Iran: Derrière les pitreries nord-coréennes, la vraie menace d’un Iran nucléaire (If North Korea has been a danger, then a bigger, richer, and undeterred nuclear Iran would be a nightmare)

J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
Dans le monde moderne, même les ennemis de la raison ne peuvent être ennemis de la raison. Même les plus déraisonnables doivent être, d’une façon ou d’une autre, raisonnables. (…) En cohérence avec cette idée, les socialistes regardaient ce qui se passait outre-Rhin et refusaient simplement de croire que ces millions d’Allemands avaient adhéré à un mouvement politique dont les principes conjuguaient théories paranoïaques du complot, haines à glacer le sang, superstitions moyenâgeuses et appel au meurtre.(…) Les kamikazés étaient certes fous, mais la faute en incombait à leurs ennemis, pas à leurs dirigeants ni à leurs propres doctrines. (…) le nihilisme palestinien ne pouvait signifier qu’une chose: que leur souffrance était encore pire … Paul Berman
Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent se résoudre au fait qu’il n’y a pas d’alternative au marché libre et à la démocratie bourgeoise (…) Parfois il faut tout simplement que David triomphe du Goliath américain. Christopher Hitchens
La possibilité d’une annihilation existe. Le projet sioniste entier est apocalyptique. Il existe dans un environnement hostile et dans un certain sens son existence n’est pas raisonnable. (…) Oui, je pense à Armageddon. C’est possible. Dans les vingt prochaines années, il pourrait y avoir une guerre atomique ici. Benny Morris
Quand les Palestiniens ont rejeté la proposition (celle du Premier Ministre Ehud Barak) en juillet 2000 et la proposition de Clinton en décembre 2000, j’ai compris qu’ils étaient peu disposés à accepter la solution de deux Etats. Ils veulent tout. Lod et Acre et Jaffa. (…) Les explosions des bus et des restaurants m’ont vraiment secoué. Elles m’ont fait comprendre la profondeur de la haine envers nous. Elles m’ont fait comprendre que l’hostilité palestinienne, arabe et musulmane envers l’existence juive ici nous amène au bord de la destruction. (…) Il y a un profond problème dans l’Islam. C’est un monde dont les valeurs sont différentes, un monde dans lequel la vie humaine n’a pas la même valeur qu’elle a en Occident. La liberté, la démocratie, l’ouverture et la créativité lui sont étrangers. C’est un monde qui prend pour cible de ceux qui ne font pas partie du camp de l’Islam. La vengeance est aussi importante ici. La vengeance joue un rôle central dans la culture tribale arabe. Ainsi, les peuples se battent et la société qui les envoie n’a pas d’inhibitions morales. S’ils obtiennent des armes chimiques, biologiques ou atomiques, ils les utiliseront. S’ils le peuvent, ils commettront aussi un génocide. Benny Morris
Un peu comme les hooligans de la tribune K du Parc des Princes, les hooligans au pouvoir en Iran veulent prendre le contrôle d’une tribune, le Liban Sud, et puis faire régner leurs lois dans le stade du Moyen-Orient et ses alentours. A la différence près que dans ce coin perdu du 16e arrondissement de Paris ne se trouvent pas la plupart des réserves pétrolières ou gazières de la planète. Iran-Resist
