Fukushima/2e: Attention, un syndrome peut en cacher un autre ! (After Fukushima, looking back at the Hanoi Jane effect)

The T.M.I. accident was, according to a 1979 President’s Commission report, “initiated by mechanical malfunctions in the plant and made much worse by a combination of human errors.” Although some radiation was released, there was no meltdown through to the other side of the Earth — no “China syndrome” — nor, in fact, did the T.M.I. accident produce any deaths, injuries or significant damage except to the plant itself. What it did produce, stoked by “The China Syndrome,” was a widespread panic. The nuclear industry, already foundering as a result of economic, regulatory and public pressures, halted plans for further expansion. And so, instead of becoming a nation with clean and cheap nuclear energy, as once seemed inevitable, the United States kept building power plants that burned coal and other fossil fuels. Today such plants account for 40 percent of the country’s energy-related carbon-dioxide emissions. Anyone hunting for a global-warming villain can’t help blaming those power plants — and can’t help wondering too about the unintended consequences of Jane Fonda. Stephen J. Dubner and Steven D. Levitt
Les reportages sur Fukushima Daiichi étaient guidés par le réflexe de la guerre froide qui consistait à assimiler les radiations à la peur et à un danger mortel. Les réacteurs ont été détruits, mais les radiations n’ont pas causé de morts à Fukushima Daiichi et ne devraient pas en causer au cours des cinquante prochaines années. Les voix de la science et du sens commun sur lesquelles repose l’avenir de l’humanité ont été étouffées et, à ce jour, elles n’ont toujours pas été entendues. Il s’en est suivi des souffrances inutiles et d’importants préjudices socio-économiques. Wade Allison (professeur émérite de physique à l’université d’Oxford)
C’est vers le troisième jour que j’ai pris conscience que nous nous étions gravement fourvoyés dans notre couverture de la plus grande catastrophe naturelle qui ait frappé l’un des principaux pays industrialisés depuis un siècle. Nous avions oublié les vraies victimes – les quelque 20 000 personnes qui avaient perdu la vie – au profit d’un sujet nucléaire alarmant. Le 20 février 2012, en collaboration avec Sense About Science, une organisation britannique qui mène des campagnes d’information sur des thèmes scientifiques, j’ai essayé de rétablir les faits lors de l’assemblée annuelle de l’Association américaine pour l’avancement des sciences qui s’est tenue à Vancouver. Nous avons expliqué que non seulement l’attention des médias internationaux s’était détournée du séisme pour se concentrer sur une « catastrophe nucléaire » mais aussi que cette couverture avait eu d’importantes implications économiques et même environnementales. Ainsi, quelques semaines après le tsunami, plusieurs pays dont l’Allemagne, l’Italie et la Suisse ont annoncé qu’ils allaient revoir leur position sur le nucléaire civil. Le 15 mars, le commissaire à l’Energie de l’Union européenne, Günther Oettinger, a qualifié d' »apocalypse » la fusion imminente du réacteur n° 4. Six semaines plus tard, la chancelière Angela Merkel, qui, physicienne de formation, aurait dû être mieux informée, a proclamé l’abandon définitif du programme nucléaire allemand. Tout cela s’est produit dans un climat hystérique et un vide informationnel. Il a fallu attendre plusieurs semaines pour qu’émergent du Japon les premiers rapports scientifiques dignes de foi, en particulier celui de l’inspecteur en chef des installations nucléaires au Royaume-Uni, Mike Weightman, qui a montré que la centrale de Fukushima Daiichi, bien qu’obsolète, criblée de défauts de conception et frappée par des forces géologiques supérieures aux prévisions du cahier des charges, a remarquablement résisté. A un moment, des gouvernements européens, dont celui du Royaume-Uni, ont proposé de rapatrier des ressortissants vivant dans des endroits où les niveaux de radiation étaient inférieurs à ceux de sites naturels comme Aberdeen [en Ecosse] ou les Cornouailles. (…) Il arrive que les médias se trompent, et c’est ce qui s’est produit au Japon : plus de 20 000 personnes ont péri dans la catastrophe, mais nous n’en avons guère entendu parler en Occident. Quant aux dirigeants politiques, ils auraient dû au moins attendre les premiers rapports scientifiques avant d’annoncer une sortie du nucléaire. Dans le cas de l’Allemagne, cette décision va générer quelque 70 millions de tonnes de plus d’émissions de CO2 par an, car la relève sera vraisemblablement assurée par les centrales à charbon. Personne, à ce jour, n’est mort des suites des fuites radioactives à Fukushima Daiichi. Pourtant, le chiffre zéro a été encore moins cité que celui des 20 000 victimes. Michael Hanlon

