Turquie: Ca fait des années que M. Erdoğan est arrivé à son arrêt (First crack in the Ankara Consensus ? : The West has refused to believe what Turks have known for years)

https://i0.wp.com/cdncms.todayszaman.com/todayszaman/2006/09/15/erdogan_b.jpgLa démocratie et ses fondements jusqu’à aujourd’hui peuvent être perçus à la fois comme une fin en soi ou un moyen. Selon nous la démocratie est seulement un moyen. Si vous voulez entrer dans n’importe quel système, l’élection est un moyen. La démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendez. Erdogan
 C’est avant tout une question de vision des choses (…) Nous sommes prêts à jouer un rôle de médiateur dans divers conflits, grâce à nos solides relations avec les différents groupes ethniques et religieux, notamment turcophones [présents dans les Balkans, au Caucase, en Russie, à Chypre et au Proche-Orient].  (…) Nous avons une conception de la sécurité pour tous, et une conception de la paix qui nécessite à la fois un dialogue de haut niveau sur le plan politique, une interdépendance sur le plan économique et la prise en compte de la diversité culturelle. Ahmet Davutoglu (ministre des affaires étrangères turc, 2009)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tocqueville
Le Consensus de Pékin (ou Consensus de Beijing) est un terme décrivant la diplomatie et le modèle de développement proposé par la République populaire de Chine, en particulier auprès des pays en voie de développement, notamment en Afrique. L’Occident et la Chine ont ici des positions très différentes sur les besoins et méthodes pour soutenir le développement de ces pays. La position occidentale est contenue dans le Consensus de Washington, avec pour axes principaux le libre-échange, la lutte contre la corruption, la transparence, les droits civiques et la démocratisation, ainsi que la défense des droits de l’homme. De son côté, l’approche diplomatique chinoise prête une grande estime à la non ingérence (indépendance pour les affaires internes) de tout pays, ainsi qu’un développement « à la chinoise » : structurel (chemins de fer, ports, barrages, etc) et économique d’abord (industrie, mines, pétrole), puis éventuellement civique. Wikipedia
Dans certains cas, il s’agit d’une omerta, dans d’autres, d’une ignorance crasse, et parfois cela relève de la pure naïveté. Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte (L’exception européenne, 2009)
L’identité de la démocratie libérale a été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité, le régime sioniste, en utilisant la grosse tromperie qu’est l’holocauste ». Ahmadinejad (commémorations du 20e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 3 juin 2009)
On ne peut pas être musulman et laïque en même temps (…). Le milliard et demi de musulmans attend que le peuple turc se soulève. Nous allons nous soulever. Avec la permission d’Allah, la rébellion va commencer ». Erdogan  (1992)
Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu’à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats. Erdogan (1997)
L’expression ‘islam modéré’ est laide et offensante,  il n’y a pas d’islam modéré. L’Islam est l’Islam. Erdogan (2007)
La mondialisation en constituants de grands ensembles régionaux entraîne partout la diminution de l’Etat-Nation. Plus la mondialisation s’accroit, plus l’Islam se propage. Ömer Dinçer (proche conseiller politique d’Erdogan)
Personne ne peut vous demander d’être assimilés. Pour moi, le fait de demander l’assimilation est un crime contre l’humanité. Erdogan (Paris, avril 2010)
La Turquie a besoin d’un nouvel esprit de conquête. Grâce à ce parc, nos enfants regarderont vers le futur à travers notre glorieuse histoire. Erdogan (inauguration du musée Panorama 1453)
Ni la mosquée d’Al Aksa, ni le tombeau du prophète Ibrahim ni la tombe de Rachel n’ont été et ne seront jamais des sites juifs, mais uniquement musulmans. Erdogan (mars 2010)
Avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, dont au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs le sont en lien avec leur activité professionnelle, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Un triste paradoxe pour un pays qui se présente comme un modèle régional de démocratie. Cet état de fait, inédit depuis la fin du régime militaire, n’a pourtant rien d’étonnant, au regard des problèmes structurels de la justice turque : un cadre législatif encore largement répressif, aux dispositions si larges et floues qu’elles autorisent tous les excès ; une culture judiciaire volontiers paranoïaque, arc-boutée sur des objectifs sécuritaires au mépris des droits de la défense et de la liberté de l’information. La grande majorité des journalistes emprisonnés sont des représentants de médias pro-kurdes, ce qui souligne une nouvelle fois le caractère indissociable de la liberté de l’information et de la recherche d’une solution pacifique à la question kurde. Reporters sans frontières
Depuis longtemps, un bon nombre de nos pseudo-experts, à la naïveté confondante, nous affirment, contre toute évidence, que l’Islam peut parfaitement faire bon ménage avec la démocratie, qu’il ne s’agit que d’une religion « comme les autres » qui ne déborde pas de la vie privée, que rien dans le Coran ne s’oppose aux valeurs de liberté et d’égalité qui sont les nôtres et qu’il ne faut surtout pas confondre quelques poignées d’extrémistes islamistes fanatiques avec les « braves » musulmans qui se contentent de faire leurs cinq prières quotidiennes, de respecter le Ramadan et, éventuellement, d’aller à La Mecque, tout en vivant sereinement au sein de nos sociétés occidentales. C’est d’ailleurs là le discours officiel que tous nos dirigeants, incapables de faire face aux innombrables problèmes de l’immigration, nous ressassent inlassablement avec la plus totale des mauvaises fois. Devant les inquiétudes de certains qui connaissent un peu le sujet, inquiétudes encore ravivées par le fiasco du fameux « printemps arabe » qui a amené à Tunis, à Tripoli et au Caire, non pas la démocratie annoncée mais des régimes islamistes, ces « bons esprits » nous sortaient immanquablement « le modèle turc ». A les entendre, le parti islamique-conservateur du Premier ministre Erdogan, au pouvoir à Ankara depuis 2002, avait su réaliser la synthèse entre Islam et démocratie et démontrer qu’on pouvait tout à fait être un adepte du Coran tout en respectant la liberté de chacun, l’égalité entre hommes et femmes et tous les droits qui nous semblent aujourd’hui fondamentaux dans une société si ce n’est civilisée du moins du XXIème siècle. Les progrès économiques incontestables de la Turquie, sa volonté d’entrer dans l’Europe et le souvenir d’Ataturk laissaient croire à ces « gogos » qu’Erdogan avait réussi l’impossible en mélangeant le Coran et la Déclaration des Droits de l’homme, les paroles du Prophète et le modernisme. Et ils nous racontaient alors qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter des « petites dérives » des nouveaux régimes issus du « printemps arabe » qui voulaient imposer la Charia à leurs peuples et n’hésitaient pas évoquer le Djihad contre l’Occident judéo-chrétien. Tout cela, nous disaient-ils, n’était que de pure forme, tout allait rapidement rentrer dans l’ordre et tout le monde, de Tunis au Caire, allait bien vite suivre « le modèle turc » et adopter un Islam modéré, raisonnable, « gentil » avec tout le monde. Les manifestations qui se déroulent actuellement à Istanbul et qui se propagent dans d’autres villes turques apportent un cinglant démenti à tous ces discours rassurants. (…) il serait temps que nos « experts » (et nos dirigeants) ouvrent les yeux et s’aperçoivent que, dès qu’il est au pouvoir, l’Islam, même s’il se dit « modéré », ne pense qu’à imposer sa loi dans tous les domaines. Les manifestants de la place Taksim, de gauche comme de droite, des communistes aux kémalistes, nous lancent un appel au secours et, plus encore, un signal d’alarme qu’il faut écouter. Non, « le modèle turc » ne prouve pas que l’Islam peut s’accommoder avec la démocratie. Au contraire même. Il démontre que dès qu’ils sont au pouvoir les Islamiques se transforment en Islamistes. Thierry Desjardins
Nous sommes (…) dans un mouvement citoyen du type Indignés qui risque de perdurer. Il s’inscrit dans une série de conflits sociaux, par exemple la grève des ouvriers de l’entreprise d’État Tekel en 2009 ou bien les mouvements de contestation dans les universités en 2010 puis 2012… La nouveauté, c’est que le mouvement de protestation a gagné de nombreuses villes et que nous ne sommes plus dans des revendications sectorielles. Il reflète l’inquiétude qu’inspire l’évolution de l’AKP à une partie de l’opinion publique. Après trois législatures successives, l’AKP a de plus en plus de pouvoir et le fait sentir. Il s’appuie sur la légitimité des urnes pour imposer son projet de société: réforme du système éducatif au profit des établissements religieux, tentative de réduction du délai légal pour avorter, restriction des ventes d’alcool. Plus grave, l’élaboration de la nouvelle Constitution s’enlise et l’AKP est soupçonné de vouloir faire passer son propre texte par le biais d’un référendum. Or cette nouvelle Constitution, qui visait au début à renforcer l’État de droit, ambitionne maintenant d’instaurer un régime présidentiel qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu’en 2023. C’est d’autant plus inquiétant que l’opposition, faible et divisée, n’apparaît pas comme une alternative crédible. Enfin, le conflit syrien et la crainte qu’il ne déstabilise la Turquie ont remis en cause les choix diplomatiques proclamés ces dernières années par l’AKP, notamment sa politique de réconciliation avec le régime de Bachar el-Assad. (…)  En ce qui concerne Erdogan, sa réaction est assez déconcertante. On a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de l’événement. Il a fallu l’intervention du président Abdullah Gül pour qu’il se décide à retirer les forces de police qui cernaient la place Taksim. Et puis il y a ces déclarations un peu provocatrices: il s’est vanté par exemple de pouvoir rassembler 200.000 personnes quand «ils rassemblent vingt personnes». Enfin, il vient d’entamer une tournée au Maghreb qui pourrait être perçue comme une forme de mépris à l’égard des manifestants et qui pourrait radicaliser le mouvement de contestation. Cette intransigeance inquiète jusqu’à ses partisans et compromet sa candidature à la prochaine présidentielle. (…) Il existe une spécificité de la Turquie, qui vit depuis environ un siècle sous un régime de droit séculier. En Turquie, il n’y a jamais eu de débat sur l’application de la charia comme en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Ce qui est sûr, c’est que ce modèle devait beaucoup à Erdogan et que l’image du premier ministre turc sort ternie de cette affaire. Jean Marcou
Dans un pays démocratique, lorsque le pouvoir politique confond la majorité parlementaire et le pouvoir absolu, applique une censure générale par l’intimidation sur la grande majorité des médias, emprisonne des dizaines de journalistes, des centaines d’étudiants et de responsables politiques, méprise systématiquement toute forme d’opposition politique et sociale, n’hésite pas à attaquer avec une brutalité choquante des manifestants pacifiques, affirme avec fierté que rien ne pourra les arrêter, va ouvertement à l’encontre des décisions de justice, il laisse comme seule forme d’expression la manifestation populaire. (…) il est capital et urgent que les soutiens provenant des pays étrangers, en l’occurrence de la France, se multiplient pour (…) casser cette image illusoire entretenue par le Parti de la justice et du développement (AKP) et qui trouvait étrangement un fort écho dans les pays occidentaux, notamment en France, d’une Turquie qui serait désormais plus démocratique, plus tolérante, plus ouverte. Alors que de nombreux chercheurs et journalistes évoquaient encore il y a quelques mois un éventuel modèle démocratique que la Turquie pourrait proposer aux pays issus du Printemps arabe, la réalité est cruellement éloignée de cette image. Le Premier ministre Erdogan invitait, il y a quelques mois, le président syrien Bachar al-Assad à «quitter le pouvoir au lieu de continuer à tyranniser son peuple». Comment pourra-t-il justifier le comportement de ses propres forces de l’ordre à l’égard de ses propres citoyens alors que les images de ces derniers jours sont en train de faire le tour du monde? L’ironie du sort est qu’aujourd’hui c’est le même Bachar al-Assad qui invite Erdogan, en reprenant exactement la même formultaion, à « cesser de tyranniser son propre peuple ». Alican Tayla
Lorsqu’il était maire d’Istanbul, M. Erdoğan a dit un jour: « la démocratie est comme un tramway. Lorsque vous arrivez à votre arrêt, vous descendez. » Peut-être désespéré de trouver en Turquie une preuve que l’islamisme est compatible avec la démocratie, l’Occident a refusé de croire ce que les Turcs savent eux: cela fait des années que M. Erdoğan est arrivé à son arrêt. Michael Rubin

Et si, contrairement à ce que nous serine depuis cinq ans le plus antiaméricain des présidents américains, le prétendu Consensus d’Ankara allait lui aussi succomber à la fameuse Loi de Tocqueville ?

