Guerre des sexes: Etalement masculin contre corset invisible ? (Man spread vs. invisible corset ?)

Paris
https://i0.wp.com/fr.web.img3.acsta.net/medias/nmedia/18/69/05/89/19055076.jpgLe territoire s’urbanise. La ville-féminine se territorialise et donc se masculinise. Ainsi, la structure territoriale actuelle de la ville, atomisée, multilocalisée, fragmentée, empêche l’expression des valeurs féminines du local, connu, intérieur, mesuré. Avec la mégapolisation et la globalisation, la ville devient ouverte et perméable. La globalisation a cassé l’intérieur, l’intime, le prochain, elle a violé et traversé l’enceinte sacrée du local et profané la ville. L’étranger devient local, le familier global. Le prochain est profané, le lointain sacralisé. L’association erronée du féminin avec les femmes conduit ces dernières à un confinement vers un rôle jugé péjorativement comme secondaire. Par cette même association erronée, les hommes s’érigent une fois de plus en maîtres de cette violation du sacré intérieur de la ville. Ce sont principalement eux qui construisent une Europe de villes ouvertes et défigurées, centraliste et étrangère aux intérêts des citadins. En assumant son inconscient masculin, nombre de femmes latino-américaines construisent avec créativité le souhaitable à partir du possible et nourrissent leurs familles dans des contextes de crise économique. En assumant leur inconscient féminin, des hommes de partout reconnaissent l’importance vitale de la protection de la mère-terre souffrante et agonisante et s’engagent dans sa préservation. Mais en même temps , des millions de femmes en refoulant leur inconscient masculin renoncent à lutter pour conquérir un rôle complémentaire des hommes qui leur permette de sortir de la soumission actuelle. De même, en refoulant leur inconscient féminin, des millions d’hommes continuent à détruire la mère-terre, à profaner la ville par la mise en place de politiques qui n’empêchent pas sa défiguration territoriale ni l’exploitation et la domination des femmes. En conclusion, la question que l’on peut se poser est : Comment faire en sorte que notre conception de la ville et la ville elle-même devienne plus humaine, c’est-à-dire intégrative de la totalité de l’être humain dans ses composantes féminines et masculines? Rodrigo Vidal Rojos
Depuis longtemps, les prostituées de rues se déguisent en pute pour bien expliquer: le rimmel, les bas-résilles, c’est moi qui vend la marchandise, j’annonce la couleur, laissez la petite secrétaire ou la mère de famille qui fait ses courses.  On savait à quoi s’en tenir.  Mais les marchands de fringues, de musique, de régimes et de cosmétiques ont su convaincre les femmes qu’être un objet était valorisant.  Et que montrer son piercing au nombril était chouette, que le string qui dépasse, la jarretière du bas auto-fixant, la bretelle de soutien-gorge était chouette et libérée.  Bref, la femme marchandise était conquérante, adulée, victorieuse. Et devenait l’étalon. Comme on imposait le voile dans d’autres pays et d’autres cultures, on imposait (moins brutalement mais plus sournoisement, certes) en modèle l’échancré, le transparent, le push-up, le moulant, le fendu, l’épilé, le siliconé. Ce sont ces fausses putes, les « salopes » médiatiques, de Madonna à Britney Spears en passant par Beyoncé qui, en vendant leur cul moulé et gigotant à longueur de vidéo clip ont promu la femme hypersexualisée, libertine et aguicheuse. Et fière de l’être.  « Dior j’adore » nous dit une bouche entr’ouverte et transpirante.  Le Perrier jaillit sur un corps bronzé, et la miss Wonderbra nous dit de la regarder dans les yeux.  La Saint Valentin, une débauche (sans jeu de mot) de peaux montrées pour vendre de la lingerie.  (…) Vous avez vu comment s’habillent les présentatrices télé?  Karine Lemarchand, Melissa Theuriau, Daphné Roulié, Anne-Sophie-Lapix, et des dizaines d’autres ont été choisie pour leur Q. S. (Quotient sexuel) AVANT leur QI.  Normal, sinon elles se feraient zapper entre les pubs qui montrent des filles sublimes.  Forum-doctissimo
La jupe a existé bien avant l’invention, au XIe siècle, du mot arabe «djoubba» qui désigne une sorte de robe que le prophète a portée. Selon les régions, elle était revêtue par les hommes ou par les femmes. Mais cela fait maintenant des siècles qu’en France, elle symbolise le genre féminin. (…) La Bible interdit (Deuteronome) aux femmes de s’habiller en homme et aux hommes de s’habiller en femme. En France, l’Eglise catholique s’est chargée de faire respecter cette loi morale. Jusque dans les années 60, un prêtre pouvait refuser la communion à une femme en pantalon. Les pouvoirs publics aussi, ont repris cette interdiction. Ainsi, en 1800, une ordonnance de la préfecture de police de Paris interdit aux femmes de s’habiller en homme (elle n’est d’ailleurs toujours pas abrogée). Dans la volonté de différencier les sexes par le vêtement, il y a aussi une volonté d’introduire une hiérarchie. La mode féminine a longtemps créé à l’évidence des entraves au mouvement. Et si les cols durs n’étaient sans doute pas très agréables à porter, les hommes ont toujours porté des vêtements plus pratiques. Bref, le sexe dominant s’est octroyé des vêtements plus faciles à porter. Comme le pantalon qui symbolise le pouvoir. Ce n’est pas un hasard, si on dit porter la culotte… La jupe, elle, a été valorisée sur le plan esthétique, érotique. La jupe masque, elle cache le sexe des femmes, a-t-on dit. Mais contrairement au pantalon, fermé et protecteur, c’est un vêtement ouvert, très ouvert, d’autant que pendant longtemps, les femmes n’ont pas porté de sous-vêtements fermés dessous, mais des jupons superposés. Les culottes étaient soit inexistantes soit largement fendues. La norme était l’ouverture totale. Symboliquement, on peut y voir l’accessibilité au sexe féminin. C’est seulement au début du XXe siècle que le sous-vêtement fermé se répand… (…) il faut attendre la Belle Epoque pour qu’il soit vraiment question de réformer le costume féminin. Jupe ou pantalon, c’est grâce à