Attention: un syndrome peut en cacher un autre !

En ce triste deuxième anniversaire de l’accident nucléaire japonais de Fukushima  qui, oubliant les 20 0000 morts du tsunami pour les zéro morts du nucléaire lui-même, avait vu nombre d’appels à l’abandon de l’énergie nucléaire qui vont pour la seule Allemagne coûter des dizaines de millions de tonnes de plus d’émissions de CO2 par an

Pendant que le barman indélicat qui a coulé la candidature de Romney pour imposer à l’Amérique et au monde un nouveau mandat de l’accident industriel actuellement à la Maison Blanche s’apprête lui aussi à jouer les héros …

Comment ne pas repenser à un autre syndrome chinois celui-là …

A savoir l’illustration cinématographique de l’ultime accident nucléaire imaginé par le physicien Ralph Lapp d’une fusion d’une centrale américaine traversant la croûte terrestre jusqu’en Chine …

Qui avec le malencontreux accident de Three Mile Island une dizaine de jours plus tard et la véritable croisade orchestrée par la « Hanoi Jane » héroïne du film qui avait déjà tant fait pour la défaite de son pays au Vietnam …

Avait bien failli, comme l’avaient bien repéré les célèbres économistes de la rubrique Freakonomics du NYT,  par avoir la peau de l’industrie nucléaire américaine …

Et probablement largement contribué au fait que, loin derrière une France à près de 80% nucléaire ou une Suède à 42, les Etats-Unis n’ont jamais depuis dépassé les 20% ?

Les vouant, pour l’essentiel de leur production et à l’instar de tant d’autres conséquences inattendues des brillantes idées de nos belles âmes écolos, à la production autrement plus polluante du fioul ou du charbon …

Freakonomics

The Jane Fonda Effect

Nuclear Energy

Stephen J. Dubner and Steven D. Levitt

The New York Times

September 16, 2007

If you were asked to name the biggest global-warming villains of the past 30 years, here’s one name that probably wouldn’t spring to mind: Jane Fonda. But should it?

In the movie “The China Syndrome,” Fonda played a California TV reporter filming an upbeat series about the state’s energy future. While visiting a nuclear power plant, she sees the engineers suddenly panic over what is later called a “swift containment of a potentially costly event.” When the plant’s corporate owner tries to cover up the accident, Fonda’s character persuades one engineer to blow the whistle on the possibility of a meltdown that could “render an area the size of Pennsylvania permanently uninhabitable.”

“The China Syndrome” opened on March 16, 1979. With the no-nukes protest movement in full swing, the movie was attacked by the nuclear industry as an irresponsible act of leftist fear-mongering. Twelve days later, an accident occurred at the Three Mile Island nuclear plant in south-central Pennsylvania.

Michael Douglas, a producer and co-star of the film — he played Fonda’s cameraman — watched the T.M.I. accident play out on the real TV news, which interspersed live shots from Pennsylvania with eerily similar scenes from “The China Syndrome.” While Fonda was firmly anti-nuke before making the film, Douglas wasn’t so dogmatic. Now he was converted on the spot. “It was a religious awakening,” he recalled in a recent phone interview. “I felt it was God’s hand.”

