Papauté: Après l’obamamanie, voici la papomanie ! (Esquire’s best dressed man of 2013 celebrates first year in office)

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Nous vivons dans un système international injuste, au centre duquel trône l’argent-roi. (…) C’est une culture du jetable, qui rejette les jeunes comme les vieux. Dans certains pays d’Europe, […] toute une génération de jeunes gens est privée de la dignité que procure le travail. Pape François
Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir soutenir un style de vie  qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort. La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. (…) Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent de façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et impla­cable. Pape François
Francis continues to talk about his wish for a “poor church”, a “church for the poor”. But lately he has spoken out on “greed” and “inequality”, social maladies due to “neoliberalism” and “unfettered capitalism”. If this is the direction in which he is going, one must worry about his view of the world. How does he understand it? Specifically, has he understood the basic fact: Capitalism has been most successful in producing sustained economic growth. And that it is this growth which has been most effective in greatly reducing poverty? Just where is there “unfettered capitalism” in the world today? It is in China. Since the economic reforms that began in 1979 China has been the clearest example of “unfettered capitalism” (or, if you will, of the “neoliberal Washington Consensus”). It is still “fettered” by the bulky presence of inefficient state-owned enterprises, debris of the socialist past, with privileged access to capital and government favors. Nevertheless the capitalist engine has been roaring on, the private sector of the economy that does not have to worry about the “fetters” imposed on it in Western democratic countries—an expensive welfare state, laws and regulations that inhibit growth, and free labor unions. And it is this capitalist sector of the Chinese economy that has lifted millions of people from degrading poverty to a decent level of material life. The Chinese regime is appalling in many ways, but not because of failure to deal with poverty. Does Francis understand any of this? Greed is a moral flaw that exists in any economic system. And inequality is not of great concern to most people; they are concerned about the quality of their own lives and the prospects for the future of their children, rather than the income or wealth of people across town (that concern is called envy, which, if I recall correctly, is also a sin). Peter Berger
Revenons sur l’analogie avec Obama. Comme Francois, le président américain a été une figure télégénique succédant à un prédécesseur impopulaire avec la promesse d’un changement radical. Comme Francois, il est passé incroyablement vite à la notoriété mondiale, avec une histoire personnelle compliquée pouvant être lue de plusieurs manières. Et comme Francois, il a inspiré un consensus presque étrange parmi les commentateurs. Les médias influents ont décidé qu’il était essentiellement un gars bien qu’ils ont jugé par la suite sur ses intentions et non sur ses réalisations, blamant largement ses échecs sur ses ennemis et l’appuyant à chaque fois qu’il en avait le plus besoin. Francois n’est pas, bien sûr, le nouvel Obama, mais il jouit de la même relation enchantée  avec les journalistes. Oui, la lune de miel se terminera, comme elle l’a fait avec le président, mais cela ressemble au début d’un long mariage heureux. (…) De toute évidence, les journalistes ont aussi un intérêt économique à poursuivre leur idylle avec le François fantasmagorique : les articles sur ce sujet se vendent bien. Après tout, il a été la personnalité la plus débattue sur Internet l’année dernière. Si l’on met en ligne une jolie photo de lui en train d’embrasser un enfant, ou si l’on arrive à se faire un selfie [autoportrait pris au téléphone portable] avec de jeunes admirateurs du pape au Vatican, le nombre de pages vues grimpe en flèche. François est devenu l’un des produits les plus vendeurs en ligne. Aucun blogueur ne voudrait casser le marché. Rush Limbaugh, conservateur américain et présentateur de radio, a accusé le pontife de prôner “un marxisme pur et dur”. De toute évidence, on avait affaire à un nouvel avatar du François fantasmagorique. Sous François, l’Eglise s’engage résolument à mettre en œuvre ce que les théologiens appellent “l’option préférentielle pour les pauvres”. Mais pour choisir cette option, l’Eglise doit courtiser les plus riches. Par exemple, quelques multimillionnaires généreux financent la plupart des initiatives catholiques en Angleterre et au pays de Galles. Il suffirait que l’un d’entre eux soit rebuté par l’image “marxiste” de François pour que l’Eglise soit en difficulté. Cet homme de 77 ans sait qu’il doit faire aboutir rapidement les réformes financières lancées par son prédécesseur Benoît XVI, remanier la curie romaine, imposer des normes mondiales rigoureuses sur la conduite à tenir face aux affaires de sévices sexuels commis par des prêtres, continuer à prôner la paix en Syrie, inviter les Israéliens et les Palestiniens à négocier pendant sa visite en Terre sainte, et superviser un synode marqué par les controverses, qui pourrait revoir la position de l’Eglise en ce qui concerne les catholiques divorcés et remariés. Entre-temps, le François fantasmagorique va supprimer des dogmes, attiser la lutte des classes et influencer les tendances de la mode masculine. Mais ne tombez pas dans le panneau : tout cela est une illusion tout aussi entretenue par les médias que l’idée selon laquelle l’Eglise catholique serait obsédée par le sexe et l’argent. Ce qui compte, ce sont les paroles et les actes du vrai François. Et cela devrait être plus intéressant que les inventions, même les plus captivantes. The Spectator

Après l’obamamanie, voici la papomanie !

Couverture de Rolling Stone, encensement par le Guardian (« nouveau héros évident de la gauche” pour remplacer remplacer les posters défraîchis d’Obama “sur les murs des chambres d’étudiants de par le monde”), personne de l’année à la fois du magazine d’information Time et du magazine homosexuel américain The Advocate, homme le mieux habillé de l’année pour Esquire, personnalité la plus débattue sur Internet …

Alors que, de Rolling Stone au Guardian et de Time à Esquire et à l’Advocate, la nouvelle idole de nos éditorialistes fait les couvertures de la presse de gauche bien-pensante …

Comment ne pas voir, en ce premier anniversaire de son élection et avec l’une des rares voix discordantes, la même image largement fantasmée qui nous avait été faite d’un certain messie noir et plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire?

VATICAN François l’illusionniste

Tolérant, progressiste, voire marxiste, le pape François est la nouvelle idole des éditorialistes de la gauche bien-pensante. Une image qui doit beaucoup à leur imagination, selon l’hebdomadaire conservateur.

The Spectator (extraits)

Luke Coppen

1I février 2014

Le 31 décembre 2013, les médias ont reçu une dépêche stupéfiante. Le Vatican démentait officiellement que le pape François ait l’intention d’abolir le péché. On aurait dit un canular, mais ce n’en était pas un. Qui avait poussé le Vatican à publier un commentaire sur quelque chose d’aussi improbable ? Il s’avère que c’est l’un des plus éminents journalistes d’Italie : Eugenio Scalfari, cofondateur du journal de gauche La Repubblica Son article s’intitulait “La Révolution de François : il a aboli le péché”.

Pourquoi un journaliste, et a fortiori un analyste aussi prestigieux que Scalfari, se serait-il imaginé que le pape avait jeté aux orties l’un des principes fondamentaux de la théologie chrétienne ? Eh bien, depuis son entrée en fonctions, l’année dernière, François a été promu au rang de superstar de la gauche libérale [libérale au sens anglo-saxon, c’est-à-dire réformiste]. Ses origines modestes (il a été videur), son aversion pour la pompe vaticane (il prépare lui-même ses spaghettis) et sa volonté de mettre en avant l’engagement de l’Eglise en faveur des pauvres a amené les gens de gauche, et même des athées comme ce Scalfari, à le croire aussi étranger qu’eux aux dogmes de l’Eglise. Autrement dit, ils pensent que le pape n’est pas catholique. L’année dernière, presque tous les commentateurs orientés à gauche sont tombés sous le charme de ce jésuite laveur de pieds. Article après article, ils projetaient leurs rêves les plus fous sur François.

En novembre, Jonathan Freedland, journaliste au Guardian, annonçait que François était “le nouveau héros évident de la gauche”. Pour lui, les portraits du souverain pontife devaient remplacer les posters défraîchis d’Obama “sur les murs des chambres d’étudiants de par le monde”. Quelques jours plus tard, François prononçait une homélie dénonçant ce qu’il appelait “le progressisme adolescent”. Mais les gens ne voient et n’entendent que ce qu’ils veulent et personne n’a rien remarqué.

Voilà comment on en est venu à faire du pape une idole de la gauche. Dès qu’il se montre fidèle à la doctrine catholique, ses fans de gauche font la sourde oreille. En décembre, le plus vieux magazine gay des Etats-Unis, The Advocate, a salué en François son homme de l’année, du fait de la compassion qu’il a exprimée envers les homosexuels. Ce n’était guère révolutionnaire : l’article 2358 du catéchisme de l’Eglise catholique appelle à traiter les gays “avec respect, compassion et sensibilité”. En se contentant de réaffirmer un enseignement catholique, François est devenu un héros. La palme de la glorification absurde revient aux journalistes d’Esquire, qui sont arrivés à faire passer pour l’homme le mieux habillé de l’année en 2013 une personnalité portant la même tenue tous les jours.

Certains experts ont remarqué le gouffre existant entre le François fantasmagorique, figure née de l’imagination de la gauche, et l’actuel occupant du trône de saint Pierre. James Bloodworth, rédacteur du blog politique Left Foot Forward, a récemment appelé ses pairs à tempérer leurs ardeurs. “Les positions du pape François sur la plupart des sujets ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête de n’importe quelle personne de gauche, écrit-il. Au lieu de cela, article après article, des journalistes dont on pourrait attendre un peu plus de vigilance nous servent la même guimauve.”