des féministes comme Madeleine Pelletier (1874-1939) qu’on peut se poser cette question futile le matin. On peut également citer Hubertine Auclert (1848-1914), la première suffragette française, qui défend la Ligue des robes courtes (en fait des robes qui ne traînent pas sur le sol). L’incendie du Bazar de la Charité en 1897 a marqué les esprits. Sur les 116 victimes identifiées, 110 étaient de sexe féminin. Cet événement a lancé des réflexions sur la nature contraignante du vêtement féminin. Pour les féministes les plus radicales, c’est même devenu un argument en faveur du port du pantalon, qui a aidé les hommes à fuir plus rapidement. Enfin, un mouvement hygiéniste a également poussé, dès la fin du XIXe siècle, à réformer la garde-robe des femmes, en s’élevant contre la jupe, le corset, les talons hauts… (…) La peur de l’indifférenciation des sexes freine les progrès. Il n’y a guère eu que la percée de la culotte de zouave pour monter à bicyclette et l’invention de la jupe-culotte également réservée aux activités sportives. (…)  Tout ce qui fait reculer la pudeur, qui a servi au contrôle des femmes, est un signe d’émancipation. L’ourlet est vraiment raccourci pendant les Années folles (au genou en 1925). Plus tard, sous Vichy, on se souviendra de cette garçonne, personnification de la «décadence» qui a conduit à la défaite. Les années 50 continuent d’ailleurs de régler son compte à ce modèle de femme masculinisée. Dior parlera d’ailleurs de «reféminiser» la femme… (…) Il a toujours été plus facile de montrer sa poitrine que ses jambes et ce, dès le Moyen Age et ses nudités de gorge… Mais les jeunes femmes se libèrent aussi en portant des pantalons dont le triomphe coïncide avec celui de la minijupe. On en a déjà vu à la plage dans les années 20, mais il a vraiment cessé d’être un symbole de masculinité dans les années 60. Au fond, ce que souhaitent les femmes c’est s’habiller comme elles veulent. En jupe ou en pantalon. Ce n’est pas toujours possible aujourd’hui encore dans certaines professions. Les hôtesses de l’air d’Air France, qui réclamaient le droit au pantalon depuis 1968, ont dû attendre 2005, au motif qu’elles portaient l’image de la France. Comme si la jupe était une part de la francité… (…) le droit du travail (article L.120-2) permet [d’imposer la jupe] à condition que l’employeur en justifie clairement les raisons. Typiquement, sont concernés les métiers où les femmes sont en contact avec le public, comme les vendeuses. Et de façon plus générale, toutes ces entreprises qui, à la manière américaine, donnent à leurs salariées une tenue modèle, pour créer une certaine image de leur boîte. C’est la tendance actuelle. Et l’on peut s’attendre à un regain de pression sociale pour imposer la jupe.(…) Jusqu’en 1980, les députées n’étaient pas admises en pantalon à l’Assemblée nationale. C’était du moins l’usage que faisaient scrupuleusement respecter les huissiers. Cette année-là, la députée communiste Chantal Leblanc, refoulée à cause de son pantalon, proteste et obtient gain de cause. Des années plus tard, si l’on regarde la photo du gouvernement en 2007, les ministres sont presque toutes en pantalon. Cela contraste avec l’ultraféminité de Ségolène Royal, qui joue la différence. En gros, alors que les autres cherchent à neutraliser leur genre, et à déjouer la sexualisation, elle joue la carte de la féminité, et c’est risqué… (…) c’est parfois un acte militant, une manière de défendre un «droit à la féminité» alors que dans le même temps l’association s’est prononcée contre le port du voile. Une position qui a d’ailleurs été mal comprise par les jeunes, qui sont plutôt en faveur de l’absence d’interdits vestimentaires. En tout cas, il faut bien reconnaître qu’à partir des années 2000, les jeunes filles ont renoncé à la jupe dans les collèges. Et pas seulement dans les cités. En gros, la jupe est devenue un danger, un signe de disponibilité sexuelle, avec une équation jupe = pute. Comme si la féminité était une provocation sexuelle permanente. Au fond, comme si les filles devaient faire oublier qu’elles sont des filles. Ainsi s’est créée «la journée de la jupe et du respect» à l’initiative d’une association rennaise en 2006 qui, au lycée d’Etrelles, ne fait pas l’éloge de la jupe, mais en profite pour parler de sexualité, de violence entre filles et garçons… Christine Bard
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu
C’est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes… La jupe, c’est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s’asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d’allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque. La jupe, c’est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d’opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou…) qui fonde l’ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec  » tiens ton couteau dans la main droite « , se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l’opposition entre la droite et la gauche, la droite est  » naturellement  » le côté de la virtus comme vertu de l’homme (vir). La jupe, ça montre plus qu’un pantalon et c’est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l’attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l’érotisme, toute l’ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c’est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu’elle montre. Il fut un temps où il suffisait d’une cheville entr’aperçue!… Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu’elles s’adressent d’abord au corps et qu’elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s’exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. (…) Les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c’est toujours celles qu’elles trouvent trop  » grandes » ou trop  » grosses  » ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu’ils jugent trop  » petites « . Parce qu’il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l’on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l’autel et du prie-dieu. Pierre Bourdieu

