Syndrome de Stockholm/40e: Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français (France discovers anti-white racism)

22 juin, 2013
https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b1/The_Intervention_of_the_Sabine_Women.jpghttps://i2.wp.com/images1.wikia.nocookie.net/__cb20071104124311/psychology/images/4/47/Stockholm_syndrome.jpgLes voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville. Wikipedia
Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres. Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle.  F. G. (étudiant de Sciences Po, après son agression dans un bus de nuit parisien, 2009)
Appelons cela le syndrome du Noctilien (en référence à ce bus de nuit parisien dans lequel un jeune passager a été roué de coups, dernièrement) : il consiste à nier la gravité de certaines évidences, en détournant l’attention, si possible, sur la source du désordre. En l’espèce, pour cet étudiant qui n’a pas voulu voir une agression raciste dans ce qui lui est arrivé, les coupables sont celui qui a diffusé la vidéo de son passage à tabac et ceux qui l’ont commentée. Le politiquement correct raisonne de cette manière. Ivan Rioufol
Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses.  Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe ! (…) J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille. Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris … Arnaud
Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre. Guillaume
Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français. Céline
Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche. Caroline (enseignante)
Il suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible. Tarik Yildiz
Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français « pure souche » – les « blancs » – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier  Tarik Yildiz
Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ? Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera. Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle. Antoine Menusier
Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves. Benoît Rayski

Vous avez dit syndrome de Stockholm ?

Renvoi de huit mois en l’absence de plaignants, accusé absent parce que non retrouvé, co-accusé jugé mais blanc, refus d’une association anti-raciste (MRAP) de se porter partie civile (Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement), refus des parties civiles comme de la défense d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle

Au lendemain, suite à la bastonnade accompagnée d’injures racistes sur un quai de métro parisien en septembre 2010 d’un jeune homme blanc, du premier pour « racisme anti-blanc » …

Et une semaine après les simples sursis et avertissements des adolescents impliqués dans l’attaque du RER à la gare de Grigny …

Mais aussi trois ans après une vidéo qui avait révélé (outre la suspension et la garde à vue du policier l’ayant mise en ligne et la défense de ses agresseurs par l’agressé: « habillé de façon bourgeoise ») le genre de phénomène d’attaques en meute que peuvent subir certains usagers des bus de nuit parisiens …

Comment ne pas voir, évoquée à demi-mot  si l’on en croit les extraits de presse dans le livre d’un jeune sociologue, l’étrange forme de syndrome de Stockholm (qui fête ses 40 ans cette année) …

Qui de la presse à nos belles âmes des beaux quartiers mais aussi apparemment à ses premières victimes que sont les derniers mohicans de certains quartiers des villes d’Ile-de-France les plus touchées par l’immigration (jusqu’à, pression de l’environnement oblige, mentir sur ses propres origines) …

Semble à présent s’être étendu l’ensemble de nos sociétés ?

Comment parler du racisme anti-blanc?

Julie Saulnier

L’Express

14/03/2011

Le racisme anti-blanc est une réalité embarrassante. Dans un essai, le sociologue Tarik Yildiz l’aborde de front, pour éviter notamment de laisser le sujet aux extrêmes.

« Sale Français(e) de merde! » Cette expression les renvoyant à leurs origines françaises, Guillaume, Bastien, Anne, Hasan et les autres l’ont entendue souvent. C’est ce que décrit Tarik Yildiz au travers de neuf entretiens avec un collégien, un lycéen, une étudiante, des professeurs et des parents d’élèves de Seine-Saint-Denis.

Dans son essai, Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité*, ce doctorant en sociologie de seulement 25 ans dresse une cartographie du phénomène dans certains quartiers de certaines villes d’Ile-de-France.

Insultes, crachats, coups, les protagonistes de l’étude se disent victimes d' »une intolérance qui touche les blancs parce qu’ils sont – ou sont considérés – comme des ‘Français de souche’, en opposition aux Français issus de l’immigration », explique l’auteur, par ailleurs collaborateur du Bondy Blog.

Ne pas laisser la voie libre aux extrêmes

« Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre », raconte Guillaume, collégien. Céline confie que, pendant ses années de collège, elle maquillait la vérité pour qu’on la laisse en paix: « Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français. » « Chaque jour, la seule chose que j’espérais, c’était de rentrer sans avoir pris de coups ou sans me faire insulter », ajoute de son côté Bastien, lycéen. Anne, sa mère, est abasourdie. « Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un tel racisme pouvait exister chez des enfants », déplore-t-elle.

Le phénomène est réel, mais circonscrit. Alain, qui a soutenu un appel « contre les ratonnades anti-blanc » en 2008, précise « que ceux qui profèrent ces insultes (…) représentent une minorité dans les classes. Et comme souvent, la minorité violente est la plus visible. » « Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente, analyse Caroline. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche. » Tarik Yildiz reconnaît qu’il « suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible ».

Il faut aussi ne pas oublier, comme Caroline, enseignante, qu' »on a plus de chance de trouver un emploi ou un appartement quand on s’appelle François que quand on s’appelle Kader ». Ou qu’il « est plus facile d’entrer en boîte de nuit, qu’on se fait beaucoup moins contrôler par la police quand on a la peau claire. » Et d’attirer l’attention sur la dimension sociale: « Les jeunes qui posent des problèmes dans les établissements scolaires sont les plus défavorisés socialement (…) Ce n’est pas vraiment du racisme, mais une manière de vouloir prendre leur place dans une société où ils se sentent mal à l’aise. »

Pour sa part, Fatima, étudiante française issue de l’immigration, estime qu' »il ne faut pas faire de distinction entre les racismes ». Ce qu’admet bien volontiers Caroline, selon qui faire des différences, « c’est établir une hiérarchie ». D’où l’importance de reconnaître l’existence de ces discriminations. « Lorsqu’on ne parle pas d’un problème, les victimes se sentent incomprises, déconsidérées. Cela peut les pousser elles-mêmes vers du racisme », observe Alain. « Ne pas entendre ceux qui souffrent, c’est prendre le risque de l’engrenage et les jeter dans les bras des partis extrêmistes, renchérit Tarik Yildiz. Il ne faut pas laisser le champs de ce qui préoccupe les Français aux extrêmes. Les partis traditionnels ne doivent pas avoir peur d’aborder le racisme ‘anti-blanc’. Ce sont les solutions apportées à cette forme de racisme qui doivent être différentes. »

Le racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité, Tarik Yildiz, Les Editions du Puits du Roulle, 58 p., 8 euros.

Avertissement de modération: comme vous l’aurez noté, l’un des objectifs de Tarik Yildiz est de ne pas laisser aux extrêmes le sujet du racisme anti-blanc. Nous serons extrêmement attentifs à ce que ces mêmes extrêmes ne puissent exprimer des idées extrémistes dans les commentaires. LEXPRESS.fr

Voir aussi:

« Le racisme anti-blanc est réversible »

Julie Saulnier

L’Express

26/09/2012

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé dénonce le racisme anti-blanc. Une récupération politique qui risque de « jeter de l’huile sur le feu », selon le sociologue Tarik Yildiz, auteur de Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP, dénonce le racisme anti-blanc. Que pensez-vous de ses propos?

Je ne suis pas dupe des intentions électoralistes de Jean-François Copé. Il veut envoyer un message fort à la base de l’UMP et lui dire qu’il est proche d’elle et de ses idées. Car beaucoup de gens pensent et disent que le racisme anti-blanc existe. Jean-François Copé ne fait que relayer cette idée.

Il est bon d’évoquer le racisme anti-blanc, comme il est bon de parler toute sorte de racisme. Mais la récupération partisane d’un sujet aussi délicat que celui-ci risque de jeter de l’huile sur le feu.

Comment éviter de tomber dans cet écueil?

Il faut parler du racisme anti-blanc mais éviter à tout prix la récupération politique. Pour cela, la dénonciation de cette forme de racisme doit venir, en premier lieu, des associations antiracisme. Elles seules peuvent aborder le sujet sans être taxées de xénophobie.

Si ces associations, donc, dénoncent clairement et sans gêne cette réalité, on gagnera en crédibilité. Et les tabous tomberont. Dès lors, les responsables politiques, y compris de gauche, pourront en parler sereinement.

Jean-François Copé limite ce phénomène aux « quartiers sensibles »…

Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français « pure souche » – les « blancs » – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier. Ce constat dressé, ce n’est pas autant qu’il faut y voir un lien de causalité – mais plutôt un lien de corrélation.

Peut-on endiguer cette forme de racisme?

Oui, car le racisme anti-blanc est quelque chose de très concret et qu’il est perpétré par des jeunes immatures. En cela, ce phénomène me semble réversible. Une bonne politique éducative et une punition adaptée permettraient d’en venir à bout. La solution consisterait à instaurer plus de discipline à l’école, et ce dès le collège, et à fixer des limites à ne pas dépasser pour éviter l’effet de surenchère.

Le sociologue Tarik Yildiz est l’auteur de l’essai Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Avertissement de modération: compte tenu du caractère sensible de ce thème, nous serons particulièrement sensibles à la bonne tenue des débats. Merci donc de ne pas tenir de propos xénophobes, racistes ou discriminatoires.

Voir également:

Justice : un Blanc jugé pour racisme… anti-Blanc

Marc Leplongeon

Le Point

26/04/2013

« Sale Blanc », « blanc-bec »… Un cuisinier était jugé vendredi à Paris pour avoir entaillé le visage d’un homme sur le quai du RER et proféré des injures racistes.

« Racisme anti-Blanc », l’expression est devenue presque banale. Pour SOS Racisme, elle appartient historiquement au vocabulaire de l’extrême droite. Mais elle est devenue ensuite un argument de campagne. Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP contre François Fillon, avait raconté fin 2012 l’histoire d’un jeune qui s’était fait « arracher son pain au chocolat par des voyous », au motif qu' »on ne mange pas au ramadan ». D’après un rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNCDH), ces propos pourraient avoir eu une incidence sur la diffusion de l’idée d’un hypothétique racisme « anti-Français » dans la société. « 4 % des personnes interrogées considèrent que les Blancs sont les principales victimes de racisme dans l’Hexagone », explique le rapport. Et « le sentiment que les Français sont les principales victimes de racisme en France est en hausse, avec 12 %, dont 18 % parmi les sympathisants de droite et 5 % parmi ceux de gauche », poursuit l’étude.

Vendredi après-midi, au palais de justice de Paris, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’est portée pour la première fois partie civile dans une affaire de « racisme anti-Blanc ». Situation ubuesque : le prévenu est lui-même blanc. « Je n’aime pas ce terme [de racisme anti-Blanc, NDLR] », explique Mario Pierre Stasi, président de la commission juridique de la Licra. « Mais je n’en vois pas d’autres », lâche-t-il. À l’audience, un homme de 37 ans, crâne rasé, est appelé à la barre. La démarche lourde, les mains dans les poches de son jean recouvertes par une veste grise, Arnaud écoute, sans broncher, le président du tribunal. Son casier judiciaire est déjà bien rempli : plusieurs condamnations pour port d’armes (des couteaux), outrages contre policiers et infractions à la législation sur les stupéfiants (cannabis).

Pour Mario Pierre Stasi, avocat de la Licra, une infraction à connotation raciste peut être constituée, « qu’importe la pigmentation de la peau ».

Balafre de 15 centimètres

Le 12 septembre 2010, au petit matin, la victime, un jeune homme de 28 ans, attend son métro à la station Strasbourg-Saint-Denis. Il est apostrophé par un homme qui accompagnait Arnaud, mais qui n’a jamais pu être identifié. « Sale Français ! » lui aurait-il lancé. La victime descend du métro à Gare du Nord, avant de se rendre sur les quais du RER D. La vidéosurveillance laisse supposer qu’Arnaud et son acolyte l’y ont suivie. Vers 6 heures du matin, quoi qu’il en soit, l’agresseur non identifié se rue vers sa victime et lui porte un premier coup. La bagarre commence. L’agresseur tombe à terre, la victime prend le dessus. « Quand il était à terre, j’ai voulu le défendre. Il l’étranglait avec ses genoux, donc je lui ai mis des coups avec la droite, et un dernier avec un tesson de bouteille », lâche benoîtement Arnaud. Lorsque la bagarre se termine, la victime a une balafre de 15 centimètres de long sur la joue gauche. Le sang coule sur son torse.

Lors de ses premières auditions, Arnaud nie tout, malgré les images des caméras. Jusqu’à ce que le juge d’instruction lui parle d’une éventuelle circonstance aggravante : les injures racistes. Là, Arnaud se décide enfin à parler. « Je suis vraiment dégoûté. Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses », lâche-t-il. Problème : la victime est « blanche », comme lui. À l’audience, il s’énerve : « Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe ! » Son acolyte ? Il l’aurait rencontré lors d’une soirée. Mais il n’en dira pas plus. « Je sais juste ce qu’il aimait comme filles, c’est tout », résume-t-il. Pas de provocation dans sa voix, juste le ton un peu benêt qu’il adoptera tout au long de l’audience.

« Sale blanc-bec »

Les témoins de la scène, des usagers et des agents de la société Effia, n’ont pas bougé. Certains n’étaient pourtant qu’à cinq mètres de la bagarre. Seule une dame a eu le cran de s’interposer, note la procureur. Trois d’entre eux ont cependant entendu les insultes « sale Français », « sale Blanc » (en français et en arabe), « sale blanc-bec », « va niquer ta mère », de la bouche de l’agresseur anonyme. Deux témoins sont formels : Arnaud a lui aussi prononcé ces mots avant, pendant et après l’agression. Lui assure que ces mots n’ont pas franchi ses lèvres. Arnaud semble accorder la même importance à une affaire de violences (qui ont causé 39 jours d’interruption temporaire de travail) qu’à quelques insultes racistes. « Pour moi, c’est pareil », lâche-t-il à l’audience.

« Vous vous considérez comme violent ? » lui demande le président du tribunal. « Nan », répond-il. Puis il raconte quelques bribes de sa vie. « J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille », argue-t-il. « Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris », lâche le prévenu. Pour l’avocat de la victime, Arnaud n’a rien d’un « sauveur ». Il ne croit pas à la thèse de l’agression avec un tesson de flasque d’alcool, qui se serait brisée dans sa poche. Pour l’avocat, Arnaud a utilisé un couteau ou un cutter. Et il enfonce le clou sur les injures racistes. « La victime m’a dit : C’est tombé sur moi parce que j’étais blanc », explique-t-il.

Le procureur réclame quatre ans de prison, dont un avec sursis assorti d’un contrôle judiciaire. Le jugement a été mis en délibéré au 21 juin. Pour l’avocat de la défense, Me Grégoire Etrillard : « On est en train de faire un exemple de racisme anti-Blanc. Il y a une frustration de ne pas avoir attrapé le vrai coupable. »

Voir encore:

Le premier procès pour racisme anti-Blancs n’a pas eu lieu

Quand la partie civile n’assume pas son audace de principe

Antoine Menusier

Causeur

29 avril 2013

Le premier procès pour « racisme anti-Blancs », tenu en l’absence de la victime, vendredi 26 avril, devant la 13e Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris, s’est arrêté au plus mauvais moment : quand il aurait pu vraiment commencer. Tant qu’à juger des motivations racistes du prévenu, un jeune homme de 28 ans qui comparaissait libre, cuisinier de métier, condamné à sept reprises pour des délits, la cour et les avocats de la partie civile et de la défense auraient pu aller « au fond », comme disent les juristes. Au fond du sujet. Un procès d’assises l’aurait sans doute permis, des psychologues auraient été cités à charge et à décharge pour éclairer le jury sur la personnalité de l’accusé. Ce dernier a d’ailleurs échappé de peu aux assises, a indiqué la procureur, agitant cette menace a posteriori, le chef d’accusation de tentative de meurtre n’ayant pas été retenu. La magistrate a requis quatre ans ferme, dont un avec sursis et mise à l’épreuve.

Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ?

Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera.

Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle.

Les faits : le 12 septembre 2010, vers 6 heures du matin, Arnaud D. se trouve sur un quai de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, à Paris, en compagnie d’un autre homme. Ils rentrent d’une soirée arrosée, se sont connus à cette occasion, raconte le prévenu, qui dit ignorer l’identité du second. Tout aurait commencé par une vague histoire de cigarette entre l’ami d’un soir d’Arnaud D. et Térence C., une vingtaine d’années, vendeur dans le prêt-à-porter, également présent sur le quai. L’ami aurait traité Térence C. de « sale Français », a rapporté la victime aux enquêteurs.

L’altercation reprend à trois stations de là, sur un quai de RER, gare du Nord. Arnaud D. et son acolyte y croisent à nouveau Térence C. – ils étaient à sa recherche, soupçonnent les parties civiles. L’acolyte attaque Térence C., lui donne des coups de poing. Celui-ci parvient à immobiliser son agresseur. C’est à ce moment-là qu’intervient Arnaud D., dans le dos de la victime. Il la frappe de ses poings, lui entaille la joue gauche au moyen d’un tesson de bouteille ou d’un couteau – d’« un tesson d’un flash de Cognac que j’avais dans la poche », explique le prévenu sans convaincre –, « sur quinze centimètres de long », selon le rapport d’enquête.

Une femme tente de s’interposer, en vain. Deux témoins passifs de la scène, agents de la RATP, absents à l’audience – la défense met en doute le sérieux de leurs témoignages –, ont affirmé que ces violences étaient accompagnées d’insultes : « Sale Français », « sale blanc-bec », « sale Blanc, « sale gaouri » (terme dépréciatif en argot maghrébin, désignant un Français ou plus généralement un étranger). Arnaud D. dit n’en avoir proféré aucune : « J’ai jamais entendu “gaouri”, je ne sais pas ce que ça veut dire. » Le président de la cour : « Ça veut dire “sale Français”. »

L’agression a été filmée, sans le son, par des caméras de vidéo-surveillance. Le complice d’Arnaud D. apparaît sur ces images muettes comme étant un Noir ou un métis. N’ayant pas été identifié, il a échappé à la justice. Un début de bande est diffusé au tribunal, mais le président met fin à son déroulé, la touche « avance rapide » ne fonctionnant pas. Ce 12 septembre 2010, Arnaud D. est vêtu d’un pantalon noir, d’un sweat rouge et porte une chaînette au cou. Il a le crâne ras. Ras, comme vendredi à l’audience, à laquelle il s’est présenté en blazer gris, chemise noire et cravate lilas pâle. Grand, sec, il dit le minimum, affirme qu’il ne peut pas être raciste, « toutes mes copines sont noires ou métisses ». Lors de l’instruction, niant dans un premier temps être la personne que les images désignent, il l’a d’abord dépeinte comme de « type arabe », avant d’admettre sa participation à l’agression.

Les insultes qu’il aurait proférées durant l’agression lui valent la circonstance aggravante de racisme, conformément à l’article 132-76 du Code pénal qui établit cette circonstance dès lors que l’infraction est commise « à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. » Me Grégoire Etrillard, l’avocat d’Arnaud D., a demandé à la cour de transmettre une Question Prioritaire de Constitutionnalité au Conseil constitutionnel, afin qu’il se prononce sur cette disposition pénale, qu’il trouve floue. En effet, s’étonne-t-il, comment un individu mêlé à une agression au cours de laquelle des propos racistes sont prononcées, pourrait-il en être tenu responsable alors qu’il ne les a pas tenus ?

Sur leur banc, Me Pierre Combles de Nayves, le conseil de la victime, et son confrère Me Mario-Pierre Stasi, plaidant au nom de la Licra, soupirent et s’étranglent en silence. Pas pour longtemps. Me Stasi rappelle que, selon la loi, « le complice (d’une agression) encourt toutes les circonstances aggravantes ». S’ensuit un échange sur un cas, pas que d’école : des violences racistes commises en réunion par des skinheads. Me Etrillard admet qu’en cette circonstance, aucun des agresseurs ne peut se désolidariser pénalement de l’infraction.

Le 26 octobre 2012, Térence C. ne s’était pas présenté à une première audience parce qu’il suivait une formation professionnelle de « trois mois dans la région lilloise ». La tenue du procès avait été reportée. « Je regrette l’absence de Monsieur C. Il n’est pas un héros, c’est un homme comme vous et moi. C’est toujours difficile d’avoir été agressé. Il a été licencié ce matin », a argumenté Me Combles de Nayves pour expliquer la nouvelle défection de son client.

L’accusé a énuméré ses états de service dans la restauration, CAP de cuisine, commis, demi-chef de partie, chef de partie, second de cuisine, un passage « chez Dalloyau », une succession de « CDI ». Il lui arrive de porter sur lui des couteaux de travail, des armes aux yeux de la loi. Une personnalité complexe, dit-on banalement pour caractériser pareil individu. En refusant, par crainte de récupération politique, de fouiller la personnalité de l’accusé, la partie civile s’est peut-être privé de la preuve sinon matérielle du moins morale qui lui aurait permis de le confondre. Verdict le 21 juin.

Voir de même:

Diffusion d’une agression filmée: un policier en garde à vue

La mise en ligne sur Internet des images d’une violente agression survenue en décembre dans un bus parisien a conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Le Parisien

09.04.2009

Hier, un policier a été placé en garde à vue par l’inspection générale des services (IGS). La police des polices soupçonne ce jeune gardien de la paix d’être impliqué dans la diffusion sur le Net de la vidéo d’une agression extrêmement violente d’un passager, tabassé par une bande dans un bus de nuit, le 7 décembre dernier à Paris. Ces images proviennent de la caméra du bus de la RATP.

L’IGS cherche à savoir comment le policier relâché dès hier soir a pu se procurer ce document. La mise en ligne de cette vidéo, relayée et exploitée politiquement par des sites et des blogs d’extrême droite, a créé un buzz sur le Net, qui a explosé cette semaine. « C’est plus qu’une fuite, c’est une manipulation d’un document à usage policier et judiciaire à des fins de communication externe », dénonce Pierre Mongin, le patron de la RATP.

L’agression. Le 7 décembre 2008, vers 3 h 45, plusieurs jeunes gens s’en prennent au passager d’un Noctilien qui circule dans le XVIII e arrondissement de Paris. Assis non loin du chauffeur, l’usager se fait voler son portefeuille puis est violemment frappé par au moins quatre adolescents qui s’acharnent à coups de pieds et de poings, aux cris de « sale Français » et de « fils de pute ». D’autres passagers, dont une personne âgée et une femme, tentent de s’interposer et sont à leur tour molestés. Le chauffeur n’intervient pas mais déclenche une alarme silencieuse reliée au PC de sécurité. « Son attitude a été irréprochable », souligne-t-on à la RATP.

La vidéo. Quelques jours plus tard, les images de l’agression apparaissent en toute illégalité sur une page de Facebook. Le patron de la RATP, qui a porté plainte, rappelle que la « diffusion sur Internet de cette vidéo est constitutive d’un délit ». L’internaute qui l’a mise en ligne serait le policier entendu hier par l’IGS. Ce dernier est affecté au service régional de la police des transports (SRPT), service justement chargé de l’enquête sur l’agression filmée. « Ce fonctionnaire travaille en tenue à la sécurisation dans les trains, il n’a rien à voir avec les investigations sur les faits du 7 décembre, ni de près ni de loin », soutient un policier du SRPT. Reste à connaître les motivations du gardien de la paix. « Si c’est lui, il a dû vouloir montrer certaines réalités à des copains, sans aucune arrière-pensée politique, croit savoir un de ses collègues. Une connerie de jeunesse. » Ce comportement n’est pas anodin.

Le buzz. D’abord passée inaperçue, la vidéo est petit à petit sortie de la confidentialité. Le blogueur d’extrême droite François Desouche est l’un des premiers à l’avoir décelée sur la Toile. La vidéo a fini par faire son apparition sur les grandes plates-formes telles Dailymotion et YouTube. Depuis, ces sites la censurent sans relâche. Mais certains contournent l’obstacle en diffusant le document sur des plates-formes étrangères.

L’enquête. Alertés par le chauffeur du Noctilien, les policiers du SRPT ont interpellé dès la nuit des faits deux des agresseurs présumés, puis un troisième le 11 décembre. Au total, trois majeurs et un mineur ont été mis en examen, deux étant placés en détention provisoire. La vidéo enregistrée par la caméra du bus est une pièce à conviction capitale dans cette affaire, dont l’instruction est terminée.

La sécurité. L’agression du passager est-elle un fait isolé ? « Elle fait partie du top 20 des cas les plus graves que l’on traite. C’est évidemment choquant », indique un policier spécialisé. Selon ce dernier, ce type d’agression est loin d’être rare dans les transports en commun. Il évoque des jeunes, souvent mineurs, qui agissent en « meute » et de façon ultraviolente. « Quant au Noctilien, c’est souvent chaud, à l’image des trains de nuit, ajoute le policier. Si vous n’avez pas d’argent pour un taxi le samedi soir, mieux vaut rester en boîte et attendre le matin. »

Voir encore:

Vidéo de l’agression : la victime nie tout caractère raciste

Le Parisien

10.04.2009

Le jeune homme agressé dans un bus Noctilien, à Paris, dans la nuit du 6 au 7 décembre dernier s’est confié au journal Le Figaro après que la vidéo de son agression a été diffusée à grande échelle sur internet, provoquant une vive polémique.

Agé de 19 ans et élève en première année à Sciences Po Paris, le jeune homme n’a rien oublié de son agression qui a été filmée par une caméra de vidéosurveillance.

Interrogée sur les injures raciales proférées sur la video, la victime identifiée comme F. G., un élève de 19 ans en première année de Science Po, à Paris, affirme: «Personnellement, je n’ai rien entendu de la sorte».

Sur la vidéo montrant l’agression d’un jeune homme par quatre adolescents cherchant à lui dérober son porte-monnaie, la victime était rouée de coups de pied et de poing aux cris de «fils de pute» et de «sale Français».

«Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres», déclare la victime, qui n’a pas souhaité être identifiée, selon le journal.

«Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle», ajoute F. G.

Aujourd’hui, en pleine forme, le jeune homme estime être totalement sorti de cette affaire.

Voir de même:

Procès pour racisme anti-blanc : lettre ouverte d’un « sale blanc » au Mrap

Alors que s’ouvre le premier procès pour « racisme anti-blanc », le représentant du Mrap a expliqué à Europe 1 pourquoi l’association, exceptionnellement, ne se porte pas partie civile. Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement.

Mea Culpa

Benoît Rayski

Atlantico

27 avril 2013

Je suis un sale Blanc et j’espère que de l’avoir confessé me vaudra l’indulgence du tribunal où siègent peut-être les membres du Syndicat de la magistrature.

Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves.

Je suis un sale Blanc car j’ai usé de toute mon influence, qui est grande, pour que des dizaines de milliers d’Africains et d’Antillais soient enfermés dans des prisons appelées HLM.

Je suis un sale Blanc parce qu’un jour où mon fils s’était fait qualifier de « face de craie », frapper et dépouiller à la Foire du Trône je suis allé avec lui porter plainte et je ne l’ai pas dissuadé de dire que ses agresseurs étaient des Noirs.

Je suis un sale Blanc car j’habite un immeuble où aucune seringue ne jonche les escaliers et où aucun guetteur ne signale l’arrivée de mes visiteurs.

Je suis un sale Blanc car un jour, dans un regrettable mouvement de colère, j’ai dit à un grand gaillard notoirement plus foncé que moi et qui m’avait bousculé parce que je tardais à lui donner un clope : « Appelle-moi bwana! » (« Patron », comme disaient les Africains aux administrateurs coloniaux à une certaine époque).

Je suis un sale Blanc car, écrivant dans les journaux, je n’ai pas pris ma plume pour dénoncer l’affreux Eric Zemmour qui s’était permis de dire que les Noirs et les Arabes étaient largement majoritaires dans nos prisons.

Je suis un sale Blanc car, toute honte bue, je n’ai pas jeté à la poubelle mon exemplaire de « Tintin au Congo » que les forces progressistes, anti-racistes et anti-colonialistes tentent, à juste titre, de faire interdire.

Je suis un sale Blanc car je ne milite pas au MRAP et que j’ai refusé -alors que j’ai de la thune- d’envoyer un chèque de soutien au CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires).

Je suis un sale Blanc car j’ai infiniment de respect pour Félix Eboué (nommé gouverneur de l’Afrique Occidentale Française par De Gaulle), pour Léopold Sédar Senghor et pour Rama Yade que je trouve très jolie. Or, ces gens-là sont, comme on dit dans les cités, des « Bounty », noirs à l’extérieur et blanc à l’intérieur, des « suceurs de Blancs », des traîtres.

Et, enfin, je suis un sale Blanc car je suis blanc.

Pour tous ces motifs-là, j’admets que je mérite d’être poursuivi. Je demande pardon pour l’esclavage et pour toutes les horreurs que je viens de citer. Faute avouée étant à moitié pardonnée, j’espère que le MRAP aura la bonté de ne pas exiger un verdict trop sévère. Peut-être même que les juges, compréhensifs et touchés par mon remord sincère, se contenteront de m’épingler sur le « Mur des Cons ».

Voir enfin:

The six day war in Stockholm

Dr Nils Bejerot, professor of social medicine, Karolinska Institute, Stockholm

New Scientist (volume 61, number 886, page 486-487)

1974

The use of gas in the Swedish bank drama last August was widely criticised. Here a consultant psychiatrist to the police, who was in the bank throughout the affair, gives his explanation of the strategy adopted. The bank robbery in Stockholm in August 1973 held all Swedes, from the government and police to the mass media and the public, in horrified suspense for six days. I spent the whole of that week at the bank as psychiatric consultant to the police. I consider it instructive to answer the criticism of our strategy expressed during and after the operation.

During the drama I was rung up by some uninitiated psychiatrists and psychologists who declared that all signs pointed to a bloody outcome. In their opinion, the bank robber, when cornered and desperate, would probably shoot the hostages and perhaps himself, too. I was told that it was my duty to persuade the police to stop the action and also to induce the government to change its instructions forbidding the robbers to leave the bank with the hostages. In several newspapers journalists supported this theory, on television a similar opinion was expressed by a well-known child psychiatrist, and nine lecturers in criminology at the University of Stockholm broadcast an appeal along the same lines.

In spite of all this pressure we followed the opposite line. Here I can only give a short account of some of the most important considerations on which our strategy was based.

1. Right at the beginning the robber very nearly killed a policeman with shots from his submachine gun. Conclusion: The man would be a serious danger to the police in a confrontation in the bank, or in a later chase. A few days afterwards another policeman was shot, and here again it was only by chance that this did not end in the murder of a policeman. Or, the other hand in the early stages two policemen, after agreement with the bank robber, were able to go into the bank unharmed and negotiate without being shot at. As a physician I was able to move freely in the bank and speak to the robber at close quarters. It was clear that the man was not under the influence of alcohol or drugs, nor was he psychotic (“insane”). He was a resolute man of normal intelligence, and he functioned in a rational way from the standpoint of his criminal ambitions. Had he been psychotic, it would have been very difficult to predict his behaviour.

2. The robber demanded three million crowns and insisted that Clark Olofsson, a prisoner who had a further six years to serve, and who, two weeks previously, had made an unsuccessful attempt to escape by blowing up a prison door, should be brought to the bank. He also demanded two pistols and safe conduct for himself and Olofsson together with the hostages. Conclusion: ‘We were faced with a shrewd, daring and ambitious professional criminal. He would not be expected to do anything unless he would gain something by it, directly or indirectly. It must be remembered that among professional criminals shooting at the police in a threatening situation gives high status. It is, however, beneath the dignity of these criminals to injure hostages. With political terrorists the whole situation is different, but this subject will not be discussed here.

3. The Swedish government quickly took two decisions: (a) It agreed to the police using Olofsson, with his own consent, in negotiations with the bank robber; (b) the bank robber was not to be permitted to leave the bank with the hostages. Otherwise the police had a free hand. The decision not to let the bank robber take the hostages with him established a vitally important principle. If the government had accepted that the robbers had disappeared with three million crowns and the hostages, we would probably have been faced with a series of similar crimes in many countries, just as with hijacking. We would have been at a great psychological disadvantage in relation to professional criminals and gangsterism.

4. My conversations with Olofsson confirmed the opinion of the police. that he would not commit any desperate act or do anything which would hazard his own life. He was therefore allowed to join the bank robber, although at that stage we were unable to release the hostages in exchange for Olofsson as the government had intended. Conclusion: Apart from the fact that the bank robber seemed to act logically in relation to his aims, we now had in the bank also an intelligent man with a strong will to live and a rational way of thinking.

5. In this situation the outcome of the drama was given, and only a tactical blunder from one side or the other could have caused bloodshed. At an early stage the police had asked for a psychological assessment of the risk to the hostages. I judged this to be about 2 to 3 per cent in unfavourable circumstances, for instance, if we forced the operations too quickly and did not give the robber enough time to realise that the fight was lost. With a drawn-out course and the right amount of pressure, I considered that the action was practically free from risk for the hostages. It was clear to all initiated persons that the hazards would be far greater if the hostages had been allowed to accompany the robber, regardless of where the journey might lead or how long it might take.

6. Throughout the drama the bank robber acted in a way we had predicted at an early stage. He shot at the police when he had a chance, and in order to emphasise his demands he demonstratively detonated explosive paste in the bank hall and in the ventilation system. He kept his promise not to shoot people who came with food and drink, realising that otherwise he would not have received any necessities. As expected, also, he put up a long and determined resistance. Only two unexpected events occurred: (a) In connection with the first attempt to use gas, the robber made the hostages stand up with a noose round their necks. The police and hostages were given to understand that if gas was let in the hostages would be strangled when they were no longer able to stand up. This scheme took us completely by surprise. We heard through the microphones in the vault that the hostages experienced this as a direct threat to their lives, and the action was therefore immediately discontinued for a time. Nobody outside or inside the bank vault had slept properly for three days, and there was a certain risk that one side or the other might make a tactical mistake unless everyone had an opportunity of resting. As with the robber’s previous behaviour, the hanging arrangement was a serious threat, but in my interpretation, not really intended to injure the hostages. The bank robber here proved a little more cunning than we were. A much-needed 12- hour truce followed. (b) The other psychological misjudgement was that we expected the robber, during the final break through into the bank vault, to shoot off all his ammunition through the inner door to the vault before he capitulated. Obviously the tear gas and the determination of the final assault had such an effect on him that he considered it best to give up a few seconds earlier than we predicted.

Criminals are rational

It is astonishing that those critics who consider they have a great understarding of criminals and their reaction patterns, and who declared throughout that we should let the robbers escape with the hostages and the money, is fact did not believe that criminals think in a rational manner. Afterwards the critics argued that it was mere luck that everything went well. We who have worked with criminals for decades and are now accused of regarding them as madmen and monsters, know that they function rationally in the situation in which they have placed themselves. They are like players or gamblers, and they are very good at their game, otherwise they would never have become professional criminals. As a piquant political addendum I would like to point out that the government would have been in an almost hopeless situation if I had collected some of these so-called “progressive” critics, almost all of whom were strong government supporters, and consulted them on the situation. The Prime Minister would then have been confronted with a demand for the release of the robbers with the hostages. Even if I had put in a reservation, the government could hardly have stood out against this massive “expert opinion’”. The release .of the bank robbers on these premises, two weeks before a general election, would have been political suicide.


Bac philosophie 2013: Plus Ponce Pilate que moi tu meurs ! (From Plato’s cave to Descartes’s wax and Bergson’s iron bar, Schrödinger’s cat to Putnam’s twin earth and Williams’ s thick ethical concepts: it’s splitting the baby, stupid !)

21 juin, 2013
https://i1.wp.com/www.kenstout.net/cautionary/images/platos-cave.jpghttps://i0.wp.com/www.paintinghere.org/UploadPic/Salvador%20Dali/big/clock%20melting%20clocks.jpghttps://i0.wp.com/www.terminartors.com/files/artworks/6/2/3/62374/Conti_Norberto-Schrodinger_s_cat_I.jpgLe roi dit: Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Jugement de Salomon (I Rois 3: 25-26)
Qu’est-ce que la vérité? (…) Je ne trouve aucun crime en lui. Mais, comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs? Pilate (Jean 18: 38-39)
Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.(…) Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ? (…) Mais, dans ces conditions, s’ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu’ils voient ? (…) Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un vient lui dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est, ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ? (…) Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place. N’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ? (…) Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l’accoutumance à l’obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ? Platon
Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des feurs dont il a été recueilli sa fgure, sa couleur, sa grandeur sont apparentes il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfn toutes les choses qui peuvent faire distinctement connaître un corps se rencontrent en celui-ci. Mais voici que, pendant que je parle, on l’approche du feu ce qui y restait de saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa fgure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure et personne ne le peut nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de ce que j’ai remarqué par l’entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l’odorat, ou la vue, ou l’attouchement ou l’ouïe, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure. Mais (…) éloignant toutes les choses qui n’appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de fexible et de muable. Or qu’est-ce que cela, fexible et muable ? N’est-ce pas que j’imagine que celle cire étant ronde est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire? Puisque je la conçois capable de recevoir une infnité de semblables changements et ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination ; il faut donc que je tombe d’accord, que je ne saurais pas même concevoir par l’imagination ce que c’est que cette cire, et qu’il n’y a que mon entendement seul qui le conçoive (…). Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l’entendement ou l’esprit ? Certes c’est la même que je vois, que je touche, que j’imagine, et la même que je connaissais dés le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l’action par laquelle on l’aperçoit n’est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l’a jamais été, quoiqu’il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée (…). Je juge et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux.” Descartes (Méditations métaphysiques , seconde méditation, 1641)
La première signification donc de « Vrai » et de « Faux » semble avoir tiré son origine des récits ; et l’on a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard les Philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord ou le non-accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle Idée Vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle – même ; Fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de même par métaphore des choses inertes ; ainsi quand nous disions de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui – même, ce qui est ou n’est pas en lui.  Spinoza (Pensées métaphysiques, 1663)
Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. Bergson (La pensée et le mouvant, 1934)
Vous pouvez couper la tarte comme vous voulez, la signification n’est pas juste dans la tête. Hilary Putnam
L’expérience du chat de Schrödinger fut imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger, afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure. (…) Erwin Schrödinger a imaginé une expérience dans laquelle un chat est enfermé dans une boîte avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif ; par exemple : un détecteur de radioactivité type Geiger, relié à un interrupteur provoquant la chute d’un marteau cassant une fiole de poison — Schrödinger proposait de l’acide cyanhydrique, qui peut être enfermé sous forme liquide dans un flacon sous pression et se vaporiser, devenant un gaz mortel, une fois le flacon brisé. Si les probabilités indiquent qu’une désintégration a une chance sur deux d’avoir eu lieu au bout d’une minute, la mécanique quantique indique que, tant que l’observation n’est pas faite, l’atome est simultanément dans deux états (intact/désintégré). Or le mécanisme imaginé par Erwin Schrödinger lie l’état du chat (mort ou vivant) à l’état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l’état mort et l’état vivant), jusqu’à ce que l’ouverture de la boîte (l’observation) déclenche le choix entre les deux états. Du coup, on ne peut absolument pas dire si le chat est mort ou non au bout d’une minute. La difficulté principale tient donc dans le fait que si l’on est généralement prêt à accepter ce genre de situation pour une particule, l’esprit refuse d’accepter facilement une situation qui semble aussi peu naturelle quand il s’agit d’un sujet plus familier comme un chat. Wikipedia
L’expérience de la Terre jumelle est une expérience de pensée proposée par le philosophe américain Hilary Putnam en 1975, qui la qualifie de « science-fiction », dans le cadre d’une réflexion sur le concept de signification (ou « vouloir-dire », traduction de l’allemand « Bedeutung »). Elle a été formulée dans un article intitulé The meaning of « meaning » (La signification de « signification ») 1 Elle fait partie aujourd’hui de la théorie dite d’externalisme sémantique, qui considère que les significations (« Bedeutung ») ne dépendent pas exclusivement des états mentaux du locuteur. Cela revient à réfuter le caractère essentiellement privé de la signification : on peut utiliser un terme sans en connaître parfaitement l’extension. Après avoir exposé l’expérience de la Terre jumelle, Putnam donne en effet un autre exemple : je peux utiliser le terme « aluminium », ou « orme », sans avoir une idée précise de son extension, par exemple si je ne sais pas le distinguer clairement et distinctement du terme de « molybdène » ou de « hêtre ». Toutefois, cela n’implique pas que l’extension du terme en question soit parfaitement déterminé : un métallurgiste, ou un garde forestier, saura distinguer l’aluminium du molybdène, ou un hêtre d’un orme. Il y a donc une « division du travail linguistique » : la signification des mots n’est pas fixée dans l’ego des individus, mais dans la communauté linguistique prise dans son ensemble. L’ambition de Putnam, à travers cette expérience de pensée, était de montrer que l’extension (ou référence, ou dénotation) d’un terme n’est pas déterminée entièrement par les états psychologiques du locuteur (« les significations ne sont pas dans la tête »). Il s’agissait ainsi d’une critique de la théorie descriptive de la signification. Depuis, des philosophes, comme Tyler Burge par exemple, ont proposé différentes variantes de cette expérience. Wikipedia
Dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy (2002; traduit en 2004), Putnam s’attaque à la dichotomie fait-valeur, fondatrice du projet du Cercle de Vienne et très présente dans Language, Truth, and Logic (1936) d’Alfred Ayer, sans pour autant souscrire aux thèses plutôt relativistes soutenues par Richard Rorty dans Objectivisme, relativisme et vérité (1994). Si Putnam critique l’émotivisme d’Ayer d’une part, et l’intuitionnisme de G.E. Moore d’autre part, il maintient toutefois la distinction fait-valeurs. D’une part, il affirme qu’on ne peut distinguer entre des concepts factuels et des concepts axiologiques, mais seulement entre des fonctions descriptives et prescriptives des concepts. Il s’appuie pour cela sur les « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), qui mêlent fonction descriptive et prescriptive. La cruauté illustre ces concepts qui ne peuvent être classés ni parmi les jugements de faits exclusifs, ni parmi les jugements de valeurs exclusifs. C’est un concept éthique épais qui possède simultanément une fonction descriptive et prescriptive. À propos de ces concepts, Putnam rejette la solution de R.M. Hare, visant à départager contenu descriptif et contenu prescriptif. Il adopte enfin une position pragmatiste inspirée par John Dewey, afin de pouvoir obtenir une relative objectivité en éthique. Wikipedia
« Qu’est-ce que la vérité ? » C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours. Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes. André Comte-Sponvillle
(Hamlet de Shalespeare) C’est une pièce policière. Au coeur de l’intrigue, il y a un secret qu’on révèle lentement. Mais y a-t-il plus grand secret que la vérité ? La littérature est toujours une expédition vers la vérité. (…) Mais en réalité (…) la vérité est ce dont chaque homme a besoin pour vivre et que pourtant il ne peut devoir ni acheter à personne. Chacun doit la produire du fond de lui-même, faute de quoi il périt. La vie sans la vérité est impossible. Peut-être que la vérité, c’est la vie elle-même. Kafka
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Il me semblait que la définition traditionnelle de la Passion en termes de sacrifice fournissait des arguments supplémentaires à ceux qui voulaient assimiler le christianisme à une religion archaïque , et je l’ai longtemps rejetée. (…) Je voulais seulement dissiper chez les non-chrétiens et, de nos jours, chez les chrétiens eux-mêmes, l’équivoque entretenue par l’ambivalence du terme de « sacrifice ». Ce souci reste légitime à mes yeux mais il ne faut pas l’absolutiser. (…) le recours au même mot pour les deux types de sacrifice, si trompeur qu’il soit à un premier niveau, suggère, il me semble, quelque chose d’essentiel, à savoir l’unité paradoxale du religieux d’un bout à l’autre de l’histoire humaine. (…) Plus les extrêmes sont éloignés l’un de l’autre et plus leur union en un même mot, paradoxalement, suggère un au-delà de l’opposition. Le jugement de Salomon suggère cet au-delà. (…) Nous disons très bien nous-mêmes que la seconde femme sacrifie la rivalité à son enfant, alors que la première acceptait de sacrifier l’enfant à sa rivalité. Ce que dit le texte, c’est qu’on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis. Le recours au même mot coupe court à l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence. 
Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Ma conclusion est que, dans notre monde, la démythification tire sa force de la Bible. Réponse inacceptable pour ceux qui pensent que tout ce qui risque de placer la Bible sous un jour favorable ne saurait être pris au sérieux par les vrais chercheurs, car il ne peut s’agir que d’une approche religieuse – et donc irrationnelle – qui n’a strictement aucune valeur du point de vue de l’anthropologie. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard

Et si, derrière les interminables coupages de cheveux en quatre dénommés philosophie, on ne retrouvait pas toujours la même et multi-millénaire histoire de coupage de bébés en deux ?

