Présidentielle américaine/2012: Retour sur la liberté de la presse à la française (First Amendment, French Style)

La Constitution française est l’une des rares où c’est l’exécutif qui est mentionné avant le législatif (même si elle) ne parle pas, volontairement, de « pouvoir exécutif, » « pouvoir législatif » ou de « pouvoir judiciaire, » mais bien des pouvoirs du Président de la République ou du Gouvernement (titres II et III), des pouvoirs du Parlement (titre IV) et de l’autorité judiciaire (titre VIII). Wikipedia
Son visage sérigraphié était devenu une icône, son slogan «Yes we can» l’énoncé d’une nouvelle Amérique. Candidat courageux, Barack Obama avait choisi de s’adresser à l’intelligence de ses électeurs, et non à leurs tripes. Jeune, noir, il était devenu le président de la jeunesse, des femmes et des minorités. Emportant en 2008, près de 53% des voix de ses concitoyens, un des meilleurs scores pour un démocrate. Quatre ans plus tard, Obama se bat le dos au mur dans des comtés perdus de l’Ohio qui pourraient faire la différence dans une élection serrée comme jamais. Son rival est pourtant une caricature de républicain milliardaire, blanc et conservateur, sans souffle, ni programme. Ce désamour peut apparaître injuste. Le New York Times de samedi, soutenant «avec enthousiasme un deuxième mandat pour Obama» dans son éditorial, dresse une longue liste des achèvements (sic) du président démocrate. Son plan de santé pour tous, le sauvetage du secteur automobile, la mort de Ben Laden, les droits des étrangers, des sans-papiers et des homosexuels. En face, Mitt Romney représente l’aile dure tendance taliban du Parti républicain, prête à faire régresser leur pays à l’âge de pierre. Mais, comme le montre notre voyage le long de l’Interstate 95, qui délinée l’Atlantique de la frontière canadienne à Miami, il ne faut pas désespérer de l’Amérique. Les Etats-Unis sont certes désunis et déprimés, mais les Américains sortent de leur dépression. Obama, pour son pays (mais aussi pour nous autres étrangers), demeure sa meilleure promesse. Libération
Nous vivons dans le pays qui détient le record d’«Obamania», selon une étude d’opinons mondiale faite par la BBC, où il ressort que le président américain sortant recueille l’adhésion de 2 Français sur 3, dont moins de 5% en faveur de Mitt Romney. Les Français, comme les autres Européens, ont raison: nous avons intérêt à la continuité, à la réélection de Barack Obama, et beaucoup à craindre de l’élection de Mitt Romney. Jean-Marie Colombani
Comment imaginer un seul instant que Michelle Obama puisse « nous » quitter le soir du 6 novembre? (…) Alors à la First aux bras nus, la femme noire, la militante, la mère de Malia et Sasha, la femme de Barack, la protectrice des familles de militaires au front, la combattante de l’obésité des ados ,on ne sait même plus à laquelle nous demandons de rester. Allez encore quatre ans… c’est si vite passé pour nous! Le Figaro
 Barack Obama peut être fier de son bilan (…) Je ne regrette pas, pour ma part, d’avoir, dès 2004, soit quatre ans avant sa première élection, pressenti le prodigieux destin de celui que je baptisai aussitôt le « Kennedy noir ». Pas de raisons d’être déçu ! L’espoir est là. Plus que jamais là. Et le combat continue. BHL
Mitt Romney (…) est diplômé de Stanford, de Brigham et d’Harvard. La caricature qui est faite de lui dans une émission comme Les Guignols est loin d’etre la réalité. Il est montré comme un homme qui se trompe sur chaque mot. Certes il a fait des gaffes durant la campagne mais de là à le caricaturer comme un imbécile notoire, je ne franchirai pas ce pas. Il y a ici une certaine forme de snobisme à la française. Marjorie Paillon
Les partis aux Etats-Unis sont des regroupements de sensibilités différentes. On trouve chez les démocrates des gens de gauche, mais pas seulement. De la même manière que les républicains ne sont pas tous d’extrême droite. Cette impression est faussée notamment par le fait qu’on entend moins les modérés au sein du parti républicain. Le parti est devenu nettement conservateur. En face de cela, Barack Obama est devenu nécessairement de centre gauche. En d’autres termes, la droitisation du parti républicain pousse le président de plus en plus vers le centre. Jacques Portes
Nous avons trop tendance à transposer le paysage politique français sur le paysage politique américain. On associe trop souvent le parti démocrate au Parti socialiste et le parti républicain à une frange droitière de l’UMP. En réalité, le parti démocrate est plus proche de l’UMP qu’autre chose. Il est difficile de classer le parti républicain car il englobe énormément de courants différents, particulièrement depuis les années Bush. En 2008, Barack Obama était venu en France pendant la campagne présidentielle. Les dirigeants du Parti socialiste essayaient désespérément d’organiser une rencontre avec lui. C’est mal connaitre la politique américaine : jamais il n’aurait commis la faute de s’afficher publiquement avec un socialiste. De plus, les Français semblent trop souvent considérer le candidat républicain comme le diable en personne. Je trouve certaines prises de position du gouvernement français en faveur de Barack Obama hasardeuses, voire dangereuses. Comment allons-nous faire demain matin si on se réveille avec un Mitt Romney président ? Allons-nous l’ignorer lors des conférences internationales ? Marjorie Paillon
 C’est un démocrate, Barack Obama, qui a refusé les financements publics en 2008 face à John McCain. En rejetant ces financements de campagne publics, il est évident que la campagne de Barack Obama laissait la voix à une inflation des fonds de campagne pour les échéances à venir. Les Super PACs (comités d’action politique) sont autorisés depuis 2010. Ils financent des campagnes de publicité contre tel ou tel candidat et attendent logiquement un retour sur investissement. Le cliché est de croire que cet « argent sale » n’existe que du côté républicain. C’est absolument faux, il y a également des Super PACs du côté démocrate qui attendent eux aussi un retour sur investissement. Marjorie Paillon
The bottom line, indeed, is that almost everybody in France is convinced that Obama is good and Romney is bad. According to a GlobeScan/PIPA poll conducted in 21 countries and released on October 22, 72% of the French support Obama in the November 6 election, the highest figure in a largely pro-Obama survey. (…) Sympathy for Obama is rooted in the deepest layers of the French collective psyche, right and left. He is supposed to stand for a tame, less dominant, less assertive America; and France, like many other former great powers — from Russia to China, from the Hispanic realms to the Islamic Umma — is driven by resentment against Anglo-Saxon dominance at large, and American great power in particular. (…) And here we come to another point. The French are arguably the easiest Western nation to be brainwashed. Not that France is exactly a police state or one-party regime. It is just a statist state, where most media (including those which are supposed to be private or privatized) are under either the direct or indirect supervision of the state meritocracy (or “state nobility,” as the ultra-left philosopher Pierre Bourdieu used to call it), i.e., the nation’s ruling class : a Janus-like Leviathan with both a conservative-Gaullist face and a left-wing-Gaullist face. Most journalists learn that in order to survive and succeed within such an environment, they must abide by the following unwritten cultural and political codes: political correctness, of course, at least up to a point; corporative loyalty; and, above all, quiet acquiescence to the state nobility’s dominance, agenda, and geopolitics. When, in addition, you have only state-run universities and research institutes, run by coteries, and almost no independent foundations, you are coming close to an Orwellian, all-pervasive control system. (…) Lessons from the Old Regime were not lost to the really authoritarian rulers that dominated France later on, from Napoleon, the military dictator turned emperor, to the Gaullist-elected dynasty of “republican monarchs.” They understood that a measure of “song,” of apparent freedom, would make their rule palatable. Real freedom has to do with habeas corpus, property, and the Bill of Rights. Freedom, French style, is essentially sticking to 18th century novelists’ standards, from Marquis de Sade to Les Liaisons Dangereuses: the freedom not to go to church on Sunday and the freedom to cheat on one’s wife or husband. Enforce “French freedom” — church not being relevant anymore, only sex is at stake — and nobody will bother you about real freedom. Michel Gurfinkiel

Comment s’attendre à une couverture objective des élections américaines dans un pays où l’on croit toujours qu’un parti fondé à l’origine contre l’esclavisme et dont Martin Luther King était membre est un parti raciste?

A l’heure où se décide l’européanisation de l’Amérique …

Pendant que, dans un pays si congénitalement étatiste que, contrairement aux Etats-Unis, il a inscrit l’exécutif en première position dans sa Constitution, l’on bat des records d’obamalâtrie et de romneyphobie …

Retour, avec Michel Gurfinkiel, sur la toute particulière conception française de l’information

First Amendment, French Style

Some French media don’t even care to report about Romney’s campaign. And they think they know about press freedom.

Michel Gurfinkiel

November 4 2012

PARIS – During breakfast this morning, I listened to RTL, one of France’s major radio channels (my wife’s choice, not mine). There was a quick report on the impending U.S. presidential election.

“Yesterday, we followed Barack Obama’s campaign,” a young woman said. “Today we turn to Mitt Romney’s campaign.” All right. Except that “following Romney’s campaign” amounted, incredibly, to an interview with a certain Dr. Gordon, who explained that most Americans were grateful to President Obama for having introduced Obamacare. Especially those women who otherwise would have been deprived of any access to birth control. Some journalist at RTL then explained that Romney would abolish Obamacare. And the report was over.

Most listeners, I am afraid, just swallowed the story whole and didn’t even understand there was something problematic about it.

The bottom line, indeed, is that almost everybody in France is convinced that Obama is good and Romney is bad. According to a GlobeScan/PIPA poll conducted in 21 countries and released on October 22, 72% of the French support Obama in the November 6 election, the highest figure in a largely pro-Obama survey. According to an earlier Pew report, America’s popularity in France rose under Obama from 42% in 2008 to 69%. One may entertain some reservation at the way these polls were conducted, and wonder whether some figures were not a bit inflated. But it is true that Obama is popular in most countries, and immensely popular in France.

Sympathy for Obama is rooted in the deepest layers of the French collective psyche, right and left. He is supposed to stand for a tame, less dominant, less assertive America; and France, like many other former great powers — from Russia to China, from the Hispanic realms to the Islamic Umma — is driven by resentment against Anglo-Saxon dominance at large, and American great power in particular. That was, after all, Charles de Gaulle’s core political legacy (much more than the need to tame Germany) and the not-so-secret rationale for his Faustian alliance with both communism (Russian, Chinese, Vietnamese) and Islam.

