine, trouve son sens dans l’impression de volumes à l’unité (entièrement personnalisables) ou de petites séries. Une thèse, un récit auto-édité, un livre-photos (en couleur), des documents professionnels… Ou un ouvrage épuisé. « Une application sur smartphone permettra de choisir un livre dans un catalogue. Il sera imprimé à proximité (grâce à la géolocalisation) et sera livré à domicile ou retiré chez le libraire de son choix. » Changement d’habitude : « On vend un livre avant de l’imprimer alors qu’actuellement, on imprime un livre en espérant qu’il soit vendu. Chaque année en France, 118 millions d’exemplaires partent au pilon. »

La phase actuelle d’essais (en cours depuis un an à Paris et qui démarre à Lille) doit permettre aux éditeurs, aux imprimeurs, aux libraires et aux autres d’imaginer les possibles utilisations de la machine. Elle doit aussi permettre de réaliser des tests techniques. « Il y a 70 000 à 80 000 nouvelles éditions par an. Les libraires ne peuvent pas tout avoir en stock. Par ailleurs, 20 % des livres réalisent 80 % du chiffre d’affaires. Les autres manquent de visibilité. » L’Espresso Book Machine tiendra-t-elle ses promesses? La suite dans un prochain chapitre.

L’agence Idées-3 Com fait parler le papier
TOURCOING. Le papier et le Web ne sont plus face à face. Ils sont main dans la main. C’est le principe de l’Espresso Book Machine, un outil qui permet de fabriquer un véritable livre choisi sur une application smartphone. C’est aussi l’intime conviction de l’agence de communication Idées-3 Com installée à la Plaine Images, à Tourcoing. À l’origine spécialiste de la modélisation en trois dimensions, l’entreprise mise aujourd’hui beaucoup sur le « print connecté ».

Concrètement, de quoi s’agit-il ? « Nous enrichissons tout ce qui est document imprimé, explique Sabrina Chazerault, ingénieur d’affaires chez Idées-3 Com. Par exemple, il suffit de flasher l’image d’un vêtement sur une page de catalogue pour le mettre dans son panier d’achats. On peut aussi imaginer flasher une affiche de film devant un cinéma pour avoir accès à la bande-annonce ou une vitrine de restaurant pour enregistrer son numéro de téléphone directement le numéro dans ses contacts. » La technologie utilisée par Idées-3 Com est celle de la reconnaissance d’images. « On peut aussi penser à une boîte de médicaments pour avoir accès à la posologie ou à un tableau dans un musée pour accéder à davantage d’informations. »

L’imprimé en porte d’entrée

L’exploration des possibilités est en cours. Elles sont multiples. « L’imprimé devient la porte d’entrée de l’enseigne. Il y a une vraie demande actuellement. L’idée, c’est de réduire les processus décisionnels d’achat et de booster les ventes. » Au-delà, l’utilisation de telles applications permet d’accéder à une foule de statistiques utiles. « D’un côté, les produits peuvent être poussés vers le client en fonction de ses goûts. De l’autre, l’enseigne va pouvoir gérer ses stocks de manière plus fine. » Le papier tourne une nouvelle page. Le livre n’est pas refermé.

Voir également:

Le livre express débarque à Lille

Correspondant à Lille Olivier Ducuing

Les Echos

28/01/2015

Le centre lillois Amigraf teste une machine capable d’imprimer un livre standard en moins de cinq minutes directement chez le libraire.

Après l’imprimante 3D, l’Espresso Book Machine pourrait bien lui aussi révolutionner l’univers de l’édition. Le centre de formation professionnelle Amigraf, à Lille, vient de s’équiper de cette machine innovante, en mode « fab lab ». La fabrication n’est qu’expérimentale à ce stade. L’équipement est de taille très modeste par rapport aux outils industriels classiques de l’imprimerie puisqu’il ne nécessite que 2 mètres carrés. Ce qui n’empêche pas des performances impressionnantes : un clic permet de lancer l’impression d’un livre de 200 pages en un temps record de 4,8 minutes.

L’Espresso Book Machine fonctionne comme une plateforme d’interconnexion en mode « cloud to paper ». Une fois l’ordre donné, il va imprimer des opus de 40 à 800 pages, dans des formats de 10 × 8 à 20 × 27 cm, sous couverture quadri.

L’imprimante couple un moteur d’impression numérique à encre laser au robot proprement dit, qui représente « un concentré des métiers de l’imprimerie avec une chaîne de finition du livre ».

L’expérience baptisée « Irénéo » est financée par l’Institut de développement et d’expertise du plurimédia (Idep) mise en oeuvre par la fédération professionnelle des imprimeurs, l’Unic. Six machines sont désormais implantées en France, 100 dans le monde.

Le YouTube des écrivains

L’expérimentation vise à acclimater les professionnels avec ce nouvel outil qui pourrait redistribuer les rôles dans le monde de l’édition. Les libraires pourraient ainsi devenir imprimeurs avec ce terminal d’impression, très adapté pour les très petites séries, les livres à compte d’auteur. « Nous avons un seul objectif, favoriser le livre, sans rien imposer aux éditeurs, nous voulons composer avec eux », défend Hubert Pédurand, chargé du programme Irénéo pour l’Idec. Avec une vraie création de valeur : en supprimant la logistique – et un bilan carbone sans égal – et le stock, ce modèle du « print on demand » (PoD) démultiplie les capacités de réponse des professionnels grâce à une profondeur de catalogue inédite.

Le système pourrait apporter une cure de jouvence au monde des libraires et de l’édition. Il devient désormais possible d’imprimer en un temps record un livre épuisé publié il y a trente ans ou n’importe quelle référence à l’unité. La chaîne américaine Book-A-Million l’a installé l’an dernier dans ses magasins, dans deux villes Portland et Birmingham.

