Bons baisers de Russie: Les affaires humaines ont leurs marées (Back to the future: who laughed when Romney said Russia was our No.1 foe ?)

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Les affaires humaines ont leurs marées, qui, saisies au moment du flux, conduisent à la fortune ; l’occasion manquée, tout le voyage de la vie se poursuit au milieu des bas-fonds et des misères. En ce moment, la mer est pleine et nous sommes à flot : il faut prendre le courant tandis qu’il nous est favorable, ou perdre toutes nos chances. Shakespeare (Jules César, IV, 3)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Les dirigeants européens et américains espèrent que les tyrans et les autocrates du monde vont disparaître tout seuls. Mais les dinosaures comme Vladimir Poutine, Hugo Chávez et les ayatollahs iraniens ne vont pas s’effacer comme cela. Ils ne doivent leur survie qu’au manque de courage des chefs du Monde libre. Garry Kasparov
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
President Barack Obama defended the American invasion of Iraq Wednesday in a high-profile speech to address the Russian takeover of Crimea. Russian officials, Obama noted, have pointed to the U.S. invasion and occupation of Iraq as an example of  « Western hypocrisy. » Obama struggled, however, in his attempt to defend the legality of the invasion. The war was unsanctioned by the United Nations, and many experts assert it violated any standard reading of international law. But, argued Obama, at least the U.S. tried to make it legal. « America sought to work within the international system, » Obama said, referencing an attempt to gain U.N. approval for the invasion — an effort that later proved to be founded on flawed, misleading and cherry-picked intelligence. The man who delivered the presentation to the U.N., then-Secretary of State Colin Powell, has repeatedly called it a « blot » on his record.  Obama, in his speech, noted his own opposition to the war, but went on to defend its mission. »We did not claim or annex Iraq’s territory. We did not grab its resources for our own gain, » Obama argued. The Huffington Post
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (2005)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai davantage de flexibilité. Obama (2012)
Aujourd’hui, c’est la Russie et pas l’Iran ou la Corée du Nord qui est l’ennemi géopolitique des Etats-Unis (…). Elle ne soutient que les pires régimes du monde. (…) Sur l’arène internationale, la Russie n’est pas un personnage amical. Le fait que le président américain veut plus de souplesse dans les relations avec la Russie est un signe alarmant (…). La Russie est sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un. La Corée du Nord et l’Iran posent également assez de problèmes, mais ces terribles régimes poursuivent leur chemin, et nous allons à l’Onu pour les arrêter. Et si le président syrien tue ses propres citoyens, nous allons également à l’Onu, et qui monte alors au créneau pour défendre ces régimes? C’est toujours la Russie, souvent soutenue par la Chine. Romney
Gouverneur Romney, je suis content que vous reconnaissiez qu’Al-Qaida représente une menace, parce qu’il y a encore quelques mois, lorsqu’on vous a demandé quelle était la plus grande menace stratégique pour l’Amérique, vous avez répondu la Russie, et pas Al-Qaida. Mais, vous savez, la guerre froide est finie depuis plus de vingt ans. Quand il s’agit de notre politique étrangère, vous semblez vouloir revenir aux politiques des années 1980, tout comme aux politiques sociales des années 1950 et aux politiques économiques des années 1920… Vous déclarez ne pas vouloir reproduire ce qui s’est passé en Irak. Mais il y a quelques semaines à peine, vous avez déclaré qu’il faudrait des troupes en Irak, maintenant. Barack Hussein Obama
Pour en revenir à la Russie, j’ai certes déclaré que c’était un ennemi stratégique mais, dans le même paragraphe, j’ai aussi dit que l’Iran était la plus grande menace pour notre sécurité nationale. La Russie continue de nous affronter aux Nations unies, encore et encore. J’ai la vue claire à ce sujet. Je ne vais pas chausser des lunettes roses quand il s’agit de la Russie ou de Poutine. Et je ne vais certainement pas lui dire que je serai plus souple après mon élection. Après l’élection, j’aurai encore plus de cran. Pour l’Irak, vous et moi sommes d’accord sur le fait que je crois qu’il faudrait un accord sur un statut pour les forces américaines. Mitt Romney
Nous avons connu d’autres crises en Europe ces dernières années: les Balkans dans les années 90, la Géorgie en 2008. Mais il s’agit là de la plus grave menace à la sécurité et à la stabilité de l’Europe depuis la fin de la Guerre froide. … On ne sait plus si la Russie est un partenaire ou un adversaire. Anders Fogh Rasmussen (secrétaire général de l’Otan)
Ce que Romney a dit sur la menace russe était en plein dans le mille. Cela a été amplement démontré en Ukraine, en Syrie et également en Russie. Nile Gardiner
Why, across the world, are America’s hands so tied? A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, « a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries. Mitt Romney

Retour vers le futur ?

Alors où (avant d’autres nations comme la Moldavie ou l’Argentine ?) l’ours russe vient de ne faire qu’une bouchée d’une partie d’un pays dont nous nous étions engagés à protéger l’intégrité …

 Et en ce deuxième anniversaire (jour pour jour) de cette fameuse interview de Mitt Romney sur CNN qui avait tant fait rire nos prétendus spécialistes …

Pendant qu’entre deux fourriers du terrorisme saoudien ou qatari, le Pays autoproclamé des droits de l’homme et donneur de leçons si prodigue envers ledit Poutine, déroule à nouveau le tapis rouge pour les bouchers toujours impunis de Tiananmen

Comment ne pas repenser à ces paroles désormais prophétiques du candidat républicain sur cette Russie de Poutine …

Qui vient de confirmer, deux ans plus tard, qu’elle « ne soutient que les pires régimes du monde » et qu’elle est bien « sans aucun doute notre ennemi géopolitique numéro un » ?

Et sur ce président américain qui pourrait bien se révéler l’un des pires (et plus naïfs) présidents de l’histoire …

Et qui, réduit à défendre onze ans après la guerre du pétrole de son prédécesseur qu’il avait tant condamnée, n’a apparemment toujours pas compris comme le rappelle Romney citant Shakespeare que « les affaires humaines avaient leurs marées » ?

The Price of Failed Leadership
The President’s failure to act when action was possible has diminished respect for the U.S. and made troubles worse.
Mitt Romney
March 17, 2014

Why are there no good choices? From Crimea to North Korea, from Syria to Egypt, and from Iraq to Afghanistan, America apparently has no good options. If possession is nine-tenths of the law, Russia owns Crimea and all we can do is sanction and disinvite—and wring our hands.

Iran is following North Korea’s nuclear path, but it seems that we can only entreat Iran to sign the same kind of agreement North Korea once signed, undoubtedly with the same result.

Our tough talk about a red line in Syria prompted Vladimir Putin’s sleight of hand, leaving the chemicals and killings much as they were. We say Bashar Assad must go, but aligning with his al Qaeda-backed opposition is an unacceptable option.

And how can it be that Iraq and Afghanistan each refused to sign the status-of-forces agreement with us—with the very nation that shed the blood of thousands of our bravest for them?

Why, across the world, are America’s hands so tied?

A large part of the answer is our leader’s terrible timing. In virtually every foreign-affairs crisis we have faced these past five years, there was a point when America had good choices and good options. There was a juncture when America had the potential to influence events. But we failed to act at the propitious point; that moment having passed, we were left without acceptable options. In foreign affairs as in life, there is, as Shakespeare had it, « a tide in the affairs of men which, taken at the flood leads on to fortune. Omitted, all the voyage of their life is bound in shallows and in miseries. »

When protests in Ukraine grew and violence ensued, it was surely evident to people in the intelligence community—and to the White House—that President Putin might try to take advantage of the situation to capture Crimea, or more. That was the time to talk with our global allies about punishments and sanctions, to secure their solidarity, and to communicate these to the Russian president. These steps, plus assurances that we would not exclude Russia from its base in Sevastopol or threaten its influence in Kiev, might have dissuaded him from invasion.

