Auschwitz/70e: Après Auschwitz plus résolument que jamais (The responsibility rests also indirectly upon the whole of humanity: Member of exiled Polish government revealed to an indifferent world « greatest crime in human history » three years before Auschwitz’s liberation)

News of the world (Queen, 1977)https://i0.wp.com/i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/03177/DT1942_3177339a.jpg
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Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 3: 1-5)
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif … Martin Niemöller
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
Auschwitz is (…) misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves. Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust. Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death. The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims. Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs. Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means. (…) Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right. This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity. Daniel Jonah Goldhagen
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. (…) Depuis quelques temps, je m’intéresse au doigt de Dieu, au hasard. Sous la nef s’élèvera une montagne de vêtements, haute d’environ dix mètres. Une grande pince au bout d’une grue prendra ces vêtements, les amènera jusqu’au ciel et les relâcher. Quand je marche dans une forêt, j’écrase sans le vouloir des fourmis à l’égard desquelles je ne nourris aucune animosité. Aujourd’hui je pense que Dieu, de la même manière, est indifférent. De temps en temps il écrase des choses en dessous de lui, mais sans désir de méchanceté. (…) Vous savez ce qu’on dit : le Russe bat le Polonais, le Polonais bat le Juif, le Juif bat son chien. On bat toujours plus bas que soi. Cet homme pourrait être nous, ou ne pas l’être. Ou pas encore. C’est le pouvoir sur l’homme qui est terrible. La loi française avait interdit aux Juifs d’avoir un chat. Notre voisin, un homme extrêmement sympathique, est venu un jour : si votre chat continue à m’embêter, je vous dénonce. Il n’était pas mauvais, mais on lui avait donné ce pouvoir. (…) Je ne cesse de penser au hasard, avec cette question, absurde, inexpliquée : pourquoi, moi, je suis encore vivant ? Et pourquoi mon voisin est-il mort ? Il n’y a aucune règle à tout ça, et cette chose m’obsède. Ma vie et mon oeuvre ont été très marqués par la Shoah – à ma naissance, en 1944, mes parents ont volontairement effacé leurs traces, et nous avons vécu dans un appartement parisien dissimulés sous le plancher de la maison -, et je crois que tous les survivants de la Shoah n’ont cessé de se poser la question: pourquoi j’ai survécu? Christian Boltanski
Elle est bien là, la mort estampillée XXe siècle, la mort hitlérienne, celle des industriels et des scientifiques qui se regroupaient autour d’une table pour discuter des moyens de rendre leur industrie rentable : comment tuer, à moindre coût et sans trop salir, le plus de monde possible, prisonniers des camps amenés par trains entiers. Une première dans l’histoire de la guerre ; ici l’horreur n’est plus barbarie, mais annihile l’émotion pour laisser place à un esprit logique, au sens de l’organisation. Lorraine Alexandre
Né dans une famille juive originaire de Russie, le père, médecin, s’est converti au christianisme. La mère, née dans une famille bourgeoise désargentée, atteinte de la polio à 22 ans, a abandonné ses études. La guerre survient et ses lois antijuives. Dans l’appartement du 7e arrondissement, une dispute éclate. Hurlements, claquements de porte. A la concierge, on explique que le père a abandonné le domicile familial. A Luc, 2 ans, que papa est parti. Le divorce est prononcé. A la Libération, l’enfant assiste « avec effroi » au retour du père. L’homme était caché dans un réduit, aménagé sous le plancher. « Il sortait la nuit, c’est même comme ça que j’ai été conçu », raconte Christian, né en 1944. Le Monde
J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai souvent été prophète et, la plupart du temps, on ne m’a pas pris au sérieux (…) lorsque j’annonçais que (…) je résoudrais  (…) le problème juif (…) Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe. Adolf Hitler (Discours au Reichstag, 30 janvier 1939)
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement. (…) Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler. (…) On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ? (…) Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner. (…) J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.(…) De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés. [l’anéantissement des Juifs] n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…(…) Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.(…) Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature. (…) J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich (…) Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… Rudolph Höss (1947)
Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie. (…) Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Olivier Ypsilantis
A la fin de 1943, alors que, en règle générale, les ghettos avaient été nettoyés, que les déportations avaient été menées à bien dans la plupart des pays sous contrôle allemand et que les camps d’extermination de l’action Reinhardt avaient été démantelés et détruits – et les restes des victimes méticuleusement éliminés -, un bref communiqué parut dans le Völkischer Beobachter, indiquant au lecteur moyen toute l’étendue de l’application de la « solution » de la question juive : « Selon les estimations de la presse juive de Palestine, le nombre total des Juifs est de 13,5 millions. Dont 4,6 millions aux Etats-Unis, 425 000 en Angleterre, 200 000 au Canada, 100 000 en Afrique du Sud, 350 000 en Australie, 300 000 en Argentine et 300 000 dans tous les autres Etats des deux Amériques. D’après les Etats-Unis, la Palestine abriterait 550 000 Juifs, hébreux pour la plupart. Ces estimations ne tiennent évidemment pas compte des Juifs religieux. La moitié des Juifs soviétiques se trouveraient désormais à l’est de l’Oural. » Il suffisait alors de consulter le Grand Brockhaus pour constater que le nombre des Juifs à la fin des années 20 (…) oscillait entre 15 et 16 millions. La différence sautait donc immédiatement aux yeux, d’autant que le Brockhaus ne comptabilisait que 3,6 millions de Juifs pour les Etats-Unis (et non 4,8 millions). Mais un lecteur consciencieux aurait dû être frappé par le fait que dans ce bref communiqué, la Palestine était indiquée comme la deuxième région comptant le plus grand nombre de Juifs. Cela signifiait que les communautés présentes dans le Brockhaus, les 3,5 millions de Juifs polonais, les 2,75 millions de Juifs soviétiques, les 834 000 Juifs roumains, ainsi que les 564 000 Juifs allemands (auxquels il fallait ajouter théoriquement les 300 000 Juifs autrichiens depuis l’Anschluss) n’existaient plus, du moins dans cet ordre de grandeur. Peter Longerich (« Nous ne savions pas. » Les Allemands et la Solution finale. 1933 – 1945,  2008)
Les hommes âgés de 14 à 80 ans sont conduits dans un même endroit, souvent un square ou un cimetière, et sont tués avec un couteau, une arme à feu ou des grenades. Ils ont dû creuser leur propre tombe en amont. The Telegraph (juin 1942)
This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. » Leon Feiner (to Jan Karski)
The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out. But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility. Szmul Zygielbojm
It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history. Szmul Zygielbojm
Par ma mort, je voudrais, pour la dernière fois, protester contre la passivité d’un monde qui assiste à l’extermination du peuple juif et l’admet. Szmul Zygielbojm

