Incidents de la synagogue de la Roquette: Attention, un piège peut en cacher un autre (Was supposed attack of Parisian synagogue no more than a turf war between Jewish and Muslim youth groups ?)

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La vérité est la première victime de la guerre. Eschyle
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. » Le Point
Cet ensemble d’éléments n’est pas un entassement circonstanciel de comportements et de discours. J’y trouve une rationalité qui est celle de l’idéologie qui domine aujourd’hui dans les pays démocratiques : le postmodernisme. Sa cible essentielle est, au recto, l’Etat-nation démocratique, l’identité nationale, la souveraineté du sujet collectif, avec pour verso la célébration de tout ce qui est extérieur à l’Occident et à la démocratie. C’est une utopie de la « démocratie » qui est l’ennemie du régime démocratique. Dans le monde illusoire que cette idéologie construit, la « communauté internationale », le « Tribunal international » doivent se substituer aux Etats. Et, d’ailleurs, il n’y aurait plus d’Etats mais des individus, des « citoyens du monde », de sorte qu’il n’y aurait plus de « guerres » mais des « différends », plus d’armées mais à la rigueur des « polices », plus de responsabilité mais des co-responsabilités, plus de coupable mais une culpabilité partagée, il n’y a plus de réalité mais des récits sur la réalité, etc. Les droits de l’homme, ou leur usage instrumentalisé, l’emportent alors sur les droits du citoyen, le pouvoir judiciaire s’impose au pouvoir politique, la loi n’est plus l’œuvre du peuple mais l’invention des juges, etc. C’est cette même idéologie qui, dans le monde et notamment en Europe, ouvre grandes les portes à l’islamisme. Shlomo Trigano
Les conflits au Moyen-Orient ont des répercussions de plus en plus importantes en France depuis le début des années 1980. L’attentat contre la synagogue de la rue Copernic a eu lieu en octobre 1980, il y a bientôt 34 ans… Ensuite il y a eu l’attentat contre le restaurant Goldenberg en août 1982, c’est-à-dire au moment où la guerre du Liban faisait rage. La nouveauté depuis les années 1990-2000 c’est que ce sont les Français d’origine maghrébine qui cherchent à en découdre et non plus des commandos envoyés par un acteur extérieur (OLP, Iran etc.). La raison principale est que la haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». La haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». Il s’agit sans doute d’une haine des Juifs et d’Israël et non pas d’une prise de position politique. C’est tout à fait légitime et parfois justifié de critiquer la politique israélienne mais la comparaison avec les autres conflits dans la région ne laisse pas de place au doute. Si il s’agissait là d’une véritable identification avec les victimes des bombardements de Gaza, alors on pourrait s’étonner que la crise syrienne avec ses 160 000 victimes n’ait pas déchainé une telle mobilisation et de telles passions! Je crois que ces manifestations trahissent un besoin profond de se définir comme adversaire d’Israël et des Juifs. (…) Le débat est ouvert et devrait le rester aussi longtemps qu’on échange des arguments rationnels. Or hurler «Israël assassin» et dénoncer un «génocide» à Gaza ne tombent pas dans cette catégorie. (…) Le communautarisme monte en France parce que trop de Français pensent que la décolonisation n’est pas terminée et que la France leur est redevable. Trop de musulmans vivent dans un sentiment d’humiliation séculaire et le rêve d’une vengeance qui restaurera leur honneur. L’Islam radical, qui n’a pas grand-chose avoir avec les enseignements et la vie de Mohamed, ainsi que la haine d’Israël, des Juifs et, plus largement de l’Occident et des «croisés» en sont les expressions. De ce point de vue, la logique qui a guidé le choix des victimes de Mohamad Merah est plein d’enseignements: des militaires français «bourreaux» des «frères» et ensuite des enfants juifs, l’incarnation du mal. Il y a une suite dans ces idées folles et la haine des Juifs n’est que la partie émergée de l’iceberg. (…) Malheureusement les forces en présence sont plus puissantes que nos élites politiques. Le monde entier est entré dans une phase «multi», portée par les échanges de plus en plus nombreux – voyage, internet -, l’homogénéité croissante de notre planète – partout les mêmes modes, les mêmes produits, les mêmes films, les mêmes magasins -, le rythme très rapide du changement et la précarisation galopante. Au milieu de ce tourbillon les valeurs républicaines traditionnelles ne font plus le poids surtout que l’Etat ne suit pas derrière avec les récompenses: croissance, emploi, sécurité, perspectives d’avenir. Notre civilisation est en crise et le modèle français n’y échappe pas. Dans ce contexte, quand l’avenir est plus une menace qu’une promesse, les appartenances jadis secondaires – religion, ethnie, communauté d’origine – remplissent le vide. Gil Mihaely
Dans toute la France, ce sont aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. En interdisant dans plusieurs villes et notamment à Paris, les manifestations de solidarité avec la Palestine, Hollande et le gouvernement Valls ont enclenché une épreuve de force qu’ils ont finalement perdue. Depuis l’Afrique où il organise l’aventure militaire de l’impérialisme français, Hollande avait joué les gros bras « ceux qui veulent à tout prix manifester en prendront la responsabilité ». C’est ce qu’ont fait aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. Et pour faire respecter le droit démocratique à exprimer collectivement la solidarité. En particulier à Paris, plusieurs milliers de manifestants, malgré l’impressionnant quadrillage policier, ont défié l’interdiction du gouvernement. C’est un succès au vu des multiples menaces de la préfecture et du gouvernement. En fin de manifestation, des échauffourées ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre. Comment aurait-il pu en être autrement au vu de dispositif policier et de la volonté du gouvernement de museler toute opposition à son soutien à la guerre menée par l’Etat d’Israël. Le NPA condamne les violences policières qui se sont déroulées ce soir à Barbès et affirme que le succès de cette journée ne restera pas sans lendemain. Dès mercredi, une nouvelle manifestation aura lieu à l’appel du collectif national pour une paix juste et durable. La lutte pour les droits du peuple palestinien continue. Le NPA appelle l’ensemble des forces de gauche et démocratiques, syndicales, associatives et politiques, à exprimer leur refus de la répression et leur solidarité active avec la lutte du peuple palestinien. NPA
On va vous trancher la gorge. On a provoqué la LDJ, mais ils ont pas de couilles. Ils sont planqués derrière la police, la Ligue des Danseuses Juives … On est venu jusque devant leur synagogue. Ils sont cachés derrière la police, ces bâtards ! Alors, on est venu vous chercher, la LDJ. … On est là, on vous attend, nous. Les chiens ! Chiens de sionistes ! Il sont là, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains ! Ils sont là, bandes de bâtards ! Allez, venez ! Commentaire d’une vidéo (tournée lors de la manifestation devant la synagogue d’Asnières, 13.07.14)
C’était un peu la Kristallnacht et on a échappé de peu à un véritable pogrom. Roger Cukierman (président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Crif)
Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age. Arno Klarsfeld (ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France)
Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation. Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela. L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée. Samuel Ghiles-Meilhac (sociologue)
On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa… On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes. Nonna Mayer (politologue)
Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas. Jean-Yves Camus (directeur de l’observatoire des radicalités politiques, présent sur place)
Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé. Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la « complicité française ». Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège. La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq « forces mobiles », gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours. Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais. Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue. Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. Frédéric Ploquin (Marianne)
Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été « de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure ». Et ce qui suit est éloquent. « Pas un seul projectile lancé sur la synagogue ». « A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger », précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une « confusion » entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette. iTELE
Pour lui [Erwan Simon], « il n’y a pas d’attaque de synagogue,  jamais ». L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse « à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste ». iTELE
Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre. Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS. Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable. Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.). Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz. Abdelkrim Branine (journaliste, Beur FM)
Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille (« à quelques centaines de mètres »), des gérants de la manifestation commençaient à informer que « ça commençait à un petit peu dégénérer », les organisateurs « suppliant » les manifestants de « ne pas répondre aux provocations ». A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, « Palestine, on t’encule! ». Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants « de ne pas faire attention », de ne pas « calculer » ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : « ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux ». Sabrina décrie une scène un peu chaotique, « ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête ». Venue pour « défendre une cause, le peuple palestinien », Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de « participante à une manifestation antisémite ». C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle. (…) Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. « Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré ». Elle ne cache pas s’être dit « qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans ». Elle avoue avoir « traité de cons ceux qui répondaient à la provocation », que ça allait « être une évidence », « toujours le même disque ». Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été « assiégée », pour elle, « c’est un piège ». ITELE

Attention: un piège peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre l’implantation délibérée de ses attaques comme de ses armes au milieu de sa population et le bidonnage non moins délibéré des images comme des chiffres, le bilan des victimes civiles de la nouvelle guerre des roquettes déclenchée par le Hamas ne peut que s’alourdir …

Et qu’avec la montée inexorable du décalage victimes palestiniennes-victimes israéliennes et l’incursion terrestre israélienne à Gaza même, la quasi-totalité des médias et de l’opinion mondiale n’a à nouveau pas de mots assez durs pour dénoncer le seul Etat juif …

Comment, avec le beau travail de la chaine en continu iTELE et contrairement aux outrances verbales de certains (allant jusqu’à parler, oubliant les risques inhérents aux propos précipités,  de « tentative de pogrom »), ne pas voir dans les incidents de la synagogue de la Roquette qui avaient tant ému l’opinion mondiale et notamment juive …

Autre chose qu’une contre-baston face à d’autres bastons et provocations entre groupes rivaux de jeunes musulmans et de jeunes juifs …

Dont la manifestation pro-palestinienne qui les avait précédés n’aurait alors été que le prétexte ?

Mais comment en même temps ne pas s’étonner, quelques semaines de surcroit après l’horrible forfait d’une bande de supporters du Beitar en Israël même,  de l’apparente naïveté de responsables communautaires juifs voire de forces publiques se laissant piéger par l’offre de « protection » de groupes de jeunes juifs à la réputation aussi sulfureuse que la Ligue de Défense Juive ?

Ou, le Parti anticapilatliste en tête,  de certains organisateurs, manifestants et observateurs qualifiant de bon enfant et ne voyant aucun problème à appeler à nouveau, même illégalement,  à la tenue d’une manifestation sur la voie publique …

Incluant, sans parler de l’évidente victimisation de la vérité (les roquettes et missiles partent et visent bien des zones résidentielles), mini-roquettes en carton mâché, drapeaux noirs des égorgeurs de Syrie et d’Irak, quenelles ou cris de « Allah akbar ! » voire de « Mort aux juifs ! » ?

Incidents rue de la Roquette: Serge Benhaim dément toute attaque de la synagogue

​Ceci est le second témoignage que nous avons recueilli, celui du président de la Synagogue Don Isaac Abravanel, située Rue de la Roquette, là où ont eu lieu les affrontements entre la Ligue de Défense Juive et les manifestants pro-palestiniens, en marge de la manifestation en soutien à la Palestine dimanche 13 juillet dernier, à Paris. Encore une fois, nous avons fait le choix de vous livrer cet entretien sans aucun montage et aucune coupure, vous entendrez donc les questions de notre journaliste Julien Nény ainsi que les réponses de Serge Benhaïm dans leur intégralité.

La synagogue, théâtre d’un rassemblement « pour la paix en Israël »

Serge Benhaïm confirme avoir décidé de faire une « prière pour la paix en Israël », en convoquant les fidèles par différents moyens, notamment celui de la page Facebook de la synagogue. Il indique qu’à chaque fois qu’une manifestation est organisée, les forces de polices sont prévenus, une pratique habituelle afin d’assurer la sécurité du lieu de culte et des fidèles qui s’y rendent.

« Aucun problème » pour maintenir cette manifestation, selon les forces de l’ordre

Lorsque le président de la synagogue de la rue de la Roquette a averti les forces de l’ordre (le commissariat local) de la tenue de cette « prière pour la paix », la police l’a informé en retour de la tenue du rassemblement pro-Palestine ce même jour avec pour terminus la place de la Bastille. Serge Benhaïm nous confie que les forces de l’ordre lui ont dit qu’il n’y avait « aucun problème », que c’était « hyper couvert, hyper sécurisé », la raison pour laquelle le président de la synagogue a pris la décision de ne pas annuler le rassemblement prévu à la synagogue Don Abravanel à 17h30 ce dimanche 13 juillet.

