« Printemps arabe »: Pourquoi l’hiver est probablement inévitable (It’s the youth bulge, stupid!)

Le facteur clé est le facteur démographique. En règle générale, les gens qui vont tuer des gens sont les hommes de 16 à 30 ans. Samuel Huntington
As South Africa gears up to celebrate Youth Day this week, it might be worthwhile to consider the effect, and impact, a young population can have on a country. Today, our global village can be neatly divided between countries with growing (young) populations, and those with declining (ageing) populations. Countries with more than 40% of the population aged between 15 and 29 ­(Generation Y) are labelled as having a “youth bulge”. Youth bulges are usually associated with unrest, urban disturbance and, at the extreme end, revolts and revolution. They can set the stage for mass social change as we have witnessed in the Arab world: ­another global hotspot where youth bulges occur. The political revolts in Egypt, Tunisia and Libya were fuelled by relatively young citizens fed up with high rates of unemployment and the lack of democratic governments. (…) South Africa has an extreme youth bulge, with 65.8% of our population under the age of 30. This in itself should be a large red flag. But youth bulges do not always negatively affect a country. In fact, a youth bulge can be a country’s main asset, if – and only if – that country has two things in place: a brilliant education system and ample employment opportunities. South Africa, unfortunately, has neither. (…) Our internal youth bulges are growing in all the wrong places. Dion Chang
In a country with a youth bulge, as the young adults enter the working age, the country’s dependency ratio– that is, the ratio of the non-working age population to the working age population—will decline. If the increase in the number of working age individuals can be fully employed in productive activities, other things being equal, the level of average income per capita should increase as a result. The youth bulge will become a demographic dividend. However, if a large cohort of young people cannot find employment and earn satisfactory income, the youth bulge will become a demographic bomb, because a large mass of frustrated youth is likely to become a potential source of social and political instability. Therefore, one basic measure of a country’s success in turning the youth bulge into a demographic dividend is the youth (un)employment rate.  Unfortunately, the recent record has not been favorable. While unemployment rates are naturally higher for young people, given their limited work experience, the double digit unemployment rates presented in Figure 2 are worrisome. Typically, the prevailing youth unemployment rates are about twice the rate of the general workforce.  The situation in the Middle East and North Africa (MENA) and in the countries of Europe and Central Asia is particularly troubling: youth unemployment is on the order of 20 percent or even higher. In addition, informality is more prevalent among youth in MENA, so even for those who are employed, there may be problems with job quality. East Asian economies have been able to turn to the youth bulge into a demographic dividend. Take the Republic of Korea as an example. Over the past forty years, the dependency ratio declined substantially in Korea. In addition to dramatic GDP growth and rapid increases in average wages, youth unemployment has been below 12 percent and often in the single digits in recent years. The same is true for China. Its dependency ratio followed a similar pattern to Korea’s. Since initiating economic reforms since the late 1970, China has been able to generate millions of new jobs while also relocating young workers from lower productivity agricultural activities to higher productivity manufacturing—all without experiencing high unemployment among the youthful labor force. In recent decades, countries in North Africa have also experienced dramatic declines in the dependency ratio; however, as we saw above, youth unemployment has been a severe problem.(…) The youth unemployment issue has been in the news with respect to the “Arab Spring.”  Many youth protesting in the streets have relatively high education levels. A recent World Bank report finds that for oil importing countries in the Middle East and North Africa, government sector employment is oversized relative to other middle-income countries, while oil exporters have a high growth sector – oil production—that is not labor intensive. The report concludes “…the number of jobs created in the last decade was considerably less than the number needed to address key challenges, such as high youth unemployment, low labor force participation rates, especially among women, and fast –growing labor forces.” (…) First, for an economy to be competitive in both the domestic and international market, it should follow its comparative advantage, as determined by its endowment structure.  In the early stage of development, sectors that the economy has comparative advantage will be labor or resource intensive. Examples include light manufacturing, smallholder agriculture, fishing and mining. Only a few activities like mining are likely to be capital intensive in this early stage. In the later stages of development, the competitive sector will become increasingly capital intensive, as capital accumulates thus changing the country’s endowment structure. Justin Yufu Lin
L’erreur était que personne n’a fait attention à l’explosion de la population palestinienne. La population palestinienne a été multipliée par presque 6 dans les 50 dernières années. (…) au Liban, en Tunisie et en Algérie une femme a moins de deux enfants en moyenne. même si le Hamas devrait décider de tout signer tout, leurs jeunes hommes vont déchirer ces accords en morceaux. (…) La Palestine est un cas particulier. Ils n’ont jamais eu aucune chance de développement parce qu’ils ont toujours été sous soutien international. Gunnar Heinsohn
Une femme tunisienne a 1,7 enfant en moyenne. En France, elle en a bien souvent 6, parce que le gouvernement français la paie pour ça. Bien entendu, l’argent n’a jamais été destiné aux Tunisiennes en particulier, mais les Françaises ne sont pas intéressées par cet argent, tandis que les Tunisiennes ne sont que trop heureuses de le recevoir. (…) Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. (…) Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Les chrétiens sont très largement surestimés dans les estimations, jusqu’à 12% —la CIA leur accorde 10%, plus de deux fois plus que notre estimation (4,6%). Il y a là comme une extrapolation à la démographie de la surreprésentation des chrétiens syriens dans le monde prestigieux des affaires et de la culture. Pourtant, ils sont parmi les premières victimes de leur succès en termes de transition démographique avancée, le payant par un recul de leur nombre en valeur relative, sinon absolue. Pour ces raisons démographiques, ils ne constituent qu’une force d’appoint qui pèse peu dans la balance: faible fécondité, tombée à quelque 1,8 enfant par femme, et forte émigration hors du pays. La ville d’Alep, la plus «chrétienne» de Syrie, illustre remarquablement ce déclin, des 30% (sans doute exagérés) de chrétiens dans les années 40 à 3,5% aujourd’hui. (…) Cette transition à deux vitesses signifie que la population majoritaire, déjà très nombreuse, est alimentée en sus par un flux de naissances très abondantes et en augmentation, là où la minorité ou les minorités (à l’exception notoire des Kurdes) voient leurs naissances s’atrophier et diminuer. Dans un contexte de conflit, la transposition des chiffres démographiques en chiffres militaires est automatique: tous les ans, à 18 ans ou un peu plus, des jeunes issus de la majorité vont se présenter de plus en plus nombreux sous les drapeaux, alors même qu’en face les jeunes issus des minorités sont de moins en nombreux. Le youth bulge syrien, l’explosion démographique des jeunes à l’âge d’entrée dans l’armée, est uniquement l’affaire de la majorité. Entre 1963 et 2012, leurs effectifs ont été multipliés par 5,3 dans la majorité sunnite, mais seulement par 2,4 dans la minorité chiite. (…) Dans l’ensemble de ce pays de 21,6 millions d’habitants, la transition démographique piétine. Malgré la baisse rapide de la mortalité infantile (18/1000), la fécondité reste élevée et constante, avec 3,5 enfants lors de l’enquête sur la santé de la famille de 2009, ce qui situe la Syrie au rang des pays arabes les plus féconds (70% de plus que la Tunisie, 60% de plus que le Maroc, deux fois plus que le Liban). Avec des différences régionales phénoménales: les gouvernorats de minorités, Lattaquié et Tartous, ou celui de Soueida, où la fécondité est désormais très basse, ne croissent qu’au rythme de 1,6%, l’an contre 2,5% pour le reste du pays. Youssef Courbage