La remarque de Bloodworth annonce-t-elle un réveil des laïques ? Pendant un certain temps, il a paru inévitable que les fans du nouveau pape comprennent qu’il n’était pas sur le point de donner sa bénédiction aux femmes prêtres, à l’usage du préservatif, au mariage gay ou à l’avortement, et qu’ils se retournent alors contre lui. Or cela paraît peu probable. Maintenant qu’ils ont inventé le François fantasmagorique, ses sympathisants de gauche ne vont peut-être plus jamais vouloir tuer leur création.

De toute évidence, les journalistes ont aussi un intérêt économique à poursuivre leur idylle avec le François fantasmagorique : les articles sur ce sujet se vendent bien. Après tout, il a été la personnalité la plus débattue sur Internet l’année dernière. Si l’on met en ligne une jolie photo de lui en train d’embrasser un enfant, ou si l’on arrive à se faire un selfie [autoportrait pris au téléphone portable] avec de jeunes admirateurs du pape au Vatican, le nombre de pages vues grimpe en flèche. François est devenu l’un des produits les plus vendeurs en ligne. Aucun blogueur ne voudrait casser le marché.

Rush Limbaugh, conservateur américain et présentateur de radio, a accusé le pontife de prôner “un marxisme pur et dur”. De toute évidence, on avait affaire à un nouvel avatar du François fantasmagorique. Sous François, l’Eglise s’engage résolument à mettre en œuvre ce que les théologiens appellent “l’option préférentielle pour les pauvres”. Mais pour choisir cette option, l’Eglise doit courtiser les plus riches. Par exemple, quelques multimillionnaires généreux financent la plupart des initiatives catholiques en Angleterre et au pays de Galles. Il suffirait que l’un d’entre eux soit rebuté par l’image “marxiste” de François pour que l’Eglise soit en difficulté.

Cet homme de 77 ans sait qu’il doit faire aboutir rapidement les réformes financières lancées par son prédécesseur Benoît XVI, remanier la curie romaine, imposer des normes mondiales rigoureuses sur la conduite à tenir face aux affaires de sévices sexuels commis par des prêtres, continuer à prôner la paix en Syrie, inviter les Israéliens et les Palestiniens à négocier pendant sa visite en Terre sainte, et superviser un synode marqué par les controverses, qui pourrait revoir la position de l’Eglise en ce qui concerne les catholiques divorcés et remariés.

Entre-temps, le François fantasmagorique va supprimer des dogmes, attiser la lutte des classes et influencer les tendances de la mode masculine. Mais ne tombez pas dans le panneau : tout cela est une illusion tout aussi entretenue par les médias que l’idée selon laquelle l’Eglise catholique serait obsédée par le sexe et l’argent. Ce qui compte, ce sont les paroles et les actes du vrai François. Et cela devrait être plus intéressant que les inventions, même les plus captivantes.

Voir aussi:

Sorry — but Pope Francis is no liberal

Trendy commentators have fallen in love with a pope of their own invention

Luke Coppen

11 January 2014

On the last day of 2013, one of the weirdest religious stories for ages appeared on the news wires. The Vatican had officially denied that Pope Francis intended to abolish sin. It sounded like a spoof, but wasn’t. Who had goaded the Vatican into commenting on something so improbable? It turned out to be one of Italy’s most distinguished journalists: Eugenio Scalfari, co-founder of the left-wing newspaper La Repubblica, who had published an article entitled ‘Francis’s Revolution: he has abolished sin’.

Why would anyone, let alone a very highly regarded thinker and writer like Scalfari, believe the Pope had done away with such a basic tenet of Christian theology? Well, since he took charge last year, Francis has been made into a superstar of the liberal left. His humble background (he is a former bouncer), his dislike for the trappings of office (he cooks his own spaghetti) and his emphasis on the church’s concern for the poor has made liberals, even atheists like Scalfari, suppose that he is as hostile to church dogma as they are. They assume, in other words, that the Pope isn’t Catholic. Last year few left-leaning commentators could resist falling for the foot-washing Jesuit from Buenos Aires. In column after column they projected their deepest hopes on to Francis — he is, they think, the man who will finally bring enlightened liberal values to the Catholic church.

In November Guardian writer Jonathan Freedland argued that Francis was ‘the obvious new hero of the left’ and that portraits of the Supreme Pontiff should replace fading Obama posters on ‘the walls of the world’s student bedrooms’. Just days later Francis preached a homily denouncing what he called ‘adolescent progressivism’, but people see and hear what they want to, so no one took any notice of that.

That is how the Pope has come to be spun as a left-liberal idol. Whenever he proves himself loyal to Catholic teaching — denouncing abortion, for instance, or saying that same-sex marriage is an ‘anthropological regression’ — his liberal fan base turns a deaf ear. Last month America’s oldest gay magazine, the Advocate, hailed Francis as its person of the year because of the compassion he had expressed towards homosexuals. It was hardly a revolution: Article 2358 of the Catholic church’s catechism calls for gay people to be treated with ‘respect, compassion and sensitivity’. In simply restating Catholic teaching, however, Francis was hailed as a hero. When a Maltese bishop said the Pope had told him he was ‘shocked’ by the idea of gay adoption, that barely made a splash. Time magazine, too, made Francis person of the year, hailing him for his ‘rejection of Church dogma’ — as if he had declared that from now on there would be two rather than three Persons of the Holy Trinity. But for cockeyed lionisation of Francis it would be hard to beat the editors of Esquire, who somehow managed to convince themselves that a figure who wears the same outfit every day was the best dressed man of 2013.

Some pundits have noticed the gulf between what you might call the Fantasy Francis — the figure conjured up by liberal imagination — and the actual occupant of the Chair of St Peter. James Bloodworth, editor of the political blog Left Foot Forward, recently urged his journalistic allies to show some restraint. ‘Pope Francis’s position on most issues should make the hair of every liberal curl,’ he wrote. ‘Instead we get article after article of saccharine from people who really should know better.’

Is Bloodworth’s remark a sign of a coming secular backlash against the new Pope? For a while, it seemed inevitable that the new Pope’s fans would come to realise he is not about to bless women bishops, condom use, gay marriage and abortion — and then they would turn on him. Now, that seems unlikely. Having invented the Fantasy Francis, his liberal well-wishers may never want to kill off their creation.

Consider the Obama analogy. Like Francis, the US president was a telegenic figure who followed an unpopular predecessor with a promise of radical change. Like Francis, he rose to worldwide prominence with incredible speed, bringing a complicated personal history that could be read in multiple ways. And like Francis, he inspired an almost eerie consensus among the commentariat. The most influential media outlets decided he was essentially a decent guy and judged him thereafter on his intentions rather than his achievements, blamed his failures largely on his enemies and backed him whenever he needed it most. Francis is not, of course, the new Obama, but he enjoys the same charmed relationship with journalists. Yes, the honeymoon will end, as it did with the president, but this looks like the start of a happy, lifelong marriage.

There’s only one case I can think of in which the media would turn on Francis: in the unlikely event that his private character were dramatically at odds with his public persona. He would have to be caught, say, building a death ray in the Vatican Gardens. (Even then some outlets would present it in the best possible light: ‘Pope Francis develops radical cure for human suffering.’)

Journalists also have a clear economic motive for sticking with the Fantasy Francis narrative: people will pay to read about it. After all, he was the most discussed person on the internet last year. Post a cute photo of him hugging a child, or posing for a ‘selfie’ with young admirers in the Vatican, and you’ll see a satisfying spike in page views. Francis has become one of the world’s most reliable online commodities. What sensible hack would want to threaten that?

Actually, Pope Francis has already survived a secular backlash. Barely an hour after he first appeared on the balcony above St Peter’s Square last March, the editor of the Guardian tweeted: ‘Was Pope Francis an accessory to murder and false imprisonment?’ The answer was ‘no’, of course. But allegations about Francis’s behaviour during Argentina’s Dirty War featured in bulletins for the next 24 hours, before fizzling out. The backlash lasted one entire news cycle. The idea of a left-wing pope, who had come to tear down the temple he inherited, turned out to be a far better story.

Perhaps the real challenge for the Pope this year will come from a different quarter. In his first apostolic exhortation, Evangelii Gaudium, Francis criticised ‘trickle-down theories which assume that economic growth, encouraged by a free market, will inevitably succeed in bringing about greater justice’. In classic Vatican style, that was a mistranslation of the original Spanish, which rejected the theory that ‘economic growth, encouraged by a free market alone’, would ensure more justice.

Such nuances didn’t concern the American conservative radio host Rush Limbaugh, who accused the Pontiff of espousing ‘pure Marxism’. Clearly this was just another version of the Fantasy Francis — a misapprehension of the man and his message that the Catholic hierarchy has done little to correct. But there is a price to be paid in allowing such myths to grow — a price that may have been paid, for example, by the Archdiocese of New York, which may have lost a seven-figure donation. According to Ken Langone, who is trying to raise $180 million to restore the city’s Catholic cathedral, one potential donor said he was so offended by the Pope’s alleged comments that he was reluctant to chip in.