Les forces de l’ordre là pour « contrer les manifestants »

Serge Benhaïm contextualise l’intervention des forces de l’ordre, 4 policiers côté Bastille, 2 policiers postés devant la porte de la synagogue. Des policiers qui auraient ensuite demandé du renfort selon ses dires. Resté devant la synagogue, il indique avoir constaté que les grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre ont « stoppé l’élan des premiers manifestants » et que cela a « sécurisé le bas de la rue de la Roquette » (côté Bastille, ndlr).

Quel a été le rôle de la Ligue de Défense Juive dans le déroulement des échauffourées?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette précise que les fidèles sont toujours restés à l’intérieur du lieu de culte. En revanche, à l’extérieur, il estime à une quarantaine le nombre de jeunes présents, venue « au cas où il y aurait un problème ». Il décrit leur répartition de la façon suivante : 10 personnes de la SCPJ et une trentaine d’individus appartenant à la Ligue de Défense Juive. Selon lui, ces derniers n’ont « jamais bougé de la synagogue et n’étaient pas en contact avec les manifestants ». Il estime les mouvements de la LDJ à une « oscillation de 150 mètres sur la gauche à 150 mètres sur la droite » de la synagogue. Enfin, il assure « qu’à aucun moment », les jeunes de la LDJ « n’ont été à la recherche du contact ni vers la Bastille, ni vers Voltaire ».

La LDJ « briefée par les forces de l’ordre » sur place

Serge Benhaïm assure qu’il « n’a pas de contacts avec la LDJ », même s’il reconnait que le groupuscule a « une renommée un peu sulfureuse ». Il affirme s’être adressé aux forces de l’ordre pour leur demander de s’adresser à eux (la LDJ, ndlr). Il indique que les forces de l’ordre ont parlé avec la Ligue de Défense Juive en ces termes : « les gars, je veux pas de problèmes, vous restez ici ». Il estime d’ailleurs que ce contact entre les forces de l’ordre et la LDJ qui a permis de s’assurer que la LDJ reste « toujours derrière le cordon de police quand il y en a eu un ». Le président de la synagogue, « témoin de première ligne » selon ses termes, précise que lorsque les forces de l’ordre se sont déployées, « la Ligue de Défense Juive est passée derrière le rideau des forces de l’ordre ». Selon lui, il n’y a « pas eu de provocation » de la part de la LDJ. Il confirme néanmoins qu’il y a bien eu un « face-à-face ouvert entre les jeunes de la manifestation pro-Palestine et les gars de la LDJ » mais cet affrontement a été « une surprise ». Sur l’utilisation d’armes par la LDJ, le président de la synagogue de la rue de la Roquette confirme également que la LDJ a « cassé des chaises et des tables, pour aller livrer ce face-à-face » qu’il ne « cautionne pas ».

La LDJ a-t-elle été la première à provoquer les manifestants pro-palestiniens?

A cette question, Serge Benhaïm s’inscrit en faux. Selon lui, « pas de contact visuel entre le devant de la synagogue et la place de la Bastille ». Il estime que cette version des faits est « erronée » et qu’il n’y a pas eu d’appel aspirant de la LDJ pour faire venir les manifestants pro-palestiniens vers la rue de la Roquette.

La Ligue de Défense Juive doit-elle être dissoute?

Serge Benhaïm estime que si les gens de la Ligue de Défense Juive sont des « électrons libres et incontrôlés », comme n’importe quel mouvement, il faut « absolument » décider de sa dissolution. Selon ses termes, « ce n’est pas parce qu’ils sont juifs qu’ils ont l’autorisation d’être incontrôlables, ou incontrôlés ». Plus tard dans l’interview, il revient sur les tweets de provocation postés sur Twitter par certains utilisateurs affiliés à la Ligue de Défense Juive. Encore une fois, « il ne cautionne pas » et estime qu’il « n’autorisera personne à venir mettre en danger une communauté venue prier, même si c’est la LDJ, même si ce sont des juifs, même s’il devait prendre des positions très frontales avec eux ». Sur l’implication de la LDJ dans l’allumage de la mèche de ces affrontements, le président de la synagogue s’essaye à une métaphore qui montre la complexité de la situation : « je sais qu’une bombe peut exploser avec un détonateur qui pèse 13 grammes. Est-ce que ce sont les 13 grammes qui font exploser la bombe, ou est-ce le fait d’avoir une bombe ? ». Il déplore enfin « des tonnes de provocations entre juifs et musulmans, tous les jours, toutes les minutes sur Internet ».

La synagogue rue de la Roquette a-t-elle vraiment été « assiégée »?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été « de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure ». Et ce qui suit est éloquent. « Pas un seul projectile lancé sur la synagogue ». « A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger », précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une « confusion » entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette.

« S’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition »

En conclusion de son entretien, Serge Benhaïm, en réaction aux propos de Roger Cukierman sur notre antenne, estime qu’il « faut voir le demi-verre plein ». « Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de dégâts graves, pas de dégâts humains, à part des blessés légers ». A l’évocation d’un « pogrom », le président de la synagogue estime qu’on pourrait « faire grossir cet événement à la catastrophe », mais qu’il faudrait « surtout s’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition et revenir aux relations qui étaient celles d’avant », avec la communauté musulmane.

Voir aussi:

Incidents rue de la Roquette: « ça a été un piège »

Dernier de nos témoignages, celui de Sabrina Benalia, 22 ans. Elle a participé à la manifestation du dimanche 13 juillet dernier, avec son mari et sa petite sœur. Elle revient pour nous sur le déroulé de cette manifestation et les incidents survenus rue de la Roquette dont elle a été témoin. Là encore, nous avons décidé de ne pas monter cette interview et de vous la livrer de façon brute, dans la longueur.

Une ambiance « sereine », une « cohésion » au sein de la manifestation pro-Palestine

Sabrina Benalia revient pour nous sur la raison de sa participation à cette manifestation, défendre « la cause palestinienne », manifester contre ce qu’elle « n’appelle pas forcément une guerre », mais plutôt un « génocide ». Coutumière des manifestations selon ses dires, Sabrina indique que cette fois-ci, elle a ressenti une « cohésion » et souligne la présence d’une association, l’UFJP, qui selon elle, matérialise le plus cette cohésion. Selon d’autres participants à la manifestation cités par Sabrina, la présence de l’UFJP représente « la paix », défendue dans cette manifestation.

Que s’est-il passé à l’approche de la place de la Bastille ?

Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille (« à quelques centaines de mètres »), des gérants de la manifestation commençaient à informer que « ça commençait à un petit peu dégénérer », les organisateurs « suppliant » les manifestants de « ne pas répondre aux provocations ». A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, « Palestine, on t’encule! ». Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants « de ne pas faire attention », de ne pas « calculer » ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : « ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux ».

Rue de la Roquette : « ça a été un piège »

Sabrina décrie une scène un peu chaotique, « ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête ». Venue pour « défendre une cause, le peuple palestinien », Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de « participante à une manifestation antisémite ». C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle.

Les manifestants pro-palestiniens ont « répondu à la provocation »

Sabrina évalue à « 4 ou 5 les manifestants pro-palestiniens » présents dans les échauffourées, rejoints par plusieurs autres manifestants qui ont « répondu à la provocation » des membres de la Ligue de Défense Juive, qu’elle estime à « plusieurs dizaines ». Elle décrit avoir entendu des insultes à plusieurs reprises, « Palestine, on t’encule! ». Du côté du cortège, elle admet avoir entendu un seul slogan pouvant s’apparenter à cela, « Israël assassin ». Elle indique ne jamais avoir entendu « mort aux juifs », lors de sa présence dans cette manifestation et en tant que témoin des échauffourées en fin de soirée. Elle « ne pense pas qu’on puisse se permettre de dire « mort aux juifs », alors que même l’UFJP était présente » dans le cortège de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier.

« On voit clairement des policiers défendre les pro-israéliens »

A l’évocation des éléments déclencheurs des échauffourées rue de la Roquette, Sabrina raconte : « sur ma droite, un barrage de policiers et derrière la LDJ avec le drapeau israélien », aux cris de « Palestine, on t’encule! ». « A aucun moment », la police ne va leur demander de cesser ou les arrêter, selon elle.

Elle évoque également cette vidéo publiée depuis quelques jours sur différentes plateformes, où l’on voit « un jeune de la LDJ faire tomber une barre de fer et un policier de la BAC la ramasser et lui redonner ». Des « images enregistrées » qui ne mentent pas pour Sabrina, « on aurait dit des amis », « on voit clairement des policiers s’attaquer aux pro-palestiniens et défendre les pro-israéliens ».

« Encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, les musulmans »

Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. « Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré ».

Elle ne cache pas s’être dit « qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans ». Elle avoue avoir « traité de cons ceux qui répondaient à la provocation », que ça allait « être une évidence », « toujours le même disque ».

« Pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ? »

Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été « assiégée », pour elle, « c’est un piège ». Elle défend son point de vue en ces termes : « pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ? On vient défendre justement des innocents en Palestine, on va pas venir s’attaquer à des innocents en France ».

Manifestation de samedi à Paris: « je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas »

A la question de sa présence à la manifestation de samedi à Paris, qui a été – à l’heure où nous écrivons ces lignes – interdite par la préfecture de police de Paris, Sabrina est formelle : « bien sûr, je serai présente avec ma famille, j’espère et je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas ». Elle pointe une nouvelle fois les « menaces » de la LDJ sur sa page Facebook et estime qu’il « faut arrêter d’accuser les personnes qui sont là pour demander la paix pour le peuple palestinien ».

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir également:

Incidents rue de la Roquette: la police est « responsable »

En relation avec notre enquête au sujet des incidents rue de la Roquette, la rédaction d’i>TELE s’est mobilisée afin d’aller à la rencontre de différents protagonistes qui ont participé à la manifestation pro-Palestine du dimanche 13 juillet dernier, ou de témoins des affrontements qui ont eu lieu rue de la Roquette, aux abords de la synagogue Don Isaac Abravanel. Premier de nos témoignages, celui d’Erwan Simon, qui fait partie du groupe de personne qui ont géré l’organisation de la manifestation qui a réuni 30.000 personnes pour soutenir la population de Gaza, de Barbès à la place de la Bastille.

« Mort aux Arabes, Israël vaincra »

Erwan, placé en tête de cortège, raconte l’arrivée au terme de la manifestation, place de la Bastille, il décrit sur la droite – comme Sabrina – un cortège de policiers derrière lequel se réfugient des individus « casqués », criant « mort aux Arabes, Israël vaincra ». Il fait appel à son expérience des manifestations pro-Palestine depuis des années pour affirmer que « ça ressemble très fortement à la Ligue de Défense Juive », sur « ce type d’action » et « ce type de racisme ».

La police est « responsable », elle a « laissé passer des gens » rue de la roquette

Erwan Simon « était au courant » de l’appel à manifester de la LDJ rue de la Roquette. Il confirme que le service d’ordre de la manifestation pro-Palestine a « demandé à ne pas aller là-bas » (rue de la Roquette, ndlr).

En tant qu’organisateur de la manifestation, il se défend: « vous dites clairement à la police, c’est fini (la manifestation, ndlr) il est 17h30, à ce moment-là, il est de la responsabilité de la police » de maintenir l’ordre. Une question lourde de sens lorsqu’on a regardé la vidéo des altercations : « pourquoi la police n’intervient pas, alors qu’il y a des centaines de policiers partout autour de Bastille ? »

Le discours de la paix de la LDJ « ne marche pas »

Erwan « n’accepte pas » cette « bagarre entre supporters, en train de se battre comme si on était là-bas ». Il estime se battre avec « la justice, le droit ». Il comprend néanmoins « que des gens soient en colère », la LDJ « depuis plus de 10 ans agresse, tape, brûle des lieux, casse des bras », il recense à ce sujet une « vingtaine d’événements » qui mettent en cause les agissements du groupuscule.

Pour lui, « le discours de paix » de la LDJ « ne marche pas », même s’il convient que la colère des manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement ne doit pas « s’exprimer de cette façon ».

Des manifestants pro-palestiniens aux cris de « mort aux juifs » ?

Erwan est formel, il n’a « rien entendu de tel ». En revanche, il a entendu à plusieurs reprises les slogans « mort aux Arabes ». Il estime que les manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement avec la LDJ étaient proches d’une centaine de personnes (« 80 à 100 ») mais rappelle qu’il y avait « des centaines de familles dans la rue qui tentaient de rejoindre le métro ».

La synagogue a-t-elle été « assiégée » ?

