Chute du Mur de Berlin/25e: Le Mur n’est pas tombé à Berlin (We were prepared for everything but not for candles and prayers)

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Hungarian and Austrian foreign ministers Gyula Horn and Alois Mock cut the 'Iron Curtain' on the Hungarian-Austrian border (May 2, 1989)
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (ministre français des relations extérieures, 15.12.81)
Nous étions préparés à tout, mais pas aux bougies ni aux prières. Horst Sindermann (membre du bureau politique du parti communiste est-allemand)
C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté. Christian Führer (pasteur de Leipzig)
C’était des originaux, des marginaux. Angela Merkel
Une question lancinante pèse toutefois sur cette première partie de sa vie. Elle qui s’est posée par la suite en admiratrice de la liberté, pourquoi n’a-t-elle pas pris part aux mouvements civiques, y compris dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur ? A l’époque, l’issue des manifestations était certes encore incertaine, et y participer comportait des risques. Mais elle aurait pu être tentée de partager avec d’autres sa défiance pour le système et son espoir d’un changement ? D’abord, elle ne partage pas grand-chose avec ces manifestants. « C’était des originaux, des marginaux. » Elle était un docteur en sciences physiques jouissant de la reconnaissance de l’institution. « Elle n’avait rien a faire avec eux », explique l’ancien Premier ministre est-allemand Lothar de Maiziere. Ensuite, la protestation venait généralement de personnes qui pensaient le régime est-allemand réformable et continuaient à croire dans une troisième voie entre socialiste et capitalisme. Or elle est convaincue du contraire. Enfin, on peut aussi penser qu’elle doute des vertus de l’activisme politique. La chute du Mur est un effet du système, une autodestruction plus qu’une victoire des opposants. Florence Autret
Tout au long du printemps et de l’été 1989, des ressortissants de RDA étaient, comme chaque année, venus passer leurs vacances en Hongrie (où ils pouvaient retrouver, le temps des vacances, leurs proches de RfA). A cette différence près que cette année, l’immense majorité d’entre eux refusa de rejoindre le pays où le régime d’Honecker se faisait de plus en plus dur. Résultat: plusieurs dizaines de milliers de citoyens de RDA se retrouvaient en Hongrie désoeuvrés et sans moyens financiers, donc à la charge de l’État hongrois. Budapest venait de signer la convention de Genève sur le droit d’asile pour défendre les Hongrois de Roumanie réfugiés en Hongrie. Le gouvernement hongrois s’est alors trouvé devant un dilemme: que faire de ces Allemands de l’Est qu’il n’était bien sûr pas question de renvoyer? Comment concilier les engagements de la Convention de Genève sur le Droit d’asile et les obligations du Pacte de Varsovie ? Par ailleurs, sur un plan purement technique, les installations du rideau de fer avaient considérablement vieilli et étaient à refaire pour la somme de… 50 millions de dollars. C’est alors que, sur la demande du gouvernement hongrois, une rencontre secrète avec Helmut Kohl et son ministre Genscher eut lieu le 25 août au château de Gilnitz, près de Bonn. Y étaient seuls présents: les deux chefs de gouvernement, leurs ministres des Affaires étrangères (Genscher et Horn) et leurs ambassadeurs. Les Hongrois font alors part à Helmut Kohl du dilemme auquel ils sont confrontés avec le sort des ces près de 80 000 Allemands de l’Est. Considérant le problème comme germano-allemand, ils interrogent Kohl sur sa réaction éventuelle s’ils les laissent sortir. Ému, Kohl les remercie, assure qu il les acceuillera et demande à ses interlocuteurs hongrois ce qu’ils attendent de lui en échange. Les Hongrois, prudents, renoncent à tout marchandage direct, de peur de compromettre le projet. Et par principe, le Premier ministre hongrois se refuse à monnayer le passage à l’Ouest de ces réfugiés, comme – dit-il – l’avait fait sans scrupules Ceaucescu en Roumanie avec ses ressortissants juifs et saxons. Toutefois, face à une probable pénurie en combustibles, les Hongrois obtiennent de Kohl une importante fourniture de charbon. Au préalable, une consultation avait eu lieu en mars pour tâter Gorbatchev sur leurs intentions d’ouvrir le parlement à un système pluraliste et d’ouvrir l’économie. Gorbatchev avait acquiescé (mais il n’avait pas encore été ouvertement question d’ouvrir la frontière). Sur le principe général, Gorbatchev déclarait ne pas vouloir se mêler des affaires hongroises (et allemandes), s’en tenant à la promesse laconique suivante: “Soyez assuré que, tant que je serai en poste, 56 ne se renouvellera pas”. Par contre, quant au désengagement de la présence militaire russe, Gorbatchev incita ses partenaires à la patience pour ne pas affaiblir sa position lors de négociations – alors en cours – sur le désarmement. Fait peu connu, c’est dès le 3 mars. soit six mois avant son ouverture officielle que Miklós Németh ordonna le démantèlement du rideau de fer. Mais sans trop de précipitation pour ne rien compromettre en alertant trop rapidement l’opinion, quitte à laisser bien en vue de la presse un tronçon de frontière en l’état. La suite des événements, nous la connaissons. Pierre Waline 
The initial gathering took place in 1981 when Pastor Führer invited people with concerns about peace and the arms race to meet at the Church late in the evening (possibly to avoid Stasi attention).  He expected maybe ten or so people to come and let off some steam. But to his astonishment ten times that number showed up. They were mostly young, many of them dissidents who were not getting along with the Communist government. (…) From this first event Führer would eventually arrange what he called ‘peace prayers’ to meet every Monday evening at 5 p.m. to pray for peace in both local and international situations of conflict. Later these prayers were sometimes followed by the people walking into the streets carrying candles to witness for peace and freedom. These were the largest and also the most peaceful of any such demonstrations in the GDR. A particular moment of tension occurred in May 1989 following a blatantly fraudulent election in which the Communist party claimed to have received 98% of the votes cast. The public was outraged at such a flagrant deception.  Calls for reform grew louder.  The police reacted by blocking all driveways to the church, seeking to shot down the Monday prayer meetings, which they determined had become a cover for political insurrection. Nevertheless the crowds only increased. On October 7, the GDR was due to celebrate its 40th anniversary. President Gorbachev, the author of the movement for openness and Perestroika, attended from the Soviet Union. Naturally the government did not want the occasion to be used for any kind of public expression of discontent. In Leipzig, for ten long hours police battered and bullied defenseless demonstrators who made no attempt to fight back. Many were taken away in police vehicles. In this heightened atmosphere, just two days later, Monday 9 October, the peace prayers were to be held.  The government warned protesters that any further demonstrations would not be tolerated. All day long, Führer told us,  the police and military tried to intimidate them with a hideous show of force. Schools and shops in the city were shut down. Roadblocks were built. The police had guns loaded with live ammunition. Soldiers with tanks were mobilized and surrounded the central area. Extra beds and blood plasma had been assembled in the Leipzig hospitals. Rumors from many reliable sources circulated that the government intended to use the “Chinese Solution” and repeat the massacre of Tienanmen Square in Beijing. To neutralize and perhaps disrupt the prayer meeting, 1ooo party members and Stasi went early on to the church. 600 of them filled up the nave by 2 p.m. But,as Führer described it in the brochure: They had a job to perform. What had not been considered was the fact that these people were exposed to the word, the gospel and its impact!   I was always glad the the Stasi agents heard the Beatitudes from the Sermon on the Mount every Monday. Where else would they hear these? So the stage was set, the actors assembled for the climatic Monday prayer service. Huge numbers came out to pray, not only at the Nikolai Church but at other churches throughout the city, which had joined the peace prayers. During the service, the atmosphere and the prayers were serenely calm. As he prepared to send the people out into the streets, Pastor Führer made a final plea to the congregation to refrain from any form of violence or provocation. The Sermon on the Mount was again read aloud. As the doors opened for the worshipers to depart, something unforgettable happened. The 2000 people leaving the sanctuary were welcomed by tens of thousands waiting outside with candles in their hands. That night an estimated 70,000 people marched around the main city streets. Though the police and the military were everywhere, Pastor Führer said: Our fear was not as big as our faith … Two hands are needed to carry a candle and to protect it from extinguishing. So you cannot carry stones or clubs at the same time. As the good pastor noted:  There were thousands in the churches. Hundreds of thousands in the streets around the city centre. But not a single shattered window. This was the incredible witness to the power of non-violence. … It was an evening in the spirit of our Lord Jesus for there were no winners and no defeated. Nobody triumphed over the other, nobody lost his face. There was just a tremendous feeling of relief. It was later reported that Horst Sindemann, a serving member of the Central Committee of the GDR, summed up both the extensive preparations of the authorities as well as their inability to know how to respond to the events of that evening: We had planned everything. We were prepared for everything. But not for candles and prayers. A month later the Berlin Wall was breached, and the whole Communist empire crumbled away. Roger Newell
Contrary to popular lore, the Berlin Wall did not fall on November 9, 1989. Nor did it fall in Berlin. It fell on October 9, some 120 miles away in Leipzig. First, civil courage – a rare quality in German history – had to dissolve the four-decade-old mental wall of East German fear. Only thereafter could the cement wall collapse in Berlin. Elizabeth Pond

Attention: un mur peut en cacher un autre !

En ce 9 novembre du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin (pardon: du « mur de protection antifasciste ») …

9 novembre qui avait vu aussi en 1918 l’abdication de Guillaume II puis cinq ans plus tard le putsch de la Brasserie d’un certain Hitler et quinze ans après, juste avant les festivités du Luthertag, les pogroms de la Nuit de Cristal

Qui se souvient comme le rappelait un article du Christian Monitor lors du 20e anniversaire il y a cinq ans …

Que ce n’est ni le 9 novembre ni même à Berlin que tomba le mur dit de Berlin …

Mais un mois plus tôt et à Leipzig à 200 km de là ?