Quand le « Telegraph » révélait dès 1942 le « plus grand massacre de l’Histoire » …

En ce 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz …

Où, après la Marche républicaine de Paris, le prétendu chef du Monde libre a à nouveau brillé par son absence

Pendant qu’au Moyen-Orient et en Afrique ou même en Occident et après les ottomans en Turquie, les derniers djihadistes en date s’acharnent à appliquer, dans la plus grande indifférence, leur promesse de solution finale à la question juive et chrétienne

Ou, à l’instar de l’Iran, s’en fourbissent les armes …

Et avec cet article d’avant-dernière page du Telegraph (« Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne : chambres à gaz mobiles ») qui révélait, trois ans avant sa libération, l’existence de chambres à gaz et le massacre perpétré contre les Juifs par les nazis.

Comment oublier …

Le mur d’ « indifférence, de doutes et même de suspicions » auxquels se heurta …

Szmul Zygielbojm, le membre du gouvernement polonais en exil à Londres …

Qui, via un réseau de contacts clandestins en Pologne occupée, avait fourni les informations …

Et, en une ultime forme de protestation avec la mort de sa femme et de son fils lors de la révolte du Ghetto de Varsovie, s’en tua un an après ?

Mais aussi, avec Hans Jonas …

Et contre la logique dévoyée tant des génocideurs eux-mêmes que de nombre de lecteurs de la Bible encore aujourd’hui …

L’affirmation qu’ « après Auschwitz » …

Et malgré même ce que dans sa quête du Dieu unique, la Bible du Déluge avait pu en dire …

« Plus résolument que jamais auparavant, Dieu est bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde » ?

Holocaust Memorial Day: Telegraph revealed Nazi gas chambers three years before liberation of Auschwitz
The Telegraph disclosed the existence of Nazi gas chambers and the “mass killing” of Jews almost three years before the liberation of Auschwitz on Jan 27, 1945
David Blair
The Telegraph

26 Jan 2015
It was under the headline “Germans murder 700,000 Jews in Poland”, that this newspaper reported the “greatest massacre in the world’s history” on June 25, 1942.

The story was remarkably detailed and accurate, yet the credit belongs neither to this newspaper nor the anonymous “Daily Telegraph reporter” who was the author. All the facts were supplied by Szmul Zygielbojm, a member of the Polish government in exile who made it his mission to inform the world about the Holocaust.