Erwan pointe une nouvelle fois le rôle de la LDJ dans cette information « totalement erronée » selon lui. La synagogue est « prise par la Ligue de Défense Juive » qui « empêche les gens de sortir, qui leur fait peur ». Pour lui, « il n’y a pas d’attaque de synagogue, jamais ». L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse « à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste ».

« Quelles ont été les consignes du ministère de l’Intérieur ? »

Cette question résonne dans la bouche d’Erwan Simon, « derrière la LDJ, des rangs de policiers », « des gens ont eu des propos racistes et n’ont pas été arrêtés ». Pourquoi le gouvernement français « ne donne pas d’instructions claires pour empêcher tous les racismes » ?

Pour Erwan, « il n’y a pas de forces de l’ordre pro-Israël » comme l’estime Sabrina que nous avons également interrogée, les forces de l’ordre « font le travail qu’on leur demande ». Une question subsiste : « quelles ont été les consignes reçues de la part du ministère de l’Intérieur ? »

Interdiction de la manifestation de samedi à Paris : « on marche sur la tête »

Avant de parler de troubles à l’ordre public, « ce serait bien de les faire arrêter en faisant interdire la Ligue de Défense Juive », selon Erwan. Pour l’un des organisateurs de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier, « on marche sur la tête ». « On a le droit d’aller manifester dans la rue, les forces de l’ordre doivent assurer la protection des gens qui manifestent, c’est la question du droit, notre droit à manifester, l’un des principes de base ».

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir encore:

Affrontements rue de la Roquette : la vérité est toujours la première victime d’un conflit

iTELE
16-07-2014

LE PLUS. Le 13 juillet dernier, à Paris, des heurts ont éclaté entre militants pro-israéliens et pro-palestiniens, en marge d’une manifestation de soutien au peuple de Palestine. Des violences que les médias se sont empressées de dramatiser, estime le journaliste et écrivain Jacques-Marie Bourget. Il s’étonne du traitement médiatique de ces événements, et appelle les médias à plus de retenue.

Édité par Sébastien Billard

Capture d’écran d’une vidéo des affrontements entre pro-israéliens et pro-palestiniens, rue de la Roquette à Paris, le 13 juillet 2014.

Quand un journal aussi sérieux que le quotidien britannique « The Independent » titre « Conflit Israël-Gaza : Des synagogues attaquées quand une manifestation pro-palestinienne à Paris tourne à la violence », c’est qu’il y a danger. Danger pour deux vertus qui n’en sont qu’une : la vérité et l’exercice des libertés.

Sur cette seule base, celle d’un texte publié dans un journal qui fait autorité, tous les confrères du monde peuvent « sourcer » sans conteste leurs papiers sur ce sujet. Et faire naître dans l’esprit de leurs lecteurs des images de barbares antisémites commettant en France les attaques les plus graves.

La machine à mensonges en marche

Comment ce fait-il que « The Independent », véritable institution du journalisme international, publie une information si capitale qu’elle laisse à penser qu’être juif en France serait vivre entre « la valise et le cercueil » ? C’est simple, comme beaucoup de médias, le quotidien anglais a été victime de la rapidité lapidaire d’internet.

Faut-il rappeler la piteuse histoire de Timisoara en Roumanie, à l’heure de la chute de Ceausescu où, en chœur, la presse a rapporté des « massacres » alors que les victimes étaient mortes d’accident ou de maladie…

Comme un boomerang, sur leurs téléphones portables, les envoyés spéciaux recevaient de leurs rédacteurs en chef le buzz internet : « La ‘toile’ est remplie d’infos sur ce massacre. Qu’est-ce que tu attends pour nous envoyer ton papier ? » La machine à mensonges était en marche.

À propos des « hordes à l’assaut de deux synagogues parisiennes », la fumée des lacrymogènes n’était pas encore au ciel que des sites larguaient leurs bombes d’oxygène sur le feu.

Presqu’au hasard, prenons Slate :

« Des centaines de types hurlant ‘Allahou Akbar’ en chargeant contre des policiers. Une synagogue assiégée. Des menaces et des insultes antisémites lancées à des passants terrorisés. »

Ou encore Des Infos.com :

« Alors que des hordes antisémites attaquent des synagogues à Paris ou en Île-de-France sous couvert d’une prétendue solidarité avec les Palestiniens… »

Dreuze Info n’est pas le plus en retrait et publie en instantané des textes aujourd’hui introuvables sur le site :

« Alerte info : attaque violente de deux synagogues à Paris – des Juifs retenus en otage. »

Alarme qui sera bientôt suivi d’un constat à propos du rôle joué par la Ligue de défense juive (LDJ) :

« La LDJ, tant critiquée par la gauche juive, en protégeant la synagogue a sauvé de nombreuses vies. »

Une dramatisation excessive des faits

À lire cela à Hong Kong ou Miami, Paris et la rue de la Roquette, où se trouve une des synagogues « attaquées », sont en guerre. Cette information immédiate, qui tourne le dos à la vérité froide et apaisée, a le pire pour objectif : une dramatisation qui finira par marquer l’histoire, peut importe la réalité.

Selon cette « information/slogan », reprise par des milliers de tweets et SMS qui rajoutent au passage leur couche de fantasmes, c’est en France que se joue la vengeance de Gaza. Pourtant, comme toujours, la vérité est la première victime de ce conflit. Elle dépasse la fiction mais par le bas, décrivant des faits qui n’ont jamais existé.

Laissons la parole à Frédéric Ploquin, inconnu pour une quelconque passion pour la cause palestinienne, il est journaliste à « Marianne », un hebdomadaire qui n’est pas « La France Juive » de Drumont. Ploquin rapporte :

« Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin.

Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (Ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main.

Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. »

Passons au compte rendu publié sur son site par RTL :

« Selon la préfecture de police, ces heurts étaient dus à de petits groupes de jeunes gens qui ont été ‘facilement contenus’. Il y a eu six interpellations. Un certain nombre de manifestants pro-palestiniens ont toutefois tenté de se rendre vers des synagogues voisines, rue de la Roquette et rue des Tournelles, a-t-on dit à l’AFP de source policière. Des CRS sont intervenus pour les repousser et mettre fin à un « début d’échauffourée » avec des membres de la communauté juive devant la synagogue de la Roquette, ce qui a permis d’éviter toute intrusion dans les lieux de culte, a-t-on ajouté. »

Une réalité plus complexe que celle qui a été rapportée

Cet appel à « contre » manifester lancé par la LDJ, celui évoqué par Frédéric Ploquin, ne fait aucun doute, on le trouve sur Twitter et, le 9 juillet, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Saint Michel, la faible troupe présente a bien été attaquée par la LDJ.

Dans l’affaire de la rue de la Roquette, il faut se demander pourquoi les « forces de l’ordre » n’ont pas été plus préventives en barrant la rue de la Roquette afin d’éviter les affrontements ?

Rapporté par Abdelkrim Branine, pilier de Beur FM et journaliste connu pour sa rigueur, voici le témoignage d’un membre du service d’ordre de la manif « pro Palestine » :

« Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre.

Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS.

Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable.

Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.).

Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz. »

Poursuivons avec un autre point de vue, qui n’est pas forcément faussé au seul prétexte qu’il est donné par un témoin lié au site Saphirnews.com ayant appelé au soutien des palestiniens de Gaza :

« Le traquenard est bien ficelé : ceux de la LDJ  finissent par se réfugier dans la synagogue, faisant ainsi croire que ces ‘hordes de jeunes’, qui n’étaient pour la plupart pas au courant qu’ils se laissaient amener vers le lieu de culte, sont venus s’en prendre aux ‘juifs’. C’est sur les réseaux sociaux que les mensonges de la LDJ prennent forme. Sous forme de tweets alarmistes, elle déclare que ’60 juifs à mains nues’ ont fait face à ‘300 casseurs armés’, dans un autre post, ‘de haches, de couteaux, de lacrymos, de battes de baseball criant ‘Mort aux juifs’. »

Pour finir, voilà ce qu’a vu et vécu Michèle Sibony, membre de l’Union juive française pour la paix :

« Alors je vais vous dire ce que j’ai vu, moi, pauvre juive infidèle (mais il n’y a de Dieu que Dieu) dans cette manif : sur le boulevard Beaumarchais, à peu près à la hauteur de Chemin vert, quatre ou cinq types de la Ligue de défense juive montés sur un banc, complètement entourés et protégés par deux rangs serrés de CRS qui jetaient projectiles et insultes sur la foule, et les services d’ordre, et les responsables calmant les manifestants : ne vous énervez pas ne répondez pas aux provocations, c’est ce qu’ils attendent… et bien sûr lors de la dispersion il y a eu des courses et des bagarres à l’entrée de la rue de la Roquette… comme prévu si j’ose dire. Et surtout j’ai aussi entendu la foule des manifestants crier depuis Barbès jusqu’à la Bastille : ‘médias français montrez la vérité’, ‘le peuple français veut la vérité. Et j’étais fière aujourd’hui de ce peuple là, de mon peuple. »

Hélas, le gouvernement choisit la voie liberticide

Moralité, vieille loi de presse perdue de vue : avant que l’encre ne coule et que les titres annoncés sur les écrans et leurs « bandes passantes » provoquent leurs déchirures, il serait mieux d’écouter et de réfléchir. De s’informer.

Aujourd’hui, alors que de multiples vidéos viennent conforter la version donnée par les différentes témoins que nous venons de citer, ni Hollande ni Valls n’en tiennent compte. Veulent-ils dire que les hommes et femmes qui s’indignent du sort fait à la Palestine sont des menteurs ? Certes, parfois, il ne sont pas « français de souche », voire musulmans…

Hollande et Valls ont préféré prendre le sombre chemin, la voie liberticide désignée par Estrosi, le « motodidacte » maire de Nice. Des manifestations pro-palestiniennes pourront être interdites en cas de « risques avérés ». C’est comme une deuxième mort.

Voir enfin:

Frédéric Ploquin

Marianne

14 Juillet 2014

Plusieurs manifestations pro-palestiennes ont eu lieu dimanche 13 juillet en France. A Paris, deux synagogues ont été prises pour cible. Voici les faits.

NICOLAS MESSYASZ/SIPA
NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé.

Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la « complicité française ». Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège.
La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq « forces mobiles », gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours.

Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais.

Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue.

Durant le week-end, des manifestations similaires ont été organisées dans plusieurs grandes villes. Selon la police, ils étaient 2 300 à Lille, 1 200 à Marseille et autour de 400 à  Bordeaux. Aucun incident n’a été signalé.

Voir aussi:

Antisémitisme: la France confrontée à une hausse des actes, pas des opinions
Libération/AFP
19 juillet 2014

Les incidents près de synagogues parisiennes sont-ils le signe d’une montée de l’antisémitisme en France? Des experts répondent avec prudence, relevant que si une hausse des actes antisémites est observée, ce n’est pas le cas des opinions.

Plusieurs personnalités de la première communauté juive d’Europe ont exprimé leur émotion après un week-end agité: échauffourées rue de la Roquette à Paris, jet de cocktail Molotov contre une synagogue à Aulnay-sous-Bois, insultes devant une autre à Asnières…

«C’était un peu la Kristallnacht (la Nuit de cristal de 1938 en Allemagne, NDLR) et on a échappé de peu à un véritable pogrom», a estimé le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman. «Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age», a écrit Arno Klarsfeld, ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France, évoquant les «centaines d’individus» ayant «tenté de prendre d’assaut» la synagogue de la Roquette.

«Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation», tempère le sociologue Samuel Ghiles-Meilhac auprès de l’AFP. «Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela.»

«L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée», ajoute le chercheur.

Directeur de l’observatoire des radicalités politiques, Jean-Yves Camus a assisté aux heurts près de la Bastille. «Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas.»

Selon le politologue, lors de l’opération de l’armée israélienne Plomb durci en 2009, «des manifestations avaient déjà dérapé», attirant «beaucoup plus de monde».

«La mobilisation régresse en ampleur. Les radicaux sont d’autant plus visibles que, dans la manifestation, le rapport numérique est en leur faveur», note le chercheur.

– «Antisémitisme de contact» –

Les actes antisémites se maintiennent à un niveau élevé depuis 2000 et la seconde Intifada: le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), qui en avait relevé 423 en 2013 selon les plaintes comptabilisées par le ministère de l’Intérieur, a noté une nouvelle hausse au premier trimestre 2014, avec 169 actions violentes et menaces recensées, soit 44% de plus que sur la même période de l’an dernier.