Under Francis, the church is deeply committed to what theologians call ‘the preferential option for the poor’. But in order to opt for the poor, the church has to court the super-rich. A few generous multi-millionaires, for example, fund most of the major Catholic initiatives in England and Wales (including a significant part of Benedict XVI’s state visit in 2010). If just one of them was put off by the distorted ‘Marxist’ image of Francis, the church here would be in trouble.

Of course if those who caricature the church as bigoted and uncaring are forced to take a second look, then Pope Francis can claim he is doing his job. Cardinal Timothy Dolan, archbishop of New York, says that Roman Catholicism had been ‘out-marketed’ by its Hollywood critics — but now Pope Francis is changing the tone, without changing the substance.

But while the Pontiff has succeeded in appealing to those outside the church, his boldness has upset some within it. The Vatican analyst John Allen describes this as the Pope’s ‘older son problem’ — a reference to the parable of the Prodigal Son, in which the faithful brother gripes when his father welcomes back the wayward one. Allen writes that ‘Francis basically has killed the fatted calf for the prodigal sons and daughters of the postmodern world, reaching out to gays, women, non-believers, and virtually every other constituency inside and outside the church that has felt alienated.’ But some Catholics feel Francis is taking their loyalty for granted. ‘In the Gospel parable,’ Allen notes, ‘the father eventually notices his older son’s resentment and pulls him aside to assure him: “Everything I have is yours.” At some stage, Pope Francis may need to have such a moment with his own older sons (and daughters).’

You might think: why bother? The Pope should be focused on reaching out to the alienated, rather than on tending his followers’ wounded egos and stressing that he has not come to tear down Catholic teaching. But Francis needs an eager workforce if he is to realise his beautiful vision of the church as ‘a field hospital after battle’.

Catholics are having just as much trouble as everyone else distinguishing the real Francis. Just last week a devout, well–informed laywoman asked me if it was true that Francis had denied the existence of hell. It turned out that the Pope had overturned 2,000 years of Christian teaching at the end of the ‘Third Vatican Council’ — as reported exclusively by the ‘largely satirical’ blog Diversity Chronicle.

The true Francis will be moving fast throughout this year. The 77-year-old knows he must quickly finish the financial reforms launched by his predecessor Benedict XVI, overhaul the Roman Curia (which liberals and conservatives agree is in desperate need of reform), impose rigorous global norms on the handling of clerical sex abuse cases, continue to press for peace in Syria, nudge Israelis and Palestinians closer to an agreement during his Holy Land visit and oversee a contentious synod of bishops that could shift the Church’s approach to divorced and remarried Catholics.

Meanwhile, the Fantasy Francis will continue to throw out dogmas, agitate for class war and set trends in men’s fashion. But don’t be fooled: this is as much of a media-driven illusion as the idea that the Catholic church is obsessed by sex and money. What matters is what the real Francis says and does. And that should be more interesting than even the most gripping invention.

Luke Coppen is editor of the Catholic Herald.

Le Pape s’attaque à la « tyrannie » des marchés

Giulietta Gamberini

La Tribune

26/11/2013

Le capitalisme débridé est « une nouvelle tyrannie » selon le Pape François qui, dans un texte publié mardi, invite les leaders du monde entier à lutter contre la pauvreté et les inégalités croissantes.

Depuis son élection en mars, le Pape François avait déjà ponctué ses sermons de critiques contre l’économie capitaliste. Dans sa première exhortation apostolique, appelée Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile) et rendue publique ce mardi, il dessine nettement sa vision économique et sociale et appelle à l’action l’Eglise comme les leaders politiques. L’inégalité sociale y figure notamment comme l’une des questions tenant le plus à cœur au nouveau pontife, qui exhorte à une révision radicale du système économique et financier.

Non à une économie de l’exclusion

« Certains défendent encore les théories de la « rechute favorable », qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant ».

Les intérêts du « marché divinisé » sont transformés en règle absolue, condamne le Pape, produisant un système inégalitaire où les exclus, pire que les exploités, deviennent des « déchets ».

« Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. »

Contre l’économie de l’exclusion et de la disparité sociale, le chef de l’Eglise va jusqu’à invoquer le cinquième commandement du décalogue chrétien « Tu ne tueras point » puisque, souligne-t-il, un tel système finit aussi par tuer.

Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent

« La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! »

Le Pape regrette surtout que les objectifs humanistes de l’économie soient perdus de vue et que l’être humain soit réduit à l’un seul de ses besoins : la consommation. La négation du droit de contrôle des Etats, chargés de préserver le bien commun, par la « nouvelle tyrannie invisible », « parfois virtuelle », de l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière y est pour beaucoup selon le Pape, qui pointe aussi la corruption et l’évasion fiscale.

« Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. »

Le pontife invite notamment à revenir à une économie et à une finance humanistes ainsi qu’à la solidarité désintéressée.

Non à la disparité sociale qui engendre la violence

« Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité ».

Le Pape François met en garde contre la violence sociale, qui ne pourra jamais être éradiquée, au niveau national comme mondial, tant que l’exclusion et la disparité sociales persistent, empêchant tout développement durable et pacifique.

« Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse ».

Une paix sociale obtenue par l’imposition serait fausse selon le suprême pasteur de l’Eglise, la dignité humaine et le bien commun se situant au-dessus de la tranquillité des catégories privilégiées.

Oui à une redistribution des revenus

« La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat »

Les plans d’assistance ne peuvent plus représenter que des solutions provisoires selon le Pape, qui appelle les gouvernants comme le pouvoir financier à agir pour assurer à tous les citoyens un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire.

« L’économie, comme le dit le mot lui-même, devrait être l’art d’atteindre une administration adéquate de la maison commune, qui est le monde entier. »

Les conséquences que toute action économique d’envergure produit sur la totalité de la planète invitent les gouvernements à assumer leur responsabilité commune, rappelle le pontife.

Mais l’Eglise aussi, souligne le Pape, doit profondément se rénover et reprendre contact avec la réalité sociale, notamment la hiérarchie du Vatican.

Evangelii Gaudium

Cette fois, c’est sûr : le pape François est socialiste

Clément Guillou

Rue89

27/11/2013

Le pape François n’est pas encore marxiste, même s’il a déclaré il y a peu que les hommes étaient des esclaves devant « se libérer des structures économiques et sociales qui nous réduisent en esclavage ».

Mais depuis l’exhortation apostolique publiée mardi par le Vatican, on peut affirmer sans crainte que le pape François est farouchement antilibéral et même… socialiste.

Il est des passages encore plus révolutionnaires dans ce premier texte majeur du pontificat de François, à en croire les journalistes accrédités au Vatican, mais celui-ci m’intéresse davantage.

Dès le chapitre 2, il se lance dans une longue diatribe contre le modèle économique « qui tue ». Extraits :

« De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. »

Notre confiance en la bonté des puissants

Le pape François s’en prend ensuite à la théorie libérale du « trickle down [l’expression employée dans la version anglaise, d’ordinaire traduite par “ruissellement”, ici par “rechute favorable”, ndlr] ».

Cette théorie économique, qui stipule que les revenus des plus riches contribuent indirectement à enrichir les plus pauvres, a justifié l’action de Margaret Thatcher et Ronald Reagan et les libéraux la considèrent encore comme valable :

« Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde.

Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre. »

Puisqu’on ne peut pas faire confiance au marché ni à ceux qui détiennent le pouvoir économique pour enrichir les plus pauvres, il faut revenir à plus d’Etat. L’air de rien, le pape explique que ce sont la régulation économique et la redistribution des richesses qui peuvent diminuer l’exclusion, pas la charité :

« Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des Etats chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. »

« L’argent doit servir, non pas gouverner ! »

Et puis tant qu’à faire, François recommande aussi d’abandonner l’austérité et le dogme des 3% de déficit :

« De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. »

Conclusion :

« Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. L’argent doit servir et non pas gouverner ! »

De l’anticommunisme à l’anticapitalisme

Bien sûr, le Vatican délivre de plus en plus souvent des messages économiques depuis la crise financière de 2008, allant même jusqu’à proposer ses solutions pour la régulation.

Mais François semble leur accorder une importance primordiale, qualifiant le chômage des jeunes et la solitude des personnes âgées de « plus grandes afflictions du monde actuellement ».

Farouchement anticommuniste, Jean-Paul II avait défendu le rôle du marché et la propriété privée, tout en mettant en garde contre les leurres de la société de consommation et en insistant sur l’importance d’apporter un cadre législatif et éthique strict respectueux de la liberté humaine.

Benoît XVI, lui, « semblait critiquer autant l’Etat que le marché ; François oriente considérablement son propos, pour dire que le marché a bien plus de pouvoir que l’Etat », observe un professeur de théologie interrogé par le Wall Street Journal.

La journaliste de The Atlantic Heather Horn, qui maîtrise mieux que moi son histoire de l’économie, y voit beaucoup de rapprochements avec les thèses de l’économiste hongrois Karl Polanyi, adepte d’un socialisme démocratique :

au lieu que ce soit le marché qui aide les gens à vivre mieux, ce sont les gens qui s’adaptent au marché ;

nos problèmes [la Première Guerre mondiale pour Polanyi, la crise actuelle pour François, ndlr] viennent du fait que le marché est au cœur de l’économie, et non l’homme ;

la théorie du marché absolument libre, déconnecté de la société, « détruirait physiquement l’homme et transformerait son environnement en monde sauvage », écrivait Polanyi, tandis que le pape note que « dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense ».

