Polémique Dieudonné: Après le mariage, la victimisation pour tous ! (Streisand effect: How demonization keeps France’s defrocked multiculturalist poster child alive)

Manifestation de soutien à Dieudonné le 28 décembre 2013.http://commentisfreewatch.files.wordpress.com/2014/01/next.jpeghttps://i0.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_4cb4fd5b214abe66efb2a1bde6351932_pi30-jpg.jpeghttps://i2.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_e75f461b6fd55538c3e699cc1f6c5738_soralberlin-jpg.jpeghttps://i0.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_5f121e_1475866-446627335441323-1693066782-n-jpg.jpeghttps://i2.wp.com/www.gabrielglewis.com/wp-content/uploads/2012/03/strangelove.jpgPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter ? (attribué à August Bebel)
Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’effet Streisand est un phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation d’informations que l’on aimerait garder secrètes – qu’il s’agisse de simples rumeurs ou de faits vérifiés – déclenche le résultat inverse. Par ses efforts, la victime encourage malgré elle l’exposition d’une publication qu’elle souhaitait voir ignorée. Il s’agit donc à proprement parler d’un « effet pervers ». Wikipedia
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d’ »A mort les juifs! », avril 2003)
Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Donc, antisémite n’existe pas, parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde … pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte » … Dieudonné (Lyon Capitale, 23 janvier 2002)

En dépit de l’emploi des termes « secte et escroquerie », le contexte de l’entretien en cause laisse apparaître qu’en critiquant d’autres religions en des propos également vifs, le prévenu a seulement manifesté son hostilité au principe même du fait religieux et qu’ainsi, les invectives proférées ne s’adressent pas à la communauté juive en tant que telle.
Tribunal correctionnel de Paris (30 juin 2004)
Replacés dans leur contexte, les termes « les juifs, c’est une secte, c’est une escroquerie » relèvent d’un débat théorique sur l’influence des religions et ne constituent pas une attaque dirigée contre la communauté juive en tant que communauté humaine ». Cour d’appel de Paris (9 février 2006)
Je ne comprends pas qu’on puisse assimiler ce geste à un geste nazi, alors que c’est un bras d’honneur à l’horizontale ! Les gens qui disent ça ont simplement de vraies obsessions. Jean-Marie Le Pen
Cohen , il a dit que j’avais un cerveau malade , alors tu vois , quand j’entends parler Patrick Cohen, je me dis les chambres à gaz… Dommage ! Dieudonné
Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle. Dieudonné
While this gesture has been part of French culture for many years, it was not until recently that I learned of the very negative concerns associated with it. When l was photographed making that gesture three years ago, I thought it was part of a comedy act and did not know that it could be in any way offensive or harmful. Since I have been made aware of the seriousness of this gesture, I will certainly never repeat the gesture and sincerely apologize for any misunderstanding or harm relating to my actions. Hopefully this incident will serve to educate others that we need to be more aware that things that may seem innocuous can actually have a history of hate and hurt. Tony Parker
La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste». .. une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles. Jean-Yves Camus (spécialiste de l’extrême droite)
A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…). On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….). Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens…. Stéphane Haddad
Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».« Trouble à l’ordre public » ? C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ». Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ». A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit.  (…) Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis. D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. (…) Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Le Canard enchainé
Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition. On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien. On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime. Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient. Guy Millière
Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits». Libération
La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire. On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise… La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même. Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy. Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad). Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin). Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, « réseau social sioniste ». Jean-Laurent Cassely
Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées. La répression d’idées « dissidentes » par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable « diplôme de non-respectabilité ». Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des « représentants du système » (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa « diabolisation » afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre. Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : « Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle ». Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la « validation » des idées comme anti-systèmes par les « représentants du système » eux-mêmes. Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture. À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ? À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet. Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles. La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles. Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les « quenelleurs » sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs. Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires. Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non. Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre. Arnaud Lavalade
Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun.  This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote.  And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own.  A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese. Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”.  A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”.  This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation. Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany. (…) Thus began a decade of escalation.  LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure.  Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack.  Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media.  It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him. To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context.  For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed.  The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”).  As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital. In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. (…) France has adopted laws to “punish anti-Semitism”.  The result is the opposite.  Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism.  When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly. Diana Johnstone

Après le mariage,… la victimisation pour tous !

Alors qu’attirés par le goût du sang de la polémique qui enfle et contre toutes les hyprocrites dénégations (« anti-système », on vous dit !) de leurs initiateurs, nos nouveaux tenants du socialisme des imbéciles bouffeurs de rabbins disent chaque jour un peu plus la pathétique vérité de leur geste

Et que d’autres qui avec leurs confrères bouffeurs de curé se sont faits un véritable de fonds de commerce de la caricature la plus débile en sont à dénoncer le jusqu’alors silence assourdissant d’une ministre de la Justice à qui l’on doit déjà deux lois vériticides (historique et biologique) …

Pendant qu ‘outre-manche ou atlantique et sans la moindre loi mémorielle, on ne semble pas trop plaisanter avec ces choses …

Comment ne pas voir après les lois liberticides sur les génocides juif et arménien ou l’actuelle mode des génocides et autres mariages pour tous

Et les tentatives, jusqu’ici heureusement infructueuses, du totalitarisme islamique de faire condamner les caricatures de leur propre prêcheur de haine

L’énième épisode d’un syndrome mimétique et de la concurrence des victimes qui est ici en train de se rejouer dans ce cimetière rempli d’idées chrétiennes devenues folles qu’est devenu notre monde moderne ?

Mais aussi, au-delà des indéniables risques de banalisation (Enderlin-Dieudonné, même combat!) l’immense cadeau que l’on est en train de faire en prétendant le priver de son imprescriptible droit à la bêtise la plus crasse …

A l’humoriste de seconde zone qui, réduit à jouer les victimes (jusqu’à sa propre insolvabilité pendant que Madame dépose la marque de l’objet du délit!) et à multiplier les provocations à l’instar de son pathétique mentor front-nationaliste, avait largement lui aussi dépassé sa date de péremption ?

La « quenelle » de Dieudonné : face aux idées, la répression et la violence sont inutiles

Arnaud Lavalade

Chargé d’études

Le Nouvel Observateur

29-12-2013

Manuel Valls n’a pas de mots assez durs pour définir l’essayiste Alain Soral et l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala. Les considérant comme des ennemis de la République, dégoûté par leur « idéologie nauséabonde », il prône désormais l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Du débat public à la répression de la parole

Cette politique répressive est censée faire face à la « dieudonnisation des esprits », et s’inscrit plus globalement dans le cadre de la lutte contre des idées jugées inacceptables. Cette lutte a pu prendre différentes formes, allant de l’agression physique aux interdictions de spectacles par des élus locaux, en passant par de multiples condamnations publiques ou judiciaires.

Entre autres condamnations récentes, la maison d’édition Kontre Kulture, diffusant les œuvres des deux militants, s’est vue forcée de censurer plusieurs de ses ouvrages. En parallèle, Dieudonné M’bala M’bala a été condamné en appel pour sa chanson « Shoah Nanas » à 28.000 euros d’amende.

La répression systématique étendue aux « quenelleurs »

Cette répression s’étend également à tous ceux affichant, de près ou de loin, des affinités pour le duo polémique. Entre autres : les « quenelleurs », pratiquant le geste de la quenelle, considéré par certains comme une sorte de bras d’honneur, par d’autres comme un salut nazi ou un signe simplement antisémite.

Les actions « anti-quenelles » reprennent un schéma comparable : ennuis professionnels, condamnations publiques, procès, voire des actes illégaux accomplis par des activistes, tels que des piratages informatiques ou violences physiques. En sus, on attend de toute célébrité ayant déjà réalisé une quenelle qu’elle s’explique publiquement sur son geste.

Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées.

La répression décerne le titre « d’ennemi du système »

La répression d’idées « dissidentes » par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable « diplôme de non-respectabilité ».

Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des « représentants du système » (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa « diabolisation » afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre.

Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : « Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle ».

La censure, un outil désuet

Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la « validation » des idées comme anti-systèmes par les « représentants du système » eux-mêmes.

Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture.

À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ?

À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet.

Une violence inutile

Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles.

La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles.

Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les « quenelleurs » sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs.

Une répression contre-productive

Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires.

Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non.

Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre.

Voir aussi:

Ca part en quenelle

Louis-Marie Horeau

Le Canard enchainé

31 décembre 2013

Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».

« Trouble à l’ordre public » ?

C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ».

Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ».

A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit. Le sommet est atteint quand Dieudonné se lâche et reprend dans un sketche les termes d’une plainte déposée par son avocat. « La sodomie ne pouvant être réalisée sur des restes calcinés de corps humains sortis des fours crématoires nazis, et pire encore après qu’ils aient été transformés en savon…» Applaudissements.

Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis.

D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. Et ils font rigoler Dieudonné.

Ce ne sont pas quelques arrêtés d’interdiction qui vont l’empêcher de se marrer. Toutes les tentatives dans ce sens se sont heurtées au droit et ont été annulées par les tribunaux administratifs . Le régime de la censure préalable n’a plus le droit de cité en France, et c’est heureux . En revanche, la justice a son mot à dire. Et elle le dit : plusieurs condamnations ont déjà été prononcées, d’autres sont à venir. Et Dieudonné rigole toujours. Il rigole parce que les poursuites sont engagées par des particuliers ou des associations. Les procureurs de la République roupillent. La Chancellerie regarde ailleurs, la ministre de la Justice se tait.

Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Dieudonné se marre, et il y a de quoi. Le ministre de l’Intérieur se fâche, et il a raison, mais il est impuissant. La ministre qui pourrait agir est aux abonnés absents . Une idée de sketch pour le prochain spectacle ?

Voir également:

Dieudonné et sa « quenelle » : lettre à mes amis (encore) fans de l’humoriste

Thomas Carre-Pierrat

Le Nouvel observateur

28-12-2013

Vous êtes encore quelques-uns, dans mon entourage, à vouloir rigoler des blagues de Dieudonné. Pendant longtemps, il fut l’un de nos comiques préférés, pour ne pas dire le premier. Il était assurément l’humoriste le plus doué de sa génération ; un comédien génial et un auteur d’exception.

Comme vous, je suis encore capable de réciter certains de ses sketchs par cœur. Mais voilà, cela fait un moment que « Dieudo », comme vous l’appelez encore, ne me fait plus marrer. En fait, j’ai décroché le jour où j’ai compris qu’il se moquait ouvertement de nous.

Dieudonné a basculé dans la mouvance d’extrême droite

Malheureusement, Dieudonné n’est plus un provocateur, un type subversif qui utilisent l’humour pour taper où cela fait mal. Il est devenu un homme politique qui se sert de ses spectacles pour diffuser des idées qui nous ulcèrent par ailleurs.

Dans un souci de cohérence, j’ai dû arrêter de le soutenir car je ne pouvais plus cautionner un mec qui traîne dans la nébuleuse de l’extrême droite et fréquente des hauts responsables du Front national, ce parti contre lequel nous avons si souvent usé nos souliers.

Essayez de répondre franchement et de manière convaincante aux questions suivantes : comment peut-on apprécier un type qui était venu consoler Jean-Marie Le Pen après sa défaite à la présidentielle en 2007 ? A-t-on envie de s’asseoir sur les bancs de son théâtre qui a servi de salle de formation pour des militants du Front National ? Est-il vraiment drôle et subversif de choisir Jean-Marie Le Pen pour être le parrain de sa fille ? Auriez-vous envie comme Dieudonné, d’aller boire des coups avec Serge Ayoub, l’un des leaders des skinheads français, après la mort du militant antifasciste Clément Méric ?

La vérité est tristement factuelle. Dieudonné est aujourd’hui un militant d’extrême droite. Cela ne signifie pas que vous l’êtes également. Mais, lorsque vous regardez ses spectacles, un certain nombre de vos voisins viennent précisément pour cette raison.

Car eux, ont bien compris que Dieudonné ne blaguait pas sur les juifs comme il est capable de le faire avec les musulmans, les catholiques ou les bouddhistes. Ils savent que Dieudonné est passé, au fil du temps, d’antisioniste à antisémite. Il fait partie de ces gens qui croient réellement en l’existence d’un lobby juif dont nous serions les frêles marionnettes.

Un humoriste qui vous coupe l’appétit

Le seul trait de génie dont on peut encore créditer Dieudonné, est précisément de s’appuyer sur cette ambiguïté entre l’humoriste et le politique pour faire passer un message purement et banalement antisémite. En cela, et pour le paraphraser, Dieudonné est la branche comique de l’extrême droite.

Je préfère le répéter une nouvelle fois ; cela ne signifie pas, chers amis, que vous seriez également d’extrême droite, de la même manière que bien des « quenelles » n’ont aucun soubassement antisémite.

Mais, en participant à cela, vous cautionnez son combat nauséabond et vous faites prospérer la boutique de Dieudonné et de ses nouveaux camarades.

Comment peut-on critiquer, à juste titre, les hommes politiques qui stigmatisent les étrangers, les musulmans ou les Roms pour chasser sur les terres du FN et continuer d’applaudir un mec qui mange déjà à la table des Le Pen ? Personnellement, cela me coupe définitivement l’appétit.

Le « système » n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain

En réalité, Dieudonné vous a fait cocu avec l’extrême-droite et vous continuez à fermer les yeux parce que vous aimez son image de rebelle, pourfendeur du « système ». Désolé de vous décevoir là-aussi, mais Dieudonné n’est qu’un rebelle de supermarché, un provocateur de bac à sable.

Franchement, peut-on se présenter comme un adversaire du « système » et se faire prendre en photo avec des Yannick Noah, Tony Parker ou Mamadou Sakho, c’est-à-dire des millionnaires, purs produits du système et dont la conscience politique est comparable à l’érudition de Nabilla.

Si vous souhaitez éveiller vos consciences, ou lutter contre l’ordre établi, je vous recommande plutôt de lire des livres de Noam Chomsky ou Naomi Klein. Leurs œuvres sont moins drôles, mais légèrement plus pertinentes et argumentés que les saillies inutiles de Dieudonné.

Le « système » n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain. Dans la plus pure tradition de l’extrême droite, il joue sur les peurs et les indignations de son public en lui livrant un bouc-émissaire éternel, le prétendu lobby juif. En plus d’avoir perdu son sens de l’humour, Dieudonné est un piètre penseur sans idée et dont l’idéologie ne procède que d’un délire paranoïaque.

Il faut tourner définitivement la page

L’humoriste Dieudonné est malheureusement mort et il faut être capable d’en faire son deuil. Comme tous les grands, il est irremplaçable. Sa pathétique réincarnation qui s’agite au Théâtre de la Main d’or est épouvantable. Malgré les légères ressemblances, il est vain de vouloir le défendre. Il n’y a plus rien à faire si ce n’est tourner définitivement la page.

Plus que d’éventuelles interdictions des pouvoirs publics ou de sanctions judiciaires qui le maintiendraient confortablement dans sa position de victime, Dieudonné doit être condamné par son public.

Chers amis, en cette fin d’année, prenez une bonne résolution : cessez de rire aux sketches de ce personnage car, à chacun de vos applaudissements, derrière la scène, c’est l’extrême droite qui se frotte les mains.

Voir également:

Les «quenelles» de Dieudonné laissent un sale goût

Guillaume Gendron

Libération

12 septembre 2013

RÉCIT

Le salut inventé par l’humoriste condamné pour antisémitisme a essaimé sur le Web. Des sanctions contre deux soldats qui ont reproduit le geste vont être prises.

Main ouverte près de l’épaule, bras opposé tendu vers le bas, paume ouverte et doigts joints, les deux militaires posent devant une synagogue, rue de Montevidéo, dans le XVIe arrondissement de Paris. Tout sourire, les deux chasseurs alpins en mission Vigipirate dans la capitale reproduisent le geste dit de la «quenelle», dont la paternité est revendiquée par l’humoriste controversé Dieudonné, poursuivi et condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites. La photo, qui circule depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux après sa publication sur un site «antisioniste», a provoqué l’ire de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, qui a réclamé mardi des sanctions à l’encontre des deux militaires. «Ils ont porté atteinte à l’uniforme et aux valeurs de l’armée de terre», a fait savoir, hier, Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, qui a envoyé un «rappel au règlement à l’ensemble des personnels».

Totem. Depuis la diffusion du cliché par le magazine le Point en début de semaine, plusieurs autres photos de soldats «glissant des quenelles», selon l’expression consacrée par Dieudonné, avaient fait surface. Une source militaire parle même «d’un phénomène de mode», invisible aux yeux du grand public mais loin de se limiter aux rangs de l’armée. Bras d’honneur «bien profond dans le cul du système» pour ses ouailles ou ersatz de salut nazi à peine déguisé pour ses détracteurs, la «quenelle» de Dieudonné est à la fois un signe de ralliement et un message subliminal. Comme les ananas, autre totem des dieudonâtres faisant référence à la chanson Shoahnanas (un détournement antisémite de la chanson Cho Ka Ka O d’Annie Cordy pour laquelle il a été condamné fin 2012), la quenelle est d’autant plus réussie quand elle passe inaperçue aux yeux des profanes et des principales cibles de la vindicte dieudonesque. Soit les «sionistes», les médias et «le système».