Selon le SCPJ, organisation communautaire qui travaille en lien avec les pouvoirs publics, les Juifs sont victimes de 40% des violences physiques racistes en France, alors qu’ils représentent moins de 1% de sa population.

«On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien», commente la politologue Nonna Mayer. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa…

Que sait-on des auteurs? «On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes», répond Nonna Mayer, qui invite cependant à ne pas «disserter doctement sur l’antisémitisme chez les jeunes issus de l’immigration» à partir de cas «extrêmement minoritaires».

Ne pas confondre actes et opinions: l’examen de ces dernières montre qu’«il n’y a absolument pas de progression de l’antisémitisme, plutôt la persistance de deux stéréotypes traditionnels, le pouvoir des Juifs et leur rapport à l’argent», constate la sociologue.

«Tous nos sondages montrent que c’est la minorité juive qui est de loin la mieux acceptée, qui a la meilleure image», poursuit-elle. A la différence des populations arabo-musulmanes et roms qui, selon le dernier rapport sur le racisme de la Commission nationale consultativedes droits de l’homme (CCNDH), «sont les cibles privilégiées» de l’actuelle «recrudescence de l’intolérance».

«Les Juifs ne sont victimes d’aucune discrimination sociale en France, ils sont parfaitement intégrés. Et en même temps, comme minorité, ils sont la cible d’une fixation haineuse», tente de résumer Samuel Ghiles-Meilhac, devant une «conjonction de phénomènes dont on n’a pas les cadres d’analyse».

AFP

Voir de même:

Pascal Boniface : «Critiquer la politique d’Israël, ce n’est pas être antisémite»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
18/07/2014

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Alors que la préfecture de police de Paris a interdit une manifestation pro-palestienne prévue ce samedi, Pascal Boniface, auteur de la France malade du conflit israélo-palestinien, a accordé un grand entretien à FigaroVox.

Pascal Boniface est directeur de l’IRIS, auteur de Géopolitique du sport. Son dernier livre, La France malade du conflit israélo-palestinien, vient de paraître.

FigaroVox: Après les incidents violents qui ont émaillé les manifestations pro-israélienne dimanche 13 juillet, la préfecture de police a engagé une procédure informelle pour interdire une manifestation de soutien à Gaza prévue samedi. La société Française devient-elle la victime collatérale du conflit du Proche-Orient?

Pascal BONIFACE: La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps. La reprise des violences entre Israéliens et Palestiniens a provoqué une poussée de fièvre en France, mais que la France soit malade du conflit israélo-palestinien, n’est hélas pas une nouveauté. Aucun conflit extérieur ne suscite de telles passions, de mises en cause si importantes des individus qui prennent des positions qui déplaisent. Des amis de longue date, qui ne partageant pas le même point de vue sur le conflit et ses conséquences en France, peuvent se brouiller. On ne voit ça pour aucun autre conflit.

Quel est votre point de vue sur l’interdiction des manifestations? Celle-ci ne risque-t-elle pas d’être contre-productive?

Si le but est de ne pas opposer les communautés, interdire les manifestations produit l’effet inverse. Ceux qui veulent manifester peuvent avoir le sentiment que le gouvernement répond aux désirs des institutions communautaires juives. Par ailleurs, il y a une atteinte au droit de manifester. Où placer les limites? Faudra-t-il par la suite interdire les nombreuses et variées manifestations de soutien à Israël? Faudra-t-il interdire les articles critiques sur l’action du gouvernement israélien parce qu’ils seraient censés contribuer à alimenter l’antisémitisme? Le risque est de radicaliser une partie de ceux qui se sentent solidaires des Palestiniens.

La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps.

Selon vous, la confusion entre antisémitisme, antisionisme et critique du gouvernement israélien contribue à l’importation de ce conflit en France. Quelle différence faites-vous entre ces différentes notions?

Cette confusion est entretenue par les institutions communautaires et certains intellectuels juifs. L’antisémitisme c’est la haine des juifs, l’antisionisme c’est l’opposition à l’existence de l’État d’Israël. Mais cela n’a rien à voir avec la critique de l’action du gouvernement israélien ou alors des O.N.G. israéliennes, des personnalités comme Abraham Burg, des journalistes comme Gideon Lévy sont antisémites. Lorsque l’on critique la politique de Poutine on n’est pas accusé de faire du racisme anti-russes. Brandir l’accusation infamante d’antisémitisme dès que l’on émet une critique à l’égard du gouvernement israélien a pour fonction de protéger ce dernier. L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, et se prononcent pour la solution des deux États, donc en faveur de l’existence d’Israël.

Vous-même en taxant le HCI d’islamophobie pour ses prises de positions, notamment contre le port du foulard islamique à l’université, n’opérez-vous pas une confusion dangereuse entre critique légitime du communautarisme et racisme antimusulman?

Lorsque l’été dernier le HCI a proposé d’interdire le port du foulard dans les universités, j’ai en effet estimé qu’il préconisait une mesure visant exclusivement les musulmans (on ne parlait pas des signes religieux en général) qui pouvait rallumer une guerre au moment où une majorité s’accordait pour dire qu’il fallait en rester à la loi de 2004 qui ne concerne pas l’enseignement supérieur.

L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et le racisme, et se prononcent pour la solution des deux États donc en faveur de l’existence d’Israël

Selon vous, de nombreux Français non-juifs, en particuliers les musulmans, ont le sentiment qu’il y a un «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre le racisme et que les actes antisémites font l’objet d’un traitement médiatique plus conséquent que les autres actes racistes. Le risque de votre démarche n’est-il pas de verser dans la concurrence victimaire et de nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue à l’égard des Juifs et de la France plus généralement?

Réclamer la fin du «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulmans, qu’il s’agisse des médias ou des responsables politiques ne revient pas à nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue, mais au contraire à le combattre. Dénoncer une injustice ou une inégalité de traitement est justement la meilleure façon de combattre la concurrence victimaire. Si chacun est placé sur un pied d’égalité, si tous les enfants de la République sont traités de la même façon il n’y a plus de concurrence victimaire et moins d’espace politique pour le ressentiment.

Avez-vous des exemples précis de «deux poids, deux mesures» …

De nombreuses agressions ont eu lieu contre des femmes voilées, qui n’ont pas suscité la mobilisation,qui aurait eu lieu si des hommes portant la kippa avaient été agressés. Il est vrai que présenter, comme le font certains journalistes, le port du voile comme faisant partie d’un complot pour mettre à genoux la République, a contribué à créer un climat malsain…

Quelques lignes dans Libération du 22 Février 2011, on apprend que la voiture et la moto de Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de l’islam, ont été vandalisées. On pouvait lire sur l’un des véhicules «non aux minarets». Un texte était également glissé: «Pour que Colombey les deux églises ne devienne pas Colombey les deux mosquées. Viendra le moment où les islamo-collabos devront rendre des comptes.» Imaginons que la même mésaventure soit arrivée à BHL ou Finkielkraut, cela aurait fait la Une de tous les journaux et toute la classe politique aurait manifesté sa solidarité.

Selon vous, il faut évoquer tous les racismes. Quel est votre point de vue sur le racisme anti-blanc?

Il peut y avoir des arabes ou des noirs qui soient racistes à l’égard de ceux qui sont différents d’eux. Il peut donc y avoir des blancs victimes de racisme. Mais il n’y a pas un racisme anti-blanc puissant, structuré, s’appuyant sur de nombreux textes, se développant sur les réseaux sociaux, relayé par la presse, soutenu par des déclarations d’hommes politiques, etc. Les blancs en France ne font pas l’objet de discriminations.

Vous avez eu beaucoup de difficultés pour faire éditer votre livre. Certains sujets restent-ils tabous en France? Pourquoi?

Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien.

Le conflit israélo-palestinien déclenchant les passions, beaucoup de gens veulent se tenir à l’abri à partir du moment où la critiques politiques du gouvernement israélien est très rapidement assimilée à de l’antisémitisme. Beaucoup de gens ne veulent pas prendre le risque d’être étiquetés de façon si infamante.

La presse française est pourtant loin d’être complaisante à l’égard du gouvernement israelien …

Je ne connais pas d’autres sujets qui paraissent aussi risqués pour les responsables politiques et les médias. Je ne connais pas de cas où des responsables politiques , des journalistes, des universitaires, qui se seraient signalés par un engagement profond, voire inconditionnel, à l’égard d’Israël, en aurait subi des sanctions personnelles ou professionnelles. Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien. Il est d’ailleurs assez paradoxal qu’en France, il soit moins risqué pour quiconque de critiquer les autorités nationales que celle d’un pays étranger, en l’occurrence Israël. Je connais beaucoup de personnes qui disent être entièrement d’accord avec mes analyses mais ne veulent pas le déclarer publiquement de peur de représailles. Je pense qu’à terme cette stratégie est très dangereuse même si elle peut s’avérer favorable à court terme à la protection du gouvernement israélien.

Voir par ailleurs:

Ce n’était qu’un fait divers

Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens

Le Point

02/09/2004

L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites.

On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. Il y avait aussi cette porte de service empruntée par l’incendiaire, que les pompiers ont trouvée ouverte en arrivant sur les lieux, avec un verrou démonté de l’intérieur comme pour simuler un cambriolage. D’où la piste interne à la communauté rapidement privilégiée par les enquêteurs. Dès vendredi 27 août, une fiche de recherche était établie au nom de Raphaël Ben Moha.

La preuve par les feutres

Un des policiers, bien introduit dans la communauté séfarade, a fait passer le message selon lequel il valait mieux que Ben Moha se présente de lui-même au Quai des Orfèvres. Ce que celui-ci a fait lundi 30 août en fin de matinée. Les motivations de l’incendiaire restent floues. Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre.

Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. Après avoir été pendant une dizaine d’années gardien de nuit d’un foyer pour jeunes filles israélites dans le 13e arrondissement de Paris, il s’était retrouvé sans emploi et sans toit à la fermeture du foyer. Ses affaires placées dans un garde-meubles d’Aubervilliers, il a squatté pendant deux ans l’immeuble désaffecté, avant de gagner aux prud’hommes contre ses anciens employeurs. Peu de temps après, il a décroché, grâce à un rabbin, une sous-location dans une chambre du 3e arrondissement. Un véritable capharnaüm dans lequel il amassait tout ce qu’il trouvait dans la rue. Raphaël Ben Moha fréquentait les douches publiques du quartier Saint-Paul et transportait ses papiers administratifs dans un chariot de supermarché, de peur que la chambre soit vidée durant son absence par le propriétaire. D’ailleurs, celui-ci aurait fait changer la serrure, fin juillet, las de ne plus être payé depuis plusieurs mois. « Ces derniers temps, je pense qu’il dormait dans la rue, il était sale, fatigué, les traits tirés », explique Simone, la cuisinière du centre social à qui, depuis neuf mois, il donnait un coup de main tous les matins. En échange de repas, il venait balayer le local et dresser les tables. « Raphaël était gentil, poli, extrêmement serviable. » Parmi les démunis qui fréquentaient le centre, le marginal avait un statut à part. « Je lui gardais les meilleurs morceaux et, quand on recevait des dons de vêtements, on le laissait choisir en premier. » Considéré comme une personne de confiance, Raphaël Ben Moha avait eu plusieurs fois un jeu de clés en mains, et en avait fait un double, dont il se serait servi pour aller incendier le local.

Lors de la perquisition à son ancien domicile, les policiers ont retrouvé des feutres du même type que ceux utilisés pour tracer les inscriptions antisémites. Autre élément à charge : ils ont localisé la station-service parisienne où l’incendiaire se serait procuré l’essence pour mettre le feu.

Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »

« J’y vais, c’est politique… »

Visiblement, aucune leçon n’a été tirée de l’histoire de Marie-Léonie Leblanc, la jeune mythomane qui avait mis en scène, le 9 juillet, une fausse agression antisémite sous les yeux indifférents des voyageurs. Ce qui avait fait dire à Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France : « La France, pendant la guerre de 40, a été le seul pays qui ait donné des enfants à déporter. Et maintenant on laisse des gens se faire attaquer comme ça sans réagir, sans rien faire. » Même empressement des politiques après la récente affaire Phineas et l’attaque à l’arme blanche en juin, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), d’un adolescent juif. Le ministre de la Justice, Dominique Perben, et celui de l’Intérieur, Dominique de Villepin, s’étaient immédiatement rendus sur les lieux, tandis que Jacques Chirac adressait un « message de solidarité » à la communauté juive de France. Le lendemain soir, réunis dans les salons de l’Hôtel de Ville pour les 20 ans de SOS Racisme, Bertrand Delanoë, Julien Dray, François Hollande et Jack Lang en ont rajouté sur le thème d’un « nouveau pas » franchi dans l’antisémitisme. Quelques heures plus tard, on apprenait que l’agresseur était un déséquilibré qui s’en était pris à cinq autres personnes de toutes origines. Le 8 janvier 2002, quatre anciens Premiers ministres et quatre ministres du gouvernement, dont Nicolas Sarkozy, se pressaient à la synagogue du 15e arrondissement. Le gotha politique manifestait ainsi sa solidarité à l’égard du rabbin Gabriel Farhi, victime d’une attaque au couteau. Pourtant, dans cette affaire qui traîne depuis deux ans à l’instruction, la Crime a très vite douté de la réalité même de l’agression. Informé par ses services des éléments troublants du dossier, Nicolas Sarkozy a pourtant choisi d’apporter publiquement son soutien au rabbin. « J’y vais, c’est politique », aurait-il alors confié à son entourage…

L’incendie du centre juif était une banale vengeance
La destruction d’un centre social juif à Paris il y a dix jours n’était pas un acte antisémite. Un suspect, ancien gardien du local, de confession juive, était toujours en garde à vue hier soir. Il aurait saccagé les lieux par dépit après son éviction

Christophe Dubois et Geoffroy Tomasovitch

Le Parisien

31.08.2004

L’AFFAIRE avait soulevé l’indignation de l’ensemble de la classe politique et des instances religieuses, de Paris à Tel-Aviv. Elle avait relancé le débat sur la montée de l’antisémitisme en France… Finalement, la destruction d’un centre social juif, cible d’un incendie volontaire la nuit du 21 au 22 août derniers dans le XIe arrondissement de Paris, aurait pour origine une banale vengeance personnelle.
C’est désormais la piste privilégiée avec, au coeur de l’enquête, un ancien employé du centre dont les responsables avaient la ferme intention de se séparer.

Des indices matériels

Hier, Raphaël B., un juif séfarade de 52 ans, s’est présenté spontanément à la brigade criminelle à Paris. Natif de Casablanca au Maroc, ce gardien occasionnel du local de la rue Popincourt se savait recherché par la police judiciaire. La brigade criminelle avait resserré ses investigations « à partir de l’enquête de voisinage, des analyses des faits et des témoignages des individus qui fréquentent le centre». Depuis vendredi dernier, une fiche de recherche avait été établie à son nom. Ce sont finalement des membres du centre social qui l’ont convaincu de se présenter au quai des Orfèvres. Raphaël B., qui venait de perdre son appartement, entretenait des relations ombrageuses avec les gestionnaires du centre. Au point que ces derniers avaient décidé de se séparer de lui. Le quinquagénaire, présenté comme un « peu simplet » et « plus ou moins sans domicile fixe », n’aurait pas supporté cette idée, assouvissant sa vengeance en s’attaquant au local de la rue Popincourt souillé par des inscriptions antisémites puis dévasté par le feu.

Selon une source policière, le suspect, « pas causant du tout », n’a pas reconnu l’incendie lors de ses premières heures de garde à vue. Cependant, des indices matériels semblent le désigner. Les policiers ont retrouvé à son domicile, un logement mis à sa disposition par le centre, les clés de la porte de service. Elle avait été retrouvée ouverte par les sapeurs-pompiers à leur arrivée, contrairement à la porte principale. Seules quatre ou cinq personnes possédaient ce trousseau. Toujours chez Raphaël B., les enquêteurs ont mis la main sur deux feutres, un rouge et un noir, qui pourraient correspondre à ceux qui ont servi à maculer le mur du centre social de croix gammées dessinées à l’envers et d’inscriptions antisémites truffées de fautes d’orthographe. Des analyses scientifiques devraient permettre de confirmer formellement ce point.Un « contexte tendu »

Selon nos informations, l’homme a fini par admettre du bout des lèvres être l’auteur de ces inscriptions. Enfin, les policiers disposent d’un autre élément à charge : ils ont localisé l’endroit où le suspect aurait acheté le liquide – de l’essence automobile – utilisé pour allumer le feu.

Le tournant pris par l’enquête semble définitivement contredire la thèse d’un acte antisémite, avancée publiquement par certains, haut et fort et un peu hâtivement. « Les collègues de la Crim n’en ont que plus de mérite. Il n’est pas facile de travailler dans un contexte aussi tendu», relève un policier parisien.

Plusieurs affaires récentes se sont ainsi « dégonflées » après avoir été présentées comme des actes antisémites. Tout le monde se rappelle l’indignation générale soulevée en juillet dernier par le récit de Marie Leblanc, cette jeune femme qui se disait victime d’une sauvage agression dans le RER D. La mythomane avait rapidement avoué aux policiers avoir tout inventé. Quelques jours plus tôt, l’agression à coups de couteau d’un lycéen juif à Epinay (Seine-Saint-Denis) avait provoqué des réactions d’une pareille ampleur. Or, l’auteur, un déséquilibré, ne s’en prenait qu’à ceux ayant le malheur de croiser son chemin…

« Tout cela ne doit pas jeter de discrédit sur la lutte contre l’antisémitisme », a mis en garde hier l’Union des étudiants juifs de France. Car le phénomène est bien réel et en hausse : le ministère de la Justice a déjà recensé 298 actes antisémites depuis début 2004.

Voir encore:

Incendie du centre juif: l’employé inculpé

la Libre Belgique

03 septembre 2004

DIX JOURS APRÈS L’INCENDIE DU CENTRE SOCIAL JUIF DE LA RUE POPINCOURT dans le XIe arrondissement de Paris, Raphaël Benmoha, un homme de confession juive âgé de 52 ans, a été mis en examen mercredi soir par un juge d’instruction parisien et écroué pour avoir mis le feu à l’immeuble. Raphaël Benmoha, qui a nié les faits tout au long des 48 heures de garde à vue à la brigade criminelle, est désormais poursuivi pour «destruction de biens appartenant à autrui par l’effet d’un incendie de nature à créer un danger pour des personnes», a-t-on indiqué de sources judiciaires. Les expertises ont conforté les policiers dans leurs certitudes quant à la culpabilité du suspect. Ce dernier se serait notamment inspiré d’un épisode de la série télévisée de France 2, «PJ», tourné l’an dernier au centre de la rue Popincourt. Cet épisode, qui n’a pas été diffusé dans un contexte tendu à la demande de la communauté juive, montre un feu dans le centre social juif provoqué par un employé licencié.

Voir  enfin:

Marie-Léonie devant les juges
P.E. et T.B.

Le Parisien

26 Juil. 2004

ELLE A PRÉSENTÉ des « excuses », qu’elle compte renouveler aujourd’hui à la barre. Elle a promis cette fois, nous avait assuré sa maman, « de s’expliquer réellement ». Marie-Léonie Leblanc, 23 ans, qui avait inventé une agression antisémite dans un train du RER D, provoquant une vague d’émotion considérable dans le pays, comparaît cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d’Oise) pour « dénonciation de délit imaginaire ».

Un moment difficile pour cette frêle jeune femme, vite dépassée par les proportions prises par un mensonge qui lui vaut d’encourir jusqu’à six mois de prison et 7 500 d’amende. « Elle ne doit pas être jugée à la mesure de l’emballement médiatique, mais pour ce qu’elle a fait », insiste son avocat, Me Christophe Deltombe.

Elle s’inspire d’un reportage télévisé sur les profanations de cimetières

Ce 9 juillet au matin, Marie-Léonie se sent délaissée. Par son compagnon, Christophe, avec qui elle a une petite fille de 13 mois, comme par ses parents, qui s’apprêtent à partir en vacances. « J’ai décidé de faire quelque chose pour attirer leur attention », a-t-elle confié aux policiers, en racontant, quelques jours plus tard, l’incroyable mise en scène qu’elle construit alors. Marie s’inspire, selon ses déclarations reprises par « le Monde », d’un reportage télévisé sur les profanations de cimetières, qui les ont, elle et son ami, « particulièrement choqués ». Elle se griffe au visage et au corps. Elle se dessine trois croix gammées sur le ventre puis se coupe une mèche de cheveux. Elle donne un coup de couteau dans le haut du landau et dans le sac à langer de sa fille, puis lacère ses vêtements. Elle appelle alors son ami, affirmant avoir été victime de six hommes « maghrébins et africains » qui l’auraient prise pour une juive.

C’est lui qui, en dépit de « sérieux doutes», va l’inciter ensuite à porter plainte au commissariat d’Aubervilliers. Le soir même, le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, puis le président de la République, Jacques Chirac, condamnent dans deux communiqués l’agression. L’engrenage est lancé. Durant trois jours, manifestations et réactions indignées se succèdent. Nicole Guedj, secrétaire d’Etat aux Droits des victimes,
intervient auprès de la jeune femme, qu’elle reçoit le 12 juillet. Mais, le même jour, les premiers doutes apparaissent. Son portable révèle que, à l’heure supposée de l’agression, Marie se trouvait en gare de Louvres (Val-d’Oise). Réinterrogée le lendemain, elle avoue avoir menti et est placée en garde à vue.

« Lui permettre d’en finir avec les mensonges »

« C’était un appel à l’aide, l’acte désespéré de quelqu’un qui se sent mal aimé », défendait la semaine dernière son avocat. « La finalité de Marie-Léonie est d’être reconnue sur le plan identitaire à n’importe
quel prix, et quel que soit le prix à payer », décrypte pour sa part l’expert psychiatre qui l’a examinée. « Elle a toujours menti », avait par ailleurs révélé ses proches. Marie-Léonie s’est vu notifier une obligation de soins par le juge des libertés et de la détention. Un suivi thérapeutique qu’elle doit commencer ce matin, avant un procès qui doit, selon sa maman « lui permettre d’en finir avec les mensonges ».

22 commentaires pour Incidents de la synagogue de la Roquette: Attention, un piège peut en cacher un autre (Was supposed attack of Parisian synagogue no more than a turf war between Jewish and Muslim youth groups ?)

  1. […] où, avec l’inexorable montée des pertes palestiniennes, nos belles âmes, médias et djihadistes du dimanche se déchainent comme à leur habitude contre le seul Israël […]

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  2. […] si l’on en croit un récent sondage américain et ce que l’on peut voir dans nos manifestations, les critiques seraient plutôt jeunes, sous-éduqués, sous-informés et plutôt gauchisants […]

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  3. […] L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les policiers ont tout de suite eu la puce à l’oreille au vu des indices retrouvés dans les décombres : les croix gammées dessinées à l’envers et la quarantaine d’inscriptions incohérentes taguées au feutre rouge. (…). Fait troublant : un feuilleton de la série « PJ » a été tourné pendant un week-end dans le centre de la rue Popincourt. L’épisode mettait en scène un incendie criminel perpétré par un juif dans une école israélite. Sauf que cela se passait il y a un an et demi et qu’à l’époque Raphaël Ben Moha ne fréquentait pas encore le centre. Apparemment, Ben Moha en voulait à sa communauté, à laquelle il reprochait de ne pas l’avoir suffisamment aidé. (…) Une fois encore, la classe politique a fait preuve de précipitation pour dénoncer un acte antisémite, alors que les premiers éléments d’enquête incitaient à la prudence. Si nul ne peut mettre en doute la montée des actes antisémites en France – déjà 298 enregistrés depuis début 2004, contre 108 en 2003 -, qualifier d’antisémites des affaires qui ne le sont pas contribue à semer la confusion dans les esprits. D’où la réaction, lundi 30 août, du président du consistoire de Paris, Moïse Cohen, qui a appelé les juifs et les politiques « à un peu plus de raison » . Et d’insister : « C’est une erreur de réagir à un fait divers sans appliquer le principe de précaution. »  Le Point […]

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  4. jcdurbant dit :

    Fausses affaires et emballements politico-médiatiques qui naturellement font les choux gras des entreprises explicitement antisémites comme preuves, cerise sur le gâteau, de la non-existence supposée de l’antisémitisme dont ils ont justement fait leur fonds de commerce et qu’ils alimentent par leurs constantes dénonciations, celle-ci comprise !

    En gros, les juifs sont partout et sont à l’origine de tous les problèmes et de toutes les conspirations, y compris par leur propre et nécessairement fallacieuse dénonciation (dont les quelques réelles fausses affaires sont censées fournir les preuves) des dénonciations dont ils sont l’objet !

