Journées du Patrimoine/29e: A Pantin, une cathédrale du vandalisme qui va disparaître (European Heritage Open Days: France mourns vandals’ spawning ground)

https://i2.wp.com/erreur14.com/wp-content/uploads/2012/09/dimanche_street.jpgIMG_1715La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
When you think back, and saw what eventually happened to the trains, you feel bad about it, said Taki, who asked that his last name not be used. « I never thought it would be such a big thing. » (…) Now, in an irony that would please city officials, Taki has his own graffiti problem, on his shopfront. « I am a victim, » he said, smiling. « I painted it over and two weeks later it was all written up again. But I guess what goes around, comes around. It’s justice. Joel Siegel (Daily News, April 9, 1989)
Pourquoi pas un musée du street art, au lieu d’une vulgaire agence de pub? Anonyme
A Pantin, une cathédrale du graff qui va disparaître. Rue 89

En ces temps étranges où la transgression a été littéralement élevée  au rang d’art …

Et où à l’occasion des Journées européennes du patrimoine l’une des principales frayères du vandalisme mural du pays se visite comme un musée …

Comment encore s’étonner, de la part de nos médias et gouvernants, de cette énième célébration d’une activité …

Qui, ayant désormais contaminé la planète entière, coûte probablement chaque année des centaines de millions à la communauté à nettoyer ?

Visite privée

Street-art : à Pantin, une cathédrale du graff qui va disparaître

Elodie Cabrera

Rue89

14/09/2013

Audrey Cerdan | Photographe Rue89

Ils n’allaient pas le laisser filer comme ça. En Seine-Saint-Denis, amarré au canal de l’Ourcq, les anciens magasins généraux de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (aussi dit « bâtiment des douanes ») va changer de vie. Ce paquebot de béton, 41 000 mètres carrés de surface, accueillera d’ici 2015 les locaux d’une agence de publicité.

Les magasins généraux à Pantin, au milieu du XXe siècle (© AM Pantin) et en 2013 (Audrey Cerdan/Rue89)

Pour la première et la dernière fois, la mairie de Pantin se montre fière de cet édifice et l’ouvre pour les Journées du patrimoine. Ce week-end avaient lieu des concerts, projections et visite de monument historique. Des visites « strictement » encadrées.

Abandonnés à la fin des années 90

1929-1931. La ville de Paris décide d’élargir le canal de l’Ourcq pour faciliter la navigation des bateaux. Après d’importants travaux de remblai et de stabilisation des rives, les magasins généraux sont édifiés sur l’ancien lit du canal.

1931-fin des années 90. Les entrepôts stockent des marchandises (grains, papier de presse, fuel, bois, automobiles) surtout en provenance de l’étranger. L’activité diminue, jusqu’à l’arrêt complet à la fin des années 90.

2004. La vile de Pantin rachète à la ville de Paris les terrains de la CCIP pour 7 millions d’euros.

2006. De jour comme de nuit, les graffeurs s’approprient les lieux.

2013. Début des travaux pour créer le nouveau siège de l’agence de pub BETC.

Mais Rue89 s’est introduit là où vous n’aurez pas forcément le droit d’aller, dans ces deux énormes cubes en béton armé qui se dressent : 60 mètres de largeur sur 30 mètres de hauteur, reliés entre eux par des passerelles jetées dans le vide.

Le sol crépite. Un mélange de pierre éboulée et d’éclats de verre pilé, vestiges du temps qui passe et de soirées bien arrosées.

De larges portes métalliques protègent l’édifice de (presque) toute intrusion. Ces mêmes portes qui rythmaient le ballet des marchandises et des dockers. La singularité du bâtiment des douanes est sa résistance au sol : de 1 800 à 400 kilos au mètres carrés, les charges les plus lourdes étaient stockées au premier niveau.