Fonda, meanwhile, became a full-fledged crusader. In a retrospective interview on the DVD edition of “The China Syndrome,” she notes with satisfaction that the film helped persuade at least two other men — the father of her then-husband, Tom Hayden, and her future husband, Ted Turner — to turn anti-nuke. “I was ecstatic that it was extremely commercially successful,” she said. “You know the expression ‘We had legs’? We became a caterpillar after Three Mile Island.”

The T.M.I. accident was, according to a 1979 President’s Commission report, “initiated by mechanical malfunctions in the plant and made much worse by a combination of human errors.” Although some radiation was released, there was no meltdown through to the other side of the Earth — no “China syndrome” — nor, in fact, did the T.M.I. accident produce any deaths, injuries or significant damage except to the plant itself.

What it did produce, stoked by “The China Syndrome,” was a widespread panic. The nuclear industry, already foundering as a result of economic, regulatory and public pressures, halted plans for further expansion. And so, instead of becoming a nation with clean and cheap nuclear energy, as once seemed inevitable, the United States kept building power plants that burned coal and other fossil fuels. Today such plants account for 40 percent of the country’s energy-related carbon-dioxide emissions. Anyone hunting for a global-warming villain can’t help blaming those power plants — and can’t help wondering too about the unintended consequences of Jane Fonda.

But the big news is that nuclear power may be making a comeback in the United States. There are plans for more than two dozen new reactors on the drawing board and billions of dollars in potential federal loan guarantees. Has fear of a meltdown subsided, or has it merely been replaced by the fear of global warming?

The answer may lie in a 1916 doctoral dissertation by the legendary economist Frank Knight. He made a distinction between two key factors in decision making: risk and uncertainty. The cardinal difference, Knight declared, is that risk — however great — can be measured, whereas uncertainty cannot.

How do people weigh risk versus uncertainty? Consider a famous experiment that illustrates what is known as the Ellsberg Paradox. There are two urns. The first urn, you are told, contains 50 red balls and 50 black balls. The second one also contains 100 red and black balls, but the number of each color is unknown. If your task is to pick a red ball out of either urn, which urn do you choose?

Most people pick the first urn, which suggests that they prefer a measurable risk to an immeasurable uncertainty. (This condition is known to economists as ambiguity aversion.) Could it be that nuclear energy, risks and all, is now seen as preferable to the uncertainties of global warming?

France, which generates nearly 80 percent of its electricity by nuclear power, seems to think so. So do Belgium (56 percent), Sweden (47 percent) and more than a dozen other countries that generate at least one-fourth of their electricity by nuclear power. And who is the world’s single largest producer of nuclear energy?

Improbably enough, that would be . . . the United States. Even though the development of new nuclear plants stalled by the early 1980s, the country’s 104 reactors today produce nearly 20 percent of the electricity the nation consumes. This share has actually grown over the years along with our consumption, since nuclear technology has become more efficient. While the fixed costs of a new nuclear plant are higher than those of a coal or natural-gas plant, the energy is cheaper to create: Exelon, the largest nuclear company in the United States, claims to produce electricity at 1.3 cents per kilowatt-hour, compared with 2.2 cents for coal.

Nuclear enthusiasm may be on the rise, but it can always be dampened by mention of a single word: Chernobyl. The 1986 Ukrainian disaster killed at least a few dozen people directly and exposed millions more to radiation. A new study by the economists Douglas Almond, Lena Edlund and Marten Palme shows that as far away as Sweden, in areas where the wind carried Chernobyl fallout, babies who were in utero at the time later had significantly worse school outcomes than other Swedish children.

But coal, too, has its costs, even beyond the threat of global warming. In the United States, an average of 33 coal miners are killed each year. In China, more than 4,700 coal miners were killed last year alone — a statistic that the Chinese government has trumpeted as a vast improvement.