    Voir par exemple le site Egalité et réconciliation fondé par Alain Soral:

    Le Top 10 des fausses agressions antisémites
    Chronique d’une mythomanie ordinaire
    Rédaction E&R
    15 juillet 2005

    Les actes antisémites remplissent les colonnes des journaux, font régulièrement la une des JT, et sont au cœur de l’attention des pouvoirs publics. Des agressions ou des propos dont le mobile est a priori un antisémitisme dont on annonce chaque jour l’expansion galopante en France. Mais une fois passé le matraquage médiatique, ces « actes antisémites » s’avèrent souvent être des faux. Entre temps, le mensonge répété mille fois est devenu une idée répandue, une vérité : « La France est un pays antisémite »…

    Ce top 10 ne traite pas des opérations sous faux drapeau en France (attentat de la rue des Rosiers) ou à l’international (comme à Bagdad entre 1950 et 1951 ou à Buenos Aires en 1994), ni des opérations de grande envergure destinées à forcer l’Alya des juifs (comme ce qui se joue actuellement en France)… Il n’est qu’un panorama d’une mythomanie ordinaire, qui va de la simple escroquerie à l’assurance aux rumeurs entretenues par les représentants officiels de la communauté juive. Un mensonge dénoncé par deux intellectuels juifs de premier plan, Jacques Attali et Isaac Bashevis Singer :

    « Quand [le juif] se met une idée en tête, il ne peut plus penser à rien d’autre. Prenez, par exemple, le juif qui se bat contre l’antisémitisme. Il en trouvera partout, même sur une île déserte, ou au milieu du désert. Il est tellement obsédé qu’il en devient comique parce qu’il est incapable de voir une exception à la règle – ou alors il se crée des règles qui n’existent pas. »
    Isaac Bashevis Singer, écrivain yiddish, prix Nobel de littérature 1978,
    entretien avec Richard Burgin, Conversations avec Isaac Bashevis Singer (1978)

    « Non, il n’y a aucun problème. Affirmer le contraire est un mensonge, un pur mensonge. […] Je crois que ce n’est tout simplement pas vrai. C’est de la propagande, de la propagande israélienne. […] Ces dix dernières années, les Israéliens se sont installés dans une sorte d’autoconviction que la situation en France est un désastre. C’est une propagande très dangereuse. C’est ridicule. Je suis un exemple que cela n’est pas vrai. »
    Réponse de Jacques Attali à la question
    « N’y a-t-il pas un problème antisémite en France ? »
    posée par le journal israélien Haaretz le 16 octobre 2009

    10 – Un prétexte pour changer de HLM

    10 février 2015 au matin. Des dépêches pleuvent. Dans le 16ème arrondissement de Paris, une vingtaine de voitures ont été retrouvées taguées du mot « juif ». Un acte antisémite odieux dans une France encore sous le choc des attentats qui ont secoué Paris un mois auparavant. Le site Internet du Point titre sur « l’antisémitisme ordinaire » et l’information est immédiatement relayée par l’organisation qui s’est donné pour mission la lutte contre l’antisémitisme : la LICRA.

    Dans l’après-midi, on apprend que celui qui a tagué « juif » sur des véhicules stationnés sur les avenues du Général-Clavery et Dode-de-la-Brunerie, un homme âgé de 73 ans, a été pris en flagrant délit la veille au soir. C’était en réalité la quatrième tentative d’un couple de septuagénaires (dont la femme est de confession juive), de se faire passer pour victime d’antisémitisme afin de changer de HLM…

    En effet, le couple se rend une première fois au commissariat de police en juillet 2014 pour signaler la présence de croix gammées sur sa boîte aux lettres, sur son palier et sur la porte de son logement situé dans un immeuble de la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP). En août, ils portent plainte pour dénoncer les mêmes faits. En décembre, de nouvelles inscriptions sont retrouvées dans le HLM : des croix gammées et des inscriptions « sale juif ». Et encore le mois suivant, en janvier 2015. Quand la police prend en flagrant délit l’auteur des tags « juif » sur les voitures, les enquêteurs comparent l’écriture avec celle des précédents « graffitis antisémites », notamment les tags retrouvés sur les murs et la boîte aux lettres de l’immeuble. Une source proche du dossier rapporte alors :

    « Ça commençait à faire beaucoup. Plusieurs personnes ont été interrogées et des tests d’écriture ont été réalisés… C’est là que les policiers ont estimé qu’il y avait quelque chose de vraiment bizarre dans cette histoire. Autre coïncidence, le couple B. a indiqué qu’il était parti un moment de son logement pour se protéger. Pendant cette période, il n’y a eu aucune inscription. Les policiers étaient convaincus que c’était lui, mais il leur manquait une preuve. Avec ce flagrant délit, ils ne pouvaient être mieux servis. […] Le couple voulait changer de logement. On ne sait pas pourquoi car il vivait à deux dans 59 m². Il avait fait deux demandes à la RIVP qui ont été refusées. Il s’agissait peut-être d’une stratégie pour obtenir gain de cause. » (Metronews, 10 février 2015)

    Une question reste en suspend : les quatre plaintes précédant le flagrant délit ont-elles été comptabilisées dans les chiffres de l’antisémitisme en France ?

    9 – Le coup de l’assurance

    1er novembre 2003, 23h40. Le restaurant casher L’Atrium, à Aubervilliers, appartenant à un certain Richard B., âgé de 51 ans, est le théâtre d’un violent incendie. Le patron avance aussitôt la thèse d’un acte antisémite, dont la communauté juive se fait aussitôt l’écho. La preuve ? La mezouzah [1] de la porte arrière a été arrachée et jetée à terre !

    Sauf qu’au cours de l’enquête, la police découvre que l’homme croule sous les dettes de loyer (6 000 €), que son affaire n’est pas rentable et qu’il avait reçu, quinze jours avant le sinistre, une notification d’expulsion de l’établissement. Pour s’en sortir financièrement, Richard B. a alors décidé d’incendier son restaurant karaoké afin de se retourner vers son assurance, qui prévoyait un dédommagement de 300 000 € en cas de sinistre. Le laboratoire scientifique de la préfecture de police n’a pas été long à dénoncer un acte criminel. L’homme, placé en garde-à-vue, avouera rapidement son forfait. À sa décharge, il n’est ni le premier ni le dernier à tenter cette petite escroquerie quelque peu éculée, mais toujours bien rentable. Cette coupure du Quotidien de Paris du 26 septembre 1980 relate un fait similaire. Le « fascislamisme » n’étant pas encore à la mode, le vendeur de prêt-à-porter avait dénoncé un « attentat nazi » :

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    Quotidien de Paris, 26 septembre 1980

    8 – L’incendie du Centre social juif de la rue Popincourt

    22 août 2004, 3h30 du matin. Le centre social juif de la rue Popincourt (Paris 11ème) est en flammes. Les pompiers découvrent, après avoir maîtrisé l’incendie, que les murs sont couverts de tags antisémites. Outre des croix gammées, on peut lire ces inscriptions au feutre : « Les juifs dehors », « Sans les juives, le monde serait heureux », « Itler = la France », « Vive l’Islames ».

    Les réactions ne se font pas attendre : immédiatement, le président de la République, Jacques Chirac, renouvelle sa pleine solidarité à l’ensemble de la communauté juive. Dès 9 heures du matin, Bertrand Delanoë, maire de Paris, arrive sur les lieux accompagné du rabbin du XIe arrondissement.

    Il est rapidement rejoint par le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, rentré en urgence de Poitiers, qui déclare :

    « Le parquet requerra la peine maximale, et l’ensemble des forces du pays sera mobilisé pour que l’arrestation des auteurs soit rapide. »

    Le trésorier de l’Union israélite sépharadite de France, dont dépend le centre, un certain Marcel Gotlib (également dessinateur de bandes dessinées), appelle les autorités à « prendre des mesures draconiennes ». Au micro d’Europe 1, Roger Cukierman, déjà président du CRIF, dénonce le « laxisme » de la justice, qui a « créé un véritable sentiment d’impunité par des relaxes systématiques ». Et de conclure :

    « Ce laxisme permet aux antisémites de tous bords de s’exprimer librement. Pourquoi se priver quand on ne risque rien ? »

    Trois jours plus tard, lors d’une visite en France, le ministre des Affaires étrangères israélien, Sylvan Shalom, se rend sur place et appelle les autorités françaises à prendre le phénomène de l’antisémitisme à bras-le-corps, évoquant la nécessité de « lois plus dures ».

    Une semaine plus tard, un certain Raphaël Benmoha, âgé de 52 ans, né à Casablanca, au Maroc, est mis en examen pour « incendie volontaire ». Ce marginal fréquentait le Centre social juif et allait être expulsé d’un studio qui lui avait été prêté par le biais d’un « rabbin ». Fulminant contre les « rabbins », Benmoha se serait vengé. Même s’il nie tout en bloc, le double des clés du local et le marqueur qui a servi aux inscriptions sont retrouvés à son domicile. Raphaël Benmoha se serait inspiré d’un épisode de la série télévisée PJ, tourné un an auparavant au centre de la rue Popincourt.

    7 – Les Farhi, une famille de rabbins au-dessus de tout soupçon

    3 janvier 2003. Le rabbin Gabriel Farhi est victime d’une odieuse agression antisémite à l’arme blanche dans sa synagogue du 23 rue Piéton dans le 11ème arrondissement. Transféré à l’hôpital Saint-Antoine, il en sort le soir même. L’agression est survenue vers 16h30, alors qu’il était seul à ce moment dans la synagogue avant le début de l’office du shabbat prévu à 18h30. Il déclare :

    « Quelqu’un a sonné à la porte. J’ai ouvert, un homme un peu plus petit que moi – environ 1,75 mètre –, la tête couverte d’un casque de moto intégral avec la visière opaque rabaissée, a prononcé « Allahou Akbar » – Dieu est grand – et m’a donné un coup de couteau. Son accent était très français. »

    Le matin même, une lettre anonyme était arrivée au siège du Mouvement juif libéral de France (MJLF), affirmant :

    « Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et nous vengerons le sang de nos frères palestiniens […] Après avoir mis le feu à sa synagogue, nous nous vengerons directement sur lui. »

    Tout est clair : l’agression porte la marque de l’antisémitisme et la lettre anonyme revendique l’incendie qui s’est déclaré dans la synagogue en mai 2002. Et l’on oublie que les expertises ont conclu que c’est un court-circuit qui a déclenché le sinistre (cf. Le Parisien, 4 mai 2002).

    Immédiatement, le président de la République Jacques Chirac fait porter à la victime une lettre pour condamner « avec la plus grande fermeté cet acte de violence intolérable qui vise un militant de la paix et du dialogue entre les religions […] Il ne peut y avoir dans notre République de place pour l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie, ni pour les manifestations d’intolérance religieuses. » Le rabbin Farhi est immédiatement placé sous protection policière et le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, fait part de sa « détermination » à élucider l’affaire. Cinq jours plus tard, une « prière pour la fraternité et la solidarité » est organisée à la synagogue. Sont présents : Nicolas Sarkozy, Bertrand Delanoë (maire de Paris), Jack Lang, Guy Béart, Mgr Jean-Marie Lustiger (archevêque de Paris), Dalil Boubakeur (recteur de la Mosquée de Paris), ainsi que quatre anciens premiers ministres : Édouard Balladur, Alain Juppé, Laurent Fabius et Lionel Jospin.

    Neuf jours plus tard, non seulement l’affaire n’est pas résolue, mais les enquêteurs de la PJ sont de plus en plus perplexes face à « une quinzaine d’éléments accréditant des zones d’ombre qui fragilisent la version de M. Farhi ». Les enquêteurs soulignent également les « déclarations contradictoires du rabbin ». Marianne (20 janvier 2003) et Le Figaro (21 janvier) rapportent une note du médecin-chef des pompiers décrivant une « plaie hésitante pouvant correspondre à une automutilation »…

    Les enquêteurs vont également creuser une autre piste, plus « têtue », celle d’un « ami » du rabbin, l’universitaire Charles Leselbaum, directeur du Centre d’études ibéro-latino-américaines appliquées (CEILA) de Paris IV, qui, suspecté d’être l’auteur des menaces de mort par écrit, sera mis en examen. Il démentira vigoureusement dans Le Parisien, puis sera également blanchi. L’enquête durera 5 ans au total, au terme desquels le juge Marie-Antoinette Houyvet a rendu une ordonnance de non-lieu le 4 septembre 2008.