Caverne de Platon, cire de Descartes, barre de fer de Bergson, chat quantique de Schrödinger, Terre jumelle de Putnam, concepts éthiques épais de Wiliams …

A l’heure où l’une des plus brillantes astronautes de sa génération voit sa nomination au poste de vice-commandante des forces spatiales américaines bloquée pour avoir exercé son droit de clémence dans un cas apparemment aberrant de « contact sexuel non sollicité » …

Comment ne pas voir, avec cette énième question-bateau du jugement vrai au bac de philosophie de cette année, cet étrange et long effort de la philosophie pour évacuer ce qu’avait déjà révélé bien avant nos « expériences de pensée » et nos « simulateurs de décision pratique ou conceptuelle » il y a plus de trois mille ans le fameux jugement de Salomon …

A savoir l’inévitable présence de la violence au coeur du processus de la parole de vérité ?

Mais comment ne pas voir aussi, ultime violence bien illustrée par les corrigés proposés, ce tabou et cette évacuation même du texte par lequel la révélation est arrivée …

A savoir la Bible elle-même ?

Le jugement de Salomon

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Etienne Duval

Salomon était un homme jeune lorsqu’il succéda à David pour devenir roi d’Israël. Il était un peu inquiet de son manque d’expérience et manifestait une réelle humilité. Or, au début de son règne, il eut un grand rêve qui le mit en présence de Dieu lui-même. Yahvé lui dit :  » Demande-moi ce que je dois te donner « . Comment répondre à une pareille question ? Il commence par faire l’éloge de son père et exprime son peu d’aptitude pour les affaires publiques.  » Donne à ton serviteur, dit-il, un cœur plein de jugement, pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait gouverner ton peuple qui est si grand ?  » Dieu ne s’attendait pas à une telle réponse. Il se montre satisfait par cette sagesse naissante, heureux qu’il n’ait pas d’abord demandé de grandes richesses, une longue vie et la victoire sur ses ennemis. Son esprit étant bien disposé, il lui promet de lui accorder ce qu’il demande :  » Voici que je fais ce que tu as dit. Je te donne un cœur sage et intelligent comme personne ne l’a eu avant toi et comme personne l’aura après toi « . Là-dessus, Salomon se réveille. Ce n’était qu’un rêve, mais ce rêve révélait son désir profond qui allait traverser toute sa vie. Il pense alors que Yahvé s’est servi de ce songe pour le mettre à l’unisson de son propre désir. Sans attendre il offre au Seigneur des holocaustes et des sacrifices de communion et convie pour un grand banquet tous ses serviteurs.

 » Dieu donna à Salomon une sagesse et une intelligence extrêmement grandes et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer. Sa sagesse fut plus grande que celle de tous les fils de l’Orient et de toute l’Egypte… On vint de tous les peuples pour l’entendre.  » Le jugement de Salomon, un des joyaux de la littérature mondiale, est là pour en témoigner.

Le Jugement de Salomon

Deux prostituées vinrent vers le roi et se tinrent devant lui.

L’une des femmes dit :  » S’il te plaît, Monseigneur !

Moi et cette femme, nous habitons la même maison

Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison.

Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance,

Cette femme aussi a eu un enfant.

Nous étions ensemble.

Il n’y avait pas d’étranger dans la maison,

Rien que nous deux dans la maison.

Or le fils de cette femme est mort une nuit

Parce qu’elle s’était couchée sur lui.

Elle se leva au milieu de la nuit,

Prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait.

Elle le mit sur son sein et son fils mort elle le mit sur mon sein.

Je me levai pour allaiter mon fils,

Et voici qu’il était mort !

Mais, au matin, je l’examinai,

Et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté ! « 

Alors, l’autre femme dit :  » Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! « 

Elles se disputaient devant le roi qui prononça :

 » Celle-ci dit :  » Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! « 

Celle-là dit :  » Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! « 

 » Apportez-moi une épée,  » ordonne le roi.

Et on apporta l’épée devant le roi, qui dit :

 » Partagez l’enfant vivant en deux

et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. « 

Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi,

Car sa pitié s’était enflammée pour son fils et elle dit :

 » S’il te plaît Monseigneur !

qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! « 

Mais celle-là disait :

 » Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! « 

Alors le roi prit la parole et dit :

 » Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas.

C’est elle la mère ! « 

Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi.

Ils révérèrent le roi car ils virent

Qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.

(Bible de Jérusalem, I Rois, 3, 16-28))

La structure du récit

L’ange du jugement de Chagall

http://www.chagall-posters.com/chagall-posters3.html

La structure du récit

1. Accusation de la première femme

La première prostituée a eu un enfant, la seconde aussi, mais son enfant est mort. Celle-ci, pendant la nuit, a échangé l’enfant mort contre l’enfant vivant.

2. La seconde femme récuse l’accusation de la première

Pour elle, l’enfant de la première femme est mort et le sien est vivant.

3. Une confusion qui pose question

Comment séparer la vérité du mensonge ?

4. L’épée qui va trancher

Elle doit partager l’enfant en deux pour en donner la moitié à chacune

5. La première femme arrête l’épée

Elle préfère être séparée de son enfant plutôt que de le voir partagé : il vaut mieux le donner à la seconde femme sans le tuer.

6. La seconde femme préfère voir l’enfant partagé pour que chacune est sa part

Il ne sera ni à l’une ni à l’autre

7. Le passage de l’épée à la parole

Salomon prend la parole pour trancher et sortir de la confusion

8. Au lieu de partager, donner l’enfant tout entier à la première femme

C’est elle, la mère

9. Reconnaissance publique de la sagesse divine de Salomon

Israël apprend, il révère le roi car il reconnaît en lui une sagesse divine.

Nous avons ici toutes les étapes d’un procès : l’accusation, la défense, la question à éclaircir, le processus de manifestation de la vérité, le jugement et la reconnaissance publique de la validité du jugement. Mais ce qui retient l’attention, c’est le processus symbolique suivi pour la manifestation de la vérité, avec, à la fin, le passage de l’épée à la parole.

L’éclairage du texte par les images

La bouche de la vérité

http://www.azureva.com/italie/mags/rome/rome-bouche-de-la-verite.php3

L’éclairage du texte par les images

1. L’enfant étouffé et l’enfant arraché

La femme à qui on arrache son enfant

2. L’obstination de la seconde femme à nier les faits

3. Les deux femmes en conflit

La confusion entre la vérité et le mensonge

4. L’épée qui doit trancher

Au départ elle est une menace, qui vise le partage en deux de l’enfant

5. La femme attachée à la vie de l’enfant

Sa peur pour la vie de l’enfant et le renoncement à la possession

6. La femme enfermée dans la mort

Elle veut finalement la mort de l’enfant vivant

7. Le passage de l’épée à la parole

Le roi prend l’épée comme on prend la parole. La parole qui sépare comme l’épée

8. La parole du roi qui tranche

Elle sépare les deux femmes, et sépare mensonge et vérité

9. Israël plein de révérence pour la sagesse du roi

Il reconnaît en lui la sagesse divine

Les images soulignent la dynamique de l’évolution intérieure des différents personnages, qui va conduire à la manifestation de la vérité et au jugement. Le peuple lui-même est impliqué comme témoin puisqu’il donne son approbation. Seule la seconde femme, enfermée dans la mort, ne bouge pas. Peut-être la séparation qu’opère le jugement entre les deux prostituées pourra-t-il lui permettre d’évoluer.

La signalétique ou les paroles du texte

Confusion

La signalétique ou les paroles du texte

1. L’accusation

S’il te plaît, Monseigneur, moi et cette femme, nous habitons la même maison. Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison. Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance, cette femme aussi a eu un enfant. Nous étions ensemble. Il n’y avait plus d’étranger à la maison. Or le fils de cette femme est mort une nuit parce qu’elle s’était couchée sur lui. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon enfant d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait. Elle le mit sur son sein et son fils mort, elle mit sur mon sein. Je me levai pour allaiter mon fils, et voici qu’il était mort ! Mais, au matin, je l’examinai, et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté !

2. L’accusation récusée

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant !

3. Le résumé de la situation par Salomon

Celle-ci dit :  » Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort « . Celle-là dit :  » Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! « 

4. L’ordre d’apporter une épée

Apportez-moi une épée… Partagez l’enfant vivant en deux et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre.

5. La première femme veut arrêter l’épée qui va partager l’enfant

S’il te plaît, Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas !

6. La seconde femme veut que l’épée partage l’enfant

Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !

7. Le jugement

Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère !

D’emblée, on remarque que la première femme est dans la parole alors que la seconde ne l’est pas : les explications de celle-ci sont très brèves et s’enferment dans la négation. Par ailleurs la première prostituée formule l’accusation avec une très grande précision et souligne ce qui est en jeu : la confusion dans laquelle se trouve la première femme. Elle habite la même maison, a un enfant trois jours après son amie, se couche sur son bébé comme si elle s’identifiait à lui au point qu’elle l’entraîne dans la mort et finalement pense que l’enfant de l’autre est aussi le sien. La confusion ici apparaît comme un facteur de mort. Tout est déjà dit, mais Salomon veut avoir la confirmation de la vérité qu’il perçoit, par la parole de chacune des deux femmes. C’est pourquoi il utilise le stratagème de l’épée comme une provocation pour que la vérité s’exprime.

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Deux jeunes femmes vivent de la prostitution. Elles habitent la même maison, partagent leurs repas quand elles sont disponibles et parfois même leur argent pour faire face aux dépenses communes. Elles ont l’une pour l’autre une amitié sincère, qui donne un peu de cohérence à leur existence morcelée. Chez elles, tout se ressemble : les habits, les goûts esthétiques, la manière de parler, les histoires qu’elles racontent. La seconde, il est vrai, a tendance à imiter sa compagne si bien que son mimétisme tend à accroître encore la promiscuité dans laquelle elles vivent. Finalement leur relation est marquée par la fusion et la confusion. On les prend parfois pour deux sœurs jumelles. Elles ont de la peine à savoir ce qui est propre à l’une et ce qui appartient à l’autre. Souvent, elles manifestent de grands épanchements de sentiments mais elles finissent par éprouver des tiraillements qui dégénèrent en conflits.

L’enfant échangé pendant la nuit

La première a accouché d’un garçon qu’elle adore. Est-ce par un hasard de circonstances ou par une subtile imitation, la seconde a accouché trois jours après. Elle manifeste une très grande joie, en dépit des difficultés que va entraîner cet événement pour le travail quotidien. Il est vrai qu’elle a peu d’expérience, et elle ne sait pas mettre la distance nécessaire entre elle et sa progéniture. L’enfant continue à faire partie d’elle-même, comme s’il était encore dans son ventre. Ce soir là, elle l’a mis sur son sein, puis elle s’est endormie. Sans s’en rendre compte, elle s’est retournée : le jeune garçon a subi tout le poids de son corps. Il est mort étouffé. A son réveil, la femme s’aperçoit du désastre : elle est affolée, ne sait que faire, se dit que son enfant ne peut pas être mort. Alors, dans son égarement, elle le porte sur le sein de l’autre femme et prend pour elle le garçon qui respire normalement. Elle n’a pas fait de bruit. La nuit continue, comme si de rien n’était, son paisible déroutement.

La coupable ne reconnaît pas son forfait

Lorsque l’amie se réveille, elle se lève gaiement pour allaiter son enfant. Mais l’enfant s’est raidi et ne porte plus la vie. La femme le regarde, l’examine avec une attention infinie : elle ne reconnaît pas son garçon. Ses cheveux sont plus longs, plus foncés et les taches de rousseur qu’elle avait remarquées sur son front ont mystérieusement disparu. Aussitôt elle comprend le stratagème et vient interpeller sa compagne qui tarde à se lever. L’amie ne veut rien entendre. Sa réponse est brève et sur la défensive. Manifestement elle n’est pas dans la parole, car, dans sa vie, l’autre n’a pas de prise. Comment pourrait-elle parler, en dehors d’un bavardage répétitif, si elle ignore l’altérité ? Le sens lui échappe et elle semble encore incapable de porter un jugement de vérité. Pour elle, les choses ne sont pas si claires, en tout cas beaucoup moins claires que pour le lecteur lui-même. Ce qui est à l’autre lui appartient aussi. Et elle ne peut imaginer que son enfant soit mort. Donc le sien est celui qui est vivant. D’ailleurs, elle n’est pas prête à affronter la mort. Elle doit l’esquiver à tout prix.

La confusion ou le conflit pour le même enfant

La première femme ne peut en rester là : elle en appelle au roi Salomon, qui a une réputation de grande sagesse. La seconde est d’accord pour faire entendre sa vérité. Le roi se laisse émouvoir et demande aux deux plaignantes de se présenter devant son tribunal avec l’enfant vivant. Il les entend alors l’une après l’autre. Chacune a sa version, ce qui ne permet pas de trancher. Les voyant dans la confusion et le conflit, il a vite fait de résumer la situation. Celle-ci dit :  » Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort !  » Celle-là dit :  » Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant !  » Il a une intuition : il se dit que seule la vraie mère ne peut pas mentir. Il faut trouver un stratagème pour qu’elle puisse se dévoiler. Il pense alors au recours à la violence, dont la vocation la plus saine est de séparer pour introduire une clarté nouvelle.

La menace de l’épée

Salomon imagine une mise en scène. Les femmes seront, avec lui, les actrices d’une pièce de théâtre qu’elles viennent d’ébaucher. Il faudra aller jusqu’au bout pour arriver au dénouement. Il demande qu’on lui apporte une épée. Un serviteur arrive avec l’arme qu’il a sortie de son fourreau. Ceux qui assistent au procès se demandent quelle idée le roi a derrière la tête ; il n’a pas la réputation d’un bourreau. Ils ont pourtant un mouvement de recul lorsqu’il ordonne de partager l’enfant vivant en deux et d’en donner la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Le serviteur hésite, regarde Salomon qui reste impassible.

L’interruption du processus de la violence

Lorsque l’épée se lève, la première femme l’arrête. L’interruption de la violence meurtrière fait partie du processus imaginé par Salomon. Et lorsqu’on dit interruption, il s’agit bien d’interrompre et non d’arrêter. Le roi sait qu’il faut détourner l’épée de son objet premier pour lui faire jouer un autre rôle. Cela, la femme ne le sait pas. Elle est engagée dans un jeu qu’elle ne maîtrise pas et dont seul Salomon connaît les règles. Mais elle joue son rôle à merveille.

La symbolisation de la violence

En arrêtant l’épée, la femme dont la pitié s’était enflammée pour son fils interpelle le roi : S’il te plaît Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! Mais l’autre s’exclame : Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! Dans le premier cas, c’est l’amour maternel qui s’exprime en vérité. Dans le second, c’est la volonté de n’être pas séparée de son amie : si, en effet, celle-ci est la mère de l’enfant vivant, elles ne seront plus dans la même situation et entreront dans la différence séparatrice. Or cela lui paraît impossible.

Ce qui vient de se passer c’est la symbolisation de la violence elle-même. Il s’agissait de détourner la force de mort de sa trajectoire première pour en faire une alliée de la force de vie, figurée par l’amour maternel. Autrement dit la symbolisation de la violence consiste à lui redonner sa véritable fonction, qui consiste à promouvoir la vie. Elle permet ainsi d’entrer dans l’alliance de la vie et de la mort.

La violence symbolisée promeut la vie en séparant

Un léger sourire traverse maintenant le visage de Salomon comme si la lumière venait de faire son entrée dans son esprit. Il ordonne alors à son serviteur de remettre l’arme dans son fourreau. L’épée a déjà tranché. Elle a séparé le mensonge et la vérité, la mère et son enfant vivant, les deux femmes, les deux mères, l’enfant vivant et l’enfant mort. La vie peut désormais poursuivre son élan, plus forte que jamais.

La violence symbolisée donne naissance à la parole de vérité

La symbolisation de la violence a donc permis de révéler la vérité. Il appartient maintenant à la parole du juge de dire ce que la violence a révélé. C’est donc elle qui prend le relais. Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère ! En fait, la parole de vérité n’est pas seulement un dire : elle est remise en ordre ou plus directement organisation d’un ordre créateur. Nous sommes tout près de la Parole divine, qui sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’avec les eaux, la mer et la terre…

La soumission à la Loi d’amour, au fondement du processus de la parole de vérité

Il appartient maintenant à Israël de porter le jugement définitif. Il voit en Salomon une sagesse divine pour rendre la justice. Or la sagesse divine n’est pas d’abord une expression de l’intelligence : elle prend sa source dans le cœur de Dieu comme l’avaient déjà souligné les sages égyptiens. Autrement dit, elle est le fruit de l’amour. C’est donc parce qu’il se soumet à une Loi d’amour, que Salomon, peut, à sa façon, réinventer le processus de la parole de vérité, qui intègre la violence.

Voir également:

Qu’est-ce que la vérité ?

André Comte-Sponvillle

-Le Monde des Religions n°33

1 janvier 2009

« Qu’est-ce que la vérité ? » C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours.

Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes.

Qu’est-ce que la vérité ? Inutile, ici, de chercher l’originalité. Les Grecs connaissaient déjà la réponse, bien avant que Pilate ne fasse semblant de se poser la question. Par exemple Épicure : « Est vrai ce qui est comme on le dit être ; est faux ce qui n’est pas comme on le dit être. » C’était comprendre que la vérité est dans l’être (veritas essendi, diront les scolastiques) avant d’être dans la connaissance (veritas cognoscendi), et ne se trouve dans celle-ci qu’à la condition de correspondre, au moins en partie, à celui-là. « La vérité consiste en l’être », dira Descartes, ou dans l’adéquation à ce qui est.

C’est ce que j’illustrerais volontiers par une définition encore plus simple : la vérité, c’est ce que Dieu connaît, s’il existe. On remarquera que ma définition ne dépend aucunement de l’existence de Dieu. C’est ce qui fait sa force. Elle est fondée sur une hypothèse (celle d’un dieu omniscient), mais n’est elle-même nullement hypothétique : ni l’extension ni la compréhension du concept de vérité ne varient en fonction de l’existence ou non de ce dieu qui sert, mais comme simple hypothèse, à le définir. Que Dieu existe ou pas, qu’est-ce que cela change à la vérité de ce qui est ou fut ? Rien : Dreyfus n’en sera pas moins innocent, ni ses juges moins coupables. Les athées le savent bien, s’ils sont rationalistes. C’est ce qui les distingue de Nietzsche ou de Ponce Pilate.

Une conséquence importante de cette définition, c’est que connaissance et vérité ne sont identiques qu’en Dieu, s’il existe. Pour nous, simples mortels, elles sont à jamais deux, et irréductibles l’une à l’autre. C’est ce qui interdit de prétendre connaître toute la vérité, comme de prétendre qu’elle n’existe pas – car il n’y aurait rien, alors, dont on puisse dire qu’on l’ignore, ni qu’on le cherche. Par quoi le doute reste fidèle à la vérité qu’il suppose, aussi sûrement que le mensonge la trahit.

Il faudrait autrement donner raison à Ponce Pilate, et renoncer à défendre les innocents.

André Comte-Sponville est philosophe. Parmi ses ouvrages, Petit traité des grandes vertus (PUF, 1995) et L’Esprit de l’athéisme (Albin Michel, 2006).

Voir encore:

Putnam et la critique de la dichotomie fait/valeur

Antoine Corriveau-Dussault, Université Laval

Phares

Volume 7, 2007

Introduction

Les positivistes logiques défendent la distinction fait/valeur sur la base de leur division tripartite des énoncés[1]. Les énoncés se répartissent selon eux en trois classes : les énoncés analytiques, les énoncés synthétiques, et les énoncés vides de sens. Les énoncés analytiques sont ceux qui sont vrais en vertu de leur seule signification (par exemple les énoncés tautologiques comme « Tous les célibataires sont non-mariés »). Les énoncés synthétiques sont les énoncés empiriques, c’est-à-dire ceux pour lesquels une méthode de vérification expérimentale peut être imaginée. Les énoncés qui n’entrent pas dans ces deux classes sont considérés vides de sens[2]. C’est le cas principalement des énoncés éthiques et métaphysiques. Ces énoncés n’étant ni tautologiques, ni vérifiables empiriquement, ils sont rejetés comme du non-sens. C’est ce qui conduit les positivistes à opposer faits et valeurs. Selon eux, les faits sont du domaine de la science, et sont objectifs parce qu’ils constituent des descriptions du monde tel qu’il est dont l’exactitude peut être vérifiée empiriquement. À l’opposé, les valeurs sont du domaine de l’éthique (et de l’esthétique), et sont subjectives parce qu’elles sont des prescriptions de comment le monde devrait être qui ne réfèrent à rien de vérifiable empiriquement. L’opposition fait/valeur constitue donc, depuis le positivisme logique, le principal argument en faveur du subjectivisme moral[3].

Quiconque voulant défendre la possibilité d’une certaine objectivité en éthique est confronté à cette opposition. Deux types de stratégies sont habituellement employées pour concilier l’opposition fait/valeur avec la possibilité d’une objectivité en éthique. La première est celle de montrer qu’il est possible de déduire des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C’est par exemple ce que tente Searle dans l’article « How to Deduce Ought From Is »[4]. La seconde est celle de montrer que les jugements de valeur peuvent être réduits à des jugements de fait d’un certain type (jugements de fait psychologiques, utilitaristes, sociologiques, etc.). C’est ce genre de réduction de l’éthique à des énoncés « naturels » que critique G.E. Moore sous l’étiquette sophisme naturalisme. L’objet de cet exposé n’est toutefois pas d’approfondir ces deux types de stratégies et leurs critiques. Nous nous intéresserons plutôt à un autre type de stratégie employée en regard de l’opposition fait/valeur pour ramener l’objectivité en éthique. Cette stratégie est développée par Hilary Putnam dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy[5] et dans quelques-uns de ses ouvrages antérieurs. Elle consiste à contester la légitimité de l’opposition fait/valeur elle-même. Selon Putnam, faits et valeurs ne sont pas aussi opposés que les positivistes logiques ne le prétendent. Sa démarche consiste à montrer que les positivistes exagèrent le fossé qui sépare faits et valeurs. Pour lui, ces derniers transforment une simple distinction en véritable dichotomie. Putnam est donc clair sur cette nuance : il n’en a pas contre une distinction, mais contre une dichotomie fait/valeur. Il argumente donc pour montrer qu’il n’y a pas d’opposition stricte entre faits et valeurs. Les faits et les valeurs sont selon lui imbriqués.

Un premier problème est toutefois que Putnam n’est pas assez explicite sur la différence qu’il veut marquer entre distinction et dichotomie. Cela a pour conséquence qu’il est difficile de cerner quel type de distinction entre faits et valeurs il considère acceptable, et quel type il considère être trop dichotomique. Pouvons-nous encore après les arguments de Putnam décrier comme fallacieuse toute tentative d’inférer le devoir-être à partir de l’être ? Pouvons-nous toujours exiger comme Max Weber que la science soit neutre par rapport aux valeurs ? Un second problème est que Putnam ne précise pas quand son argumentation vise plus directement la dichotomie fait/valeur et quand elle vise d’abord le subjectivisme moral. Putnam semble à mon avis souvent traiter ces deux questions indistinctement. Or, dans l’introduction de The Collapse, il présente sa démarche comme critiquant d’abord la dichotomie fait/valeur afin de ramener ensuite, sur la base de cette critique, l’objectivité en éthique[6]. Sa critique de la dichotomie fait/valeur se veut donc, selon ce qu’il pose en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. La tendance de Putnam à traiter les deux questions indistinctement a pour conséquence qu’il est difficile de saisir en quoi sa critique de la dichotomie fait/valeur constitue une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Le but du présent article est de répondre autant que possible à ces problèmes d’ambiguïté. Ce que je me propose de faire est donc d’exposer et d’analyser l’argumentation de Putnam afin de dégager comment elle a prise sur ces deux questions. J’analyserai ainsi les arguments de Putnam en précisant d’abord quelles limites ils imposent à l’application de la distinction fait/valeur pour ne pas qu’elle devienne dichotomique, et ensuite en quoi ils sont efficaces à montrer l’objectivité de l’éthique.

De manière très générale, l’argumentation de Putnam consiste à atténuer le fossé entre faits et valeurs, d’abord en montrant que la science est fondée sur des valeurs (les valeurs « épistémiques »), et ensuite en remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des jugements de valeur et celles des jugements de fait. En montrant que la science est fondée sur des valeurs, Putnam met en évidence que les jugements de fait qu’elle prononce ne sont pas neutres par rapport aux valeurs. En remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des faits et celles des valeurs, Putnam identifie certains concepts qui ne sont pas classables dans une opposition stricte entre faits et valeurs. La principale conséquence que tire Putnam de ces remarques est que l’on ne peut plus opposer faits et valeurs comme le font les positivistes quant à leur rapport à l’objectivité. Si les jugements de fait sont fondés sur des jugements de valeur, alors le subjectivisme des valeurs s’applique aussi aux faits. Il faut donc selon Putnam revoir l’idée que nous nous faisons de l’objectivité, car sinon nous devrons conclure que l’objectivité est impossible.

Son argumentation se divise selon moi en trois arguments. D’abord, l’argument des valeurs épistémiques par lequel Putnam montre que la science présuppose des valeurs. Ensuite l’argument des concepts éthiques épais, par lequel Putnam montre qu’il existe certains concepts qui ont en même temps les principales caractéristiques des faits et celles des valeurs. Et finalement, l’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité par lequel Putnam évite le subjectivisme. Je découperai donc mon exposé et mon analyse de l’argumentation de Putnam en ces trois arguments, et j’évaluerai la prise qu’a chacun, d’abord sur la dichotomie fait/valeur et ensuite sur le subjectivisme moral.

1. L’argument des valeurs épistémiques

a) Exposé de l’argument

L’argument des valeurs épistémiques consiste à montrer que la science présuppose des valeurs. Cet argument se veut une sorte de réfutation par l’absurde. Si la science est fondée sur des valeurs et si les valeurs sont subjectives, alors, la science est elle aussi subjective.

Pour montrer que la science présuppose des valeurs, Putnam rappelle d’abord les amendements apportés à l’empirisme logique par Carnap et Quine. Carnap, confronté à la présence dans les théories scientifiques d’énoncés à propos d’inobservables comme les électrons, s’est résolu à assouplir le critère de vérifiabilité empirique. Dorénavant, ce ne seraient plus les énoncés individuels qui devraient pouvoir être validés empiriquement, mais les théories prises comme des touts unifiés[7]. Dès lors, des énoncés non-empiriques pourraient être acceptés dans les théories scientifiques en tant que « termes théoriques » si des énoncés empiriques pouvaient en être déduits. Il serait alors justifié de faire intervenir certains termes théoriques dans les théories s’ils permettaient à la théorie de prédire plus efficacement les phénomènes empiriques auxquels elle s’intéresse. Carnap maintenait tout de même une distinction marquée entre les termes empiriques et les termes théoriques.

La critique par Quine de la dichotomie analytique/synthétique a toutefois affaibli cette distinction. Les positivistes assimilaient analytique à conventionnel et synthétique à factuel. La critique de Quine consiste à remarquer que de nombreux énoncés ne sont pas nettement classables dans l’une ou l’autre de ces catégories. Par exemple, il est difficile de déterminer si le principe de conservation de l’énergie est factuel ou conventionnel. En fait, selon Quine, le factuel et le conventionnel ne sont pas nettement distincts dans les théories, ils se confondent[8]. Les jugements de fait d’une théorie dépendent des conventions propres à cette théorie et vice versa. Il n’y a donc pas de fait brut purement empirique. Tout jugement de fait présuppose les concepts propres à la perspective dans laquelle la théorie s’inscrit. Les conventions contenues dans une théorie sont confirmées par le succès empirique de la théorie, mais ce succès empirique est lui-même mesuré sur la base de ces mêmes conventions. Il n’y a donc pas de validation empirique ultime et décisive.

Après l’assouplissement du critère de vérifiabilité empirique par Carnap, l’empirique avait encore le dernier mot. Une théorie était valide si les énoncés empiriques que l’on pouvait en déduire étaient conformes à la « réalité empirique ». Toutefois, avec la critique de la dichotomie analytique/synthétique par Quine, une telle validation n’est plus possible. Les énoncés empiriques formulés par les théories présupposent les concepts propres à cette théorie. L’empirique ne peut donc pas servir à valider ces concepts. Pour pouvoir par exemple affirmer qu’il y a des chaises dans la salle où je me trouve, je dois déjà maîtriser les concepts de « salle » et de « chaise ». Mon expérience empirique me confirmant qu’il y a des chaises dans la salle présuppose déjà ces concepts. Elle ne peut donc pas servir à justifier ces concepts comme un découpage adéquat du donné empirique.

Les amendements de Quine et Carnap montrent donc qu’il n’y a pas de fait brut et que les jugements de fait présupposent toujours des concepts et des théories. Selon Putnam qui s’inspire ici du philosophe-économiste Vivian Walsh, en amendant leur épistémologie de la sorte, les positivistes logiques ouvrent la porte à ce que la science présuppose des valeurs[9]. Si les jugements de fait présupposent des concepts, pourquoi ne pourraient-ils pas aussi présupposer des valeurs ? Putnam attire alors l’attention sur les valeurs de cohérence, de plausibilité, de raisonnabilité et de simplicité, qui selon lui sont au fondement de nos théories scientifiques. Selon Putnam, une fois abandonnée l’idée de fait brut validant nos théories, nous devons, pour expliquer ce qui motive en science le choix d’une théorie plutôt qu’une autre, nous en remettre à ces valeurs qu’il appelle « épistémiques ». Une théorie est jugée meilleure qu’une autre non pas parce qu’elle est plus conforme à l’empirique, mais parce qu’elle nous semble plus cohérente, plus plausible, plus raisonnable, plus simple, etc. Évidemment, les positivistes logiques ont voulu éviter cette conclusion. Toutefois, aucune de leurs tentatives pour l’éviter n’a été fructueuse selon Putnam. Ni la « straight rule of induction » de Reichenbach, ni l’approche par algorithme de Carnap, ni le falsificationnisme de Popper ne résolvent adéquatement le problème[10]. Pour Putnam, nos théories scientifiques présupposent des valeurs. Il confirme cette idée en rappelant que la communauté scientifique a favorisé la théorie d’Einstein à celle de Whitehead cinquante ans avant que ne soit imaginée une expérience pouvant les vérifier. Les raisons pour lesquelles la théorie d’Einstein a été jugée meilleure que sa rivale à l’époque étaient qu’Einstein proposait une théorie plus simple et plus conservatrice. Sa théorie ne remettait pas en cause la conception admise de la conservation du mouvement[11]. Les valeurs de simplicité et de conservatisme sont donc à l’origine du choix de la communauté scientifique.

La prise en compte des valeurs épistémiques a pour Putnam un impact important sur la dichotomie fait/valeur. Elle atténue le fossé qui les sépare en montrant que l’un est fondé sur l’autre. Elle a aussi pour conséquence que tous les arguments habituellement employés pour défendre le subjectivisme moral s’appliquent aussi aux faits et à la science.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

Ce que l’argument des valeurs épistémiques montre, c’est que les faits présupposent des valeurs. Le type d’imbrication auquel il conduit est donc d’ordre logique : l’un est fondé sur l’autre. Cet argument maintient toutefois une distinction entre faits et valeurs. Pour qu’il soit sensé d’affirmer que les faits sont fondés sur des valeurs, il faut de façon évidente que faits et valeurs soient distincts. Ainsi, pour que son argument fonctionne, Putnam doit maintenir une certaine distinction entre les deux. Cela ne pose pas vraiment problème puisque comme nous l’avons noté, il n’en a pas contre une distinction entre faits et valeurs, mais seulement contre une dichotomie. Ce que nous devons donc identifier dans cet argument, c’est quelle(s) limite(s) il impose à l’application de la distinction fait/valeur pour qu’elle ne devienne pas dichotomique. L’argument n’impose qu’une seule limite. Habituellement, la principale conséquence tirée de la dichotomie fait/valeur est le subjectivisme des valeurs. Comme les faits sont validés empiriquement et les valeurs ne peuvent pas l’être, alors les faits sont considérés objectifs et les valeurs subjectives. L’argument des valeurs épistémiques annule cette conséquence. Puisque les faits sont fondés sur des valeurs, si les valeurs sont subjectives, alors les faits le sont aussi. Putnam nous demande donc de cesser d’associer objectif à descriptif. L’argument place ainsi faits et valeurs sur un pied d’égalité quant à leur rapport à l’objectivité. La limite qu’impose l’argument à l’application de la distinction fait/valeur est donc qu’il ne faut pas tirer de cette distinction la conséquence que faits et valeurs ont un rapport différent à l’objectivité.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

Strictement parlant, l’argument ne conduit pas à montrer l’objectivité des valeurs. Au contraire, il élargit plutôt aux faits le subjectivisme des valeurs. À la lumière de cet argument, descriptifs et prescriptifs se révèlent donc tous deux subjectifs. Nous verrons plus loin que Putnam renverse cette situation avec son troisième argument qui propose une conception pragmatiste de l’objectivité.

2. L’argument des concepts éthiques épais

a) Exposé de l’argument

L’argument des concepts éthiques épais consiste à montrer que de nombreux concepts employés dans les discussions éthiques réelles défient la dichotomie fait/valeur.

Selon Putnam, il y a dans le langage de nombreux concepts qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. Ils jouent donc à la fois le rôle habituellement associé aux faits et celui habituellement associé aux valeurs. Putnam donne l’exemple d’un concept comme « cruel ». Ce concept éthique sert selon lui à la fois à évaluer et à décrire. Lorsque par exemple un historien qualifie un empereur romain de cruel, cela nous donne une certaine idée du type de comportement de l’empereur. Le concept « cruel » véhicule donc un certain contenu descriptif. Toutefois, si un parent qualifie le professeur de son enfant de cruel, cela constitue de façon évidente une critique du comportement du professeur. Il n’a pas besoin de préciser ensuite qu’il désapprouve ce comportement. « Cruel » véhicule donc aussi une certaine force évaluative. Un concept comme « cruel » ne peut donc pas être classé dans une dichotomie étanche entre faits et valeurs puisqu’il joue ces deux rôles. Selon Putnam, de nombreux concepts défient de cette manière la dichotomie fait/valeur. Il appelle ces concepts « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), empruntant l’expression de Bernard Williams[12].

Ces concepts remettent en cause la forme que donnent les non-cognitivistes au syllogisme pratique. Selon ces derniers, le syllogisme pratique comporte une majeure prescriptive et une mineure descriptive. C’est seulement parce que la composante prescriptive est présente dans l’une des deux prémisses que la conclusion peut légitimement être prescriptive[13]. Le syllogisme pratique doit donc avoir la forme suivante :

M : « Il ne faut pas tuer d’être humain » (prémisse prescriptive)

m : « La peine de mort tue des être humains » (prémisse descriptive)

C : « Il ne faut donc pas pratiquer la peine de mort » (conclusion prescriptive)

Les concepts éthiques épais contredisent ce modèle. Comme certains prédicats sont à la fois prescriptifs et descriptifs, il semble possible pour Putnam de tirer une conclusion prescriptive à partir d’une seule prémisse. Dans l’exemple du professeur cruel, la forme de l’argument serait donc :

m : « Le professeur est cruel » (prémisse prescriptive-descriptive)

C : « Il est donc un mauvais professeur » (conclusion prescriptive)

Un prédicat comme « cruel », bien qu’il comporte un contenu descriptif, contient donc déjà tout ce qu’il faut pour conduire à une conclusion prescriptive.

Cela contredit aussi un des principaux arguments des non-cognitivistes en faveur de la dichotomie fait/valeur. Une formulation contemporaine de cet argument est celle de John Mackie selon laquelle les jugements de valeurs n’ont pas de contenu cognitif, puisque, comme ils ne décrivent rien qui puisse être connu empiriquement, s’ils en avaient un, ils seraient alors ontologiquement bizarres (ontologically queer)[14]. Les concepts éthiques épais répondent à cet argument en montrant comment un certain contenu cognitif peut être attribué aux énoncés éthiques sans que ces derniers soient ontologiquement bizarres. La cruauté d’une action peut être décrite. Un énoncé à propos de la cruauté d’une action n’est donc pas ontologiquement bizarre, puisqu’il porte sur quelque chose qui peut être décrit[15].

Les non-cognitivistes ont bien sûr tenté de nier l’existence des concepts éthiques épais. Putnam rapporte et critique trois types de tentatives. D’abord, celle d’en faire de purs jugements de valeur, qu’il retrouve chez Hume. Ensuite, celle d’en faire de purs jugements de fait, qu’il retrace chez Hare pour certains concepts. Puis, celle de les séparer en deux composantes (descriptive et prescriptive), qu’il retrouve aussi chez Hare, mais pour d’autres concepts. Il serait malheureusement trop fastidieux de présenter ici ces trois tentatives et leurs critiques. Je discuterai donc seulement de la troisième, car cela sera pertinent pour l’analyse que je ferai ensuite de l’argument.

Selon Hare, « cruel » peut être factorisé en une composante descriptive : « faire souffrir profondément », et une composante évaluative : « action qui est mauvaise ». Cette factorisation ne fonctionne pas selon Putnam, car elle suscite des relations de synonymie tordues. Si l’on retranche de « cruel » sa force évaluative, son sens descriptif ne reste pas intact. Faire souffrir profondément n’est pas nécessairement cruel. Par exemple amputer à froid la jambe d’un patient atteint de gangrène n’était pas quelque chose de cruel avant la découverte de l’anesthésie[16]. L’idée de cruauté sous-entend que l’action est commise dans un contexte où elle est injustifiée. Elle contient donc intrinsèquement une évaluation. Il est impossible de lui extraire sa force évaluative sans altérer son sens.

Les aspects descriptifs et prescriptifs des concepts éthiques épais sont indissociables selon Putnam. Les concepts éthiques épais sont donc inclassables dans une dichotomie stricte entre faits et valeurs.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’idée générale de l’argument des concepts éthiques épais est d’observer que la majorité des jugements de valeur prononcés dans nos discussions éthiques sont soudés à des descriptions. Ainsi, contrairement à l’argument précédent, qui supposait une assez forte distinction entre fait et valeur pour que l’un puisse être fondé sur l’autre, ce dernier argument semble, pour sa part, rendre plus floue la ligne qui sépare faits et valeurs. En effet, l’idée d’une distinction fait/valeur est d’affirmer que les faits constituent des descriptions du monde tel qu’il est, alors que les valeurs sont des évaluations ou des prescriptions quant à comment le monde devrait être. Or, l’argument des concepts éthiques épais montre qu’un grand nombre de concepts servent en même temps à décrire et à prescrire. Cela implique donc qu’il y a un grand nombre de concepts pour lesquels la dichotomie fait/valeur ne s’applique pas.

Cependant, il ne faut pas conclure de l’argument davantage qu’il ne le permet. Strictement parlant, l’argument montre bien que la distinction fait/valeur n’est pas étanche. Toutefois, il le fait en préservant en arrière scène une distinction entre descriptif et prescriptif. Ce que l’argument montre en effet, c’est que plusieurs concepts jouent à la fois le rôle de décrire et celui de prescrire. De façon évidente, il a donc besoin pour ce faire de maintenir une distinction entre les deux rôles que sont décrire et prescrire. Ce qu’il montre, c’est qu’entre les faits qui sont purement descriptifs et les valeurs qui sont purement prescriptives, il existe des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. La distinction entre décrire et prescrire comme deux rôles que peuvent jouer les concepts reste donc intacte. L’argument maintient donc implicitement une distinction parente de la distinction fait/valeur : la distinction descriptif/prescriptif. Pour bien saisir la portée de l’argument, il est par conséquent indispensable de différencier d’un côté la distinction fait/valeur qui tente d’opposer deux types de concepts, et la distinction descriptif/prescriptif qui oppose deux rôles que peuvent jouer les concepts. Il est possible de distinguer ces deux rôles sans prétendre qu’ils donnent lieu à deux types exclusifs de concepts. Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire de pouvoir isoler les composantes descriptives et prescriptives des concepts éthiques épais, comme le tentent (en vain selon Putnam) les non-cognitivistes avec la théorie des deux composantes, pour maintenir une distinction entre descriptif et prescriptif. Ces deux rôles peuvent être distingués même s’ils sont soudés dans certains concepts. Ce que l’argument montre, ce n’est pas que la distinction descriptif/prescriptif est illégitime, mais simplement que ce n’est pas parce qu’un concept a pour rôle de décrire qu’il ne peut pas avoir en même temps pour rôle de prescrire.

Cette idée de distinction entre deux rôles que peuvent jouer les concepts peut être précisée à l’aide de la distinction établie par John R. Searle entre deux directions de l’ajustement[17]. Pour développer cette distinction, Searle s’inspire d’un exemple d’abord présenté par Elizabeth Anscombe dans L’Intention[18]. L’exemple nous demande d’imaginer une situation où un homme se rend au supermarché avec en main une liste d’emplettes remise par sa femme. L’homme, à son insu, est suivi par un détective qui l’observe et note tout ce qu’il achète. Évidemment, quand l’homme aura terminé ses emplettes, s’il a bien observé les consignes de sa femme et si le détective a été assez minutieux, l’homme et le détective auront tous deux la même liste. Searle remarque toutefois que leurs listes ne jouent pas le même rôle. La liste de l’homme a pour rôle de faire en sorte que le monde s’ajuste à la liste (c’est-à-dire, que les articles dans le panier soient conformes à ceux qui sont listés), alors que la liste du détective a la fonction inverse de faire en sorte que la liste s’ajuste au monde (c’est-à-dire, que les articles listés soient conformes à ceux qui sont mis dans le panier). Il devient manifeste que la distinction entre ces deux rôles est incontournable lorsque l’on observe ce qui constitue une « erreur » dans chacun des deux cas. Dans le cas de la liste de l’homme, il y a erreur si l’homme n’achète pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que le monde s’ajuste correctement à la liste. Inversement, dans le cas de la liste du détective, il y a erreur si le détective ne note pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que la liste s’ajuste correctement au monde.

