France: Le changement, c’est demain (No austerity, please, we’re French: When neckties, bobby socks and cobblestones are no longer enough)

https://i1.wp.com/ds3.ds.static.rtbf.be/article/big_info/a/b/7/624_341_52cc87c376520bcad481cf66ecc26c76-1327831441.jpgIl faut que tout change pour que rien ne change. Tancredi (Le Guépard)
Dois-je mettre fin à mes jours ou aller boire un café ? Camus
En réalité, la reprise économique pourrait se révéler un obstacle supplémentaire, car les Français seront tentés d’espérer qu’une croissance modeste suffira une fois de plus à masquer les problèmes de fond, à la manière d’un tranquillisant. NYT

Attention: un conservatisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, avec l’actuel frémissement de croissance, la France est à nouveau tentée par le tranquilisant de l’immobilisme …

Et que le chantre du « changement maintenant » élu pour son refus de l’austérité (ie. la réduction des dépenses publiques, le report de l’âge de départ à la retraite et la réforme du travail) sans laquelle tout changement est impossible annonce une « pause fiscale » …

Retour, avec le NYT et le Times, sur cette France de révolutionnaires « en cravate et socquettes » qui à coup de pavés « veulent conserver le confort du monde qu’ils connaissent » …

ÉCONOMIE Pourquoi la France ne survivra pas à la crise

Bien sûr, la France est un grand pays doté de nombreux atouts et d’un système social admirable. Mais pour avancer, elle doit cesser de rejeter toute réforme, alerte The New York Times.

The New York Times

Steven Erlanger

27 août 2013

traduit par Courier international

Pendant des décennies, les Européens n’en ont eu que pour l’Allemagne, sa puissance et son rôle, vu l’importance de ce pays pour la stabilité et la prospérité de l’Europe. On appelait ça la « question allemande ». Aujourd’hui, c’est de “la question française” qu’il s’agit en Europe : le gouvernement socialiste de François Hollande saura-t-il endiguer le lent déclin de la France et l’empêcher d’être irrémédiablement reléguée au deuxième rang des pays européens ?

La question est de savoir si un système de démocratie sociale, qui pendant des décennies s’est targuée de fournir à ses citoyens un niveau de vie stable et élevé, pourra survivre à la mondialisation, au vieillissement de sa population et aux graves chocs budgétaires de ces dernières années.

Transformer un pays est toujours une tâche difficile. Mais, dans le cas de la France, le défi semble particulièrement complexe, notamment à cause de l’amour-propre* et de l’opinion que cette nation a d’elle-même – celle d’un leader européen et d’une puissance mondiale. Mais aussi parce que la vie en France est très confortable pour une bonne partie de la population et que le jour du Jugement dernier semble encore bien loin – en particulier pour les syndicats, qui sont petits mais puissants.

Un si beau modèle social

En réalité, la reprise économique pourrait se révéler un obstacle supplémentaire, car les Français seront tentés d’espérer qu’une croissance modeste suffira une fois de plus à masquer les problèmes de fond, à la manière d’un tranquillisant.

Les Français sont fiers de leur modèle social, et à juste titre. L’assurance-maladie et les retraites sont satisfaisantes, beaucoup partent à la retraite à 60 ans ou même avant, et il est courant de prendre cinq ou six semaines de vacances en été. A temps plein, ils travaillent trente-cinq heures par semaine et les nombreuses régulations en place les empêchent d’être licenciés ou renvoyés.

Néanmoins, dans une économie mondiale toujours plus concurrentielle, la question n’est pas de savoir si le modèle social français est valable ou non, mais si les Français auront encore longtemps les moyens de le maintenir. Et vu la tendance actuelle, la réponse est non, certainement pas sans d’importantes transformations structurelles des retraites, des impôts, des avantages sociaux, de la réglementation du travail et des attentes [de la population].

Le Parti socialiste de François Hollande et l’extrême gauche française ne semblent pas avoir compris la fameuse déclaration du neveu du prince, dans Le Guépard, le célèbre roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, sur les bouleversements sociaux : « Il faut que tout change pour que rien ne change. » En parlant avec les politiciens et les travailleurs français, on a parfois l’impression qu’ils se voient tous comme des communards et des révolutionnaires, des combattants de gauche – et pourtant, parallèlement, ils veulent conserver le confort du monde qu’ils connaissent, à l’instar de l’extrême droite.