Le passage de l’anticommunisme à l’anticapitalisme, raconté par The Atlantic, doit évidemment se lire à l’aune des ravages de l’une et l’autre doctrine. Il n’en reste pas moins que, pour le Vatican, c’est une sacrée évolution.

Is Liberation theology resurgent ?

Two German Cardinals, and a Peruvian Dominican

Peter Berger

The American interest

December 4, 2013

The British Catholic journal The Tablet (which I have found to be a reliable and balanced source for what goes on in the Roman world) carried a story in its November 23, 2013, issue by Christa Pongratz-Lippitt, its correspondent in Germany. Titled “Mueller vs. Marx: Clash of the Titans”, the story reports on a public disagreement between Cardinal Gerhard Mueller, the head of the Vatican’s Congregation for the Doctrine of the Faith (CDF), and Cardinal Reinhard Marx, Archbishop of Munich, president of the European Bishops’ Conference and recent appointee to Pope Francis’ eight-member advisory Council of Cardinals. Whether these two men merit the label “titans” will not be immediately clear to non-Catholics; it will be to those who look to Rome for criteria for what is important: The CDF (which was headed by Benedict XVI before his elevation to the papacy) is the Church’s watchdog for doctrinal orthodoxy; Munich is the largest German diocese.

The disagreement is over the issue of whether divorced Catholics should continue to be barred from receiving communion, as canon law presently mandates. Mueller takes a hardline position on this: Appeals to “mercy” must not override this affirmation of the indissolubility of marriage. Marx, very much in tune with recent remarks by Pope Francis, has said that the issue should not be considered as closed. If there is a list of intra-Catholic issues that outsiders could not care about less, this probably heads the list. I have not thought about it, and I will hardly do so in the future: Catholics should be left alone to decide whom they admit to their sacramental commensality. But something else caught my attention: What Mueller and Marx have in common despite their doctrinal differences: an affinity with the teachings of Gustavo Gutierrez. That is a matter that everyone, Catholic or non-Catholic, with an interest in public policy should care about very much.

Gustavo Gutierrez was born in Lima, Peru, in 1928. A Dominican priest, he ministered to poor people in the slums. He also had higher education in his own country and in Europe, and is still on the faculty of Notre Dame in the US. In 1971 he published his enormously influential book, A Theology of Liberation, which became the founding document for the theological school of that name; Gutierrez is rightly seen as a founder of the school, which became a movement. He also advocated the so-called “preferential option for the poor” (“la opcion preferencial para los pobres”), which proposed that the Church should pay primary attention to the interests of the poor. It became the slogan for the Catholic left in Latin America and beyond, and was solemnly agreed upon at the conference of Latin American bishops (CELAM) in Medellin, Colombia, in 1968. Rome was from the beginning skeptical about the movement, not for its concern for the poor, but for its adoption of a Marxist interpretation of the contemporary world—“unjust social structures” equated with capitalism—and for the advocacy by some of its followers for class struggle and socialist revolution. The CDF, under then Cardinal Ratzinger, criticized Liberation Theology in 1984 and 1986. I don’t know how far Gutierrez himself endorsed the more radical versions of his theology, but he certainly became an idol for those who did.

Strange as this may seem, what the two cardinals in the Tablet story have in common is, precisely, sympathy with the ideas of Gustavo Gutierrez. Mueller met the latter on a visit to Lima, where he was impressed by his encounters with the “poorest of the poor”. He has repeatedly visited Peru and maintained his relationship with Gutierrez. He has not directly embraced Liberation Theology, but he has started the process toward the sanctification of Oscar Romero, the Archbishop of San Salvador who was assassinated by a right-wing death squad in 1980 and has become an object of veneration by the Catholic left. Marx has published a tongue-in-cheek letter to his namesake Karl, saying that the latter’s ideas have been rejected too broadly. He has sharply criticized “neoliberalism” and “turbo-capitalism”. Most interestingly, he has co-authored a book with Gutierrez! [I have not read this book. I spend some time reading things for my blog, but I’m afraid there are limits.] I understand that this book develops the core idea of Liberation Theology—the “solidarity with the poor”. Marx is apparently a folksy character; he enjoys attending the annual Munich Beer Festival, guzzling that beverage to the ear-shattering sound of Bavarian folk music. [Speaking as a Viennese, this doesn’t necessarily endear him to me.]

What emerges here is the possibility of an axis between theological conservatism and political leftism. Is this where the Catholic Church is heading?

A few months ago I wrote a post on this blog, asking whether the pontificate of Francis I heralds a new opening for Liberation Theology. I cautiously suggested that this may not be the case, though the jury is still out. Francis’ identification with the poor is not necessarily linked to leftist ideology. Even the “preferential option”, understood as a general moral rather than specifically political orientation, is hardly surprising in any follower of Jesus of Nazareth.

There is evidence that Francis showed little if any sympathy for Liberation Theology in his native Argentina. Then as now, he showed personal identification with the most marginal people in society—it is not accidental that as pope he chose the name of the saint known as “poverello” (“the little poor one”). So far, so good. So far, I don’t feel compelled to retract my earlier assessment of the present papacy. But I’m getting a bit worried.

Presumably worrisome: In September 2013 Francis received Gustavo Gutierrez in a private audience. A sign of personal favor? Or a move to avoid criticisms by conservatives? Or another attempt to draw back into the Church a constituency on the left with grievances? (After all, there has been a long campaign to reconcile the papacy with the right-wing critics of Vatican II.) Francis continues to talk about his wish for a “poor church”, a “church for the poor”. But lately he has spoken out on “greed” and “inequality”, social maladies due to “neoliberalism” and “unfettered capitalism”. If this is the direction in which he is going, one must worry about his view of the world. How does he understand it? Specifically, has he understood the basic fact: Capitalism has been most successful in producing sustained economic growth. And that it is this growth which has been most effective in greatly reducing poverty? Just where is there “unfettered capitalism” in the world today? It is in China. Since the economic reforms that began in 1979 China has been the clearest example of “unfettered capitalism” (or, if you will, of the “neoliberal Washington Consensus”). It is still “fettered” by the bulky presence of inefficient state-owned enterprises, debris of the socialist past, with privileged access to capital and government favors. Nevertheless the capitalist engine has been roaring on, the private sector of the economy that does not have to worry about the “fetters” imposed on it in Western democratic countries—an expensive welfare state, laws and regulations that inhibit growth, and free labor unions. And it is this capitalist sector of the Chinese economy that has lifted millions of people from degrading poverty to a decent level of material life. The Chinese regime is appalling in many ways, but not because of failure to deal with poverty. Does Francis understand any of this? Greed is a moral flaw that exists in any economic system. And inequality is not of great concern to most people; they are concerned about the quality of their own lives and the prospects for the future of their children, rather than the income or wealth of people across town (that concern is called envy, which, if I recall correctly, is also a sin).

I continue to think that Francis’ view of the world is to the right of the Liberation Theology movement. But the papacy is very much a “bully pulpit”. If the Pope continues to make leftist noises, he will give encouragement to the leftist wave that has (predictably) risen as a result of the economic crises of the last five years. These certainly are cause for reform of the capitalist economy, especially its financial industry, but not for a return to the poverty-enhancing policies of socialist utopianism. As far as I know, the agency called “Iustitia et Pax” (“Justice and Peace”) has been a niche of leftist ideas in the complex bureaucracy of the Vatican. It would be very unfortunate if Francis, wittingly or not, caused this niche to expand.

Voir aussi:

The Denominational Imperative

Peter Berger

The American interest

November 20, 2013

On November 11, 2013, Religion News Service reprinted an Associated Press story by Gillian Flaccus on the development of “atheist mega-churches”. These have the rather revealing name “Sunday Assemblies” (perhaps an allusion to the Pentecostal Assemblies of God—in the hope of emulating the success of the latter?). The story described a recent gathering of this type in Los Angeles: “It looked like a typical Sunday morning at any mega-church. Several hundred people, including families with small children, packed in for more than an hour of rousing music, an inspirational talk and some quiet reflection. The only thing missing was God.” Apparently there now are similar “churches” in other US locations. The movement (if it can be called that) began in Britain earlier this year, founded by Sanderson Jones and Pippa Evans, two prominent comedians (I am not making this up). The pair is currently on a fundraising tour in America and Australia.

The AP story links this development to the growth of the “nones” in the US—that is, people who say “none” when asked for their religious affiliation in a survey. A recent study by the Pew Forum on Religion and Public Life (a major center for religious demography) found that 20% of Americans fall under that category. But, as the story makes clear, it would be a mistake to understand all these people to be atheists. A majority of them believes in God and says that they are “spiritual but not religious”. All one can say with confidence is that these are individuals who have not found a religious community that they like. Decided atheists are a very small minority in this country, and a shrinking one worldwide. And I would think that most in this group are better described as agnostics (they don’t know whether God exists) rather than atheists (those who claim to know that he doesn’t). I further think that the recent flurry of avowed atheists writing bestselling books or suing government agencies on First Amendment grounds should not be seen as a great cultural wave, in America or anywhere else (let them just dream of competing with the mighty tsunami of Pentecostal Christianity sweeping over much of our planet).