Searle tire de cet exemple sa célèbre distinction entre deux directions de l’ajustement. La liste du détective a la direction de l’ajustement langage-monde, alors que la liste de l’homme a la direction de l’ajustement monde-langage. Searle classe dans la direction langage-monde les déclarations, les descriptions, les assertions et les explications; et dans la direction monde-langage les requêtes, les commandes, les souhaits et les promesses[19]. Ce classement que fait Searle recoupe presque exactement la distinction classique entre descriptif et prescriptif. Searle arrive toutefois à cette distinction par une analyse des actes de langages et non pas par une théorie de la vérifiabilité empirique des énoncés (comme les positivistes). De plus, Searle ne se prononce pas quant au rapport à l’objectivité de chacune des deux directions, ni sur la possibilité que certains concepts aient les deux directions en même temps. Cette formulation de la distinction descriptif/prescriptif en termes de direction de l’ajustement est donc compatible avec l’analyse que nous avons faite jusqu’à présent des arguments de Putnam[20].

En somme, l’argument des concepts éthiques épais montre que les concepts employés dans nos énoncés peuvent jouer les deux rôles que sont décrire et prescrire. L’argument montre par le fait même que l’éthique ne concerne pas seulement le prescriptif, puisqu’il observe qu’un grand nombre de concepts éthiques possèdent un contenu descriptif. Cela n’a toutefois pas pour conséquence de montrer que décrire et prescrire ne sont pas distincts, puisque l’argument doit distinguer ces deux rôles pour pouvoir montrer que plusieurs concepts les jouent tous les deux. L’argument impose toutefois une limite importante à l’application de la distinction fait/valeur puisqu’il montre que ces deux types ne sont pas exclusifs. Il existe entre les purs faits et les pures valeurs des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. L’imbrication à laquelle conduit l’argument est donc d’ordre sémantique : certains concepts servent en même temps à signifier une description et une prescription.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

À première vue, en montrant que plusieurs jugements de valeur possèdent un contenu descriptif, l’argument des concepts éthiques épais peut apparaître comme un argument efficace en faveur de l’objectivité de l’éthique. Toutefois, rappelons-nous que l’argument précédent (celui des valeurs épistémiques) avait pour principale conséquence de dissocier objectif de descriptif. Ces deux idées ainsi dissociées, l’argument des concepts éthiques épais se trouve donc impuissant à montrer l’objectivité des valeurs. En d’autres termes, si, comme l’argument des valeurs épistémiques le montre, les faits et les descriptions ne sont pas plus objectifs que les valeurs, alors, montrer que certains concepts éthiques sont descriptifs ne montre d’aucune manière leur objectivité. Par conséquent, l’argument des concepts éthiques épais, puisqu’il ne discute que du caractère descriptif de l’éthique, n’a aucune prise sur la question de l’objectivité des valeurs. Nous verrons toutefois plus loin que le propos de Putnam présente une certaine ambivalence sur ce point, qui crée une certaine tension dans son argumentation.

3. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité

a) Exposé de l’argument

Nous avons remarqué qu’au terme du premier argument de Putnam (celui des valeurs épistémiques), son argumentation semblait davantage conduire au subjectivisme de la science qu’à l’objectivité de l’éthique. C’est ce troisième argument, celui de la conception pragmatiste de l’objectivité, qui renverse cette situation. La manœuvre générale de l’argument est de tracer une voie médiane entre le relativisme et la conception habituelle que nous avons de l’objectivité. Il trace cette voie médiane en s’inspirant des pragmatistes américains classiques.

L’objectivité non-métaphysique

Sur la question de l’objectivité, Putnam est en vif débat avec Richard Rorty. Toutefois, contrairement à ce que suggèrent les choix terminologiques de l’un et de l’autre, Putnam et Rorty défendent des positions très semblables sur cette question. Il est donc judicieux de présenter la position de Putnam en contraste avec celle de Rorty. Le point sur lequel Putnam et Rorty sont d’accord, c’est le rejet de l’objectivité au sens classique du terme. Nous ne pouvons jamais, ni pour Rorty, ni pour Putnam, nous abstraire complètement de l’influence de notre culture pour envisager le monde tel qu’il est indépendamment de toute perspective. Pour Putnam, comme nous l’avons vu, étant donné que toute perception présuppose des concepts et des valeurs, notre appréhension du monde n’est jamais brute. Putnam, autant que Rorty, rejette donc comme chimérique la notion classique d’objectivité qui prétend que notre connaissance peut atteindre quelque chose comme le « point de vue de Dieu ». Ce sur quoi les positions de Putnam et de Rorty diffèrent, c’est sur ce qui reste une fois que l’on rejette cette notion classique d’objectivité. Pour Rorty, il ne reste que la « solidarité »[21]. Selon lui, la fixation de la croyance[22] ne peut jamais résulter d’autre chose que d’un ethnocentrisme délibéré. Nous partageons avec les membres de notre communauté d’appartenance un certain nombre de croyances et de valeurs. Nous sommes donc solidaires avec nos pairs culturels dans notre foi en ces croyances et dans notre engagement à défendre ces valeurs. Rorty abandonne donc complètement l’idée d’objectivité. Nous croyons que la science occidentale est meilleure que les croyances magiques des tribus aborigènes simplement parce que notre culture nous y incite.

Putnam ne partage pas cette conclusion. Selon lui, l’échec de la notion classique d’objectivité ne conduit pas au relativisme. Ce que cet échec montre, c’est simplement que la notion classique d’objectivité ne fonctionne pas. Cette notion classique, trop exigeante parce qu’elle demande qu’une connaissance puisse être en conformité parfaite avec la chose en soi, peut toutefois être remplacée par une notion plus souple. Putnam oppose donc la notion classique d’objectivité qu’il qualifie péjorativement de métaphysique à une notion non-métaphysique d’objectivité. La conception classique définit l’objectivité comme la correspondance de la pensée à un objet extérieur à elle.

Cette exigence est trop forte. Pour croire que les objets auxquels réfère sa pensée existent réellement dans le monde, le sujet humain ordinaire, qui n’est pas troublé par des interrogations métaphysiques, n’a pas besoin de croire que sa pensée décrit le monde tel qu’il est réellement au sens métaphysique[23]. Il nous faut donc, selon Putnam, renouer avec un « réalisme du sens commun » et nous défaire des fantasmes métaphysiques véhiculés par la tradition philosophique. Nous pouvons très bien croire que, pour ce que cela implique dans notre vie concrète, nos idées décrivent (bien que partiellement) les objets tels qu’ils existent dans le monde. Valider un énoncé comme « il y a des chaises dans la salle » n’engage à rien au plan métaphysique. Si nous nous trouvons dans la salle en question et que nous voyons qu’il y a bien des chaises, nous sommes dans des conditions suffisamment bonnes pour valider l’énoncé. Évidemment nous pouvons, à un niveau métaphysique de réflexion, nous demander si la salle et les chaises existent réellement en tant que salle et chaises. Il est probable qu’elles ne soient qu’une construction de notre pensée. Cependant, au niveau non-métaphysique où nous employons les concepts de salle et de chaise, cette existence métaphysique n’est pas en cause. Ce que l’énoncé « il y a des chaises dans la salle » affirme, c’est que dans un univers conceptuel où la réalité est découpée en salles et en chaises, il est vrai d’affirmer qu’il y a des chaises dans la salle. La question de l’existence métaphysique de la salle et des chaises indépendamment de ces concepts n’a donc aucune pertinence.

Putnam fait remarquer que même le relativisme, par exemple celui de Rorty, doit adhérer à ce réalisme du sens commun. Pour affirmer que la vérité dépend du point de vue de chacun, le relativisme doit inévitablement croire que nous pouvons connaître et comprendre ce qu’autrui pense[24]. Un relativisme qui nie ce réalisme du sens commun est donc auto-réfutant. C’est par conséquent la notion métaphysique classique d’objectivité qui doit être abandonnée. L’idée d’objectivité elle-même doit être maintenue.

L’impossibilité d’abandonner la notion d’objectivité renverse donc la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques. Puisqu’une notion minimale d’objectivité est indispensable, le constat que les faits présupposent des valeurs ne peut pas conduire à la conclusion que tout est subjectif, comme le suggérait l’argument des valeurs épistémiques. Selon Putnam, ce à quoi ce constat conduit est plutôt que l’objectivité doit exister hors de la science. Le savoir scientifique doit présupposer un savoir non-scientifique[25]. Putnam préfère toutefois appeler ce savoir « a-scientifique » pour insister sur le fait qu’il n’est pas opposé à la science, mais plutôt complémentaire. Nous devons donc reconnaître l’objectivité de ce savoir a-scientifique pour fonder l’objectivité de la science. Même le positivisme logique présuppose cette objectivité a-scientifique puisque ses tenants n’ont jamais réussi à démontrer scientifiquement la validité de leur principe de vérifiabilité empirique. Le constat que la science présuppose des valeurs n’est donc pas un argument en faveur du subjectivisme de la science. Il nous oblige plutôt à reconnaître que le champ de l’objectivité dépasse la science.

L’objectivité pragmatiste

Pour comprendre la conception de l’objectivité présentée par Putnam, il est nécessaire de rappeler quelques particularités du pragmatisme américain. Dans le pragmatisme américain, toute démarche cognitive passe par l’enquête. Nous apprenons par expérience. Il ne s’agit toutefois pas d’un empirisme de l’objet postulant des objets fixes et une pensée-réceptacle qui en reçoit les images. Les pragmatistes ont une conception héraclitéenne du cosmos. Le monde est selon eux en perpétuel changement, et c’est ce qui menace la stabilité de notre savoir. Il est toujours possible qu’une connaissance admise même depuis des siècles soit contredite par une situation nouvelle. Il n’y a donc pas de vérité définitive, mais seulement des croyances suffisamment justifiées. C’est pourquoi certains pragmatistes refusent d’employer le terme « vérité », et préfèrent plutôt parler d’« assertabilité garantie ». Les pragmatistes ont donc une conception faillibiliste du savoir (notre savoir est faillible et voué à être remplacé par un meilleur éventuellement). C’est lorsqu’un problème imprévu vient perturber la stabilité de nos croyances que le processus de l’enquête se met en marche.

Il n’y a toutefois pas de méthode précise et unique selon laquelle mener l’enquête. Par l’enquête, nous cherchons, par les moyens que nous jugeons appropriés dans la situation où nous nous trouvons, à rétablir la stabilité de nos croyances. Nous le faisons en remplaçant certaines de nos croyances par des nouvelles. Ces nouvelles croyances rétablissent la stabilité en solutionnant le problème qui était venu la perturber. Nos croyances sont donc pour les pragmatistes des « solutions appropriées à des situations problématiques ». Nous ne les adoptons que dans la mesure où notre désir de rétablir la stabilité nous y oblige. Il n’est donc jamais question pour les pragmatistes de remettre en cause une croyance qui ne pose aucun problème.

Les pragmatistes évitent de cette manière le scepticisme. Le sceptique est celui qui prétend douter de tout. Pour un pragmatiste, douter de tout est impossible puisque nous ne doutons sincèrement de nos croyances que lorsque la situation dans laquelle nous nous trouvons nous y oblige. Il n’y a pas de doute méthodique. Pour les pragmatistes, le doute doit autant être justifié que la croyance.

Les pragmatistes défendent donc une position médiane entre l’objectivisme classique, qui prétend que nous pouvons connaître les objets indépendamment de toute perspective, et le scepticisme (ou subjectivisme) qui nie complètement notre pouvoir de connaître. Pour un pragmatiste, nous ne pouvons pas nous abstraire de notre perspective, mais cela ne nous empêche pas de construire un savoir et de le justifier. Même si la justification ne transcende jamais la perspective dans laquelle nous nous trouvons, cela ne pose pas problème puisque, comme le doute doit autant être justifié que la croyance, l’idée de douter intégralement de notre perspective n’a pas de sens. En réalité, à moins d’une situation extrême qui entrerait en contradiction avec la totalité de nos croyances, lorsque nous cherchons à savoir si une croyance est justifiée, ce que nous voulons savoir c’est si elle est justifiée dans notre perspective. Nous sous-entendons jusqu’à preuve du contraire qu’elle est la bonne. Pour les pragmatistes, l’objectif et le subjectif ne sont donc pas opposés. Le fait que la justification que nous donnons à nos croyances dépende irrémédiablement de notre perspective (subjective ou intersubjective) n’empêche pas que cette justification soit objective.

Dans le domaine des valeurs

Putnam s’inspire de Dewey pour expliquer comment nous atteignons l’objectivité dans le domaine des valeurs. Selon Dewey, l’objectivité des valeurs s’atteint par la critique de nos évaluations. Par cette critique, nous passons du simplement valorisé à l’objectivement valable[26]. Toutefois, comme Putnam l’anticipe, se pose alors le problème du critère à appliquer pour que la critique soit fondée. Pour Putnam, le jugement rationnel ne peut être formalisé. Il n’a donc pas l’intention de donner un critère précis et définitif sur lequel la critique de nos évaluations doit être fondée. Il donne tout de même quelques pistes de réponses, toujours en s’inspirant de Dewey. Pour Dewey, il faut conduire l’enquête sur les valeurs de la même manière que n’importe quelle enquête. Putnam précise trois caractéristiques principales de la conception pragmatiste de l’enquête. D’abord, il rappelle que l’idée cartésienne de table rase, ou de point de départ vierge en matière de pensée, est irréaliste. Lorsque nous raisonnons afin de solutionner une situation problématique, nous faisons toujours appel à un stock de faits et de valeurs que nous ne remettons pas en question. Nous les tenons pour acquis dans notre raisonnement. C’est dans ce stock que nous puisons les critères nécessaires à notre critique. Ensuite, Putnam note qu’il n’y a pas de critère fixe et universel selon lequel mener notre critique que la philosophie puisse nous prescrire. Le critère à appliquer dépend de la situation dans laquelle nous nous trouvons et des intérêts qui motivent notre démarche. Finalement, il remarque que s’il n’y a pas de critère fixe prescrivant comment mener l’enquête, nous pouvons tout de même nous laisser guider par ce que nous avons appris dans nos enquêtes passées. Ainsi, nous n’avons pas besoin, selon Putnam, de critère fixe orientant notre critique pour que cette critique mène à l’objectivité.

Une objectivité sans objet ?

Définie ainsi par la critique, l’objectivité dont nous parle Putnam n’a à la limite pas besoin d’avoir d’objet. Rappelons-nous, Putnam dissocie objectif et descriptif. Par conséquent, ce n’est pas parce que l’éthique ne réfère à aucun objet empirique, comme le remarquent les positivistes logiques (après G.E. Moore), qu’elle ne peut pas être objective. Toutefois, lorsque Putnam critique les deux approches objectivistes en morale dont il veut se dissocier, il semble accorder un rôle capital aux concepts éthiques épais, et donc à la référence à l’objet qu’ils permettent grâce à leur contenu descriptif.

D’abord, lorsqu’il critique l’intuitionnisme de Moore, il montre comment nous n’avons pas besoin de postuler comme ce dernier une propriété non-naturelle du bien que nous appréhenderions par une faculté spéciale. Il considère cette propriété non-naturelle du bien comme objet métaphysique platonicien ontologiquement inutile. Nous n’avons pas besoin d’en postuler l’existence pour que nos énoncés moraux aient une référence à l’objet, puisque selon lui les concepts éthiques épais suffisent à le permettre[27]. Lorsque j’affirme « X est cruel », mon énoncé a, comme nous l’avons vu, un contenu descriptif. Le prédicat « cruel » suffit par conséquent à donner à mon énoncé une référence à l’objet. Putnam se dissocie donc de l’intuitionnisme en montrant comment une objectivité avec objet de l’éthique est possible sans les « inflations métaphysiques »[28] caractéristiques de l’intuitionnisme.

Ensuite, lorsqu’il critique l’approche intersubjective d’Habermas, il insiste sur le fait que le respect des normes de l’éthique de la discussion ne suffit pas à conduire les interlocuteurs à un consensus en faveur de ce qui est véritablement moralement justifié. Il se peut que les interlocuteurs de la discussion soient tous obtus, c’est-à-dire que des nuances indispensables pour bien juger la situation leur échappent irrémédiablement. Or, être obtus selon Putnam, c’est justement ne pas maîtriser les concepts éthiques épais[29]. Aiguiser notre jugement moral équivaut pour lui à parfaire notre maîtrise des concepts éthiques épais. Ainsi, lorsque Putnam insiste sur le fait que les normes procédurales de l’éthique de la discussion ne suffisent pas à fonder l’objectivité morale, il le fait en soulignant que, en plus de ces normes, les descriptions contenues dans les concepts éthiques épais doivent aussi guider notre jugement. Il s’oppose donc aussi à la conception d’Habermas en proposant une objectivité morale avec objet.

Putnam rappelle toutefois que l’éthique ne concerne pas seulement les concepts éthiques épais, mais aussi les concepts éthiques minces, c’est-à-dire les concepts traditionnels de l’éthique (le bien, le devoir, le devoir-être, la vertu, etc.). Ces concepts sont de pures évaluations et n’ont pas de contenu descriptif comme les concepts éthiques épais. Par conséquent, les énoncés qui en sont composés n’ont pas de référence à l’objet[30]. Putnam admet tout de même la possibilité qu’ils soient objectifs[31]. Il défend cette possibilité sur la base du rejet pragmatiste du doute méthodique. Selon lui, nous ne sommes jamais dans la situation hypothétique décrite par les non-cognitivistes où notre système d’évaluations est intégralement remis en cause. Nous avons toujours un stock d’évaluations tenues pour acquises dont nous pouvons nous servir pour justifier celles que nous remettons en question. Nous n’avons donc jamais besoin de remonter à une prémisse évaluative fondamentale et indubitable qui justifierait l’intégralité de notre système d’évaluations de manière absolue[32]. Nous n’avons besoin que de pouvoir justifier nos évaluations nouvelles sur la base d’évaluations que nous tenons pour acquises. Putnam évite de cette manière le relativisme dans le cas des concepts éthiques minces non pas en rejetant l’idée des non-cognitivistes que toute conclusion évaluative requiert une prémisse évaluative, mais plutôt en rejetant leur idée que l’objectivité exige l’atteinte d’une prémisse fondamentale indubitable. Il y a donc pour Putnam une objectivité possible dans le domaine des pures évaluations. Il défend donc aussi une certaine objectivité sans objet de l’éthique[33].

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité n’ajoute rien aux conclusions des deux arguments précédents quant au type de distinction fait/valeur non-dichotomique qui est admis par Putnam. Après l’argument des concepts éthiques épais, nous pouvions toujours distinguer descriptif et prescriptif comme deux rôles que peuvent jouer les concepts, mais nous ne pouvions plus tirer de ces deux rôles deux types exclusifs de concepts. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité maintient cette situation. Il n’ajoute aucune nouvelle limite à l’application de la distinction fait/valeur, et n’aborde que la question de l’objectivité de l’éthique.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

La conception de l’objectivité défendue par Putnam peut sembler insatisfaisante. En concédant que notre savoir est irrémédiablement teinté par la perspective dans laquelle nous nous trouvons, Putnam peut sembler concéder aux subjectivistes l’essentiel de leur position. Putnam prétend toutefois, comme nous l’avons vu, que ce n’est pas le cas puisque selon sa conception, contrairement à celle des subjectivistes, les croyances peuvent être justifiées (même s’il ne s’agit pas d’une justification absolue). Je laisserai en suspens la question de savoir si la conception de l’objectivité que propose Putnam est satisfaisante. Je rappelle que l’objet de cet article n’est pas de juger de la valeur des arguments de Putnam, mais plutôt de répondre à certaines ambiguïtés quant aux conclusions auxquelles ils conduisent. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité conduit à la conclusion que Putnam cherchait à établir. Il renverse la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques en montrant que l’objectivité n’équivaut pas à la vérifiabilité empirique (une conception restreinte de la référence à l’objet) et qu’elle dépasse le champ de la science. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité que propose Putnam, les faits et les valeurs peuvent être objectifs.

Conclusion

Les analyses que nous avons faites nous permettent de préciser quel type de distinction fait/valeur reste légitime après les arguments de Putnam, et comment ces arguments ont prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral.

Nous avons identifié deux limites que l’argumentation de Putnam impose à l’application de la distinction fait/valeur. D’abord, il ne faut pas chercher à distinguer faits et valeurs quant à leur rapport à l’objectivité. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité proposée par Putnam, autant les jugements de valeur que les jugements de fait peuvent prétendre à l’objectivité. Ensuite, il ne faut pas envisager faits et valeurs comme deux types exclusifs de concepts. Il peut y avoir des concepts (les concepts éthiques épais) qui servent à la fois à décrire et à prescrire. Ces deux rôles que peuvent jouer les concepts n’engendrent donc pas deux types exclusifs de concepts.

Nous avons aussi précisé comment les arguments de Putnam avaient prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral. L’argument des concepts éthiques épais critique la dichotomie fait/valeur en montrant que faits et valeurs ne sont pas deux types exclusifs dans lesquels peuvent être classés tous les concepts. Les arguments des valeurs épistémiques et de la conception pragmatiste de l’objectivité rétablissent l’objectivité de l’éthique et montrent que faits et valeurs sont égaux quant à leur rapport à l’objectivité, et que cela nous oblige à reconnaître que l’objectivité dépasse le champ de la science.

Reste maintenant à clarifier en quoi la critique que fait Putnam de la dichotomie fait/valeur constitue dans son argumentation, comme il l’annonce en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Avec la conception pragmatiste de l’objectivité qu’il développe, et son idée que l’objectivité dans le domaine des valeurs est atteinte par la critique, Putnam n’aurait en réalité pas besoin de critiquer la dichotomie fait/valeur pour montrer l’objectivité de l’éthique. Si l’objectivité dans le domaine des valeurs se définit par la critique, qu’il y ait ou non des concepts éthiques épais qui donnent à l’éthique un contenu descriptif et une référence à l’objet, cela ne change rien. Même si l’éthique n’avait aucune part descriptive, rien ne nous empêcherait de critiquer nos valeurs, comme Putnam le suggère, pour passer du valorisé à l’objectivement valable. Nous pourrions alors quand même atteindre l’objectivité en éthique. L’argument des concepts éthiques épais par lequel Putnam établit que l’opposition fait/valeur n’est pas étanche semble donc inutile.

En d’autres termes, pour que l’argument des concepts éthiques épais constitue, comme l’annonce Putnam en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral, il faudrait que ce dernier maintienne l’idée des positivistes qu’il rejette, selon laquelle l’objectivité est impossible sans rapport descriptif à l’objet. Il semble donc y avoir une tension dans l’argumentation de Putnam. En même temps qu’il cherche à dissocier objectif et descriptif, Putnam présente sa démonstration que l’éthique a un contenu descriptif comme une prémisse à sa défense de l’objectivité de l’éthique. Or, cette démonstration du contenu descriptif de l’éthique ne peut constituer une telle prémisse que dans la mesure où l’objectivité est impossible sans description, ce que Putnam conteste. Putnam est donc en contradiction avec lui-même lorsqu’il voit un lien de dépendance entre sa critique de la dichotomie fait/valeur et sa critique du subjectivisme moral. La seule manière d’expliquer cette tension dans l’argumentation de Putnam me semble être qu’il reste malgré lui captif de la manière positiviste de poser le problème de l’objectivité de l’éthique, même si pourtant il cherche à rompre avec elle.

1. Hume, considéré par plusieurs comme le premier défenseur explicite de l’opposition fait/valeur, défend cette opposition sur la base d’arguments similaires, bien que les termes kantiens « analytique » et « synthétique » soient absents de son texte. L’épistémologie des positivistes, de laquelle dépend leur défense d’une opposition marquée entre faits et valeurs, est d’ailleurs inspirée de Hume, sous l’influence du philosophe-physicien Mach qui adhérait à une conception résolument humienne de la connaissance. Cf. A. Janik et S. Toulmin, Wittgenstein, Vienne et la Modernité, Paris, Presses Universitaires de France, 1978, chapitre 5.

2. Pour les positivistes, il n’y a pas, comme pour Kant, de jugements synthétiques a priori.

3. Cf. A.J. Ayer, Language, Truth and Logic, New York, Dover Publication, 1952, chapitre 6.

4. John R. Searle, « How to derive ‘ought’ from ‘is’ » dans W.D. Hudson (dir.), The Is/Ought Question, Londres, The Macmillan Press, 1979, pp. 120-133.

5. Hilary Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, Cambridge, Harvard University Press, 2002.

6. Ibid., p. 1.

7. Ibid., p. 23.

8. Ibid., pp. 12-13.

9. Ibid., p. 30.

10. Ibid., chap. 8.

11. Ibid., p. 152.

12. B. Williams, Ethics and the Limits of Philosophy, Londres, Fontana, 1985. Selon Stanford Encyclopedia of Philosophy, cette expression viendrait d’abord du sociologue Clifford Geertz (The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973), qui l’emprunterait lui-même à Gilbert Ryle (« The Thinker of Thoughts : What is ‘Le Penseur’ Doing ? », dans Collected Papers, vol. II, Londres, Hutchinson, 1971, pp. 480-496.

13. R.M. Hare, The Language of Morals, Oxford, Oxford University Press, 1952, p. 28.

14. J.L. Mackie, Inventing Right and Wrong, chap. 9.

15. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 109.

16. Ibid., p. 38.

17. Searle, Expression and Meaning, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, chapitre 1.

18. G.E.M. Anscombe, L’Intention, Paris, Gallimard, 2002, pp. 106-108.

19. Searle, Op. cit., p. 4.

20. De plus, Putnam évoque lui-même l’idée d’une distinction descriptif/prescriptif comme deux types d’actes de langage. Cf. Putnam, Raison, Vérité et Histoire, p. 156 et p. 232, et Id., Ethics Without Ontology, pp. 73-74.

21. Richard Rorty, Objectivisme, relativisme et vérité, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, chapitre 1.

22. Dans le pragmatisme américain, l’expression « fixation de la croyance » désigne le moment où une croyance est justifiée de manière suffisante pour être admise comme valide.

23. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 100.

24. Ibid., p. 143.

25. Id., « Pragmatism and nonscientific knowledge » dans Pragmatism and Realism, Londres, Routledge, 2002, chapitre 2.

26. Id., The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 103 et suivantes.

27. Ibid., p. 128.

28. Putnam qualifie l’intuitionisme de Moore de « métaphysique inflationniste » (inflationnary metaphysics) dans Ethics Without Ontology, p. 17.

29. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, pp. 127-128.

30. Id., Ethics Without Ontology, p. 67.

31. Ibid., p. 73.

32. Ibid., pp. 77-78.

33. Dans Ethics Without Ontology, Putnam défend la possibilité d’une telle objectivité en montrant que la logique et les mathématiques sont objectifs sans référer à des objets. Cf. Putnam, Ethics Without Ontology, Part 1, Lecture 3.

Voir de plus:

Bac Philo 2013, séries S, commentaire d’un texte de Bergson

Robin

18 Juin 2013

Henri Bergson, Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris où il est mort le 4 janvier 1941, est un philosophe français. Il a publié quatre principaux ouvrages : d’abord en 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, ensuite Matière et mémoire en 1896, puis L’Évolution créatrice en 1907, et enfin Les Deux Sources de la morale et de la religion en 1932. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1927.

« Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. »

(Bergson, La Pensée et le Mouvant)

Il fallait vous poser les questions suivantes :

1) Quelle est la thèse développée dans ce texte ?

2) Quelle est la définition courante du vrai ? Appliquez cette définition sur un exemple (souvenez-vous du début de votre cours sur la vérité et de la définition de la vérité comme « adéquation de la chose et de l’esprit », du réel et du jugement »).

3) Bergson admet-il cette définition ?

4) Quelle critique lui fait-il ?

5) Qu’est-ce que le « réel » pour Bergson ?

6) Expliquer « c’est du singulier, c’est du changeant ». A quoi peut-on opposer ces deux termes ? (quel est le contraire de « singulier », quel est le contraire de « changeant »)

7) Quelle exemple de vérité Bergson donne-t-il ?

8) Expliquez « même par métaphore ». Que veut dire Bergson ? Relevez et expliquez le mot « copie ».

9) Quelle conception de la vérité se dessine-t-elle dans ce texte ? A quelle conception s’oppose-t-elle ?

La thèse développée par Bergson n’apparaît pas explicitement, elle doit être déduite de la critique de la conception classique de la vérité comme adéquation de la chose et du jugement, du réel et de l’esprit. Une affirmation vraie n’est pas une copie de la réalité, ou seulement dans des cas exceptionnels car il n’y a que du singulier et du changeant.

Pour Thomas d’Aquin, par exemple, la vérité est l’adéquation du réel et de l’esprit, de la chose et de l’objet (adequatio rei et intellectus). Prenons par exemple la proposition : « Il pleut ». Soit il pleut réellement et alors mon affirmation est vraie, conforme au réel, soit il ne pleut pas et alors mon affirmation est fausse : c’est une erreur, une illusion ou un mensonge.

Bergson précise que nous « aimons » à voir dans le jugement vrai quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle. Le mot « aimer » suggère que cette attitude n’a rien de rationnel, qu’elle est de l’ordre de l’opinion (de la doxa), plutôt que le fruit d’un véritable raisonnement. L’affirmation vraie serait celle qui « copierait » la réalité » : l’emploi du conditionnel indique que Bergson ne souscrit pas à cette conception de la vérité comme copie du réel.

Pour Bergson, cette définition de la vérité comme « copie » ne s’applique qu’à des cas exceptionnels, par exemple celui que nous avons pris (« il pleut »/ »il ne pleut pas »). En effet cette affirmation porte sur un événement singulier et changeant : il pleut maintenant, mais dans dix minutes, la pluie s’arrêtera de tomber.

Mais « la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de l’objet ». Bergson refuse cette conception de la vérité. Pour lui, la vérité ne réside pas dans la généralité et la stabilité car il n’y a que des événements singuliers, rien ne demeure semblable à lui-même, tout est en mouvement, les « étants » passent sans cesse d’un état à l’autre. La conception habituelle de la vérité dénature le réel. Nous cherchons à nous approprier le réel en le saisissant dans le concept, mais pour « saisir » le réel, nous sommes obligés de généraliser et de stabiliser, d’en faire tout autre chose que ce qu’il est vraiment. En définissant la vérité comme adéquation de la pensée et du réel, du réel et du jugement, et ramenant le réel au concept, nous manquons la vérité car nous manquons le réel lui-même qui se caractérise par la singularité et le mouvement.

Bergson donne comme exemple une vérité « aussi voisine que possible de l’expérience », c’est-à-dire un phénomène que l’on peut observer réellement la dilatation des corps, et non, par exemple, la gravitation. « la chaleur dilate les corps ». Bergson se demande de quoi cette affirmation pourrait être la copie, autrement dit, à quel phénomène « réel » elle « correspond ». On pourrait mettre ce phénomène en évidence en le photographiant, c’est-à-dire en le stabilisant dans le temps et dans l’espace, chaque cliché témoignerait ainsi d’un état de la barre de fer en un instant t, t’, t »… Mais qu’avons-nous fait en photographiant la barre de fer ? Nous avons transformé le temps (la durée) en espace et nous avons manqué par conséquent la réalité du phénomène de dilatation qui se produit dans la durée. Bergson explique dans La Pensée et le mouvant, l’œuvre d’où est extrait ce texte, que la science « spatialise » la durée. L’affirmation « la barre de fer se dilate » est une métaphore du réel et non le réel lui-même, une façon de parler et non une façon d’être.

La dernière phrase du texte : « Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. » porte sur la singularité du réel. Pour Bergson, il n’y a que des événements singuliers. L’affirmation : « Les barres de fer se dilatent », ou encore l’expression de cette « vérité » dans une loi scientifique exprimée dans une formule mathématique, applicable à tous les corps ne copie rien, ne reproduit rien, puisqu’elle s’applique à toutes les barres de fer en général et à aucune en particulier. Bergson veut dire ici que la science ne copie pas le réel, mais qu’elle le construit.

Un jugement vrai n’est donc pas une simple copie de la réalité. Le réel pour Bergson a deux caractères : la singularité et le changement, alors que la plupart de nos jugements sont généraux et impliquent une stabilité de l’objet. Bergson conteste implicitement l’idée que la science, puisqu’il n’y de science que de l’universel, constituerait le seul et unique critère de la vérité et nous invite à chercher, au-delà du jugement une manière d’appréhender le réel sans le dénaturer, d’aller « aux choses mêmes » dans leur singularité jaillisssante… Il nomme cette faculté « l’intuition ».

Le corrigé en Philosophie sujet 3, Bac S 

L’Etudiant

L’auteur examine la question de la définition d’un jugement vrai. Si la réponse à cette question semble satisfaisante comme adéquation de la vérité à la réalité, il n’en reste pas moins difficile à comprendre que cette adéquation n’est pas à penser comme le rapport d’une copie à son modèle. La vérité ne copie pas la réalité affirme Bergson, ce qui met en question la définition du vrai. L’auteur appuie son argumentation sur l’opposition entre le réel singulier et changeant et les jugements sur la réalité qui, à l’inverse, sont généraux et stables. C’est par un exemple tiré d’une vérité physicienne qu’il illustre sa thèse en montrant qu’une vérité scientifique n’est pas la copie de ce qui se passe en fait, dans la réalité. Si la définition traditionnelle est par là même remise en question, qu’est-ce que la vérité, quel est son rapport à la réalité ?

I. Qu’est-ce qu’un jugement vrai ?

D’après la définition classique de la vérité, un jugement est vrai lorsqu’il s’accorde avec la réalité. En ce sens la vérité est toujours un jugement sur les choses et, par le biais du langage, c’est une concordance entre la réalité et ce que nous en disons. Or Bergson s’interroge sur cette concordance en montrant qu’il ne s’agit pas d’un rapport de la copie à la réalité. Si tel était le cas, il y aurait une adéquation approximative car la copie est un dégradé de son modèle ; la vérité serait alors une convention, un pâle reflet (au sens Platonicien) de ce qui est. D’où la nécessité de définir la réalité indépendamment de ce qui en est dit, de toute représentation

II. L’opposition entre vérité générale et réalité particulière

Le réel est singulier, il s’agit du réel dont nous avons affaire, de la perception sensible, qui est changeant et surtout subjectif. C’est notre perception sensible qui nous permet de l’appréhender mais qu’en est-il de la représentation que nous voulons exprimer par un jugement, par le langage ? La plupart de nos affirmations sont générales car on suppose que ce dont on parle ne change pas, que l’objet de notre jugement est relativement stable. D’autre part, on suppose que nos jugements sont universels, c’est-à-dire peuvent être partagés par tous.

III. L’expérience montre que la vérité n’est pas une copie de la réalité

Bergson illustre sa thèse par un exemple qui montre que le jugement vrai n’est pas une copie de l’expérience sensible. « la chaleur dilate les corps » est une proposition générale qui utilise des notions qui ne viennent pas de la ressemblance avec la réalité sensible qu’elle pense et permet de penser. Cette proposition vaut pour tous les corps en faisant abstraction des cas particuliers et des changements qui peuvent advenir (pensons au morceau de cire de Descartes). Ainsi l’affirmation selon laquelle la vérité est une copie de la réalité est contestable. Car la vérité est un discours, elle dit quelque chose de la réalité, quelque chose de stable et d’universel alors même que le réel est variable et singulier.

L’intérêt de ce texte est qu’il nous renvoie à la condition même du discours vrai mais aussi de l’activité de penser. En effet, notre esprit ne copie pas des réalités données dans l’expérience mais il est lui-même la condition de possibilité de saisir la vérité. C’est le sens du célèbre texte de Platon « l’allégorie de la caverne » qui souligne que le monde sensible (le monde de la caverne) en lui-même n’est pas vrai mais que c’est par la pensée que se constitue le véritable discours (logos = la raison) permettant la vérité. Cependant, Platon perçoit ce rapport entre le monde sensible et le monde des Idées comme une véritable imitation, une copie de la véritable réalité intelligible. Bergson insiste sur l’opposition entre le monde réel et le jugement de l’esprit en montrant toutefois qu’il y a une différence qui ne se réduit pas à la représentation. Nous parvenons à des vérités par les jugements de la raison, c’est à dire par la construction de propositions,de concepts qui ne copient pas l’expérience sensible. La raison et le langage, désignés en grec par le même mot, LOGOS sont les conditions même de notre accès à la vérité c’est-à-dire à la connaissance de la réalité.

Voir encore:

The Brilliant Wisdom of King Solomon

Baruch C. Cohen

July 10, 1998

The Book of Kings [Melachim 1 3:12] states that Israel’s great King Solomon was twelve years old when God promised him that he would be granted great wisdom. He turned out to be the wisest man ever to live. As an illustration of the fulfillment of this blessing of wisdom, the Book of Kings reports the following account of a case that was brought before King Solomon’s court in Jerusalem.

Two women came to King Solomon and stood before him. One woman (#1) said: « My Lord, this woman and I dwell in the same house, and I gave birth to a child while with her in the house. On the third day after I gave birth, she also gave birth. We live together; there is no outsider with us in the house; only the two of us were there. The son of this woman died during the night because she lay upon him. She arose during the night and took my son from my side while I was asleep, and lay him in her bosom, and her dead son she laid in my bosom. when I got up in the morning to nurse my son, behold, he was dead! But when I observed him (later on) in the morning, I realized that he was not my son to whom I had given birth! »

The other woman (#2) replied: « It is not so! My son is the live one and your son is the dead one! »

The first woman (#1) responded: « It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one! »

They argued before King Solomon.

King Solomon said: « this woman (#2) claims ‘My son is the live one and your son is the dead one, ‘and this woman (#1) claims ‘Your son is the dead one and my son is the living one! »‘

King Solomon said, « Bring me a sword! » So they brought a sword before the King. The King said, « Cut the living child in two, and give half to one and half to the other »

The woman (#2) turned to the King, because her compassion was aroused for her son, and said: « Please my Lord, give her the living child and do not kill it! »

But the other woman (#1) said: « Neither mine nor yours shall he be. Cut! »

The King spoke up and said: « Give her (#2) the living child, and do not kill it, for she is his mother! » All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice. [I Melachim 3:16 – 27]. The woman was rightfully awarded custody of her son.

It should be noted, that King Solomon’s was the first major recorded and published decision in the history of legal jurisprudence, and I believe that with the help of the commentaries, one can begin to appreciate the magnificent depth of his wisdom.

OBSERVATIONS

Some say that King Solomon truly knew who was the real mother as soon as he saw the two women. This was the nature of the special divine wisdom that God gave him. As King Solomon was able to understand the speech of the animals and the birds, so he could see the truth in someone’s face. His knowledge was of Divine origin. It was infallible.

According to the Abarbanel and Metzudas David, King Solomon studied the countenance of each woman as they presented their claims and counter-claims, and by means of his penetrating and heavenly wisdom, understood which of the two women was telling the truth.

Still, to prove this to the people, he had to demonstrate it in a way that everyone would acknowledge. Perhaps that is why he pretended not to know who said what, and repeated their arguments in reverse order, by repeating Woman #2’s argument first, and Woman #1’s argument second.

He even pretended to apply the well-known law of dividing disputed property. If two people come to court holding on to the ends of a piece of clothing, and each claims it to be his, the court divides it and gives each one half. King Solomon seemed to pretend to be ignorant of the many complicated details of this law, and to think that it applied to babies as well, which would have been ridiculously simpleminded. No judge would ever make such a foolish mistake. Yet, he succeeded in convincing the two women that he was serious.

Nonetheless, he was careful not to let the trick go too far. He specifically commanded his servants to bring the sword to him, not to give it to one of the guards. They too, were no doubt fooled and he did not want them to divide the baby before he had a chance to stop them. In fact, the King’s ministers said « Woe to you Oh Land, whose king is but a boy! » They thought « what has God done to us to give us such a king? How long will we have to suffer with such foolish judgments? » But afterwards, when they saw the women’s reactions they knew that he had recently received Divine inspiration and rejoiced saying « Happy are you, oh Land, whose king is a free man! » – i.e., one who studies Torah (Koheles – Ecclesiastes 10:16-17).

King Solomon’s trick succeeded. The imposter revealed herself by her heartless cruelty. After all, no mother would have let her own child be killed just to spite another woman.

But how could King Solomon have been sure the other woman would not also have mercy on the child? Wouldn’t most people break down in such a situation and relinquish their claims? What sort of person would want to be responsible for the death of an innocent child, even if it were not her own?

Perhaps this was an aspect of the depth of King Solomon’s insight – he knew that no normal mother lies on her own child and crushes him in her sleep. Babies always sleep with their mothers and fathers, yet this never happens, for perhaps God implants within a human being an innate sensitivity that prevents her from doing such a thing. A woman who lies on her child must be lacking basic human feeling, and such a person would certainly have no mercy on the child of another. According to the Abarbanel, perhaps such a woman developed a blood lust and possessed a cruel desire to see another life snuffed out.

And what of the compassionate one? Was it not possible that she was acting cunningly to impress the King with a false sense of motherly commiseration?

WHO HAD THE BETTER ARGUMENT?

Notwithstanding the outcome, many believe that Woman #1 still made a convincing and persuasive argument. She made it clear that there were no witnesses because they lived alone. Perhaps she suspected that Solomon would be able to tell how old the baby was and identify the mother. According to the Radak and the Metsudas David, her argument was bolstered by the claim that no one else knew the identities of the babies, nor had one been sick, that the neighbors might remember whose baby it was. When she first got up, it was still dark. She could not recognize the baby, so she did not suspect that it was not hers. All she knew was that it was dead. But when it got light, she saw it and realized what had happened. She asserted that her baby boy was born three days earlier, and therefore there was some reliable distinction available.

Woman #2 had only a brief presentation and did not claim to have any proof. She simply said that the child was hers. All she did was state her case.

Based on the first round of oral arguments, it would appear that Woman #1 had the better claim, and that she was the real mother.

It is noteworthy, that the women did not bring the corpse of the dead child for further identification. Perhaps the child was buried already, or its features were already changed making recognition difficult.

SUBTLE TRUTHS BEGIN TO UNRAVEL

Yet, as the women’s dispute continued, their respective positions seemed to change ever so slightly. There was something disturbing and disingenuous about the way in which Woman #1 continued arguing her case, in that she subsequently seemed less concerned with having a live child and focused more on the other having the dead one. The fact that she mentioned the dead child first, in itself, was an indication of this (« It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one! »).

Woman #2, by contrast, always spoke of her own son first (« No. my son is the living one and your son is the dead one »). It seemed as if her heart was with her son. She spoke out of love and was apparently heartbroken at the thought of potentially losing her child.

According to the Devorim Rabah, King Solomon then repeated the arguments of both women, verbatim, without adding anything, making sure that he properly understood the arguments of both sides, listening carefully, and if there was anything that he misunderstood, the women had an opportunity to correct him.

ODD DEVELOPMENTS IN THE STORY

King Solomon’s wisdom surely gave him the insight to foresee that the real mother (#2) would recoil in terror when she heard of his intention to kill the infant, nevertheless, could his wisdom have possibly predicted the liar (#1)’s response – to comply with this grotesque compromise?

Second, the woman who was lying (#1) was initially interested in taking the living child for herself, otherwise she never would have asserted such a bold and aggressive claim.

As soon as the real mother offered to let the liar keep the child in order to spare its life, the liar should have accepted the real mother offer’s and kept the child. She could have played up her victory by saying: « Aha! She admits that the baby was truly mine all along! She is a kidnapper but not a murderer. The baby is mine. » Instead, she did something totally unpredictable. She refused saying « Neither mine nor yours shall he be. Cut. »

I have always wondered what made her suddenly lose interest in having the child for herself?