Mais les ambitions vont au-delà, avec un retour surprenant du monde virtuel vers le monde physique. « Il devient possible de rematérialiser tout ce qui est dématérialisé sur Internet, comme votre mur Facebook qu’on pourra imprimer en dos carré collé ! L’expérience est regardée de très près par les Américains », relève Hubert Pédurand, qui voit dans ce nouveau service « le YouTube des écrivains ».

L’expérience lilloise doit acculturer les professionnels régionaux, tandis qu’un test marchand sera réalisé sur le prochain Salon du livre à Paris. Et l’Idep envisage déjà de lever des fonds pour créer une société transversale pour piloter le développement de cette nouvelle offre.

High-Tech & Médias Vendredi 20 Mars 2015
Pourquoi les PUF mise sur l’impression à la demande
Alexandre Counis / Chef de service

Les Echos

20/03/15

La maison d’édition espère pouvoir réimprimer ses titres sur le point de s’arrêter ou déjà épuisés.

Aux Presses Universitaires de France (PUF), on mise beaucoup sur l’impression à la demande, chez ses imprimeurs ou en librairie. «  Pour nous, cela peut avoir deux intérêts, explique le directeur général Frédéric Mériot. D’abord, nous permettre de continuer à imprimer les titres de notre catalogue que nous sommes sur le point d’arrêter : ceux dont les stocks s’épuisent et pour lesquels la demande tombe en dessous de la centaine d’exemplaires vendus par an ». Chaque année, les PUF doivent stopper l’impression de 250 à 300 titres sur les 4.000 titres actifs du catalogue. Avec l’impression à la demande, ils pourraient continuer à se vendre au même prix – le modèle économique n’est viable que pour les livres en noir et blanc.

«  Ensuite, nous pourrions ressuciter les vieux titres déjà épuisés, ajoute Frédéric Mériot. Chez nous, ces titres représentent environ 25.000 titres au total. Une partie d’entre eux, sur lesquels nous avons encore les droits, pourraient être remis en vente ». D’anciens « Que-Sais-je ? », par exemple, sont encore très recherchés par certains lecteurs.

Combien de titres pourraient être concernés ? Difficile à dire à ce stade. Quelques centaines pourraient être de nouveau disponibles la première année, puis peut-être 1.500 titres de plus par an au fil de la montée en puissance du dispositif. «  Une chose est sûre : nous serons prêts pour démarrer d’ici à l’été », promet Frédéric Mériot. Pour chacun, les ventes pourraient se limiter à 15 ou 20 exemplaires par an. Qu’importe, puisque les coûts seraient entièrement variables, et la marge fixée une fois pour toutes. L’idée est de vendre ces livres à un prix raisonnable, alors que les prix du marché peuvent monter, pour certains ouvrages, jusqu’à plusieurs centaines d’euros.
Petits avec un grand fonds

«  Nous sommes une petite maison avec un très grand fonds, rappelle le dirigeant de la vénérable maison d’édition, fondée en 1921 et récemment reprise par Scor. Au final, cela peut avoir un impact significatif sur notre activité, et sur notre croissance ». C’est dans ce cadre que les PUF s’intéressent de très près à l’Espresso Book Machine, qui permet de pratiquer l’impression à la demande chez les libraires. «  C’est le même intérêt que l’impression à la demande que nous pratiquons chez l’imprimeur, avec deux avantages en plus : l’abolition des coûts de transport, puisque le livre est imprimé au plus près du client. Et la possibilité pour les libraires de proposer d’autres services à leurs clients, d’auto-édition ou encore d’impression de données publiques, par exemple ». Reste pour eux à accepter d’installer dans leur boutique une machine qui occupe, au sol, 6 à 8 m2 si l’on veut pouvoir tourner autour…

Voir également:

Face à Amazon, l’arme de l’impression à la demande
Sandrine Cassini

Les Echos

20/03/15

Sur stand PUF La Martinière Salon livre, l’Espresso Book Machine, capable d’imprimer livre minutes. Son format relativement modeste permettrait s’inviter librairies. Elle pourrait rebattre donne… Le hic ? Son prix.

Sur le stand des PUF et de La Martinière au Salon du livre, l’Espresso Book Machine, capable d’imprimer un livre en moins de cinq minutes. Son format relativement modeste lui permettrait de s’inviter dans la plupart des librairies. Elle pourrait rebattre la donne… Le hic ? Son prix. – Photo DR

Le géant américain s’est lancé dans l’impression de livres à la demande.
La filière bâtit sa riposte autour des librairies.

A l’heure où le Salon du livre ouvre ses portes à Paris, l’ombre d’Amazon continue de planer sur l’ensemble de la filière. Les libraires ne sont plus le seul maillon de la chaîne menacée par l’ogre de l’e-commerce. Editeurs et imprimeurs sont eux aussi en première ligne. Avec une nouvelle arme : l’impression à la demande. Amazon a pris un temps d’avance en lançant CreateSpace, un service d’auto-édition et d’impression à la demande disponible aux Etats-Unis depuis 2006 et en Europe depuis 2012. « Amazon, c’est le mal à combattre. Il s’assoit sur la convention collective et sur tous les accords. On peut le faire si l’on avance avec un front uni », explique Hubert Pédurand, au bureau d’études de l’Union nationale de l’imprimerie et de la communication (Unic). Il est en charge d’Ireneo, un projet de recherche sur l’impression à la demande qui pourrait donner des arguments à une filière pesant, en France, quelque 3.700 imprimeurs et 36.000 emplois. En parallèle, longtemps confinée, l’auto-édition prend aussi plus d’ampleur. « Edilivre, qui regroupe 10.000 auteurs, représente aujourd’hui le plus gros déposant légal », précise Hubert Pédurand.