Months before the rebellion began in Syria in 2011, a foreign leader I met with predicted that Assad would soon fall from power. Surely the White House saw what this observer saw. As the rebellion erupted, the time was ripe for us to bring together moderate leaders who would have been easy enough for us to identify, to assure the Alawites that they would have a future post-Assad, and to see that the rebels were well armed.

The advent of the Arab Spring may or may not have been foreseen by our intelligence community, but after Tunisia, it was predictable that Egypt might also become engulfed. At that point, pushing our friend Hosni Mubarak to take rapid and bold steps toward reform, as did Jordan’s king, might well have saved lives and preserved the U.S.-Egypt alliance.

The time for securing the status-of-forces signatures from leaders in Iraq and Afghanistan was before we announced in 2011 our troop-withdrawal timeline, not after it. In negotiations, you get something when the person across the table wants something from you, not after you have already given it away.

Able leaders anticipate events, prepare for them, and act in time to shape them. My career in business and politics has exposed me to scores of people in leadership positions, only a few of whom actually have these qualities. Some simply cannot envision the future and are thus unpleasantly surprised when it arrives. Some simply hope for the best. Others succumb to analysis paralysis, weighing trends and forecasts and choices beyond the time of opportunity.

President Obama and Secretary of State Clinton traveled the world in pursuit of their promise to reset relations and to build friendships across the globe. Their failure has been painfully evident: It is hard to name even a single country that has more respect and admiration for America today than when President Obama took office, and now Russia is in Ukraine. Part of their failure, I submit, is due to their failure to act when action was possible, and needed.

A chastened president and Secretary of State Kerry, a year into his job, can yet succeed, and for the country’s sake, must succeed. Timing is of the essence.

Mr. Romney is the former governor of Massachusetts and the 2012 Republican nominee for president.

Voir aussi:

2 years ago
Romney not worried about Santorum, labels Russia No. 1 ‘foe’
Ashley Killough

CNN

March 26th, 2012

(CNN) – Republican presidential candidate Mitt Romney said Monday he was unfazed by recent ramped-up rhetoric coming from his opponent Rick Santorum.

« I’m not going to worry too much about what Rick is saying these days, » Romney said on CNN’s « The Situation Room with Wolf Blitzer. » « I know when you’re falling further and further behind, you get a little more animated. »

– Follow the Ticker on Twitter: @PoliticalTicker

Santorum made headlines Sunday when he claimed Romney would be the « worst » Republican candidate to match up against President Barack Obama in the general election, based on the issue of health care reform.

The former Massachusetts governor, he argued, would be poorly armed in a fight against the president after signing off on a health care law in the Bay State that critics now label a « blueprint » for the controversial federal health care legislation passed in 2010.

Romney argues, however, that he would attempt to repeal the Affordable Care Act as president, saying states should have the right to regulate health care laws, not Washington.

« It’s a power grab by the federal government. It violates the 10th Amendment. It violates the economic principles and economy freedom in this country, » Romney said on CNN. « It needs to be repealed. »

The candidate also blasted Obama over a private conversation caught by microphone with Russian President Dmitry Medvedev, in which the president said he could be more flexible on the missile defense system in Europe after the election.

Romney joined other top Republicans in slamming the president over the remark on Monday and for making backroom deals with a country that Romney called America’s « Number One geopolitical foe. »

“Who is it that always stands up with the world’s worst actors? It’s always Russia, typically with China alongside. In terms of a geopolitical foe, a nation that’s on the Security Council, and as of course a massive nuclear power, Russia is the geopolitical foe. The idea that our president is planning on doing something with them that he’s not willing to tell the American people before the election is something I find very, very alarming,” Romney said.

The White House hopeful also opened up about how he spent some recent time-off from the campaign trail, saying he went to watch « The Hunger Games » with his grandchildren over the weekend.

« I read serious books, but every now and then I read just for fun, » Romney said, talking about how he read the book before seeing the movie. « That was weekend fun, so it was nice to see a flick for the first time in a long time. »

Voir encore:

Après la Crimée, Poutine va-t-il annexer une partie de la Moldavie?

Olivier Philippe-Viela

L’Express

26/03/2014

Après le rattachement de la Crimée à la Russie, Vladimir Poutine pourrait tenter d’absorber d’autres régions russophones, comme la Transnistrie, en Moldavie. Les explications du politologue Florent Parmentier.

Les velléités séparatistes de la Transnistrie en Moldavie pourraient faire le jeu de Moscou. Cette région moldave, autoproclamée indépendante en 1992, mais sans être reconnue par la communauté internationale, compte 550 000 habitants. Composé pour un tiers de russophones, un tiers de roumanophones et le reste d’ukrainiens, la République moldave du Dniestr (son nom officiel) a déjà demandé son rattachement à la Russie en 2006.

La Transnistrie peut-elle faire sécession comme la Crimée et conforter Vladimir Poutine dans son projet expansionniste? L’Express a posé la question à Florent Parmentier, responsable pédagogique à l’IEP de Paris et spécialiste de la Moldavie.

La Russie peut-elle annexer la Transnistrie comme elle a absorbé la Crimée?

La Transnistrie demande depuis 20 ans son rattachement à la Russie. Lors d’un référendum en 2006, non reconnu par l’Union européenne, 97% des votants avaient formulé ce souhait. Si le résultat est soviétique, il est évident qu’une majorité de la population souhaite faire partie de la Russie. Pour les Moldaves, la Transnistrie est déjà quasiment perdue. Ce qui ne veut pas dire que les Russes vont l’annexer. On ne peut pas exclure cette possibilité radicale, mais Moscou souhaite plutôt favoriser l’indépendance de cette région et s’appuyer dessus pour mettre un pied en Moldavie.

Celle-ci pense que l’unique moyen de retenir la Transnistrie est de présenter l’image la plus attractive possible. Il faut savoir que ce pays est en bonne santé économique par rapport à ses voisins. En 2013, sa croissance était de 8,9%. Le pouvoir moldave est pro-européen, prudent vis-à-vis de la Russie et soutien officiel de l’Ukraine par la voix de son Premier ministre Iurie Leanca.

Que cherche Vladimir Poutine en s’appropriant les anciens satellites soviétiques?

Le président russe veut intimider l’Occident. Il a une idéologie expansionniste. Pour Poutine, il s’agit d’un projet économique et géopolitique: le développement de l’Union douanière, calquée sur les frontières de l’ex-URSS. Dans son esprit, l’Ukraine aurait dû en faire partie. Cependant elle lui a échappé. La Crimée n’était pas sa priorité, mais il a voulu marquer le coup.

D’autres régions russophones souhaitent-elles être affiliées à la Fédération de Russie?

La Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine.

La Gagaouzie par exemple, district autonome au Sud de la Moldavie, a voté pour rejoindre l’Union douanière voulue par Vladimir Poutine à l’Est. Cette région russophile s’affirme ainsi par rapport au pouvoir central et conforte le projet économique de la Russie. En Ukraine, l’enjeu c’est le Sud et l’Est du pays. Les nouvelles autorités ukrainiennes ont eu un comportement pragmatique et intelligent, notamment sur l’usage de la langue russe, qui reste tolérée. En revanche, il semble évident que la Crimée est définitivement perdue pour l’Ukraine

Voir enfin:

Verbatim : le troisième débat Obama-Romney en intégralité

Le Monde

23.10.2012

Le dernier débat opposant le président sortant démocrate, Barack Obama, à son concurrent républicain, Mitt Romney, lundi 22 octobre, à l’université Lynn de Boca Raton (Floride), était consacré à la politique internationale. « Le Monde » en publie les principaux extraits :

Bob Schieffer : Ce soir, c’est le 50e anniversaire de la nuit où le président Kennedy a annoncé au monde que l’Union soviétique avait installé des missiles nucléaires à Cuba, peut-être le moment où nous avons été le plus proche d’un conflit nucléaire. Cela nous rappelle que chaque président doit faire face à des menaces inattendues à la sécurité nationale en provenance de l’extérieur.