A l’heure où, photos à l’appui, des blogueuses commencent à repérer le peu d’espace qui leur est laissé par nombre d’hommes dans notamment les transports en commun …

Comment ne pas repenser aux fameuses pages de Bourdieu sur le rôle de « corset invisible » de nombre de vêtements féminins et notamment la (mini)jupe, repassée en quelques décennies de conquête sociale à revendication sociale, que la mode féminine impose souvent aux femmes ?

Mais aussi, inversement, la sorte d’injonction de grandeur et de force et donc d’espace consommé (y compris avec les nouvelles panoplies de télécommunications numériques et notamment aux âges où deviennent si cruciales les questions de l’image de soi donnée aux autres), que cela suppose pour les hommes dignes de ce nom ?

Pierre Bourdieu : Le corset invisible

entretien avec Catherine Portevin

Télérama n°2534

5 août 1998.

TELERAMA : A quoi sert la jupe?

PIERRE BOURDIEU : C’est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes… La jupe, c’est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s’asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d’allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque.

La jupe, c’est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d’opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou…) qui fonde l’ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec  » tiens ton couteau dans la main droite « , se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l’opposition entre la droite et la gauche, la droite est  » naturellement  » le côté de la virtus comme vertu de l’homme (vir).

TRA : La jupe, c’est aussi un cache-sexe?

P.B. : Oui, mais c’est secondaire. Le contrôle est beaucoup plus profond et plus subtil. La jupe, ça montre plus qu’un pantalon et c’est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l’attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l’érotisme, toute l’ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c’est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu’elle montre. Il fut un temps où il suffisait d’une cheville entr’aperçue!…

TRA : Vous évoquez : une femme disant:  » Ma mère ne m’a jamais dit de ne pas me tenir les jambes écartées  » et pourtant, elle savait bien que ce n’est pas convenable  » pour une fille « … Comment se reproduisent les dispositions corporelles ?

P.B. : Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu’elles s’adressent d’abord au corps et qu’elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s’exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. Très souvent, les femmes elles-mêmes condamnent les femmes violées au prétexte qu' » elles l’ont bien cherché « . Ajoutez ensuite le rapport à la justice, le regard des policiers, puis des juges, qui sont très souvent des hommes… On comprend que les femmes hésitent à déposer une plainte pour viol ou harcèlement sexuel…

TRA : Etre femme, c’est être perçue, et c’ est alors le regard de I’homme qui fait la femme?

P.B. : Tout le monde est soumis aux regards. Mais avec plus ou moins d’intensité selon les positions sociales et surtout selon les sexes. Une femme, en effet, est davantage exposée à exister par le regard des autres. C’est pourquoi la crise d’adolescence, qui concerne justement l’image de soi donnée aux autres, est souvent plus aiguë chez les filles. Ce que l’on décrit comme coquetterie féminine (l’adjectif va de soi !), c’est la manière de se comporter lorsque l’on est toujours en danger d’être perçu.

Je pense à de très beaux travaux d’une féministe américaine sur les transformations du rapport au corps qu’entraîne la pratique sportive et en particulier la gymnastique. Les femmes sportives se découvrent un autre corps, un corps pour être bien, pour bouger, et non plus pour le regard des autres et, d’abord, des hommes. Mais, dans la mesure où elles s’affranchissent du regard, elles s’exposent à être vues comme masculines. C’est le cas aussi des femmes intellectuelles à qui on reproche de ne pas être assez féminines. Le mouvement féministe a un peu transformé cet état de fait – pas vraiment en France la pub française traite très mal les femmes ! Si j’étais une femme, je casserais ma télévision ! – en revendiquant le natural look qui, comme le black is beautiful, consiste à renverser l’image dominante. Ce qui est évidemment perçu comme une agression et suscite des sarcasmes du genre  » les féministes sont moches, elles sont toutes grosses »…

TRA : Il faut croire alors que, sur des points aussi essentiels que le rapport des femmes à leur corps, le mouvement féministe n’a guère réussi.

P.B. : Parce qu’on n’a pas poussé assez loin l’analyse. On ne mesure pas l’ascèse et les disciplines qu’impose aux femmes cette vision masculine du monde, dans laquelle nous baignons tous et que les critiques générales du  » patriarcat  » ne suffisent pas à remettre en cause. J’ai montré dans La Distinction que les femmes de la petite bourgeoisie, surtout lorsqu’elles appartiennent aux professions de  » représentation « , investissent beaucoup, de temps mais aussi d’argent, dans les soins du corps. Et les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c’est toujours celles qu’elles trouvent trop  » grandes » ou trop  » grosses  » ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu’ils jugent trop  » petites « . Parce qu’il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l’on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l’autel et du prie-dieu.

Voir aussi:

Genre et transports publics : la guerre des territoires

Margot Baldassi

Pop up urbain

24.09.13

C’est en errant sur Twitter la semaine dernière que nous sommes tombés sur une énième conversation lancée par la blogueuse étiquetée “féministe” (ce n’est pas son unique engagement), Mar_Lard. Les débats auxquels elle participe sur les réseaux sociaux soulèvent bien souvent des questions piquantes de discrimination. Cette fois, la discussion abordait plus ou moins directement un bouquet de thèmes qui nous sont chers tels que la place des femmes dans l’espace public, et plus précisément les incivilités teintées de machisme.

La polémique est partie de remarques sur les codes sociaux sexistes attribués à certains gestes du quotidien : les femmes se tiennent les jambes croisées, les hommes les jambes écartées. Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué “efféminé” depuis la petite école ; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ou bien “masculine” (vulgaire) ou bien “aguicheuse” (surtout si elle porte une jupe)… Les messages qui s’en sont suivis ont alors pointé du doigt une question qui nous concerne plus directement : celle des incivilités dans les transports publics. [Voir une sélection de tweets ici]

“Your balls are not that big”

Les articles et blogs dénonçant l’attitude “machiste” de certains voyageurs ne manquent pas sur la Toile ! En effet, une poignée de Tumblr affiche ça et là des photos, prises sur le vif, de personnes d’obédience masculine se tenant les pattes un peu trop desserrées pour ne pas gêner leur voisin de trajet en métro. Ce phénomène porte même un nom sur les Internets : le fameux Urban Dictionary – “l’autorité non officielle des définitions des mots argotiques sur internet” – l’a baptisé “Man spread” (littéralement “étalement masculin”, voire “colonisation phallocrate”…). Et sa définition est bien précise :

“Where a dude sits down on a chair and spreads out his legs to make a V shape with them.” [ndlr : Lorsqu’un mec s’assoit en étalant ses jambes avec la forme d’un V.]

Man spread

Ainsi, les critiques acerbes de cette attitude à la fois sans gêne et “conquérante” – souvent propre à la gente masculine – pullulent. Tandis qu’une blogueuse pense que la lutte contre cet usage devrait à terme se concrétiser par une loi [voir en 15ème position de la liste], un mouvement féministe suédois invite les internautes à poster, sur un blog dédié, des images inculpant ces couillus assis de façon trop laxiste.

