Poésie/Keats: Cette étrange capacité négative que Shakespeare possédait à un degré énorme … (Solomon in all his glory was not arrayed like one of these)

11 octobre, 2012
KeatsVous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Mt 5: 43-45)
Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux. Jésus (Matthieu. 10: 29-31)
Considérez comment croissent les lis: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas, gens de peu de foi? Jésus (Luc 12: 27-28)
Le médecin analysant s’abandonne, dans un état d’attention uniformément flottante, à sa propre activité mentale inconsciente, évite le plus possible de réfléchir et d’élaborer des attentes conscientes, ne veut, de ce qu’il a entendu, rien fixer en particulier dans sa mémoire et capte de la sorte l’inconscient du patient avec son propre inconscient. Freud
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Je rêve presque que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire. John Keats
Je vis une Dame par la prairie, elle était belle — une fille des fées, ses cheveux étaient longs, ses pas légers, et ses yeux étaient fous. (…) Et sûrement son étrange langage disait : « Je t’aime fidèlement. (…) Je vis aussi des rois pâles, et des princes pâles, des guerriers pâles, tous pâles comme la mort ; — Ils me criaient : « La Belle Dame sans merci t’a pris dans ses rets. Keats
J’ai été frappé tout d’un coup de la qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli particulièrement en Littérature et que Shakespeare possédait à un degré énorme – je veux dire la Capacité Négative, je veux dire celle de demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison. John Keats
La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence. John Keats (27 févr. 1818)
Un poème doit se comprendre à travers les sens. L’intérêt de plonger dans un lac n’est pas de nager immédiatement jusqu’au rivage ; c’est d’être dans le lac, se prélasser dans la sensation de l’eau. On ne théorise pas un lac. C’est une expérience au-delà de la pensée. La poésie apaise et enhardit l’âme pour accepter le mystère. Keats
Rien ne semblait lui échapper, ni le chant d’un oiseau, ni la réponse en sourdine du sous-bois ou de la haie, ni le bruissement de quelque animal, ni les variations des lumières vertes et brunes et des ombres furtives, ni les mouvements du vent – la façon exacte que celui-ci avait d’attraper certaines fleurs et plantes élancées – ni la pérégrination des nuages ; ni même les traits et les gestes des trimardeurs de passage, la couleur des cheveux d’une femme, le sourire d’un visage d’enfant, l’animalité furtive, sous le déguisement d’humanité chez nombre de vagabonds, ni même les chapeaux, les vêtements, les souliers, partout où ceux-ci véhiculaient la moindre indication quant à la personnalité du porteur. Joseph Severn
Il semble que M. Keats est mort à Rome où il s’était retiré pour se rétablir des conséquences que la rupture d’un vaisseau sanguin avait eues sur sa santé. Il n’est pas impossible que sa mort prématurée ait été provoquée par les soins qu’il prodiguait à son jeune frère, lui aussi décédé ; l’attention qu’il portait à l’invalide était fiévreuse et infatigable au point que ses amis voyaient clairement que sa santé pâtissait de cet effort. Cela a pu être une cause, mais je ne crois pas que ce soit la seule. On se souviendra que Keats a subi, il y a deux ans, un traitement brutal de la critique (…), qui de l’avis des esprits sensibles et élégants, s’est rendue odieuse par son empressement grossier à céder aux appétits pervers du commérage et de la foire aux scandales. Jusqu’à quel point il fut affecté par le sort que lui réservèrent ces journalistes, je ne peux le dire. (…) Il est réellement douloureux de voir l’ardeur d’un esprit enthousiaste et confiant ainsi livré au rire monstrueux d’une meute brutale, aux piques et aux baïonnettes de mercenaires de la littérature. Si M. Grifford tire une quelconque satisfaction de savoir à quel point il a contribué à la douleur d’un esprit généreux, je pourrai lui être agréable en l’informant que Keats a passé une nuit entière à parler avec amertume du traitement injuste qu’il a connu. Charles Cowden Clarke
He goes on to say « the simple imaginative Mind may have its rewards in the repetitions of its own silent workings coming continually on the Spirit with a fine Suddenness » – a remark that contains more of the psychology of productive thought than many treatises. (…) Ultimately there are two philosophies. One of them accepts life and experience in all its uncertainty, mystery doubt and half knowledge and turns that experience unto itself  to deepen and deepen its own qualities  – to imagination and art. This is the philosophy of Shakespeare and Keats. John Dewey
Le poème est un creuset où sont portés à l’incandescence les objets d’étonnement et de plénitude jusqu’à ce qu’ils révèlent la lumière dont ils étaient seulement soupçonnés d’être porteurs. Jean Roudaut
Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé  » capacité négative  » (« négative capability »), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel. Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de gênante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818).  » La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence  » (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression. Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait  » le fardeau du mystère « . Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier  » ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos « . À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold :  » Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes. » Ultima8team

Tombé à l’occasion de recherches sur le grand poète romantique anglais John Keats et sa célèbre « Belle dame sans merci » …

Sur cette « capacité négative » qu’il décrivait comme « qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli » et que Shakespeare possédait à un degré énorme »….

A savoir celle de « demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison » …

Qui, dans sa réaction même contre un certain scientisme issu de l’Age des Lumières, a fait largement la singularité et le succès de la civilisation comme de la science occidentales …

Et frappé par l’étrange ressemblance, malgré toutes les dénégations de ses praticiens les plus dévoués,  de cette sorte d« équivalent poétique », à l’instar de l’ « attention uniformément flottante » freudienne, du « Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes » et revêt les lys des champs de parures que n’avait pas « Salomon même, dans toute sa gloire »…

A l’Evangile dont il est issu et dont il tient tant à se distinguer ...

KEATS, John

Keats, issu d’un milieu londonien très humble, menacé très tôt par la tuberculose, disparut avant sa vingt-sixième année. Il s’était voué très jeune au culte de la beauté. Il salua les Grecs, qu’il ne connaissait que par des traductions, comme ses inspirateurs et sut faire revivre leur mythologie. Plus tard, Milton fut son modèle. Il redonna une vie originale à la poésie narrative, et ses fragments épiques constituent l’une des très rares réussites romantiques dans le genre si périlleux de l’épopée. Surtout, dans plusieurs sonnets et dans cinq ou six grandes odes, Keats réalisa une œuvre d’une plénitude et d’une perfection qui le placent non loin de Shakespeare. Sa gloire n’a plus été mise en question après sa mort, alors qu’il avait été méconnu ou méprisé de son vivant.

Sa courte et tragique existence, sa maîtrise de la forme et l’incroyable maturité de ses idées sur la poésie exprimées dans ses lettres – qui ont fasciné nombre de modernes – font de lui le génie le plus précoce de toute la littérature anglaise, comparable (mais très différent d’eux) à Mozart ou à Rimbaud.

1. Des brumes de Londres à la lumière hellénique

À la différence de ses deux aînés, Wordsworth et Coleridge, qui appartenaient à la classe bourgeoise et venaient de l’Angleterre provinciale, de Byron et de Shelley, tous deux aristocrates, élèves des  » public schools « , de Cambridge et d’Oxford, John Keats était londonien, pauvre, le fils aîné d’un palefrenier qui mourut en 1804 d’une chute de cheval. Sa mère semble avoir été une femme de caractère gai, affectueuse, très attachée à son premier enfant. Le second fils, George, émigra plus tard aux États-Unis, le troisième, Tom, mourut en 1818, ce dont John eut un immense chagrin. Une jeune sœur, Frances, née en 1803, s’efforça de comprendre son frère et correspondit avec la fiancée de celui-ci, alors qu’il se mourait de tuberculose en Italie.

L’argent manquait pour envoyer l’enfant à l’une des écoles renommées de l’Angleterre ; il reçut néanmoins une éducation convenable dans une petite école d’Enfield tenue par un pasteur, y apprit le latin, ne sut jamais le grec, mais semble déjà s’être passionné pour la mythologie hellénique à travers des dictionnaires illustrés. En 1813, il commença des études de médecine, s’en lassa au bout d’un an et demi, ne ressentant nul attrait pour la dissection. Il avait alors près de vingt ans et la lecture de La Reine des fées de Spenser lui avait révélé sa passion pour la poésie. Il se lia d’amitié avec un cercle littéraire à idées politiques avancées pour l’époque, un peu vulgaire de sensibilité et d’expression, dont l’animateur était Leigh Hunt. Shelley, qui plus tard aida financièrement Leigh Hunt, apparaissait quelquefois parmi eux ; mais, peut-être en raison de leur origine sociale différente, Keats et Shelley ne se prirent pas alors d’une vive sympathie mutuelle. Byron se montra encore plus dédaigneux du poète  » cockney  » qu’il croyait voir en Keats.

Dès sa vingt et unième année, Keats écrivit l’un des plus parfaits sonnets de la littérature anglaise, sur sa découverte de la traduction d’Homère par Chapman. Il y comparait son émotion devant ce monde merveilleux de la Grèce primitive, rendu par un poète élisabéthain, à celle d’Hernán Cortés et de ses compagnons apercevant le Pacifique :  » Muets, sur un pic à Darién.  » Il traduisit dans d’autres sonnets son émerveillement à la visite des marbres du Parthénon que lord Elgin avait rapportés d’Athènes. Une note de joie intense en présence de la nature et des légendes de la chevalerie médiévale aussi bien que de la Grèce résonne dans le premier volume de Keats, Early Poems (1817). Le plus long poème de ce recueil juvénile Sleep and Poetry (Sommeil et poésie ), ne traite guère du sommeil, thème favori des poètes anglais, sinon comme prétexte à des visions de rêve, mais affirme un credo poétique opposé à Boileau, à Pope, à tout classicisme aride.  » Ce que l’imagination saisit comme beauté doit être la vérité « , affirmera plus tard dans l’une de ses lettres ce jeune poète qui louera l’imagination avec plus de ferveur encore que Coleridge.

Les maîtres de Keats étaient alors Spenser, les lyriques du XVIe siècle et Shakespeare, qu’il lut et médita en voyageant dans l’île de Wight, et plus tard encore. La sensualité de quelques poèmes de Shakespeare (Vénus et Adonis ) et de Marlowe (Héro et Léandre ) séduisait en Keats l’adorateur de la sensation.  » Ô qu’on me donne une vie de sensation plutôt qu’une vie de pensée !  » s’écriera-t-il dans une lettre de novembre 1817. Il s’agissait non d’une sensualité tournée vers le morbide ou l’érotisme, mais d’une prise de possession du concret par tout son être et du refus de penser et de raisonner selon des cadres empruntés. Vers 1819, il se tourna davantage vers Milton, dont le ton et la diction sont trop sensibles dans certains vers d’Hyperion dont la grandiose froideur est lassante. Il admira Dante dans la traduction de H. F. Cary et certains poèmes de Wordsworth. Mais le reste de la littérature européenne le toucha peu. Il rêva des Grecs et les imagina plus qu’il ne les lut.

2. Les grandes œuvres

Assez vite, Keats comprit que la poésie familière prônée par Leigh Hunt ne convenait pas à son génie. Dans la grisaille de l’hiver londonien et la torpeur de la vie politique et intellectuelle, hostile au romantisme de Shelley et au scandale soulevé par Byron, il rêva de légendes mythologiques et de la beauté des cultes païens.  » Une chose de beauté est une joie éternelle  » est le premier vers du long poème Endymion (1818). La déesse Séléné descend la nuit embrasser sur le mont Latmos son amoureux endormi : Endymion. La passion de l’éphèbe ainsi aimé de la lune est celle de l’âme humaine pour la beauté entrevue en songe. Le poème est trop long, trop décoratif et  » alexandrin « , trop dépourvu d’intérêt humain ; il n’eut guère, et ne pouvait avoir, de succès. Mais son ouverture, le grandiose  » Hymne à Pan  » dit à une fête en l’honneur de ce dieu, et, au livre IV, les strophes musicales d’Au chagrin (To Sorrow ), chantées par une vierge indienne, sont admirables. Dans une courte et modeste préface, le poète disait son espoir de n’avoir pas trop terni l’éclat de la splendide mythologie des Grecs et son désir de revenir une fois encore à ce passé.

Il entreprit en 1818 un voyage à pied dans l’est et le nord de la Grande-Bretagne, voyage qui devait être fatal pour sa santé. Les revues le prenaient à parti avec férocité, selon leur tactique qui était de barrer la route aux innovations littéraires. Keats ne mourut pas, trois ans plus tard, de ces attaques, comme on le dit alors, mais il fut ulcéré de tant d’incompréhension et de mauvaise foi.  » Je crois que je compterai après ma mort parmi les poètes de l’Angleterre « , osait-il avouer à un correspondant en octobre 1818. Il était attiré par un besoin de tendresse féminine et de passion qui enflammât son imagination autant que ses sens. Une Mrs. Isabella Jones fut à cette époque (1818-1819) aimée de lui et peut-être lui suggéra le thème de La Veille de la Sainte-Agnès (The Eve of St. Agnes ). Il conçut une passion plus violente et peut-être mal payée de retour pour une jeune fille, Fanny Brawne, qui ne comprit qu’à demi l’exaspération sensuelle de ce poète miné par la consomption, mais promit de l’épouser. Les lettres d’amour et souvent de supplication adressées par Keats à la jeune fille, coquette sans doute et déconcertée plus que cruelle, publiées après sa mort, choquèrent la pudibonderie de certains critiques victoriens. Leur pathétique est cependant déchirant. C’est sous le stimulant de cet amour qu’en 1819 le poète composa, coup sur coup, des œuvres de longue haleine et de grande ambition, et ses odes les plus célèbres.

Isabelle, ou le Pot de basilic (Isabella ) écrit pendant l’hiver de 1818, est un poème narratif en strophes de huit vers, qui reprend une histoire tragique du Décaméron de Boccace. Deux frères, ayant découvert l’amour de leur sœur Isabelle pour leur valet, Lorenzo, assassinent l’amant. Le fantôme du mort apparaît à la jeune fille et lui révèle où il est enterré. Elle creuse l’endroit dit, coupe la tête du mort et l’enfouit sous une plante, un basilic qu’elle arrose de ses pleurs. L’histoire est contée avec passion et grâce, et les personnages sont tracés avec vivacité. La Veille de la Sainte-Agnès , en strophes dites  » spensériennes  » (neuf vers, dont le dernier, plus long, est une sorte d’alexandrin), est un pur chef-d’œuvre de concision, de puissance évocatrice, de merveilleux jamais forcé. Deux amoureux séparés comme Roméo et Juliette sont réunis en un rendez-vous délicat. Un fragment, La Veille de la Saint-Marc , exerça une séduction enchanteresse sur les poètes préraphaélites du milieu du XIXe siècle, D. G. Rossetti et W. Morris. Lamia ne suscite plus cette atmosphère médiévale, mais est encore un long conte en vers où perce le secret de la fascination qu’exerçait alors Fanny Brawne sur Keats. Une femme-serpent ravit dans ses enchantements un jeune Grec de Corinthe ; cette magicienne ne peut cependant le faire entièrement croire à leur bonheur ; le rêve ou le charme est rompu par le froid regard scrutateur de l’homme. Le conte est plus proche du réel, plus touché par quelque mélancolie, et saisissant dans quelques-uns de ses épisodes.

La plus audacieuse entreprise de Keats, toujours pendant cette année 1819 d’une extraordinaire fécondité, fut un poème inspiré à la fois par la mythologie ou la théogonie grecques et par la gravité majestueuse de Milton, Hyperion. Le contraste entre cette forme sévère et sculpturale, mais parfois génante par son rappel du Paradis perdu , et le sujet (la lutte des dieux grecs avec les titans, la défaite du dieu solaire Hyperion par Apollon) prive le poème épique de l’unité d’impression qu’on voudrait ressentir. Keats l’abandonna après le début du troisième chant, revint ensuite à une nouvelle version d’une beauté plus humaine ou plus moderne. Il montre dans ce fragment d’épopée  » digne d’Eschyle « , comme en convint Byron après la mort du jeune poète, une juste intuition du sens profond de la mythologie grecque, avec son ruissellement de divinités successivement détrônées, et une maîtrise rare du vers blanc. Le discours d’Oceanus au chant II est parmi les morceaux les plus chargés de sens moral et philosophique de la poésie romantique européenne.

3. Les odes et derniers sonnets

Sans doute les œuvres épiques et narratives de Keats souffrent-elles de la désaffection que les modernes ressentent pour les longs poèmes, forcément inégaux. De beaucoup la partie la plus lue et la plus admirée de l’œuvre de Keats est la série de grandes odes qu’il composa en 1818-1819. Rien en effet ne les égale en Angleterre ou même en France et en Allemagne, en dehors de quelques odes de Shelley et de certains hymnes de Novalis et de Hölderlin.

Quatre de ces odes furent écrites avec une rapidité peu commune en mai 1819 : Ode to a Nightingale , Ode on a Grecian Urn , Ode on Melancholy , Ode on Indolence. L’Ode to Autumn fut composée en octobre de la même année. Le 3 mai de l’année précédente, Keats avait incorporé dans une lettre à un ami, J. H. Reynolds, un poème de quatorze vers qu’il donnait comme le fragment d’une Ode à Maia , mère d’Hermès, en fait un morceau achevé et d’une rare splendeur. L’Ode à un rossignol , la plus longue et la plus dramatique, est tout entière un mouvement vers la mort, appelée et désirée par le poète tandis qu’il écoute, dans un décor de printemps voluptueux, le chant de l’oiseau qui, lui, n’était pas fait pour mourir : toujours son chant a consolé grands et pauvres, et la Ruth biblique, exilée parmi les blés étrangers. L’Ode sur une urne grecque , avec sa célèbre identification de la vérité avec la beauté lue comme le message offert par les peintures de ce vase antique, évoque la supériorité de l’art, durable et triomphant des années, sur la vie inquiète et éphémère. L’Ode sur la mélancolie est plus douloureuse, car celle-ci, comme chez Lucrèce, apparaît au sein même des plaisirs les plus délicieux : la dernière strophe en est grave et profonde. L’Ode sur l’indolence est moins harmonieuse de structure et dit le plaisir de s’abandonner parfois à une langueur voluptueusement passive. L’Ode à Psyché , la dernière en date des déesses acceptées par le panthéon hellénique, est plus somptueuse et caressante ; elle montre en Keats l’adorateur des divinités païennes, dont il promet, dans la strophe finale, de se faire le chantre et le prêtre. Sa beauté troublante et tremblante de sensualité sera goûtée par les poètes britanniques de l’art pour l’art qui exclut morale et religion. Enfin l’Ode à l’automne , plus sereine, dont le moi du poète est absent, évoque la félicité d’un paradis d’où l’angoisse de la mort et la turbulence de la vie sont bannies. C’est peut-être le poème le plus parfait de la langue anglaise.

4. Mort et résurrection

À cette extraordinaire floraison succéda, en 1820, une année douloureuse. Keats avait vu lentement mourir de tuberculose son frère Tom en décembre 1818. Un peu plus d’un an après, il se sut atteint de la même maladie. Il avait, dans un poème de jeunesse, demandé dix ans de carrière poétique pour s’élever au rang qu’il espérait être le sien ; cela ne devait pas lui être accordé. Son amour mêlé de brûlante ardeur et d’amère insatisfaction le rongeait. Il avait symboliquement crié sa détresse de se savoir ainsi miné par un amour dont jamais il ne jouirait, dans sa splendide ballade La Belle Dame sans merci (1819) ; le titre seul provenait d’Alain Chartier, le poème est une merveille d’art évocateur et d’images étranges et prenantes, sur un chevalier captif d’une femme-vampire. De plus en plus attristé, le poète écrivit l’un des sonnets les plus tragiques, et les plus parfaits, de la poésie anglaise,  » Eclatante étoile, puissé-je comme toi être fixé en repos !  » Il appelle à lui la mort, et voudrait qu’elle le surprît embrassant son amante. Il ne pouvait plus ébaucher de projet d’avenir.

Il entreprit, avec un peintre de ses amis, Joseph Severn, qui l’assista jusqu’au dernier jour, le long voyage par mer vers la Méditerranée, Rome et Naples, angoissé de laisser la jeune femme désirée. Il analysait lucidement les degrés de ce mal qui pourrissait ses organes.  » Je sens les fleurs pousser sur moi « , disait-il ; et dans l’amertume de son cœur, il demanda que sur sa tombe fût écrit en anglais :  » Ci-gît un homme dont le nom fut écrit sur l’eau.  » Son modeste logis était à Rome, près des escaliers de Trinità dei Monti, sur la place d’Espagne ; la maison est aujourd’hui le musée Keats-Shelley. Shelley en effet, dès l’été de 1820, avait écrit à Keats pour l’inviter à le rejoindre en Italie, à Pise. Keats avait refusé, par une lettre un peu sèche, conseillant à son aîné de trois ans plus de concentration et de densité dans son art. Shelley ne s’en vexa point. Dès qu’il apprit la mort de Keats à Rome, il écrivit la plus grandiose élégie jamais consacrée par un poète à un autre poète, Adonaïs , tribut au génie de Keats arrêté dans sa floraison et anticipation du sort réservé à Shelley lui-même, qui voulait être enterré dans le même cimetière protestant de Rome ; il le fut en effet dix-huit mois plus tard.

Il fallut une dizaine d’années pour qu’enfin la jeunesse des universités britanniques, à Cambridge d’abord, puis à Oxford, revendiquât pour Keats et pour Shelley une place parmi les vrais poètes. Monckton Milnes, devenu plus tard lord Houghton, se consacra à cette réhabilitation. Le jeune Tennyson, né en 1809, admira l’art de Keats dès 1832-1833. Les préraphaélites (Rossetti, Morris) se proclamèrent ses disciples. Swinburne admira son hellénisme, son paganisme poétique, son culte éperdu de la beauté, et surtout l’accent mis sur le sensuel, alors que la littérature victorienne se croyait tenue de proposer un message moral optimiste. Depuis, la gloire de Keats n’a jamais plus été mise en question. Elle brille, hors des pays de langue anglaise, surtout parmi les connaisseurs, car la traduction la déflore. Nul poète anglais n’est plus récité, plus aimé.

5. Un poète et une poétique

Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé  » capacité négative  » ( » négative capability « ), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel.

Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de gênante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818).  » La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence  » (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression.

Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait  » le fardeau du mystère « . Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier  » ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos « . À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold :  » Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes. « 

Voir aussi:

Ne me Keats pas

Didier Péron

Libération

6 janvier 2010

En 1990, dans Un ange à ma table, la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion retraçait dans son deuxième long métrage la vie chaotique de sa compatriote, l’écrivain Janet Frame (1924-2004) : diagnostiquée à tort comme schizophrène et internée pendant près d’une dizaine d’années en hôpital psychiatrique où après de nombreux électrochocs, elle réchappait de peu à la lobotomie. Aujourd’hui, avec Bright Star, elle poursuit ce dialogue entre biographie tourmentée et création littéraire en évoquant l’amour passionné (mais chaste) entre le poète John Keats (1795-1821) et sa voisine Fanny Brawne, dans l’Angleterre des années 1820.

De nombreuses similitudes entre Frame et Keats frappent d’emblée en dépit de leurs éloignements historique, géographique et esthétique. D’abord, ils viennent de milieux sociaux qui ne les prédestinent pas à la carrière littéraire : Frame était née dans une famille ouvrière (père cheminot, mère femme de ménage), le père de Keats tenait une écurie de louage. Ensuite, ils sont très tôt frappés par le malheur en cascade : Janet Frame est traumatisée par la mort de deux de ses sœurs, l’une et l’autre noyées au cours d’accidents successifs . John Keats connaît le deuil dès l’enfance, il n’a que 8 ans quand son père meurt d’un accident de cheval, 14 ans quand sa mère est emportée par la tuberculose. Il sera ensuite confronté, comme on le voit dans le film, à la maladie identique d’un de ses frères, Thomas, qui expire en crachant le sang à l’âge canonique de 19 ans. D’emblée s’instaure, donc, dans les deux films un double rapport d’adversité et d’héroïsme, face aux hiérarchies sociales défavorisantes et aux assauts d’un destin catastrophique.

Bien qu’elle s’appuie sur la biographie de Keats écrite par Andrew Motion (non traduite en français), la cinéaste a composé un scénario original qui donne une part plus grande à Fanny Brawne qu’au poète. Du moins, c’est par son regard de fille moderne (ou tentant de l’être), issue d’une famille relativement aisée de la banlieue de Londres, se piquant de mode et fabriquant elle-même ses extravagants robes et chapeaux, que la cinéaste approche, comme en marchant sur des œufs, le mystère de la création. De manière significative, l’acte d’écrire lui-même n’est jamais véritablement représenté, ou alors sous la forme comique d’une séance de travail qui allait à peine commencer et que la jeune fille, désinvolte, peu sensible a priori aux muses poétiques, interrompt par ses intrusions intempestives ou ses questions déplacées.

La première mention de Fanny Brawne dans la correspondance de Keats, en décembre 1818, n’est d’ailleurs pas très flatteuse : «Elle se conduit de manière épouvantable, s’emballant à tout bout de champs, traitant les gens de tous les noms au point que je me suis obligé à la qualifier de « pimbêche ».» Pourtant, les liens se resserrent rapidement, Fanny est séduite par la douceur du jeune homme ; lui est conquis par sa fraîcheur et sa liberté d’esprit. Un an plus tard, alors qu’il se trouve sur l’île de Wight en voyage, il lui envoie une dizaine de lettres-poèmes, témoignages d’un amour brûlant : «Je rêve que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire.»

«Cockney». En octobre 1819, les deux jeunes gens se fiancent en secret, mais le mariage n’est pas envisageable selon les codes de l’époque. Car Keats n’a pas d’argent, il ne peut donc prétendre demander la main de Fanny. Campion décrit très bien ce mélange étrange de libéralisme moral, qui voit par exemple la mère de Fanny ne pas chercher à violemment séparer une union qu’elle jugerait socialement inappropriée (même si elle le dit et le répète), et de rigidité des codes sociaux anglais dominée par un sentiment aristocratique puissant. Ainsi, dimension que le film ne traite pas pour le coup, dès la parution de ses premiers poèmes, Keats est jugé avec mépris comme le rejeton dégénéré des quartiers «cockney», roturier sans éducation et usant de licences poétiques «indécentes». Lord Byron qui est, à l’époque avec Shelley, le représentant d’une jeunesse dorée, héritière de fortunes familiales et formée dans les meilleures universités, qualifiera d’ailleurs la poésie de Keats de «masturbation mentale». Le romantisme anglais contient donc sui generis la forte polarité sociale anglaise et s’élabore dans deux creusets de nature fort distincte : d’un côté de belles âmes sans souci matériel soignant leur mal de vivre au gré de grands voyages orientaux ; de l’autre, un orphelin désargenté, autodidacte des lettres, s’inscrivant à une formation de chirurgien dans l’un des quartiers les plus populaires de Londres, près du Guy’s Hospital, et payant son loyer en faisant des pansements.

Campion est quand même plus intéressée par la guerre des sexes que par la lutte des classes. Elle évoque la pauvreté de Keats, mais c’est surtout la littérature comme sport masculin qu’elle représente au premier chef. Ainsi le personnage de Charles Brown est-il chargé de toutes les caractéristiques d’une virilité coupable. Si Keats est maladif et androgyne (un genre de rock star british qui ne demande qu’à éclore), Brown est l’homme en pleine santé, à grosse voix et barbe, essayant d’empêcher la donzelle Fanny Brawne de distraire son protégé des geysers de son propre génie. L’amitié poétique est ainsi perçue comme une homosexualité qui ne dit pas son nom.

Linceul. Bien que nous assistions en somme à l’émergence du romantisme, Jane Campion ne cherche jamais ici à courir sur les lignes de crête qui jalonnent cette histoire – drame personnel, confrontation littéraire souvent acerbe, passion contrariée, jalousie, dépression et exaltation… -, elle se tient à dessein sur un chemin de contrebas où le tumulte ne parvient qu’amorti, filtré. C’est une passion courte pour une vie brève, mais perçue à pas lents et feutrés. Le couple central lui-même, interprété par deux acteurs délicieusement séduisants (Ben Whishaw et Abbie Cornish), se détache presque en creux sur une toile où le fond (paysages, accessoires, costumes…) et surtout les seconds rôles (incroyable silhouette des jeunes frères et sœurs de Fanny, pittoresque de la coterie campagnarde entourant Keats…) sont traités avec des reliefs plus soutenus.

Fanny et John sont pour ainsi dire des personnages préposthumes qui ne trouveront d’épaisseurs et de raison d’être qu’une fois glissés dans le linceul d’une mort embellissante. Les deux amants étant le plus souvent éloignés, ils ne restent à filmer pour la jeune fille en fleur que le fétichisme d’un corps masculin qui ne se donne véritablement qu’à travers des lettres déchirantes, des lambeaux de phrases tombées d’une bouche d’or, très vite barbouillée du sang artériel de la tuberculose qui le tuera à 25 ans :«La poésie de la terre ne s’arrête jamais», «Astre étincelant, que ne suis-je comme toi, immuable ?», «Quel est donc ce cortège qui s’avance en vue du sacrifice ?». Extrêmement composé, le film – qui a, selon le vœu de Jane Campion, la forme d’une «ballade», c’est-à-dire procédant par strophes, rythmes internes et ellipses – parvient à procurer le vertige d’une poésie qui s’invente au présent.

Si, après la projection, les larmes séchées, l’on veut en savoir plus sur Keats, on peut lire sa poésie (notamment dans un recueil de poche chez Gallimard), ainsi que la riche étude à la fois biographique et critique que lui a consacrée Christian La Cassagnère, sous le titre John Keats, les terres perdues (éd. Aden). Il nous éclaire sur un des nombreux aspects que le film laisse de côté, à savoir le souci du jeune homme non de compter fleurette ou de dire son malaise, mais d’affronter le mythe à travers les modèles écrasants de Shakespeare et de John Milton. Les longs textes – tels qu’Endymion ou l’inachevé Hyperion, tableau grandiose des Titans égarés, sans puissance, dans une vallée obscure – témoigne d’une ambition artistique que le film tend sans doute à minorer. Hyperion résume aussi le fond mélancolique d’un artiste qui ne connaîtra jamais la gloire auquel il avait désespérément aspiré jusqu’à son dernier soupir, «un poème sur l’essence tragique de l’homme», écrit La Cassagnère. «A travers le récit de la chute des dieux, Keats représente un être qui a pour destin de se constituer comme sujet dans une perte qui le laisse déshérité.»

Bright Star de Jane Campion avec Abbie Cornish, Ben Whishaw, Paul Schneider, Kerry Fox… 1 h 59.

Voir encore:

Bright Star: Campion’s Film About the Life and Love of Keats

Poets.org

A portrait of love and loss, Jane Campion’s film Bright Star chronicles the tragic love affair between John Keats and his neighbor, Fanny Brawne, throughout the years in which Keats wrote several of the most celebrated poems of the Romantic period. Told from Brawne’s perspective on the romance, the film not only reveals the evolution of their young love, but traces Brawne’s introduction and immersion into Keats’s world of poetry, beginning with apathy and ending with passionate involvement.

Though at the time the lovers meet in 1818 Keats has already established himself in the literary world, his career does not afford him the financial means to marry. Knowing this, Brawne’s interaction with Keats is limited, so she injects herself into his life by feigning an interest in poetry.

One of the most intimate early scenes of the relationship takes place over an impromptu poetry lesson, though Keats is suspicious of Brawne. When she asks for an introduction concerning « the craft of poetry, » Keats dismisses the notion: « Poetic craft is a carcass, a sham. If poetry doesn’t come as naturally as leaves to a tree, then it better not come at all. »

As the conversation continues, however, Brawne earns Keats’s trust, and he offers a more useful explanation: « A poem needs understanding through the senses. The point of diving in a lake is not immediately to swim to the shore; it’s to be in the lake, to luxuriate in the sensation of water. You do not work the lake out. It is an experience beyond thought. Poetry soothes and emboldens the soul to accept mystery. »

From that point on, Brawne develops an obsession with poetry—mostly Keats’s own poems—and occasionally recites favorite verses from memory. It is through Brawne that much of the poetry of the film reveals itself, either from her memory, or read to her by Keats.

Poems excerpted in the film include the book-length sequence Endymion, « When I Have Fears that I May Cease to Be, » « The Eve of St. Agnes, section XXIII, [Out went the taper as she hurried in], » « Ode to a Nightingale, » « La Belle Dame Sans Merci, » and the title poem, « Bright Star, » which Campion depicts as having been written with Brawne as Keats’s muse, though the historical evidence is inconclusive.

As Andrew Motion notes in Keats: A Biography (which Campion credits as having inspired the film), there are two parallels between the poem and Brawne: the first is found in one of Keats’s love letters to Brawne (« I will imagine you Venus tonight and pray, pray, pray to your star like a Heathen. Your’s ever, fair Star. »), and the second is the fact that in 1819 she transcribed the poem in a book by Dante which Keats had given her. There are, however, poems that were definitely written to Brawne (« The day is gone… » and « I cry your mercy… »), and Motion points out that their form resembles that of the title poem.

Another of Keats’s works unmistakably written for Brawne is the poem « To Fanny, » the last known poem written by Keats. In it, the poet addresses doubts and suspicions about Fanny—a turn at the end of Keats’s life that Campion understandably leaves out of the film entirely.

« [‘To Fanny’] begins with a desperate challenge to the advice that [Keats] should avoid writing, » explains Motion, « describing ‘verse’ as an illness which ‘Physician Nature’ must cure by bleeding. »

Though Campion’s film excludes any mention of Keat’s suspicions, Motion explains how the handwritten manuscript of Keats’s final poem offers « touching evidence » of the state the poet was in when he wrote it: « Initially large and wild, with several letters hastily unformed, Keats’s handwriting eventually slackens and splays. He was obviously worn out. The fact that it was the last poem he wrote makes this all the more moving. »

Voir enfin:

Enjoying « La Belle Dame Sans Merci », by John Keats

Ed Friedlander, M.D.

This pursued through volumes might take us no further than this, that with a great poet the sense of Beauty overcomes every other consideration, or rather obliterates all consideration.

— Keats (Dec. 21, 1817)

I’m a physician and medical school teacher in real life. I’ve liked Keats since I was in high school. Generally I enjoy the classics because they say what most of us have thought, but much more clearly.

The real John Keats is far more interesting than the languid aesthete of popular myth. Keats was born in 1795, the son of a stable attendant. As a young teen, he was extroverted, scrappy, and liked fistfighting. In 1810 he became an apprentice to an apothecary-surgeon, and in 1815 he went to medical school at Guy’s Hospital in London. In 1816, although he could have been licensed to prepare and sell medicines, he chose to devote his life entirely to writing poetry.

In 1818, Keats took a walking tour of the north of England and Scotland, and nursed his brother Tom during his fatal episode of tuberculosis.

By 1819, Keats realized that he, too, had tuberculosis. If you believe that most adult TB is from reactivation of a childhood infection, then he probably caught it from his mother. If you believe (as I do) that primary progressive TB is common, then he may well have caught it from Tom. Or it could have come from anybody. TB was common in Keats’s era.

Despite his illness and his financial difficulties, Keats wrote a tremendous amount of great poetry during 1819, including « La Belle Dame Sans Merci ».

On Feb. 3, 1820, Keats went to bed feverish and feeling very ill. He coughed, and noticed blood on the sheet. His friend Charles Brown looked at the blood with him. Keats said, « I know the color of that blood; it is arterial blood. I cannot be deceived. That drop of blood is my death warrant. » (Actually, TB is more likely to invade veins than arteries, but the blood that gets coughed up turns equally red the instant it contacts oxygen in the airways. The physicians of Keats’s era confused brown, altered blood with « venous blood », and fresh red blood with « arterial blood ».) Later that night he had massive hemoptysis.

Seeking a climate that might help him recover, he left England for Italy in 1820, where he died of his tuberculosis on Feb. 23, 1821. His asked that his epitaph read, « Here lies one whose name was writ in water. »

Percy Shelley, in « Adonais », for his own political reasons, claimed falsely that bad reviews of Keats’s poems (Blackwoods, 1817) had caused Keats’s death. Charles Brown referred to Keats’s « enemies » on Keats’s tombstone to get back at those who had cared for him during his final illness. And so began the nonsense about Keats, the great poet of sensuality and beauty, being a sissy and a crybaby.

There is actually much of the modern rock-and-roll star in Keats. His lyrics make sense, he tried hard to preserve his health, and he found beauty in the simplest things rather than in drugs (which were available in his era) or wild behavior. But in giving in totally to the experiences and sensations of the moment, without reasoning everything out, Keats could have been any of a host of present-day radical rockers.

O for a Life of Sensations rather than of Thoughts! It is a « Vision in the form of Youth » a shadow of reality to come and this consideration has further convinced me… that we shall enjoy ourselves here after having what we called happiness on Earth repeated in a finer tone and so repeated. And yet such a fate can only befall those who delight in Sensation rather than hunger as you do after Truth.

— Keats to Benjamin Bailey, Nov. 22, 1817

If you are curious to learn more about Keats, you’ll find he was tough, resilient, and likeable.

« La Belle Dame Sans Merci » exists in two versions. The first was the original one penned by Keats on April 21, 1819. The second was altered (probably at the suggestion of Leigh Hunt, and you might decide mostly for the worse) for its publication in Hunt’s Indicator on May 20, 1819.

Manuscript

I

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

Alone and palely loitering?

The sedge has withered from the lake,

And no birds sing.

II

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever-dew,

And on thy cheeks a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child,

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She looked at me as she did love,

And made sweet moan.

VI

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sidelong would she bend, and sing

A faery’s song.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna-dew,

And sure in language strange she said –

‘I love thee true’.

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she wept and sighed full sore,

And there I shut her wild wild eyes

With kisses four.

IX

And there she lulled me asleep

And there I dreamed – Ah! woe betide! –

The latest dream I ever dreamt

On the cold hill side.

X

I saw pale kings and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke and found me here,

On the cold hill’s side.

XII

And this is why I sojourn here

Alone and palely loitering,

Though the sedge is withered from the lake,

And no birds sing.

Published

I

Ah, what can ail thee, wretched wight,

Alone and palely loitering?

The sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

II

Ah, what can ail thee, wretched wight,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever dew;

And on thy cheek a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child;

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sideways would she lean, and sing

A faery’s song.

