Présidentielle américaine/2012: Trouvé sur le net, un journaliste français non anti-américain! (Meet an anomaly: a French reporter that doesn’t hate America!)

Romney sera-t-il KO demain soir? Jean-Sébastien Stehli (Le Figaro)
Le Obama « haute époque » n’était pas à Denver même si, après nouveau visionage video, tout n’était pas aussi noir que le premier sondage d’après match le disait, donnant la prestation Romney vs Obama: 67 à 25%. Pourquoi l’impression d’ennui du discours de la Convention de Charlotte resurgit-elle à Denver où le candidat Président jouait pourtant « gagnant » ? Pourquoi dans son oeil et sa carrure cette lassitude façon manque d’appétit comme si tout cela était devenu une routine ennuyeuse? Jusqu’à l’opening joke sur son vingtième anniversaire de mariage récitée sans brio et cueillie par Romney avec une gourmandise caustique. Coup de pompe ou coup de grâce pour Obama ? Véronique Saint-Geours (Le Figaro)
Aux Pays-Bas et en Belgique, la presse était unanime jeudi matin : c’est Mitt Romney qui a gagné le débat. Le Monde
Romney, vainqueur du premier débat ? Le Nouvel Observateur
Je relève au moins quatre commentaires que mes amis démocrates ne peuvent pas faire cette année. Et je sens bien que cela les rend malades. 1) « Mitt Romney est un imbécile » En son temps, Ronald Reagan s’est fait qualifier d’imbécile par une bonne partie de presse intelligente américaine et parisienne. George W. Bush, en dépit de ses diplômes de Harvard et Yale était forcément un idiot, puisqu’il se disait texan. Sa syntaxe, comme celle de son père du reste, était incorrecte. C’était donc la preuve manifeste de sa niaiserie…Surtout ne jamais parler de la syntaxe de Bill Clinton… Bob Dole (qui s’était présenté contre Bill Clinton en 1996) était un vieux. Sous-entendu « un vieux con ». Le fait qu’il ait été un des hommes politiques les plus drôle de sa génération a été tenu secret des lecteurs français. On peut dire exactement la même chose de John McCain qui avait osé se présenter contre Barack Obama il y a quatre ans. Mitt Romney change de position sur de nombreux sujets au fil des ans, mais il respecte la grammaire. Sujet, verbe, complément…il connaît. Sa carrière brillante dans la finance est présentée comme la preuve de sa cruauté capitaliste. Dommage que par ailleurs elle démontre implicitement qu’il n’est pas un benet complet. Il faudra donc trouver autre chose pour dézinguer cet homme qui ose barrer la route à l’infaillible Barack Obama. (…) 3) « Les républicains ont bloqué les réformes d’Obama »Le secret le mieux gardé par la presse pro-Obama: le parti démocrate controlait tous les pouvoirs à Washington durant les deux premières années du mandat de Barack Obama. Ce n’est qu’en novembre 2010 que les démocrates ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants. Aujourd’hui encore, les démocrates contrôlent le Sénat. Pour autant en dépit des majorités de son propre parti dans les deux chambres du Congrès, Barack Obama n’a jamais pu faire adopter son budget ! Ce ne sont pas les républicains qui ont bloqué les réformes du Président. Ce sont les démocrates. Mais surtout il ne faut pas le dire. 4) « La politique étrangère de Barack Obama est un succès » Barack Obama a reçu en 2009 le Prix Nobel de la Paix. Comme il n’avait encore rien fait en matière diplomatique, on peut dire qu’il a reçu ce prix « à titre préventif ». Le seul fait d’être « Barack Obama », c’est à dire « l’anti-Bush », a justifié aux yeux de l’académie de Stockholm qu’on lui accorde cet honneur. Quelle a été depuis la contribution de Barack Obama à la paix dans le monde ? Sa main tendue à Vladimir Poutine ? un échec. Sa main tendue à l’Iran ? un échec. Sa main tendue aux « islamistes modérés » ? pas vraiment un succès. Son dialogue avec la Chine ? aucun résultat tangible, ni en matière diplomatique, ni en matière économique. Sa main pas tendue du tout à Israël ? elle n’a pas donné plus d’influence à l’Amérique au Proche Orient. Guantanamo n’est pas fermé. Plus de 160 prisonniers y sont encore. Des Américains meurent encore en Afghanistan aujourd’hui. En Libye, pour détrôner Khaddafi, les américains ont traîné les pieds. Barack Obama a-t-il mérité son Prix Nobel ? J’attends que mes collègues, experts en matière diplomatique, répondent à cette question. Pierre-Yves Dugua
Mitt Romney est un homme blanc, donc il déteste les femmes et les minorités. Mitt Romney n’a pas honte de prôner l’individualisme, l’esprit d’entreprise, et les valeurs du capitalisme. C’est donc un dangeureux idéologue, ennemi de la classe moyenne. Passons sur ces âneries. En revanche, parlons des critiques judicieuses: Mitt Romney est maladroit, ses arguments sont simplistes et il manque de chaleur. (…) Aujourd’hui le voici obligé de s’expliquer sur des commentaires vieux de plusieurs mois et enregistrés à son insu: on lui reproche d’avoir dit, en gros, que la moitié des Américains étaient des assistés, ne payaient pas d’impôts et voteraient toujours pour Obama parcequ’ils préfèrent que l’État s’occuppe d’eux plutôt que de se prendre en charge. Cette vision de l’Amérique est très répandue dans les rangs de la droite républicaine. Elle n’est pas conforme à la réalité. (…) Ceci dit, il est vrai que la moitié des Américains ne payent pas d’impôt fédéral sur le revenu. Par définition, ces