After arriving in London in 1942, Zygielbojm used a clandestine network of contacts across occupied Poland to gather eyewitness accounts of the fate of Jews. The particular information in The Daily Telegraph’s story was smuggled to London on microfilm hidden inside a key.

The newspaper was able to report that gas chambers were being used for industrialised murder from November 1941 onwards – and “an average 1,000 Jews were gassed daily”. The story methodically lists the death toll from massacres in seven different towns and cities.

“In many places Jews were deported to ‘unknown destinations’ and killed in neighbouring woods,” reads the story. “In Vilna 50,000 Jews were murdered in November. The total number slaughtered in this district and around Lithuanian Kovno is 300,000.”

Post-war investigation established that hundreds of thousands of Jews were killed in mass shootings in Nazi-occupied areas of the former Soviet Union – just as this story made clear. “In Rovne the murders began early in November. In three days and nights nearly 15,000 men, women and children were shot,” reads the report.

In the pages of The Daily Telegraph, Zygielbojm succeeded in revealing the mass murder of Jews. But he was dismayed by the lack of public reaction.

As early as August 1941, Winston Churchill had denounced the atrocities against the Jews as a “crime without a name”. Yet Zygielbojm detected no wave of revulsion sufficient for the Allies to take special steps to obstruct the Holocaust.

The Telegraph chose to report the “greatest massacre in the world’s history” on page five of a six-page newspaper.

Zygielbojm’s informants were taking immense risks and their reports were meticulously accurate, yet he often encountered indifference, disbelief or even suspicion.

When The Telegraph’s story appeared, Zygielbojm’s wife, Manya, and their son, Tuvia, were still living in occupied Poland as prisoners in the Warsaw Ghetto. Both died during the razing of the Ghetto in 1943.

Crushed by this tragedy – and by the weight of indifference towards the fate of the Jews – Zygielbojm took his own life on May 11, 1943.

“The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out,” he wrote. “But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.”

 Voir aussi:

Tragic story of heroic Jew who exposed the holocaust to the world… then killed himself after his wife and son were murdered in Warsaw Ghetto uprising
Szmul Zygielbojm was the first to reveal full horror of the Holocaust in 1942
Adam Luck

MailOnline

27 January 2015

When Szmul Zygielbojm stood up and denounced ‘the greatest crime in history’ in 1942 the Polish politician was revealing to the world for the first time the full horror of the unfolding Holocaust.

Three years before the liberation of the death camps, Zygielbojm issued his clarion call but also sowed the seeds of his own destruction warning it would ‘be a shame to go on living’ if nothing were done.

Just a year later, the Jewish activist took his own life in his London apartment when he realised that Allied leaders and world opinion could not or would not do anything to stop the horror.

To compound his despair Zygielbojm had learnt that his own wife and child had perished at the hand of the Nazis during the uprising in the Warsaw Ghetto in the early part of 1943.

Until now, however, the extraordinary story of this left-wing activist and politician has remained cloaked in obscurity despite the fact that Zygielbojm’s secret network help expose the Final Solution.

Born in eastern Poland, Zygielbojm became heavily active within Jewish trade unions and when Germany invaded Poland in 1939 he took part in organising the Warsaw defence committee.

When the Nazis ordered Jewish leaders to help with the creation of a ghetto in the Polish capital, Zygielbojm publicly opposed the command – and was subsequently smuggled out of the city.

After travelling to Belgium, France and the US, where he spoke at a series of meetings to raise awareness about the plight of Jews, he eventually found himself in London in March 1942.

Realising that he was dealing with a sceptical non-Jewish public, Zygielbojm used British newspapers and the BBC to pass on detailed information he was being supplied with from occupied Europe.

In June 1942, The Daily Telegraph headline read ‘Germans murder 700,000 Jews in Poland’ and readers were told it was ‘the greatest massacre in the world’s history.’

The source for this story was Zygielbojm, by now a member of the Polish government in exile, who provided information that ‘an average of 1,000 Jews were being gassed daily’.

Zygielbojm’s network of informants had gathered eye-witness accounts from across Europe, not least the industrial scale of the mass murder with gas chambers being used.

Although Winston Churchill had denounced the Nazi crimes against the Jews as a ‘crime without a name’ as early as 1941, credible and detailed evidence was supplied by Zygielbojm and his network for the first time.

Speaking to the BBC, he said: ‘It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history.

‘In the name of millions of helpless, innocent, doomed people in the ghettos, whose unseen hands are stretched out to the world, I beseech you, you whose conscience is still alive: Expunge the raging shame which is being perpetrated against the human race.’