Et qui se souvient que cette première révolution pacifique de l’histoire allemande fut en fait aussi une révolution protestante ?

Partie, avec notamment un pasteur protestant de Leipzig justement, le pasteur Christian Führer (dont on attend toujours, alors qu’il est décédé en juin dernier, la page dans le Wikipedia français) …

Qui, reprenant après Gandhi et King et avec ses Manifestations du lundi, le message non-violent du Christ  …

Avait progressivement réussi à reconstituer, près de 500 ans après les fameuses 95 thèses de Luther, le courage civique nécessaire …

Pour profiter, après les Polonais et les Hongrois, du flottement provoqué par la faillite du système soviétique et abattre enfin le mur de peur élevé par 40 ans de communisme et une dizaine d’années de nazisme ?

The Berlin Wall: what really made it fall
Extraordinary civil courage by the people of Leipzig on Oct. 9 first dissolved a crucial mental wall.
Elizabeth Pond
Christian Science Monotor
October 8, 2009

Contrary to popular lore, the Berlin Wall did not fall on November 9, 1989. Nor did it fall in Berlin. It fell on October 9, some 120 miles away in Leipzig. First, civil courage – a rare quality in German history – had to dissolve the four-decade-old mental wall of East German fear. Only thereafter could the cement wall collapse in Berlin. Here is how it happened.

When Valentine Kosch set out to join the Monday peace march in Leipzig on October 9, she expected to be shot by the massed East German security forces. She explained to her 6- and 3-year-old daughters that she was going to take a walk with friends so that teachers would be nicer to their pupils – an accurate enough description in her case. And she told her husband that if she did not return by 10 p.m., he should take their girls, move to Dresden, and start a new life there, where the two sisters would not be branded as children of an enemy of the state.

Like most East Germans in the decades after Soviet tanks suppressed the East Berlin workers’ uprising in 1953, Kosch was apolitical. Rather than fighting the constraints of the Communist system, she adapted to them, the better to shape her private sphere with a minimum of outside interference.

However, a few years earlier she had spontaneously introduced Montessori methods in the class she taught in the city school system. For this breach of the rules she had been demoted, in effect, to a classroom for special-needs children. She felt stifled by the rigidity of the educational bureaucracy. She was fed up.

The weekly peace vigils that Kosch joined had begun eight years earlier at the Nikolai Church in the medieval town center. It was just around the corner from the St. Thomas Church where Johann Sebastian Bach was once cantor, and where Martin Luther introduced the Protestant Reformation to Leipzig in 1539. The Monday peace prayers followed a joint call by young East and West German theologians for removal from German soil of both NATO and (more discreetly, if more daringly) Soviet nuclear weapons.

Christian Führer, one of the originators of the appeal, was then the new pastor at the Nikolai Church. He conceived of his mission as succoring all who came to him in need, whether believers or non-believers. He is still revered today as the unpretentious denim-jacketed hero of the 1989 transformation, one of those clerics who showed compassion for all, did not collaborate with the Stasi secret police, and conferred on the Protestant Church a moral authority that it alone possessed in the (East) German Democratic Republic (GDR).

Throughout the 1980s, the Nikolai peace vigils had attracted a loyal but tiny number of participants. In 1989 the ranks swelled exponentially as two separate strands of exasperation came together. The first movement consisted of modest reformers, like Kosch, who wanted to hold the GDR to its own constitution and laws and their provisions for fair elections and human rights. The second consisted of the growing number of East Germans who simply wanted to escape to the normality of West Germany’s casual freedom and opulence, in the wake of more than a hundred thousand compatriots who had in recent weeks abandoned country and possessions to flee west via Hungary, Czechoslovakia, and Poland.

People in the two categories disdained each other, but Pastor Führer – while personally urging everyone to stay and build East Germany – opened the Nikolai haven to both persuasions. Indeed, he reconciled them to each other, in part through their common interest in his Monday updating of the list of those who shouted out their names as they were secretly hauled off to jail.

With our contemporary knowledge of the outcome, it is hard to recall just how much courage Kosch and her fellow marchers required 20 years ago to carry their candles on that disciplined hour-long walk around the old town, right past the Leipzig Stasi headquarters. At the time many in both East and West feared that although detente was blossoming in Europe, an anachronistic hard-line East German hierarchy could hang on for a long time (on the pattern, say, of North Korea today).

The Stasi – whose ranks maintained a much higher ratio in proportion to the population than Hitler’s Gestapo and SS ever enjoyed – still held tight control. And East German citizens still shared with the Bulgarians the reputation of being the most quiescent people in the Soviet bloc.

Moreover, there had been a nasty crackdown over the weekend. On October 7 and 8, security forces had detained several thousand demonstrators in Leipzig, Dresden, and East Berlin on the occasion of the GDR’s gala 40th anniversary. In Leipzig the watchdogs, tone-deaf to history, had even rehearsed plans to inter thousands of dissidents in new concentration camps. Hospitals had been stocked with extra blood plasma in preparation for a Monday-night clash, and Leipzigers knew it. The city’s security contingents, reinforced to 8,000 – only 2,000 short of the record turnout of 10,000 peace watchers the previous Monday – had been issued with live ammunition and ordered to use whatever means were required to suppress the “counterrevolution,” the most serious crime in the Communist books.

By all measures of the previous 36 years, this show of power should have sufficed to keep would-be marchers safely at home.

But what was the fallback if intimidation did not work this time? Throughout the day, as confrontation loomed, the Leipzig party leadership tried in vain to elicit new instructions from East Berlin party headquarters. Leipzig Gewandhaus Orchestra director Kurt Masur, theologian Peter Zimmermann, deputy city party secretary Roland Wötzel, and three others hammered out an urgent appeal for nonviolence, to be read in all the churches and broadcast on radio. Marchers braced themselves to hold each other back from any rash action or reaction.

At 6 p.m., the hour the Nikolai congregation was to leave the church and walk around the inner city ring, the top Leipzig party secretary made one last desperate phone call to East Berlin, to Egon Krenz, the deputy and heir apparent to veteran strongman Erich Honecker. Krenz had risen as high as he had by never sticking his neck out. This night was no exception. He equivocated and said he would have to consult the others.

After Leipzig party secretary Helmut Hackenberg hung up the phone, “a very, very long time passed,” said Wötzel later, recalling the eternity of the next few minutes. Then Hackenberg asked his deputies, “What do we do now?” One shot by a jumpy 18-year-old in the ill-trained factory militia, or one step too far by an angry marcher – or a Stasi provocation – could have triggered an explosion.

Under the circumstances, it was marginally less risky to nullify sacrosanct standing orders than to dare bloodshed that their superiors might later blame on them. The junior secretaries urged Hackenberg to disengage the security forces. He did so, by deploying them instead to guard official buildings (which were never under any threat). The Leipzig officials fully expected to be expelled from the party for taking such forbidden local initiative.

Yet their wariness about the new mood on the street was justified. Not only were the 10,000 of the previous week not scared away. Astonishingly, they were joined by 60,000 others who also cast aside their fear and walked past Stasi headquarters chanting, “Wir sind das Volk.” “We are the people.”

Germany’s first successful revolution in history was bloodless. Horst Sindermann, Speaker of the GDR rubber-stamp “parliament”, famously admitted later, “We were ready for everything – everything except candles and prayers.”

As Pastor Führer commented in an interview, reflecting on that night: “We were afraid day and night, but we had the courage of our convictions. The Bible had taught us the power of peaceful protest and this was the only weapon we had. … It still moves me today to recall that in a secular country, the masses condensed the Beatitudes in the Lord’s Sermon on the Mount into two words: No violence!”

Observant East Berliners and Eastern Europeans quickly realized that in Soviet leader Mikhail Gorbachev’s new era, if enough demonstrators turned out, the security forces would not shoot. Within weeks the East German, Czech, Bulgarian, and Romanian Communist leaders were all deposed.

“For the first time in my life,” confided a forty-something West German who had long been inured to the shame of the German failure to resist Hitler in the 1930s or to establish a republic in 1848, “I’m proud to be a German.”

ELIZABETH POND, a Berlin-based journalist, is the author of Beyond the Wall. Germany’s Road to Unification (Brookings).

Voir aussi:

Reflection on Pastor Christian Führer of the Nikolai Church in Leipzig
Roger Newell, George Fox University

Pastor Christian Führer of the Nikolai Church in Leipzig, the founding organizer of the famous peace prayers in the 1980s, died on 30 June, at the age of seventy-one. Not long ago, Professor Roger Newell of George Fox University, Newberg, Oregon took a party of students to visit sites of special significance in European Church history. One of their stops was in Leipzig, about which he reported as follows:

We were welcomed by the good Pastor who led us straight into the church, right up to the main altar, explaining that this was formerly reserved for the priests in centuries past, but now was open to everyone. There we got a short tour of the church building, its history and the tradition of music (including the link with J.S. Bach, who functioned mainly in the nearby Thomaskirche). Then he took us to the adjacent priests’ vestry, where he told us the story of his ministry beginning in the early 1980s.  He reminded us that it was a time of increasing tension between East and West. The Cold War’s trench cut Germany in half.  On both sides of the Berlin Wall, Germans grew increasingly anxious that Germany could become the battleground for Europe’s third war in this century.  At the same time, what was then the government of East Germany vastly increased its police-state controls through its secret policy (the Stasi) which deployed a huge force backed by unofficial collaborators to keep tabs on any possible opponents and dissidents.  It made for a highly oppressive situation where suspicion and mistrust reigned.

This was the brooding climate in which Pastor Führer opened the doors of the church to young people anxious to discuss such things.  The initial gathering took place in 1981 when Pastor Führer invited people with concerns about peace and the arms race to meet at the Church late in the evening (possibly to avoid Stasi attention).  He expected maybe ten or so people to come and let off some steam. But to his astonishment ten times that number showed up. They were mostly young, many of them dissidents who were not getting along with the Communist government.