La première partie [de ce débat] concerne le défi que représentent les changements au Proche Orient et les nouveaux visages du terrorisme. A propos des évènements de Libye, la controverse continue. Quatre Américains sont morts, dont l’ambassadeur. Des questions demeurent. Gouverneur Romney, vous avez déclaré que c’était un exemple du délitement de la politique américaine au Proche-Orient…

M. Romney : Les changements au Moyen-Orient sont évidemment un sujet de grande préoccupation, en particulier pour l’Amérique. Avec le Printemps arabe, un grand espoir de changement s’est fait jour, vers plus de modération, de participation des femmes à la vie publique, de progrès économiques. Au lieu de cela, les pays ont connu d’inquiétants évènements les uns après les autres. En Syrie, bien sûr, 30 000 civils ont été tués par l’armée régulière. En Libye, il y a eu une attaque – terroriste, je pense que c’est attesté maintenant – contre nos ressortissants et quatre sont morts. Nos pensées vont vers eux.

Des membres d’Al-Qaida se sont emparés du nord du Mali. L’Egypte a élu un frère musulman [à la présidence]. Nous assistons en fait à un renversement assez dramatique des espoirs que nous avions fondé pour cette région. Bien sûr, la plus grande menace reste l’Iran, quatre ans plus proche de son objectif nucléaire. Je félicite le président d’avoir éliminé Oussama Ben Laden et de s’en être pris aux dirigeants d’Al-Qaida.

Mais, pour sortir de ce marasme, nous allons devoir mettre sur pied une stratégie large et solide à même d’aider le monde musulman ainsi que d’autres parties du monde à rejeter cette radicalisation violente et extrémiste. Ce n’est pas le cas actuellement.

Al-Qaida ne se cache pas. Ce groupe déjà présent dans une douzaine de pays représente une grave menace pour nos amis, le monde, l’Amérique, à long terme, et il nous faut une stratégie complète pour lutter contre ce type d’extrémisme.

M. Obama : Ma première mission en tant que commandant en chef, c’est de garantir la sécurité des Américains. Nous avons mis fin à la guerre en Irak et recentré notre attention sur ceux qui nous ont attaqué le 11 septembre 2001. Et le chef d’Al-Qaida a été éliminé.

De plus, nous sommes en mesure de mener une transition responsable en Afghanistan, en veillant à ce que les Afghans assurent leur propre sécurité. Cela nous permet de reconstruire des alliances et de nous faire des amis à travers le monde afin de combattre les menaces futures. Concernant la Libye, lorsque j’ai reçu la nouvelle, je me suis immédiatement assuré que nous faisions tout notre possible pour mettre en sécurité les Américains qui étaient encore sur place ; que nous ferions la lumière sur ce qui s’était passé ; et, le plus important, que nous allions trouver et juger ceux qui avaient tué des Américains. Et c’est exactement ce que nous allons faire.

Mais revenons sur ce qui s’est passé en Libye. Gardez à l’esprit que les Américains ont pris la tête d’une coalition internationale qui, sans envoyer de troupes sur le terrain et pour un coût inférieur à deux semaines de présence en Irak, a libéré un pays qui vivait sous le joug d’une dictature depuis 40 ans. Nous l’avons débarrassé d’un despote qui avait tué des Américains, et, malgré la tragédie de Benghazi, des dizaines de milliers de Libyens ont défilé en proclamant leur amitié pour l’Amérique. Nous les soutenons.

Nous devons en profiter pour pousser notre avantage. Gouverneur Romney, je suis content que vous reconnaissiez que nous avons traqué Al-Qaida avec succès, mais je dois vous dire que votre stratégie est éculée et peu à même de garantir la sécurité des Américains ou de construire l’avenir du Moyen-Orient.

M. Romney : Ma stratégie est claire, traquer les méchants, mettre tout en œuvre pour les arrêter, et les faire disparaître du paysage. Mais ma stratégie est plus large. L’aspect principal sera d’aider le monde musulman à être en mesure de rejeter l’extrémisme.

Nous ne voulons pas d’un nouvel Irak, ni d’un nouvel Afghanistan. Ce n’est pas la bonne voie pour nous. Il nous faut bien sûr traquer les dirigeants de tous ces groupes djihadistes anti-Américains, mais aussi aider le monde musulman. Comment faire ? Un groupe d’intellectuels arabes s’est rassemblé, à l’initiative de l’ONU, pour déterminer comment nous pouvions aider le monde à se débarrasser de ces terroristes. Ils ont conclu qu’il fallait développer l’économie. Nous devrions nous assurer que notre aide financière directe, ainsi que celle de nos amis, aille dans ce sens.

Ensuite, une meilleure éducation. Puis la parité. Et enfin, des systèmes législatifs. Nous devons aider ces pays à créer des sociétés civiles.

Mais ce qu’il s’est passé au cours des deux dernières années d’agitation et de chaos croissant au Moyent-Orient, c’est qu’Al-Qaida s’y est engouffré, ainsi que d’autres groupes djihadistes. Et ils sont maintenant bien implantés dans beaucoup de pays de la région. Les progrès en Libye sont notables, malgré cette terrible tragédie.

Mais, juste à côté, il y a l’Egypte. La Libye, c’est 6 millions d’habitants, l’Egypte 80. Nous voulons nous assurer que les progrès concernent toute la région. Mais, avec le nord du Mali aux mains d’Al-Qaida, la Syrie toujours dirigée par Assad qui assassine son peuple, et bien sûr l’Iran en voie de fabriquer de la bombe atomique, la région reste agitée.

M. Obama : Gouverneur Romney, je suis content que vous reconnaissiez qu’Al-Qaida représente une menace, parce qu’il y a encore quelques mois, lorsqu’on vous a demandé quelle était la plus grande menace stratégique pour l’Amérique, vous avez répondu la Russie, et pas Al-Qaida. Mais, vous savez, la guerre froide est finie depuis plus de vingt ans.

Quand il s’agit de notre politique étrangère, vous semblez vouloir revenir aux politiques des années 1980, tout comme aux politiques sociales des années 1950 et aux politiques économiques des années 1920…

Vous déclarez ne pas vouloir reproduire ce qui s’est passé en Irak. Mais il y a quelques semaines à peine, vous avez déclaré qu’il faudrait des troupes en Irak, maintenant. Et, même si je sais bien que vous n’avez jamais été en position de faire réellement de la politique étrangère, chaque fois que vous avez fait une proposition, vous vous êtes trompé. Ainsi, malgré l’absence d’armes de destruction massive, vous étiez favorable à la guerre en Irak.

Vous avez dit que nous devrions avoir encore des troupes en Irak aujourd’hui. Et que nous ne devrions pas passer de traités nucléaires avec la Russie malgré le vote favorable de 71 sénateurs, démocrates et républicains. Vous avez d’abord déclaré qu’il ne fallait pas d’agenda de retrait en Afghanistan, puis dit qu’il en fallait un. Maintenant vous oscillez entre « peut-être » et « ça dépend », ce qui signifie non seulement que vous aviez tort mais que vous avez envoyé des messages confus à nos troupes et à nos alliés.

Nous devons affirmer notre leadership au Proche-Orient, et pas mener une politique erronée et imprudente. Malheureusement, c’est ce genre de politique que vous avez proposé pendant votre campagne.

M. Romney : Je ne suis bien sûr pas d’accord avec ce que le président vient de dire. Et m’attaquer ne constitue pas un programme ni ne permet de parler du Moyen-Orient et de la façon d’aider la région à rejeter le terrorisme et à endiguer l’agitation croissante et la confusion.

Pour en revenir à la Russie, j’ai certes déclaré que c’était un ennemi stratégique mais, dans le même paragraphe, j’ai aussi dit que l’Iran était la plus grande menace pour notre sécurité nationale. La Russie continue de nous affronter aux Nations unies, encore et encore. J’ai la vue claire à ce sujet. Je ne vais pas chausser des lunettes roses quand il s’agit de la Russie ou de Poutine. Et je ne vais certainement pas lui dire que je serai plus souple après mon élection. Après l’élection, j’aurai encore plus de cran. Pour l’Irak, vous et moi sommes d’accord sur le fait que je crois qu’il faudrait un accord sur un statut pour les forces américaines.