VI

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She look’d at me as she did love,

And made sweet moan.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna dew;

And sure in language strange she said –

‘I love thee true.’

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she gazed, and sighed deep,

And there I shut her wild wild eyes

So kiss’d to sleep.

IX

And there we slumber’d on the moss,

And there I dream’d – Ah! woe betide!

The latest dream I ever dream’d

On the cold hill side.

X

I saw pale kings, and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke, and found me here

On the cold hill side.

XII

And this is why I sojourn here,

Alone and palely loitering,

Though the sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

The Story

The poet meets a knight by a woodland lake in late autumn. The man has been there for a long time, and is evidently dying.

The knight says he met a beautiful, wild-looking woman in a meadow. He visited with her, and decked her with flowers. She did not speak, but looked and sighed as if she loved him. He gave her his horse to ride, and he walked beside them. He saw nothing but her, because she leaned over in his face and sang a mysterious song. She spoke a language he could not understand, but he was confident she said she loved him. He kissed her to sleep, and fell asleep himself.

He dreamed of a host of kings, princes, and warriors, all pale as death. They shouted a terrible warning — they were the woman’s slaves. And now he was her slave, too.

Awakening, the woman was gone, and the knight was left on the cold hillside.

Notes

« La Belle Dame Sans Merci » means « the beautiful woman without mercy. » It’s the title of an old French court poem by Alain Chartier. (« Merci » in today’s French is of course « thank you ».) Keats probably knew a current translation which was supposed to be by Chaucer. In Keats’s « Eve of Saint Agnes », the lover sings this old song as he is awakening his beloved.

« Wight » is an archaic name for a person. Like most people, I prefer « knight at arms » to « wretched wight », and obviously the illustrators of the poem did, too. (« Until I met her, I was a man of action! »)

« Sedge » is any of several grassy marsh plants which can dominate a wet meadow.

« Fever dew » is the sweat (diaphoresis) of sickness. Keats originally wrote « death’s lily » and « death’s rose », and he refers to the flush and the pallor of illness. If the poet can actually see the normal red color leaving the cheeks of the knight, then the knight must be going rapidly into shock, i.e., the poet has come across the knight right as he is dying, and is recording his last words. (The knight is too enwrapped in his own experience to notice.)

Medieval fairies (dwellers in the realm of faerie) were usually human-sized, though Shakespeare’s Midsummer Night’s Dream allowed them (by negative capability) to be sometimes-diminutive.

« Sidelong » means sideways. A « fragrant zone » is a flower belt. « Elfin » means « pertaining to the elves », or the fairy world. A « grot » is of course a grotto. « Betide » means « happen », and « woe betide » is a more romantical version of the contemporary expression « —- happens ». « Gloam » means gloom. A « thrall » is an abject slave.

The Poem’s Inspiration

Keats had a voluminous correspondence, and we can reconstruct the events surrounding the writing of « La Belle Dame Sans Merci ». He wrote the poem on April 21, 1819. It appears in the course of a letter to his brother George, usually numbered 123. You may enjoy looking this up to see how he changed the poem even while he was writing it.

At the time, Keats was very upset over a hoax that had been played on his brother Tom, who was deceived in a romantic liaison. He was also undecided about whether to enter into a relationship with Fanny Brawne, who he loved but whose friends disapproved of the possible match with Keats.

Shortly before the poem was written, Keats recorded a dream in which he met a beautiful woman in a magic place which turned out to be filled with pallid, enslaved lovers.

Just before the poem was written, Keats had read Spenser’s account of the false Florimel, in which an enchantress impersonates a heroine to her boyfriend, and then vanishes.

All these experiences probably went into the making of this powerful lyric.

In the letter, Keats followed the poem with a chuckle.

Why four kisses — you will way — why four? Because I wish to restrain the headlong impetuosity of my Muse — she would have fain said « score » without hurting the rhyme — but we must temper the imagination as the critics say with judgment. I was obliged to choose an even number that both eyes might have fair play: and to speak truly I think two apiece quite sufficient. Suppose I had said seven; there would have been three and a half apiece — a very awkward affair — and well got out of on my side —

Keats’s Themes

John Keats’s major works do not focus on religion, ethics, morals, or politics. He mostly just writes about sensations and experiencing the richness of life.

In his On Melancholy, Keats suggests that if you want to write sad poetry, don’t try to dull your senses, but focus on intense experience (not even always pleasant — peonies are nice, being b_tched out by your girlfriend isn’t), and remember that all things are transient. Only a poet can really savor the sadness of that insight.

In Lamia, a magic female snake falls in love with a young man, and transforms by magic into a woman. They live together in joy, until a well-intentioned scholar ruins the lovers’ happiness by pointing out that it’s a deception. Until the magic spell is broken by the voice of reason and science, they are both sublimely happy. It invites comparison with « La Belle Dame Sans Merci ».

Richard Dawkins took a line from « Lamia » for the title of his book, Unweaving the Rainbow, against the familiar (romantic?) complaints that studying nature (as it really is) makes you less appreciative of the world’s beauty. (I agree with Dawkins. I haven’t found that being scientific spoils anybody’s appreciation of beauty. — Ed.)

In On a Grecian Urn, Keats admires a moment of beauty held forever in a work of art. The eternal moment, rather than the stream of discursive, rational thought, led Keats to conclude, « Beauty is truth, truth beauty — that is all you know, or ever need to know. »

To a Nightingale recounts Keats’s being enraptured (by a singing bird) out of his everyday reality. He stopped thinking and reasoning for a while, and after the experience was over, he wondered which state of consciousness was the real one and which was the dream.

To Autumn is richly sensual, and contrasts the joys of autumn to the more-poetized joys of spring. Keats was dying at the time, and as in « La Belle Dame Sans Merci », Keats is probably describing, on one level, his own final illness — a time of completion, consummation, and peace.

Ask your instructor about Keats’s « pleasure thermometer ». The pleasure of nature and music gives way to the pleasure of sexuality and romance which in turn give way to the pleasure of visionary dreaming.

What’s It All About?

Keats focuses on how experiencing beauty gives meaning and value to life. In « La Belle Dame Sans Merci », Keats seems to be telling us about something that may have happened, or may happen someday, to you.

You discover something that you think you really like. You don’t really understand it, but you’re sure it’s the best thing that’s ever happened to you. You are thrilled. You focus on it. You give in to the beauty and richness and pleasure, and let it overwhelm you.

Then the pleasure is gone. Far more than a normal letdown, the experience has left you crippled emotionally. At least for a while, you don’t talk about regretting the experience. And it remains an important part of who you feel that you are.

Drug addiction (cocaine, heroin, alcohol) is what comes to my mind first. We’ve all known addicts who’ve tasted the pleasures, then suffered the health, emotional, and personal consequences. Yet I’ve been struck by how hard it is to rehabilitate these people, even when hope seems to be gone. They prefer to stagnate.

Vampires were starting to appear in literature around Keats’s time, and the enchantress of « La Belle Dame Sans Merci » is one of a long tradition of supernatural beings who have charmed mortals into spiritual slavery. Bram Stoker’s « Dracula » got much of its bite from the sexuality and seductiveness of the vampire lord.

Anyone who has seen or read « Coraline » can explore whether the « Beldame », who offers love and then imprisons her victims, is related to Keats’s « Belle Dame ». Explore the origins of the word in folklore. The theme of « Coraline » seems to be that if parents do not give attention to, and attend to the emotional needs of, their children… then other people will. And they will be the wrong people.

Failed romantic relationships (ended romances, marriages with the love gone) account for an astonishing number of suicides. Rather than giving up and moving on, men and women find themselves disabled, but not expressing sorrow that the relationship occurred.

Ideologies bring enormous excitement and happiness to new believers. They offer camaraderie and the thrill of thinking that you are intellectually and morally superior and about to change the world for the better. Members of both the Goofy Right and the Goofy Left seemed very happy on my college campus, and I’ve seen the satisfaction that participation in ideological movements brings people ever since. People who leave these movements (finding out that the movements are founded on lies) are often profoundly saddened and lonely.

Religious emotionalism can have an enormous impact, and some lives are permanently changed for the better at revivals. But some people who have come upon a faith commitment emotionally find themselves devastated when the emotions fade, and become unable to function even at their old level.

The Vilia is a Celtic woodland spirit, celebrated by Lehar and Ross in a love song from « The Merry Widow », 1905. The song itself was popular during the 1950’s. The song deals with a common human experience — never being able to recover the first ardor of love. The show itself celebrates that people CAN find love again.

There once was a VIlia, a witch of the wood,

A hunter beheld her alone as she stood,

The spell of her beauty upon him was laid;

He looked and he longed for the magical maid!

For a sudden tremor ran,

Right through the love bwildered man,

And he sighed as a hapless lover can.

Vilia, O Vilia! the witch of the wood!

Would I not die for you, dear, if I could?

Vilia, O Vilia, my love and my bride,

Softly and sadly he sighed.

The wood maiden smiled and no answer she gave,

But beckoned him into the shade of the cave,

He never had known such a rapturous bliss,

No maiden of mortals so sweetly can kiss!

As before her feet he lay,

She vanished in the wood away,

And he called vainly till his dying day!

Vilia, O Vilia, my love and my bride!

Softly and sadly he sighed, Sadly he sighed, « Vilia. »

Vilia — organ chorded version

Vilia — Chet Atkins, jazzier guitar version

Beauty itself, fully appreciated (as only a poet can), must by its impermanence devastate a person. Or so wrote Keats in his « To Melancholy », where the souls of poets hang as « cloudy trophies » in the shrine of Melancholy.

My experience has been more in keeping with Blake’s: « He who kisses a joy as it flies / Lives in eternity’s sunrise. »

Keats praised Shakespeare’s « negative capability ». If I understand the passage correctly, he’s referring to the lack of unambiguous messages in Shakespeare’s works. Instead of preaching or moralizing, Shakespeare’s works mirror life, and let the reader take away his or her own conclusions.

In « La Belle Dame Sans Merci » Keats is letting the reader decide whether the knight’s experience was worth it. Keats (the master of negative capability) records no reply to the dying knight.

For Discussion

What do people mean by « romanticism »? Some common features of works from the movement are:

simple language;

medieval subject matter;

supernatural subject matter;

emphasis on beauty, emotion, and sensuality;

emphasis on unreason.

In the middle ages, ballads were popular songs that told stories. Keats has imitated the ballad form, and you can find more ballads in the library.

Why did Keats choose this meter for his poem? The short-footed final lines of each stanza come as a bit of a surprise, and because of the spondees, they take as long to recite as the other lines. Their sudden slowness reminds me of the knight’s loss.

Unless you choose to use your own « negative capability », try to figure out the story. Is the woman a wicked temptress, trying to destroy men for caprice or sheer cruelty? Or are her tactics her way of defending her life and/or the people of her supernatural nation? Or is she, too, unable to fully join with mortal men, and as sad and frustrated as the men whose lives she has touched? Does the knight stay by the lake because he sees no further purpose in living, or because his experience has redefined him as a person, or because he expects the woman to return? What happened to his horse? Is the knight a ghost?

Why did Keats start the poem as he did? He paints a late-autumn scene (« the squirrel’s granary is full »). Is this setting the scene, or using nature to mirror a knight’s condition? Is there perhaps a more sinister / magical reason that the sedge is withering, or that no birds are singing? (Rachel Carson is said to have chosen the title « Silent Spring » — which correctly made the public aware of the danger that widespread DDT use had on the health of birds — after remembering this poem.)

Conservatives have suggested that the enchantress in the poem is a nature-cult that leads to demonic possession. Be this as it may, what is the fascination of the supposed supernatural and magical? Do you know anybody who has had a good and/or a bad experience with something like this?

To include this page in a bibliography, you may use this format: Friedlander ER (1999) Enjoying « La Belle Dame Sans Merci » by John Keats Retrieved Dec. 25, 2003 from http://www.pathguy.com/lbdsm.htm

For Modern Language Association sticklers, the name of the site itself is « The Pathology Guy » and the Sponsoring Institution or Organization is Ed Friedlander MD.

Links sedge; courtesy of a cranberry company

Keats

Keats Biography

Yahoo on John Keats

Keats

Keats

Negative Capability

http://www.john-keats.com

Thomas of Erceldoune (Thomas the Rhymer) was another mortal who was taken by the fairies to their realm where they live in prosperity, peace, and delight — as Satan’s cattle.

U. Florida drawings of sedges, etc.

« English Teaching Life » has evidently used this page to instruct people who are learning the language. I am very pleased by this, and commend Jan as a teacher

The Vale of Soul Making

There’s something else.

As I’ve mentioned, Keats does not deal with conventional religion in his poems. In several of his private letters, he explicitly stated that he did not believe in Christianity, or in any of the other received faiths of his era.

As he faced death, it’s clear that Keats did struggle to find meaning in life. And in the same letter (123) that contains the original of « La Belle Dame Sans Merci », Keats gives his answer.

The common cognomen of this world among the misguided and superstitious is « a vale of tears » from which we are to be redeemed by a certain arbitrary interposition of God and taken to Heaven. What a little circumscribed straightened notion!

Call the world, if you please, « the Vale of Soul Making ». Then you will find out the use of the world….

There may be intelligences or sparks of the divinity in millions — but they are not Souls till they acquire identities, till each one is personally itself.

Intelligences are atoms of perception — they know and they see and they are pure, in short they are God. How then are Souls to be made? How then are these sparks which are God to have identity given them — so as ever to possess a bliss peculiar to each one’s individual existence. How, but in the medium of a world like this?

This point I sincerely wish to consider, because I think it a grander system of salvation than the Christian religion — or rather it is a system of Spirit Creation…

I can scarcely express what I but dimly perceive — and yet I think I perceive it — that you may judge the more clearly I will put it in the most homely form possible. I will call the world a school instituted for the purpose of teaching little children to read. I will call the human heart the hornbook used in that school. And I will call the child able to read, the soul made from that school and its hornbook.

Do you not see how necessary a world of pains and troubles is to school an intelligence and make it a soul? A place where the heart must feel and suffer in a thousand diverse ways….

As various as the lives of men are — so various become their souls, and thus does God make individual beings, souls, identical souls of the sparks of his own essence.

This appears to me a faint sketch of a system of salvation which does not affront our reason and humanity…

Keats believed that we begin as identical bits of God, and acquire individuality only by life-defining emotional experiences. By doing this, we prepare ourselves for happiness in the afterlife.

You may decide for yourself (or exercise negative capability) about whether you will believe Keats. But it’s significant that this most intimate explanation of the personal philosophy behind his work follows a powerful lyric about emotional devastation.

If Keats’s philosophy is correct, then any intense experience — even letting your life rot away after a failed relationship, or enduring the agony of heroin withdrawal, or dying young of tuberculosis — is precious. (Perhaps Keats, medically trained and knowing he had been massively exposed, was foreseeing his own from TB — he would have been pale and sweaty and unable to move easily.) Each goes into making you into a unique being.

The idea is as radical as it sounds. And if you stay alert, you’ll encounter similar ideas again and again, in some of the most surprising places.

Diotima

He who from these ascending under the influence of true love, begins to perceive that beauty, is not far from the end. And the true order of going, or being led by another, to the things of love, is to begin from the beauties of earth and mount upwards for the sake of that other beauty, using these as steps only, and from one going on to two, and from two to all fair forms, and from fair forms to fair practices, and from fair practices to fair notions, until from fair notions he arrives at the notion of absolute beauty, and at last knows what the essence of beauty is.

Monty Python’s « The Meaning of Life »

In the universe, there are many energy fields which we cannot normally perceive. Some energies have a spiritual source, which act upon a person’s soul. The soul does not exist ab initio, as orthodox Christianity teaches. It has to be brought into existence by a process of guided self-observation. However, this is rarely achieved, owing to man’s unique ability to be distracted from spiritual matters by everyday trivia.

Planescape — adventure gaming based on philosophies of life, where the Sensate faction lives out Keats’s ideals.

Dean Koontz, « Intensity »

Mr. Vess is not sure if there is such a thing as the immortal soul, but he is unshakably certain that if souls exist, we are not born with them in the same way that we are born with eyes and ears. He believes that the soul, if real, accretes in the same manner as a coral reef grows from the deposit of countless millions of calcareous skeletons secreted by marine polyp. We build the reef of the soul, however, not from dead polyps but from steadily accreted sensations through the course of a lifetime. In Vess’s considered opinion, if one wishes to have a formidable soul — or any soul at all — one must open oneself to every possible sensation, plunge into the bottomless ocean of sensory stimuli that is our world, and experience with no consideration of good or bad, right or wrong, with no fear but only fortitude.

I’m an MD, a pathologist in Kansas City, a mainstream Christian. a modernist, a skydiver, an adventure gamer, the world’s busiest free internet physician, and a man who still enjoys books and ideas.

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Brown University, Department of English — my home base, 1969-1973.

More of my stuff:

Antony & Cleopatra — just getting started

The Book of Thel

Hamlet

Julian of Norwich

King Lear

The Lady of Shalott

A Midsummer Night’s Dream

Macbeth

Moby Dick

Oedipus the King

Prometheus Bound

Romeo and Juliet — just a short note

The Knight’s Tale

The Seven Against Thebes

The Tyger

Timbuctoo

Twelfth Night

I do not possess Keats’s negative capability. You get over a failed relationship by making a conscious decision to do so. I want to grab the horseman in the poem and yell, « Cowboy up! » or something. I suspect most visitors to this page would want to do exactly the same thing.

If I don’t share Keats’s focus on beauty and sensation over everything else, I do appreciate him for his insights into the human heart.

Teens: Stay away from drugs, work yourself extremely hard in class or at your trade, play sports if and only if you like it, and get out of abusive relationships by any means. If the grown-ups who support you are « difficult », act like you love them even if you’re not sure that you do. It’ll help you and them. The best thing anybody can say about you is, « That kid likes to work too hard and isn’t taking it easy like other young people. » Health and friendship.

Like Keats, I had tuberculosis in 1978-82. It was memorable. I’m grateful to modern, reality-based science for my cure.


Présidentielle américaine/2012: Les vacances de Monsieur Obama (Anything but prep: Obama believed he had actually won)

10 octobre, 2012
https://i2.wp.com/static01.mediaite.com/med/wp-content/uploads/2013/02/golf.jpghttp://wordwarriorsandiego.files.wordpress.com/2013/03/obama-playing-nuclear-golf-77907740145_xlarge.jpgC’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Rivarol
Je sers d’écran blanc sur lequel les gens de couleurs politiques les plus différentes peuvent projeter leurs propres vues. Barack Obama
En fait, je crois mes propres conneries. Barack Obama
En 2008, on ne se rappelle que de la victoire, mais on ne se souvient pas toujours des bosses sur la chaussée. Les choses paraissent toujours bien avec le recul. Mais quand on est au milieu (…) on fait toutes sortes d’erreurs. On bousille le travail. J’ai bousillé le travail. Mais le peuple américain nous a permis d’aller, de continuer. Barack Obama
Si l’on veut être président, on doit la vérité aux Américains. Quand je suis monté sur la scène, j’ai rencontré cet individu très en forme qui prétendait être Mitt Romney. Mais ce ne pouvait pas être Mitt Romney! Le vrai Mitt Romney fait le tour du pays depuis l’année dernière en promettant 5000 milliards de dollars de cadeaux fiscaux bénéficiant aux plus riches. Le vrai Romney disait que nous n’avions pas besoin de davantage d’enseignants dans nos classes. Mais l’individu sur la scène a dit qu’il aimait les professeurs. L’homme qui était sur la scène hier soir ne veut pas assumer la responsabilité de ce que le vrai Romney dit depuis l’année dernière. Barack Obama
Vous aviez annoncé que vous réduiriez le déficit de moitié. Quatre ans ont passé. Nous avons toujours des déficits de plusieurs billions de dollars. Vous avez trouvé 4 000 milliards de dollars pour réduire ou pour vous rapprocher d’un budget équilibré, sauf que nous avons toujours des déficits de plusieurs billions chaque année. Le travail n’a pas été pas fait. Mitt Romney
Je dois admettre que je me gratte la tête face à la capacité du président à consacrer régulièrement quatre heures de son temps pour aller jouer au golf. Mitt Romney
Chaque fois qu’Obama joue, il reste sur le parcours pendant six heures. Ainsi, depuis sa première partie en 2009, le président des Etats-Unis a passé l’équivalent de quatre mois de travail sur le green. Slate
Un problème plus sérieux pour notre nation aujourd’hui est que nous avons un président dont la bénigne – et donc désirable – couleur l’a exempté du processus politique d’individuation qui produit des dirigeants forts et lucides. Il n’a pas eu à risquer sa popularité pour ses principes, expérience sans laquelle nul ne peut connaître ses véritables convictions. A l’avenir il peut lui arriver à l’occasion de prendre la bonne décision, mais il n’y a aucun centre durement gagné en lui à partir duquel il pourrait se montrer un réel leader. Shelby Steele
Obama looks like a tourist reading a map. William Jensen
La dure vérité est que le Président Obama n’avait pas l’air préparé à ce débat. Il est arrivé comme quelqu’un qui n’avait pas vraiment envie d’être là, qui se demandait au nom de quoi il devrait subir les attaques impertinentes, et les contrevérités lancées sans cesse par son rival. Les millions de supporters d’Obama qui rêvaient de voir leur candidat s’enflammer pour eux -un Président qui se battrait vraiment pour leur cause- n’ont récolté qu’une profonde déception. (…) Il y aura d’autres débats. Et les élections sont loin d’être jouées. Mais les supporters d’Obama doivent montrer que le temps des excuses est fini. Le président n’a aucun droit de se présenter à un débat pas préparé et d’offrir une prestation si peu convaincante qu’elle en devient embarrassante. Les chefs progressistes qui représentent la frange la plus forte et la plus fidèle de ses soutiens doivent absolument lui faire parvenir ce message de façon claire. Le Président a déçu son peuple. Et s’il est capable de le faire dans une élection pourtant cruciale, cela signifie qu’il pourra le refaire s’il remporte un second mandat. Bob Herbert
Obama plays tourist at Hoover Dam (…) The president did not respond to shouted press questions about debate preparations. Obama might be hoping to use the dam as an example of American engineering and ingenuity in Tuesday’s first 2012 presidential debate. But given that President Herbert Hoover was soundly defeated after failing to bring the country back from an economic crisis, it might not be the best reference. The Washington Post
With President Obama holed up in a Nevada resort for debate practice, things can get pretty boring on the White House beat right now. Pretty boring for Obama too, apparently. « Basically they’re keeping me indoors all the time, » Obama told a supporter on the phone during a visit to a Las Vegas area field office. « It’s a drag, » he added. « They’re making me do my homework. » Too arrogant to take a core campaign responsibility seriously. Too arrogant to give his supporters what they deserve. (…) A sitting president does not recover from being obliterated on substance, style and likability in the first debate and get much of a chance to come back. He has, at a critical moment, deeply depressed his base and his supporters and independents are flocking to Romney in droves. I’ve never seen a candidate self-destruct for no external reason this late in a campaign before. Gore was better in his first debate – and he threw a solid lead into the trash that night. Even Bush was better in 2004 than Obama last week. Even Reagan’s meandering mess in 1984 was better – and he had approaching Alzheimer’s to blame. I’m trying to see a silver lining. But when a president self-immolates on live TV, and his opponent shines with lies and smiles, and a record number of people watch, it’s hard to see how a president and his party recover. Andrew Sullivan
The description of Obama – so disdainful, he didn’t feel he needed to really interact with Romney – seems to fit the demeanor we saw in the president, and other descriptions of the mood within Obama’s Chicago campaign headquarters. The problem is that this sets up a darned-if-you-do, darned-if-you-don’t decision for Obama in the next presidential debate next week. If Obama tears into Romney from the opening moments, he comes across as a man who realizes he’s losing, and who’s desperate to change the dynamic. He may look harsh, angry, and divisive. His base will probably love it, but all of the voters who have shifted to Romney in the past week will probably feel better about their choice. The tone of Obama’s performance last week was that he’s spent – he’s out of energy, out of ideas, out of hope and now just hoping to plod along for the next four years. Ninety minutes of Obama trying to recite his attack ads’ greatest hits before a town hall audience will only reinforce the perception, “this guy’s done, he’s got nothing else left to offer.” Keep in mind that Romney proved in the first debate to be much more nimble, persuasive, and personable than almost anyone expected. Obama could very well go on the attack and lose the exchange. But if Obama plays Mr. Nice Guy, his base is likely to be irate and depressed once again, since attacks on Romney are like catnip to them. In a way, failing to take on Romney would only reinforce the perception that Obama thinks he’s above this, that he thinks these debates are silly wastes of time, and that he doesn’t think his opponent is worth taking seriously. Ideally, Obama would defend his own policies and decisions and point out risks in Romney’s approach, while taking a respectful and perhaps even gracious tone. Unfortunately, it’s hard to imagine Obama doing that; he would need to show respect for an opponent he clearly doesn’t respect. In a way, Obama’s problem is that he’s too honest: he doesn’t take Romney seriously, and he cannot imagine how anyone else ever could. Jim Geraghty
A l’issue d’une heure et demie d’un débat télévisé dense et poli, le candidat républicain, Mitt Romney, s’est débarrassé de la caricature que ses adversaires démocrates dessinaient de lui depuis des mois. Il a habilement négocié son glissement au centre sans pour autant se renier vis-à-vis de la base plus à droite du Parti républicain, celle des meetings où l’on siffle Washington DC, celle du port d’armes, de la théologie des baisses d’impôts et de la nostalgie d’une Amérique où réussir était plus facile qu’aujourd’hui. (…) A l’issue de ce premier débat nettement remporté, le camp républicain sort galvanisé par la performance d’un champion dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’avait pas été choisi dans l’enthousiasme. Car, à bien des égards, Mitt Romney ne ressemble pas à la campagne qu’il a menée ni au parti qui le porte. Lui qui n’est pas fondamentalement un idéologue est le candidat d’un parti qui n’a jamais été autant marqué par l’idéologie. Lui dont on retient la gestion sage du Massachusetts et l’adoption de réformes consensuelles, notamment en matière de santé, s’est laissé embarquer à la tête d’une croisade populiste comme on en a rarement vu lors d’une campagne présidentielle américaine. Les Echos
D’après le décompte de Politifact , le site de «factchecking» lancé par le quotidien Tampa Bay Times, 27% des propos de Barack Obama sont faux ou plutôt faux, 1% sont même un mensonge éhonté. Pour Romney cette proportion monte à 32% et 9% en ce qui concerne les contrevérités les plus audacieuses. (…) Au rayon des bobards les plus endurants, les démocrates ont affirmé que Romney ne payait pas d’impôts et était contre l’avortement en cas de viol et d’inceste. Chez les républicains, on a répété à l’envi que Barack Obama avait supprimé l’obligation de travail pour certains allocataires des aides de l’État. Ce qui est inexact. Pour Bill Adlair, ces pourcentages ne signifient pas forcément que les équipes de campagne mentent plus, mais que leurs mensonges se propagent davantage et durablement, malgré des démentis. Les candidats et leurs soutiens ont investi les réseaux sociaux et Internet, «des moyens de communication qui prêtent la main à exagérer, à répandre des mensonges», estime Bill Adlair. Le Figaro
Romney est-il trop nul pour être élu ? Rue 89
Les Américains, bien plus intelligents et sages que les Européens, feront la différence entre l’honnêteté et le calme d’un côté, et l’assaut à coups de haches verbales contre la vérité, de l’autre. Il reste un mois jour pour jour avant que Romney ne retourne à ses comptes en banques off shore. Jean-Sébastien Stehli (Correspondant américain du Figaro)
Le Président Obama ne sera pas aussi mauvais dans les deux autres débats. Je refuse de l’imaginer. Ayant constaté les dégâts causés par son attitude détachée et professorale à Denver, il aura à coeur d’être chaleureux, précis et tranchant dans les deux autres confrontations. Il va devoir aussi être plus aggressif. C’est un risque car il aime passer pour un grand calme. S’il est trop aggressif, certains « indépendants », c’est à dire des indécis souvent centristes, en particulier des femmes, pourraient s’en offusquer.(…)  La prise en compte de la participation est toujours délicate et fait toute la différence. Sur ce point le Président Obama a un problème sérieux: la mobilisation de la droite contre lui est colossale. Les républicains sont remontés à bloc. La victoire très nette de leur candidat lors du premier débat leur a redonné espoir et énergie. Elle facilite aussi la levée de fonds pour leur candidat. Le Tea Party est déchaîné. Ses activistes jouent un rôle mal mesuré par les sondeurs. En revanche la mobilisation des « indépendants » qui avait fait gagner Barack Obama en 2008, ne sera probablement pas aussi bonne en 2012. Il avait promis d’être « post partisan ». Mais il n’a jamais pu séduire ou rallier plus qu’une petite poignée de sénateurs républicains. En outre, il n’est pas tellement populaire auprès des leaders démocrates du Capitole. Pierre-Yves Dugua

Après le candidat sans bilan et le président accidentel, le président candidat touriste?

Antisèche de Romney, altitude (Gore), rapport des services secrets sur une menace ou problème personnel (Woodward), charge présidentielle,  envie d’un « come-back » des médias, format du débat, anniversaire de mariage …

Alors que, malgré une légère amélioration des chiffres du chômage, les sondages confirment les uns après les autres (y compris, là où ça compte le plus, dans les états les plus disputés) le véritable désastre du premier débat de la présidenteille américaine d’il y a une semaine pour l’équipe démocrate  ….

Et qu’au risque de confirmer sa réputation de girouette et au prix de quelques arrangements avec les faits lui aussi, l’ancien gouverneur républicain d’un des états les plus à gauche du pays et longtemps trop modéré pour sa base semble avoir réussi son recentrage …

Les rumeurs et les pires élucubrations vont bon train sur le prétendu « mystère de la défaillance » de leur poulain …

Le Daily Mail (merci james) sort une révélation (d’un proche de l’équipe démocrate) qui en dit long sur la suffisance du président-candidat:

Préférant une virée au barrage Hoover, le touriste Obama n’avait tout simplement pas préparé sérieusement son débat

Et en plus il lui avait fallu plus de 24 heures pour reconnaitre qu’il avait en fait perdu son débat contre Romney!

Obama ‘believed he had BEATEN Romney’ in Denver debate – after ignoring advice of top aides on preparation

Obama believes he’d got the better of Romney as he walked off stage to the dismay of his aides, according to a Democrat close to the campaign

The President failed to prepare properly, opting instead to visit the Hoover Dam the day before the showdown

Democrat claims he was so disdainful of Romney that he didn’t think he needed to even engage with him

Had one-liners on 47% prepared but chose not to use them

Toby Harnden

The Daily Mail

9 October 2012

When President Barack Obama stepped off the stage in Denver last week the 60 million Americans watching the debate against Mitt Romney already knew it had been a disaster for him.

But what nobody knew, until now, was that Obama believed he had actually won.

In an extraordinary insight into the events leading up to the 90 minute showdown which changed the face of the election, a Democrat close to the Obama campaign today reveals that the President also did not take his debate preparation seriously, ignored the advice of senior aides and ignored one-liners that had been prepared to wound Romney.

The Democrat said that Obama’s inner circle was dismayed at the ‘disaster’ and that he believed the central problem was that the President was so disdainful of Romney that he didn’t believe he needed to engage with him.

‘President Obama made it clear he wanted to be doing anything else – anything – but debate prep,’ the Democrat said. ‘He kept breaking off whenever he got the opportunity and never really focused on the event.

‘He went into the debate armed with a number of one-liners to throw at Romney, including at least two about Romney not caring about 47 per cent of the country. But he decided not to use them.

The Democrat, who is aligned with the Obama campaign and has been an unofficial adviser on occasions, said that David Axelrod, Obama’s chief strategist, was stunned that the President left the stage feeling that he had won the debate.

‘To his credit, the President believes that debates are about substance rather than performance. He felt that his argument about the direction this country should take was much stronger than Romney’s. Unfortunately, that’s not the way modern debates work.’

During his debate preparation in Henderson, Nevada, Obama broke off to visit a campaign field office. There, he joked with a volunteer about how his advisers were ‘keeping me indoors all the time’ to practice. ‘It’s a drag. They’re making me do my homework.’

Obama also decided to take a break to visit the Hoover Dam. ‘Its spectacular, and I’ve never seen it before,’ he told reporters during the visit, which came about because an aide had mentioned the dam was nearby. I said, ‘Well, we’ve got to go check it out ».’

Even before the debate, some advisers were worried that Obama, who had been distracted and detached during some of the sessions in which Senator John Kerry had played Romney, would have an off night.

But in his closing statement in Denver, Obama said that it had been ‘a terrific debate and I very much appreciate it’ – an upbeat comment that reflected his view that he had at the very least held his own against Romney.

But he then delivered a line that bemused his advisers: ‘You know, four years ago, I said that I’m not a perfect man and I wouldn’t be a perfect president. And that’s probably a promise that Governor Romney thinks I’ve kept.’

The Democrat said: ‘It was as bad as « likeable enough ». The President thought he was being bitingly sarcastic about what he saw as Romney’s overly-aggressive performance. But to your swing voter it was as if he was waving the white flag of surrender.’

His ‘likeable enough’ allusion was a reference to a Democratic primary debate in 2008 when Obama had said to his rival Hillary Clinton: ‘You’re likeable enough, Hillary’. At the time, Obama felt he was being light-hearted and casual but viewers saw it as Obama being arrogant and condescending.

The Democrat would not reveal what the attack lines were that Obama failed to deliver ‘because we may well see the Vice President using them against Ryan’.

You liked my debate right? Obama and his team are desperately trying to repair the damage

Disaster: A poll out yesterday showed that three times more people thought Romney won than Obama

Vice President Joe Biden faces Representative Paul Ryan, the Republican vice-presidential nominee, in a debate in Danville, Kentucky on Thursday. It will be the only time the two men – one of who was born in 1942, the other in 1970 – will debate.

Biden, 69, is vastly more experienced that the 42-year-old Ryan. The Obama campaign is counting on him to vigorously attack the Romney-Ryan ticket in a way that the President did not.

Although it took Obama more than 24 hours, the Democrat said, to concede that Romney had soundly beaten him, the President’s aides realised immediately they had a major problem.

Almost immediately, the campaign’s central message that Romney was a captive of the hard-Right wing of his party was shifted to portraying him as a flip-flopper.

At the same time, the campaign decided to accuse Romney of lying in the debate and also sought to highlight his comments about cutting public funding of the PBS network by making hay with the republican’s quip that ‘I love Big Bird’.

The Romney campaign believes that the result has been disjointed and reeks of panic.

On a press conference call the day after the debate, Axelrod said the campaign would take ‘a hard look’ at what had happened and would ‘make some judgements about where to draw the lines in these debates and how to use our time’.

He is understood to have taken charge of debate preparation and be planning on longer, more streamlined sessions with fewer people present.

Voir aussi:

La mystérieuse contre-performance de Barack Obama lors du débat

Corine Lesnes (Denver, Colorado, envoyée spéciale)

Le Monde

05.10.2012

Quinze heures après sa spectaculaire contre-performance lors de son premier débat télévisé avec Mitt Romney, Barack Obama est apparu tout requinqué. Devant 12 500 personnes, réunies jeudi 4 octobre dans un parc de Denver, il a repris son ton percutant, retrouvé son téléprompteur, et asséné – un peu tard – quelques coups bien sentis à l’adversaire.

« Quand je suis monté sur la scène , j’ai rencontré ce type très animé qui prétendait être Mitt Romney, a-t-il lancé, vêtu d’un blouson sportswear. Mais cela ne pouvait pas être lui. » Pourquoi ? Parce que le « vrai Mitt Romney » promet aux riches 5 000 milliards de dollars (3 860 milliards d’euros) d’allégements d’impôts et que le « type sur la scène » a dit qu’il « ne savait rien de tout ça ». Le vrai Romney veut réduire le nombre de professeurs par classe, et le « type sur la scène » adore tellement les profs qu’il « en redemande », etc.

UN PRÉSIDENT PLUS COMBATIF LORS DU PROCHAIN DÉBAT

Au lendemain du débat, qui a été suivi par 67,2 millions de téléspectateurs, un record depuis 1992, l’équipe Obama a tenté d’allumer des contre-feux. Elle a diffusé une vidéo sur les « mensonges » de Mitt Romney. Et elle a fait fuiter les chiffres de collecte de fonds pour septembre : plus de 150 millions de dollars, le montant le plus élevé recueilli par un candidat depuis le début de l’année.

Côté stratégie, David Axelrod, l’un des principaux conseillers de M. Obama, a reconnu que des « réajustements » s’imposaient, mais il n’a pas caché que c’est le président lui-même qui avait décidé de ne pas répondre aux attaques pour ne pas donner un spectacle de pugilat. Selon lui, le prochain débat, le 16 octobre, à Hempstead (New York), verra un président plus combatif. D’ici là, Barack Obama va avoir droit à des répétitions dans un nouveau « camp » d’entraînement, cette fois en Virginie. Il n’est pas acquis que le « coach » sera encore le sénateur John Kerry.

A petites touches, la presse a fait le portrait d’un homme impatient, qui n’aime pas l’exercice et n’avait que peu répété. « La dernière fois que quelqu’un l’a contredit en public, c’est le 13 octobre 2008 », date du dernier débat avec le républicain John McCain, a persiflé un journaliste. Selon David Axelrod, le président voulait s’adresser directement aux Américains, plutôt que de poursuivre attaques et petites phrases préparées d’avance dans les échanges avec Mitt Romney.

IL « TRAVAILLE ASSIDÛMENT À ÉVITER D’ÊTRE QUESTIONNÉ »

Les conseillers n’ont pas réussi à éclaircir ce qui est devenu le mystère de la défaillance de Barack Obama. Les hypothèses les plus variées ont circulé. « L’altitude », selon Al Gore, relevant que Denver, la « ville haute d’un mile » (« mile-high city »), se trouve à 1 609 m d’altitude. Le président a eu le tort, selon l’ancien vice-président, de se préparer à Henderson, dans le Nevada, qui n’est qu’à 600 m.

