Polémique Cukierman: Contrairement au christianisme, c’est en se rapprochant de ses textes que l’islam est sanglant et meurtrier (It’s islam, stupid !)

https://i2.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgsaudiflagQu’est ce qui porte plus préjudice à l’islam, ces caricatures ou bien les images d’un preneur d’otage qui égorge sa victime devant les caméras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d’un mariage à Amman? Jihad Momani (hedomadaire jordanien Shihane, 2006)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye. Il dénonce l’appel au meurtre et à la haine religieuse des terroristes. Communiqué de l’Elysée
Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée. Mgr Pascal Gollnisch (l’Œuvre d’Orient)
Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison. Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison. Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. » C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Élysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays. (…) D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays. Diocèse de Blois
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
Il y a bien, autre tabou, un rapport particulier de l’islam avec la violence. A l’origine, Mahomet fut un chef religieux et militaire allant de succès en succès par les armes, tandis que Jésus fut un homme seul et pourchassé ayant comme seule arme le verbe. Cette ambiguïté persiste avec la présence de nombreux versets du Coran appelant au meurtre des non-musulmans, versets sans équivalents dans les textes judéo-chrétiens. Ce qui se traduit par une dissymétrie fondamentale: les religions chrétiennes furent sanglantes et meurtrières en s’éloignant de leurs textes tandis que l’islam le fut en se rapprochant des siens. (…) D’où le non-dit sur les caricatures représentant le Prophète en guerrier: elles correspondent bien à une facette historique de Mahomet à laquelle Al-Qaeda et consorts restent fidèles et il n’est pas douteux que les images télévisées répétées d’égorgements au nom d’Allah l’entretiennent auprès du plus grand nombre (…) Car, depuis la défaite des partisans des «Lumières de l’islam», puis la chute de l’Empire ottoman, la réaction fondamentaliste n’a cessé de se répandre, bénéficiant depuis les années 1970 du renfort des pétrodollars. (…) Et l’un de ses vecteurs – la volonté d’imposer ses tabous et ses croyances aux autres – s’oppose radicalement au principe de relativisation religieuse des Lumières et ne cesse de progresser, puisqu’il ne vaut plus seulement pour les pays de culture musulmane, mais revendique désormais son application dans les pays issus des Lumières, comme vient de le symboliser l’affaire de la représentation du Prophète: comprenons bien que les manifestants islamistes sont hostiles non aux caricatures des religions (qu’ils pratiquent régulièrement au détriment du christianisme et du judaïsme dans leurs journaux et leurs sites avec un sens de l’ignominie sans commune mesure avec les pauvres croquis danois), mais aux caricatures de l’islam, qui, seul, mérite d’être défendu. Le paradoxe tragique est de voir les responsables européens céder du terrain à ceux qui combattent les valeurs des Lumières, au détriment des musulmans condamnés à vivre en Occident parce qu’ils souhaitent une modernisation de l’islam. (…) si l’Europe avait fini par reconnaître et aider les dissidents du communisme, les dissidents de l’islam ne bénéficient pas de la même attention: ils ne sont pas écoutés, à l’instar de la députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, dont le discours récemment prononcé à Berlin fut sans doute la parole la plus fidèle aux Lumières ayant émané d’un élu européen ces dernières années. De même, cette Europe, qui n’a cessé de dire, à la suite de Raymond Aron, que le sous-développement du bloc de l’Est s’expliquait par l’absence de liberté, estime inconvenant de reconnaître que celui des pays musulmans résulte aussi de cette absence de liberté, malgré les énormes revenus du pétrole. D’où l’usage rhétorique de la responsabilité du colonialisme dans ces pays qui constituent aujourd’hui la seule partie du monde uniformément résistante à la démocratie, à l’écart des échanges scientifiques et culturels, celle qui possède le moins de chercheurs et où l’on traduit le moins de livres.  Alors que les élites européennes entretiennent «une forme d’autocensure par rapport à la critique de l’islam», comme l’observe Stéphane Rozès, de l’institut CSA, les populations européennes viennent de découvrir son influence liberticide sur le sol européen. Il y a bien «opposition de valeurs» entre l’Occident et la littéralité du Coran, estime Yves Charles Zarka, professeur à la Sorbonne et l’un des rares à écrire publiquement ce que la plupart de ses collègues disent en privé. Deux conceptions antagonistes de la vie dans la cité et de la liberté individuelle, ainsi que l’a formulé lui-même le Premier ministre turc en dénonçant l’ «arrogance culturelle» de l’Europe, qui aurait cherché, selon lui, avec les caricatures, à «mettre à l’épreuve la patience du monde islamique et sa conception de la liberté». Eric Conan

C’est l’islam, imbécile !