Américains là sont enclins à toujours souhaiter qu’on augmente les impôts des autres…Exactement comme en France. Ce qu’à dit Mitt Romney en confidence à des donateurs potentiels au printemps dernier, est donc caricatural et inexact. Mais ce n’est totalement faux non plus. Ce qui est certain: c’est un propos électoralement maladroit. Le candidat républicain passe pour un homme sans compassion. Il apporte de l’eau au moulin de Barack Obama qui ne cesse de dire que Mitt Romney veut abandonner les pauvres et les classes moyennes à leur triste sort. Mitt Romney ne sait pas bien contrer l’argument: il pourrait dire que l’endettement est une forme de vol. Il pourrait dire que Barack Obama, en choisissant la dette pour guérir l’Amérique, a volé les jeunes pour donner aux vieux. Il pourrait mieux expliquer que des programmes sociaux qui sont financés par la dette ne sont pas tenables. Il pourrait mieux décrire concrètement pourquoi une réforme fiscale intelligente créerait des emplois. Son message n’est pas assez clair et constructif. Il n’est pas reaganien. Il ne sait pas toujours expliquer avec conviction que l’emploi est crée par le secteur privé concurrentiel, pas par les fonctionnaires syndiqués qui financent le parti démocrate. En matière de politique étrangère, Mitt Romney tient un discours simpliste, bien loin de celui des grands républicains qui ont fait honneur à leur pays. Je pense à James Baker ou George Schulze, par exemple. Une meilleure connaissance des dossiers, plus de nuance, seraient les bien venus de la part d’un homme qui veut gouverner l’Amérique. Pour autant les principes « romneysiens » en politique étrangère sont bons. Mais il semble se réfugier derrière des slogans et mal connaître le monde. Jon Hunstman, l’autre mormon républicain qui s’était présenté aux primaires, avait montré bien plus de finesse. En gros Mitt Romney n’est pas pour l’instant un bon candidat. Il n’est pas un très bon orateur. Il ne connecte pas avec son audience. Les républicains auraient certainement pu trouver mieux. Si ce n’est parmi les prétendants durant les primaires, certainement parmi les gouverneurs républicains modérés et pragmatiques qui sont nombreux. Mitt Romney vaut certainement mieux que sa caricature dressée par le New York Times et les autres médias démocrates. Il est intelligent. Son expérience et son succès dans la finance sont à son honneur. Il connaît le secteur privé, ce qui est un atout énorme face à Barack Obama qui ne comprend rien à l’entreprise, semble mépriser la réussite des entrepreneurs individualistes, n’a jamais travaillé dans une entreprise et n’a pas prouvé en quatre ans qu’il était un leader effectif, à la hauteur de ses discours pourtant si beaux. Lorsqu’il était gouverneur du très démocrate État du Massachusetts, Mitt Romney a été pragmatique et rassembleur, non pas polarisant. Et après tout, le Président Obama non plus n’est pas sans défaut…Pourquoi Barack Obama n’est-il pas plus respecté par les leaders démocrates du Congrès ? Parce qu’il parle mieux qu’il ne gouverne. Parcequ’il réfléchit beaucoup mais agit peu. Parcequ’il surestime son pouvoir de séduction. Parcequ’il n’a pas d’amis au Congrès et qu’on se méfie, y compris chez les démocrates, de son insularité et de la haute opinion qu’il a de son charisme. Ce qui est stupéfiant est qu’en dépit de ses tares, Mitt Romney est toujours en gros à égalité dans les sondages face à Barack Obama. Pierre-Yves Dugua
Mitt Romney s’est montré détendu, chaleureux, pragmatique et bien plus sympathique que lors de la convention républicaine. Pour autant le candidat a été précis et aggressif sans être impoli. Pugnace tout en étant présidentiel. Mitt Romney a ainsi corrigé plusieurs contre-vérités que l’on matraque sans cesse aux Américains dans les milieux bien pensants. La principale contre-vérité était qu’il veut réduire les impôts des riches. Le second mensonge: Romney pense que les réglementations sont mauvaises pour le libre marché. Or Mitt Romney a clairement affirmé le contraire, et à juste titre. La question est la qualité de la réglementation. Pas la quantité. Le troisième message faux colporté par les démocrates: Romney est un extrémiste. Mitt Romney ce soir a rappellé qu’il a travaillé de manière constructive avec une majorité écrasante d’élus démocrate lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts. (…) La presse a pris Mitt Romney en grippe depuis des mois. Il est vrai que ce dernier a aussi fait beaucoup d’erreurs, ce qui n’a rien arrangé. Erreurs de stratégie, erreurs de communication, erreurs de priorités politiques…Mais à Denver ce soir, Romney n’avait qu’une caméra et son opposant face à lui. Privé du « filtre » de ces journalistes qui lui font obstacle, il s’est enfin montré capable de « connecter » directement avec l’Américain moyen. Incapables dans l’ensemble jusqu’à présent de porter un regard sur Obama qui soit aussi critique que celui qu’ils portent sur Romney, les journalistes de l’establishment vont devoir tenir compte de la bonne performance de l’homme pour lequel ils ne voteront pas. Ma plus grande surprise: Barack Obama a été dépassé. Il a mal défendu ses positions. Le Président a pourtant de grandes qualités de communiquant. On ne les a pas vues ce soir. Sans prompteur, le Président est nettement moins bon. Pierre-Yves Duga