Next, Führer described how he brought everyone right to the central altar, sat them on the floor of the church  and laid a large rough wooden cross on the floor in their midst. He asked everyone who wanted to raise a point to take a candle, light it, and speak to their concern as they placed their candle around the cross.  If the dissidents were surprised to find themselves at an old-fashioned prayer meeting, it was Pastor Führer’s turn to be surprised when every single person lit a candle, spoke a concern and shared in what turned out to be the most significant prayer meeting in the forty year history of the German Democratic Republic  The sharing continued past midnight as gradually the bare wooden cross changed into a cross glowing with light.  The mood of openness, freedom and acceptance was so life-giving that no one wanted to leave. It was a harbinger of things to come of which no one sitting there could have foreseen.

As I read later in the Nikolai brochure:

When we open the church to everyone who has been forced to keep silent, has been slandered or maybe even imprisoned, then no one can ever think of a church again as being simply a kind of religious museum or a temple for art aesthetics.  On the contrary, Jesus is then really present in the church because we are trying to do what he did and what he wants us to do today. This is the hour of the birth of the Nikolai Church–open for everyone–also for protest groups and those living on the margin of society. Throw open the church doors!   The open wings of the church door are like the wide open arms of Jesus: “Come unto me, everyone who is troubled and burdened, and I will relieve you! ”  And they came and they come!

From this first event Führer would eventually arrange what he called ‘peace prayers’ to meet every Monday evening at 5 p.m. to pray for peace in both local and international situations of conflict. Later these prayers were sometimes followed by the people walking into the streets carrying candles to witness for peace and freedom. These were the largest and also the most peaceful of any such demonstrations in the GDR.

A particular moment of tension occurred in May 1989 following a blatantly fraudulent election in which the Communist party claimed to have received 98% of the votes cast. The public was outraged at such a flagrant deception.  Calls for reform grew louder.  The police reacted by blocking all driveways to the church, seeking to shot down the Monday prayer meetings, which they determined had become a cover for political insurrection. Nevertheless the crowds only increased.

On October 7, the GDR was due to celebrate its 40th anniversary. President Gorbachev, the author of the movement for openness and Perestroika, attended from the Soviet Union. Naturally the government did not want the occasion to be used for any kind of public expression of discontent. In Leipzig, for ten long hours police battered and bullied defenseless demonstrators who made no attempt to fight back. Many were taken away in police vehicles.

In this heightened atmosphere, just two days later, Monday 9 October, the peace prayers were to be held.  The government warned protesters that any further demonstrations would not be tolerated. All day long, Führer told us,  the police and military tried to intimidate them with a hideous show of force. Schools and shops in the city were shut down. Roadblocks were built. The police had guns loaded with live ammunition. Soldiers with tanks were mobilized and surrounded the central area. Extra beds and blood plasma had been assembled in the Leipzig hospitals. Rumors from many reliable sources circulated that the government intended to use the “Chinese Solution” and repeat the massacre of Tienanmen Square in Beijing.

To neutralize and perhaps disrupt the prayer meeting, 1ooo party members and Stasi went early on to the church. 600 of them filled up the nave by 2 p.m. But,as Führer described it in the brochure:

They had a job to perform. What had not been considered was the fact that these people were exposed to the word, the gospel and its impact!   I was always glad the the Stasi agents heard the Beatitudes from the Sermon on the Mount every Monday. Where else would they hear these?

So the stage was set, the actors assembled for the climatic Monday prayer service. Huge numbers came out to pray, not only at the Nikolai Church but at other churches throughout the city, which had joined the peace prayers. During the service, the atmosphere and the prayers were serenely calm. As he prepared to send the people out into the streets, Pastor Führer made a final plea to the congregation to refrain from any form of violence or provocation. The Sermon on the Mount was again read aloud.

As the doors opened for the worshipers to depart, something unforgettable happened. The 2000 people leaving the sanctuary were welcomed by tens of thousands waiting outside with candles in their hands. That night an estimated 70,000 people marched around the main city streets. Though the police and the military were everywhere, Pastor Führer said: Our fear was not as big as our faith … Two hands are needed to carry a candle and to protect it from extinguishing. So you cannot carry stones or clubs at the same time.

As the good pastor noted:

There were thousands in the churches. Hundreds of thousands in the streets around the city centre. But not a single shattered window. This was the incredible witness to the power of non-violence. … It was an evening in the spirit of our Lord Jesus for there were no winners and no defeated. Nobody triumphed over the other, nobody lost his face. There was just a tremendous feeling of relief.

It was later reported that Horst Sindemann, a serving member of the Central Committee of the GDR, summed up both the extensive preparations of the authorities as well as their inability to know how to respond to the events of that evening:

We had planned everything. We were prepared for everything. But not for candles and prayers.

A month later the Berlin Wall was breached, and the whole Communist empire crumbled away.

Voir encore:

The Rev. Christian Fuhrer Extended Interview
November 6, 2009

Read a translation of the Religion & Ethics NewsWeekly interview at St. Nikolai Church in Leipzig with Pastor Christian Fuhrer:

In East Germany, the church provided the only free space in connection with the groups—people who wanted to discuss topics that were taboo, such as the refusal to serve in the army, military education. Everything that could not be discussed in public could be discussed in church, and in this way the church represented a unique spiritual and physical space in East Germany in which people were free.

Here [at St. Nikolai Church in Leipzig] we have said peace prayers since 1981 and every Monday since 1982. That was something very special in East Germany. Here a critical mass grew under the roof of the church—young people, Christians and non-Christians, and later those who wanted to leave [East Germany] joined us and sought refuge here.  The church became a very special place, and in particular the Nikolai Church, which we could describe like this: the church was finally on the side of the Lord, on Jesus’ side. In other words, it was on the side of the oppressed and not on that of the oppressors, with the people and not with those who had the power. The special experience we had here was that the people accepted Jesus’ message, especially the message of the Sermon on the Mount. We experienced in a very special way that everything that is written here is true. If you don’t believe, you won’t stay. The “comrades” did not believe, and they did not stay. “Not by might, nor by power, but by my spirit.” “He pulls the powerful from their throne and lifts up the poor.” “Blessed are the meek, for they shall inherit the earth.” We experienced it just like that—the church as a refuge and a place for change, Jesus’ Sermon on the Mount, no mention of paradise and redemption, but the daily bread in the reality of political hopelessness.

The special experience that we had during the years of peace prayers and then with this massive number of non-Christians in the church, which was exceptional, was that they accepted the message of Jesus. They grew up in two consecutive atheist dictatorships. They grew up with the Nazis who were preaching racism, the master race, prepared for war, and replaced God with Providence, as Hitler liked to say. They also grew up with the Socialists preaching class struggle and vilified the church by saying Jesus never existed, that’s all nonsense and fairy tales, legends, and your talk about nonviolence is dangerous idealism; what counts is politics, money, the army, the economy, the media. Everything else is nonsense. And the people who were brainwashed like this for years and grew up with that. The fact that they accepted Jesus’ message of the Sermon on the Mount, that they summarized it in two words—no violence—and the fact that they did not only think and say it, but also practiced it consistently in the street was an incredible development, an unprecedented development in German history. If any event ever merited the description of “miracle” that was it: a revolution that succeeded, a revolution that grew out of the church, remained nonviolent, no broken windows, no people beaten, no people killed—an unprecedented development in German history. A peaceful revolution, a revolution that came out of the church. It is astonishing that God let us succeed with this revolution. After all the violence that Germany brought to the world in the two wars during the last century, especially the violence against the people from whom Jesus was born, a horrible violence, and now this wonderful result, a unique, positive development in German history. That is why we are so happy that the church was able to play this role and enabled this peaceful revolution.

The most important thing for us was the power of prayer, which is still true today. We are not praying to the air or to the wall, but to a living God. We did not pray for the wall to come down. It was more comprehensive: [We were praying] for peace, justice, and the preservation of our creation. We addressed the very specific needs of human beings in our prayers, and God has blessed those prayers in such a way that nobody could have predicted. We went on, step by step. It got bigger and bigger, and in the end the prayers prevented us from drowning in fear and gave us the strength to face the opposition outside. In other words, more and more protests came from the church and spilled onto the street, combined with the strength that we got from our faith. The fear was very powerful, but our faith was more powerful than the fear, and the prayers gave us the strength to act. That is still the same today.

What motivated me was Jesus’ saying “You are the salt of the earth,” which means that you must get involved; you cannot stay in your church. You must get involved in this situation; the salt must be inserted in the wound, in the place that is not in order, that is sick. That’s where you must go. This thought to get involved in politics is a thought that Jesus already voiced in the parable of the Good Samaritan. Someone is beaten and lies there, those who beat him are gone, and now two people coming from temple are approaching, are looking the other way and walking away. Jesus says that they are guilty, not because—they did not do anything, they did not beat him, but they did not help him. If we just leave the world alone and do not get involved, we are just as guilty as those two, as Jesus said in that parable, who looked the other way and did not want to hear about it. You must get involved, because you are the salt of the earth.

[Dietrich] Bonhoeffer really impressed me with his philosophy in approaching the atheist, the non-Christian, with the Christian message in a way that is easy to understand. I first learned that from Jesus—the simple language. Jesus did not speak the language of the temple, but the language of the people. He talked about the mustard seed, the farmer, the worker in the vineyard, the jobless who are waiting in the marketplace, hoping to get hired. Those are all things that people can understand, and then he introduced the message of God’s love into this clear language. And Bonheffer said that we should apply Jesus’ language in such a way that it can be understood even if you were not born into the Christian tradition or into a Christian household. That was really impressive. In addition, the examples impressed me very much, the fact that people applied the Sermon on the Mount one-to-one. First, to put Christians to shame, it was a non-Christian and Hindu who did it: Mahatma Gandhi. Very much in the spirit of the Sermon of the Mount, he engaged in nonviolent resistance and freed his people from British colonialism, but gave his life for it, as did Jesus. He was shot in 1948. The second one was, thank God, a Christian: Martin Luther King. He prepared and executed this idea of nonviolence, peaceful resistance, in a wonderful way. It was a very tense situation, and the fact that it was possible for an African-American to become president of the United States today even exceeds Martin Luther King’s dream. Then it became our turn to apply the teachings of the Sermon of the Mount here in Leipzig. But you cannot forget to mention Nelson Mandela and Bishop Desmond Tutu. They have always impressed us. We felt that we were walking together with them to fulfill Jesus’ legacy.