    Cette affaire aura mis en cause une personnalité importante du judaïsme français (il a guidé Dany Boon dans sa conversion, par exemple), qui a dirigé entre 1995 et 2007 le Mouvement juif libéral de France, MJLF lancé par son père, le rabbin Daniel Farhi, en 1977. Ce dernier, Chevalier dans l’ordre national du Mérite (1988), Chevalier puis Officier de la Légion d’honneur, a été placé en garde en vue en 2012 pour présomption d’agression sexuelle sur mineure par le Brigade de protection des mineurs de la PJ parisienne, puis déféré au parquet. Dans cette affaire qui remonte aux années 1990, un non-lieu a finalement été rendu en novembre 2014.

    6 – Pour Klugman, les propos de Le Pen sont inspirés d’Adolf Hitler

    25 avril 2002. La « peste brune » s’est abattue sur la France : Jean-Marie Le Pen est au deuxième tour de l’élection présidentielle. Au soir du 21 avril, le président du Front national a déclaré :

    « Socialement je suis de gauche, économiquement de droite et, nationalement, je suis de France. »

    Une phrase antisémite ? « En déclarant qu’il était socialement de gauche et nationalement de France, Jean-Marie Le Pen a repris les termes employés par Adolf Hitler en novembre 1932 dans son discours de clôture du congrès du Parti national-socialiste. Le Pen a fait son coming-out et a révélé ses convictions hitlériennes », déclare Patrick Klugman, le vigilant président de l’Union des étudiants juif de France (UEJF). Klugman a en fait donné écho a une rumeur qui s’est rapidement repandue sur Internet, puis dans les médias et les organisations antiracistes, qui ont répercuté l’info : la phrase de Le Pen est un copier-coller d’une citation du Führer du 29 novembre 1932 au congrès du parti nazi !

    Sauf que le lendemain de la sortie de Klugman, on peut lire ce petit entrefilet dans Libération :

    « Renseignement pris, il n’y a pas eu de congrès du NSDAP en novembre 1932, et Hitler n’a jamais prétendu que son “cœur était de gauche”, pour reprendre les termes exacts de la rumeur. »

    En réalité, il ne s’est rien passé ce 29 novembre 1932, sauf une chose : la naissance d’un certain Jacques Chirac.

    5 – Quand le grand rabbin de France affabule

    13 octobre 2000, 8h du matin. La seconde intifada a commencé depuis deux semaines en Palestine. En direct de Jérusalem, où il s’est rendu pour assister à la fête des Cabanes, le grand rabbin Sitruk est invité à réagir sur France Inter. Il lance :

    « Nous avons appris que [dans une école juive du XIXème arrondissement de Paris] des jeunes gens avaient été poignardés, six précisément. L’un d’eux est décédé des suites de ses blessures. C’est extrêmement grave. C’est la première fois qu’un juif est assassiné en France depuis la guerre, parce qu’il est juif et uniquement parce qu’il est juif. »

    Le jour même, la police se rend sur place et découvre immédiatement qu’il s’agit d’une affabulation du grand rabbin Sitruk. Heureusement, Henri Tincq, « journaliste » et expert en religion du Monde, viendra à sa rescousse dans un article intitulé : « Le grand rabbin de France est victime de rumeurs » (15 octobre 2000). L’honneur est sauf, Joseph Sitruck est une « victime »…

    L’article d’Henri Tincq a néanmoins le mérite de donner une explication au nombre pléthorique de fausses agressions antisémites :

    « “De telles rumeurs, on en reçoit une cinquantaine par heure !”, dit-on dans les radios juives : femmes poussées sous le métro, enfants agressés à la sortie du lycée Yavné (13e arrondissement), etc. »

    Et Libération (14 octobre 2000) de confirmer :

    « Les fausses nouvelles se multiplient. Ainsi, le meurtre relaté vendredi par Joseph Sitruk avait déjà été “révélé” mercredi à la rédaction de Libération par un informateur qui précisait que la victime était scolarisée à Beth Ohr Joseph, une école privée du XIXème arrondissement parisien. Cette information, bien que démentie par l’école, a été colportée par des dizaines d’interlocuteurs de bonne foi. Michel Zerbib, directeur de l’information de Radio J, a reçu une cinquantaine de coups de fil pour la seule journée de mercredi : “On passe notre temps à vérifier des rumeurs presque toujours infondées.” »

    4 – Les propos « négationnistes » de José Bové

    3 avril 2002. José Bové mets les pieds dans le plat. De retour de Palestine, le leader de la Confédération paysanne donne une conférence de presse. Alors que quelques jours avant, des incendies de sont déclarés dans des synagogues, José Bové brise un tabou :

    « Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France pour mieux détourner les regards. »

    Lors de cette conférence de presse, il accuse également Israël de « purification ethnique ». Le lendemain de cette sortie, le B’nai B’rith « condamne avec la plus grande fermeté les propos de José Bové qui insinuent que la campagne menée par les Israéliens contre le terrorisme, certes brutale, s’apparente aux actes commis par les nazis. Ce qui revient ni plus ni moins à nier la Shoah. C’est une faute historique, une faute morale monstrueuse, que l’ensemble de la classe politique devrait condamner. »

    Dans son communiqué, le B’naï B’rith « demande immédiatement » à José Bové de « s’excuser publiquement de la tenue de pareils propos ». Le 2 mai 2002 sur France Info, Alain Juppé l’accuse d’être « un des grands complices de M. Le Pen depuis des années ». Acculé, José Bové va s’excuser, d’abord dans Marianne, puis devant la France entière, sur France 2, le 14 septembre 2002 :

    C’est à cette époque que José Bové, comme une dizaine d’autres militants antisionistes, pro-palestiniens ou modérément pro-israéliens (le militant écologiste Alain Lipietz, l’avocate et épouse de Carlos, Isabelle Coutant-Peyre, le cinéaste israélien Eyal Sivan ou le secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, Gilles Munier, etc.) reçoit une lettre jointe d’une balle de calibre 22 LR, accompagnée de la mention suivante : « La prochaine n’arrivera pas par la poste. »

    Des plaintes sont déposées et la police ouvre une enquête, qui va déboucher sur l’arrestation d’un certain Raphaël Schoemann, un retraité de 65 ans, marié et père de deux enfants, au casier judiciaire vierge, qui voulait s’en prendre à des personnes qu’il estimait « antisémites ». Raphaël Schoemann signait ses courriers « Nadine Mouk », une formule qui signifie en arabe dialectal : « Maudite soit la religion de ta mère. » Lors de la perquisition de son domicile, les enquêteurs trouvent un véritable arsenal de guerre : un fusil à répétition SIG, un revolver Smith & Wesson, deux armes interdites à la vente en France et acquises illégalement en Suisse quelques mois après l’envoi des courriers, un fusil à pompe calibre 12, un revolver 22 LR, un fusil Winchester, une visée laser et des munitions. L’homme était inscrit à la Fédération française de tir et s’entraînait régulièrement. Lors de sa garde à vue, il assure évidemment :

    « Je n’avais aucune intention de passer aux voies de fait, surtout avec des armes. »

    Pour sa défense, il assure avoir été fortement marqué par l’expérience de ses parents, internés à l’arrivée des nazis en Allemagne. Pour le psychiatre, l’homme est lucide, il a l’entière responsabilité de sa conduite. S’il s’était agi d’un militant nationaliste ou d’un musulman, nul doute qu’au vu de l’arsenal et des menaces de morts proférées, menace terroriste oblige, l’affaire aurait été portée au sommet de l’État. Mais Raphaël Schoemann ne sera condamné en première instance par le Tribunal correctionnel de Paris qu’à 1 euro de dommage et intérêt à verser à chacune de ses victimes et 10 mois de prison avec sursis.

    De son côté, bien qu’ayant fait Techouvah, José Bové va perdre le soutien que lui apportaient les médias. Devenu une « idole en fin de cycle » (L’Express, 1er mars 2004), il renonce à son mandat de porte-parole de la Confédération paysanne en août 2003. Après avoir fait 1,32 % lors de l’élection présidentielle de 2007, on le retrouvera en 2009 au côté de Daniel Cohn-Bendit comme député Europe Écologie les Verts de la région Sud-Ouest aux européennes. Depuis, on ne l’a plus entendu parler de la cause Palestinienne, puisqu’on ne l’a plus entendu parler du tout…

    3 – Alex Moïse, victime des partisans de Dieudonné ?

    9 janvier 2004. Alex Moïse se rend au commissariat de police du 18ème arrondissement. La veille au soir, il a reçu des menaces de mort et des injures racistes lors d’un appel téléphonique anonyme : « Sale youpin », « tu vas crever, sale sioniste, tu vas crever ». À la police, il explique que ces menaces sont doute dues à son combat contre Dieudonné. Un mois plus tôt, l’humoriste a joué son fameux sketch chez Marc-Olivier Fogiel sur France 3. Un sketch antisémite pour Alex Moïse, qui, du coup, à lancé un « comité citoyen antiraciste » . En tant que président de ce « comité citoyen antiraciste », Alex Moïse appelle les salles où doit se produire Dieudonné et obtient l’annulation de ses spectacles à Roanne, Deauville, Bourg-Lès-Valence. Il est également à l’origine de la pétition réclamant l’annulation du spectacle du 20 février 2004 à l’Olympia.

    Cinq mois après la plainte, l’affaire de menaces antisémites se dégonfle totalement. Alex Moïse est condamné le 6 mai 2004 à 750 euros d’amendes et deux mois de prison avec sursis. Les investigations auprès de l’opérateur téléphonique ont prouvé qu’il s’était adressé à lui-même des insultes antisémites par téléphone. Rien à voir donc avec de prétendus « partisans de Dieudonné ».

    Cette affaire pourrait prêter à sourire si Alex Moïse n’était qu’un marginal. Mais l’homme est un militant communautaire de premier plan. Né en 1964, il a participé dès 1980 à la création de la Fédération sioniste de France et fait partie des fondateurs de Radio Shalom, sur laquelle il anime l’émission Shalom Hebdo. « Attaché à l’idéologie du Grand Israël » (Actualité juive du 24 juillet 2008), ce porte-parole en France du Likoud figurait sur la liste RPR-UDF dans le 2ème arrondissement de Paris aux élections municipales de 1995, puis en 2001 sur la liste de Jean-Pierre Pierre-Bloch (candidat de Jean Tibéri) dans le 18ème arrondissement. Lors de son décès en décembre 2012, le président du CRIF Richard Prasquier saluera « un militant exceptionnel, recherchant toujours l’intérêt collectif avant les préoccupations d’amour-propre personnelles. Il avait l’amour d’Israël chevillé au corps, était au premier rang quand il s’agissait de lutter contre les manifestations de haine anti-israélienne. »

    2 – L’Affaire du RER D

    10 juillet 2004, 19h42. Une dépêche de l’AFP tombe : « Ils agressent une femme et lui dessinent des croix gammées sur le ventre. » Le récit est affirmatif et ne comporte aucun conditionnel.

    La veille, vers 9h30 Marie–Léonie L., 23 ans, prend le RER D en gare de Louvres (Val-d’Oise) avec son enfant de 13 mois. Six garçons sont montés avant elle, soit à Borne-Blanche ou à Survilliers-Fosses. À en croire le récit de la jeune femme, elle « voit du coin de l’œil six loulous costauds et baraqués, qui ont l’air d’avoir entre 15 et 20 ans, descendre de l’étage et se ruer sur elle […]. Ils l’entourent et lui appuient tout de suite sur la nuque pour qu’elle garde la tête baissée en permanence. » Ils ont le look « racailles de banlieue », portent des casquettes et tiennent, pour trois d’entre eux, des poignards à la main. Elle pense « qu’il y a trois Maghrébins et trois Africains ».

    Ils s’en prennent aussitôt à sa poussette et lacèrent le sac à langer posé sur le bébé avant de s’en prendre à son sac à dos, qu’ils fouillent, trouvent son argent (200 €) et sa carte bleue, puis tombent sur ses papiers d’identité. À la lecture de son adresse dans le 16ème arrondissement de Paris, ils s’énervent. « Dans le 16ème, y a que des gosses de riches, y a que des feujs », lance l’un d’eux. Ils sont persuadés qu’elle est juive. Le doute n’est plus permis : l’agression est antisémite.