Trouvé sur le net, un journaliste français non anti-américain!

Redécouvert au lendemain de la brilliante prestation de Mitt Romney au premier débat de la présidentielle américaine (merci james) ….

Un correspondant (écononomique, la différence est peut-être là) aux Etats-Unis d’un journal français (Pierre-Yves Dugua du Figaro) qui respecte le pays et les habitants du pays qu’il couvre …

Et qui ayant su conserver un oeil objectif par rapport tant à l’antiaméricanisme primaire qu’à la flagrante obamalâtrie de nombre de ses confères et soeurs ….

Se retrouve aujourd’hui l’un des rares journalistes français à avoir bien senti le potentiel …

Du comeback kid et aujourd’hui peut-être bien plus probable futur président américain!

Les tares de Mitt Romney

Pierre-Yves Dugua

18 septembre 2012

Mitt Romney n’est pas Barack Obama. On pourrait arrêter là la conversation.

C’est effectivement radical: toute personne autre que Barack Obama est par définition, aux yeux de certains, indigne de la Maison blanche. À l’exception peut-être de Bill Clinton auquel on a tout pardonné. À commencer par sa responsabilité directe dans la bulle immobilière qui a précipité la crise.

Mitt Romney est un homme blanc, donc il déteste les femmes et les minorités.

Mitt Romney n’a pas honte de prôner l’individualisme, l’esprit d’entreprise, et les valeurs du capitalisme. C’est donc un dangeureux idéologue, ennemi de la classe moyenne.

Passons sur ces âneries. En revanche, parlons des critiques judicieuses: Mitt Romney est maladroit, ses arguments sont simplistes et il manque de chaleur.