Transports publics VS “Space Invaders”

Au-delà de la dimension sexiste – présentée en introduction – de cette forme de colonisation de l’espace public, le phénomène du “Man spread” s’inscrit inévitablement dans la traque contemporaine des “incivilités” vécues par tous dans les transports publics. Cette course à la bonne conduite est ainsi devenue un leitmotiv du discours des géants de la mobilité, et de notre société si moderne. La RATP a d’ailleurs créé un Observatoire dédié, recensant des comportements aussi délictuels que :

“ne pas valider son ticket ou pass Navigo, monter dans le bus ou le métro sans attendre que les gens en descendent, sauter au-dessus des tourniquets, parler fort au téléphone, bousculer quelqu’un sans s’excuser, laisser son journal sur son siège, passer avec un autre voyageur au tourniquet sans le lui demander, rester assis sur son strapontin malgré l’affluence, rester à l’arrêt sur un escalator et gêner la circulation, et enfin manger” [Voir sur le site de RMC.]

Affiche Tokyo

Une publicité tokyoïte institutionnalise la querelle contre le phénomène du “Man Spread” avec humour

Que les institutions de transport pointent du doigt impolitesses et fraude, on peut le comprendre. Mais la réappropriation de ce discours par les habitants n’est-elle pas plus gênante ? De notre point de vue, s’écrouler un peu saoul sur un strapontin après une soirée arrosée, ou y avaler en vitesse une barquette de frites pour ne pas s’évanouir pendant sa séance de sport, ne constituent pas franchement les fléaux de la société actuelle. Les petites gênes occasionnées par “les autres” feront toujours partie de l’essence même d’un espace partagé. Et nous ne croyons guère que tout espace public puisse un jour ressembler au lieu idyllique et aseptisé dont rêvent certains.

Eradiquer la ville sexiste

Ces questions d’incivilités, couplées aux engagements féministes contre une “société testiculaire”, amènent forcément à s’interroger sur la place des femmes dans l’espace public. L’inscription de la domination masculine, en tant que paradigme sociétal fondamental, ne se ressent donc pas qu’à travers les carrières professionnelles, les produits de consommation et le marketing qui va avec… En effet, les lieux aussi sont teintés de sexisme, comme le rappelle Rodrigo Vidal Rojas dans une excellente analyse :

“Le symbole phallique, premier élément de structuration spatiale du territoire traduit la domination de l’homme sur la femme et sur la mère-terre; c’est le phallocentrisme ou la primauté du mâle.”

Ces réflexions ne sont ni nouvelles ni isolées, puisque de plus en plus d’urbanistes et de sociologues prônent l’intégration de l’égalité des sexes dans la construction de la ville. Reste à savoir à quoi ressemblerait une ville au féminin du point de vue de ses bâtisseurs actuels. D’un côté, voir disparaître les symboles phalliques que sont les tours d’un quartier des affaires au profit d’une prolifération de “gratte-terres” relèverait d’une moindre ambition.

Extrait du blog « Paye Ta Shnek », recensant des « tentatives de séduction en milieu urbain »

De l’autre, “peindre les rues en rose” – comme ironisait la journaliste Clare Foran – serait extrêmement navrant… Et pourtant cette mauvaise blague survole plus que jamais les actualités, aussi ridicule que cela puisse paraître. Voilà un exemple qui en dit long sur les caricatures qui sclérosent encore le débat “genre et territoire” : non, faire la ville pour les femmes ne signifie pas fluidifier leur déplacement de la cuisine à la crèche… Après avoir passé des siècles à penser la ville par et pour les hommes, la tendance est aujourd’hui de faire la ville pour les femmes à grands renforts de clichés sexistes. En attendant d’en finir une bonne fois pour toutes avec les multiples inégalités qui rongent encore notre société proprette, donnons aux femmes ce pouvoir urbanistique si chèrement protégé par la gente masculine.

Voir également:

Dans le métro, les hommes occupent plus d’espace que les femmes

Olivier Razemon

Le Monde

14 octobre 2013

Le voilà, le maître du monde. Les jambes nonchalamment écartées, les pieds calés de chaque côté du corps, le journal largement ouvert devant lui, la tablette à portée de main, installé comme s’il lisait paisiblement dans son salon. A côté, une femme, telle une petite souris, a replié les jambes, rangé ses affaires et posé son sac sur ses genoux. Et l’équipée s’en va ainsi, brinquebalante, soumise aux soubresauts de la rame, aux accélérations soudaines et aux freinages intempestifs.

Genre. Dans le métro, les hommes occupent plus d’espace que les femmes. Photos à l’appui, ce Tumblr (un outil comparable à un blog qui permet de poster des textes, photos ou vidéos en ligne) dénonce ce qui semble être une règle tacite entre usagers des transports. Femme, tu te ratatineras sur ton siège, car les transports sont bondés et l’espace contraint. Homme, tu feras à ta guise, car après tout c’est toi qui domines et qui gagnes le plus d’argent. Que les mouvements réactionnaires inquiets d’une hypothétique progression de la « théorie du genre » se rassurent : les comportements sexués ont de l’avenir devant eux.

Anatomie. Constatée dans le « subway » de New York, la domination masculine sur les bancs du métro est également avérée à Paris, voire dans les trains du quotidien, en France. Un article récent parle même de « guerre des territoires » entre les genres. Deux raisons au moins expliquent le phénomène qui, s’il n’a rien de scientifiquement prouvé, s’appuie tout de même sur des observations récurrentes. Tout d’abord, les hommes écartent les jambes pour rechercher un confort anatomique sur lequel il n’est pas nécessaire de s’étendre (en tous cas pas ici, maintenant). Cet article paru sur le blog féministe Jezebel ne peut être plus clair : « there’s no way that your dick is so huge that it needs an entire bench to itself ».

Ne pas passer pour un gay. Le phénomène, constate l’auteure de l’article, « transcende la classe sociale, la profession, l’âge, classe et la couleur de peau ». Le même blog féministe explique d’une autre manière le V bien ouvert que décrivent les jambes viriles : « On ne peut attendre d’un type macho qu’il place les jambes l’une contre l’autre. Ne savez-vous pas que s’asseoir normalement vous fait passer pour un gay ? » Tant qu’à faire de la psychologie de tourniquet, on pourrait ajouter que les garçons ont moins été formés que leurs sœurs à ranger leur chambre. Il faut les voir, sur ces images, déballer toutes leurs petites affaires sur le siège d’à-côté : sacoche, appareil connecté, ordinateur, dossiers, sac de sport…

Foule connectée. Enfin, si les hommes prennent plus de place sur les sièges du métro, c’est peut-être qu’ils sont davantage connectés. Comme le constate Yo Kaminagai, designer à la RATP, dans cet article écrit à la rentrée 2012, « une foule connectée prend plus de place ». Pour le designer, qui a observé les habitués du métro, « un passager qui téléphone ou rédige un message occupe une surface plus grande que celui qui reste assis ou debout sans bouger ». L’usage du smartphone exige non seulement plus d’espace physique « mais aussi une sphère de confidentialité plus grande », poursuit-il. De fait, on a naturellement tendance à s’écarter d’un quidam qui parle dans son téléphone ou qui tapote son écran à l’aide de son pouce. Surtout si c’est un homme.

