Mariage pour tous: Le gouvernement joue aux apprentis sorciers (No sex differences please, we’re liberals)

C’est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation. Christiane Taubira
La différence entre un homme politique et un homme d’Etat, c’est que l’homme politique pense à la prochaine élection et que l’homme d’Etat pense à la prochaine génération. James Freeman Clarke
Je suis pleinement favorable au mariage gay, mais seulement entre politiciens de gauche. Tout ce qui peut contribuer à leur non-reproduction est un bienfait pour tous ! Jean d’Ormesson
François Hollande va répétant que 2013 sera l’année de la « lutte contre le chômage » : une expression particulièrement absurde qui laisse croire que l’on peut réduire le chômage par le discours tout en créant les conditions objectives de son aggravation. A ce seuil d’absurdité, on s’interroge : le gouvernement est-il incompétent ou prisonnier de sa base syndicale ou prépare-t-il les esprits à un revirement stratégique ? Le risque, avant même d’obtenir une réponse à ce mystère, est celui de la révolte. Le taux de chômage qui sera atteint en 2013 n’a pas de précédent historique et la société française n’est pas solidaire comme elle peut l’être en Espagne : quatre millions de chômeurs constituent donc une masse critique susceptible de descendre dans la rue pour renverser pas seulement le gouvernement mais, plus encore, la démocratie dévoyée par ce gouvernement-là. Chaque jour, l’imprévisible devient, en France, plus probable. Guy Sorman
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans (???), sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le désir d’enfant n’est pas moins fort chez un homosexuel que chez un hétérosexuel. De ce fait, l’homosexuel doit avoir les mêmes droits qu’un hétérosexuel, par rapport à cela […], un homosexuel doit pouvoir se marier s’il le veut et avoir le droit d’avoir des enfants s’il le désire. Eric Dubreuil
On est dans une société où l’enfant est au centre de tout. Or l’enfant ne sera ni bien ni mal. Simplement l’enfant aura son histoire et il fera quelque chose avec cela. Nous-mêmes n’est-ce pas à partir de ce qui a déconné dans notre histoire que nous grandissons et que nous devenons plus costauds ? Le risque est de vouloir rendre les choses trop parfaites pour l’enfant. Renonçons à cette perfection et misons sur le fait que les enfants pourront se construire à partir de leur histoire. Dans les merdes qu’ils auront vécues, ils sauront puiser les choses les meilleures qu’ils auront plus tard !  Travailleuse sociale
Ce dont un enfant a besoin, c’est d’amour, que ce soit deux hommes, deux femmes, un homme, peut importe.  Interviewée
Comme dans les familles hétéro recomposées, un des problèmes majeurs concernant les familles monoparentales est le statut du compagnon ou de la compagne. Qui l’enfant doit-il appeler “papa” ou “maman” ? Chaque famille trouve sa solution. L’enfant reconstruit, plus ou moins symboliquement, sa généalogie.  Anne Cadoret (ethnologue et chercheuse au CNRS)
Les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous. Pour les militants homosexuels, un tel choix a impliqué de tenir pour plus important le principe de «reconnaissance» de leur orientation sexuelle que celui de leur bonheur privé. Cette préférence a eu de quoi flatter l’orgueil des hétérosexuels qui, las de vivre mariés, ont soudain trouvé que leur forme de vie était enviable et donc désirable. Comme si finalement le mariage gay avait eu comme origine des raisons de pur prestige, d’orgueil, d’image et non pas la quête plus pratique des meilleures formes d’organisation de la vie privée. Ou, pour reprendre une expression très usitée aux temps du débat sur le pacs, comme si le mariage gay était plus important d’un point de vue symbolique que réel et pratique. (…) lors de la révolution des mœurs, au lieu d’abolir le mariage – symbole même de l’impossibilité de contracter dans le domaine conjugal -, on l’a démocratisé. On a ainsi oublié que le pire déficit démocratique de cette institution était moins le contenu des règles qu’il instaurait que le fait d’occuper une position de monopole normatif. Car c’était- et c’est toujours – soit le mariage – et le pacs depuis quelques années -, soit le néant juridique. Comme si, en faisant ainsi, l’Etat continuait à s’immiscer d’une manière autoritaire dans la vie privée, en mettant des obstacles à l’imagination des individus pour s’associer et vivre avec les autres dans les termes qu’ils souhaitent. Or, si la liberté contractuelle régnait dans ce domaine, la conjugalité pourrait être ouverte à plus de deux personnes. L’ensemble des droits et des devoirs des partenaires : économiques, sexuels, procréatifs, familiaux, personnels pourraient être l’objet de négociations libres. Des dispositions spécifiques régleraient la dissolution, l’entrée ou la sortie des nouveaux membres dans ces espèces d’associations. Certes, il y aurait des contrats standard pour les conformistes et on laisserait tranquilles ceux qui ne souhaitent en signer aucun. Au lieu d’exercer un pouvoir symbolique de nous reconnaître – tel un père exigeant – mariés, homosexuels, divorcés, l’Etat serait une officine d’enregistrement et de résolution des conflits qui résulteraient des termes des contrats qui gouverneraient nos associations. On pourrait alors affirmer que l’on vit dans des Etats qui respectent la vie privée au lieu de rabaisser cette expression à l’interdiction de dévoiler publiquement les potins des uns et des autres. Marcela Yacub
Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. Le « trouple » ou « ménage à trois » serait l’une des possibilités ; un tel contrat serait une alternative au divorce et une solution à de nombreux drames. Les militants homosexuels, qui se prétendent « LGBT » (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), réclament au nom de l’égalité une institution matrimoniale excluant de fait les bisexuels, ou du moins les obligeant à renoncer, pour un contrat censé être « pour la vie », à l’une des deux inclinations de leur sexualité, donc à cesser d’être bi pour devenir soit homo, soit hétéro, à moins d’être infidèle, mais alors pourquoi se marier ? Le mariage monogame est donc « biphobe », et ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce qu’on appelle l' »homoparentalité ». Combien de combinaisons de gays et de lesbiennes rendues possibles par la poésie des petites annonces se heurtent au bout de quelques années à la prose des contingences, et aboutissent à l’aliénation soit du père biologique réduit à l’état de donneur de sperme, soit de la maman, prêteuse de ventre ? Enfin, la crise aidant, nous serons sans doute contraints de partager des logements à plusieurs, inconnus, amis, famille ou amants. Grâce au contrat universel, des mini-communautés, des familles élargies, des cohabitations d’immigrés tentant d’échapper à la rapacité de marchands de sommeil pourraient acquérir ensemble un lieu de vie et créer une union pérenne. Il me semble inéquitable que des paires de personnes bénéficient de déductions d’impôt et d’avantages divers sous le seul prétexte qu’elles sont soit mariées, soit pacsées, au détriment des célibataires. Ne serait-il pas temps de clarifier les choix divers de vie commune par un contrat universel, qui mette tout à plat et n’accorde des avantages aux uns – au détriment des autres – que pour des raisons incontestables ? Accueillir les enfants, ou avoir une « personne à charge » me semble une raison légitime de bénéficier de droits, plutôt que simplement vivre en couple, ce qui constitue déjà un avantage en soi par rapport aux célibataires, qui ne peuvent mutualiser aucune dépense quotidienne. Au lieu de s’enferrer dans la voie sans issue du mariage, je propose de prendre le temps de réfléchir à un contrat universel qui nous entraîne vers une société plus libre, plus égalitaire, plus fraternelle. Lionel Labosse
Ce qui s’annonce est le sursaut vital d’une France oubliée qui entend rappeler que la démocratie ne peut être confisquée par des minorités, des chapelles, des groupes de pression, au profit d’une politique clientéliste ayant perdu le sens de l’intérêt général. S’il est exact que le mariage gay était dans les propositions du président élu, ses répercussions sur la filiation humaine (avec la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui) bouleversent à l’évidence les fondements de la civilisation et de l’existence humaine. (…) Protesteront, dimanche, ceux qui refusent de suivre plus avant un progressisme impensé et potentiellement déstructurant pour des enfants sans racines, ni filiations naturelles, puisque nés de bricolages génétiques, voire de la commercialisation du corps de femmes porteuses. Ce meilleur des mondes, défendu par des « humanistes » ayant perdu le contact avec les gens, est une régression contre laquelle il est légitime de résister. Ivan Rioufol
Le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. Vincent Peillon (Lettre aux recteurs, Ministre de l’Education, 04.01.13)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où  » tout  » serait possible : que les hommes soient des  » papas  » et aussi des  » mamans « , les femmes des  » mamans  » et aussi des  » papas « . Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi :  » Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”.  » Le coparent (« mère porteuse » grâce auquel un homme peut devenir « mère » de l’enfant de son compagnon ou « père donneur de sperme » grâce auquel une femme peut devenir « père » de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une  » vraie puissance « . Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses « adoptants », si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le « tout » dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du « tout » serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. Claude Halmos
Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers  » autres  » que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité. Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un  » nouage  » entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de  » fonctions  » abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour  » faire  » la mère ou d’un corps sexué d’homme pour  » faire  » le père :  » On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) « , déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter :  » Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples.  » Notons au passage cette notion de  » souplesse  » que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment  » faire  » l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle  » dans la tête  » soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps. Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement,  » par la tête  » et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces  » modèles « . Claude Halmos
Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le  » droit à l’indifférence  » que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un  » droit à l’indifférenciation « . Claude Halmos
Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation. Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité. Collectif
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. (…) Il serait plus pertinent d’accorder des droits d’ “ éducateurs” aux personnes qui les élèvent que de les reconnaître comme parents. Jean-Pierre Winter
 Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les enfants ou adolescents qui vivent dans des familles homoparentales ont parfois des problèmes de comportements, des difficultés à l’école, mais pas plus que les autres. Ils trouvent autour d’eux des adultes – grand-père ou grand-mère, oncle ou tante – qui occuperont une place privilégiée pour leur identification au féminin ou au masculin. Serge Hefez
L’enfant n’a pas seulement besoin de se retrouver dans la famille, il y a besoin de s’y retrouver, de comprendre pourquoi il y est. Christian Flavigny
En réalité, le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant. Il est fondé sur un discours d’adulte, selon lequel l’enfant pourra comprendre plus tard sa véritable origine, quand il sera plus grand. Or ce niveau d’explication n’est pas accessible lorsqu’il construit sa filiation. Il doit distinguer clairement qu’il n’a pas deux pères ni deux mères. (…) En faisant disparaître la notion de père et de mère du code civil, on brouille la différenciation des sexes. Or, c’est une distinction capitale, car elle établit le principe d’interdiction de l’inceste. Le père dit à sa fille : « tu es ma petite princesse, mais pas ma femme ». Avec ce projet de loi, le gouvernement dilue ce principe fondateur et régulateur de la famille. En cela, il joue aux apprentis sorciers. Christian Flavigny

Enfants à deux pères ou deux mères, ménages à trois, sexe à la carte

Cachez ces différences que je ne saurai voir !

Comment ne pas voir, en cette journée où atterrés par la démagogie et l’incompétence du pouvoir actuel nombre de Français vont devoir descendre dans la rue pendant que triomphe aux Etats-Unis le traitement du jihadisme par le déni, la totale déconnection de la réalité des apprentis-sorciers qui nous servent de dirigeants ?

Qui sont prêts, au nom d’un droit à la différence toujours plus abstrait, à les abolir toutes …

Ce qui donne, dans le domaine concret de la lutte contre un chômage qui explose, la multiplication des déclarations incantatoires « tout en créant les conditions objectives de son aggravation »

Ou, dans des domaines aussi fondamentaux que la filiation et de l’adoption, l’organisation et l’extension à toute la société par la loi de la privation accidentelle de père ou de mère que pouvaient avoir certains de nos enfants ?

Mariage gay: « Le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant »

Propos recueillis par Marion Guérin

L’Express

17/11/2012

Ce samedi après-midi, les opposants au mariage gay se mobilisent aux quatre coins de la France contre le projet de loi. Le pédopsychiatre Christian Flavigny, auteur de Je veux un papa ET une maman, revient sur les raisons de son rejet du mariage homosexuel.

En quoi, selon vous, ce projet de loi va-t-il déstabiliser l’enfant dans sa quête de filiation?

L’enfant né dans un couple homosexuel sait que sa situation est inconcevable, qu’il n’est pas né de l’union de deux personnes du même sexe. Or, avec ce projet de loi, on brouille ses repères, sa filiation. On lui explique qu’être né avec deux femmes ou deux hommes, c’est pareil. La notion de père et de mère disparaît au profit de la notion de parent. C’est effectivement la même chose d’un point de vue superficiel – nourrir l’enfant, l’emmener à l’école… Mais pas au niveau de la formation psychique de la vie. L’union homosexuelle fait entrave à la venue de l’enfant. Même si les conjoints du même sexe s’aiment, leur union affective ne peut pas porter le désir d’enfanter. Et cela, l’enfant le comprend.

Quelle est la différence avec les couples stériles?

Dans le cas d’un couple stérile, le désir d’enfanter est non réalisable. Les homosexuels, eux, parce qu’ils sont du même sexe, ne peuvent pas enfanter. Leur désir n’est donc pas « crédible », au sens où il ne correspond à rien de possible. L’entrave survient au niveau du désir. C’est la différence entre impossible et non réalisable. On ne peut pas définir le conjoint homosexuel comme deuxième parent. La fécondation est portée par un désir féminin et un désir masculin. Dans le cas d’un couple homosexuel, l’enfant doit surmonter le fait que, pour lui, ça n’a pas été le cas. Je ne dis pas que c’est irréalisable; mais ce n’est pas idéal.

Vous pensez aussi que l’enfant risque de se sentir coupable…

Dans toutes les situations familiales atypiques, l’enfant a tendance à culpabiliser. Quand il manque un parent, sa première réaction consiste à se demander si c’est de sa faute. Il faut alors restaurer l’estime qu’il a de lui-même. Là, seuls les grands-parents peuvent jouer un rôle de relai, car ils reprennent à leur compte les deux figures fondatrices: le père et la mère. En réalité, le projet de loi favorise les parents, pas l’enfant. Il est fondé sur un discours d’adulte, selon lequel l’enfant pourra comprendre plus tard sa véritable origine, quand il sera plus grand. Or ce niveau d’explication n’est pas accessible lorsqu’il construit sa filiation. Il doit distinguer clairement qu’il n’a pas deux pères ni deux mères.

En quoi, selon vous, le mariage gay risque-t-il de déboucher sur l’inceste?