The accident at Three Mile Island ruined one of the two reactors on the site. The other one, operated by Exelon, continues to quietly churn out electricity for 800,000 customers. Outside the plant’s training center is a small vegetable garden enclosed in chain-link fencing: corn, tomatoes, beets. Its output is monitored to detect radiation. Although the garden was badly in need of watering during a recent visit, the vegetables were otherwise fine.

Inside, Christopher Crane, the chief operating officer of Exelon Generation, held forth on the barriers that the nuclear industry must clear before new plants can be built. Among them: the longstanding issue of how to dispose of spent fuel and whether the public has shaken its fear of new nuclear reactors. Crane sat in a conference room within the T.M.I. compound. The view outside was bleak: large, windowless buildings; fencing topped by razor wire; bulletproof sniper stands. Security at all nuclear plants has been heightened since 9/11. If you didn’t know better, you would think you were looking at a maximum-security prison.

This similarity suggests an answer to Crane’s point about public acceptance of new nuclear construction. There was a time when people didn’t want new prisons built in their backyards — until they decided that the risk was relatively low and that the rewards, in jobs and tax dollars, were substantial. Will nuclear plants ultimately get the same embrace? The market seems to think so — Exelon stock has tripled in the past five years — but it may all depend on what kind of thrillers Hollywood has in the pipeline.

Stephen J. Dubner and Steven D. Levitt are the authors of “Freakonomics.” More information on the research behind this column is online at http://www.freakonomics.com.

Voir aussi:

Tsunami : 20 000 morts – Fukushima Daiichi : zéro mort

Quand on parle des catastrophes qui ont frappé le Japon en mars 2011, on oublie trop vite les milliers de morts du séisme et du tsunami, estime l’éditorialiste Michael Hanlon.

The Daily Telegraph |

Michael Hanlon

9 mars 2012

J’ai regardé les terribles événements qui se sont déroulés au Japon le 11 mars 2011 avec une fascination mêlée de consternation. La première catastrophe naturelle d’une ampleur inouïe à être filmée et diffusée en temps réel dans des millions de foyers a produit des images terrifiantes qui resteront gravées à jamais dans ma mémoire.

L’image la plus terrible fut celle de cette vague noire, ce raz de marée meurtrier qui a submergé les terres comme un flot de mélasse. Mais, à y regarder de plus près, ce n’était là qu’une apparence : c’est le spectacle des automobiles ballottées en tous sens sur ce paysage de champs, de zones industrielles et de chantiers navals qui était révélateur de la véritable nature de ce tsunami. Ces vagues emportaient absolument tout sur leur passage et entraînaient des villes et des villages entiers dans le Pacifique. Il ne s’agissait pas d’un flot de mélasse, mais d’un mur destructeur qui avançait à 70 ou 80 km/h.

Des centaines, des milliers de gens mouraient sous mes yeux, parfois de la plus horrible des manières. Ce premier jour, comme tous les journalistes, je me suis mis à écrire sur la catastrophe comme je l’avais fait lors du tsunami qui avait dévasté les côtes de l’océan Indien le 26 décembre 2004 [plus de 200 000 morts].

Puis quelque chose d’étrange s’est produit. Quand on a appris que les vagues avaient frappé la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, située à environ 200 km de Tokyo, ce fut comme si le terrible désastre auquel on venait d’assister n’avait pas existé. Toutes les informations portaient désormais sur le risque d’une fusion du cœur du réacteur, la surchauffe des barres de combustible et les défauts de conception de cette vieille centrale.

J’ai moi-même été captivé par l’angle nucléaire – ce moment où les forces de la nature entrent en contact avec l’orgueil humain et la terreur d’un atome incontrôlable. Il y avait un drame humain, des rumeurs de tentatives pour étouffer le scandale, l’incompétence des autorités, l’héroïsme (ceux que l’on a appelés les « cinquante de Fukushima », le groupe d’employés de la centrale qui est resté sur le site) et très vite une dimension internationale avec la formation de « nuages radioactifs mortels ».

Très vite, nous autres journalistes sommes devenus experts en terminologie des catastrophes nucléaires : sieverts et millisieverts, différence entre les réacteurs à eau pressurisée et à eau bouillante, demi-vie des isotopes du césium et de l’iode, etc.