A brilliant and original answer to these questions is offered by Rabbi Mordechai Kornfeld of

Har Nof Jerusalem, of the Shmayisroel Torah Network (www.shemayisroel.co.il), who cited two 13th century commentators: Rav Yehoshua Ibn Shu’ib in his Drasha for Parshas Mishpatim, and Rav Menachem HaMeiri in his commentary to Yevamos 17a; and another 14th century commentator, the author of Shemen Rokeach and Sha’arHachazokas. They believe that in order to understand the real story behind King Solomon’s decision, an understanding of the laws of Yibbum is necessary.

THE LAWS OF YIBBUM.

The Torah describes the practice of Yibbum in the Parsha of Ki Setzei (Devarim 25:5,7,9):

« If there are brothers, and one of them dies without children, the wife of the deceased man may not marry out to another man. Her brother-in-law (her deceased husband’s brother) must marry her and thus perform Yibbum on her … If the man does not want to marry her, she shall approach the elders and declare ‘My brother-in-law refuses to establish his brother’s name in Israel; he does not consent to perform Yibbum on me’

… Then she shall approach him in the presence of the elders and remove his shoe from his foot, and spit in front of him and proclaim « Such should be done to a man who would not build up his brother’s house! »

Yibbum is a Halachic rite which must be performed when a man who has a living brother dies childless. If this uncommon situation occurs, the widow must not remarry unless one of two actions are taken – either she must marry the brother of the deceased or she must be released from the obligation of marrying her brother-in-law by having him perform the Chalitzah (« removing » of the shoe) ceremony.

It is obviously uncomfortable for a woman to be trapped in this situation, wherein she would be subject to the will of another man. Her brother-in-law may not be locatable, compliant or appealing.

There are several fundamental laws concerning the childless nature of the deceased and the age of the bother that control whether Yibbum applies:

LAWS CONCERNING THE CHILDLESS NATURE OF THE DECEASED

1. Rule #1: The man must die childless. According to the Talmud Yevamos 87b, Dying childless includes instances where a man once had children, but these children were already dead at the time of his own death.

2. Rule #2: Grandchildren: According to the Talmud Yevamos 70a, if the deceased man has no living children but he does have living grandchildren, he is not considered to be childless, and therefore, there is no Yibbum obligation.

3. Rule #3: Offspring: According to Talmud Yevamos 11 lb and Shabbos 136a, if the deceased left behind any offspring at all, there is no Yibbum – even if the offspring is only one day old. Even if the offspring is still a viable fetus at the time of the husband’s death, its mother is exempted from being bound to the living brother. If the fetus is a stillborn or is aborted, or dies, or is killed before it lived for thirty days, it is not considered to have ever been a viable offspring, and Yibbum would be required.

LAWS CONCERNING THE AGE OF THE DECEASED’S BROTHER

4. Rule #4: Brother-In-Law: According to the Talmud Yevamos 17b, the widow is obligated to marry her deceased husband’s brother. If the deceased husband does not leave a living brother, his wife is free to marry whoever she pleases.

5. Rule #5: Minor: According to the Talmud Yevamos 1 05b, if the brother of the deceased is a minor, the widow is still bound to him, and does not have the option of freeing herself through Chalitzah since a minor lacks capacity to perform the ceremony. Instead she must wait until the brother reaches the age of majority (Bar Mitzvah 13) in order for him to render Chalitzah at that time. Only then may she remarry. According to the Talmud Niddah 45a if she wants to marry him, she must wait until he reaches 9 years of age.

APPLICATION & CONCLUSION

We now return to King Solomon’s judgment.

The Midrash (Koheles Rabah 10:16) tells us that the reason both of these women were so desperate to have the living child declared theirs was that they were both potential Yevamos (widows subject to Yibbum). Neither of the two had any other offspring. Whoever would be judged to be the childless woman would not only lose the infant, but would also be trapped in the unpleasant status of Yevamah, being dependent upon her brother-in-law’s good will.

The Midrash (Yalknt Shimoni 2:175) asserts that the husbands of the two women were father and son, making the two women, mother-in-law and daughter-in-law to each other.

According to the Meiri in his commentary to Yevamos 17a, the two Midrashim may be complementing each other – thanks to our 5-rule Yibbum analysis.

The two women – mother-in-law and daughter-in-law – had just lost their husbands, and needed a live child to exempt them from the status of a Yevamah. Both women gave birth to babies. However, these two babies were still less than 30 days old at the time that one of them died. The mother of the dead child would therefore be subject to the laws of Yibbum (Rule #3). This was the lying mother’s motivation for taking the other woman’s child.

If it were the mother-in-law’s child who had died, she would have no incentive to kidnap her daughter-in-law’s child. Even though her son (the deceased husband of her daughter-in-law) had passed away before her own husband had, and therefore he would not exempt her from Yibbum (Rule #1), nevertheless, she would be exempt from Yibbum for another reason. The living child was her son’s child, and a grandchild exempts one from Yibbum (Rule #2).

Only the daughter-in-law had the motive to lie and try to claim that the child was hers. If it was her baby who had died within 30 days of its birth, leaving her childless, she would have been bound to her husband’s brother as a Yevamah (Rule #4) – and that brother would have been -none other than the living baby (who was in fact her mother-in-law’s child – i.e., her deceased husband’s bother)! Since her brother-in-law was a newborn, the daughter-in-law would have had to wait 13 years before this baby would be able to perform Chalitzah on her and free her to remarry (Rule #5).

King Solomon realized all of this and suspected that since the only one with a strong motive to lie was the daughter-in-law, the child must really belong to the mother-in-law.

Perhaps this also explains why King Solomon ordered that the child be cut in half.

If the remaining child were to be killed, this too would free the daughter-in-law from her Yevamah status – since the living baby was her only brother-in-law (Rule #3). From the daughter-in-law’s perspective, in fact, killing the child would result in a better solution for her. By just kidnaping the child she might have convinced the earthly court that she was not a Yevamah. However, she herself would know that the child was not really hers and that she really was not permitted to remarry, until Chalitzah was performed. By having the baby killed, though, she would truthfully be released from the bonds of Yibbum.

This is the reason the daughter-in-law suddenly lost interest in keeping the child when she saw that King Solomon was ready to cut the child in half. This would serve her interests even more if she took the child for herself. Therefore she insisted: « Cut! »

Young King Solomon guessed that this would be the woman’s reaction. By tricking her into making a seemingly ludicrous statement, he revealed her true motives and that she was lying.

This is why, « All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice. »

Respectfully,

BARUCH C. COHEN

FOOTNOTES

Baruch C. Cohen’s practice includes all aspects of creditors’ and debtors’ rights, corporate reorganizations, personal bankruptcies, and all types of bankruptcy litigation in state, federal and bankruptcy courts.

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DISCLAIMER

Voir enfin:

Gen. Helms and the Senator’s ‘Hold’

An Air Force commander exercised her discretion in a sexual-assault case. Now her career is being blocked by Sen. Claire McCaskill. Why?

James Taranto

WSJ

June 17, 2013

Lt. Gen. Susan Helms is a pioneering woman who finds her career stalled because of a war on men—a political campaign against sexual assault in the military that shows signs of becoming an effort to criminalize male sexuality.

Gen. Helms is a 1980 graduate of the Air Force Academy who became an astronaut in 1990. She was a crewman on four space-shuttle missions and a passenger on two, traveling to the International Space Station and back 51⁄2 months later. Two days after arriving at the station in 2001, she, along with fellow astronaut Jim Voss, conducted history’s longest spacewalk—8 hours, 56 minutes—to work on a docking device.

In March, President Obama nominated Gen. Helms to serve as vice commander of the Air Force Space Command. But Sen. Claire McCaskill, a Missouri Democrat who sits on the Armed Services Committee, has placed a « permanent hold » on the nomination.

At issue is the general’s decision in February 2012 to grant clemency to an officer under her command. Capt. Matthew Herrera had been convicted by a court-martial of aggravated sexual assault. Ms. McCaskill said earlier this month that the clemency decision « sent a damaging message to survivors of sexual assault who are seeking justice in the military justice system. »

To describe the accuser in the Herrera case as a « survivor » is more than a little histrionic. The trial was a he-said/she-said dispute between Capt. Herrera and a female second lieutenant about a drunken October 2009 sexual advance in the back seat of a moving car. The accuser testified that she fell asleep, then awoke to find her pants undone and Capt. Herrera touching her genitals. He testified that she was awake, undid her own pants, and responded to his touching by resting her head on his shoulder.

Two other officers were present—the designated driver and a front-seat passenger, both lieutenants—but neither noticed the hanky-panky. Thus on the central questions of initiation and consent, it was her word against his.

On several other disputed points, however, the driver, Lt. Michelle Dickinson, corroborated Capt. Herrera’s testimony and contradicted his accuser’s.

Capt. Herrera testified that he and the accuser had flirted earlier in the evening; she denied it. Lt. Dickinson agreed with him. The accuser testified that she had told Lt. Dickinson before getting into the car that she found Capt. Herrera « kind of creepy » and didn’t want to share the back seat with him; Lt. Dickinson testified that she had said no such thing. And the accuser denied ever resting her head on Capt. Herrera’s shoulder (although she acknowledged putting it in his lap). Lt. Dickinson testified that at one point during the trip, she looked back and saw the accuser asleep with her head on Capt. Herrera’s shoulder.

In addition, the accuser exchanged text messages with Capt. Herrera after the incident. She initially claimed to have done so only a « couple times » but changed her testimony after logs of the text traffic revealed there were 116 messages, 51 of them sent by her.

Based on all this, Gen. Helms concluded that the defendant was a more reliable witness than the accuser, and that prosecutors had failed to prove beyond a reasonable doubt that Capt. Herrera did not reasonably believe the accuser had consented. He did not escape punishment: Gen. Helms accepted a reduced plea of guilty to an « indecent act. » Capt. Herrera was thereby spared the lifelong stigma of being listed on a sex-offender registry—but not of involuntary discharge from the service, which took effect in December.

« Immediately after this incident, there was no indication by any party that a sexual assault had taken place, » Gen. Helms wrote in a Feb. 24, 2012, memo explaining her decision. « The time delay between the event and the court-martial was approximately two years, and none of the witnesses, including the accused and the [alleged] victim, knew for at least a year that a court-martial would be convened for it. »

In the interim, another servicewoman, Staff Sgt. Jennifer Robinson, had come forward to accuse Capt. Herrera of sexual assault. In her case, the incident had occurred in his bedroom, where she voluntarily accompanied him. The court-martial acquitted him of that charge on the ground that she had consented. (Sgt. Robinson, who has since been promoted to technical sergeant, revealed her identity in a March interview with the Air Force Times.)

It’s fair to say that Capt. Herrera seems to have a tendency toward sexual recklessness. Perhaps that makes him unsuitable to serve as an officer in the U.S. Air Force. But his accusers acted recklessly too. The presumption that reckless men are criminals while reckless women are victims makes a mockery of any notion that the sexes are equal.

More important, Sen. McCaskill’s blocking of Gen. Helms’s nomination makes a mockery of basic principles of justice. As the general observed in her memo: « Capt Herrera’s conviction should not rest on [the accuser’s] view of her victimization, but on the law and convincing evidence, consistent with the standards afforded any American who finds him/herself on trial for a crime of this severity. »

On Friday the House passed a defense bill that would strip commanders of the authority to grant clemency. That would be a mistake. The Herrera case demonstrates that the authority offers crucial protection for the accused.

Military officers and lawmakers alike swear an oath to « support and defend the Constitution of the United States. » In the case of Matthew Herrera, Gen. Helms lived up to that commitment. Will Sen. McCaskill?

Mr. Taranto, a member of the Journal’s editorial board, writes the Best of the Web Today column for WSJ.com.


Elections iraniennes: Attention, une surprise peut en cacher une autre (We are all competitors and friends who serve the regime well)

19 juin, 2013
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Dry Bones,cartoon, Israel, Iran, Islamist, islamic state, Ayatollah, Ayatollahs, Elections, Rebels, theological, theocracy, Dictator, supreme leader, Shia, Shi'ite, Okay, on va voter. Combien de personnes ici voudraient être braquées par ce groupe? Et maintenant combien de personnes voudraient être braquées par notre groupe? Virgil Starkwell (« Prends l’oseille et tais-toi », Woody Allen, 1969)
N’oubliez pas qu’Ahmadinejad n’est que le représentant d’un régime de nature totalitaire, qui ne peut se réformer et évoluer, quelle que soit la personne qui le représente. (…) le problème ne vient pas de l’idée de se doter de l’énergie nucléaire; il provient de la nature du régime islamique (…) Si le régime veut survivre, il doit absolument mettre en échec le monde libre, combattre ses valeurs. La République islamique ne peut pas perdurer dans un monde où l’on parle des droits de l’homme ou de la démocratie. Tous ces principes sont du cyanure pour les islamistes. Comment voulez-vous que les successeurs de Khomeini, dont le but reste l’exportation de la révolution, puissent s’asseoir un jour à la même table que le président Sarkozy ou le président Obama? Reza Pahlavi
Le fond du problème est que ce régime ne veut pas reprendre ses négociations avec les Occidentaux car au bout de compte, il devrait accepter des compromis contraires à ses intérêts. Ces intérêts résident dans le fait d’être l’adversaire idéologique de l’Occident pour demeurer dans le rôle intéressant d’agitateur régional arbitre du conflit israélo-arabe. Pour cela, il doit séduire la rue arabe avec des slogans anxiogènes et disposer de milices armées. S’il faisait le moindre geste d’apaisement, il perdrait l’appui de la rue arabe et de ces milices qui peuvent aller proposer leurs services à d’autres protecteurs qui souhaitent contrôler cette force de nuisance (Syrie, Russie ou Chine). Iran Resist
Nous sommes tous des concurrents et des amis qui servent bien le régime. Ali Akbar Velayati
Pendant que nous parlions avec les Européens à Téhéran, nous installions le matériel dans certaines parties de l’installation de [conversion nucléaire] à Ispahan. En créant un environnement calme, nous avons pu achever les travaux. Rowhani (2004)
Iran made most of its key nuclear strides under Mr. Ahmadinejad, who also showed just how far Iran could test the West’s patience without incurring regime- threatening penalties. Supply IEDs to Iraqi insurgents to kill American GIs? Check. Enrich uranium to near-bomb grade levels? Check. Steal an election and imprison the opposition? Check. Take Royal Marines and American backpackers hostage? Check. Fight to save Bashar Assad’s regime in Syria? That, too. Even now, the diplomatic option remains a viable one as far as the Obama administration is concerned. Now the West is supposed to be grateful that Mr. Ahmadinejad’s scowling face will be replaced by Mr. Rohani’s smiling one—a bad-cop, good-cop routine that Iran has played before. Western concessions will no doubt follow if Mr. Rohani can convince his boss, Supreme Leader Ali Khamenei, to play along. It shouldn’t be a hard sell: Iran is now just a head-fake away from becoming a nuclear state and Mr. Khamenei has shown he’s not averse to pragmatism when it suits him. The capacity for self-deception is a coping mechanism in both life and diplomacy, but it comes at a price. As the West cheers the moderate and pragmatic and centrist Mr. Rohani, it will come to discover just how high a price it will pay. Bret Stephens
Rohani (…) ne s’est jamais lui-même qualifié de réformiste. Mais il utilise une rhétorique qui est moins violente que celle d’Ahmadinejad et parle plus modérément, y compris sur la question des négociations nucléaires. Je ne peux interpréter son élection que dans un seul sens: le régime voulait sa victoire. S’ils avaient voulu la victoire d’un conservateur, ils se seraient arrangés pour obtenir l’abandon de quatre des cinq conservateurs, ouvrant la voie à la victoire de Ghalibaf [maire de Téhéran]. Mais ils ne l’ont pas fait. En outre, c’est le régime qui a approuvé la candidature de Rouhani aux côtés de seulement sept autres. C’est la preuve évidente que Khamenei voulait que Rouhani gagne, intérieurement et extérieurement. La victoire d’un candidat qui est perçu comme plus modéré mais a toujours la confiance de Khamenei sert le régime de la meilleure des façons. Extérieurement, l’Iran est aujourd’hui dans une situation très difficile en ce qui concerne les sanctions et sa réputation internationale. Un président conservateur n’aurait fait qu’aggraver l’isolement de Téhéran dans le monde. La victoire d’un membre du ‘mouvement modéré’ amènera en revanche immédiatement certains pays de la communauté internationale à appeler à « donner une chance au dialogue avec les Iraniens modérés ». Ils vont demander plus de temps afin d’encourager cesdits « modérés » et cela réduira d’autant la pression sur le régime. Et donc, nous voyons que dans la non-disqualification de Rouhani et surtout dans le non-abandon de quatre des cinq candidats conservateurs il y a bien plus qu’une indication que c’est le résultat que souhaitait le régime.  Dr Soli Shahvar (Centre Ezri des études pour l’Iran et le golfe, Université de Haïfa)
Rowhani a non seulement été soigneuesement par le régime comme l’un des seuls huit candidats, tandis que des centaines d’autres étaient disqualifiés, mais la liste des candidats a été ouvertement conçue pour s’assurer qu’il arrive en tête: celle-ci opposait cinq conservateurs (deux candidats ayant abandonné avant le vote), assurant ainsi la division du vote conservateur face à un seul « modéré ». « S’ils avaient voulu la victoire d »un des conservateurs, ils auraient demandé à quatre des cinq conservateurs d’abandonner (…). Et  c’est précisément ce qui s’est passé du côté « modéré ». Au départ, il y avait deux « modérés », mais l’ancien président iranien Mohammad Khatami en a persuadé un, Mohammad Reza Aref, de se retirer de manière à ne pas diviser le vote modéré. Il est incroyable que Khamenei n’ai pu concevoir quelque chose de similaire du côté conservateur s’il l’ avait voulu. Il est également intéressant de noter que tout au long de la campagne, Khamenei a soigneusement évité de donner la moindre indication quant au candidat qu’il préférait. (…) Mais l’argument le plus convaincant, selon moi, est (…) le décompte des voix final. Selon les résultats officiels, Rowhani a gagné dès le premier tour en remportant 50,7 % des voix. Mais pour un régime largement soupçonné d’avoir commis une fraude électorale massive pour assurer la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, cela aurait été un jeu d’enfant de modifier le décompte des voix de l’infime fraction nécessaire pour mettre Rowhani à moins de 50 pour cent et de forcer ainsi un second tour. En outre, il aurait été parfaitement sûr, parce qu’aucun des commentaires pré-électoraux n’avait prévu que Rowhani ait même une chance de l’emporter. Ainsi s’il avait été annoncé à, disons, 49 pour cent, il n’y n’aurait aucun soupçons de fraude ; au contraire, tout le monde aurait été étonné de sa forte prestation. Et puis, avec les conservateurs mettant en commun leurs forces derrière un candidat unique au second tour, une petite défaite de Rowhani aurait été tout aussi insoupçonnable. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Khamenei voulait la victoire de Rowhani: il avait désespérément besoin de quelqu’un qui pouvait alléger les sanctions internationales et conjurer la menace d’une frappe militaire sans concéder quoi que ce soit sur le programme nucléaire. Et la performance de Rowhani comme principal négociateur nucléaire iranien en 2003-2005 avait prouvé sa compétence à cet égard. Dont il s’était d’ailleurs vanté: « Pendant que nous parlions avec les Européens à Téhéran, nous installions le matériel dans certaines parties de l’installation de [conversion nucléaire] à Ispahan », avait déclaré Rowhani en 2004. En créant un environnement calme, nous avons pu achever les travaux. » Au lendemain de la victoire de Rowhani, des responsables américains et européens en sont déjà à envisager avec enthousiasme un nouveau cycle de négociations, tandis que les analystes israéliens affirment que l’élection a presque certainement retardé toute possibilité d’une action militaire contre le programme nucléaire de l’Iran à 2014. Ainsi, Khamenei a obtenu exactement ce qu’il voulait. La seule question est pourquoi tous les « experts » dépeignent encore cela comme une défaite pour le régime. Evelyn Gordon

Comment dit-on « tireur de ficelles » en persan ?

Réduisez votre nombre de candidats à huit (dont bien sûr le candidat que vous souhaitez voir gagner) après en avoir disqualifié des centaines; réduisez encore le nombre des candidats à six en demandant à deux « conservateurs » de se retirer tout en vous assurant de la division dudit camp conservateur en maintenant cinq d’entre eux en lice tout en renforçant le camp modéré en obtenant l’abandon d’un des deux « modérés; évitez soigneusement tout au long de la campagne de montrer la moindre préférence pour aucun candidat; fixez la victoire finale de votre candidat à quelques fractions de pourcentages au-dessus de 50% de façon à ce qu’il n’y ait pas de second tour et voilà: vous avez la victoire d’un candidat « modéré » que personne n’attendait mais qui réjouit tout le monde – vous compris !

Alors qu’au lendemain d’une énième élection-bidon, nos prétendus « experts » nous bassinent à longueur de page et d’antenne sur la prétendue « divine surprise » de l’élection d’un « modéré » à la présidence iranienne …

Comment ne pas voir, avec la revue Commentary, l’aveuglante évidence d’un énième coup monté ?

Mais surtout la vraie surprise (?) d’une communauté internationale et de ses prétendus « experts » si pressés de présenter comme une défaite du régime au moment précisément où se rapprochait dangereusement la fenêtre de tir pour la destruction des installations nucléaires iraniennes …

La victoire d’un candidat s’étant explicitement vanté, la dernière fois qu’il dirigeait les négociations nucléaires, d’avoir endormi les Européens et permis ainsi l’achèvement des travaux ?

Rowhani’s Win Is a Victory for the Regime

Evelyn Gordon

Commentary

06.18.2013

Despite widespread disagreement about how Hassan Rowhani’s election as president affects the chances of a diplomatic solution to Iran’s nuclear program, just about everyone appears to agree on one thing: The victory of a “relative moderate” came as a complete and unwelcome surprise to Iran’s supreme leader, Ali Khamenei. I’d been wondering whether anyone was ever going to challenge this blatantly irrational consensus, but finally, someone has. “I interpret his election in one way only: The regime wanted him to win,” said Dr. Soli Shahvar, head of Haifa University’s Ezri Center for Iran and Gulf Studies, in an interview with the Tower.

Shahvar pointed out that not only was Rowhani handpicked by the regime to be one of only eight candidates, while hundreds of others were disqualified, but the candidate list was blatantly tilted to ensure that he would place first: It pitted a single “moderate” against five conservatives (two candidates dropped out before the vote), thereby ensuring that the conservative vote would fragment. “If they had wanted one of the conservatives to win, they would have gotten four of the five conservatives to drop out of the race,” Shahvar said.

Indeed, though Shahvar didn’t mention it, that’s precisely what happened on the “moderate” side. Initially, there were two “moderates,” but former Iranian President Mohammad Khatami persuaded one, Mohammad Reza Aref, to withdraw so as not to split the moderate vote. It beggars belief that Khamenei couldn’t have engineered something similar on the conservative side had he so desired.

It’s also worth noting that throughout the campaign, Khamenei carefully avoided giving any hint as to which candidate he preferred. The widespread assumption that he preferred a conservative is unsupported by any evidence.

But the most convincing argument, to my mind, is one Shahvar didn’t make: the final vote tally. According to the official results, Rowhani clinched the contest in the first round by winning 50.7 percent of the vote. But for a regime widely suspected of committing massive electoral fraud to ensure Mahmoud Ahmadinejad’s reelection in 2009, it would have been child’s play to alter the vote count by the tiny fraction necessary to put Rowhani under 50 percent and force a second round. Moreover, it would have been perfectly safe, because none of the pre-election commentary foresaw Rowhani coming anywhere near victory. Thus had his tally been announced at, say, 49 percent instead, there would have been no suspicions of fraud; rather, everyone would have been amazed at his strong showing. And then, with conservatives pooling their forces behind a single candidate in the run-off, a narrow loss for Rowhani would have been equally unsuspicious.

It’s not hard to figure out why Khamenei would have wanted Rowhani to win: He desperately needed someone who could ease the international sanctions and stave off the threat of a military strike without actually conceding anything on the nuclear program. And Rowhani’s performance as Iran’s chief nuclear negotiator in 2003-05 proved his skill in this regard. Indeed, he boasted of it: “While we were talking with the Europeans in Tehran, we were installing equipment in parts of the [nuclear conversion] facility in Isfahan,” Rowhani said in 2004. “By creating a calm environment, we were able to complete the work there.”

In the aftermath of Rowhani’s victory, American and European officials are already talking enthusiastically about a new round of negotiations, while Israeli analysts say the election has almost certainly delayed any possibility of military action against Iran’s nuclear program until 2014. Thus Khamenei has gotten exactly what he wanted. The only question is why all the “experts” are still portraying this as a defeat for the regime.

Voir aussi:

“The Regime Wanted Him to Win”

Avi Issacharoff

The Tower

June 16, 2013

Soon after it became clear to Ali Akbar Velayati that he had no chance of winning this week’s presidential election in Iran, he quickly congratulated the rest of the candidates and wished them success. “We are all competitors and friends who serve the regime well,” he said.

And indeed, putting aside how quickly the winner Hassan Rouhani was branded a “reformist” by Western and even Israeli outlets, Velayati had described him most accurately: a servant of the regime.

The incoming president of Iran was never a reformist. It is doubtful that his achievement was even a victory for the moderate camp in Iran, which on the face of it wants to replace the regime and to stop the nuclear weapons race. Rouhani, as opposed to the image that has been fashioned, was until recently known as part of the conservative camp in Iran. He is not one of those challenging the Islamist regime, and certainly not challenging Khamenei’s rule.

Rouhani’s win election should not be seen as a dramatic sign that Iran will change its line regarding either its nuclear policy or its involvement in Middle Eastern conflicts. Despite Rouhani’s declarations in the past that may suggest he seeks flexibility in the nuclear project, the reality in Iran is that these matters will remain in the hands of Khamenei and the men of the Revolutionary Guard.

Politicall Rouhani’s victory reflects power struggles within the Iranian leadership. It marks a kind of political comeback for former president President Akbar Hashemi Rafsanjani, who was Rouhani’s political godfather. Moreover, Rouhani is the breath of fresh air, a new face at the top of the Iranian leadership compared to the outgoing president, Muhamad Ahmedinejad. He was the only cleric allowed to run in the race, and will now try to bring the public, including the Tehran elites, closer to the regime of the Ayatollahs – of which he is one of the most outstanding products.

So how did a member of Iran’s Assembly of Experts and Supreme National Security Council – and a confidant of Khamenei – become the “great hope” of the moderate camp? It may be the embrace he received from the two former presidents, Khatami and Rafsanjani, rivals to Khamenei, that put him into the reformist category.

“He never called himself a reformist,” explains Dr. Soli Shahvar, who heads the Ezri Center for Iran and Gulf Studies at Haifa University. “But he uses rhetoric that is less blustery than that of Ahmedinejad, and speaks more moderately, including on the subject of nuclear negotiations.” Shahvar’s conclusion with respect to Rouhani’s win is unambiguous. “I interpret his election in one way only: The regime wanted him to win. If they had wanted one of the conservatives to win, they would have gotten four of the five conservatives to drop out of the race, paving the way for [eventual runner-up, Tehran Mayor Mohammad-Bagher] Ghalibaf to win. But they didn’t do that. Moreover, it was the regime that approved the candidacy of Rouhani alongside only seven others. This is striking evidence that Khamenei wanted Rouhani to win, both internally and externally.”

According to Shahvar, from the internal perspective, a victory for another candidate like Ahmedinejad risked provoking a renewal of the demonstrations like those of 2009. “Victory for a candidate who is perceived as more moderate yet still has the confidence of Khamenei, serves the regime in the best way. Externally, Iran today is in a very difficult situation with regard to sanctions and its international standing. A conservative president would only have increased Tehran’s isolation in the world. A victory for someone from the ‘moderate stream,’ however, will immediately bring certain countries in the international community to call for ‘giving a chance to dialogue with the Iranian moderates.’ They will ask for more time in order to encourage this stream, and it will take pressure off the regime. And so we see that in the non-disqualification of Rouhani and especially in the non-dropping-out of four of the five conservative candidates there is more than just an indication that this is the result the regime desired.”

Rouhani, in his new position as president of the country, will first of all have to bring relief in the economic crisis facing the citizens of Iran. Yet this is a nearly impossible task in light of the international sanctions which themselves are the result of the nuclear policy that has been set by the supreme leader Khamenei.

In a few months the public’s anger may well be turned against the man on whom so many Iranians, as of now, seem to have pinned their hopes.

Voir également:

Behind Iran’s ‘Moderate’ New Leader

Hassan Rohani unleashed attacks on pro-democracy student protesters in 1999.

Sohrab Ahmari

WSJ

June 16, 2013

So this is what democracy looks like in a theocratic dictatorship. Iran’s presidential campaign season kicked off last month when an unelected body of 12 Islamic jurists disqualified more than 600 candidates. Women were automatically out; so were Iranian Christians, Jews and even Sunni Muslims. The rest, including a former president, were purged for possessing insufficient revolutionary zeal. Eight regime loyalists made it onto the ballots. One emerged victorious on Saturday.

That man is Hassan Rohani, a 64-year-old cleric, former nuclear negotiator and security apparatchik. Western journalists quickly hailed the « moderate » and « reformist » Mr. Rohani. The New York Times’s Tehran correspondent couldn’t repress his election-night euphoria on Twitter: « Tonight the Islamic Republic rocks Rohani style. » A BBC correspondent gushed: « The reaction of the people showed how much they trusted the electoral system. » Just hours earlier the broadcaster had condemned Iranian security forces for threatening to assassinate a BBC Persian journalist in London, but such is the Western media’s hunger for good news from Tehran.

Turnout was high, with more than 70% of eligible voters casting ballots. That figure should be taken with a grain of salt, since voting is obligatory for many sectors of Iranian society. Still, some of the victory parties in Tehran and other cities did seem genuine, with voters taking to the streets to celebrate the end of a Mahmoud Ahmadinejad era that saw a rise in repression and in economic hardship caused by the regime’s mounting international isolation.

But disillusionment with seemingly heroic new leaders promising change is a centuries-old theme in Iranian history. The current regime’s theocratic structure—with a supreme leader, the Ayatollah Khamenei, and numerous unaccountable bodies lording over popularly elected officials—will soon remind voters that this latest hero has little room to maneuver.

That is, if he’s inclined to seek change in the first place. The new Iranian president was born Hassan Feridon in 1948 in Iran’s Semnan province. He entered religious studies in Qom as a child but went on to earn a secular law degree from Tehran University in 1969.

Mr. Rohani spent Iran’s revolutionary days as a close companion of the Ayatollah Khomeini and would go on to hold top posts during the Islamic Republic’s first two decades in power. For 16 years starting in 1989, Mr. Rohani served as secretary of Iran’s Supreme National Security Council. During his tenure on the council, Mr. Rohani led the crackdown on a 1999 student uprising and helped the regime evade Western scrutiny of its nuclear-weapons program.

As Mr. Rohani said at a pro-regime rally in July 1999: « At dusk yesterday we received a decisive revolutionary order to crush mercilessly and monumentally any move of these opportunist elements wherever it may occur. From today our people shall witness how in the arena our law enforcement force . . . shall deal with these opportunists and riotous elements, if they simply dare to show their faces. »

The « opportunists and riotous elements » Mr. Rohani referred to were university students staging pro-democracy protests. His words at the time were widely viewed as a declaration of war, authorizing the Islamic Revolutionary Guard Corps and the basij militia to unleash hell on Tehran’s campuses.

Reza Mohajerinejad was one of those students. A founder of the National Union of Iranian Students and Graduates in the 1990s, he resides today in the San Francisco Bay area. Speaking in a phone interview on Saturday, Mr. Mohajerinejad recalled how after Mr. Rohani’s statement in 1999 security forces « poured into the dorm rooms and murdered students right in front of our eyes. »

Mr. Mohajerinejad was arrested and detained for six months. Among other torture methods they used, his captors during this era of « reform » would tie him to a bed and whip his feet to a pulp. In between flogging sessions, the imprisoned students would be forced to run laps on their bloody feet or be suspended from their wrists for hours at a time.

« If we’re ever going to get freedom and democracy, » Mr. Mohajerinejad now says, « we’re not going to get them from Rouhani. »

Beyond Iran’s borders, Mr. Rohani has largely favored « resistance » and nuclear defiance. During the campaign, he boasted of how during his tenure as negotiator Iran didn’t suspend enrichment—on the contrary, « we completed the program. » And on Syria, expect Mr. Rohani to back the ruling establishment’s pro-Assad policy. « Syria has constantly been on the front line of fighting Zionism and this resistance must not be weakened, » he declared in January, according to the state-run Press TV.

These inconvenient facts from the Rohani dossier should give pause to those in Washington and Brussels eager to embrace this smiling mullah.

Mr. Ahmari is an assistant books editor at the Journal.

Voir encore:

A ‘Pragmatic’ Mullah

Iran’s new president Hassan Rohani is no moderate.

Bret Stephens

WSJ

June 17, 2013

‘There’s a sucker born every minute » is one of those great American phrases, fondly and frequently repeated by Americans, who tend to forget that it was said mainly about Americans. In the election of Hassan Rohani as Iran’s president, we are watching the point being demonstrated again by someone who has demonstrated it before.

Who is Mr. Rohani? If all you did over the weekend was read headlines, you would have gleaned that he is a « moderate » (Financial Times), a « pragmatic victor » (New York Times) and a « reformist » (Bloomberg). Reading a little further, you would also learn that his election is being welcomed by the White House as a « potentially hopeful sign » that Iran is ready to strike a nuclear bargain.

All this for a man who, as my colleague Sohrab Ahmari noted in these pages Monday, called on the regime’s basij militia to suppress the student protests of July 1999 « mercilessly and monumentally. » More than a dozen students were killed in those protests, more than 1,000 were arrested, hundreds were tortured, and 70 simply « disappeared. » In 2004 Mr. Rohani defended Iran’s human-rights record, insisting there was « not one person in prison in Iran except when there is a judgment by a judge following a trial. »

Mr. Rohani is also the man who chaired Iran’s National Security Council between 1989 and 2005, meaning he was at the top table when Iran masterminded the 1994 bombing of the Jewish cultural center in Buenos Aires, killing 85 people, and of the Khobar Towers in 1996, killing 19 U.S. airmen. He would also have been intimately familiar with the secret construction of Iran’s illicit nuclear facilities in Arak, Natanz and Isfahan, which weren’t publicly exposed until 2002.

In 2003 Mr. Rohani took charge as Iran’s lead nuclear negotiator, a period now warmly remembered in the West for Tehran’s short-lived agreement with Britain, France and Germany to suspend its nuclear-enrichment work. That was also the year in which Iran supposedly halted its illicit nuclear-weapons’ work, although the suspension proved fleeting, according to subsequent U.N. reports.

Then again, what looked to the credulous as evidence of Iranian moderation was, to Iranian insiders, an exercise in diplomatic cunning. « Negotiations provided time for Isfahan’s uranium conversion project to be finished and commissioned, the number of centrifuges at Natanz increased from 150 to 1,000 and software and hardware for Iran’s nuclear infrastructure to be further developed, » Seyed Hossein Mousavian, Mr. Rohani’s spokesman at the time, argues in a recent memoir. « The heavy water reactor project in Arak came into operation and was not suspended at all. »

Nor was that the only advantage of Mr. Rohani’s strategy of making nice and playing for time, according to Mr. Mousavian.

« Tehran showed that it was possible to exploit the gap between Europe and the United States to achieve Iranian objectives. » « The world’s understanding of ‘suspension’ was changed from a legally binding obligation . . . to a voluntary and short-term undertaking aimed at confidence building. » « The world gradually came close to believing that Iran’s nuclear activities posed no security or military threat. . . . Public opinion in the West, which was totally against Tehran’s nuclear program in September 2003, softened a good deal. » « Efforts were made to attract global attention to the need for WMD disarmament by Israel. »

And best of all: « Iran would be able to attain agreements for the transfer of advanced nuclear technology to Iran for medical, agricultural, power plant, and other applications, in a departure from the nuclear sanctions of the preceding 27 years. »

Mr. Mousavian laments that much of this good work was undone by the nuclear hard line Iran took when the incendiary Mahmoud Ahmadinejad became president in 2005.

But that’s true only up to a point. Iran made most of its key nuclear strides under Mr. Ahmadinejad, who also showed just how far Iran could test the West’s patience without incurring regime- threatening penalties. Supply IEDs to Iraqi insurgents to kill American GIs? Check. Enrich uranium to near-bomb grade levels? Check. Steal an election and imprison the opposition? Check. Take Royal Marines and American backpackers hostage? Check. Fight to save Bashar Assad’s regime in Syria? That, too. Even now, the diplomatic option remains a viable one as far as the Obama administration is concerned.

Now the West is supposed to be grateful that Mr. Ahmadinejad’s scowling face will be replaced by Mr. Rohani’s smiling one—a bad-cop, good-cop routine that Iran has played before. Western concessions will no doubt follow if Mr. Rohani can convince his boss, Supreme Leader Ali Khamenei, to play along. It shouldn’t be a hard sell: Iran is now just a head-fake away from becoming a nuclear state and Mr. Khamenei has shown he’s not averse to pragmatism when it suits him.

The capacity for self-deception is a coping mechanism in both life and diplomacy, but it comes at a price. As the West cheers the moderate and pragmatic and centrist Mr. Rohani, it will come to discover just how high a price it will pay.

Voir par ailleurs:

Iran : toutes les clefs du scrutin

Le Point

14/06/2013

Théoriquement, le président de la République islamique est élu au suffrage universel. Mais dans les faits, l’élection se déroule sous étroite surveillance.

Contrairement aux monarchies arabes du Golfe, tels l’Arabie saoudite ou le Qatar, l’Iran offre la possibilité à ses citoyens de choisir leur président et leur Parlement. Quoi de plus normal pour une République dont la Constitution repose en partie sur la souveraineté populaire. Sauf que ce texte, adopté en 1979 après la révolution, se fonde surtout sur la volonté divine. Ainsi, à la tête de l’État iranien règne un guide suprême, représentant de Dieu sur terre, qui possède le dernier mot sur toutes les décisions du pays, surpassant la volonté du président, et donc celle du peuple qui l’a élu.

Qui peut voter ?

50,5 millions d’électeurs iraniens (sur 75 millions d’habitants) sont appelés à élire ce vendredi 14 juin le président de la République islamique, soit le chef du gouvernement depuis la suppression du poste de Premier ministre en 1989. Peut voter tout citoyen iranien résidant en Iran, ou même à l’étranger, à condition qu’il soit âgé d’au moins 18 ans.

Qui peut se présenter ?

Première limite du scrutin. Si tout Iranien peut officiellement se porter candidat, il doit passer par le filtre du puissant Conseil des gardiens de la Constitution. Cet organe, composé de six clercs et de six juristes (généralement aussi des clercs), doit vérifier la compatibilité des candidatures avec la Constitution iranienne. Sont alors pris en compte le sérieux du candidat (celui-ci doit être une personnalité politique ou religieuse reconnue), ses antécédents judiciaires et surtout sa loyauté au principe fondamental de la République islamique : le Velayat-e faqih (la primauté du religieux sur le politique). Exit donc tous les laïques, monarchistes et autres communistes. Surtout, derrière les choix du Conseil des gardiens de la Constitution se profile la main du guide suprême, l’ayatollah Khamenei, qui nomme la moitié de ses membres et peut influencer les six autres.

Qui sont les favoris ?

Sur les 686 candidats qui se sont officiellement présentés au scrutin, seuls huit ont été retenus par le Conseil des gardiens de la Constitution. Parmi les recalés figurent deux candidats de poids. Si la mise à l’écart d’Esfandiar Rahim Mashaei, le bras droit d’Ahmadinejad, n’est pas une surprise tant ses positions nationalistes étaient haïes du clergé chiite, l’élimination de l’ancien président conservateur modéré Akbar Hachemi Rafsandjani a fait l’effet d’une bombe. En disqualifiant l’un des pères fondateurs de la République islamique, en raison de sa proximité avec les réformateurs iraniens, le guide a profondément ébranlé la légitimité de son propre régime.

Après les désistements de deux candidats qualifiés, il ne reste plus que six prétendants, dont quatre conservateurs proches du guide :

En voici les favoris :

– Saïd Jalili, 47 ans et favori du guide. Actuel secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, il est le représentant direct de l’ayatollah Khamenei dans les négociations sur le programme nucléaire iranien. Vétéran de la guerre Iran-Irak, ce diplomate extrêmement pieux bénéficie de l’appui des ultraconservateurs qui louent son intransigeance face à l’Occident.

– Mohammad Bagher Ghalibaf, 51 ans, l’efficace maire de Téhéran. Ancien commandant des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, puis à la tête de la police, où son professionnalisme a fait forte impression, ce technocrate peut également se prévaloir de son bilan positif durant ses huit années à la tête de la mairie de la capitale, qui l’ont rendu populaire. Il est néanmoins soupçonné d’avoir été impliqué dans la répression des manifestants de juin 2009 (le Mouvement vert). Cela ne l’empêche pas d’être actuellement en tête du peu de sondages organisés par les médias officiels.

– Ali-Akbar Velayati, 67 ans, la carte « ouverture » du guide. Ministre des Affaires étrangères durant 16 ans, et désormais conseiller diplomatique du guide, ce pédiatre de formation prône plus de souplesse vis-à-vis de l’Occident dans l’épineux dossier nucléaire afin d’atténuer les sanctions internationales frappant le pays. Il ne remet toutefois pas en cause le droit de l’Iran au nucléaire civil.

– Hassan Rohani, 64 ans, le réformateur par défaut. Ce religieux conservateur modéré a reçu l’appui de l’ex-président Rafsandjani, mais surtout celui de l’ex-président réformateur Mohammad Khatami, ce qui pourrait lui assurer le ralliement d’une partie des voix du Mouvement vert et des déçus d’Ahmadinejad. Connu pour avoir dirigé les négociations nucléaires sous la présidence de Khatami, il avait accepté une suspension provisoire de l’enrichissement d’uranium, ce qui lui a valu de nombreuses critiques au sein de l’establishment iranien. Il sera remercié de son poste dès l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad en 2005.

Comment s’organise le vote ?

Si une majorité simple n’est pas acquise au premier tour le 14 juin, un second tour sera organisé le 21 juin. Une hypothèse rendue plausible par l’éclatement probable des voix au premier tour entre les quatre candidats conservateurs, et cela alors que les voix réformatrices et les mécontents qui souhaitent voter reporteront à coup sûr leur choix sur l’unique candidat modéré, Hassan Rohani.

Comment s’est déroulée la campagne ?

Lancée le 23 mai dernier, la campagne, qui s’est achevée le 13 juin au matin, s’est révélée bien morne. La plupart des candidats ont opté pour des déplacements limités, et les autorités ont interdit les rassemblements dans les rues. Le maître mot a été l’économie, dont l’état s’avère catastrophique en Iran. En raison de la gestion calamiteuse des gouvernements successifs d’Ahmadinejad, mais aussi des sanctions internationales, l’Iran a connu un effondrement de sa monnaie (70 %) et une explosion de l’inflation (supérieure à 30 %). Pourtant, lors des trois débats organisés par la télévision officielle, aucun candidat n’a trouvé de recette miracle à ce fléau. Seule la question du nucléaire, liée toutefois aux sanctions économiques, a donné lieu à une passe d’armes sans précédent entre conservateurs, Ali Velayati s’étant directement attaqué au négociateur iranien Saïd Jalili, en dénonçant ses méthodes « problématiques ».