En faisant disparaître la notion de père et de mère du code civil, on brouille la différenciation des sexes. Or, c’est une distinction capitale, car elle établit le principe d’interdiction de l’inceste. Le père dit à sa fille : « tu es ma petite princesse, mais pas ma femme ». Avec ce projet de loi, le gouvernement dilue ce principe fondateur et régulateur de la famille. En cela, il joue aux apprentis sorciers.

La remise en question du modèle social et traditionnel de la famille est-elle aussi un problème?

La famille évolue et change dans sa modalité, c’est une réalité. Il y a de plus en plus de divorces, de familles monoparentales. Cela ne pose pas de problème, à condition de ne pas oublier les principes de la construction de l’enfant. Ce que fait ce projet de loi.

Voir aussi:

Je veux papa et maman

Marie-Laeticia Bonavita

Le Figaro

15 déc. 2012

Bibliothèque des essais

Je veux papa et maman

«Père-et-mère» congédiés par la loi CHRISTIAN FLAVIGNY, SALVATORE,

Et l’enfant dans tout cela ? Cette question, soulevée par le projet de loi sur le « mariage pour tous », est le fil conducteur de l’ouvrage du pédopsychiatre Christian Flavigny, qui dirige le département psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Salpêtrière. Cette question fut, sans nul doute, au coeur de son exposé, lors de son audition par les parlementaires sur le sujet. « L’enfant n’a pas seulement besoin de se retrouver dans la famille, il y a besoin de s’y retrouver, de comprendre pourquoi il y est » , explique l’auteur. Certes, l’amour est un ingrédient de la vie familiale, quelle qu’elle soit, qui profite à l’enfant, mais il n’est pas suffisant pour grandir. La « colonne vertébrale psychique » indispensable à cette fin, c’est la filiation. Elle seule rend cohérente sa venue auprès de ses parents, elle seule l’établit comme leur enfant. La base de l’identité, c’est la filiation. Celle-ci structure, au demeurant, l’interdit de l’inceste. La signification en latin du mot « parent » – pareo – renvoie à l’« enfantement » – partum parere – qui implique la différence des sexes au sens du masculin et de féminin. « Tout enfant sait que l’homme et la femme se rendent père et mère depuis leur incomplétude sexuelle » , écrit l’auteur. Et si l’enfant adopté n’est pas le fruit de l’union corporelle de ses parents, il lui importe de se sentir le fruit de leur désir partagé d’enfanter. De fait, dans le cas d’un couple homosexuel, l’enfant doit surmonter le fait que, pour lui, le scénario de sa conception n’est pas plausible. Et de se demander pourquoi il n’a pas mérité d’avoir « mon-père-et-ma-mère ». Au moment où le débat autour du projet de loi sur « le mariage pour tous » est relancé par une possible ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes, l’ouvrage a le mérite de rappeler que la procréation nous fait, non pas créateurs (ce qui relèverait de l’orgueil de la toute-puissance) mais procréateurs, relayant le devenir humain. Compacte et directe, la démonstration de Christian Flavigny est convaincante : le projet de loi défendu par le gouvernement actuel favorise peut-être les parents, mais pas l’enfant.

Voir également:

Adoption par les homos : les psys mettent en garde

Agnès Leclair

Le Figaro

02/10/2012

En France, de 40.000 enfants, selon l’Ined, à plus de 300.000 selon les associations de parents gays et lesbiens seraient élevés par des parents de même sexe.

Le projet d’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels fait réagir de nombreux médecins, qui redoutent de lourds bouleversements pour les enfants.

Tuer le père, un « meurtre » banal dans les cabinets psys. Sur le plan légal, c’est une autre affaire. Dans le cadre du projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption par les couples de même sexe, nombre de psychanalystes et pédopsychiatres frémissent à l’idée de voir disparaître les « pères » et « mères » du Code civil. Gommer deux figures centrales de l’inconscient au profit du terme asexué de « parent », c’en est trop pour les freudiens.

Quelle place pour le complexe d’Œdipe dans un monde avec deux mamans ou deux papas ? Écœurés de s’entendre répliquer que seul l’amour importe, ils comptent dans leurs rangs de féroces opposants à la promesse 31 de François Hollande. Après tout, pourquoi s’émouvoir d’un simple glissement sémantique ? Et pourquoi ne pas reconnaître une existence à des familles déjà constituées autour de deux personnes du même sexe, qui s’élèveraient à près de 40.000 enfants, selon l’Ined, ou plus de 300.000, selon les associations de parents gays et lesbiens ?

« La question est de savoir si la loi peut dire qu’un enfant est issu de deux pères et de deux mères. Ce serait une révolution anthropologique. Pas seulement pour les enfants élevés par des couples homos, mais pour tous les enfants », résume le pédopsychiatre et psychiatre Christian Flavigny. « Dire à un enfant qu’il est né de la relation amoureuse de deux adultes du même sexe, c’est introduire un faux dans sa filiation. Plaquer un mensonge sur son origine », s’inquiète ce responsable du département de psychanalyse de l’enfant de la Salpêtrière. « Aujourd’hui, c’est différent. Aucune loi n’assène aux enfants des familles homoparentales que leur situation est banale, alors qu’ils savent très bien qu’elle ne l’est pas. »

La théorie des genres

Dans son cabinet, ce dernier reçoit, entre autres, des familles homoparentales et recomposées. « Aujourd’hui, je demande assez rapidement à parler en tête à tête avec le père ou la mère de l’enfant, sans le tiers qui partage sa vie. Avec la nouvelle loi, je me vois difficilement demander à deux hommes “qui est le papa” ou à deux femmes “qui est la maman”… Comment faire la différence si tous deux considèrent avoir ce rôle ? » s’interroge-t-il. Tout enfant sait qu’il est né de l’union d’un homme et d’une femme, qu’elle soit fugace ou pérenne, naturelle ou médicalement assistée, martèlent les spécialistes de la psyché.

« Qu’on ne vienne pas me dire que c’est un ­schéma traditionnel ou ringard ! » s’agace le psychanalyste Jean-Pierre Winter, qui remet malicieusement le maître viennois en scène dans l’actualité : « Freud avait dit que celui qui débarrasserait l’humanité de la sexualité serait considéré comme un héros. Tous les bricolages généalogiques sont sources de perturbation, reprend-il. L’enfant devra démêler une question difficile. Celle d’être le produit du désir de deux personnes qui ne peuvent pas engendrer. Dans cette situation, comment arrivera-t-il à définir qui il est ? »

Pour se structurer, un enfant a besoin de la différence des sexes, reprennent en chœur les pédopsychiatres. « La reconnaissance dans la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire qu’elle n’existe pas ou qu’elle ne compte pas. Au nom de la théorie des genres, nous sommes en train de faire disparaître les hommes et les femmes », pointe Pierre Lévy-Soussan, pédopsychiatre à la tête d’une consultation spécialisée dans la filiation et la parentalité.

« L’homme n’est pas une mère comme les autres », défend ce spécialiste de l’adoption. « Les interactions avec la mère sont radicalement différentes de celles avec le père », plaide-t-il. « Les mères recherchent plutôt le bien-être de l’enfant, son confort, échangent de longs regards avec lui. Les pères sont dans un rapport plus stimulant, avec des jeux plus physiques comme soulever le bébé en l’air », acquiesce Maurice Berger, chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne.

C’est vers 3 ou 4 ans qu’un tout-petit commence à se rendre compte que deux personnes du même sexe ne peuvent pas concevoir ensemble, selon ce dernier. « L’enfant se retrouvera alors face à une énigme sexuelle. C’est pourquoi ceux que j’ai reçus étaient en général agités. Dans l’incapacité de relier conception de la sexualité et tendresse parentale, ils ne trouvaient pas de solution dans leur fonctionnement psychique. » Maurice Berger se rappelle d’une petite fille de 8 ans, élevée par sa mère et la compagne de ­celle-ci. Elle avait dessiné pour le docteur une reine entourée de plusieurs bambins. « Elle m’avait ensuite expliqué que ces enfants avaient été fabriqués par la sœur de la reine avec une potion magique », rapporte-t-il.

« Un statut d’objet de consommation »

S’il y a eu effacement du père ou de la mère, « l’enfant devient SDF, “sans domicile filiatif”, “enfant de personne”, relève Pierre Lévy-Soussan. Comme lorsque l’adoption se passe mal. Il ne cessera de questionner les adultes qui l’entourent, y compris au travers d’attaques ou d’agressions verbales. Certains souffrent de problèmes d’identification sexuelle, d’autres ont du mal avec leur image narcissique. »

Peu de pédopsychiatres, cependant, se risquent à généraliser les troubles des enfants qu’ils ont suivis à tous ceux qui grandissent avec deux pères ou deux mères. Ils sont de plus en plus nombreux à consulter, avance tout de même Maurice Berger. « L’enfant souffre aujourd’hui d’un statut d’objet de consommation. Autoriser l’adoption à des couples dont la sexualité n’est pas destinée à la procréation accentuerait ce statut », craint pour sa part le pédiatre Aldo Naouri. Les enfants élevés dans les familles homoparentales ne vont pas forcément mal, nuancent nombre de professionnels. « Si on ne cherche pas à leur faire croire qu’ils ont deux pères ou deux mères, ils seront moins perdus », tranche Pierre Lévy-Soussan.

« Aujourd’hui, ils peuvent accepter la complexité de la vie affective de leur père ou de leur mère. Malheureusement, le projet de loi risque de brouiller les cartes », se désespère Christian Flavigny. « On nous dit que les enfants élevés par des couples homosexuels ne vont pas plus mal que les autres. Mais sur la base de quelles études, de quels chiffres ? » s’insurge, plus que sceptique, Jean-Pierre Winter. De plus, ces études ne font pas la différence entre des enfants issus d’une procréation médicalement assistée, adoptés, nés par mère porteuse… Des situations pourtant différentes. »

En 2011, le Dr Guillaume Fond, de l’Inserm et du service de psychiatrie adulte du CHU de Montpellier, a publié un travail de recherche comparatif sur toutes les données actuelles sur l’homoparentalité et le développement de l’enfant. Un véritable exercice d’équilibriste dans ce contexte enflammé. « À ce jour, aucune étude n’a pu démontrer que l’homoparentalité était un facteur de risque. Mais aucune étude n’a pu faire de comparaison avec un “groupe contrôle” suffisamment important », a-t-il conclu. Brandies comme des étendards par les « pro » et les « anti », on reproche à ces études d’être conduites par des chercheurs particulièrement impliqués dans la question.

Il semble actuellement difficile de faire autrement. « En France, les études qui seraient nécessaires ne sont pas vraiment possibles, car l’Insee n’a pas le droit de répertorier des familles de ce type. Elles sont enregistrées comme “monoparentales”. Leur recrutement passe donc forcément par les associations LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans). Les études étrangères sont soit réalisées en lien avec la communauté homosexuelle soit financées par des organisations religieuses radicalisées. C’est un sujet qui n’est pas neutre », explique Guillaume Fond, qui regrette le manque de sérénité autour de ces recherches. Quant aux pédo­psychiatres qui participent au débat, ils sont en général psychanalystes, rappelle ce chercheur. « S’ils se fondent sur la théorie freudienne, ils peuvent difficilement accepter d’autres modèles que celui de la famille nucléaire », estime-t-il.

Pragmatiques et théoriciens

De l’autre côté de l’échiquier, les pédopsychiatres ­favorables à ce projet de loi considèrent pour leur part la famille comme une entité sociale. Une cellule à la géométrie plus variable. Plutôt que de revisiter Sophocle, ils préfèrent se concentrer sur l’éducation. « Il y a deux écoles, les pragmatiques et les théoriciens, expose Serge Hefez. À mon avis, mieux vaut partir d’une pratique ­clinique que se fonder sur des idées freudiennes de la fin du XIXe. Les enfants ou adolescents qui vivent dans des familles homoparentales ont parfois des problèmes de comportements, des difficultés à l’école, mais pas plus que les autres. Ils trouvent autour d’eux des adultes – grand-père ou grand-mère, oncle ou tante – qui occuperont une place privilégiée pour leur identification au féminin ou au masculin. Aujourd’hui, la famille a changé. Pourquoi la loi ne pourrait pas s’adapter ? »

Au final, le rôle éducatif du compagnon ou de la compagne homosexuel auprès de l’enfant est finalement rarement remis en cause par les pédopsychiatres d’un bord ou de l’autre. « L’éducation est la surface de la vie familiale. Nourrir l’enfant, l’emmener à l’école est à la portée de tout adulte bienveillant. La filiation est la véritable fondation de la famille, le régulateur qui porte les interdits du meurtre et de l’inceste », insiste Christian Flavigny.

La question, pour nombre de professionnels, n’est d’ailleurs pas de savoir si les homos font de bons parents, mais quelle est l’évolution des enfants. Pour en mesurer les effets, il faudrait attendre « deux ou trois générations », note Jean-Pierre Winter. Aujourd’hui, ils s’adaptent pour garder l’estime et l’amour des adultes qui les entourent. Ce sera plus intéressant de voir ce qui se passe quand ils auront l’âge de faire eux-mêmes des enfants. » Un « timing » qui ne cadre pas vraiment avec celui du projet de loi.

Touche pas à « père-et-mère »

Collectif

Le Monde

08.11.2012

Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation.

Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité.

Accueillir la diversité des familles n’est pas une raison pour saper les bases mêmes de toute famille. Aucune loi ne pourrait nous affranchir de la logique des conditions sexuées de notre naissance.

Chantal Delsol (philosophe, membre de l’Institut), Pierre Lévy-Soussan (psychiatre, psychanalyste), Sophie Marinopoulos (psychologue, psychanalyste), Christian Flavigny (pédopsychiatre, psychanalyste), Maurice Berger (chef de service de pédopsychiatrie), Jean-François Mattéi (philosophe), François Olivennes (gynécologue), Claire Squires (psychiatre, psychanalyste), Jean-Pierre Winter (psychanalyste), Michel Schneider (haut-fonctionnaire, psychanalyste), Claire Laporte (psychologue, psychanalyste), Maya Garboua (psychanalyste), Michel Grimbert (psychanalyste), Laure Gomel (psychologue en CECOS), Philippe d’Iribarne (sociologue), Pierre Delvolvé (juriste, membre de l’Institut) Suzanne Rameix (philosophe), Vanina Fonseca (psychologue en maternité), Sonia Gourgeault (psychologue en maternité), et Sylvia Metra (sage-femme en maternité).