Multiplication des minarets dans tout Istanbul, choix pour le troisième pont du Bosphore du nom du sultan qui a massacré plus de 40 000 Alévis (minorité musulmane chiite), port du voile dans les universités, voire du hidjab dans les lycées religieux, interdiction du rouge à lèvres des hôtesses de l’air et de s’embrasser dans les métros, contrôle de la vente de l’alcool, cours religieux obligatoire à l’école primaire et secondaire, refux de la reconnaissance des autres lieux de culte, ‘injonction répétée aux femmes de faire « au moins trois enfants », suppression de la pilule du lendemain, accès à l’avortement plus difficile, contrôle des journaux, des étudiants en prison, des militaires et des tribunaux, projet de nouvelle constitution avant les élections présidentielles de 2014 pour entériner la majorité pro-islamiste …

En ce 24e anniversaire d’un massacre où, par son indifférence, l’identité de la démocratie libérale a une fois de plus été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité …

Et où, livrant peut-être leur dernier combat derrière une petite poignée d’écologistes dans « la plus grande prison du monde pour journalistes« , les Turcs savent eux depuis longtemps que le tramway de leur prétendu démocrate de premier ministre est arrivé à son arrêt à lui …

Comment ne pas voir, avec l’enseignant-chercheur turc Alican Tayla et le politologue américain Michael Rubin, le même aveuglement occidental devant la vraie nature d’un régime jusqu’ici présenté, forte croissance et gros contrats obligent, comme l’équivalent musulman du fameux et prétendu indépassable modèle chinois ?

Turquie: la répression de Taksim montre à la France le vrai visage d’Erdogan

Alican Tayla

Slate

02/06/2013

En tant que citoyen turc inquiet depuis longtemps des carences démocratiques, j’apporte mon soutien au mouvement de contestation pacifique qui consiste à demander au gouvernement Erdogan de ne plus ignorer les revendications pour les libertés fondamentales.

Dans un pays démocratique, lorsque le pouvoir politique confond la majorité parlementaire et le pouvoir absolu, applique une censure générale par l’intimidation sur la grande majorité des médias, emprisonne des dizaines de journalistes, des centaines d’étudiants et de responsables politiques, méprise systématiquement toute forme d’opposition politique et sociale, n’hésite pas à attaquer avec une brutalité choquante des manifestants pacifiques, affirme avec fierté que rien ne pourra les arrêter, va ouvertement à l’encontre des décisions de justice, il laisse comme seule forme d’expression la manifestation populaire.

C’est pourquoi, les manifestations pacifiques qui ont éclaté au parc de Gezi à Taksim, qui se sont propagées à une vitesse incroyable d’abord dans presque tous les quartiers d’Istanbul, ensuite dans de nombreuses villes de la Turquie et qui se sont maintenues malgré une violence extrêmement démesurée des forces de l’ordre ne sont ni étonnantes, ni illégitimes.

L’histoire récente de la Turquie, particulièrement depuis le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, est marquée par une centralisation du pouvoir exécutif et de nombreuses répressions musclées des manifestations de tout type d’opposition. C’est donc la première fois que des citoyens de bords totalement différents, de l’extrême gauche jusqu’aux groupuscules l’extrême droite, de façon très hétérogène, manifestent massivement, ensemble contre l’autoritarisme gouvernemental.

C’est aussi la première fois qu’une partie de la jeunesse turque, issue de la génération post-années 1980, se politise de façon très rapide et spontanée et, frustrée de ne trouver aucun parti politique les représentant, s’organise activement via les réseaux sociaux pour se faire entendre.

Par conséquent, en tant que citoyen de la Turquie, inquiet depuis longtemps des carences démocratiques, je ne peux qu’apporter mon soutien au mouvement de contestation pacifique qui consiste essentiellement à demander au gouvernement du Premier ministre Erdogan de ne plus ignorer les revendications pour les libertés fondamentales, pour le respect des opinions différentes, pour la tolérance des mouvements d’opposition et notamment pour que les forces de l’ordre cessent leur intervention brutale contre les citoyens sans armes et qui ne constituent aucune véritable menace à l’ordre public.

Par ailleurs, il est capital et urgent que les soutiens provenant des pays étrangers, en l’occurrence de la France, se multiplient pour trois raisons principales. Premièrement, le fait que les médias locaux continuent de ne proposer qu’une couverture extrêmement timide, biaisée et insuffisante de ces évenements a donné naissance à une grande frustration parmi les manifestants en Turquie. Sans oublier que la place relativement faible accordée à la violence policière par les médias français montre aussi l’importance de ce soutien.

Deuxièmement, de nombreux Turcs ont l’espoir qu’une pression venant des pays étrangers qui demanderaient au gouvernement de ne pas franchir les lignes fondamentales en matière de répression, pourrait avoir plus d’effet que les demandes formulées par les partis politiques d’opposition et les citoyens turcs auxquelles le gouvernement continue de n’accorder aucune attention.

La troisième raison consiste à casser cette image illusoire entretenue par le Parti de la justice et du développement (AKP) et qui trouvait étrangement un fort écho dans les pays occidentaux, notamment en France, d’une Turquie qui serait désormais plus démocratique, plus tolérante, plus ouverte. Alors que de nombreux chercheurs et journalistes évoquaient encore il y a quelques mois un éventuel modèle démocratique que la Turquie pourrait proposer aux pays issus du Printemps arabe, la réalité est cruellement éloignée de cette image.

Le Premier ministre Erdogan invitait, il y a quelques mois, le président syrien Bachar al-Assad à «quitter le pouvoir au lieu de continuer à tyranniser son peuple». Comment pourra-t-il justifier le comportement de ses propres forces de l’ordre à l’égard de ses propres citoyens alors que les images de ces derniers jours sont en train de faire le tour du monde? L’ironie du sort est qu’aujourd’hui c’est le même Bachar al-Assad qui invite Erdogan, en reprenant exactement la même formultaion, à «cesser de tyranniser son propre peuple».

Note : au moment où ces lignes sont en train d’être écrites la violence de la police continue à s’exercer brutalement sur les manifestants assemblés à Ankara.

Voir aussi:

The Roots of the Turkish Uprising

While the U.S. has celebrated Turkey as a model of Muslim democracy, Turks have found freedom increasingly elusive.

Michael Rubin

WSJ

June 3, 2013

Two months ago, Prime Minister Recep Tayyip Erdoğan feted the International Olympic Committee in Istanbul, courting the committee’s vote for Turkey’s cosmopolitan cultural capital to host the 2020 Summer Olympics. Over the past few days, in that same city, tear gas has wafted over centuries-old mosques as police clashed with growing crowds of angry Turks, sending more than a thousand to the hospital and, according to some reports, a few to the morgue.

When a small group of environmentalists banded together on May 28 to save an Istanbul park from being turned into a shopping mall, their sit-in hardly seemed likely to spark what is already being called the Turkish Spring. The government’s harsh response—eventually water cannon and tear gas would be used—spurred popular outrage that quickly spread to Ankara, Izmir and more than a dozen other cities and towns across the country. The Turks’ reaction seems to have caught Prime Minister Erdoğan, not to mention many Western observers, entirely by surprise. It shouldn’t have. The unrest has been long brewing.

For the casual tourist or visiting congressman in Turkey in recent months, Mr. Erdoğan likely appeared to be on a roll. His Justice and Development Party, known by its Turkish abbreviation AKP, had won three straight general elections since 2002, increasing its popular vote to 50% in 2011 from 34% in the first election. Mr. Erdoğan’s able economic stewardship—coupled with falling fertility and a large working-age population—fostered unprecedented economic growth. In 2010 and 2011, growth exceeded 8%, putting Turkey behind only China in terms of modern, non-oil-based economies. Istanbul was booming.

Mr. Erdoğan appeared to relish suggesting to Turks that he was unstoppable. Upon winning his latest term, he compared himself to the 16th-century Ottoman architect Sinan, who built Istanbul’s most glorious monuments. The prime minister has certainly aspired to remake the country: In recent years, Mr. Erdoğan began work on a third Istanbul airport and a new bridge to span the Bosporus. He has promised to dig a 30-mile « second Bosporus » to connect the Black Sea and Sea of Marmara. The prime minister has also proposed to build a giant mosque, capable of accommodating 30,000 worshipers, on a hilltop above the city.

Riding high and dominating all branches of government, the charismatic Mr. Erdoğan dispensed with political compromise and doubled down on Islamism and old vendettas. He antagonized Turkey’s minority Alevi population—one-quarter of Turkey’s 75 million citizens—by naming the new Istanbul bridge now under construction after Selim I, a 16th-century sultan who massacred 40,000 Alevis. The proposed skyline-dominating mosque antagonized secularists, and new laws that would dramatically restrict the purchase and drinking of alcohol in Istanbul’s Western-leaning districts provoked liberals. So on May 31, when Mr. Erdoğan dismissed the environmentalist protesters as « marginal elements » after the first police assault, for many it was the last straw.

Washington over the past decade has made a habit of celebrating Turkey as a model of Muslim democracy. But from Turks’ perspective, economic and political freedom have become increasingly elusive.

While Turkey’s balance sheet looks good at first glance—its debt-to-GDP ratio was 36% in 2012, compared with the U.S.’s 105%—Mr. Erdoğan has accumulated more foreign debt in his rule than all of Turkey’s previous prime ministers combined. Last year’s drop in growth to 2.2% from 8.8% in 2011 was a wake-up call that Turkey might not always be able to make its payments. Turks are also saddled by household debt, which has increased 3,600% since the AKP took office.

Against this backdrop, many Turks are enraged by signs that Mr. Erdoğan and his aides have enriched themselves while in power. Few believe the prime minister’s explanation that his newfound wealth—millions of dollars in property and a reputed eight Swiss bank accounts, according to U.S. diplomatic cables released by WikiLeaks—is the result of wedding gifts received by his son.