Des fraudes sont-elles possibles ?

Beaucoup estiment qu’une première étape a déjà été franchie, avec l’élimination de la course de l’ex-président Rafsandjani, le seul candidat modéré qui pouvait réellement l’emporter. Mais cela n’écarte nullement la possibilité de véritables fraudes organisées si l’élu du guide ne se retrouve pas en tête à l’issue du scrutin. Des cas de fraudes (bourrage ou déplacement d’urnes, passeports votant à plusieurs reprises) ont été dénoncés en 2005 et surtout en 2009, permettant à chaque fois l’élection de Mahmoud Ahmadinejad. Pourtant, en 1997 et en 2001, c’est un candidat réformateur, Mohammad Khatami, qui l’a à chaque fois emporté, avec respectivement 70 et 78 % des suffrages. Une époque où le régime avait besoin de s’ouvrir au monde. Dans tous les cas, l’appareil sécuritaire du régime, les 100 000 Gardiens de la révolution et les quelque quatre millions de bassidjis (miliciens mobilisés par le régime) se tiennent prêts à toute éventualité.

Quel sera le poids réel du président ?

On l’a vu avec Ahmadinejad. Lorsqu’un président bénéficie du soutien entier du guide suprême, ce qui fut le cas de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad lors de son premier mandat, il a davantage les coudées franches pour mener sa politique gouvernementale. Et même lorsque le chef de l’exécutif n’est pas le favori de l’ayatollah Khamenei, comme ce fut le cas pour le réformateur Khatami, ce dernier peut décider de mesures limitées en faveur de la liberté d’expression ou tenter une ouverture sur l’Occident. Étant aujourd’hui isolée sur la scène internationale et frappée de plein fouet par les sanctions, la République islamique a cruellement besoin d’assouplir sa position sur le nucléaire pour sauver son économie et pérenniser le régime. Un tel rôle pourrait être joué par le nouvel élu. Mais bien sûr, le dernier mot appartient au guide.

Voir enfin:

Iran : premières réactions à l’élection de Rohani

Le Point

15/06/2013

De Londres à Berlin en passant par l’ONU et la Syrie, les réactions se multiplient pour saluer l’élection du nouveau président iranien.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, « félicite chaleureusement » le nouveau président iranien Hassan Rohani et « continuera d’encourager l’Iran à jouer un rôle constructif dans les affaires régionales et internationales », a indiqué son porte-parole, Martin Nesirky. Ban Ki-moon « a l’intention de continuer à travailler avec les autorités iraniennes et avec le président élu sur les dossiers d’importance pour la communauté internationale et pour le bien-être du peuple iranien », poursuit le porte-parole en notant « avec satisfaction le fort taux de participation » au scrutin.

Depuis plusieurs années, l’ONU et les Occidentaux imposent un arsenal de sanctions à l’Iran pour tenter de dissuader Téhéran de se doter de l’arme atomique sous le couvert d’un programme nucléaire civil, ce dont la République islamique se défend. Samedi soir, le nouveau président a salué « la victoire de la modération sur l’extrémisme », mais a insisté pour que la communauté internationale « reconnaisse les droits » de l’Iran en matière nucléaire.

Religieux modéré, Hassan Rohani a créé la surprise samedi en remportant l’élection présidentielle iranienne dès le premier tour, avec 50,68% des voix, face à cinq candidats conservateurs. Cette victoire marque le retour des modérés et réformateurs au gouvernement.

La question nucléaire

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a réagi samedi à la victoire-surprise du modéré Hassan Rohani à la présidentielle iranienne en se disant « déterminée » à travailler avec son gouvernement sur la question nucléaire. « J’adresse mes voeux de réussite à M. Rohani dans la formation d’un nouveau gouvernement et dans ses nouvelles responsabilités. Je reste fermement déterminée à travailler avec les nouveaux dirigeants iraniens en vue d’une solution diplomatique rapide à la question nucléaire », écrit Catherine Ashton dans un communiqué.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a salué samedi « un vote en Iran pour des réformes et une politique étrangère constructive ». Le ministre allemand réagissait ainsi, dans un communiqué, à la victoire-surprise du modéré Hassan Rohani à la présidentielle iranienne. « Il est à espérer que la nouvelle direction du pays collabore en ce sens pour arriver à des solutions sur les questions internationales et régionales », a-t-il ajouté, selon le communiqué du ministère.

L’Iran sur un « nouveau chemin », selon Londres

Le Royaume-Uni a appelé samedi le nouveau président iranien Hassan Rohani à « mettre l’Iran sur un nouveau chemin », notamment en « s’attelant aux inquiétudes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien ». « Nous prenons note qu’Hassan Rohani a remporté l’élection présidentielle » iranienne, a déclaré le ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué. « Nous l’appelons à mettre l’Iran sur un nouveau chemin pour l’avenir en s’attelant aux inquiétudes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien, en faisant avancer une relation constructive avec la communauté internationale et en améliorant la situation politique et des droits de l’homme », a ajouté le ministère.

La Coalition de l’opposition syrienne a également rapidement réagi en appelant dans un communiqué le religieux modéré de 64 ans à revoir la position de son pays qui soutient fermement le régime de Bachar el-Assad. « La Coalition nationale syrienne estime qu’il est de son devoir d’appeler le nouveau président de l’Iran à rectifier les erreurs commises par la direction iranienne », affirme le texte, faisant allusion à l’appui de poids apporté par Téhéran à son allié régional.

Félicitations de l’ayatollah Khamenei

En Iran, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué samedi l’élection à la présidence de la République du religieux modéré Hassan Rohani, sur son site officiel khamenei.ir. « Je félicite le peuple et le président élu », a écrit le numéro un iranien, en affirmant que « tout le monde devait aider le nouveau président et son gouvernement ». Le numéro un iranien a également demandé à tout le monde d’éviter les « comportements inappropriés » de ceux qui veulent montrer « leur joie ou leur mécontentement », faisant allusion aux partisans et adversaires du nouveau président.


Antisémitisme: Ce printemps l’antisémitisme se portera rose (Pinkwashing: A country where women are not stoned, gays not hanged and Christians not persecuted can only be up to no good)

18 juin, 2013
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin
Cette alliance brun-vert-rouge donne le frisson. Elle guette les faux pas des démocrates. (…) L’antisionisme est le nouvel habit de l’antisémitisme. Demain, les universitaires qui boycottent Israël demanderont qu’on brûle les livres des Israéliens, puis les livres des sionistes, puis ceux des juifs. Roger Cukierman (président du CRIF, janvier 2003)
On s’est d’abord approprié l’image et après la terre. Historienne israélienne
L’Israël des oranges, c’est un Israël sans Arabes. Historien
Avec la peinture aussi, les colons se veulent dans la continuation de l’orientalisme. Ils se travestissent en celui qu’ils viennent remplacer. Le discours de la « terre arabe mal exploitée et peu fertile » se met en place. La propagande sioniste a recours à une iconographie très organisée et contrôle totalement les images produites pour échafauder le mythe d’une terre à l’abandon où ils viennent introduire la modernité. « Le cliché selon lequel la colonisation apporte le progrès ! », souligne Elias Sanbar. Et qui va se décliner dans des images de la bonne santé dans le travail, les chants, les danses, les femmes radieuses, émancipées et en short… C’est le réalisme socialiste à l’israélienne, le rêve colonial qui produit les oranges que l’Orient envoie à l’Occident. Marina Da Silva
Vous avez plié le genou devant l’insolence du mensonge, de la diffamation, de la haine obsessionnelle d’Israël. Vous avez plié le genou devant ceux qui méprisent des assassinats de chrétiens au Niger, au Soudan, les assassinats inter-palestiniens et autres désastres humanitaires pour focaliser leur misérable animosité sur la création de logements à Jérusalem. Vous avez cédé à la pression de la haine nauséabonde de ceux qui dans les manifestations crient « Mort aux Juifs ».Vous avez aussi baissé pavillon devant ceux qui s’opposent par la violence à la parole, à son expression et qui tente de museler la vérité. Vous avez commis une faute grave contre la liberté d’expression, la liberté de réunion, contre les valeurs de la démocratie. Vous avez aussi, en encourageant l’extrémisme fascisant, donné un soutien à ceux qui veulent l’anéantissement d’Israël, seule véritable démocratie du Proche-Orient. Charles Meyer (vice-président France-Israël, lettre ouverte au député-maire de Nantes et chef du groupe PS à l’Assemblée JM Ayraut, 01.04.10)
French pop star Vanessa Paradis has cancelled her upcoming concert in Israel only a month before she was supposed to arrive in the country with her partner, Hollywood actor Johnny Depp, leaving fans and pundits speculating as to the reasons for the cancellation. Paradis’ agent David Stern announced the change of plans in the French media, claiming that the cancellation was due to professional reasons, but insiders who organized the concert claim that the singer acceded to calls to cancel the show made by Palestinian solidarity groups. According to the same sources, it was apparently the planned visit of Paradis’ partner Johnny Depp that drew the attention of the groups that advocate boycott, divestment and sanctions (BDS) against Israel because of its treatment of the Palestinians. Depp, who had intended to accompany Paradis along with their two young children, had excitedly informed various media outlets of the planned trip to Israel during interviews he gave to promote his new film « The Tourist. » It is thought that these interviews alerted BDS organizers to Paradis’ intentions to perform in Israel. Although Paradis’ agent David Stern maintains that the concert was cancelled strictly for professional reasons, there have been reports that in the last few weeks, BDS organizers have asked Paradis to cancel the show, sending her letters and waiting outside her performances, threatening to boycott her too. Haaretz (Jan.16, 2011)
« Pinkwashing » (le « marketing rose »)  est un mot-valise combinant « rose » et « blanchiment ». Le terme est le plus souvent utilisé pour décrire différentes formes de marketing à but non-lucratif. Il peut se référer à: la promotion de biens et services utilisant le ruban rose qui représente le soutien aux organismes de bienfaisance liés au cancer du sein. (…) La promotion du positionnement pro-homosexualité d’une entité commerciale ou politique pour tenter de minimiser ou d’adoucir ses côtés considérés comme négatifs. Wikipedia
En France, tout le monde connaît le ruban rouge, signe de lutte contre le Sida. En Amérique du Nord, le ruban rose (pink ribbon) est associé à la lutte contre le cancer du sein. De nombreuses marques s’associent à cette cause en affichant ce signe distinctif et en indiquant qu’une somme sera reversée à un organisme de recherche ou une association. Et c’est là que les dérives commencent, en particulier en octobre, mois de sensibilisation au cancer du sein outre Atlantique. Construit sur la base du terme greenwashing, le pinkwashing est utilisé pour décrire les activités d’entreprises et de groupes qui se positionnent comme leaders dans la lutte contre le cancer du sein alors qu’elles sont engagées dans des activités qui peuvent/pourraient contribuer à augmenter le nombre de ces cancers… Plus largement, le terme s’applique aussi à ces sociétés qui cherchent tout simplement à exploiter ce filon et à faire du business. Sircome
Pendant les guerres mondiales du 20ème siècle, les banquiers cosmopolites (?) qui finançaient tous les belligérants utilisaient les médias pour construire les ennemis en produisant de l’homogénéité cognitive dans chaque camp, de sorte à fabriquer le consentement de chacun à l’agression de l’autre. Aujourd’hui, dans cette perspective de construction de deux camps antagonistes, le sionisme rose cherche à faire croire qu’Israël est forcément dans le camp du Bien puisqu’on y prend le parti des minorités et de la liberté individuelle : « La preuve, dira un propagandiste, les homosexuels et les femmes sont libres chez nous ! » (même si les femmes ne sont pas une minorité). « Et voyez ces pays comme l’Iran, où les homosexuels sont persécutés et la sexualité des femmes est réprimée ! Ne faudrait-il pas déclarer la guerre à ces dictatures islamiques pour libérer les gays et les femmes du régime infâme qui les menace, et qui nous menace également par ricochet ? » Le but de ce management des perceptions consiste à fabriquer la perception d’une menace à partir de rien. De fait, l’Iran ne représente aucun problème rationnel à aucun niveau objectif (?). Il faut alors inventer de toute pièce le « casus belli » en communiquant sur des points de détail apolitiques tels que la liberté sexuelle individuelle. Lucien (?)
Gay rights have essentially become a public-relations tool, even though conservative and especially religious politicians remain fiercely homophobic. Aeyal Gross (Tel Aviv University)
When you go through a checkpoint it does not matter what the sexuality of the soldier is. Haneen Maikay (Al Qaws, Palestinian gay organisation)
After generations of sacrifice and organization, gay people in parts of the world have won protection from discrimination and relationship recognition. But these changes have given rise to a nefarious phenomenon: the co-opting of white gay people by anti-immigrant and anti-Muslim political forces in Western Europe and Israel. (…) These depictions of immigrants — usually Muslims of Arab, South Asian, Turkish or African origin — as “homophobic fanatics” opportunistically ignore the existence of Muslim gays and their allies within their communities. They also render invisible the role that fundamentalist Christians, the Roman Catholic Church and Orthodox Jews play in perpetuating fear and even hatred of gays. And that cynical message has now spread from its roots in European xenophobia to become a potent tool in the long-running Israeli-Palestinian conflict. (…) In 2005, with help from American marketing executives, the Israeli government began a marketing campaign, “Brand Israel,” aimed at men ages 18 to 34. The campaign, as reported by The Jewish Daily Forward, sought to depict Israel as “relevant and modern.” The government later expanded the marketing plan by harnessing the gay community to reposition its global image. Last year, the Israeli news site Ynet reported that the Tel Aviv tourism board had begun a campaign of around $90 million to brand the city as “an international gay vacation destination.” The promotion, which received support from the Tourism Ministry and Israel’s overseas consulates, includes depictions of young same-sex couples and financing for pro-Israeli movie screenings at lesbian and gay film festivals in the United States. (The government isn’t alone; an Israeli pornography producer even shot a film, “Men of Israel,” on the site of a former Palestinian village.). (…) The growing global gay movement against the Israeli occupation has named these tactics “pinkwashing”: a deliberate strategy to conceal the continuing violations of Palestinians’ human rights behind an image of modernity signified by Israeli gay life. (…) What makes lesbian, gay, bisexual and transgender people and their allies so susceptible to pinkwashing — and its corollary, the tendency among some white gay people to privilege their racial and religious identity, a phenomenon the theorist Jasbir K. Puar has called “homonationalism” — is the emotional legacy of homophobia. Most gay people have experienced oppression in profound ways — in the family; in distorted representations in popular culture; in systematic legal inequality that has only just begun to relent. Increasing gay rights have caused some people of good will to mistakenly judge how advanced a country is by how it responds to homosexuality. In Israel, gay soldiers and the relative openness of Tel Aviv are incomplete indicators of human rights — just as in America, the expansion of gay rights in some states does not offset human rights violations like mass incarceration. The long-sought realization of some rights for some gays should not blind us to the struggles against racism in Europe and the United States, or to the Palestinians’ insistence on a land to call home. Sarah Schulman
En 2005, avec l’aide de directeurs marketing américains, le gouvernement israélien a déployé une vaste campagne, « Brand Israel », en direction principalement des hommes entre 18 et 34 ans : cette campagne a été mise en œuvre en vue d’offrir à cet État colonial un visage attractif et moderne. En 2009, The Israel Project a publié un dictionnaire des « mots qui marchent » pour défendre la politique d’Israël en mettant l’accent sur le fait que la « démocratie » israélienne respecte « les droits des femmes ». Ce plan marketing s’est progressivement dirigé à l’attention de la « communauté LGBT ». Dès lors, en 2010, ce sont 90 millions de dollars qui ont été investis par l’office de tourisme de Tel Aviv pour se donner des allures de destination de vacances sur mesure pour les gays du monde entier. Ce type de financement fleurit, souvent à la faveur d’un arsenal culturel, pour donner un visage gay-friendly à Israël. Les ambassades israéliennes financent des festivals de films gays et lesbiens, aux États Unis comme en Europe. En France, la venue d’une cinéaste israélienne au festival de films féministes et lesbiens Cineffable avait donné lieu à un partenariat entre les organisateurs et organisatrices du festival et l’ambassade d’Israël – l’ambassade finançait en effet la venue de la cinéaste. La campagne pour le Boycott culturel de l’État d’Israël (PACBI) a révélé en 2008 que les contrats qui relient les artistes israéliennes à leur gouvernement, lorsque celui ci finance leur déplacement, contiennent une clause qui définit le but de la collaboration : « promouvoir les intérêts politiques de l’État d’Israël […] et créer une image positive d’Israël. » Un mouvement grandissant à l’échelle internationale dénonce cette tactique de pinkwashing : une stratégie délibérée pour occulter la violation systématique des droits des Palestiniennes derrière un visage moderne, symbolisé par la vitalité des espaces gay en Israël. The NYT
Depuis le recul de l’AIPAC, qui avait misé sur les organisations évangéliques aux USA, le mouvement sioniste tente de récupérer les gays pour en faire la base de son lobbying. Réseau Voltaire
The core characteristic of anti-Semitism is the assertion that everything the Jews do is wrong, and everything that is wrong is done by the Jews. For the anti-Semite every rich Jew is exploitive, every poor Jew a burden on society. For the anti-Semite, both capitalism and communism are Jewish plots. For the anti-Semite, Jews are both too docile, allowing themselves to be led to the slaughter like sheep, and too militant, having won too many wars against the Arabs. For the anti-Semite, Jews are too liberal and too conservative, too artsy and too bourgeois, too stingy and too charitable, too insular and too cosmopolitan, too moralistic and too conniving. To the anti-Semite, every depression, war, social problem, plague must have been the fault of the Jews. Whenever the Jews appear to be doing something good – giving charity, helping the less fortunate, curing the sick – there must be a malevolent motive, a hidden agenda, a conspiratorial explanation beneath the surface of the benevolent act. (…) When it was disclosed that the Israeli army has the lowest rate of rape against enemy civilians, radical anti-Zionists argued that this was because Israeli soldiers were so racist that they did not find Palestinian women attractive enough to rape! Nothing the Jew or the Jew among nations does can be praised, because its purpose is always to « manipulate, » to « conceal, » to « divert attention away from » or to « distort » the evil that inheres in all Jewish actions and inactions. (…) Don’t be fooled by its benign pink hue, or its academic pretext. At its core, the newly-fashioned charge of pinkwashing is little different from the old-fashioned charges leveled by brown-shirted anti-Semites – namely, that neither the Jews nor the Jewish state ever does good things without bad motives. Alan M. Dershowitz

Après l’antisémitisme vert… l’antisémitisme rose !

A l’heure où les tentatives de boycott se multiplient contre le seul Etat d’Israël …

Qui, pour le 20e anniversaire de sa gay pride, accueille tous frais payés les premiers bénéficiaires de la nouvelle loi française sur l’aberration – pardon: le mariage – pour tous …

Et où, comme le rappelle le célèbre avocat Alan Dershovitz, toute initiative bonne ou mauvaise …

Se voit automatiquement dénoncée soit comme crime de guerre, barbarie (nazie de préférence: barrière ou opérations d’autodéfense) ou archaïsme d’un autre âge (dénonciation du mariage pour tous) …

Soit, sous forme de sionisme vert ou rose, comme vulgaire et cynique opération de séduction (opérations humanitaires: falashas, tsunami, etc) …

Mais où surtout le seul fait, en une région qui en est si friande, de ne pratiquer ni lapidation, pendaison ou persécution pour ses femmes, homosexuels ou chrétiens …

Vous voit immédiatement suspecté des plus noirs desseins …

Haruki Murakami

Pink Anti-Semitism Is No Different from Brown Anti-Semitism

Alan M. Dershowitz

February 26, 2013

This burlesque of an argument first surfaced in a New York Times op-ed that claimed that Israel’s positive approach to gay rights is « a deliberate strategy to conceal the continuing violation of Palestinians’ human rights behind an image of modernity signified by Israeli gay life. » In other words, the Jew among nations is now being accused of feigning concern over the rights of gay people in order to whitewash – or in this case pinkwash – its lack of concern for Palestinian people.

The core characteristic of anti-Semitism is the assertion that everything the Jews do is wrong, and everything that is wrong is done by the Jews. For the anti-Semite every rich Jew is exploitive, every poor Jew a burden on society. For the anti-Semite, both capitalism and communism are Jewish plots. For the anti-Semite, Jews are both too docile, allowing themselves to be led to the slaughter like sheep, and too militant, having won too many wars against the Arabs. For the anti-Semite, Jews are too liberal and too conservative, too artsy and too bourgeois, too stingy and too charitable, too insular and too cosmopolitan, too moralistic and too conniving.

To the anti-Semite, every depression, war, social problem, plague must have been the fault of the Jews. Whenever the Jews appear to be doing something good – giving charity, helping the less fortunate, curing the sick – there must be a malevolent motive, a hidden agenda, a conspiratorial explanation beneath the surface of the benevolent act.

Now the very twisted illogic that has characterized classic anti-Semitism is being directed at the Jewish state, which for the anti-Semite has become « the Jew » among nations. When Israel sent help to tsunami and hurricane victims, the Jewish state was accused of merely trying to garner positive publicity calculated to offset its mistreatment of Palestinians. When Israeli medical teams save the lives of Palestinian children, they must be up to no good. When it was disclosed that the Israeli army has the lowest rate of rape against enemy civilians, radical anti-Zionists argued that this was because Israeli soldiers were so racist that they did not find Palestinian women attractive enough to rape! Nothing the Jew or the Jew among nations does can be praised, because its purpose is always to « manipulate, » to « conceal, » to « divert attention away from » or to « distort » the evil that inheres in all Jewish actions and inactions.

That is the bigoted thesis of a new anti-Israel campaign being conducted by some radical gay activists who absurdly claim that Israel is engaging in « pinkwashing. » This burlesque of an argument first surfaced in a New York Times op-ed that claimed that Israel’s positive approach to gay rights is « a deliberate strategy to conceal the continuing violation of Palestinians human rights behind an image of modernity signified by Israeli gay life. » In other words, the Jew among nations is now being accused of feigning concern over the rights of gay people in order to whitewash – or in this case pinkwash – its lack of concern for Palestinian people.

How this pinkwashing is supposed to work, we aren’t told. Is the media supposed to be so obsessed with Israel’s positive policies toward gays that it will no longer cover the Palestinian issue? If so, that certainly hasn’t worked. Are gays around the world supposed to feel so indebted to Israel that they will no longer criticize the Jewish nation? That surely hasn’t worked, as evidenced by increasingly rabid anti-Israel advocacy by several gay organizations.

Well, to the unthinking anti-Semite, it doesn’t matter how the Jewish manipulation works. The anti-Semite just knows that there must be something sinister at work if Jews do anything positive. The same is now true for the unthinking anti-Israel bigot.

In Israel, openly gay soldiers have long served in the military and in high positions in both government and the private sector. Gay pride parades are frequent. Israel is, without a doubt, the most gay friendly country in the Middle East and among the most supportive of gay rights anywhere in the world. This, despite efforts by some fundamentalist Jews, Muslims and Christians to ban gay pride parades and legal equality for gays. In contrast to Israel are the West Bank and Gaza, where gays are murdered, tortured and forced to seek asylum – often in Israel. In every Arab and Muslim country, homosexual acts among consenting adults are criminal, often punishable by death. But all this doesn’t matter to the « growing global gay movement » against Israel, which according to The New York Times op-ed, regards these positive steps as nothing more than a cover for malevolent Israeli actions.

The pinkwash bigots would apparently prefer to see Israel treat gays the way Israel’s enemies do, because they hate Israel more than they care about gay rights. Nor do these pink anti-Semites speak for the majority of gay people, who appreciate Israel’s positive steps with regard to gay rights, even if they don’t agree with all of Israel’s policies. Decent gay people who have themselves been subjected to stereotyping, recognize bigotry when they see it, even – perhaps especially – among other gay people. That’s why so many prominent gay leaders and public officials have denounced this « pinkwashing » nonsense.

Now this pinkwashing campaign is coming to the City University of New York. A pinkwashing conference is being sponsored by the Gay and Lesbian Studies Center at The Graduate Center on April 10-11, 2013. It will be yet another hate-fest against Israel, but this time it will cross the line into classic anti-Semitic tropes. Don’t be fooled by its benign pink hue, or its academic pretext. At its core, the newly-fashioned charge of pinkwashing is little different from the old-fashioned charges leveled by brown-shirted anti-Semites – namely, that neither the Jews nor the Jewish state ever does good things without bad motives. And this time, the hate conference is being co-sponsored by the Philosophy and Psychology Departments and The Graduate Center of the City University of New York, as well as by the Center for The Study of Gender and Sexuality at New York University.

Shame on anyone who exploits his or her sexual orientation to promote anti-Semitic bigotry. And shame on anyone who sponsors those who practice pink anti-Semitism.

Voir aussi:

The Real “Pinkwashing” Scandal

Seth Mandel

Commentary

06.17.2013

When Sarah Schulman’s November 2011 op-ed on “pinkwashing” appeared in the New York Times, I had a conflicted reaction. There was the urge to respond, since such pseudo-academic fraudulence is not merely anti-intellectual at its heart but a voluble and angry protest against honest intellectual pursuit and thus threatened to further embarrass American academia. But there was also the understanding that no response was needed, because the column revealed that the idea of “pinkwashing”–the assumption that Jews grant rights to gays merely to manipulate them as part of Israel’s globalized chicanery–collapses immediately on its own expression.

For example, in one sentence Schulman criticizes Israel’s gay-friendly culture as a ruse because some in Israel’s public life are supposedly “homophobic.” But in the next sentence, she writes that Israeli pinkwashing “not only manipulates the hard-won gains of Israel’s gay community, but it also ignores the existence of Palestinian gay-rights organizations. Homosexuality has been decriminalized in the West Bank since the 1950s, when anti-sodomy laws imposed under British colonial influence were removed from the Jordanian penal code, which Palestinians follow.” In other words, Schulman’s own protestation against Israeli pinkwashing engages in thorough pinkwashing of Palestinian culture.

What this revealed was not only the unserious nature of Schulman’s “scholarship” but that the purpose of her op-ed was not about calling out pinkwashing; indeed, the op-ed is, to date, the clearest example of pinkwashing in print. Instead, Schulman was simply attacking Israel on behalf of the Palestinians from another direction. Call it the triumph of hope over experience, but I expected that since this was so obvious, the academic left wouldn’t sully its reputation any more by embracing this nonsense. I was wrong, of course, having given the academic left too much credit. In April the City University of New York hosted a conference on pinkwashing at which, as James Kirchick reports in detail, Schulman’s anti-Israel animus was made undeniable:

The CUNY conference promised to be a “pioneering, historic event, uniting a uniquely diverse array of speakers from many countries, ethnicities, nationalities, genders, ages, communities, universities, and academic fields in discussion around a new arena of thought.” Noticeably absent from this list of diverse and welcome attributes, however, was any allowance for the thoughts and real-life experiences of gay Israelis, American Jews, and others who might diverge in any way from Schulman’s message—as a look at several papers rejected by the conference reveals. And Schulman’s interactions with the people who submitted these snubbed paper topics seem to confirm that any proposal that challenged the existence of “homonationalism” and “pinkwashing” as parts of an Israeli government plot, or that even offered some nuance in discussing gay rights in Israel, never had a chance of being aired. When asked why Schulman had rejected these critical proposals, she wrote that they were themselves examples of the problem she is trying to combat: “We rejected proposals that were pinkwashing. The conference was a critique of pinkwashing. So, for example, if the conference had been about dismantling homophobia in the family, we would not have welcomed papers from ‘family values’ religious groups who saw homosexuality as a sin.”

Leave aside, for the moment, the fact that Schulman is openly acknowledging here that the purpose of the conference was not enlightened debate but pure, unadulterated pro-Palestinian propaganda. The fact remains that her explanation is just plain untrue. Not only were papers that challenged the existence of pinkwashing rejected, but even papers that embraced the premise were rejected on the grounds that they allowed for a motivation of Israel’s pinkwashers beyond a desire to oppress Palestinians.

Among the papers Schulman rejected were those that criticized Israel’s trumpeting of its gay-rights accomplishments as cynical attempts to drum up tourism. Attacking Israel for manipulating human rights to make money would seem to be suitably antagonistic toward the Jewish state for a conference devoted to gobsmackingly dim-witted conspiracy theories about Jewish racialist domination. But it was not. One author whose paper was rejected but who was nonetheless sympathetic to Schulman’s work seems to have been screened out of even attending the conference (an experience shared by others).

As if that weren’t enough, Kirchick explains that those who accused Israel of trying to make money rather than subjugating Palestinians were accused by Schulman of being “Israeli government operatives.” Kirchick’s detailed account of it should be read in full, but he is surely correct when he writes: “Schulman’s behavior—accusing someone (by all accounts falsely) of being a spy for a foreign government and then compiling a dossier full of inaccurate ‘evidence’ when challenged on the veracity of her claim—is the work of an activist, or of a secret policeman in the old Soviet-bloc states, not a scholar.”

The reason for that is that Schulman’s work isn’t scholarship–something that was clear as day from her infamous New York Times op-ed. More concerning is how readily Schulman was accepted into the ranks of the academic left based solely on her hostility to Israel. It wasn’t deemed surprising that all it took was a creative–if fantastically silly–new angle from which to demonize Israel to win her approval from those circles. And that, surely, is the real scandal.

Voir encore:

Israel and ‘Pinkwashing’

Sarah Schulman

The New York Times

November 22, 2011

“IN dreams begin responsibilities,” wrote Yeats in 1914. These words resonate with lesbian, gay, bisexual and transgender people who have witnessed dramatic shifts in our relationship to power. After generations of sacrifice and organization, gay people in parts of the world have won protection from discrimination and relationship recognition. But these changes have given rise to a nefarious phenomenon: the co-opting of white gay people by anti-immigrant and anti-Muslim political forces in Western Europe and Israel.

In the Netherlands, some Dutch gay people have been drawn to the messages of Geert Wilders, who inherited many followers of the assassinated anti-immigration gay leader Pim Fortuyn, and whose Party for Freedom is now the country’s third largest political party. In Norway, Anders Behring Breivik, the extremist who massacred 77 people in July, cited Bruce Bawer, a gay American writer critical of Muslim immigration, as an influence. The Guardian reported last year that the racist English Defense League had 115 members in its gay wing. The German Lesbian and Gay Federation has issued statements citing Muslim immigrants as enemies of gay people.

These depictions of immigrants — usually Muslims of Arab, South Asian, Turkish or African origin — as “homophobic fanatics” opportunistically ignore the existence of Muslim gays and their allies within their communities. They also render invisible the role that fundamentalist Christians, the Roman Catholic Church and Orthodox Jews play in perpetuating fear and even hatred of gays. And that cynical message has now spread from its roots in European xenophobia to become a potent tool in the long-running Israeli-Palestinian conflict.

In 2005, with help from American marketing executives, the Israeli government began a marketing campaign, “Brand Israel,” aimed at men ages 18 to 34. The campaign, as reported by The Jewish Daily Forward, sought to depict Israel as “relevant and modern.” The government later expanded the marketing plan by harnessing the gay community to reposition its global image.

Last year, the Israeli news site Ynet reported that the Tel Aviv tourism board had begun a campaign of around $90 million to brand the city as “an international gay vacation destination.” The promotion, which received support from the Tourism Ministry and Israel’s overseas consulates, includes depictions of young same-sex couples and financing for pro-Israeli movie screenings at lesbian and gay film festivals in the United States. (The government isn’t alone; an Israeli pornography producer even shot a film, “Men of Israel,” on the site of a former Palestinian village.)

This message is being articulated at the highest levels. In May, Prime Minister Benjamin Netanyahu told Congress that the Middle East was “a region where women are stoned, gays are hanged, Christians are persecuted.”

The growing global gay movement against the Israeli occupation has named these tactics “pinkwashing”: a deliberate strategy to conceal the continuing violations of Palestinians’ human rights behind an image of modernity signified by Israeli gay life. Aeyal Gross, a professor of law at Tel Aviv University, argues that “gay rights have essentially become a public-relations tool,” even though “conservative and especially religious politicians remain fiercely homophobic.”

Pinkwashing not only manipulates the hard-won gains of Israel’s gay community, but it also ignores the existence of Palestinian gay-rights organizations. Homosexuality has been decriminalized in the West Bank since the 1950s, when anti-sodomy laws imposed under British colonial influence were removed from the Jordanian penal code, which Palestinians follow. More important is the emerging Palestinian gay movement with three major organizations: Aswat, Al Qaws and Palestinian Queers for Boycott, Divestment and Sanctions. These groups are clear that the oppression of Palestinians crosses the boundary of sexuality; as Haneen Maikay, the director of Al Qaws, has said, “When you go through a checkpoint it does not matter what the sexuality of the soldier is.”

What makes lesbian, gay, bisexual and transgender people and their allies so susceptible to pinkwashing — and its corollary, the tendency among some white gay people to privilege their racial and religious identity, a phenomenon the theorist Jasbir K. Puar has called “homonationalism” — is the emotional legacy of homophobia. Most gay people have experienced oppression in profound ways — in the family; in distorted representations in popular culture; in systematic legal inequality that has only just begun to relent. Increasing gay rights have caused some people of good will to mistakenly judge how advanced a country is by how it responds to homosexuality.

In Israel, gay soldiers and the relative openness of Tel Aviv are incomplete indicators of human rights — just as in America, the expansion of gay rights in some states does not offset human rights violations like mass incarceration. The long-sought realization of some rights for some gays should not blind us to the struggles against racism in Europe and the United States, or to the Palestinians’ insistence on a land to call home.

Sarah Schulman is a professor of humanities at the College of Staten Island, City University of New York.

Voir enfin:

Le pinkwashing, ou le « sionisme rose »

Partie 1

Lucien

26 février

Dans le panel des méthodes d’influence et de guerre culturelle, la « récupération » de causes morales joue un grand rôle. Dans le vocabulaire de l’Intelligence économique et stratégique, on parle de « gestion offensive de l’image » ou de « management de la réputation ».

En général, cela consiste à récupérer une cause, l’écologie, l’homosexualité, les femmes battues, parce que son image est jugée bonne, soit qu’elle jouisse d’un potentiel de sympathie dans l’opinion publique, soit qu’elle permette d’endosser le rôle de la victime, minoritaire et/ou persécutée, donc faible et incapable de nuire, de sorte à inhiber le jugement critique à son encontre, stratagème essentiel dans tout rapport de forces.

La sociologie anglo-saxonne a inventé un terme pour désigner les effets sociétaux de cette tendance : la culture des « cry babies », traductible par « culture des pleurnichards ». Ce principe d’ingénierie des perceptions fondé sur l’imitation du statut de victime cherche à faire changer la perception d’un acteur économique ou politique dominant en hameçonnant les consciences par le façonnage d’une image de faiblesse simulée de cet acteur. Le fort se fait passer pour le faible, et le vrai faible est accusé d’être fort. Cette inversion de la perception du réel se performe notamment par l’affichage ostensible de tous les signes extérieurs de l’adhésion à une cause morale « politiquement correcte », toujours la cause des minorités ou des opprimés, mais en continuant d’agir fondamentalement contre elle. On soutient d’une main ce que l’on détruit de l’autre. « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ».

Les mouvements de gauche et d’extrême gauche, politiques, associatifs, syndicaux, sont passés maîtres dans l’imitation faussaire de la lutte contre une domination au service de laquelle ils se placent dans les faits. On a vu, par exemple, le NPA et divers syndicats soutenir les guerres néocoloniales menées par l’OTAN, Israël et les pétro-monarchies wahhabites contre la Libye et la Syrie. Pour paraphraser Lénine, on peut dire que la Gauche est aujourd’hui le stade suprême du capitalisme. Le « greenwashing », ou éco-blanchiment, ou « capitalisme vert », est également bien connu dans cette perspective. D’après Wikipédia : « L’écoblanchiment, ou verdissage, est un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation (entreprise, administration publique, etc.) dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement. »

Par exemple, une entreprise polluante disposera des produits labélisés « commerce équitable » dans ses distributeurs de boissons et de friandises, de sorte à s’attribuer une image respectueuse de l’environnement, estampillée « développement durable ». Dans le cas de l’écoblanchiment, l’objectif est purement économique. Dans d’autres cas, il possède aussi une implication sociétale : il suffit d’ouvrir au hasard un magazine féminin clamant haut et fort son féminisme pour comprendre que ce type de presse est en fait l’ennemi n°1 des femmes. On se reportera sur ce sujet à la « théorie de la Jeune-Fille » du collectif Tiqqun et son commentaire dans « Gouverner par le chaos. Ingénierie sociale et mondialisation ».

Dans le cas du pinkwashing, traductible par « homo-blanchiment », il existe aussi un motif géostratégique de propagande de guerre. Un pays est à l’avant-garde du pinkwashing : Israël. Des militants LGBT de Palestine, Haneen Maikey et Ramzy Kumsieh, étaient invités à Paris en 2012 pour une conférence sur ce thème. À cette occasion, ils ont décrit comment l’entité sioniste instrumentalise le mouvement LGBT pour tenter de se donner une bonne image, progressiste et tolérante car féministe et « gay friendly », au contraire des pays arabes et musulmans alentour, qui seraient d’horribles dictatures où les femmes et les homosexuels seraient maltraités :

« Selon The New York Times, dès 2005, et ce avec l’aide de directeurs marketing américains, le gouvernement israélien a déployé une vaste campagne, « Brand Israel », en direction principalement des hommes entre 18 et 34 ans : cette campagne a été mise en œuvre en vue d’offrir à cet État colonial un visage attractif et moderne. En 2009, The Israel Project a publié un dictionnaire des « mots qui marchent » pour défendre la politique d’Israël en mettant l’accent sur le fait que la « démocratie » israélienne respecte « les droits des femmes ». Ce plan marketing s’est progressivement dirigé à l’attention de la « communauté LGBT ». Dès lors, en 2010, ce sont 90 millions de dollars qui ont été investis par l’office de tourisme de Tel Aviv pour se donner des allures de destination de vacances sur mesure pour les gays du monde entier. Ce type de financement fleurit, souvent à la faveur d’un arsenal culturel, pour donner un visage gay-friendly à Israël. Les ambassades israéliennes financent des festivals de films gays et lesbiens, aux États Unis comme en Europe. En France, la venue d’une cinéaste israélienne au festival de films féministes et lesbiens Cineffable avait donné lieu à un partenariat entre les organisateurs et organisatrices du festival et l’ambassade d’Israël – l’ambassade finançait en effet la venue de la cinéaste. La campagne pour le Boycott culturel de l’État d’Israël (PACBI) a révélé en 2008 que les contrats qui relient les artistes israéliennes à leur gouvernement, lorsque celui ci finance leur déplacement, contiennent une clause qui définit le but de la collaboration : « promouvoir les intérêts politiques de l’État d’Israël […] et créer une image positive d’Israël. » Un mouvement grandissant à l’échelle internationale dénonce cette tactique de pinkwashing : une stratégie délibérée pour occulter la violation systématique des droits des Palestiniennes derrière un visage moderne, symbolisé par la vitalité des espaces gay en Israël. »

Le pinkwashing, ou le « sionisme rose »

Partie 2

Lucien

27 février

Ce que l’on pourrait appeler le « sionisme rose », le « pink zionism » après le pinkwashing, semble avoir de beaux jours devant lui.

La construction de camps géopolitiques antagonistes sur la base d’un clivage « gay friendly or not » nous est détaillée par Jean Birnbaum :

« Le soupçon a surgi de l’intérieur et c’est de l’intérieur qu’il prolifère maintenant. Un soupçon d’autant plus douloureux qu’il a été formulé de façon spectaculaire par Judith Butler, icône mondiale du mouvement LGBT (lesbien, gay, bi et trans). Le 19 juin 2010, lors de la Gay Pride de Berlin, la philosophe américaine a semé le trouble en refusant tout net le Prix du courage civique que les organisateurs s’apprêtaient à lui remettre. Elle, l’égérie de la théorie queer, a alors proclamé que la lutte contre l’homophobie avait dégénéré en action xénophobe et même raciste. « Nous sommes enrégimentés dans un combat nationaliste et militariste », a-t-elle lancé devant une foule médusée. Depuis lors, parmi les militants et les chercheurs, les questions se bousculent : le mouvement LGBT est-il rongé par l’ »homonationalisme » ? Est-il devenu la lessiveuse d’un nouveau nationalisme qu’il viendrait « blanchir », à tous les sens du terme ? Autrement dit, ses revendications sont-elles instrumentalisées par les hérauts d’un Occident qui mène ses opérations militaires (en Orient) et ses descentes policières (en banlieue) au nom de la démocratie sexuelle ? (…) Dans cette hypothèse, la France deviendrait à son tour l’un des champs de bataille du front « homonationaliste ». Chacune et chacun serait alors sommé de choisir entre deux camps : celui des homophobes et celui des xénophobes. Car telle est bien l’alternative infernale où nous enfermerait ce que certains nomment déjà le clash sexuel des civilisations. »

Pendant les guerres mondiales du 20ème siècle, les banquiers cosmopolites qui finançaient tous les belligérants utilisaient les médias pour construire les ennemis en produisant de l’homogénéité cognitive dans chaque camp, de sorte à fabriquer le consentement de chacun à l’agression de l’autre.

Aujourd’hui, dans cette perspective de construction de deux camps antagonistes, le sionisme rose cherche à faire croire qu’Israël est forcément dans le camp du Bien puisqu’on y prend le parti des minorités et de la liberté individuelle :

« La preuve, dira un propagandiste, les homosexuels et les femmes sont libres chez nous ! » (même si les femmes ne sont pas une minorité). « Et voyez ces pays comme l’Iran, où les homosexuels sont persécutés et la sexualité des femmes est réprimée ! Ne faudrait-il pas déclarer la guerre à ces dictatures islamiques pour libérer les gays et les femmes du régime infâme qui les menace, et qui nous menace également par ricochet ? »

Le but de ce management des perceptions consiste à fabriquer la perception d’une menace à partir de rien. De fait, l’Iran ne représente aucun problème rationnel à aucun niveau objectif. Il faut alors inventer de toute pièce le « casus belli » en communiquant sur des points de détail apolitiques tels que la liberté sexuelle individuelle.

Ce faisant, on participe à la montée de l’insignifiance et du hors-sujet en politique, comme dirait Castoriadis, puisque, faut-il le rappeler, le fondement du geste politique consiste toujours à soumettre la liberté individuelle à l’intérêt collectif et à son ordre, à rebours complet du mouvement dépolitisant de l’individualisme libéral-libertaire. Le sionisme rose devra en outre passer sous silence le programme raciste et machiste de stérilisation des femmes juives d’origine éthiopienne mené en Israël en toute impunité, de même que ses alliances géopolitiques avec d’authentiques dictatures islamiques répressives des femmes et des gays tels que l’Arabie saoudite ou le Qatar.

Pour conclure par la France : quelle que soit sa finalité ultime, la récupération d’un combat moral en faveur de certaines minorités alors qu’on en assassine d’autres, voire qu’on assassine la majorité, est à l’ordre du jour dans notre pays depuis Mai 68, et surtout depuis les années 1980. Les persécutions hétérophobes et christianophobes vont redoubler en France dès que la loi sur le « mariage pour tous » sera votée. Il faut donc s’organiser mais sans perdre de vue que ce n’est qu’un élément d’un arsenal dirigé contre l’espèce humaine dans sa globalité. Après les hétérosexuels ou les chrétiens, le transhumanisme visera aussi les homosexuels, les athées et les autres religions. Aujourd’hui, ce sont peut-être des alliés du Pouvoir, mais demain ce seront ses nouvelles cibles. Gardons la main tendue et travaillons sans relâche à leur faire comprendre qu’ils ne seront pas épargnés par la véritable stratégie à l’œuvre, celle du mondialisme, du capitalisme tout-puissant et de l’automatisation robotique et cybernétique généralisée.