Au lendemain de la polémique surréaliste qui a suivi les propos du président du CRIF sur l’origine principalement musulmane des violences intercommunautaires actuelles …

Comme celle visant un chercheur rappelant la part des sympathisants de l’extrême-gauche dans les opinions antisémites …

Et où, avec leur nouveau saccage du musée de Mossoul et contre les « tués au hasard » et croisés et inquisiteurs de Barack Obama comme les « Egyptiens égorgés » de François Hollande, nos djihadistes ne savent plus quoi inventer pour démontrer l’origine religieuse de leurs exactions …

Pendant qu’en Grande-Bretagne, on découvre l’identité, nouvelle victime de l’islamophobie occidentale, de l’égorgeur en chef de l’Etat islamique, informaticien anglo-koweiti issu d’une famille aisée de Londres …

Comme l‘attrait et l’étendue – quelque 20 000 combattants d’une cinquantaine de pays – de la mondialisation du djihad

Comment ne pas voir avec  le magistral article de l’Express d’Eric Conan il y a neuf ans …

Qu’il y a bien un « tabou » du « rapport particulier de l’islam avec la violence » …

A savoir que, contrairement au christianisme, c’est bien « en se rapprochant de ses textes » que l’islam est « sanglant et meurtrier » ?

N’éteignons pas les Lumières
Eric Conan
L’Express
27/04/2006

A l’heure où la Bibliothèque nationale de France leur consacre une remarquable exposition, comment se portent les idées qui ont fondé nos sociétés de liberté? Force est de constater que ces dernières les oublient, voire les renient, comme le montre l’actualité récente, des polémiques sur le blasphème à l’affaire Ilan Halimi

La grande exposition Lumières! Un héritage pour demain, présentée actuellement à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, réjouit le visiteur par sa qualité et sa richesse. Mais elle l’inquiète aussi un peu, sachant la propension de l’époque à muséifier et à commémorer ce qu’elle ne parvient plus à faire vivre dans le présent: les Lumières deviendraient-elles assez lointaines et exotiques pour se voir mises sous vitrines et visitées ainsi que d’autres merveilles du passé, comme on le fait pour Bonnard ou les Splendeurs de la cour de Saxe?

Les précisions de l’historien Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF, renforcent cette inquiétude: «Notre intention est de faire sortir les documents exposés du champ de l’érudition; et de les faire servir à l’examen de notre temps, pour la lucidité et pour l’action.» Au moins l’aveu est franc: devenus affaire d’érudits, les grands textes des Lumières auraient déserté la vie publique et manqueraient aussi bien à la lucidité qu’à l’action. L’actualité récente – affaire des caricatures de Mahomet, martyre d’Ilan Halimi, procès d’Outreau, voyage de Jacques Chirac en Arabie saoudite, etc. – confirme cruellement cette analyse.

Les nombreuses pièces rassemblées par cette exposition – lettres de Rousseau, édition originale de Critique de la faculté de juger, de Kant, fiche de police de Voltaire, gravures anticléricales – témoignent de la rupture que représenta le mouvement des Lumières, volonté de s’émanciper des contraintes de la religion et de la tradition avec cette conviction nouvelle que la connaissance, la curiosité et la critique ne détruisaient pas mais libéraient. Ces documents révèlent la naissance d’un individu qui se veut autonome, animé par une finalité propre et non plus seulement divine, recherchant le «bonheur» et non plus seulement le salut. Ces traces émouvantes montrent aussi que, pendant longtemps, ces idées luttaient, frémissaient, se cachaient, souffraient face à des ennemis qu’elles ne désarmèrent qu’au terme d’un long combat.

L’intérêt de cette exposition – le roman national dût-il en souffrir – est aussi d’insister sur la dimension européenne de cette «révolution des droits de l’homme». D’un bout à l’autre de l’Europe, ses acteurs et ses militants échangeaient, s’aidaient et s’accueillaient au gré de leurs incessants exils de dissidents et de proscrits: les Lumières s’appelèrent aussi Enlightenment, Aufklärung, Iluminismo.

Mais revenir aux sources et aux exigences des Lumières, c’est aussi mesurer leur oubli croissant dans nos sociétés habituées à la paix qu’elles nous ont longtemps garantie. En concevant cette exposition, son commissaire, le philosophe Tzvetan Todorov, déjà sensibilisé aux bienfaits pratiques des Lumières par son passé d’exilé de l’Est, avait l’intuition de l’urgence de rappeler les conditions non négociables de leur respect à «un moment historique marqué par le 11 septembre, par les attaques d’un certain fanatisme religieux contre la laïcité, contre l’égalité des hommes et des femmes».

Sa lucidité se voit malheureusement vérifiée depuis quelques mois: revenir en détail, à la lumière des Lumières et de leurs principes (liberté d’expression, autonomie de l’individu, universalité et égalité entre humains), sur ce qui a été fait, dit et écrit par les garants de ces principes en Europe et en France permet de constater l’importance des dégâts: oubli, trahison, reniement.
L’abandon de la liberté d’expression, attaquée dans son principe mais guère défendue

«L’idée de critique est consubstantielle aux Lumières», rappelle Tzvetan Todorov. Et elle ne peut pas avoir de limites, puisqu’elle repose sur le subjectivisme: par définition, l’usage, par les uns, de leur liberté d’expression déplaira aux autres, mais ce déplaisir, qui peut aller jusqu’à la souffrance morale, est le prix de cette liberté pour tous. La liberté d’expression est un droit mais aussi un devoir: supporter celle des autres. Une partie non négligeable de la vie culturelle doit beaucoup à l’usage illimité de cette liberté, certains mouvements, comme le surréalisme, ayant largement sollicité le blasphème et la provocation anticatholique.