Le problème n’est pas la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban ou les ingérences de la Syrie ou du Hezbollah : Le problème est centré sur l’effort de l’Iran à obtenir le Droit d’Abolir l’Exclusivité de la Dissuasion. La prolifération sauvage, le concept de «tous nucléaires» sera la fin de la Guerre Froide et le retour à la période précédant la Dissuasion. Les mollahs et leurs alliés, le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, la Corée du Nord et la Russie…, se militarisent à une très grande échelle sachant qu’ils vont bientôt neutraliser le parapluie protecteur de la dissuasion et alors ils pourront faire parler la poudre. Chacun visera à dominer sa région et sans que les affrontements se déroulent en Europe, l’Europe sera dépouillée de ses intérêts en Afrique ou en Amérique du Sud et sans combattre, elle devra déposer les armes. Ce qui est incroyable c’est la myopie de la diplomatie française et de ses experts. (…) Aucun d’entre eux ne se doute que la république islamique a des alliés qui ont un objectif commun: mettre un terme à une discrimination qui dure depuis 50 ans, la dissuasion nucléaire ! Cette discrimination assure à la France une position que beaucoup d’états lui envient. Ils attendent avec impatience de pouvoir se mesurer avec cette ancienne puissance coloniale que beaucoup jugent arrogante, suffisante et gourmande. Iran-Resist
L’équilibre de la terreur était en fait d’une grande fragilité, comme de nombreux incidents, mais surtout une crise majeure, la crise des missiles de Cuba, l’a révélé en 1962. Le problème a moins concerné la relation entre les Etats-Unis et l’Union soviétique que la présence d’un troisième acteur, Fidel Castro, qui a failli faire basculer le « système bipolaire » dans la guerre nucléaire. Cette crise mérite qu’on y revienne, non seulement parce que, si elle se reproduit, nous n’aurons probablement pas la même chance, mais aussi parce que le monde contemporain a désormais plusieurs acteurs nucléaires de type Fidel Castro, qui, à la différence de Kennedy ou de Khrouchtchev, partisans de la dissuasion, n’hésiteront pas à recourir à l’arme nucléaire comme à un moyen de coercition. Thérèse Delpech
La Corée du Nord a appris au monde qu’au poker nucléaire la folie feinte vous vaut de l’aide étrangère ou l’attention planétaire — du fait que même la certitude qu’on a affaire à un bluff à 99% reste suffisante pour effrayer les opinions publiques occidentales. La Corée du nord est le proverbial envieux psychopathe du quartier qui agresse constamment ses voisins prospères d’à côté, en partant du principe que les voisins ne pourront manquer de prendre en compte ses menaces aussi sauvages qu’absurdes parce qu’il n’a rien et qu’ils ont tout à perdre. (…) L’Iran pourrait reprendre à l’infini le modèle de Kim — menaçant une semaine de rayer Israël de la carte, faisant machine arrière la semaine d’après sous prétexte de problèmes de traduction. L’objectif ne serait pas nécessairement de détruire Israël (ce qui vaudrait à l’Iran la destruction de la culture persane pour un siècle), mais d’imposer une telle atmosphère d’inquiétude et de pessimisme à l’Etat juif que son économie en serait affaiblie, son émigration en serait encouragée et sa réputation géostratégique en serait érodée. La Corée du nord est passée maître dans de telles tactiques de chantage nucléaire. A certains moments, Pyongyang a même réussi à réduire les deux géants asiatiques – Japon et Corée du Sud – à la quasi-paralysie. (…) Un Iran nucléaire n’aurait à s’inquiéter ni d’un ennemi existentiel avec une population d’un milliard d’habitants à côté tel que l’Inde ni d’un mécène tout aussi peuplé comme la Chine susceptible d’imposer des lignes rouges à ses crises de folie périodiques. Téhéran serait libre au contraire de faire et de dire ce qu’il veut. Et son statut de puissance nucléaire deviendrait un multiplicateur de force pour son énorme richesse pétrolière et son statut auto-proclamé de leader mondial des musulmans chiites. Si la Corée du Nord est un danger, alors un Iran nucléaire plus gros, plus riche et sans dissuasion serait un cauchemar. Victor Davis Hanson