Turks remember that 13 corruption cases pending from his Istanbul mayoral tenure remain suspended only because he enjoys parliamentary immunity. Many Turks suspect that Mr. Erdoğan’s personal investment in the redevelopment of Taksim Square—where the protesters now face off against police—is quite literal.

The past week’s protests have highlighted the lack of press freedom in Turkey. Exhibit A: As police attacked the protesters, CNN Türk broadcast a cooking show. Tens of thousands of Turks have signed petitions calling on CNN in the U.S. to cut ties with its pro-Erdoğan affiliate. For reporters who do cover the government critically, such pursuits can be dangerous: Turkey imprisons more journalists than any other country in the world, according to Reporters Without Borders.

Alas, signs of the Obama administration’s benign indifference to matters in Turkey may have convinced the prime minister that he has a free pass. When President Obama wanted to laud U.S.-Turkish ties last month to mark Mr. Erdoğan’s Washington visit, the White House placed the president’s article in Sabah, formerly an opposition newspaper before it was seized by the Turkish government in 2007 and transferred to Mr. Erdoğan’s son-in-law. The same day that the two leaders met, the Turkish government confiscated yet another opposition media company. President Obama was silent.

With the protests continuing, many Turks fear that Mr. Erdogan may soon target social media—an important form of communication for the protesters. « There is now a scourge that is called Twitter. The best examples of lies can be found there, » the prime minister declared on June 3. « To me, social media is the worst menace to society. »

As he consolidates power and contends with protesters, Mr. Erdoğan appears to have little to fear from the military, which in past decades might have imposed its wishes on the government. Beginning in 2007, Mr. Erdoğan imprisoned dozens of Turkish generals—a power play that won cheers in many diplomatic circles because he had excised the military’s role in politics. But the prime minister also refused to allow any new body to serve as constitutional guarantors. Bülent Arınç, now Mr. Erdoğan’s chief deputy, famously threatened to dissolve the constitutional court if it found AKP legislation unconstitutional. Mr. Erdoğan’s efforts to write a new constitution—one that would cement his power into the next decade—have convinced many Turks that the street protests now rocking the country are secularism’s last stand.

As Istanbul’s mayor, Mr. Erdoğan once said: « Democracy is like a streetcar. When you come to your stop, you get off. » Perhaps desperate to find in Turkey proof that Islamism is compatible with democracy, the West has refused to believe what Turks know: Mr. Erdoğan arrived at his stop years ago.

Mr. Rubin is a resident scholar at the American Enterprise Institute.

Voir également:

Le « modèle turc » ?

Thierry Desjardins

03/06/13

Depuis longtemps, un bon nombre de nos pseudo-experts, à la naïveté confondante, nous affirment, contre toute évidence, que l’Islam peut parfaitement faire bon ménage avec la démocratie, qu’il ne s’agit que d’une religion « comme les autres » qui ne déborde pas de la vie privée, que rien dans le Coran ne s’oppose aux valeurs de liberté et d’égalité qui sont les nôtres et qu’il ne faut surtout pas confondre quelques poignées d’extrémistes islamistes fanatiques avec les « braves » musulmans qui se contentent de faire leurs cinq prières quotidiennes, de respecter le Ramadan et, éventuellement, d’aller à La Mecque, tout en vivant sereinement au sein de nos sociétés occidentales. C’est d’ailleurs là le discours officiel que tous nos dirigeants, incapables de faire face aux innombrables problèmes de l’immigration, nous ressassent inlassablement avec la plus totale des mauvaises fois. Devant les inquiétudes de certains qui connaissent un peu le sujet, inquiétudes encore ravivées par le fiasco du fameux « printemps arabe » qui a amené à Tunis, à Tripoli et au Caire, non pas la démocratie annoncée mais des régimes islamistes, ces « bons esprits » nous sortaient immanquablement « le modèle turc ».

A les entendre, le parti islamique-conservateur du Premier ministre Erdogan, au pouvoir à Ankara depuis 2002, avait su réaliser la synthèse entre Islam et démocratie et démontrer qu’on pouvait tout à fait être un adepte du Coran tout en respectant la liberté de chacun, l’égalité entre hommes et femmes et tous les droits qui nous semblent aujourd’hui fondamentaux dans une société si ce n’est civilisée du moins du XXIème siècle. Les progrès économiques incontestables de la Turquie, sa volonté d’entrer dans l’Europe et le souvenir d’Ataturk laissaient croire à ces « gogos » qu’Erdogan avait réussi l’impossible en mélangeant le Coran et la Déclaration des Droits de l’homme, les paroles du Prophète et le modernisme. Et ils nous racontaient alors qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter des « petites dérives » des nouveaux régimes issus du « printemps arabe » qui voulaient imposer la Charia à leurs peuples et n’hésitaient pas évoquer le Djihad contre l’Occident judéo-chrétien. Tout cela, nous disaient-ils, n’était que de pure forme, tout allait rapidement rentrer dans l’ordre et tout le monde, de Tunis au Caire, allait bien vite suivre « le modèle turc » et adopter un Islam modéré, raisonnable, « gentil » avec tout le monde.

Les manifestations qui se déroulent actuellement à Istanbul et qui se propagent dans d’autres villes turques apportent un cinglant démenti à tous ces discours rassurants. Non, la Turquie d’Erdogan et de son parti l’AKP n’est pas un modèle de cohabitation pacifique entre l’Islam et la démocratie. Même si Erdogan a été élu et réélu le plus légalement du monde, il a instauré une véritable dictature (rampante) de l’Islam sans que l’Occident ait voulu s’en apercevoir. L’étude du Coran est désormais obligatoire dans les écoles, le port du voile est vivement conseillé (la propre épouse d’Erdogan ne le quitte pas), les minorités religieuses sont malmenées, la liberté d’expression est sévèrement contrôlée (des dizaines de journalistes sont en prison), le droit à l’avortement réduit, comme la consommation d’alcool, etc., etc.

Ce qui ressemble à un début d’insurrection en Turquie a commencé parce qu’une poignée d’écologistes voulait sauver un petit parc du centre d’Istanbul qui devait être détruit pour laisser la place à un grand centre commercial. Mais rapidement tout a dégénéré. Et la place Taksim d’Istanbul s’est mise à ressembler à la place Tahrir du Caire, des milliers de Stambouliotes réclamant la démission d’Erdogan, l’abrogation de toutes les lois islamistes imposées les unes après les autres tout au cours des dernières années et la fin de ce « modèle turc ». La répression a été sans ménagement et ce « printemps turc » ne va sans doute pas renverser Erdogan qui est encore soutenu par une majorité de la population, notamment les classes les plus pauvres qui lui savent gré des progrès économiques qu’il a pu réaliser. Mais il serait temps que nos « experts » (et nos dirigeants) ouvrent les yeux et s’aperçoivent que, dès qu’il est au pouvoir, l’Islam, même s’il se dit « modéré », ne pense qu’à imposer sa loi dans tous les domaines. Les manifestants de la place Taksim, de gauche comme de droite, des communistes aux kémalistes, nous lancent un appel au secours et, plus encore, un signal d’alarme qu’il faut écouter. Non, « le modèle turc » ne prouve pas que l’Islam peut s’accommoder avec la démocratie. Au contraire même. Il démontre que dès qu’ils sont au pouvoir les Islamiques se transforment en Islamistes.

Voir aussi:

Un nouvel Empire ottoman pour M. Erdogan

Le Monde

03.06.2013

Ali Karababa (Responsable des relations publiques à la FUAF (Fédération Union des Alévis de France))

La crise de la place de Taksim a soulevé le questionnement de tout un peuple et de l’opinion politique internationale. L’avenir de la Turquie reste sombre. L’objectif de Recep Tayyip Erdogan est d’installer un régime autoritaire islamique personnalisé avant le centenaire de la république turque en 2023.

Une démarche progressive et stratégique : pour rappel, avant son élection en tant que premier ministre en 2002, Recep Tayyip Erdogan avait promis de construire des minarets dans tout Istanbul. L’ancien maire de la métropole turque avait même été condamné à une peine de prison en 1998 pour incitation à la haine avec les propos suivants d’un théoricien du nationalisme turc Zia Gokalp (1876-1924) : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ».

Ayant compris le pouvoir des militaires et juges, il établit une nouvelle réforme pour le droit de juger les forces armées et les autres piliers de l’Etat turc. L’affaire Ergenekon et Bayloz lui permet de faire taire l’armée et les journaux. Le 19 décembre 2012, d’après reporters sans frontière, avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Lors des événements du parc Gezi, les grandes chaines nationales n’ont pas retransmises de façon objective la dureté des interventions policières. Par le contrôle des journaux, des étudiants en prison, des militaires et des tribunaux Recep Tayyip Erdogan limite le risque de répression et de critique.

Sur le plan national, le premier Ministre entreprend des projets hors norme à l’exemple de son ego. Sur le plan de la laïcité, il durcit le ton envers les Alévis. Il maintient les cours religieux obligatoires dans l’école primaire et secondaire, refuse la reconnaissance envers leurs lieux de culte. Il va même nommer le troisième pont du Bosphore « Yavuz Selim Sultan », nom du sultan qui a massacré plus de 40 000 Alévis. Les coupables de l’incendie du 2 Juillet 1993 avec la mort de 33 alévis ont été libérés pour cause de délai de prescription. L’autorisation du port du voile dans les universités, voir même de porter le hidjab dans les lycées religieux transforme le mode de vie de tous les citoyens. L’interdiction du rouge à lèvres des hôtesses de Turkish Airlines, de s’embrasser dans les métros et le contrôle de la vente de l’alcool montrent l’islamisation via l’assimilation de toute la population.

Sur le plan international, la Turquie voulait d’abord rebondir dans la scène internationale avec la crise syrienne pour jouer son rôle de médiateur. Mais devant l’échec, elle essaye depuis plusieurs mois de prendre part à l’opposition en aidant les armées rebelles et en abritant plus de 400 000 réfugiés. Le but réel est clair : faire tomber le régime de Bachar Al-Assad pour ramener leurs frères sunnites au pouvoir. Les 51 personnes victimes de l’attentat de Reyhanli sont en réalité les victimes de la politique internationale de Recep Tayyip Erdogan. Cette région où Turcs, Kurdes, Syriens, Sunnites, Alévis, Alaouites se mélangent est maintenant devenue un microcosme de la guerre civile syrienne.

Nouvelle constitution et pacte de paix turco-kurde : Une révision totale à la place de nouveaux amendements devrait être réalisée courant 2013 pour obtenir une nouvelle législation avant les élections présidentielles de 2014 dans l’objectif précis d’entériner la majorité pro-islamiste. La deuxième évidence de ce nouvel acte est bien entendu la radicalisation islamiste avec l’appui législatif. Enfin, le modèle étatique tend à évoluer vers un système présidentiel semi-français et semi-américain, mais avec des touches personnelles. Le président sera élu au suffrage universel tous les quatre ans. Le poste de premier ministre serait supprimé. Le président aura alors le plein pouvoir autant pour dissoudre l’Assemblée nationale que pour déterminer son budget. En parallèle, le chef de l’Etat restera aussi le chef de son parti politique. Voici la troisième évidence, Recep Tayyip Erdogan se prépare un costume de président omnipotent sur mesure.