The police were always very violent, especially on October 7th when they beat hundreds of people. With this violence they wanted to prevent people from gathering here, here in the church and on the plaza. They gradually increased the amount of violence, but achieved the opposite of what they expected. Especially on October 9th, they had created such a frightful scenario that they thought people would not dare show up here. Instead, even more people came. In church people had learned to turn fear into courage, to overcome the fear and to hope, to have strength, as I mentioned before. That was very important, and during those years and in particular during this frightful time, people overcame their fear. They did not bring their children, because you had to fear for your life. The children stayed at home. They came to church and then started walking, and since they did not do anything violent, the police were not allowed to take action. “We were ready for anything, except for candles and prayer,” they said. If the first group had attacked the police, the police would have known exactly what to do. You can see it on TV every night how police and armies react to demonstrators. That did not happen, and the officers and generals called Berlin and asked what they should do, but they did not get any instructions. Those in Berlin did not say anything, the officers here did not do anything, and thus the movement that did not result in any violence, as the people learned in church, began to spread, and that is when the following became clear in East Germany: This is the beginning of the end of East Germany. It cannot go on, the people got what they wanted. Peace prayers were held all over the country. When they saw the images from Leipzig on October 9th, they started demonstrations everywhere else. The crowds became larger and larger, and then [Erich] Honecker handed in his resignation, and on the 18th the politburo resigned. On November 9th, on this very important day, on this day the wall was overcome from the East. Those are experiences that you cannot learn in college, and I would like to summarize them as follows: the Nikolai Church was open to everyone. The church was open to all people, no matter if they were Christian or non-Christian. The next thing is that throne and altar do not belong together. That is a huge mistake that the church made during the past century. No, the street and the altar belong together, just as Jesus did not hide in the temple, but was mingling out in the street, in the houses and on the plazas. We as a church must go into the street and let the street come into the church. The church must be open to everyone. We can teach nonviolence as a practical application of the Sermon on the Mount, turn swords into ploughshares as in the Old Testament, open to all, as mentioned before, and we are the people. We have to learn to have a certain self-confidence, overcome fear, find our voice once again in church, approach bad situations with this self-confidence, be able to make changes within society, reject injustice, and refuse to go along, and I think what is important in all of that is the power of prayer. Without prayer we would not have changed anything, we would not have been able to overcome fear, we would not have had the strength to change things and to take the message of the Bible seriously, being able to interject yourself into a social reality, finding the message of Jesus and the Bible and applying it to the current situation, not uttering long sentences but finding the right word for the right situation, knowing how to act. For me the main criterion for action was: What would Jesus say in this situation? Then I came to the conclusion that we needed to do it the same way he would have done it.

The role of the church did not diminish, at least not here in the Nikolai Church. It continued. Huge protests against the war in Iraq, peace prayers involving many people to save jobs…It continued, but under different social circumstances. However, there are always certain peaks, unique times, such as October 9th. It was a peaceful revolution which was a unique process. You cannot expect that it will go on like that every day. What this revolution aimed to achieve was indeed achieved, and then people stepped back. The important thing to remember is that we did not do that to get people to join our church, but because it was necessary. That is what Jesus did as well. When he provided help, he never asked if that person went to the temple or if that person said all his prayers. He just realized that this human being needed help, so he helped. That is exactly how we did it. We never said “but you must return the favor,” the way it is done in politics and in the world. We created something, and the blessing continued for the people. The most important thing is that the church has to remain open. Whenever people need the church again, in everyday life or in very specific situations, they should find the church open. The church should be there for the people, the way Jesus intended. An inviting, open church without the expectation that people join; an inviting, open church offering unconditional love, just as Jesus did, and [we must] act in this spirit.

20e anniversaire de la « révolution » est-allemande
Les chrétiens de l’Est de l’Allemagne ont lancé une campagne marquant le 20e anniversaire de la révolution pacifique qui a permis de renverser le communisme, par une sculpture de lumière projetée sur les murs du parlement régional d’Erfurt.

Protestants

L’œuvre de l’artiste Ingo Bracke projetait des mots tels que « paix », « réconciliation », « non-violence » et « solidarité » sur le bâtiment qui autrefois abritait l’administration communiste du district d’Erfurt.
La sculpture comprenait des extraits de textes de l’Assemblée oecuménique d’avril 1989 qui avait rassemblé des délégués des principales Eglises de l’Allemagne de l’Est. Elle s’était tenue moins de six mois avant que le pays n’entre dans sa révolution d’automne. Alors que la République démocratique allemande (RDA) était encore sous un contrôle rigide du pouvoir communiste, cette Assemblée a demandé, entre autres, le vote à bulletin secret pour les élections, la liberté d’opinion et la liberté de déplacement, ainsi que le droit de former des associations indépendantes.
Il s’agissait de l’avertissement que les dirigeants communistes est-allemands refusaient de voir, a déclaré l’évêque Christoph Kähler, de l’Eglise évangélique d’Allemagne centrale, lors du lancement de la campagne le 29 avril. « Cela signifiait la fin de leur régime, à travers une révolution pacifique », a-t-il affirmé. « Les gens sont descendus dans la rue avec des bougies et ont protesté et fait part de leurs exigences. »
Pendant que la lumière était projetée sur le parlement, un montage sonore était diffusé, contenant des extraits des textes accompagnés de sons de cloches d’église et de fragments de musique du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach.
La campagne de souvenir de la révolution porte le nom de « saint désordre ». Elle s’efforce non seulement de commémorer les événements de 1989, mais aussi de mobiliser les membres de l’Eglise afin qu’ils s’impliquent dans la politique en cette année d’élection générale en Allemagne.
Le soulèvement pacifique de 1989 en Allemagne de l’Est a parfois été qualifié de « révolution protestante », en raison du rôle majeur joué par les membres de l’Eglise et les manifestations de rue qui ont suivi des rassemblements extrêmement suivis de prière pour la paix et le changement dans les Eglises.
Les manifestations ont ouvert la voie à la chute du mur de Berlin et à la réunification de l’Allemagne en 1990.
Horst Sindermann, membre du bureau politique du parti communiste aurait déploré, après sa destitution : « Nous étions préparés à tout, mais pas aux bougies ni aux prières. »
L’Assemblée oecuménique qui s’est tenue en Allemange de l’Est avait été inspirée par le Conseil oecuménique des Eglises, qui avait appelé ses membres à agir pour promouvoir la justice, la paix et la sauvegarde de la création.
« L’Assemblée oecuménique était le fondement de nombreuses autres exigences et programmes politiques, qui ont été élaborés à l’automne 1989 », a déclaré l’évêque Kähler dans une interview avec le correspondant d’ENI, expliquant pourquoi la campagne du « saint désordre » était lancée pour le 20e anniversaire de l’Assemblée oecuménique. « Si nous n’avions pas eu ce travail préparatoire, nous n’aurions pas été capables d’agir aussi directement et pacifiquement que nous l’avons fait. »

Voir de plus:

Pourquoi Angela Merkel bouda la chute du Mur de Berlin
Florence Autret tente de percer la femme et la stratège derrière le sourire charmant, pour saisir ce que a permis à Angela Merkel de gravir les échelons de la politique fédérale aussi rapidement, et ce qui a guidé sa position de « mère austérité » sur la scène européenne. Extrait de « Angela Merkel. Une Allemande (presque) comme les autres » (1/2).
Bonnes feuilles
Atlantico
15 Juin 2013

Quand le Mur tombe, Angela Merkel a plus qu’un passé : elle a une histoire. A trente-cinq ans, elle a révélé des aptitudes, s’est forgé des convictions et inventé une méthode, un guide de survie pour tracer sa route dans la jungle du réel. La RDA est une école redoutable. Elle y a appris à exiger beaucoup d’elle-même et à ne pas trop attendre des autres, à avancer dans un environnement sinon hostile, tout au moins dangereux et arbitraire. Elle a acquis un sens de l’absurde qui ne la quittera plus. Elle sait limiter ses désirs a l’essentiel, a ne prétendre a rien qu’elle n’ait une chance d’obtenir, a arrêter ses « lignes rouges » avec précision, a la frontière de l’acceptable politiquement et du supportable moralement, à participer sans se compromettre, a se taire sans s’isoler.

Elle a appris à ne pas faire confiance, mais elle sait aussi qu’il faut parfois courir le risque d’être trompé pour que la vie soit supportable.

« Chacun a dû faire des compromis »
Elle sera déçue, mais pas surprise, quand elle découvrira que certains camarades du laboratoire d’Adlershof ont fourni des renseignements sur elle et fait verser à son dossier a la Stasi ses « critiques » à l’égard de la RDA. Quand on l’interrogera sur l’absence d’épuration systématique à l’Est, elle dira qu’il était souvent bien difficile de tracer une frontière entre ceux qui méritaient d’être sanctionnés et les autres dans la vaste « zone grise » des collaborateurs de la Stasi. La société n’était pas coupée en deux entre les courageux dissidents qui risquaient la prison ou l’exil, d’un côté, et la masse silencieuse et complice de ceux qui « font avec », de l’autre. La vérité était plus nuancée. « Il était très difficile de distinguer les “un peu” coupables des “très” coupables… Chacun a du faire des compromis, y compris moi », dira-t-elle.