M. Obama : Ce que je n’aurais pas fait, c’est laisser 10 000 soldats en Irak qui nous entraveraient. Ce qui ne nous aiderait certainement pas dans la région.

M. Romney : Je suis désolé, mais le président s’est employé à obtenir un statut pour les forces américaines, et j’étais d’accord avec cela, et j’ai dit qu’il faudrait que nous laissions un certain nombre de soldats là-bas. C’était une initiative avec laquelle j’étais d’accord…

M. Obama : Gouverneur…

M. Romney : C’était votre position, vous pensiez qu’il fallait laisser 5 000 soldats, et j’étais d’accord. Je pensais qu’il en fallait même plus mais vous savez quoi ? Nous n’en avons plus du tout !

M. Obama : Ecoutez, vous vous êtes déclaré pour le maintien de troupes combattantes en Irak il y a seulement quelques semaines… au cours d’un discours important.

M. Romney : Non, j’avais alors précisé que vous aviez échoué à obtenir un accord sur un statut pour les forces américaines à l’issue de la guerre.

M. Obama : Vous devez vous montrer clair, à la fois pour nos alliés et nos ennemis. Vous avez fait un discours il y a quelques semaines au cours duquel vous avez déclaré que vous pensiez que nous devrions avoir encore des soldats en Irak. Ce n’est pas vraiment la bonne façon d’affronter les enjeux de la région.

Il est évident que nous ne pouvons pas affronter tous les enjeux de façon militaire. Et ce que j’ai fait pendant ma présidence et continuerai à faire, c’est d’abord m’assurer que ces pays soutiennent nos efforts contre le terrorisme ; qu’ils veillent à notre intérêt pour la sécurité d’Israël, car c’est notre plus fidèle allié dans la région ; qu’ils protègent les minorités religieuses et les femmes, car ces pays ne peuvent se développer si seulement une moitié de la population y contribue ; que nous développions leurs économies. Mais nous devons reconnaître que nous ne pouvons plus faire de construction nationale dans ces régions. Une partie du leadership américain est de veiller à ce que nous construisions d’abord notre pays. Cela nous aidera à garder le type de leadership dont nous avons besoin.

M. Schieffer : La guerre en Syrie s’est propagée au Liban. (…) M. le Président, cela fait plus d’un an que vous avez dit à Bachar Al-Assad de partir. Depuis, 30 000 Syriens ont été tués. Il y a 300 000 réfugiés. La guerre continue. Il est toujours au pouvoir. Devons-nous revoir notre politique pour trouver une meilleure façon d’influencer la situation ? Est-ce possible ?

M. Obama : Nous avons mobilisé la communauté internationale pour dire à Assad de partir. Nous avons pris des sanctions contre ce gouvernement. Nous l’avons isolé. Nous avons fourni de l’aide humanitaire et aidé l’opposition à s’organiser et nous veillons particulièrement à mobiliser les forces modérées à l’intérieur de la Syrie. En dernier ressort, c’est aux Syriens de choisir leur avenir. Nous faisons tout en consultation avec nos partenaires dans la région, y compris Israël (…), la Turquie et d’autres pays de la région directement concernés.

Ce que nous voyons en Syrie est poignant et c’est pourquoi nous faisons tout pour aider l’opposition. Mais, s’engager militairement est une mesure grave et nous devons être certains de savoir qui nous aidons, que nous ne mettons pas des armes entre les mains de gens qui pourraient au final se retourner contre nous ou nos alliés dans la région.

Je suis certain que les jours d’Assad sont comptés. Mais, nous ne pouvons pas simplement suggérer, comme l’a fait le gouverneur Romney, que donner des armes, par exemple, à l’opposition syrienne est une proposition anodine qui peut nous apporter la sécurité à long terme.

M. Romney : (…) La Syrie est le seul allié de l’Iran dans le monde arabe. C’est leur ouverture sur la mer. Leur voie pour armer le Hezbollah au Liban, qui menace notre allié, Israël. Que la Syrie dépose Assad est notre priorité. Deuxièmement, avoir un gouvernement responsable à sa place est crucial. Finalement, nous ne voulons pas nous engager militairement. Nous ne voulons pas être entraînés dans un conflit militaire.

Nous devons travailler par l’intermédiaire de nos partenaires et avec nos ressources pour identifier les parties responsables en Syrie, les organiser, les réunir sous la forme d’un gouvernement ou, du moins, d’un conseil qui puisse diriger la Syrie. Et nous devons nous assurer qu’ils ont les armes nécessaires pour se défendre. Nous devons nous assurer que ces armes ne tombent pas entre de mauvaises mains. Car ces armes pourraient être utilisées contre nous. Nous devons coordonner nos efforts avec nos alliés, surtout Israël.

Les Saoudiens, les Qataris et les Turcs (…) veulent travailler avec nous. Nous devons travailler à construire un leadership en Syrie (…). Je pense qu’Assad doit partir. Je pense qu’il va partir. Nous devons nous assurer de tisser des liens d’amitié avec les gens qui le remplaceront, afin que, dans les années à venir, la Syrie soit un ami et un interlocuteur responsable au Moyen-Orient. C’est une opportunité cruciale pour les Etats-Unis.

Depuis un an, nous avons vu le président nous dire d’abord « Laissons faire les Nations unies ». Puis Kofi Annan disant qu’il y aurait un cessez-le-feu. Ca n’a pas fonctionné. On s’est alors tourné vers les Russes pour voir ce qu’ils pourraient faire. On doit avoir le leadership là-bas, pas sur le terrain avec l’armée.

M. Obama : Nous avons le leadership. Nous avons organisé les Amis de la Syrie. Nous organisons l’aide humanitaire et le soutien à l’opposition. Et nous nous assurons d’aider ceux qui seront nos amis et ceux de nos alliés dans la région à long terme.

Prenez l’exemple de la Libye, qui éclaire la façon dont nous opérons nos choix. En allant là-bas, nous avons été capables de stopper immédiatement les massacres, du fait des circonstances uniques et de la coalition que nous avons aidé à organiser. Nous nous sommes assurés que Mouammar Kadhafi ne resterait pas.

A votre crédit, gouverneur, vous avez soutenu l’intervention en Libye et la coalition que nous avons organisée. Mais, au moment où il fallait s’assurer que Kadhafi ne reste pas au pouvoir, qu’il soit capturé, gouverneur, vous avez dit que la mission se transformait, qu’elle cafouillait. Imaginez que nous nous soyons retirés à ce moment. Mouammar Kadhafi avait plus de sang américain sur les mains qu’Oussama Ben Laden. Nous voulions finir le travail et c’est ce pourquoi les Libyens nous ont soutenu. Nous avons fait cela de façon réfléchie, prudente, en nous assurant de savoir à qui nous avions à faire, que les forces modérées sur le terrain travailleraient avec nous. Nous devons prendre la même direction ferme, réfléchie en Syrie. Ce que nous faisons.

M. Schieffer : Gouverneur, feriez-vous davantage que l’administration [Obama] en imposant, par exemple, des zones d’exclusion aérienne en Syrie ?

M. Romney : Je ne veux pas que notre armée s’engage en Syrie. (…) Ça ne va pas être nécessaire. Avec nos partenaires dans la région, nous avons suffisamment de moyens pour soutenir ces groupes. Cela dure depuis un an. L’Amérique aurait du imposer son leadership. Nous aurions du imposer notre leadership, pas militairement, mais un rôle dirigeant au niveau organisationnel, gouvernemental, pour réunir les parties et trouver des interlocuteurs responsables.