Attention: une menace peut en cacher une autre !

Images de propagande d’un autre temps, guignolades avec les bouffons utiles à la Dennis Rodman, troupes jouant aux pompoms girls, grossiers photomontages à l’iranienne, essais nucléaires plus ou moins bidonnés mais vrais cannonages et attaques informatiques …

Alors qu’avec l’indispensable et cynique soutien chinois, la Corée du nord a repris, tout en continuant à affamer sa population, son habituel poker menteur contre ses voisins et les Etats-Unis …

Comment ne pas voir, derrière cette guerre des nerfs incessante que font subir les bouffons nord-coréens aux quelque 23 millions de résidents de l’agglomération séoulite à à peine 50 km de la frontière …

Que si les ennemis d’Israël comme l’Iran ne sont probablement pas assez fous (du moins la plupart des dirigeants et la plupart du temps) pour risquer la vitrification qui suivrait imanquablement une attaque nucléaire d’Israël, ils n’ont justement pas besoin d’annihiler réellement Israël pour arriver à leurs fins …

Qu’il leur suffit de leur rendre la vie tellement intenable par les menaces constantes qu’une partie des Israéliens les plus dynamiques (notamment derrière le « miracle » de haute technologie qui place actuellement Israël à des années lumières de ses attardés de voisins: 77 brevets aux EU pour les Saudis de 1980 à 2000 contre 7,652 pour les Israéliens !) décident finalement, comme je le disais dans un autre billet, « repartir si on leur fait assez peur pour les silicon valleys américaines où ils ont souvent gardé non seulement des contacts mais des résidences secondaires » …

D’où, comme l’explique bien l’analyste miltaire américain Victor Hanson, la menace autrement plus dangereuse, une fois doté de l’arme nucléaire et surtout les possibilités de chantage et d’intimidation qu’elle permettrait, …

D’un Iran assis sur des réserves energétiques parmi les plus importantes du monde, l’absence outre Israël de véritable contrepoids régional et une idéologie à forte dimension fanatico-messianique appuyée sur l’ensemble du monde chiite ?

Iran’s North Korean Future

Victor Davis Hanson

National review

April 11, 2013

The idea of a nuclear Iran — and of preventing a nuclear Iran — terrifies security analysts.

Those who argue for a preemptive strike against Iran cannot explain exactly how American planes and missiles would take out all the subterranean nuclear facilities without missing a stashed nuke or two — or whether they might as well expand their target lists to Iranian military assets in general. None can predict the fallout on world oil prices, global terrorism, and the politically fragile Persian Gulf, other than that it would be uniformly bad.

In contrast, those who favor containment of a nuclear Iran do not quite know how the theocracy could be deterred — or how either Israel or the regional Sunni Arab regimes will react to such a powerful and unpredictable neighbor.

The present crisis with North Korea offers us a glimpse of what, and what not, to expect should Iran get the bomb. Mahmoud Ahmadinejad would gain the attention currently being paid to Kim Jong Un — attention not otherwise earned by his nation’s economy or cultural influence.

We should assume that the Iranian theocracy, like the seven-decade-long Kim dynasty in North Korea, would periodically sound lunatic: threatening its neighbors and promising a firestorm in the region — if not eventually in the United States and Europe as well.

An oil-rich, conventionally armed Iran has already used that playbook. When it becomes nuclear, those previously stale warnings of ending Israel or attacking U.S. facilities in the Persian Gulf will not be entirely laughed off, just as Kim Jong Un’s insane diatribes are now not so easily dismissed.

North Korea has taught the world that feigned madness in nuclear poker earns either foreign aid or worldwide attention — given that even a 99 percent surety of a bluff can still scare Western publics. North Korea is the proverbial nutty failed neighbor who constantly picks on the successful suburbanites next door, on the premise that the neighbors will heed his wild, nonsensical threats because he has nothing and they have everything to lose.

Iran could copy Kim’s model endlessly — one week threatening to wipe Israel off the map, the next backing down and complaining that problems in translation distorted the actual, less bellicose communiqué. The point would not necessarily be to actually nuke Israel (which would translate into the end of Persian culture for a century), but to create such an atmosphere of worry and gloom over the Jewish state as to weaken its economy, encourage emigration, and erode its geostrategic reputation.

North Korea is a past master of such nuclear-shakedown tactics. At times Pyongyang has reduced two Asian powerhouses — Japan and South Korea — to near paralysis. Can the nations that gave the world Toyota and Samsung really count on the American defense umbrella? Should they go nuclear themselves? Can North Korean leadership be continually bought off with foreign aid, or is it really as crazy serious as it sounds?

Iran would also be different from other nuclear rogue states. The West often fears a nuclear Pakistan, given that a large part of its tribal lands is ungovernable and overrun with Islamic radicals. Its government is friendly to the West only to the degree that American aid continues.

Yet far larger and more powerful India deters nuclear Pakistan. For all the wild talk from both the Pakistani government and tribal terrorists, there is general fear in Pakistan that India has superior conventional and nuclear forces. India is also unpredictable and not the sort of nation that can be periodically threatened and shaken down for concessions.

Iran has no comparable existential enemy of a billion people — only a tiny Israel of some seven million. The result is that there is no commensurate regional deterrent.

Nor does Iran have a tough master like nuclear China. Even Beijing finally pulls on the leash when its unpredictable North Korean client has threatened to bully neighbors and create too unprofitable a fuss.