Voir de plus:

Alicia Keys, Israel and Civil Rights

The analogy between African-Americans in the era of segregation and Palestinians today is a false one.

Richard Friedman

WSJ

June 9, 2013

Birmingham, Ala.

Alice Walker, the Pulitzer Prize-winning author, has lately garnered more attention for her unhinged political views than for her writing. She has compared Fidel Castro to the Dalai Lama. She refused to allow her book « The Color Purple » to be translated into Hebrew. But perhaps nothing was more off-base—at least morally speaking—than the open letter Ms. Walker wrote in late May to singer-songwriter Alicia Keys. Ms. Walker, writing at the website of the U.S. Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel, urged Ms. Keys to cancel a July 4 performance in Israel.

Ms. Walker wrote: « you are putting yourself in danger (soul danger) by performing in an apartheid country. » The writer then compared the plight of the Palestinians to that of blacks in the American South prior to the civil-rights movement. « You were not born when we, your elders who love you, boycotted institutions in the U.S. South to end an American apartheid less lethal than Israel’s against the Palestinian people. »

The analogy is false: « Apartheid » is a more apt description for the systemic discrimination against women across the Arab world than the only democracy in the Middle East. But this comparison is also an insult to the courageous civil-rights activists who risked their lives in Birmingham, Montgomery and elsewhere in the South to attain full rights for black Americans.

What characterized the civil-rights movement was its strict adherence to the philosophy of nonviolence. Even when attacked with fire hoses and police dogs, civil-rights demonstrators courageously refused to retaliate.

The Palestinian leadership, by contrast, for decades has used violence whenever missile attacks or suicide bombers suit its aims. It is Israel that has shown an inclination to absorb punishment, though the country’s tolerance stretches only so far before it responds militarily to attacks.

The comparison that Ms. Walker and her comrades in the boycott-Israel movement make to the civil-rights movement is false in other ways. Unlike the American South decades ago, when local governments enacted laws and policies to prevent U.S. citizens from attaining full rights, Israel has tried repeatedly to reach an agreement with the Palestinians in the West Bank that would grant them sovereignty. In 2005, Israel even withdrew unilaterally from the Gaza Strip. We all know how that turned out.

Those civil-rights activists who participated in the movement of the 1950s and 1960s—as well as others who remember the era—owe it to that noble cause to speak out when Ms. Walker and others distort and misuse this period in American history to advance an anti-Israel agenda.

It also wouldn’t hurt to remind people like Ms. Walker that no less a civil-rights leader than Martin Luther King Jr. was a fierce supporter of Israel. Days before his assassination in 1968, he said that « Israel is one of the great outposts of democracy in the world, and a marvelous example of what can be done, how desert land can be transformed into an oasis of brotherhood and democracy. »

Bayard Rustin, who organized the March on Washington in 1963, also believed in Israel’s cause. In the late 1960s, when some black activists began denouncing Zionism and Jews generally, Rustin cautioned against joining « in history’s oldest and most shameful witch hunt, anti-Semitism. »

Perhaps Alicia Keys is more familiar than Alice Walker with the true history of the relationship between the civil-rights movement and Israel. After the writer’s open letter to Ms. Keys appeared, the Grammy Award-winning musician publicly rebuffed Ms. Walker: « I look forward to my first visit to Israel, » she told the New York Times. « Music is a universal language that is meant to unify audiences in peace and love, and that is the spirit of our show. »

So the concert in Tel Aviv will go on. Here in Birmingham, meanwhile, the Jewish Federation is seeking to educate the black community and others about Israel, and it is urging community leaders to speak out against distortions made by Ms. Walker and others who boycott Israel. One local black leader who stepped forward immediately was State Rep. Oliver Robinson, a Democrat and a former All-American basketball player at the University of Alabama at Birmingham. Commenting on a Facebook FB +1.07% post commending Ms. Keys for saying no to Ms. Walker, Mr. Robinson wrote: « She made an excellent decision. »

This year, Birmingham is commemorating the 50th anniversary of a pivotal year for the civil-rights movement and for the history of our city. Those of us who live here are particularly obligated to combat the bogus analogy linking the Palestinians and the civil-rights movement—and to continually remind people that Israel remains America’s best friend in the Middle East.

Mr. Friedman is executive director of the Jewish Federation in Birmingham, Ala.

Voir enfin:

Academic boycotts

Wikipedia

Main article: Academic boycotts of Israel

In 2006, two of Britain’s lecturers’ unions, the National Association of Teachers in Further and Higher Education and the Association of University Teachers, voted to support an academic boycott against Israel.[57] The AUT ban was overturned by members at an Emergency General Meeting a few weeks later, while the NATFHE boycott expired when a merger with AUT to form the University and College Union came into effect.[58] In May 2007, the UCU congress passed Motion 30, which called on the members to circulate information and consider a boycott request by Palestinian trade unions.

In 2009, Spanish organizers of an international solar power design competition excluded a team from the Israeli Ariel University Center. The stated reason was that the Ariel university is located in the West Bank, a Spanish official was quoted saying that « Spain acted in line with European Union policy of opposing Israel’s occupation of Palestinian land ».[59]

In 2010 the US Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (USACBI) announced it had collected 500 endorsements from US academics for an academic and cultural boycott of Israel. The endorsements were seen as a sign of changing US attitudes toward Israel in the wake of an Israeli raid on a humanitarian aid flotilla in the Mediterranean.[60]

In 2011 the University of Johannesburg decided to suspend ties with Israeli Ben-Gurion University, citing the University’s support for the Israeli military. The decision was seen to affect projects in biotechnology and water purification.[61] However, two days later, Ihron Rensburg, vice chancellor and principal of the university issued a statement saying that « UJ is not part of an academic boycott of Israel…It has never been UJ’s intention to sever all ties with BGU, although it may have been the intention of some UJ staff members. »[62]

University of Pennsylvania President Amy Gutmann said in January 2012 that the university « has clearly stated on numerous occasions that it does not support sanctions or boycotts against Israel. » She said that the school was not a sponsor of a BDS conference taking place on campus in February 2012.[63]

In 2013 the Teachers Union of Ireland passed a motion calling for an academic boycott of Israel. Jim Roche, who presented the motion, said « I am very pleased that this motion was passed with such support by TUI members (…) there is no question that Israel is implementing apartheid policies against the Palestinians. » [64]

In May 2013, in what was seen as a major development,[65] Stephen Hawking joined the academic boycott of Israel by reversing his decision to participate in the Jerusalem-based Israeli Presidential Conference hosted by Israeli president Shimon Peres. Hawking approved a published statement from the British Committee for the Universities of Palestine that described his decision as independent, « based upon his knowledge of Palestine, and on the unanimous advice of his own academic contacts there. »[66] Reactions to Hawking’s boycott were mixed, some praised his boycott as a « peaceful protest » while others condemned his decision and accused him of anti-semitism. [67] [68]

Artistic boycotts

Wikipedia

  • Creative Community for Peace, founded in late 2011, is an organization made up of music executives, talent agents and entertainment lawyers that seeks to counter artist boycotts of Israel.[75]
  • In Ireland, support for boycotting Israel has been voiced since September 2006.[76] The Irish Times has published an open letter in January 2009[77] with 300 signatures, including deputies, senators, political leaders (including Gerry Adams and Tony Benn), union leaders, professors and artists.[78][unreliable source?] In August 2010, 150 Irish artists launched a cultural boycott of Israel, declaring that they would not perform or exhibit in Israel, « until such time as Israel complies with international law and universal principles of human rights ». Organizers explained the boycott was motivated by what they saw as abuse of Palestinian human rights by Israel.[79] In November 2012, the list of Irish artists supporting BDS has reached 237.[citation needed]
  • The Yes Men[80] pulled out of a film festival in 2009 in Israel.
  • In 2010, American singer Devendra Banhart, and Irish singer Tommy Sands cancelled their shows in Israel as a response to Israeli policies.[81] That same year, Carlos Santana also cancelled a performance following pressure from groups critical of Israel.[82] Likewise, Elvis Costello called off planned gigs, citing what he called the « intimidation » and « humiliation » of Palestinians.[83][84] Jazz and spoken word artist Gil Scott-Heron canceled a planned performance in Tel Aviv in 2010, saying he « hated war ».[85] Annie Lennox, states again that she will no longer perform in Israel.[86]
  • Actors Dustin Hoffman and Meg Ryan cancelled their participation to a festival in Israel in 2010, after the attack of the Gaza Flotilla by the Israeli army[93][94]. British movie director Mike Leigh also cancels a visit in Jerusalem in November to avoid « his arrival (to) be interpreted as support for the government’s policy ».[95]
  • In February 2010, 500 artists from the city of Montreal, including Lhasa, Gilles Vigneault, Richard Desjardins, members of Bran Van 3000 or Silver Mt. Zion, joined the cultural boycott of Israel, saying that Palestinians « face an entrenched system of racial discrimination and segregation, resembling the defeated apartheid system in South Africa. »[99][100]
  • That same year, a hundred Norwegian artists endorse the BDS call.[101]
  • Even in Israel, actors refuse to play in the 1967 occupied territories. They are quickly supported by 150 Israeli intellectuals and artists (including Niv Gordon, Gideon Levy, Shlomo Sand, Zeev Sternhell, David Grossman, A.B. Yehoshua, Amos Oz[102]), then by 150 American artists (including Vanessa Redgrave, Cynthia Nixon, Tony Kushner[103]).
  • French singer Vanessa Paradis cancelled a performance planned for February 2011 in Tel Aviv. According to insider sources, she and her husband Johnny Depp acceded to calls to cancel the show made by Palestinian boycott campaigners, who threatened to boycott them too. Her agent maintained that the concert was cancelled strictly for professional reasons.[104] That same month, the classical singer Thomas Quasthoff cancels the 6 shows he was supposed to give in Israel.[105]
  • American punk artist Jello Biafra, former singer for the Dead Kennedys, cancelled a July 2011 performance in Tel Aviv, citing discussions with pro-Palestinian and Israeli activists, and writing « This does not mean I or anyone else in the band are endorsing or joining lockstep with the boycott of all things Israel ».[106] On this occasion, punks throughout the world create the network « Punks Against Apartheid » to get the cultural boycott message across to other punk artists.[107]
  • In September 2011, Anglo-Egyptian singer Natacha Atlas[108] cancels her tour in Israel and publishes a very explicit statement: « I had an idea that performing in Israel would have been a unique opportunity to encourage and support my fans’ opposition to the current government’s actions and policies. I would have personally asked my Israeli fans face-to-face to fight this apartheid with peace in their hearts, but after much deliberation I now see that it would be more effective a statement to not go to Israel until this systemised apartheid is abolished once and for all. Therefore I publicly retract my well-intentioned decision to go and perform in Israel and so sincerely hope that this decision represents an effective statement against this regime. ».[109]
  • British band Faithless and its leader David Randall confirm their commitment to BDS by publishing the video « Freedom For Palestine »[123] with the collective « One World »[124] that includes Maxi Jazz, Sudha and Andy Treacy (of Faithless), Jamie Catto (of One Giant Leap), Harry Collier (of Kubb), Phil Jones (of Specimen A), Mark Thomas, Lowkey, Michael Rosen, LSK, Andrea Britton, Attab Haddad, Joelle Barker, the Durban Gospel Choir (of South Africa) and members of the London Community Gospel Choir…
  • In 2011, American singer Macy Gray said she regretted playing there.[126]
  • 150 Swiss artists sign an appeal for the cultural boycott of Israel.[127] A group of Indian artists cancel their participation to an exhibition in Israel.[128]
  • The AMARC (international non-governmental organization serving the community radio movement, with almost 3 000 members and associates in 110 countries) joins the BDS campaign.[129]
  • In July 2011, American movie director Barbara Hammer refused a prize from the Foundation for Jewish Culture and the American Academy in Jerusalem, and refused to show her films in places receiving funding from the Israeli government.[130] In October, Irish movie director John Michael Mc Donagh also cancelled his participation to the Haifa film festival.[131]

Examens/philosophie: Les blocs de marbre contiennent-ils des statues qui ne demandent qu’à sortir ? (Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?)

17 juin, 2013
https://i0.wp.com/static.ddmcdn.com/gif/michelangelo-sculptures-23.jpgChaque bloc de pierre renferme une statue et c’est le rôle du sculpteur de la découvrir. Michel-Ange
En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème. (…) À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il. Raphaël Enthoven
Un tableau peut-il changer le monde ?
On a dit que l’architecture est de la musique figée. Cela a-t-il un sens ?
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis?
Une institution publique et politique peut-elle se réformer ?
Est-ce une condition extrêmement anormale pour un homme et une femme de cohabiter en permanence ?
La mobilité étudiante en Europe n’est-elle qu’une forme de tourisme subventionné ?
Les jeux d’enfants impliquant le bandage des yeux révèlent-ils une cruauté inhérente à la nature humaine ?
Le réchauffement climatique n’est-il pas préférable au refroidissement de la planète ?
La législation d’un État laïque devrait -elle tenir compte des groupes religieux qui désirent vivre selon leurs propres coutumes régissant la famille, les biens et les relations conjugales, administrées par des tribunaux religieux distincts ?
Pourquoi l’Afrique est-elle un tel échec sur le plan économique ?
Les architectes et les urbanistes peuvent-ils éliminer la criminalité et la fracture sociale par leurs seuls projets ?
Les très gros salaires des sportifs professionnels modifient-ils le caractère des sports en question ?
Est-il immoral d’acheter un sac à main de 10 000 livres (12 000 euros)?
Pourquoi une veste en cuir est plus acceptable qu’un manteau de fourrure ?
« Les vieux poèmes tels que Beowulf, The Faerie Queene et Paradise Lost sont maintenant illisibles par les locuteurs de l’anglais modernes (sans formation particulière), donc la valeur culturelle et sociale de la »grande »poésie du passé réside-t-elle dans le matériau, qu’il peuvent fournir aux adaptations cinématographiques modernes, telles que la récente version de la trilogie His Dark Materials de Beowulf et de Philip Pullman ». [L’économiste]. Êtes-vous d’accord ?

En cette première journée des épreuves du baccalauréat avec l’épreuve-reine de philosophie  …

Pendant qu’outre-manche, notre ancienne colonie qui a mal tourné passe ses « A-levels« …

Retour à nouveau sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits « examen de la fourchette et du couteau ») …

Du moins jusqu’à la suppression il y a trois ans de la légendaire « question à un mot » (un simple nom commun à discuter en trois heures) …

Is the All Souls College entrance exam easy now?

The entrance exam for All Souls College, Oxford was thought to be the most difficult in the world – but its trickiest paper was dropped this year

The Guardian

17 May 2010

The exam reputed to be one of the hardest in the world has just got (slightly) easier. All Souls College, Oxford has this year dropped the famous one-word essay question that has taxed new entrants for almost a century.

In a typical year, around 50 academic high flyers – all graduates – compete for fellowships at the Oxford college, lasting seven years and offering an annual stipend of £14,783. For the two successful candidates, it is often a ticket to academic stardom. Former fellows include Sir Isaiah Berlin, Marcus du Sautoy and Keith Joseph. In previous years, by far the most daunting element was a single card with one word on it (« innocence », « miracles » or « water »), about which candidates were asked to write coherently for three hours.

The exam now consists of four papers of three hours each: two general ones and two specialist papers. Try this paper from 2008 for size. If it’s all a bit much, don’t worry, both John Buchan and Hilaire Belloc took the exam and failed to get in.

General paper

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. « I don’t care if anyone reads my books; I write for myself, » said the author of a half-dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. « Every act you have ever performed since the day you were born was performed because you wanted something » [Andrew Carnegie]. Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools?

6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen’s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves?

10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children’s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is there a breakdown of family values in the west, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate religious courts?

19. What should the west learn from China?

20. Does celebrity entail a loss of dignity?

21. Is the desire for posthumous fame irrational?

22. What, if anything, should be done about the « obesity epidemic »?

23. Why has Africa done so badly economically?

24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played?

27. It has been said that architecture is frozen music. Does this make any sense?

28. « Old poems such as Beowulf, The Faerie Queene and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the ‘great’ poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman’s His Dark Materials trilogy. » [The Economist]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don’t respect them?

34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

Philosophy (Sept 2009)

1. Are vague concepts incoherent?

2. Should we distinguish between persons, human beings, and their bodies?

3. Can computers think?

4. Does any ancient philosopher have something to teach moral philosophers today?

5. Does beauty lie in the eye of the beholder?

English (Sept 2009)

1. How European was Chaucer?

2. Discuss relationships between allegory and realism in any period.

3. « At that moment she felt that to be mistress of Pemberley might be something! » [Jane Austen] Discuss.

4. Write an obituary of Harold Pinter.

5. Discuss ONE of the following in relation to the literature of any period: apocalypse, Biblicism, commemoration, dialect, enclosure, fortune, geriatrics, homoeroticism, imprisonment, justice, kingdoms, letters, manners, notions, options, pain, questions, republicanism, stupidity, testaments, unimaginability, verisimilitude, wealth, X-Men, youth, zillionaires.

History (Sept 2009)

1. Is Greek sexuality worth studying?

2. To what end did William the Conqueror assert continuity between his rule and that of Edward the Confessor?

3. « Medieval kings were like modern drinks dispensers; when they didn’t do their job, you kicked them till they did. » Discuss.

4. « Like all revolutions, the French Revolution was deeply reactionary. » Do you agree?

5. Did Peel or Disraeli do more to found the Conservative party?

PHILOSOPHY I

September 2008 Fellowship Examination All Souls College

Candidates should answer THREE questions

1. If belief can come in degrees, can knowledge?

2. Might whether S knows that p turn on the importance to S of the truth of p ?

3. Could someone know nothing? If not, how close could they get?

4. Must an account of modality allow that there might have been nothing?

5. Can an object have a property only if it exists?

6. ‘There is one thing of which one can say neither that it is one metre long, nor that it is not one metre long, and that is the standard metre in Paris’ [WITTGENSTEIN ]. Really?

7. Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?

8. Does tense logic rest on a mistake?

9. What is reference?

10. What are the problems of vagueness and how should they be solved?

11. Are smells particulars or universals?

12. ‘The Labour Party believes that we should join the Euro.’ Is there any sense in which the Labour Party has beliefs?

13. Why has so little progress been made in understanding consciousness?

14. Must someone with absolute pitch have a different experience of notes from someone wit hout?

15. Could we feel a pain in someone else’s body?

16. Can photographs be true or false? If not, why not?

17. What is a person?

18. Can you forgive someone who has done you no harm?

19. If two moral theories deliver different verdicts as to the right course of action should you simply comply with the verdict of the theory you assign the highest credence to?

20. What is the relation between reasons and morality?

21. In what sense, if any, can morality be objective?

 22. What sort of equality should egalitarians favour?

23. ‘It is a fundamental objection to utilitarianism that it undermines the distinction between what we do and what we allow to happen.’ Is it?

24. What should modern philosophers learn from Aristotle’s treatment of EITHER pleasure OR the infinite?

25. Does Kuhn’s idea of a paradigm shift have any application within philosophy itself?

26. Are simpler theories more likely to be true?

27. Are philosophers of maths preoccupied with set theory rather than the practice of ordinary mathematicians?

28. What is the importance to political philosophy of the nation state?

29. Should the state be neutral between conceptions of the good?

30. ‘[A]ll the great philosophical discoveries are discoveries of the obvious ’ [H.H. P RICE ] . Discuss.

A comparer avec les sujets du bac français de cette année:

Les premiers sujets du Bac 2013

Le Figaro

17/06/2013

«Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?» ou «La science se limite-t-elle à constater les faits?». Les sujets de l’épreuve de philosophie sont tombés.

L’épreuve reine de philosophie a donné lundi le coup d’envoi du baccalauréat: gorge serrée ou décontraction affichée, les 338.186 candidats au bac général ont entamé lundi à 8H00 leur première épreuve écrite de la session 2013 avec la philosophie, pour laquelle ils disposent de trois sujets au choix et de quatre heures pour plancher. Voici les sujets pour chaque série:

• Série L (littéraire), coefficient 7

– Le langage n’est-il qu’un outil?

– La science se limite-t-elle à constater les faits?

– Expliquer un texte de René Descartes extrait de «Lettre à Elisabeth»

• Série S (scientifique), coefficient 3

– Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?

– Le travail permet-il de prendre conscience de soi?

– Expliquer un texte de Henri Bergson extrait de «La pensée et le mouvant».

• Série ES (économique et social), coefficient 4

– Que devons-nous à l’Etat?

– Interprète-t-on à défaut de connaître?

– Expliquer un texte d’Anselme extrait «De la concorde»

Plus de 660.000 candidats

La philosophie figure au programme du baccalauréat de façon quasi ininterrompue depuis sa création sous Napoléon en 1808. À l’origine, c’était un examen oral, en latin. «C’est une singularité qui nous fait honneur dans notre pays, qui est quand même le pays des grands philosophes», souligne Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco).

Au total, 664.709 candidats (-5,45 % sur un an) tenteront de décrocher le diplôme en 2013, dont la moitié (51 %) au bac général, près d’un tiers (28 %) au bac pro et un cinquième (21 %) au bac techno.

Une vigilance particulière est portée cette année à la lutte contre la fraude ,avec la généralisation des détecteurs de téléphones portables dans toutes les académies. Après l’épreuve inaugurale de lundi, les candidats poursuivront un marathon écrit d’une semaine. Ils devront patienter jusqu’au 5 juillet pour savoir s’ils ont décroché leur diplôme. Le doyen des candidats a 91 ans. Le plus jeune n’a que 13 ans.

(Avec AFP)

Voir encore:

Bac 2013 : le corrigé des épreuves de philo de Luc Ferry

Assma Maad

Le Figaro

17/06/2013

Le philosophe Luc Ferry décrypte pour le Figaro Étudiant ,les sujets du bac philo 2013. Il a choisi la dissertation sur le travail, le langage et la morale.

Pour réussir la dissertation de philosophie au baccalauréat ,l’ancien ministre de l’Éducation, Luc Ferry encourage à prendre le sujet au sérieux. La dissertation ne doit pas sortir des sentiers battus, elle doit rester relativement classique. D’abord il faut identifier le sens du sujet, c’est l’introduction. Dans l’exercice de la dissertation, exprimer ses opinions ne suffit pas, il faut les argumenter les positions qui ne sont pas les siennes.

Au 19ème siècle, l’épreuve de philosophie a été instaurée pour aider à former des citoyens. Il faut donc s’interroger sur le sens profond du sujet, le sens pour soi, le sens pour la société. Il est indispensable de s’inspirer de l’opinion publique, générale, pour ensuite la dépasser. Mais attention aux exemples dans l’actualité, ils sont dangereux selon Luc Ferry. On peut les mobiliser au début de la dissertation, car il faut partir des opinions courantes. Mais on part de l’apparence et on va au-delà, pour essayer de voir ce qu’il y a derrière…

Parmi les nombreux sujets tombés ce lundi matin pour l’épreuve de philosophie, l’ancien ministre a d’abord choisi de s’exprimer sur le travail, une notion qu’il juge «intéressante».

Le travail permet-il de prendre conscience de soi? (Bac S)

Il est possible de commencer par une première partie dans laquelle il faut expliquer l’étymologie du mot travail, «tripalium», un instrument de torture inventé au Moyen Âge. On peut élaborer une première partie où vous êtes l’ennemi du travail, le travail est ennuyeux, pénible, il est une torture, et ne sert qu’à gagner sa vie… Cette partie est donc hostile au travail.

La seconde est plus intelligente, éloignée des opinions courantes traditionnelles à la première partie… Il faut rappeler que dans l’histoire du travail, des siècles durant l’aristocrate s’est défini comme celui qui ne travaillait pas. À partir du 17ème siècle, on a eu contraire, l’idée que le travail est un vecteur d’émancipation de soi. On prend conscience de ses limites, de ses capacités… Cette seconde partie fait donc l’apologie du travail.

En conclusion, vous pouvez conclure en évoquant Baudelaire: travailler est plus amusant que s’amuser.»

Le langage n’est-il qu’un outil? (Bac L)

Comme il faut toujours commencer par les opinions courantes… il est judicieux de dire que le langage est avant tout un instrument de communication. Dans cette perspective là, il semble bien que l’on peut traduire tous les outils dans toutes les langues. Ce qui importe c’est le contenu de ce qui est transmis, la traduction est un signe que le langage est un outil. Je ferais donc une première partie avec Nicolas Boileau et l’Art poétique :« Rien n’est beau que le vrai: le vrai seul est aimable. Il doit régner partout, et même dans la fable… Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément». Donc je ferais une première partie sur le langage comme instrument de communication. Le langage est l’inessentiel, l’essentiel est le contenu. L’essentiel c’est le message, et pas le messager.

Je partirais de Nietzsche dans une seconde partie. Selon lui il y a deux types de langage. Le langage de la vérité, inspiré du modèle socratique, est un langage outil. Gorgias, expliquait que le «vrai sophiste parle pour ne rien dire». Qu’est-ce que cela veut dire qu’un langage qui ne dit rien? Cela veut dire que le langage peut avoir une fonction de séduction, il peut avoir une fonction poétique… par exemple le langage amoureux n’est pas un langage de vérité, mais un langage qui vise à charmer, à persuader, à convaincre,…Dans le poème l’Albatros de Baudelaire, est racontée l’histoire d’un oiseau qui essaie de décoller, qui est lourd. Mais une fois dans le ciel il est d’une élégance magnifique. Dans le sens du langage outil c’est l’histoire d’un oiseau qui n’arrive pas à décoller. Il ne reste rien du poème quand il s’agit juste de transmettre du contenu… Donc on voit bien qu’il y a une fonction du langage qui est toute autre que celle d’être un outil.

Enfin, dans une troisième partie on peut s’interroger sur le langage séducteur. Est-ce que finalement ce n’est pas un outil de séduction? Même s’il ne s’agit pas de transmettre un contenu… Quand on utilise le langage pour séduire, comme le discours amoureux (qui est plein de mensonges. On peut prendre l’exemple d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté qui ment tout le temps et qui est décrite par Hésiode comme une déesse des apparences), est-ce que ça ne reste pas finalement un outil? La séduction reste quand même l’objectif…

Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique? (bac S)

Encore un coup de Cahuzac ! (rires, ndlr) C’est un sujet qui porte sur ce qu’Hegel appelait la «belle-âme». Il y a un certain nombres de moralistes qui considèrent que la politique est une chose sale. Ce sera ma première partie. Pour agir moralement il ne faut pas s’engager en politique. S’engager en politique, c’est s’engager dans la «real politique», donc s’engager dans le cynisme, donc dans des aventures qui sont forcément impures. Le modèle est inévitablement Gandhi, celui qui a les mains pures parce qu’il n’a pas mis les mains dans le cambouis. C’est la distinction que fait Max Weber entre deux éthiques. L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. L’éthique de la conviction c’est la «belle âme», c’est Gandhi, celui qui est dans la pureté morale, parce qu’il ne s’est pas engagé. Puis il y a l’éthique de la responsabilité, du militaire ou du politique, de celui qui s’est engagé dans des réalités qui sont impures (qu’il y a-t-il de moins pur que la guerre?) Est-ce que l’éthique de la responsabilité, c’est le cynisme?

Je ferais une deuxième partie sur le fait que la «real politique», ou l’éthique de la responsabilité comme le dit Max Weber, n’est pas du tout l’impureté. Cette vision des choses est absurde. L’éthique de la responsabilité consiste à maintenir les objectifs moraux, mais en tenant compte de la réalité, elle n’abandonne pas les principes éthiques. Elle essaie de les appliquer autant qu’il est possible. Est-ce qu’en 1935 (un exemple que prenait souvent Raymond Aron ), on avait raison de ne pas intervenir contre Hitler, d’être pacifistes? Oui, du point de vue moral. Des intellectuels comme Alain ou Malraux étaient pacifistes car ils disaient que la guerre, c’est mal. Mais si on avait plongé les mains dans le cambouis en intervenant contre Hitler… on se serait engagé contre quelque chose d’ignoble en empêchant la Seconde Guerre Mondiale. On aurait eu une attitude plus morale que celle des pacifistes.

Voir enfin:

Raphaël Enthoven « A 20 ans, j’ai eu l’agrégation de philosophie, à la deuxième tentative »

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
L’Etudiant

Mai 2010

Élève en section A2 (l’actuel bac L) au lycée Henri-IV à Paris, Raphaël Enthoven a vite pris goût aux études. C’est en classe d’hypokhâgne qu’il a découvert l’esprit de compétition. Il a enchaîné avec l’École normale supérieure où il a appris à travailler beaucoup. Il revient sur ces années qui lui ont donné le goût d’enseigner, d’écrire (il vient ainsi de publier la « Dissertation de philo », chez Fayard) et d’animer aujourd’hui une émission de philo sur France Culture.

Raphael EnthovenQuels souvenirs gardez-vous du lycée ?

De la 6ème à la 2nde, j’étais au lycée Montaigne à Paris. Puis en classe de 1ère, je suis entré au lycée Henri-IV. J’ai le souvenir d’avoir rencontré en première Sabine Maurel, une professeure de français rêvée, idéale, passionnante et passionnée. Elle m’a fait découvrir Gustave Flaubert, Victor Hugo, Racine. Elle avait comme particularité de faire beaucoup de liens entre les écrivains et la philosophie, car elle était l’épouse de Jean Maurel, un grand professeur de philosophie. Elle faisait par exemple des rapprochements entre Victor Hugo et Nietzsche, ainsi qu’entre Apollinaire et Platon. Les cours qu’elle donnait étaient vraiment jubilatoires. Elle était très drôle. Elle pouvait se permettre des familiarités avec les auteurs, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Elle disait, par exemple, que « ça baisait chez Racine » ! Je me souviens d’avoir étudié une description d’une casquette dans Madame Bovary de Flaubert, dont je me sers encore 20 ans après. C’est un texte qui montre que plus on décrit un objet, moins on le voit : c’est le début du surréalisme !

Êtiez-vous bon élève ? Quelles étaient vos matières préférées ?

J’étais bon élève même si j’ai fait un bac A2 [ex-bac L spécialité langues]. À l’époque, on disait que c’était le bac des fainéants ! Cela dit, au lycée Henri-IV, ce n’était pas tellement le cas. Je me souviens qu’en latin, je devais rendre une version par semaine, et nous avions une interrogation écrite par jour. À cette époque d’ailleurs je travaillais tout le temps. Au départ, je ne le faisais pas par goût mais plutôt par nécessité, car j’espérais intégrer la classe d’hypokhâgne [classe préparatoire au concours de l’École normale supérieure] de mon lycée. En effet, même en étant déjà dans le lycée, ce n’était pas gagné, et il y avait une grosse sélection à l’entrée. À force de travailler, j’ai fini par aimer ça ! Toutes les matières me plaisaient, mais mes 3 préférées étaient sans conteste le français, la philosophie et l’anglais.

Quelle était l’ambiance ? Est-ce qu’on se tirait dans les pattes à Henri-IV ?

Au lycée pas du tout, il y avait une très bonne ambiance. En revanche, en intégrant la classe d’hypokhâgne, j’ai découvert l’esprit de compétition. J’y ai trouvé de vraies bêtes à concours qui n’hésitaient pas à se savonner la planche. Et puis j’ai vu des élèves vraiment étonnants. Il y en avait un par exemple qui avait lu la Critique de la raison pure de Kant, en allemand ! Mais ils étaient si savants qu’ils manquaient d’imagination et d’humanité. En intégrant la khâgne, j’ai eu aussi un choc. Alors que j’avais été un bon élève de terminale, je me suis retrouvé bon dernier jusqu’au concours. C’était nouveau pour moi. Mais ce fut aussi une leçon d’humilité, et finalement j’ai trouvé ça très enrichissant. Je pense que c’est un traumatisme nécessaire qui m’a permis d’avancer. Au petit concours [concours blanc] de khâgne par exemple, je me suis retrouvé 47e sur 55 ! Je m’étais juré qu’au prochain concours blanc, je serais dans les 30 premiers, ce que j’ai fait, mais entre-temps, 15 élèves avaient abandonné…

Votre père est un intellectuel célèbre et votre mère est journaliste. Vous ont-ils aidé dans vos études ?

Du moment que je ramenais à la maison de bons bulletins, ils ne m’embêtaient pas. J’achetais ma tranquillité avec mes bonnes notes. Ils étaient plutôt contents que je fasse Normale sup, surtout mon père qui y était très attaché. Je n’ai pas le souvenir qu’ils m’aient donné des conseils, que ce soit pour les études, pour la vie, ou même des conseils de morale. J’ai tout appris seul. En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème.

Et le concours d’entrée à l’École normale supérieure, c’est un bon souvenir ?

Disons que j’ai aimé les concours, car j’aime me mettre en danger. À ce moment-là, on joue très gros. Et puis, il y a un côté arbitraire et injuste dans la note. Mais en m’y préparant, j’ai pu faire des choses qui me semblaient au départ insurmontables. J’ai appris à travailler énormément, et dans l’urgence. À ne pas céder à la panique. J’ai également appris l’endurance. Autant de choses qui m’aident aujourd’hui. Je ne pense pas que je serais capable d’animer une émission tous les jours sur France Culture si je n’étais pas passé par une prépa. Je dirais que ce ne fut pas un rite initiatique mais un « rythme initiatique ». Mon seul défouloir était la boxe thaï, que je pratiquais assidûment après les cours.

À quel âge avez-vous pris votre indépendance ?

J’ai habité seul très tôt. À 18 ans en khâgne, j’avais déjà quitté mes parents, et j’habitais dans une chambre de bonne. Ensuite, j’ai gagné ma vie assez rapidement. À 19 ans, j’étais normalien et je gagnais 7.000 francs [soit 1.067 €] par mois [à l’École normale supérieure, les élèves sont fonctionnaires et sont rémunérés pendant leurs études], sans compter les cours particuliers que je donnais. En revanche, quand j’ai raté l’agrégation, j’ai dû demander à mes parents de m’aider, car pendant un an, je n’étais pas payé.

Pourquoi avez-vous échoué à l’agrégation ?

Le concours portait sur 3 auteurs, Aristote, Nietzsche et Spinoza. Je rencontrais des difficultés avec Aristote ! Et puis je me faisais une montagne du concours de l’agrégation, je ne pensais pas en être capable. Finalement, Aristote a été remplacé par un autre philosophe antique, Plotin. C’est peut-être ce qui m’a sauvé. J’ai eu l’agrégation à la 2nde tentative.

Avez-vous fait une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, en hypokhâgne, j’ai rencontré Jacques Darriulat. Grâce à ce professeur, j’ai su que la philosophie pouvait provoquer une joie sans égal, et que l’abstraction n’était pas l’ennemie du quotidien, au contraire. J’ai toujours voulu enseigner, mais avec lui, j’ai su que c’était effectivement ce que je ferais. Par la suite, j’ai été professeur à Lyon 3, et aujourd’hui, j’enseigne à Polytechnique.

Est-ce que les jeunes vous sollicitent ? Quels conseils leur donnez-vous ?

Récemment, j’ai rencontré un étudiant en médecine qui m’a dit qu’avant de m’écouter à la radio, il n’avait jamais eu l’idée d’ouvrir un livre de philo. Et à Polytechnique, certains de mes élèves s’inscrivent en fac de philo en parallèle. D’autres jeunes viennent me demander des conseils sur leur vie. Je leur réponds alors que je ne suis pas thérapeute ! Ils confondent la philosophie avec la psychologie. À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il.

Biographie

1975 : naissance à Paris.

1994 : il intègre l’École normale supérieure.

2002 : il rejoint le philosophe Michel Onfray à l’Université populaire de Caen.

2007 : il devient producteur des Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

Depuis 2007 : il est professeur de philosophie à l’École polytechnique.

2007 : il publie « Un jeu d’enfant : la philosophie », aux éditions Fayard.

Depuis 2008 : il anime l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte, et tous les jours, de 10 h à 11 h, les Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

2009 : il publie « l’Endroit du décor », aux éditions Gallimard.

2010 : publication, sous sa direction, de la « Dissertation de philo » (éditions Fayard), ouvrage dans lequel il fait décortiquer par des enseignants des thèmes au programme du bac.


Examens: Vous pouvez maintenant retourner votre feuille (You may now turn over your papers: Looking back at the world’s hardest exam)

17 juin, 2013
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/da/All_Souls_College_Oxford_(5647145915).jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/9ad12-codringtonlibrary252callsoulscollege252coxford252cengland.jpghttps://pbs.twimg.com/media/BKJMHluCMAAjdIZ.jpgC’est ici qu’a été gagnée la bataille de Waterloo. Wellington (parlant d’Eton et cité par Montalembert)
The College of All Souls of the Faithful Departed, of Oxford, mieux connu sous le nom de All Souls College, est l’un des colleges constitutifs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. All Souls est un collège tout à fait singulier à Oxford car tous ses membres sont automatiquement fellows, c’est-à-dire membres du conseil dirigeant le collège. Chaque année, parmi les undergraduates (étudiants préparant le bachelor’s degree) qui passent leur diplôme de fin d’études, ceux ayant les meilleurs résultats sont invités à passer un concours particulier pour devenir fellow d’All Souls. Deux seulement sont élus chaque année. C’est pourquoi être fellow d’All Souls est vu au Royaume-Uni comme l’un des plus grands honneurs universitaires. Ces fellows sont connus sous le nom de Prize Fellows, la durée de leur fonction est de sept ans, et ils sont à peu près une douzaine dans le collège en même temps. Les autres catégories sont celles de Senior Research Fellows, Post-Doctoral Research Fellows, Fifty-Pound Fellows (ouvert seulement aux anciens Fellows qui n’ont plus de poste à Oxford) et Distinguished Fellows. Il y a également beaucoup de Professorial Fellows qui tirent leur fonction de leur poste dans l’Université. Wikipedia
The examiners concentrate particularly on the essay and the two general papers, which give a better impression of intelligence in depth. It takes a month to mark the papers and then invitations are sent out to the shortlisted candidates to dine, one by one, in college. I did not receive an invitation. Again, it is not made clear what behaviour is expected at the dinner, but a clue is given in its slang name, « the knife-and-fork test ». The implication is that those candidates considered academically sound enough to pass the exam stage should also be able to engage in mature, cosmopolitan conversation and know their way around a dinner table. Cherry pie is served to see what the candidates do with the stones. A L Rowse thought that the best thing to do was swallow them. He was elected, but was still not sure, 70 years later, whether he was right to do so. Harry Mount
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis? Exemple de question d’entrée au All souls college d’Oxford
Pourquoi la Grande-Bretagne n’a-t-elle pas de culture du café ? Exemple de question d’entrée au All souls college d’Oxford

Alors que commencent (avec l’épreuve-reine de philosophie aujourd’hui) les épreuves du baccalauréat pour près de 665 000 lycéens français (pour un coût total, entre cours non assurés – 3 semaines ! – et multiplication des langues évaluées – jusqu’à 57 ! – options facultatives et création d’épreuves supplémentaires), plus d’un milliard et demi d’euros) …

Comme celles, en Grande-Bretagne de l’examen plus ou moins équivalent dit du A- level …

Retour sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits « examen de la fourchette et du couteau ») …

Et notamment les fameuses questions de culture générale …

Qui, si depuis trois ans la légendaire « question à un mot » n’existe plus (un simple nom – « eau », « moralité », « style” “censure », « charité,” “reproduction,” “noveauté”, “chaos”,  “pitié” – à discuter en trois heures), n’en semblent pas plus faciles pour autant  …

Oxford Tradition Comes to This: ‘Death’ (Expound)

Sarah Lyall

The New York Times

May 27, 2010

OXFORD, England — The exam was simple yet devilish, consisting of a single noun (“water,” for instance, or “bias”) that applicants had three hours somehow to spin into a coherent essay. An admissions requirement for All Souls College here, it was meant to test intellectual agility, but sometimes seemed to test only the ability to sound brilliant while saying not much of anything.

“An exercise in showmanship to avoid answering the question,” is the way the historian Robin Briggs describes his essay on “innocence” in 1964, a tour de force effort that began with the opening chords of Wagner’s “Das Rheingold” and then brought in, among other things, the flawed heroes of Stendhal and the horrors of the prisoner-of-war camp in the William Golding novel “Free Fall.”

No longer will other allusion-deploying Oxford youths have the chance to demonstrate the acrobatic flexibility of their intellect in quite the same way. All Souls, part of Oxford University, recently decided, with some regret, to scrap the one-word exam.

It has been offered annually since 1932 (and sporadically before that) as part of a grueling, multiday affair that, in one form or another, has been administered since 1878 and has been called the hardest exam in the world. The unveiling of the word was once an event of such excitement that even non-applicants reportedly gathered outside the college each year, waiting for news to waft out. Applicants themselves discovered the word by flipping over a single sheet of paper and seeing it printed there, all alone, like a tiny incendiary device.

But that was then. “For a number of years, the one-word essay question had not proved to be a very valuable way of providing insight into the merits of the candidates,” said Sir John Vickers, the warden, or head, of the college.

In a university full of quirky individual colleges with their own singular traditions, All Souls still stands out for the intellectual riches it offers and the awe it inspires. Founded in 1438 and not open to undergraduates, it currently has 76 fellows drawn from the upper echelons of academia and public life, most admitted on the strength of their achievements and scholarly credentials.

Previous fellows include Sir Isaiah Berlin, Sir Christopher Wren, William Gladstone and T. E. Lawrence (of Arabia). Hilaire Belloc and John Buchan are said to have failed to get in. In recent years, fellows have included a Nobel Prize winner, several cabinet members, a retired senior law lord and a lord chancellor.

In addition, two young scholars are chosen each year from among Oxford students who graduated recently with the highest possible academic results. Called examination fellows, they get perks including room and board, 14,783 pounds (about $21,000) a year for a seven-year term and the chance to engage in erudite discussions over languorous meals with the other fellows.

But first they have to take the exam. It consists of 12 hours of essays over two days. Half are on the applicants’ academic specialties, the other half on general subjects, with questions like: “Do the innocent have nothing to fear?” “Isn’t global warming preferable to global cooling?” “How many people should there be?” and the surprisingly relevant, because this is Britain: “Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?”

Those are daunting enough. But it is the one-word-question essay (known simply as “Essay”) that candidates still remember decades later. Past words, chosen by the fellows, included “style,” “censorship,” “charity,” “reproduction,” “novelty,” “chaos” and “mercy.”

It was not a test for everyone.

“Many candidates, including some of the best, seemed at a loss when confronted with this exercise,” said Mr. Briggs, a longtime teacher of modern history at Oxford.

Others found it exhilarating. “Brilliant fun,” a past applicant named Matthew Edward Harris wrote in The Daily Telegraph recently, recalling his 2007 essay, on “harmony.”

He had resolved, he said, that “No matter what word I was given, I would structure my answer using Hegel’s dialectic.” And then, like a chef rummaging through the recesses of his refrigerator for unlikely soup ingredients, he added a discussion of Kant’s categorical imperative and an analysis of the creative tensions among the vocalists in Crosby, Stills, Nash and Young (he didn’t get in).