Pourquoi l’hiver est probablement inévitable …

Populations éduquées (souvent christianisées – les Juifs ont été expulsés depuis longtemps) victimes, entre un meilleur contrôle des naissances et l’attrait de l’émigration, de leurs succès et en perte de vitesse démographique, populations arriérées encore en plein boum démographique …

A l’heure où une classe moyenne éduquée et plutôt urbaine ayant largement réussi sa transition démographique voit, de la Tunisie à l’Egypte, sa demande de liberté confisquée par des partis islamistes appuyés principalement sur des masses issus plutôt des classes populaires et des petites villes ou campagnardes et surtout, trop-plein de jeunes mâles (« youth bulge« ) intérieur ou régional oblige, nettement plus jeunes et plus nombreuses …

Pendant que, contraints par les menaces de massacres qui s’annoncent (à l’aide peut-être même d’ADM chimiques), l’Occident se retouve, tout en continuant à financer via l’ONU les véritables usines à bébés et terroristes palestinennes, à armer des masses d’islamistes fanatisées suceptibles, comme  avant eux en Tunisie ou en Libye, de métastaser le cancer jihadiste dans le reste de la région …

Tout en risquant de développer sur son propre sol, entre le chômage massif et un Etat-providence pris en otage par la démagogie et le politiquement correct, des masses de jeunes toujours plus déracinés et susceptibles d’être tentés par les certitudes des barbus …

Comment ne pas voir, avec la lumineuse analyse de la situation syrienne par Youssef Courbage sur Slate, que le dit « printemps arabe est très probablement, au moins à court et à moyen terme, voué à une inéluctable hiverisation?

Ce que la démographie nous dit du conflit syrien

Sunnites, alaouites, Kurdes, chrétiens, druzes… La guerre en cours depuis dix-huit mois se joue aussi dans le poids et la vitesse de croissance des différents groupes qui se partagent le territoire ou s’entredéchirent.

Youssef Courbage

Slate

15.10.12

Des enfants jouent dans des ruines, au nord de la Syrie, le 8 octobre 2012. REUTERS/Stringer.– Des enfants jouent dans des ruines, au nord de la Syrie, le 8 octobre 2012. REUTERS/Stringer. –

Avec 33.000 morts et 340.000 réfugiés hors des frontières, la démographie est évidemment présente dans le conflit qui ravage la Syrie depuis mars 2011, ce délicat bras de fer où l’on se contente souvent d’une vérité qui, pour n’être pas reconnue, est pourtant connue de tous: un groupe confessionnel minoritaire démographiquement, les alaouites (originaire du chiisme musulman), monopoliserait le pouvoir et ses multiples instruments. Ou, de manière plus nuancée: l’ensemble des minoritaires, peu ou prou unifiés, se seraient ralliés à ce pouvoir, s’opposant par là même à la majorité de la population.

La dimension démographique du conflit se joue aussi dans le poids et la vitesse de croissance des différents groupes qui se partagent le territoire ou s’entredéchirent, facteur décisif vis-à-vis du pouvoir central. En effet, la transition démographique —vecteur essentiel de la modernisation des sociétés— n’y avance pas au même rythme: si le conflit est inscrit dans l’état démographique des forces en présence, il se joue donc aussi dans le mouvement (natalité, mortalité, migrations…) qui différencie ou oppose ces populations, par leur natalité surtout [1].

D’abord, la question la plus simple: que pèsent démographiquement les différents groupes aujourd’hui? Malgré le mutisme officiel (recensement, état-civil, enquêtes…), les estimations abondent: plus de 40% de minoritaires selon certaines estimations très généreuses; beaucoup moins selon la nôtre, qui les amène à 27%.

Cette «bataille de chiffres» en serait restée à ce stade si elle n’avait dégénéré en conflit ouvert entre diverses factions de la population. Occultée par l’idéologie dominante de l’Etat-Nation syrien, la démographie communautaire [2] a repris des couleurs, comme sous le mandat français (1920-1944), qui avait divisé un temps la Syrie en Etats confessionnels, communautaires ou régionaux: alaouite, druze, sandjak d’Alexandrette, et même un Etat de Damas et un Etat d’Alep.

Les sunnites, dominants démographiquement, dominés politiquement

Démographie et pouvoir sont en porte-à-faux, les sunnites arabes (73% de la population) vivant depuis 1963 une situation d’éclipse politique. Mais s’agit-il vraiment d’un groupe? Plutôt d’un agrégat composite, urbain, rural, bédouin, très hétérogène, régionaliste, sans ossature réelle après la destruction du parti des Frères Musulmans en 1982, qui s’était fait fort —sans réussir— de rallier les sunnites de Syrie.

Les années 2011-2012 amorcent peut-être un semblant de regroupement, dans la mouvance d’une guerre qui pour la première fois n’épargne aucune des villes moyennes à dominante sunnite et rapproche symboliquement les deux capitales, Damas et Alep, longtemps rivales.