C’est vers le troisième jour que j’ai pris conscience que nous nous étions gravement fourvoyés dans notre couverture de la plus grande catastrophe naturelle qui ait frappé l’un des principaux pays industrialisés depuis un siècle. Nous avions oublié les vraies victimes – les quelque 20 000 personnes qui avaient perdu la vie – au profit d’un sujet nucléaire alarmant.

Le 20 février 2012, en collaboration avec Sense About Science, une organisation britannique qui mène des campagnes d’information sur des thèmes scientifiques, j’ai essayé de rétablir les faits lors de l’assemblée annuelle de l’Association américaine pour l’avancement des sciences qui s’est tenue à Vancouver. Nous avons expliqué que non seulement l’attention des médias internationaux s’était détournée du séisme pour se concentrer sur une « catastrophe nucléaire » mais aussi que cette couverture avait eu d’importantes implications économiques et même environnementales.

Ainsi, quelques semaines après le tsunami, plusieurs pays dont l’Allemagne, l’Italie et la Suisse ont annoncé qu’ils allaient revoir leur position sur le nucléaire civil. Le 15 mars, le commissaire à l’Energie de l’Union européenne, Günther Oettinger, a qualifié d' »apocalypse » la fusion imminente du réacteur n° 4. Six semaines plus tard, la chancelière Angela Merkel, qui, physicienne de formation, aurait dû être mieux informée, a proclamé l’abandon définitif du programme nucléaire allemand.

Tout cela s’est produit dans un climat hystérique et un vide informationnel. Il a fallu attendre plusieurs semaines pour qu’émergent du Japon les premiers rapports scientifiques dignes de foi, en particulier celui de l’inspecteur en chef des installations nucléaires au Royaume-Uni, Mike Weightman, qui a montré que la centrale de Fukushima Daiichi, bien qu’obsolète, criblée de défauts de conception et frappée par des forces géologiques supérieures aux prévisions du cahier des charges, a remarquablement résisté.

A un moment, des gouvernements européens, dont celui du Royaume-Uni, ont proposé de rapatrier des ressortissants vivant dans des endroits où les niveaux de radiation étaient inférieurs à ceux de sites naturels comme Aberdeen [en Ecosse] ou les Cornouailles.

« Les reportages sur Fukushima Daiichi étaient guidés par le réflexe de la guerre froide qui consistait à assimiler les radiations à la peur et à un danger mortel », explique Wade Allison, professeur émérite de physique à l’université d’Oxford. « Les réacteurs ont été détruits, mais les radiations n’ont pas causé de morts à Fukushima Daiichi et ne devraient pas en causer au cours des cinquante prochaines années. Les voix de la science et du sens commun sur lesquelles repose l’avenir de l’humanité ont été étouffées et, à ce jour, elles n’ont toujours pas été entendues. Il s’en est suivi des souffrances inutiles et d’importants préjudices socio-économiques. »

Il arrive que les médias se trompent, et c’est ce qui s’est produit au Japon : plus de 20 000 personnes ont péri dans la catastrophe, mais nous n’en avons guère entendu parler en Occident. Quant aux dirigeants politiques, ils auraient dû au moins attendre les premiers rapports scientifiques avant d’annoncer une sortie du nucléaire. Dans le cas de l’Allemagne, cette décision va générer quelque 70 millions de tonnes de plus d’émissions de CO2 par an, car la relève sera vraisemblablement assurée par les centrales à charbon. Personne, à ce jour, n’est mort des suites des fuites radioactives à Fukushima Daiichi. Pourtant, le chiffre zéro a été encore moins cité que celui des 20 000 victimes.