Une question lancinante pèse toutefois sur cette première partie de sa vie. Elle qui s’est posée par la suite en admiratrice de la liberté, pourquoi n’a-t-elle pas pris part aux mouvements civiques, y compris dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur ? A l’époque, l’issue des manifestations était certes encore incertaine, et y participer comportait des risques. Mais elle aurait pu être tentée de partager avec d’autres sa défiance pour le système et son espoir d’un changement ? D’abord, elle ne partage pas grand-chose avec ces manifestants. « C’était des originaux, des marginaux. » Elle était un docteur en sciences physiques jouissant de la reconnaissance de l’institution. « Elle n’avait rien a faire avec eux », explique l’ancien Premier ministre est-allemand Lothar de Maiziere. Ensuite, la protestation venait généralement de personnes qui pensaient le régime est-allemand réformable et continuaient à croire dans une troisième voie entre socialiste et capitalisme. Or elle est convaincue du contraire. Enfin, on peut aussi penser qu’elle doute des vertus de l’activisme politique. La chute du Mur est un effet du système, une autodestruction plus qu’une victoire des opposants.
Extrait de « Angela Merkel : Une allemande (presque) comme les autres », de Florence Autret, (Édition Tallandier), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

Voir encore:

Causes de la construction du mur de Berlin

Wikipedia

Depuis sa création en 1949, la RDA subit un flot d’émigration croissant vers la RFA, particulièrement à Berlin. La frontière urbaine est difficilement contrôlable, contrairement aux zones rurales déjà très surveillées. Entre 2,6 et 3,6 millions d’Allemands fuient la RDA par Berlin entre 1949 et 1961, privant le pays d’une main-d’œuvre indispensable au moment de sa reconstruction et montrant à la face du monde leur faible adhésion au régime communiste2,3. Émigrer ne pose pas de difficulté majeure car, jusqu’en août 1961, il suffit de prendre le métro ou le chemin de fer berlinois pour passer d’Est en Ouest8, ce que font quotidiennement des Berlinois pour aller travailler. Les Allemands appellent cette migration de la RDA communiste à la RFA capitaliste : « voter avec ses pieds ». Pendant les deux premières semaines d’août 1961, riches en rumeurs, plus de 47 000 citoyens est-allemands passent en Allemagne de l’Ouest via Berlin. De plus, Berlin-Ouest joue aussi le rôle de porte vers l’Ouest pour de nombreux Tchèques et Polonais. Comme l’émigration concerne particulièrement les jeunes actifs, elle pose un problème économique majeur et menace l’existence même de la RDA.

En outre, environ 50 000 Berlinois sont des travailleurs frontaliers, travaillant à Berlin-Ouest mais habitant à Berlin-Est ou dans sa banlieue où le coût de la vie et de l’immobilier est plus favorable. Le 4 août 1961, un décret oblige les travailleurs frontaliers à s’enregistrer comme tels et à payer leurs loyers en Deutsche Mark (monnaie de la RFA). Avant même la construction du Mur, la police de la RDA surveille intensivement aux points d’accès à Berlin-Ouest ceux qu’elle désigne comme « contrebandiers » ou « déserteurs de la République ».

Comme tous les pays communistes, la RDA s’est vu imposer une économie planifiée par Moscou. Le plan septennal (1959-1965) est un échec dès le début. La production industrielle augmente moins vite que prévu. En effet, les investissements sont insuffisants. La collectivisation des terres agricoles entraîne une baisse de la production et une pénurie alimentaire. Les salaires augmentent plus vite que prévu à cause d’un manque de main-d’œuvre provoqué en grande partie par les fuites à l’Ouest. Un important trafic de devises et de marchandises, néfaste à l’économie est-allemande, passe par Berlin. La RDA se trouve en 1961 au bord de l’effondrement économique et social5.

L’auteur William Blum avance comme cause de la construction du Mur outre la captation de la main d’œuvre qualifiée de la RDA par l’Ouest, mais encore le terrorisme occidental qui aurait alors sévi en RDA9.

La construction du mur de Berlin

La construction du Mur, le 20 novembre 1961

Le 13 août 1961, la construction du mur de Berlin commence. Cette photo montre des hommes des « groupes de combat de la classe ouvrière » (Kampfgruppen der Arbeiterklasse), organisation paramilitaire est–allemande, sur le côté ouest de la Porte de Brandebourg qui se tiennent exactement sur la ligne de démarcation.
Le programme de construction du Mur est un secret d’État du gouvernement est-allemand. Il commence dans la nuit du 12 au 13 août 1961 avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest2.

Son édification est effectuée par des maçons, sous la protection et la surveillance de policiers et de soldats – en contradiction avec les assurances du président du Conseil d’État de la RDA, Walter Ulbricht, qui déclarait le 15 juin 1961 lors d’une conférence de presse internationale à Berlin-Est en réponse à une journaliste ouest-allemande10 : « Si je comprends bien votre question, il y a des gens en Allemagne de l’Ouest qui souhaitent que nous mobilisions les ouvriers du bâtiment de la capitale de la RDA pour ériger un mur, c’est cela ? Je n’ai pas connaissance d’un tel projet ; car les maçons de la capitale sont principalement occupés à construire des logements et y consacrent toute leur force de travail. Personne n’a l’intention de construire un mur11 ! »

Après trois heures d’attente, une vieille dame passée au secteur Ouest fait signe à ses connaissances restées à l’Est, 1961.
Ulbricht est ainsi le premier à employer le mot « Mur », deux mois avant qu’il ne soit érigé.

Si les Alliés sont au courant d’un plan de « mesures drastiques » visant au verrouillage de Berlin-Ouest, ils se montrent cependant surpris par son calendrier et son ampleur. Comme leurs droits d’accès à Berlin-Ouest sont respectés, ils décident de ne pas intervenir militairement. Le BND (Services secrets de la RFA) avait lui aussi reçu début juillet des informations semblables. Après la rencontre entre Ulbricht et Nikita Khrouchtchev lors du sommet des pays membres du Pacte de Varsovie (3-5 août 1961), le BND note dans son rapport hebdomadaire du 9 août : « Les informations disponibles montrent que le régime de Pankow12 s’efforce d’obtenir l’accord de Moscou pour l’entrée en vigueur de mesures rigoureuses de blocage ; en particulier le bouclage de la frontière de Berlin, avec interruption du trafic de métros et de tramways entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. (…) Il reste à voir si Ulbricht est capable de faire accepter de telles exigences par Moscou, et jusqu’où. »

La déclaration publique du sommet du Pacte de Varsovie propose de « contrecarrer à la frontière avec Berlin-Ouest les agissements nuisibles aux pays du camp socialiste et d’assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace. »

Le 11 août 1961, la Chambre du peuple (« Volkskammer »), le parlement de la RDA, approuve la concertation avec Moscou et donne les pleins pouvoirs au conseil des ministres pour en assurer la réalisation. Ce dernier adopte le 12 août un décret dénonçant la politique d’agression impérialiste des Occidentaux à son encontre. Un contrôle très strict des frontières séparant Berlin-Ouest et Berlin-Est est instauré13. Il décide de l’emploi des forces armées pour occuper la frontière avec Berlin-Ouest et y ériger un barrage.

Le samedi 12 août 1961, le BND reçoit l’information qu’« une conférence a eu lieu à Berlin-Est au centre de décision du Parti communiste est-allemand (SED) en présence de hauts responsables du parti. On a pu y apprendre que (…) la situation d’émigration croissante de fugitifs rend nécessaire le bouclage du secteur d’occupation soviétique et de Berlin-Ouest dans les jours prochains — sans plus de précisions — et non dans deux semaines comme il était prévu initialement. »

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14 500 membres des forces armées bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux parties de la ville sont interrompus. En septembre 1961, des métros et des S-Bahn (réseau ferré de banlieue) de Berlin-Ouest continueront à circuler sous Berlin-Est sans cependant s’y arrêter, les stations desservant le secteur oriental (qu’on appellera désormais les « stations fantômes ») ayant été fermées.

Erich Honecker, en tant que secrétaire du comité central du SED pour les questions de sécurité, assure la responsabilité politique de la planification et de la réalisation de la construction du Mur pour le parti, qu’il présente comme un « mur de protection antifasciste »2. Les pays membres du pacte de Varsovie publient, le même jour, une déclaration pour soutenir le bouclage de la frontière entre les deux Berlin14. Jusqu’en septembre 1961, la frontière reste « franchissable » et parmi les seules forces de surveillance, 85 hommes passent à l’Ouest — imités en cela par 400 civils, dont 216 réussissent. Les images du jeune douanier Conrad Schumann enjambant les barbelés, ainsi que de fugitifs descendant par une corde en draps de lit ou sautant par les fenêtres des immeubles situées à la frontière marquent les esprits.

La construction du Mur autour des trois secteurs de l’Ouest consiste tout d’abord en un rideau de fils de fer barbelés. Les pavés des axes de circulation entre les deux moitiés de la ville sont retournés afin d’interrompre immédiatement le trafic15. Dans les semaines suivantes, il est complété par un mur de béton et de briques, puis muni de divers dispositifs de sécurité. Ce mur sépare physiquement la cité et entoure complètement la partie ouest de Berlin qui devient une enclave au milieu des pays de l’Est.

Les réactions à l’Ouest

Détails du Mur, 1989
Le chancelier fédéral Adenauer appelle le jour même la population de l’Ouest au calme et à la raison, évoquant sans plus de précisions les réactions qu’il s’apprête à prendre avec les Alliés. Il attend deux semaines après la construction du Mur avant de se rendre à Berlin-Ouest. Seul le maire de Berlin-Ouest Willy Brandt émet une protestation énergique – mais impuissante – contre l’emmurement de Berlin et sa coupure définitive en deux. Sa déclaration est sans ambiguïté : « Sous le regard de la communauté mondiale des peuples, Berlin accuse les séparateurs de la ville, qui oppressent Berlin-Est et menacent Berlin-Ouest, de crime contre le droit international et contre l’humanité (…)15 ». Le 16 août 1961, une manifestation de 300 000 personnes entoure Willy Brandt pour protester devant le Rathaus Schöneberg, siège du gouvernement de Berlin-Ouest.