Pour autant, le pouvoir syrien ne manque pas d’y entretenir des groupes d’intérêt, des milieux d’affaires à la pègre, en passant par le souk de Damas, plus récemment celui d’Alep, qui lui sont obligés. Les allégeances ne sont jamais évidentes, il n’y a pas congruence parfaite entre le sunnisme syrien et l’opposition au régime.

Les Kurdes, minorité démographique politiquement dominée

Qu’en est-il des minorités? A défaut d’une unité nationale réelle, le pouvoir tente de les agréger au noyau dur alaouite. Il s’agit là d’un impératif démographique aux fortes connotations politiques et militaires.

Les Kurdes, qui représentent 8% de la population (certaines estimations vont jusqu’à 10%, ce qui en ferait la première minorité du pays devant les alaouites), principalement sunnites (95%), ne jouent pas la carte sunnite, mais ne penchent pas pour autant du côté d’un pouvoir qui les a privés de la majeure partie de ce qu’ils jugent être leurs droits nationaux, de la reconnaissance de leur langue, voire, pour de larges pans de la population, de la nationalité syrienne.

En 1962, un «recensement» de la région principalement kurdophone de la Jézira, a abouti à priver de la nationalité syrienne 120.000 Kurdes désormais considérés comme étrangers. Plus de 300.000 Kurdes apatrides vivaient en Syrie à la promulgation du décret d’avril 2011 de restitution de la nationalité syrienne aux Kurdes. Un geste destiné à les rallier à la cause du pouvoir après plusieurs décennies d’ostracisme, mais dont seulement 6.000 personnes auraient bénéficié.

Leur forte concentration géographique aux frontières de la Turquie et de l’Irak, jointe à leur croissance démographique —la plus élevée du pays—, favorise les penchants sécessionnistes, à l’écoute des Kurdes de Turquie ou d’Irak, un peu moins d’Iran. C’est pourquoi l’opposition syrienne, qui se méfiait des pulsions sécessionnistes kurdes, a tardé à enrôler des opposants de ce côté. Mais récemment, le Conseil national syrien a élu un Kurde, Abdelbasset Sida, à sa tête.

Pour ajouter à l’ambivalence de la situation de cette minorité à l’égard du pouvoir central, il faut souligner les liens entre une partie des Kurdes de Syrie et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), anti-turc, occasionnellement pro-syrien et se retrouvant donc loyaliste par la force des choses.

Les yazidis, cette archi-minorité kurdophone non-musulmane, se distinguent eux par leur religion des Kurdes musulmans. Démographiquement et politiquement, ils pèsent d’un poids négligeable.

Les chrétiens, minoritaires proches du pouvoir?

Les chrétiens sont très largement surestimés dans les estimations, jusqu’à 12% —la CIA leur accorde 10%, plus de deux fois plus que notre estimation (4,6%). Il y a là comme une extrapolation à la démographie de la surreprésentation des chrétiens syriens dans le monde prestigieux des affaires et de la culture. Pourtant, ils sont parmi les premières victimes de leur succès en termes de transition démographique avancée, le payant par un recul de leur nombre en valeur relative, sinon absolue.

Pour ces raisons démographiques, ils ne constituent qu’une force d’appoint qui pèse peu dans la balance: faible fécondité, tombée à quelque 1,8 enfant par femme, et forte émigration hors du pays. La ville d’Alep, la plus «chrétienne» de Syrie, illustre remarquablement ce déclin, des 30% (sans doute exagérés) de chrétiens dans les années 40 à 3,5% aujourd’hui.

Les chrétiens se sont souvent retrouvés comme minoritaires mais proches du pouvoir —parfois à leur corps défendant—, un pouvoir qui tente, surtout depuis le conflit en cours, de les agréger encore plus au noyau dur. Mais ils ne sont unis ni sur le plan confessionnel ni sur le plan politique.

Leur présence au sein du parti au pouvoir, le Baath, ne date pas d’aujourd’hui et, faut-il le rappeler, l’un de ses fondateurs, Michel Aflak, était un Syrien chrétien. Une certaine continuité puisque le ministre de la Défense Daoud Rajha, tué dans l’attentat de Damas en juillet dernier, était chrétien. Et l’armement de miliciens chrétiens en soutien du régime a été tenté, mais certains groupes chrétiens —des Assyriens— ont pris les armes contre le pouvoir, tout en restant en marge de l’opposition.

Les dignitaires ecclésiastiques chrétiens ont, pour la plupart, mais avec des exceptions notables, prêté allégeance au pouvoir. Mais leurs voix sont largement compensées par celles des opposants chrétiens, qui siègent aux plus hautes instances du Conseil national syrien ou des autres groupes de l’opposition.

Les moins politisés des chrétiens vivent eux mal les visées du pouvoir sur le Liban, qui remontent surtout à 1975, alors qu’ils ont tissé depuis des temps immémoriaux des relations poussées, familiales notamment, avec le pays —ce qui n’est d’ailleurs pas un phénomène chrétien seulement, mais celui de Syriens de toutes confessions, pour qui le Liban reste une option comme pays-refuge.

Parmi les chrétiens, les Arméniens, pour la plupart originaires de Cilicie, se découvrent eux des affinités avec la république d’Arménie, qui pourrait bien devenir une autre patrie-refuge.

Attitude contrastée des autres minorités

Comme ceux des chrétiens, les effectifs des druzes, concentrés dans le Djébel Druze (gouvernorat de Soueida), sont largement surévalués: 500.000, voire 700.000, contre moins de 400.000 effectivement. Cela tient en partie à l’imprécision du décompte des Druzes expulsés du Golan à la suite de la guerre israélo-arabe de 1967.

L’ambivalence rencontrée chez les Kurdes ou les chrétiens se retrouve chez eux. Le réflexe minoritaire les pousserait à faire front avec les autres minorités, mais un long contentieux avec les pouvoirs successifs qui se sont succédés depuis l’Indépendance jusqu’au coup d’état de 1963 et l’éviction des officiers druzes de l’armée les inciterait à la méfiance vis-à-vis des autorités.