On peut être « politiquement incorrect » sans être électoralement maladroit. Mitt Romney n’y parvient pas bien pour le moment.

Il est sans cesse distrait dans son message par des erreurs idiotes de communication. Au lieu de parler de ses propositions, il doit toujours éteindre un incendie allumé ailleurs, souvent par la presse qui l’a pris en grippe et reste acquise à l’establishment démocrate.

Pendant sa convention, Mitt Romney a par exemple laissé Clint Eastwood délirer, ce qui a fait diversion.

Aujourd’hui le voici obligé de s’expliquer sur des commentaires vieux de plusieurs mois et enregistrés à son insu: on lui reproche d’avoir dit, en gros, que la moitié des américains étaient des assistés, ne payaient pas d’impôts et voteraient toujours pour Obama parcequ’ils préfèrent que l’État s’occuppe d’eux plutôt que de se prendre en charge.

Cette vision de l’Amérique est très répandue dans les rangs de la droite républicaine. Elle n’est pas conforme à la réalité.

Beaucoup d’Américains qui sont dépendants de transferts sociaux se trouvent en effet être des personnes âgées, loins d’être pauvres…Beaucoup votent républicain…Beaucoup de pauvres travaillent énormément. L’assitannat n’est pas une exclusivité démocrate.

C’est aussi le paradoxe de beaucoup de républicains qui vivent dans les grands États peu peuplés de l’ouest: ils détestent Washington et les autorités fédérales…mais ils comptent sur elles pour les routes, les services publics subventionnés (téléphone, électricité…qui couteraient trop cher en zones rurales) et exploitent les richesses naturelles du pays en payant relativement peu de « royalties » aux « feds ».

Ceci dit, il est vrai que la moitié des Américains ne payent pas d’impôt fédéral sur le revenu. Par définition, ces Américains là sont enclins à toujours souhaiter qu’on augmente les impôts des autres…Exactement comme en France.

Ce qu’à dit Mitt Romney en confidence à des donateurs potentiels au printemps dernier, est donc caricatural et inexact. Mais ce n’est totalement faux non plus.

Ce qui est certain: c’est un propos électoralement maladroit. Le candidat républicain passe pour un homme sans compassion. Il apporte de l’eau au moulin de Barack Obama qui ne cesse de dire que Mitt Romney veut abandonner les pauvres et les classes moyennes à leur triste sort.

Mitt Romney ne sait pas bien contrer l’argument: il pourrait dire que l’endettement est une forme de vol. Il pourrait dire que Barack Obama, en choisissant la dette pour guèrir l’Amérique, a volé les jeunes pour donner aux vieux. Il pourrait mieux expliquer que des programmes sociaux qui sont financés par la dette ne sont pas tenables.

Il pourrait mieux décrire concrètement pourquoi une réforme fiscale intelligente créerait des emplois. Son message n’est pas assez clair et constructif. Il n’est pas reaganien. Il ne sait pas toujours expliquer avec conviction que l’emploi est crée par le secteur privé concurrentiel, pas par les fonctionnaires syndiqués qui financent le parti démocrate.

En matière de politique étrangère, Mitt Romney tient un discours simpliste, bien loin de celui des grands républicains qui ont fait honneur à leur pays. Je pense à James Baker ou George Schulze, par exemple. Une meilleure connaissance des dossiers, plus de nuance, seraient les bien venus de la part d’un homme qui veut gouverner l’Amérique.

Pour autant les principes « romneysiens » en politique étrangère sont bons. Mais il semble se réfugier derrière des slogans et mal connaître le monde. Jon Hunstman, l’autre mormon républicain qui s’était présenté aux primaires, avait montré bien plus de finesse.

En gros Mitt Romney n’est pas pour l’instant un bon candidat. Il n’est pas un très bon orateur. Il ne connecte pas avec son audience. Les républicains auraient certainement pu trouver mieux. Si ce n’est parmi les prétendants durant les primaires, certainement parmi les gouverneurs républicains modérés et pragmatiques qui sont nombreux.