Se contenter de réclamer, comme l’a fait Jacques Chirac, d’exercer cette liberté d’expression «dans un esprit de responsabilité» – formulation typiquement soviétique, c’est donc la nier dans son principe. En 1989, Jacques Chirac avait déjà traité de «fumistes» Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, et Martin Scorsese, auteur de La Dernière Tentation du Christ. Mais parler de «provocation», à propos de l’initiative de Charlie Hebdo de publier des caricatures de Mahomet, atteste la nouveauté: cet hebdomadaire qui a fait depuis des décennies de la provocation un style et un fonds de commerce jusqu’alors toléré par tous se voit soudainement condamné au plus haut niveau et ses responsables se retrouvent, en plein Paris, sous protection policière. Cette position nouvelle – «Les croyants doivent avoir droit au respect de leur croyance», selon la formule de Jean-Marie Le Pen – a été partagée par l’immense majorité de la classe politique française, à quelques exceptions près: Nicolas Sarkozy à droite («Je préfère l’excès de caricature à l’excès de censure») ou Jean Glavany à gauche («Rien ne doit nous amener à composer avec cette liberté fondamentale»).

Même recul au niveau européen. Se comportant d’emblée en coupable, Javier Solana, chargé des Affaires extérieures de l’Union européenne, a fait une tournée dans les pays arabes pour enregistrer sans un mot d’objection la demande de l’Organisation de la conférence islamique (rassemblement de pays qui, pour la plupart, n’ont jamais connu de liberté d’expression) d’un «code de conduite pour les médias européens» définissant «les limites de la liberté d’expression dans le domaine des symboles religieux».

Le président en exercice de l’Union européenne, l’Autrichien Wolfgang Schüssel, a renvoyé dos à dos dessinateurs danois et foules hystériques appelant à leur décapitation en parlant de «spirales des provocations» et le Parlement européen a voté, le 20 février, une résolution stigmatisant la responsabilité première des dessinateurs dans les violences en assurant sa «sympathie à l’égard de ceux qui se sont sentis offensés par les caricatures du Prophète Mahomet». En ajoutant que la liberté d’expression devait désormais se fonder «sur le respect pour les droits et les sensibilités des autres». Même ligne pour le Conseil des ministres, qui a fini, après quelques longues semaines de réflexion, par adopter le 27 février un texte expliquant: «Le Conseil est conscient que ces caricatures ont blessé et choqué des musulmans dans le monde entier, et il le déplore.»

Ces résolutions officielles constituent pour l’Europe un tournant historique: ainsi la liberté d’expression ne devrait plus seulement être encadrée par les lois de chaque pays et les textes européens issus des Lumières mais désormais limitée par la sensibilité de tous. Cette restriction nouvelle, dans un monde ou la communication devient mondiale et immédiate, vide de tout sens le principe de la liberté d’expression. C’est en effet à la dynamique même de l’affaire danoise – des musulmans s’estimant agressés à des dizaines de milliers de kilomètres par des dessins publiés au Danemark – que les dirigeants européens veulent soumettre leur continent. Au lieu de réaffirmer les principes de la liberté d’expression, ils manifestent de la «sympathie» pour ceux qui les nient. Ce qui signifie un reniement de la ligne défendue par la Cour européenne des droits de l’homme, dont la jurisprudence précisait jusqu’alors: «La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives et indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’Etat ou une fraction quelconque de la population.»

La panique aura été le ressort de toute cette histoire, comme l’a souligné la voix minoritaire de José Manuel Barroso: «N’acceptons pas la peur dans notre société.» Car, on l’a vite oublié, la publication des dessins danois ne constituait pas une provocation mais une réaction à une peur déjà là: c’est parce qu’un éditeur pour enfants ne trouvait plus, comme dans le passé, de dessinateurs osant dessiner Mahomet qu’un quotidien a demandé à une association d’illustrateurs de relever le défi, n’obtenant, d’ailleurs, que 12 volontaires sur ses 40 membres.

Retour à la responsabilité collective contre l’autonomie de la liberté individuelle

«Un gouvernement démocratique ne peut jamais s’excuser au nom d’un journal libre et indépendant.» La réaction immédiate et restée invariable d’Anders Fogh Rasmussen, Premier ministre danois, position typique des Lumières, aurait dû entraîner un mouvement de solidarité européen autour des Danois agressés en tant que danois et tenus responsables de ce que fait chaque Danois. Il ne vient à l’idée de personne dans une démocratie de faire l’amalgame entre les assassins du 11 septembre 2001, des attentats de Londres, Madrid, Amman ou Bali et tous les musulmans. Mais les responsables européens ont trouvé normal que le gouvernement danois, les diplomates danois, les touristes danois, les entreprises laitières danoises, les fabriques de jouets danoises subissent les lourdes conséquences d’un boycott justifié par le ressort archaïque de la haine collective – «Tu es responsable de ce que ton semblable a fait» – qui anime racismes et antisémitisme. «On ne peut plus tolérer ne serait-ce que le mot « danois »», comme l’explique Kazem Jalali, porte-parole de la Commission parlementaire iranienne des Affaires étrangères pour justifier le boycott lancé le 23 janvier en Arabie saoudite et suivi par les chambres de commerce de Dubaï, du Qatar et d’Egypte.

Au lieu de se solidariser financièrement et symboliquement avec le Danemark en déclarant que tous les produits danois étaient des marchandises européennes, l’Europe a baissé la tête en abandonnant un petit pays dont l’histoire, dans les périodes tragiques, aurait à en remontrer à beaucoup d’autres.