Après trente années de guerre et près de quarante mille morts, le gouvernement de l’AKP consent enfin à initier un processus de paix avec comme pierre angulaire la lettre rédigée par Abdullah Öcalan. Öcalan demande à son peuple la réunification à travers la fraternité de l’islam. Grâce à cet acte de paix, Recep Tayyip Erdogan augmentera son influence dans l’est de la Turquie, confortant ainsi sa majorité. Ce pacte de paix n’est qu’une simple pièce du puzzle de la synthèse islamique pan sunnite à venir.

Erdal Kilickaya, président de la FUAF (Fédération Union des Alévis de France), avait déjà alerté les médias dans son article paru sur le monde le 30 Juillet 2012 « les Alévis tirent la sonnette d’alarme » et à travers le meeting de Strasbourg où plus de 10 000 Alévis ont dit non à cette politique d’assimilation. Nous nous devons tous t’empêcher la construction de cet édifice inhumain où la seule loi de la majorité religieuse sera la réalité.

Ali Karababa (Responsable des relations publiques à la FUAF (Fédération Union des Alévis de France)

Voir de même:

« Erdogan ne semble pas avoir pris la mesure de l’événement »

Arielle Thedrel

Le Figaro

04/06/2013

INTERVIEW – Pour Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et spécialiste de la Turquie, la réaction «déconcertante» du premier ministre turc «ternit son image».

LE FIGARO. – Peut-on déjà parler de «Printemps turc»?

Jean MARCOU. – Nous sommes plutôt dans un mouvement citoyen du type Indignés qui risque de perdurer. Il s’inscrit dans une série de conflits sociaux, par exemple la grève des ouvriers de l’entreprise d’État Tekel en 2009 ou bien les mouvements de contestation dans les universités en 2010 puis 2012… La nouveauté, c’est que le mouvement de protestation a gagné de nombreuses villes et que nous ne sommes plus dans des revendications sectorielles. Il reflète l’inquiétude qu’inspire l’évolution de l’AKP à une partie de l’opinion publique. Après trois législatures successives, l’AKP a de plus en plus de pouvoir et le fait sentir. Il s’appuie sur la légitimité des urnes pour imposer son projet de société: réforme du système éducatif au profit des établissements religieux, tentative de réduction du délai légal pour avorter, restriction des ventes d’alcool.

Plus grave, l’élaboration de la nouvelle Constitution s’enlise et l’AKP est soupçonné de vouloir faire passer son propre texte par le biais d’un référendum. Or cette nouvelle Constitution, qui visait au début à renforcer l’État de droit, ambitionne maintenant d’instaurer un régime présidentiel qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu’en 2023. C’est d’autant plus inquiétant que l’opposition, faible et divisée, n’apparaît pas comme une alternative crédible. Enfin, le conflit syrien et la crainte qu’il ne déstabilise la Turquie ont remis en cause les choix diplomatiques proclamés ces dernières années par l’AKP, notamment sa politique de réconciliation avec le régime de Bachar el-Assad. La Syrie se révèle aujourd’hui un piège pour la Turquie.

Erdogan est-il sérieusement menacé, y compris par une intervention de l’armée?

Je ne crois pas pour le moment que la situation soit assez grave pour légitimer une intervention de l’armée. En ce qui concerne Erdogan, sa réaction est assez déconcertante. On a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de l’événement. Il a fallu l’intervention du président Abdullah Gül pour qu’il se décide à retirer les forces de police qui cernaient la place Taksim. Et puis il y a ces déclarations un peu provocatrices: il s’est vanté par exemple de pouvoir rassembler 200.000 personnes quand «ils rassemblent vingt personnes». Enfin, il vient d’entamer une tournée au Maghreb qui pourrait être perçue comme une forme de mépris à l’égard des manifestants et qui pourrait radicaliser le mouvement de contestation. Cette intransigeance inquiète jusqu’à ses partisans et compromet sa candidature à la prochaine présidentielle.

Le modèle turc est-il remis en cause?

Il existe une spécificité de la Turquie, qui vit depuis environ un siècle sous un régime de droit séculier. En Turquie, il n’y a jamais eu de débat sur l’application de la charia comme en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Ce qui est sûr, c’est que ce modèle devait beaucoup à Erdogan et que l’image du premier ministre turc sort ternie de cette affaire.

Voir aussi:

Turquie : les raisons de la colère de la jeunesse laïque

Laure Marchand

Le Figaro

Publié le 04/06/2013

Le ressentiment des jeunes Turcs envers le premier ministre a éclaté au grand jour lorsque les autorités ont tenté de démolir un parc, non loin de la place Taksim.

• Quel a été le détonateur de la révolte?

La défense d’un petit parc attenant à la place Taksim, sur la rive européenne d’Istanbul, menacé de destruction par un projet de réaménagement urbain est à l’origine de la contestation qui a gagné l’Anatolie et Ankara, la capitale. La police a tenté de déloger par la force les quelques centaines de militants qui s’étaient installés dès mardi dernier entre les arbres. C’est la brutalité de la réponse des forces de l’ordre, l’usage disproportionné de gaz lacrymogènes et de canons à eau qui a servi de révélateur à cette immense colère populaire. Samedi, par dizaines de milliers, des Turcs ont convergé vers Taksim, centre névralgique de la métropole sur sa rive européenne, forçant les autorités à lâcher du lest et à ordonner le retrait des forces de l’ordre. «La répression extrêmement brutale des manifestations pacifiques de la place Taksim est proprement scandaleuse, s’est alarmé John Dalhusien, directeur d’Amnesty International pour l’Europe. Elle a largement envenimé la situation dans les rues d’Istanbul, où des dizaines de personnes ont été blessées.» Des centaines de blessés ont été recensés à travers la Turquie ces derniers jours et deux personnes ont été tuées.

• Qui sont les protestataires?

«Les gens qui participent au mouvement le font à titre individuel, explique Élise Massicard, responsable de l’Observatoire de la vie politique turque à l’Institut français d’études anatoliennes. Même s’il y a beaucoup de sympathisants du CHP (le Parti républicain du peuple, fondé par Atatürk, NDLR), ils ne viennent pas à ce titre. Un spectre très large de la gauche turque est représenté.» Les kémalistes, qui défendent l’héritage laïque et nationaliste de Mustafa Kemal, constituent le gros des troupes. À leurs côtés, on trouve aussi des membres d’organisations d’extrême gauche et des libéraux, déçus par le tournant conservateur de la politique d’Erdogan. Des nationalistes de droite et des profils plus conservateurs ont également répondu à l’appel, en nombre plus restreint. Les artistes et les alévis, qui appartiennent à une branche minoritaire de l’islam discriminée par les autorités, sont particulièrement mobilisés. «La dimension générationnelle est également essentielle, le mouvement est porté par les jeunes et les lycéens sont très nombreux», précise la chercheuse associée au Ceri, le Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po. Enfin, cette révolte est aussi celle des femmes. L’injonction répétée du premier ministre de faire «au moins trois enfants», la suppression de la pilule du lendemain et un accès à l’avortement plus difficile font partie des griefs énoncés.

• Que reprochent-ils à Erdogan?

« Erdogan, démission!» La revendication a été reprise par les manifestants, d’Edirne, près de la frontière bulgare, à Antakya (Hatay), ville à la lisière de la Syrie. Les protestataires ressentent un profond mépris de la part du premier ministre et se sentent totalement exclus des orientations sociétales. Le terme de «bande de vandales» qu’il emploie pour qualifier ceux qui marchent «main dans la main avec les terroristes» ne fait que renforcer leur sentiment. Pour eux, ce ton cassant et goguenard est révélateur de ses dérives autoritaires. Au pouvoir depuis 2002, le premier ministre a tourné le dos aux réformes libérales qu’il promouvait au début de son règne. Les premières années, les négociations d’adhésion à l’Union européenne renforçaient la démocratie turque. Le processus s’est totalement grippé. Des centaines de journalistes, avocats, étudiants, militants d’extrême gauche ou Kurdes sont en prison, accusés de «terrorisme». Toutes les institutions ont été mises au pas. L’absence de contre-pouvoir et une opposition incapable de proposer une alternative crédible ont laissé le champ libre à un mode de gouvernement hégémonique.

S’agit-il d’un conflit entre laïques et islamistes?

Une partie importante des manifestants accuse le premier ministre de vouloir islamiser la société et de trahir le concept de laïcité défini par le kémalisme. Les atteintes systématiques contre l’alcool cristallisent les critiques. Exemple de l’absence de débat au Parlement, une loi sur l’alcool a ainsi été inscrite à l’agenda et votée en 48 heures au mois de mai. Elle prévoit l’interdiction de la vente au détail après 22 heures, ainsi que dans un périmètre de 100 mètres autour des mosquées et des établissements éducatifs. En plus du cours de religion hebdomadaire obligatoire, le nouveau programme prévoit un enseignement optionnel de la vie de Mahomet et du Coran. Un choix éducatif qui passe d’autant plus mal qu’Erdogan a ouvertement déclaré vouloir former «une jeunesse religieuse».

Voir encore:

La Turquie, première prison au monde pour les journalistes

Reporters sans frontières

19 décembre 2012

A l’occasion de la publication de son bilan annuel, Reporters sans frontières rend publiques les conclusions d’une enquête de plusieurs mois sur les journalistes emprisonnés en Turquie.

« Avec 72 professionnels des médias actuellement emprisonnés, dont au moins 42 journalistes et 4 collaborateurs le sont en lien avec leur activité professionnelle, la Turquie est la plus grande prison du monde pour les journalistes. Un triste paradoxe pour un pays qui se présente comme un modèle régional de démocratie. Cet état de fait, inédit depuis la fin du régime militaire, n’a pourtant rien d’étonnant, au regard des problèmes structurels de la justice turque : un cadre législatif encore largement répressif, aux dispositions si larges et floues qu’elles autorisent tous les excès ; une culture judiciaire volontiers paranoïaque, arc-boutée sur des objectifs sécuritaires au mépris des droits de la défense et de la liberté de l’information. La grande majorité des journalistes emprisonnés sont des représentants de médias pro-kurdes, ce qui souligne une nouvelle fois le caractère indissociable de la liberté de l’information et de la recherche d’une solution pacifique à la question kurde », a rappelé l’organisation.

« Les autorités turques ont, semble-t-il, commencé à prendre la mesure du problème. Le ‘troisième paquet de réformes judiciaires’ (loi 6352 du 5 juillet 2012) a abouti ces derniers mois à la remise en liberté conditionnelle d’une quinzaine de journalistes, dont certains étaient en prison depuis des années. Mais ils restent en sursis, et surtout, un nombre encore plus important de prisonniers attend toujours de revoir le jour. Pire, le rythme des interpellations, emprisonnements et procès n’a guère ralenti, comme l’a encore montré la semaine dernière l’arrestation de la journaliste Sadiye Eser, du quotidien de gauche Evrensel. A ce jour, Reporters sans frontières a dénombré au moins soixante-et-une interpellations au cours de l’année 2012. »

« Malgré un paysage médiatique vaste et diversifié, le journalisme critique ou d’investigation reste trop souvent criminalisé en Turquie ; une tendance que le regain de tension sur la question kurde n’a fait que renforcer. Seule une réforme en profondeur de la loi antiterroriste et l’abolition d’une vingtaine d’articles liberticides du code pénal seront en mesure d’y remédier. A condition que ces évolutions législatives s’accompagnent d’une mutation de la pratique judiciaire, en conformité avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) : un recours beaucoup moins systématique à la détention provisoire, le respect du droit à l’information sur les sujets d’intérêt général, la protection des sources journalistiques, une justice plus indépendante et plus transparente », a conclu Reporters sans frontières.