Trouver un financement

Chaque année, les ventes de livres baissent lentement mais sûrement, tandis que le nombre d’ouvrages, lui, ne cesse de croître. Pour limiter les risques et les stocks, les éditeurs réduisent donc les tirages moyens. « Le chiffre diminue de 5 à 6 % par an. Il est descendu sous les 7.000 exemplaires par livre », indique Guillaume Arnal, le responsable marketing de Jouve, une société d’impression numérique.

Pour battre Amazon, dont le succès repose sur une livraison très rapide, un catalogue très profond et des prix défiant toute concurrence, les représentants de la filière misent sur l’impression à la demande. L’idée : installer chez les libraires des imprimantes, capables de produire des ouvrages en quelques minutes, en fonction des besoins. Une solution qui éliminerait à la fois pour le libraire et l’éditeur les problèmes de stocks, de coût de fabrication, et de coût de livraison.

Financé par des syndicats d’imprimeurs, Ireneo a conclu un accord avec les inventeurs américains de l’Espresso Book Machine. Celle-ci imprime des ouvrages à la demande « en 4,8 minutes », dit Hubert Pédurant. Elle est déjà installée aux Etats-Unis, notamment à la New York University. L’Espresso Book Machine trône d’ailleurs au Salon du livre sur les stands de PUF et de La Martinière. Ireneo pourra exploiter ses brevets et « produire des machines en France », espère Hubert Pédurand. Restera ensuite à trouver un mode de financement permettant aux libraires de s’équiper de ce nouvel outil, d’une valeur de 100.000 dollars. « Ce n’est pas à eux à faire la dépense. Mais il faut voir comment on peut faire tous ensemble. Pourquoi ne pas créer un GIE ? » s’interroge Hubert Pédurand.

En attendant d’atteindre le Graal du zéro stock, l’impression numérique sur de faibles tirages continue de se développer. « Editis nous a choisis pour des tirages inférieurs à 10 exemplaires. Cela leur a permis de faire revivre des titres jusque-là indisponibles », indique Guillaume Arnal, de Jouve. La société, qui travaille aussi avec des sites d’auto-édition comme Lulu.com ou Bookelis, produit 1,5 million de livres par an, un volume qui connaît une croissance à deux chiffres. De son côté, le premier éditeur français, Hachette Livre, a pris dès 2010 le taureau par les cornes en créant avec le distributeur américain Ingram une plate-forme d’impression à la demande installée dans son entrepôt de Maurepas. En concurrence directe avec les imprimeurs.

Voir encore:

Culture
Qui a envie d’une « Espresso Book Machine » ?

Imaginez si, d’un simple toucher du doigt, vous pouvez imprimer un livre en seulement quelques minutes, avec un résultat quasiment identique à celui d’une imprimerie traditionnelle.
Wilson Fache

L’Orient le jour
21/04/2015

C’est là l’objectif des développeurs de l’Espresso Book Machine, une invention qui pourrait révolutionner le monde de l’édition : permettre d’imprimer et de personnaliser des livres en temps réel, par exemple parce qu’ils ne sont plus publiés.
« C’est une grande opportunité pour tous », estimait Frédéric Mériot, directeur général des Presses universitaires de France (PUF), lors de la présentation d’un modèle dernière génération de la machine au Salon du livre de Paris en mars dernier. « J’ai été surpris par la qualité de l’accueil, explique M. Mériot à L’Orient-Le Jour. Certaines personnes préféraient avoir le livre imprimé devant eux plutôt que déjà publié pour pouvoir le personnaliser, par exemple. »

Aux États-Unis, l’Expresso Book Machine est déjà présente dans quelques universités et librairies, comme la McNally Jackson à New York. Dans cette enseigne chic du sud de Manhattan, la machine a conquis les clients depuis quatre ans déjà. « Tout le monde est très excité par rapport à cette technologie », estime Margaret Harrang, une employé de McNally Jackson. Dans cette librairie où quarante à soixante livres sont imprimés chaque jour, les clients sont non seulement des lecteurs avides de trouver des livres rares, mais aussi des écrivains. « Certaines personnes qui ont essayé sans succès les circuits de publication traditionnels viennent ici pour imprimer eux-mêmes leurs ouvrages. Ils sont heureux d’avoir pu trouver le moyen de faire entendre leur voix », explique Mme Harrang.

« Un livre numérique en papier »
Le coût conséquent de la machine, 80 000 euros, ne permettra pas à toutes les librairies d’en faire l’acquisition, mais Frédéric Mériot assure que ce ne sera pas nécessaire. Les librairies pourraient louer la machine et reverser un pourcentage des ventes. Une autre solution, compte tenu de la taille imposante de l’Expresso Book Machine, serait la mise en place d’un réseau permettant aux libraires d’être livrés en quelques heures sans avoir à accueillir la machine dans leurs locaux.

Michel Choueiri, l’un des administrateurs de l’Association internationale des libraires francophones (AILF) et qui dirige la librairie el-Bourj, située dans le centre de Beyrouth, tempère, lui, les prouesses attribuées à la machine, estimant qu’il n’existe « pas assez de titres disponibles pour justifier un tel investissement ».
Le succès de cette invention dépendra en effet de l’accueil que lui réserveront les maisons d’édition, partenaires indispensables en charge de fournir un catalogue à l’imprimante. « La solution qu’ils proposent se doit d’être complète. Ils proposent cette machine, mais pour imprimer quoi ? », se demande M. Choueiri, pour qui l’Expresso Book Machine n’est viable que si elle permet d’imprimer autre chose que de la presse universitaire et des auteurs qui n’ont pas trouvé d’éditeurs. « Pour l’instant, c’est de la science-fiction », assène-t-il.