Aux magasins généraux à Pantin (Audrey Cerdan/Rue89)

Depuis une coursive (Audrey Cerdan/Rue89)

D’’un niveau à l’autre, on retrouve de vastes plateaux éclairés par d’immenses baies vitrées en structure métallique, brisées pour la plupart. Partout, des vitraux, de la pierre, des gravats, des cloisons. Puis des pierres, du verre, oh… des cadavres de bombes de peinture (encore), des gravats…

Les techniciens qui préparent les éclairages pour les concerts de ce week-end ont fléché le sol, utilisant la même méthode que les artistes-squatteurs qui tatouaient le lieu de part en part.

Les grands noms du graff sur les façades, les locaux à l’intérieur

Presque chaque centimètre de son épiderme porte la trace des artistes qui s’y sont succédé depuis 2006. A l’intérieur, ce sont plutôt les « crews » (« équipes ») du coin. Les grands noms du graff, eux, se réservent les façades. Plus visibles et donc plus convoitées, mais aussi plus dangereuses.

Perchés sur des escabeaux, les graffeurs s’installaient sur les coursives qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux allées d’un bateau. Encerclant chaque étage, elles sont si étroites qu’il est impossible de prendre du recul sur son œuvre.

Artof Popof, Dacruz et Marko93, trois serial painters, ont même été mandatés par le comité départemental du tourisme de la Seine-Saint-Denis, l’année dernière pour « redonner des couleurs au bâtiment ». Et si un petit dernier se prend d’envie de recouvrir leurs créations, un message le met en garde : « Si tu touches, on te couche. »

Les anciens magasins généraux, à Pantin (Audrey Cerdan/Rue89)

D’autres graffeurs ont également apposé leur blase sur les façades, comme Bezyr, Kevlar ou encore Lilyluciole. Elle se souvient :

« J’ai toujours vu ce bâtiment de très loin. Il était là, incroyable, fantastique, sorti de nulle part. J’ai rencontré Artof Popof qui m’a invité à venir peindre l’extérieur. Et j’ai pu visité cet édifice insolite, de la tête au pied. […]

Personne ne s’est battu pour avoir les meilleurs morceaux. Il restait encore beaucoup place. Ce n’est pas un gâchis mais presque. »

« Un monstre du graff, comme le 5PointZ »

Pour Lilyluciole, le bâtiment des douanes lui rappelle un emblème du graff de l’autre côté de l’Atlantique, le 5Pointz, dans le quartier du Queens à New-York.

« C’est aussi un monstre du graff. Là-bas les artistes se battent pour préserver ce monument. Peut-être que le bâtiment des douanes aurait pu devenir un lieu de rencontre pour les artistes internationaux. »

Paris/Pantin : stop-motion & street art !

Au cinquième étage, les terrasses. Plus de dessins, mais la vue. Presque l’intégralité de la surface des deux bâtiments s’étend jusqu’au précipice. Ni rambardes, ni filet de sécurité. Et au centre, deux alcôves entourées de baies vitrées métalliques s’étirent.

Dans une pièce de plus de dix mètres sous plafond, s’élèvent des escaliers en métal qui grimpent. La dernière terrasse, la plus haute et la plus petite, offre une vue panoramique sur toute la Seine-Saint-Denis jusqu’à Paris.

Voir aussi:

Les anciens entrepôts de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris à Pantin

Le bâtiment « des douanes » situé à Pantin sur les berges du canal est devenu un formidable « terrain de jeu » pour de nombreux artistes graffeurs par ailleurs très actifs sur toute cette portion du canal. Dans le cadre de l’édition 2012 de l’Eté du canal, des artistes s’emparent des murs extérieurs du bâtiment pour célébrer, au travers d’un œuvre collective, la fin joyeuse de sa vie transitoire de spot artistique et sa nouvelle vie, L’œuvre collective sera ancrée sur la façade ouest, la plus visible depuis Pantin. Puis chacun des trois artistes, Artof Popof, Da Cruz et Marko, laissera sa propre esthétique envahir tel un flux horizontal un niveau de la façade nord, qui longe le canal. Les performances graff auront lieu chaque week-end du 23 juin au 26 août 2012, au Bâtiment des Douanes (métro église de Pantin).