NB : un dessin qui fait le,même constat. A voir sur le blog « 365 jours ».

LA VILLE AU FEMININ ET AU MASCULIN

Rodrigo Vidal Rojos

L’histoire de l’urbain révèle de manière flagrante la permanence d’un rapport de domination de la femme par l’homme. A des de grés différents et dans des modalités qui varient selon l’époque et les cultures, les villes ont été construites et ont vécu jusqu’à aujourd’hui dans un ra pport de domi nation et de soumission plus ou moins cruel pour les femmes. Cela reste un fait incontestable. Pourtant, les explications données par les sciences sociales, et particulièrement par la sociologie, bien que clarificatrices quant aux mécanismes observables de cette domination, restent insuffisantes pour en expliquer les racines profondes . Cela, tout simplement, parce que ces racines trouv ent leurs origines au coeur même des êtres humains. Ces origines, individuelles et collectiv es, sont explorées, parmi d’autres, par la psychologie, la mythologie et l’anthropologie culturelle. L’intégration à l’analyse urbaine des concepts et des méthodes scientifiques, nouveaux ou déjà connus, mais qui n’ont pas encore été suffisamment exploités dans la recherche urbaine, peut constituer une véritable contribution au progrès de la connaissance scientifique afin d’expliquer la complexité de la ville en allant au-delà des approches urbaines traditionnelles. Bien que la science ne soit pas cumulative, les concepts et les méthodes mis à jour par une discipline ne sont jamais perdus pour autant. Ils peuvent en tout temps être « re-visités » scientifiquement, c’est-à-dire actualisés et contextualisés. A cet égard, l’approche junguienne n’a pas véritablement été l’objet d’une « re-visitation » par des disciplines scientifiques favorisant les études urbaines . Cela s’explique en partie par la faible importance attribuée, à tort, à la psychologie dans la compréhension de l’urbain. L’étude du phénomène urbain, objet par excellence de la sociologie, de l’histoire et de la mythologie collective, a quasiment négligé les racines psychologiques et spirituelles des comportements sociaux. Ce texte n’est pas interdisciplinaire; il n’exclut pas pourtant des explications apportées par d’autres disciplines. Il constitue un effort scientifique pour mieux comprendre la dynamique urbaine dans la perspective du féminin et du masculin.

LA POLARITÉ FÉMININ / MASCULIN EN PSYCHOLOGIE DES PROFONDEURS

L’approche féminin/masculin nous permet, d’une part, de prendre comme point de départ de cette réflexion l’être humain lui-même en tant qu’objet et sujet de la production de la ville. D’autre part, cette approche, avec sa polarité paradoxale et complémentaire à l’intérieur de l’inconscient humain en psychologie des profondeurs, permet de dépasser le conflit culturel homme/femme et de le réinterpréter en le plaçant dans un rapport dialectique de complémentarité. Selon C.G . J ung , « chaque homme porte en lui une femme »; il l’appellera anima . Il ajoute que l’ animus, personnification masculine de l’inconscient chez la femme, se manifeste spontanément à travers les ‘convictions’ rigides et ‘sacrées’ ou l’obstination butée de la femme. Nous pouvons ainsi préciser que l’ animus correspond à la part psychique complémentaire masculine dans l’inconscient de la femme et que l’ anima correspond à la part psychique complémentaire féminine dans l’inconscient de l’homme, selon la psychologie des profondeurs de Jung. Toujours selon C.G.Jung , « l’inconscient (individuel) contient tout ce qui a été acquis au cours de l’existence personnelle… par conséquent, ce qui est oublié, refoulé, les perceptions subliminales , les pensées et les sensations »; l’auteur s’éloigne ainsi de la théorie freudienne qui « considère l’inconscient comme étant uniquement le lieu où sont déposées toutes les manifestations désagréables , indésirab les ou inutilisables d’une manière quelconque » (Emma Jung et James Hillman, 1981: 65). L’inconscient collectif est une instance de la psyché commune à tous les individus , faite de la stratification des expériences millénaires de l’humanité. Selon C.G . Jung : « L’être humain est en possession de bien des choses qu’il n’a jamais acquises par lui-même, mais qu’il a héritées de ses ancêtres . Il ne naît pas tabula rasa mais simplement inconscient… Les systèmes hérités correspondent aux situations humaines qui prévalent depuis les temps les plus anciens » (C.G . Jung , 1963: 230, 231). Toujours selon C.G . Jung, les qualités féminines chez l’homme et masculines chez la femme sont présentes en chacun de nous mais ne peuvent pas toujours s’exprimer parce qu’elles gênent notre adaptation à notre milieu ou à l’idéal culturel établi. Le second message central de la psychologie des profondeurs est que tout ce qui est inconscient en nous peut resurgir par des projections. Les mythes, les légendes, les contes que l’on trouve dans toutes les cultures et à toutes les époques sont « l’expression des réalités psychiques internes » en psyc hologie des profondeurs. L’analyse de ces représentations culturelles démontre de manière étonnante la présence de la figure de l’anima. Tous ces contes et légendes soulignent l’importance pour l’homme de donner une place au principe féminin qui fait aussi partie de son être. Le refus ou la non-acceptation/assimilation de cette composante féminine chez l’homme provoque en lui un refus des projections externes de ce principe et donc le refus et le mépris des femmes, de la nature (mère-terre) et de la ville. C .G . J ung estime que les figures de l’anima, chez l’homme, et de l’animus , chez la femme, « sont des dispositions à la relation avec l’autre sex e qui ont pris forme avec l’humanité elle-même » (Humbert, 1983: 63) et qu’il s’agit donc de dispositions innées chez les individus. Nous transposons nos conflits réels internes vers des situations , objets ou personnes réels e xternes . Les imag es que nous aurons de notre mère conditionnent nos ra pports et nos imag es des autres femmes et de tout ce qui représente le féminin. Ces projections externes de nos images internes vont finalement marquer nos comportements sociaux et influencer nos perceptions cosmiques.