Selon Frédéric Mériot, l’argument phare pour convaincre les éditeurs est l’opportunité de publier des livres dont la demande est trop basse pour qu’ils soient rentables avec le modèle d’impression traditionnel. « C’est un outil fantastique de pérennité du livre dans le temps, assure-t-il. À l’édition des Presses universitaires de France, tous les ans, nous avons entre 300 et 400 livres que nous ne publions plus. Avec cette machine, ils pourraient à nouveau être disponibles. »

Jusqu’ici, acheter un ouvrage qui n’est plus édité n’était possible que grâce aux livres numériques. « En fait, ce sont des livres numériques imprimés », constate M. Mériot. « Imaginez si le livre papier avait été inventé après le livre numérique, tout le monde aurait trouvé l’invention géniale : ça se conserve indéfiniment et ça ne doit pas être constamment rechargé. C’est la revanche du papier sur le numérique », analyse M. Mériot.

Voir par ailleurs:

Georges Méliès ou la face retrouvée de la Lune
Magie de la technologie mariée à l’amour du cinéma. Les quatorze minutes de ce qui en son temps (1902) a été le plus long film jamais réalisé jusque-là, resurgissent aujourd’hui, dans une version coloriée qu’on croyait perdue à jamais

Rocco Zacheo

Le Temps

11 février 2012

La pointe d’un obus plantée dans l’œil de la Lune. Il aura suffi de cette image pour faire du Voyage dans la Lune le film muet le plus célèbre de l’histoire du cinéma. On peut ne pas être aux faits de l’œuvre pionnière de son réalisateur, Georges Méliès. On peut aussi avoir laissé filer Hugo Cabret de Martin Scorsese, qui rend un hommage poétique à son ancêtre. Soit. Mais cet œil rendu borgne par des spationautes conquérants est inscrit dans le patrimoine collectif. Les quatorze minutes de ce qui en son temps (1902) a été le plus long film jamais réalisé jusque-là, resurgissent aujourd’hui, dans une version coloriée qu’on croyait perdue à jamais. Ce retour, visible désormais en DVD, tient du miracle. Il est en partie le fruit d’aléas qui ont révélé l’existence de la bobine, et le résultat de l’acharnement d’une poignée de passionnés têtus, qui ont travaillé pendant de longues années pour réanimer une œuvre moribonde.

Car ce voyage en couleurs, dont on ne connaît aucune autre copie, a failli s’achever très mal. Jusqu’en 1993, on le croyait même perdu. Il y a dix-huit ans, donc, le film refait surface grâce à un conservateur de la Cinémathèque de Barcelone (Cineteca de Catalunya), où l’œuvre venait d’être déposée. Le donateur du film demeure introuvable. Il s’avérera plus tard qu’il est décédé. L’institution espagnole, elle, se rend vite à l’évidence: l’état pitoyable de la bobine ne permet aucune intervention de sauvetage. La restauration paraît impossible. L’histoire aurait pu s’arrêter là, dans une impasse infranchissable, si la Cineteca n’avait pas proposé un échange à Lobster Films, société française qui collecte, restaure et diffuse des films perdus. Un vieux film catalan détenu par les Français contre le bijou abîmé de Georges Méliès: voilà les termes du marchandage. L’accord est vite trouvé, Méliès retourne en France en 1999.

Serge Bromberg est un des artisans de l’échange. Avec Eric Lange, il partage une passion pour le cinéma des origines, au point d’en avoir fait son métier en fondant Lobster Films. Quand il n’est pas accaparé par la direction artistique du Festival international du film d’animation d’Annecy, il scrute, soigne et diffuse des œuvres d’un autre temps. Son investissement pour sauver Le Voyage dans la Lune est, de son propre aveu, un grand fait d’armes dont il tire fierté.

Son chemin a été long. Pendant trois ans, il a soumis la bobine retrouvée à un traitement chimique très agressif, qui a permis de la décoller petits bouts par petits bouts. «Il faut savoir que pendant les soixante premières années du cinéma, un âge qu’on qualifie de «ciné-nitrate», les pellicules avaient deux caractéristiques ennuyeuses, explique le collectionneur. Elles étaient tout d’abord hautement inflammables. Des films comme Inglourious Basterds de Quentin Tarantino ou Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore ont fait de cette dangereuse propriété un filon narratif. L’autre problème vient de l’instabilité chimique des pellicules. En règle générale, il suffit de quelques dizaines d’années pour que les pellicules se détériorent et se transforment en une sorte de pâte colleuse.»

Le processus de délitement est connu. Mais son action inéluctable est plus ou moins agressive selon la qualité des bobines et l’état de leur conservation. La plupart des œuvres des frères ­Lumière, par exemple, celles réalisées entre 1895 et 1900, résistent au temps. Par contre, le négatif original des Enfants du paradis, tourné en 1945 par Marcel Carné, est presque entièrement décomposé aujourd’hui. Et Le Voyage dans la Lune? Il a réservé une surprise de taille. «Ce qui, en regardant les bords de la bobine, semblait être une copie totalement perdue, était à notre grand étonnement en bon état pour un peu plus que 90%», s’exclame Serge Bromberg.