In the 1960s, when de Gaulle actually presided over France, a sizable part of the French opinion understood that a powerful America had in fact helped France to be reborn, to remain free in the face of communism, and even to become a great power again (just like Germany or Japan). That current never materialized into a sustaining political force, however, and it gradually ebbed away.

But collective psychology may not be enough by itself. Sympathy for Obama as the symbol of a declining America has to be constantly reactivated, even in France. And here we come to another point. The French are arguably the easiest Western nation to be brainwashed. Not that France is exactly a police state or one-party regime. It is just a statist state, where most media (including those which are supposed to be private or privatized) are under either the direct or indirect supervision of the state meritocracy (or “state nobility,” as the ultra-left philosopher Pierre Bourdieu used to call it), i.e., the nation’s ruling class : a Janus-like Leviathan with both a conservative-Gaullist face and a left-wing-Gaullist face.

Most journalists learn that in order to survive and succeed within such an environment, they must abide by the following unwritten cultural and political codes: political correctness, of course, at least up to a point; corporative loyalty; and, above all, quiet acquiescence to the state nobility’s dominance, agenda, and geopolitics. When, in addition, you have only state-run universities and research institutes, run by coteries, and almost no independent foundations, you are coming close to an Orwellian, all-pervasive control system.

Citizens, however, do no get the point. They think their media are in fact free and that their journalists are usually honest and courageous. Again, it has to do with age-old traditions and delusions.

The French do not believe in unfree systems because they were quite free under what is portrayed as the most unfree period of their history, the Old Regime. Until 1789, the king was theoretically an absolute monarch, free to issue laws and orders at will. However, he had to win the support of almost everybody in the nation, a situation which led to global paralysis and eventually to revolution. Theoretically, publishers and journalists were scrutinized and controlled by the king’s agents. In fact, “illegal” pamphlets or satiric writings circulated quite freely, and had to be taken in account. Hence the famous saying: “France is an absolute monarchy limited by satirical songs.”

Lessons from the Old Regime were not lost to the really authoritarian rulers that dominated France later on, from Napoleon, the military dictator turned emperor, to the Gaullist-elected dynasty of “republican monarchs.” They understood that a measure of “song,” of apparent freedom, would make their rule palatable. Real freedom has to do with habeas corpus, property, and the Bill of Rights. Freedom, French style, is essentially sticking to 18th century novelists’ standards, from Marquis de Sade to Les Liaisons Dangereuses: the freedom not to go to church on Sunday and the freedom to cheat on one’s wife or husband. Enforce “French freedom” — church not being relevant anyore, only sex is at stake — and nobody will bother you about real freedom.

Now the French media and indeed the French political class know how to feed the naive French citizenry with unending love, romance, and hard sex stories. What really mattered in France when François Hollande, the socialist leader, was elected president last June was the ongoing fighting between his ex-companion and mother of his four children, Ségolène Royal, herself a presidential candidate in 2007, and his current companion, Valerie Trierweiler: a tale of jealousy, hatred, and near hysteria. That “Ladies’ War” (“Guerre des Dames”) sold better than anything narrowly political.

The French were then feeling as if they lived in the freest nation in the world. Why bother, then, to report Mitt Romney’s electoral campaign in a truthful fashion.

Michel Gurfinkiel is the Founder and President of the Jean-Jacques Rousseau Institute, a conservative think-thank in France, and a Shillman/Ginsburg Fellow at Middle East Forum.

Voir aussi:

Ces clichés qu’on nous ressort tous les 4 ans sur les Américains, la politique et leurs élections

Tour d’horizon des idées reçues que les Français conservent d’années en années sur l’élection présidentielle américaine.

Atlantico

6 novembre 2012

Ce ne sont pas les voix des électeurs qui comptent mais bien les mandats électoraux

Jacques Portes : Le président et le vice-président des États-Unis sont élus par un Collège électoral constitué des grands électeurs (electors) élus au suffrage universel dans chaque Etat. Il y a toujours une attention particulière autour des sondages de popularité mais les Français oublient quelque chose d’essentiel, le président a besoin d’un nombre suffisant de mandats électoraux. C’est une élection à deux degrés qui peut paraître archaïque mais c’est celle que les Américains ont choisie. En général, c’est le candidat le plus populaire qui gagne quand même. Mais le cas d’Al Gore et de George W. Bush en 2000 est assez symptomatique de ce cliché qui perdure, un candidat peut avoir moins de voix et être quand même élu.

Marjorie Paillon : L’expression « les Américains votent » est fausse. Ce sont les grands électeurs qui vont décider du sort du futur 45ème président des Etats-Unis. Tous les 4 ans, les médias français font beaucoup de pédagogie à ce sujet mais cela n’a pas l’air de prendre…

Les personnes issues des minorités ne votent pas toutes pour le candidat démocrate

Jacques Portes : Il est vrai qu’une majorité d’entre eux vont voter cette année pour Barack Obama. Il ne faut cependant pas oublier qu’à l’intérieur de ces minorités, beaucoup de noirs américains vont voter républicain (10 à 15%). C’est également le cas pour le vote latino – environ 20% d’entre eux seront derrière la cause républicaine. Du coté des candidats aussi, les minorités sont représentées dans le camp conservateur. Je pense notamment à Herman Cain, ex candidat afro américain à la primaire républicaine et propriétaire d’une grande chaîne de pizza, qui a connu son heure de gloire au début de la campagne.

Les Américains ne voteront pas seulement pour le président

Marjorie Paillon : Les électeurs ne se déplaceront pas pour élire seulement un président. Ils vont voter également pour des postes à la Chambre des représentants, au Sénat, des postes de gouverneur et même des référendums d’initiatives populaires, sur la légalisation de la marijuana par exemple. Le 6 novembre, on votera pour énormément de choses en même temps !

Le sort du président américain dépend énormément du Congrès

Jacques Portes : Même si Barack Obama est réélu, s’il a contre lui un Sénat et une Chambre des représentants républicains (ce qui reste peu probable dans l’état actuel des choses car le Sénat devrait rester démocrate), il serait alors un président totalement impuissant. Cela est d’ailleurs un petit peu le cas depuis 2010, le Congrès en majorité républicain a donné du fil à retordre au président Obama. Le président n’a aucun moyen d’action sur le Congrès.

Marjorie Paillon : Il est quasiment certain que les républicains vont garder la majorité à la Chambre des représentants mais il est peu probable qu’ils obtiennent la majorité au Sénat. Si Barack Obama est réélu, on sera toujours dans un scénario de blocage du côté de la Chambre et si Mitt Romney devient président le blocage se fera au Sénat. Le vrai enjeu, au-delà de ce 6 novembre, ce sont les midterms (élections de mi-mandat) de 2014. Comment le 45ème président des Etats-Unis va réussir à mener de front les réformes qu’il promet jusqu’en 2014 ? Quel que soit la perspective et l’issue de cette élection, nous allons vivre deux années très compliquées à Washington…

Le candidat républicain n’est pas forcément un imbécile

Jacques Portes : Les Français ont trop tendance à penser qu’il ne faut pas être un intellectuel pour être président des Etats-Unis. Quel que soit la tendance idéologique qu’on représente, personne n’arrive à ce niveau-là en étant un con fini. On a beaucoup ridiculisé Ronald Reagan à tort, George W. Bush n’était pas un imbécile et Mitt Romney est tout à fait compétent. Cela ne veut pas dire qu’ils soient forcément cultivés, c’est tout à fait autre chose…

Marjorie Paillon : Le candidat républicain n’est pas forcément l’idiot du village. Mitt Romney n’est pas né de la dernière pluie. Il est diplômé de Stanford, de Brigham et d’Harvard. La caricature qui est faite de lui dans une émission comme Les Guignols est loin d’etre la réalité. Il est montré comme un homme qui se trompe sur chaque mot. Certes il a fait des gaffes durant la campagne mais de là à le caricaturer comme un imbécile notoire, je ne franchirai pas ce pas. Il y a ici une certaine forme de snobisme à la française.

Barack Obama n’est ni le président du monde ni le Messie

Marjorie Paillon : Je me souviens de beaucoup d’articles pendant les midterms dans lesquels on découvrait que les deux premières années du mandat de Barack Obama n’étaient pas aussi prometteuses qu’escomptées. Les téléspectateurs francophones avaient du mal à comprendre qu’il existait autant de ressentiment envers le président Obama. L’Obamania perfusée à longueur de journée par les médias français (mais aussi américains) était une erreur fondamentale de jugement. Un candidat qui suscitait autant d’espoirs sur ses épaules ne peut que décevoir une fois à l’épreuve du pouvoir.

Barack Obama a été élu président des Etats-Unis et non pas du monde. Je vois aujourd’hui des sondages qui paraissent sur le vote des Français ou des Suédois à l’élection américaine, c’est tout à fait ridicule, ça lui fait surement une belle jambe ! Barack Obama protègera les intérêts américains avant toute chose. D’ailleurs, à moins de 24h du scrutin, le vote français lui ferait perdre plus de points qu’autre chose…

L’élection présidentielle américaine n’est pas un affrontement gauche-droite

Jacques Portes : Les partis aux Etats-Unis sont des regroupements de sensibilités différentes. On trouve chez les démocrates des gens de gauche, mais pas seulement. De la même manière que les républicains ne sont pas tous d’extrême droite. Cette impression est faussée notamment par le fait qu’on entend moins les modérés au sein du parti républicain. Le parti est devenu nettement conservateur. En face de cela, Barack Obama est devenu nécessairement de centre gauche. En d’autres termes, la droitisation du parti républicain pousse le président de plus en plus vers le centre.

Marjorie Paillon : Nous avons trop tendance à transposer le paysage politique français sur le paysage politique américain. On associe trop souvent le parti démocrate au Parti socialiste et le parti républicain à une frange droitière de l’UMP. En réalité, le parti démocrate est plus proche de l’UMP qu’autre chose. Il est difficile de classer le parti républicain car il englobe énormément de courants différents, particulièrement depuis les années Bush.

En 2008, Barack Obama était venu en France pendant la campagne présidentielle. Les dirigeants du Parti socialiste essayaient désespérément d’organiser une rencontre avec lui. C’est mal connaitre la politique américaine : jamais il n’aurait commis la faute de s’afficher publiquement avec un socialiste. De plus, les Français semblent trop souvent considérer le candidat républicain comme le diable en personne. Je trouve certaines prises de position du gouvernement français en faveur de Barack Obama hasardeuses, voire dangereuses. Comment allons-nous faire demain matin si on se réveille avec un Mitt Romney président ? Allons-nous l’ignorer lors des conférences internationales ?