LE FÉMININ / MASCULIN COMME FORME DE CONCEPTION ET DE PERCEPTION DES VILLES ANTIQUES

Les historiens des villes ne sont pas toujours d’accord sur l’origine de la ville. Pour les uns, les cavernes pré-typifient la ville. Pour les autres, ce rôle annonciateur est incarné par l’arche de Noé. Cätal Hüyäk, dans l’ancienne Turquie, constitue encore le début de l’ère urbaine pour un bon nombre d’historiens. Il y a les contestataires qui lui préfèrent Ur des Chaldéens. En ce qui concerne la ville occidentale , la Grèce , et notamment Athènes, est la référence obligatoire bien que Rome soit encore considérée comme le berceau de notre civilisation urbaine. Pour notre réflexion, l’origine exacte de la civilisation urbaine reste secondaire. Quoi qu’il en soit, l’essentiel est de dévoiler les formes et les récits de cette origine. Un récit est une relation, une narra tion, une histoire, une fable d’événements réels ou imaginaires dont peu importe la véracité historique. Son but est de nous informer sur les liens (relations) existants entre un acte accompli et l’idée fondatrice de cet acte. Un récit est un enjeu de valeurs et normalise le passé. L’histoire cherche l’objectivité scientifique dans la relation des faits cités et c’est la raison pour laquelle elle est l’objet d’une mise en question permanente. Le récit, lui, n’est jamais vrai ou faux et son importance, pour notre analyse, tient au fait qu’il n’exprime pas nécessairement les événements qui se sont succédé au cours de l’histoire, mais, et surtout, la manière dont les individus pensent ou veulent que les choses eussent pu se passer. C’est une idéalisation historique. Les récits de fondation de villes se trouvent à mi-chemin entre l’histoire et la mythologie. Une de leurs caractéristiques essentielles est qu’ils sont post-factum ; ils apparaissent après la fondation des villes afin d’expliquer cette fondation. Certains récits nous permettent, d’un côté, de connaître l’image qu’un groupe social, à un moment donné de son histoire, a de lui-même et la manière dont il conçoit sa r eproduction. D’un autre côté, si l’on s’en tient à l’idée selon laquelle l’organisation de l’espace est un reflet de l’organisation d’une société, ces récits reflètent l’image-type que ce groupe se faisait du lieu où il devait résider. « Aussi la fondation d’une ville était-elle toujours un acte religieux » dans l’Antiquité (Fustel de Coulanges, 1984: 151). La ville constituait le sanctuaire majeur de la réunion éternelle des hommes et de leurs dieux (croy ances) sur un même site. Aux origines, un foyer central (une fosse où chacun avait déposé un peu de terre de son lieu d’origine dans la tradition romaine), une enceinte sacrée et, plus tard, les murailles, les portes et le pomoerium constituent la ville. La plupart des récits insistent sur les rapports conflictuels entre la ville et son territoire. Dans la tradition étrusque, la cérémonie de fondation d’une ville commençait par la constitution du foy er central autour duquel devait s’élever la ville. Le prêtre, la tête voilée et revêtu du costume sacerdotal, traçait le sillon sacré, enceinte symbolique de la ville qui devient inviolable. Pour ce faire, il se servait d’une charrue tirée par un taureau blanc et une vache blanche. Le prêtre tenait lui-même le manche de la charrue qu’il portait à certains intervalles afin d’interrompre le sillon et de créer des portes. Les mottes de terre (sacrée) soulevées par la charrue étaient jetées soigneusement à l’intérieur de l’enceinte. Lorsqu’il avait fini de tracer le contour de la ville, la vache restait à l’intérieur du sillon et le taureau à l’extérieur. Cette enceinte était sacrée ; la toucher ou la trav erser était considéré comme un sacrilège, un acte d’impiété. Dans cette procédure d’individualisation d’un lieu sur un territoire, la vache représentait dans l’imaginaire des fondateurs le principe féminin, le taureau symbolisant le principe masculin. L’enceinte créait un intérieur et un extérieur, un familier et un étranger, un local et un global, un connu et un inconnu. Cet intérieur, familier , local, connu, est sacré et inviolable. C’est là que règne le principe féminin, lequel cherche à « unifier et à unir », comme l’anima chez C.G . Jung (cité par Humber t: 66). Cet extérieur, étranger, global et inconnu, c’est le territoire à conquérir et à dominer. Ici règne le principe masculin ou animus qui cherche à « distinguer et à connaître » (ibid.). L’impureté habite l’extérieur, la pureté sacrée, l’intérieur. L’étude de la cité de Catal Hüyäk, en Turquie méridionale, riche en images, montre comment dans d’autres cultures et civilisations le féminin organise symboliquement, spatialement et fonction-nellement les lieux. Ici, le féminin s’exprime à travers l’image de la femme et la présence de la mère-terre. La figure de la femme, symbole de fécondité et de reproduction de la vie, apparaît sous forme d’un corps de déesse, bras et jambes levés en signe d’accouchement, et à travers des images de seins. « La place du mâle est tenue par des taureaux et des béliers, expressions les plus fortes de la virilité » (Mellart, 1971 : 101). Mais le taureau et le boeuf représentent aussi le fort attachement et la dépendance vis-à-vis de la mère-terre. Il est le premier animal apprivoisé pour le trav ail, notamment pour les activités agricoles dont dépendaient les habitants . En effet, ces derniers avaient de grandes connaissances en agriculture et une bonne technique pour conserver efficacement les aliments. Mais la terre était aussi leur foyer. Catal Hüyäk est une ville souterraine située dans une colline. Elle existe par et dans la terre. Leur rapport à celle-ci ainsi que leur attachement était si grand que les habitants de Catal Hüyäk enterraient leurs morts dans le sol de leurs maisons. Dans cette ville il n’y a ni places , ni parcs , ni rues , toutes les maisons étant collées les unes aux autres. L’on sort par des trous pratiqués dans le plafond. L’intérieur des maisons est multifonctionnel : c’est le lieu sacré, le lieu de toutes les activités quotidiennes et du repos éternel. Tout se réalise à l’intérieur , à l’ex ception des activités de subsistance. L’extérieur est monofonctionnel : c’est le lieu du travail agricole et, dans une moindre mesure, de la chasse d’animaux. La re production est le fruit du sacré familial, intérieur. La préservation est le fruit du travail extérieur. Dans beaucoup de récits, la fondation d’une ville est attribuée à une déesse ou à une femme qui deviendra une déesse après la fondation. C’est le cas pour la ville sumérienne d’Akkad dont l’instauration a été prise en charge par la déesse Inanna ou encore pour la g rande Carthag e dont la fondatrice est Elyssa, vierge de grande beauté, soeur de Pygmalion, roi des Tyriens. La ville est très souvent associée à la maison, lieu sacré du lien entre les dieux et les hommes. En Mésopotamie , et notamment à Ba bylone , les ziggourats représentent le trait d’union entre la terre et le ciel. En construisant la tour de Babel, les hommes ont voulu « toucher le ciel » et sortir du cadre terrestre de la ville: le ciel est le sacré suprême . Cela ne leur a pas été permis . C’était l’utopie masculine qui voulait s’imposer au possible féminin du sacré sur terre. « Militaire ou religieuse , administrative ou marchande, la ville antique est avant tout imprégnée de religiosité, et le sacré imbibe chaque brique de chaque maison, chaque pierre de chaque route » (Paquot, 1990: 23). Les protagonistes de ces oeuvres étaient-ils conscients de ces symboles et significations ? Assurément non. D’abord, pour une raison historique. Un grand nombre de ces significations nous sont dévoilées grâce à la mise en perspective historique (le recul du temps) et aux possibilités actuelles de comparer des situations historiques, possibilités dont les acteurs ne disposaient pas. Ensuite, pour une raison psychologique. Humbert, en paraphrasant C.G . Jung , e xplique que « un symbole est (donc) une expérience… le symbole est vivant… D’une façon générale, l’action du symbole est celle d’une représentation qui engendre un sens parce qu’elle fait se rejoindre des termes séparés. Le fait de sens qui accompagne une telle expérience s’impose et, cependant, il échappe à la raison… le symbole est caractérisé, en effet, par un certain ra pport à l’inconnu » (Humbert, 1983: 43, 44). Les peuples anciens avaient ainsi créé des ima ges dont ils n’étaient pas toujours conscients. Aujourd’hui nous interprétons ces imag es et ces symboles et, bien qu’une bonne partie de leur sens nous échappe, ils nous permettent de saisir le mystère psychologique de la projection sur la réalité externe d’une réalité consciente/in-consciente interne.