Les Länder de la RFA fondent la même année à Salzgitter un centre de documentation judiciaire sur les violations des droits de l’homme perpétrées par la RDA, pour marquer symboliquement leur opposition à ce régime.

La réaction des Alliés tarde : il faut attendre vingt heures avant que les colonnes militaires ne se présentent à la frontière. Le 15 août 1961, les commandants des secteurs occidentaux de Berlin adressent à leur homologue soviétique une note de protestation contre l’édification du Mur16. Des rumeurs incessantes circulent, selon lesquelles Moscou aurait assuré les Alliés de ne pas empiéter sur leurs droits à Berlin-Ouest. Le blocus de Berlin a effectivement montré aux yeux des Alliés que le statut de la ville était constamment menacé. La construction du Mur représente ainsi une confirmation matérielle du statu quo : l’Union soviétique abandonne son exigence d’un Berlin-Ouest « libre » déserté par les troupes alliées, tel qu’il avait encore été formulé en 1958 dans l’ultimatum de Khrouchtchev.

Les réactions internationales sont ambiguës. Dès le 13 août, Dean Rusk, secrétaire d’État américain, condamne la restriction de la liberté de déplacement des Berlinois17. Les Alliés considèrent que l’URSS est à l’initiative de la construction du Mur entre sa zone d’occupation et celle des alliés comme l’indiquent les notes de protestation envoyées au gouvernement soviétique par les ambassadeurs américain et français18. Cependant, Kennedy qualifie la construction du Mur de « solution peu élégante, mais mille fois préférable à la guerre ». Le Premier ministre britannique MacMillan n’y voit « rien d’illégal ». En effet, la mesure touche d’abord les Allemands de l’Est et ne remet pas en question l’équilibre géopolitique de l’Allemagne. Après une lettre que Willy Brandt lui a fait parvenir le 16 août19, Kennedy affiche un soutien symbolique20,21 à la ville libre de Berlin-Ouest en y envoyant une unité supplémentaire de 1 500 soldats et fait reprendre du service au général Lucius D. Clay. Le 19 août 1961, Clay et le vice-président américain Lyndon B. Johnson se rendent à Berlin.

Le 27 octobre, on en vient à une confrontation visible et directe entre troupes américaines et soviétiques à Checkpoint Charlie. Des gardes-frontières de RDA exigent de contrôler des membres des forces alliées occidentales voulant se rendre en secteur soviétique. Cette exigence est contraire au droit de libre circulation, dont bénéficient tous les membres des forces d’occupation. Pendant trois jours15, dix chars américains et dix chars soviétiques se postent de part et d’autre à proximité immédiate de Checkpoint Charlie. Les blindés se retirent finalement, aucune des deux parties ne voulant enclencher une escalade qui risquerait de se terminer en guerre nucléaire. La libre circulation par le poste-frontière Checkpoint Charlie est rétablie. Paradoxalement, cette situation explosive, aussi bien à Berlin que dans le reste de l’Europe, va déboucher sur la plus longue période de paix qu’ait connue l’Europe occidentale.

Un pays, deux États

Les ressortissants de Berlin-Ouest ne pouvaient déjà plus entrer librement en RDA depuis le 1er juin 1952. L’encerclement est rendu plus efficace par la diminution des points de passage : 69 points de passage sur les 81 existants sont fermés dès le 13 août. La porte de Brandebourg est fermée le 14 août et quatre autres le 23 août. Fin 1961, il ne reste plus que 7 points de passages entre l’Est et l’Ouest de Berlin. La Potsdamer Platz est coupée en deux. Le centre historique de la ville devient progressivement un grand vide sur la carte, composé du No man’s land entre les Murs de séparation à l’Est et d’un terrain vague à l’Ouest23. Les conséquences économiques et sociales sont immédiates : 63 000 Berlinois de l’Est perdent leur emploi à l’Ouest, et 10 000 de l’Ouest perdent leur emploi à Berlin-Est2.

Le mur de Berlin est devenu dès sa construction le symbole de la guerre froide et de la séparation du monde en deux camps. Le 26 juin 1963, John Kennedy prononce à Berlin un discours historique. Il déclare « Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois »), marquant la solidarité du Monde libre pour les Berlinois24. De plus, la construction du Mur donne une image très négative du bloc de l’Est et prouve de manière symbolique son échec économique face au bloc occidental. « Le bloc soviétique s’apparente désormais à une vaste prison dans laquelle les dirigeants sont obligés d’enfermer des citoyens qui n’ont qu’une idée : fuir ! Le Mur est un aveu d’échec et une humiliation pour toute l’Europe orientale »25. Le Mur sape l’image du monde communiste.

Le 17 décembre 1963, après de longues négociations, le premier accord sur le règlement des visites de Berlinois de l’Ouest chez leurs parents de l’Est de la ville est signé. Il permet à 1,2 million de Berlinois de rendre visite à leurs parents dans la partie orientale de la ville mais seulement du 19 décembre 1963 au 5 janvier 1964. D’autres arrangements suivent en 1964, 1965 et 196615. Après l’accord quadripartite de 1971, le nombre des points de passage entre l’Est et l’Ouest est porté à dix. À partir du début des années 1970, la politique suivie par Willy Brandt et Erich Honecker de rapprochement entre la RDA et la RFA (Ostpolitik) rend la frontière entre les deux pays un peu plus perméable. La RDA simplifie les autorisations de voyage hors de la RDA, en particulier pour les « improductifs » comme les retraités, et autorise les visites de courte durée d’Allemands de l’Ouest dans les régions frontalières. Comme prix d’une plus grande liberté de circulation, la RDA exige la reconnaissance de son statut d’État souverain ainsi que l’extradition de ses citoyens ayant fui vers la RFA. Ces exigences se heurtent à la loi fondamentale de la RFA qui les rejette donc catégoriquement. Pour beaucoup d’Allemands, l’édification du Mur est, de fait, un déchirement et une humiliation qui accentuent les ressentiments de la partition. Une conséquence inattendue de la construction du Mur est de faire renaître dans le cœur des Allemands l’idée de la réunification25.

Les deux parties de la ville connaissent des évolutions différentes. Berlin-Est, capitale de la RDA, se dote de bâtiments prestigieux autour de l’Alexanderplatz et de la Marx-Engels-Platz. Le centre (Mitte) de Berlin qui se trouve du côté Est perd son animation. En effet, l’entretien des bâtiments laisse à désirer surtout les magnifiques bâtiments situés sur l’île des musées, en particulier l’important musée de Pergame2. Poursuivant le développement d’une économie socialiste, le régime inaugure en 1967, dans la zone industrielle d’Oberschöneweide, le premier combinat industriel de la RDA, le Kombinat VEB Kabelwerke Oberspree (KWO) dans la câblerie. En 1970, débute la construction d’immeubles de 11 à 25 étages dans la Leipzigerstrasse qui défigurent l’espace urbain15. La propagande de la RDA désigne le Mur ainsi que toutes les défenses frontalières avec la RFA comme un « mur de protection antifasciste » protégeant la RDA contre l’« émigration, le noyautage, l’espionnage, le sabotage, la contrebande et l’agression en provenance de l’Ouest ». En réalité, les systèmes de défense de la RDA se dressent principalement contre ses propres citoyens.

Berlin-Ouest devient vite la vitrine de l’Occident. La réforme monétaire met fin à la pénurie et la reconstruction est bien plus rapide qu’à l’Est. Potsdamer Platz reste un lieu de souvenir. Une plate-forme panoramique permet de regarder par-dessus le Mur. Elle attire les visiteurs au cours des années 1970 et 198023. La partition fragilise cependant l’économie du secteur ouest. En effet, les industriels doivent exporter leur production en dehors de la RDA. De plus, pour éviter l’espionnage industriel, les industries de pointe s’implantent rarement à Berlin-Ouest26. La partie ouest se singularise à partir de 1967 par son mouvement étudiant, point de mire de l’opinion publique. En effet, la ville est traditionnellement une ville universitaire. La vie culturelle y est très développée.

Le 12 juin 1987, à l’occasion des festivités commémorant les 750 ans de la ville, le président américain Ronald Reagan prononce devant la porte de Brandebourg un discours resté dans les mémoires sous le nom de Tear down this wall!. Il s’agit d’un défi lancé à Gorbatchev, lequel est apostrophé à plusieurs reprises dans le discours27.

La chute du Mur

Manifestations le 4 novembre 1989 à Berlin-Est.

En 1989, la situation géopolitique change. Les Soviétiques annoncent leur retrait d’Afghanistan sans victoire. Au printemps, la Hongrie ouvre son « rideau de fer ». En août, Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarność, devient Premier ministre de Pologne. Certains observateurs pensent qu’une contagion de liberté va gagner aussi les Allemands28. À la fin de l’été, les Allemands de l’Est se mettent à quitter le pays par centaines, puis par milliers, sous prétexte de vacances en Hongrie, où les frontières sont ouvertes. En trois semaines, 25 000 citoyens de la RDA rejoignent la RFA via la Hongrie et l’Autriche. À Prague, à Varsovie, des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est font le siège de l’ambassade de RFA29. En RDA, la contestation enfle. Les églises protestantes, comme celle de Saint Nikolai à Leipzig, accueillent les prières pour la paix. Elles sont le germe des manifestations du lundi à partir de septembre30. 20 000 manifestants défilent dans les rues de Leipzig le 3 octobre 1989. Mikhaïl Gorbatchev, venu à Berlin-Est célébrer le quarantième anniversaire de la naissance de la RDA, indique à ses dirigeants que le recours à la répression armée est à exclure31. Malgré une tentative de reprise en main par des rénovateurs du Parti communiste, les manifestations continuent : un million de manifestants à Berlin-Est le 4 novembre, des centaines de milliers dans les autres grandes villes de la RDA32.