Collectif

HOMOPARENTALITÉ : INTIMIDATION ET ÉTUDES DOUTEUSES

Maurice Berger

Le Figaro

3 octobre 2012

TRIBUNE – Maurice Berger [1], chef de service en psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Étienne appelle le gouvernement à vérifier le sérieux des études sur les enfants élevés par des parents homosexuels.

Il existe deux moyens d’empêcher un groupe social de penser sur un sujet important : l’intimidation et le pseudo-scientifique.

L’intimidation, tout d’abord. En janvier 2012, je suis invité, en tant que pédopsychiatre et professeur associé de psychologie de l’enfant, aux états généraux du droit de la famille organisés par le Conseil national des barreaux, pour parler de l’homoparentalité. À peine débutais-je mon exposé qu’un homme, opposé à mes propos, se lève et assène ses arguments en faveur de l’homoparentalité d’une voix forte et ininterrompue afin de m’empêcher de parler. Plusieurs minutes pénibles s’écoulent avant que les 60 avocats présents interviennent spontanément pour ordonner à cet homme de se taire en soulignant l’intérêt qu’ils portent à une parole « libre ». Dix minutes plus tard, la même scène se répète, avec la même réaction du public.

Ensuite, le lobby homo­parental s’appuie sur des études qui, dans leur quasi-totalité, ne sont que pseudo-scientifiques. L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien. Pourtant, il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques et leur biais de recrutement des groupes étudiés. La thèse de médecine de Nadaud donnée en exemple par Martine Gross, présidente d’honneur de l’association homosexuelle mixte APGL, consiste à demander à des couples homosexuels si les enfants qu’ils élevaient allaient bien. Devinez la réponse : évidemment positive. Il est difficile d’imaginer moins d’objectivité.

Une autre publication aussi mise en exergue, d’une professeur de psychologie londonienne, compare les enfants élevés par 24 couples homosexuels à ceux élevés par 24 couples hétérosexuels. Il apparaît que dans le groupe homoparental, 6 enfants sur 24 débutent leur vie sexuelle par des relations homosexuelles et zéro dans l’autre groupe. Conclusion de l’auteur : il n’y a pas de différence significative.

Le travail de Vecho et Schneider en 2005 est aussi instructif. Les auteurs montrent que, sur 311 publications, la plus grande partie n’est pas sérieuse. Certaines ont un aspect clairement militant et ne se fondent que sur la parole des « parents ». 25 % de ces études ne précisent pas la discipline dans laquelle elles s’inscrivent (psychiatrie, philosophie, sociologie…). 9 sur 10 n’étudient que l’homosexualité féminine, dont on extrapole les résultats sur l’homosexualité masculine. Sur les 35 restantes, considérées comme les plus valables, 22 ne précisent pas le mode de filiation (union homosexuelle antérieure ou insémination artificielle avec donneur, IAD). Seulement 20 ont un groupe de comparaison, mais seulement 12 sont correctement appareillées. Sur les 12 restantes, seule la moitié renseigne sur l’existence ou non d’un divorce, ce qui ne permet pas de différencier les effets sur l’enfant du divorce ou de l’homoparentalité.

Le lobby homoparental utilise une méthode simple, le bluff. Il sait perti­nemment qu’aucun homme politique et qu’aucun journaliste ne prendra le temps de lire les études citées. La raison commanderait qu’avant tout vote d’une loi dans ce domaine le gouvernement demande qu’un groupe de travail composé de spécialistes du psychisme ayant préalablement publié dans des revues internationales étudie les principales publications portant sur ce sujet et, en fonction de leur validité, énonce les véritables conclusions que l’on peut en tirer. Dans le même temps, ce groupe ou un autre de même qualité, serait chargé de réunir les publications et les observations réalisées par les cliniciens et les thérapeutes concernant les enfants élevés par les couples homoparentaux pour tenter d’avoir accès à leur vécu intime.

La vraie audace de la part du gouvernement n’est pas de soutenir un tel projet de loi, non, ce serait de ne pas avoir peur d’aller vérifier ce qu’il en est réellement, de donner une place au savoir face à l’intimidation et aux études biaisées, et de décider dans un climat plus apaisé. Pourquoi le lobby homoparental ne demande-t-il pas que cette démarche soit entreprise, s’il n’y a rien à cacher ?

Voir de plus:

L’adoption par des couples homosexuels : et l’enfant dans tout ça?

Dans le débat sur l’adoption, à l’occasion du Pacs, on oublie la construction psychique de l’enfant. Arguments de la psychanalyste Claude Halmos.

Claude Halmos

La possibilité d’adoption d’enfants par des couples homosexuels est une question sur laquelle un psychanalyste travaillant avec des enfants ne peut se taire. Mais l’aborder implique qu’il précise sa position sur un certain nombre de points.

Les récents débats sur le Pacs ont montré en effet que l’on était loin d’en avoir fini avec la haine et le rejet de la différence. A longueur de colonnes, les homophobes de toutes tendances ont une fois de plus entonné le credo de la « normalité » et rejeté l’homosexualité du côté de la pathologie. Il n’est pas dans mes intentions d’apporter de l’eau à ce moulin-là.

Pour une psychanalyste, l’idée de  » normalité  » appliquée à la sexualité n’a aucun sens. Il y a en effet au départ, chez chaque être, une bisexualité psychique, c’est-à-dire la possibilité de pencher du côté du masculin ou du féminin quel que soit son sexe anatomique. Et le chemin qu’il prend dépend toujours de ce qu’il vit : de ses parents, de ses rencontres, des paroles qui lui sont (ou non) dites, etc. Aucun chemin n’est donc plus  » normal  » qu’un autre. Freud fut sur cette question on ne peut plus clair (in Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1989.). Partant de là, je considère que la reconnaissance, par la société, du couple homosexuel est normale et juste. Je déplore même, comme d’autres avant moi, que, par absence de courage politique, on ne l’ait pas, dans le cadre du Pacs, posée plus clairement comme telle.

Cette reconnaissance implique-t-elle qu’un couple homosexuel soit  » la même chose  » qu’un couple hétérosexuel ? A l’évidence, non. Beaucoup cependant opèrent ce glissement et, réclamant le  » droit à l’indifférence  » – entendu en fait comme droit à l’indifférenciation (sexuelle) –, demandent que les couples homosexuels aient le droit  » comme les couples hétérosexuels  » d’adopter des enfants. Cela me semble une erreur grave.

Pour le combat pour le droit à la différence car le droit à l’adoption – s’il était accordé – reviendrait à annuler l’avancée que représente la reconnaissance du couple homosexuel. Il ferait de cette reconnaissance une reconnaissance, non de la différence, mais du  » même « . Le reniement de la différence serait donc posé comme le prix à payer pour la reconnaissance sociale.

Pour les enfants qui ont besoin de parents de sexe différent pour se construire, et je vais essayer de l’expliquer en précisant que je parlerai du droit à l’adoption et non du cas des parents  » devenus homosexuels  » qui continuent – après un divorce par exemple – à élever leurs enfants.

Un enfant absent du débat

Le problème essentiel que pose l’adoption n’est pas, comme on voudrait nous le faire croire, de savoir si un homme ou une femme homosexuels sont  » capables  » d’élever un enfant. Ils le sont à l’évidence ni plus ni moins que n’importe qui. Il est que l’adoption est, pour un enfant que ses géniteurs n’ont pu élever, la possibilité d’avoir des parents équivalents à ses parents biologiques. Permettre son adoption par un couple homosexuel reviendrait donc à lui dire :

– que ces parents adoptifs (homosexuels) peuvent être l’équivalent de ses  » parents de naissance  » (forcément hétérosexuels).

– donc, que la différence des sexes n’existe pas. En tout cas, pas en tant que différence susceptible… de faire différence, qu’elle ne  » compte pas « , qu’elle n’est – pour reprendre un mot de sinistre mémoire – qu’un  » détail  » de la vie.

En quoi serait-ce grave de faire vivre cet enfant (et, avec lui, tous les autres) dans un monde où la différence des sexes serait conçue comme accessoire ? On ne peut le comprendre que si l’on se situe du point de vue de l’enfant. Or, il faut le constater, l’une des caractéristiques de ce débat est que l’enfant en tant que personne, en tant que  » sujet  » en est absent. On parle d’un enfant-objet. En atteste le livre-phare de la revendication pour le droit à l’adoption, Des parents du même sexe (Odile Jacob, 1998) d’Eric Dubreuil. Par exemple, on y lit (p. 80) :  » Le désir d’enfant n’est pas moins fort chez un homosexuel que chez un hétérosexuel. De ce fait, l’homosexuel doit avoir les mêmes droits qu’un hétérosexuel, par rapport à cela […], un homosexuel doit pouvoir se marier s’il le veut et avoir le droit d’avoir des enfants s’il le désire. « 

Le propos a le mérite d’être clair : quiconque veut « l’enfant » a droit à « l’enfant ». Il est donc exclu dans cette perspective que l’on se demande à quoi l’enfant, lui, pourrait avoir droit, de quoi il pourrait avoir besoin. Et cette désinvolture confine parfois au cynisme. Une interviewée d’Eric Dubreuil, dont on nous précise – sans doute pour avoir une caution du côté du « savoir » – qu’elle exerce la profession de « travailleur social », déclare ainsi (p. 48) : « On est dans une société où l’enfant est au centre de tout. Or l’enfant ne sera ni bien ni mal. Simplement l’enfant aura son histoire et il fera quelque chose avec cela. Nous-mêmes n’est-ce pas à partir de ce qui a déconné dans notre histoire que nous grandissons et que nous devenons plus costauds ? Le risque est de vouloir rendre les choses trop parfaites pour l’enfant. Renonçons à cette perfection et misons sur le fait que les enfants pourront se construire à partir de leur histoire. Dans les merdes qu’ils auront vécues, ils sauront puiser les choses les meilleures qu’ils auront plus tard ! »

Quid de la construction psychique ?

A vrai dire, l’idée qu’il y aurait une construction psychique de l’enfant – donc des conditions nécessaires à cette construction – semble ne venir à personne. L’enfant dont on nous parle est un enfant préfreudien. Un enfant d’avant la découverte de l’inconscient, d’avant la psychanalyse, d’avant que l’on ait été « y voir » ou plutôt « y entendre de l’intérieur » pour comprendre comment se construit l’adulte à travers le « petit d’homme ».

– Faisant fi d’un siècle de recherches, d’interrogations et de découvertes, les tenants de l’adoption s’appuient sur un discours lénifiant sur  » l’amour « , conçu comme l’alfa et l’oméga de ce dont un enfant aurait besoin. (Alors même que l’on sait que l’on peut détruire un enfant en  » l’aimant « , simplement parce qu’à l’instar, par exemple, des mères que l’on dit  » abusives  » on l’aime d’un amour qui l’emprisonne.) Ecoutons encore un interviewé d’Eric Dubreuil :  » Ce dont un enfant a besoin, c’est d’amour, que ce soit deux hommes, deux femmes, un homme, peut importe. « 

– Quand ils n’invoquent pas l’amour, les tenants de l’adoption s’appuient sur des déclarations qui frappent par leur manque de rigueur. Et l’on reste stupéfait devant le  » flou artistique conceptuel  » qui entoure les déclarations de gens dont on ne peut par ailleurs nier les compétences. Dans un article (publié dans “la Croix” du 8-9/11/1998), Françoise Héritier rappelait que la différence des sexes permet de penser. C’est sans doute du côté de son annulation qu’il faut chercher l’origine du florilège d’approximations théoriques auquel on assiste. On s’étonne, ainsi, de lire (dans l’Evénement du jeudi du 18-24/6/1998), sous la plume d’Anne Cadoret, ethnologue et chercheuse au CNRS :  » Comme dans les familles hétéro recomposées, un des problèmes majeurs concernant les familles monoparentales est le statut du compagnon ou de la compagne. Qui l’enfant doit-il appeler “papa” ou “maman” ? Chaque famille trouve sa solution. L’enfant reconstruit, plus ou moins symboliquement, sa généalogie. « 

Qui dira jamais ce que peut être pour un enfant une reconstruction « plus ou moins symbolique » de sa généalogie ? Et comment peut-on sérieusement mettre sur le même plan les difficultés d’un enfant qui, dans une famille « recomposée », ne sait pas s’il doit appeler « papa » le nouveau compagnon de sa mère, ou « maman » la nouvelle compagne de son père, et les problèmes de celui qui, face à un couple homosexuel, ne sait pas quelle femme il doit appeler  » papa  » ou quel homme il doit appeler  » maman  » ?

Le danger du “Tout est possible”

Si l’on revient à l’enfant et à sa problématique (telle que révélée à ceux dont le travail est d’écouter leur souffrance psychique), on peut dire deux choses : d’abord qu’un enfant se construit et que, comme pour toute architecture, il y a des règles à respecter si l’on veut qu’il  » tienne debout « . Ensuite, que la différence des sexes est un élément essentiel de sa construction. Elle est pour lui un repère symbolique majeur et ce, pour deux raisons.

Parce qu’elle est (avec la compréhension de sa place dans sa généalogie et celle de l’interdit de l’inceste) ce qui lui permet de construire son identité.

Nanti de ces éléments il peut  » conjuguer  » sa vie à la fois :

– au présent :  » Je suis un garçon  » ou  » Je suis une fille  » ;

– au passé : « Je suis le descendant (ou la descendante) de tels hommes (ou de telles femmes) de mes lignées paternelle et maternelle » ;

– et au futur :  » Plus tard je serai… un homme comme mon père, mon grand-père…, une femme comme ma mère… « 

Sachant qui il est et d’où il vient, l’enfant peut savoir où il va : on constate ainsi souvent, en consultation, que le seul énoncé des divers éléments de leur identité permet à bien des enfants de  » se réveiller  » et de  » démarrer

La différence des sexes est aussi l’une des premières limites que l’enfant rencontre.

Essentielle et incontournable – car elle est inscrite dans le corps –, elle est aussi difficile à accepter pour les garçons que pour les filles, mais devient souvent, de ce fait, le modèle de toutes les autres limites : si je suis un garçon, je ne peux pas être une fille. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon. Donc je ne peux pas être  » tout « . Donc je ne peux pas avoir  » tout « .

Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où  » tout  » serait possible : que les hommes soient des  » papas  » et aussi des  » mamans « , les femmes des  » mamans  » et aussi des  » papas « . Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi :  » Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”. « 

Le coparent (« mère porteuse » grâce auquel un homme peut devenir « mère » de l’enfant de son compagnon ou « père donneur de sperme » grâce auquel une femme peut devenir « père » de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une  » vraie puissance « . Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ?

Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses « adoptants », si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le « tout » dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du « tout » serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. La notion de  » loi  » en effet n’est pas étrangère aux enfants, loin s’en faut. La loi, la décision de justice, la parole d’un juge représentent toujours pour eux une sorte d’instance de référence et, de ce fait, ils les utilisent souvent comme un point d’appui symbolique.

C’est manifeste dans les divorces, par exemple, où le renvoi de l’enfant à la parole du magistrat qui a fixé les modalités de sa garde, le calendrier des visites, etc. ( » Ce n’est pas toi qui décides et pas tes parents non plus, c’est le juge qui a dit que… « ) lui permet souvent de retrouver sa place et de vivre ce qu’il a à vivre avec chacun de ses géniteurs sans avoir l’impression de trahir l’autre.

Le corps, ce grand oublié

Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers  » autres  » que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité.

Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un  » nouage  » entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de  » fonctions  » abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour  » faire  » la mère ou d’un corps sexué d’homme pour  » faire  » le père :  » On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) « , déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter :  » Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples. « 

Notons au passage cette notion de  » souplesse  » que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment  » faire  » l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle  » dans la tête  » soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps.

Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement,  » par la tête  » et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces  » modèles « .

Grâce à la différence des sexes, du désir circule

L’enfant a besoin d’un père et d’une mère qui soient un homme et une femme. Il s’agit que la mère accepte d’être femme et mère et pas homme et père et qu’à l’inverse l’homme reconnaisse qu’il ne peut être femme et mère. Il s’agit que chacun soit posé dans sa différence et que du désir circule à cause de cette différence. En quoi est-ce important pour l’enfant ? Sans prétendre être exhaustif, on peut citer quelques étapes essentielles.

La différence sexuelle, si elle est reconnue et acceptée par les parents, permet à chacun de trouver sa place :

– La mère, en effet, doit accepter l’idée que cet enfant, qu’elle a « fabriqué » dans son ventre, elle ne l’a pas « fait » seule. Qu’il est aussi l’enfant de l’homme dont elle a eu besoin pour le  » faire  » et que, donc, il n’est pas son  » objet « .

– Parallèlement, le père doit supporter de ne pas avoir porté cet enfant et de ne pas l’avoir mis au monde. Il doit renoncer à  » faire la mère  » et trouver – ce qui n’est pas simple – sa place de père : une place de tiers entre l’enfant et sa mère.

– Ce n’est en effet que si son père et sa mère sont ainsi situés que l’enfant pourra avoir une place à part entière et, s’appuyant sur son père, se détacher de sa mère et grandir.

Notons d’ailleurs que, même quand la mère ne  » reconnaît  » pas la place du père, le fait que celui-ci soit d’un autre sexe qu’elle constitue pour l’enfant un  » extérieur  » auquel il peut se référer : il existe autre chose que sa mère

La différence des sexes intervient au moment du maternage du nourrisson, cette période des premiers mois où se construisent les fondations de l’humain et le sentiment de sécurité qu’il aura (ou n’aura pas) sa vie entière.

– Quiconque travaille avec des nourrissons sait que l’enfant a besoin à ce moment-là qu’une femme s’occupe de lui parce que cette période de sa vie prolonge, dans une quasi fusion (illusoire mais essentielle) entre la mère,  » suffisamment bonne « , comme disait Winnicot, et son bébé quelque chose de la vie intra-utérine et que seule une femme (soit parce qu’elle a porté cet enfant soit parce que, mère adoptive, elle s’identifie à celle qui l’a porté) peut sentir ce dont il a besoin.

– Mais il est essentiel aussi pour le nourrisson qu’il sente qu’il n’est pas « tout » pour le désir de cette femme et qu’elle désire « ailleurs » (le père)

La différence des sexes permet au père de prendre sa place de  » porteur de la loi « .

Pour qu’il puisse en effet prendre cette place, il faut que la mère accepte qu’il intervienne en tiers entre l’enfant et elle (et qu’elle le dise à l’enfant). Mais, pour que  » l’opération réussisse « , il faut que ce  » tiers  » ne soit pas un simple  » troisième  » qui, par sa seule présence physique, signifierait à l’enfant qu’il n’est pas seul avec sa mère. Il faut que le père soit reconnu par la mère comme ayant  » quelque chose  » (une place, un pouvoir, un sexe…) qu’elle n’a pas et qu’elle accepte de ne pas avoir. C’est parce qu’il est porteur d’une différence que le père est situé comme  » autre « , et donc  » tiers « , entre la mère et l’enfant. Et c’est l’acceptation par la mère de cette différence qui permet à l’enfant d’accepter que lui non plus n’est pas tout puissant et qu’il est donc soumis aux limites, aux règles, à la loi

La différence des sexes permet enfin à l’enfant de construire son identité sexuelle. Pour ce faire, il s’identifie au parent du même sexe que lui à deux niveaux :

– En se sentant  » homme  » ou  » femme  » comme son père ou sa mère se sentent  » homme  » ou  » femme « . C’est difficile pour une petite fille de se sentir heureuse d’être une fille si sa mère est malheureuse d’être une femme.

– Et en  » découvrant  » l’autre sexe au travers de ce qu’il sent du désir de son parent du même sexe pour cet autre sexe. Aimer les femmes ne sera pas facile pour un garçon si son père n’aime ni sa mère ni les autres femmes. Devenir un homme  » comme son père  » ne sera pas aisé pour lui si la mère méprise cet homme et les hommes en général ou si – inconsciemment – elle se prend elle-même pour un homme. De plus, l’enfant a besoin que le parent du même sexe que lui l’accompagne et le soutienne dans le chemin vers son identité : pour ne pas avoir peur des femmes, un garçon a besoin d’un  » compagnonnage viril  » avec un père qui le rassure.

Les corps sexués de ces parents et le désir qui circule entre eux sont donc indispensables pour qu’un enfant puisse se construire. C’est encore plus important pour les enfants adoptés qui ont besoin de reconstruire leur origine et de comprendre de quel désir ils sont nés.

Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le  » droit à l’indifférence  » que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un  » droit à l’indifférenciation « .

Que dit vraiment le Pacs ?

L’adoption du Pacte civil de solidarité, qui devrait entrer en vigueur en l’an 2000, constitue bel et bien une révolution juridique et morale. Il marque une certaine reconnaissance symbolique de l’homosexualité et du couple homosexuel. Cependant, être  » pacsés  » ne donnera pas aux homosexuels le droit de fonder une famille au sens classique du terme. Pour le droit français en effet, c’est l’enfant qui crée la famille. Or le Pacs n’apporte nullement aux couples homosexuels la possibilité d’en adopter ou de recourir à l’insémination. Si une personne homosexuelle souhaite adopter un enfant, elle est autorisée à le faire, en tant que célibataire. Et en dissimulant soigneusement son homosexualité.

En France, l’insémination est exclusivement réservée aux couples hétérosexuels ayant des problèmes de fertilité. En revanche, une personne homosexuelle pourra la demander en Belgique. Mais en aucun cas le couple homosexuel ayant décidé d’avoir un enfant, par l’adoption ou la science, ne pourra se prévaloir du Pacs pour réclamer une reconnaissance et des droits similaires à ceux des parents hétérosexuels.

Parents : Quand ils deviennent homosexuels

Certains ont profité du débat sur l’adoption pour remettre en cause le droit des parents « devenus homosexuels » à rester (après un divorce, par exemple) les parents de leurs enfants. Je ne partage pas leur point de vue. Je me suis toujours battue – et me battrai encore – pour que ces parents gardent tous leurs droits. Voir l’un de ses parents  » devenir homosexuel  » est une situation qui pose à l’enfant des questions sur la différence des sexes mais, contrairement à l’adoption, elle ne le remet pas fondamentalement en cause. Si les choses sont parlées clairement à l’enfant, il peut continuer à avoir une vision claire du désir hétérosexuel dont il est issu et, gardant un ancrage dans ce type de désir par le biais du couple – réel ou potentiel – de ses parents qui n’est pas homosexuel, il peut continuer à se construire.

Quant à la façon dont il considérera son parent homosexuel, elle dépend de ce que pensent ce dernier, l’autre parent, l’entourage, et de ce qu’ils en disent. Si le parent homosexuel assume son choix et si l’autre le respecte, l’enfant continuera à être fier de ce parent (et de lui-même). La seule chose que l’on ne pourra lui éviter, c’est d’avoir, un jour, à affronter l’intolérance de notre société. De cela aussi on peut parler à un enfant et lui apprendre à se battre.

Voir encore:

Il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant 
ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté

Jean-Pierre Winter, psychanalyste

L’Humanité

25 août 2012

J’aimerais être convaincu que la promesse de François Hollande est le fruit d’une réflexion approfondie et qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation à l’air du temps ! J’aurais aimé que François Hollande tienne compte des débats qui ont eu lieu lors de la révision des lois de bioéthique. Quelques arguments ont été alors avancés qui n’étaient pas seulement inspirés par une morale caduque ou des dogmes religieux. Cela étant, son embarras sur ces questions se trahit dans sa prise de position – que je partage – contre la grossesse pour autrui, qui aurait pour conséquence une inégalité de fait entre les couples lesbiens et les couples d’hommes !

Encore une fois, nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous.

Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi.

Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques.

Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? Qu’on ne nous dise pas, sans rire, que nombre d’études américaines, canadiennes, finnoises ou autres démontrent que les enfants élevés avec des parents du même sexe vont, aujourd’hui, aussi bien que les autres. Jamais citées, au demeurant, elles ne sont pas plus pertinentes que la présence de cellules de crise psychologique lors de la moindre catastrophe car la psychanalyse nous a appris que les effets d’un trauma ne sont déchiffrables qu’après son refoulement, et donc dans l’après-coup.

Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration.

Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait.

Voir par ailleurs:

Homoparentalité : une femme peut-elle remplacer un père ?

Le 15/04/2009

De plus en plus d’enfants sont élevés par deux femmes homosexuelles. Quelle place tient alors la compagne de la mère ? Nous avons posé la question au psychanalyste Pierre Lévy-Soussan *. Participez à notre discussion sur l’homoparentalité :> Forum de Elle.fr

Dans un couple de femmes homosexuelles, quel va être le rôle de la compagne de la mère ? Celui d’un père ?

Il faut d’abord savoir dans quelle situation se trouve l’enfant du point de vue de sa filiation : son père est-il absent de son existence ? S’il y a eu effacement du père, si la mère évite la question du père, autrement dit évite de parler de la rencontre avec l’autre sexe, l’enfant, lui, ne cessera de poser cette question, souvent au travers de conduites agressives… Il est indispensable que l’enfant ne soit pas dans la confusion par rapport à son origine : il faut qu’il sache qu’il n’est pas possible d’être issu d’une fusion de deux personnes du même sexe, il ne peut pas être né de deux mamans, au risque de ne plus savoir ce qu’est une mère ou un père. Ce type de problématique où l’autre est écarté (situation que l’on retrouve aussi dans les cas de célibat) risque de mettre l’enfant dans une situation psychique difficile avec, par exemple, des problèmes d’identification.

La compagne de la mère pourra-t-elle faire office de tiers séparateur ?

Pourquoi pas ! Dès l’instant où la question de la filiation n’est pas éludée, les enjeux éducatifs peuvent se partager entre la mère et sa compagne. L’amie de la mère peut être ce tiers qui sépare la mère de l’enfant. Sauf que ce n’est pas pareil d’avoir un tiers du même sexe que la mère ou un tiers de l’autre sexe. Ce n’est pas la même chose d’affronter la différence des sexes au sein de l’intimité de la famille ou dans le cadre de la société.

Qu’est-ce que cela change pour l’enfant ?

Du point de vue psychique, l’enfant aura forcément à porter une problématique non résolue par la mère, à savoir l’évitement de la rencontre avec l’autre sexe quant à son origine filiative. D’un point de vue éducatif, on sait que les comportements sont sexués : celui d’une mère avec son enfant n’est pas celui d’un père. Une femme est plus dans l’apprentissage, un homme sera plus moteur, mettra plus son bébé en danger. Avez-vous déjà vu une mère lancer son bébé en l’air ? Cela dit, il est très difficile d’évaluer les conséquences pour l’enfant, parce que celui-ci a des facilités adaptatives exceptionnelles. Le fait qu’un enfant soit mis dans une situation particulière (divorce, recomposition familiale ou homoparentalité…) a forcément un coût psychique pour lui, cela l’oblige à mettre en place des mécanismes de compensation. Ce n’est pas pour rien que, en général, ces enfants-là sont plus matures que les autres.

Interview d’Elisabeth Weissman

* Auteur de « Eloge du secret » (Hachette Littératures).

QUEL EST LE RÔLE PATERNEL ?

Selon Geneviève Delaisi de Parseval *, « On attend du père qu’il joue le rôle de tiers séparateur, qu’il s’interpose entre la mère et l’enfant, afin que cette mère ait en face d’elle quelqu’un qui lui dise : “Ce bébé est sorti de ton ventre, mais ne le confonds pas avec toi, c’est un autre.” Cette fonction séparatrice, défusionnelle, peut être exercée par une autre personne que le père, par une co-mère. C’est un cliché de croire que pour autant toute figure masculine ou paternelle est effacée. Il y a toujours, dans l’entourage des couples d’homosexuelles, des présences masculines, un grand-père, un oncle, un parrain. »

* Psychanalyste et auteure de « La Part du père » (éd. Points Seuil).

Á LIRE

PEUT-ON MESURER SCIENTIFIQUEMENT LES INCIDENCES PSYCHIQUES ET ÉDUCATIVES D’UN COUPLE HOMOSEXUEL SUR LES ENFANTS ? ON POURRA LIRE, À CE PROPOS, LA PRÉFACE CONTRADICTOIRE, ÉCRITE PAR PIERRE LÈVY-SOUSSAN ET OLIVIER TARRAGANO, DE L’OUVRAGE « GRANDIR DANS UNE FAMILLE LESBIENNE », DE FIONA L. TASKER ET SUSAN GOLOMBOK (ÊD. ESF).

Voir de plus:

Un « contrat universel » à plusieurs plutôt qu’un mariage à deux, fût-il gay

Lionel Labosse, enseignant et écrivain

Le Monde

18.05.2012

Avec l’élection de François Hollande, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe semble imminente. Je propose, au lieu d’ouvrir le mariage, de le supprimer, ou plutôt de le confondre avec le pacs en un contrat universel ouvert à davantage de possibilités, mais qui ne transforme pas les célibataires en pigeons de la farce.