Au lieu de condamner les violations du droit international que constituèrent les mises à sac des représentations diplomatiques danoises – dont chaque Etat membre de l’ONU doit assurer la protection – et de rappeler ses représentants en signe de solidarité, l’Union européenne a préféré manifester sa compréhension pour la «souffrance» des casseurs et boycotteurs.

Cette démission faite de peur et d’intérêts mélangés s’est accompagnée de lâchetés du type de celles dont on se gaussait jusqu’ici avec mépris dans les livres d’histoire consacrés aux heures sombres de l’Europe. La firme Nestlé a pris les devants en publiant un encart publicitaire en première page du quotidien panarabe Asharq al-Awsat pour préciser que son lait en poudre Nido, très diffusé au Moyen-Orient, «n’est ni produit au Danemark ni importé du Danemark», comme le faisaient sous l’Occupation certains commerçants affichant «magasin non juif» sur leur devanture. Et Carrefour a laissé 18 de ses supermarchés franchisés des pays arabes (Arabie saoudite, Egypte, Qatar, Oman, Emirats arabes unis) souiller sa marque en annonçant que leurs rayons avaient été purifiés de tout produit danois et en se lavant les mains de cette infamie par un communiqué avalisant ces «décisions commerciales adaptées à leurs situations locales afin de mieux répondre aux attentes de leurs clients».

Retour de l’obscurantisme contre la Raison: les croyances mises à égalité avec la vérité

L’un des fondements des Lumières a été brutalement contesté par l’affaire danoise: la distinction entre les réalités et les croyances, le discours religieux et le discours scientifique, opposition devenue une évidence en Europe, mais qui anima le XVIIIe siècle, ainsi que le montrent nombre de documents de l’exposition Lumières! témoignant d’une lutte alors vive entre le raisonnement scientifique et l’obscurantisme, dont nous avons perdu le souvenir.

L’exemple le plus clair – et le plus odieux – de cette différence culturelle a été fourni par l’argument lancé par l’Iran (mais repris partout, y compris dans certains journaux européens) selon lequel, puisqu’on pouvait plaisanter sur Mahomet, on pouvait plaisanter sur l’existence d’Auschwitz. Ce sophisme permet de mesurer le gouffre d’incompréhension qui sépare les sociétés issues des Lumières – où la réalité et sa critique constituent les principales sources du débat – des sociétés où tout relève de la croyance et où la croyance la plus absolue reste la foi religieuse: le travail de la Raison lui étant subordonné, la vérité n’a guère de statut. Et la certitude que le judéocide est un mythe et Auschwitz une supercherie n’appartient pas aux seuls islamistes militants, mais constitue une croyance quasi générale dans les sociétés du Moyen-Orient, devenues les principaux lieux d’édition des Protocoles des Sages de Sion, faux antisémite utilisé par les nazis et aujourd’hui sanctifié par la charte du Hamas.

Cette incompréhension envers le principe de la Raison n’est plus simplement une particularité exotique. En effet, elle a resurgi au cour de l’espace scolaire européen, certains élèves contestant le contenu des cours d’histoire, de sciences, de lettres ou de philosophie au nom du primat de leurs croyances religieuses. Un nouvel exemple de cette absence de limite entre réalité et mensonge vient d’être fourni par le film turc La Vallée des loups – Irak mettant en scène un médecin juif prélevant des organes sur les détenus de la prison américaine d’Abou Ghraib au profit de patients juifs de New York, Londres et Tel-Aviv. Ce film, qui connaît un énorme succès en Turquie, est projeté depuis quelques semaines sur les écrans français après avoir obtenu du Centre national du cinéma une autorisation exceptionnelle de projection.

La confiance dans la Raison décline au sein même des élites, qui ont de plus en plus tendance à vouloir protéger la vérité par la loi et la justice plus que par le débat. Cela a commencé en France avec la loi Gayssot, donnant l’impression que l’argumentation était impuissante face à Faurisson et, depuis, le débat public laisse de plus en plus la place à des procédures judiciaires d’excommunication.

L’universalisme décline sous l’influence du relativisme culturel: le principe de l’égalité devant la loi s’applique à géométrie variable

C’est le grand retour du maurassisme: la tribu, le groupe, le sang, la race priment de plus en plus sur l’individu autonome, émancipé de toute dépendance, qu’avaient voulu les Lumières. Le «droit à la différence» en vogue dans les années 1980 en Europe – y compris en France, où le modèle républicain fut quasiment mis entre parenthèses – a conforté la dynamique communautaire d’Européens d’immigration récente et venus d’horizons étrangers aux principes des Lumières. La suspension de ces principes pour certaines parties de la population en raison de leurs origines s’est ainsi répandue, de la polygamie reconnue par le Conseil d’Etat en 1980 au refus des organisations musulmanes de respecter la liberté de conscience (droit de changer de religion) accepté par le ministère de l’Intérieur en 1999.