David Plouffe, un autre des conseillers de M. Obama, a suggéré que les médias avaient envie d’un « come-back » et avaient été prompts à déclarer M. Romney vainqueur. Dana Milbank, dans le Washington Post, a rétorqué que le président ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même : cela fait quatre ans qu’il « travaille assidûment à éviter d’être questionné » ou contredit par les médias, a-t-il critiqué. Il évite les conférences de presse, pour privilégier les interviews avec Michelle dans les magazines familiaux. Ou les entretiens individuels, plus faciles à gérer parce qu’il « contrôle le sujet et que les journalistes veulent être réinvités ».

Le format a été mis en cause, qui privilégiait les réponses erratiques. L’anniversaire de mariage ? Barack Obama n’a pas caché qu’il aurait préféré être ailleurs, pour fêter cette vingtième année avec Michelle. Le président raconte souvent qu’il est enfermé dans la « bulle » et privé d’intimité. En même temps, sa campagne exploite sans retenue les anniversaires, Saint-Valentin et autres occasions privées, pour lancer des appels à contributions financières.

« QU’IL ENLÈVE SES GANTS »

Bob Woodward, le doyen du journalisme d’investigation, a été appelé à la rescousse. Il a dit qu’il n’avait pas encore enquêté sur le sujet mais a subodoré qu’il s’était « passé quelque chose » pour que Barack Obama soit à ce point distrait : soit un rapport des services secrets sur une menace quelque part, soit un problème personnel. « On saura un jour », a-t-il assuré.

A Denver, dans la foule venue affronter un froid brutal, les avis étaient partagés. Certains affirmaient comprendre que la charge de la présidence impose des limites. « Barack Obama est un gentleman, assurait Lisa Young, qui suit des cours de théâtre. J’aime son approche mesurée. Il nous représente correctement. » Jim Smithwick, qui travaille pour une ONG, faisait la même analyse : « Il est obligé de se comporter en président, avec une certaine dignité. Un président ne peut pas jeter de la boue à la tête de l’adversaire. »

D’autres étaient franchement mécontents, comme Shelly Volkman, vendeuse en parfumerie. « Ce n’est pas le moment dans un débat comme celui-là de rester sur ses hauteurs présidentielles, dit-elle. J’étais énervée. » La jeune femme était bénévole dans la campagne Obama en 2008. Un conseil ? « Qu’il enlève ses gants. » L’absence de combativité n’explique cependant pas que Barack Obama ait eu autant de peine à défendre son bilan.

Voir également:

Pourquoi l’économie est contre Romney

Jean-Sébastien Stehli

6 octobre 2012

Mitt Romney n’arrive jamais à tenir la route deux jours de suite. Après avoir remporté le duel avec Barack Obama, à Denver, il pouvait se réjouir d’avoir retrouvé un peu de vent favorable. Boom! vendredi les chiffres de l’emploi sont tombés: 7,8%. C’est le taux de chômage le plus bas depuis plus de quatre ans. Il y a désormais autant d’emplois aux Etats-Unis quau moment où Barack Obama a pris les commandes et depuis son élection, 4,3 millions d’emplois ont été créés. Dans un pays qui vote avec son portefeuille, cette nouvelle est évidemment bonne pour Obama. Surtout après les contre-vérités de Pinocchio Romney lors du débat, devant l’oeil éteint du soit disant modérateur, Jim Lehrer, qui s’était mis en pilote automatique et voguait loin de Denver. Et comme si cela ne suffisait pas, le mois de septembre a été particulièrement fructueux pour 44th: 181 millions de dollars. Plus de la moitié des dons sont inférieurs à 200 dollars. Romney peut se réjouir d’avoir remporté le débat dans l’esprit des spin meisters, mais ce n’est pas gagné pour lui — loin de là.

Pourtant, Barack y a mis du sien pour aider la campagne du Républicain. A tel point que le grand historien anglais Simon Schama se pose publiquement la question de savoir si Obama ne s’est pas volontairement sabordé. Comment comprendre, en effet, qu’Obama n’ait pas réagi lorsque Romney l’a accusé de mentir en affirmant que le candidat Républicain proposait de diminuer les impôts des riches, quand il s’agit de la politique des conservateurs depuis plus de 40 ans? Inexplicable.

Evidemment, Romney, qui croit maintenant avoir partie gagnée et encouragé par la passivité du président devant tant de contre-vérités (euphémisme), accuse maintenant le Bureau of Labor Statistics d’avoir tripatouillé les chiffres du chômage. C’est la première fois que de telles accusations sont portées contre une branche du Labor Department dont la crédibilité est inattaquable, comme le rappelle Matthew Yglesias, de Slate. Mais les bonnes statistiques minent l’argument principal de la campagne de Mr. 47% selon lequel sous la conduite de Barack Obama l’économie s’est dégradée. Obama ne peut pas le rappeler lui-même, mais on attendrait un peu plus de modestie de la part du parti qui a mis le pays sur les genoux et a travaillé de manière honteuse contre l’intérêt même des citoyens en s’opposant aux investissements du gouvernement fédéral dans des grands projets, comme, par exemple, le train à grande vitesse entre Tampa et Orlando qui aurait créé plusieurs milliers d’emplois dans un Etat, la Floride, parmi les plus touchés par la crise causée par les administrations républicaines successives appuyées par l’inénarrable Mr. Greenspan, adorateur d’Ayn Rand lui aussi, qui mériterait, si les citoyens avaient de la mémoire, d’être pendu par les pieds.

Les Américains, bien plus intelligents et sages que les Européens, feront la différence entre l’honnêteté et le calme d’un côté, et l’assaut à coups de haches verbales contre la vérité, de l’autre. Il reste un mois jour pour jour avant que Romney ne retourne à ses comptes en banques off shore.

Voir encore:

Obama et les sondages

Pierre-Yves Dugua

9 octobre 2012

Si je mets le mot Obama dans le titre, j’obtiens plus de clics de lecteurs…c’est fou non ?

Je prends connaissance depuis quatre jours d’une série de sondages qui montrent que la défaite très nette de Barack Obama lors du débat télévisé de la semaine passée a effacé son avance dans les sondages. Certains sondages donnent même désormais Mitt Romney en tête.

Ce phénomène appelle plusieurs commentaires.

1) Les sondages nationaux sont d’un intérêt moyen

Le Président des États-Unis est élu par un collège de grands électeurs issus de 50 scrutins dans 50 États. Il faut donc s’intéresser aux sondages par État. Et surtout aux sondages dans les États traditionnellement coupés en deux. Les fameux « swing states » censés faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Pour faire simple il faut suivre avant tout: la Floride, la Virginie et l’Ohio. Si Mitt Romney ne remporte pas une majorité dans ces trois États là, il devient très difficile pour lui de gagner. Les indications pour le moment sont que sa bonne performance dans le premier débat lui profite surtout en Floride et en Virginie. Mais la qualité des sondages étatiques est douteuse…

2) Il reste deux débats

Le Président Obama ne sera pas aussi mauvais dans les deux autres débats. Je refuse de l’imaginer.

Ayant constaté les dégâts causés par son attitude détachée et professorale à Denver, il aura à coeur d’être chaleureux, précis et tranchant dans les deux autres confrontations. Il va devoir aussi être plus aggressif. C’est un risque car il aime passer pour un grand calme. S’il est trop aggressif, certains « indépendants », c’est à dire des indécis souvent centristes, en particulier des femmes, pourraient s’en offusquer.

N’oublions pas que Mitt Romney est conscient que les termes du second débat, prévu le 16 octobre, ont changé. Le candidat républicain aura certainement tenu compte de la plus grande difficulté qu’il devra affronter face à un adversaire désormais sur ses gardes. Et surtout Mitt Romney devra se montrer à la hauteur de sa première performance. Un troisième et dernier débat est prévu le 22 octobre.

3) Les sondages n’élisent pas les présidents

Les électeurs élisent. Les sondeurs sondent. La prise en compte de la participation est toujours délicate et fait toute la différence.

Sur ce point le Président Obama a un problème sérieux: la mobilisation de la droite contre lui est colossale. Les républicains sont remontés à bloc. La victoire très nette de leur candidat lors du premier débat leur a redonné espoir et énergie. Elle facilite aussi la levée de fonds pour leur candidat. Le Tea Party est déchaîné. Ses activistes jouent un rôle mal mesuré par les sondeurs.

En revanche la mobilisation des « indépendants » qui avait fait gagner Barack Obama en 2008, ne sera probablement pas aussi bonne en 2012. Il avait promis d’être « post partisan ». Mais il n’a jamais pu séduire ou rallier plus qu’une petite poignée de sénateurs républicains. En outre, il n’est pas tellement populaire auprès des leaders démocrates du Capitole.

Côté démocrate, la gauche sera-t-elle aussi motivée qu’en 2008 ? C’est possible car sa peur de Mitt Romney est grande.

Historiquement les présidents sortants sont presque toujours réélus. George Bush père et Jimmy Carter sont les seuls exemples récents de défaites après un seul mandat.

4) Il est faux de dire que la situation économique détermine l’élection du président.

Ce qui compte est la perception de la tendance de la conjoncture dans les mois qui précèdent l’élection.

Or Barack Obama aujourd’hui profite d’une remontée relative de l’optimisme des Américains. La situation reste assez mauvaise. Mais elle est perçue comme moins mauvaise qu’il y a six mois. Cela suffit à faire la différence. Si la confiance des Américains avait chuté depuis trois mois, Mitt Romney serait clairement en tête.

Il faut cesser de répéter qu’aucun président ne peut gagner si le chômage est au dessus de x%. Ces précédents historiques n’ont guère de valeur. Le taux de chômage est lui-même très dépendant du taux de participation à la population active. Or ce taux a plongé depuis 4 ans. Le « vrai taux de chômage », de ce point de vue, est aujourd’hui clairement supérieur à 10%.

5) Les républicains ont de bonnes chances de garder la majorité à la Chambre

Le resserrement de l’écart entre les deux candidats, voire sa disparition, est de bon augure pour les républicains. Si l’Amérique voulait balayer la majorité républicaine de la Chambre, il est probable que les sondages le diraient déjà. Or ce n’est pas le cas. Plus le jeu sera serré entre Barack Obama et Mitt Romney, plus les républicains auront le sourire.

Une courte victoire du Président Obama a de bonnes chances de reconduire une majorité républicaine modestement affaiblie. Quelques extrémistes du Tea Party semblent en difficulté. Mais les républicains disposent de 50 sièges d’avance sur un total de 435.

Une reconduction de la majorité républicaine à la Chambre des représentants serait un casse tête humiliant pour le Président sortant: il devrait alors faire des compromis avec un parti qu’il traîne dans la boue depuis 4 ans et qui le lui rend bien. La différence est que pour sauver son second et dernier mandat, car la constitution américaine lui interdit de se présenter trois fois, Barack Obama sera obligé cette fois-ci de faire des compromis. Notamment en matière fiscale…

Un tiers du Sénat est par ailleurs renouvelé le 6 novembre. Les démocrates semblent en mesure de conserver leur courte majorité à la chambre haute. Mais des suprises sont possibles.

Voir de même:

Barack Obama: la grande désillusion

Ivan Rioufol

4 octobre

L’échec de Barack Obama devant Mitt Romney, à l’issue de leur premier débat, vient rappeler que le grand favori des médias n’est pas si bon et que le républicain, si critiqué, n’est pas si mauvais…

Barack Obama ironise sur son débat raté

Adèle Smith

08/10/2012

De notre correspondante à New York

L’ancien vice-président Al Gore avait invoqué l’altitude, d’autres la Syrie ou encore son anniversaire de mariage, Joe Biden avait même prétendu que Barack Obama avait été bon, mais le président a choisi l’autodérision dimanche soir à Los Angeles pour parler de sa contre-performance au débat de Denver. S’exprimant pour la première fois sans s’épancher sur le sujet lors d’un concert de levée de fonds, il est monté sur scène après Katy Perry, Bon Jovi et Stevie Wonder pour s’extasier de leurs performances infailliblement parfaites. Avant de lancer: «Je ne peux pas en dire autant» devant une salle hilare. Il a aussi rappelé ses erreurs de 2008. «En 2008, on ne se rappelle que de la victoire, mais on ne se souvient pas toujours des bosses sur la chaussée, a-t-il lancé. Les choses paraissent toujours bien avec le recul. Mais quand on est au milieu (…) on fait toutes sortes d’erreurs. On bousille le travail. J’ai bousillé le travail. Mais le peuple américain nous a permis d’aller, de continuer.»

«Tout le monde est sous le choc»

C’est un fidèle partisan – George Clooney – qui a annoncé le président au Nokia Theatre devant 6000 invités. Chacun s’était acquitté de 250 dollars. Barack Obama participe à sa dernière tournée en quête d’argent à Hollywood avant le scrutin du 6 novembre. D’ici là, il aura battu le record historique de levée de fonds à une élection présidentielle américaine avec une cagnotte de 1 milliard de dollars. L’industrie du cinéma et de la musique à Hollywood ainsi que la Silicon Valley auront été instrumentales. Dimanche, Barack Obama s’est également rendu à un dîner de «fundraising» dans le restaurant chic de Los Angeles WP24 où le droit d’entrée était de 25.000 dollars. Auparavant, il avait remercié douze de ses plus gros donateurs lors d’une réception privée à laquelle a participé Bill Clinton. Selon le Hollywood Reporter, sa mauvaise performance reste le premier sujet de conversation dans les cercles politiques de Hollywood. Le président devait rassurer ses donateurs. «Tout le monde est sous le choc a confié un militant démocrate au journal. Personne ne comprend ce qu’il s’est passé.»

Le président participera à trois autres levées de fonds à San Francisco ce lundi avant de retourner en campagne dans l’Ohio, puis en Floride. Ces deux États pivots font partie des plus importants de cette élection. À quelques heures du discours de politique étrangère de Mitt Romney, très attendu ce lundi en Virginie, Barack Obama a commencé le sien à Los Angeles précisément sur ce sujet. «Je vous avais dit en 2008 qu’on mettrait un terme à la guerre en Irak. On l’a fait. Qu’on arrêterait la guerre en Afghanistan. On est sur le point de le faire. Qu’on trouverait les responsables des attaques du 11 Septembre. Oussama Ben Laden n’est plus parmi les vivants.»

 Voir enfin:

Did Obama Just Throw The Entire Election Away?

 Andrew Sullivan

8 Oct 2012

The Pew poll is devastating, just devastating. Before the debate, Obama had a 51 – 43 lead; now, Romney has a 49 – 45 lead. That’s a simply unprecedented reversal for a candidate in October. Before Obama had leads on every policy issue and personal characteristic; now Romney leads in almost all of them. Obama’s performance gave Romney a 12 point swing! I repeat: a 12 point swing.

Romney’s favorables are above Obama’s now. Yes, you read that right. Romney’s favorables are higher than Obama’s right now. That gender gap that was Obama’s firewall? Over in one night:

Currently, women are evenly divided (47% Obama, 47% Romney). Last month, Obama led Romney by 18 points (56% to 38%) among women likely voters.

Seriously: has that kind of swing ever happened this late in a campaign? Has any candidate lost 18 points among women voters in one night ever? And we are told that when Obama left the stage that night, he was feeling good. That’s terrifying. On every single issue, Obama has instantly plummeted into near-oblivion. He still has some personal advantages over Romney – even though they are all much diminished. Obama still has an edge on Medicare, scores much higher on relating to ordinary people, is ahead on foreign policy, and on being moderate, consistent and honest (only 14 percent of swing voters believe Romney is honest). But on the core issues of the economy and the deficit, Romney is now kicking the president’s ass:

By a 37% to 24% margin, more swing voters say Romney would improve the job situation. Swing voters favor Romney on the deficit by a two-to-one (41% vs. 20%) margin…. Romney has gained ground on several of these measures since earlier in the campaign. Most notably, Obama and Romney now run even (44% each) in terms of which candidate is the stronger leader. Obama held a 13-point advantage on this a month ago. And Obama’s 14-point edge as the more honest and truthful candidate has narrowed to just five points. In June, Obama held a 17-point lead as the candidate voters thought was more willing to work with leaders from the other party. Today, the candidates run about even on this (45% say Obama, 42% Romney).

Lies work when they are unrebutted live on stage. And momentum counts at this point in the election.

Now look at Pew’s question as to who would help the middle class the most:

10-8-12-6

Look: I’m trying to rally some morale, but I’ve never seen a candidate this late in the game, so far ahead, just throw in the towel in the way Obama did last week – throw away almost every single advantage he had with voters and manage to enable his opponent to seem as if he cares about the middle class as much as Obama does. How do you erase that imprinted first image from public consciousness: a president incapable of making a single argument or even a halfway decent closing statement? And after Romney’s convincing Etch-A-Sketch, convincing because Obama was incapable of exposing it, Romney is now the centrist candidate, even as he is running to head up the most radical party in the modern era.

How can Obama come back? By ensuring people know that Romney was and is a shameless liar and opportunist? That doesn’t work for a sitting president. He always needed a clear positive proposal – tax reform, a Grand Bargain on S-B lines – as well as a sterling defense of his admirable record. Bill Clinton did the former for him. Everyone imaginable did what they could for him. And his response? Well, let’s look back a bit:

With President Obama holed up in a Nevada resort for debate practice, things can get pretty boring on the White House beat right now. Pretty boring for Obama too, apparently. « Basically they’re keeping me indoors all the time, » Obama told a supporter on the phone during a visit to a Las Vegas area field office. « It’s a drag, » he added. « They’re making me do my homework. »

Too arrogant to take a core campaign responsibility seriously. Too arrogant to give his supporters what they deserve. If he now came out and said he supports Simpson-Bowles in its entirety, it would look desperate, but now that Romney has junked every proposal he ever told his base, and we’re in mid-October, it’s Obama’s only chance on the economy.

Or maybe, just maybe, Obama can regain our trust and confidence somehow in the next debate. Maybe he can begin to give us a positive vision of what he wants to do (amazing that it’s October and some of us are still trying to help him, but he cannot). Maybe if Romney can turn this whole campaign around in 90 minutes, Obama can now do the same. But I doubt it. A sitting president does not recover from being obliterated on substance, style and likability in the first debate and get much of a chance to come back. He has, at a critical moment, deeply depressed his base and his supporters and independents are flocking to Romney in droves.

I’ve never seen a candidate self-destruct for no external reason this late in a campaign before. Gore was better in his first debate – and he threw a solid lead into the trash that night. Even Bush was better in 2004 than Obama last week. Even Reagan’s meandering mess in 1984 was better – and he had approaching Alzheimer’s to blame.

I’m trying to see a silver lining. But when a president self-immolates on live TV, and his opponent shines with lies and smiles, and a record number of people watch, it’s hard to see how a president and his party recover. I’m not giving up. If the lies and propaganda of the last four years work even after Obama had managed to fight back solidly against them to get a clear and solid lead in critical states, then reality-based government is over in this country again. We’re back to Bush-Cheney, but more extreme. We have to find a way to avoid that. Much, much more than Obama’s vanity is at stake.


Présidentielle américaine/2012: Retour sur l’envers de la canonisation de Barack Obama (Will Romney finally break the anti-Republican spell?)

8 octobre, 2012
In George Orwell’s brilliant « 1984 », there’s a character named Emmanuel Goldstein, the « Enemy of the People ». Every night, in this totalitarian society, Oceania, Goldstein’s face was flashed on the TV screen for the « Two minutes Hate » employed for the citizenry to vent its hostility. « All subsequent crimes against the Party, all treacheries, acts of sabotage, heresies, deviations, sprang directly out of his teaching »… To some degree Nixon has become Goldstein to many in our society and this is bad. Nick Thimmesch (1974)
Bien que Goldstein fût haï et méprisé par tout le monde, bien que tous les jours et un millier de fois par jour, sur les estrades, aux télécrans, dans les journaux, dans les livres, ses théories fussent réfutées, écrasées, ridiculisées, que leur pitoyable sottise fût exposée aux regards de tous, en dépit de tout cela, son influence ne semblait jamais diminuée. Il y avait toujours de nouvelles dupes qui attendaient d’être séduites par lui. Pas un jour ne se passait que des espions et des saboteurs à ses ordres ne fussent démasqués par la Police de la Pensée. 1984
Je vois s’approcher, avec la montée d’un séparatisme non seulement ethnique mais sexuel, la fin d’une certaine unité qui, jusqu’à présent, a fait la force principale de ce pays. J’y vois une rage nouvelle, y compris parmi les minorités ethniques qui ont le plus bénéficié de la prospérité et des campagnes antiracistes aujourd’hui démodées ou même discréditées. Je vois monter une nouvelle intolérance, un nouvel appel à la violence ente hommes et femmes, et une très étrange tendance à l’autocensure, dans ce pays où la liberté de l’information est sacrée. Edward Behr (1995)
The problem Mr. Obama poses for Republicans is that there has always been a disconnect between his actual performance and his appeal. If Hurricane Katrina irretrievably stained George W. Bush, the BP oil spill left no lasting mark on this president. Mr. Obama’s utter confusion in the face of the « Arab spring » has nudged his job-approval numbers down, but not his likability numbers, which Gallup has at a respectable 47.6%. In the mainstream media there has been a willingness to forgive this president his mistakes, to see him as an innocent in an impossible world. Why? There have really always been two Barack Obamas: the mortal man and the cultural icon. If the actual man is distinctly ordinary, even a little flat and humorless, the cultural icon is quite extraordinary. The problem for Republicans is that they must run against both the man and the myth. In 2008, few knew the man and Republicans were walloped by the myth. Today the man is much clearer, and yet the myth remains compelling. What gives Mr. Obama a cultural charisma that most Republicans cannot have? First, he represents a truly inspiring American exceptionalism: He is the first black in the entire history of Western civilization to lead a Western nation—and the most powerful nation in the world at that. And so not only is he the most powerful black man in recorded history, but he reached this apex only through the good offices of the great American democracy. Thus his presidency flatters America to a degree that no white Republican can hope to compete with. He literally validates the American democratic experiment, if not the broader Enlightenment that gave birth to it. He is also an extraordinary personification of the American Dream: Even someone from a race associated with slavery can rise to the presidency. Whatever disenchantment may surround the man, there is a distinct national pride in having elected him. All of this adds up to a powerful racial impressionism that works against today’s field of Republican candidates. This is the impressionism that framed Sen. John McCain in 2008 as a political and cultural redundancy—yet another older white male presuming to lead the nation. The point is that anyone who runs against Mr. Obama will be seen through the filter of this racial impressionism, in which white skin is redundant and dark skin is fresh and exceptional. This is the new cultural charisma that the president has introduced into American politics. Today this charisma is not as strong for Mr. Obama. The mere man and the actual president has not lived up to his billing as a historical breakthrough. Still, the Republican field is framed and—as the polls show—diminished by his mere presence in office, which makes America the most socially evolved nation in the world. Moreover, the mainstream media coddle Mr. Obama—the man—out of its identification with his exceptionalism. Conversely, the media hold the president’s exceptionalism against Republicans. Here is Barack Obama, evidence of a new and progressive America. Here are the Republicans, a cast of largely white males, looking peculiarly unevolved. Add to this the Republicans’ quite laudable focus on deficit reduction and spending cuts, and they can be made to look like a gaggle of scolding accountants. How can the GOP combat the president’s cultural charisma? It will have to make vivid the yawning gulf between Obama the flattering icon and Obama the confused and often overwhelmed president. Applaud the exceptionalism he represents, but deny him the right to ride on it as a kind of affirmative action. A president who is both Democratic and black effectively gives the infamous race card to the entire left: Attack our president and you are a racist. To thwart this, Republicans will have to break through the barrier of political correctness. (…) there must be a Republican message of social exceptionalism. America has more social mobility than any heterogeneous society in history. Isn’t there a great Republican opportunity to be had in urging minorities to at last move out of their long era of protest—in which militancy toward the very society they struggled to join was the way ahead? Aren’t Republicans uniquely positioned to offer minorities a liberation from both dependency and militancy? In other words, isn’t there a fresh new social idealism implicit in conservative principles? Why not articulate it and fight with it in the political arena? Such a message would show our president as unevolved in his social thinking—oh so 1965. The theme: Barack Obama believes in government; we believe in you. Shelby Steele
La diabolisation de Bush – et de Reagan, et de Nixon – est simplement le miroir de la canonisation de Barack Obama. (…) Comme dans toutes les affaires de ce genre, la haine envers Bush implique plusieurs facteurs sur lesquels les historiens débattront pendant les prochaines décennies. Mais l’un de ces facteurs, l’idéologie, ne doit pas être minimisé. Plus spécifiquement, la tournure idéologique de la politique américaine. Ce n’est pas par accident que les trois présidents les plus haïs soient Républicains. Ces campagnes sont un autre symptôme de l’effondrement de la gauche américaine dans une sorte de stupeur idéologique amorphe, caractérisée par des élans quasi-religieux, une division du monde en noir et blanc, et un embrasement émotionnel au-delà de tout contrôle conscient. La diabolisation de Bush – et de Reagan, et de Nixon – est simplement le miroir de la canonisation de Barack Obama. Il n’y a rien de nouveau là-dedans. Ce phénomène était déjà illustré dans 1984 de George Orwell, lors des « Cinq Minutes de la Haine » contre le personnage imaginaire d’Emmanuel Goldstein, lui-même basé sur Léon Trotski. La seule nouveauté vient de l’adoption délibérée de cette tactique dans la politique d’une démocratie – un fait sans précédent, porteur de grandes inquiétudes. En tant que démocrate, Obama n’a guère de raisons de s’inquiéter, même avec les éléments d’extrême-gauche de sa coalition commençant à déverser leur bile sur lui. La machinerie idéologique est trop peu maniable pour s’orienter contre un individu à gauche. Même si les circonstances l’amenaient à violer les convictions les plus profondes de ceux qui le soutiennent, des facteurs personnels – qui ne se limitent pas à la couleur de peau – serviraient à le protéger. J.R. Dunn

A l’heure où après l’incroyable raclée subie par leur poulain et les premiers effets dans les sondages, les stratèges démocrates comme leurs relais médiatiques des deux côtés de l’Atlantique ont repris leur travail de sape contre le candidat républicain …

Comment ne pas voir avec deux tribunes particulièrement éclairantes de JR Dunn de l’American thinker il y a trois ans (merci james) et de Shelby Steele dans le WSJ l’an dernier …

Que l’indéfectible canonisation du « Noir magique » porteur de rédemption n’est en fait que l’envers d’une tout aussi formidable haine, à l’instar du Goldstein d’Orwell et ses « Deux minutes de la Haine » quotidienne et selon le principe vieux comme le monde du bouc émissaire, pour ses adversaires républicains?

Et comment ne pas se poser la question, face à la véritable montagne à laquelle s’est attaqué Mitt Romney …

De savoir si le candidat républicain trouvera la force de finalement briser le charme qui est aussi un sortilège contre les successeurs de Lincoln, Nixon, Reagan et l’honnissime Bush?

De la haine anti-Bush

J.R. Dunn

Le Meilleur Des Mondes

31 Jan 2009

Avant d’être un bon ou un mauvais président, George W. Bush a été avant tout un président haï.

Il a quatre ans vers la même époque, juste avant la cérémonie d’investiture du Président, les grands titres des journaux étaient très différents:

– « Les Républicains dépensent 42 millions de dollars pour l’inauguration pendant que les soldats meurent dans des Humvees sans blindage »

– « L’Extravagance de Bush dépasse l’entendement pendant cette période économique difficile »

– « Les gros matous s’offrent une fête d’inauguration à 42 millions, les Américains ordinaires payent la note »

Et quatre ans plus tard, alors qu’Obama est le président investi:

– « L’investiture historique d’Obama ne coûtera que 120 millions de dollars »

– « Obama dépense 120 million sur la cérémonie d’investiture; l’Amérique a bien besoin d’une grande fête »

– « Obama montre à chacun comment faire la fête »

– « Les directeurs de Citibank contribuent à hauteur de 8 millions de dollars à l’investiture d’Obama » (après qu’ils ont été sauvé par l’argent public, naturellement.)

Le ton est différent, pourrait-on dire. Mais je ne suis pas la meilleure personne pour parler de l’atmosphère de haine palpable qui a baigné les huit ans à la tête des Etats-Unis du président sortant, et qui a largement traversé l’Atlantique. Je l’ai compris à la lecture d’une tribune de J.R. Dunn sur American Thinker que je me permets de traduire ici. Je me suis autorisé à souligner une phrase.

Bush et les anti-Bush

Une pensée a certainement traversé l’esprit de Barack Obama pendant la cérémonie d’inauguration: à un moment ou un autre, en regardant George W. Bush, il aura pensé à la façon dont celui-ci a été perçu en tant que président et aura prié Dieu en son for intérieur pour ne pas souffrir pareil traitement.

On peut affirmer sans craindre d’objection sérieuse qu’aucun président précédent n’a été traité aussi brutalement, vicieusement et injustement que George W. Bush.

Le 43e président des Etats-Unis a enduré des attaques continues et délibérées sur toutes les valeurs qu’il a défendues, tout ce dans quoi il était impliqué, et tout ce qu’il a tenté d’accomplir. Ceux qui ont travaillé avec lui en ont pratiquement souffert autant que lui (et certains plus encore – un au moins, Scooter Libby, a été jugé coupable sur des charges tellement spécieuses que le procès entier a ressemblé à une farce.)

Ses détracteurs n’ont pas hésité à mettre en danger la sécurité du pays, sa santé économique, et l’équilibre délicat d’un système démocratique simplement pour en découdre. Ils voulaient l’abattre à n’importe quel prix, ou au moins détruire sa réputation personnelle et la réputation de sa présidence. Ils ont à moitié atteint leur but, à un prix élevé pour le pays et son gouvernement.

Bien que chacun souligne qu’il s’en abstient, il est impossible de juger Bush, ses succès ou ses échecs sans prendre en compte ces attaques. Avant que la moindre analyse sérieuse de la présidence Bush ne puisse être faite, il faudra essayer de saisir l’entier de la campagne négative dont il a été l’objet. J’espère que personne ne retient son souffle.

D’autres présidents, il est vrai, ont souffert d’attaques gratuites. Lincoln était généralement décrié comme un imbécile, un rustaud mal dégrossi, voire un orang-outang. Une caricature confédérée tristement célèbre le montre avec des cornes démoniaques, un pied sur la Constitution. Personne en ce temps-là n’aurait imaginé la stature que Lincoln atteindrait finalement.

Richard M. Nixon est probablement le deuxième président le plus haï après Bush. Mais cette place était largement due à une coterie relativement restreinte de gauchistes de la côte est et de leurs relais, irrités par l’anticommunisme initial de M. Nixon (qui devint bien plus « nuancé » au moment où il prit place dans le Bureau Ovale, comme le montre clairement son ouverture vers la Chine en 1970.) Nixon bénéficiait du soutien de la plupart du pays, la fameuse « majorité silencieuse », pendant son premier mandat. S’il n’avait pas été rattrapé par des échecs personnels, il aurait sans aucun doute prévalu contre ses ennemis. Aussi difficile à croire que cela semble, cela se joua à un accès de paranoïa près pour que Nixon soit considéré comme un grand président.

Avec Reagan, la coterie était encore plus resserrée et isolée. Ses adversaires le décriaient continuellement comme un « acteur de série B » (ce qui montre, au passage, une grave méconnaissance de la façon dont les studios fonctionnaient alors), et furent sans cesse balayés par son humour, son intelligence, et son talent sans égal dans l’art de la communication. Comme l’a démontré le débordement d’émotion publique lors de ses funérailles officielles, Reagan se pose aujourd’hui comme l’un des présidents les plus aimés de l’époque récente.

Seul Bush est attaqué de toutes parts et totalement privé de soutien – même de la part des membres de son propre parti. Pas un seul média, à l’exception des radios privées, n’était dans son camp. Des acteurs et des comiques médiocres ont donné un second souffle à leurs carrières en s’en prenant à Bush. Une femme dérangée, pas loin de ressembler à une clocharde, se gara près de sa résidence de Crawford pour l’insulter et lui lancer des imprécations. Non seulement on ne l’envoya pas se faire pendre ailleurs, mais elle fut rejointe par des centaines d’autres âmes désoeuvrées et l’événement fut couvert en détail, minute par minute, par les plus grands réseaux d’information.

Au moins deux films, une pièce et un roman (par l’odieux Nicholson Baker, un écrivain descendant toujours plus bas sur l’échelle de la décence à chaque nouvelle oeuvre – du porno chic de Vox jusqu’à l’avilissement de la guerre contre Hitler dans son Human Smoke de l’an dernier) appelèrent publiquement à son assassinat, une nouvelle étape dans la critique présidentielle, que la gauche regrettera. Et n’oublions pas le tribun des masses, Michael Moore, dont le film Fahrenheit 911 a été le fin du fin de la satire politique, mais qui semble totalement oublié aujourd’hui.

Alors que Franklin Delano Roosevelt fut accusé d’avoir monté l’attaque contre Pearl Harbor (comme si une tentative d’attaque n’avait pas été suffisante pour jeter le pays dans la Seconde Guerre Mondiale), aucun président avant Bush ne fut autant au centre des machinations d’une conspiration tentaculaire. Les 9/11 Truthers, un mélange de doux-dingues et d’arnaqueurs décidés à tirer un maximum de leur escroquerie, ont accusé Bush et son administration de crimes faisant pâlir les attaques contre Roosevelt, sur une base encore plus irrationnelle. Ces hallucinations ont été reprises dans les médias de masse, jouant le rôle de courroie de transmission, et par divers personnages aux franges de la politique comme Cynthia McKinney.

Mais même cela s’efface à la lumière des actions menées par le New York Times qui, le long de sa route déclinante vers un rôle de papier d’emballage pour poisson, a sérieusement mis en danger la sécurité nationale dans le seul but de satisfaire ses pulsions anti-Bush. Des comptes-rendus d’écoutes téléphoniques, des techniques d’interrogatoire, les trajets utilisés pour transporter les terroristes capturés, la traque des finances des terroristes… Pas un seul programme de sécurité nationale visant l’activité djihadiste qui ne soit révélé dans les pages du Times et – pour n’oublier personne – qui ne soit repris dans le monde entier par les médias traditionnels. A un moment, les journalistes du Times ont publié une analyse détaillée des méthodes employées par le gouvernement pour traquer les armes atomiques en déshérence, un article qui a sans doute été lu avec un grand intérêt au nord de Lahore et que quelqu’un pourrait chèrement payer dans quelques années. Que Bush soit parvenu à déjouer toute nouvelle attaque alors que l’ensemble des médias luttaient pour miner ses efforts a quelque chose de miraculeux.

Quant à son propre parti, un bon nombre de Républicans (pas tous apparentés à la fraternité RINO) prirent pour habitude de faire plonger leur leader. Beaucoup refusèrent d’être pris en photo avec lui, certains prirent des mesures pour être hors de la ville lorsqu’il avait planifié une visite dans leur district, et quant à ceux qui prirent sa défense… Eh bien, disons que les noms ne viennent pas facilement à l’esprit. Cette pusillanimité à l’état pur joua un grand rôle dans les débâcles électorales républicaines de 2006 et 2008. Tant que le parti ne l’aura pas compris, que personne ne s’attende à un retour au premier plan du camp républicain.

Dernier élément mais non le moindre (je pense que nous pouvons passer sur l’épisode du lancer de chaussure, couvert en long, en large et en travers), Bush est le seul chef du pouvoir exécutif américain – et peut-être le seul leader de l’histoire mondiale – à avoir donné son nom à un désordre de la personnalité, l’inénarrable Bush Derangement Syndrome. A ce stade, peu de gens se rappellent encore que ce syndrome est le résultat des efforts des gauchistes du pays pour diagnostiquer une maladie mentale au président. Y a-t-il eu un Syndrome Hitler? Un Syndrome Staline? L’existence du BSD en dit bien plus long sur la gauche en général que sur le président Bush.

Quelles furent les raisons de toute cette haine et de la campagne qui en découla? On peut tourner la question dans tous les sens sans obtenir de réponse rationnelle. Tout ce dont on peut être sûr, c’est que la politique et la personnalité réelles de Bush n’avaient pas grand-chose à voir avec elles. L’attaque mégalomaniaque d’Al Gore pour tenter de défier les règles constitutionnelles de l’élection présidentielle à son avantage fut certainement un déclencheur, ouvrant le champ à la gauche pour s’attaquer au président. On peut dire la même chose de la longue rancoeur qui a suivi la mise en accusation de Bill Clinton. Mais bien que ce soit là des facteurs, ils ne suffisent pas à une explication complète. Après tout, le Parti Républicain des années 70 s’est-il vengé de la démission de Richard Nixon en s’acharnant sur Jimmy Carter? Ils firent la meilleure chose à faire, laisser Monsieur Cacahouète se griller tout seul.

Comme dans toutes les affaires de ce genre, la haine envers Bush implique plusieurs facteurs sur lesquels les historiens débattront pendant les prochaines décennies. Mais l’un de ces facteurs, l’idéologie, ne doit pas être minimisé. Plus spécifiquement, la tournure idéologique de la politique américaine. Ce n’est pas par accident que les trois présidents les plus haïs soient Républicains. Ces campagnes sont un autre symptôme de l’effondrement de la gauche américaine dans une sorte de stupeur idéologique amorphe, caractérisée par des élans quasi-religieux, une division du monde en noir et blanc, et un embrasement émotionnel au-delà de tout contrôle conscient. La diabolisation de Bush – et de Reagan, et de Nixon – est simplement le miroir de la canonisation de Barack Obama.

Il n’y a rien de nouveau là-dedans. Ce phénomène était déjà illustré dans 1984 de George Orwell, lors des « Cinq Minutes de la Haine » contre le personnage imaginaire d’Emmanuel Goldstein, lui-même basé sur Léon Trotski. La seule nouveauté vient de l’adoption délibérée de cette tactique dans la politique d’une démocratie – un fait sans précédent, porteur de grandes inquiétudes.

En tant que démocrate, Obama n’a guère de raisons de s’inquiéter, même avec les éléments d’extrême-gauche de sa coalition commençant à déverser leur bile sur lui. La machinerie idéologique est trop peu maniable pour s’orienter contre un individu à gauche. Même si les circonstances l’amenaient à violer les convictions les plus profondes de ceux qui le soutiennent, des facteurs personnels – qui ne se limitent pas à la couleur de peau – serviraient à le protéger.