La véritable restauration demeure pourtant une chimère. En 2002, Lobster Films doit se contenter de photographier, image après image, tout le négatif du film. La société pérennise ainsi un support voué à l’autodestruction lente, mais elle ne dispose pas d’outils technologiques pour recomposer en temps raisonnable la totalité de l’œuvre. Serge Bromberg: «Début 2003, nous avions réuni les pièces d’un grand puzzle. Il faut penser qu’à cette même époque il fallait entre 15 et 20 minutes pour saisir avec précision chaque image. Le Voyage dans la Lune en compte 13 795. A ce rythme, il nous aurait fallu dix ans pour venir à bout de la restauration.» Alors, en attendant des temps plus propices et des moyens appropriés, l’opération est mise en jachère. Elle est définitivement relancée en 2010, sept ans plus tard. De nouveaux ­logiciels ont fait leur apparition entre-temps. Les ingénieurs en audiovisuel peuvent donc se pencher sur le cas Méliès.

Une équipe de cinq spécialistes s’attelle dès lors à la réanimation du film. Des laboratoires en France et aux Etats-Unis recomposent les morceaux du puzzle. Les parties trop abîmées sont remplacées par le noir et blanc, qui sera à son tour colorié. Deux institutions actives dans la conservation du patrimoine (la Fondation Groupama Gan pour le cinéma et la Fondation Technicolor) rejoignent la troupe en apportant un soutien crucial dans la promotion et le financement de la restauration. Il y a enfin le groupe Air pour apporter son savoir-faire musical. Le duo versaillais est choisi pour imaginer une bande originale du film*.

En 2011, le nouveau Voyage dans la Lune est enfin prêt. Son retour est triomphal: 150 ans après sa naissance, Méliès part à la conquête du Festival du film de Cannes, en ouvrant la manifestation. Une parenthèse rétro qui a marqué Serge Bromberg, présent à la projection: «Les équipes de Cannes et le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ont voulu affirmer très fort l’aura du 7e art en France, l’importance de son histoire. La projection du Voyage rappelle un fait important: il n’y a pas de vieux films et des nouveaux. Il n’y a que deux sortes de films: les bons et les autres.»

L’ultime étape de la restauration, celle décisive, a entraîné des coûts que Serge Bromberg chiffre à environ 500 000 euros. «Il faut encore ajouter tout le travail en aval, réalisé depuis 1999. Il n’a comporté aucun échange d’argent. Tout a été fait à l’énergie, dans un élan passionné. Mais on peut estimer le budget de l’opération à 1 million d’euros.»

Avec Hugo Cabret de Scorsese, le Voyage dans la Lune a donné à Georges Méliès une nouvelle jeunesse. Son 150e anniversaire est une aubaine pour le collectionneur Serge Bromberg: «Le film de Scorsese, dans son ambition artistique et dans sa volonté de ­toucher un public large, a fait découvrir Méliès à une quantité innombrable de gens. De notre côté, nous avons réalisé un rêve: après avoir touché aux œuvres de Chaplin, d’Henri-Georges Clouzot et d’autres grands artistes, nous pouvons partager avec des cinéphiles du monde entier le premier chef-d’œuvre du cinéma de science-fiction.»

«Le Voyage dans la Lune» bio d’un film

1er septembre 1902 Le film de Georges Méliès sort en salles. Sa trame s’inspire de Jules Vernes (De la Terre à la Lune) et de H. G. Wells (Les Premiers Hommes dans la Lune). Il est projeté partout dans le monde et connaît un succès retentissant.

1993 Une copie coloriée du film est déposée par un anonyme à la Cinémathèque de Barcelone.

1999-2002 Première phase de la restauration de la bobine: décollement de la pellicule et saisie des images.

2010-2011 Seconde phase de la restauration. Composition de la BO par Air.

Mai 2011 «Le Voyage dans la Lune» ouvre le 47e Festival du film de Cannes.

Les liens
«Méliès anticipe la pop des années 1960»
Vidéo. Un extrait du film restauré sur YouTube

Voir de même:

Sergio Canavero
Ce savant promet une greffe de tête dans deux ans
Sur cette image réalisée pour notre sujet, le neurologue a préféré ne pas divulguer certains de ses instruments « secrets », ne dévoilant ici qu’un conducteur servant à modifier les champs électriques du cerveau.
Sophie de Bellemanière

Paris match

27 février 2015

Il pourrait être un savant fou. Mais Sergio Canavero est neurochirurgien à l’université de Turin, spécialiste de la stimulation cérébrale. Son projet est pourtant incroyable : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre !  « Une folie qui permettrait aux tétraplégiques de marcher, dit-il, et aux cerveaux les plus brillants de ne jamais  disparaître… »

Paris Match. Comment allez-vous greffer une tête ­humaine sur un corps sain sans que ce dernier soit ­paralysé ou décède ?
Sergio Canavero. Je pratiquerai une découpe de la moelle épinière particulièrement nette, à l’aide de lames beaucoup plus tranchantes et précises que celles utilisées auparavant. Ensuite, pour que le sujet greffé puisse retrouver toutes ses facultés motrices, nous appliquerons du PEG-chitosane sur les extrémités de la moelle, restaurant ainsi 30 % à 60 % des fibres. C’est suffisant pour la motricité.

Quels seraient les candidats ?
Des personnes souffrant de graves dysfonctionnements neuromusculaires ou des malades au stade initial d’Alzheimer. Cette opération leur serait utile car il semble que les tissus neufs du corps peuvent avoir un effet rajeunissant sur ceux de la tête par le simple biais de la circulation sanguine.