L’argent des démocrates n’est pas forcément plus propre que celui des républicains et l’inflation des fonds de campagne n’est pas survenue du jour au lendemain

Marjorie Paillon : C’est un démocrate, Barack Obama, qui a refusé les financements publics en 2008 face à John McCain. En rejetant ces financements de campagne publics, il est évident que la campagne de Barack Obama laissait la voix à une inflation des fonds de campagne pour les échéances à venir. Les Super PACs (comités d’action politique) sont autorisés depuis 2010. Ils financent des campagnes de publicité contre tel ou tel candidat et attendent logiquement un retour sur investissement. Le cliché est de croire que cet « argent sale » n’existe que du côté républicain. C’est absolument faux, il y a également des Super PACs du côté démocrate qui attendent eux aussi un retour sur investissement.

Voir aussi:

Sept idées reçues sur les élections américaines

Non, l’opposition Démocrates/Républicains n’est pas binaire, les Américains pas inciviques, le président des Etats-Unis pas forcément l’homme le plus puissant du monde, le perdant pas obligé de quitter la scène politique…

Antoine Bourguilleau

Slate

04/11/2012

Depuis plus de deux siècles, les Etats-Unis sont une terre de fantasmes pour les Français, et les élections américaines n’y dérogent pas. Revue non-exhaustive d’idées préconçues sur le système électoral américain.

1.Les Républicains sont plutôt conservateurs et les Démocrates plutôt libéraux

Certes, c’est chez les Républicains que l’on va trouver le plus de plaidoyers contre l’IVG ou le mariage gay, mais si l’on y regarde de plus près, on trouve des progressistes dans le camp républicain et d’authentiques conservateurs dans le camp démocrate. C’est le discours des deux partis qui est plutôt orienté de la sorte, mais certains représentants ou gouverneurs savent s’en accommoder sur le plan local.

La Californie, un des Etats les plus libéraux des Etats-Unis, a eu, ces cinquante dernières années, davantage de gouverneurs républicains que démocrates, dont Nixon et Reagan, sans oublier Schwarzenegger. Dwight D. Eisenhower, président républicain, fut un opposant acharné du sénateur McCarthy, dont il partageait l’anticommunisme tout en désapprouvant ses méthodes.

Surtout, historiquement, la donne a énormément changé, avec une bascule au début du XXe siècle. Le Parti démocrate, fondé vers 1792 par Jefferson, est un parti fédéraliste et adversaire du pouvoir central. C’est, jusqu’à la guerre de Sécession (1861-1865), un parti de notables et de petits blancs. Jefferson Davis, président esclavagiste de la Confédération, est un Démocrate et son adversaire, Abraham Lincoln, affilié au Parti républicain. Ce parti, né en 1854, est au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle attaché au renforcement du pouvoir central.

Les Démocrates et Républicains d’aujourd’hui sont donc dans des postures opposées à celles qui ont longtemps été les leurs –pour les Démocrates, c’est clairement la présidence de Roosevelt qui marque un tournant, avec des politiques plus interventionnistes du gouvernement fédéral placées cœur de la matrice, tandis que les Républicains deviennent obsédés par le «trop d’Etat».

2. Il n’y a que deux candidats

Vu de France, on oublie régulièrement qu’il n’y a pas que deux candidats qui concourent pour la présidence. Depuis la fin de l’après-guerre, plusieurs candidats concourant pour un troisième parti ont réalisé des performances substantielles: plus de 13% pour l’indépendant George Wallace en 1968 (dont la candidature avait peut-être coûté au démocrate Hubert Humphrey la Maison Blanche), 19% et 8% pour le candidat du Reform Party Ross Perot en 1992 et 1996 (qui, selon les sondages, avait mordu assez équitablement sur l’électorat des deux partis principaux)… Et même les petits 2,74% de l’inoxydable écologiste Ralph Nader en 2000, accusés d’avoir fait perdre l’élection à Al Gore.

En 2008, pour reprendre la dernière élection en date, il y avait treize candidats: en plus d’Obama et de McCain, se présentaient Ralph Nader, Bob Barr (Libertarien), Cynthia McKinney (Verts), Chuck Baldwin (Constitutionnalistes), Alan Keys (Indépendants), Gloria LaRiva, Brian Moore et Roger Calero (extrême-gauche), Charles Jay (Libertarien dissident), Thomas Stevens (Objectiviste) et Gene Admonson (partisan de la prohibition –non, vous ne rêvez pas). Cette année, on en compte une petite quinzaine.

Il est certes rare qu’un «troisième homme» (ou une quatrième femme) vienne jouer les trouble-fêtes, mais ces candidats reçoivent des voix. Le système du winner-take-all tend à nous le faire oublier. Enfin, pour la petite histoire, il est parfaitement possible pour un électeur américain de rajouter le nom de n’importe quelle personne (candidat déclaré ou non, personne physique ou pas –on peut voter Bob l’Eponge ou Homer Simpson) sur son bulletin de vote: le bulletin n’est pas compté comme nul, contrairement à l’usage français.

3. Les Républicains et les Démocrates sont des partis politiques au sens français

Pas du tout. En France, les rebondissements de la succession de Marine Aubry à la tête du PS ou la lutte entre François Fillon et Jean-François Copé à l’UMP ont fait et vont encore faire les titres des journaux. Les partis et leurs programmes sont au cœur de la vie politique française (malgré les multiples tentatives gaulliennes de s’en extraire).

Rien de tel aux Etats-Unis. Interrogez n’importe quel Américain, il sera souvent bien en peine de vous donner le nom du secrétaire général du Parti républicain ou du Parti démocrate (pour info, il s’agit de Reince Priebus et de Debbie Wassermann Shultz, respectivement) et pour une simple raison: cela n’a, pour ainsi dire, aucune importance. Car les grands partis politiques américains sont, pour l’essentiel, des machines électorales, vouées à produire puis à soutenir un candidat à la présidence (et des candidats au Congrès).

Dès l’élection terminée, ces partis politiques se transforment en cellules dormantes et leurs propositions comme leurs travaux n’intéressent quasiment personne. Pire encore: les candidats en lice ne se soucient généralement qu’assez peu du programme du parti, ce qui serait presque impensable en France. Romney et Obama font campagne avec leurs équipes, leurs orientations, leurs propositions… et le soutien du Parti républicain et du Parti démocrate.

4. Les Américains ne votent pas

En 2008, un peu plus de 131 millions d’Américains se sont rendus aux urnes pour voter, soit un pourcentage de 63% des électeurs, un score plutôt élevé, le précédent record datant de l’élection, très serrée, de 1960, qui avait vu le triomphe de JFK. En 2004, seuls 57% des Américains s’étaient déplacés, 54% en 2000, 51% en 1996 et 58% en 1992. Contrairement à une idée très répandue, les électeurs américains votent donc, et cela a été particulièrement vrai en 2008, comme cela risque d’être le cas en 2012.

Rappelons également que le jour de l’élection, fixé au premier mardi suivant le premier lundi du mois de novembre (ce qui signifie que si le 1er novembre tombe un mardi, l’élection aura donc lieu le… 8 novembre –vous suivez?) n’est pas exclusivement consacré à l’élection présidentielle. Dans chaque Etat, les électeurs sont également appelés à élire des représentants, des gouverneurs, des juges, ce qui fait que le passage dans l’isoloir peut s’avérer un exercice assez long et fastidieux, avec de nombreuses cases à cocher. Et malgré cela… les Américains se déplacent, donc.

5. Le président des Etats-Unis prête serment sur la Bible

La cérémonie d’investiture du président est un événement important de la vie politique aux Etats-Unis. En 2008, le président Obama avait prêté serment de respecter la Constitution américaine sur la Bible de Lincoln, ce qui avait constitué un événement dans l’événement.

Mais rien dans la Constitution n’oblige le président à prêter serment sur la Bible. C’est un usage. Si un président juif ou musulman venait à être élu, il pourrait fort bien prêter serment sur la Torah ou sur le Coran.

Mieux: certains présidents n’ont pas prêté serment sur un Livre saint. Théodore Roosevelt, devenu président en 1901 après l’assassinat du président McKinley, n’utilisa pas le moindre artefact lors d’une cérémonie d’investiture menée très rapidement au vu des circonstances exceptionnelles. On a dit que Lyndon B. Johnson avait prêté serment sur un missel catholique après l’assassinat de Kennedy. John Adams prêta serment sur un livre de loi, et nous n’avons aucune preuve que les premiers présidents des Etats-Unis aient prêté serment sur la Bible, à l’exception de Washington, qui a manifestement lancé ce qui n’est qu’une coutume.

6. Le président des Etats-Unis est «l’homme le plus puissant du monde»

Voilà l’expression régulièrement employée pour désigner celui qui veille aux destinées des Etats-Unis. Mais il suffit de lire la Constitution (une saine lecture –elle est bien plus courte que la nôtre) pour comprendre que le président des Etats-Unis est, de tous les présidents des grandes nations démocratiques exerçant la réalité du pouvoir exécutif (le président allemand, comme les présidents des IIIe et IVe Républiques en France, a pour fonction essentielle «d’inaugurer les chrysanthèmes») celui qui est le plus contrôlé.

Cela s’explique par l’histoire même de la Révolution américaine: les fondateurs des Etats-Unis, qui venaient de s’affranchir du joug d’un «tyran» (le roi George III), se méfiaient comme de la peste du pouvoir quand il est exercé par une seule personne. Voilà pourquoi le rôle du Président est, dans la Constitution des Etats-Unis, défini après le pouvoir législatif (et avant le pouvoir judiciaire).

Les élections de mi-mandat, une éventuelle majorité adverse au Congrès ainsi que la procédure d’impeachment font (comme Richard Nixon en fit l’amère expérience) du président des Etats-Unis un dirigeant soumis au contrôle du Parlement et qui n’a que très rarement les mains libres, à moins de posséder d’une majorité législative écrasante. Comme il doit précisément veiller à éviter une bascule aux élections de mi-mandat, il est régulièrement contraint de composer et de reculer. On est donc loin de la figure présidentielle à la française.

7. Les candidats battus disparaissent de la scène politique

Les noms de John McCain, John Kerry, Al Gore, Bob Dole ou Mickael Dukakis disent sans doute quelque chose à de nombreux Français. Ces candidats malheureux à l’élection présidentielle ont effectivement disparu de la scène nationale (la seule dont nous ayons vent), mais la plupart ont poursuivi ou poursuivent encore leur carrière politique sur le plan local ou fédéral.