Note méthodologique

La liste de journalistes emprisonnés présentée ci-dessous correspondant au « baromètre de la liberté de la presse » publié sur le site de Reporters sans frontières. L’établissement de cet outil répond à une méthodologie précise, uniforme pour tous les pays, qui nécessite une étude approfondie de chaque cas. N’y figurent que les noms de journalistes, collaborateurs ou net-citoyens dont Reporters sans frontières a pu établir qu’ils étaient emprisonnés en lien avec leur activité journalistique. Pour en juger, l’organisation prend en compte des éléments issus de la procédure judiciaire (dossier d’accusation, défense, questions posées au cours de l’interrogatoire) et des éléments d’analyse contextuelle (sujets traités par le journaliste, existence d’un contentieux préalable, contexte politique).

La faiblesse des charges, l’absence d’éléments de preuve convaincants, l’assimilation hâtive de tâches professionnelles (conversations avec des personnalités faisant l’objet de poursuites judiciaires, possession de documents émanent d’organisations illégales, couverture de manifestations pacifiques…) à des actes illégaux, le prolongement injustifié de la détention provisoire, constituent des facteurs déterminants dans la plupart des cas listés ci-dessous.

Le « baromètre de la liberté de la presse » ne constitue pas une liste exclusive des journalistes défendus par l’organisation. L’absence du nom d’un journaliste emprisonné ne constitue pas une présomption de culpabilité, pas plus que sa présence ne signale automatiquement la reconnaissance d’une innocence totale : Reporters sans frontières ne se substitue pas à la justice, mais se prononce sur la pertinence d’une mesure de détention. A la lumière des éléments dont elle dispose, l’organisation demande dans certains cas l’abandon des charges pesant sur le journaliste ; dans d’autres, elle demande une remise en liberté conditionnelle et la tenue d’un procès équitable.

Plusieurs facteurs rendent les recherches concernant les journalistes emprisonnés en Turquie particulièrement difficiles. Le premier est l’opacité et la lenteur de la justice : la plupart d’entre eux passent de longs mois, parfois des années en détention, avant même de connaître la nature des accusations portées contre eux. Les prévenus, leurs proches et leurs avocats n’ont pas toujours accès à l’ensemble de leur dossier.

Un autre obstacle important est la forte politisation des médias, et la perception largement répandue que la presse est dépourvue de toute autonomie. Cet héritage de l’histoire récente affecte non seulement le travail des journalistes, mais aussi celui de la justice : procureurs et juges sont prompts à assimiler journalisme engagé et militantisme politique, voire terrorisme. On ne compte plus les déclarations en ce sens de personnalités publiques : en 2011, la déclaration du premier ministre Recep Tayyip Erdogan assimilant un livre non publié d’Ahmet Sik à « une bombe » avait fait sensation. C’était pourtant peu en comparaison avec le discours du ministre de l’Intérieur Idris Naim Sahin, qui considérait fin décembre 2011 que « la peinture (…), la poésie, ou divers écrits » pouvaient constituer des actes de terrorisme.

Aussi la justice turque substitue-t-elle souvent une analyse politique à l’analyse légale et judiciaire qu’elle devrait effectuer : si un journaliste couvre la question kurde sous un jour critique à l’égard des autorités, par exemple, c’est qu’il partage l’agenda politique du PKK, et donc qu’il y appartient. Reporters sans frontières incite la justice turque à respecter les conventions internationales ratifiées par la Turquie, prévoyant que l’exercice de la liberté d’expression ne peut être limité dans ces circonstances que par l’incitation explicite à la haine ou à la violence. L’organisation rappelle en outre que les standards du Conseil de l’Europe et de l’OSCE recommandent de ne pas punir d’emprisonnement les abus de la liberté d’expression, du fait de l’effet d’intimidation que cela induit.

Reporters sans frontières appelle la justice à libérer immédiatement l’ensemble des journalistes et collaborateurs emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle. L’organisation se tient à la disposition des autorités pour discuter des mesures à prendre pour remédier aux racines de ce problème. Reporters sans frontières en appelle également à la collaboration des avocats, des proches et des collègues des journalistes dont les cas sont toujours en investigation, pour rassembler un complément d’information.

Lire le rapport d’enquête de RSF « Médias et justice en Turquie : entre méfiance et réflexes sécuritaires » (juin 2011)

Journalistes emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle :

• Bayram Namaz • Füsun Erdogan • Hikmet Ciçek • Tuncay Özkan • Mustafa Balbay • Soner Yalçin • Yalçin Küçük • Turan Özlü • Hasan Özgünes • Tayip Temel • Cengiz Kapmaz • Abdullah Cetin • Ayse Oyman • Cagdas Kaplan • Dilek Demirel • Ertus Bozkurt • Fatma Koçak • Hüseyin Deniz • Ismail Yildiz • Kenan Kirkaya • Mazlum Özdemir • Deniz Yildirim • Nahide Ermis • Nevin Erdemir • Nilgün Yildiz • Nurettin Firat • Ömer Celik • Ömer Ciftçi • Ramazan Pekgöz • Sadik Topaloglu • Selahattin Aslan • Semiha Alankus • Sibel Güler • Yüksek Genç • Zeynep Kuray • Ziya Ciçekçi • Zuhal Tekiner • Mehmet Emin Yildirim • Turabi Kisin • Özlem Agus • Zeynep Kuris • Sadiye Eser

Collaborateurs des médias emprisonnés en lien avec leur activité professionnelle :

• Pervin Yerlikaya • Saffet Orman • Cigdem Aslan • Irfan Bilgiç

Journalistes et collaborateurs de médias emprisonnés, dont les cas restent pour l’heure en investigation :

• Ali Konar • Faysal Tunç • Ferhat Ciftçi • Hamit Dilbahar • Kenan Karavil • Murat Ilhan • Nuri Yesil • Ömer Faruk Caliskan • Sevcan Atak • Seyithan Akyüz • Sahabettin Demir • Ahmet Birsin • Sebahattin Sürmeli • Ferhat Arslan • Sultan Saman • Bahar Kurt • Musa Kurt • Mustafa Gök • Erdal Süsem • Hatice Duman • Hakan Soytemiz • Erol Zavar • Miktat Algül • Sükrü Sak • Mehmet Haberal

Voir par ailleurs:

Turquie: à Ankara, « fanfare des casseroles » contre le gouvernement

Voilà

02/06/2013

Il est 21h00 pile à Ankara et un concert inédit de casseroles secoue les quartiers résidentiels d’Ankara. Armés d’ustensiles de cuisine, les protestataires dénoncent bruyamment le régime du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent d’autoritarisme.

« L’heure est venue de renvoyer Erdogan dans les limbes de l’Histoire », crie une femme, accompagnée de ses deux enfants sur le balcon de son appartement du quartier chic de Cankaya, fiefs des tenants de la laïcité.

Munis de sifflets, des voisins allument et éteignent les lumières de leurs appartements en guise de protestation. « Tayyip démission, Tayyip démission. Regarde combien nous sommes », crient-ils.

Özcan, un jeune étudiant en économie est descendu au rez-de-chaussée avec un drapeau turc, sous les applaudissements des voisins et de ses parents. « On ne peut pas être plus pacifique, est-ce que la police va aussi nous gazer ? », interroge l’étudiant.

« Il ne s’agit plus du projet de Gezi Park (le parc dont la suppression est à l’origine du mouvement à Istanbul), c’est devenu un mouvement (de contestation) contre le gouvernement qui s’immisce de plus en plus dans notre vie privée », explique Hamdi, qui ne veut pas donner son nom de famille.

A ses côtés, sa femme qui tape frénétiquement avec une grosse cuillère sur une casserole en acier. Le bruit est assourdissant.

Mobilisation

« Ce n’est pas parce qu’un gouvernement est démocratiquement élu avec 50% des suffrages qu’il a le droit de faire ce qu’il lui plaît », commente Hamdi, qui dénonce la loi restreignant la vente et la consommation d’alcool votée la semaine dernière par le Parlement.

Dans un entretien accordé dimanche à la chaîne privée Show TV, M. Erdogan, musulman pratiquant, a justifié ce texte par des motifs de santé publique. « Celui qui boit est un alcoolique », a-t-il sèchement dit, avant de nuancer: « je ne veux pas dire tout le monde, mais ceux qui boivent régulièrement ».

Et plus tôt dans la journée, devant un parterre constitué dans l’ensemble de ses supporters, il a refusé toute concession, qualifiant les protestataires de « bande de vandales ».

Et il a ensuite lancé: « Si l’on veut organiser des rassemblements, si c’est un mouvement social, alors quand ils rassemblent 20 personnes, j’en rassemblerai 200.000. Quand ils réuniront 100.000 personnes, je mobiliserai un million de partisans de mon parti ».

« Ce sont des fascistes », juge un jeune homme au volant de sa voiture en klaxonnant. Sa petite amie agite à ses côtés le drapeau turc et entonne une marche militaire qui loue les réformes du fondateur de la Turquie moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk.

Dans les rues d’Ankara, la mobilisation touche tous les âges. « J’ai 63 ans et tout ce que je veux, c’est la tranquillité dans ce beau pays », dit Cengiz, un ingénieur à la retraite. « Mais lorsque vous sentez que votre mode de vie est menacé, vous n’avez pas d’autre choix que d’aller manifester, c’est tout », ajoute-t-il.

Le concert de casseroles « à la turque » n’est pas une spécialité d’Ankara. A la tombée de la nuit, il résonne aussi dans de nombreux quartiers d’Istanbul sur le thème « gouvernement, démission! »

Voir encore:

Le monde vu de Turquie

Ni Orient ni Occident, les choix audacieux d’Ankara

Wendy Kristianasen

 Les blogs du Diplo

3 juin 2010

La Cour constitutionnelle a annoncé le 21 janvier l’annulation d’une loi restreignant les prérogatives des tribunaux militaires. Cette décision, comme celle de l’interdiction du plus important parti prokurde, confirme les tensions liées aux tentatives de démocratisation interne. En revanche, un consensus se dessine à Ankara sur la nouvelle politique étrangère de la Turquie.

« C’est avant tout une question de vision des choses », assure M. Ahmet Davutoglu, ministre des affaires étrangères turc. Et sa propre vision n’est pas étriquée : voulant la paix et la sécurité pour la région, il estime que son pays — membre à la fois du G20 et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) — se trouve bien placé pour y contribuer. M. Davutoglu est l’architecte de la nouvelle politique d’Ankara, qui repose sur un principe, « zéro problème avec les voisins », et sur le soft power, un pouvoir fondé sur la persuasion et la négociation. Principal conseiller du premier ministre en matière de politique étrangère après l’éclatante victoire du Parti de la justice et du développement (AKP) lors des législatives du 3 novembre 2002, il est le chef de la diplomatie depuis mai 2009.