L’ «origine» prend de plus en plus le pas sur la volonté: l’individu ne s’appartient plus, il est renvoyé à une détermination étouffante. La petite-fille de Maurice Papon perd son emploi parce que son ascendance pèse plus lourd que ses mérites et talents. Le Figaro nous annonce que TF 1 confie la présentation du journal de 20 heures «à une « minorité visible »». Des élèves allemands venus dans des collèges de Seine-Saint-Denis dans le cadre d’échanges pédagogiques viennent d’être rapidement et discrètement rapatriés par le rectorat de Créteil après avoir été agressés à coups de pierres aux cris de «sales Boches!», expression qui avait disparu du paysage depuis quelques décennies.

Cette lecture par les origines, qui défait l’unicité du genre humain proclamée par les Lumières, s’insinue partout, au point de modifier des réactions qui ne devraient obéir qu’au prisme des droits de l’homme. Le comportement très variable de la presse et des politiques selon l’origine des auteurs ou victimes de faits divers constituent un bon indicateur de cette dérive. Sohane Benziane, 17 ans, qui a été brûlée vive par des machos, le 4 octobre 2002, dans un local à poubelles de la cité Balzac de Vitry, n’a eu droit ni à une manifestation de la Ligue des droits de l’homme ni à un communiqué de l’Elysée. Comme s’il était définitivement admis que les droits de la femme étaient culturellement contingents et que le sort barbare de Sohane correspondait à une manière de traiter les femmes relevant d’une jurisprudence qui ne nous regardait pas.

L’affaire Ilan Halimi aura illustré, de manière inverse, ce même empire de la lecture par les origines. Parce que, au contraire de celui de Sohane, le martyre d’Ilan Halimi a bénéficié d’un émoi communautaire, la dimension antisémite du crime a été mise en avant au travers d’un hommage officiel rendu à la synagogue. Les responsables de l’Etat se sont d’autant plus associés à cette lecture qu’ils se sentent désarmés – et peut-être davantage responsables – face à la dimension barbare du crime, révélatrice d’une culture de la violence brute qui s’est installée dans certaines parties du territoire. L’échec de la manifestation qui a suivi pourrait s’expliquer par cette communautarisation: si les Français juifs sont malheureusement habitués à l’inquiétude que provoque chez eux depuis quelques années l’installation d’un antisémitisme désormais banalisé, beaucoup de non-juifs peuvent avoir le sentiment que la menace de violences est désormais générale mais que les victimes qui ne peuvent être rattachées à un syndicat de défense des origines sont délaissées et oubliées. «Les juifs doivent résister à la tentation paranoïaque et mégalomaniaque de se croire les victimes exclusives de la nouvelle férocité», comme le souhaite Alain Finkielkraut.

Ainsi, l’agression d’une assistante sociale dans un centre d’IVG de Schiltigheim, qui a subi réellement ce que la mythomane du RER D avait inventé (violemment frappée, elle a eu son tee-shirt arraché, «Mohamed» a été écrit sur son ventre et «sale juive» sur le mur de son bureau), n’a plus guère suscité d’intérêt après qu’un enquêteur eut précisé étrangement: «Cette affaire ne s’inscrit pas dans un contexte raciste, l’assistante sociale n’est pas juive.» De même, Chahrazad, brûlée à 60% par un amoureux éconduit en novembre 2005, ne comprend pas que «des policiers soient allés jusqu’en Côte d’Ivoire pour chercher le meurtrier d’Ilan Halimi», alors que son agresseur est toujours en fuite: «Les enquêteurs sont venus me voir une seule fois, en janvier, et, depuis, plus rien. C’est comme si ce n’était qu’une voiture qui avait brûlé.»

A tous les niveaux, attitudes, jugements ou sanctions varient désormais en toute incohérence en fonction de l’origine des protagonistes. Victimes, mais aussi auteurs. David Irving a été lourdement condamné (trois ans de prison ferme) le 21 février dernier à Vienne pour des propos négationnistes tenus il y a dix-sept ans, alors qu’il avait plaidé coupable et les avait reniés et regrettés à l’audience. Mais, dans le même temps, radios, télés satellitaires et sites Internet islamistes déversent, à flot continu et en toute impunité, des insanités négationnistes bien pires.

C’est le règne du deux poids, deux mesures. Un père catholique refusant une liaison entre sa fille et un jeune musulman sera, à juste titre, voué aux gémonies de l’inhumanité raciste, tandis qu’un père musulman interdisant à la sienne de fréquenter un catholique ou un juif ou refusant de serrer la main d’une enseignante bénéficiera d’une tolérance bienveillante justifiée par sa différence culturelle. De même, le président de l’Association des imams de France peut exposer sans problème dans Libération l’infériorité naturelle de la femme et sa nécessaire soumission à l’homme, tandis que pour avoir simplement défendu le respect des femmes au foyer Christine Boutin fut renvoyée illico à Vichy.

Les Lumières savaient identifier leur ennemi («Ecrasons l’infâme»), l’Europe pense qu’il suffit d’affirmer n’avoir plus d’ennemis pour qu’ils disparaissent

Les textes et les lettres des acteurs des Lumières attestent leur inquiétude et leur attention à tout ce qui s’oppose à leurs idées. La faiblesse intrinsèque des sociétés européennes qui vivent sur leur héritage consiste à projeter régulièrement leurs propres valeurs (négociation, délibération, raison et démocratie) en direction de ceux qui les nient. Qu’il s’agisse de la politique d’ «apaisement» face au nazisme ou du pacifisme face au bloc soviétique, la tendance à l’aveuglement sur la réalité ou la dangerosité de ses ennemis semble constituer le revers d’une confiance en soi européenne faite d’un mélange d’arrogance universaliste et d’inconscience naïve.

