Fiscalité française: Plus injuste que moi, tu meurs ! (France: Welcome to the Robin Hood in reverse state !)

https://i1.wp.com/25.media.tumblr.com/818d225f26d5a5062303d5e2bc246ce5/tumblr_mk1fq1wWZS1rqokrzo1_1280.gifLa France a beaucoup bénéficié des réformes des années 80 faites au nom de l’Europe, mais personne ne les a assumées. Imaginez-vous Ronald Reagan ou Margaret Thatcher refuser d’endosser les bénéfices de leur politique ? La classe politique française, elle, a peur de dire ce qu’elle fait. Mais, encore une fois, si la France s’est beaucoup enrichie depuis trente ans, contrairement à ce que l’on croit, la redistribution sous forme d’emplois n’a pas eu lieu. Savez-vous que les personnes âgées de plus de 59 ans, âge moyen de la retraite, consomment 70 % des dépenses sociales, y compris les soins de santé ? Au Canada, les gens de plus de 65 ans consomment seulement 50 % des dépenses sociales. Pourquoi ne pas remettre en cause cette situation atypique ? Parce que les retraités votent et pèsent d’un poids déterminant. Les jeunes eux-mêmes défendent ce système, car ils espèrent en bénéficier, ce qui ne sera pas le cas : le système est devenu intenable. Timothy Smith
Trop de gens présentent un faux choix au peuple français: la réforme nous mènera, forcément, vers une société plus inégale. Ce genre d’arguments profite en réalité aux insiders, ceux qui ont un bon emploi aujourd’hui et qui craignent le changement. A mon avis, la forme principale d’inégalité, c’est le chômage de masse, et, sans un processus de réforme, la France restera un pays inégalitaire, en crise permanente. Timothy Smith
Il existe en France un mécanisme beaucoup plus injuste (…)  le système dit de « quotient familial » de l’impôt sur le revenu. (…) Cette redistribution à l’envers atténue le caractère déjà peu progressif du système fiscal français. Au total, la perte de recettes pour le budget de l’État est estimée entre 10 et 13 milliards par an. (…) Comment donner une explication à une telle injustice ? L’argument des défenseurs du quotient est simple : ce mécanisme sert à assurer l’égalité de traitement entre familles de niveau de vie semblable avec et sans enfant. Rien d’autre. L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme stipule en effet que la « contribution commune » doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Que l’on comprenne bien ce que sous-entend un tel raisonnement : si l’égalité de traitement est assurée par le quotient en proportion des revenus, cela veut dire, que la capacité contributive des ménages est réduite à la venue de chaque enfant, proportionnellement au revenu des parents. Un enfant de riches entraîne plus de dépenses qu’un enfant de pauvres. C’est la seule justification valable du quotient familial. Dans la pratique, les défenseurs du quotient familial ont raison : le loyer d’un studio dans le 7e arrondissement de Paris est plus élevé que celui d’une chambre en cité universitaire. Un enfant de riche coûte effectivement plus cher à ses parents, en études, en loyers, en vacances, en activités diverses, etc…, qu’un enfant de pauvre. Doit-on, au nom de l’égalité entre familles de même niveau de vie donner plus aux riches qu’aux pauvres ? La République n’a pas à reconnaître cette réalité : tous les enfants sont égaux à ses yeux. En Europe, seule la France raisonne de cette façon. C’est donc d’un montant fixe que doivent être réajustées les facultés contributives, considérant que chaque enfant coûte autant, même si c’est faux dans la réalité. Louis Maurin

Attention: une injustice peut en cacher une autre!

A l’heure, où crise et explosion des déficits obligent, les Socialistes actuellement au pouvoir se décident enfin entre deux attrape-gogos à la mariage pour tous à évoquer les réformes qu’ils avaient tant combattues dans l’opposition …

Tout en s’obstinant à imposer à une infime fraction des plus riches, sans parler d’une législation toujours plus tatillonne, des taux d’impôt confiscatoires qui tendent à pousser au crime (jusqu’aux plus exotiques paradis fiscaux à présent !) une part de plus en grande (comme en Italie ?) de la population, leurs propres cadres  ou ministres (voire médias « amis » ?) compris …

Retour, avec Louis Maurin, sur la vraie injustice d’un des systèmes fiscaux déjà les moins progressifs du monde

A savoir, au-delà d’un système d’allocations kafkaïen, la véritable redistribution à l’envers du quotient familial …

Qui non seulement coûte un dizaine de milliards à l’Etat chaque année …

Mais réussit l’exploit de redistribuer aux 10% les plus riches… quelque 800 fois plus qu’aux 10% les plus pauvres !