Voir également:

Three Mile Island (TMI), déjà 32 ans

Dissident media

Deux mois exactement avant que ne survienne l’accident de Three Mile Island, la Commission de Réglementation Nucléaire américaine, la NRC, remettait au Congrès des Etats-Unis un rapport d’une centaine de pages. Son titre: « Identification des problèmes de sécurité non résolus dans les centrales nucléaires ». Son but: définir avec précision les défauts de construction, de fonctionnement, d’organisation des centrales, qui présentent, encore aujourd’hui, un risque potentiel important pour la population. Depuis décembre 1977, la loi américaine fait obligation à la Commission de Réglementation Nucléaire, de cataloguer toutes les imperfections des centrales, de mettre sur pied un plan pour y remédier, et d’en faire part au Congrès. Il en a résulté une longue liste de 133 « tares », plus ou moins graves, qu’il est indispensable de corriger. Parmi elles, 17 ont été jugées prioritaires, justement parce qu’elle représentaient une menace réelle pour les populations. Sur ces 17 défauts graves, 3 au moins ont été à l’origine de l’accident de Three Mile Island.

Le 16 mars 1979 sortait aux Etats-Unis, dans 663 salles simultanément, un film prémonitoire le « Syndrome Chinois » qui avait pour thème un accident dans une centrale nucléaire qui manque de tourner à la catastrophe, risquant d’entraîner la fusion du coeur du réacteur qui s’enfoncerait alors dans la terre avec une telle puissance qu’il se retrouverait en Chine (d’où le titre du film, [voir le Film part 1, part 2 1h55 en Realvideo 33Kb]).

La sortie du film avait déclenché de nombreuses protestations de la part des compagnies d’électricité et des constructeurs de réacteurs nucléaires. Quinze jours plus tard, l’Amérique fût persuadée que le « Syndrome Chinois » était plus qu’un film de fiction et presque un documentaire. Le 28 mars 1979, à 8 heures du matin se produisit à la centrale nucléaire civile de Three Mile Island, un accident (non prévu dans la liste des accidents « étudiés » par les autorités de sûreté) résultant de l’enchaînement, estimé très improbable, d’une défaillance de matériel, d’une faute de maintenance non prévue à la conception, de deux erreurs de conception (au moins) et de la non-validité de la « procédure de conduite » fournie aux opérateurs (voir le documentaire de 51mn en Realvideo 33Kb).

La gravité de la situation et la confusion ont poussé la Commission de Réglementation Nucléaire à instaurer du début à la fin des événements une permanence qui n’a été qu’une succession, chaotique, informe et souvent interrompue d’entretiens, dont les larges extraits suivants (qui se lisent comme un véritable roman policier): extrait 1; extrait 2; extrait 3 permettent de mieux comprendre l’accident.

Après l’accident de TMI, des associations de citoyens ont intenté un procès à la compagnie exploitante, la Metropolitan Edison. D’une certaine façon tout le monde savait qu’un accident arriverait un jour, très exactement le jour où un grand nombre de réacteurs nucléaires serait en service, TMI a peut-être été le coup de grâce pour l’énergie nucléaire américaine mais il a frappé une industrie déjà mal en point dont le déclin était amorcé en 1974.

« Le Dr Robert Weber, vétérinaire de campagne qui pratique dans la région depuis plus de trente-deux ans, est lui aussi perplexe: « Autrefois, dit-il, je faisais une césarienne par an ; maintenant j’en fais une tous les quinze jours. De même, la proportion de bêtes mort-nées est devenue beaucoup plus importante ». Il avait demandé au département de l’Agriculture de faire procéder à des analyses des sols, « mais personne n’a jamais voulu m’entendre », ajoute-t-il. »

TMI c’est entre 2 et 100 cancers parmi la population, et environs 242 morts supplémentaires parmi les enfants nés en Pennsylvanie et 430 pour l’ensemble du Nord-Est des Etats-Unis.

On apprit, plusieurs années après que l’accident fut un « mishap » (un raté) comme disent les américains, à moins d’une heure près, la fusion du coeur aurait pu être totale.