Les entrepôts de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) s’installent sur les rives du canal de l’Ourcq en 1929 après l’élargissement du canal pour la création du port de Pantin. La plate-forme portuaire, gérée par la CCIP, est constituée du remblai de l’ancien lit du canal. Le site se composait, à l’origine, de deux entrepôts monumentaux situés de part et d’autre du canal. Ceux de la rive gauche ont été détruits par un violent incendie en juin 1995.

Le bassin de Pantin devient le plus grand port du canal de l’Ourcq

Le canal de l’Ourcq, long d’une centaine de kilomètres entre Mareuil-sur-Ourcq et le bassin de La Villette, est ouvert en 1822. Sa traversée de Pantin coupe le village en deux, mais la communication est rétablie grâce à la construction de deux ponts. Dans un premier temps, seules les galiotes, longs bateaux couverts, circulent sur le canal, transportant à la fois des marchandises et des passagers. Puis, le trafic de plus en plus florissant donne naissance à une flottille spéciale, les flûtes de l’Ourcq. Utilisées que sur ce canal, elles profitent de la descente pour se laisser porter par la vitesse du courant, évitant la traction humaine ou animale. D’une longueur de 28 mètres sur 3 mètres de large, ces bateaux peuvent transporter 40 à 50 tonnes de bois ou de matériaux de construction.

Dans son ouvrage sur Pantin, Roger Pourteau raconte qu’en 1837, deux organisateurs de voyages ont l’astucieuse idée de mettre en service un cargo en fer, long d’une vingtaine de mètres, qui assure un service régulier entre Paris et Meaux à raison de deux départs quotidiens dans chaque sens. Tracté par quatre chevaux, ce cargo file à la vitesse de quatre lieues à l’heure. Les affiches publicitaires précisent que « Les salons sont chauffés en hiver ». Le canal devient trop étroit et ne correspond plus au trafic. Dès 1892, il a fallu agrandir le canal entre la Villette et la mairie de Pantin, puis, en 1895, prolonger quelque peu vers l’amont cette mis à grande section. Pour ces travaux d’élargissement et d’approfondissement, la municipalité est mise à contribution à hauteur de 600 000 francs de l’époque. Somme considérable que la commune s’empresse d’amortir en établissant une « taxe de tonnage » sur les marchandises embarquées et débarquées dans la zone portuaire. À cette époque, le trafic atteint 95 800 tonnes par an.

En 1899 la Chambre de commerce de Paris, consciente du rôle majeur du canal de l’Ourcq, exprime le souhait d’établir à Pantin « des magasins appropriés à chaque nature de marchandises. La situation permettrait de faire arriver bateaux et wagons sans remplir aucune formalité d’octroi et d’effectuer de même les réexpéditions pour le dehors sans que la Ville de Paris puisse craindre aucune fraude. Ce serait, si l’on admet cette expression, un grand bassin de triage. ». Mais il faudra attendre 30 ans, le 10 mai 1929, pour que la mise en eau du bassin ait lieu. A ce moment le bassin de Pantin est devenu le port le plus important du canal de l’Ourcq, recevant les plus gros bateaux de la navigation intérieure en provenance de Rouen, via la Seine et la canal Saint-Denis.

Ces aménagements sont réalisés dans le cadre d’un ambitieux projet de prolongation de d’élargissement du canal qui le transforme en voie navigable pour les grands chalands. Au début de 1931 les deux magasins entrent en activité et stockent des produits variés.