« Nous sommes prêts à jouer un rôle de médiateur dans divers conflits, grâce à nos solides relations avec les différents groupes ethniques et religieux, notamment turcophones [présents dans les Balkans, au Caucase, en Russie, à Chypre et au Proche-Orient] », affirme M. Davutoglu. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : « Nous avons une conception de la sécurité pour tous, et une conception de la paix qui nécessite à la fois un dialogue de haut niveau sur le plan politique, une interdépendance sur le plan économique et la prise en compte de la diversité culturelle. »

M. Davutoglu n’est pas un politicien, c’est un universitaire qui n’a aucun mandat électif ; et il n’a pas seulement réfléchi à une politique étrangère novatrice pour la Turquie, il l’a mise en œuvre lui-même. Il dresse la liste de ses réalisations : « Soixante et un accords signés avec la Syrie ; quarante-huit avec l’Irak ; l’obligation de visa levée pour huit pays voisins ; la résolution du problème de la présidence du Liban avec la Syrie ; deux protocoles signés avec l’Arménie. » Et, sans même parler de ses tentatives de médiation entre Israël et les Palestiniens, cette liste pourrait être allongée, car il a aussi supervisé les pourparlers indirects entre la Syrie et Israël en 2007-2008. « Nous avons frôlé, non pas la paix, mais un accord permettant des négociations directes, estime-t-il. L’attaque d’Israël contre Gaza, en décembre 2008, a mis un terme à tout ce travail. Gaza ne faisait pas partie des sujets abordés, mais cette guerre a eu un effet négatif. Pour qu’une médiation soit efficace, il faut qu’il y ait une volonté de paix. Quand Israël aura une telle volonté, nous serons prêts à l’écouter. »

Les Turcs de toutes obédiences s’accordent pour reconnaître à cette stratégie une cohérence motivée par des ambitions économiques et sécuritaires, ainsi qu’une idée bien précise de la place de la Turquie dans le monde. Cette politique intervient à un moment crucial où le pouvoir renvoie son armée dans les casernes, tandis que resurgissent les sombres secrets de son « Etat profond [1] ». Elle ouvre la voie à la démocratisation de ses structures, accompagne l’émergence de nouvelles élites et la présence croissante d’une classe moyenne très active.

Incident entre le premier ministre turc et M. Shimon Pérès

« Il existe une nouvelle dynamique, et elle est alimentée par le peuple, mais l’Occident ne la comprend pas, souligne Ihsan Bal, professeur à l’Académie de police. Cela a débuté en 2003, lorsque les Etats-Unis ont voulu utiliser la Turquie comme porte d’entrée pour envahir l’Irak ; c’est le peuple — les députés et leurs électeurs — qui a dit “non”. »

On pourrait s’attendre à ce que la population s’inquiète en priorité des conséquences de la crise financière mondiale et du chômage — qui s’élève à 15 %, et sans doute à 30 % chez les jeunes. On découvre, en réalité, qu’elle se préoccupe plutôt de Gaza. Il y a un an, cinq mille personnes brandissant des drapeaux sont allées accueillir le premier ministre Recep Tayyip Erdogan à son retour du Forum économique mondial de Davos. Il venait de « claquer la porte » d’un débat télévisé organisé, le 29 janvier 2009, avec le président israélien Shimon Pérès. M. Erdogan lui avait lancé : « Vous êtes en train de tuer des gens », et l’animateur ne lui avait pas permis de réfuter la justification apportée par M. Pérès à la guerre contre Gaza lancée un mois plus tôt [2]. Les Turcs s’intéressent beaucoup à la Palestine. Ils apprécient également la sincérité des sentiments de M. Erdogan, son charisme et ses origines modestes.

Des observateurs ont noté que les Etats-Unis n’étaient pas mécontents de l’incident entre M. Pérès et le premier ministre turc — qui a transformé ce dernier en héros pour le monde arabe et musulman —, même s’ils auraient souhaité voir la Turquie témoigner de la sympathie au Fatah, et pas seulement au Hamas, afin d’aider à relancer le « processus de paix ». D’autres pensent que son appui au gouvernement du Hamas (visible notamment à travers l’invitation de son chef, M. Khaled Mechaal, à Ankara) devrait rapporter certains dividendes ; par exemple, la libération du soldat israélien Gilad Shalit, capturé le 25 juin 2006 et détenu depuis dans la bande de Gaza.

L’arrivée au pouvoir de l’AKP, en 2002, n’a pas empêché le maintien de liens étroits avec Israël, comme l’ont montré ses efforts de médiation avec la Syrie. Mais le climat a changé à partir de l’intervention israélienne de 2008 à Gaza. L’annulation d’exercices militaires conjoints, en octobre 2009, l’a confirmé. En janvier 2010, la Turquie a bruyamment réagi contre le traitement « humiliant » qu’avait fait subir le vice-ministre israélien des affaires étrangères Danny Ayalon à son ambassadeur en Israël [3]. Elle a menacé de rappeler son diplomate, et demandé des excuses qu’elle a obtenues.

Cela signifie-t-il un changement radical dans les rapports entre les deux pays ? Mme Meliha Altunısık, professeure à la Middle East Technical University d’Ankara, explique que, après la guerre de Gaza, « n’importe quel gouvernement aurait eu à infléchir sa politique et à critiquer Israël — qui, d’ailleurs, avec ses dirigeants actuels, est de plus en plus isolé. Avec M. [Barack] Obama au pouvoir, sa position stratégique est en déclin ». De nombreux Turcs soulignent aussi que leur pays est devenu plus important pour Israël, même sur le plan économique, qu’Israël pour la Turquie. Ils envisagent un possible amenuisement des relations mais rien de plus, car ils ne tiennent pas davantage que les Arabes à ce qu’Ankara coupe les ponts avec Israël.

« Les responsables de la région, note Mme Altunısık, se tournent vers la Turquie et l’incitent à jouer un rôle constructif. L’économie est la clé, mais la personnalité de M. Erdogan joue également : j’ai rencontré des femmes, au centre de Damas, qui apprennent le turc à cause de lui ! Tout a commencé en 2003, lorsque Ankara a tenu tête aux Etats-Unis et refusé de laisser utiliser le pays comme une base de la guerre en Irak. Dominait le sentiment que, contrairement aux autres dirigeants, il avait réussi à faire quelque chose. »

« En revanche, poursuit-elle, on voit nettement la concurrence que se livrent Ankara et Téhéran : par son soutien ouvert à Gaza, son engagement dans les négociations entre la Syrie et Israël, sa contribution à la résolution de la crise présidentielle libanaise, la Turquie a essayé de voler la vedette à l’Iran. Ankara tire de multiples avantages de sa volonté de résoudre les problèmes par la coopération : le développement de ses relations avec les Etats arabes et l’Iran, des gains économiques, ainsi que la stabilité dans cette partie du monde. Pour la Turquie, c’est, à long terme, une stratégie “gagnant-gagnant”. »

L’Iran est pratiquement le seul sujet de politique étrangère qui divise les Turcs. Pour M. Yavuz Baydar, correspondant politique de Today’s Zaman, un quotidien anglophone proche du gouvernement, il ne faut pas s’inquiéter de ce qui se passe entre M. Erdogan et le président Mahmoud Ahmadinejad : « Tous deux sont issus du peuple et se conduisent comme des gens ordinaires, même s’ils se méfient l’un de l’autre. » Pour certains, en revanche, les tentatives de médiation sur la question du nucléaire iranien sont au mieux naïves, au pis dangereuses. Ces divergences reflètent les difficultés à saisir les ambitions de Téhéran, mais aussi la crainte d’une situation explosive aux portes de la Turquie.

Parmi les pays arabes, c’est la Syrie qui fait rêver les Turcs. Sur les campus, des professeurs évoquent leur voyage à Damas. Si l’on considère les anciennes et mauvaises relations entre les deux pays — avec le soutien syrien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans les années 1980, les revendications de Damas sur le Hatay (autrefois le sandjak d’Alexandrette) [4] ou encore la question du partage de l’eau —, l’évolution actuelle tient un peu du miracle.

Un ajustement naturel aux réalités de l’après-guerre froide

Concernant Bagdad, l’intérêt des relations économiques et sociales comme les efforts de la Turquie pour obtenir que les groupes sunnites s’assoient à la table des négociations font qu’un calme relatif règne à la frontière turco-irakienne — et un trait a bien été tiré sur l’offensive turque menée en 2007 contre les rebelles du PKK dans le nord de l’Irak. En Afrique également, les relations prospèrent, notamment avec la Libye et le Soudan. Néanmoins, le premier ministre a récemment commis une « gaffe » vis-à-vis de ce dernier pays : il y a en effet déclaré, le 9 novembre 2009, que les crimes de guerre israéliens étaient pires que ceux pour lesquels le président Omar Al-Bachir avait été inculpé par la Cour pénale internationale [5]. Enfin, la présence « non combattante » de mille sept cent cinquante soldats turcs en Afghanistan contribue à la bonne image d’Ankara dans la région.

Mais la Turquie ne regarde pas seulement vers le monde musulman : elle se projette aussi vers la Russie, la Serbie, la Géorgie et même l’Arménie. Deux protocoles ont été signés avec cette dernière, le 10 octobre 2009, pour établir des relations diplomatiques et ouvrir les frontières. Sur le dossier épineux de Chypre, enfin, l’espoir se fait jour que, avec le nouveau premier ministre grec Georges Papandréou, quelques progrès puissent être obtenus.

La nouvelle ligne diplomatique turque, ses ambitions à l’Est comme au Sud, reflètent-elles, ainsi que le suggère ici ou là la presse occidentale, la renaissance d’une « mission ottomane » [6] ? Ce concept ne figure ni dans le vocabulaire, ni dans la réflexion des dirigeants et du peuple turcs. Pour M. Temel Iskit, ancien diplomate qui fut, dans les années 1980, le premier directeur général du ministère chargé des affaires européennes au sein du gouvernement turc, les accusations de « néo-ottomanisme » visent à faire croire « que la Turquie s’islamise et ne tient plus à rejoindre l’Europe ». Selon lui, elles sont injustifiées, et « proviennent de capitales qui rejettent l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, ainsi que de la presse américaine pro-israélienne ».

M. Iskit a autrefois été un sympathisant du Parti républicain du peuple (CHP), mouvement d’opposition laïque de centre gauche dont l’origine remonte au parti unique créé par le père de l’indépendance, Mustapha Kemal, dit Atatürk. Comme beaucoup d’autres, il a perdu confiance dans la ligne de son organisation et dans son dirigeant, M. Deniz Baykal. « Après une vie passée à défendre tout ce qui était tabou — l’Arménie, Chypre, les Kurdes —, j’ai révisé mes opinions et décidé de m’exprimer. » Il tient une chronique dans Taraf, le quotidien indépendant d’Istanbul [7].