Contrairement à ce qu’avancent les partisans du « mariage gay », le pacs n’est pas un « sous-mariage », mais plutôt un « surmariage », c’est pourquoi mieux vaudrait aligner le mariage sur le pacs que le contraire, tout en conservant ses avantages, bien sûr. La preuve ? Son incroyable succès chez les hétérosexuels, au point que le pacs devrait bientôt dépasser le nombre de mariages. Et encore, si, à défaut de ce contrat universel, l’on obtenait deux réformes minimes, cela accélérerait le processus. La première de ces réformes serait le droit d’assortir le pacs d’un mariage religieux ; la seconde serait de ne pas obliger les couples binationaux à se marier pour espérer la naturalisation.

Mariage ou pacs, le total des couples constitués est en augmentation. Les ennemis que furent naguère les prêtres de toutes religions et les militants homosexuels s’accordent dans l’apologie de la fidélité, assortie d’une prophylaxie maximale en matière sexuelle, VIH oblige. Dans le même ordre d’idée, le maintien des prostitué(e)s dans la précarité s’accommode bien de la promotion du « mariage gay ». De plus en plus marginalisés, les célibataires, hétéros ou homos, sont d’autant plus matraqués par le fisc, qu’il faut compenser les droits coûteux octroyés à de plus en plus de couples.

Souvenez-vous : avant 1981, l’homosexualité était impensable. Puis François Mitterrand vint, et l’homosexuel cessa d’être un paria. L’intelligentsia se choisit alors un autre impensable : le « polygame ». Ce n’est pourtant pas la polygamie que permettrait ce contrat universel, mais le « polyamour », qu’il soit sexuel ou non.

Mais n’y a-t-il pas un abîme entre condamner la polygamie sexiste et cantonner au nombre de deux les unions légales ? Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. Le « trouple » ou « ménage à trois » serait l’une des possibilités ; un tel contrat serait une alternative au divorce et une solution à de nombreux drames. Les militants homosexuels, qui se prétendent « LGBT » (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), réclament au nom de l’égalité une institution matrimoniale excluant de fait les bisexuels, ou du moins les obligeant à renoncer, pour un contrat censé être « pour la vie », à l’une des deux inclinations de leur sexualité, donc à cesser d’être bi pour devenir soit homo, soit hétéro, à moins d’être infidèle, mais alors pourquoi se marier ?

Le mariage monogame est donc « biphobe », et ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi, en dépit de leurs tours de passe-passe rhétoriques. Un contrat universel à trois ou quatre constituerait un cadre idéal pour ce qu’on appelle l' »homoparentalité ».

Créer une union pérenne

Combien de combinaisons de gays et de lesbiennes rendues possibles par la poésie des petites annonces se heurtent au bout de quelques années à la prose des contingences, et aboutissent à l’aliénation soit du père biologique réduit à l’état de donneur de sperme, soit de la maman, prêteuse de ventre ? Enfin, la crise aidant, nous serons sans doute contraints de partager des logements à plusieurs, inconnus, amis, famille ou amants.

Grâce au contrat universel, des mini-communautés, des familles élargies, des cohabitations d’immigrés tentant d’échapper à la rapacité de marchands de sommeil pourraient acquérir ensemble un lieu de vie et créer une union pérenne. Il me semble inéquitable que des paires de personnes bénéficient de déductions d’impôt et d’avantages divers sous le seul prétexte qu’elles sont soit mariées, soit pacsées, au détriment des célibataires. Ne serait-il pas temps de clarifier les choix divers de vie commune par un contrat universel, qui mette tout à plat et n’accorde des avantages aux uns – au détriment des autres – que pour des raisons incontestables ?

Accueillir les enfants, ou avoir une « personne à charge » me semble une raison légitime de bénéficier de droits, plutôt que simplement vivre en couple, ce qui constitue déjà un avantage en soi par rapport aux célibataires, qui ne peuvent mutualiser aucune dépense quotidienne. Au lieu de s’enferrer dans la voie sans issue du mariage, je propose de prendre le temps de réfléchir à un contrat universel qui nous entraîne vers une société plus libre, plus égalitaire, plus fraternelle.

Lionel Labosse a publié « Le Contrat universel : au-delà du « mariage gay », (éd. A poil, 174 p., 18 euros)

Après le couple, le trouple !

Timidement mais sûrement, les gays lancent une nouvelle révolution amoureuse : le couple à trois, avec concessions et passions démultipliées. Un modèle à suivre pour les hétéros ? Enquête.

Par Florence Trédez

Elle

23/03/2012

Jamais deux sans trois

Le trouple serait-il l’avenir du couple ? Rien de tel qu’un ménage à trois pour pimenter une existence conjugale terne lorsque l’amour est passé à la machine et que les sentiments ont perdu leur couleur d’origine, pensez-vous ? Pourtant, le trouple dont il est question ici, néologisme formé à partir des mots « couple » et « trio », s’observe depuis peu chez certains homosexuels, de sexe féminin parfois, de sexe masculin le plus souvent, et tient lieu de véritable mode de vie. « J’ai déjà eu plusieurs trouples dans mon cabinet, constate Stéphane Clerget, psychiatre et pédopsychiatre, auteur de “Comment devient-on homo ou hétéro” (éd. JC Lattès). C’est un phénomène assez récent et qui est peut-être annonciateur, qui sait ?, de nouveaux comportements, les homosexuels étant souvent prescripteurs. C’est un équilibre qui s’établit en totale rupture avec le modèle traditionnel du couple. »

Pour trouver un trouple autour de soi, il n’est bizarrement nul besoin de faire résonner le tam-tam pendant des jours. Deux ou trois coups de fil à des amis gays suffisent. On nous parle d’Américains qui vivraient « comme ça », d’un trio de filles à Lyon, d’un ménage à trois à Bordeaux. Le magazine « Têtu » a récemment consacré plusieurs pages au sujet « trouple ». Et puis, au cours d’une soirée raclette, Frédéric, 35 ans, un charmant convive, chef de projet dans une banque, caresse tendrement le bras de Laurent, 36 ans, professeur des écoles. Quelques minutes après, c’est au tour de Bart, 35 ans, expert-comptable, de prendre la main de Frédéric. « Oui, nous sommes un trouple », affirment-ils fièrement, sur un ton un peu provoc. Plus tard, ils confieront : « La première fois qu’on a avoué à nos amis que nous vivions en ménage à trois, on a eu l’impression de faire un deuxième coming out. »

 Voir aussi:

Du mariage au ménage à trois?

Par Julie Saulnier

12/09/2012

Alors que Christiane Taubira a détaillé les contours du projet de loi sur le mariage gay, quid d’une union matrimoniale entre trois personnes, le « trouple »?

Alors que Christiane Taubira a détaillé les contours du projet de loi sur le mariage gay, quid d’une union matrimoniale entre trois personnes, le « trouple »?

Comme l’a réaffirmé ce mardi la garde des Sceaux Christiane Taubira dans un entretien à La Croix, le mariage et l’adoption sont en passe d’être ouverts aux couples de même sexe. Si le sujet divise, un autre, en marge, pourrait poindre: l’ouverture de la conjugalité à plus de deux personnes. L’union de trois personnes est-elle légale et envisageable en France?

L’idée, loufoque, a déjà été concrétisée outre-Atlantique. Une notaire de Tupa, ville universitaire située à 430 km de São Paulo, au Brésil, s’est octroyé le droit d’unir par « les liens sacrés du mariage » trois personnes. Il y a trois mois, la représentante a officialisé le mariage d’un homme et de deux femmes. Une première mondiale qui a suscité un tollé chez les religieux. Selon la notaire, rien dans la loi brésilienne n’interdisait cette union: « C’est quelque chose de nouveau, mais je ne l’aurais pas fait si la loi l’interdisait explicitement. » Quid de la France?

Polygamie

L’article 144 du Code civil stipule que « l’homme et la femme ne peuvent contracter mariage avant dix-huit ans révolus ». Aucune ambiguïté, donc. Pour se marier, il faut être deux et seulement deux: un « homme » et une « femme ». Me Audrey du Roselle, spécialiste du droit de la famille français, confirme qu’en « l’état actuel des textes, il n’est pas envisageable de célébrer un mariage entre trois personnes ».

Pis, précise le conseil, les mariés pourraient être taxés de polygamie. Selon l’article 433-20 du Code pénal, une personne mariée à plusieurs individus en même temps encourt 45 000 € d’amende et jusqu’à un an de prison ferme. Les maires tentés d’unir plus de deux personnes, malgré les textes en vigueur, s’exposent eux aussi à des sanctions. Le même article précise en effet « qu’est puni des mêmes peines l’officier public ayant célébré ce mariage en connaissant l’existence du précédent ».

Contrat universel

Ménage à trois rime-t-il nécessairement avec polygamie? « N’y a-t-il pas un abîme entre condamner la polygamie sexiste et cantonner au nombre de deux les unions légales? » s’interroge Lionel Labosse, enseignant et écrivain, dans les colonnes du Monde. Et de conclure: « Un contrat universel rendrait possible des unions dans lesquelles chacun des contractants serait à égalité avec chacun des autres. »

Les lois Pasqua de 1993

Si le droit français n’a jamais autorisé le mariage d’un homme avec plusieurs femmes, un arrêt du Conseil d’Etat permettait avant 1993 le regroupement familial pour les ménages polygames. Les lois Pasqua de 1993 ont mis fin à cette jurisprudence: pour être en règle, les épouses secondaires doivent donc divorcer et quitter le foyer.

Pour Marcela Iacub, auteure de Une Société de violeurs, la problématique d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe s’est faite au détriment d’une réflexion plus globale sur la conjugalité. « Les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous », détaille la juriste dans Libération.

Connue pour ses prises de position iconoclastes, elle poursuit: « pourquoi dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais de contrats au lieu de les obliger à entrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs? »

Voir encore:

Le mariage gay à la noce

18 mai 2012

MARCELA IACUB

Selon Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et Socialisme, «la vie est belle» depuis l’élection présidentielle, parce que François Hollande a promis qu’il ouvrirait le mariage aux couples gays (Libération du 11 mai). Mais il est difficile de partager cet enthousiasme. Non pas parce que cette mesure serait absurde, injuste ou dangereuse, comme certaines personnes le prétendent encore, mais parce qu’elle est, au contraire, la moindre des choses. L’enthousiasme est un état d’esprit que l’on devrait réserver à des transformations importantes, surprenantes et révolutionnaires. Les réformes que l’on peut classer comme étant la moindre des choses devraient être saluées avec circonspection, comme si elles étaient un dû, au lieu de tenir celui qui les a promises comme une espèce de libérateur.

Mais il y a des raisons encore plus profondes qui devraient tempérer l’enthousiasme de Gilles Bon-Maury. Je ne fais pas allusion à cette théorie, mille fois rabâchée depuis les années 90, selon laquelle les homosexuels devraient faire preuve de subversion et ne pas revendiquer le droit au mariage. Car, pour être subversifs, il faut qu’ils aient la possibilité de refuser l’ordre établi et donc le droit de se marier. En revanche, ce qui semble plus problématique c’est que notre société n’ait pas essayé de revoir les formes d’organisation de la conjugalité lorsque ces revendications ont été articulées.

En effet, les demandes d’égalité en matière de mariage ont pris le devant sur le pouvoir d’imaginer des nouvelles libertés conjugales pour tous. Pour les militants homosexuels, un tel choix a impliqué de tenir pour plus important le principe de «reconnaissance» de leur orientation sexuelle que celui de leur bonheur privé. Cette préférence a eu de quoi flatter l’orgueil des hétérosexuels qui, las de vivre mariés, ont soudain trouvé que leur forme de vie était enviable et donc désirable. Comme si finalement le mariage gay avait eu comme origine des raisons de pur prestige, d’orgueil, d’image et non pas la quête plus pratique des meilleures formes d’organisation de la vie privée. Ou, pour reprendre une expression très usitée aux temps du débat sur le pacs, comme si le mariage gay était plus important d’un point de vue symbolique que réel et pratique.

Certes, on ne cesse de compter les avantages dont bénéficient les personnes mariées au regard de celles qui sont pacsées. Mais ces petits calculs semblent l’arbre qui cache la forêt. Pis encore. On pourrait même avancer que ces petits calculs sont précisément ce qui rend la revendication du mariage gay si misérable. En effet, pourquoi dans une société démocratique ne devrait-on pas laisser les personnes organiser leur vie privée par le biais des contrats au lieu de les obliger à entrer dans des institutions standards comme le mariage et le pacs ?

Jusqu’à la révolution des mœurs des années 70, le fait que le mariage ait été la seule institution susceptible de donner un cadre juridique à la vie conjugale avait un sens politique fort. Il organisait d’une manière autoritaire et inégalitaire la vie privée au sein d’une société démocratique. Il était un îlot voué à gouverner les familles selon des principes contraires à ceux de l’organisation politique dans laquelle l’égalité et la liberté étaient la règle. Or, lors de la révolution des mœurs, au lieu d’abolir le mariage – symbole même de l’impossibilité de contracter dans le domaine conjugal -, on l’a démocratisé. On a ainsi oublié que le pire déficit démocratique de cette institution était moins le contenu des règles qu’il instaurait que le fait d’occuper une position de monopole normatif. Car c’était- et c’est toujours – soit le mariage – et le pacs depuis quelques années -, soit le néant juridique. Comme si, en faisant ainsi, l’Etat continuait à s’immiscer d’une manière autoritaire dans la vie privée, en mettant des obstacles à l’imagination des individus pour s’associer et vivre avec les autres dans les termes qu’ils souhaitent. Or, si la liberté contractuelle régnait dans ce domaine, la conjugalité pourrait être ouverte à plus de deux personnes.

L’ensemble des droits et des devoirs des partenaires : économiques, sexuels, procréatifs, familiaux, personnels pourraient être l’objet de négociations libres. Des dispositions spécifiques régleraient la dissolution, l’entrée ou la sortie des nouveaux membres dans ces espèces d’associations. Certes, il y aurait des contrats standard pour les conformistes et on laisserait tranquilles ceux qui ne souhaitent en signer aucun. Au lieu d’exercer un pouvoir symbolique de nous reconnaître – tel un père exigeant – mariés, homosexuels, divorcés, l’Etat serait une officine d’enregistrement et de résolution des conflits qui résulteraient des termes des contrats qui gouverneraient nos associations. On pourrait alors affirmer que l’on vit dans des Etats qui respectent la vie privée au lieu de rabaisser cette expression à l’interdiction de dévoiler publiquement les potins des uns et des autres.