Of course, China enjoys the angst that its subordinate causes its rivals. It also sees North Korea as a valuable impediment to a huge, unified, and Westernized Korea on its borders. But that said, China does not want a nuclear war in its backyard. That fact ultimately means North Korea is muzzled once its barking becomes too obnoxious.

A nuclear Iran would worry about neither a billion-person nuclear existential enemy nearby such as India, nor a billion-person patron such as China that would establish redlines to its periodic madness. Instead, Tehran would be free to do and say what it pleased. And its nuclear status would become a force multiplier to its enormous oil wealth and self-acclaimed world leadership of Shiite Muslims.

If North Korea has been a danger, then a bigger, richer, and undeterred nuclear Iran would be a nightmare.

— NRO contributor Victor Davis Hanson is a senior fellow at the Hoover Institution. His The Savior Generals will appear in the spring from Bloomsbury Books. © 2013 Tribune Media Services, Inc.

Voir aussi:

Comment la Corée du Nord organise sa propagande à l’aide de photomontages

Slate

09/04/2013

Nous avons passé les photos fournies par l’agence officielle nord-coréenne à l’AFP ou à Reuters au crible d’un logiciel d’analyse approfondie exclusif et réservé d’ordinaire aux ministères français de la Défense et de l’Intérieur.

Menaces de débarquement chez son voisin du sud, promesses de frappes nucléaires, d’attaques ciblées sur des points stratégiques de la région, rejet d’armistices et attaques annoncées sur le sol américain… La logorrhée de la Corée du Nord, pourtant coutumière des annonces agressives à l’égard de ses ennemis historiques, a atteint ces dernières semaines un niveau de violence jamais vu.

Pyongyang «est prête à mener une guerre totale», a promis le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, elle est désormais «en état de guerre», a-t-il dit après l’annonce d’un renforcement des sanctions internationales contre le pays et le survol du territoire sud-coréen par des avions furtifs B-2 de l’armée américaine. Accompagnant comme à son habitude ses paroles de vidéos de propagandes, cette fois montrant le congrès américain en flamme et photographies officielles produites dans le seul but de prouver que son armée est prête à faire face à tout type d’agression extérieure, Kim Jong-un s’est montré ces derniers jours en chef de guerre déterminé et incontrôlable.

La communauté internationale est habituée à la rhétorique belliqueuse et paranoïaque de la Corée du Nord, toujours été accompagnée de tentatives de manipulation par l’image (sans doute davantage diffusées pour asseoir auprès du peuple l’autorité interne de son leader).

Nul ne peut croire que la Corée du Nord dispose de la force militaire nécessaire pour attaquer un pays aussi puissant que les Etats-Unis ou l’un de ses alliés, ni même pour tenter une provocation physique. Pyongyang sait d’ailleurs ce qui lui en coûterait.

Ce qui frappe cette fois, c’est la capacité exceptionnelle des autorités nord-coréennes à user d’outils de communication assez performants pour faire douter les experts, tromper des agences de presse pourtant aguerries à ses techniques de propagande et finalement obtenir l’effet recherché: laisser planer une incertitude sur la survenance d’événements corroborant les déclarations de Pyongyang sur ses capacités réelles à lancer avec succès une attaque militaire d’ampleur.

Alors que les médias propagent massivement les photographies de Kim Jong-un censé étudier des documents présentés comme liés à la stratégie d’invasion élaborée par la Corée du Nord, aucun ne se doute qu’il participe en réalité à la diffusion d’images fictives créées à dessein propagandistes.

Nous avons passé plusieurs photos diffusées par l’agence officielle nord-coréenne KCNA au logiciel d’analyse approfondie exclusif Tungstène –réservé d’ordinaire aux ministères français de la Défense et de l’Intérieur. Une façon de voir comment la Corée du Nord modifie les images qu’elle veut donner d’elle-même (cliquez sur les images pour les voir en plus grand).

1. L’exemple de la flotille d’aéroglisseurs

2. Les photos officielles

La flotille

Mardi 26 mars, alors que Kim Jong-un fait monter la tension avec la Corée du Sud et menace les Etats-Unis d’une guerre thermonucléaire, l’Agence France Presse reçoit de l’agence officielle nord-coréenne KCNA une série de clichés censés montrer un exercice de débarquement nord-coréen sur la côte est du pays.