Pour le pays dans son ensemble, les perspectives sont plutôt lugubres. La gauche est convaincue que la haine fonctionne, que c’est une excellente tactique, et qu’elle fonctionnera à tous les coups. Ils ont déjà commencé le travail de sape contre Sarah Palin, cible suivante dans leur longue liste de personnes à haïr. Ils se trompent, bien entendu. Dans une démocratie, la haine n’est pas une garantie, comme les ignorants, les Républicains radicaux, les ségrégationnistes, les Birchers et bien d’autres l’ont appris à leurs dépens. Mais le processus de désintégration peut prendre des années, pratiquement un siècle dans le cas de la ségrégation, et bien des dommages surviennent entre-temps. L’encouragement aux djihadistes et aux baasistes en Irak, croyant dans l’assurance d’une répétition de Saigon en 1975 dès que Bush le 43e serait hors de leur chemin, est un des sous-produits de la campagne contre lui. Cette fois-là, le prix a été payé par la population irakienne. Mais dans le futur, la facture pourrait atterrir plus près des foyers américains.

Quant au « Pire président de l’histoire » lui-même, George W. Bush n’a montré rien d’autre que sa retenue habituelle. Malgré tout ce que ses ennemis ont pu jeter contre lui, sa réhabilitation a déjà commencé (comme on peut le lire ici, ici, ici, ou là). Il sera finalement perçu comme un homme qui a reçu la pire main jamais distribuée à un président depuis Roosevelt, et la joua de la plus admirable manière. Comme Barack Obama semble l’avoir réalisé, il y a bien des choses à apprendre de Bush, un homme qui incarne le juste milieu, jamais trop abattu, jamais trop rempli de joie, et jamais submergé par les évènements.

D’autres présidents pourront essuyer la même haine irresponsable et gratuite, d’autres pourront souffrir d’abus comparables, mais nous pouvons être sûr qu’aucun ne les affrontera avec plus de sérénité que George W. Bush.

Voir aussi:

Obama’s Unspoken Re-Election Edge

This presidency flatters America to a degree that no white Republican can hope to match.

Shelby Steele

The WSJ

May 25, 2011

Many of the Republican presidential hopefuls should be able to beat President Obama in 2012. This president has a track record now and, thus, many vulnerabilities. If he is not our « worst president, » as Donald Trump would have it, his sweeping domestic initiatives—especially his stimulus package and health-care reform—were so jerry-built and high-handed that they generated a virtual revolution in America’s normally subdued middle class.

The president’s success in having Osama bin Laden killed is an exception to a pattern of excruciatingly humble and hesitant leadership abroad. Mr. Obama has been deeply ambivalent about the application of American power, as if a shameful « neocolonialism » attends every U.S. action in the world. In Libya he seems actually to want American power to diminish altogether.

This formula of shrinking American power abroad while expanding government power at home confuses and disappoints many Americans. Before bin Laden, 69% of Americans believed the country was on the wrong track, according to an Ipsos survey. A recent Zogby poll found that only 38% of respondents believed Mr. Obama deserved a second term, while 55% said they wanted someone new.

And yet Republicans everywhere ask, « Who do we have to beat him? » In head-to-head matchups, Mr. Obama beats all of the Republican hopefuls in most polls.

The problem Mr. Obama poses for Republicans is that there has always been a disconnect between his actual performance and his appeal. If Hurricane Katrina irretrievably stained George W. Bush, the BP oil spill left no lasting mark on this president. Mr. Obama’s utter confusion in the face of the « Arab spring » has nudged his job-approval numbers down, but not his likability numbers, which Gallup has at a respectable 47.6%. In the mainstream media there has been a willingness to forgive this president his mistakes, to see him as an innocent in an impossible world. Why?

There have really always been two Barack Obamas: the mortal man and the cultural icon. If the actual man is distinctly ordinary, even a little flat and humorless, the cultural icon is quite extraordinary. The problem for Republicans is that they must run against both the man and the myth. In 2008, few knew the man and Republicans were walloped by the myth. Today the man is much clearer, and yet the myth remains compelling.

What gives Mr. Obama a cultural charisma that most Republicans cannot have? First, he represents a truly inspiring American exceptionalism: He is the first black in the entire history of Western civilization to lead a Western nation—and the most powerful nation in the world at that. And so not only is he the most powerful black man in recorded history, but he reached this apex only through the good offices of the great American democracy.

Thus his presidency flatters America to a degree that no white Republican can hope to compete with. He literally validates the American democratic experiment, if not the broader Enlightenment that gave birth to it.

He is also an extraordinary personification of the American Dream: Even someone from a race associated with slavery can rise to the presidency. Whatever disenchantment may surround the man, there is a distinct national pride in having elected him.

All of this adds up to a powerful racial impressionism that works against today’s field of Republican candidates. This is the impressionism that framed Sen. John McCain in 2008 as a political and cultural redundancy—yet another older white male presuming to lead the nation.

The point is that anyone who runs against Mr. Obama will be seen through the filter of this racial impressionism, in which white skin is redundant and dark skin is fresh and exceptional. This is the new cultural charisma that the president has introduced into American politics.

Today this charisma is not as strong for Mr. Obama. The mere man and the actual president has not lived up to his billing as a historical breakthrough. Still, the Republican field is framed and—as the polls show—diminished by his mere presence in office, which makes America the most socially evolved nation in the world. Moreover, the mainstream media coddle Mr. Obama—the man—out of its identification with his exceptionalism.

Conversely, the media hold the president’s exceptionalism against Republicans. Here is Barack Obama, evidence of a new and progressive America. Here are the Republicans, a cast of largely white males, looking peculiarly unevolved. Add to this the Republicans’ quite laudable focus on deficit reduction and spending cuts, and they can be made to look like a gaggle of scolding accountants.

How can the GOP combat the president’s cultural charisma? It will have to make vivid the yawning gulf between Obama the flattering icon and Obama the confused and often overwhelmed president. Applaud the exceptionalism he represents, but deny him the right to ride on it as a kind of affirmative action.

A president who is both Democratic and black effectively gives the infamous race card to the entire left: Attack our president and you are a racist. To thwart this, Republicans will have to break through the barrier of political correctness.

Mr. McCain let himself be intimidated by Obama’s cultural charisma, threatening to fire any staff member who even used the candidate’s middle name. Donald Trump shot to the head of the Republican line by focusing on Mr. Obama as a president, calling him our « worst » president. I carry no brief for Mr. Trump, but his sudden success makes a point: Another kind of charisma redounds to those willing to challenge political correctness—those unwilling to be in thrall to the president’s cultural charisma.

Lastly, there must be a Republican message of social exceptionalism. America has more social mobility than any heterogeneous society in history. Isn’t there a great Republican opportunity to be had in urging minorities to at last move out of their long era of protest—in which militancy toward the very society they struggled to join was the way ahead? Aren’t Republicans uniquely positioned to offer minorities a liberation from both dependency and militancy?

In other words, isn’t there a fresh new social idealism implicit in conservative principles? Why not articulate it and fight with it in the political arena? Such a message would show our president as unevolved in his social thinking—oh so 1965. The theme: Barack Obama believes in government; we believe in you.

Mr. Steele is a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution. Among his books is « White Guilt » (Harper/Collins, 2007).


Obamalâtrie: Vous avez dit poudre de perlimpinpin? (Le Monde’s pathetic efforts at reviving its fallen magical negro)

7 octobre, 2012
Les noirs seront l’égal des blancs le jour où ils auront le droit d’être aussi nuls que certains blancs. D’après Françoise Giroud
L’égalité, c’est la liberté de ne pas devoir être deux fois plus mauvais pour échouer. D’après Touré
Equality is freedom from having to be twice as good to get ahead. Touré
What strikes me about the New Yorker cover is that it not only clearly takes Obama down several pegs, but references the Eastwood moment of the RNC convention, which we were assured by our betters for several weeks was a disaster for the Romney campaign. Think about it: the New Yorker is mocking Barack Obama using an image from a gag from the Republican National Convention. (…) The cover of the New Yorker — one of the tentpoles of respectable liberalism and elite opinion — is a signifier of the scope of Obama’s failure this week. (…) Once the mockery starts, it’s hard to stop. Ask Bill Clinton. Rick Wilson
The problem Mr. Obama poses for Republicans is that there has always been a disconnect between his actual performance and his appeal. If Hurricane Katrina irretrievably stained George W. Bush, the BP oil spill left no lasting mark on this president. Mr. Obama’s utter confusion in the face of the « Arab spring » has nudged his job-approval numbers down, but not his likability numbers, which Gallup has at a respectable 47.6%. In the mainstream media there has been a willingness to forgive this president his mistakes, to see him as an innocent in an impossible world. Why? There have really always been two Barack Obamas: the mortal man and the cultural icon. If the actual man is distinctly ordinary, even a little flat and humorless, the cultural icon is quite extraordinary. The problem for Republicans is that they must run against both the man and the myth. In 2008, few knew the man and Republicans were walloped by the myth. Today the man is much clearer, and yet the myth remains compelling. What gives Mr. Obama a cultural charisma that most Republicans cannot have? First, he represents a truly inspiring American exceptionalism: He is the first black in the entire history of Western civilization to lead a Western nation—and the most powerful nation in the world at that. And so not only is he the most powerful black man in recorded history, but he reached this apex only through the good offices of the great American democracy. Thus his presidency flatters America to a degree that no white Republican can hope to compete with. He literally validates the American democratic experiment, if not the broader Enlightenment that gave birth to it. He is also an extraordinary personification of the American Dream: Even someone from a race associated with slavery can rise to the presidency. Whatever disenchantment may surround the man, there is a distinct national pride in having elected him. All of this adds up to a powerful racial impressionism that works against today’s field of Republican candidates. This is the impressionism that framed Sen. John McCain in 2008 as a political and cultural redundancy—yet another older white male presuming to lead the nation. The point is that anyone who runs against Mr. Obama will be seen through the filter of this racial impressionism, in which white skin is redundant and dark skin is fresh and exceptional. This is the new cultural charisma that the president has introduced into American politics. Today this charisma is not as strong for Mr. Obama. The mere man and the actual president has not lived up to his billing as a historical breakthrough. Still, the Republican field is framed and—as the polls show—diminished by his mere presence in office, which makes America the most socially evolved nation in the world. Moreover, the mainstream media coddle Mr. Obama—the man—out of its identification with his exceptionalism. Conversely, the media hold the president’s exceptionalism against Republicans. Here is Barack Obama, evidence of a new and progressive America. Here are the Republicans, a cast of largely white males, looking peculiarly unevolved. Add to this the Republicans’ quite laudable focus on deficit reduction and spending cuts, and they can be made to look like a gaggle of scolding accountants. How can the GOP combat the president’s cultural charisma? It will have to make vivid the yawning gulf between Obama the flattering icon and Obama the confused and often overwhelmed president. Applaud the exceptionalism he represents, but deny him the right to ride on it as a kind of affirmative action. A president who is both Democratic and black effectively gives the infamous race card to the entire left: Attack our president and you are a racist. To thwart this, Republicans will have to break through the barrier of political correctness. (…) there must be a Republican message of social exceptionalism. America has more social mobility than any heterogeneous society in history. Isn’t there a great Republican opportunity to be had in urging minorities to at last move out of their long era of protest—in which militancy toward the very society they struggled to join was the way ahead? Aren’t Republicans uniquely positioned to offer minorities a liberation from both dependency and militancy? In other words, isn’t there a fresh new social idealism implicit in conservative principles? Why not articulate it and fight with it in the political arena? Such a message would show our president as unevolved in his social thinking—oh so 1965. The theme: Barack Obama believes in government; we believe in you. Shelby Steele
Il y a quatre ans, relativiser l’engouement pour Barack Obama tenait du sacrilège. Ecrire que le candidat de l’espoir et du changement était – aussi – un politicien, avec les compromis que cela suppose, était le signe des esprits chagrins (ou des partisans d’Hillary Clinton, sa rivale lors de la primaire démocrate de 2008). Au mieux, on ne vous croyait pas. Au pire, on vous traitait de « cynique ». Les Américains avaient soif de rédemption, les Européens s’extasiaient sur l’élection d’un Noir à la Maison Blanche, quarante ans après la fin de la ségrégation, en contemplant avec désolation leurs politiques d’intégration. Pour avoir dit que l’ascension de Barack Obama tenait du « conte de fées », Bill Clinton s’était fait crucifier. Tout juste si on ne l’accusait pas de racisme. Le sénateur de l’Illinois n’avait pourtant que quatre ans d’expérience à Washington. Comme le rappelle souvent Lynn Sweet, la journaliste du Chicago Sun Times, qui l’a vu arriver un jour de 2000 dans son bureau, son autobiographie à la main (Les rêves de mon père, 1995), il n’avait attaché son nom à aucune réforme d’envergure, aucune initiative qui pourrait laisser penser qu’il parviendrait à transformer un univers aussi divisé que le monde politique de Washington. Quatre ans plus tard, les réserves sont levées. Les chroniqueurs le disent sans crainte : Obama « n’était pas prêt pour la présidence » (…) Pour le chroniqueur et écrivain Touré, la banalisation d’Obama a du bon. (…) Les Américains semblent prêts à élire « un homme noir non magique », se réjouit Touré. Un homme qui fait de la politique politicienne, comme tout le monde. Qui décide, à cinq semaines des élections, de consacrer en Californie un monument à Cesar Chavez, le héros des ouvriers agricoles latinos, après avoir été le président qui a expulsé le plus de sans-papiers, à l’époque où il espérait rallier quelques républicains. C’est la meilleure leçon qui soit. Pour M. Obama, la vraie victoire post-raciale est d’être jugé moins sur le symbole que sur son bilan. Et si les électeurs lui en donnent le loisir, qui sait si, lors d’un second mandat, il ne deviendra pas le magicien que l’Amérique attendait… Corine Lesnes (correspondante américaine du Monde)

La dure chute du mythe Obama finira-t-elle par entrainer celle de ses créateurs médiatiques?

Au lendemain d’un débat où, à l’image de la tant moquée chaise vide prophétique de Clint Eastwood reprise aujourd’hui en couverture par le temple de la bien pensance de gauche (the New Yorker magazine),  l’insigne vacuité de leur poulain vient d’éclater aux yeux de tous …

Et où, à l’instar des évidents signes de panique de l’écurie démocrate, les sismographes des sondeurs ont déjà commencé à enregistrer les premiers signes de la probable onde de choc qui pourrait balayer ce qui reste de la statue que nos médias majoritairement de gauche avait construit de toutes pièces pour un public avide de rédemption …

Retour, côté français, pendant que dans sa version magazine du weekend Le Parisien nous ressort la caricature habituelle du candidat républicain (super-riche, religieux et gaffeur: en gros, « extraterrestre »!) et que le Monde magazine se décide enfin à évoquer  « l’autre Obama » (« perfectionniste, distant, mauvais perdant, sûr de lui, parfois jusqu’à la condescendance, (…) la facette méconnue de celui qu’on a surnommé Mister Cool »…

Sur une ô combien symptomatique revue de presse de la même correspondante américaine du Monde Corine Lesnes …

Qui, toute contrainte qu’elle est de reconnaitre l’évidence de la dimension largement mythique du phénomène Obama il y a quatre ans mais incapable de se résoudre à enterrer son rêve …

Termine son article sur  un pathétique raccrochage aux branches convoquant, juste après l’avoir dénié, non seulement la bonne vieille méthode Coué et l’incantation …

Mais, via la référence à un autre prophétique article du chroniqueur afro-américain de Time Touré,… aux pouvoirs supposés surnaturels du « Noir magique »!

Obama et la poudre de perlimpinpin

Corine Lesnes

Le Monde

04.10.2012

Il y a quatre ans, relativiser l’engouement pour Barack Obama tenait du sacrilège. Ecrire que le candidat de l’espoir et du changement était – aussi – un politicien, avec les compromis que cela suppose, était le signe des esprits chagrins (ou des partisans d’Hillary Clinton, sa rivale lors de la primaire démocrate de 2008). Au mieux, on ne vous croyait pas. Au pire, on vous traitait de « cynique ». Les Américains avaient soif de rédemption, les Européens s’extasiaient sur l’élection d’un Noir à la Maison Blanche, quarante ans après la fin de la ségrégation, en contemplant avec désolation leurs politiques d’intégration.

Pour avoir dit que l’ascension de Barack Obama tenait du « conte de fées », Bill Clinton s’était fait crucifier. Tout juste si on ne l’accusait pas de racisme. Le sénateur de l’Illinois n’avait pourtant que quatre ans d’expérience à Washington. Comme le rappelle souvent Lynn Sweet, la journaliste du Chicago Sun Times, qui l’a vu arriver un jour de 2000 dans son bureau, son autobiographie à la main (Les rêves de mon père, 1995), il n’avait attaché son nom à aucune réforme d’envergure, aucune initiative qui pourrait laisser penser qu’il parviendrait à transformer un univers aussi divisé que le monde politique de Washington.

Quatre ans plus tard, les réserves sont levées. Les chroniqueurs le disent sans crainte : Obama « n’était pas prêt pour la présidence », écrit James Fallows, l’un des barons de la presse nationale et ancien speechwriter du président Jimmy Carter (1977-1981), dans le magazine The Atlantic. Son tempérament, ajoute-t-il, « ne s’y prête pas ». Bill Clinton, l’ancien rival par association (avec Hillary), a été appelé à la rescousse à la Convention démocrate de Charlotte (Caroline du Nord), le 5 septembre. Mieux que quiconque, il a défendu le bilan du président : réforme de la santé, renforcement de la régulation financière, sauvetage de l’industrie automobile, nomination de deux femmes à la Cour suprême, décapitation d’Al-Qaida.

Un bilan flatteur, mais qui – rançon des attentes excessives – souffre « d’une sous-estimation aussi prononcée que la surestimation » des capacités du candidat démocrate de 2008, observe James Fallows.

Les portraits de l’Obama d’aujourd’hui sont nettement plus réalistes, voire sévères. Le premier président africain-américain ne fait plus rêver. Ce n’est plus le destin de l’Amérique qu’il accomplit, plus de 200 ans après la naissance de Lincoln. Il est décrit comme un pragmatique, qui, comme tous les nouveaux présidents, a « trahi ses partisans ». Dans son cas, analyse James Fallows, en pardonnant à Wall Street, en augmentant le contingent en Afghanistan et en reconduisant certaines des mesures antiterroristes de l’ère Bush.  » Il était censé affirmer l’unité de l’Amérique mais il n’a fait que souligner ses divisions. Candidat, il incarnait la transformation. Président, il a procédé par petites touches et démontré les limites du changement », juge encore M. Fallows, qui appelle quand même, rassurons-nous, à voter Obama.

Le président-candidat a beau dire qu’il n’avait « pas promis de miracles », il a beau répéter à ses auditeurs que le changement « c’est vous », certains réagissent comme s’ils s’en voulaient d’y avoir cru. Ils ont tort. « Mal préparé, oui. Cool au point d’être glacial, oui, reconnaît James Fallows. Mais le test pour les présidents, ce n’est pas où ils commencent, mais la vitesse à laquelle ils apprennent et l’endroit où ils aboutissent. » Et de son point de vue, Barack Obama a vite appris son métier.

Comme le dit Daniella Gibbs-Leger, qui a été l’une des collaboratrices du démocrate à la Maison Blanche, on ne peut « faire l’Histoire qu’une fois ». Et c’est tant mieux. Pour le chroniqueur et écrivain Touré, la banalisation d’Obama a du bon. S’il gagnait le scrutin du 6 novembre, sa victoire serait en fait plus significative que celle de 2008, du point de vue des relations raciales, écrit-il dans le magazine Time. A l’époque, il incarnait ce personnage qui revient régulièrement dans la littérature ou le cinéma : le « Nègre magique ». Aujourd’hui, les Américains ont dépassé la vision du « Noir super-héros ». Ils sont prêts à voter pour un homme qui a fait des erreurs, qui n’a pas tenu toutes ses promesses, qui n’a pas réconcilié républicains et démocrates par la seule vertu de son talent inné pour la synthèse.

De Jim, l’un des personnages majeurs des Aventures d’Huckleberry Finn, de Mark Twain, à Morpheus dans Matrix, le Magical Negro est un caractère doté de pouvoirs surnaturels, empli d’une sagesse innée qu’il utilise pour révéler à son compagnon blanc l’étendue de son potentiel. Pourquoi magique ? « Le concept est né d’un besoin de rectifier l’infériorité supposée des Noirs en prétendant que la sagesse noire est tellement étrange qu’elle ne peut qu’être le produit d’une source surnaturelle », décrit le chroniqueur.

Les Américains semblent prêts à élire « un homme noir non magique », se réjouit Touré. Un homme qui fait de la politique politicienne, comme tout le monde. Qui décide, à cinq semaines des élections, de consacrer en Californie un monument à Cesar Chavez, le héros des ouvriers agricoles latinos, après avoir été le président qui a expulsé le plus de sans-papiers, à l’époque où il espérait rallier quelques républicains. C’est la meilleure leçon qui soit.

Pour M. Obama, la vraie victoire post-raciale est d’être jugé moins sur le symbole que sur son bilan. Et si les électeurs lui en donnent le loisir, qui sait si, lors d’un second mandat, il ne deviendra pas le magicien que l’Amérique attendait…

Voir aussi:

Obama Administration

The Magical Negro Falls to Earth

But victory for Obama in 2012 would signify more racial progress than it did in 2008

Touré

September 26, 2012

If President Obama had to run against Senator Obama of 2008, he’d probably be crushed. Back then, Obama seemed superhuman; today he is merely mortal. His victory in 2008 was historic, breaking the race barrier in the nation’s highest office. But an Obama victory in 2012 would say something even more profound about how far our country has come.

Granted, Obama’s election (or not) is merely one of many factors that will tell us where we are on race in America. But it is a big one. In 2008, Obama had to overcome racial bias that a recent study by Seth Stephens-Davidowitz, a Harvard Ph.D. candidate in economics, suggests may have cost him as many as 3 to 5 percentage points in the election.

Obama had to be extraordinary, which reminds me of something my mother told me when I was a boy: that being black meant I had to be twice as good to get ahead. Obama more than just good; in many ways, he was the embodiment of that staple of film and literature, the magical Negro.

The magical Negro is a character full of knowledge and wisdom, sometimes with supernatural powers, whose job is to help a white protagonist reach his full potential. Jim in Mark Twain’s Huckleberry Finn is the classic example. More recently, there were Will Smith in The Legend of Bagger Vance, Michael Clarke Duncan in The Green Mile and Laurence Fishburne as Morpheus in The Matrix, who offers Keanu Reeves’ Neo a red pill that will change his life.

In 2008, Obama was Morpheus and America was Neo, a nation of great potential that had lost its mojo and did not understand reality. Obama offered America the red pill — the chance to vote for him — and we swallowed it. In The Matrix, the red pill took effect immediately, and it wasn’t long before Neo revealed himself to be the One — the Jesus-like figure Morpheus had thought he was. In the real world, change happens much more slowly. When Obama took office, it felt as if the sky were falling and we were close to a depression. We avoided that fate. But it has been a rough few years marked by problems (not all of his making) that include a historic recession, Washington gridlock, the passage of controversial health care legislation, the failure to close the Guantánamo prison, the Middle East explosion and the rhetorical blunder of “If you’ve got a business, you didn’t build that,” by which the great orator handed the GOP a gift it could mangle into a slogan. After all that, it’s impossible to view Obama as a superhuman magical-Negro figure anymore.

Obama has been brought down to earth, and he now admits, as he said in his speech at the Democratic National Convention, invoking the words of Abraham Lincoln, “I have been driven to my knees many times by the overwhelming conviction that I had no place else to go.” Yet despite his failings and mortal humility, Obama remains the favorite to win: he leads 48% to 45% in the latest Gallup poll and 48.9% to 44.9% in the Real Clear Politics average of polls.

All incumbents have natural advantages, but for Obama, incumbency is a double-edged sword. Given the super-human expectations placed on him when he took office, it’s not surprising that he has disappointed some of his followers.

So those poll numbers suggest something very interesting about this country in terms of racial progress. They show American voters embracing a non-magical black man. The magical Negro concept arose from a need to rectify supposed black inferiority with the undeniability of black wisdom by suggesting that wisdom is so alien that its origins cannot be explained by normal scientific methods.

While some may think it complimentary to be considered “magical,” it is infantilizing and offensive because it suggests black excellence is so shocking it can only come from a source that is supernatural. To accept a black leader who is extraordinary yet so human that he cannot be magical is an entirely different prospect than electing a black superhero. Anyone would vote for a superhero who lived up to my mom’s standard of having to be twice as good. But for it to embrace a nonmagical black person who cannot promise anything but hope, intelligence, sweat and experience, now that comes closer to equality. Equality is freedom from having to be twice as good to get ahead.

Touré is the author of four books, including Who’s Afraid of Post-Blackness? and the co-host of MSNBC’s The Cycle. The views expressed are solely his own.

Voir enfin:

The Shield Cracks

Rick Wilson

Ricochet

Oct 5

When the hermetic, perfect world created in 2008 came into being, the Lightbringer at its center was protected from the moment of his nomination in a kind of numinous cloud of cultural, media and elite opinion protection.

Jokes about Obama, well…they just weren’t funny. “It’s hard to make fun of Obama in general because he’s a cool character, » said Jimmy Kimmel. Noah Rothman called it « Obama’s prohibitive coolness. »

Criticism of his policies and politics were obviously racist in nature…what other explanation could possibly obtain? Mockery of his pomposity, his flagrant sense of personal grandeur, his Administration-as-personality-cult was a product of Republican sour grapes (and, duh, racism).

Even the mild comedic hits on Obama in popular culture were anodyne, bloodless things and mostly along the themes of his coolness, his intellect, his perfection. He was the straight man to the GOP foil. He was the cool kid in the room full of conservative dorks. One famous incident of self-editing to protect the image of President Cool was a spiked SNL skit.

What strikes me about the New Yorker cover is that it not only clearly takes Obama down several pegs, but references the Eastwood moment of the RNC convention, which we were assured by our betters for several weeks was a disaster for the Romney campaign. Think about it: the New Yorker is mocking Barack Obama using an image from a gag from the Republican National Convention.

It’s a singularity of irony, they just don’t know it.

The cracks in the Acela Corridor’s Barack Protection Protocol are showing because Obama’s most compelling attribute was the belief that his intellectual prowess is unmatched by any President, perhaps any mortal. A cornerstone of their faith in him was always that Barack Obama’s intellectual firepower could be deployed at will, and destroy Mitt Romney at a time and place of the President’s choosing.

What they saw Wednesday night wasn’t the demigod they’ve protected like so many cultural Myrmidons, but a stammering, detached, utterly outclassed man hoisted on the petard of his own laziness and incuriousity. The damage to their perception of him isn’t enough to draw them to Romney, but in their post-modern, super-ironic world, the moment Obama showed weakness, he became a legitimate target.

The cover of the New Yorker — one of the tentpoles of respectable liberalism and elite opinion — is a signifier of the scope of Obama’s failure this week.

As the dozens of snarky articles, brutal editorial cartoons, late night comedy shows taking new and unaccustomed shots at Obama (I’m not counting Chris Matthews and his epic rant) build up a certain cultural momentum, the sense that Obama’s failings are suddenly funny is a deadly virus in the bloodstream of liberal opinion.

Barack Obama is a man of abundantly evident self-regard. The growing sound of mockery and derision must be painful to him, especially coming from the unexpected quarters of his erstwhile allies. Once the mockery starts, it’s hard to stop. Ask Bill Clinton.

The clues of an Obama meltdown in high-, low- and even pop-culture tell me that the next debates for Obama aren’t just consequential: they’re existential.


Présidentielle américaine/2012: Bastiat vs. Big Bird (Let us accustom ourselves to avoid judging of things by what is seen only)

6 octobre, 2012
BigBirdQuand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus, cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous de moins. Mais la dépense du fonctionnaire se voit, parce qu’elle se fait; tandis que celle du contribuable ne se voit pas, parce que, hélas! on l’empêche de se faire. Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche. Vous devriez vous demander encore s’il est possible que le sol reçoive autant de cette eau précieuse par la pluie qu’il en perd par l’évaporation? Ce qu’il y a de très-positif, c’est que, quand Jacques Bonhomme compte cent sous au percepteur, il ne reçoit rien en retour. Quand, ensuite, un fonctionnaire dépensant ces cent sous, les rend à Jacques Bonhomme, c’est contre une valeur égale en blé ou en travail. Le résultat définitif est pour Jacques Bonhomme une perte de cinq francs. Il est très-vrai que souvent, le plus souvent si l’on veut, le fonctionnaire rend à Jacques Bonhomme un service équivalent. En ce cas, il n’y a pas perte de part ni d’autre, il n’y a qu’échange. Aussi, mon argumentation ne s’adresse-t-elle nullement aux fonctions utiles. Je dis ceci: si vous voulez une fonction, prouvez son utilité. Démontrez qu’elle vaut à Jacques Bonhomme, par les services qu’elle lui rend, l’équivalent de ce qu’elle lui coûte. Mais, abstraction faite de cette utilité intrinsèque, n’invoquez pas comme argument l’avantage qu’elle confère au fonctionnaire, à sa famille et à ses fournisseurs; n’alléguez pas qu’elle favorise le travail. Quand Jacques Bonhomme donne cent sous à un fonctionnaire contre un service réellement utile, c’est exactement comme quand il donne cent sous à un cordonnier contre une paire de souliers. Donnant donnant, partant quittes. Mais, quand Jacques Bonhomme livre cent sous à un fonctionnaire pour n’en recevoir aucun service ou même pour en recevoir des vexations, c’est comme s’il les livrait à un voleur. Il ne sert de rien de dire que le fonctionnaire dépensera ces cent sous au grand profit du travail national; autant en eût fait le voleur; autant en ferait Jacques Bonhomme s’il n’eût rencontré sur son chemin ni le parasite extra-légal ni le parasite légal. (…) Habituons-nous donc à ne pas juger des choses seulement par ce qu’on voit, mais encore par ce qu’on ne voit pas. Frédéric Bastiat
L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. (…) Quant à nous, nous pensons que l’État, ce n’est ou ce ne devrait être autre chose que la force commune instituée, non pour être entre tous les citoyens un instrument d’oppression et de spoliation réciproque, mais, au contraire, pour garantir à chacun le sien, et faire régner la justice et la sécurité. Frédéric Bastiat
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
French free-market economist Frederic Bastiat pointed out in the 19th century that government actions always leave some production « unseen » that could potentially improve a country’s standard of living. Who knows how many media innovations are « unseen » because funding for public broadcasting has tilted the playing field for independent media? Conservative Congress
Le plan de relance du président Obama a échoué parce qu’il a ignoré l’erreur de la vitre cassée, comme le font tous les projets gouvernementaux pour stimuler l’économie en dépensant. Est évidente dans le plan d’Obama l’idée que le gouvernement peut dépenser l’argent mieux et de manière plus efficace que le secteur privé. Ce qu’Obama et les liberals [au sens américain, c’est-à-dire « ceux de la gauche »] ne comprennent pas, c’est que chaque dollar qu’ils dépensent doit venir de quelque part […] En somme, tout dollar dépensé par le gouvernement en est un que le secteur privé ne dépensera pas.  John Stossel
L’impôt sur le revenu en Amérique est depuis longtemps un exemple de ce que l’économiste français Frédéric Bastiat surnommait la ‘spoliation légale.’ Selon Bastiat, la spoliation légale a lieu lorsque le gouvernement prend, par la force, ce qu’un citoyen a légitimement gagné pour le donner à un autre. Lorsqu’un simple citoyen pratique ce que décrit Bastiat, on appelle cela le vol. Quand c’est le gouvernement qui le fait, on l’appelle la redistribution des revenus. Kelly Boggs
Au fur et à mesure que notre pays vieillit, l’État nous dépouille de nos droits au lieu de les garantir. Le gouvernement s’élargit, alors que l’individu se rétrécit. Alors que la loi était censée nous protéger contre la diminution de l’homme, elle est plutôt utilisée comme moyen de le spolier. Site Big Government
Alors que Bastiat disait [dans l’introduction de ses Harmonies économiques ] ‘Tous les intérêts légitimes sont harmoniques,’ les démocrates américains contemporains disent que les intérêts de la communauté sont plus importants que les intérêts de l’individu. Ces deux approches s’opposent. L’un est purement américain, bien que proclamé par un Français, et l’autre est européen, ou du Vieux Monde, bien que proclamé par des Américains. Clay Barham
Dans la rhétorique de Bastiat tout phénomène économique ou social reçoit son doublet moral, voire religieux : la marche du progrès est fatale mais l’homme est libre, la concurrence est un fait indestructible, mais elle n’existe qu’en ‘l’absence d’une autorité arbitraire comme juge des échanges’, etc. C’est le passage constant de l’objectif au subjectif, du descriptif au prescriptif qui fait l’originalité de Bastiat … Lucien Jaume
It is confusing. Whenever there’s a discussion over taxpayer money funding public television, they use us to make their argument. Republicans want to take money away from Elmo. Democrats want to send money to Elmo. But from a financial standpoint, Sesame is completely separate from PBS.  Sherrie Rollins Westin
Sesame Workshop may be financially independent from PBS, but the two organizations are dependent on one another in other ways. Sesame Workshop relies on PBS to distribute its programming to U.S. children, an, especially ones from lower-economic brackets, access to educational programming. (…) At the same time, PBS and Sesame oftentimes find themselves competing for the same public donations. Many parents mistakenly assume that when they give money to their local PBS station, they are supporting Sesame Street, especially because PBS prominently displays Sesame Street in its fundraising drives. While this attention helps to promote and raise awareness for Sesame Street, it also insinuates that the contribution will benefit the series, when it does not. (…) PBS also finds itself on the defensive when opponents point out that it doesn’t need taxpayer money because it receives millions from the licensing of popular Sesame characters. Sesame Workshop receives millions from its Elmo-branded toys, but PBS doesn’t a dime. Larissa Faw
Revendiquant une approche bipartite des grands problèmes, Barack Obama avait créé, en 2010, une commission copilotée par le républicain Alan Simpson, ancien sénateur du Wyoming, et le démocrate Erskine Bowles, ancien secrétaire général du président Clinton, chargée de faire des propositions pour réduire sur le long terme l’endettement du pays. La commission, où siégeaient six représentants et six sénateurs, préconisa une sévère cure d’austérité destinée à ramener le déficit budgétaire à 2 % d’ici à 2015, et à dégager un excédent d’ici à 2037. Elle comprend un mélange de hausses d’impôts (notamment pour les hauts revenus) et de baisses des dépenses publiques. Selon la commission, un tiers des bases militaires à l’étranger devaient être fermées et 10 % des emplois fédéraux supprimés. Pour chaque dollar de recettes nouvelles, les dépenses auraient été diminuées de trois dollars. Les propositions de la commission n’ont pas été adoptées et ses travaux illustrèrent le refus de compromis des républicains, ces derniers accusant le président d’avoir fait capoter des négociations. Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney pour la vice-présidence, a siégé à la commission Simpson-Bowles et a refusé d’en signer les conclusions. Les tentatives ultérieures destinées à trouver un compromis sur la réduction de la dette ont échoué jusqu’à présent. Le Monde
Cut funding for the Corporation for Public Broadcasting. The Corporation for Public Broadcasting’s primary job is to fund NPR and its member stations (and other public radio stations) and PBS and its member stations. The current CPB funding level is the highest it has ever been. This option would eliminate funding for the Corporation for Public Broadcasting, saving just under $500 million in 2015. Additionally, Congress should end two duplicative public broadcasting programs on President Obama’s termination list: The Public Telecom Facilities Grant Program (PTFP) and USDA’s Public Broadcasting Grants program. In recent years, PTFP has primarily provided funding to help broadcasters transition to digital broadcasts. In FY2010, PTFP received $20 million in appropriations. The President has twice recommended terminating USDA’s Public Broadcast Grants program for the same reason. This program received $5 million in FY10 to provide funding to public broadcast companies to convert to digital transmission as well – an obsolete task. Commission bipartite Simpsons-Bowles (proposition de réduction n° 32, déc. 2010)
Unlike Mitt, I loathe Sesame Street. It bears primary responsibility for what the Canadian blogger Binky calls the de-monsterization of childhood — the idea that there are no evil monsters out there at the edges of the map, just shaggy creatures who look a little funny and can sometimes be a bit grouchy about it because people prejudge them until they learn to celebrate diversity and help Cranky the Friendly Monster go recycling. That is not unrelated to the infantilization of our society. Marinate three generations of Americans in that pabulum and it’s no surprise you wind up with unprotected diplomats dragged to their deaths from their “safe house” in Benghazi. Or as J. Scott Gration, the president’s special envoy to Sudan, said in 2009, in the most explicit Sesamization of American foreign policy: “We’ve got to think about giving out cookies. Kids, countries — they react to gold stars, smiley faces, handshakes . . . ” The butchers of Darfur aren’t blood-drenched machete-wielding genocidal killers but just Cookie Monsters whom we haven’t given enough cookies. (…) The Corporation for Public Broadcasting receives nearly half a billion dollars a year from taxpayers, which it disburses to PBS stations, who in turn disburse it to Big Bird and Jim Lehrer. I don’t know what Big Bird gets, but, according to Senator Jim DeMint, the president of Sesame Workshop, Gary Knell, received in 2008 a salary of $956,513. In that sense, Big Bird and Senator Harry Reid embody the same mystifying phenomenon: They’ve been in “public service” their entire lives and have somehow wound up as multimillionaires. Mitt’s decision to strap Big Bird to the roof of his station wagon and drive him to Canada has prompted two counterarguments from Democrats: (1) Half a billion dollars is a mere rounding error in the great sucking maw of the federal budget, so why bother? (2) Everybody loves Sesame Street, so Mitt is making a catastrophic strategic error. On the latter point, whether or not everybody loves Sesame Street, everybody has seen it, and every American under 50 has been weaned on it. So far this century it’s sold nigh on a billion bucks’ worth of merchandising sales (that’s popular toys such as the Subsidize-Me-Elmo doll). If Sesame Street is not commercially viable, then nothing is, and we should just cut to the chase and bail out everything. Conversely, if this supposed “public” broadcasting brand is capable of standing on its own, then so should it. (…) If Americans can’t muster the will to make Big Bird leave the government nest, they certainly will never reform Medicare. Mark Steyn
Je crois qu’il ne s’agit pas seulement d’une question qui touche à l’économie, c’est une question morale. Je crois qu’il n’est pas moral pour ma génération de continuer de dépenser sans compter, plus que nous avons, tout en sachant que le fardeau portera sur la prochaine génération et qu’elle devra payer intérêt et principal pour le restant de ses jours. La somme de dettes que nous ajoutons, mille milliards par an, n’est simplement pas morale Il y a mathématiquement trois moyens de réduire un déficit : augmenter les impôts, couper dans les dépenses et faire progresser l’économie parce que si plus de personnes travaillent dans une économie qui croît, ils payent des taxes. Le président préférerait augmenter les impôts. Le problème est que cela pèse sur la croissance et on ne pourra donc pas y arriver ainsi. Je veux simultanément baisser les dépenses et favoriser la croissance de l’économie. Qu’est-ce que je couperai ? Tout d’abord tous les programmes qui ne passeront pas le test suivant : est-ce que cela vaut la peine d’emprunter de l’argent à la Chine pour financer cela. Si la réponse est négative, je le supprimerai. Obamacare [le nom donné à la généralisation de l’assurance-maladie] est sur ma liste. Je suis désolé Jim, je stopperai aussi le financement de PBS [Public Broadcasting service.] Ensuite, je confierai aux Etats des programmes qui sont de bons programmes mais qui pourraient mieux gérer à ce niveau. Enfin, je rendrai le gouvernement plus efficace, je diminuerai le nombre d’employés et réaménagerai des agences et des départements. Mitt Romney
Si le gouvernement peut être aussi efficace que le secteur privé et offrir des primes qui sont aussi peu élevées que le secteur privé, les gens seront heureux de prendre l’assurance-maladie traditionnelle ou ils seront en mesure d’obtenir un régime privé. Je sais que personnellement je préfère avoir un régime privé. Je préfererais tout simplement pas que le gouvernement me dise quel genre de soins de santé je dois obtenir. Je prefererais plutôt avoir une compagnie d’assurance. Si elle ne me plait pas, je peux se débarrasser d’elle et en trouver une autre. Mais les gens feront leur propre choix. (…) Et d’ailleurs, l’idée ne venait même pas de Paul Ryan ou du sénateur Wyden, qui est coauteur du projet de loi avec Paul Ryan au Sénat, mais aussi de Bill Clinton, de l’état-major de Bill Clinton. Il s’agit d’une idée qui existe depuis très longtemps, ce qui est dit, Hé, nous allons voir si nous ne pouvons pas introduire de la concurrence dans le monde de l’assurance-maladie afin que les gens puissent avoir le choix des différents plans à moindre coût, de meilleure qualité. Je crois à la concurrence. À mon avis, le gouvernement n’est pas efficace pour faire baisser le coût de presque n’importe quoi. En fait, des citoyens et des entreprises libres essayant de trouver des façons de faire les choses sont mieux en mesure d’être plus efficaces pour faire baisser les coûts que le gouvernement ne le sera jamais. Votre exemple de la clinique de Cleveland est mon cas d’espèce, ainsi que plusieurs autres que je pourrais décrire. Il s’agit du marché privé. Voici les petites — ce sont des entreprises en concurrence entre elles, apprenant à faire mieux et de meilleurs emplois. J’ai utilisé de consultation aux entreprises — Excusez-moi, aux hôpitaux et aux fournisseurs de soins de santé. J’ai été étonné de voir la créativité et l’innovation qui existe dans le peuple américain. Pour réduire le coût des soins de santé, nous n’avez pas besoin d’avoir un Conseil d’administration de 15 personnes qui nous disent quels types de traitements nous devrions avoir. Au lieu de cela, nous devons mettre les régimes d’assurance, de payer des prestataires, hôpitaux, médecins sur des objectifs tels qu’ils ont une incitatition, comme vous le dites, une paie à la performance, pour faire un excellent travail, pour maintenir les coûts bas, et c’est ce qui se passe. (…) Mais la bonne réponse n’est pas que le gouvernement fédéral prenne en charge les soins de santé et de commencer à rendre obligatoire pour les fournisseurs à travers l’Amérique, dire à un patient et à un médecin quel traitement ils peuvent avoir. C’est la mauvaise voie à suivre. Le marché privé et la responsabilité individuelle fonctionnent toujours mieux. Mitt Romney
Comment expliquer ce « retour à Bastiat » américain ? En premier lieu, il s’agit d’une sorte de contrecoup au « retour à Keynes » que l’on a vu à la suite de la crise financière de l’automne 2008, et dont une conséquence politique évidente est le plan de relance adopté peu après l’inauguration de Barack Obama. Pour certains conservateurs, la crise est vécue comme une menace à l’encontre du triomphe aussi bien politique qu’intellectuel du libéralisme et du libre-échangisme depuis les années 1980. Elle est vue comme une opportunité pour les partisans de l’intervention étatique de se réaffirmer. C’est surtout le plan de relance, que les démocrates se mettent à adopter aussitôt après l’inauguration d’Obama le 20 janvier 2009, qui attire la foudre des conservateurs et déclenche la mobilisation anti-gouvernementale qui deviendra le mouvement « Tea Party ». Dès le 22 janvier, l’Investor’s Business Daily (un journal national spécialisant dans les questions économiques, généralement tendant à droite) s’inquiète du fait que la célèbre prophétie de Bill Clinton selon laquelle « l’ère du big government est révolue » est en train de devenir désuète, en citant la définition que propose Bastiat de l’État : « c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde » (passage que les amateurs américains de Bastiat citent avec une fréquence particulière). Ensuite, ce que Bastiat permet de dénoncer, ce n’est pas uniquement le principe même de l’intervention étatique, mais le « solipsisme économique » sur laquelle elle se repose. Pour Bastiat, l’étatisme est la conséquence d’un problème épistémologique, voire phénoménologique : la conviction que les seules conséquences importantes d’une action sont celles qui sont accessibles à la vue. C’est la grande idée de son essai sur Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ainsi, le Pittsburgh Tribune Review (journal régional, plutôt conservateur), commentant le plan de relance, remarque que « l’administration d’Obama est en train d’offrir une leçon préventive de l’incompréhension de principe Bastien du visible et de l’invisible », citant l’exemple des « emplois verts » que le plan propose, mais dont les coûts, selon le journal, risquent à long terme d’être plus importants que les effets stimulateurs, tout en n’étant pas immédiatement perceptibles. Dans la même lignée, beaucoup évoquent l’analyse que fait Bastiat du solipsisme de la « vitre cassée » (qui parait aussi dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas). Bastiat raconte l’anecdote suivante : le « terrible fils » du « bon bourgeois Jacques Bonhomme » lui casse un carreau de vitre. Aussitôt, des assistants au drame le consolent ainsi : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? » Toutefois, ce constat se fonde uniquement sur ce qui est visible, soit l’argent que M. Bonhomme verse au vitrier. Ce que l’on ne voit pas, c’est que « s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque ». La force de cet argument réside avant tout dans la manière dont Bastiat l’applique : il se trouve que ce que l’on voit est décidément toujours de l’ordre de l’État ou de la puissance publique. L’erreur distinctive de toute politique économique ayant recours aux moyens de l’État est qu’elle privilégie les effets visibles (les dépenses, l’impôt) en négligeant les effets invisibles (le marché, l’initiative individuelle). Michael C. Behrent