The writer Harry Mount, an Oxford graduate and the author of “Carpe Diem: Put a Little Latin in Your Life,” didn’t get in, either. His essay, in 1994, was on “miracles.”

What was in it?

“Crying Madonnas in Ireland, that sort of thing,” Mr. Mount said. “And the battle between faith and cynicism. I was a cynic and didn’t believe in miracles, and perhaps that was bad. I had just read about Karl Popper and his theory of falsification, so I threw in a bit about that.”

Justin Walters, the founder and chief executive of Investis, an online corporate communication service company, said that writing his essay, on “corruption,” was not half as bad as the oral exam several weeks later, conducted by a long row of fellows peering across a table.

“ ‘Mr. Walters, you made some very interesting distinctions in your essay. Are you prepared to defend it?’ ” he remembered one of the fellows asking. Unfortunately, he had only a vague recollection of what he had written. “You’re the teacher — you figure it out,” he recalled thinking. (He must have done something right: he got in.)

Sir John, the current college warden, has worked as the Bank of England’s chief economist and been president of the Royal Economic Society, among other jobs. He draws a self-protective veil over the memory of his own essay, in 1979, on “conversion.”

“I do shudder at the thought of what I must have written,” he said.

Voir aussi:

The word on Oxford University’s All Souls fellows exam is: axed

Oxford University’s All Souls college is dropping its historic one-word entrance essay

Jessica Shepherd, education correspondent

The Guardian

14 May 2010

It is thought to be the hardest exam in the world. For almost a century, just a handful of the brightest young Oxford graduates have been picked to sit it each year and often only one is successful.

But this year, for the first time, the All Souls fellows exam is dropping its most gruelling element – the one-word essay question. The task has defeated even the most brilliant of minds in requiring them to open an envelope, inside which is a card with a single word – for instance, innocence or morality – and to write coherently about the subject for three hours.

The historian Lord Dacre and the author Hilaire Belloc were not up to the challenge, unlike the philosopher Sir Isaiah Berlin and the judge Richard Wilberforce. Those who excel, and who succeed in four other – more conventional – papers, are admitted to Oxford University’s graduate-only college, All Souls.

The title All Souls fellow propels them, in their early 20s, to academic stardom. Fellowship lasts for seven years and comes with a stipend of £14,783 a year.

The one-word essay holds such mystique that crowds are said to gather outside the ancient university’s exam hall to learn which word has been set. Past titles have been water, miracles and bias.

So it is after much consideration that the college’s dons have voted to scrap it.

Sir John Vickers, the head of All Souls and former member of the Bank of England’s monetary policy committee, said that in recent years the essay had « not proved so useful » as a test of the qualities for admission – namely « exceptional analytical ability, breadth and depth of knowledge, independent-mindedness and clarity of thought and expression ».

The remaining four exams are a mix of general papers, and subject papers such as English literature, law and classics.

« We have dropped it with some regret. It was the part of the exam where everyone did the same thing, but experience shows that we get more insight into candidates’ abilities when they are free to choose from question papers, » said Vickers.

Professor Terence Kealey, who studied for his doctorate at Oxford and is vice-chancellor of the University of Buckingham, said it was a great shame to drop the paper. « The one-word question tests an individual’s creativity while forcing them to align with scholarly rigour, » he said.

Robin Briggs, a historian and emeritus fellow at All Souls, who passed the exam in 1964, aged 22, said it was « too esoteric, even for Oxford ». Just remembering the ordeal makes him shudder, he said. In his year, the word was innocence.

Elizabeth Chatterjee, 23, who passed in 2008 when the word was novelty, said that in her year candidates spent the first hour wandering around the exam hall, thinking and sipping water.

Voir également:

All Souls, Oxford should continue to put genius to the test

For more than a century, prospective Fellows of All Souls, Oxford have had to sit a frightening exam paper that contains no questions and just one word. Now it has been dropped – and Harry Mount (failed, 1994) says the college is the poorer for it.

Harry Mount

Telegraph

19 May 2010

Swots across the country are weeping over their trigonometry textbooks this week, because the hardest exam in the world has just got easier. Dumbing down has seeped upwards into Britain’s seat of highest learning.

All Souls College, Oxford – the graduates-only college, where the brainiest of brainiacs breathe a rarefied intellectual air in three Gothic quads strung along the High Street – has just dropped the most difficult part of its entrance exam.

And I should know quite how difficult it is – I failed it in 1994. At least I am in eminent company: the historian Lord Dacre, the literary critic Lord David Cecil, and the writers John Buchan and Hilaire Belloc all failed. Sir Isaiah Berlin, John Redwood, William Waldegrave and the journalist Matthew d’Ancona passed. As did Sir Jeremy Morse, the banker and former chancellor of Bristol University, who gave his name to Colin Dexter’s Oxford detective.

Since 1878, anyone with a First in their Oxford undergraduate Finals has been invited to sit the All Souls Prize Fellowship Examination at the end of September – a gruelling, three-day ritual, with six three-hour exams, one each morning and afternoon. Only those who have sat their Finals within the past three years are eligible; so the examinees tend to be in their early twenties. Women have been admitted since 1979. Of the 500 undergraduates who take a First each year, only 30 or so accept the invitation to go for one of the two annual Prize Fellowships. It says something for David Cameron’s modesty that, despite getting a First in PPE in 1988, he refused to sit the exam. I was more arrogant.

I sat two specialist papers on history, my undergraduate subject, two general ones and a language paper. And then came the hardest, most brain-straining paper of all – the one simply called « Essay »; the one the All Souls softies have now decided to drop altogether. The horrifying thing about Essay is not how difficult it is, but how simple. You turn over the plain blank sheet of A4 paper, and there is a single word on it; you have nothing else to write about for the next three hours. My word was « Miracles ». Other words have included Bias, Style, Chaos, Mercy, Innocence, Novelty, Morality and Water. A L Rowse (1903-97), the waspish Shakespearean scholar, won his Prize Fellowship by writing on « Possessions ».

The Essay is an exceptional test of intelligence. Ask someone when the Battle of Hastings took place, and they’ll either get it right or wrong. Ask them, « How did Athens run the Laurium silver mines? » – as I was asked in my ancient history Finals – and the answer is still pretty specific. But ask someone – or don’t even ask them, just state to someone – a single word, and there’s infinite room for genius, or stupidity, to expand within the word’s parameters.

« It’s not the sort of exam you can blag, » says a friend of mine, who sat the exam in 1993, when the Essay was « Error ». « It was the first exam that I’d ever come across where I couldn’t fall back on native wit and blagging, as I had done with my Finals. »

So, I’m afraid I must disagree with the Warden of All Souls, Sir John Vickers, a former member of the Bank of England’s monetary policy committee, who has just said that the Essay is no longer useful for testing the qualities for admission – « exceptional analytical ability, breadth and depth of knowledge, independent-mindedness and clarity of thought and expression ». All of those qualities are brilliantly tested by Essay, which also has a magical romance to it that you don’t normally associate with exams. And All Souls is poorer by its passing. Taking away Essay removes a chunk of mystique from this most mysterious of Oxbridge colleges.

Founded in 1438 for poor scholars by Archbishop Chichele, All Souls was intended as a place of learning and prayer for non-monastic clergy, and as a chantry for all souls of the faithful departed; hence the name. It was particularly associated with the late king, Henry V, and soldiers who had died in the Hundred Years’ War with France. Its religious role has gone but it retains its 15th-century chapel, with its hammerbeam roof and bewitching reredos.

For all the ancient other-worldliness of All Souls, the beauty of the Fellowship Examination is that it allows some fellows to leave the cloistered world of academe. Both annual fellowships last seven years (and both come with a yearly £14,783 scholarship), but only one of them is purely academic. The other fellow – known as a « Londoner » by the academics – is encouraged to make his way in the outside world, typically in journalism, law or politics.

Londoners can still do some scholarly work on the side: John Redwood went to work for Robert Fleming, the merchant bank, while spending his weekends at All Souls writing his thesis: « The Fear of Atheism in England from the Restoration to Berkeley’s Alciphron ».

Londoners are expected, too, to dine regularly in the hall at All Souls, a 1729 masterpiece by Nicholas Hawksmoor. It was into that hall that we candidates were led on our first morning by the Manciple – the college steward. However glittering the All Souls alumni are, I could see why John Strachey, the Labour MP and Spectator writer, said of the All Souls buildings and their inhabitants, « the birds are not worthy of the cage ». Hawksmoor’s hall is Gothic outside and classical inside – an Ionic screen and shell-headed niches are topped by a ceiling lined with ornate baroque pouches. Ranged around the room are portraits of distinguished Fellows. Outside in the quad sits a handsome sundial designed in 1658 by the All Souls bursar – who happened to be Sir Christopher Wren.

The whole set-up was all rather intoxicating and I could see why lots of Fellows walk through the medieval oak door on the High Street in their early twenties and don’t leave until they are carried out, feet first, 60 years later.

My stay was a little shorter. I did my best on the two history papers, with questions such as: « Consider the problems raised by one or more of the following for those with property in Britain in any period of your choosing: dowagers; daughters; younger sons; bastards. » I tried my hardest on the two general papers – sample question: e_SDLq’If a man could say nothing against a character but what he could prove, history could not be written’ (Samuel Johnson). Discuss. » And I struggled through the translations paper, which consists of several passages in different languages: ancient and modern Greek; ancient and medieval Latin; French; German; Italian; Spanish; Russian; ancient Hebrew. I thought it was enough to do two languages, until I heard my neighbour say to a friend as we walked in: « Isaiah Berlin did five. I’m going to try four. »

But it was the Essay on Miracles that left me floundering. I did a bit on weeping Madonnas and liquefying saints’ blood, and struggled to the end with some stuff on miracles being battles between cynicism and faith. It wasn’t enough.

After a month spent marking the papers, the Fellows send invitations to shortlisted candidates for dinner – the « knife and fork test ». I never got the invitation for dinner, and so never got to sit the last bit of the exam. The Fellows of All Souls may have foolishly got rid of Essay, but they still retain one last romantic, mystical trial: cherry pie is served for pudding, to see what the candidates do with the stones. AL Rowse swallowed his. He still wasn’t sure, 70 years later, whether he’d done the right thing.

Voir encore:

A few things pointy-heads should know

All Souls fellowships are for the seriously brainy. Harry Mount, like Belloc and Lord Dacre, failed

Harry Mount

New Statesman

04 October 1999

If you happen to be in Oxford at the moment and find yourself strolling down the High Street, you might catch a group of 30 or so people in their early 20s, nervous but determined-looking, filing through an oak door into one of the medieval buildings that line the street. Look closely, for among their number may be the geniuses of the next millennium. That door is the door to All Souls college, and the 30 people are this year’s entrants for the All Souls fellowship examination.

If intelligence can be measured by exams, the All Souls Fellows by examination are the cleverest people in the country. There is some debate over which is the hardest exam in the world. Honour moderations in classics, again at Oxford, were the holders of the title for years, with their 12 three-hour exams over six days. They were usurped this century by the Chinese civil service entrance examination, a ten-day, all-day ritual. But in terms of the quality of the candidates, there is probably nothing to rival the All Souls exams, which began on 30 September and last for three days.

Founded in 1438 for poor scholars by Archbishop Chichele, All Souls was to be a place of learning for the non-monastic clergy and a place of prayer, a chantry for all souls of the faithful departed, associated particularly with the late king, Henry V, and those who died in the Hundred Years’ War with France. It has changed since then, but remains the only medieval foundation to have retained its original intention as being an entirely graduate college.

Until the late 19th century, the Fellows were not a particularly distinguished lot, installed mostly by virtue of blood ties to the original founder. But in 1878 the prize fellowships were set up, and the college began to attract the great minds of England.

Invitations to sit the exam are sent only to those who have got a First in their finals. Only those who have graduated within the past three years are eligible – hence, most of the candidates are under 25. Of the 500 who take Firsts every year, only 30 apply, to fight for two fellowships each year. Both last seven years, but are usually extended. One is purely academic – the winner researches full time on anything they want to. The late A L Rowse and the late Sir Isaiah Berlin were both originally academic Fellows. The other fellowship goes to a star who has opted for a non-academic career – typically the law, politics or journalism. John Redwood, William Waldegrave and Matthew d’Ancona, deputy editor of the Sunday Telegraph, are non-academic Fellows, known as « Londoners » by the academics. (The name of Colin Dexter’s famous detective was inspired by a Londoner – Sir Jeremy Morse, now chancellor of Bristol University.)

The Londoners are obliged to do nothing, but are expected to publish something scholarly and dine regularly at the college. Redwood, for instance, on leaving Oxford and gaining his fellowship, spent his days working for a merchant bank and his evenings writing a thesis: The Fear of Atheism in England from the Restoration to Berkeley’s Alciphron.

Part of the attraction of the fellowship is financial. The sum of £9,000 a year is useful for the aspiring lawyer and a real bonus for an academic. But more alluring is the kudos. The intellectual connotations of an All Souls fellowship are significant and the struggle to get one intense. Hilaire Belloc, John Buchan and Lords David Cecil and Dacre all failed the exam. David Gilmour, in Curzon, his life of Lord Curzon, viceroy of India and almost prime minister in the 1920s, describes how upset Curzon was on getting a Second in his classics finals. He « thought a Second would be so humiliating and make his life so insupportable that he would have to retire somewhere and hide his face from the world ». Curzon wrote that he would devote his future to « showing the examiners that they had made a mistake ». The best way of showing them was to win the All Souls fellowship which, after a year’s study, including a volume of Gibbon every two days, he duly did.

There were no signs of future eminence among the candidates when I took the exam in 1994. If anything, there was a general feeling of embarrassment; we had all chosen to spend three days doing this gruelling exam and we had really chosen to do so for one reason only – because we wanted to show how brilliant we all were. The young lawyers and academics, for that is what they mostly were, swapped tales of how unlikely success was and how they had not really wanted to take part.

Yet there can be few more pleasant rooms to sit an exam in than the hall of All Souls, into which we were led on our first morning by the Manciple – the college steward. Even with an eye on the staggering list of alumni, there is a resonance to what John Strachey, writer and politician, said of the buildings and their inhabitants: « the birds are not worthy of the cage ». Built by Hawksmoor in the early 18th century, the hall is Gothic without and classical within – shell-headed niches and an Ionic screen are topped by a ceiling lined with ornate Baroque pouches. Ranged around the room are portraits of Fellows ancient and modern. (Women had to wait until 1979 and the wardenship of Sir Patrick Neill, the chairman of the Committee on Standards in Public Life.)

There are six papers in the exam, each of three hours (one each morning and afternoon). The first two, specialist papers on the subject you did for your finals, were not unlike finals but with a little extra spice to the questions: « Consider the problems raised by one or more of the following for those with property in Britain in any period of your choosing: dowagers; daughters; younger sons; bastards. »

The two general papers on the second day test for a broad erudition that cannot be effectively revised for, with a mixture of topical and philosophical questions:  » ‘If a man could say nothing against a character but what he could prove, history could not be written’ (Samuel Johnson). Discuss. »

The general papers are mere limbering-up exercises for the toughest test, held on the morning of the third day, simply called « Essay ». We were presented with a sheet of A4 with one word on it: « miracles ». Past years have thrown up the words « chaos » and « mercy ». A L Rowse wrote on « possessions ». The general nature of the question meant that there was room for pretty much any answer and, by inference, infinite room for brilliance and invention.

I struggled through with some thoughts on all the miracles I had ever heard of – weeping Madonnas, liquefying saint’s blood – some very basic definitions of the word miracle and a conclusion about miracles being a battle between faith and cynicism.

Towards the end of the three hours, I glanced at a neighbour’s rough plan. Beneath the first sub-heading, « Popper and the proving of miracles », stretched a page-long list of Karl Popper’s works, each of them summarised in note form.

The last paper – translations – consisted of a variety of passages in different languages: ancient and modern Greek; ancient and medieval Latin; French; German; Italian; Spanish; Russian; ancient Hebrew. On going in, I felt confident about the Latin passage I was going to concentrate on until I heard my neighbour, the one who had written about Popper, confide in a friend: « Isaiah Berlin did five. I’m going to try four. »

The examiners concentrate particularly on the essay and the two general papers, which give a better impression of intelligence in depth. It takes a month to mark the papers and then invitations are sent out to the shortlisted candidates to dine, one by one, in college. I did not receive an invitation. Again, it is not made clear what behaviour is expected at the dinner, but a clue is given in its slang name, « the knife-and-fork test ». The implication is that those candidates considered academically sound enough to pass the exam stage should also be able to engage in mature, cosmopolitan conversation and know their way around a dinner table. Cherry pie is served to see what the candidates do with the stones. A L Rowse thought that the best thing to do was swallow them. He was elected, but was still not sure, 70 years later, whether he was right to do so.

 Voir de même:

The knife and fork test?

Mary Beard

A Don’s Life

The TIMES LITERARY SUPPLEMENT

July 28, 2006

There has been disappointing news about university entrants. The number of kids from state schools going to university has fallen. So has the number from the poorest families going to what are called “leading universities”. So too (though no-one seems quite so bothered about this one) has the number of boys.

News like this tends to provoke another round in the favourite national sport of Oxbridge bashing. The general line is that we sit round after dinner, quaffing our claret and plotting to let in thick privately educated toffs, and keep out the brightest and best from ordinary schools. Just occasionally this is backed up by a cause célèbre: an unlucky applicant with 15 A stars at GCSE and a raft of perfect A levels who was rejected, in favour (so the implication is) of a less qualified bloke who knew how to hold his knife and fork.

Everyone (apart from us) likes this kind of stuff. Tabloids push the hard-luck story. The broadsheets play to the anxieties of a middle-class readership wondering if their children or grand-children are going to make it. And for the Labour front bench, deploring the wickedness of elitist academics is a cheap way of reassuring the back bench rebels that they still have some kind of concern for social justice.

Of course, it’s not like that at all. One problem with the cause célèbres is that rules of confidentiality stop us from telling our side of the story. The unsuccessful candidate’s head teacher or parents can leak all they like about the unfortunate line of questioning (“You mean you’ve never been to the United States?”) or the general bad treatment (“The interviewer was two hours late and then turned up in a dinner jacket”).

We, by contrast, have to resort to general platitudes about the intensity of the competition and our 1000s of excellent applications with equally stellar paper qualifications. Sometimes that is the only explanation for rejection. But sometimes, I can assure you, there are other reasons why the apparently brilliant Miss X didn’t get a place. And on those we must keep quiet.

But the more general point is that it is absolutely preposterous to imagine that people like me would choose to teach the stupid rich in preference to the bright poor. Of course, we make mistakes occasionally or we say things in interviews (usually quite inadvertently) that irritate or even upset a candidate. But for as long as I have been doing Cambridge interviews (over 20 years now) we have been pursuing intellectual potential, not social and cultural advantage.

The trouble is that the pursuit of potential is an inexact science. Let me give you an (entirely imaginary) example. On the one hand: Candidate A — a girl living with an unemployed grandmother in bed and breakfast accommodation, and attending a school from which only 5% of the pupils proceed to higher education, who has got 4 As at A level. On the other hand: Candidate B — a boy from an extremely expensive public school, whose Mum and Dad met at Cambridge before proceeding to lucrative legal careers, who also has 4 As. It is obvious that it has taken a lot more for Candidate A to get to this point than Candidate B and her potential may well be greater (and I’m as sure as I could be that she would get a place). But that does not mean that Candidate B does not deserve a place too – and you couldn’t rule out the possibility that he was actually cleverer. After all, geniuses come from posh homes as well as poor ones.

So we do our best. We get trained how to interview more fairly (no knife and fork tests or class-specific questioning). We visit schools to encourage the best to apply (and not to be put off by what they read in the paper). And we get all the data that we can. Despite the recent fuss about such an initiative at Oxford, for years we have been given “adjusted A level scores” (which take account of their school’s overall performance) for all our candidates. But frankly we are not helped by the fact that school references are now open to the applicant, so we get a lot less straight talking from head teachers than we used to.

The bottom line is that it is politically naïve (as well as unfair) for a government to underfund the state education system and to take little effective action on social justice, and then to blame “leading universities” for not righting the wrongs they have perpetuated.

Voir par ailleurs:

‘You may now turn over your papers’

The Guardian

25 September 2010

This week those hoping to become All Souls fellows will sit ‘the hardest exam in the world’. The notorious one-word essay question may have been scrapped, but candidates still have to sit the General Paper. We asked four writers who thought their exam days were long behind them to attempt one question in strictly one hour

Mary Beard, classicist

Would it have been better had some surviving works of ancient authors been lost?

Classical studies are driven by the ambiguities of survival. It is not a question of what we have versus what we do not have (the surviving books of Dio’s History of Rome measured against the lost books of Tacitus’ – no doubt infinitely sharper – history of the last days of Nero). Classics, as a subject, engages in the curiosities, problems and discontents of survival. It builds on the puzzling, changing identifications of works that are transmitted via the scholarly hands of the monkish middle ages, or those dug up from the sands of Egypt. It makes us face how little we know about what the « survival » (or « loss ») of literature means.

Sometimes it’s clear enough. Diogenes, the second-rate, second-century AD epicurean philosopher, ensured his own survival by having his thoughts inscribed on the wall of his home city of Oenoanda in what is now Turkey. There was little chance of destroying that. But usually « survival » is a trickier question. Take the short essay « Constitution of Athens », now attributed to the anonymous « Old Oligarch ». Is this a work of the Athenian renegade politician Xenophon (with whose works it has been transmitted in medieval manuscripts)? Or is it a weird rightwing tract by a not very bright anti-democrat of about the same period – that is, the late fifth century BC? (Moses Finley always used to say that the modern pseudonym « Old Oligarch » was the problem here: it made him sound like an engaging elderly pub-philosopher, when in fact he was the closest the ancient word came to a fascist – with the exception of Plato.)

Or think, rather differently, of the archaic Greek poetess Sappho. A few of her poems survive, brilliant enough to define the history of love poetry for the next two and a half millennia (« Phainetai moi . . . » as the best one goes in Greek, copied by the Roman poet Catullus in « Ille mi par esse . . . »). But maybe Sappho’s reputation has been helped by what we no longer have. Most of her output was, we fear, interminable marriage hymns for the young ladies in her entourage. Lost, and well lost, perhaps.

To think more widely (and not to forget that the origin of Christianity was in the Roman empire), what difference has it made that the four canonical gospels have been canonised as such – so effectively consigning the variants to the scrap heap? The recently published Gospel of Judas gives a hint of a very different tradition, and one in which – as never happens in Matthew, Mark, Luke and John – Jesus actually laughs (with all the theological complexity that that involves – does God laugh?). Survival, or not, has theological implications and a theological history.

But the key example is that holy grail of classical scholarship – a holy grail because no one can agree whether it is lost or not – the second book of Aristotle’s Poetics (written in the mid fourth century BC). The first book of the Poetics deals with Aristotle’s theory of tragedy (the famous discussion of pity, fear and catharsis). The second book, or so we glean from other references in Aristotle, brought the reader back to comedy and to that tricky problem of laughter. The usual scholarly line here is to lament that this work did not make it through the middle ages. Umberto Eco’s novel The Name of the Rose (« spaghetti structuralism » according to Slavoj Žižek, but fun all the same) dramatised the disappearance of the last surviving copy: literally eaten as a subversive tract by a gloomy « agelastic » monk, before his whole monastery goes up in flames. And recently such leading scholars as Quentin Skinner have mourned its disappearance: if only we had Aristotle’s essay on comedy, writes Skinner, we would understand ancient laughter.

But has it disappeared? And what counts as disappearing? According to Richard Janko, valiantly reviving a (nearly lost) 19th-century theory, the weird little treatise « On Comedy » in a 10th-century manuscript (Tractatus Coislinianus, now in Paris, once on Mount Athos) is actually a summary of this lost work.

So is it or isn’t it? Scholarship has not gone with Janko. The essay in the Tractatus is a very mediocre little tract, and most likely – so the orthodox view goes – a jejune compendium of Aristotelian thought by a none-too-bright Byzantine monk. It includes, for example, some very plodding ideas of what makes an audience laugh (« silly dancing », is one prompt to laughter). But could we see it differently? According to Michael Silk (no admirer of the intellectual power of lost Aristotle) we might actually think that, in all its mediocrity, this mediocre work was a reasonable summary of some very mediocre Aristotle – altogether not worth saving. Let’s not lament its loss.

Who knows? But this should remind us of the perils of survival (as the question asks us to reflect). Sometimes the best may not survive (and classical nostalgia always suspects that we have inherited some dross while losing some gems). But maybe (and this would be a simplified version of Silk’s position on the second book of the Poetics) what we have lost was second-rate all along. Perhaps the history of the transmission of classical texts has been a pretty efficient sorting mechanism: the survival of the fittest.

In a way it was summed up towards the beginning of Tom Stoppard’s The Invention of Love. The play’s « hero », AE Housman, Cambridge professor and celebrity classicist, is going down to Hades from the Evelyn Nursing Home in Cambridge. He is delighted to interrogate Charon, the boatman taking him across the Styx, wanting to find out more about what happened in Aeschylus’ lost play, Myrmidons. Charon looks as if he can deliver. But the joke is that he only tells Housman the lines that Housman knows already, preserved in later quotations and no surprise at all.

The allure of survival turned out to be the survival of what Housman already knew. It complicates the idea of choice and loss.

Geoff Dyer, writer

Why are face transplants more controversial than liver transplants?

To get to the heart of this question it is worth examining the moment, in a sketch from the 1970s, when Tommy Cooper takes a seat on a train and looks up at the person opposite. We see, immediately, that it is Adolf Hitler. Cooper is a little uncertain – he knows it’s someone famous but is not sure who. « Hang on a moment, I never forget a face . . . » Then, after a pause: « That is a face, isn’t it? »

This is funny because we think that the problem is that he doesn’t recognise Hitler’s face, but in fact he’s is not even sure it is a face at all. Because he’s not sure it’s a face, however, does not mean that it could be, say, a liver. He means it’s a rather sad excuse for a face. But the question – « That is a face, isn’t it? » – contains a deeper question, the one recognised by Martin Heidegger who was a member of the Nazi party, the party started by Hitler to achieve world domination. The question is not what is a face (or liver) but what is « is » (« Was ist das ‘ist’? »).

In his different, less phenomenological way, Cooper insists that we do not take things at face value. One’s initial response to the question is that it’s obvious why liver transplants are not controversial. It is widely accepted now, in a culture of binge-drinking, that the liver as biologically conceived is not up to the demands of modern living. In the era of recreational drug use and happy hours and alcopops, the liver just can’t cope. It is not an organ that one has any sentimental attachment to. One could not, for example, imagine a bumper sticker with « I ❤ my liver ». The liver is just a dumping ground for toxins. Even by the standards of offal it’s a horrible little organ. I can still remember, at school, being served liver with those veins in it. I’ve never eaten it since.

But then – and this is where the Cooper joke forces us to confront things we take for granted – consider how much more disgusting it would have been if we had been served a human face. Or a chimpanzee’s face. But where to stop? Quite often we are served fish with the head on, and when we say « head » we really mean « face ». The cheeks are widely considered the sweetest part of a fish. It is also worth bearing in mind that, after a certain number of years in the trade, all fishmongers begin to look rather amphibious. There is, in other words, a concealed assumption in the question: that we are talking about the transplant of a human rather than animal face on to a human being. This is considered completely beyond the pale, even though infantry soldiers are popularly referred to as « dog faces ».

Of course the real problem is that the face is bound up with personal identity. In John Woo’s film Face/Off John Travolta and Nicolas Cage swap faces, effectively becoming each other. If they had just swapped livers it wouldn’t have made much difference to either of them; it would have resulted in a completely pointless film that would no doubt have flopped at the box office. George Orwell understood the way that one’s face is tied up with one’s identity when he said that by the age of 40 everyone has the face they deserve. Martin Amis updated this: everyone gets the face they can afford. This gets to the heart of the matter. Face transplants are still at an early stage. They are experimental and extremely expensive: what you see is what you get; or, more exactly, what you got is what you see. All of this will no doubt be solved as the technology improves and the kinks are ironed out. As that happens, demand will increase and prices will come down, and we will all be able to walk around looking like whoever we want.

Mary Midgley, moral philosopher

« There was a time when people only wanted to sense the moon, but now they want to see it » (Goethe). Discuss.

This is just one more fascinating clue to the way in which the Enlightenment has shrunk and tidied up our European life-world. As the ethologists have told us, every species has its distinctive world, its Umwelt, the peculiar space in which it feels that it lives. A pigeon’s world is quite a different one from that of the peregrine that eats it. Neither of them could make any sense of the other. And because we humans vary so much in our cultures, we too live in a number of different life-worlds, which are constantly changing.

What Goethe was talking about was, no doubt, the explosive effect of Galileo’s telescope on the European world-picture. Seen through that telescope, Jupiter suddenly had moons, and what had seemed to be the slightly uneven silver disc of our own moon turned out to be as rough, as pitted and as messy as the surface of the earth itself. Notoriously, this drastically affected cosmology and religion, both of which had taken for granted a secure and perfect heavenly realm, in which the moon was included. But Goethe, I think, was talking about another imaginative effect which has not had so much attention.

What did he mean by sensing the moon? We don’t have his German word, but I take it he was distinguishing between taking in something directly as a whole and being able to sort out its different elements. David Copperfield sensed that Miss Murdstone didn’t much like little boys, and he didn’t really need a fuller analysis to tell him he was right. After Galileo, European inquirers were able to give the moon that detailed analysis, and they have eventually provided it with a pretty full street guide, filling in the Mare Imbrium and the Mare Tranquillitatis and all the rest of it. This is surely a splendid achievement. But is this process of increasing detail – of continually sharpening up the focus – enough? Does it need a wider background?

When people just sensed the moon, they were admiring that silver disc in the context of the heavens as a whole. They saw it reigning among the stars, being lost among shifting clouds and emerging from them, rising and setting over the earth. That variable heaven was for them a symbol of majesty, of the vaster background that gave a sense to their lives. As Kant put it in the Critique of Practical Reason: « Two things fill the mind with ever-increasing wonder and awe, the more often and the more intensely the mind of thought is drawn to them: the starry heavens above me and the moral law within me. »

Today, it is not possible for many human beings to see that starry heaven at all because of the light pollution that covers our towns. Details of the moon, and the other heavenly bodies, are, however, brought to us in books or on television. If we wish, we can know infinitely more about them than our most learned ancestors could ever have dreamed of. Indeed, the Enlightenment has done a magnificent job of increasing our knowledge. The further job – which its original prophets glimpsed very clearly – of putting that knowledge in its wider context hasn’t been done so well. It is not a job for science but for wisdom. It needs more work.

Will Self, writer

Is there something inherently coarsening about sport?

Montaigne said, « Mistrust a man who takes games too seriously; it means he doesn’t take life seriously enough. » Yet this remark, coming as it does from an essayist who elsewhere in his multifarious oeuvre confesses to great enjoyment of both parlour games and the chase, may strike us as an admonition aimed at the author himself. It seems to indicate that Montaigne saw his own sensibility as poised on a knife-edge between being submerged in the ephemeral trivialities of contingent competition, and the lasting importance of life properly engaged with.

We are all familiar in our own lives with the spectacle of the sports fanatic, or the compulsive games player, whose engagement with the wider world is mediated through the lens of their pursuit. In British culture it seems sometimes to be the casethat discussion of football has the character of an ulterior male language, running beneath the main course of communication in such a way as to suborn its function.

To hear men in pubs – or on trains, in offices, indeed anywhere at all – speak of this goal or that team selection is instantly to apprehend that what they discuss is not football per se, but rather life in all its conflict and variety; and that the proximate dispute about refereeing decisions may stand only as a proxy for misgivings about anything from the presence of British ground forces in Afghanistan to the wisdom of cutting government spending so far and so fast.

Men – and some women – watch football, dispute and debate football, and even occasionally kick a ball around, because it offers them a small-scale model of life, not necessarily because it distracts them from life altogether. Claude Lévi-Strauss observed in The Savage Mind that the virtue of a small-scale model is that it sacrifices the sensible in favour of the intelligible. Life, it is true, can be grasped in all its confused futility merely by opening one’s eyes and sitting passively, a spectator on the stands of history – but to understand the social processes and conflicts, the interplay between individual and group, even the physicality of human experience, we have need of small-scale models.

As the render is to the building, and the blueprint to the machine, so sport is to social existence. Within the compass of football or rugby pitch; on the baize of a roulette or poker table; in a squash court and around a running track – all of these are confined arenas within which the application of normative constraints to the vagaries of individual character and the valences of individual aptitude can be assessed and, more importantly, projected. It is fair to say that insofar as sport is taken seriously by those who play it, then to that extent their conduct in play – their ability to deal with loss or victory, their ability to meld strategic thinking and brute force – can be taken as a small-scale model of how they, or others like them, might behave in life.

Surely it is this aspect of sport which makes it quite so beguiling for those that follow it. I stress, this is not simply a retread of the grotesque notion that the first world war was won « on the playing fields of Eton ». In what sense at all could that war be said to have been won at all? The compulsive application of sporting metaphor to the conduct of entrenched slaughter was just one of the figures within which can be discerned the extent to which mechanised warfare veered away from any social contract whatsoever. The famous « Christmas truce » of 1914, when British and German troops staged a football match in no man’s land, was utterly eclipsed by subsequent episodes when advancing British troops dribbled footballs in front of them after going over the top, the aim being to kick the ball into the enemy’s trenches.

Here, sport as a re-enactment – on a small scale – of the social contract is replaced by a lopsided metaphorical instantiation of sporting zeal. After all, what would it have been like for the British dribblers to have scored a goal, let alone « won » the one-sided match they were engaged in? It is in contexts such as these, where sport runs up against life situations that cannot be mediated by the same normative rules, that sport risks looking too facile and too juvenile to be anything but a coarsening influence on the lives and minds of people.

The « rumble in the jungle » between Muhammad Ali and George Foreman; the kidnap and murder of Israeli athletes at the 1972 Munich Olympics; the disasters at Ibrox stadium and Hillsborough – these are not, properly understood, sporting events at all: they are sociopolitical occurrences that have imploded into the small-scale models of life that sport offers. And it is when we see sports pundits, commentators and fans struggling to come to terms with such events that we feel most strongly the pathos of the sporting life, and the bewilderment of its habituees.

It is not that sport, over-indulged in, coarsens the mind; it is that it dulls it. If I were to recast Montaigne’s aperçu it would be thus: « Mistrust a man who takes games too seriously; it means he may be incapable of taking life seriously enough. » In static and small-scale societies – one thinks of the ancient Greek city states, or of contemporary traditional societies (if there are any such truly still existent) – there may be no necessary conflict between the seriousness of sport and the seriousness of life. Moreover, in as much as the former coarsens it may do so for a purpose: the ritualised forms of conflict employed by Native Americans such as the Cheyenne and the Sioux, prior to the fulfilment of Manifest Destiny, can be seen as just one example of the way sport and warfare merge seamlessly to provide a graduated response to the problem of collective male aggression. (And arguably, so-called football hooliganism in our society is another example of the same phenomenon; it’s worth noting that in both arenas the mounting of raids and the taking of scalps is crucial.)

I say « arguably », because we do not live in a static or self-contained society, and it’s almost impossible to view local and amateur sport as an analogue of the social process. On the contrary, if sport in our culture exists on a continuum, it is one that ascends from the local kick-around pitch to such mighty boondoggles as the 2012 Olympic Games, or the farrago that was the England football team’s petulant failure at this year’s World Cup. The extreme professionalisation of sport and its internationalisation exposes the fallacious character of how the small-scale model of sport might operate.

In lieu of young sports players discovering how to conduct themselves in constrained playing environments, so as to be able to take their place in similarly delimited social and economic contexts, we have the spectacle (if it’s possible to imagine such a thing) of multi-millionaires refusing to train for their professional games unless they are allowed access to their computer games consoles. That this really did take place in South Africa confirms not merely an inability to take life seriously enough, or a coarsening of the individuals’ concerned sensibilities, but a deep and painful kind of stultification.

I cleave to the Montaigne quote with which I began this answer, but lingering in the back of my mind was a series of observations made by the protagonist of Richard Ford’s The Sportswriter. In all his years of observing sportsmen and women train, this character – the sportswriter of the title – has come to the conclusion that sport, even if it attracts intelligent people, succeeds ultimately in dumbing them down by the sheer force of the repetitive physical activities they are engaged in all day every day. As it is in complex late capitalist society, so it is in complex late capitalist sport: intense specialisation equals mindless repetition.

In conclusion: sport may not inevitably coarsen, but in the particular form of society we have it undoubtedly stupefies. But then, since most of us are stupefied anyway, why not play up! And play the game!

The following correction was printed in the Guardian’s Corrections and clarifications column, Saturday 2 October 2010

An essay mentioned « the grotesque notion that the first world war was won ‘on the playing fields of Eton' ». The subject of this saying was actually the battle of Waterloo, a century earlier. Another essay in the same collection mentioned George Orwell’s observation that at 50, everyone has the face he deserves – but subtracted 10 years from the original version. [An invigilator notes: These essays were written under something resembling exam conditions.]

Echantillons des nouveaux sujets:

GENERAL PAPER I

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. « I don ‟ t care if anyone reads my books; I write for myself, ‟ said the author of a half – dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. „ Every act you have ever performed since the day you were born was perform ed because you wanted something ‟ [ A NDREW C ARNEGIE ] . Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools? 6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen ‟ s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves? 10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together ?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children‟s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is the re a breakdown of family values in the West, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate rel igious courts?

19. What should the W est learn from China ?

20. Does celebrity entail a loss of dignity? September 2008 Fellowship Examination All Souls College

21. Is the desire for posthumous fame irrational? 22. What, if anything, should be done about the „ obesity epidemic ‟ ?

23. Why has Africa done so badly economically? 24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played ?

27. It has been said that architecture is fr ozen music. Does this make any sense?

28. „ Old poems such as Beowulf , The Faerie Queene , and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the “ great ” poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman ‟ s His Dark Materials trilogy ‟ [ The Economist ]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science ?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don ‟ t respect them? 34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

GENERAL PAPER II

Candidates should answer THREE questions

1. What do you understand by „ theatricality ‟ in public and social life?

2. Why, in Greco-Roman antiquity, were there female poets but apparently no female historians?

3. When and why should cultural objects be returned to their country of origin?

4. Is there anything a historian of literature can learn from soap – operas?

5. Write a convincing pastiche of a leader from a national daily newspaper – unless , that is, you fear you have already done so.

6. Are literatures national?

7. „Beauty is truth, truth beauty, – that is all / Ye know on earth, and all ye need to know‟ [ KEATS ]. Is this meant to be true?

8. Is teamwork over – rated? 9. „ Philosophy is not a contribution to human knowledge, but to human understanding ‟ [ HACKER ]. Discuss.

10. Is there any more need for philosophers to study the history of philosophy, than for physicists to study the history of physics?

11. What do philosophy and some other academic discipline have to offer one another?

12. „ A lawyer with a briefcase can steal more than a hundred men with guns ‟ [MARIO PUZO ]. Discuss.

13. Is it ever justifiable for governments to encourage civil wars in other states?

14. Has the declaratory theory of adjudication been discredited?

15. „ Law is the totality of the conditions of existence of society th at are assured by means of external coercion through the power of the state ‟ [R. VON JHERING]. Discuss.

16. What are the problems in applying modern categories to past worlds in which the key terms either did not exist or had a different meaning?

17. Is „ Orientali sm ‟ merely a denunciatory term, or can the notion generate valuable new approaches to non – European cultures?

18. Should we regret the loss of grand narratives in history?

19. Are political revolutions at best necessary evils? September 2008 Fellowship Examination All Souls College

20. „ The cause of the recent rise of food prices is growth in developing countries. But its remedy must be in the developed world. ‟ Do you agree?

21. Who is to blame for the credit crisis? 22. What can we learn from India’s economic performance in the last thirty years?

23. When, if at all, should we seek to destroy one species in order to protect another?

24. Should politics be a lifetime career?

25. Do ranking and benchmarking of public services encourage mediocrity and conformity?

26. „ In a democracy, justice is too important to be left to the lawyers‟ [ LADY RAMSAY]. Discuss.

27. Should legislators be subject to freedom of information requirements?

28. Which decisions , if any, should be made by referendum?

Voir enfin:

Les chiffres clés du bac 2013

Anissa Hammadi

Le Monde

12.06.2013

Alors qu’a commencé l’épreuve de philosophie, qui ouvre les écrits du baccalauréat 2013, le voile est levé sur les données de cet examen emblématique. Cette année, 664 709 candidats sont inscrits, un effectif en baisse de 5,45 % par rapport à la session 2012. En dix points, voici le profil de cette session.

1/ Le bac général juste majoritaire

Un peu plus de la moitié des inscrit, 51 % exactement, est inscrite au « bac » général. Le bac professionnel, lui, réunit 28 % des candidats et le bac technologique seulement 21 %. Le mouvement des années précédentes, qui veut que le baccalauréat technologique perde à chaque session un peu de terrain, reste vrai. Le changement cette année, c’est la baisse du nombre de lycéens inscrits en « bac pro ». Ils sont 16,5 % de moins cette année, mais le phénomène reste conjoncturel puisqu’il est le fruit de la somme de plusieurs réformes.

2/ Un examen qu’on passe ou repasse seul

Quelque 21 000 bacheliers optent cette année pour un passage en candidat libre. Les candidats libres représentent 3,15 % de l’effectif global.

Les chiffres clés du baccalauréat 2013 publiés par le ministère de l’éducation nationale.

3/ Une échelle d’âge de 13 à 91 ans

Comme d’habitude, les petits génies sont au rendez-vous. Le candidat le plus jeune a 13 ans et le plus vieux (sans doute le plus courageux) a… 91 ans.

4/ Le coût visible

Le coût de cette session s’élèverait à 83,60 euros par candidat présent, tous bacs confondus, selon le ministère de l’éducation nationale. Sans doute la rue de Grenelle n’a-t-elle pas eu le temps d’intégrer l’évaluation faite par les chefs d’établissements du SNPDEN, et rendue publique lundi 10 juin. Selon ces derniers, l’examen coûte réellement beaucoup plus si on intègre les trois semaines de cours qu’il fait perdre à tous les autres lycéens.

Lire : Le coût caché du bac : 1,5 milliard d’euros

5/ Le bac scientifique majoritaire

Le bac scientifique reste le plus largement choisi, puisqu’il concerne 51 % des bacheliers de la filière générale, chiffre en hausse. La série littéraire réunit seulement 17 % de candidats mais connaît la hausse de bacheliers inscrits la plus importante (+ 5 points). La série économique et sociale (32 % de candidats) est la seule à avoir attiré moins de lycéens que l’année précédente avec environ 3 000 bacheliers en moins.

6/ A l’étranger aussi

Le baccalauréat a aussi une dimension internationale. Il est organisé dans 87 pays étrangers, il concerne près de 16 000 candidats. Attention, en général les sujets qui sortent à Pondichéry (Inde) donnent un petit avant-goût de l’esprit de la session 2013.

Chiffres clé du bac 2013 diffusés par le ministère de l’éducation nationale.

7/ Tour de Babel

La diversité sera au rendez-vous dans les 4 737 centres d’examen en France. Les lycéens pourront rédiger leur copie dans une des vingt-deux langues étrangères au choix pour les épreuves obligatoires et facultatives. Mais ce n’est pas tout, ils auront aussi le choix entre vingt-cinq autres langues pour les épreuves facultatives et même… onze langues régionales.