Code. D’année en année, parallèlement à l’ostracisation plus ou moins orchestrée de l’humoriste enchaînant les dérapages, la quenelle s’est répandue sur la fachosphère. Quitte à être reprise par des milliers d’anonymes et des personnalités qui n’en mesurent pas totalement la symbolique, à l’image d’un Tony Parker immortalisé en compagnie de Dieudonné dans les coulisses du théâtre de la Main d’or ou du footballeur montpellierain Mathieu Deplagne après avoir marqué un but. «La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste», estime Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Le politologue définit cependant le groupe hétéroclite de fans de Dieudonné comme «une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles.»

Les origines du geste sont floues, sans cesse réinventées par son géniteur. En revanche, son usage systématique lors des apparitions publiques de Dieudonné date de la «liste antisioniste», qu’il a présentée en Ile-de-France lors des européennes de 2009, au côté d’Alain Soral, ex-plume de Jean-Marie Le Pen, devenu gourou idéologique de l’humoriste. A l’époque, Dieudonné se réjouissait à «l’idée de glisser [sa] petite quenelle dans le fond du fion du sionisme», comme il l’avait déclaré à Libération. Aujourd’hui, la quenelle se veut «révolutionnaire».

Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits».

Voir encore:

La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d’en bas

Jean-Laurent Cassely

Slate

27/06/2013

Un reportage de juin 2013. Le soir de la fête de la musique, Dieudonné tenait son grand meeting annuel, «Le Bal des Quenelles», entre festival d’humour et université d’été politique. Grâce à un ensemble de signes cryptés, il a formé en dix ans une petite contre-culture autour de lui: vous l’avez vu récemment dans Top Chef, Secret Story ou encore Pékin Express… Sans même le savoir.

Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, souhaite faire interdire les spectacles de Dieudonné. Dans une interview au Parisien, Manuel Valls rappelle que «Dieudonné a été condamné à plusieurs reprises pour diffamation, injures et provocation à la haine raciale». «C’est donc un récidiviste et j’entends agir avec la plus grande fermeté, dans le cadre de la loi» déclare-t-il. Nous republions à cette occasion le reportage de Jean-Laurent Cassely à l’un des spectacles de Dieudonné.

***

Un automobiliste roulant le 21 juin dans les environs de Saint-Lubin-de-la-Haye, à la limite de l’Ile-de-France et de la région Centre, serait tombé ce soir-là sur de petits panneaux indiquant la simple mention «quenelles» en bord de route, près d’un élevage bovin.

Il aurait peut-être cru qu’il s’agissait d’une vente directe de cette spécialité, mais aurait tiqué en se souvenant que c’est plutôt vers Lyon qu’on apprécie ce plat. Quelques virages plus loin, l’automobiliste aurait alors croisé, entassés dans une petite voiture, des jeunes brandissant des ananas depuis les fenêtres, ce qui leur procurait manifestement une très grande excitation.

Songeur, notre automobiliste imaginaire aurait alors continué sa route, s’interrogeant sur les mœurs curieuses de cette partie calme et isolée du pays. Sans se douter une seconde qu’à quelques kilomètres de là, la «Dieudosphère» tenait son grand rassemblement annuel.

C’est à cela qu’on reconnaît que Dieudonné a construit, patiemment et avec obstination, une petite contre-société, qui dispose désormais de signes de reconnaissance et de communication très sûrs, car totalement ésotériques pour le profane, mais très visibles même dans les médias les plus grand public.

Ananas, soleil, quenelle: une grammaire de la dieudosphère

La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire.

On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise…

La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même.

Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy (Dieudonné a fait appel du jugement).

Depuis cette condamnation, la chanson Shoananas est le clou du spectacle Foxtrot, qui a tourné dans toute la France ces derniers mois. A chaque fois, Dieudonné fait mine de ne plus pouvoir la faire chanter à son public, sous peine de poursuites judiciaires… Et, bien sûr, finit par l’interpréter, pour le plus grand plaisir de la salle qui chante en choeur avec lui.

A l’entrée du Bal des quenelles, une fresque géante d’ananas donne le ton…

Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad).

Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin).

Un gif animé qui capture la gestuelle caractéristique du «Soleil». Mémorisez-là, c’est utile pour la suite de l’article

Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, «réseau social sioniste».

Source: Dieudosphère

A l’entrée du Bal des quenelles, qui se déroule chaque année dans le vaste hangar où l’artiste tourne ses films, les fans venus de loin immortalisent ce moment en se faisant prendre en photo entre deux humains déguisés en ananas, mimant la fameuse quenelle. Un peu comme à Disneyland, quand Mickey ou Pluto viennent prendre la pose avec vos enfants…

Deux des trois signes codés de la dieudosphère: l’ananas et la quenelle, ici au Bal des quenelles 2013

Prendre la pose en mimant une quenelle est devenu un rituel chez les admirateurs de Dieudonné. Pour ce dernier, les quenelles sont un instrument politique: en demandant à ses fans de lui envoyer les photos et en les postant sur le mur de son compte Facebook officiel, il veut montrer à quel point il est soutenu par la base.

Ici à Strasbourg, la quenelle géante à laquelle le public est invité à participer en fin de spectacle se présente comme la défense de la liberté d’expression, et un bras d’honneur aux maires qui tentent de faire interdire le spectacle pour trouble à l’ordre public

Un public jeune et mélangé

Les gens sont venus nombreux: en couple, entre amis, la plupart se sont retrouvés à la gare voisine d’Houdan, d’où l’équipe de Dieudonné indiquait la route pour se rendre sur place, l’information n’étant pas disponible sur les billets sans doute pour éviter de voir la fête troublée par des opposants. De sympathiques jeunes gens m’ont amené en voiture jusqu’à la salle. D’ailleurs presque tous les participants sont jeunes.

Derrière moi, dans la queue pour accéder au buffet, deux très jeunes musulmans discutent du «Prophète», de ce qu’il autorise et ce qu’il interdit en matière d’alimentation, de culture, etc. Certains jeunes issus de l’immigration qui vivent leur revival religieux peuvent être naturellement séduits par les combats politiques de Dieudonné autour de la question palestinienne (ne me demandez pas de quantifier cette affirmation, évidemment nous n’en savons rien).

La recherche d’une vérité alternative basée sur un relativisme généralisé —le monde selon Dieudonné— a fini par séduire des populations hétéroclites. Tout un petit peuple de rastas blancs, qu’on imaginerait plutôt dans un festival reggae ou une free party. Une frange de l’extrême gauche altermondialiste, qu’on reconnaîtra facilement au port du tee-shirt à l’effigie d’Hugo Chavez ou au total look joueur de diabolo à Rennes. On supposera que cette jeunesse est plutôt arrivée là par le biais de la critique radicale des médias, de l’oligarchie et du «nouvel ordre mondial» que par le prisme du conflit israélo-palestinien, encore que les deux logiques aient tendance à s’entrecroiser.

Des partisans de Bachar el-Assad brandissant des drapeaux syriens et des portraits à l’effigie du dictateur sont d’ailleurs venus recevoir leur «Quenelle d’or» (catégorie «pour l’ensemble de son œuvre»), la petite statuette inspirée des César que Dieudonné distribue lors de ce bal annuel à ses soutiens ou à ceux qui partagent ses combats. Selon le site révisionniste Entre la plume et l’enclume, la quenelle sera d’ailleurs remise en mains propres au président syrien.

Quelques authentiques militants d’extrême droite, qui regrettent l’absence du négationniste Faurisson, sont aussi présents mais ne semblent pas représenter la majorité du public… En revanche on retrouve dans ces soirées les animateurs du réseau qui sont désormais des relais artistiques sur internet de la pensée «antisioniste», selon l’expression consacrée: le Jamel Comedy Club de Dieudonné. Car en un peu plus d’une décennie, Dieudonné a fait école.

Très présents sur Internet, ils publient des BD, des pamphlets ou des vidéos, comme les dessinateurs Zéon et Joe Lecorbeau —un «glisseur de quenelles» qui réalise des détournements dieudonniens de BD célèbres comme Astérix ou Tintin— ou sont actifs dans l’écriture et l’idéologie, comme Salim Laïbi (alias «Le libre penseur») et Alain Soral bien sûr —dit «Maître quenellier», distinction qu’il est le seul à partager avec Dieudonné.

La première partie était assurée par le comique Jo Damas, et par le régisseur des spectacles de Dieudonné, l’acteur Jacky Sigaux, célèbre pour son rôle du juif déporté dans les précédents spectacles du comédien, et qui est monté sur scène dans le personnage de «Samuel» pour se lancer dans une lamentation musicale intitulée «Je suis juif». Personnage copieusement hué par la salle.