Les sources de renseignement indiquent que les insurgés sont très divisés. Ils ne se sont pas entendus. Ils n’ont pas formé de groupe uni, de conseil. Ça doit être fait. L’Amérique peut aider à cela. Et nous devons nous assurer qu’ils disposent des armes nécessaires pour se débarrasser d’Assad.

M. Obama : (…) Le gouverneur Romney n’avance pas d’idées différentes. Parce que nous faisons exactement ce qu’il faut pour tenter de promouvoir un leadership syrien modéré et une transition effective pour qu’Assad parte. C’est le type de leadership dont nous avons fait preuve et que nous continuerons à avoir.

M. Schieffer : Pendant la crise égyptienne, vous êtes arrivé à la conclusion qu’il était temps pour le président Moubarak de partir. (…) Certains au sein de votre administration ont pensé que nous aurions peut-être du attendre un peu pour cela. Avez-vous des regrets ?

M. Obama : Non, je n’en ai pas car je crois que l’Amérique doit se tenir du côté de la démocratie. (…)

J’ai aussi dit que maintenant que l’Egypte a un gouvernement démocratiquement élu, elle doit prendre ses responsabilités pour protéger les minorités religieuses. Nous avons exercé une pression sur eux pour cela, pour que les droits des femmes soient reconnus, ce qui est crucial dans la région. Ces pays ne peuvent se développer si les jeunes femmes ne reçoivent pas l’éducation dont elles ont besoin. Ils doivent respecter le traité avec Israël. C’est une ligne rouge pour nous car il en va non seulement de la sécurité d’Israël mais aussi de la nôtre. Ils doivent coopérer avec nous en matière de contreterrorisme. Nous allons les aider à développer leur économie car le succès de la révolution pour les Egyptiens et le monde est que les jeunes gens qui ont manifesté voient des opportunités s’offrir à eux. (…)

M. Romney : (…) J’aurais espéré qu’on ait une meilleure vision pour l’avenir. J’aurais espéré, au début du mandat du président et même avant cela, que l’on ait identifié cette énergie et cette passion croissante pour la liberté dans cette partie du monde et que l’on ait agit plus agressivement avec notre ami et d’autres amis de la région pour voir une transition vers une forme de gouvernement plus représentative, de sorte que la situation n’explose pas de cette façon. Une fois que ça avait explosé, j’ai ressenti la même chose que le président, ces voix pour la liberté et les rues d’Egypte, des gens qui en appelaient à nos valeurs. Le président Moubarak a fait des choses qui étaient inimaginables et l’idée qu’il écrase son peuple ne pouvait être tolérée.

La mission qui doit être la nôtre au Moyen-Orient – et plus largement – est de s’assurer que le monde est en paix. (…) Nous voulons que les peuples profitent de la vie et qu’ils aient un avenir radieux et prospère, non pas qu’ils soient en guerre. C’est notre objectif. La responsabilité du respect des valeurs de paix revient à l’Amérique. Nous n’avons pas demandé cela. Mais c’est un honneur pour nous. (…)

M. Schieffer : Quelle est la place de l’Amérique dans le monde ? Comment chacun de vous voit-il notre rôle dans le monde ?

M. Romney : Je suis pleinement convaincu que l’Amérique a la responsabilité et le privilège de défendre la liberté et de promouvoir des principes qui rendent le monde plus pacifique. Ces principes comprennent les droits de l’homme, la dignité humaine, la libre entreprise, la liberté d’expression, les élections. Parce que quand il y a des élections, les gens ont tendance à voter en faveur de la paix. Ils ne votent pas pour la guerre.

Nous savons qu’il y a des zones de conflit dans le monde. Nous voulons, dans la mesure du possible, arrêter ces conflits. Mais pour être en mesure de remplir notre rôle dans le monde, l’Amérique doit être forte. Et pour ça il faut que nous renforcions notre économie ici, chez nous. (…)

Nous devons aussi renforcer notre capacité militaire sur le long terme. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Nous prenons aujourd’hui des décisions dans le domaine militaire qui se heurteront à des réalités que nous ne pouvons pas encore imaginer. Dans les débats de l’année 2000, il n’y avait par exemple pas un mot sur le terrorisme. Un an plus tard, nous avions le 11-Septembre. Nous devons donc prendre des décisions dans l’incertitude et cela implique d’avoir une capacité militaire forte. Je ne couperai pas les budgets militaires.

Nous devons aussi soutenir nos alliés. Je pense que les tensions qui ont existé entre Israël et les Etats-Unis n’étaient pas opportunes. Je pense aussi que retirer notre programme de missiles défensifs de Pologne de la façon dont nous l’avons fait était également inopportun, dans la mesure où cela a troublé les liens existant entre nous.

Enfin, en ce qui concerne le respect de nos principes, quand les étudiants sont sortis dans les rues de Téhéran et que le peuple a manifesté en Iran, que la révolution verte a débuté, le silence du président a été une grave erreur. Nous devons respecter nos principes, soutenir nos alliés, maintenir un effort militaire et soutenir notre économie.

M. Obama : L’Amérique demeure la nation indispensable dans le monde. Le monde a besoin d’une Amérique forte et elle est plus forte aujourd’hui que quand je suis arrivé au pouvoir il y a quatre ans. Parce que nous avons terminé la guerre en Irak, nous avons pu nous concentrer sur la menace terroriste et sur l’amorce d’un processus de transition en Afghanistan. Cela nous a aussi permis de relancer des alliances et des partenariats qui avaient été négligés pendant une décennie.

Gouverneur Romney, nos alliances n’ont jamais été aussi fortes. En Asie, en Europe, en Afrique, en Israël, avec qui nous avons une coopération inédite dans les secteurs militaires et du renseignement, notamment en ce qui concerne la menace iranienne. (…)

Le gouverneur Romney plaide pour une réduction d’impôts de 5 000 milliards de dollars, et dit qu’il y parviendra en réduisant les prélèvements. Bon, en termes mathématiques ça ne fonctionne pas mais il continue à affirmer qu’il va le faire… Il veut en plus augmenter les dépenses militaires de 2 000 milliards, ce que notre armée ne demande même pas.
Sachez que nos dépenses militaires ont cru tous les ans depuis que je suis au pouvoir. Nous dépensons plus que le total cumulé des dix nations suivantes : Chine, Russie, France, Grande-Bretagne… Les dix.

Nous avons travaillé avec les chefs militaires pour réfléchir à ce dont nous avons besoin pour assurer notre sécurité dans le futur. Quand on parle de capacités militaires, il ne s’agit pas uniquement de questions de budget, mais aussi de capacités. Nous devons réfléchir à la cybersécurité. Nous devons parler de l’espace. C’est ce à quoi le budget sert, mais il doit être guidé par une stratégie, pas par des considérations politiques.

M. Romney : Notre marine est vétuste… Notre flotte est aujourd’hui la plus petite que nous ayons eue depuis 1917. L’état-major de la marine affirme qu’il a besoin de 313 navires pour remplir ses missions. Nous sommes en-dessous de 285 et on s’approchera des 200 si nous continuons dans cette voie. C’est inacceptable. Notre aviation est la plus vétuste et la moins pléthorique depuis sa création en 1947.

Depuis Franklin D. Roosevelt, nous avons toujours eu la doctrine qui consistait à dire que nous pouvions nous battre sur deux fronts en même temps. Maintenant ce n’est plus qu’un seul front. Il s’agit là de la plus importante responsabilité du président des Etats-Unis : garantir la sécurité du peuple américain. (…)

M. Obama : Je crois que le gouverneur Romney n’a pas pris assez de temps pour examiner comment fonctionne notre armée. Vous avez mentionné la marine, par exemple, et le fait qu’elle ait moins de vaisseaux qu’en 1916. Bien, gouverneur… Nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes, parce que la nature de nos engagements militaires a changé. Nous avons ces choses appelées porte-avions, sur lesquels les avions atterrissent… Nous avons ces bateaux qui vont sous l’eau, les sous-marins nucléaires. (…)

M. Schieffer : Gouverneur, nous connaissons la position du président sur le sujet. Quelle est votre position sur l’utilisation des drones ?