Et c’est seulement alors que l’on pourrait déclarer «la vie est belle» au lendemain de l’élection d’un président qui aurait fait une telle promesse.

Voir aussi:

Mariage : l’argumentaire du diocèse de Bayonne

Le Salon Beige

16 octobre 2012

Le diocèse de Bayonne a mis en ligne un argumentaire sur la dénaturation du mariage et l’adoption d’enfants par des homosexuels (pdf, 5 pages). Cet argumentaire entend réfuter les arguments par lesquels l’actuel gouvernement et le lobby qui prétend parler au nom de tous les homosexuels, justifie « l’ouverture » du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexe. Extrait :

« Un certain nombre d’études démontrent cependant que les enfants qui sont élevés par des couples homosexuels ne sont pas moins heureux ni moins épanouis que ceux qui sont élevés par des couples hétérosexuels

ALes études que l’Inter-LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans) ou l’APGL (Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiennes) mettent en avant et auxquelles la presse et les medias se réfèrent constamment, n’ont pour la plupart, aucun caractère scientifique. Les universitaires (tels que Xavier Lacroix, philosophe, théologien et membre du Comité Consultatif National d’Ethique) qui se sont penchés sur la question, ont en effet constaté que les échantillons sur lesquels reposent la quasi-totalité de ces études, sont beaucoup trop limités pour avoir la moindre signification, que seuls les « parents » (et non les enfants concernés) ont souvent été interrogés et que les « parents » en question n’ont pas été sélectionnés sur des critères objectifs, mais recrutés au sein d’associations qui militent en faveur de l’homoparentalité… «L’intoxication est suffisamment bien faite pour que tout le monde soit convaincu que ces études prouvent que les enfants élevés par les parents homosexuels vont bien, mais il suffit de se donner la peine de vérifier la nature des travaux cités pour comprendre leurs faiblesses méthodologiques» écrit d’ailleurs Maurice Berger, professeur de psychopathologie de l’enfant, chef du service de psychiatrie de l’enfant au CHU de Saint-Etienne, et membre de plusieurs commissions interministérielles pour la protection de l’enfance (« Le Figaro » du 3 octobre 2012). […]

La reconnaissance légale de l’adoption par les couples homosexuels et de l’homoparentalité, permettrait malgré tout d’assurer les droits et les intérêts des centaines de milliers d’enfants qui sont élevés par des couples homosexuels en France

Cette « argumentation » repose sur une erreur et une confusion. Une erreur : le chiffre de « 300.000 enfants élevés par des couples homosexuels », fréquemment avancé par certaines associations militantes, ne repose sur aucun fondement. L’INED (Institut National d’Etudes Démographiques), qui est un organisme officiel, indique que cette situation concerne de 24.000 à 40.000 enfants, soit environ 0,2% du total de 15 millions d’enfants qui vivent en France. Une confusion : les enfants élevés par un couple homosexuel ne sont victimes d’aucun vide juridique. Leur situation est en effet analogue à celle des enfants qui grandissent au sein d’une famille recomposée. Leurs intérêts sont donc garantis par la loi du 4 mars 2002 qui permet à un tiers (le conjoint ou le compagnon du père ou de la mère) de participer à l’exercice de l’autorité parentale pour les actes de la vie courante (garde de l’enfant, sorties d’école, etc.) sans qu’aucun des deux parents ne perde ses prérogatives.

Il est absurde et hypocrite d’invoquer le prétendu droit des enfants à être élevés par un père et une mère à l’encontre des couples homosexuels, alors que la loi française permet depuis de nombreuses années l’adoption par des personnes célibataires

Discutable dans son principe, l’adoption par un célibataire demeure extrêmement marginale en France. Et comme le souligne la juriste Françoise Dekeuwer-Defossez, spécialiste du droit de la famille, « l’adoption par un célibataire a été permise en 1966 dans un contexte où les enfants adoptables étaient plus nombreux que les couples d’adoptants », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Parfois, l’adoption par un célibataire peut néanmoins permettre qu’un enfant soit adopté par un oncle, une tante ou un autre membre célibataire de sa famille. Dans ce cas, c’est bel et bien l’intérêt de l’enfant et non le désir égoïste d’un adulte. L’adoption par des célibataires ne consacre aucun « droit à l’enfant », contrairement à ce qui se produirait si l’adoption par les couples homosexuels était légalement reconnue. […] »

Voir aussi:

Le comportement de l’enfant corrélé à l’investissement paternel

Sylvie Kerviel (avec AFP)

Le Monde

20.07.2012

Un bébé pouponné par son père a davantage de chances de grandir sereinement qu’un nourrisson peu porté par lui. Tel est le résultat d’une étude réalisée par des chercheurs de l’université d’Oxford et publiée par la revue Journal of Child Psychology and Psychiatry.

La présence du père durant les deux premières années d’un enfant semble favoriser sa socialisation future.

Selon cette étude, publiée le 19 juillet, des interactions positives père-bébé dès l’âge de 3 mois permettent de réduire les problèmes de comportement du nourrisson à l’âge d’un an, et par la suite. Cette étude a également montré que l’impact du père était plus important chez les bébés garçons que chez les filles. »Nous avons découvert que les enfants avec qui les pères avaient davantage de contacts avaient de meilleurs résultats, avec par la suite moins de problèmes de comportement. A l’inverse, les troubles étaient plus nombreux lorsque les pères étaient plus distants, perdus dans leurs pensées ou avaient moins de contacts », explique le Dr Paul Ramchandani, qui a dirigé l’étude.

Les chercheurs ont suivi 192 familles, recrutées dans deux maternités britanniques, qui ont été rencontrées à deux reprises– l’une lorsque le bébé avait 3 mois et la seconde au moment où l’enfant atteignait l’âge d’un an.

UNE MEILLEURE SOCIALISATION DE L’ENFANT

Le Dr Ramchandani précise que d’autres facteurs peuvent cependant intervenir pour expliquer un comportement perturbé. Le désengagement du père pourrait ainsi être le résultat d’une mauvaise relation de couple avec la mère ou refléter un manque général de supervision ou de soins, auquel l’enfant réagirait par un comportement agité.

D’autres études ont déjà montré l’influence sur le développement du bébé d’un investissement paternel. On a ainsi observé que les enfants dont le père était très présent avaient un meilleur quotient de coordination vision-préhension, utilisaient mieux leurs jambes et leurs bras pour résoudre des problèmes concrets.

Le psychologue Jean Le Camus, auteur de Comment être père aujourd’hui (éditions Odile Jacob), note ainsi que les pères encouragent plus et gratifient moins que les mères, en ayant moins tendance à intervenir pour résoudre les difficultés à la place de l’enfant. La présence du père durant les deux premières années semble sociabiliser davantage l’enfant. Il sera plus confiant et plus entreprenant en présence d’une personne étrangère.

Pour le pédiatre Philippe Grandsenne, auteur de Bébé dis-moi qui tu es (éditions Marabout), le père, du fait de sa position extérieure au couple mère-bébé, fait la transition entre famille et société.

Sylvie Kerviel (avec AFP)

Source : « Do early father–infant interactions predict the onset of externalising behaviours in young children ? Findings from a longitudinal cohort study », Journal of Psychology and Psychiatry, le 19 juillet 2012

Voir également:

«Les mères font des fils, les femmes font des hommes»

Pascale Senk

Le Figaro

09/10/2011

Maryse Vaillant, psychologue clinicienne, a publié Les Hommes, L’amour, la Fidélité et plus récemment, Être mère, mission impossible? (Ed. Albin Michel).

LE FIGARO. -Vous parlez dans vos écrits de la difficulté d’élever un garçon. Pensez-vous que les mères sont en partie responsables du syndrome du «bon garçon» relevé chez les hommes d’aujourd’hui?

MARYSE VAILLANT. – Oui, en grande partie. Le premier mouvement d’une mère est toujours plus facile vers la fille, sa semblable. Alors qu’avec le garçon, elle est freinée dans son élan par de nombreuses différences comportementales, émotionnelles. Mais cette mère peut aussi s’attacher énormément à la plus visible de ces différences, celle qui se voit physiquement, et de manière inconsciente, transformer son fils en homme de la maison. Or les hommes qui ont été mis en position de puissance phallique au foyer par leur mère deviennent soit falots, soit machos. Dans les deux cas, l’identité masculine est défaillante. Les machos sont des coqs de bruyère qui ne savent que dominer et agresser avec leur virilité ; les falots, ceux qu’on appelle les «gentils garçons» de nos jours, sont des chapons un peu dodus intérieurement. Très tendres, ils inhibent en réalité leurs pulsions et n’osent pas utiliser ni montrer leurs poussées de testostérone.

Qu’est-ce qui dans l’histoire des mères explique une telle évolution?

Jusqu’au début de notre siècle, les femmes ont vu en leurs garçons de beaux coqs de bruyère, à qui elles remettaient tous les pouvoirs, notamment sur leurs sœurs. Ces femmes vénéraient la virilité de leurs fils. Puis, à partir des années 1970, quand la contraception a libéré les jeunes filles de la fatalité de la maternité, les mères ont été fascinées par la féminité de leurs filles, et se sont moins intéressées à leurs fils. Résultat, ça a été le «grand vrac» du côté des garçons. Les mères ont pensé que les pères pourraient s’occuper des fils, or les pères étaient totalement pris par leur travail (aujourd’hui, avec la crise, ils le sont encore plus). Elles n’ont pas initié leurs garçons aux tâches domestiques, les ont élevés sans contraintes mais ne leur ont rien donné à se mettre sous la dent quand leur virilité venait les titiller.

Comment faudrait-il élever un garçon pour que sa masculinité s’épanouisse?

Déjà, il faut être deux pour élever un enfant: quelle que soit la situation, la mère doit laisser de la place au père et même elle doit lui demander de s’occuper de son fils. Aussi, elle évitera de faire de son fils le confident ou le complément affectif qui lui manque dans sa vie amoureuse. Heureusement, les garçons ont toujours une bande de copains. Ceux-ci sont leurs alliés les plus précieux pour le corps à corps avec d’autres hommes dont ils ont tant besoin: la pratique du rugby par exemple est selon moi hautement formatrice en matière de masculinité.

Et comment aimer ces «bons garçons» devenus hommes?

En ne se comportant pas en mère avec eux ! Les mères font des fils, les femmes font des hommes. Celles-ci peuvent ainsi encourager leurs conjoints à réaliser les rêves de leur adolescence par exemple: faire de l’escalade, se remettre au foot… Elles peuvent aussi construire une vraie démocratie avec ces hommes qu’elles doivent reconnaître comme responsables du bien commun qu’est leur couple. Elles éviteront, comme des mères intrusives, de leur demander sans cesse des comptes. Elles comprendront, enfin, que si la virilité est caricaturale, la masculinité est une dimension plus complexe et fragile qu’il n’y paraît trop souvent.

Voir encore:

Aldo Naouri contre la tyrannie des mères

Le Point

08/09/2011

Explosif. Dans un livre (publié chez Odile Jacob), le pédiatre dresse un portrait noir de la famille. La faute aux mères.

Le père ?  » Un porte-sperme réduit au statut de colifichet ». Les enfants ?  » Hissés au sommet de la pyramide familiale, ils ont été l’objet d’un véritable culte, jalousement préservés de la moindre frustration. » Leur sont  » octroyés tous les droits, sans que leur ait été imposé le moindre devoir ». Aldo Naouri, le célèbre pédiatre, broie du gris très très foncé. La famille est foutue. Les mères ont pris le pouvoir. Ivres de leurs enfants, elles se sont débarrassées des empêcheurs d’y goûter pleinement, les pères. Pour parvenir à accomplir totalement cette démission masculine, les femmes ont obtenu le soutien de toute la société. Autorité parentale conjointe, congé de paternité, partage des tâches, tout ce dispositif législatif moderne serait une aberration nuisible, émasculant plus encore les pères, gonflant d’orgueil ces femmes,  » auxquelles la permanente disponibilité sexuelle n’assigne aucune limite ». Résultat, selon l’auteur :  » Nos sociétés occidentales ont retiré leur soutien à l’instance paternelle pour voir le patriarcat annihilé avec l’installation d’une forme de matriarcat dégoulinant d’amour qui a obéré plus qu’on ne l’imagine la maturation des enfants. » Vous l’aurez compris, le charmant réactionnaire n’a pas choisi de ménager ses lecteurs, ni de s’attacher les bienveillances des critiques. On oublie presque que Naouri promet de nous parler des « belles-mères, beaux-pères, brus et gendres ». Oh, il le fait pourtant, juste assez pour clamer ainsi qu’il est urgent de redonner une place au père.

« Je veux sortir les femmes du gouffre de la maternité »

Le Point : On se demande, en lisant votre livre, s’il vous est arrivé de rencontrer de bonnes mères ?

Aldo Naouri : Bien sûr que j’en ai rencontré. Ces mères « bonnes suffisamment » – pour reprendre en la formulant correctement l’expression fameuse de Winnicott – étaient des femmes qui avaient conscience que leur enfant n’était pas leur possession, qu’elles n’en avaient pas la jouissance. Elles avaient conscience de l’avoir fait avec son père et qu’il était destiné à devenir lui-même, à distance de ses parents. J’ajouterai que ces mères étaient elles-mêmes les filles de mères qui avaient su ne pas les envahir pleinement.

A vous lire, « le patriarcat est annihilé, le matriarcat dégoulinant d’amour règne désormais ». Expliquez-nous.

Le patriarcat a instauré le pouvoir du père en lui conférant une place prévalente au sein de la famille. Mais tout institutionnalisé qu’il ait été, ce pouvoir s’est toujours heurté à la puissance intrinsèque, naturelle et individuelle de toute mère. Le conflit qui a résulté de ces dispositions a été le garant de l’homéostasie qui est la condition par excellence de la vie. Or, sous prétexte d’introduire de la démocratie dans la cellule familiale, on a retiré au père tout soutien social. Son pouvoir a disparu et il a été invité à être une mère de substitution.

Où avez-vous vu que le père a été appelé à devenir une mère bis ?