La jeunesse n’est plus ce qu’elle était

En mai 1968, les étudiants de l’université de Nanterre ont déclenché ce qu’ils pensaient être une révolution. Des étudiants français en cravate et socquettes ont lancé des pavés sur la police et ont exigé que le système sclérosé de l’après-guerre évolue. Aujourd’hui, les étudiants de Nanterre craignent de ne pas trouver d’emploi et de perdre les allocations versées par l’Etat. Ce qu’ils veulent, c’est que rien ne change. Pour Raphaël Glucksmann, qui a dirigé sa première manifestation lycéenne en 1995, les jeunes de sa génération envient avec nostalgie leurs prédécesseurs rebelles, mais ils n’ont pas le courage de lutter dans ce contexte économique difficile.

“Aujourd’hui, les jeunes manifestent pour s’opposer à toutes les réformes, explique-t-il. Nous ne voyons pas d’autre solution. Nous sommes une génération sans repères.”

Les Français comprennent pourtant qu’à long terme ils n’ont pas intérêt à empêcher une modification structurelle de leur économie très régulée.

Les alertes sont partout : un chômage record, notamment chez les jeunes, une croissance lente par rapport à l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou l’Asie, ou encore des dépenses publiques qui atteignent quasiment 57 % du PIB, soit le taux le plus élevé de la zone euro et 11 points de plus que pour l’Allemagne. Le gouvernement emploie 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants, contre 50 en Allemagne.

En 2012, environ 82 % des emplois créés étaient des contrats temporaires, contre 70 % cinq ans plus tôt, et contrairement aux emplois à temps plein, ces contrats ne permettent pas d’accéder à la classe moyenne française. Cette situation contraint quasiment toute une génération à vivre dans la précarité, y compris ceux qui travaillent dur et qui font de longues études.

Points forts

A Amiens, dans le Nord, l’entreprise Goodyear possède deux usines de pneus. Dans l’une, les ouvriers ont accepté à contrecœur de modifier leurs emplois du temps afin que l’usine ne ferme pas. Dans l’autre, ils ont refusé et Goodyear essaie actuellement (mais ce n’est pas si facile en France) d’en négocier la fermeture, mettant ainsi davantage de monde à la porte. “Je fais partie d’une génération qui a connu le Programme commun de la gauche, explique Claude Dimoff, ancien dirigeant syndical de l’usine qui a fait preuve de plus de flexibilité. Nous avions des projets pour l’avenir et des valeurs différentes, mais tout cela a été oublié. La gauche a complètement laissé tomber ses promesses.”

Le pays a encore beaucoup de points forts : la France est la cinquième économie mondiale, elle a une solide expérience dans la gestion, les sciences et l’innovation, et le fossé entre les riches et les pauvres, même s’il grandit, y reste plus réduit que dans la plupart des pays occidentaux. Lorsque les Français travaillent, ils travaillent dur : la productivité de la main-d’œuvre, qui est sans doute le principal indicateur du potentiel économique d’un pays, reste relativement élevée, même si elle accuse un recul certain. Mais avec de longues vacances et des semaines de trente-cinq heures, les Français travaillent moins longtemps que la plupart de leurs concurrents, ce qui met d’autant plus de pression sur les entreprises et l’économie.

Impossibles réformes

Sondage après sondage, les Français répètent qu’ils veulent des réformes et une modernisation de leur système – tant que cela n’a aucun impact pour eux. C’est l’éternel défi politique, et on reproche à Nicolas Sarkozy, le prédécesseur conservateur de François Hollande, de ne pas avoir respecté sa promesse de mettre en œuvre de grandes transformations structurelles.

S’il se plaignait constamment, par exemple, des conséquences catastrophiques de la semaine de trente-cinq heures, Nicolas Sarkozy ne l’a jamais abrogée. A la place, il s’est contenté de jouer avec la fiscalisation des heures supplémentaires, une mesure que François Hollande s’est empressé de supprimer. L’un des conseillers de Nicolas Sarkozy, Alain Minc, a admis que l’ancien président avait tout simplement peur d’affronter les syndicats et le tollé social que de véritables changements provoqueraient.

Beaucoup s’accordent à penser que seule la gauche peut lancer de grandes réformes structurelles et sociales. Mais, pour cela, il faudrait que François Hollande, qui bénéficie de la majorité parlementaire, se décide à s’opposer à son propre parti pour préparer l’avenir. C’est ce qu’a fait l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder au début des années 2000, lorsqu’il a apporté une série de mesures qui expliquent en grande partie la bonne santé de l’Allemagne aujourd’hui.