One of the key pieces in this jigsaw was the Christian Jan Karski, who was the link between the Polish underground resistance and the Polish government in exile in London.

When he was in the Warsaw Ghetto, Karski relied on a guide called Leon Feiner, who also belonged to the Bund, the same Jewish left-wing organisation that Zygielbojm was a member of.

But when Karski relayed the situation to the British and American governments, as well as Zygielbojm, in late 1942 it became clear that the Allies were unable or unwilling to act.

When Zygielbojm asked Karski what message, if any, he had from the Jews trapped in the Warsaw Ghetto, Karski relayed a message from Zygielbojm’s comrade Leon Feiner.

Karski later revealed the message from Feiner: ‘This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. »‘

In April 1943, the US and UK governments met in Bermuda, supposedly to come up with answers to the unfolding plight of Jews in occupied Europe.

Ironically this happened just as the Jewish resistance rose up the Warsaw Ghetto despite facing overwhelming numbers of well armed Nazi troops.

An estimated 13,000 Jews died during the uprising and the 50,000 or so survivors were immediately shipped to extermination camps.

In May, Zygielbojm realised that the Allies were not going to act and then, to compound his despair, he learnt that his wife Manya and son Tuvla had died in Warsaw.

That month he took an overdose of sodium amytal at his home in west London and left a long and detailed suicide note, explaining his decision to take his own life.

He wrote: ‘I cannot continue to live and to be silent while the remnants of Polish Jewry, whose representative I am, are being murdered.

‘My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave.

‘By my death, I wish to give expression to my most profound protest against the inaction in which the world watches and permits the destruction of the Jewish people.’

But he also issued a parting shot in the direction of world opinion and the Allied leaders who had singularly failed to act in any shape or form to try and bring a halt to the slaughter.

My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave
Szmul Zygielbojm
He wrote: ‘The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out, but indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime.

‘By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.’

After the war Karski, who died in 2000, expressed his regret that he had ‘stupidly repeated the message which Feiner gave me’ and that Zygielbojm had then ‘lost control’.

When Karski heard of the death, he said: ‘I was crushed. I realised at that time at that time that everything is lost for the Jews. He was a soldier to the end. Yes, he was a genuine martyr.’

But the story doesn’t end on an entirely sad note because one of Zygielbojm’s children did survive.

Joseph became a leading light in the Polish resistance during the war and eventually made his way to the US where he became a scientist in the US space programme before he died in 1995.

Joseph’s sons Arthur and Paul both live in the US.

Voir également:

How Auschwitz Is Misunderstood
Daniel Jonah Goldhagen

The New York Times

Jan. 24, 2015

AUSCHWITZ was liberated 70 years ago, on Jan. 27, 1945, and news of its existence shocked the world. With its principal killing center at one of its main camps, Auschwitz-Birkenau, becoming fully operational in 1942, it was Germany’s largest and the most notorious extermination site. There the Germans slaughtered approximately 1.1 million people, a million of whom were Jews. Its mention evokes notions of evil and instant horror. Auschwitz was a death factory, an oxymoron that would have made no sense before the Holocaust, but that now is effortlessly comprehensible.

But Auschwitz is also misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves.

Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust.

Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death.

The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims.

Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs.

Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means.

But that’s not true. To understand the politics of mass murder and eliminationism, the technical means of carrying out the deed are almost never the central issue. Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right.

This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity.

The gassing installations that became Auschwitz’s emblem were but one part of Auschwitz’s system of more than 40 camps and sub-camps. These were run by thousands of German overlords who drove and brutalized hundreds of thousands of Jews, Russians and other “subhumans,” whom they used as slaves to work under horrifying conditions in the camps’ extensive and varied production facilities, making everything from agricultural products to chemicals to armaments.

Auschwitz was thus much more than just the gas chambers and crematories — taken as a whole, it was a microcosm, not so much of the specific mechanisms of the Holocaust, but of the Nazis’ ideological vision of a world to be ruled by a master race, resting on the collective graves of the Jewish people and of tens of millions of additional victims the Germans deemed demographically expendable, and served by an enormous population of slaves. It reveals that during the Holocaust, mass annihilation, as genocide always is, was part of a larger eliminationist agenda and, at its core, a mechanism for social and political transformation.

This commonality notwithstanding, Auschwitz still had its singular quality: It expressed the Nazis’ unparalleled vision that denied a common humanity everywhere, and global intent to eliminate or subjugate all nonmembers of the “master race.” Heinrich Himmler, the head of the SS and the man most responsible for putting the Germans’ plans in action, proudly announced in an address in 1943: “Whether nations live in prosperity or starve to death interests me only insofar as we need them as slaves for our culture.”