Rappelons tout de même qu’Aldai Stevenson, candidat malheureux face à Eisenhower en 1956, s’était déjà présenté contre lui en 1952. Plus loin dans le temps, Grover Cleveland, élu en 1884 et battu en 1888, fut réélu en 1892 et quant à John Adams, il fut battu deux fois par Washington avant d’être finalement élu en 1796. Richard Nixon, avant d’être élu président des Etats-Unis en 1968 et en 1972 (et de démissionner suite à l’affaire du Watergate), avait été battu par Kennedy en 1960.

Si les exemples sont rares et que le dernier a plus de 40 ans, il n’y a donc rien de gravé dans le marbre: on avait ainsi évoqué une possible nouvelle candidature de Sarah Palin en 2012 avant qu’elle ne soit écartée. Les éditorialistes et les électeurs ont été ainsi privés de belles occasions de rigoler.

 Voir aussi:

Pourquoi la campagne des présidentielles américaines n’a lieu que dans 15 Etats

50 Etats vont voter le 6 novembre, mais la plupart n’auront pas droit à une visite des candidats, qui privilégient les «swing states», ceux qui balancent entre les deux camps.

Cécile Dehesdin

10/09/2012

Le Kansas, son Magicien d’Oz, sa rivière éponyme et ses presque 3 millions d’habitants ne verront sans doute pas le bout du nez de Mitt Romney ou de Barack Obama d’ici au 6 novembre. Cinquante Etats –et Washington D.C.– ont beau participer à la désignation du président, les campagnes ne font pas le tour des Etats-Unis.

Comme on vous le rappelait à propos des sondages nationaux, ce qui compte dans les présidentielles américaines, ce sont avant tous les Etats. Pour gagner l’élection, il faut gagner autant d’Etats que possible, et les grands électeurs qui vont avec.

Mais tous les Etats ne sont pas égaux pour les candidats: la grande majorité d’entre eux sont déjà acquis à la cause de l’un ou de l’autre. La Californie votera forcément en majorité pour les Démocrates, comme elle le fait depuis 1992, et l’Alabama et l’Alaska pour les Républicains, comme depuis 1980 et 1968 respectivement. Et le Montana, donc, est Républicain depuis 1968 –avec une petite infidélité en 1992– et compte à 52% revoter républicain cette année, contre 40% pour les Démocrates.

Les Etats qui ne sont pas garantis pour un camp ou l’autre, dont l’électorat oscille à chaque élection présidentielle et où le résultat est souvent relativement serré, sont surnommés swing states ou battleground states. Cette année encore, ces 10 à 15 Etats, selon les observateurs, sont ceux sur lesquels les candidats concentrent leurs efforts.

Faire campagne intelligemment

Pourquoi, en effet, Barack Obama irait-il s’embêter à faire campagne dans un Etat perdu d’avance? Et pourquoi Mitt Romney perdrait-il du temps à soulever des foules déjà soulevées?

D’autant que cela ne lui rapportera rien de plus de remporter le Montana par 90% plutôt que 52%: tous les grands électeurs de cet Etat lui reviendront de toute façon. Un candidat qui gagnerait les 50 Etats avec seulement 51% des voix dans chacun d’entre eux obtiendrait la quasi-totalité ou la totalité du collège électoral (deux Etats, le Maine et le Nebraska, font bande à part car ils peuvent «panacher» leurs grands électeurs), et avec, l’élection.

Les candidats ont un budget de campagne limité (même si beaucoup moins limité que celui des nôtres), rappelle Marc Hetherington, professeur de sciences politiques à l’université de Vanderbilt, dans le Tennessee:

«Si vous avez 500 millions de dollars à dépenser en publicités et que vous êtes un Démocrate, vous savez que la dernière fois, même avec l’état horrible de l’économie, McCain a gagné le Tennessee sans problème. Vous savez qu’il n’y a aucune chance pour que cet Etat passe de votre côté, alors pourquoi dépenser votre argent là si vous pouvez le dépenser et changer le résultat de l’élection avec le Colorado ou l’Arizona?»

De plus, un grand nombre de ces Etats qui peuvent basculer sont petits (le Texas, New York ou la Californie, et leurs dizaines de grands électeurs, ne changeront pas de bord), «et vous pouvez donc acheter beaucoup plus de publicités que dans les gros Etats, où ça coûte plus cher», ajoute Marc Hetherington.

Suivez l’argent et le candidat

Il suffit de jeter un œil aux différentes cartes traquant les déplacements des candidats pour se rendre compte des Etats-clés de cette campagne: la Floride (15 déplacements entre le 1er juin et le 1er septembre), la Caroline du Nord (7 déplacements), la Virginie (9), le New Hampshire (6), l’Iowa (14), le Colorado (7), le Nevada (5), l’Ohio (15)…

Certains Etats, même s’ils sont acquis d’avance à la cause d’un candidat, ont quand même le droit à des visites. La Californie par exemple, où Obama va lever des fonds auprès d’Hollywood et de la Silicon Valley. Ou Washington D.C., qui votera démocrate, mais où Obama habite et qui accueille des leaders d’opinion.

Une autre façon de déceler quels Etats sont les swing states de cette élection est de se concentrer sur les dépenses des partis ou de leurs soutiens en publicités télévisées. Début août, le blog Constitution Daily constatait ainsi que les deux partis dépensaient le plus en Floride (29 grands électeurs) et dans l’Ohio (18 grands électeurs) et soulignait que, si au niveau national, Romney écrase Obama en fonds alloués à la campagne, au niveau de ces Etats clés les deux candidats sont très proches.

Vie et mort du swing state

Mais pourquoi certains Etats oscillent et pas d’autres? «Principalement parce qu’ils sont un peu plus hétérogènes que les autres Etats», explique Marc Hetherington. La Caroline du Nord et la Virginie étaient solidement républicains, «puis ils sont devenus plus high-tech dans leur production», et plus démocrates dans le même temps. Le Sud-Ouest américain est une région en pleine transition, avec une grosse augmentation de sa population immigrée, faisant lentement passer le Colorado, le Nevada, ou le Nouveau-Mexique (et peut-être, un jour, le Texas?) de la colonne républicaine à la colonne démocrate.

D’autres Etats sont divisés entre des ruraux républicains et des urbains démocrates, ajoute le chercheur:

«En Pennsylvanie, Philadelphie et Pittsburgh sont très démocrates et cosmopolites, mais entre les deux, on se croirait en Alabama, c’est très rural.»

Parce que leur tendance à osciller dépend de leur évolution démographique et économique, ces Etats-clés changent au fil des élections. La Pennsylvanie, par exemple, qui était l’un des champs de bataille de 2008, ne semble plus intéresser les candidats.

L’Etat compte 18 grands électeurs, mais Mitt Romney n’y a diffusé aucune publicité télévisée entre mai et juillet tellement il est persuadé qu’ils reviendront à son adversaire (qui y a lui a dépensé 5 millions de dollars, contre 26 millions dans l’Ohio). Pourtant, Obama a beau l’avoir gagné avec dix points d’avance en 2008, toutes les victoires démocrates présidentielles précédentes se sont jouées à quelques points près, rappelle USA Today.

Tous les swing states ne se valent pas

Si cette douzaine d’Etats-clés valent plus pour un candidat que les autres, il existe une hiérarchie au sein même des swing states: un candidat qui gagnerait ses bastions et tous les swing states dépasserait en effet largement la barre des 270 grands électeurs nécessaires pour remporter la présidence.

En 2008, la Caroline du Nord était devenue un swing state puisque Barack Obama était, avec seulement 14.000 voix d’avance, devenu le premier candidat démocrate à la remporter depuis 1976. Mais les victoires plus larges remportées dans 27 autres Etats lui avaient déjà assuré 350 grands électeurs, et la Caroline du Nord lui importait finalement moins que l’Etat qui lui avait permis de franchir la barre des 270.

Selon le statisticien du New York Times Nate Silver, qui a classé tous les Etats de 2008 selon l’écart entre les deux candidats, l’Etat critique (tipping-point state) de l’élection cette année-là était donc le Colorado. Et l’actuel président l’aurait emporté même sans la Floride et l’Ohio, les deux swing states emblématiques de 2000 et 2004.

Dans la même optique, plusieurs médias tentent actuellement de trouver l’Etat qui permettra à Obama ou Romney de remporter l’élection, en s’appuyant sur les sondages au niveau des Etats. Pour The American Prospect par exemple, c’est la Virginie qui est l’Etat critique, amenant le nombre total de grands électeurs de 265 à 278 pour Obama, ou de 260 à 273 pour Romney. Pour Nate Silver, c’est l’Ohio qui a la plus grande probabilité de l’être. Pour l’instant, dans ces swingiest states, Obama est donné gagnant par les sondages avec deux ou trois points d’avance, comme au niveau national.

Voir aussi:

Elections américaines: les 16 questions dont va dépendre l’issue du scrutin

Si nous avions d’ores et déjà les réponses, nous connaîtrions le nom du vainqueur de la Maison Blanche.

John Dickerson

06/11/2012

Bientôt, nous saurons. Après une campagne où ni les faits, les sondages ou même les propositions subordonnées n’ont été exclus du débat, les choix réels des électeurs vont commencer à se faire connaître. La mobilisation des partisans d’Obama sera-t-elle aussi efficace que prévu? Mitt Romney arrivera-t-il à remporter les 18 grands électeurs de l’Ohio, et faire mentir quasiment tous les sondages? Obama gagnera-t-il la Pennsylvanie, le Michigan et le Minnesota, ou David Axelrod devra-t-il raser sa moustache? Les électeurs ont enfin la parole, ce qui me rappelle la formule qu’avait eu Mo Udall après sa défaite «Les électeurs ont parlé, ces salauds».

1. Le gagnant du vote populaire correspondra-t-il au choix du collège électoral?

Les observateurs ont commencé à envisager cette possibilité quand Romney est arrivé premier dans les sondages nationaux, sans l’être dans les États-clés. Dans ce cas, il faudra attendre bien après le jour de l’élection pour avoir le nom du vainqueur, quand les bulletins provisoires, les bulletins militaires et les votes par correspondance auront été comptabilisés. Certains États de l’ouest, qui ne sont pas à priori décisifs pour l’issue du scrutin, pourraient avoir à décompter leurs bulletins pendant plusieurs jours.