Je l’ai vu tout au long de ma carrière, chez les « nouveaux pères », les « papas poules », et jusque dans la manière dont a évolué le Code de la famille, par exemple. Ses prérogatives de chef de famille ont été rognées les unes après les autres. On lui a supprimé la dernière qui lui restait et qui le laissait être chef pour la résidence de la famille en 1972. On a installé la coparentalité. Qui est une véritable injustice. Car l’ultime et très anodine prérogative qui lui restait compensait l’avantage énorme que la gestation permet à la mère d’avoir dans la relation à ses enfants. On l’a alors invité à « rattraper ses neufs mois de retard dans l’amour » en donnant le biberon, en changeant les couches, et en finissant par lui accorder un « congé de paternité » qui est une aberration totale. Ce n’est pas ainsi que se fabrique un père.

Et comment donc ?

« Si vous voulez être un bon père votre vie entière, faites en sorte que votre vie entière la mère de vos enfants soit amoureuse de vous, ce n’est pas plus difficile que cela. » C’est ce que je réponds aux hommes qui me posent la question. Là on est père. Car le père n’est pas celui qui agit sur l’enfant, mais celui qui agit sur la mère pour lui rappeler qu’elle est femme, pour l’extraire du gouffre de la maternité dans lequel elle risque de longtemps se complaire. En formulant les choses ainsi, je n’attente pas le moins du monde à la dignité des femmes. Je ne suis pas le misogyne pour lequel on me fait passer. Je suis tout le contraire. Je trouve en effet regrettable, pour elles comme pour leurs enfants, que les femmes se laissent prendre au piège de la maternité au point d’en oublier leur féminité.

Vous êtes furieusement réactionnaire…

Quand je parlais aux mères de mes patients, qui me reprochaient de tout leur mettre sur le dos, je leur disais ceci : ce n’est pas de ma faute si c’est vous qui conduisez la voiture. Qu’a-t-on fait en vous flattant, en vous donnant toutes ces prérogatives ? On vous a dit de conduire à votre seule guise. Et, au motif de vous faciliter la tâche, on a bâillonné au ruban adhésif le pilote assis à votre côté, le père de vos enfants. Voilà pourquoi vous êtes dans cet état. Faites en sorte qu’au moins le type à côté de vous retrouve l’usage de sa parole… Ne m’apportez pas le symptôme de vos enfants. Cet enfant ne réclame rien d’autre que les conditions de l’homéostasie. Le père et la mère lui sont nécessaires. Je ne dis pas qu’il faille laisser aux pères toutes les initiatives. Si on livre un enfant au pouvoir singulier du père, on le rend fou. Les dégâts sont les mêmes si on le laisse livré à la seule puissance de la mère. Avec cette nuance : l’interposition de la mère est naturelle et quasi automatique, celle du père doit être agréée par la mère, et ce n’est pas si simple.

Comment les rôles devraient-ils se répartir entre les parents ?

Le père s’est historiquement fabriqué lorsque, fonctionnant sur son seul intérêt, il a délibérément ignoré son enfant pour ne s’intéresser qu’à l’objet sexuel qu’était sa femme. Ce faisant, il a indirectement écarté l’enfant et la mère en mettant de la distance entre eux. La mère n’était plus toute pour son enfant. C’est ainsi que les choses se sont passées dans l’histoire de l’espèce, c’est ainsi qu’elles sont attendues dans la psyché, dans l’équilibre des forces. C’est ainsi qu’elles devraient se passer et qu’elles ne se passent plus.

En constatant l’absence de père, vous dénoncez la perte de l’autorité, de la verticalité.

Oui. On investit désormais le seul plaisir et, avec lui, l’instant et le court terme. On vit dans les dimensions féminines du temps. Tout dans la famille est mis au même niveau, et il n’y a plus de hiérarchisation, cela est ressenti dramatiquement par les enfants, même devenus grands.

Nos enfants ont des grands-parents, très présents. C’est bien du vertical cela, non ?

Pas toujours. Parce que, dans la mesure où ils s’ennuient, ces grands-parents essaient souvent de devenir à nouveau parents… de leurs petits- enfants, bien sûr ! Ils devaient se borner à se rendre disponibles pour leurs enfants lorsque ceux-ci leur demandent de l’aide, les respecter et cesser de les infantiliser.

Vous n’avez pas peur d’écrire que le mariage devrait durer ?

Je l’assume totalement. Depuis 1954, je vis avec mon épouse et lorsqu’on demande à celle-ci comment il se fait que nous n’ayons pas divorcé, elle répond que nous avons déjà divorcé deux cents fois. Et cela est vrai. Parce que, tout comme elle, je ne fais pas de la vie un accident dans le règne de la mort. Je fais de la mort une ponctuation dans le règne de la vie. Si bien que, quelles que soient les difficultés rencontrées dans ma vie conjugale, je me dois de les dépasser. Je prétends que ce que je construis dans ma génération portera ses fruits dans les générations suivantes. Si je dis en revanche qu’il n’y a que ma jouissance, mon plaisir qui comptent, parce que la mort borne mon existence, qu’il n’y a que moi qui existe, alors je suis dans l’instant, dans le féminin. Je consomme sans penser à ma responsabilité face aux générations suivantes. Ma défense du mariage et de sa durabilité n’est rien de moins à cet égard qu’une option écologique. Mais, de nos jours, cette vision des choses est extrêmement difficile à faire passer.

Et lorsqu’on ne s’aime plus ?

On dit le plus souvent que l’amour s’éteint parce que notre environnement privilégie la vision adolescente de l’amour et qu’on en est intoxiqué. Cette vision, certes exaltante, est indispensable à l’adolescence afin que, répondant à l’attractivité de son partenaire, on accepte de quitter le giron parental et surtout maternel. Une fois ses parents quittés, l’amour change complètement de nature et de composition. Il ne cesse pas pour autant. Rechercher à nouveau cet amour adolescent, c’est céder au désir de revenir au giron parental et à sa mère. Ce qui, aujourd’hui, est devenu de plus en plus courant.

Revenons au propos central de votre livre. Votre description des relations entre brus et belles-mères n’est franchement pas joyeuse…

Je vous l’accorde. Mais c’est universel. J’ai retrouvé dans toutes les langues la tension qui caractérise la relation réciproque qu’entretiennent brus et belles-mères. C’est absolument stupéfiant, le pire étant selon moi l’idéogramme chinois qui, pour nommer la bru, dit « celle qui balaie ». Pourquoi cette tension ? On imagine que c’est parce qu’entre ces deux femmes il y a un homme, l’époux et le fils, objet dont elles se disputent l’amour. Mais cette explication ne saurait suffire. Car entre gendre et beau-père il y a aussi une femme, et ça ne pose pas de problème. De fait, c’est qu’au moment où elle devient belle-mère de bru une femme change complètement. Elle qui était jusque-là dans la puissance, rétive à l’ordre du pouvoir, va se mettre à vouloir soutenir le pouvoir et à combattre la puissance. Elle change et trahit sa condition de femme, telle que la nature l’a mise en place. La belle-mère de bru devient une femme qui adhère à la culture. Et je rappelle que culture ne signifie pas ici une accumulation de savoirs, mais bel et bien la loi de l’espèce, ce mur de soutènement de tout ce qui découle comme loi et comme ordre dans l’univers. La belle-mère de bru comprend qu’elle doit soutenir son fils. Elle sait, par expérience personnelle, ce que sa bru peut faire et produire comme méfaits sur le pouvoir de son fils. Seulement pour que cette belle-mère ait une place dans la famille, il faudrait que le père en ait une, mais il n’en a plus.

Vous savez que ce que vous dites là, ce que vous venez de publier, fera hurler ?

Tous mes livres ont fait hurler. Rendez-moi justice, dans ce livre je prends nettement le parti des femmes dans leur lutte contre l’inégalité. Ce que je regrette dans cette histoire, c’est qu’on a cru pouvoir éradiquer les inégalités en effaçant la différence des sexes. Ce qui a amené les hommes à baisser les bras, à flancher et à démissionner sous la poussée de deux forces : les forces dites progressistes et le néolibéralisme. Les conséquences sont là.

Qui défendez-vous, alors ?

Je défends l’enfant. Je tiens ce discours radical, violent, téméraire parce que j’ai derrière moi une expérience de clinicien, des centaines et des centaines de cas où j’ai pu constater que, dès lors qu’on restaure la dualité père/mère, pouvoir/puissance, on sort l’enfant de ces états de souffrance.

Qui était votre mère ?

Une femme fantastique, extraordinaire. Je lui consacrerai un jour un livre.

Comment vous a-t-elle élevé ?

Oh ! Ma mère a été veuve à 34 ans. Elle était enceinte de sept mois, elle m’attendait, j’étais son dixième enfant. Je suis un fils posthume. Je ne pense cependant pas que quelqu’un ait eu dans l’existence plus de père que moi.

Comment existait-il, votre père mort ?

Il était là tout le temps. Non pas parce que ma mère n’arrêtait pas d’en parler. C’était son attitude, tout ce qui la gardait à l’abri du désir de flatter ou de combler. Bien que très tendre, elle était avare de louanges et elle ne cessait pas de rappeler chacun à ses devoirs avant de lui reconnaître le moindre droit. Elle n’a jamais fait d’aucun de nous, ni même de nous tous, sa raison de vivre. Tout le contraire de ce qui se passe aujourd’hui.

Émilie Lanez

 » Naouri constate que la société est devenue sans tabou, donc sans limite.  » Ali Magoudi *

Avec  » Les belles-mères… « , Aldo Naouri nous entraîne dans un texte dont il a le secret. A l’aide de cas cliniques rigoureusement agencés et de commentaires acérés, il provoque chez son lectorat une levée partielle de refoulement, cette dernière permettant à l’auteur de distiller certaines vérités autrement irrecevables. Fort de ses quarante ans de clinique, l’auteur est formel : le matriarcat est de retour, livrant l’enfant à la puissance aliénante de la mère. Cette interprétation ne porte pas sur les seuls individus, mais sur tout le corps social. Ce qui, même si elle est partagée par beaucoup, la rendra difficilement recevable. Naouri constate que la société est devenue sans tabou, donc sans limite. Que, pour  » accélérer la lutte légitime contre les inégalités de droit, on a prétendu effacer deux différences indispensables au bon fonctionnement du psychisme : la différence générationnelle et la différence sexuelle « . Naouri a- t-il raison ou se fourvoie-t-il dans la nostalgie du bon vieux temps ? Une chose est sûre. Pendant des millénaires, l’autorité s’est fondée sur un ordre patriarcal favorisant l’autoritarisme. Et le bébé a été jeté avec l’eau du bain. Au point qu’il n’est pas rare d’entendre :  » La frustration fabrique des frustrés.  » Sur quoi se fonde l’autorité ? Sur quoi se base la possibilité de dire non ? Toutes les nuances de la pensée, toutes les libertés chèrement acquises en démocratie n’y pourront rien. Les limites que la loi impose à chacun s’appuient sur l’arbitraire. Resterait à inventer un ordre patriarcal où l’arbitraire (celui du signe), vecteur de liberté, serait débarrassé de l’autoritarisme.

Voir enfin:

POUR L’HOMOPARENTALITÉ

Luc Ferry

Le Figaro

19/09/2012

La chronique de Luc Ferry

je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels

Je sais que je vais choquer ou pire, décevoir certains lecteurs, mais je voudrais leur dire ici en vertu de quels arguments je ne puis être hostile à l’adoption d’un enfant par deux parents homosexuels. Après mûre réflexion, je suis convaincu – et je vais dire pourquoi – qu’il faut inverser l’opinion commune selon laquelle le mariage serait à la rigueur acceptable « entre adultes consentants », tandis que l’adoption, parce qu’elle engage un tiers qui n’a rien demandé (l’enfant adopté), devrait être interdite. C’est presque le contraire qui est vrai si l’on y réfléchit au fond. Il faut bien, en effet, avoir conscience qu’en France, aujourd’hui, l’adoption d’un enfant par une personne célibataire – donc, le cas échéant, par une personne homosexuelle – est tout à fait licite. Le problème n’est donc nullement de savoir si l’adoption est accessible aux homosexuels – elle l’est d’ores et déjà de façon parfaitement légale – mais si elle l’est à leur couple, couple au sein duquel des enfants adoptés vivent déjà de toute façon.

ma réponse est oui, cent fois oui

Ma réponse est oui, cent fois oui, car en cas de décès du parent « officiel », ou même seulement de séparation, le « deuxième parent » n’a aucun droit. Il faut ajouter, si l’on veut considérer la situation dans sa globalité, que nombre de femmes vivant ensemble ont, en dehors de cette première possibilité qu’est l’adoption, recouru à des inséminations artificielles avec donneur (aisées à pratiquer chez nos voisins belges ou britanniques) pour donner naissance à des enfants qui viennent donc s’ajouter à ceux qui ont été adoptés. De sorte qu’au total, ce sont entre 40.000 et 200.000 enfants qui vivent aujourd’hui dans une situation à haut risque. Car, j’y insiste, en cas de disparition du parent légal, le deuxième parent n’a aucun statut juridique ce qui peut conduire à de véritables catastrophes humaines. C’est donc ce problème qui doit être réglé d’une façon ou d’une autre en toute priorité – ce qui conduit à reconsidérer la question de l’homoparentalité en des termes très différents de ceux auxquels on est généralement habitué dans le débat public.

admettre le sexe et refuser l’amour, paradoxal pour des milieux conservateurs

Car, pour agir dans l’intérêt bien compris des enfants, il est à l’évidence souhaitable d’autoriser leur adoption par les deux parents, tandis qu’à la limite le mariage pourrait être remplacé par une autre institution qui viserait à améliorer le pacs. Cela dit, il ne suffit pas de le modifier sur le seul plan financier – de régler les problèmes de fiscalité ou de pension de réversion, par exemple –, mais il faut surtout faire en sorte que ces milliers d’enfants vivant dans des couples homosexuels et notamment ceux qui n’ont pas d’autres parents connus dans un couple précédent soient protégés contre les accidents de la vie. Le mariage est donc la solution la plus simple. J’ajoute qu’interdire le mariage aux homosexuels, mais accepter l’homosexualité hors mariage, c’est admettre le sexe et refuser l’amour – ce qui est assez paradoxal pour des milieux conservateurs.

transmission de l’amour, de la loi et de la culture

Plaider pour le mariage homosexuel, c’est vouloir réconcilier les deux. Allons plus loin. Si l’éducation réside, non dans la filiation, mais dans la transmission de l’amour, de la loi et de la culture, on voit mal au nom de quoi on pourrait prétendre que des homosexuels en sont incapables. Contrairement à une opinion reçue mais fausse, les études dont nous disposons montrent que les choses ne se passent pas plus mal pour leurs enfants qu’avec les hétéros. Tous les parents, quels qu’ils soient, peuvent connaître des difficultés. Pour autant, personne ne songe à leur faire passer un permis de procréer, même lorsqu’ils sont manifestement alcooliques ou déséquilibrés.