Une nouvelle illustration en est fournie par le débat sur le «vrai islam» ou l’ «islam des Lumières». Cette préférence pour un islam rêvé est une manière de détourner les yeux de l’islam réel, comme une partie des élites détournèrent longtemps les yeux du communisme réel. Or la dynamique de l’islam mondial, depuis une vingtaine d’années, le pousse à une radicalisation et la tendance actuelle n’est pas au rapprochement, mais à l’éloignement, ainsi que le rappelle Abdelwahab Meddeb dans un texte passionnant mais pessimiste du catalogue de l’exposition Lumières!

Il y eut un mouvement des Lumières au sein des élites musulmanes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Epoque où, parmi bien d’autres, le mufti d’Egypte Muhammad Abduh affirmait que, en cas de conflit entre la Raison et la tradition religieuse, «c’est à la Raison qu’appartient le droit de décider». De même, Qasim Amin revendiqua l’égalité de l’homme et de la femme dans une société totalement mixte. Et Ali Abderraziq proposa de renoncer au système de pouvoir de l’Etat islamique pour adopter la forme des Etats européens, séparant pouvoirs spirituel et temporel. Ce mouvement des Lumières a échoué. Abdelwahab Meddeb souligne que la rupture nécessaire, trop forte, fut d’autant plus considérée comme une trahison qu’elle consistait à s’aligner sur un univers européen de culture chrétienne censé être en retard par rapport à l’islam, qui se voit comme la forme ultime du monothéisme.

Et il y a bien, autre tabou, un rapport particulier de l’islam avec la violence. A l’origine, Mahomet fut un chef religieux et militaire allant de succès en succès par les armes, tandis que Jésus fut un homme seul et pourchassé ayant comme seule arme le verbe. Cette ambiguïté persiste avec la présence de nombreux versets du Coran appelant au meurtre des non-musulmans, versets sans équivalents dans les textes judéo-chrétiens. Ce qui se traduit par une dissymétrie fondamentale: les religions chrétiennes furent sanglantes et meurtrières en s’éloignant de leurs textes tandis que l’islam le fut en se rapprochant des siens. C’est pourquoi les partisans d’un islam pacifique proposent de réformer le Coran en le purgeant de ses versets violents contre les infidèles. Mais, pour l’instant, ces réformateurs y laissent souvent leur vie.

D’où le non-dit sur les caricatures représentant le Prophète en guerrier: elles correspondent bien à une facette historique de Mahomet à laquelle Al-Qaeda et consorts restent fidèles et il n’est pas douteux que les images télévisées répétées d’égorgements au nom d’Allah l’entretiennent auprès du plus grand nombre, comme le souligne Pascal Bruckner: «Si tous les musulmans ne sont pas terroristes, une majorité de terroristes se réclament de l’islam, entachent la réputation de leurs coreligionnaires, traînent leur religion dans la boue, le sang, les massacres.»

Car, depuis la défaite des partisans des «Lumières de l’islam», puis la chute de l’Empire ottoman, la réaction fondamentaliste n’a cessé de se répandre, bénéficiant depuis les années 1970 du renfort des pétrodollars. «L’islamisme, c’est l’islam quand il fonctionne comme une idéologie et une stratégie de pouvoir», selon la formule de Jean Daniel. Et l’un de ses vecteurs – la volonté d’imposer ses tabous et ses croyances aux autres – s’oppose radicalement au principe de relativisation religieuse des Lumières et ne cesse de progresser, puisqu’il ne vaut plus seulement pour les pays de culture musulmane, mais revendique désormais son application dans les pays issus des Lumières, comme vient de le symboliser l’affaire de la représentation du Prophète: comprenons bien que les manifestants islamistes sont hostiles non aux caricatures des religions (qu’ils pratiquent régulièrement au détriment du christianisme et du judaïsme dans leurs journaux et leurs sites avec un sens de l’ignominie sans commune mesure avec les pauvres croquis danois), mais aux caricatures de l’islam, qui, seul, mérite d’être défendu.

Le paradoxe tragique est de voir les responsables européens céder du terrain à ceux qui combattent les valeurs des Lumières, au détriment des musulmans condamnés à vivre en Occident parce qu’ils souhaitent une modernisation de l’islam. Ainsi du philosophe Abdennour Bidar, qui demande que le «choix de sa pratique, de sa croyance, de sa religion, de son mode de vie, bénéficie d’une véritable et entière reconnaissance dans la culture musulmane, ce qui n’est pas le cas»: «Aucune légitimité réelle n’a jamais été donnée à l’initiative individuelle de celui qui choisirait de ne pas respecter telle ou telle prescription de la charia.»

Mais si l’Europe avait fini par reconnaître et aider les dissidents du communisme, les dissidents de l’islam ne bénéficient pas de la même attention: ils ne sont pas écoutés, à l’instar de la députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, dont le discours récemment prononcé à Berlin fut sans doute la parole la plus fidèle aux Lumières ayant émané d’un élu européen ces dernières années. De même, cette Europe, qui n’a cessé de dire, à la suite de Raymond Aron, que le sous-développement du bloc de l’Est s’expliquait par l’absence de liberté, estime inconvenant de reconnaître que celui des pays musulmans résulte aussi de cette absence de liberté, malgré les énormes revenus du pétrole. D’où l’usage rhétorique de la responsabilité du colonialisme dans ces pays qui constituent aujourd’hui la seule partie du monde uniformément résistante à la démocratie, à l’écart des échanges scientifiques et culturels, celle qui possède le moins de chercheurs et où l’on traduit le moins de livres.