Il faut supprimer le quotient familial

Louis Maurin

Directeur de l’Observatoire des inégalités. Auteur de « Déchiffrer la société française », éditions La découverte, 2009

Inégalités

le 19 mars 2013

Plutôt que réduire les allocations, il faudrait mieux supprimer le système injuste de quotient familial de l’impôt sur le revenu. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

L’objectif premier de la politique familiale n’est pas de redistribuer entre riches et pauvres mais entre ceux qui n’ont pas d’enfants et ceux qui en ont. La mise sous condition de ressources de l’ensemble des prestations familiales pour une partie des plus aisés – souvent évoquée – est une erreur. Elle conduira, à plus ou moins longue échéance, à la remise en cause de l’ensemble de la protection sociale le jour où les riches et les bien-portants préféreront payer pour leurs enfants plutôt que pour ceux des pauvres et leurs malades. La France souffre aujourd’hui déjà d’un déficit de politiques universelles.

Les allocations familiales, pour une grande part, ne dépendent pas du revenu : il existe en France un mécanisme beaucoup plus injuste, qui aide davantage les familles riches que les familles pauvres ! La véritable injustice fiscale française, réside dans le système dit de « quotient familial » de l’impôt sur le revenu [1]. Celui-ci réduit le montant de l’impôt à payer par les familles en fonction de leur nombre d’enfants et proportionnellement à leurs revenus !

Cette redistribution à l’envers atténue le caractère déjà peu progressif du système fiscal français. Au total, la perte de recettes pour le budget de l’État est estimée entre 10 et 13 milliards par an. Certes, le gouvernement en a réduit légèrement la portée en diminuant de 2 300 à 2 000 euros la baisse maximale d’impôt que permet chaque demi-part à partir des revenus de 2012. Mais la mesure reste prudente : elle ne concerne que 2,5 % des foyers fiscaux, s’applique par exemple à partir de 77 000 euros pour un couple avec deux enfants. Il faut donc aller bien au-delà.

Évidence qu’il faut rappeler, les familles non imposables, la moitié des foyers, ne voient pas la couleur du quotient. Pour les autres, d’après des calculs réalisés par le ministère du budget, l’avantage procuré est en moyenne de 490 euros annuels pour les 10 % des ménages les plus pauvres et de 3 800 euros pour les 10 % les plus riches (ces données ont été calculées avant les mesures prises en 2012). En fait, jusque 1 500 euros de revenus mensuels, le quotient n’apporte aucun avantage, quel que soit le type de famille…

Comment donner une explication à une telle injustice ? L’argument des défenseurs du quotient est simple : ce mécanisme sert à assurer l’égalité de traitement entre familles de niveau de vie semblable avec et sans enfant. Rien d’autre. L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme stipule en effet que la « contribution commune » doit être « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Que l’on comprenne bien ce que sous-entend un tel raisonnement : si l’égalité de traitement est assurée par le quotient en proportion des revenus, cela veut dire, que la capacité contributive des ménages est réduite à la venue de chaque enfant, proportionnellement au revenu des parents. Un enfant de riches entraîne plus de dépenses qu’un enfant de pauvres. C’est la seule justification valable du quotient familial.

Dans la pratique, les défenseurs du quotient familial ont raison : le loyer d’un studio dans le 7e arrondissement de Paris est plus élevé que celui d’une chambre en cité universitaire. Un enfant de riche coûte effectivement plus cher à ses parents, en études, en loyers, en vacances, en activités diverses, etc…, qu’un enfant de pauvre. Doit-on, au nom de l’égalité entre familles de même niveau de vie donner plus aux riches qu’aux pauvres ? La République n’a pas à reconnaître cette réalité : tous les enfants sont égaux à ses yeux. En Europe, seule la France raisonne de cette façon. C’est donc d’un montant fixe que doivent être réajustées les facultés contributives, considérant que chaque enfant coûte autant, même si c’est faux dans la réalité.