élargir l’horizon, première exigence de la loi républicaine

Il faut enfin noter que nous ne sommes pas dans une conversation privée où il serait question d’affirmer haut et fort, au nom de son éthique ou de sa religion, son avis personnel. Nous avons tous des opinions, c’est l’évidence, mais il s’agit d’abord et avant tout d’élargir l’horizon, de se mettre à la place des autres, de saisir tous les points de vue, car c’est bien là la première exigence de la loi républicaine. Par essence elle vaut pour tous, et pas seulement pour moi. Dans cette perspective, il est un principe que nous devons considérer comme sacré : nous n’avons aucun droit d’interdire quoi que ce soit à autrui sans qu’il y ait une bonne raison pour le faire, c’est-à-dire une raison qui ne vaille pas simplement pour moi, à titre d’option personnelle, confessionnelle par exemple, mais qui puisse et doive valoir aussi pour tous. Cela dit pour ouvrir le débat sur ses véritables bases.

Voir encore:

Comment Hollande perd la France

Guy Sorman

10 janvier 2013

L’Espagne et la France offrent actuellement deux leçons d’économie contradictoires qui devraient s’inscrire l’une et l’autre dans les annales de cette science. Du côté espagnol, nous constatons un effort réel et clair pour restaurer les conditions de la compétitivité des entreprises. Si le gouvernement espagnol persiste, et si le peuple espagnol ne perd pas patience, l’économie espagnole devrait à terme retrouver la croissance et l’emploi. En France, c’est l’inverse qui se produit. Bien que les conditions de départ fussent bien meilleures que celles de l’Espagne, avec une dette publique moins élevée, des taux d’intérêt plus bas et une gamme d’entreprises de niveau mondial, la politique économique de François Hollande plonge le pays dans la récession et le chômage. Ce destin dramatique n’était pas nécessaire, il n’est pas l’héritage de Nicolas Sarkozy mais le témoignage d’une incompréhension totale chez les dirigeants socialistes français, des principes élémentaires de l’économie réelle.

Quand Hollande fut élu, en mai 2012, certains ont cru à droite comme à gauche (dont moi-même, je l’avoue) que Hollande serait comme on le disait à l’époque le Schroeder français : celui qui, parce que de gauche, mènerait à bien les modernisations nécessaires comme la flexibilité du marché du travail et la réduction des dépenses publiques. Hélas ! Les socialistes français sont restés socialistes, du modèle le plus archaïque qui soit. Ainsi le gouvernement s’oppose-t-il systématiquement à toute fermeture d’entreprise et à tout licenciement, interdisant de fait les innovations et les reclassements de l’investissement comme des salariés. Des entreprises dans le secteur sidérurgique et automobile sont aujourd’hui contraintes de travailler à perte et de produire des pièces détachées qui ne trouveront jamais de débouchés. Comme à la grande époque de la planification soviétique. Pour persuader des entrepreneurs de persévérer, le gouvernement d’un côté menace de nationaliser, et par ailleurs promet des subventions qui seront alimentées par un Fonds d’aide à l’industrie : ce Fonds sera financé par une augmentation de l’impôt sur la consommation. On débat beaucoup en France de l’impôt à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euros par an, mais celui-ci ne concernera que quelques milliers de contribuables à condition qu’ils n’aient pas encore fui vers la Belgique. On parle moins de l’augmentation à 45% du taux marginal qui affectera cette année les cadres et professions libérales et du 1% de TVA supplémentaire qui affecte les pauvres plus que les riches car les pauvres consomment plus, relativement à leurs revenus. Les socialistes, sous couvert de justice sociale et de maintien de l’emploi dans les métiers archaïques, organisent donc l’appauvrissement généralisé des consommateurs, la congélation de l’industrie et l’exil des entrepreneurs. Et contrairement à l’Espagne, à l’Italie et à la Grèce, le gouvernement français n’a pour l’instant engagé aucune restriction des dépenses publiques. Question de culture sans doute : les socialistes savent augmenter les impôts mais ignorent comment réduire les dépenses de l’Etat, en grande partie parce que les syndicats de la fonction publique constituent le socle de leur électorat. En conséquence, il ne se crée plus aucun emploi privé en France et même les jeunes diplômés se trouvent au chômage : la spirale récessive est engagée comme conséquence mécanique de choix politiques. Il n’empêche que François Hollande va répétant que 2013 sera l’année de la « lutte contre le chômage » : une expression particulièrement absurde qui laisse croire que l’on peut réduire le chômage par le discours tout en créant les conditions objectives de son aggravation.

A ce seuil d’absurdité, on s’interroge : le gouvernement est-il incompétent ou prisonnier de sa base syndicale ou prépare-t-il les esprits à un revirement stratégique ? Le risque, avant même d’obtenir une réponse à ce mystère, est celui de la révolte. Le taux de chômage qui sera atteint en 2013 n’a pas de précédent historique et la société française n’est pas solidaire comme elle peut l’être en Espagne : quatre millions de chômeurs constituent donc une masse critique susceptible de descendre dans la rue pour renverser pas seulement le gouvernement mais, plus encore, la démocratie dévoyée par ce gouvernement-là. Chaque jour, l’imprévisible devient, en France, plus probable.

Voir enfin:

Le débat sur le mariage homosexuel à l’école : une bien curieuse conception de la neutralité

Vincent Peillon a adressé une lettre aux recteurs le 4 janvier dernier dans laquelle il affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école. « S’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement.

Anne Coffinier

Les Echos

11/01/2013

Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement.

En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle.

La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité.

L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité.

De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur.

Tout cela relève-t-il vraiment du rôle de l’État ? Est-ce davantage le rôle de l’école ? Est-ce judicieux si l’on veut que les familles aient une relation confiante et paisible envers l’institution scolaire ? Si l’État se donne pour mission de promouvoir l’homosexualité, il prend la grave responsabilité de discriminer frontalement les familles attachées au modèle familial qui est celui que vit la grande majorité des Français, et de heurter les convictions de tous ceux, juifs, chrétiens, musulmans et bien d’autres, qui jugent que ce modèle est la seule référence conforme à la réalité naturelle et par là au bien de l’enfant.

Une telle politique de l’État alimentera infailliblement le communautarisme déjà à l’œuvre dans la société. Si l’État n’est pas neutre, s’il se sert de son pouvoir pour promouvoir au sein des services publics des options philosophiques, morales, sexuelles, religieuses particulières et nettement minoritaires, il conduira mécaniquement un nombre croissant de familles à déserter les services publics. Lorsque l’État refuse la neutralité, il prend la responsabilité d’alimenter une balkanisation politique, religieuse et morale de la société lourde de conséquences.

L’école, publique comme privée, doit se recentrer sur sa mission propre et se garder de vouloir traiter à chaud les sujets polémiques. En histoire comme dans les autres domaines de la connaissance, l’école ne doit pas se précipiter dans l’ultraactualité, au risque de manquer de rigueur, de recul critique, de discernement. Il ne convient pas davantage que l’école conduise les jeunes – inconsciemment ou pas – à se prononcer publiquement sur leurs choix et opinions personnelles sur des sujets touchant aux convictions intimes (religion, politique, sexualité, etc.).

Ces prises de position n’ont pas de fonction éducative ; elles peuvent en revanche conduire les jeunes à révéler les opinions familiales, s’exposer eux-mêmes au jugement de leurs camarades ou de leurs professeurs, au mépris de leur droit à l’intimité et de leur liberté d’opinion, de conscience et de religion. À quoi bon voter dans l’isoloir si l’école trouve le moyen par le biais de vos enfants de connaître vos opinions politiques ?

Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit.

Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique.

« Le caractère propre de ses établissements ne saurait leur permettre de déroger au strict respect de tous les individus et de leurs convictions », affirme le ministre. La formulation dialectique est habile, car qui peut s’opposer au respect des individus et de leurs convictions ? Mais elle est doublement défectueuse. Philosophiquement, car elle passe par pertes et profits la différence fondamentale qui existe entre la critique d’une position politique ou morale et celle d’une personne. On respecte les personnes, on débat librement des idées. S’il fallait respecter toutes les opinions sans discuter, cela voudrait dire qu’il serait interdit d’étudier le fond des problèmes.

Mais bien entendu, la réalité est autre : il s’agit de réprimer les vues différentes de l’idéologie officielle. S’il est interdit de penser et de débattre sur un sujet comme le supposé mariage de deux personnes d’un même sexe, cela veut dire que pour ne pas se faire traiter d’homophobe on est contraint de fait d’accepter le mariage homosexuel. Que reste-t-il alors de la liberté de penser.

Politiquement en outre la formulation est défectueuse. Les établissements catholiques respectent les convictions de leurs élèves, mais sont catholiques, c’est leur raison d’être, protégée par toutes les déclarations et instruments juridiques relatifs aux Droits de l’Homme.

En revanche l’Éducation nationale, du moins telle que la voient nos dirigeants, impose sous couvert d’égalité et de lutte contre les discriminations la promotion active de l’homosexualité, présentée comme un des rares comportements humains échappant par nature à tout débat. Où est la neutralité du service public d’Éducation ? Où est le respect des convictions de citoyens ?

29 commentaires pour Mariage pour tous: Le gouvernement joue aux apprentis sorciers (No sex differences please, we’re liberals)

  1. […] et de l’adoption, l’organisation et l’extension à toute la société par la loi de la privation accidentelle de père ou de mère que pouvaient avoir certains de nos enfants […]

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  2. […] églises et les psys), balayée elle aussi dans quelques semaines par la démagogie ambiante des apprentis-sorciers et maitres de la navigation à vue et du doigt mouillé qui, des deux côtés de […]

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  3. […] que multipliant les mesures aussi cosmétiques que démagogiques que le mariage pour tous, un gouvernement obsédé par la redistribution pourrait bien un de ces jours atteindre, mais cette […]

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  4. […] obligent, les Socialistes actuellement au pouvoir se décident enfin entre deux attrape-gogos à la mariage pour tous à évoquer les réformes qu’ils avaient tant combattues dans l’opposition […]

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  5. […] mariage, procréation médicalement assistée et gestation pour autrui pour tous, nos gouvernants apprenti-sorciers rivalisent de démagogie pour attirer les chalands-électeurs […]

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  6. […] un président vivant ostensiblement dans le péché depuis toujours impose à tous le mariage qu’il refuse pour lui-même […]

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  7. […] pour tous Pierre Bergé au tribun pousse-au-crime Jean-Luc Mélenchon et jusqu’au zozo et apprenti-sorcier de l’Elysée […]

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  8. […] que nos apprentis-sorciers de gouvernants s’autocongratulent d’avoir bouleversé le code civil et la civilisation […]

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  9. […] où au lendemain du vote de la loi du "mariage pour tous" français et semblant confirmer les pires soupçons du nouvel antisémitisme rose […]

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  10. […] notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. Vincent Peillon (Ministre de l’Education, Lettre aux recteurs, […]

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  11. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  12. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  13. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  14. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  15. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  16. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  17. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  18. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  19. […] Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier […]

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  20. […] que suite à des élections municipales catastrophiques (où, avec l’aberration du "mariage homosexuel" ou de la théorie du genre, la gauche a même perdu  l’électorat immigré qui […]

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  21. […] comme il se doit, en ces temps bénis de "mariage pour tous" et de "théorie du genre" à l’école et après les huées et les sifflets de […]

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  22. […] comme il se doit, en ces temps bénis de "mariage pour tous", "théorie du genre" et journée de la jupe pour garçons à l’école et […]

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  23. jcdurbant dit :

    Aujourd'hui à l'école, on a eu mariage homo

    Dans le cadre des activités liées à l’éducation civique au collège, les élèves ont suivi la célébration d’un premier mariage pour tous à l’hôtel de ville de Saint-Pol par Hervé Jézéquel, premier adjoint. Cette cérémonie ne figurera pas cependant dans les archives de l’état civil, puisqu’il s’agissait d’un acte fictif, auquel se sont prêtés deux élèves de 6e du collège Jacques-Prévert.

    Comme chaque année, les élèves sont invités à découvrir le fonctionnement de la mairie, lors d’ateliers animés par les élus et agents territoriaux. Ils apprennent ainsi les rouages de l’administration : la mairie, les élus et les services présentés par Nicolas Floch, maire ; les élections et la vie civique par Joëlle Tous-Madec ; la police municipale par Stéphane Cloarec, l’état civil et le mariage par Hervé Jézéquel. Trois autres unions ont été suivies par l’ensemble des 72 élèves en visite.

    Ouest-France

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  24. […] est salué de partout mais qui, après avoir plongé en seulement deux ans et sans compter ses délires sociétaux et ses frasques personnelles, son économie dans la plus grave des crises, pourrait réussir […]

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  25. […] où entre deux scandales ou dérives sociétales devant la même désaffection de la classe ouvrière, son homologue français semble […]

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  26. jcdurbant dit :

    MORE CANDIDATES FOR CANADIAN ASYLUM (Father and son shamelessly denied marriage by US law)

    Prior to the Supreme Court’s legalization of same-sex marriage nationwide, many gay couples used adoption laws as a way to gain legal family ties in order to get benefits, as reported by CNN.

    This was the case for Esposito, a retired teacher, and his now adopted partner Roland “Drew” Bosee, a former freelance and technical writer. The couple went through with the adoption in 2012 after 40 years of being together.

    The couple is now trying to reverse the adoption in order to get married, but a state court judge has rejected that request saying adoption annulments are generally limited to cases of fraud.

    “We never thought we’d see the day,” 78-year-old Esposito told CNN regarding the legalization of same-sex marriage.

    “[The adoption] gave us the most legitimate thing available to us,” 68-year-old Bosee added.

    ACLU says that many couples across the states took advantage of adoption laws as a way to legally become family, but now that same-sex marriage is legal, these same couples seeking marriage licenses are running into trouble.

    “We realized we could have a complete union, which is what we want,” Esposito said of their plans for adoption annulment.

    Judge Lawrence J. O’Toole, of the Court of Common Pleas of Allegheny County, denied the couple’s request saying that he was “sensitive to the situation” but that they cannot marry “because they are legally father and son.”

    http://washington.cbslocal.com/2015/11/03/father-adopted-son-seek-right-to-marry-each-other/#.VjoCEtCfHKw.facebook

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