Concertation

François Hollande affirme croire au dialogue avec les partenaires sociaux, une méthode qui a jusqu’à présent préservé une paix relative, mais n’a pas apporté de véritable réforme. Grâce à un accord avec les syndicats centristes, il a réussi à rendre le marché du travail légèrement plus flexible : il est désormais plus facile d’appliquer des horaires variables et les charges sont plus élevées pour les contrats à court terme. A partir de 2014, les entreprises bénéficieront d’un crédit d’impôt d’environ 27 milliards de dollars [20 milliards d’euros], en partie financé par une hausse de la TVA.

Mais, souvent, des mesures qui semblent courageuses à leur échelle n’ont que peu de résultats. Sans compter que ces efforts modestes ont eu lieu à l’apogée du pouvoir de François Hollande, qui est désormais sur la pente descendante.

Note :*En français dans le texte.

Voir aussi:

ÉCONOMIE Hollande et le mirage de la croissance

Interrogés sur leur vision de la France en 2025, les membres du gouvernement ont rendu des copies bien naïves.

The Times

23 août 2013

traduit par Courrier international

Pour les ministres du gouvernement français, l’été a pris fin le 19 août. Le président Hollande avait fixé la rentrée treize jours avant la fin du mois d’août et leur avait donné comme devoir une rédaction exposant leur vision de la France dans douze ans.

On ne peut que le féliciter d’avoir invité son équipe à voir loin – espérons néanmoins qu’il aura également la sagesse de reléguer rapidement ces compositions aux archives, car elles relèvent d’un optimisme naïf là où le réalisme était de mise. Certaines frôlent même le délire, et aucune ne s’attaque aux grandes priorités de la France : réduire les dépenses publiques, repousser l’âge légal de départ à la retraite et mettre fin au blocage de la réforme du travail par les syndicats.

Si l’on entend soutenir la reprise glaciale que connaît le monde développé depuis le krach de 2008, la priorité est d’empêcher une autre crise dans la zone euro. Pour cela, il faut favoriser la croissance en France et s’assurer que le pays ne suivra pas la Grèce, l’Espagne et le Portugal sur le chemin d’un chômage en hausse constante, d’une dette débridée et d’une austérité forcée. Elu sur la promesse de ne pas imposer l’austérité, M. Hollande a été contraint d’en inventer sa propre version. Il a augmenté les impôts à deux reprises et promis de recommencer l’année prochaine.

Confiance dans l’Etat

La semaine dernière, il a reçu une nouvelle aussi bonne que rare : l’économie française a enregistré une croissance de 0,5 % au deuxième trimestre 2013. C’est mieux que de rester dans la récession, mais ce n’est probablement qu’une brève éclaircie dans un ciel bien sombre, et manifestement cette nouvelle ne fait qu’encourager le président à retarder encore plus les réformes structurelles dont la France a tant besoin.

Ce qu’il attendait de son gouvernement, c’était la vision d’une France prospère en 2025, car plus productive, moins grevée par les impôts et suffisamment porteuse de perspectives d’avenir pour empêcher les cerveaux les plus brillants de fuir vers Londres, New York et Shanghai. Ce n’est pas du tout ce qu’il a récolté. Ainsi, son ministre des Finances, Pierre Moscovici, reconnaît l’importance de réduire la dette et le chômage, mais laisse entendre qu’on peut y parvenir en augmentant les dépenses publiques, pas en les diminuant. M. Moscovici projette même une nouvelle Europe sociale, avec des dépenses mieux coordonnées. De son côté, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, décrit à son patron une France au premier rang mondial dans tous les domaines, des nanotechnologies à l’optimisation des procédés industriels, mais ne dit pas vraiment comment y parvenir si ce n’est en faisant confiance à l’Etat pour choisir les chevaux gagnants. La ministre de la Justice imagine pour ses successeurs un rôle nouveau comme pourvoyeurs d’espoir et de réhabilitation plutôt que de condamnations. Quant à la ministre du Logement, elle promet 6 millions de nouvelles habitations et un accès au logement pour tous sans aucun stress.

Comment la France va-t-elle financer tout cela ? La réponse est sans doute détaillée dans les annexes, car elle n’est visible nulle part dans les comptes rendus officiels. Laurent Wauquiez, étoile montante du centre droit, a salué, hilare, la performance en la qualifiant de “surréaliste”. La Commission européenne et le FMI n’ont plus qu’à espérer que rien de tout cela ne se traduira par des mesures politiques.