A quand une Million Muppet March pour une franchise de plusieurs millions de dollars, au salaire présidentiel à six chiffres et aux revenus de centaines de millions de dollars en jouets et produits dérivés?

A l’heure où, après la nouvelle raclée prise par leur champion au premier débat de la présidentielle américaine mercredi dernier (sur la radio publique sponsorisée par… Exxon!), les soutiens de l’actuel et apparemment de plus en plus précaire locataire de la Maison Blanche, font feu de tout bois pour dénoncer celui qui a osé s’en prendre au Big Bird de Sesame street

Et deux ans après qu’une franchise de plusieurs millions de dollars qui peut s’offrir des présidents à un million de dollars et produire des programmes pour enfants engrangeant dans 140 pays (Afghanistan bientôt compris?) des centaines de millions de dollars en jouets et produits dérivés voyait son distributeur désigné pour des réductions de financement par une commission bipartite nommée par l’actuel président lui-même …

Retour, avec Michael C. Behrent, sur l’un des inspirateurs, modèle type du prophète incompris dans son propre pays, le publiciste libéral français Frédéric Bastiat

Qui, dans ses célèbres et limpidissimes syllogismes avait si bien réussi à montrer les effets invisibles de l’impôt lorsqu’il devient spoliateur et finit par être la source de la sècheresse de la terre qu’il prétend féconder …

Autrement dit, comme l’a si superbement encore expliqué le futur président Romney dans son magistral débat d’il y a quelques jours, que le gouvernement ne dépense pas toujours et nécessairement  l’argent mieux et de manière plus efficace que le secteur privé, que chaque dollar qu’il dépense doit venir de quelque part et que tout dollar dépensé par le gouvernement en est un que le secteur privé ne dépensera pas …

Bastiat, repère intellectuel de la droite américaine

Ironie du sort : alors que beaucoup d’Américains associent spontanément « France » et « socialisme », c’est un auteur français, Frédéric Bastiat, que la droite américaine évoque pour dénoncer l’immoralité des tendances « socialisantes » de leur gouvernement.

Michael C. Behrent

La vie des idées

16-06-2010

La droite américaine n’est pas particulièrement connue, du moins dans sa forme actuelle, pour sa francophilie. Rappelons, par exemple, l’épisode des « freedom fries », conséquence de la vague d’indignation que la politique irakienne du gouvernement français suscite dans l’opinion américaine, surtout lorsque celle-ci est conservatrice. Ou encore la « méchanceté » que certains républicains attribuaient au candidat démocrate aux élections présidentielles de 2004, le sénateur francophone John Kerry, qui disait-on « ressemblait même à un Français ». Plus récemment, lorsque des militants conservateurs accusent Barack Obama d’être « socialiste », ils sous-entendent qu’il épouse une doctrine anti-américaine, européenne, et, sans doute, un petit peu française par-dessus le marché …

Il semblerait ainsi pour le moins surprenant que la droite américaine actuelle (que l’on pourrait caractériser comme l’amalgame du libéralisme économique et du conservatisme proprement dit), notamment dans cette forme particulièrement virulente qu’est le mouvement anti-gouvernemental des « tea partiers », se réfère à un penseur français pour définir son programme et lui donner un fondement philosophique. Pourtant, c’est le cas : les pourfendeurs américains du « tout État » ont trouvé un champion intellectuel dans l’économiste et publiciste français Frédéric Bastiat.

Bastiat et la droite américaine, une vieille histoire

Bastiat ? Plutôt oublié aujourd’hui en France, il fut un des grands défenseurs du principe du libre échange au dix-neuvième siècle. Né en 1801, il ne se fait une renommée, après s’être essayé aux affaires et à l’agriculture, qu’à partir de 1844, en défendant les idées antiprotectionnistes de Richard Cobden dans un article publié par le Journal des économistes intitulé « De l’influence des tarifs anglais et français sur l’avenir des deux peuples ». Il participe à la fondation d’une association ayant les mêmes buts que Cobden dans sa campagne contre les Corn Laws. Bastiat rédige les Sophismes économiques, dans lequel, à coup de petits textes aussi limpides qu’ironiques, il entreprend de détruire les raisonnements des socialistes et des protectionnistes. Après la révolution de février 1848, il est élu député des Landes. À cette époque, il participe à une célèbre polémique avec Pierre-Joseph Proudhon. Mais après quelques années seulement passées dans la vie publique, il succombe, en 1850, à une tuberculose. Le livre qu’il destinait à être son chef d’œuvre, les Harmonies économiques, reste inachevé.

L’engouement actuel de certains secteurs de la droite américaine pour Bastiat a des racines déjà anciennes. La redécouverte de ses écrits, et leur réédition en vue d’en faire des manifestes libertariens, fait partie de la réaction libérale contre la pensée « collectiviste » (mot qui englobe aussi bien le nazisme, le communisme, le keynésianisme, et le « libéralisme » américain du New Deal) dans la foulée de la deuxième guerre mondiale. Un de ces « apôtres » américains du néolibéralisme fut l’homme d’affaires Leonard Read, qui découvre Bastiat en 1935 grâce à Thomas Nixon Carver, professeur à Harvard. À l’époque, Read anime un petit réseau de libéraux (au sens économique), dont 3000 figurent sur sa liste de distribution. En 1943, il envoie à chacun un petit pamphlet de Bastiat surnommé La loi. C’est sans doute à cette date que commence l’étrange carrière de ce texte comme instrument de propagande du mouvement conservateur américain (rappelons que dans le lexique politique américain, l’épithète « conservateur » est couramment utilisée pour se référer à la doctrine économique qui en France sera décrite comme « libéral »). Read créa en 1946 la Foundation for Economic Education (FEE), ayant pour mission de répandre la bonne parole libre-échangiste et de former intellectuellement une avant-garde libérale et individualiste au milieu du « collectivisme » ambiant. Ludwig von Mises (émigré aux États-Unis) en est un adhérent ; Friedrich Hayek y collabore de même (ce dernier fonda, l’année suivante, une association sœur : la Société du Mont-Pèlerin).

Sous la tutelle de la FEE, Read fait retraduire La loi de Bastiat par un universitaire du nom de Dean Russell. La nouvelle traduction parait en 1950, et devient le bestseller de la fondation : en 1971, elle avait déjà vendu 500 000 exemplaires (cette traduction est toujours disponible sur le site web de la FEE) [1]. Un autre personnage important du mouvement libertarien, le journaliste Henry Hazlitt, publie en 1946 une sorte d’abrégé de la théorie économique, intitulé Economics in one lesson (lui aussi distribué par la FEE), dans lequel il reconnaît sa dette intellectuelle à l’égard de Bastiat, plus spécialement envers son essai Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Hazlitt remarque que son propre ouvrage « peut en fait être considéré comme une modernisation, un élargissement et une généralisation de l’approche que l’on trouve dans le pamphlet de Bastiat » [2].

Renouveau de Bastiat sous Obama

Si donc aujourd’hui le nom et les slogans de Bastiat circulent actuellement dans les mouvements de protestations contre le plan de relance du président Obama (en 2009) ainsi que sa réforme du système de santé (en 2010), c’est seulement parce que ses écrits sont depuis longtemps en circulation, et sont comme canonisés par les milieux libertariens et libre-échangistes. Le 15 avril 2009, lors d’une des premières grandes journées d’action nationales des tea partiers (le jour où les Américains doivent déclarer leurs impôts), un professeur d’université prononce un discours à Washington, dans lequel il évoque la mise en garde de Bastiat contre la tendance des gouvernants à pratiquer la « spoliation légale ». Le même jour, en Broward County (Floride), un blogueur raconte avoir vu un manifestant lors d’un « tea party » portant une pancarte étalant le même slogan (« spoliation légale »), expression, rappelle-t-il utilement pour ses lecteurs, « utilisée par Fréderic Bastiat dans son livre de 1849 La loi pour parler des socialistes » (en réalité La Loi fut publiée pour la première fois en 1850).

Plus récemment, sur le site « meetup.com » (qui permet d’organiser en ligne des réunions réelles), un chapitre floridien du « 9-12 Project » (l’association fondée par le journaliste conservateur Glenn Beck qui fait partie de la galaxie des tea partiers) encourage les intéressés à venir discuter de « La loi de Frédéric Bastiat », tout en expliquant que « Bastiat […] fut un des plus éloquents champions du concept du droit à la propriété et de libertés individuels émanant du droit naturel (le même concept qui a servi de fondation à la Constitution américaine) », que La loi est « une réfutation puissante du Manifeste communiste de Karl Marx » (bien que Bastiat ne cite aucunement ce dernier), et que ce livre est « aussi pertinent aujourd’hui qu’il y a 160 ans ».

Comment expliquer ce « retour à Bastiat » américain ? En premier lieu, il s’agit d’une sorte de contrecoup au « retour à Keynes » que l’on a vu à la suite de la crise financière de l’automne 2008, et dont une conséquence politique évidente est le plan de relance adopté peu après l’inauguration de Barack Obama. Pour certains conservateurs, la crise est vécue comme une menace à l’encontre du triomphe aussi bien politique qu’intellectuel du libéralisme et du libre-échangisme depuis les années 1980. Elle est vue comme une opportunité pour les partisans de l’intervention étatique de se réaffirmer. C’est surtout le plan de relance, que les démocrates se mettent à adopter aussitôt après l’inauguration d’Obama le 20 janvier 2009, qui attire la foudre des conservateurs et déclenche la mobilisation anti-gouvernementale qui deviendra le mouvement « Tea Party ». Dès le 22 janvier, l’Investor’s Business Daily (un journal national spécialisant dans les questions économiques, généralement tendant à droite) s’inquiète du fait que la célèbre prophétie de Bill Clinton selon laquelle « l’ère du big government est révolue » est en train de devenir désuète, en citant la définition que propose Bastiat de l’État : « c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde » (passage que les amateurs américains de Bastiat citent avec une fréquence particulière) [3].

Ensuite, ce que Bastiat permet de dénoncer, ce n’est pas uniquement le principe même de l’intervention étatique, mais le « solipsisme économique » sur laquelle elle se repose. Pour Bastiat, l’étatisme est la conséquence d’un problème épistémologique, voire phénoménologique : la conviction que les seules conséquences importantes d’une action sont celles qui sont accessibles à la vue. C’est la grande idée de son essai sur Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ainsi, le Pittsburgh Tribune Review (journal régional, plutôt conservateur), commentant le plan de relance, remarque que « l’administration d’Obama est en train d’offrir une leçon préventive de l’incompréhension de principe Bastien du visible et de l’invisible » [4], citant l’exemple des « emplois verts » que le plan propose, mais dont les coûts, selon le journal, risquent à long terme d’être plus importants que les effets stimulateurs, tout en n’étant pas immédiatement perceptibles.

La Vitre cassée

Dans la même lignée, beaucoup évoquent l’analyse que fait Bastiat du solipsisme de la « vitre cassée » (qui parait aussi dans Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas). Bastiat raconte l’anecdote suivante : le « terrible fils » du « bon bourgeois Jacques Bonhomme » lui casse un carreau de vitre. Aussitôt, des assistants au drame le consolent ainsi : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? » Toutefois, ce constat se fonde uniquement sur ce qui est visible, soit l’argent que M. Bonhomme verse au vitrier. Ce que l’on ne voit pas, c’est que « s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque ». La force de cet argument réside avant tout dans la manière dont Bastiat l’applique : il se trouve que ce que l’on voit est décidément toujours de l’ordre de l’État ou de la puissance publique. L’erreur distinctive de toute politique économique ayant recours aux moyens de l’État est qu’elle privilégie les effets visibles (les dépenses, l’impôt) en négligeant les effets invisibles (le marché, l’initiative individuelle). Ainsi, concernant les effets apparemment positifs des impôts, Bastiat constate : « Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche ».

Le « broken window fallacy » (l’erreur de la vitre cassée) a joué un rôle essentiel dans la réception américaine de Bastiat. Sur YouTube, on trouve une vidéo dans laquelle John Stossel, journaliste de télévision aux opinions libertariennes, explique l’erreur des vitres cassées avec une étonnante littéralité … La parabole de Bastiat peut même être utilisée à des fins explicitement partisanes. Sur un site conservateur, on trouve le commentaire suivant : « Le plan de relance du président Obama a échoué parce qu’il a ignoré l’erreur de la vitre cassée, comme le font tous les projets gouvernementaux pour stimuler l’économie en dépensant. Est évidente dans le plan d’Obama l’idée que le gouvernement peut dépenser l’argent mieux et de manière plus efficace que le secteur privé. Ce qu’Obama et les liberals [au sens américain, c’est-à-dire « ceux de la gauche »] ne comprennent pas, c’est que chaque dollar qu’ils dépensent doit venir de quelque part […] En somme, tout dollar dépensé par le gouvernement en est un que le secteur privé ne dépensera pas ». L’auteur conclut (c’est la raison d’être de son site) que le meilleur disciple actuel de Bastiat n’est autre que… Sarah Palin, l’ancienne colistière de John McCain lors des dernières élections présidentielles, ancien gouverneur de l’Alaska (de 2006 à 2009), et grande héroïne des tea partiers : « Quelque part, Frédéric Bastiat est en train de sourire, tout content qu’il est de savoir que sa philosophie de gouvernement limité est en pleine forme grâce au gouverneur Sarah Palin ».

Procès du « socialisme »

Mais la raison principale pour l’engouement actuel pour Bastiat est à trouver dans sa manière particulière de dénoncer le « socialisme ». Son utilité ne réside pas seulement dans le fait qu’il critique le socialisme, mais dans sa manière même de le définir. Selon Bastiat, l’homme, tout occupé par sa nature à la conservation de son être, est destiné à gagner sa vie de deux façons possibles : grâce à son propre travail, ou grâce au travail d’autrui. Les hommes ont une « disposition à vivre et à se développer, quand ils le peuvent, aux dépens les uns des autres » [5]. Par conséquent, la loi et la politique peuvent s’organiser eux aussi selon deux principes différents : la défense de la liberté individuelle (et donc de la propriété), ou la spoliation (c’est-à-dire, le fait de vivre du travail d’autrui). Le premier est évidemment, aux yeux de Bastiat, le régime le plus juste. Mais une fois que la loi n’est plus que la simple organisation des droits individuels, « chaque classe voudra faire la Loi, soit pour se défendre contre la spoliation, soit pour l’organiser aussi à son profit » [6]. La spoliation devient la norme. Le socialisme est la conséquence logique de cette tendance : il est la spoliation décomplexée, la « spoliation légale ».

La rage des tea partiers contre Obama et le « big government » est donc avant tout un cri de colère, un sursaut d’indignation contre un État qui est, à leur vue, de plus en plus spoliateur. Dans une tribune écrite pour la presse de l’église baptiste, au moment des grandes manifestations du 15 avril 2009, Kelly Boggs remarque : « L’impôt sur le revenu en Amérique est depuis longtemps un exemple de ce que l’économiste français Frédéric Bastiat surnommait la ‘spoliation légale.’ Selon Bastiat, la spoliation légale a lieu lorsque le gouvernement prend, par la force, ce qu’un citoyen a légitimement gagné pour le donner à un autre ». Il continue : « Lorsqu’un simple citoyen pratique ce que décrit Bastiat, on appelle cela le vol. Quand c’est le gouvernement qui le fait, on l’appelle la redistribution des revenus ».

Ainsi, pour les militants de droite, Bastiat est devenu une sorte de père fondateur honoris causa. Le Tea Party de Boston annonce la création d’un « caucus Bastiat » en expliquant que la « philosophie » de l’économiste français « ressemble à celui de Thomas Jefferson ». D’autres le comparent à James Madison. Pour l’historien, de tels rapprochements ne sont pas sans ironie : si ces représentants du républicanisme américain que sont Jefferson et Madison se méfièrent sans doute des tendances tyranniques de tout pouvoir établi, leurs premières luttes politiques après la promulgation de la constitution en 1789 furent contre Alexander Hamilton et les « fédéralistes » – le parti des grands intérêts financiers. Il n’empêche que les tea partiers voient le fil directeur de l’histoire américaine comme étant une trahison progressive des principes de l’individualisme et d’un gouvernement minime. Un blogueur qui a pris le pseudonyme d’Andrew Mellon (grande figure du libéralisme conservateur des années 1920), écrivant pour le site conservateur « Big Government », constate : « Au fur et à mesure que notre pays vieillit, l’État nous dépouille de nos droits au lieu de les garantir. Le gouvernement s’élargit, alors que l’individu se rétrécit. Alors que la loi était censée nous protéger contre la diminution de l’homme, elle est plutôt utilisée comme moyen de le spolier ». Il poursuit en citant La loi de Bastiat sur le socialisme comme la somme sur toute spoliation légale.

La référence à l’économiste français sert finalement, de manière assez paradoxale, à mettre en évidence le caractère étranger (et donc dangereux) des démocrates et autres « collectivistes ». Le bloggeur libertarien Clay Barham le confirme explicitement lorsqu’il écrit : « Alors que Bastiat disait [dans l’introduction de ses Harmonies économiques ] ‘Tous les intérêts légitimes sont harmoniques,’ les démocrates américains contemporains disent que les intérêts de la communauté sont plus importants que les intérêts de l’individu. Ces deux approches s’opposent. L’un est purement américain, bien que proclamé par un Français, et l’autre est européen, ou du Vieux Monde, bien que proclamé par des Américains ».

Ainsi, bien que ses disciples américains le décrivent le plus souvent comme un « économiste », c’est surtout en tant que moraliste que Bastiat exerce sa puissance d’attraction. Il offre moins une démonstration irréfutable des erreurs du « socialisme » et de l’intervention étatique que des objections de principes, ayant au moins le mérite d’une certaine lucidité. Comme le note l’historien du libéralisme Lucien Jaume, « dans la rhétorique de Bastiat tout phénomène économique ou social reçoit son doublet moral, voire religieux : la marche du progrès est fatale mais l’homme est libre, la concurrence est un fait indestructible, mais elle n’existe qu’en ‘l’absence d’une autorité arbitraire comme juge des échanges’, etc. C’est le passage constant de l’objectif au subjectif, du descriptif au prescriptif qui fait l’originalité de Bastiat … » [7]. Ironie du sort : c’est un auteur français, alors même que beaucoup d’américains associent spontanément « France » et « socialisme », que la droite américaine évoque pour dénoncer l’immoralité des tendances « socialisantes » de leur propre gouvernement.

Notes

[1] George H. Nash, The Conservative Intellectual Movement in America since 1945, New York, Basic Books, 1976, chap. 1.

[2] Henry Hazlitt, Economics in one lesson, New York et Londres, Harper and Brothers, 1946, p. ix.

[3] « Where stimulus is not necessary », Investor’s Business Daily, le 22 janvier 2009.

[4] Colin McNickle, « America’s failure to foresee », Pittsburgh Tribune Review, le 1 février 2009.

[5] Frédéric Bastiat, « La loi », in Œuvres complètes de Frédéric Bastiat. Sophismes économiques, P. Paillottet et R. de Fontenay, éditeurs, Paris, Guillaumin, 1862-1864, p. 345-46.

[6] Ibidem, p. 352.

[7] Lucien Jaume, L’individu effacé, ou le paradoxe du libéralisme français, Paris, Fayard, 1997, p. 481.

Voir aussi:

Public Broadcasting Should Go Private

If these outfits can afford to pay lavish salaries to their heads, they don’t need taxpayer help.

Jim Demint

The Wall Street Journal

March 4, 2011

When presidents of government-funded broadcasting are making more than the president of the United States, it’s time to get the government out of public broadcasting.

While executives at the Public Broadcasting Service (PBS) and National Public Radio (NPR) are raking in massive salaries, the organizations are participating in an aggressive lobbying effort to prevent Congress from saving hundreds of millions of dollars each year by cutting their subsidies. The so-called commercial free public airwaves have been filled with pleas for taxpayer cash. The Association of Public Television Stations has hired lobbyists to fight the cuts. Hundreds of taxpayer-supported TV, radio and Web outlets have partnered with an advocacy campaign to facilitate emails and phone calls to Capitol Hill for the purpose of telling members of Congress, « Public broadcasting funding is too important to eliminate! »

PBS President Paula Kerger even recorded a personal television appeal that told viewers exactly how to contact members of Congress in order to « let your representative know how you feel about the elimination of funding for public broadcasting. » But if PBS can pay Ms. Kerger $632,233 in annual compensation—as reported on the 990 tax forms all nonprofits are required to file—surely it can operate without tax dollars.

The executives at the Corporation for Public Broadcasting (CPB), which distributes the taxpayer money allocated for public broadcasting to other stations, are also generously compensated. According to CPB’s 2009 tax forms, President and CEO Patricia de Stacy Harrison received $298,884 in reportable compensation and another $70,630 in other compensation from the organization and related organizations that year. That’s practically a pittance compared to Kevin Klose, president emeritus of NPR, who received more than $1.2 million in compensation, according to the tax forms the nonprofit filed in 2009.

Today’s media landscape is a thriving one with few barriers to entry and many competitors, unlike when CPB was created in 1967. In 2011, Americans have thousands of news, entertainment and educational programs to choose from that are available on countless television, radio and Web outlets.

Despite how accessible media has become to Americans over the years, funding for CPB has grown considerably. In 2001, the federal government appropriated $340 million for CPB. Last year it got $420 million. As Congress considers ways to close the $1.6 trillion deficit, cutting funding for the CPB has even been proposed by President Obama’s bipartisan deficit reduction commission. Instead, Mr. Obama wants to increase CPB’s funding to $451 million in his latest budget.

Meanwhile, highly successful, brand-name public programs like Sesame Street make millions on their own. « Sesame Street, » for example, made more than $211 million from toy and consumer product sales from 2003-2006. Sesame Workshop President and CEO Gary Knell received $956,513 in compensation in 2008. With earnings like that, Big Bird doesn’t need the taxpayers to help him compete against the Nickleodeon cable channel’s Dora the Explorer.

Taxpayer-subsidized broadcasting doesn’t only make money from licensing and product sales. It also raises plenty of outside cash.

Last year, for example, the Open Society Foundation, backed by liberal financier George Soros, gave NPR $1.8 million to help support the latter’s plan to hire an additional 100 reporters. When NPR receives million-dollar gifts from Mr. Soros, it is an insult to taxpayers when other organizations, such as MoveOn.org demand that Congress « save NPR and PBS » by guaranteeing « permanent funding and independence from partisan meddling, » as the liberal interest group did last month. It was even more insulting when PBS posted a message on Twitter thanking MoveOn.org—the group that once labeled Gen. David Petraeus as « General Betray Us »—for the help.

The best way to stop the « partisan meddling » in public broadcasting that MoveOn.org complains about is by ending the taxpayers’ obligation to pay for it. The politics will be out of public broadcasting as soon as the government gets out of the business of paying for it.

Public broadcasting can pay its presidents half-million and million dollar salaries. Its children’s programs are making hundreds of millions in sales. Liberal financiers are willing to write million-dollar checks to help these organizations. There’s no reason taxpayers need to subsidize them anymore.

Mr. DeMint, a Republican, is a senator from South Carolina.

Voir encore:

Sesame Nation

Mark Steyn

National review on line

October 6, 2012

Apparently, Frank Sinatra served as Mitt Romney’s debate coach. As he put it about halfway through “That’s Life”:

“I’d jump right on a big bird and then I’d fly . . . ”

That’s what Mitt did in Denver. Ten minutes in, he jumped right on Big Bird, and then he took off — and never looked back, while the other fellow, whose name escapes me, never got out of the gate. It takes a certain panache to clobber not just your opponent but also the moderator. Yet that’s what the killer Mormon did when he declared that he wasn’t going to borrow money from China to pay for Jim Lehrer and Big Bird on PBS. It was a terrific alpha-male moment, not just in that it rattled Lehrer, who seemed too preoccupied contemplating a future reading the hog prices on the WZZZ Farm Report to regain his grip on the usual absurd format, but in the sense that it indicated a man entirely at ease with himself — in contrast to wossname, the listless sourpuss staring at his shoes.

Yet, amidst the otherwise total wreckage of their guy’s performance, the Democrats seemed to think that Mitt’s assault on Sesame Street was a misstep from whose tattered and ruined puppet-stuffing some hay is to be made. “WOW!!! No PBS!!! WTF how about cutting congress’s stuff leave big bird alone,” tweeted Whoopi Goldberg. Even the president mocked Romney for “finally getting tough on Big Bird” — not in the debate, of course, where such dazzling twinkle-toed repartee might have helped, but a mere 24 hours later, once the rapid-response team had directed his speechwriters to craft a line, fly it out to a campaign rally, and load it into the prompter, he did deliver it without mishap.

Unlike Mitt, I loathe Sesame Street. It bears primary responsibility for what the Canadian blogger Binky calls the de-monsterization of childhood — the idea that there are no evil monsters out there at the edges of the map, just shaggy creatures who look a little funny and can sometimes be a bit grouchy about it because people prejudge them until they learn to celebrate diversity and help Cranky the Friendly Monster go recycling. That is not unrelated to the infantilization of our society. Marinate three generations of Americans in that pabulum and it’s no surprise you wind up with unprotected diplomats dragged to their deaths from their “safe house” in Benghazi. Or as J. Scott Gration, the president’s special envoy to Sudan, said in 2009, in the most explicit Sesamization of American foreign policy: “We’ve got to think about giving out cookies. Kids, countries — they react to gold stars, smiley faces, handshakes . . . ” The butchers of Darfur aren’t blood-drenched machete-wielding genocidal killers but just Cookie Monsters whom we haven’t given enough cookies. I’m not saying there’s a direct line between Bert & Ernie and Barack & Hillary . . . well, actually I am.

Okay, I may be taking this further than Mitt intended. So let’s go back to his central thrust. The Corporation for Public Broadcasting receives nearly half a billion dollars a year from taxpayers, which it disburses to PBS stations, who in turn disburse it to Big Bird and Jim Lehrer. I don’t know what Big Bird gets, but, according to Senator Jim DeMint, the president of Sesame Workshop, Gary Knell, received in 2008 a salary of $956,513. In that sense, Big Bird and Senator Harry Reid embody the same mystifying phenomenon: They’ve been in “public service” their entire lives and have somehow wound up as multimillionaires.

Mitt’s decision to strap Big Bird to the roof of his station wagon and drive him to Canada has prompted two counterarguments from Democrats: (1) Half a billion dollars is a mere rounding error in the great sucking maw of the federal budget, so why bother? (2) Everybody loves Sesame Street, so Mitt is making a catastrophic strategic error. On the latter point, whether or not everybody loves Sesame Street, everybody has seen it, and every American under 50 has been weaned on it. So far this century it’s sold nigh on a billion bucks’ worth of merchandising sales (that’s popular toys such as the Subsidize-Me-Elmo doll). If Sesame Street is not commercially viable, then nothing is, and we should just cut to the chase and bail out everything.

Conversely, if this supposed “public” broadcasting brand is capable of standing on its own, then so should it. As for the rest of PBS’s output — the eternal replays of the Peter, Paul & Mary reunion concert, twee Brit sitcoms, Lawrence Welk reruns and therapeutic infomercials — whatever their charms, it is difficult to see why the Brokest Nation in History should be borrowing money from the Chinese Politburo to pay for it. A system by which a Communist party official in Beijing enriches British comedy producers by charging it to American taxpayers with interest is not the most obvious economic model. Yet, as Obama would say, the government did build that.

(Full disclosure: Some years ago, I hosted a lavish BBC special, and, at the meeting intended to sell it to PBS, the executive from Great Performances said he could only sign off on the deal if I were digitally edited out and replaced by Angela Lansbury. Murder, he shrieked. Lest I sound bitter, I should say I am in favor of this as a more general operating principle for public broadcasting: for example, A Prairie Home Companion would be greatly improved by having Garrison Keillor digitally replaced by Paul Ryan.) The small things are not unimportant — and not just because, when “small” is defined as anything under eleven figures, “small” is a big part of the problem. If Americans can’t muster the will to make Big Bird leave the government nest, they certainly will never reform Medicare. Just before the debate in Denver, in the general backstage mêlée, a commentator pointed out Valerie Jarrett, who is officially “assistant to the president for public engagement and intergovernmental affairs,” a vital position which certainly stimulates the luxury-length business-card industry. Not one in 100,000 Americans knows what she looks like, but she declines to take the risk of passing among the rude peasantry without the protection of a Secret Service detail. Leon Panetta, the defense secretary, has a private jet to fly him home from Washington every weekend.

The queen of the Netherlands flies commercial, so does the queen of Denmark. Prince William and his lovely bride, whom at least as many people want to get a piece of as Valerie Jarrett or Leon Panetta, flew to Los Angeles on a Royal Canadian Air Force boneshaker. It is profoundly unrepublican when minor public officials assume that private planes and entourages to hold the masses at bay are a standard perk of office. And it is even more disturbing that tens of millions of Americans are accepting of this. The entitlements are complicated, and will take some years and much negotiation. But, in a Romney administration, rolling back the nickel’n’dime stuff — i.e., the million’n’billion stuff — should start on Day One.

Mitt made much of his bipartisan credentials in Denver. So, in that reach-across-the-aisle spirit, if we cannot abolish entirely frivolous spending, might we not at least attempt some economies of scale? Could Elmo, Grover, Oscar, and Cookie Monster not be redeployed as Intergovernmental Engagement Assistant Jarrett’s security detail? Could Leon Panetta not fly home on Big Bird every weekend?

And for the next debate, instead of a candidate slumped at the lectern like a muppet whose puppeteer has gone out for a smoke, maybe Elmo’s guy could shove his arm up the back of the presidential suit.

— Mark Steyn, a National Review columnist, is the author of After America: Get Ready for Armageddon.

Voir enfin:

III. L’impôt

Frédéric Bastiat

Ne vous est-il jamais arrivé d’entendre dire:

« L’impôt, c’est le meilleur placement; c’est une rosée fécondante? Voyez combien de familles il fait vivre, et suivez, par la pensée, ses ricochets sur l’industrie: c’est l’infini, c’est la vie ».

Pour combattre cette doctrine, je suis obligé de reproduire la réfutation précédente. L’économie politique sait bien que ses arguments ne sont pas assez divertissants pour qu’on en puisse dire: Repetita placent . Aussi, comme Basile, elle a arrangé le proverbe à son usage, bien convaincue que dans sa bouche, Repetita docent .

Les avantages que les fonctionnaires trouvent à émarger, c’est ce qu’on voit . Le bien qui en résulte pour leurs fournisseurs, c’est ce qu’on voit encore . Cela crève les yeux du corps.

Mais le désavantage que les contribuables éprouvent à se libérer, c’est ce qu’on ne voit pas , et le dommage qui en résulte pour leurs fournisseurs, c’est ce qu’on ne voit pas davantage , bien que cela dût sauter aux yeux de l’esprit.

Quand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus , cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous de moins . Mais la dépense du fonctionnaire se voit, parce qu’elle se fait; tandis que celle du contribuable ne se voit pas, parce que, hélas! on l’empêche de se faire.

Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche.

Vous devriez vous demander encore s’il est possible que le sol reçoive autant de cette eau précieuse par la pluie qu’il en perd par l’évaporation?