Such was the Nazis’ moral and mental mutation, the most profound in the history of Europe, that Auschwitz was built upon, and that, better than any other place, it symbolizes. When Europe’s leaders assemble at Auschwitz on Tuesday for the 70th anniversary commemoration, they should of course remember and mourn the Jewish and non-Jewish victims. They should also realize that they are gazing into the abyss that would have consumed their Continent and the world.

Daniel Jonah Goldhagen is the author of “Hitler’s Willing Executioners: Ordinary Germans and the Holocaust” and, most recently, “The Devil That Never Dies: The Rise and Threat of Global Anti-Semitism.”

Voir par ailleurs:

En lisant la confession de Rudolf Höss, commandant du KZ Auschwitz – 4/4

Maison de Rudolf Höss et sa famille à AuschwitzLa maison de Rudolf Höss et sa famille à Auschwitz

La logique de Rudolf Höss s’exprime clairement dans les lignes qui suivent : ‟A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement.” Toute la logique nazie s’inscrit dans cette déclaration. Rudolf Höss ajoute avec son implacable logique : ‟Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler.” Implacable logique de gestionnaire. Froideur comptable. Aucune haine. Rien que l’efficacité et la soumission à des ordres… qui contredisent l’efficacité parce que contradictoires…

Les bombardement aériens.

Rudolf Höss prend note du grand nombre de victimes parmi les déportés travaillant dans les usines suite aux bombardements alliés. Le commandant du camp d’Auschwitz qui a sa logique (le nazi est quelqu’un de très logique à sa manière) écrit : ‟On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ?” Cette argumentation est encore mise en avant sur un mode tantôt explicite tantôt implicite par des individus qui s’efforcent de rééquilibrer des sommes de souffrances en partant de prémisses taillées à leur mesure…

L’évacuation des camps de concentration.

C’est probablement la période la plus pénible pour ce haut fonctionnaire du système concentrationnaire qui se veut aussi homme de terrain, homme des tournées d’inspection. Ce bureaucrate assiste à l’effondrement du système concentrationnaire nazi, principalement sous la poussée soviétique. Il a participé à son édification et il en est fier. Il regrette simplement que des directives contradictoires, et au plus haut niveau, aient limité son efficacité, principalement dans la production d’armement.

Où diriger ces colonnes de détenus sans approvisionnement, dans le froid et la neige ? Le chaos est total. ‟Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner.” Cette dernière phrase provoque chez le lecteur une sorte d’hallucination. Les maîtres-d’œuvre de l’industrie de la mort auraient aimé que le spectacle de la mort leur soit épargné. Ils tiennent à faire savoir qu’eux aussi ont un coeur et qu’il leur arrive d’être perturbés par certaines scènes. Mais dans leur logique, la question de la responsabilité et de la culpabilité ne se pose jamais, ce qui leur permet de poursuivre leur œuvre de mort. Rudolf Höss est un homme d’ordre. Exterminer, oui, si l’ordre lui en est donné, mais en lui épargnant tout désordre — cris et larmes.

Au cours de l’évacuation des camps, il avait donné l’ordre de ne pas abattre les détenus inaptes à poursuivre la marche et de les remettre au Volkssturm, sûrement pas par humanité mais pour ne pas ajouter du désordre au désordre. Il se montre intransigeant et rapporte ce qui suit : ‟J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.” Ce passage mérite que l’on s’y attarde. Rudolf Höss aurait-il agi par pitié envers ‟ce malheureux” ? Rudolf Höss qui a un vieux fond d’honnêteté et d’ingénuité ajoute aussitôt : ‟dont il n’avait pas la responsabilité.” Ce Feldwebel est coupable de s’occuper d’un ‟malheureux” dont il n’a pas la responsabilité, c’est-à-dire d’ajouter du désordre au désordre et, pire, de faire preuve d’arrogance envers un supérieur… Car enfin, que pèse un Feldwebel (adjudant) face à un Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) ?

Le rêve d’extermination nazi était un rêve froid, un rêve d’efficacité maximale. Les cris, l’affolement, le sang et j’en passe étaient une atteinte à l’efficacité des abattoirs. Ne pas perdre de temps, tayloriser la chaîne de mort… Par ailleurs, ainsi que nous l’avons vu, il s’agissait d’épargner les nerfs des tueurs, de leur éviter une dépression qui les faisait sombrer dans l’alcoolisme ou qui les poussait au suicide. Les nazis auraient aimé que l’extermination soit aussi rapide et aussi propre que dans nos plus modernes abattoirs…

Bergen-Belsen épouvante Rudolf Höss parce que le désordre y est à son comble. A ce propos, permettez-moi une remarque. Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie.