Les ministres de M. Hollande n’ont apparemment pas apprécié d’avoir eu des devoirs à faire. En retour, ils fournissent de la matière pour des gros titres embarrassants et donnent l’impression qu’ils préféreraient revenir aux Trente Glorieuses plutôt que de réduire les dépenses et soumettre les syndicats. Venant du pays amateur de grands projets fantasques, il fallait peut-être s’y attendre. Cela n’en reste pas moins inquiétant.—

Voir encore:

Goodbye Old World, Bonjour Tristesse

Maureen Dowd

The New York Times

July 6, 2013

PARIS — VERSAILLES lived again at haute couture week, as designers paraded their let-them-eat-cake creations, hand-stitched with gilt embroidery and trimmed with guiltless fur — frousfrous that no real women can wear and few can afford.

On Friday night, Christian Lacroix offered his homage to Elsa Schiaparelli, but even high fashion couldn’t lift Paris from its low mood. “Liberté, égalité, morosité,” Le Monde declared.

Joie de vivre has given way to gaze de navel. The French are so busy wallowing in their existential estrangement — a state of mind Camus described as “Should I kill myself, or have a cup of coffee?” — that they don’t even have the energy to be rude. And now that they’re smoking electronic cigarettes, their ennui doesn’t look as cool. It’s not that they’ve lost faith in their own superiority. They’ve lost faith that the rest of the world sees it. The whole country has, as Catherine Deneuve says of her crazy blue moods, une araignée au plafond — a spider on the ceiling.

On Place Vendome, Christian Lacroix was dispatching models in black crepe chiffon peplum basques — whatever they are — while on Avenue Hoche, Lacroix’s dentist was bemoaning the black crepe City of Lights. Holding a cigarette in a waiting room filled with Picasso-print pillows, Dr. Gérard Armandou told how his patients, always prone to pessimism, are even more filled with malheur now as they sit in his chair contemplating tous les problèmes, including “not going anymore on holiday to Egypt.”

“Cocteau said the French are Italians in a bad mood, but now there is more morosity,” he said. “We are connecting with nostalgia. What is nostalgia? Where the present doesn’t agree with the hope that you got in the past.”

He said there are widening chasms between sectors of French society — old and young, natives and immigrants, “smokers and nonsmokers, homosexuals and non-homosexuals.”

“Enter conflict, where before there was none,” he said. “The French people, maybe they think too much. The happy stupid don’t see the problem.” People with joie de vivre, after all, are simply not paying attention.

“It’s not the end of the world,” Dr. Armandou said with a Gallic shrug. “It’s the end of one world.”

The French have higher rates of taking antidepressants and committing suicide than most other Europeans. And while arguing about how to move forward, they feel trapped in the past, weighed down by high unemployment and low hopes, the onerous taxes that drove Gérard Depardieu to flee, conflicts with immigrants, political scandals, Hollande fatigue, Germany envy, economic stagnation, a hyperelitist education system, and cold, rainy weather that ruined the famous Paris spring. Instead of confronting the questions at hand — how to adjust to globalization and compete with the Chinese — the French are grieving their lost stature and glorious past, stretching back to the colonial empire, the Lumières, the revolution, Napoleon, even the Jazz Age writers and artists. They’re stuck in a sentimental time warp as vivid as the one depicted in Woody Allen’s “Midnight in Paris.”

“In 1945, France was on the losers’ side, but this reality has long been masked by the political speeches of General de Gaulle and François Mitterrand: they both maintained, in their own way, the idea that it remained a great power promised to an exceptional destiny,” the historian Christophe Prochasson told Le Monde. “After they left office, the French continued to live on that belief.” Today, he added, this illusion is disappearing gradually and “France is a country in mourning.” What is lacking now in France, he said, is the music of history, “the capacity to contemplate tomorrows that sing.”

It doesn’t help that as they come to grips with their dashed illusions of grandeur, the French find out that their own government and America’s have them under the spyglass. “L’Oncle Sam se comporte très, très mal” (Uncle Sam behaves very, very badly), Le Monde scolded in a front-page editorial last Monday.

“I know we can be unbearable but not to the point where you are entitled to put mics at our place,” said Philippe Manière, the managing partner of Footprint management consultants.

A 2011 BVA-Gallup poll conducted in 51 countries revealed that the French were even more pessimistic than Afghans and Iraqis. As the sociologist François Dubet told Le Monde, “If France doesn’t get all the Olympic medals and all the Nobel Prizes, the French consider it hopeless.”