Deux grands entrepôts à l’aspect d’un paquebot en bordure de berge

Ancienne CCIP – Crédit photo Gil Gueu – Ville de PantinLes magasins de la CCIP avaient pour fonction essentielle de recevoir des grains et des farines. La Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris est, à cette époque, raccordée aux gares de Pantin et de Noisy-le-Sec dont les voies ferrées desservaient les deux rives du canal. Les deux grands entrepôts qui dominent encore la rive droite sont particulièrement intéressants du point de vue de l’architecture. Construits sur six niveaux communiquant entre eux par des passerelles métalliques, leur structure est en béton et la façade composée d’un remplissage en briques gris claire dont la bichromie forme des motifs réguliers. De grandes verrières en façade éclairent les six étages tandis que les balcons soulignent l’horizontalité du bâtiment à l’aspect de paquebot.

Le grain y était à l’origine acheminé par bateaux. Un outillage pneumatique permettait de l’aspirer directement dans une tour de distribution, située dans la partie supérieure de l’édifice, tandis que des grues permettaient l’approvisionnement des bâtiments à partir des balcons. Avant d’être désaffectée, la Chambre de Commerce et d’Industrie devient un lieu de stockage pour le fret venant des villes du nord. Celui-ci arrivant par route, une gare routière est ouverte à la demande de l’administration des douanes en 1950. Avec les Grands Moulins de Pantin, les entrepôts de la CCIP demeurent les témoins visibles du rôle majeur qu’ont tenu la Seine-Saint-Denis en général et Pantin en particulier dans l’approvisionnement de Paris.

Sur le plan architectural, la volumétrie des bâtiments, qui totalisent une surface utile de 41 000 m2, est des plus simples. Pour chacun, il s’agit d’un empilement de 6 plateaux identiques, desservis par des coursives extérieures, en porte-à-faux sur les quatre façades. Toute l’ossature des deux bâtiments est en béton armé. Dans un souci d’économie ou d’esthétique, le constructeur a pris le soin d’augmenter la taille des poteaux au fur et à mesure qu’on s’approche du soubassement comme s’il s’agissait d’exprimer la transmission des efforts et des surcharges dans le squelette de l’édifice. En façade, l’effet produit est singulier puisqu’à chaque niveau la section des poteaux change. Au rez-de-chaussée, de puissantes piles supportent tout le poids de l’édifice et son contenu, tandis qu’au dernier niveau les piles se sont amincies et laissent davantage de place aux éléments de remplissage en briques polychromes et aux surfaces vitrées.

Une reconversion en activités culturelle, résidentielle et de loisirs

Ancienne Chambre de Commerce de Paris à PantinL’ère industrielle étant révolue, la reconquête des berges du canal est à l’ordre du jour. L’emprise des bâtiments de la CCIP fait actuellement l’objet d’une requalification. Celle-ci s’inscrit dans la réalisation d’un nouveau quartier, identifié sur le plan local d’urbanisme comme la ZAC Sud Canal, qui s’articulera autour de deux axes principaux occupant pas moins de quatre hectares entre la voie d’eau et l’avenue Jean-Lolive. Les bâtiments jumeaux de l’ancienne Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris seront réhabilités afin d’y accueillir des activités économiques. Sur la partie sud du site, un espace résidentiel (de 400 logements), de loisirs et de promenade devrait être aménagé. Si l’on y intègre l’ancienne cité administrative devenue le Centre national de la Danse et les Grands Moulins de Pantin, la reconversion du site de la CCIP constituera une continuité cohérente de la problématique patrimoniale de l’architecture industrielle depuis le parc de la Villette.

Crédit photo 1 : Gil Gueu – Ville de Pantin

Crédit photo 2 : Hélène Sallet-Lavorel – Comité départemental du tourisme

Télécharger le fac-similé la transformation du canal de l’Ourcq en voie navigable à grande section et la création d’un port à Pantin, le génie civil, samedi 11 octobre 1930 (format pdf, 4,4 Mo). Ce document est conservé au pôle Mémoire et Patrimoine de la ville de Pantin.

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