How then is one to understand the phenomenon described in the story? I think there are two ways of understanding it. First, there is the lingering notion of Sunday morning as a festive ceremony of the entire family. This notion has deep cultural roots in Christian-majority countries (even if, especially in Europe, this notion is rooted in nostalgia rather than piety). Many people who would not be comfortable participating in an overtly Christian worship service still feel that something vaguely resembling it would be a good program to attend once a week, preferably en famille. Thus a Unitarian was once described as someone who doesn’t play golf and must find something else to do on Sunday morning. This atheist gathering in Los Angeles is following a classic American pattern originally inspired by Protestant piety—lay people being sociable in a church (or in this case quasi-church) setting. They are on their best behavior, exhibiting the prototypical “Protestant smile”. This smile has long ago migrated from its original religious location to grace the faces of Catholics, Jews and adherents of more exotic faiths. It has become a sacrament of American civility. It would be a grave error to call it “superficial” or “false”. Far be it from me to begrudge atheists their replication of it.

However, there is a more important aspect to the aforementioned phenomenon: Every community of value, religious or otherwise, becomes a denomination in America. Atheists, as they want public recognition, begin to exhibit the characteristics of a religious denomination: They form national organizations, they hold conferences, they establish local branches (“churches”, in common parlance) which hold Sunday morning services—and they want to have atheist chaplains in universities and the military. As good Americans, they litigate to protect their constitutional rights. And they smile while they are doing all these things.

As far as I know, the term “denomination” is an innovation of American English. In classical sociology of religion, in the early 20th-entury writings of Max Weber and Ernst Troeltsch, religious institutions were described as coming in two types: the “church”, a large body open to the society into which an individual is born, and the ”sect”, a smaller group set aside from the society which an individual chooses to join. The historian Richard Niebuhr, in 1929, published a book that has become a classic, The Social Sources of Denominationalism. It is a very rich account of religious history, but among many other contributions, Niebuhr argued that America has produced a third type of religious institutions—the denomination—which has some qualities derived from both the Weber-Troeltsch types: It is a large body not isolated from society, but it is also a voluntary association which individuals chose to join. It can also be described as a church which, in fact if not theologically, accepts the right of other churches to exist. This distinctive institution, I would propose, is the result of a social and a political fact. The denomination is an institutional formation seeking to adapt to pluralism—the largely peaceful coexistence of diverse religious communities in the same society. The denomination is protected in a pluralist situation by the political and legal guarantee of religious freedom. Pluralism is the product of powerful forces of modernity—urbanization, migration, mass literacy and education; it can exist without religious freedom, but the latter clearly enhances it. While Niebuhr was right in seeing the denomination as primarily an American invention, it has now become globalized—because pluralism has become a global fact. The worldwide explosion of Pentecostalism, which I mentioned before, is a prime example of global pluralism—ever splitting off into an exuberant variety of groupings.

The British sociologist David Martin has written about what he called the “Amsterdam-London-Boston axis”—that offspring of the Protestant Reformation that did not eventuate in state churches—the free churches, all voluntary associations, which played an enormous role in the British colonies in North America and came to full fruition in the United States. This form of Protestantism has pluralism in its sociological DNA. One could say that it has a built-in denominational imperative: “Go forth and multiply”. American Protestant history is one of churches splitting apart, merging, splitting apart again. Churches have divided over doctrinal differences, ethnic or regional ones, or because of moral or political differences. Almost all Protestant churches split over the issue of slavery in the 19th century, as they divide now over what I call issues south of the navel. American Lutheranism was for a long time split into ethnically defined synods, though this has now been replaced by basic doctrinal disagreements. Roman Catholicism has been protected from Protestant denominationalism by its centralized hierarchy, but it has become “Protestantized” in a different way: Against its deepest ecclesiological instincts, it has become de facto a voluntary association—with the result that its lay people have become vocally uppity. Even American Jews have organized in at least four denominations. (Joke: An American Jew stranded on a desert island built two synagogues, one in which he goes to pray, the other in which he would not be found dead), Muslims, Buddhists, Hindus in America have all fallen into the denominational pattern. The same pattern appears in secular movements (for example, the various “denominations” of American psychotherapy). Even witches have managed to create a denomination, Wiccan (I understand that they want the right to appoint chaplains for hospitals or in the military). Why should atheists be an exception?

The First Amendment is the icon invoked by all denominations in America. But its basic legal principle is reflected in everyday American mores. When I came to America as a young man, someone told me: “If you don’t want to do something, just say that it’s against your religion”. I had difficulty imagining a situation in which I could plausibly use this recommendation. I asked: “But won’t they ask what my religion is?” The response: “They wouldn’t dare.”

Voir également:

BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics

Grand Rapids, Eerdmans, 1999, 135 p.

Sébastien Fath

p. 71-73

Référence(s) :

BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics, Grand Rapids, Eerdmans, 1999, 135 p.

Cet ouvrage collectif, au titre provoquant, est le résultat d’une commande. Il répond au souhait de la Greve Foundation (alors présidée par John Kitzer), relayé par le Foreign Policy Institute de la John Hopkins University, d’inventorier (et d’expliquer) les nombreux phénomènes de vitalité religieuse sur la scène politique mondiale. C’est l’Ethic and Public Policy Center (présidé par Elliott Abrams, Washington D.C.) qui fut chargé de répondre à cette demande, ce dont il s’acquitta en confiant la tâche à P.L.B. et à une équipe de conférenciers. Ce livre, qui regroupe les différentes contributions rassemblées à l’initiative de Berger, défend une thèse : celle, non pas de la « désécularisation » du monde (contrairement au titre), mais du maintien vigoureux du religieux « traditionnel » sur la scène publique de très nombreux pays. Cette hypothèse est essentiellement présentée, et théorisée, par P.L.B. lui-même, dans une ample introduction.

D’après P.L.B., le monde d’aujourd’hui est « aussi furieusement religieux que toujours » (p. 2). Ce qui vaut à l’auteur un rapide mea culpa. dans la mesure où il s’est montré, par le passé, l’un des partisans les plus pénétrants de la théorie de la sécularisation, qu’il considère aujourd’hui comme globalement erronée. En effet, l’idée que la modernisation de la société conduise nécessairement au déclin de la religion dans l’espace public et dans la sphère individuelle s’est, d’après lui, avérée « fausse » (p. 3), les faits montrant au contraire une permanence vigoureuse (et parfois même un développement) du rôle des religions dans les sociétés humaines. Cette permanence n’a pas été uniforme : reprenant les hypothèses développées notamment par Roger Fink et Rodney Stark, il souligne que les religions qui ont cherché à s’aligner sur les valeurs de la modernité ont globalement « échoué », tandis que celles qui ont maintenu un « supernaturalisme réactionnaire » ont largement prospéré (p. 4). Partout, l’A. constate la vitalité des mouvements religieux « conservateurs, orthodoxes ou traditionalistes » (p. 6). Le choix d’une ligne catholique conservatrice par Jean-Paul II, la montée en puissance du protestantisme évangélique aux États-Unis, les succès du judaïsme orthodoxe (aussi bien en Israël que dans la diaspora), l’impact impressionnant de l’islamisme relèvent de ce phénomène, observable aussi dans l’hindouisme et le bouddhisme. En dépit de grandes différences, tous ces mouvements auraient pour point commun une posture « religieuse sans ambiguïté », et une démarche, « pour le moins », de « contre-sécularisation » (p. 6). L’essor de l’islam et celui du protestantisme évangélique constituent, pour l’A., les exemples les plus remarquables de cette « contre-sécularisation » (on est tenté de le suivre en partie sur ce point). Tous deux manifestent un dynamisme conversionniste considérable, même si celui de l’islam s’exprime surtout dans des pays déjà musulmans, ou comprenant d’importantes minorités musulmanes (comme en Europe), alors que le protestantisme évangélique connaîtrait un développement mondial, dans des pays où « ce type de religion était auparavant inconnu ou très marginal » (p. 9).

L’A. voit deux exceptions apparentes à la thèse de la « désécularisation » (sic). D’une part, l’Europe, aux taux de pratique religieuse très faibles. D’autre part, l’existence d’une « subculture internationale composée d’individus dotés d’une éducation occidentale supérieure » dont les contenus sont, « en effet sécularisés » (p. 10). Cette subculture, dominante dans les milieux médiatiques, académiques, politiques, constituerait une « élite globalisée », qui tenterait d’imposer ses normes (fondée sur les idéaux des Lumières) par le biais des médias et des institutions universitaires. P.L.B. n’hésite pas à critiquer (non sans humour) le « vase clos » relatif d’universitaires favorables au postulat de la sécularisation, mais incapables de prendre la mesure du décalage entre leur « monde » et celui des populations dont ils sont supposés analyser le rapport à la religion. Opérant un exercice radical de décentrage, il n’hésite pas à affirmer que cette « subculture » des élites occidentales sécularisées (à laquelle les universitaires participent) constitue, tout compte fait, une anomalie beaucoup plus étonnante que tel ou tel phénomène de radicalisme religieux. De ce fait, « l’Université de Chicago est un terrain beaucoup plus intéressant pour la sociologie des religions que les écoles islamiques de Qom » ! (p. 12) Les théories de la « dernière digue », défendues par ceux qui cherchent à sauver l’hypothèse de la sécularisation linéaire (les musulmans et les évangéliques constitueraient d’ultimes « digues » religieuses face à la marée de la sécularisation) ne tiennent pas, selon l’A. Il considère comme aberrante l’hypothèse selon laquelle « des mollah iraniens, des prédicateurs pentecôtistes, et des lamas tibétains penseront tous – et agiront – comme des professeurs de littérature dans les universités américaines » (p. 12). Cependant, il souligne la variété des relations à la modernité, qui peuvent aller d’une attitude « anti-moderne » (qui caractériserait selon lui l’islam) à une valorisation de la démocratie et de l’individu (qui caractériserait, d’après P.L.B., le courant évangélique). Quelles que soient les stratégies d’adaptation, les religions conservent une part essentielle dans les « affaires du monde » (p. 14), que ce soit sur le terrain politique, économique, social, humanitaire, tant il apparaît évident, pour l’A., que le sentiment religieux (et sa traduction intramondaine) constitue « un trait pérenne de l’humanité » (p. 13).