Ce qu’il y a de très-positif, c’est que, quand Jacques Bonhomme compte cent sous au percepteur, il ne reçoit rien en retour. Quand, ensuite, un fonctionnaire dépensant ces cent sous, les rend à Jacques Bonhomme, c’est contre une valeur égale en blé ou en travail. Le résultat définitif est pour Jacques Bonhomme une perte de cinq francs.

Il est très-vrai que souvent, le plus souvent si l’on veut, le fonctionnaire rend à Jacques Bonhomme un service équivalent. En ce cas, il n’y a pas perte de part ni d’autre, il n’y a qu’échange. Aussi, mon argumentation ne s’adresse-t-elle nullement aux fonctions utiles. Je dis ceci: si vous voulez une fonction, prouvez son utilité. Démontrez qu’elle vaut à Jacques Bonhomme, par les services qu’elle lui rend, l’équivalent de ce qu’elle lui coûte. Mais, abstraction faite de cette utilité intrinsèque, n’invoquez pas comme argument l’avantage qu’elle confère au fonctionnaire, à sa famille et à ses fournisseurs; n’alléguez pas qu’elle favorise le travail.

Quand Jacques Bonhomme donne cent sous à un fonctionnaire contre un service réellement utile, c’est exactement comme quand il donne cent sous à un cordonnier contre une paire de souliers. Donnant donnant, partant quittes. Mais, quand Jacques Bonhomme livre cent sous à un fonctionnaire pour n’en recevoir aucun service ou même pour en recevoir des vexations, c’est comme s’il les livrait à un voleur. Il ne sert de rien de dire que le fonctionnaire dépensera ces cent sous au grand profit du travail national; autant en eût fait le voleur; autant en ferait Jacques Bonhomme s’il n’eût rencontré sur son chemin ni le parasite extra-légal ni le parasite légal.

Habituons-nous donc à ne pas juger des choses seulement par ce qu’on voit , mais encore par ce qu’on ne voit pas.

L’an passé, j’étais du Comité des finances, car, sous la Constituante, les membres de l’opposition n’étaient pas systématiquement exclus de toutes les Commissions; en cela, la Constituante agissait sagement. Nous avons entendu M. Thiers dire: « J’ai passé ma vie à combattre les hommes du parti légitimiste et du parti prêtre. Depuis que le danger commun nous a rapproché, depuis que je les fréquente, que je les connais, que nous nous parlons cœur à cœur, je me suis aperçu que ce ne sont pas les monstres que je m’étais figurés. »

Oui, les défiances s’exagèrent, les haines s’exaltent entre les partis qui ne se mêlent pas; et si la majorité laissait pénétrer dans le sein des Commissions quelques membres de la minorité, peut-être reconnaîtrait-on, de part et d’autre, que les idées ne sont pas aussi éloignées et surtout les intentions aussi perverses qu’on le suppose.

Quoi qu’il en soit, l’an passé, j’étais du Comité des finances. Chaque fois qu’un de nos collègues parlait de fixer à un chiffre modéré le traitement du Président de la République, des ministres, des ambassadeurs, on lui répondait:

« Pour le bien même du service, il faut entourer certaines fonctions d’éclat et de dignité. C’est le moyen d’y appeler les hommes de mérite. D’innombrables infortunes s’adressent au Président de la République, et ce serait le placer dans une position pénible que de le forcer à toujours refuser. Une certaine représentation dans les salons ministériels et diplomatiques est un des rouages des gouvernements constitutionnels, etc., etc. »

Quoique de tels arguments puissent être controversés, ils méritent certainement un sérieux examen. Ils sont fondés sur l’intérêt public, bien ou mal apprécié; et, quant à moi, j’en fais plus de cas que beaucoup de nos Catons, mus par un esprit étroit de lésinerie ou de jalousie.

Mais ce qui révolte ma conscience d’économiste, ce qui me fait rougir pour la renommée intellectuelle de mon pays, c’est quand on en vient (ce à quoi on ne manque jamais) à cette banalité absurde, et toujours favorablement accueillie:

« D’ailleurs, le luxe des grands fonctionnaires encourage les arts, l’industrie, le travail. Le chef de l’État et ses ministres ne peuvent donner des festins et des soirées sans faire circuler la vie dans toutes les veines du corps social. Réduire leurs traitements, c’est affamer l’industrie parisienne et, par contre-coup, l’industrie nationale. »

De grâce, Messieurs, respectez au moins l’arithmétique et ne venez pas dire, devant l’Assemblée nationale de France, de peur qu’à sa honte elle ne vous approuve, qu’une addition donne une somme différente, selon qu’on la fait de haut en bas ou de bas en haut.

Quoi! je vais m’arranger avec un terrassier pour qu’il fasse une rigole dans mon champ, moyennant cent sous. Au moment de conclure, le percepteur me prend mes cent sous et les fait passer au ministre de l’intérieur; mon marché est rompu mais M. le ministre ajoutera un plat de plus à son dîner. Sur quoi, vous osez affirmer que cette dépense officielle est un surcoût ajouté à l’industrie nationale! Ne comprenez-vous pas qu’il n’y a là qu’un simple déplacement de satisfaction et de travail? Un ministre a sa table mieux garnie, c’est vrai; mais un agriculteur a un champ moins bien desséché, et c’est tout aussi vrai. Un traiteur parisien a gagné cent sous, je vous l’accorde; mais accordez-moi qu’un terrassier provincial a manqué de gagner cinq francs. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le plat officiel et le traiteur satisfait, c’est ce qu’on voit ; le champ noyé et le terrassier désœuvré, c’est ce qu’on ne voit pas.

Bon Dieu! que de peine à prouver, en économie politique, que deux et deux font quatre; et, si vous y parvenez, on s’écrie : « c’est si clair, que c’en est ennuyeux. » — Puis on vote comme si vous n’aviez rien prouvé du tout.


Présidentielle américaine/2012: Trouvé sur le net, un journaliste français non anti-américain! (Meet an anomaly: a French reporter that doesn’t hate America!)

4 octobre, 2012
Romney sera-t-il KO demain soir? Jean-Sébastien Stehli (Le Figaro)
Le Obama « haute époque » n’était pas à Denver même si, après nouveau visionage video, tout n’était pas aussi noir que le premier sondage d’après match le disait, donnant la prestation Romney vs Obama: 67 à 25%. Pourquoi l’impression d’ennui du discours de la Convention de Charlotte resurgit-elle à Denver où le candidat Président jouait pourtant « gagnant » ? Pourquoi dans son oeil et sa carrure cette lassitude façon manque d’appétit comme si tout cela était devenu une routine ennuyeuse? Jusqu’à l’opening joke sur son vingtième anniversaire de mariage récitée sans brio et cueillie par Romney avec une gourmandise caustique. Coup de pompe ou coup de grâce pour Obama ? Véronique Saint-Geours (Le Figaro)
Aux Pays-Bas et en Belgique, la presse était unanime jeudi matin : c’est Mitt Romney qui a gagné le débat. Le Monde
Romney, vainqueur du premier débat ? Le Nouvel Observateur
Je relève au moins quatre commentaires que mes amis démocrates ne peuvent pas faire cette année. Et je sens bien que cela les rend malades. 1) « Mitt Romney est un imbécile » En son temps, Ronald Reagan s’est fait qualifier d’imbécile par une bonne partie de presse intelligente américaine et parisienne. George W. Bush, en dépit de ses diplômes de Harvard et Yale était forcément un idiot, puisqu’il se disait texan. Sa syntaxe, comme celle de son père du reste, était incorrecte. C’était donc la preuve manifeste de sa niaiserie…Surtout ne jamais parler de la syntaxe de Bill Clinton… Bob Dole (qui s’était présenté contre Bill Clinton en 1996) était un vieux. Sous-entendu « un vieux con ». Le fait qu’il ait été un des hommes politiques les plus drôle de sa génération a été tenu secret des lecteurs français. On peut dire exactement la même chose de John McCain qui avait osé se présenter contre Barack Obama il y a quatre ans. Mitt Romney change de position sur de nombreux sujets au fil des ans, mais il respecte la grammaire. Sujet, verbe, complément…il connaît. Sa carrière brillante dans la finance est présentée comme la preuve de sa cruauté capitaliste. Dommage que par ailleurs elle démontre implicitement qu’il n’est pas un benet complet. Il faudra donc trouver autre chose pour dézinguer cet homme qui ose barrer la route à l’infaillible Barack Obama. (…) 3) « Les républicains ont bloqué les réformes d’Obama »Le secret le mieux gardé par la presse pro-Obama: le parti démocrate controlait tous les pouvoirs à Washington durant les deux premières années du mandat de Barack Obama. Ce n’est qu’en novembre 2010 que les démocrates ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants. Aujourd’hui encore, les démocrates contrôlent le Sénat. Pour autant en dépit des majorités de son propre parti dans les deux chambres du Congrès, Barack Obama n’a jamais pu faire adopter son budget ! Ce ne sont pas les républicains qui ont bloqué les réformes du Président. Ce sont les démocrates. Mais surtout il ne faut pas le dire. 4) « La politique étrangère de Barack Obama est un succès » Barack Obama a reçu en 2009 le Prix Nobel de la Paix. Comme il n’avait encore rien fait en matière diplomatique, on peut dire qu’il a reçu ce prix « à titre préventif ». Le seul fait d’être « Barack Obama », c’est à dire « l’anti-Bush », a justifié aux yeux de l’académie de Stockholm qu’on lui accorde cet honneur. Quelle a été depuis la contribution de Barack Obama à la paix dans le monde ? Sa main tendue à Vladimir Poutine ? un échec. Sa main tendue à l’Iran ? un échec. Sa main tendue aux « islamistes modérés » ? pas vraiment un succès. Son dialogue avec la Chine ? aucun résultat tangible, ni en matière diplomatique, ni en matière économique. Sa main pas tendue du tout à Israël ? elle n’a pas donné plus d’influence à l’Amérique au Proche Orient. Guantanamo n’est pas fermé. Plus de 160 prisonniers y sont encore. Des Américains meurent encore en Afghanistan aujourd’hui. En Libye, pour détrôner Khaddafi, les américains ont traîné les pieds. Barack Obama a-t-il mérité son Prix Nobel ? J’attends que mes collègues, experts en matière diplomatique, répondent à cette question. Pierre-Yves Dugua
Mitt Romney est un homme blanc, donc il déteste les femmes et les minorités. Mitt Romney n’a pas honte de prôner l’individualisme, l’esprit d’entreprise, et les valeurs du capitalisme. C’est donc un dangeureux idéologue, ennemi de la classe moyenne. Passons sur ces âneries. En revanche, parlons des critiques judicieuses: Mitt Romney est maladroit, ses arguments sont simplistes et il manque de chaleur. (…) Aujourd’hui le voici obligé de s’expliquer sur des commentaires vieux de plusieurs mois et enregistrés à son insu: on lui reproche d’avoir dit, en gros, que la moitié des Américains étaient des assistés, ne payaient pas d’impôts et voteraient toujours pour Obama parcequ’ils préfèrent que l’État s’occuppe d’eux plutôt que de se prendre en charge. Cette vision de l’Amérique est très répandue dans les rangs de la droite républicaine. Elle n’est pas conforme à la réalité. (…) Ceci dit, il est vrai que la moitié des Américains ne payent pas d’impôt fédéral sur le revenu. Par définition, ces Américains là sont enclins à toujours souhaiter qu’on augmente les impôts des autres…Exactement comme en France. Ce qu’à dit Mitt Romney en confidence à des donateurs potentiels au printemps dernier, est donc caricatural et inexact. Mais ce n’est totalement faux non plus. Ce qui est certain: c’est un propos électoralement maladroit. Le candidat républicain passe pour un homme sans compassion. Il apporte de l’eau au moulin de Barack Obama qui ne cesse de dire que Mitt Romney veut abandonner les pauvres et les classes moyennes à leur triste sort. Mitt Romney ne sait pas bien contrer l’argument: il pourrait dire que l’endettement est une forme de vol. Il pourrait dire que Barack Obama, en choisissant la dette pour guérir l’Amérique, a volé les jeunes pour donner aux vieux. Il pourrait mieux expliquer que des programmes sociaux qui sont financés par la dette ne sont pas tenables. Il pourrait mieux décrire concrètement pourquoi une réforme fiscale intelligente créerait des emplois. Son message n’est pas assez clair et constructif. Il n’est pas reaganien. Il ne sait pas toujours expliquer avec conviction que l’emploi est crée par le secteur privé concurrentiel, pas par les fonctionnaires syndiqués qui financent le parti démocrate. En matière de politique étrangère, Mitt Romney tient un discours simpliste, bien loin de celui des grands républicains qui ont fait honneur à leur pays. Je pense à James Baker ou George Schulze, par exemple. Une meilleure connaissance des dossiers, plus de nuance, seraient les bien venus de la part d’un homme qui veut gouverner l’Amérique. Pour autant les principes « romneysiens » en politique étrangère sont bons. Mais il semble se réfugier derrière des slogans et mal connaître le monde. Jon Hunstman, l’autre mormon républicain qui s’était présenté aux primaires, avait montré bien plus de finesse. En gros Mitt Romney n’est pas pour l’instant un bon candidat. Il n’est pas un très bon orateur. Il ne connecte pas avec son audience. Les républicains auraient certainement pu trouver mieux. Si ce n’est parmi les prétendants durant les primaires, certainement parmi les gouverneurs républicains modérés et pragmatiques qui sont nombreux. Mitt Romney vaut certainement mieux que sa caricature dressée par le New York Times et les autres médias démocrates. Il est intelligent. Son expérience et son succès dans la finance sont à son honneur. Il connaît le secteur privé, ce qui est un atout énorme face à Barack Obama qui ne comprend rien à l’entreprise, semble mépriser la réussite des entrepreneurs individualistes, n’a jamais travaillé dans une entreprise et n’a pas prouvé en quatre ans qu’il était un leader effectif, à la hauteur de ses discours pourtant si beaux. Lorsqu’il était gouverneur du très démocrate État du Massachusetts, Mitt Romney a été pragmatique et rassembleur, non pas polarisant. Et après tout, le Président Obama non plus n’est pas sans défaut…Pourquoi Barack Obama n’est-il pas plus respecté par les leaders démocrates du Congrès ? Parce qu’il parle mieux qu’il ne gouverne. Parcequ’il réfléchit beaucoup mais agit peu. Parcequ’il surestime son pouvoir de séduction. Parcequ’il n’a pas d’amis au Congrès et qu’on se méfie, y compris chez les démocrates, de son insularité et de la haute opinion qu’il a de son charisme. Ce qui est stupéfiant est qu’en dépit de ses tares, Mitt Romney est toujours en gros à égalité dans les sondages face à Barack Obama. Pierre-Yves Dugua
Mitt Romney s’est montré détendu, chaleureux, pragmatique et bien plus sympathique que lors de la convention républicaine. Pour autant le candidat a été précis et aggressif sans être impoli. Pugnace tout en étant présidentiel. Mitt Romney a ainsi corrigé plusieurs contre-vérités que l’on matraque sans cesse aux Américains dans les milieux bien pensants. La principale contre-vérité était qu’il veut réduire les impôts des riches. Le second mensonge: Romney pense que les réglementations sont mauvaises pour le libre marché. Or Mitt Romney a clairement affirmé le contraire, et à juste titre. La question est la qualité de la réglementation. Pas la quantité. Le troisième message faux colporté par les démocrates: Romney est un extrémiste. Mitt Romney ce soir a rappellé qu’il a travaillé de manière constructive avec une majorité écrasante d’élus démocrate lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts. (…) La presse a pris Mitt Romney en grippe depuis des mois. Il est vrai que ce dernier a aussi fait beaucoup d’erreurs, ce qui n’a rien arrangé. Erreurs de stratégie, erreurs de communication, erreurs de priorités politiques…Mais à Denver ce soir, Romney n’avait qu’une caméra et son opposant face à lui. Privé du « filtre » de ces journalistes qui lui font obstacle, il s’est enfin montré capable de « connecter » directement avec l’Américain moyen. Incapables dans l’ensemble jusqu’à présent de porter un regard sur Obama qui soit aussi critique que celui qu’ils portent sur Romney, les journalistes de l’establishment vont devoir tenir compte de la bonne performance de l’homme pour lequel ils ne voteront pas. Ma plus grande surprise: Barack Obama a été dépassé. Il a mal défendu ses positions. Le Président a pourtant de grandes qualités de communiquant. On ne les a pas vues ce soir. Sans prompteur, le Président est nettement moins bon. Pierre-Yves Duga

Trouvé sur le net, un journaliste français non anti-américain!

Redécouvert au lendemain de la brilliante prestation de Mitt Romney au premier débat de la présidentielle américaine (merci james) ….

Un correspondant (écononomique, la différence est peut-être là) aux Etats-Unis d’un journal français (Pierre-Yves Dugua du Figaro) qui respecte le pays et les habitants du pays qu’il couvre …

Et qui ayant su conserver un oeil objectif par rapport tant à l’antiaméricanisme primaire qu’à la flagrante obamalâtrie de nombre de ses confères et soeurs ….

Se retrouve aujourd’hui l’un des rares journalistes français à avoir bien senti le potentiel …

Du comeback kid et aujourd’hui peut-être bien plus probable futur président américain!

Les tares de Mitt Romney

Pierre-Yves Dugua

18 septembre 2012

Mitt Romney n’est pas Barack Obama. On pourrait arrêter là la conversation.

C’est effectivement radical: toute personne autre que Barack Obama est par définition, aux yeux de certains, indigne de la Maison blanche. À l’exception peut-être de Bill Clinton auquel on a tout pardonné. À commencer par sa responsabilité directe dans la bulle immobilière qui a précipité la crise.

Mitt Romney est un homme blanc, donc il déteste les femmes et les minorités.

Mitt Romney n’a pas honte de prôner l’individualisme, l’esprit d’entreprise, et les valeurs du capitalisme. C’est donc un dangeureux idéologue, ennemi de la classe moyenne.

Passons sur ces âneries. En revanche, parlons des critiques judicieuses: Mitt Romney est maladroit, ses arguments sont simplistes et il manque de chaleur.

On peut être « politiquement incorrect » sans être électoralement maladroit. Mitt Romney n’y parvient pas bien pour le moment.

Il est sans cesse distrait dans son message par des erreurs idiotes de communication. Au lieu de parler de ses propositions, il doit toujours éteindre un incendie allumé ailleurs, souvent par la presse qui l’a pris en grippe et reste acquise à l’establishment démocrate.

Pendant sa convention, Mitt Romney a par exemple laissé Clint Eastwood délirer, ce qui a fait diversion.

Aujourd’hui le voici obligé de s’expliquer sur des commentaires vieux de plusieurs mois et enregistrés à son insu: on lui reproche d’avoir dit, en gros, que la moitié des américains étaient des assistés, ne payaient pas d’impôts et voteraient toujours pour Obama parcequ’ils préfèrent que l’État s’occuppe d’eux plutôt que de se prendre en charge.

Cette vision de l’Amérique est très répandue dans les rangs de la droite républicaine. Elle n’est pas conforme à la réalité.

Beaucoup d’Américains qui sont dépendants de transferts sociaux se trouvent en effet être des personnes âgées, loins d’être pauvres…Beaucoup votent républicain…Beaucoup de pauvres travaillent énormément. L’assitannat n’est pas une exclusivité démocrate.

C’est aussi le paradoxe de beaucoup de républicains qui vivent dans les grands États peu peuplés de l’ouest: ils détestent Washington et les autorités fédérales…mais ils comptent sur elles pour les routes, les services publics subventionnés (téléphone, électricité…qui couteraient trop cher en zones rurales) et exploitent les richesses naturelles du pays en payant relativement peu de « royalties » aux « feds ».

Ceci dit, il est vrai que la moitié des Américains ne payent pas d’impôt fédéral sur le revenu. Par définition, ces Américains là sont enclins à toujours souhaiter qu’on augmente les impôts des autres…Exactement comme en France.

Ce qu’à dit Mitt Romney en confidence à des donateurs potentiels au printemps dernier, est donc caricatural et inexact. Mais ce n’est totalement faux non plus.

Ce qui est certain: c’est un propos électoralement maladroit. Le candidat républicain passe pour un homme sans compassion. Il apporte de l’eau au moulin de Barack Obama qui ne cesse de dire que Mitt Romney veut abandonner les pauvres et les classes moyennes à leur triste sort.

Mitt Romney ne sait pas bien contrer l’argument: il pourrait dire que l’endettement est une forme de vol. Il pourrait dire que Barack Obama, en choisissant la dette pour guèrir l’Amérique, a volé les jeunes pour donner aux vieux. Il pourrait mieux expliquer que des programmes sociaux qui sont financés par la dette ne sont pas tenables.

Il pourrait mieux décrire concrètement pourquoi une réforme fiscale intelligente créerait des emplois. Son message n’est pas assez clair et constructif. Il n’est pas reaganien. Il ne sait pas toujours expliquer avec conviction que l’emploi est crée par le secteur privé concurrentiel, pas par les fonctionnaires syndiqués qui financent le parti démocrate.

En matière de politique étrangère, Mitt Romney tient un discours simpliste, bien loin de celui des grands républicains qui ont fait honneur à leur pays. Je pense à James Baker ou George Schulze, par exemple. Une meilleure connaissance des dossiers, plus de nuance, seraient les bien venus de la part d’un homme qui veut gouverner l’Amérique.

Pour autant les principes « romneysiens » en politique étrangère sont bons. Mais il semble se réfugier derrière des slogans et mal connaître le monde. Jon Hunstman, l’autre mormon républicain qui s’était présenté aux primaires, avait montré bien plus de finesse.

En gros Mitt Romney n’est pas pour l’instant un bon candidat. Il n’est pas un très bon orateur. Il ne connecte pas avec son audience. Les républicains auraient certainement pu trouver mieux. Si ce n’est parmi les prétendants durant les primaires, certainement parmi les gouverneurs républicains modérés et pragmatiques qui sont nombreux.

Mitt Romney vaut certainement mieux que sa caricature dressée par le New York Times et les autres médias démocrates. Il est intelligent. Son expérience et son succès dans la finance sont à son honneur. Il connaît le secteur privé, ce qui est un atout énorme face à Barack Obama qui ne comprend rien à l’entreprise, semble mépriser la réussite des entrepreneurs individualistes, n’a jamais travaillé dans une entreprise et n’a pas prouvé en quatre ans qu’il était un leader effectif, à la hauteur de ses discours pourtant si beaux.

Lorsqu’il était gouverneur du très démocrate État du Massachusetts, Mitt Romney a été pragmatique et rassembleur, non pas polarisant.

Et après tout, le Président Obama non plus n’est pas sans défaut…Pourquoi Barack Obama n’est-il pas plus respecté par les leaders démocrates du Congrès ?

Parce qu’il parle mieux qu’il ne gouverne. Parcequ’il réfléchit beaucoup mais agit peu. Parcequ’il surestime son pouvoir de séduction. Parcequ’il n’a pas d’amis au Congrès et qu’on se méfie, y compris chez les démocrates, de son insularité et de la haute opinion qu’il a de son charisme.

Ce qui est stupéfiant est qu’en dépit de ses tares, Mitt Romney est toujours en gros à égalité dans les sondages face à Barack Obama. Je parle ici des sondages qui comptent: ceux qui portent sur les États où la course à la Maison blanche est la plus disputée.

Peu importe que Romney soit en tête de 10 points au Texas, et Obama de 10 points en Californie. Ce qui importe est l’état de la course en Floride, en Virginie, dans l’Ohio…par exemple. Or dans ces États, pour l’instant l’avance de Barack Obama est très faible et fragile. N’oublions pas que le Président n’est pas élu au suffrage universel direct…mais par de grands électeurs issus des élections au niveau des États.

Ce qu’il faut suivre également: les sondages qui interrogent les « électeurs probables » et non pas les électeurs inscrits…

Pour le moment la course reste très ouverte. La popularité de Barack Obama ne dépasse pas 50%. La mobilisation des républicains pourrait être plus forte que celle des démocrates et des centristes dont beaucoup sont déçus par le Président sortant.

Les débats télévisés seront probablement plus intéressants que d’ordinaire car Mitt Romney est moins connu que Barack Obama. S’il fait simplement jeu égal avec le Président sortant, il aura fait avancer sa cause.

Voir aussi:

Le débat présidentiel: deux gagnants et un perdant

Pierre-Yves Dugua

4 octobre 2012

Je ne sais pas si ce débat va influer sur la course à la Maison blanche. Mais de mon point de vue, on distingue ce soir deux gagnants et un perdant dans cette première confrontation directe entre Barack Obama et Mitt Romney.

1) Le format du débat est le grand gagnant

Pour la première fois depuis que je suis des débats (c’est à dire depuis le débat Carter – Reagan en 1980), nous avons assisté à un véritable échange. Les règles n’étaient pas aussi strictes. Jim Lehrer, le journaliste de grand métier qui animait le débat a été neutre, détendu et efficace. Il a su laisser les débatteurs déborder de leurs séquences initialement limitées. Dans le même temps il les a obligé à rester sur les thèmes qu’il avait choisi. Le flux des arguments en a été plus clair et le débat plus informatif. On comprend mieux ce que proposent les deux candidats.

2) Le second gagnant est Mitt Romney

Mitt Romney s’est montré détendu, chaleureux, pragmatique et bien plus sympathique que lors de la convention républicaine. Pour autant le candidat a été précis et aggressif sans être impoli. Pugnace tout en étant présidentiel.

Mitt Romney a ainsi corrigé plusieurs contre-vérités que l’on matraque sans cesse aux Américains dans les milieux bien pensants.

La principale contre-vérité était qu’il veut réduire les impôts des riches.

Le second mensonge: Romney pense que les réglementations sont mauvaises pour le libre marché. Or Mitt Romney a clairement affirmé le contraire, et à juste titre. La question est la qualité de la réglementation. Pas la quantité.

Le troisième message faux colporté par les démocrates: Romney est un extrémiste. Mitt Romney ce soir a rappellé qu’il a travaillé de manière constructive avec une majorité écrasante d’élus démocrate lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts.

3) Le perdant est la presse pro-Obama

La presse a pris Mitt Romney en grippe depuis des mois. Il est vrai que ce dernier a aussi fait beaucoup d’erreurs, ce qui n’a rien arrangé. Erreurs de stratégie, erreurs de communication, erreurs de priorités politiques…Mais à Denver ce soir, Romney n’avait qu’une caméra et son opposant face à lui. Privé du « filtre » de ces journalistes qui lui font obstacle, il s’est enfin montré capable de « connecter » directement avec l’Américain moyen.

Incapables dans l’ensemble jusqu’à présent de porter un regard sur Obama qui soit aussi critique que celui qu’ils portent sur Romney, les journalistes de l’establishment vont devoir tenir compte de la bonne performance de l’homme pour lequel ils ne voteront pas.

Ma plus grande surprise: Barack Obama a été dépassé. Il a mal défendu ses positions. Le Président a pourtant de grandes qualités de communiquant. On ne les a pas vues ce soir. Sans prompteur, le Président est nettement moins bon.

Il est trop tôt pour dire si ce débat boulversera la course. Barack Obama aura au moins deux autres débats pour se rattraper. Mais Mitt Romney, bien moins connu du grand public que le Président sortant, a marqué des points ce soir.

Voir enfin:

Ce que mes amis démocrates ne peuvent pas dire

Pierre-Yves Dugua

30 août 2012

Obama vs. Romney. Voici la huitième campagne présidentielle que je suis depuis les États-Unis. À la veille de la convention démocrate, rien n’est joué.

Je relève au moins quatre commentaires que mes amis démocrates ne peuvent pas faire cette année. Et je sens bien que cela les rend malades.

1) « Mitt Romney est un imbécile »

En son temps, Ronald Reagan s’est fait qualifier d’imbécile par une bonne partie de presse intelligente américaine et parisienne. George W. Bush, en dépit de ses diplômes de Harvard et Yale était forcément un idiot, puisqu’il se disait texan. Sa syntaxe, comme celle de son père du reste, était incorrecte. C’était donc la preuve manifeste de sa niaiserie…Surtout ne jamais parler de la syntaxe de Bill Clinton…

Bob Dole (qui s’était présenté contre Bill Clinton en 1996) était un vieux. Sous-entendu « un vieux con ». Le fait qu’il ait été un des hommes politiques les plus drôle de sa génération a été tenu secret des lecteurs français. On peut dire exactement la même chose de John McCain qui avait osé se présenter contre Barack Obama il y a quatre ans.

Mitt Romney change de position sur de nombreux sujets au fil des ans, mais il respecte la grammaire. Sujet, verbe, complément…il connaît. Sa carrière brillante dans la finance est présentée comme la preuve de sa cruauté capitaliste. Dommage que par ailleurs elle démontre implicitement qu’il n’est pas un benet complet. Il faudra donc trouver autre chose pour dézinguer cet homme qui ose barrer la route à l’infaillible Barack Obama.

2) « Le message démocrate est positif »

La publicité négative est pratiquée par les deux camps depuis longtemps. Les républicains sont souvent meilleurs sur ce triste terrain. Mais les démocrates cette année ont pris l’initiative: l’été a été caractérisé par un tir de barrage massif de publicités négatives plus ou moins directement approuvées par la campagne de Barack Obama. L’objectif: définir Mitt Romney, cet inconnu du grand public, comme un méchant milliardaire, un cruel capitaliste, un mormon dangeureux.

Il est stupéfiant qu’en dépit des millions de dollars ainsi dépensés dans cet effort, Mitt Romney soit pratiquement aussi populaire que Barack Obama.

3) « Les républicains ont bloqué les réformes d’Obama »

Le secret le mieux gardé par la presse pro-Obama: le parti démocrate controlait tous les pouvoirs à Washington durant les deux premières années du mandat de Barack Obama. Ce n’est qu’en novembre 2010 que les démocrates ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants. Aujourd’hui encore, les démocrates contrôlent le Sénat.

Pour autant en dépit des majorités de son propre parti dans les deux chambres du Congrès, Barack Obama n’a jamais pu faire adopter son budget ! Ce ne sont pas les républicains qui ont bloqué les réformes du Président. Ce sont les démocrates. Mais surtout il ne faut pas le dire.

Parmi ces réformes bloquées: des augmentations d’impôts, des hausses de dépenses publiques, des privilèges supplémentaires promis aux syndicats, une intervention plus directe de l’État fédéral dans la santé, des règlementations plus envahissantes pour les entreprises.

4) « La politique étrangère de Barack Obama est un succès »

Barack Obama a reçu en 2009 le Prix Nobel de la Paix. Comme il n’avait encore rien fait en matière diplomatique, on peut dire qu’il a reçu ce prix « à titre préventif ». Le seul fait d’être « Barack Obama », c’est à dire « l’anti-Bush », a justifié aux yeux de l’académie de Stockholm qu’on lui accorde cet honneur. Quelle a été depuis la contribution de Barack Obama à la paix dans le monde ?

Sa main tendue à Vladimir Poutine ? un échec. Sa main tendue à l’Iran ? un échec. Sa main tendue aux « islamistes modérés » ? pas vraiment un succès. Son dialogue avec la Chine ? aucun résultat tangible, ni en matière diplomatique, ni en matière économique. Sa main pas tendue du tout à Israël ? elle n’a pas donné plus d’influence à l’Amérique au Proche Orient.

Guantanamo n’est pas fermé. Plus de 160 prisonniers y sont encore. Des américains meurent encore en Afghanistan aujourd’hui. En Libye, pour détrôner Khaddafi, les américains ont traîné les pieds. Barack Obama a-t-il mérité son Prix Nobel ?

J’attends que mes collègues, experts en matière diplomatique, répondent à cette question.


Présidentielle américaine/2012: Romney va gagner (Democratic spokesman: Mitt will win)

4 octobre, 2012
Mitt will win the first debate (…) Mitt Romney has had a lot more time to debate, the president has not debated in the past four years in terms, of a campaign debate. Brad Woodhouse (Democratic spokesman)
Governor Romney is a good debater. I’m just OK. Obama
It’s fun, isn’t it? Mitt Romney
Jim, you may want to move on to another topic. Barack Obama
Look: you know how much I love the guy, and you know how much of a high information viewer I am, and I can see the logic of some of Obama’s meandering, weak, professorial arguments. But this was a disaster for the president for the key people he needs to reach, and his effete, wonkish lectures may have jolted a lot of independents into giving Romney a second look. Obama looked tired, even bored; he kept looking down; he had no crisp statements of passion or argument; he wasn’t there. He was entirely defensive, which may have been the strategy. But it was the wrong strategy. At the wrong moment.The person with authority on that stage was Romney – offered it by one of the lamest moderators ever, and seized with relish. This was Romney the salesman. And my gut tells me he sold a few voters on a change tonight. It’s beyond depressing. But it’s true. Andrew Sullivan
I can’t believe I’m saying this, but Obama looks like he DOES need a teleprompter. Bill Maher
Romney sera-t-il KO demain soir? Correspondants américains du Figaro
It looked like Mitt Romney wanted to be there and President Obama didn’t want to be there. James Carville
It had been nearly 1,400 days since Barack Obama strode onto a debate stage — and it showed in a major way Wednesday at the first presidential debate of 2012. Obama, who has spent most of the past four years speaking to hand-picked interviewers or lecturing audiences required to remain mostly mute while he spoke, struggled to shake off the rust in a jostling debate environment that gave his opponent Mitt Romney parity, equal time — and a new lease on political life. (…) the debate was a substantive break from months of caustic negative campaigning on both sides, including lengthy discussions over deficit reduction and entitlement reform that seemed to yield hints of common ground — and also seemed to elevate both men. Yet even that was inherently bad news for Obama, who had hoped to convince voters he was the only possible president onstage. (…) Romney appeared to provide a flailing candidacy with new direction. A smiling, relaxed former governor, confident and under control after 27 debates over the past 18 months, seemed to strike a balance he has thus far failed to achieve, attacking Obama and softening his own image and positions. Politico
Romney simply dominated and deflated Obama. This was the first time millions of people ever heard Mitt Romney make a case for himself at any length. Most Americans didn’t watch the GOP debates. The ratings for Romney’s convention speech were sub-par and he never really talked about policy anyway at the convention. But tonight Romney brilliantly dismantled the straw man Obama has been running against for months. I think it was David Freddoso who said on Twitter that if all you knew about Romney was what you saw in Obama’s TV ads, you’d get the sense that Obama’s been lying to you all this time. Jonah Goldberg
Romney was solid, presidential, and the clear winner. Deconstruct Obama and there’s nothing left. David Gelernter
We should give Barack Obama some credit for his extraordinary candor on one issue: True to his word, he really isn’t all that good a debater.  Kevin D. Williamson
Romney expertly walked a fine line between saying things that will excite the Republican base and saying things that will woo swing voters. He cut through the image of him as an unthinking, out-of-touch plutocrat and got personal, telling stories about voters he’s met on the trail. He was both extraordinarily well prepared with numbers and naturally at ease in the format. He surprised me. By contrast, Obama shrugged, looked down, ummed and ahhed, and most notably, appealed to the moderator when things got rough. (“Jim, you may want to move on to another topic.”) Romney was clearly much better prepared, both tonally and with policy specifics, than the Obama camp counted on. Obama was never really seriously rattled, but he looked like he thought he could win by running down the clock. He couldn’t. Daniel Foster
Obama (…) was weaker than usual in every way — poor on substance, poor on style, very tired; he missed opportunities and failed to defend himself. I personally think the president’s record is in most respects indefensible, but presumably Obama doesn’t agree with that. He didn’t show it tonight. Romney (…) was just superb tonight. Forceful and clear, a good balance of details and generalities, he missed very few opportunities (…), and he came across very well. He was strong where he has often been weak — on policy specifics (up to a point), defending his tax proposal, a clear contrast on the role of government. And he was in control — he basically talked about what he wanted to talk about, and didn’t talk about what he wanted to avoid, and Obama more or less let him do it. (…) On the whole, Mitt Romney looked like a guy who wants to be elected president tonight, and Barack Obama looked like a guy who wants to be left alone. (…) The polls of the past few weeks suggest this election is going to be decided by turnout — that it’s going to be a very close election and a subtle shift in who chooses to show up could well determine the outcome. That means it was extremely important for Romney to re-energize his supporters, and to combat the sense (being carefully and ably cultivated by the Democrats and some in the press) that Obama had it wrapped up and everything was going terribly for the Republicans. That sense was not well founded, on the whole, but in an election like this it can easily become a self-fulfilling prophecy. It seems to me that Romney has ably undermined it tonight — forcing the press to talk about Obama underperforming and Romney looking strong just when people are paying attention. That means he did what he had to do and then some. Yuval Levin
Mitt Romney met the challenge of appearing Presidential, showed a superior command of fact and argument than the incumbent, and made a confident, optimistic case for change. These columns have often criticized the former Massachusetts Governor, but this was easily his finest performance as a candidate, and the best debate effort by a Republican nominee since Ronald Reagan in 1980. (…) The President seemed off his game overall, verbose as he often is but with his famous restraint seeming more diffident than cool as Mr. Romney bore in with details about his record. It’s clear Mr. Obama isn’t used to someone challenging the attack lines that he uses to describe Mr. Romney’s various proposals on the stump. So when Mr. Romney defended those plans with his considerable and passionate detail, Mr. Obama seemed to have no answer but to repeat the charges. He was out of arguments. (…) It’s going to be fascinating to see how this debate influences a race that the pundit class and most Democrats had all but declared to be over. (…) What worked for Mr. Romney on Wednesday was his confident demeanor and mastery of the policy detail, stitched together into a critique of the incumbent and clear explanation of the election stakes. Undecided voters saw a different challenger than they’ve been reading about, or seeing on TV, and the race is finally on. The WSJ
It would be asking too much for anyone to believe that the Romney campaign planned to spend two years saying very little about the substance of public policy as a ruse to anesthetize Barack Obama on debate night, but that is clearly what happened. Gov. Romney came to the debate prepared to press Mr. Obama in detail about the president’s record, to defend the substance of his own proposals and even draw sharp philosophical distinctions with Mr. Obama. We’re happy to tip a hat to his pre-debate sparring partner, Sen. Rob Portman of Ohio, but this level of competence and detail wasn’t acquired in the past 10 days. (…) It is safe to say that no one expected or predicted that Barack Obama could be so pushed off his game or look so flustered in a contest of articulating ideas. What happened? Barack Obama showed the dangers and risks of presidential incumbency. For all the powers of the office, the U.S. presidency inevitably causes the person holding it to place outsized belief and faith in the correctness of his own policies and ideas. In a word, hubris. It has happened before. Barack Obama, perhaps the most self-confident person to occupy that office in our lifetime, was always skating along the edge of a cliff of self-destructive arrogance. No other president would have though to berate the members of the Supreme Court as they sat in front of him during his State of the Union speech. The famous George Washington University speech in which he ridiculed his Republican partners in the deficit-negotiation talks, who had come to the speech expecting to here a policy response, was another sign of potential danger. And finally there was the report a few weeks ago that Mr. Obama did not respect Gov. Romney and did not consider him competent to be president. This is a president, dismissive and condescending to any opposition, who went into that debate in Denver and essentially got his head handed to him by better-prepared opponent. (…)  After awhile, he looked like a guy who was rummaging through a drawer for old audio cassettes. « The oil industry gets $4 billion a year in corporate welfare. » He even rolled out the corporate jets. The president sounded like someone who had simply run out of ideas. (…) The debate ultimately produced a reversal of expectations and roles. Based on past performances, it was Mitt Romney who should have been scattershot in his discussion and defensive about his ideas. He’s always been defensive about his ideas. Instead, it was Gov. Romney on offense and the president on defense for most of the debate. Daniel Henninger
For so long Barack Obama has assumed that he will not face cross-examination from the media that he simply has little grasp of policy details, and in exasperation seems to look around for the accustomed helpful media crutch. But there is no such subsidy in a one-on-one debate, and only now it becomes clear just how the media for the last six years have enfeebled their favorite. And unlike 2008, there is now an Obama record to defend, rather than just repeating hope-and-change platitudes and vague generalities that have worked in the past. Romney is an effective debater and had a wealth of detail at his grasp that seemed to stun Obama, as if such a skilled opponent was not supposed to be part of the script. In essence, Obama looked tired, in the Nixonian mode, and he sounded like a petulant 1980 Jimmy Carter. After this debate is over, I expect the Obama team will go into full reset mode to re-prep the president for the next round. Tonight he either coasted or was not up to the task, and it showed, and he knew it — and if the same sub-par performance continues in the next two debates Obama will lose the election outright. Victor Davis Hanson
Romney (…) just didn’t hold his own, he showed himself to be the equal of the President. And in fact, if you counted it on points, the way you would of a fight, you’d say he won by far the majority of the rounds. (…) And with Obama, I thought he had a very weak night. It looked as if he were sitting on the lead. I can guarantee you that if he’d been behind in the polls, he would have hammered at the 47%, the video that really damaged Romney. It didn’t come up at all and that’s somebody who thinks all you have to do is get up, play out the 90 minutes, hold the ball and win. But he didn’t, he lost. Charles Krauthammer

Pour ceux qui avaient déjà enterré Truman

Au lendemain d’un premier débat où …

Avant le prochain débat Einstein-Forrest Gump …

Ont enfin payé les harassants mois de débats des primaires du candidat républicain …

Et où est enfin apparue aux yeux de tous privée de son inséparable télésouffleur …

Toute la vacuité de l’actuel locataire de la Maison Blanche  …

Remise des pendules à l’heure avec le chroniqueur du Washington Post Charles Krauthammer …

Krauthammer: « Romney Won Big, He Won By Two Touchdowns »

CHARLES KRAUTHAMMER: I thought Romney won and Romney won big, he won by two touchdowns. You know, when a challenger just steps up on the stage that already gives him stature. But when he performs the way Romney did, I think it really changes things. It doesn’t change the game, but it changes the momentum.