LES CATÉGORIES DU FÉMININ / MASCULIN COMME INTERPRÉTATION DE LA DUALITÉ VILLE / TERRITOIRE

Ces récits nous permettent de construire une première catégorisation que nous pouvons par la suite retrouver dans n’importe quel récit: Féminin Masculin Ville Territoire Maison Site Local Global Connu Inconnu Intérieur Extérieur Prochain Lointain Fini Infini Multifonctionnalité Monofonctionnalité Unir Distinguer Réel Utopique Possible Souhaitable Mesuré Mégalo Reproduction Préservation Sacré Profane Familier Etranger

Aujourd’hui, dans l’ethnie Toucouleur qui appartient à la communauté linguistique Hal Pulaar , au Sénégal et au Mali, la Djom Soudou est la femme propriétaire de la chambre. Le Djom Gallé est l’homme propriétaire de la maison et de son enclos. Ainsi, avec des siècles de distance et dans des espaces géogra phiques et culturels différents, nous retrouvons les mêmes catégories intérieur/extérieur, maison/site, ville/territoire. Le symbole phallique, premier élément de structura tion spatiale du territoire (menhir) traduit la domination de l’homme sur la femme et sur la mère-terre; c’est le phallocentrisme ou la primauté du mâle . C’est aussi une volonté de domination sur les forces de la nature (parmi lesquelles, les animaux). Cette domination signifie contrôle . Cet imaginaire explique en partie le rôle assigné au mâle et à la femelle dans l’or g anisation sociale. Ainsi, la femme c’est le local/localisé, du latin locus , qui est aussi la racine latine de lieu, d’une partie déterminée de l’espace, un lieu précis. Le local est un lieu connu. La femelle reste dans un lieu connu, elle est locale . Le mâle , c’est le global, du latin globus la terre, le globe. Les récits de fondation reprennent cet imaginaire du féminin/masculin, local/global, passivité/activité dans la production de la ville. De cette manière, dans l’imaginaire ancien, le rapport féminin/masculin définit le rapport ville/territoire dans des sphères bien précises. Le mâle/masculin est monofonctionnel. Il sort soit pour chasser, soit pour faire la guerre, soit pour travailler, soit pour les trois choses, mais jamais en même temps. La division des fonctions dans les villes , à différentes époques, est masculine : prêtre, militaire, commerçant, producteur, politicien, etc . Le masculin/mâle c’est la spécialisation. Le territoire est divisé avant d’être exploité afin de lui assigner des rôles différents selon sa morpho-géologie. La femelle/féminin est multifonctionnelle . Elle reste pour nourrir , élever, protéger, guérir, nettoyer, attendre, organiser, etc., tout en même temps. Chez elle , il n’y a pas de spécialisation. La première définition de la ville découle de son caractère principalement multifonctionnel : lieu de relation, d’échange et d’information multiple. Selon Riccardo Mariani, au Moyen Age, la ville naît en Europe lorsqu’une multiplicité de fonctions ne sont plus exercées par l’Eglise mais autour d’elle. L’Eglise se reproduit et engendre la ville, mais sans éparpillement, comme les poussins autour de la poule. Le village devient ville. L’intérieur est la ville, le féminin dans les anciens récits de fondation. L’extérieur est le territoire, le masculin selon ces récits. L’extériorité et la globalité du territoire, par rapport à l’intériorité et la localité de la ville, sont idéalisées dans ces récits et elles expriment le besoin de l’homme d’extérioriser son principe féminin. Relevons aussi que le souhaitable appartient au principe masculin tout comme le possible appartient au principe féminin. On entre ainsi dans l’idée de l’utopie. L’utopie (du latin ou =non ; topos =lieu) c’est le non-lieu. L’utopie est une construction rigoureuse et imaginaire de la société. Toute rigueur renvoie à une méthode , à une manière de faire. L’utopie est la capacité de construire mentalement sur le néant, à partir du néant, du non-lieu. Le possible est raisonnable (non pas rationnel, même si les deux mots ont la même racine étymologique, ra tio=raison). Le raisonnable c’est agir conformément au bon sens , à partir d’une connaissance empirique . Le rationnel c’est déduire par le raisonnement et cela n’a rien d’empirique, ne dépend pas de la connaissance pratique du réel. La Charte d’Athènes a voulu universaliser le masculin/utopique interne dans l’inconscient collectif. Elle a voulu tout mettre en question et recommencer à zéro en faisant table rase de l’existant, une nouvelle création. Ce n’est pas possible. Chaque culture doit en fait s’exprimer, extérioriser de manière spécifique cette polarité paradoxale et complémentaire: utopie/réalité, raison/émotion, souhaitable/possible. Les Plans directeurs d’urbanisme , tout comme les récits, expriment post-factum l’idéal de ville à construire, la ville souhaitable ; une ville imaginaire conçue sur la table à dessin, hélas trop éloignée de notre malheureuse expérience quotidienne de la ville. La créativité n’est pas l’imagination effrénée, ni l’aménagement conformiste , mais l’effort de permettre au souhaitable de devenir possible et non l’imposition du possible comme souhaitable. Un des principaux problèmes de la planification urbaine et de la planification tout court est que l’on a voulu organiser le souhaitable sans considération du possible (féminin). En revanche, le pragmatisme actuel veut imposer le possible en négligeant le souhaitable, l’utopique. L’objectif est d’arriver à trouver une complémentarité accrue entre l’utopique , le rationnel, l’intellectuel et le souhaitable du masculin avec le réaliste, le sentimental, l’émotionnel et le possible du féminin.