8/ Inégalité territoriale

L’académie regroupant le moins de bacheliers, départements d’outre-mer (DOM) compris, est la Corse, avec seulement 2 437 candidats. Même Mayotte en compte plus. Tandis que les académies franciliennes intégrant Paris, Créteil et Versailles, regroupent à elles trois quelque 135 000 candidats.

9/ Attention : session sous surveillance

Une nouveauté cette année : la circulation de détecteurs de téléphones portables dans les centres d’examen durant toute la durée des épreuves écrites ! L’année dernière, l’utilisation frauduleuse du téléphone portable a représenté 40 % des fraudes révélées lors des épreuves.

Lire : Vincent Peillon intensifie la lutte contre la fraude au bac

10/ Un énorme tas de copie

Comme chaque année, pas moins de 4 millions de copies seront corrigées par 170 000 examinateurs et correcteurs, rémunérés à hauteur de 5 euros par copie et 9,60 euros de l’heure pour les épreuves orales.

Voir également:

Le coût caché du bac : 1,5 milliard d’euros

Mattea Battaglia

Le Monde

10.06.2013

Pour la première fois, une étude, rendue publique lundi 10 juin, chiffre le coût global de l’examen (hors bac professionnel) en intégrant les dépenses liées à l’organisation des épreuves mais également le montant des trois semaines d’enseignement perdues, chaque année, par l’ensemble des lycéens.

Un milliard et cinq cent vingt-cinq millions d’euros par an. C’est le vrai prix du bac, monument historique mais exercice particulièrement coûteux. Pour la première fois, une étude, rendue publique lundi 10 juin, chiffre le coût global de l’examen (hors bac professionnel) en intégrant les dépenses liées à l’organisation des épreuves mais également le montant des trois semaines d’enseignement perdues, chaque année, par l’ensemble des lycéens.

Réalisée par le principal syndicat de chefs d’établissement, le SNPDEN, le calcul dépasse largement les précédentes estimations. Quinze fois le montant évoqué dans un rapport des inspections générales rendu public il y a un an, qui avait évalué « entre 90 et 100 millions d’euros » le coût d’une session. Et même trente fois l’estimation d’une cinquantaine de millions d’euros communément admise Rue de Grenelle.

« Nous avons collecté des chiffres publics éparpillés dans les bases de données ministérielles », explique Philippe Tournier, le secrétaire général du SNPDEN. Les dépenses liées aux épreuves finales n’en représentent qu’une « modeste part » : 74,5 millions d’euros, selon le syndicat.

LA SUPPRESSION DE TROIS SEMAINES DE COURS COÛTE CHER

Ce qui fait exploser la note se situe en amont : la suppression des cours durant les trois semaines de juin avant l’examen. Quelque 8 % de l’année scolaire des lycéens – classes de seconde et de première comprises – part ainsi en fumée. « Tout le monde, parents d’élèves en tête, déplore les cours supprimés, mais rares sont ceux à bien mesurer que le coût de fonctionnement est pratiquement constant », observe Philippe Tournier, qui rappelle que « les heures supplémentaires annuelles continuent d’être versées ».

La « reconquête du mois de juin », tentée en 2009, n’a permis de récupérer qu’une semaine de cours. L’équation posée par le SNPDEN n’a rien de très compliquée : un lycéen coûte 11 500 euros par an ; on compte en France 1,5 million de lycéens dans la voie générale et technologique ; l’année scolaire dure 36 semaines. Trois semaines de cours perdues coûteraient donc… 1,437 milliard euros. Même rapporté sur 52 semaines, en intégrant les vacances, le coût global de l’épreuve représente presque un milliard d’euros.

Les cours non assurés, partie immergée de l’iceberg du coût du baccalauréat.

Le syndicat a également voulu tenir compte des nouvelles épreuves du baccalauréat 2013 – comme les oraux de langues vivantes qui ont semé la pagaille dans bon nombre d’établissements. Certains élèves ont dû passer l’épreuve de compréhension orale dès février. Pendant les heures de cours, ou en dehors. Avec leur propre professeur, ou un autre du lycée…

« Pour ces épreuves organisées en cours d’année dans les lycées, l’Etat ne supporte pas de frais de fonctionnement et ne verse pas d’indemnités d’examen », poursuit M. Tournier. Au total, 493 305 heures d’enseignement auraient ainsi été « réquisitionnées », soit l’équivalent de 16 millions d’euros.

L’EXAMEN S’EST COMPLEXIFIÉ

Seize millions d’euros, c’était peu ou prou le coût global estimé du seul baccalauréat général il y a cinq ans. Avec les bacs technologique et professionnel, la facture montait à 36 millions d’euros, selon l’estimation rappelée par les inspecteurs des finances et de l’éducation nationale. Entre les sessions 2008 et 2009, les dépenses ont bondi (+ 45,5 %), principalement du fait de la revalorisation de l’indemnité de correction, passée de 1,32 à 5 euros la copie. Rapportée aux 4 millions de copies relues, la hausse n’est pas passée inaperçue.

Mais si le coût du baccalauréat s’est envolé, c’est aussi que l’examen s’est complexifié. En cause, l’accroissement du nombre de candidats – qui a doublé en trente ans –, la multiplication des langues évaluées – jusqu’à 57 aujourd’hui –, l’essor des options facultatives, la création d’épreuves supplémentaires…

Faut-il continuer à dépenser autant, alors que l’argent public est rare, pour un examen que plus de huit candidats sur dix décrochent ? La querelle du « niveau » est présente depuis les origines (1808). Elle s’est accentuée ces dernières années, surtout depuis que le dispositif « APB » – « admission post-bac » –, généralisé en 2009, permet à une très grande majorité des élèves de terminale de connaître leur affectation dans l’enseignement supérieur avant même d’avoir passé les épreuves finales.

PRIVILÉGIER LE CONTRÔLE CONTINU

Certains, comme le sociologue Michel Fize, auteur du Bac inutile (L’Œuvre, 2012), n’hésitent pas à réclamer sa suppression. « Le rapport qualité-profit, valeur certificative-investissement est de plus en plus médiocre, affirme ce chercheur au CNRS. Selon une simulation faite par des économistes, la suppression de l’examen permettrait de recruter 5 000 enseignants supplémentaires, 8 000 infirmières, et de distribuer 250 000 bourses en plus. Et c’est sans compter le business des officines scolaires et des boîtes à bac ! »

Le SNPDEN plaide, lui, comme beaucoup d’acteurs du monde éducatif, pour un examen « plus simple et plus fiable », dans la lignée des préconisations faites par les inspecteurs dans leur rapport : resserrer l’examen en renforçant ses dominantes, privilégier le contrôle en cours de formation, se donner « le temps d’une réflexion partagée »…

C’est que le sujet est sensible. Difficile de toucher au baccalauréat sans déchaîner les passions. La tentative faite par François Fillon, en 2005, d’introduire une part de contrôle continu s’était heurtée aux lycéens. Avant de quitter la Rue de Grenelle en 2012, Luc Chatel a remis l’idée sur la table. Elle ne fait visiblement pas partie des priorités de son successeur. Vincent Peillon a affirmé que la réforme du baccalauréat n’était pas d’actualité : il souhaite attendre que celle du lycée (2010), voulue par son prédécesseur, aille à son terme avant de pouvoir l’évaluer. Les discussions sur l’avenir du bac ne débuteront qu’après.


Secretariat/40e: Le cheval le plus rapide au monde (Looking back at the horse God built)

16 juin, 2013

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https://i2.wp.com/www.coverart.com/wp-content/uploads/2011/03/newsweek19730611-secretariat.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/74ee2-affirmed_sports_illustrated.jpghttps://i2.wp.com/0.tqn.com/d/longisland/1/5/3/A/-/-/belmont-park-secretariat-statue-400x378.jpghttps://i2.wp.com/www.visitcaroline.com/Tourism/images/stamp.jpgEst-ce toi qui donnes la vigueur au cheval, Et qui revêts son cou d’une crinière flottante? Le fais-tu bondir comme la sauterelle? Son fier hennissement répand la terreur. Il creuse le sol et se réjouit de sa force, Il s’élance au-devant des armes; Il se rit de la crainte, il n’a pas peur, Il ne recule pas en face de l’épée. Sur lui retentit le carquois, Brillent la lance et le javelot. Bouillonnant d’ardeur, il dévore la terre, Il ne peut se contenir au bruit de la trompette. Quand la trompette sonne, il dit: En avant! Et de loin il flaire la bataille, La voix tonnante des chefs et les cris de guerre. Job 39: 19-25

Cheval de l’année en 1972 & 1973, meilleur 2 ans en 1972, meilleur 3 ans en 1973, meilleur cheval sur le gazon en 1973, triple couronne (Kentucky Derby, Preakness Stakes: Baltimore), Belmont Stakes: banlieue de New York), membre du Hall of Fame des courses américaines depuis 1974, 144 au classement Timeform (140 et plus – Cheval exceptionnel) 2e rang derrière le mythique Man O’War dans le classement des 100 meilleurs chevaux de l’histoire des courses américaines au 20ème siècle, 35e rang des 100 plus grands athlètes du siècle (seuls deux autres « non-humains » l’accompagnent dans ce classement, Man O’War et Citation, respectivement 84e et 97e),  deuxième place du classement des 100 plus grands exploits individuels du sport pour sa performance dans les Belmont Stakes, statue à son effigie trône dans l’hippodrome de Belmont Park, couvertures de Time, Newsweek and Sports Illustrated, timbre émis en son honneur, rue à son nom en Californie, 21 courses, 18 victoires, plus d’un million trois cent mille dollars  de gains …

Retour, en ce 40e  anniversaire de sa victoire historique de la triple couronne,  l’un des plus grands champions de l’histoire des courses …

Le fameux pur-sang, au coeur deux fois plus gros que les autres et à l’allure la plus efficace jamais observée, Secretariat (1970 –1989) qui fut l’objet d’un film quelque peu romancé  il y a trois ans …

Secretariat: La légende du cheval le plus rapide au monde

Secrétariat (Mars 30, 1970 – Octobre 4, 1989) était un cheval de course pur-sang américain, qui en 1973 est devenu le premier américain champion de la Triple Couronne en vingt-cinq ans, établissant des records nouvelle course dans deux des trois épreuves de la Série-du Kentucky Derby (1:592 / 5), et le Belmont Stakes (02h24)-dossiers qui sont encore debout aujourd’hui.

Secrétariat a été engendré par Ruler Gras de Somethingroyal, par Princequillo. Il a été pouliné au Meadow Farm en comté de Caroline, en Virginie. Comme son prédécesseur fameuse guerre Man O ‘, le Secrétariat a été un poulain marron large et a donné le même pseudo, « Big Red ». Secrétariat du Grand-Sire Nasrullah est aussi le père Grande-Grande Grand-Couronne de 1977 Slew Triple vainqueur de Seattle.

Possédé par Penny Chenery (alias Penny Tweedy), il a été formé par Lucien Laurin et surtout monté par son compatriote Ron Turcotte-jockey, avec l’apprenti-jockey Feliciano Paul (les deux premières courses), et le vétéran Eddie Maple (dernière course). Il a couru en bleu et blanc Stable Meadow Penny Chenery couleurs de carreaux et son palefrenier était Sweat Eddie. Secrétariat était d’environ 16,2 mains (66 pouces, 168 cm) de hauteur et pesait £ 1175 (533 kg), avec une circonférence 75 pouces, dans sa course premier.

Penny et Secretariat

(Contexte)

L’histoire de Secrétariat a commencé avec le tirage au sort en 1968 entre Christopher Chenery des écuries Meadow et Ogden Phipps de Wheatley stable. L’idée d’un tirage au sort venus de Phipps, le propriétaire du Souverain Bold, et « Bull » Hancock Fermes Claiborne comme un moyen d’obtenir le meilleur pour les juments Ruler Téméraire, et quand le tirage au sort a leur façon, d’ajouter bien élevés pouliches de leur jumenterie propres. Règle Téméraire était considéré comme l’un des étalons importants de son temps. Il avait un bel équilibre entre la vitesse et l’endurance, ayant eu un style frontrunning mais l’endurance pour aller 11 / 4 miles, il a terminé quatrième dans le Derby du Kentucky 1957 [2] Après sa carrière de coureur, maîtresse Gras a été retiré, mais Fermes Claiborne. était encore contrôlée par la famille Phipps. Cela signifiait qu’il serait essentiellement élevés pour les juments Phipps et pas beaucoup de ses descendants auraient à trouver leur chemin à l’anneau de vente aux enchères. Phipps et Hancock ont ​​convenu de renoncer à un prix de saillie pour le Souverain Téméraire en échange d’apprendre à garder l’un des deux poulains produite par la jument qu’il élevés en saisons successives ou deux juments qu’il élevés dans la même saison. Qui obtient poulain ou même reçu le premier choix serait décidé par un clapet d’une monnaie [3].

En 1968, Chenery a envoyé deux juments nommée Hasty Matelda et Somethingroyal au Souverain Bold, et en 1969, un poulain et pouliche étaient le résultat. En 1969, Hasty Matelda a été remplacé par Cigale, mais elle ne concevait pas. Seul un poulain entraîné entre gouvernants Bold et Somethingroyal. Comme indiqué dans l’accord initial, le gagnant du tirage au sort pourrait choisir le poulain qu’il voulait mais ne pouvait prendre un, tandis que le perdant recevrait les deux autres. Les deux parties ont assumé Somethingroyal livrerait un poulain sain au printemps de 1970. Le tirage au sort entre Penny Chenery et Ogden Phipps a eu lieu à l’automne 1969 dans le bureau de New York Racing Association Président Alfred Vanderbilt II, avec Hancock en tant que témoin. Phipps a gagné le toss et ont pris la pouliche sevrés de Somethingroyal, laissant Chenery avec le poulain de Hasty Matelda et le poulain à naître de Somethingroyal [3].

Sur Mars 30, à 00h10, Somethingroyal pouliné un rouge vif châtaigniers Colt avec trois chaussettes blanches et une étoile avec une liste étroite. Au moment où le poulain était un yearling, il était encore anonyme. Secrétaire Stables Meadow « , Elizabeth Ham, avait présenté 10 noms pour le Jockey-Club, qui ont tous été refusé pour des raisons diverses. Approbation finalement venu à la soumission 11e, un nom de Ham-même repris par une association de carrière précédente, le Secrétariat [4].

(Comme une enfant de 2 ans)

Le 4 Juillet 1972, le Secrétariat a terminé quatrième, battu 11 / 4 longueurs, à sa première course à l’hippodrome Aqueduc quand il a été entravé au départ, forcé de prendre place sur la ligne droite arrière et ensuite ne pouvait pas faire le sol. Après cette perte, le Secrétariat a ensuite remporté 5 courses d’affilée, dont trois importants de deux ans, les courses enjeux, les enjeux Sanford et enjeux d’espoir à Saratoga Race Course, et les enjeux Futurité à Belmont Park. Dans le plein d’espoir, il a fait un énorme mouvement, passant de 8 chevaux 1 / 4 mile de prendre la tête puis soutirage à gagner par 5 longueurs. Il a ensuite couru dans les enjeux de la Champagne, à Belmont, où il a terminé premier, mais a été disqualifiée et a terminé deuxième pour le compte et interférant avec Stop the Music, qui a été déclaré vainqueur.

Secrétariat vengé que la perte de la Futurité Laurel, l’emportant par 8 longueurs plus arrêter la musique, et a terminé sa saison avec une victoire dans le Futurité Garden State. Secrétariat a remporté le Prix Eclipse pour American Champion Deux-Year-Old cheval masculin, et, dans une occurrence rare, deux à deux ans en tête du scrutin de 1972 American Horse des honneurs d’année avec le Secrétariat devançant la pouliche, La Prévoyante. Secrétariat a reçu les voix des Associations Thoroughbred Racing Amérique du Nord et le Daily Racing Form, tandis que La Prévoyante a été choisi par l’Association nationale des écrivains Turf [5]. Un seul cheval, depuis lors, truc favori en 1997, a remporté ce prix en tant que deux ans.

(Préparation pour le Derby du Kentucky)

Secrétariat a commencé ses trois ans ans avec une victoire facile dans les enjeux de Bay Shore à Aqueduct. Dans son prochain départ, les enjeux de Gotham, le Secrétariat a conduit de fil à fil pour la première fois de sa carrière. Il a couru le premier 3 / 4 de mile au 1:083 / 5 et a terminé la course d’un mile en 1:332 / 5, égalant le record piste. Cependant, dans son prochain départ, il a terminé troisième dans le Mémorial du bois à son écurie et de Lumière Angle Santa Anita vainqueur du Derby Sham, dans leur course de préparation finale pour le Derby du Kentucky. En raison des résultats Mémorial du bois, certains envisageaient de Sham le premier choix pour le Derby du Kentucky. Sham a été au sommet de la liste dans le Louisville Courier-Journal and Times évaluations de Derby, le 22 avril 1973.

(Après la Triple Couronne)

Secrétariat a continué de se prouver que l’un des pur-sang de tous les temps. Il expédiées à Chicago juste 3 semaines après le Belmont Stakes et facilement remporté le Invitational Arlington à Arlington Park. Il est allé à Saratoga, longtemps connue comme le « cimetière des favoris », et a succombé à la guigne, perdant Stakes Whitney à l’Allen « le tueur de géants » Jerkens formés d’oignon par une longueur. Il a ensuite remporté le premier Marlboro Cup contre un domaine qui comprenait écurie Secrétariat, le 1972 de Derby et Belmont Stakes lauréat Riva Ridge, haut en Californie enjeux lauréat Cougar II, champion canadien Kennedy Road, l’oignon, Em Travers lauréat Annihilate ‘, et le 1972 champion américain Trois-Year-Old cheval masculin clé de la Monnaie. Secrétariat a couru 1:452 / 5 pour 11 / 8 miles, puis un record du monde pour la distance.

Secrétariat a subi une autre perte pour une Allen Jerkens stagiaire, s’avère efficace, de 41 / 2 longueurs dans les enjeux de 11 / 2 mile Woodward dans son prochain départ. Secrétariat a ensuite été déplacé vers le gazon pour écraser son opposition dans les deux enjeux de la guerre de Man ‘S (11 / 2 miles) de 5 longueurs Tentam, établissant ainsi un temps de piste encore debout record de 2:244 / 5.

Propriétaire Secrétariat a conclu un accord de syndication qui empêchait le cheval de course après l’âge de trois ans. En conséquence, la dernière course du Secrétariat [10] [11] a été contre le vieux chevaux dans le Canadian International Stakes à Woodbine Racetrack, à Toronto, Canada le 28 Octobre 1973. C’était la deuxième fois de sa carrière qu’il a couru sur l’herbe et la première fois qu’il a été demandé d’aller de un à cinq huitièmes miles (juste un Furlong plus loin qu’il avait déjà exécuté deux fois cette année). Secrétariat a remporté avec une autre performance impressionnante. Avec Ron Turcotte avec une suspension de cinq jours, Eddie Maple roulé Secrétariat à la victoire de 61 / 2 longueurs.

Au total, le Secrétariat a remporté 16 de ses courses carrière de 21, avec trois secondes et un tiers, dans la monnaie se termine dans 20 des 21 mises en chantier, et le bénéfice total de 1.316.808 $.

À trois ans, a de nouveau été nommé Secrétariat Cheval de l’année, ainsi que de gagner des prix Eclipse comme le champion américain Trois-Year-Old cheval masculin et le cheval champion américain Turf Homme.

(Honneurs et la retraite)

Dans le cadre de sa première récolte au haras, le Secrétariat a engendré canadienne Bound, qui fut le premier cheval de course pur-sang âgés d’un an déjà vendu plus de 1 million $ US. Lors de la vente 1976 Keeneland Juillet, l’appel d’offres aux enchères pour canadiens liés non seulement brisé la barrière 1 million de dollars, mais le poulain a fini par être vendu pour 1,5 millions de dollars [12]. Canadienne Bound a été un échec complet de la course et pendant plusieurs années, la valeur de la progéniture Secrétariat a considérablement diminué. Toutefois, il a finalement engendré un certain nombre de gagnants des enjeux majeurs, y compris 1986 Cheval de Secret de la Dame de l’An 1988, Preakness et le Belmont Stakes lauréat ressuscité Star, 1991 Melbourne vainqueur de la Coupe de Kingston règle, qui a battu le record du parcours les plus riches de course en Australie, et le 1994 , 1995 Vainqueur de la Classique G1 Pacifique, Way Tinners, né en 1990 à la dernière récolte Secrétariat.

Il a aussi engendré l’Assemblée générale, qui a remporté le 1979 Stakes Travers à Saratoga en établissant un record de course toujours debout de 02h00 à plat. Andrew Beyer a dit que la figure la vitesse de l’Assemblée générale dans cette course a été un des plus rapides dans l’histoire. Comme le Secrétariat dans le Belmont, l’Assemblée générale jamais égalé cette performance dans une autre course.

Finalement, le Secrétariat a engendré pas moins de 600 poulains. Il ya eu quelques critiques du Secrétariat comme un étalon, en partie en raison de son incapacité perçue pour produire des descendants mâles de son calibre identique. Cependant, il s’est avéré être une note pères de mères, étant le grand-père maternel (aka « damsire ») de 1992 Cheval de l’Année et réussie Sire AP Indy, petit-fils du Secrétariat grâce à sa grande surprise, Week-end fille, et engendré par un autre gagnant de la Triple Couronne, Seattle Slew. AP Indy est le père de Rags Belmont Stakes 2007 lauréat à la richesse, la première pouliche à gagner à Belmont depuis 1905. Secrétariat est également le damsire de Storm Cat étalons grande (par Bird Storm), à travers son Terlingua fille, elle-même une excellente racemare, et de l’Ouest Gone, à travers son Secrettame fille. Secrétariat est également le grand-grand-père de la Chaussée des Géants à travers son petit-fils de Storm Cat et sa fille Terlingua. L’héritage génétique du Secrétariat peut être en partie liée à la probabilité qu’il portait la « X-Factor », un trait lié à un grand cœur, porté uniquement sur le chromosome X, et donc, un trait qui le Secrétariat ne pouvait que passer par l’intermédiaire de son filles [13].

Secretariat La légende du cheval le plus rapide au monde

(Mort)

À l’automne 1989, le Secrétariat était en proie à la fourbure, une condition du sabot douloureuses et souvent incurables. Lorsque son état a échoué d’amélioration après un mois de traitement, il a été euthanasié le 4 Octobre à l’âge de 19 ans [14]. Populaires à la fois comme un champion de la Triple Couronne et à la retraite, le Secrétariat a été pleuré par des millions et enterré à Claiborne Farm à Paris , dans le Kentucky, étant donné le rare honneur d’être enterré ensemble;. habituellement seulement la tête, le cœur et les sabots d’un cheval de course gagnantes sont enterrés, et le reste du corps est incinéré [15]

Une autopsie a révélé que son cœur était significativement plus grande que celle d’un cheval ordinaire [16]. Un cœur extrêmement grand est un trait qui se produit occasionnellement en pur-sang, liée à une maladie génétique transmise par la ligne de barrage, connu comme le «x- facteur. « [13] [17] [18] [19] Le facteur X peut être attribuée à cheval de course historiques Eclipse, qui a été autopsiés après sa mort en 1789. Parce que le cœur d’Eclipse semble être beaucoup plus grandes que les autres chevaux, il a été pesés, et trouvés être de 14 livres (6,4 kg), plus du double du poids normal. On croit Eclipse passé le trait sur la via ses filles, et la recherche pedigree vérifié que les traces du Secrétariat dans sa ligne de barrage pour une fille d’Eclipse [16]. Au 20e siècle, au cœur de Phar Lap a été pesé et a également documenté à 6,35 kg (14,0 lb) [20], ou essentiellement la même taille que celui d’Eclipse.

Au moment de la mort du Secrétariat, le vétérinaire qui a effectué l’autopsie, le Dr Thomas Swerczek, pathologiste chef à l’Université du Kentucky, ne pesait pas le cœur du Secrétariat, mais a déclaré: «Nous avons juste resté là dans un silence stupéfait. Nous ne pouvions croire elle. Le cœur était parfait. Il n’y avait aucun problème avec lui. C’était juste ce moteur énorme. « [14] Plus tard, Swerczek également effectué une autopsie sur le Sham, qui est décédé en 1993. Swerczek ne pèsent coeur Sham, et il était de 18 livres (8,2 kg). Basé sur la mesure de Sham, et avoir autopsié les deux chevaux, il a estimé que le cœur Secrétariat a probablement pesé 22 livres (10,0 kg), [16], soit environ deux fois et demie plus grande que celle du cheval en moyenn

(Reconnaissance posthume

Le 16 Octobre 1999, dans le cercle du vainqueur à l’hippodrome de Keeneland à Lexington, le US Postal Service honorés Secrétariat, dévoilant un timbre de 33 cent avec son image. ESPN énumérés lui 35ème des 100 plus grands athlètes du 20e siècle, le plus haut de trois non-humains sur la liste (les deux autres étaient aussi des chevaux de course: Man O ‘War au 84e et au Citation 97e). Secrétariat a été intronisé au Musée national des courses et Hall of Fame en 1974, l’année suivante sa triple couronne. En 2005, il est apparu dans montrent ESPN Classic Qui est n ° 1?. Dans la liste des « Performances Greatest Sports » (par des athlètes individuels), le cheval était le seul non-humain sur la liste, avec sa course au deuxième rang derrière Belmont Wilt Chamberlain de 100 points de jeu. Le 2 mai 2007, le Secrétariat a été intronisé au Kentucky, hall de la renommée sportive, marquant la première fois qu’un animal a reçu cet honneur [21]. Secrétariat, un Disney live-action film écrit par Mike Rich et réalisé par Randall Wallace, a été libéré sur Octobre 8, 2010. [22] Un nouveau prix créé en 2011 intitulé «Secrétariat Vox Populi » (voix du peuple) a été présenté par Penny Chenery le premier lauréat, le Cheval de l’Année 2010, Zenyatta. Ce prix annuel sera reconnaissent le cheval qui apporte le plus d’enthousiasme et d’attirance pour le sport. [Citation nécessaire]

Voir aussi:

This day in history: June 9, 1973

Secretariat became the first horse since Citation in 1948 to win America’s coveted Triple Crown: the Kentucky Derby, the Preakness and the Belmont Stakes. Of the three events, his win at the Belmont Stakes may be the most famous in horse racing history.

Vancouver

June 9, 2012

Secretariat became the first horse since Citation in 1948 to win America’s coveted Triple Crown: the Kentucky Derby, the Preakness and the Belmont Stakes. Of the three events, his win at the Belmont Stakes may be the most famous in horse racing history.

He and Sham went at it right from the gate, duelling through fractions that appeared suicidal in a race a mile-and-a-half long. Sham cracked, but Secretariat kept going, hitting the wire a staggering 31 lengths ahead, in a time that slashed almost three seconds off the record.

Here’s the call from race announcer Charles David (Chic) Anderson: « They’re on the turn, and Secretariat is blazing along! The first three-quarters of a mile in 1: 09 and four fifths. Secretariat is widening now! He is moving like a TREMENDOUS machine! Secretariat by twelve, Secretariat by fourteen lengths on the turn! Sham is dropping back – Secretariat is all alone! He’s out there almost a sixteenth of a mile away from the rest of the horses! Secretariat is in a position that seems impossible to catch. He’s into the stretch. Secretariat leads this field by 18 lengths, and now Twice a Prince has taken second and My Gallant has moved back to third. They’re in the stretch. Secretariat has opened a 22-length lead! He is going to be the Triple Crown winner! Here comes Secretariat to the wire.

An unbelievable, an amazing performance! »

Almost 100,000 people were at Belmont Park to see if Secretariat – also known as « Big Red » due to the fact he stood more than 16 hands high – could pull off the feat. Trained by Canadian Lucien Laurin and ridden by Canadian jockey Ron Turcotte, the performance attracted immense interest across Canada. Turcotte gave full credit to the horse, saying he’d lost control of Secretariat at the Belmont and the horse sprinted to victory of his own accord.

Upon his death in 1989, it was discovered that Secretariat’s heart was 2.5 times larger than that of an average horse, which likely contributed to his racing prowess. In 1999, ESPN ranked Secretariat No. 35 in its list of the Top 50 North American athletes of the 20th century, the only non-human on the list.

Voir également:

Movie Review | ‘Secretariat’

Putting Faith in Speed and Sinew

Manohla Dargis

The New York Times

October 7, 2010

Diane Lane might be the two-legged star of “Secretariat,” a gauzy, gooey, turf-pounding, Bible-thumping tribute to the celebrated 1970s thoroughbred from the wonderful weird world of Disney. But the bigger and truer stars of this enjoyable, sometimes accidentally entertaining movie are the five horses that take turns playing Secretariat — one was used for running, another posed for the cameras — along with the memory of that original breathtaking beauty. This was a champion whose races thrilled the usual society swells and off-track gamblers along with a larger public swept up by the story of the big red horse who could and did.

Squeaky clean and as square as a military flattop, “Secretariat” doesn’t take the wide or long view when it comes to horse racing or anything else, despite an occasional oblique nod to Vietnam. Instead it sticks to the Disney gospel that life means following your dreams, which here belong largely to those who surrounded Secretariat in his glory years, including his owner, Penny Chenery (Ms. Lane, sincere and dulled down), and trainer, Lucien Laurin (John Malkovich, insincere and showboating). Don’t fret, though: there are plenty of pretty horses — and a few hilarious close-ups of Secretariat and a rival at the starting gate eyeballing each other like boxers in the ring — even if the triumph here is of the human spirit and not the horse.

That tale gets swishing in Denver in 1969 with Penny, immaculately dressed and coiffed, whipping something up for her four children and husband, Jack Tweedy (Dylan Walsh). One phone call later and Penny and brood are back in her Virginia childhood home, burying her mother. She stays to care for her ailing father, Chris (Scott Glenn), a horseman whose mind and farm are slipping away. After a Kodak-moment flashback of her father and her as a child, Penny determines to save her patrimony, telling her husband that she’s taking care of business, a declaration of independence that might resonate more inspirationally if the movie actually showed you how she managed to care for the farm and her children (two of whom look under 12).

But uplift is the name of the game in “Secretariat,” not little details like life. Directed by Randall Wallace with his previous lack of subtly (“We Were Soldiers”), it opens with a shot of the sky and Penny reading in voice-over a passage about horses from the Book of Job: “Do you give the horse his strength?” (That passage, in a different translation, is also used in Peter Shaffer’s play “Equus.”) The rest of the writing can be blamed on Mike Rich, whose screenplay was, as the credits put it, “suggested by” William Nack’s book “Secretariat: The Making of a Champion.” It’s hard not to think that the folks behind “The Blind Side” — last year’s inspirational about a steel magnolia of faith and a sports hero — deserve some credit too.

Alas, Ms. Lane, smoothed and nearly emptied out, doesn’t have the material or direction that Sandra Bullock enjoyed in “The Blind Side” (or the flattering costumes). Penny Chenery’s story is not uninteresting, and she certainly doesn’t appear to have been the paper doll of the movie. The real woman hired the William Morris Agency to book Secretariat’s appearances, and said of her horse-racing life, “I love the prestige, the excitement and the money.” The movie’s Penny spends a lot of time fretting and every so often stares meaningfully into Secretariat’s eyes (or muzzle). That said, in one mad, delicious moment, she does bathe Secretariat alongside his black groom, Eddie Sweat (Nelsan Ellis, from HBO’s “True Blood”), the two humans working up quite the lather and harmonious vision to the sounds of “Oh Happy Day” (When Jesus Washed).

What did Secretariat think at that moment? The question seems reasonable given how the movie treats its animal star (familiar Disney meat) as both a cute-and-cuddly and a spiritual messenger. It was said that Secretariat liked to be photographed, a delightful idea that the movie embraces by showing him turn to the cameras. And certainly the movie flirts with the standard Disney take on animals as sentient creatures in command of their destinies and serving human needs. Yet this fuzzy humanism is at odds with the movie’s other message — deliriously blasted during the final race of the Triple Crown with reprises of Job and “Oh Happy Day” — that Secretariat galloped down the stretch guided by something other than the jockey’s crop.

What made Secretariat run? Sometimes it was the whip, which the movie omits, much as it elides anything really uncomfortable about horse racing. Money played a part, though it generally doesn’t in the movie, an exception being Penny’s shrewd decision to sell shares in Secretariat’s future as a sire. Every so often, mainly when one of the digital cameras is hovering right next to the horse as he tears down the track, his legs churning and breath hammering, you can pretend that Secretariat ran because he could and not because someone put a saddle on him and rode him out of the gate. It’s a pleasurable, seductive fantasy partly because, as we have known from the start of cinema, the sight of a running horse is a beautiful thing.

“Secretariat” is rated PG (Parental guidance suggested). The only dirty things here are the jockey silks.

SECRETARIAT

Opens on Friday nationwide.

Directed by Randall Wallace; written by Mike Rich, suggested by the book “Secretariat: The Making of a Champion” by William Nack; director of photography, Dean Semler; edited by John Wright; music by Nick Glennie-Smith; production design by Tom Sanders; costumes by Michael T. Boyd; produced by Gordon Gray and Mark Ciardi; released by Walt Disney Pictures. Running time: 1 hour 56 minutes.

WITH: Diane Lane (Penny Chenery), John Malkovich (Lucien Laurin), Dylan Walsh (Jack Tweedy), Dylan Baker (Hollis Chenery), Margo Martindale (Miss Ham), Nelsan Ellis (Eddie Sweat), Otto Thorwarth (Ronnie Turcotte), Fred Dalton Thompson (Bull Hancock), James Cromwell (Ogden Phillips) and Scott Glenn (Chris Chenery).

Voir encore:

Hollywood Unnecessarily Embellishes the Real Tale of Secretariat

Kevin Blackistone

AOL news

Oct 7, 2010

Secretariat was not Pegasus.

On the day he died in 1989 at 19 years old at Claiborne Farm in Kentucky, a necropsy performed by University of Kentucky veterinary scientist Dr. Thomas Swerczek revealed that Secretariat’s heart was roughly twice the size of a normal horse’s heart. It was little wonder then how Secretariat 16 years earlier pulled off a feat that hadn’t been witnessed in nearly half a century, and did so with a domination that theretofore could only be imagined: he won the 1973 Triple Crown while setting course records in the Kentucky Derby, Preakness and Belmont that still stand.

The truth, however, wasn’t good enough for the director of Secretariat, the movie about the horse’s spectacular run scheduled to debut Friday. For Randall Wallace, who grew up steeped in Baptist churches in the South and majored in religion at Duke, Secretariat was bathed in divine intervention. Indeed, one of the turning points in the film — as if the greatest racehorse, with literally the biggest heart, needed one — is when Secretariat’s owner Penny Chenery (played by Diane Lane, photo below) and groom Eddie Sweat (played by Nelsan Ellis) wash him down after a rare loss to the tune of the Edwin Hawkins Singers’ hit soul gospel Oh Happy Day. It’s the one with the refrain, « When Jesus washed, he washed my sins away. »

I don’t know what the sin was, or who the sinners were, in Secretariat’s biography.

Secretariat on Moviefone

Check out what the stars had to say on the making of Secretariat, plus the actors’ takes on horses, racing, and their director, Randall Wallace. — Moviefone Blog Secretariat (portrayed above by a stand-in that walked the red carpet at the movie’s debut in Hollywood recently) was real and was blessed from birth. He was the son of great thoroughbreds. He was, as the necropsy discovered, a genetic marvel.

He wasn’t Seabiscuit, the subject of Laura Hillenbrand’s brilliant Seabiscuit: An American Legend that became a bestseller in 2001 and a best picture nominee at the 2003 Academy Awards. He wasn’t undersized and funny-legged. He didn’t have to come back from injury. He wasn’t an underdog.

Secretariat was literally and figuratively, in the vernacular of sports, a beast. He was supposed to win and did in amazing fashion, stalking his prey before knocking them down one by one. He turned his Triple Crown winning Belmont Stakes race into a one-horse show, winning by an astounding 31 lengths. That’s akin to a full stretch.

Dominance doesn’t make for great drama, however. So Wallace, who wrote the script for the zealous Mel Gibson-directed Braveheart, and Disney invented some drama to give their interpretation of Secretariat’s unparalleled greatness some suspense.

Secretariat is a typically cute movie in a Disney-fied sense. It just plays unnecessarily, if not unconvincingly, with the facts, like too many histories Hollywood gets its hands on.

The Daily Racing Form columnist, longtime turf writer Steven Crist, posited earlier this week that at least Secretariat wasn’t likely to turn off any potential new fans to what once was a favorite American pastime. I’m not so sure. For one of the dramatic vehicles Wallace and Disney drove into the movie was of Chenery’s family farm — The Meadow in Doswell, Va., where Secretariat was born — being on the brink of financial ruin.

« The idea that Secretariat had to win the Triple Crown to save Meadow Stud is sheer fiction, » Crist wrote, referencing William Nack’s seminal text on Secretariat titled Big Red of Meadow Stable. « [It] also ignores the contributions of Riva Ridge — who won the Kentucky Derby and Belmont Stakes for Chenery the year that Secretariat was a 2-year-old but is not once even mentioned in the movie. »

Nonetheless, the story goes in the movie, Chenery’s family farm saw its better days many years before. The patriarch of the family is in failing physical and mental health. The matriarch dies unexpectedly. The books for the farm were bleeding red. Chenery and her brother don’t have the money to save it and the brother and Chenery’s husband want Chenery to divest the farm. The only asset they see is Secretariat and Chenery puts her hoof down in refusal of the idea of selling Secretariat.

Yet Chenery is portrayed in the most-unseemly of narratives in horse racing, running a horse to save the family grounds even against warnings that running him so much and so hard could be cataclysmic. It could kill him. She even hires jockey Ron Turcotte (played surprisingly well by real jockey Otto Torwarth) despite his reputation that he once rode a horse so hard that its heart burst.

It is a perverted sense of love of animal that has come to permeate the horseracing industry. It gets called the « sport of kings » and glamorized as a playground of the wealthy who treat their beasts better than many people are able to care for themselves and their progeny. But Secretariat reminds of the sad truth that the sport’s main motive is profit, and animal welfare may not be.

Horses today are allowed to run on drugs. Some tracks are fighting racing on synthetic surfaces that some think are less injurious to horses and reduce horrific episodes like that Barbaro suffered a few years ago in the midst of a Triple Crown bid. Horses get injected with milkshakes of chemicals to lessen lactic-acid buildup in their bodies that causes fatigue and warns of potential breakdown.

None of that happened to Secretariat that we know of, but the incentive to run Secretariat as portrayed by the movie is the foundation to all of it. There are so many people in horseracing who want to win no matter what and simply to put their horses up for stud.

Breeding shares for Secretariat were, in fact, sold before he won the Triple Crown. The movie gets that right. It’s just frustrating it invented so much wrong for what was a mortal and not mythical story out of the gate.

Voir enfin:

Peerless Stallion

Bill L.L. Barich

The New York Times

June 3, 2007

THE HORSE GOD BUILT

The Untold Story of Secretariat, the World’s Greatest Racehorse.

By Lawrence Scanlan.

Illustrated. 335 pp. Thomas Dunne Books/St. Martin’s Press. $24.95.

It takes a brave writer to tackle a subject as well documented as Secretariat, among the most popular racehorses ever. Already celebrated in two substantive biographies, Big Red, as he was called, was such a media darling that he has been commemorated on a United States postage stamp. As Lawrence Scanlan notes, Secretariat came of age during the corrupt Watergate era, and since he didn’t cheat, lie or order any illegal wiretaps, he embodied the wholesome values Americans treasure. When his picture appeared on the cover of Time in 1973, many readers found it “refreshing” to see the front end of a horse in the space usually reserved for politicians.

Scanlan’s goal is “to paint a fresh portrait in words,” and he approaches the task from the perspective of an avid horseman rather than a track insider. His quest sends him on a road trip through Kentucky, South Carolina and Florida as he digs for any scrap of information that might provide a new twist on the old story. A zealous researcher, he seems to have read everything about racing and even attends such mundane events as the unveiling of a bronze statue of Secretariat in hopes that it will yield some clues.

From the start, Secretariat had the look of a matinee idol. Born at the Meadow Stud in Virginia, he was a handsome chestnut — “bright as an orange, shiny as brass” — and the manager of the farm described him as a “big, strong-made foal with plenty of bone.” Despite such assets, the colt was so clumsy when he first took to the track that he earned the nickname Ol’ Hopalong, and it would be months before he was comfortable with his magnificent physique. (His heart was twice the normal size, and his gait the most efficient ever measured, according to an M.I.T. equine specialist.) Under the tutelage of Lucien Laurin, his French Canadian trainer, he went on to astound the public, never more so than when he won the 1973 Belmont Stakes by 31 lengths.

It’s unfortunate for Scanlan that Laurin is dead, as are other members of Secretariat’s entourage. More than 30 years have passed since the horse’s last race, and memories grow dim. Racetrack folks are notoriously tough nuts for an outsider to crack, too, pledged as they are to a peculiar code of omertà. When a jockey or an exercise rider does open up to Scanlan, the results are hardly revelatory. Secretariat was a wonderful horse, they all agree, and everybody loved him. It doesn’t help matters when Scanlan consults the Internet and reproduces similarly bland sentiments from the fans.

Scanlan fares better with Edward (Shorty) Sweat, Secretariat’s devoted groom, a flashy dresser who liked vodka, danced the boogaloo and fathered four children by three different women. Powerfully built, with massive forearms, Sweat joined the exodus of Southern black men who hired on as grooms because the job paid a halfway-decent wage and beat picking cotton. The son of a poor sharecropper, he was working steadily with horses at 14 and eventually landed at Laurin’s Holly Hill Farm, the ticket that led him to the big time in New York.

Like Laurin, Sweat has been dead for years, so Scanlan must rely on the testimony of friends and relations. He locates Marvin Moorer, Sweat’s son, and the groom’s old cronies Gus Gray and Charlie Davis, among others. Again the comments he records are remarkably uniform. By all accounts, Sweat was kind and generous, with a habit of deference to whites and a gift for drawing out the best in a horse. He adored Secretariat and even slept on a cot outside his stall before important races. Their rapport was extraordinary. Moorer says Sweat talked constantly to his charge in a Creole patois known as Geechee, a centuries-old slave language, and Secretariat listened.

In the end, though, there’s a fair degree of unsolved mystery about Sweat, who lost his house in Queens in a dispute over back taxes and died a pauper. Drink played a part, apparently, and he may not have been properly compensated for his efforts on behalf of Secretariat and Riva Ridge, another Derby winner, but grooms are a strange tribe and often contribute to their own misery. Scanlan rightly praises them as unsung heroes who deserve better pay and living conditions, yet they also resemble Melville’s Bartleby, in that they “prefer not to.” Shorty Sweat had the skills to be a trainer, for instance, but Moorer suggests he didn’t want the responsibility.

A case can be made that Sweat’s sad decline was a form of mourning for the horse he loved, and the celebrity that went with it, but it’s equally probable that Sweat knew how to do only one thing — be a groom — and it ultimately wore him down. Scanlan is a compassionate reporter, but he doesn’t bring Sweat to life or explore his dark side, so the rough-and-tumble aspects of racing stay under wraps. Still, the author is an amiable companion on the road, and his portrait, though neither gritty nor entirely fresh, will satisfy those who can’t get enough of Secretariat.

Bill Barich’s racing books “A Fine Place to Daydream” and “Laughing in the Hills” have recently been published in new paperback editions.

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