2. Quelle est la question économique qui importe le plus aux électeurs?

Dans les sondages, Obama a toujours devancé Romney quand on demandait aux électeurs quel candidat se souciait le plus de gens comme eux. Mais quand on leur demandait quel candidat serait le plus à même de gérer la situation économique, c’est Romney qui arrivait premier. Les sondages sortie des urnes pourraient nous permettre de savoir quelles questions les électeurs avaient en tête au moment de faire leur choix.

3. Comment l’électorat s’est-il modifié?

Si le Président Obama l’emporte, que pourrons-nous déduire de l’évolution de l’électorat américain? En 2008, il avait gagné 80% des voix des minorités, et 43% des blancs. Les minorités représentaient alors 26% de l’électorat et les blancs, les 74% restants. Il est quasiment certain d’augmenter son pourcentage chez les minorités, avec un très fort soutien de la part des électeurs hispaniques, mais combien se déplaceront réellement pour voter? Moins il y en aura, plus Obama devra espérer conserver son pourcentage de 2008 d’électeurs blancs.

Si Romney veut l’emporter, il devra améliorer son pourcentage d’électeurs blancs – en dépassant les 55% qui avaient choisi McCain. (Pour Ron Brownstein, il doit en obtenir 61%. Les données hebdomaires les plus récentes de Gallup montrent Romney à 60% de votes favorables auprès des blancs.) Ou il faudra que les blancs représentent plus que 74% de l’électorat. Ce qui est peu probable, vu que la proportion de blancs n’a pas cessé de décliner lors des élections présidentielles depuis 1992.

4. Les femmes blanches et titulaires d’un diplôme universitaire font-elles partie de l’électorat d’Obama?

En 2008, Obama avait perdu auprès des blancs non diplômés, hommes et femmes, et auprès des hommes blancs titulaires d’un diplôme universitaire de deuxième cycle. Mais il avait remporté une majorité de 52% auprès de leurs homologues blanches.

Et c’est un électorat qu’il a particulièrement choyé durant sa campagne, en insistant sur l’égalité des salaires, la prise en charge de la contraception et en essayant de coincer Romney sur l’avortement, en le reliant aux positions républicaines les plus extrêmes sur ce sujet. Arrivera-t-il à conserver cette majorité, voire à l’augmenter?

5. Pour qui les cols bleus de l’Ohio ont-ils voté?

A un niveau national, les Démocrates perdent traditionnellement les voix des hommes blancs de la classe ouvrière. Walter Mondale n’avait obtenu que 31% de leurs bulletins. En 2008, Obama en avait remporté 39%, soit la meilleure performance de son parti depuis longtemps.

Dans l’Ohio, Obama pourrait même faire encore mieux, grâce à son plan de sauvetage du secteur automobile et en ayant constamment dépeint Romney comme l’incarnation des périls économiques – un partisan forcené des délocalisations et des licenciements et un ponte de Wall Street déconnecté des réalités. Si Obama réussit à contenir la marge de Romney auprès de cet électorat, c’est peut-être ce qui lui permettra de remporter l’État.

6. L’avalanche de publicités anti-Romney a-t-elle condamné le candidat républicain dans l’Ohio?

Ce sera difficile à dire avec les sondages sortie des urnes, mais si Romney peine à conquérir l’électorat blanc et ouvrier de l’Ohio – un électorat qu’Obama peine à conquérir à un niveau national – ce sera peut-être imputable à la campagne publicitaire anti-Romney qui a déferlé sur l’État.

Espérons que les sondages sortie des urnes porteront autant sur le sauvetage du secteur automobile que sur le candidat qui «se soucie plus de vous». Les réponses à ces questions pourraient nous permettre de tirer quelques premières conclusions, surtout si, par rapport aux autres États, Obama s’en sort mieux sur ce dernier point auprès des hommes blancs de la classe ouvrière.

7. Obama a-t-il un double électorat?

Si Obama l’emporte en Virginie, dans le Colorado ou le Nevada, ce sera en obtenant à la fois les votes des femmes diplômées et péri-urbaines, des jeunes et des minorités. S’il l’emporte dans l’Ohio, ce sera grâce à un électorat bien différent. Pour l’emporter à un niveau national, Obama était censé se concentrer sur les minorités et contourner les problèmes économiques. S’il gagne en Ohio, ce sera probablement grâce à ses meilleurs scores obtenus auprès des électeurs blancs, et par son action sur l’économie régionale.

8. Romney aurait-il dû jouer la modération plus tôt?

Je ne sais pas bien comment tester cette hypothèse en fonction des sondages sortie des urnes, mais si on se fonde sur les réactions des électeurs indécis que j’ai observées, le ton plus modéré du gouverneur a eu un charme certain. Dans la plupart des sondages, il a fallu attendre le premier débat pour que la compétition se resserre, quand Romney a montré un visage plus modéré. Si seulement il avait joué cette carte plus tôt, m’ont dit certains indécis…

Et s’il l’avait fait? Aurait-il eu suffisamment de temps pour éjecter Obama du centre, ou cela lui aurait-il coûté les voix des conservateurs dont il a toujours eu besoin pour rester dans la course?

9. Alors les jeunes, ça va?

En 2008, le Président Obama avait obtenu 66% des voix des 18-29 ans. La proportion de jeunes électeurs n’était pas plus importante qu’avant – seulement 18% –, mais Obama avait fait mieux que John Kerry en 2004. Ces chiffres resteront-ils comparables, ou les jeunes vont-ils être plus nombreux à se déplacer aux urnes?

10. Comment voteront les swing states où le taux de chômage est bas?

Dans cinq swing states, le taux de chômage est inférieur à la moyenne nationale de 7,9%: l’Iowa (5,2%), le New Hampshire (5,7%), la Virginie (5,9%), le Wisconsin (7,3%) et l’Ohio (7%). Quatre sont au-dessus: le Nevada (9,6%), la Floride (8,7%), la Caroline du Nord (9,6%) et le Colorado (8%). C’est le Nevada qui cumule les pires statistiques nationales: 70% des biens immobiliers sont hypothéqués dans des prêts qui dépassent leur valeur.

Pourtant, ici, Obama va probablement bien s’en tirer – et sans pouvoir se targuer d’un sauvetage du secteur automobile. Peut-être grâce à la démographie du Nevada (26% de la population y est hispanique, ce qui constitue la proportion latino la plus forte de tous les États-clés). En d’autres termes, la démographie peut aider Obama à rester dans la course, mais il devra s’appuyer sur les États où le taux de chômage est bas pour asseoir sa victoire.

11. Qui a le mieux réussi à mobiliser ses troupes?

La mobilisation des partisans d’Obama s’est soldée par un grand nombre de votes anticipés. Les Républicains affirment pouvoir rattraper leur retard aujourd’hui. On saura bien vite si les Démocrates n’ont réussi qu’à mobiliser leurs soutiens habituels lors des votes anticipés – cannibalisant ainsi leur résultat final – ou s’ils ont pu trouver de nouveaux électeurs, qui se sont déplacés avant le jour du vote, et qui seront encore nombreux à prendre le chemin des urnes le jour J.

12. Comment se porte le Tea Party?

Dans les élections sénatoriales, les Républicains comptent sur certains conservateurs comme Todd Akin ou Richard Mourdock, dont les récents faux-pas pourraient diminuer leurs chances de tenir le Sénat. D’un autre côté, Ted Cruz, chouchou du Tea Party au Texas, va gagner et est bien parti pour devenir un personnage conservateur de premier plan. En fonction des candidats qui l’emporteront, et si les Républicains obtiennent ou non la présidence du Sénat, nous pourrons nous faire une première idée sur la réputation de ces jeunes loups, et analyser l’évolution d’un mouvement qui fut si décisif aux victoires républicaines de 2010.

13. La sélection de Paul Ryan a-t-elle changé quelque chose?

Avant qu’Obama ne remporte les 10 grands électeurs du Wisconsin en 2008, avec une avance de 14 points, la compétition y était très serrée. En 2000, Al Gore n’avait qu’une avance de 5.000 voix. En 2004, John Kerry ne l’avait emporté que par 11.000 voix. Cette année, les chiffres vont-ils à nouveau se resserrer, et quelle sera la part de responsabilité de Paul Ryan?

En 2008, Obama avait une avance de 14.000 voix dans la circonscription de Ryan, mais George W. Bush l’avait emporté par 27.000 voix. En 2000, l’avance d’Al Gore était de 4.600 voix. Si Romney n’obtient pas la circonscription de Ryan, quel aura été l’intérêt de choisir ce vice-président?

14. Le Medicare a-t-il foutu les jetons aux séniors?

En général, les Démocrates perdent les voix des personnes âgées. En 2008, Obama avait un retard de 8 points dans cette classe d’âge. Les séniors représentent 22% de l’électorat de Floride, soit l’un des États les plus âgés du pays. (Les séniors ne sont que 18% des électeurs dans l’Ohio, par exemple).

Obama réussira-t-il à dépasser ses 45% de séniors obtenus en Floride en 2008? L’idée des «bons» Medicare proposée par Paul Ryan a sans doute poussé quelques personnes âgées dans le camp d’Obama. Mais peut-être que des années d’acharnement publicitaire contre l’Obamacare ont définitivement dégoûté les séniors de voter Démocrate.

15. Romney a-t-il surpassé McCain dans les fiefs Républicains?

En 2008, John McCain n’avait pas vraiment réussi à mobiliser la base républicaine. Dans 44 États, la participation républicaine était inférieure à celle de 2004. Romney peut-il globalement mieux réussir à dynamiser ses troupes?

16. Quid d’une dispersion des voix, entre Sénat et présidence?

En regardant la carte présidentielle, les idéologies de notre pays semblent bien définies. Il y a les États «rouges», majoritairement Républicains, et les «bleus», majoritairement démocrates. Mais pour le scrutin sénatorial, dans l’Indiana, l’Arizona, le Montana, le Massachusetts et le Missouri, les candidats de «l’autre bord» s’en sortent aussi très bien.

La compétition est serrée, ce qui prouve que notre nation est bien davantage «violette» que ce que laisse entendre la cartographie présidentielle. La course sénatoriale est aussi intéressante dans certains États-clés, comme le Wisconsin, l’Ohio, la Floride, la Virginie et le Nevada. Les électeurs choisiront-il un candidat d’un parti lors des élections sénatoriales, et celui d’un autre pour la présidentielle?