Les chapitres suivants (de moindre portée) proposent ensuite quelques éclairages partiels à partir de terrains spécifiques. La contribution de George Weigel (pp. 19 à 36) s’attache essentiellement à mettre en perspective l’impact de la pensée de Jean-Paul II (minutieusement exposée). Au passage, l’A. montre qu’à l’image de Léon XIII à la fin du XIXe siècle, le pape présente la vérité catholique comme une vérité « publique » (p. 25), bonne pour tous et pas seulement pour les catholiques. Mais il souligne en même temps (et c’est là un apport majeur) que sa posture apparaît désormais comme « post-Constantinienne » (p. 32). En d’autres termes, sans pour autant vouloir revenir au temps des catacombes (une sous-culture de repli), le catholicisme de l’an 2000 et de demain entend tenir une distance critique (qui n’a pas toujours été adoptée par le passé) face aux pouvoirs politiques. En clair, il s’agit de la fin d’un modèle moniste qui, en catholicisme, a longtemps voulu associer le politique et l’Église dans un modèle englobant. Cette analyse en terme de différenciation partielle des sphères, on le voit, ne paraît guère s’accorder avec l’hypothèse d’une « désécularisation » du monde : à la lumière de contributions comme celles de Weigel, on voit bien qu’une approche plus nuancée s’impose, une réelle vigueur religieuse n’étant pas incompatible avec certains phénomènes de sécularisation. C’est au même type de conclusion que parvient David Martin (pp. 37-49) dans son analyse du renouveau évangélique en protestantisme. En dépit d’un essor très significatif des Églises de type évangélique dans le monde, ces dernières lui paraissent surtout défendre « le rôle de commentateurs influents au sein d’une société pluraliste » (p. 48). L’idée d’une « société chrétienne », d’une Jérusalem évangélique terrestre a globalement décliné tout au long de l’époque contemporaine. Opposant lui aussi l’inspiration pluraliste et démocratique du courant évangélique à la perspective plus moniste de l’islam (p. 49), il considère donc, comme George Weigel, qu’une forme de « différenciation des sphères » (qui constitue une des caractéristiques fortes de la modernité sécularisée) joue à plein dans son terrain d’étude. La contribution de Jonathan Sacks (très engagé idéologiquement) développe ensuite la question de l’identité juive en modernité (pp. 51-63). Concluant sur le fait que les juifs survivront non par le nombre, mais « par la qualité et la force de la foi juive » (p. 63), il paraît déplorer, en attendant, le degré de sécularisation trop important qu’il constate en judaïsme, rapportant cette anecdote éclairante de Shlomo Carlebach en visite sur les campus américains : « je demande aux étudiants ce qu’ils sont. Si quelqu’un se lève et dit, « je suis un Catholique », je sais que c’est un Catholique. Si quelqu’un dit. « Je suis un Protestant », je sais que c’est un Protestant. Si quelqu’un se lève et dit, « Je suis seulement un être-humain », je sais que c’est un Juif » (p. 60). Il ne s’agit pas là, à proprement parler, d’un langage religieux identitaire, « désécularisé »… Là encore, le contenu de la contribution paraît apporter de sérieuses réserves à l’hypothèse liminaire défendue par P.L.B.

Grace Davie, quant à elle, semble davantage se situer dans cet axe. Dans son analyse de l’Europe, possible « exception qui confirme la règle » (pp. 65-83), elle s’attache minutieusement à montrer, qu’après tout, les Européens ne sont peut-être pas moins religieux, mais différemment religieux que les citoyens d’autres parties du monde. Appuyée principalement sur une analyse très fine des résultats de l’Enquête Européenne sur les valeurs, elle confirme à la fois le diagnostic d’une « déprise » de la religion sur les populations, et le maintien d’une demande religieuse « hors institution ». Elle précise aussi très opportunément que les données quantitatives disponibles sur la pratique religieuse en Europe ne sont pas assez étoffées, dans leur échantillonnage, pour rendre compte des minorités religieuses (comme le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, les « nouveaux mouvements religieux »). Or, il est essentiel, selon elle, de tenir compte de ces minorités, qui font globalement preuve d’un réel dynamisme religieux. La prise en considération, d’autre part, des taux de pratique toujours élevés aux États-Unis l’invite, au contraire de Steve Bruce dont la thèse est présentée entre les pages 74 et 77, à considérer l’Europe comme l’exception occidentale… qui confirme la règle d’un vigoureux maintien du religieux en modernité. Se référant aux travaux de José Casanova, elle attribue ce particularisme européen aux liens séculaires entre l’Eglise et l’État. S’appuyant ensuite sur les analyses de Danièle Hervieu-Léger, elle souligne le « paradoxe de la modernité » européenne (p. 80), qui corrode les mémoires collectives (amnésie) mais ouvre de nouveaux espaces utopiques que seule la religion peut remplir. Sa conclusion laisse ouverte la question d’une poursuite, ou non, du recul du religieux eu Europe. Les dernières contributions (Tu Weiming sur la Chine, pp. 85-101, et Abdullahi A. An-Na’im sur l’islam (pp. 103-121) n’apportent pas d’éléments décisifs, tout en soulignant qu’en Chine comme dans l’espace islamique, le religieux s’avère plutôt plus présent aujourd’hui qu’il y a quelques décennies.

Dépourvu de conclusion, l’ouvrage laisse un goût d’inachevé : la thèse suggérée dans le titre (la « désécularisation ») n’y aura pas été démontrée, et les contributions, à l’orientation parfois plus confessionnelle que scientifique, suggèrent une interprétation nuancée de la réalité : réaffirmations religieuses parfois (Chine, essor de l’islam et du protestantisme évangélique), certes, mais aussi déclin continu du rôle social des Églises (dans le cas européen), sur fond de multiples négociations avec la modernité où une sécularisation interne des religions s’observe parfois (option pour un modèle « post-constantinien » en catholicisme, valorisation accrue du pluralisme chez les évangéliques). Au bout du compte, l’ouvrage dirigé par P.L.B. soulève plus de questions qu’il n’en résoud. Peut-être était-ce, au fond, son objectif ?

Référence papier

Sébastien Fath, « BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics », Archives de sciences sociales des religions, 112 | 2000, 71-73.

Référence électronique

Sébastien Fath, « BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 112 | octobre-décembre 2000, document 112.6, mis en ligne le 19 août 2009, consulté le 08 décembre 2013. URL : http://assr.revues.org/20264

Stephens: Obama’s Envy Problem

Inequality is a problem when the rich get richer at the expense of the poor.

That’s not happening in America.

Dec. 30, 2013

By BRET STEPHENS

As he came to the end of his awful year Barack Obama gave an awful speech. The president thinks America has inequality issues. What it has—what he has—is an envy problem.

I’ll get to the point in a moment, but first a word about the speech’s awfulness. To illustrate the evils of income inequality, the president said this:

« Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government. »

This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a « record-breaking fundraising spree, » making « 30 separate visits to wealthy donors, » at « more than twice the rate of the president’s two-term predecessors. »

In my last column, comparing Jane Fonda with Pope Francis, I wrote that liberalism was haunted by its hypocrisy. Consider Mr. Obama’s campaign-finance pieties as Exhibit B.

Now about inequality. In 1835 Alexis de Tocqueville noticed what might be called the paradox of equality: As social conditions become more equal, the more people resent the inequalities that remain.

« Democratic institutions awaken and foster a passion for equality which they can never entirely satisfy, » Tocqueville wrote. « This complete equality eludes the grasp of the people at the very moment they think they have grasped it . . . the people are excited in the pursuit of an advantage, which is more precious because it is not sufficiently remote to be unknown or sufficiently near to be enjoyed. »

One result: « Democratic institutions strongly tend to promote the feeling of envy. » Another: « A depraved taste for equality, which impels the weak to attempt to lower the powerful to

http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304591604579290350851300782 1/3/2014

Bret Stephens: Obama’s Envy Problem – WSJ.com Page 2 of 3

Alexis de Tocqueville (1805-59) saw the dark side of the politics of equality. Corbis

expense of the poor.

their own level and reduces men to prefer equality in slavery to inequality with freedom. »

That is the background by which the current hand-wringing over inequality must be judged. Inequality is not a problem simply because the rich get richer faster than the poor get richer. It’s a problem only when the rich get richer at the

Mr. Obama tried to prove that in his speech, comparing present-day income with that halcyon year of 1979: « The top 10 percent no longer takes in one-third of our income—it now takes half, » he said, suggesting that the rich are eating a larger share of the national pie. « Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top one percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country. »

Here is a factual error, marred by an analytical error, compounded by a moral error. It’s the top 20% that take in just over half of aggregate income, according to the Census Bureau, not the top 10%. That figure is essentially unchanged since the mid-1990s, when Bill Clinton was president. And it isn’t dramatically different from 1979, when the top fifth took in 44% of aggregate income.