    Ses agresseurs, toujours selon la jeune femme, déchirent son t-shirt et mettent ses vêtements en lambeaux. Avec la pointe d’un poignard, ils la griffent sur le cou, les mains, le corps, puis sortent un feutre et dessinent sur son ventre, sous les seins jusqu’au pubis, trois croix gammées.

    Au bout d’un quart d’heure de mauvais traitements, depuis Louvres, le RER arrive en gare de Garges-Sarcelles dans le Val d’Oise. Non content de lui infliger un coup de pied qui la laisse à terre, ils prennent son sac et sa carte bancaire puis « balancent la poussette sur le quai et le bébé roule sur trois mètres ». Des témoins de la scène portent alors secours à la mère et au bébé. La jeune femme appelle son compagnon, qui vient la chercher et l’accompagne au commissariat d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, où elle réside. Transportée à l’unité médico-judiciaire avec son enfant, qui n’a rien, elle se voit attribuer un arrêt temporaire de travail de dix jours. La police judiciaire de Versailles est saisie par le procureur. La police se met alors en quête de témoins et notamment les passagers installés au premier étage du wagon. Mais personne ne s’est manifesté pour témoigner de cette agression barbare.

    Le soir où tombe la dépêche AFP, les réactions s’enchaînent. Dominique de Villepin, alors ministre de l’Intérieur, embraye :

    « Le ministre de l’Intérieur condamne cette agression ignoble […] aggravée de gestes racistes et antisémites. »

    Il donne des « instructions pour retrouver les auteurs dans les plus brefs délais ».

    Dans la foulée, le président de la République, Jacques Chirac, lance ce communiqué :

    « J’apprends avec effroi l’agression à caractère antisémite dont ont été victimes une jeune femme et son enfant. […] Je lui exprime ainsi qu’à tous les siens ma vive émotion et ma profonde sympathie. »

    11 juillet. Nicole Guedj, secrétaire d’État aux droits des victimes (qui occupait avant sa nomination le poste d’administratrice du Consistoire israélite de France), s’entretient l’après-midi avec la jeune femme au téléphone puis lui rend visite le lendemain :

    « J’ai trouvé une jeune femme digne, courageuse, très lucide, déterminée à ce qu’on mette tout en œuvre pour retrouver les agresseurs. Mais aussi une jeune femme qui craint que ses agresseurs ne la retrouvent […] Tout est insoutenable, surtout après l’appel « au sursaut » du président de la République […] Il faut que la loi soit pleinement appliquée. » (Actualité juive, 14 juillet 2004)

    Claude Goasguen, député UMP du XVIème arrondissement, appelle à « modérer les discours sur Israël » :

    « Dans cet acte épouvantable, il y a un mélange de racisme social, d’antisémitisme et d’antisionisme. […] Le mélange d’anticapitalisme et d’antisémitisme rappelle furieusement un passé tragique et honteux de la France. Il est grand temps que les pouvoirs publics prennent conscience que dans la politique du Moyen-Orient, Israël n’est pas forcément le coupable de tous les maux. Tous ceux qui en sont conscients doivent modérer leur discours sur Israël. […] Ce qui n’enlève rien à la nécessité de poursuites contre des éléments désormais dangereux pour la société française. »

    Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, dénonce, au nom du gouvernement, le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme, « les pires dérives mortelles pour notre démocratie ». Alain Juppé, alors à la tête de l’UMP, dénonce une agression « odieuse et barbare ». Plus inattendu, Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, dénonce un « insoutenable acte fasciste », considérant qu’un « pas supplémentaire vient d’être franchi dans l’ignominie antisémite ».

    Le soir, l’affaire fait la une de tous les JT.

    12 juillet. Le Figaro titre : « Le train de la haine » ; Libération : « Antisémitisme. Une historie française » ; Le Parisien : « Mobilisation contre l’antisémitisme » ; etc. La LICRA dénonce ces « nazis de banlieue (qui) défient la France ». À gauche, chacun y va de son indignation, la palme revenant sans doute à Jean-Paul Huchon, qui ouvre une réunion exceptionnelle du conseil régional d’Île-de-France par la phrase : « Les loups sont entrés dans Paris. »

    Pendant ce temps, la SRPJ de Versailles cherche les coupables et recueille le témoignage spontané d’une proche de la victime. Elle souligne la mythomanie de la jeune femme. Elle raconte aux enquêteurs que celle-ci n’en est pas à son coup d’essai. Des accusations que les policiers vont prendre avec prudence dans un premier temps. Un second témoignage est plus embarrassant : la victime présumée aurait été vue montant dans le RER D à la station Louvres avant son agression, avec des vêtements déjà déchirés.

    Par ailleurs, la lecture des vidéos de la SNCF pouvant aider à l’identification des agresseurs à la gare de Garges-Sarcelles, ceux-ci ayant sauté sur le quai avant de s’enfuir, ne montrent rien d’une telle scène. Puis la police découvre que la jeune femme a déjà porté plainte six fois dans les cinq dernières années dans des affaires de vol ou d’agression. Des plaintes restées sans lendemain.

    13 juillet. Lors de son audition à l’antenne de police judiciaire de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) dans l’après-midi, Marie-Léonie L. est placée par ses enquêteurs face à ses contradictions et aux incohérences de son récit apparues au fil des vérifications. Elle commence par déplacer le lieu de l’agression en dehors du train, puis rapidement, finit par craquer et admet avoir tout inventé de A à Z. Placée en garde à vue pour « dénonciation de délit imaginaire », elle reconnaîtra s’être elle-même porté les marques de coups de couteau, s’être coupé une mèche de cheveux et avoir tracé les croix gammées.

    Le commissaire chargé de l’enquête explique :

    « Elle voulait attirer l’attention sur elle et son entourage pour qu’on s’occupe d’elle. Elle avait le bourdon, ça n’allait pas dans sa tête et dans sa vie. En fait, elle est fatiguée du cerveau et, nous, on pédale depuis deux jours entre Louvres et Aubervilliers pour vérifier sa plainte. »

    Le soir, l’affaire, définitivement dégonflée, fait de nouveaux la une des JT :

    17 juillet. Filmée de dos par une caméra, Marie-Léonie L. lit un cours texte :

    « Je suis profondément désolée de tout ce qui est arrivé par ma faute. Je présente mes excuses au président de la République, à Nicole Guedj, aux personnes qui ont manifesté leur soutien à mon mensonge. »

    1 – Le Commissaire Ghozlan, pourvoyeur de fausses agressions antisémites

    L’affaire du RER D pose une question : comment une information non-vérifiée (et qui s’avère être mensongère) peut-elle, en moins de 24 heures, mobiliser toute la République et devenir le centre d’attention de la machine politico-médiatique ? L’étude du cas Sammy Ghozlan est indispensable pour comprendre comment nombre de pseudo-affaires sont montées et relayées.

    Originaire de Constantine, où il a grandit avec Enrico Macias, Alain (de son vrai prénom) Ghozlan est arrivé en France en 1961.

    Après avoir été instituteur, il a passé le concours de commissaire de police, avant de rejoindre l’Office central des stupéfiants. Candidat à diverses élections en Seine-Saint-Denis, il a notamment été élu conseiller municipal RPR-UDF au Blanc-Mesnil, tout en s’engageant pleinement dans la vie communautaire juive. Il a animé Génération dance sur Judaïque FM, chanté dans les mariages et les Bar Mitsvah et sa personnalité truculente a inspiré Alexandre Arcady pour le rôle de l’inspecteur de police Sam Bellamy, incarné par Patrick Bruel dans le film K, sorti en 1997 (cf. Tribune juive, 12 septembre 1996).

    Commissaire de police honoraire, Sammy Ghozlan est membre de Siona (« Association d’aide aux plus démunis en France et en Israël »), du Secours français pour Israël, du Fond social juif unifié et de la loge Deborah-Sam Hoffenberg du B’naï B’rith à Vincennes. Il préside également le Conseil des communautés juives de Seine-Saint-Denis (CCJ93) et occupe la vice-présidence du Consistoire de Paris.

    En mars 2002, avec les soutiens de l’Union des patrons juifs de France et de l’Association Verbe et Lumière (émanation du centre Simon Wiesenthal), le commissaire Ghozlan monte le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA). Fort de réseaux à cheval entre la communauté juive et les institutions politiques, policières et judiciaires, il obtient que le BNVCA « édite un formulaire de déclaration qui constitue une véritable saisine judiciaire de nature à compléter, voire remplacer le procès-verbal en cas de difficulté à déposer plainte auprès d’un service de police. Ces formulaires sont reconnus par les autorités judiciaires et préfectorales. »

    À en croire le BNVCA, en cas d’agression antisémite, plus besoin de la police, un formulaire pré-rempli sur Internet remplacerait un procès-verbal des autorités policières et serait reconnu par les autorités judiciaires et préfectorales. Bientôt plus besoin de juge non plus ?

    Avec de telles méthodes, on comprend aisément le nombre pléthorique de fausses agressions antisémites pouvant être montées en épingle. EuroPalestine (23 septembre 2010) a dénoncé le rôle du BNVCA dans l’affaire du RER D :

    « En début de soirée, le BNCVA passe en effet un appel téléphonique à l’Agence France-Presse (AFP), où il a une correspondante bien disposée à son égard. Il la branche sur ce “gros coup”. La journaliste appelle alors les services de police, qui lui confirment qu’il y a bien une plaignante correspondant à ce que la journaliste leur raconte. L’AFP lance alors l’affaire, relayée en quelques dizaines de minutes par des communiqués indignés du ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, puis du président de la République, et par ricochet, de tout l’établissement politique et médiatique. »

    Aussi Sammy Ghozlan a-t-il tendance à transformer de simples bagarres où des juifs sont impliqués en agressions antisémites odieuses. Comme dans l’affaire Rudy Haddad, en juin 2008, ou lors d’une bagarre dans un train au printemps 2012. À l’époque, Alain Soral avait démonté l’affaire :

    Après une énième affaire de fausse agression antisémite relevée en février 2011 (une synagogue incendiée accidentellement en Tunisie s’était transformé en « saccage antijuif », cf. Actualité juive du 3 février 2011) et une plainte déposée pour antisémitisme contre Stéphane Hessel (!), le président du CRIF de l’époque, Richard Prasquier, jugeant Ghozlan « incontrôlable » (Actualité juive, 3 mars 2011), le suspend de ses fonctions au comité directeur du CRIF, où il l’avait pourtant coopté.

    Malgré ses méthodes, Sammy Ghozlan reste une personnalité incontournable tant en France qu’à l’international. En juin 2006, lors d’un discours au prestigieux Forum de Crans-Montana, ce simple militant communautaire a pu, par exemple, sermonner publiquement Tariq Ramadan. Il figure dans le dernier Top 100 des personnes influençant positivement la vie juive dans le monde, établi par The Algemeiner, l’organe de référence de la communauté juive new-yorkaise (Elie Wiesel en préside le conseil de surveillance). À titre de comparaison, les autres « Français » figurant dans ce classement sont le président du CRIF, Roger Cukierman, le président du Consistoire, Joël Merghi, le grand rabbin Haïm Korsia, Jonathan Simon-Sellem, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Patrick Drahi et Manuel Valls… En juillet 2010, Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, avait remis les insignes de Chevalier de la légion d’Honneur à ce « policier républicain ».

    Pour en finir avec la mystification de l’antisémitisme, nous conseillons de voir ou revoir Defamation, le reportage d’un jeune israélien au cœur de l’Anti-Defamation League du B’naï B’rith, la plus grande organisation mondiale de « lutte contre l’antisémitisme » :

    Remerciements à Emmanuel Ratier et à la revue Faits & Documents pour la documentation nécessaire à cet article.
    Notes

    [1] La mezouzah (hébreu : מזוזה, poteau de porte ; plur. mezouzot) est un objet de culte juif, qui consiste le plus souvent en un rouleau de parchemin comportant deux passages bibliques, emboîté dans un réceptacle, et fixé au linteau (ou aux poteaux) des portes d’un lieu d’habitation permanente, à l’exclusion des lieux d’aisance et de rangement. (Source : Wikipédia.)

    Voir aussi, sur E&R :

    lemondejuif.info | 15 juillet |52 Communautés
    Une famille juive battue et séquestrée au Blanc-Mesnil
    Source : le BNVCA

    Une famille juive de Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis (93), a été battue et séquestrée tôt mardi matin à son domicile, révèle le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA). (…)

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