Dieudonnisation médiatique ou l’entrisme de la quenelle

Mais ce «Dieudonnisme», que vous croyiez ne plus avoir aperçu dans les médias depuis un sketch chez Marc-Olivier Fogiel devant Jamel Debbouze en 2003, a su faire grimper son influence à la télévision, par des moyens souvent détournés et grâce à ses petites quenelles:

Le 23 janvier 2013, le footballeur de Montpellier Mathieu Deplagne marque son premier but en pro face au FC Sochaux. Pour son petit geste de parade, le footballeur mime alors une «quenelle». Le lendemain, il fait la une de Midi Libre.

Il est venu, le 21 juin, récupérer sa Quenelle d’Or, «catégorie sportive», des mains de Dieudonné.

Les sportifs sont, à l’image de Tony Parker, nombreux à effectuer ces clins d’oeil à l’humoriste.

Ci-dessous, Didier Dinart et Nikola Karabatic de l’équipe de France de hand.

Source: Facebook Dieudonné officiel

… Et oui, Yannick Noah aussi

Dans les émissions de téléréalité aussi, Dieudonné fait des apparitions fréquentes grâce à l’astuce de ses fans.

Sur TF1, dans l’émission Bienvenue chez nous du 20 juin, un jeune homme est apparu portant un tee-shirt «Au-dessus c’est le soleil».

Réaction de joie immédiate sur la page Facebook de Dieudonné:

«En direct sur TF1 ça glisse de la quenelle !!»

Et réactions enchantées du public:

Un peu plus tôt dans le mois, c’est cette fois l’équipe de la saison 2013 de Pékin Express (M6) qui pose en faisant une quenelle. Et il n’est pas inintéressant de reprendre la description que fait un blog pro-Dieudonné des participants, en tout point conforme au type de population que l’on trouvait au Bal des quenelles, c’est-à-dire des profils de classes moyennes et populaires.

«Denis (28 ans, comptable) & Julie (30 ans, chargée de communication), deux corses/ Linda & Salim (Un couple. Ils ont tout deux 33 ans et sont techniciens)/ Fabien (26 ans, barman et mannequin) & Tarik (51 ans, chanteur) : Père et fils.»

Le 5 mars 2013, c’était un candidat de Top Chef, l’émission culinaire star de M6, qui faisait une référence à Dieudonné en citant la phrase «Au-dessus, c’est le soleil». Mais est-ce vraiment une référence volontaire? Difficile à dire (à 2’56 dans la vidéo).

En 2010, c’est une équipe de candidats de l’émission Secret Story qui, interrogée lors d’un des appartés face caméra pour commenter les derniers épisodes, affirme avoir glissé une grosse quenelle à ses concurrents. Benjamin Castaldi lui-même reprend la formulation sur le plateau.

Sur Internet, les forums proches de l’humoriste exultent devant l’ironie de la situation. La principale chaîne du système vient de rendre un hommage appuyé bien qu’involontaire à l’humoriste le plus boycotté de France. Qui plus est, Secret Story est produit par Endemol, la société d’Arthur, ennemi juré de Dieudonné. L’archive a été rapidement supprimée, mais elle est encore visionnable sur le site russe Rutube.

Le niveau de conscience politique des multiples candidats de téléréalité qui citent du Dieudonné est difficile à évaluer, bien entendu (leur niveau de conscience tout court, peut-être, aussi). Mais le phénomène est bien réel.

Est-ce vraiment surprenant? Le dernier spectacle de Dieudonné, Foxtrot, a fait le plein des Zenith de France, réunissant 2 à 4.000 spectateurs par ville. Posté le 18 juin sur YouTube, ce dernier avait, le 23, été visionné près de 300.000 fois (vidéo aujourd’hui retirée). Quant au grand raout annuel des troupes, le Bal des quenelles, l’édition 2013 a écoulé toutes ses places, et il est raisonnable d’estimer l’affluence à un petit millier de personnes.

L’activité protéiforme de Dieudonné et sa capacité à se placer simultanément sur plusieurs tableaux constitue un phénomène assez nouveau. Il se passe bien quelque chose, mais on ne sait pas encore vraiment quoi.

Voir de plus:

Quenelle de Dieudonné : la stupidité des élites juives

Stephane Haddad

Riposte laïque

31 décembre 2013

La Quenelle de Dieudonné a pris des proportions considérables et comme son inventeur antisémite, le proclame fièrement, « ça ne lui appartient plus, ça appartient à l’Histoire ».

Il convient de rappeler que ce geste est apparu il y a au moins 5 ans. Dieudonné a mis ce geste à toutes les sauces, en visant les politiques, les administrations, le gouvernement, les américains, les juifs, etc. Personne ne l’avait remarqué pour autre chose que sa façon de faire rire son public, de la même manière que chaque humoriste a ses marottes et ses postures pour être identifié et se démarquer.

Pour l’immense majorité des personnes, dont je suis, il pouvait être considéré comme un geste provocateur, vulgaire ou drôle selon l’humeur et l’humour de chacun, mais pas comme le salut nazi inversé. La meilleure preuve en est que, pendant des années, ce geste ne soulevait pas l’indignation qu’il provoque aujourd’hui, et n’avait pas gagné une popularité d’une telle ampleur.

Il a fallu qu’un esprit peu éclairé de la communauté, décide que c’était là le symbole du salut Nazi inversé pour lui donner à présent cette unique signification et que le phénomène prenne des proportions considérables et irrattrapables….

Il fallait qu’un esprit en mal de reconnaissance, qui se croyait plus intelligent que les autres, « shoatise » le geste, pour se faire remarquer ( ?), ou pour déclarer vouloir lutter contre Dieudonné alors qu’il y a bien d’autres moyens et raison de le combattre et de le critiquer (une des meilleures étant probablement d’aller sur son terrain, et de le moquer, en le caricaturant en grouillot lèche babouche de l’Iran et des islamistes ce que personne ne fait…).

Même si il est possible que Dieudonné ait eu cette idée dès la création de cette posture, elle ne faisait pas les ravages actuelles qu’elle provoque avant qu’elle soit requalifiée de la sorte. De surcroit, Dieudonné « surfant sur la vague du succès » a, à présent, légèrement modifié le geste en baissant un peu le niveau de la main, pour effectivement le rapprocher du salut nazi inversé.

En décrétant ce geste comme le symbole du mal absolu, cette personne a de façon évidente offert sa plus belle victoire à Dieudonné, un peu comme lorsque l’on ouvre un programme indésirable dans un ordinateur, et qu’un virus contamine tout le réseau. C’est un désastre.

Il y a de surcroit un effet pervers beaucoup plus redoutable qui a été réveillé.

A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…).

On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….).

Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens….

La Quenelle de Dieudonné, ou quand ceux qui se considèrent comme « l’élite » de la communauté juive devraient apprendre à tourner sept fois leur langue dans la bouche avant de parler.

Voir par ailleurs:

Dieudonné est un signe annonciateur de ce qui vient

Guy Millière

Dreuz

02 jan 201

Dois-je l’écrire ? Je ne suis pas socialiste. J’ai eu l’occasion de critiquer de nombreuses fois ce gouvernement, et Manuel Valls. Mais quand Manuel Valls prend une position digne, je dis que Manuel Valls prend une position digne, je le dis. Et, en l’occurrence, je dis que Manuel Valls prend une position digne dans l’affaire Dieudonné.

J’ajoute que ceux qui invoquent la liberté de parole ou les principes inhérents au Premier amendement à la Constitution des Etats-Unis se trompent : il ne s’agit plus, en l’occurrence, de liberté de parole, mais d’incitations à la haine, et, sans doute, d’incitations au meurtre, voire d’incitation au génocide. C’est en tout cas dans cette catégorie que tombent les propos tenus par le principal intéressé concernant Patrick Cohen et les chambres à gaz. La liberté de parole ne couvre pas les incitations au meurtre, voire les incitations au génocide, qui peuvent faire l’objet de procédures judiciaires aux Etats-Unis, à juste titre à mes yeux. Dire « je suis raciste » est une chose (qui rentre dans la même catégorie que dire : je suis un salaud) : dire « ce serait bien de tuer les Noirs » est tout à fait une autre chose.

Je précise que ceux qui parlent de « spectacle » se trompent aussi : il ne s’agit plus de spectacle lorsque les propos qu’on tient sont emplis de connivences permettant aux racistes, aux antisémites, aux négationnistes, à ceux qui souhaitent la destruction génocidaire d’Israël de s’exciter ensemble et d’entendre de surcroît les incitations susdites.

Je souligne que les propos des dirigeants du Front National sur le sujet suffisent à montrer que décidément, le Front National continue à entretenir un rapport aux Juifs, au judaïsme et à Israël couvert de moisissures.

Je souligne aussi que les propos tenus de façon récurrente dur un site tel que Boulevard Voltaire montrent la dérive de ce site vers des positions qui sont celles d’une extrême droite qui ne me semble pas très fréquentable.