On y voit d’abord une flottille d’aéroglisseurs en mouvement puis, débarquant sur une plage légèrement enneigée, plusieurs unités d’infanterie. Ici un exercice de tirs de missiles, le sol est légèrement plus terreux. Là le dirigeant nord-coréen, jumelles en main, regardant tout sourire l’entraînement supposé de son armée depuis un point d’observation.

Aux côtés de Kim Jong-un, une poignée de généraux, carnet en mains, semblent prendre note de la progression des fantassins, au loin. Derrière eux patientent une poignée de jeunes soldates chaudement vêtues, tenues de camouflage de rigueur, qu’on aperçoit plus tard au sommet d’une dune, déplacer à la force de leurs bras un lanceur de missiles embourbé dans la boue.

A première vue, on pourrait croire que les images proviennent d’une même source, et que les clichés ont été pris dans des lieux identiques, et à des instants rapprochés. Le paysage des différentes photographies, sol neigeux, mer calme, grand soleil, pourraient même permettre de les lier entre eux.

Cependant aucune information crédible permettant de confirmer cette thèse n’a été communiquée par les services nord-coréens. Les aéroglisseurs au sol n’ont pas la même position d’une photographie à l’autre. Pour l’une d’entre elles, rien ne prouve qu’ils sont en état de fonctionnement, et pour l’autre ni même qu’ils… existent.

Ce que révèleront finalement les analyses réalisées ce jour-là par l’Agence France Presse, qui a eu raison d’être suspicieuse.

D’abord parce que la plupart des informations de la partie supérieure (mer et ciel) de l’image ont été méticuleusement détruites, au point qu’il est possible d’émettre des doutes sur le fait que qu’il s’agisse de deux éléments appartenant au même cliché, ce que prouve de façon évidente l’analyse 3D de la signature numérique de l’image.

Le graphique a été tourné afin de mettre en évidence les différences entre les deux zones. En jaune, la partie basse de la photo correspondant à la plage, à droite la partie haute, correspondant à la mer.

«On remarque une différence de signaux très marquée entre les deux zones. L’information a été détruite sur toute la partie haute de l’image, dont la signature numérique ne correspond pas à celle d’une photographie normale, à la différence de la partie basse du cliché», explique Roger Cozien, dirigeant de la société eXo maKina, qui développe et commercialise le logiciel Tungstène, un logiciel d’analyse approfondie réservé d’ordinaire aux ministères français de la Défense et de l’Intérieur.

Ensuite, parce qu’une partie des informations présentes dans la partie inférieure du cliché a été renforcée, notamment les personnages au sol, un à un.

Enfin parce que certaines informations de la partie supérieure de l’image ont été truquées, voire dupliquées.

«Les signatures d’anormalité des motifs des deux aéroglisseurs situés en bas à droite de la partie haute de l’image sont quasiment identiques, ce qui trop rare pour ne pas faire naître de très fortes certitudes sur la possibilité d’une duplication de l’un des engins amphibiens à partir du deuxième», analyse Roger Cozien.

Il faudra plusieurs heures à l’AFP, qui dispose de la technologie Tungstène, pour arriver à la conclusion que l’image du groupe d’aéroglisseurs menaçant les côtes avait été structurellement modifiée. Celle-ci avait déjà été retirée de la banque d’images de l’agence française, et ses clients avertis.

Elle n’était toutefois que le point de départ d’une tentative de propagande massive orchestrée par Pyongyang dans un but simple: montrer aux Coréens et au reste du monde que la Corée du Nord est prête à entrer en guerre.

A tous les niveaux, on trouve des altérations plus ou moins sérieuses parmi les clichés censés illustrer la suite logique d’événements présentée comme telle par les services de communication nord-coréens.

L’AFP a d’ailleurs également émis des doutes sur la photographie des missiles, qu’elle a supprimé de sa banque d’image. A raison, car la quasi-totalité des informations de la zone correspondant au lancement des fusées ainsi que la fumée s’y échappant, avait été détruite méthodiquement…

…comme d’ailleurs la zone supérieure, ainsi qu’une zone importante de la partie basse de l’image censée représenter des aéroglisseurs débarquant au sol une unité d’infanterie, que certains médias présentent pourtant encore aujourd’hui comme authentique.