La Virginie sera l’État le plus intéressant à observer. Le démocrate Tim Kaine semble jouir d’une belle avance dans la dernière ligne droite. Il faudra observer comment voteront les électeurs des comtés d’Henrico, d’Hanover, de Chesterfield, et de Richmond. Kaine est l’ancien maire de Richmond, la ville au centre de tous ces comtés. Il pourrait obtenir plus de voix que le Président Obama, ce qui voudrait dire qu’il pourrait remporter l’État au niveau sénatorial, alors que Romney pourrait y arriver premier lors de la présidentielle.

Traduit par Peggy Sastre

Voir de même:

A quel sondage ou prévision se fier pour suivre les élections américaines?

Les sondages au niveau national, c’est bien. Mais pour prévoir le résultat des présidentielles américaines, il faut s’intéresser au collège électoral.

Cécile Dehesdin

03/09/2012

Sur quinze sondages publiés sur les présidentielles américaines autour du 28 août –avant la convention de Tampa qui devrait provoquer un rebond, peut-être éphémère, des intentions de vote républicaines–, neuf donnaient Obama devant d’un ou deux point, trois de quatre à six points et trois autres donnaient Romney devant, d’un point.

Malgré ce qui s’annonce donc, d’après ces études, comme une course on ne peut plus serrée, Obama est pour l’instant toujours donné gagnant. Par exemple, le blogueur du New York Times Nate Silver a Obama à 50% et Romney à 48,5%, et estime que le président en exercice aurait pourtant 71% de chances de gagner l’élection si elle avait lieu ce lundi 3 septembre:

Qu’est-ce qui explique cette différence?

Rembobinons deux minutes. Aux Etats-Unis, les sondages sur les intentions de vote globales donnent une tendance, mais ils ne disent pas tout, surtout avec des pourcentages aussi serrés.

Le vote indirect à l’américaine

C’est que le système d’élection du pays est très différent du nôtre: il n’y a qu’un tour et, même si sur leur bulletin de vote il est inscrit «Barack Obama» et «Mitt Romney», les habitants de chaque Etat choisissent en fait des grands électeurs. Ces personnes, désignées par les partis selon des procédures différentes en fonction des Etats, votent ensuite pour l’un des deux candidats. Ce n’est donc pas le vote populaire national qui décide du président et du vice-président, mais le vote du collège électoral.

Chaque Etat américain a droit à autant de grands électeurs que d’élus au Congrès, soit deux sénateurs auxquels s’ajoutent un nombre de représentants proportionnel à sa population. La Californie, qui a 53 représentants, a donc 55 grands électeurs. Le collège électoral compte au total 538 membres, ceux des Etats et les 3 de Washington, DC, qui n’est pas représenté au Congrès.

Le nombre de représentants et de grands électeurs est actualisé tous les dix ans sur la base du recensement, explique le professeur en sciences politiques Marc Hetherington, de l’université de Vanderbilt, dans le Tennessee.

Certains dénoncent quand même un déséquilibre qui donne trop d’importance aux petits Etats et pas assez aux grands. Le Wyoming et ses 568.000 habitants ont droit à 3 grands électeurs, contre 55 pour la Californie et ses 37.692.000 habitants, ce qui donne

en moyenne un grand électeur pour 190.000 personnes dans le Wyoming, contre un pour 685.000 en Californie.

L’importance des grands électeurs

A part le Maine et le Nebraska, les Etats fonctionnent selon le système du winner-take-all (ou «le gagnant prend tout»): si les habitants de la Floride votent à une voix de majorité pour Mitt Romney, les 29 grands électeurs de la Floride vont à Romney (sachant que les grands électeurs sont censés voter pour le candidat que leur population a choisi, même si certains –rarement– ne le font pas). On additionne ensuite ces grands électeurs, le but étant pour chaque candidat d’obtenir la majorité absolue, soit au moins 270 grands électeurs.

Dans un cas très improbable où le vote populaire serait uniforme au niveau des Etats, un candidat qui obtiendrait 51% du vote populaire dans chaque Etat (et donc du vote populaire total) récolterait 100% du collège électoral.

Un candidat élu remporte donc presque toujours une proportion plus grande du vote des grands électeurs que du vote populaire. En 2008, Obama a gagné avec 53% du vote populaire, mais

68% du collège électoral (365 grands électeurs sur 538). En 1960, dans une des élections les plus serrées de l’histoire, Kennedy n’avait battu Nixon que de 100.000 voix mais avait recueilli 84 grands électeurs de plus que lui.

Mais vote populaire et grands électeurs restent liés

Reste que le vote populaire n’est pas rien, puisqu’il est extrêmement rare qu’un candidat le gagne mais perde le vote du collège électoral: cela n’est arrivé que quatre fois, trois au XIXe siècle (1824, 1876, 1888) et une au XXe, entre George W. Bush et Al Gore en 2000. Cette année-là, le démocrate Gore a remporté 48,38% du vote populaire, contre 47,87% pour le républicain Bush, mais c’est ce dernier qui est devenu président, le vote par Etat lui ayant donné 271 grands électeurs, contre 266 pour Gore.

La Floride (et ses 25 grands électeurs) est alors devenue le champ de bataille de l’élection: les estimations sur l’Etat avaient changé tout au long de la soirée avec une différence finale de 1.784 voix, en faveur de Bush. Vu la faible différence, la Floride s’est mise à recompter ses voix, et Gore a demandé en parallèle un recompte de certains comtés, deux recomptes débutés puis arrêtés après une décision controversée de la Cour suprême. Les résultats certifiés, qui incluent quelques recomptes, donnent 537 voix d’avance à Bush.

Mais après l’élection, plusieurs médias et fondations ont cherché à recompter ces bulletins, et se sont aperçus que si tous les bulletins de la Floride avaient été recomptés manuellement, Al Gore aurait emporté le vote populaire de l’Etat, donc ses grands électeurs. Il aurait ainsi remporté à la fois le vote populaire national et l’élection. Il est donc vraiment très rare de remporter l’un sans l’autre.

Que regarder pour suivre les chances de Romney et d’Obama?

Pour suivre au plus près la course à la Maison Blanche, il faut donc regarder les sondages par Etat, en se concentrant sur les swing states, les Etats où Romney et Obama sont au coude-à-coude et qui ne votent pas traditionnellement pour un camp en particulier. Cette année, intéressez-vous particulièrement à l’Ohio, la Virginie, le Michigan, la Caroline du Nord et la Floride, qui sont à la fois très serrés et comptent un nombre important de grands électeurs.

Mais l’évolution des sondages nationaux est loin d’être inutile: si Obama gagne trois points au niveau national, cette progression se reflètera plus ou moins au niveau étatique. Dans les Etats où la bagarre Obama/Romney en est à 60/40, ça ne change rien. Mais dans ceux où elle se situe à 49/51, si.

Tout cela en gardant en tête, histoire de compliquer les choses, que tous les sondages ne se valent pas, la méthodologie pouvant varier énormément d’un institut à l’autre. Par exemple, Rasmussen, un institut très connu, ne passe pas par des enquêteurs en chair et en os mais par des appels automatisés, pour des résultats moins fiables que quand les questions sont posées par des humains, explique Marc Hetherington.

Il faut aussi savoir que, dès que vous voyez une différence entre Romney et Obama de 2% ou moins, vous êtes en plein dans la marge d’erreur du sondage. Si Obama est donné à 48% et Romney à 52%, le président sortant pourrait obtenir entre 46% et 52%, et son challenger entre 50% et 54%.

On ne saurait que trop vous conseiller le blog de Nate Silver sur le New York Times, où vous pourrez voir en même temps sondages nationaux, projections du vote électoral et sondages Etat par Etat, et le Huffington Post, qui suit l’évolution de tous les sondages nationaux et tient aussi une carte détaillée des votes du collège électoral.

Voir également:

USA2012: Glossaire des termes intraduisibles de la politique américaine

Comment lire la presse américaine en anglais dans le texte.

Slate.fr

12/09/2012

Les campagnes américaines drainent avec elles des expressions on ne peut plus anglo-saxonnes qui peuvent devenir des casse-têtes pour les traducteurs et journalistes français. Si vous voulez comprendre la campagne présidentielle en version originale, suivez le guide!

A

All-of-the-above strategy

Attack ad

All-of-the-above strategy

«We’ve got to have a sustained, all-of-the-above strategy that develops every available source of American energy» — Discours de Barack Obama

Littéralement: une stratégie qui coche «toutes les cases» (all of the above) d’un questionnaire à choix multiples.

Barack Obama ne parle pas d’énergie sans cette expression, qui cherche à illustrer sa politique d’encouragement de toutes les énergies domestiques pour accroître l’indépendance énergétique du pays. Alors qu’on l’accuse souvent d’être anti-pétrole et anti-charbon, il emploie ce terme pour souligner son attachement aux énergies fossiles.

Proposition de traduction: une stratégie totale.

Attack ad

«Obama attack ad in Ohio hits hard at Romney’s taxes and 47% comment» — The Guardian.

‎Littéralement: une pub d’attaque.

Lorsque les candidats décident d’attaquer leurs adversaires plutôt que de défendre leurs propres arguments pour gagner la bataille électorale, ils le font souvent par le biais de spots publicitaires violemment critiques qui deviennent parfois viraux sur les réseaux sociaux. Pour 2012, la vidéo «Romney Girl» en est un bon exemple.

Proposition de traduction: une publicité négative.

B

Ballot access

Battleground state / Swing state

Bellwether

Ballot access

«They know how hard ballot access is» — Business Week

Littéralement: l’accès au scrutin.

L’expression désigne le fait pour un candidat d’être autorisé à se présenter. Pour la présidentielle, les règles varient d’un Etat à l’autre (ce qui explique pourquoi il n’y a pas le même nombre de candidats dans chaque Etat) et se fondent sur des critères tels que l’âge du candidat ou un nombre minimum de signatures d’électeurs inscrits: 10.000 en Virginie, 2.000 dans le Minnesota par exemple. Elles sont approuvées dans chaque Etat par un Conseil des élections.

Proposition de traduction: la validation des candidatures.

Battleground state / Swing state

«Obama takes lead in swing states» — Reuters

Littéralement: un Etat qui oscille.

Le terme désigne la douzaine d’Etats (Ohio, Floride, Virginie, Pennsylvanie, Caroline du Nord…) qui ne sont ancrés fortement ni chez les Démocrates ni chez les Républicains. L’électorat «oscille» entre un parti et l’autre, ce qui les rend très disputés, à la différence d’Etats comme New York, solidement démocrate, ou le Texas, solidement républicain.