Publier des propos anti-israéliens comme il en traîne dans des publications déjà nombreuses n’a rien d’original. Faire de la publicité pour des livres radicalement anti-israéliens (tels « Le livre noir de l’occupation israélienne ») dans un contexte où des textes excusent ou édulcorent l’antisémitisme n’a rien de courageux.

Dans une société comme la société américaine, Dieudonné serait considéré comme si abject qu’il aurait déjà disparu de l’horizon, et se produirait devant des salles quasiment vides. Malgré Obama, les Etats-Unis restent un pays très imperméable à l’antisémitisme, et c’est ce qui en fait un pays qui reste plus sain que la France. On trouve aux Etats-Unis de la propagande « pro-palestinienne », sur les campus universitaires surtout, mais ceux qui disséminent cette propagande veillent soigneusement à éviter ce qui pourrait permettre de les accoler à des propagateurs de haine antisémite.

En France, l’abjection qu’incarne désormais Dieudonné remplit les salles, crée des réseaux, use de signes de ralliement prolongeant les connivences inhérentes aux spectacles. Les commentaires publiés après divers articles de presse montrent que l’antisémitisme remonte des égouts et traine désormais dans de nombreux caniveaux.

Parce qu’il prend position, avec courage, Meyer Habib, qui mène remarquablement un travail de vigilance contre l’antisémitisme et l’ « antisionisme », se voit incité à aller vivre en Israël.

Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition.

On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien.

On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime.

Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient.

Je crains que des tendances plus denses et plus profondes soient à l’oeuvre en France.

Je crains que les amis de Manuel Valls, qui oeuvrent au sein du parti socialiste ne servent ces tendances, sans toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que les amis de Patrick Cohen qui oeuvrent au sein de la nomenklatura médiatique ne servent eux aussi ces tendances, sans eux-mêmes toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que nous ne soyons dans une époque très malsaine, et que cela ne s’arrange pas.

Des Français quittent la France chaque année, comme on quitte un navire qui glisse vers le naufrage : c’est un fait.

Des Juifs quittent la France chaque année parce qu’ils sentent ce qui passe dans l’air du temps : c’est un fait encore.

Je comprends ces départs.

Voir aussi:

L’ITW dans Lyon Capitale qui a fait condamner Dieudonné
Par la rédaction
03/01/2014

En janvier 2002, Lyon Capitale interrogeait Dieudonné, qui était alors candidat à l’élection présidentielle. Dans cet entretien mené par Philippe Chaslot, cofondateur de Lyon Capitale, Dieudonné déclarait : “antisémite n’existe pas parce que juif n’existe pas”. Ces propos, entre autres, lui ont valu d’être attaqué par des associations de lutte contre l’antisémitisme. Malgré une relaxe en appel en 2004, la Cour de cassation juge de manière définitive (arrêt du 16 février 2007*) que “ces propos mettent précisément en cause la communauté juive à raison de sa religion, ce qui manifeste une conviction ouvertement antisémite”. Nous republions ci-dessous l’intégralité de cet entretien.

Lyon Capitale n° 360 (23 janvier 2002)

Dieudonné existe-t-il ?
Dieudonné, humoriste et candidat aux présidentielles

Entretien – La candidature aux présidentielles de l’humoriste Dieudonné n’est pas sa première implication en politique comme c’était le cas pour Coluche en 1981. Dieudonné se décrit avant tout comme un utopiste révolté. Il développe dans Lyon Capitale ses revendications communautaristes. Son anticléricalisme tous azimuts l’entraîne à nier jusqu’à l’existence même du fait religieux. Jusqu’à l’irresponsabilité dangereuse quand il n’hésite pas à renvoyer au même néant Juifs et antisémites.

“Lyon Capitale : Quelle est votre identité de candidat aux présidentielles et où en êtes-vous de vos 500 signatures ?

Dieudonné : Dieudonné M’Bala M’Bala. Ça figure sur mes pièces d’identité. Ce sera inscrit sur les bulletins de vote. Nous en sommes à 300 signatures.

Pourquoi cette candidature ?

Je ne compte pas être élu président, mais j’ai le sentiment d’être un otage d’un pouvoir autoritaire et injuste. Je veux apporter une dimension d’utopie peut-être, de libre-penseur sûrement. C’est important que les discours ne soient pas monopolisés par des professionnels de la politique dont les carrières ne devraient pas excéder 5 à 6 ans. Après les choses s’entremêlent.

Le FN vous paraît-il toujours aussi dangereux ?

Je joue beaucoup aux échecs et je dirais que le FN reste une pièce qui compte sur l’échiquier. Il est indispensable au jeu politique actuel, bouclier ou épouvantail. Le FN représente les valeurs nues d’une droite d’ultra-conservateurs. Ça peut être un réservoir. Le FN, comme les chalutiers, ça ramasse ce qu’il y a au fond, la merdasse. Une certaine gauche en a aussi besoin pour l’emporter grâce à des triangulaires. Depuis 1997, j’appréhende un peu mieux les enjeux et les règles : il y a des stratégies d’intérêts croisés et il ne faut pas toujours se fier aux étendards politiques.

Dans une salle remplie de militants FN, feriez-vous un discours ou un sketch ?

Un sketch. Et je pense que je les ferais marrer ! Mon métier c’est de rire de la bêtise humaine, on aurait de quoi rire ensemble. Si l’on réfléchit sur leur programme… En attendant, le MNR dans certaines villes appelle dans des tracts à l’interdiction de mon spectacle.

Vous proposez une politique de quotas pour les gens dits “de couleur”… Ce modèle anglo-saxon est très contesté en France. Assumez-vous le fait d’être un candidat communautariste ?

Chirac et Jospin sont des candidats communautaristes, hommes et blancs, et comme les politiques en France qui sont toujours chrétiens ou juifs. C’est une petite minorité au pouvoir dans cette société. Moi, je ne suis pas communautariste… ou alors pas plus qu’eux !

Chirac et Jospin ne sont pas communautaristes, ils n’ont pas été élus sur ces critères – écrits nulle part – mais sur un nom et un programme…

Quand vous allez chercher un boulot ou un logement, la discrimination n’est écrite nulle part. Elle se vit au quotidien. C’est la vérité tout comme l’apartheid en Israël. Aux Antilles, 95 % des richesses appartiennent encore aux descendants des esclavagistes, toujours au pouvoir. Je suis favorable à une nouvelle répartition de ces richesses ainsi qu’aux quotas à la télévision avec une représentativité des minorités.

Comme aux États-Unis ?

Exactement, comme aux États-Unis. Il faut des lois, des règles. Il faut des femmes aux postes de responsabilité et des Noirs. Il n’est pas normal qu’en Guadeloupe, Martinique ou en Nouvelle-Calédonie le pouvoir soit exercé uniquement par des minorités blanches. C’est vrai qu’en République on ne peut pas définir un homme en fonction de sa couleur : un citoyen est un citoyen. Mais ça, c’est la poésie. Quand on va chercher un logement… ça ne marche pas. Alors il faut tendre vers l’utopie républicaine mais il faut jalonner ce parcours de règles et de lois comme la parité et les quotas.

Pour vous, “il est impératif de reconnaître la dette de la France envers les descendants d’esclaves” et vous demandez “réparation comme pour les descendants des Juifs déportés”. Quel sens cela a-t-il, 150 ans après ?

Loïk Le Floch-Prigent, ancien pdg d’Elf, m’a expliqué comment aujourd’hui encore la France continuait à piller le continent africain, comme du temps des esclaves, comment des cargaisons entières de pétrole partaient d’Afrique sans être comptabilisées. La France est un État voleur. La France doit faire un bilan avec son passé, d’autant que le pillage continue. Le braquage organisé par Elf se fait sur ordre de Lionel Jospin et Jacques Chirac. C’est la réalité (…) En cas de crise, Chirac et Jospin se retrouvent ensemble dans une église. Moi, à leur place, plutôt que d’écouter les bêtises de Lustiger, j’aurais pris les textes sacrés et je les aurais brûlés sous l’Arc de Triomphe pour symboliser la destruction des frontières virtuelles qui séparent les hommes jusqu’à les pousser à s’entretuer.

Que pensez-vous de la montée de l’antisémitisme parmi certains jeunes Beurs ?

Le racisme a été inventé par Abraham. Le “peuple élu”, c’est le début du racisme. Les musulmans aujourd’hui renvoient la réponse du berger à la bergère. Juifs et musulmans, pour moi, ça n’existe pas. Donc antisémite n’existe pas parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde. Je ne comprends rien à cette histoire. Pour moi, les Juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme la “guerre sainte”, etc.