Quand appliquerez-vous la technique sur des humains ?
Il me faut deux ans pour coordonner une équipe d’environ 100 à 150 chirurgiens, anesthésiologistes, techniciens et infirmières. J’évalue une transplantation de tête à 10 millions d’euros. Une somme considérable que gagnent chaque année certains footballeurs…

Votre initiative est très critiquée. Que répondez-vous à vos détracteurs ?
Mes recherches pourraient sauver des personnes. Et notre expérience ouvre la possibilité de la vie éternelle. La vraie question éthique serait plutôt : à qui donner accès à cette vie éternelle ? Que se passerait-il si un vieux milliardaire réclamait un nouveau corps ? Les médecins se serviraient-ils dans les prisons, comme c’est déjà le cas pour certains organes ? Des questions qu’il vaut mieux poser dès à présent.

La conscience suivra-t-elle la tête pour s’installer dans le nouveau corps ?
Nombreux sont les neurologues qui pensent, comme moi, que le cerveau n’est qu’un filtre, que la conscience est ­générée ailleurs. Des transferts de souvenirs ont été observés à l’occasion d’une greffe de cœur !

Interview Sophie de Bellemanière

L’opération en 4 étapes
1-Deux équipes travaillent en parallèle sur un receveur tétraplégique et un donneur en état de mort cérébrale. La première refroidit la tête du receveur à 15 degrés (hypothermie), ralentissant le métabolisme du cerveau pour qu’il ne subisse pas de dégâts durant la période où il ne sera pas irrigué.

2-On dégage les muscles et les vaisseaux sanguins du cou, la trachée et l’œsophage. La thyroïde est conservée. Puis c’est l’incision simultanée des moelles épinières à l’aide d’une lame ultrafine.

3-La tête du receveur est transférée sur  le corps du donneur et, immédiatement, les axones de la moelle épinière (10 % seulement sur des milliers mais suffisamment pour retrouver une motricité, affirme Canavero) sont reconnectés, grâce au mélange PEG-chitosane, ainsi que toutes les parties sectionnées. Un traitement immunosuppresseur est mis en place.

4-Un nouvel homme est né. S’il survit et souhaite avoir des enfants, sa descendance sera en réalité celle du donneur mort…

Dès le début du XXe siècle, les savants avaient l’idée… en tête
1908
Le professeur américain Charles Guthrie juxtapose la tête d’un chiot à celle d’un chien adulte. Les deux « animaux » partagent le même corps pendant huit jours.

1954
Le professeur soviétique  Vladimir Demikhov transplante plusieurs têtes de chien. Une seule survit 29 jours.

1970
Le neurochirurgien américain  Robert J. White réalise l’opération avec des singes. Pendant  une semaine, la tête « vit » mais le singe est tétraplégique.

Interview du Dr Sorin Aldea
Neurochirurgien à l’hôpital Foch de Suresnes« Techniquement, c’est faisable, mais éthiquement, ce projet me paraît difficile. »
Que pensez-vous de l’idée du Dr Sergio Canavero ?
Dr Sorin Aldea. Techniquement, c’est faisable. Mis à part le rétablissement de la continuité de la moelle épinière sectionnée. Mais éthiquement, ce projet me paraît difficile. On est dans le même domaine que pour la greffe du visage. Ce n’est pas une transplantation d’un rein ou du pancréas. On touche ici à des choses qui définissent la personne humaine.

Les questions éthiques et scientifiques sont-elles indissociables ?
Le questionnement éthique doit venir avant la démarche technique. Au moins aller de pair. La science qui avance sans éthique relève du fascisme.

Donc, vous êtes contre ce projet ?
Je n’y ai pas réfléchi profondément mais cela pousse la science très loin. A force de se prendre pour Dieu, on finit par créer des monstres. Je ne pense pas que l’on soit censé vivre indéfiniment. C’est mon point de vue d’homme. Sur le plan médical, c’est probablement faisable. Avec le bémol de la repousse de la moelle, l’hypothèse de Canavero, encore
jamais prouvée sur l’homme, ne sera pas possible avant 20-30 ans.
Interview Romain Clergeat

Voir de enfin:

Pourquoi les jihadistes de l’Etat islamique coupent-ils la tête de leurs adversaires ?
A plusieurs reprises, les combattants de l’EI ont exhibé les têtes de soldats syriens et irakiens. Quelles motivations se cachent derrière une telle barbarie ?
Thomas Baïetto

Francetvinfo

14/08/2014

Plantées sur les pics d’une clôture, les têtes de soldats syriens sont exhibées en plein centre-ville. Des badauds, téléphones portables à la main, immortalisent cette macabre exposition, pendant qu’un autre se bouche le nez. La scène, filmée par une équipe de Vice News et mise en ligne le 7 août, se passe à Racca (Syrie), capitale de l’Etat islamique (EI). Une photo, peut-être prise au même endroit, montre un jeune enfant brandissant la tête d’un soldat syrien.

Ces images témoignent une énième fois des atrocités commises par ce groupe qui contrôle une partie de la Syrie et de l’Irak. Ils ne sont bien sûr pas les premiers à couper des têtes. De la Rome antique à la guerre civile algérienne, en passant par la Révolution française ou le Japon de la deuxième guerre mondiale, le vainqueur a souvent coupé la tête du vaincu. Mais ce procédé reste la marque d’une barbarie d’autant plus glaçante qu’elle est ici volontairement exposée et médiatisée.

Pourquoi les jihadistes y ont-ils recours ? Quelles sont les motivations de ces mises en scène ? Francetv info a posé la question à des spécialistes du mouvement jihadiste.

Pour terroriser l’ennemi et les populations
Depuis le début de leur offensive en Irak, les combattants de l’Etat islamique « ne font pas de prisonniers », constate Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement, contacté par francetv info. Mais le souci d’éviter une gestion « coûteuse et compliquée » des prisonniers n’explique pas les décapitations : les victimes sont en effet essentiellement exécutées par balles. La décapitation, parfois post mortem, toujours mise en scène (exhibitions, vidéos sur internet), obéit à un autre objectif : gagner la bataille psychologique.