Proposition de traduction: l’AFP utilise le terme «Etat clé», Le Monde parle d’«Etat-bascule». On pourrait aussi évoquer les Etats les plus disputés, les Etats-pivots voire les Etats-balançoires.

Bellwether

«For most of a century, Missouri has been the nation’s bellwether» — Associated Press

Littéralement: un bélier portant une cloche autour du cou et guidant le troupeau.

En politique américaine, l’expression désigne un Etat qui vote tout le temps pour le vainqueur de l’élection présidentielle. Jusqu’à la dernière présidentielle, on parlait souvent du Missouri bellwether, car l’Etat avait systématiquement voté pour le vainqueur depuis 1960, mais il s’est prononcé pour John McCain. Les deux Etats les plus souvent cités désormais sont le Nevada (qui, depuis la fin de la Première guerre mondiale, n’a voté qu’une fois pour le perdant, en 1976) et l’Ohio (qui a systématiquement voté pour le vainqueur depuis 1960). Le concept s’applique aussi aux comtés, celui de Vigo (Indiana) ayant toujours voté pour le vainqueur depuis 1956.

Proposition de traduction: Etat-baromètre.

C

Campaign trail

Concession call / Concession speech

Campaign trail

Fear and Loathing: On the Campaign Trail ’72 — titre d’un livre publié en 1973 par Hunter S.Thompson.

Littéralement: la piste de la campagne.

Lorsqu’un candidat est en campagne, il sillonne continuellement les routes américaines, en bus ou en avion, suivi par ses conseillers et par un ensemble de journalistes qui sont accrédités auprès de lui: une sorte de caravane de presse de la campagne électorale.

Proposition de traduction: le «Obama Tour» et le «Romney Tour», dans la lignée du «Hollande Tour» et du «Sarko Tour» de la présidentielle française.

Concession call / Concession speech

«She remembers the concession speech he delivered at the Conservative Political Action Conference» — The New Yorker

Littéralement: appel de concession / discours de concession

Ce sont les deux actes par lequel le perdant d’une élection concède au gagnant qu’il l’a battu. D’abord, un coup de fil personnel pour le féliciter de sa victoire; ensuite, un discours devant ses partisans pour reconnaître la légitimité du président nouvellement élu. La façon dont cela se passe influe sur la postérité du perdant, témoin le bon accueil qu’avait reçu le discours de John McCain en 2008.

Proposition de traduction: reconnaissance de défaite / discours de défaite.

D

Dark horse

Dark money

Designated survivor/successor

Dark horse

«Dark-horse presidential candidates Gary Johnson and Virgil Goode may not be household names» — NBC News

Littéralement: cheval noir.

Utilisé en référence aux courses hippiques, le terme s’applique à un candidat relativement peu connu et qui semble avoir (très) peu de chances de l’emporter. On date souvent la naissance de l’expression du président James K. Polk, nommé de manière inattendue par le parti démocrate en 1844 avant de gagner l’élection.

Proposition de traduction: grosse cote.

Dark money

«Romney failed to mention that support from nominally independent Super PACs and dark money groups gives him a significant financial edge over President Obama» — PR Watch

Littéralement: l’argent obscur.

L’expression désigne les fonds destinés à la campagne politique d’un candidat dont la provenance n’est pas claire, tant le financement des campagnes électorales américaines est peu régulé. Si un particulier ne peut donner que 5.000 dollars maximum à un candidat et 34.000 à un parti sur une période de deux ans, les mêmes règles ne s’appliquent pas aux entreprises et aux syndicats. Par le biais de Super-PACs, ils peuvent contribuer à une campagne sans plafond, mais leurs dons ne sont pas anonymes; et grâce aux organisations «501(c)4», ils peuvent financer la campagne de manière illimitée et anonyme.

Proposition de traduction: financement opaque.

Designated survivor/successor

«State of the Union: Tom Vilsack to serve as Cabinet’s « designated survivor »» — The Washington Post

Littéralement: survivant/successeur désigné.

En janvier prochain, lors de la prestation de serment du président, vous verrez tout son gouvernement à la cérémonie… sauf un de ses membres, le designated survivor. En clair, celui qui serait encore vivant pour accéder à la présidence si une catastrophe ou un attentat tuait le président, le vice-président et tous les membres du cabinet présents sur place.

En 2009, c’est Robert Gates, le secrétaire à la Défense de Bush qui s’apprêtait à garder sa place dans l’équipe Obama, qui avait été choisi pour rester à l’écart dans un lieu tenu secret —de par sa position, il occupait par ailleurs la sixième place dans l’ordre de succession. Et lors du discours sur l’état de l’Union de 2012, l’heureux élu était le secrétaire à l’Agriculture Tom Vilsack, qui occupait lui la neuvième position.

Proposition de traduction: en 2009, la presse francophone employait des périphrases. Et si on disait «président de rechange»?

E

Earmarks

Entitlements

Earmarks

«The earmark mudfest» — Politico

Littéralement: étiquette d’oreille pour le bétail.

Au Congrès américain, les earmarks désignent les budgets alloués à des projets précis dans les Etats. La branche exécutive (le président) n’a pas son mot à dire. Sous l’effet du lobbying d’un élu, la Chambre vote pour subventionner par exemple un pont dans la circonscription de cet élu, attachant comme «une étiquette» à l’oreille de la ligne budgétaire. Les earmarks étaient monnaie courante jusqu’à ce que les Républicains, sous l’influence du Tea Party, décident d’y mettre fin en 2010.

Proposition de traduction: subvention directe.

Entitlements

«Poll finds wariness about cutting entitlements» — New York Times

Littéralement: droits dont l’accès est garanti par la loi.

En pratique, les entitlements englobent la retraite publique («Social Security»), le programme public d’assurance-maladie pour les personnes âgées («Medicare») et pour les pauvres («Medicaid»). Ces programmes mythiques, votés par le Congrès, ne peuvent être détricotés que par le Congrès. Source majeure du déficit public américain, ils sont au centre des négociations sur la réduction de la dette, les Républicains poussant pour une réduction draconienne.

Proposition de traduction: les programmes sociaux.

F

Faithless electors

Favorite son

Flip-flop

Faithless electors

«Faithless electors could cost Romney» — Commentary

Littéralement: électeurs déloyaux.

Les 538 grands électeurs élus au sein des 50 Etats et à Washington D.C. le 6 novembre seront normalement «promis» à un des deux candidats, puisqu’ils seront des représentants du parti majoritaire dans l’Etat. Mais il peut arriver que l’un d’entre eux décide finalement de ne pas voter pour le candidat auquel sa voix était assignée.

Une éventualité qui est revenue dans l’actualité en septembre quand Associated Press a révélé qu’une grande électrice potentielle du parti républicain dans l’Iowa avait démissionné car, après avoir voté Ron Paul lors des primaires, elle ne se sentait pas prête à voter pour Romney s’il remportait l’Etat. Le dernier incident de ce genre remonte à 2004, quand un grand électeur du Minnesota avait voté pour le candidat à la vice-présidence John Edwards plutôt que pour John Kerry.

Proposition de traduction: dissidents du collège électoral.

Favorite son

«President Obama made a campaign and fundraising swing through Wisconsin, a traditionally blue state that some Republicans think is in play this year, thanks to the presence of favorite son Paul Ryan on the Republican ticket» — The Washington Times

Littéralement: fils préféré

Comme en France, le candidat à la présidentielle issu d’un Etat réalise normalement un très bon score dans cet Etat, même si cela n’est pas systématique (le dernier président des Etats-Unis à avoir perdu son Etat d’élection est Woodrow Wilson en 1916, le dernier perdant à avoir été battu dans le sien est Al Gore en 2000). Quant un Etat attribue ses grands électeurs à celui qui en est l’élu, on dit qu’il penche pour son favorite son.

Proposition de traduction: candidat du cru.

Flip-flop

«Mitt Romney has a flip-flop problem» — The Washington Post

Littéralement: salto/ circuit électrique à bascule/ une tong.

Un flip-flopper est un homme politique accusé de changer de position en fonction de l’air du temps. Mitt Romney a acquis cette réputation après s’être par exemple prononcé en faveur du droit à l’avortement en 1994 avant de se rétracter lors d’élections ultérieures. Un site recense ses flip-flops.

Proposition de traduction: acrobate idéologique; spécialiste de la volte-face; retourneur de veste; girouette programmatique.

G

Gerrymandering

Gerrymandering

«A chance to squash the Maryland gerrymander» — The Washington Post

Littéralement: intraduisible.

Le terme dérive de Elbridge Gerry, un gouverneur du Massachusetts du début du XIXe siècle qui avait été accusé d’avoir découpé les districts pour l’élection des membres de la Chambre des représentants de manière particulièrement malhonnête. Il est depuis utilisé quand des districts sont redécoupés sans respecter la logique géographique afin de fournir un avantage à un parti politique, par exemple en concentrant un maximum d’électeurs d’un parti dans un seul district de l’Etat afin que l’autre parti puisse remporter tous les districts restants.

Proposition de traduction: charcutage électoral.

K

Kick the can down the road

Kick the can down the road

«Romney called on Congress to kick the can down the road on defense cuts» — Tweet de Ben LaBolt, porte-parole de la campagne de Barack Obama

Littéralement: donner un coup de pied dans une canette dans la rue.

Au figuré, la canette se transforme en déficit budgétaire que le Congrès ne bouche jamais, en une décision que le président ne prend pas, etc.

Proposition de traduction: renvoyer aux calendes grecques.

L

Landslide

Lead from behind

Landslide

«Europeans would reelect Obama in a landslide» — Business Recorder

Littéralement: glissement de terrain.

Une autre façon de dire que le candidat qui en est victime sent le sol se dérober sous ses pieds. Le terme désigne une victoire écrasante d’un candidat ou d’un parti politique: au XXème siècle, ont été qualifiés ainsi les triomphes de Roosevelt face à Landon en 1936 (23 points d’avance), de Johnson face à Goldwater en 1964 (22 points), de Nixon face à McGovern en 1972 (23 points), de Reagan face à Mondale en 1984 (18 points) ou encore des Républicains lors des élections de mi-mandat de 1994 (54 sièges conquis à la Chambre des représentants, qui basculait pour la première fois depuis quarante ans).

Proposition de traduction: victoire écrasante.