Mitt Romney vaut certainement mieux que sa caricature dressée par le New York Times et les autres médias démocrates. Il est intelligent. Son expérience et son succès dans la finance sont à son honneur. Il connaît le secteur privé, ce qui est un atout énorme face à Barack Obama qui ne comprend rien à l’entreprise, semble mépriser la réussite des entrepreneurs individualistes, n’a jamais travaillé dans une entreprise et n’a pas prouvé en quatre ans qu’il était un leader effectif, à la hauteur de ses discours pourtant si beaux.

Lorsqu’il était gouverneur du très démocrate État du Massachusetts, Mitt Romney a été pragmatique et rassembleur, non pas polarisant.

Et après tout, le Président Obama non plus n’est pas sans défaut…Pourquoi Barack Obama n’est-il pas plus respecté par les leaders démocrates du Congrès ?

Parce qu’il parle mieux qu’il ne gouverne. Parcequ’il réfléchit beaucoup mais agit peu. Parcequ’il surestime son pouvoir de séduction. Parcequ’il n’a pas d’amis au Congrès et qu’on se méfie, y compris chez les démocrates, de son insularité et de la haute opinion qu’il a de son charisme.

Ce qui est stupéfiant est qu’en dépit de ses tares, Mitt Romney est toujours en gros à égalité dans les sondages face à Barack Obama. Je parle ici des sondages qui comptent: ceux qui portent sur les États où la course à la Maison blanche est la plus disputée.

Peu importe que Romney soit en tête de 10 points au Texas, et Obama de 10 points en Californie. Ce qui importe est l’état de la course en Floride, en Virginie, dans l’Ohio…par exemple. Or dans ces États, pour l’instant l’avance de Barack Obama est très faible et fragile. N’oublions pas que le Président n’est pas élu au suffrage universel direct…mais par de grands électeurs issus des élections au niveau des États.

Ce qu’il faut suivre également: les sondages qui interrogent les « électeurs probables » et non pas les électeurs inscrits…

Pour le moment la course reste très ouverte. La popularité de Barack Obama ne dépasse pas 50%. La mobilisation des républicains pourrait être plus forte que celle des démocrates et des centristes dont beaucoup sont déçus par le Président sortant.

Les débats télévisés seront probablement plus intéressants que d’ordinaire car Mitt Romney est moins connu que Barack Obama. S’il fait simplement jeu égal avec le Président sortant, il aura fait avancer sa cause.

Voir aussi:

Le débat présidentiel: deux gagnants et un perdant

Pierre-Yves Dugua

4 octobre 2012

Je ne sais pas si ce débat va influer sur la course à la Maison blanche. Mais de mon point de vue, on distingue ce soir deux gagnants et un perdant dans cette première confrontation directe entre Barack Obama et Mitt Romney.

1) Le format du débat est le grand gagnant

Pour la première fois depuis que je suis des débats (c’est à dire depuis le débat Carter – Reagan en 1980), nous avons assisté à un véritable échange. Les règles n’étaient pas aussi strictes. Jim Lehrer, le journaliste de grand métier qui animait le débat a été neutre, détendu et efficace. Il a su laisser les débatteurs déborder de leurs séquences initialement limitées. Dans le même temps il les a obligé à rester sur les thèmes qu’il avait choisi. Le flux des arguments en a été plus clair et le débat plus informatif. On comprend mieux ce que proposent les deux candidats.

2) Le second gagnant est Mitt Romney

Mitt Romney s’est montré détendu, chaleureux, pragmatique et bien plus sympathique que lors de la convention républicaine. Pour autant le candidat a été précis et aggressif sans être impoli. Pugnace tout en étant présidentiel.

Mitt Romney a ainsi corrigé plusieurs contre-vérités que l’on matraque sans cesse aux Américains dans les milieux bien pensants.

La principale contre-vérité était qu’il veut réduire les impôts des riches.

Le second mensonge: Romney pense que les réglementations sont mauvaises pour le libre marché. Or Mitt Romney a clairement affirmé le contraire, et à juste titre. La question est la qualité de la réglementation. Pas la quantité.

Le troisième message faux colporté par les démocrates: Romney est un extrémiste. Mitt Romney ce soir a rappellé qu’il a travaillé de manière constructive avec une majorité écrasante d’élus démocrate lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts.