Si l’on admet la nécessité d’une politique familiale, quelles pourraient être les grandes lignes d’une réforme permettant une redistribution plus juste ? Les enjeux de la réforme sont importants, car des familles aisées y perdront quelques milliers d’euros au profit des catégories populaires et moyennes. Il faut donc supprimer progressivement le quotient. Par une mesure simple : l’abaissement graduel sur cinq ou dix ans, du plafond de revenus au-dessous duquel le quotient s’applique. En parallèle, on pourrait augmenter les allocations familiales du montant des recettes fiscales ainsi obtenues. D’un montant égal pour chaque enfant, elles seraient versées dès le premier, et viendraient remplacer toutes les anciennes aides. Au passage, c’est une évolution semblable à la réforme du supplément familial de traitement que perçoivent les fonctionnaires qui devait être mise en place le 1er janvier 2012 [2] et qui a été repoussée. Ce supplément, en grande partie proportionnel au salaire devait être rendu forfaitaire, assurant ainsi une plus grande justice.

Sur les bases actuelles, le montant des nouvelles allocations familiales atteindrait autour de 600 euros par an par enfant selon le ministère du budget lui-même ! Le niveau global des allocations familiales serait doublé, ce qui aurait un effet très net de relance de l’activité, le quotient familial d’aujourd’hui servant surtout à alimenter l’épargne des couches aisées. Une grande majorité des familles des catégories populaires et moyennes y gagneraient. En particulier les jeunes couples des classes moyennes au moment de la venue de leur premier enfant.

La peur des associations familiales, même progressistes, devant un tel chamboulement, est légitime : la manne budgétaire ainsi débloquée servirait-elle vraiment à la politique familiale ? Réticence légitime, par ces temps de restrictions budgétaires… C’est donc un engagement précis que devrait prendre la collectivité, en réaffirmant, à l’occasion, la nécessité d’une solidarité entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas. Au-delà du « coût » de l’enfant, bien réel, le « petit d’homme » est une trop grande richesse pour que la collectivité ne le favorise pas un peu.

(Cet article est une version actualisée d’un point de vue publié par Le Monde, le 1 juillet… 1997.)

[1] Confondu malheureusement par beaucoup avec le système de quotient utilisé notamment par les collectivités locales pour certains services (activités de loisir, cantines, etc.) pour tenir compte des revenus des familles

[2] http://www.fonction-publique.gouv.fr/fonction-publique-370

Voir aussi:

Allocations en France : un système kafkaïen

Pour qui veut bénéficier des allocations auquel il a droit, un véritable parcours du combattant kafkaïen.

Francis Richard.

Contrepoints

02/04/2013

France, un État providence si généreux et complexe qu’il faut des guides pour bénéficier de tout

En France l’État nounou s’occupe des Français, de la naissance jusqu’à la mort. Ils sont pour lui de bons et loyaux petits esclaves, à condition d’être pauvres, c’est-à-dire, dans la plupart des cas, de gagner moins de 46 014 € par an (année de référence 2011) pour un couple avec 1 enfant, soit 3 834,50 € par mois…

Le Particulier qui, comme son sous-titre l’indique, donne « toute l’information juridique et pratique pour agir », publie un supplément en mars 2013, qui est un guide sur les Aides et allocations. Il ne tient évidemment pas compte de l’intervention télévisée du 28 mars dernier de François II, président normal, qui a annoncé que les allocations familiales seraient bientôt dégressives en fonction du revenu.

Dans son édito, la rédactrice en chef, Bénédicte Dubreuil écrit : « On se croit souvent bien renseigné sur les diverses prestations existantes, or il n’en est rien. Un rapport du Comité national d’évaluation du revenu de solidarité active (RSA), paru en décembre 2011, est ainsi arrivé à cette conclusion inattendue : des bénéficiaires potentiels d’aides ignorent qu’ils y ont droit ou abandonnent les démarches face aux lourdeurs de l’administration ! »

On ne sait pas s’il faut le regretter ou non. Si tous les ayants-droits de l’État nounou connaissaient leurs « droits », le modèle social français, déjà en faillite implicite, serait précipité plus vite dans la faillite explicite. Ce qui aurait au moins l’avantage d’ouvrir les yeux des Français qui refusent de voir la réalité en face, à commencer par le 1er d’entre eux, Monsieur 75% (75% ne représentant pas la taxation des hauts revenus, mais bientôt le pourcentage des mécontents).