S’agissant de cette image, une de ses caractéristiques, que l’on retrouve d’ailleurs dans les signatures de la plupart des photographies diffusées le 26 mars par la Korean Central News Agency, l’agence officielle du régime, est que celle-ci est subdivisée en plusieurs carrés, invisibles à l’œil nu.

«L’hypothèse qui prévaut à ce stade de nos investigations, c’est que ces images aient pu être extraites de vidéos, plus ou moins anciennes, ou qu’il puisse s’agir de scans d’images argentiques anciennes et que ces différentes opérations aient été réalisées avec des matériels anciens et, dans tous les cas, très différents de ce que nous observons habituellement», explique Roger Cozien.

Le flux des images distribuées par l’agence KCNA peut en effet être divisé en deux types de fichiers distincts: celles qui pourraient avoir été extraites de vidéos de propagande, et celles qui ont toutes les caractéristiques d’une photographie numérique classique, truquées ou non. Car il arrive qu’elles n’aient pas fait l’objet d’une modification. Reste encore à savoir quand elles ont été prises, et où.

Les symboles du pouvoir

Les plans d’attaque

Vendredi 29 mars, la Korean Central News Agency (KCNA), l’agence officielle du régime, publiait dans le journal du Parti des travailleurs, le Rodong Sinmun, des clichés montrant le dirigeant nord-coréen «ratifiant le plan de frappes stratégique des forces armées révolutionnaires lors d’une réunion d’urgence» en présence de militaires haut-gradés.

Tout a été réfléchi pour appuyer visuellement les récentes déclarations de Kim Jong-un sur la préparation de tirs de roquettes stratégiques sur le continent américain et des bases militaires de la péninsule coréenne, afin d’«ouvrir une nouvelle phase de l’histoire en mettant un terme définitif à l’épreuve de force avec les Etats-Unis». Et notamment en laissant sciemment derrière des documents militaires montrant des plans d’attaque «stratégiques» élaborés par Pyongyang contre «les forces impérialistes américaines» dans l’océan pacifique, ainsi que des détails sur la puissance militaire supposée de la Corée du Nord.

La carte montrant le «plan de frappes» nord-coréen sur le territoire américain a-t-elle été laissée intentionnellement? En réalité tout l’arrière plan de la photographie a fait l’objet d’un traitement logiciel, invisible à l’œil nu.

Soumise au logiciel d’analyse approfondie exclusif Tungstène, la photographie révèle que des zones ont fait l’objet d’une post-production importante.

On remarque alors qu’un certain nombre d’éléments, notamment les symboles liés au pouvoir du régime, insignes, attaches, étoiles, sur les personnages comme dans leurs reflets, ont fait l’objet d’un renforcement (zones blanches), mais aussi que certaines zones ont fait l’objet d’un traitement inverse, c’est-à-dire que des informations ont été sciemment détruites (zones noires).

Ces zones concernent les documents posés sur le bureau devant lequel est assis Kim Jong-un, ainsi que le verso de la feuille que le leader coréen tient en main et s’apprête à signer, mais pas seulement.

«La photographie numérique ne renvoie aucune information de texture ni de propagation de lumière au niveau de deux zones précises, qui correspondent toutes deux aux zones basses des cartes situées en arrière-plan des personnages», explique l’expert Roger Cozien, dirigeant de la société eXo maKina, qui développe et commercialise le logiciel Tungstène.

Le renforcement classique de certains éléments du décor et des personnages réalisé par les autorités nord-coréennes cache en réalité un travail plus important de destruction d’informations sur ce qui est présenté par Pyongyang comme les plans de frappes stratégiques contre les Etats-Unis. En particulier au niveau des zones maritimes se situant au sud-ouest de la Californie, reproduite à l’identique sur les deux cartes. «On a vraisemblablement voulu cacher des éléments», note Roger Cozien.

Le service photo de l’AFP, destinataire parmi d’autres de l’agence de presse officielle KCNA, reçoit régulièrement ce type d’images de l’organisme de propagande du régime de Pyongyang, par ailleurs source quasi unique d’informations en provenance de Corée du Nord.

La communication officielle

La plupart du temps, pour ne pas dire toujours, ces images ont fait l’objet d’une post-production, c’est-à-dire que leur qualité a été altérée, parfois simplement pour appuyer un élément visuel, ce qui n’est pas rare non plus chez des services de communication occidentaux, parfois pour modifier en profondeur d’autres éléments à des fins de manipulation.