IMPLICATIONS DE L’ APPROCHE FÉMININ / MASCULIN DANS LES RAPPORTS HOMME / FEMME EN MILIEU URBAIN

Au cours de notre histoire, nous avons à tort associé le principe féminin aux femmes et le principe masculin aux hommes. Il nous paraît ainsi impensable de voir une femme prenant la tête du bureau de planification territoriale d’une mégapole latino-américaine. Cette association est erronée. Le problème est que, en transposant les catégories du féminin et du masculin aux femmes et aux hommes, nous avons créé une nouvelle catégorisation:

Féminin Masculin Femme Homme Le foyer La politique La famille La société Elever les enfants Faire la guerre Reproduire Conquérir Rester Partir La communauté La société Le quartier La ville-territoire

Le féminin n’est pas la femme , le masculin n’est pas l’homme. La vie repose sur l’équilibre harmonieux des énergies masculines et féminines présentes dans l’action et dans l’inconscient de chaque être humain. La ville d’aujourd’hui exprime une rupture de cet équilibre (écologique , sociologique, biologique, psychologique et mythologique). La ville actuelle, en étendant sans cesse son territoire, afin de le maîtriser et de le soumettre à travers un processus couramment appelé « mégapolisation », a généré une dynamique inverse : elle a été modifiée dans sa structure profonde et a provoqué une énorme crise dans son fonctionnement, dans sa structure et dans son écologie. Le défi écologique, la protection de la mère-terre, est un défi féminin qui doit encore s’ouvrir un chemin à travers la méfiance de la masculinité du savoir scientifique. Un des grands obstacles à surmonter aujourd’hui est lié à l’image de la ville. La mégapolisation a produit une rupture de la frontière ville-territoire. Le principe masculin exprimé dans le désir de domination, de conquête , de mégalomanie a écrasé le principe féminin de maîtrise intérieure, de mesure, de contrôle des frontières du réel. En se mégapolisant, la ville dévore le territoire, l’urbain envahit la société et les efforts de décentralisation territoriale et de maîtrise de la croissance des villes se heurtent à un nouveau paradigme : la défiguration du local et du global. Le local se relocalise à l’intérieur d’une ville atomisée qui devient le global. La ville s’étend et devient territoire, ville diffuse . Le territoire s’urbanise . La ville-féminine se territorialise et donc se masculinise. Ainsi, la structure territoriale actuelle de la ville, atomisée, multilocalisée, fragmentée, empêche l’expression des valeurs féminines du local, connu, intérieur, mesuré. Avec la mégapolisation et la globalisation, la ville devient ouverte et perméable. La globalisation a cassé l’intérieur, l’intime, le prochain, elle a violé et traversé l’enceinte sacrée du local et profané la ville. L’étranger devient local, le familier global. Le prochain est profané, le lointain sacralisé. L’association erronée du féminin avec les femmes conduit ces dernières à un confinement vers un rôle jugé péjorativement comme secondaire. Par cette même association erronée, les hommes s’érigent une fois de plus en maîtres de cette violation du sacré intérieur de la ville. Ce sont principalement eux qui construisent une Europe de villes ouvertes et défigurées, centraliste et étrangère aux intérêts des citadins. En assumant son inconscient masculin, nombre de femmes latino-américaines construisent avec créativité le souhaitable à partir du possible et nourrissent leurs familles dans des contextes de crise économique. En assumant leur inconscient féminin, des hommes de partout reconnaissent l’importance vitale de la protection de la mère-terre souffrante et ag onisante et s’engagent dans sa préservation. Mais en même temps , des millions de femmes en refoulant leur inconscient masculin renoncent à lutter pour conquérir un rôle complémentaire des hommes qui leur permette de sortir de la soumission actuelle. De même , en refoulant leur inconscient féminin, des millions d’hommes continuent à détruire la mère-terre, à profaner la ville par la mise en place de politiques qui n’empêchent pas sa défiguration territoriale ni l’exploitation et la domination des femmes. En conclusion, la question que l’on peut se poser est : Comment faire en sorte que notre conception de la ville et la ville elle-même devienne plus humaine, c’est-à-dire intégrative de la totalité de l’être humain dans ses composantes féminines et masculines?

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2 commentaires pour Guerre des sexes: Etalement masculin contre corset invisible ? (Man spread vs. invisible corset ?)

  1. […] ne pas repenser aux fameuses pages de Bourdieu sur le rôle de corset invisible de nombre de vêtements féminins comme la (mini)jupe que la mode féminine impose souvent aux […]

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  2. […] de New York lance une campagne de sensibilisation contre les incivilités et notamment l’étalement masculin (pardon: le « le manspreading »)  […]

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