À lire ce guide de 122 pages, il y a de quoi être confondu par le nombre des aides et allocations personnelles et la complexité des conditions d’obtention. C’est véritablement kafkaïen que de vouloir en bénéficier. Cela demande à la fois temps et persévérance. C’est quasi un métier.

Dans cet article limitons-nous aux enfants et au logement qui dépendent de la branche famille de la sécurité sociale et qui représentent les 70 premières pages du guide du Particulier.

Pour élever ses enfants, il n’y a pas moins de 11 aides et allocations :

Prime à la naissance ou à l’adoption : 912,12 € (elle est double si vous adoptez et elle est sous condition de ressources, les fameux 46 014 € annuels pour un couple avec 1 enfant)

Allocation de base : 182,43 € par mois pendant 3 ans (sous condition de ressources, voir allocation précédente)

Complément de libre choix du mode de garde pour les enfants de moins de 6 ans (CLCG) : montants variables (dégressifs en fonction du revenu et fonction de la garde choisie)

Complément de libre choix d’activité (CLCA) : au maximum 566,01 € par mois (sans condition de ressources, mais fonction de la cessation ou du taux de réduction de l’activité et dépendant de la perception ou non de l’allocation de base)

(Ces quatre premières allocations constituent la Paje : Prestation d’accueil du jeune enfant)

Complément optionnel de libre choix d’activité (COLCA) : au maximum 809,42 € (si au moins 2 enfants à charge, en cas de cessation d’activité pendant 1 an à l’arrivée d’un nouvel enfant, dépendant de la perception ou non de l’allocation de base)

Allocations familiales (AF) : à partir de 2 enfants de moins de 20 ans (sans condition de ressources jusqu’ici, fonction de l’âge des enfants et de leur nombre)

Complément familial (CF) : à partir de 3 enfants de plus de 3 ans (sous condition de ressources, voir prime à la naissance)

Allocation de soutien familial (ASF) : à partir de 89,34 € par mois et par enfant pour le parent ou la personne qui assume seul la charge effective et permanente d’1 enfant privé de l’aide de l’un ou de ses deux parents (sans condition de ressources)

Allocation journalière de présence parentale (AJPP) : 42,20 € par jour pour un couple, 50,14 € pour une personne seule pour un enfant gravement malade (sans condition de ressources, mais sous condition de ressources en cas de complément pour frais)

Allocation de rentrée scolaire (ARS) : 876,52 € pour les enfants de 6 à 18 ans (sous condition de ressources, différente de celle de la prime de naissance)

Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) : 127,68 € par mois et par enfant handicapé de moins de 20 ans (sans condition de ressources, mais compléments possibles)

Ce qui est réjouissant pour le chasseur d’allocations, c’est qu’elles ne sont pas toutes cumulables… Pour le savoir il faut se référer à un tableau complexe, à double entrée.

En matière de logement il y a 3 aides et allocations:

Aide personnalisée au logement (APL) : pour alléger le loyer ou les échéances de remboursement (dépendante de la famille, des ressources et de la localisation du logement)

Allocation de logement familiale (ALF) : pour ceux qui n’ont pas « droit à » l’APL (sous condition de ressources, mais pour tout type de logement)

Allocation de logement sociale : pour ceux qui n’ont pas « droit à » l’APL, ni à l’ALF (sous condition de ressources et pour la seule résidence principale)

Ces 14 aides et allocations qui relèvent de la branche famille de la sécurité sociale française montrent que celle-ci n’a rien à voir avec un système d’assurances, mais tout à voir avec un système bureaucratique de redistribution… En 2011, il y avait 11,4 millions d’allocataires de la branche famille et 38,8 milliards d’euros de prestations leur ont été versés, soit près de 2% du PIB… La Paje représente 37% de ce gâteau, les AF 48%, le logement 12% et les enfants handicapés 2%.