Sur cette image montrant la place Kim Il-sung noire de monde, censée illustrer le soutien du peuple nord-coréen à la décision du «commandant suprême» d’entrer en guerre contre les Etats-Unis, l’ensemble des drapeaux, banderoles, bannières, panneaux et slogans, ont été renforcés à l’aide d’un outil de traitement d’image, afin de les rendre plus prégnants.

En jaune, les zones ayant fait l’objet du renforcement particulièrement important. On observe que celles-ci correspondent aux éléments visuels relatifs au pouvoir nord-coréen, mais aussi aux affiches et panneaux brandis par les personnages présents.

Les photographies officielles nord-coréennes ont presque systématiquement une qualité notoirement insuffisante pour permettre l’identification visuelle des détails, ce qui permet, mais il ne s’agit pas du but premier, d’occulter d’éventuels trucages. Tout au plus souhaite-t-on que l’on retienne une impression d’ensemble, ici l’ordre, la discipline, la foule compacte. «Dans le cas présent, cela peut permettre de cacher les coulisses du rassemblement et l’omniprésence du service d’ordre en nombre très important», explique Roger Cozien.

Les zones blanches représentent les éléments ayant fait l’objet d’une post-production plus classique (lissage, floutage, pixelisation). Elles correspondent à la foule et à certains bâtiments entourant la place Kim Il-sung.

Comme il est souvent impossible d’évaluer la date de l’événement qu’elles sont censées illustrer, ni son existence, les agences de presse destinataires traitent toujours les images de Corée du Nord avec la plus grande précaution. Et lorsqu’elles décident de les mettre à disposition de leurs clients, elles le font en les avertissant de leur provenance et en les conseillant de les considérer avec attention.

Lorsque le photomontage est trop grossier, ce qui pouvait arriver régulièrement par le passé, les agences ne le diffusent pas. Mais de plus en plus souvent, il arrive que les montages en provenance de Pyongyang soient d’une telle qualité que même un œil avisé est incapable de les détecter sans une aide logicielle. Ce qu’il était possible d’interpréter à l’œil nu comme une tromperie, devient aujourd’hui presque impossible sans une analyse méthodique et des outils exceptionnellement performants.

Sur cette image non datée, et a priori anodine, on remarque que certains visages ont été appuyés par une lumière artificielle (flèches bleues). La présence de personnages tournés vers la foule, comme pour la surveiller, de même que l’orientation des visages des personnes leur faisant face, peuvent laisser penser que le rassemblement spontané que le cliché est censé illustrer ne l’est pas (flèches vertes). Le spectre visible à l’œil nu au troisième rang (cadre rouge) permet d’envisager l’hypothèse qu’un élément, peut-être un visage, ou un personnage, a été supprimé de la photographie.

De là à accréditer la thèse selon laquelle la Corée du Nord serait capable d’accompagner ses paroles d’actes, il n’y a qu’un pas. Car si la modification des images accompagnant la propagande de Pyongyang ne permet à aucun moment d’affirmer que les événements qu’elles sont censées illustrer ont jamais réellement eu lieu, rien n’indique non plus que ceux-ci ne pourraient pas un jour survenir.

Lundi, Séoul indiquait surveiller avec la plus grande attention les activités sur le site atomique nord-coréen de Punggye-ri, évoquant la possible survenance prochaine d’un quatrième essai nucléaire organisé par Pyongyang et qui, cette fois, risquerait de transformer définitivement l’escalade verbale en escalade militaire.

Emile Van Bever

Images eXo maKina

9 commentaires pour Iran: Derrière les pitreries nord-coréennes, la vraie menace d’un Iran nucléaire (If North Korea has been a danger, then a bigger, richer, and undeterred nuclear Iran would be a nightmare)

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  4. jcdurbant dit :

    The responsibility has fallen on everyone’s shoulders to take this matter under consideration and to deal with it seriously. International efforts to convince Iran to halt its suspect nuclear programme are of the highest importance. Conditions must be created that support their success so that we don’t arrive one day and find the North Korean scenario replaying itself in the Gulf, with the language of nuclear blackmail becoming the dominant language of the region.