Alors que les élites européennes entretiennent «une forme d’autocensure par rapport à la critique de l’islam», comme l’observe Stéphane Rozès, de l’institut CSA, les populations européennes viennent de découvrir son influence liberticide sur le sol européen. Il y a bien «opposition de valeurs» entre l’Occident et la littéralité du Coran, estime Yves Charles Zarka, professeur à la Sorbonne et l’un des rares à écrire publiquement ce que la plupart de ses collègues disent en privé. Deux conceptions antagonistes de la vie dans la cité et de la liberté individuelle, ainsi que l’a formulé lui-même le Premier ministre turc en dénonçant l’ «arrogance culturelle» de l’Europe, qui aurait cherché, selon lui, avec les caricatures, à «mettre à l’épreuve la patience du monde islamique et sa conception de la liberté».

Car cette revendication d’une différence de valeurs n’est pas niée: il suffit d’écouter, ou de lire. Ainsi de cette invraisemblable Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, régulièrement invoquée par les organisations islamiques mais rarement consultée. Adoptée le 19 septembre 1981 à Paris, lors d’une réunion organisée par l’Unesco, cette déclaration parle pourtant d’or. C’est la négation de celle de 1789: «Les droits de l’homme de l’islam sont fortement enracinés dans la conviction que Dieu, et Dieu seul, est l’auteur de la Loi et la source de tous les droits de l’homme.» Elle se borne donc, dans la plupart des domaines, à s’en remettre à la charia.

Ce qui empêche de la lire pour ce qu’elle est, c’est un refus permanent de voir ce qui est sous les yeux. Un journal télévisé peut ainsi expliquer que les «protestations contre les caricatures dégénèrent en violences interconfessionnelles» parce que, dans plusieurs pays, les manifestants s’en sont pris à des chrétiens pour se venger des Danois. Les Verts allemands, très pointilleux sur l’homophobie, protestent contre une question posée aux nouveaux immigrés turcs pour s’assurer de leur tolérance envers les homosexuels. L’AFP, Canal + et France 2, qui ne nous avaient pas habitués à ces pudeurs, décident de censurer les «paroles provocatrices» de Fofana et les images le montrant faisant le signe de la victoire. Et, après la punition par le feu de Chahrazad, à Neuilly-sur-Marne, la Ligue des droits de l’homme publie un communiqué dénonçant «la violence et l’archaïsme des rapports de sexe dans lesquels vit encore la société française» ?
Les Lumières, fragiles, peuvent s’éteindre si elles ne sont pas défendues

Dernière différence qui nous sépare des artisans des Lumières: ils avaient conscience de la fragilité et de la contingence de leurs valeurs, parce qu’ils avaient connu l’absolutisme et le poids des préjugés qui lui préexistaient. Ils savaient qu’il fallait défendre avec conviction, et en permanence, l’esprit des Lumières. En Grande-Bretagne, où une chaîne de télévision a récemment annulé la diffusion d’un documentaire sur les abus contre les filles musulmanes pour éviter d’ «augmenter la tension communautaire», Tony Blair vient d’expliquer que son action politique était «dictée par sa conscience religieuse» et que «Dieu seul le jugerait», ce qui constitue une négation de la représentation politique se soumettant à la délibération démocratique et à la Raison.

Nous n’en sommes pas encore là en France. Mais dans ce pays où la prétention du religieux à primer ne fut défaite, non sans violence, que par la loi de 1905, l’oubli des politiques, à commencer par le président de la République, de célébrer solennellement le centenaire de cette loi – afin de «ne pas heurter les sensibilités religieuses», comme on l’expliquerait en haut lieu – constitue le signe évident d’un déficit de conviction. Dans un pays ou un directeur de journal peut désormais être licencié pour blasphème et où le producteur d’Arte Daniel Leconte, qui a reçu plusieurs fois Salman Rushdie, en vient à avouer qu’il «serait aujourd’hui difficile de refaire ces émissions», l’attitude de Jacques Chirac à l’égard de Charlie Hebdo ainsi que son pathétique périple de VRP en Arabie saoudite sans un mot contre le boycott des produits danois, confirme cette défaillance. Il n’est donc pas étonnant que le président de la République vienne de recevoir – non pas d’islamistes, mais de l’intégralité des représentants de l’ «islam modéré» du Conseil français du culte musulman mis en place par Nicolas Sarkozy – une pétition lui demandant une loi rétablissant l’interdiction du blasphème, abrogée en 1791. Cette demande que soit réprimée «l’insulte et la diffamation sur Dieu et ses prophètes» n’est d’ailleurs pas dénuée de menaces, puisqu’elle précise qu’une telle loi est désormais nécessaire pour empêcher la «diffusion d’un esprit malsain risquant de porter atteinte à l’ordre public». Un député UMP s’est déjà empressé de traduire cette requête en proposition de loi édictant que «tout discours, cri, menace, écrit imprimé, dessin ou affiche outrageant, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure».