Le solde de cette branche de la sécurité sociale, qui correspond à 17% des dépenses du régime général, est négatif, comme les autres : – 0,3 milliard en 2008, – 1,9 en 2009, – 2,7 en 2010 et -2,6 en 2011. Les recettes proviennent à 65,3% des cotisations – les salariés seront heureux d’apprendre, s’ils ne le savent pas, que 5,4% de leur salaire brut sont soustraits de leur salaire complet (salaire brut + charges dites employeur) à cette fin –, à 17,8% de la CSG (qui représente aussi 35,6% des recettes de la branche maladie) et à 14,9% d’impôts et taxes (sic). Autant dire que les chiffres des différentes branches de la sécurité sociale française sont manipulables indéfiniment, mais que le résultat est globalement négatif : -17,4 milliards d’euros en 2011…

Cet aperçu de la caisse unique de sécurité sociale française via sa branche famille montre que ce système est compliqué, qu’il est égalisateur par le bas, qu’il consacre la solidarité forcée (c’est-à-dire le vol), qu’il est inefficace et qu’il est ruineux. Avis aux amateurs et partisans en Suisse de la caisse unique…

Voir également:

Fonction publique | Liberticides & Co | Politique

Le pays aux 400 000 normes où la responsabilité est la moins partagée

Contrepoints

29/03/2013

Les normes qui s’accumulent, qui sont autant d’obstacles sur le chemin de la liberté et de la prospérité, ne remplaceront jamais le bon sens.

Baptiste Créteur.

Les normes et règlements sont, avec le chômage, un des seuls domaines en croissance en ces temps difficiles. Proximité avec le pouvoir oblige, ce sont les élus qui auront le privilège de s’attaquer en premier lieu à ce monticule informe et indigeste. Deux élus locaux, Alain Lambert et Jean-Claude Boulard, ont remis à Jean-Marc Ayrault un rapport sur « la lutte contre l’inflation normative » qui devrait être suivi de décisions annoncées en comité interministériel pour la modernisation de l’action publique le 2 avril.

Le témoignage de Michel Thérond, maire d’Albaret-Sainte-Marie permet de prendre la mesure des normes auxquelles sont confrontées les collectivités territoriales. De l’obligation d’agents communaux spécialement formés pour changer une ampoule à des dispositifs destinés à des handicapés absents du village en passant par une règle l’empêchant d’ouvrir un établissement susceptible d’accueillir les personnes âgées de sa commune, le récit de son quotidien permet de prendre l’ampleur de l’enchevêtrement de textes auquel il est confronté. Y sont aussi confrontés les commerçants du village, mais pas seulement.

La complexité des normes, qui contraint les maires à être régulièrement en infraction faute de pouvoir se payer les services de spécialistes, est vécue par une grande partie des Français et a des conséquences sur tous. Le code du travail se complexifie et fait de chaque embauche un pari risqué ; la fiscalité est assez subtile pour permettre le développement de professions spécialisées dans la conformité et le contournement de la réglementation ; le droit français, par exemple en matière de laïcité et de service public, offre à deux cours la possibilité de rendre des jugements opposés. En plus d’être imprévisibles, les évolutions réglementaires vont systématiquement dans le sens d’une complexité accrue.

Cette intervention de l’État dans tous les domaines de la vie des citoyens, du berceau à la tombe, relève d’une logique constructiviste, selon laquelle les comportements doivent être décidés par la loi. Leur ridicule saute aux yeux dans les petites communes, où doivent être prévues des configurations jamais rencontrées et aux probabilités proches d’une sortie rapide et prochaine de crise, mais leur illégitimité est plus rarement évoquée.

C’est pourtant la question fondamentale qui devrait précéder toute intervention étatique. Est-ce réellement à l’État de définir ce que peut et ne peut pas contenir un contrat de travail auquel employeur et salarié consentiront librement ? Est-ce réellement à l’État de définir qui peut se marier, avec qui, et à quelle fin ? Est-ce réellement à l’État de décider s’il est possible ou non de fumer dans un lieu donné ?