« Ces décapitations sèment la terreur chez l’ennemi et le poussent à s’enfuir sans combattre, analyse Antoine Basbous, fondateur de l’Observatoire des pays arabes, un cabinet de conseil. Cela permet de compenser le manque d’hommes dans les rangs de l’Etat islamique. C’est ‘moins de forces, plus d’effets’. » Cette terreur, combinée à la désorganisation de l’armée irakienne, explique le succès de l’EI. « Cette arme fonctionne très bien en Irak : avant leur arrivée, on entend parler d’eux », abonde Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen.

Cette arme n’est pas seulement destinée aux ennemis de l’extérieur. Elle permet de soumettre à l’Etat islamique les populations des zones qu’il contrôle. En Syrie, dans la région de Deir Ezzor, l’EI a exposé début août les têtes de trois membres d’une tribu rivale dans le village d’Al-Jurdi, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme (en anglais). « Quand vous êtes un villageois et que vous voyez ça, vous vous dites : ‘je serai peut-être le suivant si je ne me soumets pas' », résume Antoine Basbous.

Pour écraser la concurrence
Cette violence permet à l’EI d’affirmer sa suprématie sur les autres groupes jihadistes qui pullulent en Syrie. « C’est une carte de visite dans la compétition entre les mouvements radicaux. Celui qui est le plus brutal est probablement celui qui a la plus grande force d’attraction », estime Hasni Abidi. « Il y a une surenchère dans l’horreur, constate Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri). Ils procèdent à des actes barbares pour s’imposer comme le groupe jihadiste le plus dur. »

Rester sur la première marche du podium facilite en effet le recrutement de combattants pour l’Etat islamique. Le groupe, qui s’appelait auparavant l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), est l’un des rares à accueillir à bras ouverts les combattants venus du monde entier. La plupart des Français partis combattre en Syrie, comme Mounir, Tewffik, Nicolas et Jean-Daniel, l’ont d’ailleurs fait sous la bannière de l’EIIL.

Parce qu’ils interprètent le Coran « à leur sauce »
L’Etat islamique n’est pas le premier groupe jihadiste coupeur de têtes. Son ancêtre, Al-Qaïda en Irak, a décapité de nombreux otages dans les années 2000, tout comme le Groupe islamique armé (GIA) algérien dans les années 1990. Outre l’objectif d’inspirer la terreur par un acte barbare, la décapitation a des motivations historiques et religieuses. Comme l’expliquait Jeune Afrique en 2004, elle fait partie de l’histoire de l’islam, avec notamment plusieurs intellectuels décapités au Xe siècle. On trouve également sa trace dans deux sourates du Coran (8, verset 12 et 47, verset 4) où il est conseillé de frapper ses adversaires au cou.

Ces éléments permettent aux jihadistes de justifier leur barbarie par la religion. « Chacun interprète les écrits à sa sauce. Il y a ceux qui vont sortir du Coran les versets qui appellent à la tolérance religieuse, d’autres vont au contraire mettre en avant les versets belliqueux qui appellent à contraindre les non-croyants », explique Antoine Basbous. « Le contexte du début de l’islam, caractérisé par des conquêtes, n’est pas le même, rappelle Myriam Benraad. Il y a une dérive dans l’interprétation de ces textes pour justifier tout et n’importe quoi. »

Voir enfin:

L’Etat islamique crucifie des enfants et en fait des esclaves sexuels
L’ Obs
05-02-2015
Selon un rapport de l’ONU, le groupe djihadiste s’enfonce dans l’horreur en tuant « un grand nombre » d’enfants de minorités, y compris des handicapés.

Des membres du groupe djihadiste Etat islamique (EI) vendent des enfants irakiens comme esclaves sexuels et en tuent d’autres en les crucifiant ou en les enterrant vivants, a dénoncé l’ONU, mercredi 4 février.

Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies (CRC), affirme dans un rapport que l’Etat islamique recrute « un grand nombre d’enfants » en Irak, y compris handicapés, pour en faire des combattants et des kamikazes, jouer le rôle d’informateurs, en faire des boucliers humains pour protéger des installations des bombardements, mais aussi pour leur faire subir des sévices sexuels et d’autres tortures.

Nous sommes vraiment très préoccupés par la torture et le meurtre de ces enfants, en particulier ceux qui appartiennent à des minorités, mais pas seulement », a déclaré Renate Winter, l’un des 18 experts indépendants membres du CRC. Des enfants appartenant à la communauté Yazidi ou à la communauté chrétienne font partie des victimes.
« Nous avons des informations selon lesquelles des enfants, en particulier des enfants déficients mentaux, sont utilisés comme kamikazes, très probablement sans qu’ils s’en rendent compte », a-elle dit. « Une vidéo diffusée [sur internet] montre de très jeunes enfants, d’environ huit ans et moins, qui sont entraînés pour devenir des enfants soldats. »

« C’est un énorme problème », a asséné Renate Winter. Le comité a exhorté Bagdad à explicitement criminaliser le recrutement d’une personne de moins de 18 ans dans les conflits armés.

« Des décapitations et des crucifixions »
Le CRC a en outre dénoncé les nombreux cas d’enfants, notamment appartenant à des minorités, auxquels l’Etat islamique a fait subir des violences sexuelles et d’autres tortures ou qu’il a purement et simplement assassinés. Le CRC rapporte « plusieurs cas d’exécutions de masse de garçons, ainsi que des décapitations, des crucifixions et des ensevelissements d’enfants vivants ».