Cette attitude nouvelle de la Turquie sur la scène internationale représente-t-elle un changement d’orientation stratégique ? « La Turquie a toujours occupé une place géopolitique centrale, considère M. Iskit. Mais, à cause de sa jeunesse et de sa lutte pour l’indépendance, au lendemain de la première guerre mondiale, puis de la guerre froide, notre pays a constamment été sur la défensive. Ce qui a changé, c’est qu’il a commencé à se démocratiser grâce aux critères de Copenhague [8], adoptés avant que l’AKP n’arrive au pouvoir, puis avec le consentement de l’armée à cesser toute ingérence sur le terrain politique. Cette démocratisation a débouché sur un nouvel esprit de coopération et de négociation. »

Kadri Gürsel, éditorialiste du quotidien laïque Milliyet et commentateur populaire à la télévision, affirme que « l’actuelle orientation de la politique étrangère turque aurait été adoptée par n’importe quel gouvernement ». Et il ajoute : « Nos atouts en politique étrangère ont été multipliés par le boom économique en 2002-2003, par l’ouverture des négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, et par le règlement d’un problème de sécurité majeur avec la capture d’[Abdullah] Öcalan [9]. Nous assistons à un ajustement naturel de la Turquie aux réalités de l’après-guerre froide et de la mondialisation, qui ont créé une nouvelle dynamique. Mais un parti laïque n’aurait pas aussi bien tiré profit de la situation : l’AKP se sent à l’aise au Proche-Orient, en particulier avec les sunnites. » Cependant, même si, par exemple, nombre de ministres et de conseillers parlent arabe, il n’existe pas selon lui d’« axe oriental », ni de changement dans les alliances.

Etre à la fois occidental, démocratique, moderne et musulman

A ses yeux, la situation économique de la Turquie explique beaucoup de choses : « Elle est condamnée à une croissance fondée sur les exportations, parce qu’il n’existe pas de structure d’épargne intérieure. Elle doit donc trouver de nouveaux marchés, en premier lieu au Proche-Orient. Globalement, cela a fonctionné : les membres du gouvernement gèrent correctement l’économie, et ils ont le sens du commerce, même s’ils ont tendance à monopoliser les profits pour les leurs. Ils aident ainsi la base sociale de l’AKP, en Anatolie, à former une nouvelle classe moyenne, ce qui représente une police d’assurance pour une démocratie stable. »

M. Soli Özel, professeur de relations internationales à l’université Bilgi d’Istanbul, estime, lui, que beaucoup en Occident ont du mal à accepter une Turquie décidant elle-même de ses priorités. L’AKP, qui a de très bonnes relations avec les Etats-Unis, souhaite la stabilité, une zone de prospérité et de sécurité aspirant à la paix, contrairement à Israël et à l’Iran. Soulignant lui aussi une continuité dans la politique étrangère turque, M. Özel remarque : « L’AKP a conceptualisé cela mieux que d’autres. »

« La question du caractère “occidental” de la Turquie concerne moins son orientation stratégique que le fait de savoir si elle deviendra un vrai pays occidental, explique-t-il encore. Si l’Union européenne se met elle-même hors de l’équation parce qu’elle ne comprend pas bien les agissements de la Turquie — qui sont pourtant dans l’intérêt de l’Occident —, la plupart de nos relations avec l’étranger seront conduites à travers les Etats-Unis. Au cas où on en arriverait là, Washington insistera-t-il pour que la Turquie devienne un véritable pays occidental et démocratique ? Si les Etats-Unis poussent l’Union à aller de l’avant dans l’adhésion de la Turquie, ce sera la preuve que nous avons atteint ce stade. »

Ankara espère que M. Obama réussira mieux que M. George W. Bush. « Sa conception des choses est différente, explique Yasemin Congar, rédacteur en chef de Taraf et spécialiste des Etats-Unis. Il a des atouts : ses origines, sa formation multiculturelle et sa connaissance du monde musulman. Les Turcs n’oublient pas qu’il se prénomme aussi Hussein. » Son discours du Caire en faveur d’un dialogue avec l’islam et du respect des droits de la personne, en juin 2009, fait écho aux préoccupations d’Ankara. Mais son incapacité à obtenir d’Israël l’arrêt total de la colonisation en Palestine et sa décision d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan ont déçu ; aussi faudra-t-il des signaux forts de la Maison Blanche sur le dossier palestinien pour dissiper la méfiance de l’opinion turque.

L’amertume à l’égard de l’Europe est réelle, et ressort dans tous les discours sur la politique étrangère. Les reproches adressés au gouvernement, accusé de ne pas avoir recherché avec suffisamment d’enthousiasme l’adhésion à l’Union, n’ont plus guère de poids depuis que M. Nicolas Sarkozy et Mme Angela Merkel se sont prononcés pour le « non ». L’idée que, par son prestige renforcé, notamment au Proche-Orient, le pays sera en mesure d’apporter davantage à l’Union semble mieux reçue. Et, s’il n’est pas invité à y entrer, il n’en restera pas moins que son rôle sur la scène internationale aura augmenté.

Secrétaire général de l’Association des industriels et des entrepreneurs de Turquie (Tüsiad), traditionnellement aux mains des vieilles familles laïques d’Istanbul, M. Zafar Yavan se plaint : « Le gouvernement n’a pas bougé assez vite sur l’Union européenne, particulièrement en ce qui concerne les marchés publics et d’autres questions économiques, ce qui a suscité des doutes sur son engagement. » Il nuance toutefois son propos en soulignant que « le ralentissement du processus de convergence a plus à voir avec M. Sarkozy qu’avec la Turquie. Celle-ci progressera avec ou sans ce gouvernement, car la démocratisation engagée par l’AKP restera : c’est un processus à sens unique. Le rythme de ses réformes et sa persévérance sont sans comparaison avec les actions des gouvernements précédents. »

Amertume à l’égard de l’Europe, ouverture vers l’Est et le Sud

Ex-ministre CHP de la justice, Mme Ayse Celikel a toutes les raisons de s’opposer au gouvernement de l’AKP, notamment parce qu’elle dirige une association (Cagdas Yasam Dernegi) qui dispense un enseignement laïque pour les filles et se trouve actuellement soumise « aux pressions du pouvoir, avec quatorze employés interpellés sans que les chefs d’accusation aient été portés à leur connaissance ». Se qualifiant de « kémaliste, mais avec un esprit ouvert », elle reconnaît que, « avec l’adhésion à l’Union européenne passée au second plan, le gouvernement est engagé dans un exercice d’équilibre dans ses ouvertures vers l’Est et le Sud ». Mais elle précise : « Tant qu’il ne s’éloigne pas davantage de l’Europe, ou ne se rapproche pas plus de l’Iran, je suis d’accord. »

Et que pense M. Armagan Kuloglu, général à la retraite et l’un des principaux membres du nouveau Centre d’études stratégiques sur le Moyen-Orient ? Il se proclame ataturkcu (« disciple d’Atatürk »), mais pas kémaliste — ce qui implique « la défense de la nation turque sur une base ethnique ». Il a sûrement quelques critiques à formuler ? Bien sûr, il défend les vieux dogmes : « Le nord de Chypre doit être reconnu comme un Etat ; les Kurdes ne sont pas un problème ; l’Arménie doit cesser d’affirmer qu’il y a eu génocide… » Pourtant, lui aussi estime qu’« il n’y a eu aucun changement d’orientation ni renversement d’alliances : le gouvernement cherche tout simplement de bonnes relations avec les pays voisins, et c’est la première fois que cela arrive » grâce à l’évolution de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran. Il ne critique même pas la politique gouvernementale face à l’Union européenne, « sauf quand elle fait des concessions ». Il « serait heureux que la Turquie n’entre pas dans l’Union, parce que cela signifierait le partage de notre souveraineté, précise-t-il aussi, et que, n’étant ni les Pays-Bas ni l’Italie, ce partage affecterait notre sécurité ». S’il défend le rôle traditionnel de l’armée dans la politique, M. Kuloglu concède qu’elle perd de l’influence, et qu’il y a eu en son sein « certains comportements ambitieux confirmés par l’affaire Ergenekon » (cf. note 1).

De nombreux Turcs craignent que le gouvernement AKP, à force de jongler avec trop de balles, ne finisse par en laisser tomber quelques-unes. Certains n’adhèrent pas à l’idée du « zéro problème avec les voisins et pas de bâton », autrement dit : au règlement des conflits par la persuasion et les avantages économiques. Et si la carotte ne fonctionnait pas sans le bâton ? Si la Turquie allait se trouver en danger pour avoir surestimé son potentiel de soft power ?

A sa manière, Mme Altunısık répond à ces craintes : « Pour l’instant, la question est prématurée. Et puis, elle ne prend pas en compte l’essentiel : la manière dont se mène la politique étrangère est aussi importante que les résultats finaux. La Turquie passait auprès de tous ses voisins pour une puissance périphérique ; maintenant, vous ne pouvez discuter de l’avenir de nombreuses régions du monde sans parler d’elle. »

Notes

[1] L’affaire Ergenekon a mis au jour un complot impliquant des militaires et visant à déstabiliser le gouvernement de l’AKP. Les dernières révélations incluent un projet d’assassinat du vice-premier ministre Bülent Arinç. L’enquête en cours a permis de faire la lumière sur les opérations de contre-guérilla menées dans le Kurdistan turc, et menace de dévoiler les activités de ce que les Turcs appellent l’« Etat profond » : une alliance militaro-mafieuse accusée de tirer les ficelles dans l’ombre. Lire, par exemple, « State’s dirty laundry might come out with “cosmic room” search », Sunday’s Zaman, Istanbul, 3 janvier 2010.

[2] On peut voir des vidéos de la polémique sur http://www.YouTube.com

[3] L’ambassadeur avait dû attendre longuement dans un couloir ; après quoi, devant les journalistes, M. Ayalon avait refusé de lui serrer la main et l’avait fait asseoir sur un siège plus bas que le sien. Seul le drapeau israélien était visible dans son bureau. Le vice-ministre reprochait à la Turquie la diffusion sur une chaîne privée d’un téléfilm jugé antisémite, ainsi que les nouvelles critiques du premier ministre Erdogan après un raid israélien sur la bande de Gaza.

[4] Cette province occupée par la France en 1916 faisait partie de la Syrie sous mandat français. Elle a été cédée par Paris à la Turquie en 1939.

[5] Today’s Zaman, Istanbul, 10 novembre 2009.

[6] Cf. Delphine Strauss, « Turkey’s Ottoman mission », Financial Times, Londres, 23 novembre 2009.

[7] Depuis le mois de janvier 2010, Taraf publie une édition en turc du Monde diplomatique.

[8] Les critères d’accession à l’Union européenne tels que définis à Copenhague en 1993 sont de trois ordres : politique, économique et acceptation des acquis communautaires.

[9] Dirigeant du PKK arrêté en février 1999.

Voir enfin:

The Muslim Civil War

Standing by while the Sunnis and Shiites fight it out invites disaster.

Bret Stephens

Yusuf al-Qaradawi, the prominent Sunni cleric, said Friday that Hezbollah and Iran are « more infidel than Jews and Christians. » Coming from the guy who once lauded Hitler for exacting « divine punishment » on the Jews, that really is saying something.