En soumettant les citoyens à un nombre croissant de règles, l’État leur ôte le sentiment qu’ils ont une quelconque part de responsabilité dans les décisions qu’ils prennent. Alors même qu’il s’endette depuis 40 ans sans être capable de dégager un excédent budgétaire ne serait-ce qu’une fois sur la période – i.e. sans même se demander s’il a une quelconque capacité de remboursement – l’État impose aux organismes de crédit d’ajouter certaines mentions qui semblent pourtant relever du bon sens indiquant aux souscripteurs qu’un crédit les engage et doit être remboursé, et sauve quand même de la situation dans laquelle ils se sont jetés comme des grands ceux qui n’auraient pas pris les précautions nécessaires et seraient surendettés. Il est vrai que les parlementaires qui votent le budget ne s’engagent pas personnellement et n’engagent que les citoyens français ; c’est sans doute pour cela qu’ils ont souhaité tendre la main à aussi irresponsable qu’eux.

Devant une telle avalanche, les maires ruraux se sentent souvent bien seuls… «Les services d’un ­avocat sont souvent prohibitifs pour de petites communes, souligne Me Jean-Louis Thiériot, spécialisé dans les petites collectivités lo­cales, lui-même maire de Beauvoir (200 habitants), en Seine-et-Marne. Résultat : elles font l’impasse sur cette dépense et sont souvent condamnées… Je connais pas mal de maires qui n’en peuvent plus et ne se représenteront pas en 2014. Le grand principe à réinventer, c’est le bon sens.»

Le bon sens semble toujours présent chez ceux qui dénoncent cette avalanche de normes – qui s’ajoute à une avalanche de taxes – déclenchée par un État-nounou qui nourrit les recueils de loi en même temps qu’il cherche à nourrir les citoyens – avec le succès qu’on sait. Mais il est à craindre que les citoyens aient aujourd’hui perdu bon sens et sens des responsabilités, habitués qu’ils sont à être tenus par la main. Comment expliquer sinon qu’ils votent encore pour des candidats ne faisant pas de la dépense publique leur unique thème de campagne ?

Voir enfin:

Édito

L’égalitarisme sexuel ultime est en marche

1/04/2013

Je l’avais déjà noté précédemment, mais décidément, le sexe travaille nos élites. Bien sûr, la question du mariage homosexuel bondit immédiatement à l’esprit. Mais ce n’est, en réalité, que l’élément le plus visible d’une série de principes philosophiques que l' »élite » au pouvoir entend clairement imposer à tous, comme l’actualité nous le rappelle.

L’un de ces principes est que, par exemple, l’accès au sexe doit être égal pour tous et toutes. Ce n’est pas encore un droit de l’Homme, pardon un droit de la Femme et de l’Homme, mais il semble évident qu’à partir du moment où certains souffrent de ne pouvoir, justement, y avoir accès, le socialisme appliqué et nos gouvernants vont tout faire pour corriger cet enquiquinant empêchement.

Comme d’habitude, il s’agira dans un premier temps de présenter tout ceci comme une nécessité pour une population défavorisée. L’intérêt de cet angle est que toute personne qui trouverait ça grotesque, inapproprié, choquant ou que sais-je sera placé dans les rétrogrades, les réactionnaires ou les conservateurs (mélanges possibles, proportions au choix). Et cela permet aussi d’utiliser les problèmes, les souffrances ou les pulsions de certains afin de faire avancer l’agenda égalitariste. En plus, c’est assez simple : pour faire pleurer dans les chaumières, on peut toujours dégoter une veuve, une orpheline, ou un paralytique. Bingo, ce sera un paralytique !

Et voilà le Conseil Général de l’Essonne qui tente donc, à pas de loup, histoire de ne pas effaroucher la ménagère, de lancer le débat sur les assistants sexuels. En substance, le conseil tente d’engager une réflexion « sur la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap » avec à la clef la création d’un statut « d’assistant sexuel ».

Bien sûr, l’idée même qu’une forme subtile de prostitution d’État soit mise en place a déclenché quelques remous. C’est dommage, il y aurait certainement plein de choses à dire à ce sujet (et pas seulement, comme je le proposais déjà en 2006, en créant une Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations Sexuelles et pour l’Égalité des Chances Sexuelles). Et bien sûr, on comprend que cette tentative du Conseil Général n’est pas vaine même si l’idée est repoussée : elle est maintenant plantée dans l’esprit des Français et relayée, régulièrement, petit-à-petit, par des médias avides d’idées nouvelles. Un jour, elle sera acceptée.