M. Romney : Je crois que nous devons utiliser tous les moyens nécessaires pour éliminer les gens qui représentent une menace pour nous ou nos amis à travers le monde. Il est bien connu que les drones sont utilisés pour des frappes aériennes et je soutiens pleinement cela. Je crois que le président a eu raison d’accroître l’utilisation de cette technologie.

Mais je voudrais aussi souligner que nous devons faire plus que simplement pourchasser les meneurs et tuer les méchants, aussi important que ce soit. Nous avons besoin d’une stratégie beaucoup plus large et efficace pour contribuer à éradiquer le terrorisme et l’extrémisme islamiste. Nous n’avons pas fait cela. Nous en parlons beaucoup mais lisez les rapports écrits depuis quatre ans : l’Iran est-il plus proche de posséder la bombe ? Oui. Le Moyen-Orient est-il en proie à l’agitation ? Oui. Est-ce qu’Al-Qaida est à genoux ? Non. Est-ce qu’Israël et les Palestiniens sont plus proches d’un accord de paix ? Non, ils ne se sont pas parlés depuis deux ans.

M. Schieffer : J’aimerais que l’on passe au sujet suivant : les lignes rouges, Israël et l’Iran.

M. Obama : Tout d’abord, Israël est un véritable ami. C’est notre plus grand allié dans la région. Et si Israël est attaqué, l’Amérique se tiendra à ses côtés. J’ai été très clair sur ce point pendant ma présidence et c’est pourquoi nous avons forgé avec Israël la plus forte coopération de l’histoire entre nos deux pays, militaire comme dans le renseignement. Cette semaine, très précisément, nous allons avoir les plus importantes manœuvres militaires communes de l’histoire.

S’agissant de l’Iran, aussi longtemps que je serai président des Etats-Unis, l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire. J’ai été clair quand j’ai pris mes fonctions. Nous avons mis sur pied la plus forte coalition et pris les sanctions les plus dures de l’histoire contre l’Iran, et elles paralysent leur économie. La monnaie a chuté de 80%. Leur production de pétrole a baissé au plus bas niveau atteint lors de la guerre contre l’Irak il y a 20 ans. Leur économie est totalement désorganisée. Nous avons fait cela parce qu’un Iran nucléarisé est une menace pour notre sécurité intérieure et pour celle d’Israël. Nous ne pouvons pas prendre le risque d’une course aux armements dans la région la plus instable du monde. L’Iran soutient le terrorisme et il est inacceptable qu’il puisse fournir de la technologie nucléaire à des acteurs non-étatiques. Il déclare vouloir rayer Israël de la carte. L’Iran a aujourd’hui le choix : se tourner vers la diplomatie et mettre un terme à son programme nucléaire, ou bien se retrouver face à un monde uni et un président des Etats-Unis, moi, qui gardera toutes les options ouvertes.

Le gouverneur Romney, pendant sa campagne, a souvent dit qu’il faudrait adopter des actions militaires anticipées. Je crois que ce serait une erreur. Lorsque j’expose de jeunes hommes et de jeunes femmes au danger, je ne le fais qu’en dernier recours.

M. Romney : Tout d’abord, je veux souligner la même chose que le président, si je suis élu, quand je serai élu, nous serons aux côtés d’Israël. Et si Israël est attaqué, il aura notre soutien, pas seulement diplomatique mais aussi militaire.

Ensuite, s’agissant de l’Iran, un Iran nucléaire est inacceptable pour les Etats-Unis. Que l’Iran puisse avoir des armes nucléaires qui pourraient être utilisées pour nous attaquer ou pour nous menacer est un danger, pas seulement pour nos amis. Il est également essentiel de comprendre ce que doit être notre mission face à l’Iran, le dissuader d’avoir l’arme atomique par des moyens pacifiques et diplomatiques, et des sanctions sévères que j’ai appelées de mes vœux il y a cinq ans lorsque j’étais en Israël, au cours de la conférence de Herzliya [sur la sécurité]. J’avais présenté à cette occasion sept mesures dont ces sanctions sévères étaient la première. Cela marche. Et c’est bien de pouvoir en disposer aujourd’hui. Je souhaiterais les renforcer. Que les pétroliers qui transportent du pétrole iranien ne puissent accéder à nos ports. Je crois que l’Union européenne serait d’accord avec nous sur ce point. Pas seulement les bateaux, mais aussi les compagnies, les personnes qui font commerce de ce pétrole. Je prendrais des mesures d’isolement diplomatique, je ferais en sorte qu’Ahmadinejad soit inculpé selon la convention sur le génocide. Ses mots sont une incitation au génocide et je voudrais l’inculper pour cela. Je ferais également en sorte que les diplomates [iraniens] soient traités comme des parias dans le monde entier, tout comme nous l’avions fait pour les diplomates de l’apartheid de l’Afrique du sud. Il faut augmenter les pressions. Une action militaire serait le dernier recours, qui ne pourrait être examinée qu’après avoir épuisé toutes les autres options.

M. Obama : En Iran, il y a des gens qui aspirent à une vie meilleure comme les peuples du monde entier. Nous espérons que leurs dirigeants prendront la bonne décision et arrêteront leur programme. Cela prend du temps. Nous avons commencé dès notre arrivée aux responsabilités et c’était très important pour nous que tous les pays participent, même des pays comme la Russie et la Chine – ce qui montre combien nous avons restauré la crédibilité et la force des Etats-Unis dans le monde. Il ne s’agit pas seulement de nos propres sanctions, en place depuis longtemps, mais nous avons besoin que tout le monde s’associe à cette pression sur l’Iran. Dernière chose, le temps presse. Nous n’allons pas permettre à l’Iran de s’engager perpétuellement dans des négociations qui ne mènent nulle part. J’ai été très clair auprès d’eux. Grâce à la coopération que nous avons avec les services de renseignement de nombreux pays, y compris Israël, nous saurons quand ils seront capables atteindre le seuil au-delà duquel nous ne pourrons plus intervenir. Le temps presse.

M. Romney : Depuis le début, je crois que l’un des problèmes que nous avons avec l’Iran est qu’il a observé cette administration et estimé qu’elle n’était pas aussi ferme qu’il aurait fallu. Les Iraniens ont vu de la faiblesse là où ils attendaient de la force. Je dis cela parce que le président, il y a quatre ans, avait dit au cours de sa campagne qu’il rencontrerait au cours de la première année de son mandat les pires dirigeants du monde, qu’il s’assiérait à la table de Chavez et de Kim Jong-il, avec Castro et le président Ahmadinejad d’Iran. Lorsque le président a commencé ce que j’ai appelé son voyage d’excuses, je crois qu’ils l’ont regardé et qu’ils y ont vu de la faiblesse. Quand les dissidents ont marché dans les rues de Téhéran, pendant la révolution verte [de 2009], avec des panneaux proclamant : « Est-ce que l’Amérique est avec nous ? » et que le président est resté silencieux, ils l’ont enregistré aussi. Tout comme ils ont noté lorsque le président a déclaré qu’il prendrait ses distances vis-à-vis d’Israël.

M. Obama : Rien de ce qu’a dit le gouverneur Romney n’est exact, à commencer par cette idée de voyage d’excuses. C’est sans doute le plus gros bobard de la campagne. Pour ce qui est de renforcer les sanctions, nous avons mis sur pied les plus efficaces, les plus dures, et pendant que nous nous coordonnions avec une coalition internationale pour s’assurer de leur effectivité, vous continuiez à invertir dans une société pétrolière chinoise en affaire avec le secteur pétrolier iranien. Je laisserai donc le peuple américain juger qui sera le plus efficace et le plus crédible. S’agissant de la révolution iranienne, j’ai été très clair vis-à-vis des activités meurtrières qui ont eu lieu, contraires au droit international. Quand j’ai pris mes fonctions, le monde était divisé. L’Iran était renaissant. Il est aujourd’hui au plus bas, économiquement, stratégiquement, militairement.