Manière complains about how “disgusting” the Disneyfied Champs-Élysées has become, with hordes of teenage tourists snapping pictures of themselves in front of Ladurée, the macaroon shop, and pictures of the French without even a “s’il vous plait.”

“The intersection of globalization and the French spirit is especially painful,” he said. “We have this feeling that everything we were used to is disappearing and what we are offered is not as good.” The French gave up the franc but don’t want to give up anything else to mesh into a bland global society.

“The French are very conceptual, very cerebral,” Manière said. “We need to have more than food and TV. In America, it is not treason of an ideal if you want to watch TV all day, whereas in France it is.”

It is a measure of their desperation that the French have become fixated on American-style happiness studies. Claudia Senik, a professor at the Paris School of Economics and the Sorbonne, has become a media darling discussing her research on French malaise. Living in France, with its unyielding judgments about talent and its locked labor market, reduces the probability of being happy by 20 percent, she says.

Though everyone else flocks here to be dazzled, the French are less satisfied than the average European. She calls it “a cultural trait” linked not only to circumstance but to values, beliefs and behaviors passed from generation to generation, and exacerbated by madly competitive schools that are hard on self-esteem. In others words, unhappiness has been bred into the French bone. When French citizens emigrate, she said, they take their tristesse with them.

“Our happiness function is a little deficient,” she said over espresso at Le Rostand across from the Jardin du Luxembourg. “It’s really in the French genome.”

Voir enfin:

More Taxes, Please: We’re French

Bruce Crumley

Time

Dec. 26, 2011

Europe may be agonizing amid the worst financial crisis since the Second World War, but that still isn’t forcing France to accept the logic of economic liberalism that dominates much of world. That largely “Anglo-Saxon” view has long criticized the cherished French welfare state as too expensive, untenable, uncompetitive, and increasingly indebted–and now sees it as virtually doomed by an inevitable starvation diet that reality has imposed. But as they are prone to do now and again, the French are begging to differ with the rest of the world—and are doing so by defending a social system that’s a deep source of national pride in ways many societies wouldn’t stand for.

True, Paris has responded to the debt crisis—and threat of losing its AAA credit rating—by unrolling not one, but two austerity plans to rein in deficit spending. And true, too, some of that involved painful cuts in French social protection programs. But in picking through the details of that French reaction, some observers are pointing out how France has again shown its penchant for bucking conventional wisdom by devising a debt reduction scheme that relies far less on entitlement reduction than it does on considerable tax increases—Welcome to austérité à la française. For now.

The weekend edition of French daily le Monde patches together analyses of recent deficit-cutting measures unveiled by the conservative government of President Nicolas Sarkozy, and fleshes out an underlying Gallic logic of “when in doubt, raise taxes”. And — perhaps it’s because the sensation of the French government’s hand snaking into the private pocket is such a common one — Sarkozy’s option of raising taxes before cutting entitlements is thus far provoking little in the way of public outcry .

As the linked Global Spin story above notes, savings over the first two years of the French plan represent around $26 billion–a total set to increase to $90 billion by 2016. That effort aims to reduce France’s 2010 budget deficit of $199 billion to an estimated $103 billion by 2012, and thereby begin paring back the nation’s sovereign debt of $1.7 trillion (representing a bit more than 86% of GDP) over the next couple of decades. But in contrast to crisis-ravaged countries like Greece, Spain, and Ireland—which have dramatically slashed spending, frozen or cut public employee salaries, and shrunk payouts from state-funded unemployment and pension programs—French attempts to balance the country’s budget are primarily focusing on boosting revenue via tax hikes. In 2012, only 24% of the expected results from those measures will come from strictures in spending; the remaining 76% will be realized by increased state income from new taxes. The following year cuts in spending will represent 53% of reduced budget deficit—a portion rising to 64% in 2016 according to some readings of the package. Other analyses, however, estimate just over half of the anticipated deficit gains made over the next half decade will come from increased tax inflows—despite average annual growth forecasts of a mere 1% over the same period—with the remainder from actual cuts in spending. That’s not the kind of welfare state dismantling many market liberals abroad might have banked on.

The reason for that French strategy seems obvious. With general elections looming in April, May, and June, France’s ruling conservatives appear mindful that French voters of all political stripes generally hate the idea of pinching the country’s beloved welfare system and social programs more than they do finding their own pocketbooks squeezed with tax rises. Perhaps more than any other society on earth—even among European nations that tend to love their welfare states—the French will not only tolerate very high taxation of personal income to fund their social model, but will also unite across political lines to defend perceived attacks on it. Having weathered multiple, massive protests over reform, the unpopular Sarkozy is presumably aware of the perils of slashing away at programs as he nears an uphill re-election bid–even under pressure from the debt crisis.