Cinq jours plus tard, une conférence de presse est tenue par Günter Schabowski, secrétaire du Comité central chargé des médias en RDA, membre du bureau politique du SED, retransmise en direct par la télévision du centre de presse de Berlin-Est, à une heure de grande écoute. À 18h57, vers la fin de la conférence, Schabowski lit de manière plutôt détachée une décision du conseil des ministres sur une nouvelle réglementation des voyages, dont il s’avère plus tard qu’elle n’était pas encore définitivement approuvée, ou, selon d’autres sources, ne devait être communiquée à la presse qu’à partir de 4h le lendemain matin, le temps d’informer les organismes concernés :

Présents sur le podium à côté de Schabowski : les membres du comité central du SED : Helga Labs, Gerhard Beil et Manfred Banaschak.
Schabowski lit un projet de décision du conseil des ministres qu’on a placé devant lui : « Les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs — motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l’enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n’aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA. »

Question d’un journaliste : « Quand ceci entre-t-il en vigueur ? »
Schabowski, feuilletant ses notes : « Autant que je sache — immédiatement. »33

Mur en partie détruit près de la porte de Brandebourg, un soldat surveille ce qu’il en reste, novembre 1989
Après les annonces des radios et télévisions de la RFA et de Berlin-Ouest, intitulées : « Le Mur est ouvert ! », plusieurs milliers de Berlinois de l’Est se pressent aux points de passage et exigent de passer34. À ce moment, ni les troupes frontalières, ni même les fonctionnaires du ministère chargé de la Sécurité d’État responsables du contrôle des visas n’avaient été informés. Sans ordre concret ni consigne mais sous la pression de la foule, le point de passage de la Bornholmer Straße est ouvert peu après 23 h, suivi d’autres points de passage tant à Berlin qu’à la frontière avec la RFA. Beaucoup assistent en direct à la télévision à cette nuit du 9 novembre et se mettent en chemin. C’est ainsi que le mur « tombe » dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, après plus de 28 années d’existence. Cet événement a été appelé dans l’histoire de l’Allemagne die Wende (« le tournant »). Dès l’annonce de la nouvelle de l’ouverture du Mur, le Bundestag interrompt sa séance à Bonn et les députés entonnent spontanément l’hymne national allemand35.

Cependant le véritable rush a lieu le lendemain matin, beaucoup s’étant couchés trop tôt cette nuit-là pour assister à l’ouverture de la frontière. Ce jour-là, d’immenses colonnes de ressortissants est-allemands et de voitures se dirigent vers Berlin-Ouest. Les citoyens de la RDA sont accueillis à bras ouverts par la population de Berlin-Ouest. Un concert de klaxons résonne dans Berlin et des inconnus tombent dans les bras les uns des autres. Dans l’euphorie de cette nuit, de nombreux Ouest-Berlinois escaladent le Mur et se massent près de la porte de Brandebourg accessible à tous, alors qu’on ne pouvait l’atteindre auparavant. Une impressionnante marée humaine sonne ainsi le glas de la guerre froide. .

Présent à Berlin, le violoncelliste virtuose Mstislav Rostropovitch, qui avait dû s’exiler à l’Ouest pour ses prises de position en URSS, vient encourager les démolisseurs (en allemand Mauerspechte, en français « piverts du mur ») en jouant du violoncelle au pied du Mur le 11 novembre. Cet événement, largement médiatisé, deviendra célèbre et sera l’un des symboles de la chute du bloc de l’Est.

Le 9 novembre a été évoqué pour devenir la fête nationale de l’Allemagne, d’autant qu’elle célèbre également la proclamation de la République en 1918, dans le cadre de la Révolution allemande de novembre 1918. Toutefois, c’est aussi la date anniversaire du putsch de la Brasserie mené par Adolf Hitler le 9 novembre 1923, ainsi que celle de la nuit de Cristal, le pogrom antijuif commis par les nazis le 9 novembre 1938. Le 3 octobre (jour de la réunification des deux Allemagne) lui a donc été préféré.

Voir enfin:

Les Hongrois et la chute du mur de Berlin
Du 11 septembre au 9 novembre 1989, deux mois qui ont fait l’Histoire
Luc Rosenzweig
Causeur
09 novembre 2014

Ce dimanche 9 novembre, les Allemands célèbrent le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. À cette occasion, figurent parmi les invités le chef d’orchestre hongrois Iván Fischer et son compatriote Miklós Németh, dernier Premier ministre – réformateur – de la Hongrie dite communiste. Une participation active, puisqu’Iván Fischer improvisera un discours et dirigera le concert de gala donné à cette occasion au Konzerthaus de Berlin dont il est le directeur musical.

Car les Allemands n’oublient pas. Si, lors de cette mémorable nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, les jeunes Berlinois purent ouvrir des brèches dans le mur pour se retrouver enfin avec leurs frères de RDA, ils le doivent en partie aux Hongrois. Hongrois qui, quelques mois plus tôt, leur avaient ouvert la voie en cisaillant – en grande pompe devant les médias du monde entier – les barbelés du rideau de fer (27 juin) pour laisser finalement passer en Autriche les citoyens de RDA réfugiés sur leur territoire (11 septembre). 25 000 d’entre eux allaient ainsi franchir librement la frontière en moins de trois semaines pour rejoindre leurs proches de la RFA.

Résidant alors en Allemagne, je me souviens parfaitement de l’émotion qu’avait suscitée l’événement. Au point que le très prestigieux Karlspreis (Prix Charlemagne) fut remis dès l’année suivante en présence du chancelier Helmut Kohl à Gyula Horn, ministre hongrois des Affaires étrangères au moment des événements, dont le nom fut même donné aux rues de plusieurs villes d’Allemagne. Je revois également toutes ces Trabants débarquer les week-ends suivants à Francfort où je vivais.

Ces événements, désormais bien connus, ont été largement commentés et vont continuer à faire couler beaucoup d’encre. Probablement moins connus sont certains dessous de l’affaire récemment révélés par le principal acteur et le principal témoin des événements en Hongrie: Miklós Németh (alors chef du gouvernement) et son ambassadeur à Bonn István Horváth.

Tout au long du printemps et de l’été 1989, des ressortissants de RDA étaient, comme chaque année, venus passer leurs vacances en Hongrie (où ils pouvaient retrouver, le temps des vacances, leurs proches de RfA). A cette différence près que cette année, l’immense majorité d’entre eux refusa de rejoindre le pays où le régime d’Honecker se faisait de plus en plus dur. Résultat: plusieurs dizaines de milliers de citoyens de RDA se retrouvaient en Hongrie désoeuvrés et sans moyens financiers, donc à la charge de l’État hongrois. Budapest venait de signer la convention de Genève sur le droit d’asile pour défendre les Hongrois de Roumanie réfugiés en Hongrie. Le gouvernement hongrois s’est alors trouvé devant un dilemme: que faire de ces Allemands de l’Est qu’il n’était bien sûr pas question de renvoyer? Comment concilier les engagements de la Convention de Genève sur le Droit d’asile et les obligations du Pacte de Varsovie ?

Par ailleurs, sur un plan purement technique, les installations du rideau de fer avaient considérablement vieilli et étaient à refaire pour la somme de… 50 millions de dollars.

C’est alors que, sur la demande du gouvernement hongrois, une rencontre secrète avec Helmut Kohl et son ministre Genscher eut lieu le 25 août au château de Gilnitz, près de Bonn. Y étaient seuls présents: les deux chefs de gouvernement, leurs ministres des Affaires étrangères (Genscher et Horn) et leurs ambassadeurs.

Les Hongrois font alors part à Helmut Kohl du dilemme auquel ils sont confrontés avec le sort des ces près de 80 000 Allemands de l’Est. Considérant le problème comme germano-allemand, ils interrogent Kohl sur sa réaction éventuelle s’ils les laissent sortir. Ému, Kohl les remercie, assure qu il les acceuillera et demande à ses interlocuteurs hongrois ce qu’ils attendent de lui en échange. Les Hongrois, prudents, renoncent à tout marchandage direct, de peur de compromettre le projet. Et par principe, le Premier ministre hongrois se refuse à monnayer le passage à l’Ouest de ces réfugiés, comme – dit-il – l’avait fait sans scrupules Ceaucescu en Roumanie avec ses ressortissants juifs et saxons. Toutefois, face à une probable pénurie en combustibles, les Hongrois obtiennent de Kohl une importante fourniture de charbon.

Au préalable, une consultation avait eu lieu en mars pour tâter Gorbatchev sur leurs intentions d’ouvrir le parlement à un système pluraliste et d’ouvrir l’économie. Gorbatchev avait acquiescé (mais il n’avait pas encore été ouvertement question d’ouvrir la frontière). Sur le principe général, Gorbatchev déclarait ne pas vouloir se mêler des affaires hongroises (et allemandes), s’en tenant à la promesse laconique suivante: “Soyez assuré que, tant que je serai en poste, 56 ne se renouvellera pas”. Par contre, quant au désengagement de la présence militaire russe, Gorbatchev incita ses partenaires à la patience pour ne pas affaiblir sa position lors de négociations – alors en cours – sur le désarmement.

Fait peu connu, c’est dès le 3 mars. soit six mois avant son ouverture officielle que Miklós Németh ordonna le démantèlement du rideau de fer. Mais sans trop de précipitation pour ne rien compromettre en alertant trop rapidement l’opinion, quitte à laisser bien en vue de la presse un tronçon de frontière en l’état.

La suite des événements, nous la connaissons.