M. Romney : Pendant quatre ans, la perspective d’un Iran nucléaire s’est rapprochée, nous n’aurions pas dû gaspiller ce temps que le pays a utilisé pour faire tourner les centrifugeuses. M. le président, quand vous avez fait ce que j’appelle ce voyage d’excuses au Moyen-Orient, vous êtes allé en Egypte, en Arabie saoudite, en Turquie et en Irak, mais vous avez évité Israël, notre allié le plus proche dans la région. Dans ces pays, vous avez dit que l’Amérique avait été méprisante, qu’elle leur avait parfois dicté leur conduite. M. le président, l’Amérique n’a pas fait cela, elle a libéré des pays de leurs dictateurs.

M. Obama : Mon premier voyage a été pour nos troupes. Et quand je me suis rendu en Israël en tant que candidat, [en 2008] je n’ai pas rencontré de donateurs, je n’ai pas assisté à une collecte de fonds [de campagne]. Je suis allé à Yad Vashem, le musée de l’Holocauste, pour me souvenir de la nature du Mal et de notre lien avec Israël qui ne pourra jamais se briser. Je me suis rendu à la ville frontière de Sderot qui a été sous le feu des missiles tirés par le Hamas. La question centrale, à ce stade, est la suivante : qui sera crédible pour toutes les parties concernées ? Elles peuvent regarder mon bilan pour ce qui est des sanctions contre l’Iran, de la lutte contre le terrorisme, du soutien à la démocratie, aux droits des femmes et aux minorités religieuses.

M. Schieffer : Et si le premier ministre d’Israël vous appelle au téléphone pour vous dire :  » nos bombardiers sont en route, nous allons bombarder l’Iran «  ?

M. Romney : N’entrons pas dans de telles hypothèses. Notre relation avec Israël, ma relation personnelle avec le premier ministre d’Israël, est telle que nous ne recevrions pas un tel appel. C’est une chose dont nous aurions discuté et nous l’aurions évaluée minutieusement avant.

Mais revenons aux propos du président selon qui les choses ne vont pas mal. Je regarde ce qui se passe dans le monde et je vois l’Iran qui s’est rapproché pendant quatre ans de la bombe, la vague de violence, de tumulte et de chaos qui a déferlé sur le Moyen-Orient, les djihadistes qui se renforcent. Je vois la Syrie et 30 000 civils morts. Assad toujours au pouvoir.

Notre déficit commercial avec la Chine, plus profond d’année en année. Je regarde partout dans le monde et j’ai l’impression que vous ne voyez pas la Corée du Nord exporter sa technologie nucléaire. La Russie qui dit qu’elle ne va plus suivre [l’accord sur la réduction des arsenaux] Nunn-Lugar. Et qui se retire de cet accord que nous avions passé avec elle. Je ne vois pas notre influence grandir mais refluer, en partie pour l’incapacité du président à s’occuper de notre économie, en partie pour notre renoncement dans notre engagement dans notre armée, en partie pour les troubles avec Israël.

M. Obama : Gouverneur, le problème avec vous c’est que sur de nombreux sujets, le Moyen-Orient, l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran, vous êtes partout et nulle part. Je me réjouis que vous approuviez aujourd’hui notre politique de pressions diplomatiques avec la possibilité de discussions bilatérales avec les Iraniens pour qu’ils mettent un terme à leur programme nucléaire. Mais il y a quelques années, vous n’en vouliez pas. De même, vous vous êtes opposé initialement à un calendrier [de retrait] pour l’Afghanistan et maintenant vous y êtes favorable. De même avec l’Irak, vous aviez dit qu’il fallait en finir avec cette guerre, puis vous avez déclaré que nous aurions dû garder sur place 20 000 soldats. De même, vous aviez dit que s’attaquer à Kadhafi était un sacré défi.

Au sujet d’Oussama Ben Laden, vous avez dit que tout président prendrait cette décision mais, en 2008, vous disiez que nous ne devrions pas remuer ciel et terre pour un seul homme. Et vous avez dit qu’on aurait dû demander la permission au Pakistan. Si nous avions fait cela, nous ne l’aurions jamais eue. Et ça valait la peine de remuer ciel et terre pour l’avoir. Après que nous avons tué Ben Laden, je me suis rendu à Ground Zero pour une commémoration. J’ai parlé à une jeune fille qui avait quatre ans le 11 septembre. Elle avait eu sa dernière conversation avec son père qui était dans les tours jumelles et qui lui avait dit « je t’aime et je serai toujours là auprès de toi ». Pendant dix ans, cet appel téléphonique l’a hantée. Et elle m’a dit : « En finir avec Ben Laden me permet de faire mon deuil ». Faire ces choses là, c’est envoyer un message au monde et dire à cette personne que l’on n’a pas oublié son père. Ces décisions ne sont pas toujours populaires, elles ne sont généralement pas testées auprès de l’opinion publique. Et au sein de mon propre parti, y compris le vice-président, certains ont eu le même genre de critiques que vous. Mais le peuple américain comprend que je regarde ce qui doit être fait pour assurer sa sécurité, pour faire avancer nos intérêts et que je tranche.

M. Schieffer : Les Etats-Unis doivent transférer la gestion de la sécurité en Afghanistan au gouvernement afghan en 2014. Si je comprends bien notre politique, nous retirerons alors nos forces de combat, laisserons une plus petite force américaine en Afghanistan en charge de la formation. Que faisons-nous si au moment où arrive la date limite, les Afghans sont incapables de gérer leur sécurité ? Partons-nous quand même ?

M. Romney : Nous en aurons terminé en 2014 et quand je serais président, nous ferons en sorte de ramener nos troupes d’ici à la fin 2014. (…)

Nous avons observé des progrès ces dernières années. L’augmentation des troupes au sol a été une réussite et le programme de formation avance à grands pas. Les Forces de sécurité afghanes sont désormais nombreuses : 350 000 soldats sont prêts à être mobilisés pour assurer la sécurité et nous serons en mesure de procéder à ce transfert d’ici à la fin 2014. Nos soldats rentreront à la maison à ce moment-là.

Dans le même temps, nous surveillerons la situation au Pakistan car ce qui s’y passera aura un impact majeur sur le succès de l’Afghanistan. Je dis cela car je sais que beaucoup de gens préféreraient juste s’en frotter les mains et partir. Je ne dis pas cela de vous, M. le président, mais de certaines personnes dans notre pays qui pensent que le Pakistan se comporte bien avec nous et que nous devons en partir. Le Pakistan est important pour la région, pour le monde et nous, car il détient 100 ogives nucléaires et s’empresse d’en construire davantage. Il en aura bientôt plus que la Grande-Bretagne. Il accueille également le réseau Haqqani et les Talibans. Un Pakistan qui tombe en lambeaux, qui devient un Etat défaillant, poserait un extrême danger à l’Afghanistan et à nous. Nous allons donc continuer à aider le Pakistan à avoir un gouvernement plus stable et à reconstruire sa relation à nous. (…)

M. Obama : Quand j’ai commencé mon mandat, nous étions toujours enlisés en Irak et l’Afghanistan était à la dérive depuis une décennie. On a mis fin à la guerre en Irak, recentré notre attention sur l’Afghanistan et avons augmenté les troupes sur le terrain. (…) Nous avons aujourd’hui rempli beaucoup des objectifs qui nous ont amené là-bas. Mais, nous avons en partie oublié pourquoi nous y sommes allés. Nous y sommes allés parce que des gens là-bas étaient responsables de la mort de 3 000 Américains. Nous avons décimé les têtes d’Al-Qaida dans les régions frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Nous avons alors commencé à construire les forces afghanes. Nous pouvons aujourd’hui amorcer notre retrait, car rien ne justifie que des Américains doivent mourir alors que des Afghans sont parfaitement capables de défendre leur pays.