The French leader is also presumably keeping in mind that governments in Greece, Spain, Ireland and elsewhere in the euro zone fell to public anger over increased taxes and slashed social programs both being imposed at once. That dire lesson of what one big stick and no carrot can bring about has no doubt shaped Sarkozy’s careful, two stage approach to cutting deficits. (France is not entirely alone in that cautious tack. Despite the initial prediction that Italy’s new government would take on its ballooning debt emergency by seeking both new tax revenues and undertaking deep cuts in entitlement programs, Italian Prime Minister Mario Monti unveiled a package http://www.nytimes.com/2011/12/16/world/europe/italys-leader-monti-offers-tax-increases-not-deep-reform.html?pagewanted=all that was mostly new taxation, and very little reform.)

But in cheating his deficit reduction effort with an early emphasis on tax hikes in deference to looming elections, Sarkozy may be setting France up for a future-shaping decision on whether to prolong that approach or not in mid-2012. The reason? Current polls suggest both Sarkozy and his ruling conservatives will be replaced by leftist rivals now running on pledges to revise the back-end of his deficit and debt reduction plans–and shift the target of his initial tax focus. Those opponents (and some independent analysts) decry the measures adopted by Sarkozy’s conservatives as unfairly weighing on the middle class and poorer households, while sparing the wealthy most pain. Were the left elected, it would not only be inclined to hit the rich with far more than the temporary 3% to 4% income tax hikes Sarkozy’s plan calls for, but to dig deep into the some 500 exemptions protecting various forms of personal revenue from taxation—most of which benefit France’s most affluent people. The money the state loses in tax receipts to those exceptions is worth around $90 billion per year—nearly the totality of France’s expected budget deficit in 2012. For that reason some voices–including those from the French center and right–are looking to country’s rich as de facto tax savings that would be of great use in the current debt crisis downpour.

French conservatives counter that raising taxes on the wealthy will simply provoke a capital flight to nations like Switzerland or Luxembourg–a move, rightists argue, that would see a ruling left raise taxes across the board to (partially) offset deficit spending. That’s an ideologically sound accusation, but an unlikely eventuality. With the overall level of taxation in France averaging 49.5% per household in 2010, even many unabashedly leftist economists say there’s a limited range of how much higher taxes can be raised before they seriously shackle purchasing power—and thereby undermine consumption and growth. (That may be true, but high taxes isn’t synonymous with economic or financial ruin. While France’s rate is 5% higher than the European union average, it’s considerably lower than robust economies like Sweden, Denmark, Finland and Norway.) By contrast, debate in France is very much open on untapped revenues now protected by exceptions and loopholes for the rich–and some businesses–with consensus rising among the 99% about the state getting more funding from its priviledged 1%. Meanwhile, there’s also talk in the event of a leftist victory next year about demolishing France’s complex and often opaque tax structure, and replacing it with a more streamlined, transparent, and equitable system that shifts greater financing responsibilities back to top earners.

All that’s not to suggest that there’s a rising and uniform consensus about protecting the welfare state through tax increase–and just where those hikes should hit hardest. There’s just as much debate in France as there is in the U.S. or U.K. about the justice, wisdom, or productivity of “soaking the rich” with higher taxes–and the clashes of opinion on that topic are just as frontal as they are elsewhere. By contrast, the topic of using taxes to redistribute wealth—and safeguard the country’s beloved welfare system in the process—is not only an accepted idea that more economically liberal nations like America would have a hard time understanding; it’s such a slam-dunk notion in France that few people have voiced much anger at seeing their income squeezed harder under Sarkozy’s plan as the crisis has tightened. Where economic neoliberals pronounce the welfare state dead because it can’t be financed, the French reply by pointing out higher taxes can do just that (at least to a point). Mark that up to the French being the French again–and in a way it never fails to dismay and delight people elsewhere in equal and opposing numbers.

Bruce Crumley

Crumley is TIME’s Paris bureau chief and has covered French and European news since 1989.

Read more: http://world.time.com/2011/12/26/more-taxes-please-were-french/#ixzz2doPA4fMA

Un commentaire pour France: Le changement, c’est demain (No austerity, please, we’re French: When neckties, bobby socks and cobblestones are no longer enough)

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