Les enfants de minorités ont été capturés dans nombre d’endroits, vendus sur des marchés avec sur eux des étiquettes portant des prix, ils ont été vendus comme esclaves », poursuit le rapport du CRC.
Les dix-huit experts demandent aux autorités irakiennes de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les enfants qui vivent sous le joug de Deach et de poursuivre en justice les auteurs de ces crimes.

Mais, bien que le gouvernement irakien soit tenu pour responsable de la protection de ses administrés, Renate Winter a reconnu qu’il était actuellement difficile de poursuivre les membres des « groupes armés non étatiques » pour de tels actes.

Le comité a toutefois souligné que certaines violations des droits des enfants ne pouvaient être attribuées aux seuls djihadistes. De précédents rapports relevaient ainsi que des mineurs étaient obligés d’être de faction à des postes de contrôle tenus par les forces gouvernementales ou que des enfants étaient emprisonnés dans des conditions difficiles à la suite d’accusations de terrorisme, et dénonçaient également des mariages forcés de fillettes de 11 ans.

Une loi permettant aux violeurs d’éviter toute poursuite judiciaire à condition de se marier avec leurs victimes s’est particulièrement attirée les foudres du CRC, qui a rejeté l’argument des autorités de Bagdad selon lesquelles c’était « le seul moyen de protéger la victime des représailles de sa famille ».

(Avec AFP et Reuters)

Un commentaire pour Impression express: Le futur était déjà là et nous ne le savions pas ! (Any title printed while you wait: France belatedly discovers print on demand)

  1. jcdurbant dit :

    The book is out of its cover so authors must adapt
    John Sutherland
    The writer is professor emeritus at University College London
    The printing press has been replaced by social media, writes John Sutherland
    Financial Times
    June 26, 2015

    With various social media channels, the problem now is getting yourself noticed amid the noise

    « Amazon enrages authors”, screamed one headline after the firm decided to pay some novelists only for the pages of their books that readers actually read.

    One doubts that authors, as a class, often get enraged about anything other than the puniness of their advances, the nastiness of reviewers and the fact that Ian McEwan and Alain de Botton sell so many more books than they do. But what is certain is that writers will adapt as creatively as they always have to the book world they find themselves in.

    Sir Walter Scott, nicknamed the Wizard of the North, was the inventor of the three-volume, hugely expensive 19th-century novel. It was not the kind of book you would want to drop on your toe, and it took an infuriatingly long time for the narrative to get going. One cannot imagine Sir Walter passing the pay as you go test.

    Charles Dickens’ career took the form of rebellion against the “three-decker”. He serialised — monthly and weekly — because he wanted each scene to face contact with readers while the ink on the next one was still wet and before the one after that was more than a gleam in his eye. Was there ever a more hook-in-the-jaw opening to a novel than that of Bleak House — the one-word sentence: “London”? He would pass the test.

    In the 20th century the novel went anorexic, shrinking from the more than 300,000 words of George Eliot’s Middlemarch, to the 60,000 of Graham Greene’s Brighton Rock. Public libraries — for a time the leading disseminators of reading matter, three-quarters of whose loans were fiction — are the reason why. They allowed patrons to take out six books for a two-week period, after which fines were levied. Six Middlemarches in 14 days? Do the maths.

    Not that thinness is everywhere. The book “everyone” is reading (but that not everyone wants everyone to know they are reading) is EL James’s Grey. It’s a doorstopper — 576 pages — and why? Look out of your window. The sun is shining. You only take one book to the beach (those punitive Ryanair luggage rules). But you want it to last a fortnight. The beach book is an obese creature.

    So how will “pay as you go” pressure change the way novels are written (assuming it takes off, as I hope it will)? It will foster a sharper kind of book, I suspect. Writers will generate more suspense — page turners will be valuable currency in the era of the page earner.

    “Writers will generate more suspense — page turners will be valuable currency in the era of the page earner”

    In the larger world of books my hunch is that the present trend towards self-publishing and on-demand electronic sales will grow. Fifty Shades of Grey, one recalls, originated as the self-published online venture of a coffee-shop reading group. The clattering old apparatus for putting words in front of readers has been replaced by the tablet computer and various ingenious devices for generating social media buzz. We shall see more of the progress from creative writing class, to self-publication, recruitment of a fan-group (all puffing the book in Amazon reviews), and eventual pick-up by an above-ground publisher.

    Amazon, and its founder Jeff Bezos, generate little affection. We tend to see Kindle as the anaconda of the literary world, throttling walk-in bookshops. Clicking is so much less civilised than browsing, but it is irresistibly convenient. There is resentment that the firm cunningly (but legally) avoids paying UK tax, with a pseudo-headquarters in Ruritania or somewhere. Then there is the stubborn fact of its being American — all those pounds becoming dollars. Some delicate souls maintain that the company panders to lazy readers and truncates the attention spans of our corruptible youth.

    The long and short of it is that we will never love Mr Bezos, even if he has cheapened the product (I mean, made it less expensive) and conjured a second life for 3m back-listed books. However, like him or not, Mr Bezos is calling the shots.

    The per-page thing is trivial, affecting only the self-published books available on its subscription reading service. But it is a feather in the wind. Non-trivial are the changes that are coming. Books, having escaped their physical covers, will come with all sorts of audiovisual accompaniment — optional soundtracks, dramatised excerpts, authorial voice-over. Scenic linkage. Computer game intermarriage. Narrative that is unfixed but mutates as the author thinks again. For scholars, an authorial record going back to manuscript and primal alteration. Books will be platforms, not contained packages.

    All these things are technologically possible and it is prediction not prophecy that they, or things like them, will happen. To paraphrase the singer Al Jolson, hailing the arrival of the cinema talkie: “You ain’t read nothing yet.”

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