Lead from behind

«The fact is, the president never came forward with a plan… There was never a specific plan… There was always the so-called leading from behind» — John McCain à propos de l’attitude de Barack Obama lors des négociations sur le plafond de la dette à l’été 2011

Littéralement: «mener par l’arrière».

Euphémisme péjoratif. Rare expression ironique de ce glossaire, «mener par l’arrière» est un contre-sens, comme «retour vers le futur». Gare aux dirigeants politiques qui ne prennent pas les choses en main et se laissent mener par le bout du nez. L’expression souligne la nullité supposée de la politique étrangère du président Barack Obama, surtout au Moyen-Orient (Libye, Syrie, Iran).

Proposition de traduction: être passif.

O

October surprise

October surprise

«Mitt Romney’s October surprise arrives early» — The Huffington Post

Littéralement: surprise d’octobre.

Le terme désigne un événement imprévu qui survient habituellement en octobre, quelques semaines avant les élections présidentielles américaines, et qui peut en affecter le résultat, en faveur du challenger comme du candidat sortant. Les October Surprises sont souvent liées à une crise majeure en politique étrangère.

Proposition de traduction: Une affaire à la Papy Voise.

P

PAC et super PAC

Path to victory

Political handicapping

PAC et super PAC

«Pro-Romney Super PAC plowed through cash war chest in August» — CNBC

Littéralement: comité d’action politique, super comité d’action politique. Le terme désigne des associations politiques distinctes des partis ou des comités de campagne des candidats aux élections. Ces PAC, souvent dirigées par des proches des candidats, lèvent des fonds qu’ils dépensent en publicité pour les soutenir. Les super PAC ont pris beaucoup d’importance après une décision de la Cour suprême en 2010, qui dérégula le financement électoral et permit aux entreprises et syndicats de faire des dons illimités aux super PAC.

Proposition de traduction: comités de soutien.

Path to victory

«Can Romney replicate Bush’s 2004 path to victory?» — The Washington Post

Littéralement: chemin vers la victoire.

Pour remporter l’élection, un candidat doit compter sur ses fiefs électoraux pour amasser un bon paquet de grands électeurs et compléter avec quelques swing states pour parvenir à au moins 270. Quand il apparaît en position très précaire dans un Etat, la presse américaine dit que ses paths to victory —les différentes combinaisons de swing states qui lui permettent d’arriver à 270— se réduisent.

Par exemple, le path to victory le plus logique pour Romney consisterait à gagner la Floride, la Virginie et l’Ohio (60 grands électeurs à eux trois) et un Etat plus petit comme le Colorado, l’Iowa, le New Hampshire ou le Nevada. Mais s’il perd l’Ohio, il devra alors gagner la Floride et la Virginie, plus trois ou quatre Etats parmi le Colorado, l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada et le Wisconsin. Et s’il perd la Floride et l’Ohio, sauf miracle, il n’a plus de path to victory…

Proposition de traduction: combinaison gagnante.

Political handicapping

« »We don’t consider Michigan one of those (swing) states », said Nathan Gonzales, deputy editor of the Rothenberg Political Report, a Washington, D.C-based political handicapping publication.» — Detroit Free Press

Littéralement: assigner des handicaps à des politiques

L’expression handicapping a horse race désigne le fait pour un spécialiste des courses de chevaux de prédire le résultat d’une course. Appliqué à la politique américaine, l’exercice consiste à tenter de prévoir quels Etat remportera chaque candidat à la présidentielle, ou quels sièges au Congrès remportera chaque parti.

Proposition de traduction: prédiction / prévision électorale.

R

Red States / Blue States

Riding coattails

Red States / Blue States

«In the red states, half of every democrat is « kinda Republican »» — The Daily Beast

Littéralement: Etats rouges / Etats bleus.

L’expression désigne bien sûr la couleur politique des Etats, mais un Français biberonné à l’opposition gauche rose / droite bleue risquerait de se tromper: les Red States désignent les Etats solidement républicains (Oklahoma, Wyoming, Idaho, Alabama…) et les Blue States les Etats solidement démocrates (Vermont, Massachusetts, New York, Californie…). Longtemps, les couleurs étaient attribuées de manière inverse ou alternées selon les élections, et la distinction actuelle n’a été popularisée qu’au début des années 2000, notamment sous l’impulsion d’un journaliste de NBC, Tim Russert.

Proposition de traduction: fiefs républicains / démocrates.

Riding coattails

«They calculated that it was worth risking the perception that Obama was trying to ride a former president’s coattails to reelection» — The Washington Post

Littéralement: voyager aux basques de (les coat-tails, c’est le bas d’un costume).

L’expression s’emploie quand un candidat tente de profiter de la popularité d’une personnalité pour booster sa propre campagne ou quand un parti profite lors des élections au Congrès de la popularité de son candidat à la Maison Blanche. Si Obama l’emporte très facilement le 6 novembre et que les Démocrates font basculer un grand nombre de sièges au Congrès, on pourra dire par exemple que le parti «rode Obama’s coattails». L’expression a notamment été beaucoup utilisée à propos de Ronald Reagan dans les années 80.

Proposition de traduction: surfer sur la popularité de.

S

Spiking the football

Stump speech

Supermajority

Surrogate

Swiftobating

Spiking the football

«If the Court strikes down all or part of the president’s health care law, there will be no spiking of the ball» — John Boehner, président de la Chambre des représentants

Littéralement: faire rebondir le ballon sur le sol pour célébrer un touchdown au football américain.

Au figuré, l’expression signifie la célébration d’une victoire politique, avec une teinte de crânerie ou de fanfaronnade. Toujours employée péjorativement et au négatif: not spiking the football.

Proposition de traduction: (ne pas) faire dans le triomphalisme.

Stump speech

«Facing falling poll numbers in Ohio, Mitt Romney reconfigured his stump speech here» — Politico

Littéralement: un discours souche.

Quand un discours, ses idées et ses tics de langages sont répétés tout au long de la campagne, d’une ville à l’autre, presque à l’identique: en écoutant un stump speech, on peut même prévoir la suite du discours. Par exemple, le gouverneur de New York Nelson Rockfeller utilisait souvent la phrase «the brotherhood of man under the fatherhood of God» (la fraternité des hommes sous la paternité de Dieu) dans ses discours, que les journalistes abrégeaient par l’acronyme BOMFOG.

Proposition de traduction: un copié-collé, un discours répété par cœur.

Supermajority

«It took six months to get a super-majority in the Senate, when we had to wait to learn the outcome of the Minnesota contest» — The Huffington Post

Littéralement: super-majorité.

Comme en France, il est possible de faire de l’obstruction parlementaire au Sénat américain, à coups d’amendements et de discours interminables. Pour y mettre fin, le parti majoritaire doit faire voter une motion recueillant les voix d’au moins 60 sénateurs sur 100 —la supermajority.

Historiquement, elle est très rare: les Démocrates l’ont par exemple détenue brièvement en 1977-1978 puis en 2009-2010, grâce à l’appui de deux sénateurs indépendants, avant de la perdre avec la mort de Ted Kennedy. Pour la conquérir cette fois-ci, en comptant encore sur l’aide des indépendants, il leur faut faire basculer sept sièges, sachant que les Républicains n’en remettent en jeu que dix; et les Républicains, treize, sachant que les Démocrates en remettent en jeu vingt-trois. Bref, c’est une éventualité extrêmement improbable.

Proposition de traduction: majorité qualifiée.

Surrogate

«While Mitt’s away, surrogates take stage» — ABC News

Littéralement: substitut.

Quand Mitt Romney a déjà un engagement de campagne, il envoie son épouse, Ann, ou l’un de ses cinq fils pour s’adresser à des sympathisants à un meeting ou une soirée de levée de fonds: ils deviennent alors ses surrogates. Position ad hoc, le surrogate n’est pas forcément un lieutenant ou un proche, et peut être un simple allié politique.

Proposition de traduction: émissaire personnel.

Swiftboating

«The « Swiftboating » Of Mitt Romney» — NPR

Littéralement: les «Swift Boats» étaient des navires de guerre utilisés pendant la guerre du Vietnam.

Le terme désigne une attaque destinée à tuer quelqu’un médiatiquement. Pendant la campagne de 2004, John Kerry était présenté comme un héros de la guerre du Vietnam ayant servi sur un «Swift Boat». Une association, la «Swift Boat Veterans for Truth», avait alors mené une campagne jetant le discrédit sur John Kerry et l’accusant d’avoir été un pacifiste grâce à des publicités négatives et un livre, Unfit for Command.

Proposition de traduction: lynchage médiatique.

T

Too close to call

Too close to call

«Despite Obama’s recent uptick in the polls, his battle for reelection against Republican nominee Mitt Romney remains too close to call.» — Reuters

Littéralement: trop serrée pour annoncer.

Si vous regardez la soirée électorale sur une chaîne américaine, vous risquez d’entendre l’expression à propos de certains Etats ou de certaines batailles pour un siège au Congrès. Quand l’écart est très large ou le dépouillement très avancé —par exemple, un écart de cinq points sur 95% des bulletins dépouillés sera généralement jugé significatif—, le journaliste osera attribuer la victoire (call the election) pour un camp ou l’autre. Dans le cas contraire, il qualifiera l’élection de too close to call. L’expression est également employée avant l’élection quand les sondages prédisent une bataille serrée.

Proposition de traduction: élection au couteau.

V

Voter suppression

Voter suppression

«Underscoring just how partisan the voter suppression effort in Maine has become» — American Progress

Littéralement: la suppression d’électeurs.

Une tactique qui vise à décourager ou empêcher les gens d’aller voter. L’une d’entre elles est une loi passée dans plusieurs Etats (le Montana, le Missouri, la Caroline du Sud…) qui oblige les électeurs à présenter une pièce d’identité avec photo pour pouvoir voter. Or, il n’existe pas de carte d’identité aux Etats-Unis: on prouve son identité grâce à un permis de conduire ou un passeport. Les personnes qui ne disposent pas de ces pièces (un électeur sur dix ne dispose pas de pièce d’identité délivrée par le gouvernement) ne pourront donc pas voter. Les électeurs qui risquent le plus d’être touchés par cette mesure sont les étudiants, les personnes à faibles revenus et les minorités.

Proposition de traduction: une restriction du droit de vote.

Ivan Couronne, Pauline Moullot et Jean-Marie Pottier

One Response to Présidentielle américaine/2012: Retour sur la liberté de la presse à la française (First Amendment, French Style)

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