Cette transition doit avoir lieu de façon responsable. Nous sommes restés là-bas longtemps et nous devons nous assurer que nous et nos partenaires dans la coalition se retirent de façon responsable et en donnant aux Afghans ce dont ils ont besoin.

Mais, je pense que les Américains reconnaissent qu’après une décennie de guerre il est temps de construire notre nation ici. Nous pouvons désormais affecter certaines ressources pour, par exemple, permettre aux Américains de retrouver du travail, notamment nos vétérans, reconstruire nos routes, nos ponts, nos écoles, nous assurer que nos vétérans obtiennent les soins dont ils ont besoin en terme de troubles post-traumatiques et de blessures cérébrales traumatiques, de s’assurer que les diplômes dont ils ont besoin pour avoir un bon travail existent. (…)

M. Schieffer : Le général Allen, notre commandant en Afghanistan, a dit que des Américains meurent encore du fait de groupes soutenus par le Pakistan. Nous savons que le Pakistan a arrêté le médecin qui nous a aidé à attraper Oussama Ben Laden. Il fournit encore un refuge aux terroristes et pourtant nous continuons à donner des milliards de dollars au Pakistan. Le moment est-il venu de couper les ponts avec le Pakistan ?

M. Romney : Non, le temps n’est pas venu de couper les ponts avec une nation qui a plus de 100 ogives nucléaires et qui est sur le point de doubler son arsenal à tout moment ; un pays qui vit sous de sérieuses menaces de groupes terroristes, comme je l’ai dit, les Talibans, le réseau Haqqani. (…) C’est une zone importante du monde pour nous. Le Pakistan est techniquement un allié, même si il ne se comporte pas vraiment comme un allié actuellement. Il y a du travail. Je ne blâme pas l’administration pour les relations tendues que nous avons avec le Pakistan. On a du aller là-bas pour capturer Oussama Ben Laden. C’était la chose à faire. Ça les a énervé (…) Nous allons devoir travailler avec les gens au Pakistan pour les aider à agir de façon plus responsable qu’ils ne le font. C’est important pour eux. C’est important pour les ogives nucléaires.  C’est important pour le succès de l’Afghanistan.

Au Pakistan, il y a un important groupe de Pachtouns qui sont Talibans. Ils vont s’empresser d’entrer en Afghanistan quand nous partirons. C’est pourquoi les Forces de sécurité afghanes ont tant de travail pour être en mesure de les combattre. Nous devons admettre que nous ne pouvons pas partir comme cela du Pakistan. Mais, nous devons nous assurer que si nous les aidons, ce sera en échange de progrès sur des questions qui en feront une société civile.

M. Schieffer : Passons au chapitre suivant, qui est particulièrement important. Il s’agit de la Chine et des défis qu’elle pose à l’Amérique…

M. Obama : La Chine est à la fois un adversaire et un partenaire potentiel au sein de la communauté internationale, si elle respecte les règles. Dès mon arrivée au pouvoir j’ai insisté sur le fait que la Chine devait jouer avec les mêmes règles que tout le monde.

Je sais que des Américains ont vu leur emploi partir à l’étranger ; j’ai vu des entreprises et des travailleurs qui ne pouvaient commercer sur un pied d’égalité. C’est pourquoi j’ai mis en place une équipe chargée de surveiller les tricheurs dans le domaine du commerce international. C’est pourquoi nous avons porté plus d’affaires en justice que l’administration précédente en deux mandats.

M. Romney : Sur certains plans, la Chine a des intérêts tout à fait semblables aux nôtres : ils veulent un monde stable. Ils ne veulent pas la guerre. Ils ne veulent pas du protectionnisme. Ils ne veulent pas voir le monde sombrer dans le chaos parce qu’ils ont des produits à vendre, des gens à mettre au travail – environ 20 000 – ou plutôt 20 millions – de personnes qui quittent la campagne chaque année pour rejoindre les villes. La Chine peut donc être notre partenaire. Nous n’avons pas besoin de faire d’elle notre adversaire, si elle agit de façon responsable. (…)

Nous allons nous assurer que nos relations commerciales avec la Chine nous soient profitables. J’ai vu année après année des entreprises fermer et des gens perdre leur travail parce que la Chine ne respecte pas les règles, notamment en maintenant à un niveau artificiellement bas le niveau de leur monnaie. Ce qui baisse le prix de leurs produits et rend les nôtres non compétitifs. Cela doit cesser. C’est pourquoi le jour même de mon entrée en fonction, je les accuserai de manipuler leur monnaie. Ils violent la propriété intellectuelle et volent nos brevets, nos technologies. Ils piratent nos ordinateurs et contrefont nos productions.

M. Obama : Gouverneur Romney, vous êtes très au fait de la question des emplois qui partent à l’étranger parce vous avez investi dans des entreprises qui délocalisaient… Vous avez ce droit, c’est comme ça que le marché fonctionne. Mais j’ai fait un pari différent : celui des travailleurs américains. Si nous vous avions écouté sur l’industrie automobile, nous serions en train d’acheter des voitures aux Chinois au lieu de leur en vendre.

Grâce au travail que nous avons déjà accompli, nos exportations vers la Chine ont doublé depuis que je suis arrivé au pouvoir, et la convertibilité entre les deux monnaies est la plus avantageuse pour nos exportations depuis 1993.
Nous croyons que la Chine peut être un partenaire mais nous envoyons aussi un signal clair : les Etats-Unis sont une puissance du Pacifique ; nous allons être présents dans cette zone.

2 commentaires pour Bons baisers de Russie: Les affaires humaines ont leurs marées (Back to the future: who laughed when Romney said Russia was our No.1 foe ?)

  1. […] qui, après six ans à la tête du Monde libre et comme le rappelle Romney citant Shakespeare, n’a apparemment toujours pas compris que « les affaires humaines […]

    J'aime

  2. jcdurbant dit :

    “Aggression left unanswered is likely to lead to more aggression. (…) The Russian navy is not going to stand by and watch us reinforce Europe,” in the event of a confrontation. For two decades we haven’t thought about the fact that we are going to have to fight our way across the Atlantic. The challenge here is to deter further aggression without triggering that which you are trying to deter. It is a very difficult proposition. (…) “Nobody wants to go back to the days of the Cold War. We don’t need exercises as big as Reforger anymore. But the concept of Reforger, where you exercise contingency forces … that is exactly what we should be doing.”

    Gen. Milley

    Gen. Mark Milley, the chief of staff of the U.S. Army, said the Army is refining its training to ensure the U.S. military is able to face threats posed by Russian forces, learning to counter hybrid war, which blends regular and irregular forces, propaganda and unconventional tactics to sow confusion. He also said he was in favor of sending more troops to deploy—on a temporary basis—to Europe.

    The Army currently has two brigades—of about 3,500 soldiers each—based in Europe. It has assigned one additional brigade in the U.S. to serve as a regionally aligned force that will rotate into and out of Europe. Gen. Milley said he would like to add more brigades to those rotating to Europe, and add attack helicopter units, engineering teams and artillery brigades.

    Russia has been building up and modernizing its military to make U.S. steps to reinforce European defenses more difficult. Russian submarine patrols and exercises have increased dramatically, Navy officials have noted. Russia also has been increasing what military leaders call anti-access, area denial forces—air defense systems, surface-to-surface missiles, antiship weaponry—that can be used to keep opposing military equipment at arm’s length.

    Other military officials have warned about such missile systems being moved into Kaliningrad—the Russian exclave located between Poland and Lithuania—and Crimea. Officials said Russia now seems intent on putting new weaponry at a base in Belarus.

    In the event of a conflict, Gen. Breedlove said the U.S. will face a problem both with flying troops from the U.S. to Europe, as well as moving forces and equipment from airports and seaports to front-line conflict zones.

    Throughout the later years of the Cold War, the U.S. military conducted a massive exercise called Reforger, that practiced moving tens of thousands of troops from the U.S. to Europe quickly …

    http://www.wsj.com/articles/u-s-military-officials-aim-to-bolster-troop-presence-in-europe-1447034653

    J'aime

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