    Mohammed Bin Huwaidin (Al Bayan)

    This, then, is the country of the supreme leader and his funny hair and the picture of him in the artillery emplacement pondering which nations to strike with his nuclear missiles. Don’t joke. There are many like him who repress and oppress and incinerate, then smile for the camera, enjoying the limelight.

    Like you, I think about this world and tremble. It has become full of nuclear-armed children. A ruler no longer needs to accomplish anything: every time he desires extra aid, he merely lays his nuclear pistol on the table.

    Samir Atallah (Al Sharq Al Awsat)

    We have in the Arab world too many political problems, military conflicts, and internal wars to really worry about the situation in Korea. But what we are hearing in Pyongyang’s rhetoric is exactly what we are hearing from Damascus, and what we have heard previously from Baghdad and Tripoli and all the other backward regimes that brought nothing to their peoples and neighbours except tragedy. While the world remains on edge regarding what is happening, we paradoxically react primarily with sarcasm, perhaps knowing that these kind of regimes don’t affect the United States or combat colonialism to the same extent that they bring destruction to their peoples, and ultimately fail.

    Batir Mohammed Wardam (Ammon News)

    The Economist

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  5. […] La Corée du Nord a appris au monde qu’au poker nucléaire la folie feinte vous vaut de l’aide étrangère ou l’attention planétaire — du fait que même la certitude qu’on a affaire à un bluff à 99% reste suffisante pour effrayer les opinions publiques occidentales. La Corée du nord est le proverbial envieux psychopathe du quartier qui agresse constamment ses voisins prospères d’à côté, en partant du principe que les voisins ne pourront manquer de prendre en compte ses menaces aussi sauvages qu’absurdes parce qu’il n’a rien et qu’ils ont tout à perdre. (…) L’Iran pourrait reprendre à l’infini le modèle de Kim — menaçant une semaine de rayer Israël de la carte, faisant machine arrière la semaine d’après sous prétexte de problèmes de traduction. L’objectif ne serait pas nécessairement de détruire Israël (ce qui vaudrait à l’Iran la destruction de la culture persane pour un siècle), mais d’imposer une telle atmosphère d’inquiétude et de pessimisme à l’Etat juif que son économie en serait affaiblie, son émigration en serait encouragée et sa réputation géostratégique en serait érodée. La Corée du nord est passée maître dans de telles tactiques de chantage nucléaire. A certains moments, Pyongyang a même réussi à réduire les deux géants asiatiques – Japon et Corée du Sud – à la quasi-paralysie.(…) Un Iran nucléaire n’aurait à s’inquiéter ni d’un ennemi existentiel avec une population d’un milliard d’habitants à côté tel que l’Inde ni d’un mécène tout aussi peuplé comme la Chine susceptible d’imposer des lignes rouges à ses crises de folie périodiques. Téhéran serait libre au contraire de faire et de dire ce qu’il veut. Et son statut de puissance nucléaire deviendrait un multiplicateur de force pour son énorme richesse pétrolière et son statut auto-proclamé de leader mondial des musulmans chiites. Si la Corée du Nord est un danger, alors un Iran nucléaire plus gros, plus riche et sans dissuasion serait un cauchemar. Victor Davis Hanson […]

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  6. jcdurbant dit :

    North Korea was officially founded 68 years ago Friday — the day of the nuclear test — with opposition to the United States as its raison d’etre. Its propaganda lauds the protection the Kim family has provided from the “hostile” Americans.

    While there is still considerable skepticism that North Korea has been able to make such a breakthrough, there is also an increasing assumption among military officials in South Korea and the United States that it’s only a matter of time until North Korea gets there.

    But the countries in North Korea’s neighborhood are already at risk, Squassoni said. “This nuclear material could be put on a boat or an airplane or even a wheelbarrow and delivered to North Korea’s neighbors.”

    Dealing with North Korea will be a major challenge for the next U.S. administration, regardless of who wins the presidency. The Obama administration has generally followed a policy of “strategic patience,” trying to wait out North Korea, which, under Kim, has shown very little interest in negotiating away its nuclear program …

    https://www.washingtonpost.com/world/with-each-test-n-korea-inches-closer-to-intercontinental-nuclear-capability/2016/09/09/b6823c0c-768e-11e6-9781-49e591781754_story.html?postshare=6741473480678271&tid=ss_fb

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