Ces druzes de Syrie —originaires pour la plupart du Mont-Liban après leur migration forcée au XVIIIe siècle— manquent d’un leadership national, qu’ils trouvent en partie au Liban en la personne de Walid Joumblatt, le leader du PSP libanais, un druze qui se fait fort d’encourager ses coreligionnaires de l’autre côté de la frontière à refuser de servir dans l’armée et dans les services de sécurité.

Pour les archi-minorités, qui comptent peu du point de vue démographique, les préférences politiques sont également contrastées. Cela va des Turkmènes, les plus opposants, car sunnites, turcophones et en symbiose avec la Turquie, aux chiites duodécimains, plus en phase avec l’Iran et son allié syrien.

Les Ismaéliens, des chiites non-duodécimains, seraient –modérément— proches du pouvoir. Les Tcherkesses, des sunnites non-arabes originaires du Caucase, semblent plutôt neutres dans le conflit en cours. Mais leur malaise se traduit par le fait que certains envisageraient le «retour» en «Russie».

En définitive, ces minoritaires dominés, si on agrégeait leurs effectifs, se retrouveraient à mi-chemin du pouvoir et de l’opposition, mais en aucun cas une force décisive ni pour les uns ni pour les autres.

Les alaouites: une minorité démographique politiquement dominante

Que les alaouites, de leur côté, soient la minorité au pouvoir ou celle du pouvoir importe peu. Comme mentionné plus haut, les cercles confessionnels et politiques ne se recoupent jamais intégralement. Et de la même façon que le pouvoir a réussi à fidéliser nombre de sunnites, l’opposition compte également de prestigieuses personnalités alaouites.

Les alaouites font corps avec la Syrie, mais leur présence déborde le cadre syrien: plus de 400.000 alaouites arabes (à ne pas confondre avec les 15 millions d’Alévis des turcophones chiites) vivent en Turquie. Près de 100.000 au Liban, paradoxalement le seul pays qui leur accorde une reconnaissance officielle, un état-civil et une représentation parlementaire comme alaouites. En revanche, en Turquie et en Syrie, ils sont officiellement musulmans, mais ne peuvent se réclamer de leur confession précise.

L’actualité brûlante a ravivé l’intérêt accordé à leur religion. Issue de l’islam chiite duodécimain, elle s’en est éloignée par son caractère trinitaire, initiatique, syncrétique. Que les alaouites croient à la transmigration des âmes (métempsycose) —ce qui n’est pas sans effet sur leur faible fécondité comme chez les druzes—, se passent de mosquées, tolèrent l’alcool, ne voilent pas leurs femmes, etc., les a mis au ban de l’islam officiel.

Toutefois, depuis 1936 et surtout depuis 1973, les alaouites tentent de s’insérer dans le giron de l’islam officiel chiite, voire sunnite. Mais plus que par leur religion, c’est par leur asabiyya, ce concept forgé au XIVème siècle par Ibn Khaldoun, une valorisation du réseau social où les liens sont surdéterminés par l’appartenance familiale, clanique ou communautaire, qu’ils se distinguent des autres Syriens. Cette asabiyya a été aiguisée par leur histoire conflictuelle avec le pouvoir central, de Saladin jusqu’aux Ottomans en passant par les Mamelouks, les plus féroces de leurs adversaires.

Une histoire faite aussi d’oppression socioéconomique, qui allait vivifier leur solidarité. Seul le mandat français, et pour une brève période (1922-1936), a tenté de les rallier au pouvoir central —avec des succès très mitigés— en leur concédant l’«Etat des Alaouites». Piètre consolation, puisque cette entité, selon le géographe Etienne de Vaumas, était «coupée du reste du monde… conservatoire d’une société condamnée à un dépérissement qui pour être lent n’en était pas moins certain».

De cette préhistoire antérieure au coup d’Etat de 1963, il est resté beaucoup de rancœurs. Les alaouites ont conservé la mémoire de leurs pères, métayers chez les seigneurs féodaux de la plaine et surtout de la ville-symbole sunnite de Hama. Celle aussi des petites filles que l’on «vendait» comme bonnes à tout faire, aux bourgeois et petits-bourgeois des villes de Lattaquié, Damas, Alep et jusqu’à Beyrouth.

Seul vecteur de l’ascenseur social, le parti Baath et la profession militaire. Ce fut d’abord le fait du mandat français, qui recruta, hors de toute relation de proportionnalité avec leur population, des alaouites dans ses bataillons du Levant, présence qui se perpétua après l’indépendance. La démographie militaire montre qu’en 1955, 65% des sous-officiers étaient alaouites et le Comité militaire, chargé du recrutement dans les académies militaires, entre leurs mains. Mais la majorité des officiers restaient sunnites.

De 1963 à 1970, le pouvoir confortera leurs positions au sein de l’appareil et de l’armée, allant crescendo jusqu’au coup d’état de 1970, avant la vigoureuse correction survenue entre 1970 et 1997, année où 61% des principales personnalités militaires et des forces de sécurité étaient alaouites et 35% sunnites.

Un mouvement correctif socioéconomique

Du «mouvement correctif» engagé en 1970, idéologique (abandon de la référence au socialisme), politique et militaire, naîtra un autre mouvement correctif socioéconomique de longue haleine, dont les effets laissent une empreinte forte sur les statistiques, celles du recensement de 2004 notamment.

Rurales avant l’indépendance à plus de 97%, les populations alaouites dominaient, dès 1990, les villes du littoral: 55% à Lattaquié, 70% à Tartous, 65% à Banias, villes, qui sous le mandat français, étaient encore des bastions sunnites (78% environ). L’ascension des alaouites dans l’armée, les services de sécurité, la fonction publique, les entreprises d’Etat et, plus récemment, dans le secteur privé, leur a également assuré une présence marquée à Damas, à Homs, à Hama, mais non à Alep. L’accès à la ville, à l’administration, à l’enseignement, notamment universitaire (avec un système de discrimination positive pour les bourses à l’étranger), a donné un coup de fouet à leur mobilité dans l’échelle sociale.

La rente de situation ainsi générée au profit des alaouites ressort parfaitement des données de 2003-2004. Leur niveau de vie est franchement plus élevé qu’ailleurs (sauf dans la capitale): la dépense mensuelle par personne atteignait 3.310 livres syriennes (un peu moins de 40 euros d’aujourd’hui) dans la région côtière, pour 2.170 seulement dans le gouvernorat d’Alep.