Besides which, so what? In 1979 the mean household income of the bottom 20% was $4,006. By 2012, it was $11,490. That’s an increase of 186%. For the middle class, the increase was 211%. For the top fifth it’s 320%. The richer have outpaced the poorer in growing their incomes, just as runners will outpace joggers who will, in turn, outpace walkers. But, as James Taylor might say, the walking man walks.

As it is, to whom except the envious should it matter that the boss now makes a lot more, provided you, too, also make more? Class-consciousness has always been a fact of American life, but rarely is it about how the poor, or even the middle class, feel toward the very rich. It has been about how the professional class—lawyers, journalists, administrators, academics—feel toward the financial class. It’s what Volvo America thinks about S-class America.

That idiot you knew freshman year, always fondling a lacrosse stick, before he became the head of his fraternity—his bonus last year was how much?

The moral greatness of capitalism rests in the fact that it is the only economic system where one person’s gain can be another’s also—where Steve Jobs’s billions are his shareholders’ thousands. Capitalism cultivates a sense of admiration where envy would otherwise rule in a zero-sum economic system. It’s what, for the past 60 years, has blunted the democratic tendency toward envy in the U.S. and distinguished its free-market democracy from the social democracies of Europe. It’s what draws people to this country.

Somewhere in the rubble of Mr. Obama’s musings on inequality there was a better speech on economic mobility. Then again, under Mr. Obama the median income of the poorest Americans has declined in absolute terms, to $11,490 in 2012 from $11,552 in 2009, at the height of the recession. Chalk it up as another instance of Mr. Obama being the cause of the very problems he aspires to address.

Le pape François se défend d’être marxiste

Jean-Marie Guénois

Le Figaro

15/12/2013

«Je le répète, je ne me suis pas exprimé en technicien, mais selon la doctrine sociale de l’Église», a rappelé le pape François.

Après ses diatribes contre le libéralisme, le souverain pontife a précisé ses positions économiques dans une interview à La Stampa.

Le pape François n’est pas «marxiste». Il a dû le préciser explicitement dimanche dans une interview exclusive accordée au quotidien italien La Stampa en réponse à une vague d’accusations venues des États-Unis qui ont suivi l’Exhortation apostolique publiée le 26 novembre où François avait effectivement instruit un procès en règle contre l’économie libérale qui «tue». On apprend également dans cet entretien son opposition aux femmes «cardinal» et sa prudence sur l’évolution de l’Église en faveur des divorcés remariés.

Rush Limbaugh, un animateur de radio américain, avait en effet fustigé l’exhortation apostolique intitulée La Joie de l’Évangile, la qualifiant de… «marxisme pur». Stuart Varney, de la chaîne Fox News, y avait vu du «néo-socialisme». Jonathon Moseley, membre du Tea Party, avait renchéri: «Jésus n’était pas un socialiste!» En France, Clément Guillou titrait sa chronique sur le site Rue 89: «Cette fois, c’est sûr, le pape François est socialiste».

Mais la polémique s’est à ce point enflammée outre-Atlantique, y compris dans les milieux catholiques, étonnés par les positions économiques du Pape, que François a dû préciser sa pensée par cet entretien avec le journaliste Andréa Tornielli, l’un des vaticanistes italiens les plus en vue. «L’idéologie marxiste est erronée, lui confie le pape François, mais dans ma vie j’ai rencontré de nombreux marxistes qui étaient des gens bien.»

«  Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés»

Extrait de l’exhortation apostolique

En fait, le passage de l’exhortation apostolique qui a mis le feu aux poudres a été la critique du Pape contre la théorie de la «rechute favorable» (en anglais «trickle down», expression mieux traduite en français par «théorie du ruissellement»): «Certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, écrivait François, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. Mais, pendant ce temps, les exclus continuent à attendre.»

Le Pape ajoutait, dans ce même chapitre: «Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain.»

Prônant un renforcement de l’État dans le contrôle de l’économie, le Pape concluait: «Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent de façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et impla­cable.»

Des propos d’une fermeté inédite dans la bouche d’un pape – car la doc­trine sociale de l’Église a toujours défendu la responsabilité personnelle et la liberté d’entreprise – qui ont alors suscité une incompréhension certaine, car plusieurs observateurs nord-américains ont reconnu là les thèses de l’écono­miste hongrois d’inspiration socialiste Karl Polanyi (1886-1964).

D’où cette mise au point du Pape dans l’interview de La Stampa: «Il n’y a rien dans l’exhortation apostolique qui ne soit dans la doctrine sociale de l’Église. Je ne me suis pas exprimé d’un point de vue technique, mais j’ai cherché à présenter une photographie de ce qui se passe. L’unique citation spécifique est celle de la théorie de la “rechute favorable”, selon laquelle toute croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire, par elle-même, une meilleure équité et inclusion sociale dans le monde. Soit la promesse que quand le verre serait rempli, il déborderait, et les pauvres alors en profiteraient. Mais quand il est plein, le verre, comme par magie, s’agrandit et jamais rien n’en sort pour les pauvres. Ce fut là ma seule référence à une théorie spécifique. Je le répète, je ne me suis pas exprimé en technicien mais selon la doctrine sociale de l’Église. Cela ne signifie pas être marxiste.»

Voir par ailleurs:

Le pape François, un an au Vatican : une révolution en trompe-l’oeil ?

Le Plus-Nouvelobs

14-03-2014

Jean-Marcel Bouguereau

éditorialiste

LE PLUS. Premier pape argentin de l’histoire, le pape François a fêté, jeudi 13 mars, le premier anniversaire de son élection au Vatican. Porteur de nombreuses attentes de réformes et d’ouverture, celui qui a succédé à Benoît XVI est-il à la hauteur ? Notre éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau dresse un premier bilan.

Édité par Sébastien Billard

Le pape François pourrait en remontrer à l’autre François (Hollande) : en un an, il a réussi à changer beaucoup de choses dans cette institution par nature conservatrice, l’Église. C’est le magazine « Rolling-Stone » qui titrait à propos de lui : « Les temps changent ».

On a beaucoup parlé de son style de vie, de sa simplicité, jusqu’à son refus de porter les traditionnels escarpins rouges, préférant rappeler son cordonnier argentin pour réparer ses vieilles chaussures. Il a bouleversé par son exemple les habitudes de la Curie romaine, en instaurant au Vatican une humilité qui n’était plus de mise chez ces prélats confits dans leurs ors et leurs brocards.

Transparence financière et gestes d’ouverture

Même si cela a beaucoup contribué à sa popularité, l’essentiel n’est pas là. Premier pape non européen, premier pape jésuite, premier pape de la mondialisation, il a montré sa volonté de réformer la toute-puissante Curie.

Son super ministère des finances va coiffer la fameuse banque du Vatican où il a commencé à faire le ménage : plus aucun laïc ne peut y ouvrir de compte ce qui, jusque-là, permettait à certains mafieux de blanchir au Vatican l’argent de trafics de drogue. Une transparence financière qui ne plait guère aux parrains de la mafia calabraise, qui lui auraient adressé des menaces de mort.

Il a multiplié les gestes de compréhension envers les homosexuels et envers les athées, demandant « l’ouverture et la miséricorde vis-à-vis des personnes divorcées, homosexuelles ou encore des femmes qui ont subi un avortement ».

Mais sa volonté, selon la formule de Kierkegaard, « de remettre un peu de christianisme dans la chrétienté », ne plait pas à tout le monde. Le Tea Party américain n’a-t-il pas dénoncé en lui un « marxiste » et même, horresco referens, un « libéral », c’est à dire une sorte de gauchiste !

Pensez donc ! Un homme qui parle de la différence entre pêcheurs et corrompus, qui dit « qui suis-je pour juger un gay qui cherche Dieu ? », qui critique une société qui fait de l’argent une idole !

Se transformer pour continuer à exister

Mais parce qu’il prépare lui-même ses spaghettis et qu’il s’échappe clandestinement du Vatican les soirs de grand froid pour visiter des SDF romains, faut-il, comme certains, en faire une nouvelle idole de la gauche dont les posters viendraient remplacer ceux de Guevara ?

Ce pape reste pape. Dans ses goûts cinématographiques figurent le néoréalisme italien, Fellini, Rossellini et « Le Guépard » de Visconti où l’on trouve cette phrase tirée du roman de Lampedusa « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Dans cette période du risorgimento (« Renaissance ») où l’aristocratie ne meurt pas mais se transforme, on peut trouver une analogie avec la situation d’une Église qui doit impérativement se transformer pour continuer à exister.

Voir encore:

Eglise : jusqu’où veut aller le pape François sur les dossiers sensibles ?

Marie Lemonnier

Le Nouvel Observateur

13-03-2014

La place des femmes et des laïcs, l’homosexualité, la réforme de la Curie… Le successeur de Benoît XVI amènera-t-il le renouveau ?

Elu il y a un an, le 13 mars 2013, après la renonciation de Benoît XVI, souverain pontife pris dans les tourments du Vatileaks, Jorge Mario Bergoglio, 77 ans, a été désigné par ses pairs pour opérer la réforme nécessaire de l’appareil catholique. Avec ses prises de paroles, parfois tranchées, parfois ambiguës, et les premières décisions de sa première année de gouvernance, le pape argentin a ouvert plusieurs grands chantiers qui laissent entrevoir une forte volonté de renouveau, sans néanmoins toucher aux fondamentaux de la doctrine dont les papes sont les héritiers autant que les garants. Jusqu’où veut-il aller et jusqu’où pourra-t-il mener l’Eglise ?