Voir enfin:

Catastrophe nucléaire au Japon

Le syndrome de Fukushima

Sortir du nucléaire n°49

Printemps 2011

Cette nouvelle page de la triste histoire des catastrophes nucléaires (qui est loin d’être entièrement écrite) s’est ouverte de la même manière que les précédentes : par des silences et des mensonges. Soucieux sans doute de préserver son image internationale, le gouvernement japonais a maintenu pendant plus d’une semaine un classement de l’accident au niveau 4 de l’échelle INES en dépit de toute vraisemblance. L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, pourtant à l’origine de cette échelle internationale des événements nucléaires, n’a pas fait grand-chose pour dénoncer cette sous-évaluation ni même pour favoriser une mobilisation internationale des secours.

Tout aussi consternant est le procès en indécence qui est fait à ceux qui dénoncent depuis des décennies les risques d’un accident majeur. Comment qualifier les propos des dirigeants industriels et des responsables politiques, en France mais aussi dans de nombreux autres pays, qui vantent les mérites de leurs filières nucléaires et s’inquiètent d’éventuels retards dans les contrats ? La France a d’ailleurs dû laisser un souvenir impérissable chez ses partenaires japonais : au moment où Anne Lauvergeon proclamait crânement que “s’il y avait des EPR à Fukushima, il n’y aurait pas de fuites possibles dans l’environnement, quelle que soit la situation”, elle organisait dans l’urgence le rapatriement du personnel d’Areva.

Les chefs d’État de nombreux pays du monde ont entonné leur antienne habituelle et appelé à ne pas remettre en cause, dans l’émotion de l’événement, les fondements d’une politique énergétique. Lorsque le président français claironne que “l’excellence technique, la rigueur, l’indépendance et la transparence de notre dispositif de sûreté sont reconnues mondialement”, le président Obama affirme que le nucléaire fait partie de l’avenir énergétique des États-Unis et le Premier ministre David Cameron déclare en écho que le nucléaire doit faire partie du bouquet énergétique britannique. Quant à Vladimir Poutine il réaffirme que la Russie va continuer d’aider la Turquie dans la construction de centrales “plus sûres que celles de Fukushima” (par exemple à Akkuyu, dans une zone de très forte sismicité…). Mais ces discours ont un impact limité sur des sociétés civiles qui s’estiment bernées par la propagande sur la sécurité absolue de l’industrie nucléaire. Confrontés à cette défiance, les dirigeants politiques font un peu comme les ingénieurs de Tepco : ils prennent des mesures pour réduire la pression. En France, en Grande-Bretagne et progressivement dans l’ensemble de l’Europe, les installations nucléaires seront contrôlées. En Allemagne, la chancelière ordonne la fermeture provisoire de sept réacteurs. Aux États-Unis, Obama concède également des contrôles tandis qu’en Chine le gouvernement gèle le processus d’approbation pour la construction de nouvelles centrales. Reste à savoir si ces promesses, prises sous la pression des opinions, dépasseront le stade de l’exercice de relations publiques.

Dans les années 70, l’accident majeur a été décrit par une formule métaphorique : le syndrome chinois. Le cœur nucléaire en fusion traverserait l’écorce terrestre pour rejoindre les antipodes. Si la réalité physique de ce phénomène est bien évidemment exclue, force est de constater que l’impact politique de la catastrophe de Fukushima irradie le reste du monde. Triste ironie de l’histoire, cet accident survient pratiquement au moment du 25e anniversaire de Tchernobyl. “Le monde n’a pas tenu compte de la première leçon atomique”, constate douloureusement Svetlana Alexievitch, l’auteur de La Supplication. “Mais voilà la deuxième leçon atomique, quand tout se passe dans le pays le plus développé techniquement, dans les centrales les plus sécurisées… Ce n’est pas une tragédie que pour le Japon, mais pour toute l’humanité.”

Jean-Luc Thierry

One Response to Fukushima/2e: Attention, un syndrome peut en cacher un autre ! (After Fukushima, looking back at the Hanoi Jane effect)

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