Tous les indicateurs vont d’ailleurs dans le même sens: faible proportion d’actifs dans l’agriculture, un secteur à basse productivité; faible taux d’analphabétisme des adultes, notamment féminin; faible proportion de filles de 5-24 ans non-scolarisées; enfin, une plus forte féminisation de la main-d’œuvre non-agricole, un autre et important critère de la modernité.

L’Etat a également fourni avec plus de générosité aux gouvernorats côtiers l’électricité, l’eau potable, les réseaux d’égouts. Ces statistiques ne signifient pas que les alaouites sont tous devenus aisés ou se sont tous métamorphosés de paysans sans terre en petits ou grands bourgeois: il existe naturellement plus d’un village ou un quartier de ville alaouites pauvres. Mais en moyenne, leur région a connu une progression sans pareil.

Les risques des transitions à deux vitesses

Les alaouites ne sont pas les seuls à connaître au fil des années cette érosion de leurs taux de natalité, solidaires par cette transition démographique des druzes (bien représentés par les gouvernorats de Soueida et de Quneitra) et des chrétiens (disséminés dans tout le pays). En 2004, le nombre moyen d’enfants par femme de la région côtière était tombé à 2,1, soit le seuil de renouvellement des générations (1,8 chez les druzes et autant chez les chrétiens).

La même année, et pour ne retenir que les lieux qui ont fait la une des journaux par l’intensité des combats, la fécondité était de 3,8 enfants par femme à Alep (presque deux fois plus), 3,1 dans le pourtour rural de Damas, 3,5 à Hama, 3,1 à Homs, 5,1 à Idleb, 6,2 à Deir el Zor. A Dera’a, qui a inauguré la série sanglante, elle était de 4,6.

Cette transition à deux vitesses signifie que la population majoritaire, déjà très nombreuse, est alimentée en sus par un flux de naissances très abondantes et en augmentation, là où la minorité ou les minorités (à l’exception notoire des Kurdes) voient leurs naissances s’atrophier et diminuer.

Dans un contexte de conflit, la transposition des chiffres démographiques en chiffres militaires est automatique: tous les ans, à 18 ans ou un peu plus, des jeunes issus de la majorité vont se présenter de plus en plus nombreux sous les drapeaux, alors même qu’en face les jeunes issus des minorités sont de moins en nombreux. Le youth bulge syrien, l’explosion démographique des jeunes à l’âge d’entrée dans l’armée, est uniquement l’affaire de la majorité. Entre 1963 et 2012, leurs effectifs ont été multipliés par 5,3 dans la majorité sunnite, mais seulement par 2,4 dans la minorité chiite.

L’impossible partition

Devant ce conflit qui s’éternise, d’aucuns en viennent à penser que l’ultime recours serait la partition du pays et la création d’un mini-état alaouite, d’un réduit ou d’une zone de repli dans la zone côtière —une nouveauté dans la région, où le Liban a connu seize ans de guerre civile et a réussi à échapper à la partition, de même que l’Irak malgré la région autonome kurde.

Mais ce sont surtout des raisons démographiques qui rendent ces projets chimériques. En 2012, le «réduit» alaouite compte 1,8 million d’habitants. Sa population se décompose en 1,2 millions d’alaouites et 665.000 non alaouites, dont 340.000 sunnites, les plus exposés aux transferts de population en cas d’aggravation du conflit. Les autres communautés des deux gouvernorats de Lattaquié et Tartous, chrétiens et ismaéliens, seraient moins exposés.

Mais en dehors de ces deux gouvernorats, la Syrie compte un million d’alaouites, presque autant qu’à Lattaquié et Tartous. Pour la plupart, ils sont désormais très enracinés dans leurs lieux de vie et n’entretiennent plus que des liens ténus avec leurs villages ou leurs villes d’origine. Ces chiffres imposants montrent bien toute la démesure d’un découpage de la Syrie, inimaginable du fait du brassage de ses populations.

Youssef Courbage


A lire sur le sujet, de Youssef Courbage: Christian and Jews under Islam (avec Philippe Fargues, Tauris, 1998); «La population de la Syrie: des réticences à la transition (démographique)», in Baudoin Dupret, Youssef Courbage et al., La Syrie au présent, reflet d’une société (Paris, Actes-Sud, 2007).

D’autres auteurs: Jacques Weulersse, Le pays des Alaouites (Tours, 1940); Etienne de Vaumas, «Le Djebel Ansarieh. Eude de géographie humaine», Revue de géographie alpine (1960); Hana Batatu, Syria’s peasantry, the descendants of its lesser notables, and their politics, (Princeton U.P., 1999); Fabrice Balanche, La région alaouite et le pouvoir syrien(Karthala, 2006).

[1] Dans l’ensemble de ce pays de 21,6 millions d’habitants, la transition démographique piétine. Malgré la baisse rapide de la mortalité infantile (18/1000), la fécondité reste élevée et constante, avec 3,5 enfants lors de l’enquête sur la santé de la famille de 2009, ce qui situe la Syrie au rang des pays arabes les plus féconds (70% de plus que la Tunisie, 60% de plus que le Maroc, deux fois plus que le Liban). Avec des différences régionales phénoménales: les gouvernorats de minorités, Lattaquié et Tartous, ou celui de Soueida, où la fécondité est désormais très basse, ne croissent qu’au rythme de 1,6%, l’an contre 2,5% pour le reste du pays. Revenir à l’article

[2] A l’époque ottomane, la population de la Syrie était recensée selon la religion: musulmane (sans distinction des confessions détaillées), chrétienne (confessions détaillées) et juive. Sous le mandat français, les recensements mentionnaient la confession précise. Les recensements ultérieurs de 1947 et de 1960 donnaient la religion, mais non la confession précise, habitude qui fut abandonnée avec le recensement de 1970. L’état civil, en revanche, a longtemps continué à mentionner la religion pour les musulmans et les chrétiens, précisant pour ces derniers leur confession détaillée.