Voltaire n’est plus là pour répliquer. Qui reprendra sa réponse, que l’on peut lire sous une vitrine à l’exposition Lumières!: «Le droit de dire et d’imprimer ce que nous pensons est le droit de tout homme libre, dont on ne saurait le priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse»?

Voir aussi:

Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison.

Blois, le 20 février 2015

D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ?

« Nommer les victimes »

Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison.

Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison.

Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. »

C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Élysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays.

Comme l’a rappelé Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient : « Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée ».

D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays.

Voir encore:

Qui est Mohammed Emwazi, le bourreau anglais qui se cachait derrière « Jihadi John » ?
Métronews

26-02-2015 21:03

TERRORISME – Le bourreau masqué qui apparaît dans plusieurs vidéos d’exécutions de l’Etat Islamique et se faisait surnommer « Jihadi John » a été identifié par la presse. Diplômé en informatique, il est issu d’une famille aisée de Londres.

Il se cachait derrière le surnom « Jihadi John », un pseudo qu’on lui a attribué alors qu’il surveillait des otages occidentaux, à la tête d’un petit groupe de djihadistes se faisant appeler « Les Beatles ». Depuis août 2014, il est apparu dans de nombreuses vidéos d’assassinats revendiquées par l’Etat Islamique (EI), proférant des menaces avec un fort accent de la banlieue de Londres. Ce jeudi, les journaux britanniques et américains ont révélé son identité. Il s’agit de Mohammed Emwazi.

Âgé de 26 ans, le djihadiste présumé né au Koweit a été élevé dans l’ouest de Londres, au sein d’une famille aisée. Diplômé en informatique de la faculté de Westminster, il aurait gagné la Syrie en 2012 avant de rejoindre l’Etat Islamique. Mais la première fois qu’il est repéré par les autorités britanniques, c’est en 2009, lors d’un voyage en Tanzanie au cours duquel il est soupçonné de vouloir se rendre en Somalie. Il n’y parviendra pas : rattrapé par la police, il est emprisonné et ramené vers la Grande-Bretagne.

Figure incontournable

Ce que l’on connait surtout de lui, à présent, c’est sa silhouette. Toujours vêtu de noir et armé d’un couteau, le visage couvert, il apparaît dans au moins sept vidéos d’exécutions. Décidément pas à cours d’alias, il adopte pour nom de guerre Jalman Al-Britani dès sa première apparition dans une vidéo : celle de l’assassinat de James Foley. Suivent celles de Steven J. Sotloff, de David Cawthorne Haines, du chauffeur de taxi britannique Alan Henning et du travailleur social américain Peter Kassig. Devenu figure incontournable du groupe EI, on l’a vu dernièrement dans la vidéo avec les otages japonais, peu avant qu’ils ne soient tués.

Son identification par la presse a été confirmée par Shiraz Maher, l’un des experts britanniques des mouvements djihadistes. Pour lui, le parcours de Mohammed Emwazi démontre que les djihadistes ne sont pas uniquement issus de la pauvreté et de l’exclusion.

Du côté de Scotland Yard, on se refuse à confirmer le nom du suspect, faisant valoir que « l’enquête est toujours en cours » et ne voulant pas compromettre la traque d’un des combattants les plus recherchés de l’EI.

2 commentaires pour Polémique Cukierman: Contrairement au christianisme, c’est en se rapprochant de ses textes que l’islam est sanglant et meurtrier (It’s islam, stupid !)

  1. jcdurbant dit :

    IT’S THE RELIGION OF PEACE, STUPID ! (Egyptian TV moderator spills the beans on islam)

    « The situation right now is that there are Muslims at large who want to kill the world. I know that you are not comfortable with the truth, and that people will say that they are not Muslims, they are not among us… No way! They are from among us! The people who kill us here in Egypt are also from among us! (…) Face up to yourself! There are movements in Islam that allow those things. […] The Islamic State in Syria… Who are these people? Don’t tell me that they are not Muslims. In Iraq too, they are Muslims. What ISIS does… They took children from Mount Sinjar, and raped and slaughtered them… This was done by Muslims. Should I quote from early history? It was Muslims who killed Hussein. […] You would not be exploited if you did not harbor this ideology. How come they do not exploit other religions? How come only the Muslims do those things? […] This is a war of ideology, not of weapons. (…) Are the people in Belgium responsible for your worthless education?! (…) It was because of their corrupt and distorted ideology, which is nurtured by corrupt sources within the religion of Islam. I’m choosing my words very carefully, but we all know the truth. Do you really want to bury your head in the sand, and blame [the West] for this?! (…) And what about the people who killed Hussein? (…) Three of the righteous caliphs were killed while praying! (…) Did Belgium kill them or England? Or maybe it was done by the CIA? […] How come you don’t see Jewish terrorists? (…) I’m talking about religion (…) I’m talking about Jewish groups… Do you see a Jew going around shooting people, anywhere in the world? Do you see Christians groups shooting people? (…) We are the only ones who express this violently. »

    Amr Adeeb (Egyptian TV moderator, March 22 2016)

    http://www.memritv.org/clip_transcript/en/5411.htm

    http://www.memritv.org/clip/en/5411.htm

    https://gloria.tv/video/6tqrENRkKmSECcLihgT3g1hEi

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