Mon arrestation.

Rudolf Höss parvient à passer entre les mailles du filet et travaille comme ouvrier agricole dans une ferme des environs de Flensburg, tout près de la frontière danoise. ‟Le 11 mars 1946, à vingt-trois heures, on vint m’arrêter.” Interrogatoires musclés à Heide puis à Minden, centre des interrogatoires de la zone anglaise. Transféré par avion à Varsovie, il arrive à Cracovie le 30 juillet.

Conclusion.

Rudolf Höss se déclare fidèle au Parti mais il se demande si l’extension de l’Espace vital n’aurait pas pu se faire par des voies pacifiques. Il s’empresse toutefois d’ajouter que les guerres sont inévitables et que les camps de concentration sont nécessaires aussi longtemps qu’ils sont destinés à surveiller les ennemis de l’État et qu’ils restent ‟des lieux d’éducation pour les asociaux.” Il déplore que les camps soient devenus des lieux d’extermination directe ou indirecte. Dans une allusion aux prisonniers de guerre soviétiques, il écrit : ‟De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés.” Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Le nazi est un homme terriblement logique (à commencer par Rudolf Höss).

Rudolf Höss termine son autobiographie en insistant sur le fait qu’il n’a jamais brutalisé personnellement un détenu. De plus hautes instances de la Solution finale comme Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich ou Adolf Eichmann auraient pu dire la même chose. Ces hommes ne se sentaient en rien responsables, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres, c’est une litanie nazie. Rudolf Höss précise : ‟Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.” Il n’est pas nécessaire qu’il insiste, nous le croyons. La cruauté et les sévices sont des marques de désordre, or, redisons-le, Rudolf Höss est un homme d’ordre, un nazi fidèle : ‟Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.” Qu’ajouter à de tels propos ? Comment attaquer une pensée aussi fermée, animée par une logique interne simple, dévoyée et efficace dans ses limites ? Que répondre à un homme qui déclare : ‟J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich” ? Que répondre à un homme qui termine sa confession sur ces mots : ‟Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… ” ?

A ces confessions fait suite une annexe, ‟La «solution finale» du problème juif dans le camp de concentration d’Auschwitz”, rédigée en novembre 1946, des pages riches en détails techniques sur les procédures de mise à mort et d’équarrissage. J’y ai appris qu’après une liquidation massive de Juifs, les montres ordinaires étaient envoyées à Sachsenhausen où des centaines de détenus les triaient et les réparaient et qu’elles étaient envoyées au front pour les besoins de la SS et de la Wehrmacht.

________________

Ci-joint, quelques liens :

– Le journal d’un SS tenu à Auschwitz, du 30 août au 18 novembre 1942 : Johann Paul Kremer. Le ton est identique à celui de Rudolf Höss. Johann Paul Kremer arrive à Auschwitz le 30 août 1942 pour remplacer un docteur tombé malade. Il se dit bouleversé par les ‟actions spéciales” et tient lui aussi à faire savoir qu’il n’est pas un sadique et qu’il n’éprouve aucune haine envers quiconque, à commencer par les Juifs, qu’il est un nazi korrekt. Ce choc ne l’empêche pas de nous détailler ses menus et de nous décrire son bien-être entre deux exécutions :

http://www.phdn.org/negation/steinberg/journal.html

– Une notice biographique sur Rudolf Höss (en anglais) éditée par ‟Jewish Virtual Library” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Hoess.html

– Un court extrait du procès de Nuremberg où Rudolf Höss témoigne (durée 1 mn 42) : ‟On m’avait fait venir à Nuremberg comme témoin à décharge de Kaltenbrunner, sur demande de son défenseur” :

http://www.youtube.com/watch?v=ANEYUQ22VSE

– J’ai hésité à faire figurer le lien suivant dans mon article, avant de m’y résoudre. Les confessions du commandant d’Auschwitz ont apporté de l’eau au moulin des révisionnistes et des négationnistes. Ci-joint, un article trouvé sur le blog de Robert Faurisson intitulé ‟Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz” :

http://robertfaurisson.blogspot.com.es/1987/05/comment-les-britanniques-ont-obtenu-les.html

– Robert Faurisson s’exprime dans un documentaire intitulé ‟Les aveux de Rudolf Höss” (durée 12 mn 14). Je précise en passant que l’individu Robert Faurisson prend ses présupposés pour des vérités et commet plusieurs erreurs assez grossières par rapport au texte même rédigé par le commandant d’Auschwitz. Lisez le livre en question et comparez avec ce que dit le monsieur :

http://www.youtube.com/watch?v=uFhN6IZRqD4

La stratégie de Robert Faurisson est propre aux révisionnistes et plus encore aux négationnistes : il s’agit d’agir plus ou moins subtilement par rééquilibrage, en montrant que les responsables nazis ont eux aussi souffert. Observez Robert Faurisson, il cherche à nous faire larmoyer sur le sort de Rudolf Höss en commentant des photographies avant de nous les montrer. On retient son souffle, on s’attend à voir un visage tuméfié et  ensanglanté, on ne voit qu’un homme au visage un peu fatigué et mal rasé.