Votre liste de ministres putatifs est prestigieuse : Jamel, Bové, etc. Mais votre ancien partenaire Élie Semoun n’en fait pas partie. C’est parce qu’il fait partie du peuple élu ?

Pour moi, Élie n’est pas juif, c’est un comédien qui a des idées politiques que je crois proches du PS. Est-ce que c’est par conviction ou intérêt personnel ? Je ne sais pas, mais je ne vais pas l’entraîner dans une aventure libertaire qu’il ne partagerait pas.

Vous agacez souvent par votre côté revendicatif et geignard. N’avez-vous pas besoin d’un bon conseiller en com’ ou d’une Bernadette à faire valoir ?

(Rires.) Je ne sollicite pas vraiment les électeurs. Il n’y a pas d’autre projet que d’être symboliquement là et d’aborder certains thèmes comme la justice, le droit au logement, la répartition de la richesse en France par rapport au reste du monde. Mon côté revendicatif ? J’ai peu de temps pour exprimer les choses dramatiques que je perçois sur le terrain. Quand on voit 25 personnes sans abri dans la rue dont des femmes et des enfants, c’est insupportable. Ça peut irriter et rendre tendu. Avec le temps, je me défends… mais je ne lâche pas l’affaire (…) Coluche a amené une candidature très burlesque. Je n’ai ni son talent ni sa notoriété. Mais Mme Tjibaou m’a envoyé le drapeau de la Kanakie, c’est important (…) Alors on me trouve chiant, mais c’est la télé-divertissement qui l’est ! Je les trouve chiants, les Fogiel, les Arthur et Ardisson – enfin, Ardisson, ce n’est vraiment pas le pire. La télé est globalement chiante. C’est vrai qu’avec mes histoires de négro j’ai pu emmerder certaines personnes.

Pour un humoriste, la candidature aux présidentielles est un exercice périlleux. Comment être pris au sérieux sans casser son image ?

Je ne me débrouille pas si mal. Aujourd’hui, pour leur “foutre au cul”, comme disait Coluche – pour rester dans cette ligne de pensée –, il faut adopter une attitude sur le fil du rasoir, entre dérision et engagement citoyen. Il faut ne pas se prendre au sérieux mais ne pas être dans la rigolade non plus… Sinon, les hommes au pouvoir, on ne les embêterait pas tant que ça.

Qu’est-ce qui vous fait rire dans la fonction présidentielle ?

Tout m’amuse. Les fastes… Jospin, Chirac, c’est la cour. Ne manquent que les couronnes. L’armée, la religion, les puissances économiques, tout est là. On a un vernis démocratique sur un système complètement archaïque et ringard. Le G8, c’est Rome toute-puissante. Jésus-Christ s’est battu lui-même contre cet empire, contre Berlusconi (…) Quand on a la bombe atomique, on ne vit pas dans une nation civilisée. Dans ce monde, les pires sont ceux qui fabriquent les armes, les Français, les Américains et d’autres.

Le 30 janvier, sort Astérix. Une façon de parler de vos ancêtres les Gaulois ?

Ben voilà, c’est ça. Entre Jamel et moi, c’est important d’être dans ce film qui fait référence au patrimoine. Je suis français, mes ancêtres n’étaient pas forcément gaulois et ce n’est pas un problème. C’est bien !”

Propos recueillis par Philippe Chaslot.

* L’arrêt de la Cour de cassation est en ligne ici.

Voir enfin:

The Move to Muzzle Dieudonné M’Bala M’Bala

The Bête Noire of the French Establishment

Diana Johnstone

Counterpunch

Paris

French mainstream media and politicians are starting off the New Year with a shared resolution for 2014: permanently muzzle a Franco-African comedian who is getting to be too popular among young people.

In between Christmas and New Year’s Eve, no less than the President of the Republic, François Hollande, while visiting Saudi Arabia on (very big) business, said his government must find a way to ban performances by the comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, as called for by French Interior Minister, Manuel Valls.

The leader of the conservative opposition party, UMP, Jean-François Copé, immediately chimed in with his “total support” for silencing the unmanageable entertainer.

In the unanimous media chorus, the weekly Nouvel Observateur editorialized that Dieudonné is “already dead”, washed up, finished. Editors publicly disputed whether it was a better tactic to try to jail him for “incitement to racial hatred”, close his shows on grounds of a potential “threat to public order”, or put pressure on municipalities by threatening cultural subsidies with cuts if they allow him to perform.

The goal of national police boss Manuel Valls is clear, but the powers that be are groping for the method.

The dismissive cliché heard repeatedly is that “nobody laughs at Dieudonné any more”.

In reality, the opposite is true. And that is the problem. On his recent tour of French cities, videos show large, packed theaters roaring with laughter at their favorite humorist. He has popularized a simple gesture, which he calls the “quenelle”. It is being imitated by young people all over France. It simply and obviously means, we are fed up.

To invent a pretext for destroying Dieudonné, the leading Jewish organizations CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, the French AIPAC) and LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, which enjoys special privileges under French law) have come up with a fantasy to brand Dieudonné and his followers as “Nazis”. The quenelle is all too obviously a vulgar gesture roughly meaning “up yours”, with one hand placed at the top of the other arm pointing down to signify “how far up” this is to be.

But for the CRIF and LICRA, the quenelle is “a Nazi salute in reverse”. (You can never be too “vigilant” when looking for the hidden Hitler.)

As someone has remarked, a “Nazi salute in reverse” might as well be considered anti-Nazi. If indeed it had anything to do with Heil Hitler. Which it clearly does not.

But world media are taking up this claim, at least pointing out that “some consider the quenelle to be a Nazi salute in reverse”. Never mind that those who use it have no doubt about what it means: F— the system!

But to what extent are the CRIF and LICRA “the system”?

France needs all the laughter it can get

French industry is vanishing, with factory shutdowns week after week. Taxes on low income citizens are going up, to save the banks and the euro. Disillusion with the European Union is growing. EU rules exclude any serious effort to improve the French economy. Meanwhile, politicians on the left and the right continue their empty speeches, full of clichés about “human rights” – largely as an excuse to go to war in the Middle East or rant against China and Russia. The approval rating of President Hollande has sunk to 15%. However people vote, they get the same policies, made in EU.

Why then are the ruling politicians focusing their wrath on “the most talented humorist of his generation” (as his colleagues acknowledge, even when denouncing him)?

The short answer is probably that Dieudonné’s surging popularity among young people illustrates a growing generation gap. Dieudonné has turned laughter against the entire political establishment. This has led to a torrent of abuse and vows to shut down his shows, ruin him financially and even put him in jail. The abuse also provides a setting for physical attacks against him. A few days ago, his assistant Jacky Sigaux was physically attacked in broad daylight by several masked men in front of the city hall of the 19th arrondissement – just opposite the Buttes Chaumont Park. He has lodged a complaint.

But how much protection is to be expected from a government whose Interior Minister, Manuel Valls – in charge of police – has vowed to seek ways to silence Dieudonné?

The story is significant but is almost certain to be badly reported outside France – just as it is badly reported inside France, the source of almost all foreign reports. In translation, a bit of garbling and falsehoods add to the confusion.

Why Do They Hate Him?

Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun. This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote. And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own. A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese.

Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”. A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”. This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation.

Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany.

“Anti-Semitism!” was the cry, although the target was Israel (and the United States as allies in the Middle East). Calls multiplied to ban his shows, to sue him, to destroy his career. Dieudonné attempted to justify his sketch as not targeting Jews as such, but, unlike others before him, would not apologize for an offense he did not believe he had committed. Why no protests from Africans he had made fun of? Or Muslims? Or Chinese? Why should a single community react with such fury?

Thus began a decade of escalation. LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure. Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack. Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media. It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him.

The Ideological Background

To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context. For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed. The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”). As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital.

In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. But some ethnic particularisms are less welcome than others. The Muslim veil was first banned in schools, and demands to ban it in adult society grow. The naqib and burka, while rare, have been legally banned. Disputes erupt over Halal foods in cafeterias, prayers in the street, while cartoons regularly lampoon Islam. Whatever one may think of this, the fight against communitarianism can be seen by some as directed against one particular community. Meanwhile, French leaders have been leading the cry for wars in Muslim countries from Libya to Syria, while insisting on devotion to Israel.