Les estimations actuelles sont fondées sur des projections démographiques réalisées à partir de données anciennes, des évaluations effectuées par des spécialistes du milieu syrien (Balanche, de Vaumas, Weulersse) et sur des imputations de certains paramètres démographiques à partir de données régionales (par exemple les gouvernorats de Lattaquié et Tartous pour les alaouites, celui de Soueida pour les druzes). On a donc en main des ordres de grandeurs raisonnables, mais en aucun cas des chiffres irréfutables à 100% comme auraient pu l’être ceux de recensements qui mentionneraient la confession détaillée ou la langue maternelle.

Voir aussi:

Youth Bulge: A Demographic Dividend or a Demographic Bomb in Developing Countries?

Justin Yifu Lin World Bank, 2012-01-05
The youth bulge is a common phenomenon in many developing countries, and in particular, in the least developed countries.   It is often due to a stage of development where a country achieves success in reducing infant mortality but mothers still have a high fertility rate. The result is that a large share of the population is comprised of children and young adults, and today’s children are tomorrow’s young adults.
Figures 1 (a)-(b) provide some illustrative examples. Dividing the world into more and less developed groupings (by UN definitions) reveals a large difference in the age distribution of the population. The share of the population in the 15 to 29 age bracket is about 7 percentage points higher for the less developed world than the more developed regions. In Africa (both Sub-Saharan and North Africa), we see that about 40 percent of the population is under 15, and nearly 70 percent is under 30 (Figure 1(a)). In a decade, Africa’s share of the population between 15 and 29 years of age may reach 28 percent of its population.  In some countries in “fragile situations” (by World Bank definitions), almost three-quarters of the population is under 30 (examples in Figure 1(b)), and a large share of 15-29 year olds will persist for decades to come (Figures 1(c) and (d)).

Source: Author’s calculations based on data from United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2011). World Population Prospects: The 2010 Revision. Medium fertility scenario is used for the 2050 projections.
In a country with a youth bulge, as the young adults enter the working age, the country’s dependency ratio– that is, the ratio of the non-working age population to the working age population—will decline. If the increase in the number of working age individuals can be fully employed in productive activities, other things being equal, the level of average income per capita should increase as a result. The youth bulge will become a demographic dividend. However, if a large cohort of young people cannot find employment and earn satisfactory income, the youth bulge will become a demographic bomb, because a large mass of frustrated youth is likely to become a potential source of social and political instability1.Therefore, one basic measure of a country’s success in turning the youth bulge into a demographic dividend is the youth (un)employment rate.  Unfortunately, the recent record has not been favorable. While unemployment rates are naturally higher for young people, given their limited work experience, the double digit unemployment rates presented in Figure 2 are worrisome. Typically, the prevailing youth unemployment rates are about twice the rate of the general workforce.   The situation in the Middle East and North Africa (MENA) and in the countries of Europe and Central Asia is particularly troubling: youth unemployment is on the order of 20 percent or even higher. In addition, informality is more prevalent among youth in MENA, so even for those who are employed, there may be problems with job quality2.

Source: World Development Indicators and ILO Global Employment Trends for Youth. Two lines for MENA in recent years are for the separate sub-regions of the Middle East and North Africa by ILO definitions.
East Asian economies have been able to turn to the youth bulge into a demographic dividend. Take the Republic of Korea as an example. Over the past forty years, the dependency ratio declined substantially in Korea (Figure 4(a)). In addition to dramatic GDP growth and rapid increases in average wages, youth unemployment has been below 12 percent and often in the single digits in recent years (ILO data cited above). The same is true for China. Its dependency ratio followed a similar pattern to Korea’s (Figure 1(a)). Since initiating economic reforms since the late 1970, China has been able to generate millions of new jobs while also relocating young workers from lower productivity agricultural activities to higher productivity manufacturing—all without experiencing high unemployment among the youthful labor force. In recent decades, countries in North Africa have also experienced dramatic declines in the dependency ratio (Figure 3(b)); however, as we saw above (Figure 2), youth unemployment has been a severe problem.

Source: United Nations, World Population Prospects: the 2010 Revision.
 The Traditional Policy Response: Prepare the Youthful Supply of Labor
The conventional approach for dealing with youth bulge is to make young people job ready. The idea is that young people’s skills – or more broadly, human capital—needs to be increased to enhance their productivity in the labor market. The 2007 World Development Report, Development and the Next Generation, lays out the policy agenda by focusing on five key life transitions: learning, work, health, family, and citizenship. Three “lenses” are used to focus the policy discussion: opportunities, capabilities and second chances.   Basic skills and access to secondary and tertiary education, for example, are needed to create opportunities, while capabilities to make the right decisions for seizing opportunities can be enhanced through better information, access to credit and other factors. On the other hand, when outcomes are negative—for example, poor decisions lead to low levels of education or exposure to communicable diseases—young adults may need access to services that can help them re-start their economic and personal lives. The 2007 WDR emphasized both the skills upgrading and the institutional setting for improving economic outcomes for young people.
The above discussion provides a useful framework for mitigating youth unemployment issue from the supply side; however, demand for labor services is essential for absorbing new entrants to the workforce. Such a shift in demand can be achieved only by a dynamic change in economic structure. Countries that have been successful in this regard move from a high share of employment in agriculture towards an increasing share of employment in manufacturing first and then gradually to the service sector in the post industrialization stage. Generally, this structural change is accompanied by rural-urban migration, and it usually starts in labor intensive manufacturing.  On an aggregate level, one can look at the sectoral shift out of agriculture and into industry and services – both in terms of value-added and employment. For example, Egypt in 1980 had a GDP per capita (in constant 2005 PPP dollars) of $2,400, while China was only at $524 and Korea was already ten times higher at $5500 (WDI data).   Egypt had only a slightly higer share of agriculture and employment in GDP, compared to Korea; however, this structure largely stagnated in the case of Egypt in the ensuing decades (Figures 4(a) and (b)). Meanwhile, China now with a GDP per capita of $6800 (2005 constant PPP) has a lower share of agriculture in total value added and the employment share has declined continuously.  On a more micro level, countries like Korea have then moved up the industrial ladder to more sophisticated and more capital intensive goods, as capital has accumulated with high investment rates over time3. Throughout this process, shifting labor demand creates opportunities for working age population to be employed in jobs moving from lower productivity sectors to higher productivity sectors.