– See more at: http://zakhor-online.com/?p=6848#sthash.ZYQDchvC.dpuf

Voir enfin:

Rudolf HOESS, le commandant d’Auschwitz, parle.
AVERTISSEMENT

Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz en exécution du jugement du 4 avril 1947. C’est au cours de sa détention à la prison de Cracovie, et dans l’attente du procès, que l’ancien commandant du camp d’Auschwitz a rédigé cette autobiographie sur le conseil de ses avocats et des personnalités polonaises chargés de l’enquête sur les crimes de guerre nazis en Pologne. On peut en voir l’original au crayon dans les archives du Musée d’Auschwitz. Conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d’atténuer la responsabilité de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses égaux et des grands chefs S.S., ce document projette une lumière accablante sur la genèse et l’évolution de la «Solution finale » et du système concentrationnaire. Ce « compte rendu sincère » représente l’un des actes d’accusation les plus écrasants qu’il nous ait été donné de connaître contre le régime dont se réclame l’accusé, et au nom duquel il a sacrifié, comme ses pairs et ses supérieurs, des millions d’êtres humains en abdiquant sa propre humanité.

LE COMITÉ INTERNATIONAL D’AUSCHWITZ.

« (…)

Aux yeux d’Himmler, l’Allemagne était le seul État qui avait le droit d’exercer sa domination sur l’Europe. Tous les autres peuples étaient relégués au deuxième plan. Les nations au sang nordique prédominant devaient jouir d’un traitement privilégié afin qu’on puisse les englober, par la suite dans le corps de l’Allemagne. Les peuples de sang oriental, par contre, devaient être morcelés et réduits à néant, à l’état d’ilotes.

En s’inspirant de ces idées, on avait organisé, dès avant la guerre, des camps de concentration destinés à l’internement des ennemis de l’État. Grâce au procédé de la sélection, ils devinrent, par là même, des lieux d’éducation pour les asociaux et rendirent dans ce domaine des services précieux à la nation tout entière. Ils devinrent aussi un instrument utile pour la « lutte préventive » (1) contre la criminalité.

Mais, à partir de la déclaration de guerre, ces camps se transformèrent en lieux d’extermination directe et indirecte où allait être anéantie cette partie de la population des territoires conquis qui se rebellait contre ses conquérants et ses oppresseurs.

J’ai déjà longuement expliqué mon attitude personnelle à l’égard de ces « ennemis de l’État ».

De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés en fin de compte, le nombre des adversaires vraiment sérieux serait devenu insignifiant.

Aujourd’hui, je reconnais aussi que l’extermination des Juifs constituait une erreur, une erreur totale. C’est cet anéantissement en masse qui a attiré sur l’Allemagne la haine du monde entier. Il n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final.

Quant à la direction de la Sécurité du Reich, ce n’était que l’organe d’exécution, le bras policier prolongé d’Himmler. Cette direction et les camps de concentration eux-mêmes n’étaient destinés qu’à servir la volonté d’Himmler et les intentions d’Adolf Hitler.

J’ai déjà amplement expliqué dans les pages précédentes l’origine des horreurs qui se sont produites dans les camps de concentration. Pour ma part, je ne les ai jamais approuvées. Je n’ai jamais maltraité un détenu ; je n’en ai jamais tué un seul de mes propres mains. Je n’ai jamais toléré les abus de mes subordonnés.

(…)

On voit donc que même dans une petite prison le directeur ne saurait empêcher les abus de ses subordonnés. Dans un camp de la dimension d’Auschwitz, c’était chose absolument impossible.

Certes, j’étais dur et sévère, souvent même trop dur et trop sévère comme je m’en aperçois aujourd’hui.

Dépité par les désordres ou les négligences, je me suis permis parfois des paroles méchantes dont j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Mais je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices.

Bien des choses se sont produites à Auschwitz – soi-disant en mon nom et sur mes ordres – dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.