The Romney campaign has had a terrible month, to the extent that people are saying, ‘You know, who is this guy? He seems like a sap.’ All of the sudden this Romney shows up and he is knowledgeable, he is confident and he’s got nerve. He never backed down on any of the Obama attacks. In fact, every time Obama got hurled a particular item, he came back with a three-point answer, not a one-point answer, but a three.

So I think he just didn’t hold his own, he showed himself to be the equal of the President. And in fact, if you counted it on points, the way you would of a fight, you’d say he won by far the majority of the rounds. And I think for him that does is give him stature that he doesn’t have and it changes the narrative of the campaign that is so clueless, going nowhere, making mistake after mistake to one in which people stop and say, ‘Is that the guy?’ and this is the first time they are actually seeing him unfiltered. That’s not the guy that we thought we saw and we heard about and we read about, he’s different from that.

And with Obama, I thought he had a very weak night. It looked as if he were sitting on the lead. I can guarantee you that if he’d been behind in the polls, he would have hammered at the 47%, the video that really damaged Romney. It didn’t come up at all and that’s somebody who thinks all you have to do is get up, play out the 90 minutes, hold the ball and win. But he didn’t, he lost. But again, it’s not going to change the election, but I think it does stop the Romney slide.

It’s not just that it energizes his base, I think what’s important here is that people who have heard millions of dollars worth of ads about Romney, that he’s the Gordon Gekko of our time, that he wants to inflict the pain on the middle class, look at this guy and say, ‘He’s got no horns. He’s a guy that has ideas, some of them perhaps are wrong. But he’s got some concern for the country, he’s got ideas and he knows his stuff.’ So I think it helps to wipe away a lot of that advantage that Obama’s had from this huge amount of advertisement that you’ve seen in the swing states and I think that we might begin to see some slight narrowing. Perhaps a point or two, but that’s all you need to change the direction of an election with a month to go.

Voir aussi:

Obama KO debout

Guy Millière

Dreuz

4 octobre 2012

Je m’en doute avant même d’avoir lu le moindre commentaire en France, les journalistes des grands médias vont faire leur travail, et dire qu’Obama a été bon, très bon, voire excellent dans le débat d’hier au soir.

Peut-être vont-ils reprendre les thèmes abordés de manière relativiste, et dire qu’Obama a défendu telle ou telle position et Romney telle ou telle autre position.

La vérité est que d’un bout à l’autre du débat, Barack Obama n’a pas été du tout à la hauteur et s’est fait administrer une leçon. Amplement méritée.

Obama n’avait à sa disposition que des points de discours préparés à l’avance, des attaques basées sur des affirmations fausses qui se sont révélées à l’usage aussi efficaces que des pétards mouillés, et quelques anecdotes hatives.

Mitt Romney a montré une maîtrise des faits et des dossiers absolument exemplaires, une précision de chaque instant, une aptitude à démonter point par point ce qu’il y avait de bancal dans les affirmations de son adversaire à chaque fois que celui-ci risquait une affirmation.

Comme je l’ai écrit récemment, Romney a montré qu’il connaît l’économie, et il a démontré pourquoi il a été un entrepreneur aussi efficace et couronné de succès au cours de sa carrière.

Comme je l’ai écrit récemment aussi, Obama connaît Whoopi Goldberg et David Letterman, mais cela s’est révélé très insuffisant.

Obama est habitué depuis quatre ans à répondre aux questions de journalistes courtisans, ou aux réparties d’amuseurs publics. Il n’a jamais eu en face de lui un adversaire digne de ce nom depuis qu’il est entré en politique, et je dois dire avec tristesse que John McCain il y a quatre ans, n’a pas été un adversaire digne de ce nom.

Ce soir, non seulement Obama a eu en face de lui un adversaire, mais il a eu en face de lui un homme qui lui est absolument supérieur dans la connaissance de tous les dossiers concernés. On aurait pu avoir l’impression que le Président était Mitt Romney et Obama un étudiant s’essayant de contredire son professeur.

Pour défendre son piètre bilan, Obama a énoncé des histoires à dormir debout : Romney lui a renvoyé au visage les données précises, chiffrées, accablantes. Pour parler de l’avenir, Obama a promis de continuer sur sa lancée. Romney a expliqué magistralement que cette lancée menait au cataclysme.

D’un bout à l’autre du débat, Romney a été à l’offensive. Obama a été dans une posture défensive, au point qu’il a du solliciter parfois l’aide du modérateur pour changer de sujet. Romney a su ne pas se laisser couper la parole sans paraître inélégant. Obama n’a pas réussi à faire la même chose.

Enfin, en termes de comportement et de gestes, Romney n’a cessé de regarder Obama dans les yeux, d’une manière affirmée, légèrement dominante sans être arrogante un seul instant. Obama a passé la soirée à regarder son pupitre en baissant les yeux et à se tourner vers le modérateur ou la caméra, regardant très rarement son adversaire. Romney n’a cessé de sourire de manière avenante. Obama a plusieurs fois fait la moue.

Si cela avait été un match de boxe, Obama aurait été KO dès le premier round. Ce n’était pas un match de boxe, mais on peut dire qu’Obama a été KO debout pendant toute la rencontre.

Cela changera-t-il le cours de l’élection ? Il est bien trop tôt pour le dire. Mais la campagne de Mitt Romney devrait trouver une énergie et une confiance renouvelées. Les grands médias vont faire leur travail, disais-je, et minimiser les dégâts : ils ont tant investi sur Obama qu’ils feront strictement tout pour qu’il gagne. Mais ce soir, spontanément, dans l’instant, des gens qui avaient tout misé sur Obama ont fait savoir leur déception. Bill Maher, qui a donné un million de dollars à la campagne d’Obama a écrit qu’Obama avait besoin d’un téléprompteur pour tenir un discours cohérent. Andrew Sullivan, autre obamalatre, s’est demandé ce qu’Obama avait fait la veille au soir.

Des panels d’électeurs où se trouvaient autant de démocrates que de républicains ont déclaré Romney vainqueur à quatre vingt quinze pour cent. Un certain nombre d’électeurs qui entendaient voter pour Obama ont dit avoir changé d’avis. Pour beaucoup de spectateurs, c’était la première fois qu’ils voyaient Romney en direct, et cette première fois a eu incontestablement un effet. Les sondags dans quelques jours montreront si les chiffres bougent.

Voir encore:

Romney domine Obama lors du premier débat

Laure Mandeville

The Figaro

04/10/2012

VIDÉO – Face au président sortant, favori des sondages pour l’élection présidentielle américaine, le candidat républicain s’est montré à l’aise et déterminé. Entre les deux hommes, un désaccord sur le rôle de l’État.

De notre envoyée spéciale à Denver

Pour le premier duel de la campagne présidentielle, tout le monde ou presque s’attendait à ce que le président écrase son adversaire, qui se trouvait sous forte pression en raison de mauvais sondages et d’une séquence calamiteuse de gaffes en série ces dernières semaines. Mais rien de tel ne s’est produit. Au contraire. Ce mercredi soir aura clairement été la soirée de Mitt Romney, sorti renforcé d’un débat de fond poli et technique, où Obama est apparu plutôt désengagé, se battant sans brio pour défendre son bilan économique mitigé.

Il est 19 heures piles mercredi soir à Denver. Les deux épouses des candidats, Michelle en bleu roi, et Ann en blanc, se sont embrassées avant de prendre place au premier rang dans l’auditoire, dans un amphithéâtre du campus de l’université de Denver. Jim Lehrer, le modérateur, journaliste chevronné qui a animé de tels duels maintes fois, s’est assis dos à la salle et face à l’estrade. «Silence absolu», a-t-il intimé à la salle. Il annonce que le débat sera consacré aux affaires intérieures et divisé en six chapitres, dont trois sur l’économie… Les deux hommes font leur apparition et se saluent en souriant. C’est parti pour 90 minutes d’un débat courtois et détaillé. Une vraie conversation de fond, sans concessions, mais sans coups d’éclats.

Le professeur et l’étudiant

Ce qui frappe d’entrée dès les premiers segments de discussion, consacrés aux emplois et aux impôts, c’est à quel point le gouverneur Romney est à l’aise, bien préparé. Contrairement aux anticipations des médias, il est à la fois calme et offensif, reprenant la parole pour préciser ses intentions ou nier les accusations d’Obama, tandis que le président semble moins présent. Obama l’accuse à plusieurs reprises de vouloir préparer des réductions d’impôts de 5000 milliards de dollars pour les classes les plus riches et se demande comment dans ces conditions il sera possible d’équilibrer le budget sans imposer durement les classes moyennes. Romney réfute à plusieurs reprises, puis revient sur son programme, basé, dit-il sur la croissance de l’économie et notamment celle des PME, profondément frappées, dit-il par les mesures d’imposition d’Obama. «Vos mesures vont coûter 700.000 emplois au pays», avertit-il. Le débat devient complexe mais Romney reste maître de ses sujets, de Medicare à la réforme de la santé. «Il avait l’air du professeur et Obama de l’étudiant», notera plus tard, l’ancien maire de New York, Rudolf Giuliani.

À plusieurs reprises, les deux hommes tombent d’accord, notamment sur la nécessité d’investir dans l’éducation pour construire l’économie du futur. Mais ils sont en opposition sur la philosophie générale, et notamment sur le rôle de l’État, qu’Obama voit comme un moyen de créer un marchepied pour donner sa chance à tous, tandis que Romney fait confiance en général au privé.

Les républicains rayonnent

À plusieurs reprises, Romney attaque sur le bilan économique, parlant «d’une voie qui est mauvaise et n’a pas apporté le succès». Obama, lui, ne tente à aucun moment de tirer partie de la vidéo malheureuse, où l’on voit Romney affirmer qu’il ne doit pas s’occuper des 47% d’Américains qui veulent vivre comme des assistés… Pourquoi?

Après le débat, il suffit de jeter un coup d’œil aux «spin docteurs» qui se baladent dans «l’allée des interprétations», pour comprendre qui a gagné. Les républicains rayonnent. Rob Portman, le sénateur de l’Ohio qui a préparé Mitt Romney, jouant le rôle d’Obama pendant une demi douzaine de rencontres», se dit «très content» de la prestation de son champion. «On a vu le vrai Mitt, loin de la caricature qui a été peinte de lui», se réjouit-il. Le jeune sénateur cubain Marco Rubio affirme que le débat va changer la dynamique de l’élection.

Côté démocrate, David Axelrod, l’un des principaux conseillers d’Obama, paraît sur la défensive. Quand un reporter lui demande s’il confirme avoir dit que Romney pourrait avoir un rebond de popularité, il n’exclut pas que cela se produise… Lui et David Plouffe, le stratège de la campagne du président, parlent d’une campagne de fond, plus large qu’un débat. Mais les faits sont là. Romney a été bon et pourrait bien gagner la confiance de certains déçus d’Obama qui hésitaient à lui redonner.

Voir enfin:

 Verbatim : la transcription du débat Obama-Romney

Le Monde

04.10.2012

Jim Lehrer : Bonsoir depuis le Magness Arena de l’Université de Denver à Denver, Colorado. Je suis Jim Lehrer de « PBS NewsHour », et je vous souhaite la bienvenue pour le premier débat de la présidentielle. Les 90 minutes de ce soir seront consacrées aux questions intérieures. Commençons avec le thème de l’emploi. Quelles sont les différences majeures entre vous à ce sujet ?

Barack Obama : Je vous remercie, Jim. Je veux remercier le gouverneur Romney et l’Université de Denver pour son hospitalité. Il y a beaucoup de points que je veux souligner ce soir, le plus important étant qu’il y a vingt ans, je suis devenu l’homme le plus chanceux de la terre quand Michelle a accepté de m’épouser. Et donc, ma chérie, je voudrais te souhaiter un joyeux anniversaire et te dire que dans un an, nous ne le fêterons pas devant 40 millions de personnes.

Il y a quatre ans, nous traversions la pire crise économique depuis la Grande Dépression. Des millions d’emplois ont été perdus, l’industrie automobile était sur le point de s’effondrer, le système financier était pétrifié. Mais grâce à la détermination et au courage des Américains, nous avons commencé à relever la tête. Au cours des trente derniers mois, 5 millions d’emplois ont été créés dans le secteur privé.

L’industrie automobile vrombit de nouveau. Et l’immobilier a repris des couleurs. Mais nous savons tous qu’il reste beaucoup à faire. Et donc, la question ce soir n’est pas de savoir d’où nous venons, mais où nous allons. Le gouverneur Romney pense que si nous diminuons les impôts, penchons vers les riches et diminuons les régulations, nous irons mieux.

J’ai un autre point de vue. Je pense que nous devons investir dans l’éducation et la formation. Qu’il est important de développer d’autres sources d’énergie ici en Amérique, que nous changions notre législation sur l’imposition afin de soutenir les entreprises qui investissent aux Etats-Unis, que nous prenions un peu de l’argent que nous économiserons en ralentissant deux guerres pour reconstruire l’Amérique et que nous réduisions notre déficit à un point qui nous permette d’engager ces investissements cruciaux.

Maintenant, le chemin que nous allons prendre dépend des électeurs, de vous. Allons-nous retomber dans les politiques économiques qui nous ont conduits dans ce désordre ? Ou allons-nous embrasser un nouveau patriotisme économique qui proclame que l’Amérique va mieux lorsque sa classe moyenne va mieux ?

Je suis impatient d’avoir ce débat.

Mitt Romney : Félicitations pour votre anniversaire, monsieur le président. Je suis sûr que c’est l’endroit le plus romantique que vous pouviez imaginer, d’être ici avec moi…

C’est évidemment un sujet très sensible. J’ai eu l’occasion, au cours des deux dernières années, de rencontrer des gens dans le pays. J’étais à Dayton, dans l’Ohio, quand une femme m’a agrippé le bras et dit : « Je n’ai plus de travail depuis mai, pouvez-vous m’aider ? »

Et hier, dans un rassemblement à Denver, une femme avec son bébé dans les bras est venue dire à ma femme, Ann, que son mari avait eu quatre emplois à temps partiel en trois ans, qu’il était chômeur depuis peu et qu’ils avaient perdu leur maison.

Et oui, nous pouvons aider ces gens, mais pour cela, il va falloir emprunter un chemin différent. Ni celui que nous avons suivi, ni celui que le président Obama décrit comme une diminution d’impôts pour les riches. Car ce n’est pas ce que je vais faire.

Mon plan comprend cinq axes essentiels : l’indépendance énergétique de l’Amérique du Nord, qui créera environ 4 millions d’emplois ; ouvrir d’autres marchés, particulièrement en Amérique latine, sévir contre la Chine quand elle triche ; s’assurer que nos concitoyens disposent des compétences nécessaires pour réussir et des meilleures écoles du monde – nous en sommes loin pour l’instant ; revenir à un budget équilibré ; favoriser les petites entreprises car ce sont elles qui créent des emplois en Amérique et qu’au cours des quatre dernières années, leurs dirigeants ont estimé que l’Amérique n’était plus un endroit pour en créer.

Le chemin sur lequel nous étions n’a pas été celui du succès. Le président garde un point de vue assez similaire à celui qui fut le sien au cours de son mandat, celui d’un gouvernement plus gros, dépensant plus, taxant plus, régulant plus, un gouvernement dégoulinant si vous voulez. Mais ce n’est pas la bonne réponse pour l’Amérique. Je rendrai la vitalité à l’Amérique.

M. Obama : Pour moi, nous devons améliorer notre système éducatif et nous avons déjà fait d’énormes progrès en reprenant des idées aussi bien des démocrates que des républicains. Notre programme « Race to the Top » a initié des réformes dans 46 Etats en élevant le niveau et en améliorant la formation des professeurs. Je veux à présent recruter 100 000 nouveaux professeurs de mathématiques et de sciences et m’assurer que les frais d’inscription restent bas pour nos jeunes.

Pour notre code des impôts, le gouverneur et moi sommes d’accord sur le fait que l’impôt des sociétés est trop élevé. Je veux l’abaisser à 25 %. Mais je veux aussi supprimer les niches fiscales qui incitent des entreprises à créer des emplois à l’étranger. Je veux offrir des réductions d’impôts aux entreprises qui créent des emplois aux Etats-Unis.

Sur l’énergie, nous sommes d’accord aussi pour encourager la production américaine, et d’ailleurs les productions de pétrole et de gaz sont plus élevées qu’elles ne l’ont été depuis des années. Mais je pense qu’il ne faut pas négliger dans nos investissements les sources d’énergie du futur, comme l’éolien, le solaire ou les bio carburants.

Tout cela est possible. Mais à condition de supprimer le déficit. L’objet de notre débat sera de voir comment revoir notre code des impôts, de réduire nos dépenses de façon responsable, de trouver assez de revenus pour faire ces investissements.

Et là, il y a une grosse différence entre nous. Le plan du gouverneur Romney prévoit une réduction d’impôts de 5 000 milliards de dollars, plus une extension des réductions de Bush [2000-2008], ce qui fait 1 000 milliards supplémentaires, et une rallonge budgétaire de 2 000 milliards pour la défense, qui n’a pourtant rien demandé. Ce qui fait 8 000 milliards. La question de savoir comment payer pour cela, réduire le déficit et engager les investissements dont nous avons besoin, sans reporter ces coûts sur la classe moyenne américaine, me semble centrale.

M. Romney : Tout d’abord, je n’ai pas prévu de réduire les prélèvements de 5 000 milliards. Selon moi, monsieur le président, nous devrions soulager fiscalement la classe moyenne. Mais je n’ai pas l’intention de réduire les impôts des hauts-revenus, qui s’en sortent bien dans notre économie. Ils continueront qui que soit leur président, vous ou moi.

Ceux qui rencontrent des difficultés actuellement, ce sont les Américains aux revenus moyens, que votre politique économique a accablés. Leurs revenus ont diminué de 4 300 dollars, ce qui représente une taxe en soi. J’appellerai cela un prélèvement sur l’économie et il a été délétère.

Dans le même temps, le prix de l’essence a doublé sous votre présidence. L’électricité et la nourriture ont augmenté. Les coûts médicaux se sont accrus de 2 500 dollars par famille. Ces gens sont étranglés, et la question est de savoir comment les faire redémarrer. Il faut pour cela suivre mon plan.

Mais le président a souligné quelques points que je voudrais reprendre. D’abord l’éducation. Je suis d’accord, c’est la clé de l’avenir de notre économie. Mais concernant la formation professionnelle, nous avons 47 programmes sous la houlette du gouvernement fédéral, dépendants de huit agences différentes. Mieux vaudrait rapatrier ces dollars au niveau des Etats afin qu’ils puissent créer leurs propres formations, correspondant aux emplois dont ils ont vraiment besoin.

Nous sommes d’accord aussi sur la nécessité de réduire les taux de prélèvements. Et je le ferai, pour les entreprises comme pour les individus. Mais comme les caisses sont vides, afin de ne pas perdre plus d’argent, j’abaisserai les déductions, les crédits et les exemptions.

Concernant l’énergie, le président a raison de dire que la production d’hydrocarbures a augmenté. Mais c’est malgré ses mesures, pas grâce à elles.

La production s’est accrue sur des terres privées, non sur celles du gouvernement. Sur ces dernières, votre administration a divisé par deux le nombre de permis et de licences. Si je deviens président, je les doublerai et exploiterai aussi le pétrole off-shore et en Alaska. Et nous ferons cet oléoduc avec le Canada.

J’aime le charbon et je m’assurerai que nous puissions continuer à brûler du charbon propre. Cette branche se sent sinistrée par vos décisions politiques. Je veux rendre l’Amérique du Nord indépendante du point de vue énergétique et ainsi créer tous ces emplois.

Je souhaite réduire les taxes, mais aussi les sommes allouées au gouvernement. Mon objectif principal est qu’aucune réduction fiscale ne vienne accroître le déficit.

Mais je veux aussi réduire la charge sur les revenus moyens, ce qui implique que je ne réduise pas celle qui pèse sur les hauts-revenus. On ne peut prétendre le contraire.

M. Obama : Parlons des impôts, je pense que c’est instructif. Il y a quatre ans, j’ai dit que je diminuerais les impôts de la classe moyenne, et c’est ce que j’ai fait, environ 3 600 dollars par famille. Avec plus d’argent en poche, ils peuvent peut-être s’acheter une nouvelle voiture. Ils sont en meilleure position pour affronter l’immense récession que nous avons traversée. Ils peuvent acheter un ordinateur pour leur enfant qui part au lycée, et ce surcroît de consommation permet de créer des emplois.

Maintenant, la proposition que le gouverneur Romney défend depuis dix-huit mois appelle une réduction de 5 000 milliards de prélèvements, avec 2 000 milliards supplémentaires pour la défense. Il prétend qu’il financera tout cela en mettant fin aux niches fiscales et aux déductions. Mais il n’a jamais expliqué comment il comptait faire cela.

Car quand on additionne les niches fiscales et les déductions dont les hauts-revenus peuvent bénéficier, on n’arrive pas à financer 5 000 milliards de dollars de baisse d’impôts et à octroyer 2 000 milliards aux dépenses militaires.

Des études indépendantes montrent que le seul moyen de financer les promesses du gouverneur Romney est d’en faire peser le fardeau sur les familles de la classe moyenne, d’un montant de 2 000 dollars environ.

Ce n’est pas mon analyse, mais celles d’économistes qui se sont penchés sur la question. Et je ne pense pas que ce soit la bonne recette pour la croissance économique.

M. Romney : Tout ce qu’il vient de dire sur mon programme fiscal est inexact. Je ne cherche pas une réduction d’impôts de 5 000 milliards de dollars. J’ai dit que je ne mettrai pas en place un plan de réduction des taxes qui aboutisse à augmenter le déficit.

Je ne réduirai pas non plus la part fiscale des hauts-revenus. Je sais que vous et votre colistier n’arrêtez pas de prétendre cela et que c’est populaire, mais c’est faux. J’ai cinq fils. Et l’habitude de m’entendre répéter des choses pas toujours vraies dans l’espoir que je finisse par y croire. Mais ce n’est pas le cas. D’accord ? Je ne réduirai pas les impôts des Américains disposant de hauts-revenus.

Et sous aucun prétexte je n’augmenterai les impôts des revenus moyens. Mais je les abaisserai. Vous citez une étude que six autres démentent. Moi, j’ai vu une étude aujourd’hui qui dit que vous allez augmenter les impôts sur les familles aux revenus moyens de 3 000 à 4 000 dollars.

Il y a plein d’études. Mais venons-en au fait : je veux réduire les taux de prélèvements, et en même temps diminuer les déductions, exemptions et crédits, afin de trouver les revenus dont nous avons besoin. Alors pourquoi baisser les taux ?

Parce que 54 % des travailleurs américains travaillent dans de petites entreprises qui sont taxées au taux individuel et pas à celui des entreprises. Si ce taux est abaissé, ces petites entreprises pourront embaucher.

Tout l’enjeu est de réussir à créer des emplois pour les Américains.

 M. Obama : Le gouverneur Romney a défendu son plan fiscal pendant dix-huit mois et maintenant, cinq semaines avant le scrutin, il annonce que sa grande idée c’est : « Ne vous en faites pas. »

C’est un fait mathématique, monsieur le gouverneur, votre plan ne pourra pas épargner les familles moyennes.

Tous deux, nous encourageons la croissance des petites entreprises. Et tandis que mon plan fiscal a déjà réduit les prélèvements sur 98 % des familles, j’ai aussi baissé les taxes pour les petites entreprises dix-huit fois. Et je souhaite juste continuer les réductions sur ces deux fronts.

Mais je pense que pour les revenus qui excèdent 250 000 dollars par an, nous devrions revenir aux niveaux de prélèvement en vigueur sous la présidence Clinton, lorsque nous avons créé 23 millions d’emplois, que nous sommes passés d’un déficit à un surplus, et avons créé un bon nombre de millionnaires.

Et s’il est si important de faire cela, c’est parce qu’ainsi nous ne réduirons pas seulement le déficit et encouragerons la création d’emploi dans les petites entreprises, mais nous rendrons les investissements dans l’éducation et l’énergie possibles.

Et nous n’avons pas la même définition de la petite entreprise. Sous ma présidence, 97 % des petites entreprises ne verraient pas leurs impôts sur le revenu augmenter. Le gouverneur Romney soutient donc que les 3% restant sont ceux qui créent des emplois, ceux qui seraient écrasés de taxes. Mais dans la définition du gouverneur Romney, le petit entreprenariat comprend un bon paquet de millionnaires et milliardaires. Donald Trump est un petit entrepreneur. Oui, je sais bien que Donald Trump n’aime pas l’idée d’être petit en quoi que ce soit mais c’est pourtant ainsi que vous définissez le petit entreprenariat d’un point de vue fiscal.

Et ce n’est pas cette approche qui permettra la croissance de notre économie, je crois, car la seule façon de payer pour cela sans étrangler la classe moyenne ou faire éclater notre déficit, c’est d’opérer des coupes drastiques dans des domaines comme l’éducation, toutes choses qui soutiennent la croissance de l’Amérique. Je pense que ce serait une erreur.

M. Romney : Monsieur le président, vous avez raison. Mais les 97 % des petits entrepreneurs ne sont pas taxés à 35 % mais moins. Mais les 3% qui restent emploient la moitié des travailleurs du secteur. Ce sont les entrepreneurs qui emploient le quart de tous les travailleurs américains.

Et votre plan consiste à faire passer leur taux de prélèvement de 35 à 40 %. La fédération nationale des entrepreneurs indépendants a calculé que votre plan coûterait 700 000 emplois.

Je ne veux pas tuer des emplois. Les emplois sont ma priorité. En effet, avoir plus de gens qui travaillent, qui gagnent plus d’argent et payent plus d’impôts, c’est le moyen le plus efficace de retrouver un équilibre budgétaire.

M. Obama : Avant de changer de sujet, je voudrais juste dire ceci aux Américains. Si vous croyez que l’on peut réduire les prélèvements de 5 000 milliards et rallonger le budget de la défense de 2000, et cela en fermant les niches fiscales et les déductions pour les riches, sans prélever les classes moyennes, alors le plan du gouverneur Romney est pour vous.

Mais notre histoire nous montre que ce n’est pas la bonne recette pour créer de l’emploi.

Les deux approches sont connues. Celle du Gouverneur est celle qui a été menée en 2001 et 2003, et qui a conduit à la plus faible croissance en termes d’emplois des cinquante dernières années, à passer de surplus à un déficit et qui s’est achevée dans la plus grave crise financière qu’on ait connu depuis la Grande dépression.

Bill Clinton a essayé quant à lui l’approche dont je parle. Nous avons créé 23 millions d’emplois. Nous sommes passés d’un déficit à des surplus. Et les entrepreneurs avaient de bons résultats. En quelque sorte, nous avons recueilli quelques indices sur l’approche qui serait la meilleure pour créer de l’emploi et des opportunités pour les Américains et je pense que l’économie va mieux quand les familles de la classe moyenne payent moins d’impôts et disposent ainsi d’un pouvoir d’achat plus grand. Quant à ceux qui, comme vous et moi, ont très bien réussi grâce à ce magnifique pays où nous vivons, je crois que nous pouvons nous permettre de faire un peu plus afin de ne pas faire exploser les déficits.

M. Romney : Je vous répète que je ne défends pas un plan de 5 000 milliards de dollars de baisse d’impôts. Mon plan est de ne mettre en place aucune taxe qui aurait pour conséquence d’augmenter le déficit. Que ce soit bien clair.

Vous pouvez donc continuer à vous référer à de tels chiffres, mais il ne s’agit en rien de mon plan.

Regardons l’histoire. Mon plan ne ressemble à rien de ce qui a été tenté par le passé. Mon plan consiste à réduire les taux de prélèvement, mais aussi à diminuer les déductions, exceptions et autres crédits en même temps afin que le produit des taxes se maintienne, tandis que l’abaissement des taux créera de l’emploi.

Ma priorité est de remettre les Américains au travail. Ils souffrent dans ce pays. C’est une évidence. Il n’y a qu’à regarder les quatre dernières années. C’est absolument extraordinaire. 23 millions de chômeurs dont la plupart ont arrêté de chercher du travail. Quand le président a pris ses fonctions, 32 millions d’Américains recevaient des bons alimentaires. Ils sont maintenant 47 millions. La croissance économique de cette année est inférieure à celle de l’an passé, et l’an passé inférieure à l’année d’avant.

Continuer avec le statu quo ne résoudra pas les problèmes que les Américains affrontent aujourd’hui.

M. Lehrer : Quelles différences il y a-t-il entre vous sur la question de la réduction du déficit de ce pays ?

M. Romney : Je crois qu’il ne s’agit pas seulement d’une question qui touche à l’économie, c’est une question morale. Je crois qu’il n’est pas moral pour ma génération de continuer de dépenser sans compter, plus que nous avons, tout en sachant que le fardeau portera sur la prochaine génération et qu’elle devra payer intérêt et principal pour le restant de ses jours. La somme de dettes que nous ajoutons, mille milliards par an, n’est simplement pas moral. Il y a mathématiquement trois moyens de réduire un déficit : augmenter les impôts, couper dans les dépenses et faire progresser l’économie parce que si plus de personnes travaillent dans une économie qui croît, ils payent des taxes. Le président préfèrerait augmenter les impôts. Le problème est que cela pèse sur la croissance et on ne pourra donc pas y arriver ainsi. Je veux simultanément baisser les dépenses et favoriser la croissance de l’économie. Qu’est-ce que je couperai ? Tout d’abord tous les programmes qui ne passeront pas le test suivant : est-ce que cela vaut la peine d’emprunter de l’argent à la Chine pour financer cela. Si la réponse est négative, je le supprimerai. Obamacare [le nom donné à la généralisation de l’assurance maladie] est sur ma liste. Je suis désolé Jim, je stopperai aussi le financement de PBS [Public Broadcasting service.] Ensuite, je confierai aux Etats des programmes qui sont de bons programmes mais qui pourraient mieux gérés à ce niveau. Enfin je rendrai le gouvernement plus efficace, je diminuerai le nombre d’employés et réaménagerai des agences et des départements. Le président a dit qu’il diminuerait le déficit de moitié, en fait, il l’a doublé. Mille milliards de dollars pour ces quatre dernières années. Une dette publique presqu’aussi importante que celle, cumulée, de tous les présidents précédents.

M. Obama : Quand je suis arrivé dans le Bureau Ovale, j’ai été accueilli par plus de mille milliards de déficit. Nous savons d’où cela venait : deux guerres payées avec une carte de crédit, deux vagues de réductions d’impôts non financées, un paquet de programmes également non financés, à quoi s’ajoutait une crise économique massive. Nous avons dû prendre des mesures pour éviter de sombrer dans une Grande dépression et supprimer ce qui ne facilitait pas la croissance, soit 77 programmes gouvernementaux , dont des projets de l’armée de l’air qui ne marchaient pas bien, 18 programmes gouvernementaux pour l’éducation qui ne donnaient pas de résultats pour les enfants, on s’est également attaqué à la fraude dans Medicare [l’assurance maladie des plus de 65 ans] et Medicaid [aide sociale], plus agressivement que par le passé, et nous avons économisé des dizaines de milliards, cinquante milliards de gaspillage .

Et j’ai travaillé avec les démocrates et les républicains pour économiser mille milliards de notre budget, la plus grande coupe depuis Dwight Eisenhower. Nous savons tous qu’il faut faire plus, c’est pourquoi je propose un plan de réduction du déficit de 4 mille milliards. Pour y parvenir, nous prévoyons un dollar de recettes supplémentaires chaque fois que nous supprimons 2,5 dollars, en demandant à ceux qui ont bien réussi de faire un peu plus. Le gouverneur Romney a mentionné auparavant la commission Bowles-Simpson, c’est ce qu’elle suggère, un équilibre entre des recettes et des économies et c’est une différence majeure entre le gouverneur Romney et moi.

Lorsqu’il a débattu avec les autres candidats républicains à l’investiture et qu’on lui a demandé s’il accepterait un dollar de recettes supplémentaires pour chaque coupe de dix dollars dans les dépenses, il a dit non. Si vous choisissez une approche non équilibrée, cela veut dire que vous allez sabrer dans les investissements pour les écoles et l’éducation et lorsque le gouverneur Romney a dit qu’il confiera Medicaid aux Etats, cela veut dire en vérité une coupe de 30% pour les personnes âgées en maisons de retraite ou pour les enfants handicapés. Et ce n’est pas la bonne stratégie pour aller de l’avant.

M. Lehrer : Gouverneur, êtes-vous d’accord avec Simpson Bowles ?

M. Romney : J’ai mon propre plan. Ce n’est pas le même que Simpson-Bowles. Mais le président aurait dû s’en saisir. Si vous voulez faire des ajustements, prenez-le, allez au Congrès, battez-vous.

M. Obama : C’est ce qu’on a fait, on a procédé à des ajustements et on présente aujourd’hui au Congrès un plan de 4 milliards de déficit.

M. Romney : Mais vous avez été président pendant quatre ans. Vous aviez dit que vous réduiriez le déficit de moitié. Quatre ans plus tard, nous avons toujours mille milliards de déficit, le CBO [Congressional budget office] dit que nous avons mille milliards de dollars de déficit supplémentaire chaque année. Le travail n’est pas fait.

Pourquoi je ne veux pas augmenter les impôts ? Vous avez dit en 2010 : « quand l’économie progresse aussi lentement, quand nous sommes en récession, on ne doit pas augmenter les impôts de tout le monde ». Mais l’économie progresse toujours aussi lentement, en fait, elle progresse même encore plus lentement que lorsque vous avez fait cette déclaration. La réalité est que ce n’est pas seulement les personnes riches – vous avez mentionné Donald Trump. Ce n’est pas seulement Donald Trump que vous taxez. C’est toutes ces entreprises qui emploient au final un quart des Américains. Vous augmentez les impôts et vous détruisez les emplois. C’est pourquoi la National federation of independent business a dit que votre plan va détruire 700 000 emplois. Je ne veux pas détruire d’emplois dans cet environnement.

M. Lehrer : Et à propos de cette idée selon laquelle pour réduire le déficit il faut des recettes qui s’ajoutent aux coupes ?

M. Obama : Le gouverneur Romney l’a écartée.

M. Romney : Les recettes que j’obtiens c’est en ayant plus de personnes au travail, qui paient plus d’impôts. C’est comme cela que l’on obtient de la croissance et que l’on équilibre le budget. Mais cette idée d’imposer plus les gens, de priver les gens d’emploi, cela ne mène nulle part. Vous n’équilibrerez jamais votre budget en augmentant les impôts, 42% de l’économie espagnole va au gouvernement. Nous dépensons aujourd’hui 42% de notre économie pour le gouvernement. Je ne veux pas suivre le chemin de l’Espagne, je veux suivre la voie de la croissance qui met les Américains au travail, avec plus d’argent qui rentre parce qu’ils travaillent.