Meanwhile, another community is the object of constant solicitude. In the last twenty years, while religious faith and political commitment have declined drastically, the Holocaust, called the Shoah in France, has gradually become a sort of State Religion. Schools commemorate the Shoah annually, it increasingly dominates historical consciousness, which in other areas is declining along with many humanistic studies. In particular, of all the events in France’s long history, the only one protected by law is the Shoah. The so-called Gayssot Law bans any questioning of the history of the Shoah, an altogether unprecedented interference with freedom of speech. Moreover, certain organizations, such as LICRA, have been granted the privilege of suing individuals on the basis of “incitement to racial hatred” (very broadly and unevenly interpreted) with the possibility of collecting damages on behalf of the “injured community”. In practice, these laws are used primarily to prosecute alleged “anti-Semitism” or “negationism” concerning the Shoah. Even though they frequently are thrown out of court, such lawsuits constitute harassment and intimidation. France is the rare country where the BDS (Boycott, Divestment, Sanctions) movement against Israeli settlement practices can also be attacked as “incitement to racial hatred”.

The violence-prone Jewish Defense League, outlawed in the United States and even in Israel, is known for smashing books shops or beating up isolated, even elderly, individuals. When identified, flight to Israel is a good way out. The victims of the JDL fail to inspire anything close to the massive public indignation aroused when a Jewish person falls victim to wanton violence. Meanwhile, politicians flock to the annual dinner of the CRIF with the same zeal that in the United States they flock to the dinner of AIPAC – not so much for campaign funds as to demonstrate their correct sentiments.

France has the largest Jewish population in Western Europe, which actually largely escaped the deportation during German occupation that expelled Jewish immigrants to concentration camps. In addition to an old, established Jewish population, there are many newcomers from North Africa. All this adds up to a very dynamic, successful population, numerous in the more visible and popular professions (journalism, show business, as well as science and medicine, among others).

Of all French parties, the Socialist Party (especially via the Israeli Labor Party of Shimon Peres in the Socialist International) has the closest historic ties with Israel. In the 1950s, when France was fighting against the Algerian national liberation movement, the French government (via Peres) contributed to the Israeli project of building nuclear weapons. Today it is not the Labor Party that rules Israel, but the far right. Hollande’s recent cozy trip to Benjamin Netanyahu showed that the rightward drift of policy in Israel has done nothing to strain relations – which seem closer than ever.

Yet this Jewish community is very small compared to the large number of Arab immigrants from North Africa or black immigrants from France’s former colonies in Africa. Several years ago, a leading Socialist Party intellectual, Pascal Boniface, cautiously warned party leaders that their heavy bias in favor of the Jewish community could eventually cause electoral problems. This statement in a political assessment document caused an uproar which nearly cost him his career.

But the fact remains: it is not hard for French people of Arab or African background to feel that the “communitarianism” that really has clout is the Jewish community.

The Political Uses of the Holocaust

Norman Finkelstein showed some time ago that the Holocaust can be exploited for less than noble purposes: such as extorting funds from Swiss banks. However, in France the situation is very different. No doubt, constant reminders of the Shoah serve as a sort of protection for Israel from the hostility aroused by its treatment of the Palestinians. But the religion of the Holocaust has another, deeper political impact with no direct relation to the fate of the Jews.

More than anything else, Auschwitz has been interpreted as the symbol of what nationalism leads to. Reference to Auschwitz has served to give a bad conscience to Europe, and notably to the French, considering that their relatively small role in the matter was the result of military defeat and occupation by Nazi Germany. Bernard-Henri Lévy, the writer whose influence has grown to grotesque proportions in recent years (he led President Sarkozy into war against Libya), began his career as ideologue by claiming that “fascism” is the genuine “French ideology”. Guilt, guilt, guilt. By placing Auschwitz as the most significant event of recent history, various writers and speakers justify by default the growing power of the European Union as necessary replacement for Europe’s inherently “bad” nations. Never again Auschwitz! Dissolve the nation-states into a technical bureaucracy, free of the emotional influence of citizens who might vote incorrectly. Do you feel French? Or German? You should feel guilty about it – because of Auschwitz.

Europeans are less and less enthusiastic about the EU as it ruins their economies and robs them of all democratic power over the economy. They can vote for gay marriage, but not for the slightest Keynesian measure, much less socialism. Nevertheless, guilt about the past is supposed to keep them loyal to the European dream.

Dieudonné’s fans, judging from photographs, appear to be predominantly young men, fewer women, mostly between the ages of twenty and thirty. They were born two full generations after the end of World War II. They have spent their lives hearing about the Shoah. Over 300 Paris schools bear a plaque commemorating the tragic fate of Jewish children deported to Nazi concentration camps. What can be the effect of all this? For many who were born long after these terrible events, it seems that everyone is supposed to feel guilty – if not for what they didn’t do, for what they supposedly might do if they had a chance.

When Dieudonné transformed an old semi-racist “tropical” song, Chaud Cacao, into Shoah Ananas, the tune is taken up en masse by Dieudonné fans. I venture to think that they are not making fun of the real Shoah, but rather of the constant reminders of events that are supposed to make them feel guilty, insignificant and powerless. Much of this generation is sick of hearing about the period 1933-1945, while their own future is dim.

Nobody Knows When to Stop

Last Sunday, a famous football player of Afro-Belgian origin, Nicolas Anelka, who plays in the UK, made a quenelle sign after scoring a goal – in solidarity with this friend Dieudonné M’Bala M’Bala. With this simple and basically insignificant gesture, the uproar soared to new heights.

In the French parliament, Meyer Habib represents “overseas French” – some 4,000 Israelis of French origin. On Monday he twittered: “Anelka’s quenelle is intolerable! I will introduce a bill to punish this new Nazi salute practiced by anti-Semites.”

France has adopted laws to “punish anti-Semitism”. The result is the opposite. Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism. When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly.

Yet in this escalation, the relationship of forces is very uneven. A humorist has words as his weapons, and fans who may disperse when the going gets rough. On the other side is the dominant ideology, and the power of the State.

In this sort of clash, civic peace depends on the wisdom of those with most power to show restraint. If they fail to do so, this can be a game with no winners.

16 commentaires pour Polémique Dieudonné: Après le mariage, la victimisation pour tous ! (Streisand effect: How demonization keeps France’s defrocked multiculturalist poster child alive)

  1. Ce cirque n’a rien à voir avec l’extrème droite, cette vieille chaussette qui une fois retournée regarde à gauche. C’est plutôt l’échec de la démocratie mathématique sans substance ni croyance, un godmichet pour supporter une civilisation infantile et pornographique.

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  2. jcdurbant dit :

    Je pense que Dieudonné est devenu un personnage infréquentable, dangereux, abject. Je pense qu’il doit être dénoncé. Je pense aussi qu’à désigner essentiellement et uniquement Dieudonné, le mouvement qui se dessine est à même de faire de celui-ci un martyr, et que cela peut se révéler à terme très improductif, voire contre productif … Les uns comme les autres ne voient pas que le public de Dieudonné, comme Dieudonné lui-même, ce sont leurs produits. Ils ne voient pas que le pire, qui semble chaque jour plus difficile à éviter, sera leur oeuvre. Ce n’est pas Dieudonné qui a brûlé mille voitures et assassiné trois personnes dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Ce n’est pas lui qui a multiplié les zones de non droit. Ce n’est pas lui qui a créé cette déchéance qui conduit vers les files attendant la nourriture distribuée aux Restaurants du cœur. Ce n’est pas lui qui a disséminé les idées qui lui permettent de remplir les salles et d’avoir des millions de gens qui se connectent à la « dieudosphère ». Ce n’est pas lui qui a fait d’un assassin libanais emprisonné à vie en France un citoyen d’honneur de la ville de Bagnolet et qui glorifie d’autres criminels islamiques dans de multiples mairies. Ce n’est pas lui qui publie dans Le Monde des tribunes telles que « Libérez Marwan Barghouthi et tous les prisonniers palestiniens » (25 octobre 2013) ou, dans Le Figaro, « La guerre des olives fait rage en Palestine » (14 décembre 2013).

    Guy Millière

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  3. jcdurbant dit :

    Je n’aime pas Dieudonné et je suis certain qu’il est viscéralement antisémite et révisionniste, deux attitudes qui me répugnent. Mais la liberté d’expression est sacrée et la censure n’est jamais une solution acceptable.

    Je m’oppose donc à la censure de Dieudonné, comme je m’oppose à ceux qui veulent établir des lois punissant le blasphème. Dans le monde anglo-saxon, on le sait, on peut tout dire et tout écrire et il fut un temps où , en plein cœur de Londres, à Hyde Park;, on pouvait voir un homme haranguer la « foule » en vantant les mérites du nazisme et un autre se faire l’apologue du communisme. C’est ainsi que je conçois la démocratie et la liberté. Ceux qui les suivent sont des imbéciles. Faire de leurs idoles des martyrs les rendra-t-il plus intelligents ? J’en doute.

    J’ai le droit de blasphémer, j’ai le droit d’aimer ou de détester Dieudonné ou Alain Soral, j’ai le droit de mépriser et de condamner le communisme ou le fascisme, j’ai le droit de lire Céline ou Marx, j’ai le droit de regarder des films pornographiques. Mais je dénie ABSOLUMENT à l’Etat le droit de décider ce que je peux voir, lire ou entendre.