Mais puisque c’était à Auschwitz j’en suis responsable. Le règlement du camp le dit expressément : « Le commandant est entièrement responsable pour toute l’étendue de son camp. »

Je me trouve maintenant à la fin de ma vie.

J’ai exposé dans ces pages tout ce qui m’est arrivé d’essentiel, tout ce qui m’a influencé et impressionné. Je me suis exprimé en conformité avec la vérité et la réalité ; j’ai raconté ce que j’ai vu de mes yeux. J’ai laissé de côté les détails qui me paraissent secondaires ; il y a aussi beaucoup de choses que j’ai oubliées ou dont je ne me souviens que fort mal.

Je ne suis pas un écrivain et je n’ai pas beaucoup manié la plume. J’ai dû me répéter très certainement ; il est également probable que je me suis souvent mal exprimé.

Le calme et la sérénité qui m’auraient permis de me concentrer pour ce travail m’ont également manqué.

J’ai écrit au fil de la plume mais je n’ai pas eu recours à des artifices. Je me suis dépeint tel que j’étais, tel que je suis.

Mon existence a été colorée et variée. Mon destin m’a conduit sur les hauteurs et au fond des abîmes. La vie m’a souvent durement secoué, mais, partout, j’ai tenu bon et je n’ai jamais perdu courage.

Deux étoiles m’ont servi de guides à partir du moment où je suis rentré, adulte, d’une guerre dans laquelle je m’étais engagé gamin : ma patrie et ma famille.

Mon amour passionné de la patrie et ma conscience nationale m’ont conduit vers le parti national-socialiste et vers les S.S.

Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les S.S. étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.

Ma famille était pour moi une chose tout aussi sacrée ; j’y suis attaché par des liens indissolubles.

Je me suis toujours préoccupé de son avenir : la ferme devait devenir notre vraie maison. Pour ma femme et pour moi, nos enfants représentaient le but de notre existence. Nous voulions leur donner une bonne éducation et leur léguer une patrie puissante.

Aujourd’hui encore, toutes mes pensées tendent vers ma famille. Que vont-ils devenir ? L’incertitude que je ressens à ce propos rend ma détention particulièrement pénible.

J’ai fait le sacrifice de ma personne une fois pour toutes. La question est réglée, je ne m’en occupe plus. Mais que feront ma femme et mes enfants ?

Mon destin a été bizarre. Ma vie a souvent tenu à un fil, pendant la première guerre, pendant les combats des corps francs, au cours d’accidents du travail. Ma voiture a été tamponnée par un camion et j’ai failli être tué. Montant à cheval, je suis tombé sur une pierre et j’ai manqué être écrasé par ma monture : je m’en suis tiré avec quelques côtes fracturées. Pendant les bombardements aériens, j’ai souvent cru mon dernier moment venu et il ne m’est rien arrivé. Peu de temps avant l’évacuation de Ravensbrück, j’ai été victime d’un accident d’auto et tout le monde me tenait déjà pour mort ; une fois encore, je m’en suis bien sorti.

Ma fiole de poison s’est brisée juste avant mon arrestation.

Chaque fois le destin m’a épargné la mort pour me faire subir maintenant une fin dégradante. Combien j’envie mes camarades tombés en soldats au champ d’honneur !

J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich. La machine est brisée, le moteur a disparu et je dois en faire autant.

Le monde l’exige.

Je n’aurais jamais consenti à dévoiler mes pensées les plus intimes, les plus secrètes, à exhiber ainsi mon « moi » si on ne m’avait pas traité ici avec tant de compréhension, tant d’humanité.

C’est pour répondre à cette attitude que je me devais de contribuer, dans la mesure où cela m’était possible, à éclaircir des points obscurs.

Mais, lorsqu’on utilisera cet exposé, je voudrais qu’on ne livrât pas à la publicité tous les passages qui concernent ma femme, ma famille, mes mouvements d’attendrissement et mes doutes secrets (2).

Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi, aussi, j’avais un coeur…

Cracovie, février 1947.

Rudolf Hoess. »

Rudolf HOESS, « Le commandant d’Auschwitz parle », PCM petite collection maspero, 1979 (Julliard, 1959), pp. 5, 250-251, 253-257

Un commentaire pour Auschwitz/70e: Après Auschwitz plus résolument que jamais (The responsibility rests also indirectly upon the whole of humanity: Member of exiled Polish government revealed to an indifferent world « greatest crime in human history » three years before Auschwitz’s liberation)

  1. […] qu’après ses absences tant à Paris qu’à Auschwitz et avoir contre toute évidence mis en doute les mobiles antisémites du massacre de l’Hyper […]

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