Aurélie Filippetti CCCPUn autre principe en cours d’installation dans la société française est celui de la parité dans toutes les strates de la société : dans les entreprises, dans les administrations, aux élections, bref, partout. Dernier avatar en date des velléités d’une représentation parfaite des hommes et des femmes absolument partout, les déclarations de la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, laissent peu de place à toute interprétation un peu indulgente : oui, on va absolument tout faire pour que les hommes et les femmes soient représentés avec une égalité mesurée par interférométrie-laser s’il le faut. Ça va être carré de chez carré. Pas un texte, pas une couette, pas un pantalon, pas un zizi qui dépasse. Même dans les arts !

Là encore, la manœuvre est tellement grosse que même les journaux délicieusement à gauche s’interrogent sur le bien-fondé de la démarche : à quand la parité dans les chœurs, chez les ténors et les basses, par exemple ? Non ?

On regrette que la réaction ait été plus molle concernant les dernières sorties de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem, maintenant abonnée à mes chroniques tant elle s’obstine compulsivement à vouloir raboter ces kikis qui la narguent ouvertement. Mais à la quasi-folie de la porte-parlote du gouvernement répond en réalité l’aliénation mentale déjà bien installée de certaine administration qui a trouvé, dans sa ministre de tutelle, une alliée de choix pour une invraisemblable bataille.

Je voudrais exagérer que je n’y arriverais pas : on est bien, ici, dans des cas pathologiques graves, tant le bon sens semble avoir fui des pages de ce rapport, par exemple, qui entend montrer que les crèches sont des lieux abominables de discrimination sexuelle. Tout comme le relate, avec le calme froid d’un journalisme au sens critique livré en dose homéopathique, l’article de Libération, on y parle ainsi de la « dictature du rose » et de la nécessité d' »agir dès le plus jeune âge pour éviter un gâchis de talent et d’inventivité » ; mais zut de zut, avant la maternelle, « 63% des enfants « échappent » à l’influence d’une action publique ». Comme c’est dommage : une part encore énorme de la socialisation des bambins ne dépend pas des fous dangereux qui ont pondu ces monstruosités sponsorisées par un contribuable décidément trop généreux de son argent.

Au passage, il est troublant de comprendre que les parents qui, devant de telles âneries corrosives, choisiront de ne surtout pas inscrire leurs moutards dans les usines à dégenrer dès le plus jeune âge, seront ceux qui en auront les moyens financiers. Autrement dit : les classes populaires vont encore une fois trinquer pour les essais psychologiques et sociétaux de ces furieux baltringues. Encore une fois, comme l’a d’ailleurs souligné Drieu Godefridi dans son dernier livre, les fumeuses théories du genre constituent l’une des voies royales pour la destruction lente et voulue du droit.

égalité de genre

En fait, tout comme une taxation, d’entrée de jeu, de plus 50% de votre travail pour asseoir le bien-être d’une minorité de la population et tout comme une avalanche d’impôts, du jour au lendemain, provoqueraient une révolution, tenter de passer en force dans la société en essayant d’introduire l’égalitarisme sexuel ultime, le dégenrage enragé ou une parité totalitaire et à tous les étages ne marcherait pas.

En revanche, en procédant par petites touches successives, un coup-ci, un coup-là, on est passé d’un pays dans lequel on retenait, bon an mal an, un petit quart des salaires français pour faire marcher ses institutions et sa redistribution sociale à un État obèse qui ponctionne plus de la moitié de tous les revenus, taxe à tous les étages et ne distribue plus avec efficacité que la misère et le chômage. Pour l’égalitarisme ultime, celui qui permettra de gommer enfin la différence entre les hommes et les femmes, entre les Blancs et les Noirs, entre les petits et les grands, entre les intelligents et les imbéciles, entre les doués et les maladroits, il faudra donc procéder de la même façon : par petites touches successives et déterminées.

La cavalerie égalitariste est en marche. Qu’elle avance sans bruit n’enlève rien à son pouvoir de destruction.

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