That the war in Syria is sectarian was obvious almost from the start, despite the credulous belief that Bashar Assad ran a nonsectarian regime. That a sectarian ruling minority fighting for its life would not fold easily was obvious within months, despite happy guarantees that the regime’s downfall would come within weeks. That a sectarian war in Syria would stir similar religious furies in Iraq and Lebanon was obvious more than a year ago, despite wishful administration thinking that staying out of Syria would contain the war to Syria alone.

What should be obvious today is that we are at the dawn of a much wider Shiite-Sunni war, the one that nearly materialized in Iraq in 2006 but didn’t because the U.S. was there, militarily and diplomatically, to stop it. But now the U.S. isn’t there. What’s left to figure out is whether this megawar isn’t, from a Western point of view, a very good thing.

The theory is simple and superficially compelling: If al Qaeda fighters want to murder Hezbollah fighters and Hezbollah fighters want to return the favor, who in their right mind would want to stand in the way? Of course it isn’t just Islamist radicals of one stripe or another who are dying in Syria, but also little children and aging grandparents and every other innocent and helpless bystander to the butchery.

But here comes the whispered suggestion: If one branch of Islam wants to be at war with another branch for a few years—or decades—so much the better for the non-Islamic world. Mass civilian casualties in Aleppo or Homs is their tragedy, not ours. It does not implicate us morally. And it probably benefits us strategically, not least by redirecting jihadist energies away from the West.

Wrong on every count.

Similar thinking was popular in the 1980s during the Iran-Iraq War. The war left as many as 1.4 million corpses on the battlefield, including thousands of child soldiers, and caused both countries billions in economic damage. And how did the West benefit from that? It’s true that the price of crude declined sharply almost every year of the war, but that only goes to show how weak the correlation is between Persian Gulf tensions and oil prices.

Otherwise, the 1980s were the years of the tanker wars in the Gulf, including Iraq’s attack on the USS Stark; the hostage-taking in Lebanon; and the birth of Hezbollah, with its suicide bombings of the U.S. Marine barracks and embassy in Beirut. Iraq invaded Kuwait less than two years after the war’s end. Iran emerged with its revolutionary fervors intact—along with a rekindled interest in developing nuclear weapons.

In short, a long intra-Islamic war left nobody safer, wealthier or wiser. Nor did it leave the West morally untainted. The U.S. embraced Saddam Hussein as a counterweight to Iran, and later tried to ply Iran with secret arms in exchange for the release of hostages. Patrolling the Strait of Hormuz, the USS Vincennes mistakenly shot down an Iranian jetliner over the Gulf, killing 290 civilians. Inaction only provides moral safe harbor when there’s no possibility of action.

Maybe that’s what President Obama is secretly aiming for. Had he armed Syria’s rebels early in the conflict, he could have empowered a moderate opposition, toppled the regime, sidelined Sunni jihadists, prevented the bloodbath we now have, stemmed the refugee crisis and dealt a sharp strategic setback to Iran—all without any U.S. military involvement.

Had he moved against Assad after the latter’s use of chemical weapons, the president could have demonstrated the seriousness of U.S. red lines—this time with limited and surgical use of U.S. military assets. (By the way, whatever happened to that U.N. fact-finding mission on Syrian chemical weapons that Mr. Obama promised back in April?)

Yet if Mr. Obama were to move against Assad today, the odds of success would be far longer. He would be going against an emboldened and winning despot, brazenly backed by Russia. And he would be abetting a fractured insurgency, increasingly dominated by radicals answering the call of jihad. The administration has gone from choosing not to take action to having no choice but to remain passive. Thus does global order give way to global disorder.

It’s tempting to rejoin that Syria is small and faraway, and that if Vladimir Putin or Iran’s Ayatollah Khamenei want to play in the Syrian dung heap they’re welcome to it. But these guys aren’t dupes getting fleeced at a Damascene carpet shop. They are geopolitical entrepreneurs who sense an opportunity in the wake of America’s retreat.

Maybe Americans will feel better after ceding the field to these characters. But we won’t be safer. And as a former Chicago friend of Mr. Obama used to say, the chickens sometimes do come home to roost.

4 Responses to Turquie: Ca fait des années que M. Erdoğan est arrivé à son arrêt (First crack in the Ankara Consensus ? : The West has refused to believe what Turks have known for years)

  1. […] l’enseignant-chercheur turc Alican Tayla et le politologue américain Michael Rubin, le même aveuglement occidental, devant la vraie nature d’un régime jusqu’ici présenté comme l’équivalent […]

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  2. […] ni la tombe de Rachel n’ont été et ne seront jamais des sites juifs, mais uniquement musulmans. Erdogan (mars […]

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  3. […] journalistes arabes évoquant le souhait cachés du Monde arabe – nos amis qataris et turcs exceptés – de voir le Hamas enfin désarmé […]

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  4. jcdurbant dit :

    A lire dans Le Figaro:

    Les nations et les peuples se vengent et l’idéal démocratique en fait les frais…‏

    La reprise en main magistrale du pouvoir est aussi un spectaculaire retournement de situation pour le président Erdogan, qui, il y a encore un mois, paraissait en fâcheuse posture, aux prises avec une vague d’attentats islamistes sans précédent, critiqué pour sa politique inefficace en Syrie, pour sa convergence objective d’intérêts (de toutes natures) avec Daech devenue trop voyante, enfin pour son offensive militaire contre les Kurdes alliés de Washington. Lui qui prétendait rebâtir l’Empire ottoman et faire jeu égal avec Vladimir Poutine ou Ali Khamenei voire même tenir la dragée haute à son maître américain semblait avoir fait de mauvais calculs, victime de sa folie des grandeurs et de ses double-jeux, réussissant à monter contre lui Moscou, Washington, Téhéran et Ryad… Las! Son cynisme et son opportunisme sans pareils lui ont permis de sentir le vent tourner sur le théâtre militaire syrien (au profit du régime et de ses mentors russe et iranien) et de faire à temps une volte-face spectaculaire pour rallier les positions de Moscou et Téhéran, trouver même soudainement des mérites à Bachar el-Assad, quitte à fâcher Washington (il sait qu’il reste important pour l’Alliance atlantique) et l’Europe insignifiante et piégée par un accord léonin sur les réfugiés qui va lui permettre de nous faire chanter tout à loisir…. Ce qui se passe en Turquie est donc aussi le signe d’une évolution globale de la situation au Moyen-Orient et du rapport de force américano-russe dans la région et même au delà.

    La Turquie d’aujourd’hui peut inquiéter à très juste titre, car Erdogan met cette synthèse au service d’une ambition néo-impériale, d’un national-islamisme offensif qui s’oppose frontalement à l’Europe. Elle n’est clairement plus compatible avec nos canons et nos référentiels d’Etat de droit ou de droits de l’homme. En fait, nous sommes soudainement rattrapés par une évidence: le décentrage non seulement géographique mais politique du monde. L’Europe (ni même l’Amérique) n’en sont plus le(s) centre(s) mais des pôles fragiles, prisonniers de leur renoncement déjà ancien à l’autorité, à la souveraineté, aux frontières, au courage politique, à la verticalité de l’exercice du pouvoir, à l’idée de guider un peuple au lieu «d’accompagner» ses turpitudes et des inconséquences.

    La Turquie peut inquiéter, car Erdogan met cette synthèse au service d’une ambition néo-impériale, d’un national-islamisme offensif qui s’oppose frontalement à l’Europe.

    C’est d’ailleurs, – ironie tragique du sort – l’Union européenne elle-même qui, au nom de l’intégration par Ankara des normes politiques européennes, a privé il y a quelques années de ses prérogatives constitutionnelles le Conseil National de Sécurité turc (MGK) jusqu’alors précieux défenseur du caractère laïc du pouvoir contre les dérives religieuses (Erdogan et Gülen avaient eux-mêmes subi ses foudres à la fin des années 90!). Nous n’avons rien compris à la réalité politique turque ni à la pénétration lente de l’islamisme dans ce pays. Voilà tout. Et ce n’est pas fini… L’accord de dupes conclu par la chancelière allemande nous expose désormais à tous les chantages du Sultan dont les déclarations comminatoires ont d’ailleurs déjà commencé.

    comme la Chine de son côté est en train de constituer un pôle gigantesque d’attraction politico-économique concurrent de celui d’un Occident en panne d’influence, Moscou prend acte de notre défiance et rejoint progressivement le groupe des nouveaux maîtres de l’ordre international… qui ont tous en commun de ne plus accepter la moindre leçon de notre part. Nous en sommes furieux, envieux, marris mais nous n’en pouvons mais… Quant aux peuples européens, qui perçoivent bien plus directement que nos élites hors sol le danger d’une perte de substance nationale et craignent chaque jour davantage l’emprise islamiste mais aussi, avouons-le, de l’islam tout court sur leurs contrées chrétiennes sécularisées mais affaiblies, ils conçoivent de plus en plus que leur sécurité passe désormais par la mise sous contrainte de certaines libertés et surtout par la verticalité assumée d’une «guidance», d’une direction courageuse donnée à l’Etat et à la Nation. La France, plus encore que d’autres nations en Europe, a un besoin urgent que soit forgée une synthèse politique spécifique adaptée à notre Etat de droit et au respect de notre histoire politique mais aussi à la réalité du monde, et qu’une telle autorité s’incarne enfin dans une personnalité véritablement convaincante et dédiée à notre salut collectif.

    Enfin, si nous n’avons certes, comme presque toujours rien vu venir, ne commençons pas en plus à battre notre coulpe sur le thème «si nous avions admis la Turquie dans l’UE, cela ne serait pas arrivé». C’est d’ailleurs, – ironie tragique du sort – l’Union européenne elle-même qui, au nom de l’intégration par Ankara des normes politiques européennes, a privé il y a quelques années de ses prérogatives constitutionnelles le Conseil National de Sécurité turc (MGK) jusqu’alors précieux défenseur du caractère laïc du pouvoir contre les dérives religieuses (Erdogan et Gülen avaient eux-mêmes subi ses foudres à la fin des années 90!). Nous n’avons rien compris à la réalité politique turque ni à la pénétration lente de l’islamisme dans ce pays. Voilà tout. Et ce n’est pas fini… L’accord de dupes conclu par la chancelière allemande nous expose désormais à tous les chantages du Sultan dont les déclarations comminatoires ont d’ailleurs déjà commencé.

    Notre aveuglement est confondant de naïveté et évidemment dangereux. Nous tenons, chez nous comme ailleurs, l’islamisme pour un inoffensif courant politico-religieux ; nous n’osons pas lui tenir tête au prétexte qu’il serait le légitime refuge des nouveaux «damnés de la terre». Et fait aggravant, nous ne pouvons pas concevoir que notre ethnocentrisme ignorant et pontifiant ait fait des ravages et provoque encore des réactions épidermiques dans lesquelles s’engouffrent l’autoritarisme et/ou et l’islam conquérant. Nous sommes face à un énième démenti de cette double faiblesse de jugement qui nous perd et nous aveugle face à la réalité du monde. Nous ne voulons pas voire la faillite manifeste de l’utopie du «Regime change» qui n’a provoqué que chaos et désolation et ouvert la voie à la pénétration massive de l’offensive islamiste …

    Caroline Galactéros

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/08/08/31002-20160808ARTFIG00282-erodgan-premier-dictateurnational-islamiste.php

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