M. Obama : Si on veut être sérieux, il faut adopter une approche équilibrée et responsable. D’ailleurs, il ne s’agit pas seulement des impôts sur les personnes. Parlons des impôts sur les sociétés. J’ai identifié des domaines où des changements pourraient aider l’économie. L’industrie pétrolière reçoit 4 milliards de dollars par an, bénéficie de déductions dont les petites entreprises auxquelles se réfère le gouverneur Romney ne peuvent bénéficier. Personne ne peut croire qu’ExxonMobil a besoin d’argent supplémentaire alors qu’il en gagne chaque fois que vous allez à la pompe. Pourquoi ne pas supprimer cela. Pourquoi ne pas supprimer les réductions d’impôts sur les avions privés des entreprises. Je crois que quand vous avez un avion privé, vous pouvez payer en totalité. Aujourd’hui, vous pouvez bénéficier de déductions d’impôts pour transférer une entreprise à l’étranger. Je crois que la majorité des Américains diront que cela n’a pas de sens.

Nous avons donc une approche équilibrée et cela nous permet d’aider les jeunes, comme nous l’avons déjà fait pendant mon mandat, pour s’assurer qu’ils pourront aller dans le secondaire. J’ai rencontré une enseignante à Las Vegas qui m’a raconté qu’elle avait 42 enfants dans sa classe, dont certains avaient dû s’asseoir par terre avant d’être placés dans d’autres classes, avec des livres vieux de dix ans… Ce n’est pas une recette pour la croissance. Ce n’est pas comme cela que l’Amérique a été construite. Et le budget reflète des choix. Au final, il faut faire des décisions et si on ne veut pas de recettes supplémentaires, et bien cela veut dire qu’il faudra supprimer beaucoup de choses. La magnitude des coupes d’impôts que vous mentionnez, Gouverneur, se traduira pas des difficultés pour les gens et, c’est encore plus important, cela ne nous donnera pas de croissance.

Comme je l’ai dit, transférer Medicaid aux Etats c’est potentiellement une baisse de 30%. Cela peut paraître un détail, un chiffre sur une feuille de papier, mais quand on parle d’une famille qui a un fils autiste et qui dépend de Medicaid ; c’est un très gros problème.

M. Romney : Tout d’abord la question des exemptions d’impôts pour les entreprises du secteur pétrolier, le département de l’énergie dit que cela représente 2,8 milliards par ans, cela existe depuis 100 ans.

B. Obama : Il est temps d’en finir.

M. Romney : En une année, vous avez versé 90 milliards de dollars pour les énergies vertes. J’aime moi aussi les énergies vertes, mais cela représente 50 années de ce que le pétrole et le gaz reçoivent. Vous avez mentionné Exxon et Mobil, mais en fait ce sont principalement les petites entreprises qui bénéficie des ces 2,8 milliards. N’oubliez pas, vous avez mis 90 milliards dans le solaire et l’éolien, pour Solydra [entreprise de panneaux solaires qui a fait faillite en dépit des aides fédérales] , Fisker, Ener1. Un ami à moi m’a dit que vous ne choisissez pas les vainqueurs et les perdants mais seulement les perdants ! Ce n’est pas le genre de politique qu’il faut si on veut que l’Amérique soit en sécurité sur la question de l’énergie. Vous avez ensuite dit qu’il existe des déductions pour les délocalisations d’entreprises, ma foi, je suis dans les affaires depuis 25 ans, je ne vois absolument pas de quoi vous voulez parlez.

Peut-être faut-il que je change de comptable.

Enfin Medicaid et les Etats, je me souviens lorsque j’étais gouverneur et que cette idée fut lancée par Tommy Thompson [ancien secrétaire à la sante de George Bush], les gouverneurs, démocrates comme républicains, ont réagi en disant : laissez-nous le faire. Nous pouvons nous occuper de nos pauvres aussi bien, et aussi efficacement, que lorsque le gouvernement fédéral nous dit ce qu’il faut faire pour nos pauvres. Une des choses magnifiques de ce pays est que les Etats sont des laboratoires de démocratie.

M. Lehrer : Nous en venons au chapitre trois : l’économie et les prestations sociales. Monsieur le Président, voyez-vous un clivage important entre vous deux sur les retraites ?

B. Obama : Je crains, je crois que sur le système des retraites nous avons des positions relativement proches. Notre système de retraites est structurellement sain. Il faudra le modifier à la marge, comme l’avaient fait Ronald Reagan et le président de la Chambre des représentants Tip O’Neill. Mais ses fondamentaux sont solides. Je veux aussi parler de Medicare, qui génère de grands déficits.

Ma grand-mère – certains d’entre vous le savent – a participé à mon éducation. Mes grands-parents ont participé à mon éducation. Mon grand-père est mort il y a déjà un bon moment, ma grand-mère est morte trois jours avant mon élection à la présidence. Elle tenait farouchement à son indépendance. Elle s’en est sortie en ayant seulement été jusqu’au lycée. Elle a commencé comme secrétaire et fini sa carrière comme vice-présidente d’une banque locale. Si elle a pu être indépendante, c’est grâce à notre système de retraite et d’assurance maladie. Elle a travaillé toute sa vie, épargné, tout en sachant qu’il existait un filet de sécurité, un plancher en-dessous duquel elle ne pourrait pas tomber. Il y a des gens qui ont travaillé dur, comme ma grand-mère, des millions de gens qui comptent là-dessus.

La question est : « Comment renforçons-nous ce système à long terme ? » Sur Medicare, nous avons fait ce que nous avions promis. Nous avons économisé 716 milliards de dollars en cessant de surpayer les compagnies d’assurance et les fournisseurs de soins. Grâce à cet argent, nous avons pu diminuer en moyenne de 600 dollars le coût des médicaments pour les séniors et leur offrir un accès à des soins préventifs qui, au total, coûte moins cher à l’ensemble du système.

M. Romney : Nos aînés sont dépendants de ces programmes, et je sais que chaque fois que nous évoquons la question des prestations sociales, les gens s’inquiètent de voir les choses empirer.

(…) Le président ampute Medicare de 716 milliards de dollars. Il assure que c’est en ne surpayant pas les hôpitaux et les fournisseurs de soins. Simplement en leur disant « Nous allons réduire vos tarifs et tout le monde payera moins cher. » Mais ça ne concerne pas que des endroits où il y a des abus. En réalité, environ 15 % des hôpitaux et des maisons de retraite préviennent qu’ils n’accepteront plus de patients dépendants de Medicare dans ces conditions. 50 % des médecins disent la même chose. 4 millions de personnes vont perdre leur accès aux soins à cause de ces coupes de 716 milliards de dollars.

(…) Je veux reprendre ces 716 milliards de dollars et les réinjecter dans Medicare. J’estime que l’idée d’enlever 716 milliards à Medicare pour compenser les dépenses supplémentaires occasionnées par l’Obamacare est une erreur.

En ce qui concerne les futurs retraités, j’ai des propositions pour leur assurer un accès à Medicare et au système de retraites…

B. Obama : L’essence de ce plan est de transformer Medicare en un système de bons [voucher program], un système d’aides financières à la souscription d’assurances privées]. (…) Si vous avez 54 ou 55 ans, vous devriez écouter la suite parce que cela va vous toucher/affecter directement.

L’idée, émise à l’origine par le parlementaire Ryan, votre colistier, est d’offrir des bons aux séniors pour leur permettre d’accéder au marché privé et de souscrire à l’assurance santé de leur choix. Le problème est que ce système ne prend pas en compte l’augmentation des prix de la santé. Il a été estimé que cela coûterait en moyenne 6 000 dollars par an aux seniors.

Il y a un autre problème, c’est que les compagnies d’assurance sont habiles pour repérer les séniors les plus jeunes et en bonne santé. Elles se tournent vers eux, laissant dans le giron de Medicare les séniors les plus vieux et les plus malades. Tous les économistes qui se sont penchés sur ce problème estiment que ce plan conduirait à un effondrement de Medicare.

Le résultat que vous obtenez, ce sont des gens comme ma grand-mère qui se retrouvent à la merci d’assurances privées précisément au moment où ils ont besoin d’une couverture santé valable.

Les premiers bénéficiaires de cette réforme sont les compagnies d’assurance, qui pourront gagner des milliards sans améliorer la qualité des soins. Je ne pense pas que ce soit une approche valable pour renforcer Medicare sur le long terme.

M. Romney : Pour assurer l’avenir de Medicare, je veux permettre aux gens qui seront bientôt à la retraite de choisir entre le système actuel et le secteur privé. Qu’ils aient le choix.

Personnellement, je choisirais plutôt une assurance privée. Je n’aimerais pas que le gouvernement me dise quelle couverture santé choisir. Je veux pouvoir choisir une assurance privée, et si elle ne me plaît pas j’en trouve une autre.

Autre chose que nous devons faire pour sauver Medicare : nous devons maintenir un niveau de prestations élevées pour les personnes ayant de faibles revenus et les diminuer pour les personnes ayant un revenu plus élevé.

M. Lehrer : Etes-vous d’accord pour dire que les électeurs peuvent faire un choix, un choix clair, entre vous deux en ce qui concerne Medicare ?

M. Romney : Absolument !

M. Obama : Absolument !

M. Lehrer : Pour finir sur l’économie, quelle est votre opinion sur le niveau de régulation fédérale de l’économie ? Y a-t-il trop de régulation ?

M. Romney : La régulation est essentielle. Vous ne pouvez pas avoir un marché libre si vous n’avez pas de régulation. En tant qu’homme d’affaires, je dois connaître les règles, j’ai besoin de règles. On ne peut pas laisser des gens ouvrir une banque dans leur garage et proposer des crédits. Mais en même temps la régulation peut devenir excessive.

C’est ce qui s’est passé avec certaines des lois qui ont été votées pendant le mandat du président. La régulation est devenue excessive et cela a fait du mal à l’économie.

Laissez-moi vous donner un exemple… Certaines dispositions de la loi Dodd-Frank [voir encadré] ont eu des conséquences qui n’avaient pas été envisagées et qui ont nui à l’économie. L’une d’elles est d’avoir désigné un certain nombre de banques comme « trop grosses pour faire faillite » et de leur avoir apporté une garantie fédérale. C’est le plus important cadeau qui ait jamais été fait aux banques de New York. Pendant ce temps, depuis que Dodd-Frank a été adopté, 122 petites banques locales ont fait faillite.

M. Lehrer : Voulez-vous abroger la loi Dodd-Frank ?

M. Romney : Je l’abrogerai et la remplacerai : nous n’allons pas nous débarrasser de toute régulation. Il doit y avoir de la régulation. Et certaines dispositions de Dodd-Frank font sens… Nous avons besoin de transparence.

M. Obama : La crise économique si importante que nous affrontons trouve son origine dans certains comportements imprudents qui ont été généralisés. Cela ne concerne pas uniquement Wall Street. Des organismes de crédits incompétents ont accordé des prêts qui n’auraient pas dû l’être. Des gens ont emprunté, pour acheter une maison, des sommes qu’ils ne pouvaient pas rembourser. Des agences de notation ont noté A1 des produits investissement qui ne le méritaient pas.

Qu’avons-nous fait ? Nous avons accompli la réforme la plus dure qu’ait connue Wall Street depuis les années 1930. Nous avons dit aux banques : « Vous devez augmenter vos fonds propres ; vous ne pouvez pas avoir des comportements à risques qui menacent Main Street [l’économie réelle] ; vous devez être capables d’assumer vos mauvais choix pour que nous n’ayons pas à vous renflouer avec l’argent du contribuable. » Nous nous sommes aussi assurés que tout l’argent déboursé pour aider ces banques serait remboursé jusqu’au dernier centime. Avec les intérêts.

 Le gouverneur Romney dit qu’il veut abroger Dodd-Frank. La question est : quelqu’un croit-il que nos problèmes sont dus à un excès de supervision et de régulation sur Wall Street ? Si c’est votre cas, le gouverneur Romney est votre candidat.

M. Lehrer : Parlons des soins de santé, sujet sur lequel je sais que vous divergez du fait de la loi sur l’accès aux soins, l’Obamacare. M. Romney, pourquoi voulez-vous abroger l’Obamacare ?

M. Romney : Bien sûr pour une raison tirée de mon expérience. J’étais dans le New Hampshire. Une femme est venue me voir et m’a dit : « je ne peux payer une assurance pour mon fils et moi ». J’ai rencontré un couple à Appleton, dans le Wisconsin, qui m’a dit : « Nous pensons renoncer à notre assurance, nous ne pouvons plus la payer ». Et le nombre de petites entreprises que j’ai visitées qui disent renoncer à leur assurance parce qu’elles ne peuvent la payer.

Le prix des soins de santé est prohibitif. Nous devons nous occuper de ce problème. Malheureusement, la commission budgétaire du Congrès a estimé que l’Obamacare coûterait par an 2 500 dollars de plus qu’une assurance traditionnelle. (…) Quand le président a entamé son mandat, il a dit que, dans l’année, il aurait baissé le prix de l’assurance de 2 500 dollars par famille. Au lieu de cela, il a augmenté son prix d’autant. Donc, c’est coûteux. Les choses coûteuses nuisent aux familles.

La seconde raison est que pour le financer, on grève le Medicare de 716 milliards de dollars. Je veux réaffecter cet argent au Medicare pour nos personnes âgées.

Troisièmement, une commission non élue a été mise en place qui dira aux gens à quel type de traitements ils ont droit. Je n’aime pas cette idée. Quatrièmement, une étude nationale a été réalisée sur les petites entreprises pour savoir quel a été l’effet de l’Obamacare sur leurs plans de recrutement. Les trois quarts ont répondu que cela réduisait leur possibilité de recrutement. Je ne comprends pas comment le président a pu débuter son mandat, avec 23 millions de personnes sans emploi, un chômage en hausse, une crise économique sur la table, et dépenser énergie et passion pendant deux ans à se battre pour l’Obamacare au lieu de se battre pour donner des emplois au peuple américain. (…) La meilleure façon de procéder pour les soins de santé est de suivre l’exemple de mon Etat : préparer un programme au niveau de l’Etat qui réponde aux besoins de l’Etat. Pour se pencher ensuite sur la façon de réduire les coûts, plutôt que de les augmenter avec une prime supplémentaire à payer de 2 500 dollars.

M. Obama : Il y a quatre ans, quand j’ai débuté mon mandat, je parcourais le pays et j’ai discuté avec ce gouverneur dont Romney parle. Il n’était pas seulement question des petites entreprises qui ont vu les coûts atteindre des sommets et qui ne pouvaient plus avoir une couverture santé abordable même si elles désiraient en offrir une à leurs employés. Il n’était pas seulement question du principal moteur de notre déficit fédéral, des coûts globaux de nos soins de santé, mais il était question de familles craignant faire faillite, des millions de familles, dans tout le pays.

Si ces familles présentaient des « conditions préexistantes », elles pouvaient ne pas être couvertes du tout. Si elles étaient couvertes, les compagnies d’assurance pouvaient leur imposer une limite de remboursement arbitraire. En conséquence, ils paient leurs cotisations, quelqu’un tombe vraiment malade, mais ils n’ont pas assez d’argent pour payer les factures, parce que les compagnies d’assurance disent qu’ils ont atteint la limite. Nous nous sommes attelé à cela, parallèlement à notre action pour l’emploi, il s’agit d’a&voir la certitude que les familles de la classe moyenne sont en sécurité dans ce pays.

Laissez-moi vous dire ce que l’Obamacare a permis. Premièrement, si vous avez une assurance santé, ce n’est pas une mainmise du gouvernement. Vous conservez votre propre assurance. Vous avez votre propre médecin. Il empêche les compagnies d’assurance de vous refuser. Elles ne peuvent vous imposer des limitations à la durée de votre contrat. Elles doivent vous autoriser à garder votre enfant sur votre assurance jusqu’à ses 26 ans. Et vous avez droit à des rabais si les compagnies d’assurance dépensent plus en coûts administratifs et font plus de profit qu’actuellement. Deuxièmement, si vous n’avez pas d’assurance santé, nous mettons sur pied un programme collectif qui vous permet de bénéficier de tarifs de groupe qui sont généralement 18 % inférieurs au prix d’une assurance individuelle.

L’ironie de la chose est que nous avons constaté que ce modèle fonctionnait bien dans le Massachussetts, parce que le gouverneur Romney a fait quelque chose de bien, en travaillant avec les démocrates de l’Etat pour mettre sur pied ce qui en est la réplique exacte. En conséquence, les habitants sont couverts. Cela n’a pas détruit d’emplois. Et on dispose désormais d’un système à partir duquel on peut commencer à réduire les coûts, plutôt que de laisser des millions de personnes dehors dans le froid.

M. Romney : J’aime la façon dont nous avons procédé dans le Massachusetts. J’aime l’idée que dans mon Etat, les républicains et les démocrates se sont réunis et ont travaillé ensemble. Vous avez promu un programme sans un seul soutien républicain. Sur une base entièrement partisane, au lieu de réunir l’Amérique et de discuter d’une question importante, vous avez promu une chose que vous, [l’ancienne présidente démocrate de la Chambre des représentants] Nancy Pelosi et [le chef des démocrates au Sénat] Harry Reid considéraient comme la meilleure réponse.

Quelles ont été les différences ? Nous n’avons pas augmenté les impôts. Vous les avez augmentés de mille milliards de dollars avec l’Obamacare. Nous n’avons pas réduit Medicare, nous n’avons pas réduit le Medicare de 716 milliards de dollars. Nous n’avons pas mis en place de commission qui peut dire aux gens quel traitement ils vont recevoir. La Commission budgétaire du Congrès estime que 20 millions de personnes vont perdre leur assurance avec l’entrée en vigueur d’Obamacare l’année prochaine. Une étude de McKinsey et de la compagnie des entreprises américaines dit que 30 % d’entre elles prévoient de retirer la couverture santé des employés. C’est pourquoi les républicains ont dit de ne pas le faire. Ils ont présenté un projet, un projet bipartisan. Il a été écarté. Je pense qu’une chose de cette ampleur doit être décidée sur une base bipartisane. Il nous faut un président capable de faire des allers-retours entre les deux camps pour préparer une loi importante avec l’apport des deux.

M. Obama : Il y a deux façons de gérer la crise des soins de santé. La première est de laisser un tas de gens sans assurance se débrouiller, de laisser les entreprises imaginer comment elles peuvent continuer à payer les primes d’assurance santé jusqu’à devoir renoncer, laissant leurs employés sans assurance. Ce qui a été la tendance. Sinon, nous pouvons chercher la façon d’améliorer le coût des soins. Et il y a des façons de le faire. Quand l’Obamacare sera totalement mis en place, nous serons en position de montrer que les coûts baissent. Au cours des deux dernières années, les cotisations ont augmenté, c’est vrai, mais en proportion moindre que durant les 50 dernières années. On commence déjà à voir des progrès. En attendant, les gens sont assurés, on obtient déjà un rabais. Le gouverneur Romney dit qu’ils vont la remplacer. Le problème est qu’il n’a pas réellement décrit par quoi il allait la remplacer, autrement que de dire nous allons laisser cette question aux Etats. En fait, on estime que 50 millions de personnes vont perdre leur assurance santé si l’Obamacare est abrogé.

M. Romney : Premièrement, les conditions préexistantes sont couvertes par mon projet. Deuxièmement, les jeunes peuvent rester sur l’assurance de leur famille. C’est déjà prévu dans le privé. Il n’y a pas besoin d’une obligation dictée par le gouvernement fédéral pour que cela se fasse. A mon avis, le gouvernement n’est pas efficace pour baisser les coûts de quoique ce soit. Les gens et les libres entreprises cherchant des façons de faire mieux les choses peuvent être plus efficaces pour réduire les coûts que le gouvernement. Pour réduire les coûts des soins de santé, on n’a pas besoin d’une commission de quinze personnes nous disant quel traitement nous devons avoir. Nous avons besoin de mettre les programmes d’assurance, les fournisseurs, les hôpitaux, les médecins sur la bonne voie, de façon à ce qu’ils soient incités, récompensés pour leur performance, pour faire un travail excellent, pour réduire les coûts et cela arrive.

M. Obama : [Mitt Romney] nous dit qu’il va remplacer l’Obamacare et s’assurer que les bonnes choses qu’il inclut seront dans ce nouveau projet qu’il ne faut pas s’en faire. A un moment, le peuple américain doit se demander si la raison pour laquelle le gouverneur Romney garde secrets tous ces programmes de remplacement est parce qu’ils sont trop favorables ? Parce que les familles de la classe moyenne vont en tirer trop de bénéfices ? Non. La raison en est que lorsque l’on réforme Wall Street, que l’on s’attaque au problème des conditions préexistantes, qui sont des problèmes difficiles, on doit faire des choix. Et les choix que nous avons faits sont ceux qui bénéficient aux familles de la classe moyenne dans tout le pays.

M. Romney : Mon programme s’attaque aux conditions pré-existantes. Ce que nous avons fait dans le Massachussetts est un modèle pour la nation, Etat par Etat. Laisser le gouvernement fédéral s’occuper des soins de santé pour la nation toute entière et mettre de côté le dixième amendement, qui donne aux Etats des droits dans ces domaines, n’est pas la meilleure façon pour donner à l’Amérique une économie plus forte et vibrante.

M. Lehrer : Voici une transition parfaite vers le prochain thème de ce débat, le rôle du gouvernement. Croyez-vous qu’il y a des différences fondamentales entre vous sur ce sujet ?

M. Obama : Oui, je crois qu’il y a des différences. Le premier devoir du gouvernement est d’assurer la sécurité des Américains. J’ai pensé à cela et j’y ai travaillé chaque jour, depuis mon entrée dans le Bureau Ovale. Mais je crois également que le gouvernement doit créer un cadre dans lequel chacun puisse réussir. Le génie de l’Amérique, c’est le système de la libre entreprise, le fait que chacun peut créer sa société, prendre ses propres décisions. Mais comme l’avait compris Abraham Lincoln, il y a également des choses que nous faisons mieux ensemble. Au milieu de la guerre civile, il a dit : finançons la Transcontinental Railroad, lançons l’Académie nationale des sciences et aidons à la construction de collèges publics, parce que nous voulons assurer des opportunités à tous les Américains et parce que si tout le monde a les mêmes chances, nous y gagnerons tous. Ces initiatives ne restreignent pas la liberté, au contraire.

Sur l’éducation, par exemple, j’ai dit que nous devrions revoir ces écoles qui ne fonctionnent pas. Nous avons conçu le programme Race to the top (« La course au sommet »). Ce n’était pas une approche centralisée : nous avons dit aux Etats que nous leur donnerions plus d’argent s’ils s’engagent à réformer. Et 46 Etats s’y sont prêté. Mais j’ai aussi dit : recrutons 100 000 professeurs de mathématiques et de sciences pour conserver notre avance technologique. Mais les Etats ne peuvent pas tout faire : nous avons perdu des centaines de milliers de postes ces dernières années. Le gouverneur Romney pense que nous n’avons pas besoin de plus d’enseignants, je pense que si, et que ces investissements peuvent être portés par l’Etat fédéral. En plus cela créera des emplois, car les entreprises veulent s’implanter là où il existe une main d’œuvre qualifiée.

M. Romney : Tout d’abord, j’aime les bonnes écoles. Nos écoles, dans le Massachusetts, sont classées comme les meilleures des Etats-Unis. Et la clé pour avoir de bonnes écoles, c’est d’avoir de bons enseignants. Je récuse l’idée que je serais contre le fait d’avoir de meilleurs enseignants, ou plus d’enseignants. Ce que je pense, c’est que chaque district, chaque Etat doit prendre ses propres décisions.

Le rôle du gouvernement ? Regardez derrière nous : la constitution et la déclaration d’indépendance. Le rôle du gouvernement est de protéger et promouvoir leurs principes. Tout d’abord nous devons protéger les vies et la liberté des citoyens -ce qui signifie qu’il nous faut une armée. Je ne pense pas qu’il faille réduire les dépenses de l’armée, il faut au contraire préserver la force de l’armée américaine.

Nous avons été dotés de ces droits par le Créateur, et je crois que nous devons rester fidèles à nos engagements envers la liberté religieuse

Nous croyons que nous sommes les enfants d’un même dieu, nous nous soucions de ceux qui ont des faiblesse ou rencontrent des difficultés. Et nous découvrons, nous innovons pour assurer la poursuite du bonheur de nos citoyens.

Mais nous croyons aussi qu’il faut maintenir, pour chacun, le droit de poursuivre ses rêves sans que l’Etat se substitue aux individus. Ce que nous voyons à l’œuvre, c’est une approche dans laquelle le gouvernement pense qu’il peut faire mieux que les individus. Et cela ne marche pas. La preuve, c’est les 23 millions d’Américains sans emploi, le fait qu’un habitant sur 6 est sous le seuil de pauvreté, que nous sommes passés de 32 millions de personnes dépendant des bons alimentaires à 47 millions. La preuve c’est que 50% de nos jeunes diplômés, cette année, ne trouveront pas d’emploi. Nous savons que le chemin que nous suivons n’est pas le bon. Il est temps d’essayer un nouveau chemin.

M. Lehrer : Bien. Essayons maintenant de voir dans le détail. Pour vous, le gouvernement fédéral a-t-il la responsabilité d’améliorer la qualité de l’éducation ?

M. Romney : La responsabilité première est au niveau des Etats et au niveau local. Mais le gouvernement fédéral a aussi un rôle important à jouer. Je suis d’accord avec certaines idées du programme  » Race to the Top  » – pas toutes, mais certaines. Et je félicite le secrétaire à l’éducation Arne Duncan pour son action. Le gouvernement peut se décentraliser, et les écoles publiques faire un meilleur travail.

Mais je veux aussi que les enfants recevant de l’argent public, pauvres ou en difficulté, puissent aller à l’école de leur choix. L’argent fédéral, au lieu d’aller aux Etats ou aux districts, devrait, si je puis dire, suivre les enfants, pour laisser les familles décider d’où ils veulent envoyer leurs enfants étudier.

M. Lehrer : Comment voyez-vous la responsabilité du gouvernement d’améliorer la qualité de l’enseignement public ?

M. Obama : Je pense que l’Etat a un rôle significatif à jouer. Avec le programme Race to the Top, nous avons travaillé avec des gouverneurs démocrates et républicains, et plusieurs réformes ont déjà un impact aujourd’hui.

M. Lehrer : Voyez-vous sur ce point une différence avec les positions du gouverneur Romney ?

M. Obama : C’est là que la question du budget prend tout son sens : le budget reflète des choix. Quand le gouverneur Romney affirme qu’il veut réduire les impôts pour le bénéfice de gens comme lui et moi, et que pour cela il faudra des coupes drastiques dans le budget fédéral pour l’éducation, oui, il y a une différence.

Le colistier de M. Romney, Paul Ryan, a évoqué un budget reflétant ces choix. Ce n’était pas détaillé, cela ressemblait plutôt à des tendances. Mais si l’on extrapole ces indications, on aboutit à des coupes de plus de 20% dans le budget de l’éducation.

En ce qui concerne les études supérieures courtes, beaucoup a été fait dans tout le pays, parce que ces formations offrent la possibilité de former les jeunes pour des postes qui existent déjà. Un des points sur lesquels nous serons probablement d’accord, c’est de faciliter les liens de ces structures avec les entreprises. Les entreprises concluent des partenariats, et les étudiants savent qu’un travail les attend s’ils finissent leur formation. Cela fait une grosse différence, mais il faut un certain support de l’Etat fédéral.

Une des choses que j’ai mises en place a été d’allouer 60 milliards de dollars aux banques et bailleurs de fonds comme intermédiaires chargés de garantir des prêts aux étudiants. Les banques ne prennent ainsi aucun risque, mais ils soustrayaient des milliards du système. On a alors pensé : « pourquoi ne pas supprimer l’intermédiaire ? ». En faisant cela, on a pu apporter de l’aide à des millions d’étudiants supplémentaires, baisser ou maintenir de faibles taux d’intérêts pour ces prêts. C’est un exemple de la façon dont nos priorités permettent de faire la différence.

Je crois sincèrement que le gouverneur Romney s’intéresse à l’éducation, mais quand vous dites à un étudiant qu’il doit emprunter de l’argent à ses parents pour aller à l’université, cela montre qu’il ne comprend pas que des gens comme moi, comme Michelle, des enfants qui étudient à l’Université de Denver, n’ont pas cette possibilité. Faire en sorte qu’ils aient cette opportunité et qu’ils puissent entrer par cette porte est vital pour ces enfants, mais en dit aussi long sur la façon dont on va ramener la croissance sur le long terme.

M. Romney : M. le Président, M. le Président, vous avez droit en qualité de président à votre propre avion, à votre maison, mais vous n’avez pas le monopole des faits. Je ne vais pas réduire les financements pour l’éducation et les bourses attribuées aux étudiants. Je ne prévois aucun changement sur ce plan.

Mais, vous soulevez un point intéressant : la place où vous investissez votre argent est une bonne indication de l’endroit vers lequel tend votre cœur. Vous avez investi 90 milliards de dollars dans des emplois verts. Je suis en faveur de l’énergie propre. Mais, 90 milliards de dollars auraient permis de recruter deux millions de professeurs.

Ces entreprises, nombreuses n’ont plus d’affaires, je pense la moitié d’entre elles. Certaines d’entre elles appartenaient à des gens qui ont contribué financièrement à votre campagne.

La place du gouvernement américain n’est pas de devenir un acteur économique, choisissant les gagnants et les perdants, disant aux gens quel type de traitement ils peuvent recevoir, remplaçant le système de santé qui existe depuis longtemps dans ce pays et a battu des records dans le secteur de la santé.

La question est comment faire que le secteur privé devienne plus efficace et effectif ? Comment rendre les écoles plus compétitives ? Je propose que nous les notions afin que les parents sachent quelles écoles réussissent ou échouent et qu’ils puissent choisir de mettre leur enfant dans une école avec un meilleur taux de réussite. (…)

Les écoles du Massachussetts sont parmi les premières du pays. C’est parce que je prends soin de l’éducation de tous nos enfants.

M. Lehrer : Beaucoup des fonctions législatives du gouvernement fédéral aujourd’hui sont dans un état de paralysie du fait de l’impasse partisane. Qu’allez vous faire contre cela ?

M. Romney : Jim, j’ai fait cette formidable expérience – qui ne semblait pas en être une à l’époque – d’être élu dans un Etat où mon conseil législatif était à 87 % démocrate. Cela signifie que dès le premier jour j’ai du m’entendre et travailler à la croisée des chemins pour que des choses soient faites. Nous poussons nos écoles à être les premières de la nation. Nous avons réduit les impôts dix-neuf fois. (.. .)

Au lendemain de mon élection, je réunirais les dirigeants – aussi bien démocrates que républicains – comme l’on faisait dans mon Etat, on se réunissait tous les lundis pour quelques heures, pour parler des questions et des défis de notre Etat. On doit travailler sur une base collaborative, pas parce nous allons faire des compromis sur nos principes, mais parce que il y a un terrain commun. Le défi qu’affronte l’Amérique et la raison pour laquelle je suis dans la course est que des gens sont vraiment touchés aujourd’hui dans ce pays. Le déficit auquel nous sommes confrontés pourrait vraiment broyer les futures générations. (…) Républicains et démocrates aiment tous deux l’Amérique. Mais on a besoin de leadership à Washington qui va réunir les gens, qu’ils soient républicains ou démocrates. Je l’ai fait avant. Je le ferais à nouveau.

M. Obama : Je crois que le gouverneur Romney va avoir un premier jour très chargé, car il va aussi révoquer l’Obamacare, ce qui ne sera pas très populaire parmi les démocrates avec qui il se réunira. Ma philosophie a toujours été d’emprunter des idées à tout le monde, démocrate ou républicain, du moment qu’elles permettent d’offrir un éventail de possibilités à la classe moyenne. C’est ainsi que nous réduisons les impôts des familles de classe moyenne et des petites entreprises. C’est ainsi que nous réduisons les dépenses qui n’allaient pas dans ce sens d’un milliard de dollars. C’est ainsi que nous avons donné force de loi à des accords commerciaux qui nous permettent de doubler nos exportations et de vendre plus de produits américains de par le monde. C’est ainsi que nous avons révoqué la fin de l’obligation de silence faite aux homosexuels dans l’armée par la loi Don’t ask, don’t tell (« Ne demandez pas, ne dites pas »). C’est ainsi que nous avons mis fin à la guerre en Irak, comme je l’avais promis, et c’est ainsi que nous allons mettre fin progressivement à la guerre en Afghanistan. C’est ainsi que nous avons traqué Al-Qaida et Ben Laden.

Nous avons observé des progrès, même durant le contrôle de la chambre des représentants par les républicains. A la fin, avoir des principes, être un dirigeant, c’est être capable de décrire exactement ses intentions et pas seulement de dire : « on va se réunir ». Vous devez avoir un programme.

Deuxièmement, ce qui est important est de savoir parfois dire non aux personnes de votre propre parti et de l’autre camp. Oui. Y a-t-il eu des disputes entre moi et les républicains quand ils nous ont combattus alors que nous nous élevions contre les excès de Wall Street ? Absolument, parce que ce combat devait avoir lieu. Quand nous nous sommes battus sur la question de savoir si les Américains devaient obtenir davantage de garanties sur l’assurance santé et qu’ils ont dit non, alors oui, le combat était nécessaire. (…) Et je dois vous dire, le gouverneur Romney, dans son propre parti, au cours de la campagne, n’a pas fait montre de la volonté de dire non à certains extrêmes.

M. Lehrer : Nous voici arrivés aux conclusions. (…)

M. Obama : Jim, je tiens à vous remercier, à remercier le gouverneur Romney. Cela a été un débat formidable et j’y ai pris du plaisir. Je tiens à remercier l’université de Denver.

Il y a quatre ans, nous étions face à une crise majeure. Pourtant, ma foi et ma confiance dans l’avenir de l’Amérique reste inchangées. La raison en est son peuple ; la femme que j’ai rencontrée en Caroline du Nord qui a décidé à 55 ans de retourner à l’école parce qu’elle voulait montrer la voie à sa fille et qui a désormais obtenu un emploi grâce à cette nouvelle formation qu’elle a reçue ; cette entreprise dans le Minnesota qui était prête à renoncer aux salaires et aux primes de ses dirigeants pour s’assurer qu’ils n’auraient pas à licencier en cas de récession.

Les travailleurs du secteur automobile que vous rencontrez à Toledo ou à Détroit retirent tant de fierté à construire les meilleurs voitures au monde, pas seulement pour une paie, mais parce que cela leur donne la fierté de contribuer à construire l’Amérique. La question est de savoir comment construire avec ces forces. Tout ce que j’ai tenté de faire, et tout ce que je propose pour les quatre années à venir pour améliorer notre système éducatif, développer le secteur énergétique américain, limiter les possibilités des entreprises à délocaliser, se concentrer sur les petites entreprises qui créent de l’emploi aux Etats-Unis, réduire notre déficit de façon responsable et équilibrée afin d’investir dans notre avenir.

Toutes ces choses sont destinées à nous assurer que le peuple américain, son génie et sa détermination sont canalisés et ont toutes les chances de gagner. Que tout le monde ait les mêmes chances. Que tout le monde ait une part égale, que tout le monde contribue à valeur égale et suive les mêmes règles. Il y a quatre ans, j’ai dit que je n’étais pas parfait et que je ne serais pas un président parfait. C’est probablement une promesse que le gouverneur Romney pense que j’ai tenue. J’ai aussi promis que je me battrais chaque jour au nom du peuple américain, de la classe moyenne et de ceux qui se battent pour faire partie de la classe moyenne. J’ai tenu cette promesse et si vous votez pour moi, je vous promets de me battre tout autant au cours de mon second mandat.(…)

M. Romney : Merci Jim et merci, M. le président. Merci de nous avoir suivis ce soir. C’est une élection importante et je suis inquiet pour l’Amérique. Je suis inquiet de la direction dans laquelle l’Amérique a été engagée ces quatre dernières années. Cela dépasse l’élection et nous deux, en tant qu’individus. Cela dépasse nos partis respectifs. Cette élection concerne l’avenir de l’Amérique. L’Amérique que nous voulons pour nous-mêmes et nos enfants. Nous avons commencé à esquisser ce soir deux voies. (…) Elles mènent dans des directions différentes. Les mots seuls ne permettent pas de faire la preuve de la direction dans laquelle elles vous emmènent. Regardez les actes.

Il ne fait aucun doute pour moi que si le président était réélu, vous continueriez à avoir une classe moyenne prise entre des revenus en baisse et des prix en hausse. Je vais faire augmenter les revenus à nouveau. Vous verriez un chômage chronique. Nous avons connu 43 mois consécutifs avec un taux de chômage supérieur à 8 %. Si je suis président, je vais créer 12 millions de nouveaux emplois dans ce pays avec des salaires en hausse.

Si le président est réélu, l’Obamacare sera totalement mis en place. A mon sens, cela signifie une toute différente façon de vivre pour les personnes qui comptaient sur le programme d’assurance qu’ils avaient par le passé. Beaucoup le perdront. Les primes d’assurance santé augmenteront de 2 500 dollars par famille. Si je suis élu, nous n’aurons pas d’Obamacare. Nous le remplacerons par le type de principes que j’ai mis en place dans mon propre Etat et laisserons aux Etats le soin de formuler leurs propres programmes d’assurance santé et nous nous concentrerons sur la réduction des coûts des soins de santé.

Si le président est réélu, il y aura une réduction du budget de Medicare de 761 milliards de dollars. Quatre millions de personnes perdront leur avantage Medicare. Des hôpitaux et des fournisseurs de soins n’accepteront plus les patients Medicare. Je vais restaurer ces 716 milliards de dollars de budget.

Enfin, l’armée. Si le président est réélu, il y aura des réductions drastiques du budget militaire. Le secrétaire à la défense a annoncé que ce serait dévastateur. Je ne remettrais pas en cause notre engagement envers notre armée. Je garderais une Amérique forte et redonnerais du travail à la classe moyenne.


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