Source: World Development Indicators
The youth unemployment issue has been in the news with respect to the “Arab Spring.”   Many youth protesting in the streets have relatively high education levels. A recent World Bank report4 finds that for oil importing countries in the Middle East and North Africa, government sector employment is oversized relative to other middle-income countries, while oil exporters have a high growth sector – oil production—that is not labor intensive. The report concludes “…the number jobs created in the last decade was considerably less than the number needed to address key challenges, such as high youth unemployment, low labor force participation rates, especially among women, and fast –growing labor forces.”5 The emerging new leaders in the Middle East and North Africa are acutely aware of the urgent need to tackle youth unemployment.  Indeed, the WDR 2013 on jobs, which is being drafted now and is being shared in outline form with diverse stakeholders, will grapple with this issue, among others.
How the New Structural Economics (NSE) and the Growth Identification and Facilitation Framework (GIFF) can help put young people to work
A successful development strategy that will facilitate the structural change and create job opportunities for youth can be based upon the principles outlined in the New Structural Economics (NSE) and its policy implementation via the Growth Identification and Facilitation Framework6.  The NSE highlights that a country’s economic structure is endogenous to its endowment structure; however, the government needs to play a facilitating role in the process of structural change and this role needs to be structured according to clearly defined principles.
First, for an economy to be competitive in both the domestic and international market, it should follow its comparative advantage, as determined by its endowment structure.  In the early stage of development, sectors that the economy has comparative advantage will be labor or resource intensive. Examples include light manufacturing, smallholder agriculture, fishing and mining. Only a few activities like mining are likely to be capital intensive in this early stage. In the later stages of development, the competitive sector will become increasingly capital intensive, as capital accumulates thus changing the country’s endowment structure. In the industrial upgrading towards more capital intensive production, infrastructure needs to be improved simultaneously to reduce the firms’ transaction costs, and there is a clear role for government to play in this regard.
Secondly, if a country follows the above principle, its factor endowment upgrading will be fast (due to large profits and a high return to investment), and its industrial structure should be upgraded accordingly. The upgrading entails information (for example, which new industries to invest), coordination (improvement in “hard” (e.g., transport) and “soft” (institutional) infrastructure), and externalities (useful information generated by  “first movers”). All of these aspects involve externalities or public (semi-public) goods that the market will not automatically resolve on its own. The government needs to play facilitating role in help the private sector overcome these issues in order to achieve dynamic growth.
A practical approach for the government to operationalize the NSE is laid out in the six steps of the Growth Identification and Facilitation Framework.   Without getting into all the details, the six steps are: (i) identify the list of tradable goods and services that have been produced for about 20 years in dynamically growing countries with similar endowment structures and a per capita income that is about 100 percent higher than their own; (ii) among the industries in that list, the government may give priority to those in which some domestic private firms have already entered spontaneously, and try to identify the obstacles that are preventing these firms from upgrading the quality of their products or the barriers that limit entry to those industries by other private firms; (iii) some of those industries in the list may be completely new to domestic firms, and the government could adopt specific measures to encourage firms in the higher-income countries identified in the first step to invest in these industries; (iv) governments should pay close attention to successful self discoveries by private enterprises and provide support to scale up those industries; (v) in developing countries with poor infrastructure and an unfriendly business environment, the government can invest in industrial parks or export processing zones and make the necessary improvements to attract domestic private firms and/or foreign firms that may be willing to invest in the targeted industries; and (vi) the government may also provide limited incentives to domestic pioneer firms or foreign investors that work within the list of industries identified in step 1 in order to compensate for the non-rival, public knowledge created by their investments.
As above data reveal, the youth bulge will be an important demographic phenomenon in developing countries, and especially in Sub-Saharan African countries, in the coming decades. While it is important to increase the employability of young people themselves, it is also essential to facilitate dynamic structural change to create jobs for youth. By doing so, the youth bulge can be transformed into a demographic dividend, and the demographic bomb can be defused.

[3] There are numerous studies on the productivity of Korean firms. One recent paper studies the pattern of productivity catch-up between Korean and Japanese firms: Moosup Jung, Keun Lee, and Kyoji Fukao, “Total Factor Producitivity of the Korean Firms and Catching Up with the Japanese Firms,” Seoul Journal of Economics, 2008, Vol. 21 (1).
[4] World Bank, 2011, “Striving for Better Jobs: The Challenge of Informality in the Middle East and North Africa.”
[5] Ibid, page 48.
[6] See Justin Yifu Lin, “New Structural Economics: A Framework for Rethinking Development,” World Bank Research Observer, no. 2,   Vol. 26 (September 2011), pp. 193-221; Justin Yifu Lin and Celestin Monga, “Growth Identification and Facilitation: the Role of State in the Process of Dynamic Growth”, Development Policy Review, Vol. 29, No. 3 (May 2011), pp. 264-290; and Justin Yifu Lin, 2012, New Structural Economics: A Framework for Rethinking Development and Policy, Washington, DC: World Bank.

8 commentaires pour « Printemps arabe »: Pourquoi l’hiver est probablement inévitable (It’s the youth bulge, stupid!)

  1. […] Comment ne pas voir, avec la lumineuse analyse de la situation syrienne par Youssef Courbage sur Slate, que le dit « printemps arabe est très probablement, au moins à court et à moyen terme, voué à une inéluctable hivernisation? […]

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  2. […] dans le monde arabo-musulman au prétendu "printemps arabe" vite transformé en "hiver salafiste" […]

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  3. […] ochlocratiques (la loi de la rue et de la foule) qui avaient jusqu’ici passé pour le "printemps arabe" laissant enfin voir en plein jour, entre Téhéran, Ryiad et Doha et avec le soutien objectif […]

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  4. […] où le prétendu "printems arabe" a définitivement ramené à sa juste place (de commode diversion) la prétendue centralité du conflit israélo-palestinien  […]

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  5. […] où le prétendu "printems arabe" a définitivement ramené à sa juste place (de commode diversion) la prétendue centralité du conflit israélo-palestinien  […]

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  6. […] le prétendu "printemps arabe" a définitivement ramené à sa juste place (de commode diversion) la prétendue centralité du conflit israélo-palestinien  […]

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  7. […] avec Tocqueville et the Economist, ne pas se poser la question, en Europe comme au Moyen-Orient, des Révolutions de couleur en général […]

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  8. jcdurbant dit :

    « aujourd’hui l’arme de l’instruction féminine qui était la voie royale de la transition démographique s’est émoussée. Entre une analphabète qui met au monde 3,8 enfants et une universitaire qui en met 3,5, la différence est ténue » …

    Contre-transition démographique ? Rattrapage pour la guerre civile ? Qu’est-ce qui arrive à l’Egypte et à l’Algérie ?