1 La réforme de la Curie

Après le Vatileaks, les cardinaux électeurs ont clairement demandé au nouveau successeur de Pierre d’opérer un nettoyage et une rationalisation de la Curie romaine. Il s’agit d’une part d’alléger la structure, dans laquelle les dicastères (équivalent de ministères) se sont accumulés ces dernières décennies, mais aussi d’en changer la perspective. Au lieu de la laisser prospérer au-dessus des évêques comme un super-gouvernement tout puissant, François souhaite lui confier le rôle de médiateur entre les épiscopats et le pape. L’objectif ? Qu’elle soit véritablement au service des pasteurs de l’Eglise universelle et des Eglises locales. Une manière de faire vivre la collégialité, maître-mot de Vatican II que souhaite mettre en application Bergoglio, comme on le voit également à travers son usage du synode qui est l’occasion pour les évêques du monde entier de prendre part à la décision mais aussi avec la création de ce conseil permanent de 8 cardinaux venus des cinq continents, surnommé le G8 ou le C8, chargé de l’aider dans sa réforme de la Curie.

François veut ainsi que l’Eglise ne soit plus une monarchie absolue mais un organe de participation autour du pape, qui reste néanmoins seul détenteur de l’autorité. Etranger à l’institution romaine sur laquelle il porte un regard critique voire sévère, le pape argentin n’hésite pas à fustiger les querelles de pouvoir en son sein, les habitudes de cour et tous ceux qui s’y « prennent pour des dieux ». Il semble ainsi très déterminé à remplir sa mission. A cette fin, une nouvelle Constitution apostolique doit être écrite pour remplacer celle de Jean-Paul II appelée Pastor Bonus, en vigueur depuis 1988. Le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a déjà tenté de modérer les impatiences en avertissant qu’elle ne verrait pas le jour avant 2015.

2 La gestion et la transparence des finances

« Je veux une Eglise pauvre au service des pauvres », martèle le pape François. En créant fin février un « Secrétariat pour l’économie » (un super ministère aux pouvoirs étendus sur le Saint-Siège et l’Etat du Vatican), dirigé par le cardinal australien Pell, qui fait déjà partie des hommes forts du G8 du pape, ainsi qu’un « Conseil pour l’économie » ayant autorité pour contrôler toutes les instances vaticanes, le pape François donne enfin les premiers signes concrets de la réforme institutionnelle.

C’est comme s’il avait créé la Cour des comptes et l’Inspection des finances en même temps ! », souligne l’historien de la papauté Philippe Levillain.

Des bilans financiers seront rendus publics et les procédures moins bureaucratiques. Autre nouveauté, pour assurer une meilleure transparence, ce Conseil pour l’économie (CE) sera composé de 8 prélats mais aussi de 7 laïcs (dont le Français Jean-Baptiste de Franssu, patron de la société Incipit). C’est la première fois que des laïcs entrent ainsi dans une institution curiale. Enfin, le CE sera coordonné par l’archevêque de Munich et tout nouveau président de la Conférence épiscopale allemande Reinhard Marx, également auteur d’un livre intitulé… « Le Capital ». Ca ne s’invente pas.

Même si aucune décision n’a encore été prise concernant la très critiquée et opaque banque du Vatican, la commission chargée de sa réforme poursuit ses travaux et devrait faire des annonces courant avril. Plus de la moitié des 19.000 comptes de l’IOR (Institut pour les Œuvres de religion) a été contrôlée ; un millier a été fermé et moins d’une centaine de comptes suspects fait l’objet d’investigations plus approfondies. « Tout va changer dans la gestion économico-administrative du Saint-Siège », promet ainsi le site Vatican Insider.

3 La place des femmes et des laïcs

La femme « peut et doit être plus présente dans les lieux de décision de l’Eglise », affirme le Saint-Père dans le « Corriere della Sera » du 5 mars, laissant ainsi espérer que des femmes puissent être à l’avenir nommées à la tête de dicastères. Le pape faisait toutefois observer qu’il s’agit là d’une « promotion de type fonctionnel » qui ne fait guère « avancer les choses ». Il a également plusieurs fois exprimé sa volonté de promouvoir une « théologie de la femme » qui laisse dubitatif sur les réelles avancées à attendre sur le sujet. Surtout, il n’a pas caché qu’il n’ordonnera pas de femmes prêtres. Quant à nommer une femme Cardinal ? « D’où est sortie cette blague ? », a-t-il tout bonnement écarté dans « la Stampa » du 15 décembre.

Le pape ne dit rien, en revanche, sur l’ordination éventuelle d’hommes mariés. Cela peut-il faire partie des non-dits où les lignes peuvent bouger ?

Si le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, coordinateur du conseil des huit cardinaux chargé de la réforme, a émis l’idée de mettre un « couple marié » à la tête du Conseil pontifical pour la famille, l’hypothèse paraît là aussi douteuse. D’autant que ce Conseil pontifical pourrait se voir fondu dans un ensemble plus large. En revanche, une véritable Congrégation pour les laïcs pourrait voir le jour.

4 Les homosexuels

Si une personne est gay et cherche le Seigneur et qu’elle est de bonne volonté, mais qui suis-je pour la juger ? »

Lancée dans l’avion qui le ramenait du Brésil en juillet 2013, cette phrase est peut-être la plus connue et la plus commentée du pape François. Du moins dans sa version tronquée : « Qui suis-je pour juger ? ». Et décontextualisée. En effet, le pape répondait à une question précise, qui portait sur Mgr Battista Ricca, le prélat qu’il venait de nommer comme conseiller pour la réforme de la banque du Vatican et dont l’homosexualité venait d’être révélée dans les médias italiens. La phrase lui valut néanmoins les honneurs de la célèbre revue LGBT américaine Advocate et a été accueillie comme une phrase symbolique de la bienveillance papale. En invitant les pasteurs à mieux « accompagner » les homosexuels, François prône ainsi une Église qui « considère la personne » avant de « condamner ».

« La pensée de l’Eglise, nous la connaissons et je suis fils de l’Eglise, mais il n’est pas nécessaire d’en parler en permanence. Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents, déclare Bergoglio. Nous devons donc trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Eglise risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l’Evangile ».

Même s’il souhaite étudier les raisons pour lesquelles des Etats ont pu adopter des unions civiles, le pape rappelle que le mariage est « l’union d’un homme et d’une femme ».

5 La famille et la question des divorcés-remariés

La question des divorcés remariés, très attendue par l’opinion publique, est une source de crispations actuellement au Vatican. On l’a vu dernièrement au consistoire préparatoire au synode sur la famille qui s’est tenu les 20 et 21 février à Rome et dont le cardinal français Paul Poupard redoutait qu’il se termine en « guerre civile ». « Les confrontations fraternelles et ouvertes font grandir la pensée théologique et pastorale. De ceci je n’ai pas peur, plutôt je le cherche »¸ a cependant assuré le pape François.

« Je crois que ce temps est celui de la miséricorde », avait-il déclaré au retour des JMJ de Rio. Ce qui ne veut pas dire suppression de l’interdiction pour eux de communier. Le « non » a été formulé par le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Gerhard L. Müller. Le pape argentin a néanmoins donné des signes d’espoir et d’ouverture, en choisissant le cardinal théologien Walter Kasper pour ouvrir le consistoire.

Dans son discours inaugural, ce dernier, connu pour ses positions progressistes, a en effet émis l’idée d’un « nouveau développement » concernant l’épineuse question des divorcés remariés, suggérant que la pratique actuelle serait « contre-productive ». Le cardinal propose ainsi des solutions vers un sacrement de pénitence. Cette voie ne serait cependant pas une solution générale mais s’adresserait au petit nombre de ceux qui seraient sincèrement intéressé par les sacrements. Des pistes de réflexion qualifiées de « théologie sereine » par le pape François qui défend par ailleurs la famille traditionnelle si « maltraitée, dépréciée », mais « plan lumineux de Dieu ».

La question n’est pas celle de changer la doctrine mais d’aller en profondeur et faire en sorte que la pastorale tienne compte des situations et de ce qu’il est possible de faire pour les personnes », a-t-il tenu à préciser dans sa dernière interview du 5 mars tout en saluant le « génie prophétique de Paul VI », auteur de l’encyclique Humanae Vitae qui fermait la question de la contraception.

Prudent, le pape François veut donc replacer la morale à sa « juste place » sans rien lâcher sur la doctrine. Ayant choisi le mode de la collégialité sous la forme de deux synodes en 2014 et 2015, aucune conclusion ne devrait voir le jour avant la fin des travaux ecclésiastiques.

2 commentaires pour Papauté: Après l’obamamanie, voici la papomanie ! (Esquire’s best dressed man of 2013 celebrates first year in office)

  1. […] pas voir, en ce premier anniversaire de son élection et avec l’une des rares voix discordantes, la même image largement fantasmée qui nous avait été faite d’un certain messie noir […]

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  2. […] médias repartent pour un tour avec le premier anniversaire de l’entrée en fonction du nouveau parangon d’ouverture argentin du Vatican […]

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