    Et je pense que les idées se combattent avec des idées, pas avec la censure.

    Par ailleurs je pense que l’on est en train de faire à cet épouvantable individu et à ses « idées » nauséabondes une énorme et détestable publicité gratuite (mis à part que, étant donné que ceci est le fait de ceux qui nous dirigeant, cette publicité est faite avec l’argent de nos impôts… )

    Et n’oublions pas qu’en empêchant cet homme de s’exprimer, on crée un dangereux précédent. Qui décidera, demain, ce qui peut ou non être dit, chanté ou montré ? Et au nom de quoi ?

    Ce n’est pas dans cette société qui évoque à mes yeux la France de Vichy ou l’Union soviétique de Staline que je souhaite vivre.

    Claude Moniquet

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  4. jcdurbant dit :

    Toutes les associations antiracistes approuvent la mise au silence de celui qui, il y a encore dix ans, défendait avec elles les sans-papiers et le métissage. Les responsables politiques entendus ces derniers jours soutiennent cette même démarche. Je la crois contreproductive et dangereuse. En propulsant Dieudonné au centre du débat politique (sur la symbolique de la quenelle !) et en faisant de lui un hérétique, le gouvernement se trompe de méthode et de cible. La question n’est pas de savoir si cet homme est antisémite : il l’est, à l’évidence ; et ce depuis ce 1 er décembre 2003 où, sur France 3, il finit son sketch par un « Isra-Heil », bras tendu. Mais Dieudonné est surtout le révélateur, à travers son public, de la nouvelle haine anti-juive et anti-blanche que les antiracistes, qui s’indignent aujourd’hui, ont laissé prospérer au cœur des intouchables cités d’immigration. Ce désastre est le leur. Il est à regarder en face et non pas à dissimuler sous le tapis.

    Ce n’est pas par la censure que les idées se combattent. Ces procédés sont à laisser aux inquisiteurs et aux apprentis fascistes. Or, il y a longtemps que la gauche et ses médias ont trahi Voltaire en malmenant régulièrement la liberté d’expression, ce socle de notre civilisation. Une opinion peut être fausse, sotte, malsaine, dangereuse. Elle ne devrait pas, pour autant, être considérée comme un délit, à moins de croire à l’exorcisme. C’est pour cette raison que je me suis toujours opposé à la Loi Gayssot, aux lois mémorielles, à la pénalisation des pensées et des arrière-pensées. D’autant que l’internet ne permet plus ces mises au pas, sinon encore en Chine. Interdire Dieudonné, c’est multiplier son audience et accréditer sa posture antisystème, qui masque (mal) sa détestation de ceux qui ne lui ressemblent pas. Combattre le racisme et l’antisémitisme oblige à identifier ceux qui en sont les vecteurs, afin de les nommer, de les dénoncer, de leur demander des comptes, de les humilier publiquement. En cherchant à imposer une chape de plomb – vieux réflexe totalitaire – le gouvernement mésestime la capacité de l’opinion publique à être son propre juge sur des propos déshonorants. Les Français ne sont pas des enfants : c’est à eux qu’il revient de juger Dieudonné et ceux qui, nombreux, viennent l’applaudir à ses spectacles.

    Ivan Rioufol

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  5. jcdurbant dit :

    L’image d’une salle de spectacle, encadrée par un cordon de CRS, restera un moment fort du rétablissement d’un ordre moral en France. Demain, le ministre de l’Intérieur obligera les opérateurs internet à retirer certaines vidéos. Après-demain, on devra obtenir une autorisation administrative avant de poster un tweet. «Laissons parler les imbéciles», écrivions-nous le mois dernier, en conclusion de notre rapport sur la liberté d’expression pour le think tank Generation libre. Aujourd’hui, l’imbécile s’appelle Dieudonné, et il faut le laisser parler, au nom des principes qui fondent notre démocratie; des principes énoncés par les encyclopédistes et inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme. L’interdiction ex ante d’un spectacle fait prendre à notre pays une pente totalitaire. Le Conseil d’Etat a invoqué «l’ordre public». Mais en l’absence de troubles violents, l’ordre public consiste au contraire à garantir la liberté de réunion (…) Au lieu de fermer les guichets de Dieudonné, la police n’aurait-elle pas dû être déployée pour en garantir l’accès contre d’éventuels fauteurs de troubles ? Pour contourner cette objection, le Conseil d’Etat a introduit dans la jurisprudence, à l’évidence sous pression politique, la notion d’«atteinte à la dignité humaine» comme composante de l’ordre public. Voilà qui ouvre la voie à toutes les dérives. Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l’homme, y a vu «une décision lourde de périls». Allons-nous laisser le juge définir notre dignité ? Le Conseil d’Etat estimera-t-il un jour que les films de Lars von Trier portent «atteinte à la dignité humaine» et qu’il faut les interdire préventivement ? Que Jonathan Littell, en décrivant le psychisme d’un officier SS, épouse les pensées de son héros et qu’il faut mettre les Bienveillantes au pilon ? On espère que la Cour européenne des droits de l’homme, qui a déjà maintes fois condamné la France pour violation de la liberté d’expression, sera saisie d’une telle aberration. Allons plus loin. Les lois mêmes qui répriment les propos antisémites (et tout autre propos «incitant à la discrimination» en fonction de la race, de la religion…) et l’incitation à la haine raciale sont discutables. En se substituant à l’exercice de la raison, elles déresponsabilisent. Une société forte doit pouvoir tolérer le pire (dans les limites de l’appel à la violence) car elle doit savoir y répondre, par l’argumentation et la critique. Une société faible ne sait qu’interdire, réduisant ses plus nobles valeurs en un «dogme mort», pour reprendre John Stuart Mill. Notre dogme mort, aujourd’hui, ce sont ces fameuses «valeurs de la République» que chacun brandit mais que plus personne ne se donne la peine d’exposer. Sacralisées, jugées irréfutables et donc jamais débattues, elles se vident de leur force. Aux Etats-Unis, le premier amendement garantit une liberté d’expression presque absolue. Craig Cobb, white supremacist ouvertement antisémite, raciste et hitlérien, fait donc régulièrement le tour des plateaux télé. Résultat, lorsqu’il a voulu organiser un grand rassemblement dans le Dakota pour Noël, une seule personne s’est présentée… et Craig Cobb est devenu la risée du pays. Si vous voulez vraiment combattre l’antisémitisme, répondez aux antisémites. Pour pouvoir leur répondre, laissez-les parler. Ecoutez leurs raisonnements, et réfutez-les. Si vous croyez en nos valeurs, refusez que l’Etat les impose par la force. Plutôt que d’ériger Dieudonné en héros antisystème, poursuivi par les caméras dans une voiture aux vitres teintées, invitons-le à discuter. Sortons sa haine au grand jour. Mettons-le face à ses lacunes. Gaussons-nous de ses vitupérations. Et il reviendra ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un petit imbécile.

    Gaspard KOENIG Philosophe, président du think tank Generation libre et Aurélien PORTUESE Juriste, maître de conférences à l’université de Westminster

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  6. jcdurbant dit :

    Voir aussi l’excellente dénonciation de la stratégie Valls par Bedos fils:

    Si je fais cette chronique, c’est parce que je tiens très très vite à prouver que l’on peut dépasser les limites, que l’on n’est pas forcément Manuel Valls, pas un cul cousu, un frileux… Sans pour autant véhiculer des idées dégueulasses. Cette chronique, c’est pour m’adresser à Dieudonné, à ses fans et aussi à tous les censeurs en puissance qui vont profiter de cette affaire Dieudonné pour nous empêcher de dépasser les limites, transgresser les règles. Comme c’est dit par la plupart des pro-Dieudonné: Valls est le meilleur attaché de presse de Dieudonné. Oui, il a mal géré cette affaire, évidemment! Il fait la une partout: pour certains illuminés, par lui-même, certains individus notamment les plus jeunes dont il viole la conscience, il est en train de passer pour Jésus Christ, pour une idole! Ils n’attendent que ça!

    Nicolas Bedos

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  7. […] lendemain d’une polémique Dieudonné qui a non seulement porté un nouveau coup à la liberté d’expression mais a aussi accordé […]

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  9. […] le début de sursaut du 11 janvier dernier n’incluait pas ceux qui, après les quenelles et aujourd’hui les doigts d’honneur, arboraient en juillet dernier le drapeau noir du […]

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  10. […] de l’évolution, « sexe »), refus de la mixité hommes-femmes,  soutien de Dieudonné, accaparement religieux et rituel de l’espace,  pressions vestimentaires, double langage, […]

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