COMPLEMENT:

Tous les murs ne sont pas honteux
Commémorations et manipulations de l’Histoire
Causeur
12 novembre 2014

Mots-clés : Chine, Helmut Kohl, Israël, Mikhaïl Gorbatchev, Mur de Berlin, Winston Churchill

Les commémorations sont  révélatrices de l’état d’esprit d’un lieu et d’une époque : elles servent moins à transmettre aux contemporains les vérités du passé qu’à conforter les mythes et les préjugés des acteurs du temps présent. Celle qui vient de se dérouler à l’occasion de la célébration du vingt-cinquième anniversaire de l’ouverture (et non la chute) du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 ne déroge pas, hélas, à cette règle.

Ceux qui n’étaient pas nés, ou trop jeunes pour percevoir le sens des événements survenus dans cette année charnière, sont aujourd’hui invités, par le bruit médiatique orchestré autour de cette commémoration, à penser que les Allemands de l’est, massés devant le «  mur de la honte » un beau soir de novembre, ont réussi à renverser l’ordre du monde issu de Yalta.

L’ouverture du mur serait dont la cause, et non la conséquence de la défaite historique du « socialisme réellement existant », dans laquelle l’Allemagne et son peuple auraient joué un rôle décisif. Tous les historiens sérieux savent que cela est faux, mais quel poids ont-ils face aux images qui symbolisent cet événement (ruée des Est-allemands vers Berlin-Ouest, Rostropovitch jouant du violoncelle devant le mur…) ?

S’il faut fixer une date marquant l’ouverture du rideau de fer dénoncé dès sa mise en place, en 1946, par Winston Churchill, c’est plutôt celle du 10 septembre 1989, lorsque le gouvernement communiste hongrois, dirigé par Miklos Nemeth, décida d’ouvrir totalement sa frontière avec l’Autriche. Pierre Waline a rappelé utilement ce point d’histoire à ceux qui l’auraient oublié…Cette mesure, qui permettait aux citoyens de la RDA de se rendre sans entraves à l’ouest, minait plus sûrement l’édifice berlinois que les maigres manifestations de dissidents contestant le pouvoir absolu d’Erich Honecker et de la Stasi. Sur le plan politique, un autre mur, celui de la théorie léniniste du rôle dirigeant de la classe ouvrière et de son parti, venait de voler en éclats en Pologne : pour la première fois depuis la Révolution d’octobre, un parti communiste et ses séides avaient été contraints de quitter le pouvoir pour faire place, en août 1989, à un gouvernement dominé par les partisans de Solidarnosc, dirigé par Tadeusz Mazowiecki. Ce n’est pas un hasard, si le 9 novembre 1989, le chancelier allemand Helmut Kohl se trouvait à Varsovie, négociant avec Mazowiecki l’amélioration du statut des quelques milliers d’Allemands ethniques restés en Pologne après l’amputation et l’attribution, en 1945, à la Pologne des provinces allemandes de Silésie, Poméranie et Prusse orientale… Si l’on me permet de faire un brin d’ego histoire, j’en veux encore à ce brave Helmut Kohl d’avoir abandonné brusquement à Varsovie la délégation de journalistes et d’hommes d’affaires qui l’accompagnait, et dont je faisais partie, pour s’envoler vers Berlin dès que la nouvelle de l’ouverture du mur fut annoncée…

Cette défaite du communisme n’est pas tombée du ciel, pas plus qu’elle n’a été l’œuvre d’un seul homme touché par la grâce, Mikhaïl Gorbatchev. La guerre froide, fruit de l’équilibre de la terreur instauré par la dissuasion nucléaire, avait déplacé l’affrontement « chaud » vers des champs de batailles exotiques, où le camp communiste avait volé de victoires en victoires : de la prise de pouvoir par Mao Zedong en Chine à la débâcle américaine au Vietnam, en passant par la révolution castriste à Cuba, la roue de l’Histoire semblait inexorablement tourner en faveur des héritiers de Marx et de Lénine. Les révoltes populaires hongroises, polonaises et tchécoslovaques avaient été écrasées par les chars russes (ou, pour la Pologne, par la simple menace de leur intervention). La stratégie occidentale se fondait sur un respect scrupuleux du statu quo en Europe, expliquée abruptement par Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand : interrogé à la télévision en décembre 1981 sur une éventuelle réaction la prise de pouvoir en Pologne par le général Jaruzelski, il s’exclama : «  Bien entendu, nous ne ferons rien ! ».

Le tournant décisif fut opéré par Ronald Reagan, et sa conception manichéenne d’une politique extérieure américaine axée sur la lutte contre « l’empire du mal ». Bravant les foules pacifistes allemandes, il imposa, avec l’aide de François Mitterrand, le stationnement des euromissiles en Europe en 1983. Quelques années plus tard, se risqua au fabuleux coup de poker stratégique de «  la guerre des étoiles », projet de militarisation de l’espace, à vrai dire assez fumeux, mais pris au sérieux par le nouveau maître de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev. Ce dernier, affaibli par l’enlisement de l’armée rouge en Afghanistan, et la catastrophe de Tchernobyl n’eut alors plus qu’un seul objectif : sauver ce qui pouvait l’être du pouvoir soviétique, fut-ce au prix de l’abandon des camarades au pouvoir dans le glacis occidental de l’empire… Ronald Reagan trouva un allié incarnant le « soft power » anticommuniste en la personne de Karol Wojtyla, alias Jean Paul II, dont l’accession à la papauté allait sauver l’opposition polonaise de la désespérance. Ni l’un, ni l’autre ne furent distingués par le prix Nobel de la paix, ce qui relève d’une injustice flagrante, au regard de ce qui survint plus tard, lorsqu’il fut décerné à un Barack Obama quelques mois seulement après son accession à la Maison blanche…

Le caractère emblématique du mur de Berlin permet aussi une disqualification éthique de tous les édifices, en béton ou non, visant à rendre étanche des frontières. Tout mur, ou obstacle physique à la libre circulation des humains, serait « honteux », selon les tenants de l’idéologie droits-de-l’hommiste intégrale : honteux le grillage entourant Ceuta et Mellila, honteux la barrière anti-immigration à la frontière sud des Etats-Unis, honteuse, enfin, la barrière de sécurité érigée entre Israël et les Territoires palestiniens. Seuls la  Grande Muraille de Chine et les restes du « limes » romain échappent à cet opprobre, car il y a prescription … Cet amalgame fait bon marché du caractère singulier, et historiquement inédit de la frontière interallemande entre 1961 et 1989 : une barrière étanche non pas destinée à protéger un Etat et une population des agressions extérieures, ou de migrations non désirées, mais un garrot pour arrêter l’hémorragie de ses propres citoyens ! Si honte il doit y avoir à propos des barrières frontalières modernes, ne serait-elle pas à mettre sur le compte des régimes et des potentats incapables de fournir à leurs sujets ou citoyens des perspectives de vie acceptables dans leur pays natal ? Est-il scandaleux de créditer les bâtisseurs de murs d’une certaine sagesse lorsque ceux-ci, comme la barrière de sécurité israélienne, conçue et mise en œuvre par Ariel Sharon est aussi, au delà dont son utilité sécuritaire immédiate, un signal d’autolimitation de ses prétentions territoriales ? Il y a très, très longtemps, les Hans édifièrent la plus imposante muraille jamais construite sur Terre pour se protéger des Xionju, ancêtres des Huns et des Turcs, qui s’empressèrent alors de dévaster l’Occident, pendant que la Chine développait la civilisation la plus avancée de l’époque. Et les Chinois d’aujourd’hui, totalement immunisés contre le virus de la repentance, en sont plutôt fiers.

3 commentaires pour Chute du Mur de Berlin/25e: Le Mur n’est pas tombé à Berlin (We were prepared for everything but not for candles and prayers)

  1. […] profitant du flottement provoqué par la perestroika soviétique, enfin abattre le mur de la peur élevé par 40 ans de communisme et une dizaine d’années de nazisme […]

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    Perle du jour:

    Alors que l’on célèbre la chute du mur de Berlin, d’autres murs subsistent #Israel #Palestine #ouialapaix

    Valérie Pécresse

    J'aime

  3. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    Le caractère emblématique du mur de Berlin permet aussi une disqualification éthique de tous les édifices, en béton ou non, visant à rendre étanche des frontières.

    Tout mur, ou obstacle physique à la libre circulation des humains, serait « honteux », selon les tenants de l’idéologie droits-de-l’hommiste intégrale : honteux le grillage entourant Ceuta et Mellila, honteux la barrière anti-immigration à la frontière sud des Etats-Unis, honteuse, enfin, la barrière de sécurité érigée entre Israël et les Territoires palestiniens.

    Seuls la Grande Muraille de Chine et les restes du « limes » romain échappent à cet opprobre, car il y a prescription …

    Cet amalgame fait bon marché du caractère singulier, et historiquement inédit de la frontière interallemande entre 1961 et 1989 : une barrière étanche non pas destinée à protéger un Etat et une population des agressions extérieures, ou de migrations non désirées, mais un garrot pour arrêter l’hémorragie de ses propres citoyens ! Si honte il doit y avoir à propos des barrières frontalières modernes, ne serait-elle pas à mettre sur le compte des régimes et des potentats incapables de fournir à leurs sujets ou citoyens des perspectives de vie acceptables dans leur pays natal ? Est-il scandaleux de créditer les bâtisseurs de murs d’une certaine sagesse lorsque ceux-ci, comme la barrière de sécurité israélienne, conçue et mise en œuvre par Ariel Sharon est aussi, au delà dont son utilité sécuritaire immédiate, un signal d’autolimitation de ses prétentions territoriales ?

    Il y a très, très longtemps, les Hans édifièrent la plus imposante muraille jamais construite sur Terre pour se protéger des Xionju, ancêtres des Huns et des Turcs, qui s’empressèrent alors de dévaster l’Occident, pendant que la Chine développait la civilisation la plus avancée de l’époque.

    Luc Rosenzweig

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