    Voir:

    The demographic transition was brutal. Other Arab countries have followed this trend. But in 2014, there was a reversal of this phenomenon, with what we have called a counter demographic transition, which really is a problem. It is the case of Egypt, which has ninety million inhabitants and whose growth rate increased in the last five years, from three to three and a half percent.

    But it is also the case of Algeria, which experienced a very sharp rise in the birth rate caused by the end of the civil war, during which many people got married and started having children. But this is also due to the massive redistribution of oil revenues and other factors, such as the distant memory of the war of Algeria: a country that has had a large number of martyrs (shouhada) always has the conditions that are conducive to higher birth rates, even fifty years later …

    Youssef Courbage

    L’Égypte n’est pas un cas unique : comme elle, de nombreux pays arabes connaissent depuis quelques années une inversion des tendances démographiques ; la plus notable étant la forte remontée de l’indice de fécondité ou, ce qui revient au même, du taux brut de natalité. Tel est le cas de l’Algérie, de la Tunisie, du Soudan, de la Jordanie, de la Palestine, de l’Irak. Y échappent quelques petits pays ou les micro-États du golfe Persique : Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Koweït, Oman… L’Égypte, faut-il le rappeler, est le pays arabe le plus peuplé (88 millions d’habitants en 2015). C’est aussi celui qui, jusqu’à récemment, était le plus influent sur tous les plans et le grand diffuseur des modes culturelles — des modes démographiques notamment — depuis la prise du pouvoir par les Officiers libres en 1952 et l’accession de Gamal Abdel Nasser à la tête de l’État, ou bien même avant, avec le roi Farouk. L’adhésion de principe de l’Égypte à la limitation des naissances remonte déjà à près de cent ans. Aussi, après bien des soubresauts et des passages à vide, la fécondité égyptienne avait baissé, mais modérément. En tous cas, bien moins qu’au Maroc et en Tunisie. Ce qui ne pouvait qu’intriguer et nourrir les inquiétudes, vu l’état de sursaturation d’un pays dont la surface utile fait à peine quatre fois celle du Liban (10 000 km2). Cependant à partir de 2005 et jusqu’à ce jour, se moquant de toutes les prévisions internationales, la fécondité égyptienne est repartie à la hausse, le taux brut de natalité de 25,5 pour mille atteignait 32 pour mille en 2012. Même si en 2013 on constate une très légère baisse, le ramenant à 31 pour mille. L’indice de fécondité est ainsi passé de 3 à 3,5 enfants par femme, un demi-enfant de plus (+ 17 %).

    Plus convaincante sans doute est la question de l’emploi féminin. La baisse de la fécondité pourrait n’être qu’éphémère si, munies d’un bagage éducatif, les femmes ne trouvaient pas à s’employer sur le marché du travail dans le secteur organisé (non informel). Elles seraient tentées de renoncer à chercher un emploi, gagnées par le découragement. C’est bien le cas en Égypte. Le taux de participation aux activités économiques est traditionnellement bas : 24 %. Le taux de chômage féminin y est très élevé : officiellement 19 % et beaucoup de femmes sont sous-employées ou travaillent dans l’économie domestique ; l’agriculture regroupe 46 % des actives. Plus inquiétant encore est le recul de l’activité des femmes instruites de 22 % à 17 % pour celles qui ont fréquenté le secondaire et de 56 % à 41 % pour celles qui ont accédé à l’enseignement supérieur. Cette marginalisation dans l’emploi ne laisse qu’une poignée de femmes pour lesquelles le coût d’opportunité d’une naissance additionnelle joue. Donc des femmes motivées par la planification familiale. Le tableau cité plus haut montre d’ailleurs bien que la fécondité a augmenté entre 2008 et 2014, chez les femmes les plus instruites de 3 à 3,5 soit 17 % de plus, et beaucoup moins chez les analphabètes ou chez les femmes faiblement instruites. Et qu’aujourd’hui l’arme de l’instruction féminine qui était la voie royale de la transition démographique s’est émoussée. Entre une analphabète qui met au monde 3,8 enfants et une universitaire qui en met 3,5, la différence est ténue.

    D’autres chiffres confirment ces tendances. En 2001 on dénombrait 1,7 million de naissances, mais un million de plus en 2014. En 2001, la population ne s’accroissait « que » de 1,3 million d’âmes. Le taux d’accroissement naturel de 2001 de 2,05 % permettait le doublement de la population en 34 ans, mais avec celui de 2014 de 2,50 %, il ne faut plus que 28 ans. Le mariage explose, sans qu’il soit freiné par le divorce : 458 000 en 2001, deux fois plus (909 000) en 2013. Faire des projections démographiques pour l’avenir à l’horizon 2050 ou 2100, en tenant compte des tendances réelles — et non fantasmées comme celles des organismes internationaux— inquiète.

    Il est devenu banal de se lamenter sur ce problème égyptien. En fait, dès qu’un nouveau chiffre de naissances est divulgué ou qu’une enquête réactualise l’indice de fécondité, la presse s’en empare et annonce de grands malheurs3 : épuisement des ressources naturelles, montée énorme de la densité de population sur les terres habitées, aggravation du « youth bulge », délabrement du système éducatif, dégradation du marché de l’emploi avec la mise à l’écart des femmes, chômage des jeunes, montée des idées subversives en parallèle avec celle du conservatisme islamique. Difficile néanmoins de comprendre pourquoi les Cassandre qui annoncent ces malheurs depuis cent ans ou plus ne sont pas entendues et pourquoi la population égyptienne se moque de leurs cris d’alarme avec une belle désinvolture.

    Youssef Courbage

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