3) Le perdant est la presse pro-Obama

La presse a pris Mitt Romney en grippe depuis des mois. Il est vrai que ce dernier a aussi fait beaucoup d’erreurs, ce qui n’a rien arrangé. Erreurs de stratégie, erreurs de communication, erreurs de priorités politiques…Mais à Denver ce soir, Romney n’avait qu’une caméra et son opposant face à lui. Privé du « filtre » de ces journalistes qui lui font obstacle, il s’est enfin montré capable de « connecter » directement avec l’Américain moyen.

Incapables dans l’ensemble jusqu’à présent de porter un regard sur Obama qui soit aussi critique que celui qu’ils portent sur Romney, les journalistes de l’establishment vont devoir tenir compte de la bonne performance de l’homme pour lequel ils ne voteront pas.

Ma plus grande surprise: Barack Obama a été dépassé. Il a mal défendu ses positions. Le Président a pourtant de grandes qualités de communiquant. On ne les a pas vues ce soir. Sans prompteur, le Président est nettement moins bon.

Il est trop tôt pour dire si ce débat boulversera la course. Barack Obama aura au moins deux autres débats pour se rattraper. Mais Mitt Romney, bien moins connu du grand public que le Président sortant, a marqué des points ce soir.

Voir enfin:

Ce que mes amis démocrates ne peuvent pas dire

Pierre-Yves Dugua

30 août 2012

Obama vs. Romney. Voici la huitième campagne présidentielle que je suis depuis les États-Unis. À la veille de la convention démocrate, rien n’est joué.

Je relève au moins quatre commentaires que mes amis démocrates ne peuvent pas faire cette année. Et je sens bien que cela les rend malades.

1) « Mitt Romney est un imbécile »

En son temps, Ronald Reagan s’est fait qualifier d’imbécile par une bonne partie de presse intelligente américaine et parisienne. George W. Bush, en dépit de ses diplômes de Harvard et Yale était forcément un idiot, puisqu’il se disait texan. Sa syntaxe, comme celle de son père du reste, était incorrecte. C’était donc la preuve manifeste de sa niaiserie…Surtout ne jamais parler de la syntaxe de Bill Clinton…

Bob Dole (qui s’était présenté contre Bill Clinton en 1996) était un vieux. Sous-entendu « un vieux con ». Le fait qu’il ait été un des hommes politiques les plus drôle de sa génération a été tenu secret des lecteurs français. On peut dire exactement la même chose de John McCain qui avait osé se présenter contre Barack Obama il y a quatre ans.

Mitt Romney change de position sur de nombreux sujets au fil des ans, mais il respecte la grammaire. Sujet, verbe, complément…il connaît. Sa carrière brillante dans la finance est présentée comme la preuve de sa cruauté capitaliste. Dommage que par ailleurs elle démontre implicitement qu’il n’est pas un benet complet. Il faudra donc trouver autre chose pour dézinguer cet homme qui ose barrer la route à l’infaillible Barack Obama.

2) « Le message démocrate est positif »

La publicité négative est pratiquée par les deux camps depuis longtemps. Les républicains sont souvent meilleurs sur ce triste terrain. Mais les démocrates cette année ont pris l’initiative: l’été a été caractérisé par un tir de barrage massif de publicités négatives plus ou moins directement approuvées par la campagne de Barack Obama. L’objectif: définir Mitt Romney, cet inconnu du grand public, comme un méchant milliardaire, un cruel capitaliste, un mormon dangeureux.

Il est stupéfiant qu’en dépit des millions de dollars ainsi dépensés dans cet effort, Mitt Romney soit pratiquement aussi populaire que Barack Obama.

3) « Les républicains ont bloqué les réformes d’Obama »

Le secret le mieux gardé par la presse pro-Obama: le parti démocrate controlait tous les pouvoirs à Washington durant les deux premières années du mandat de Barack Obama. Ce n’est qu’en novembre 2010 que les démocrates ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants. Aujourd’hui encore, les démocrates contrôlent le Sénat.

Pour autant en dépit des majorités de son propre parti dans les deux chambres du Congrès, Barack Obama n’a jamais pu faire adopter son budget ! Ce ne sont pas les républicains qui ont bloqué les réformes du Président. Ce sont les démocrates. Mais surtout il ne faut pas le dire.

Parmi ces réformes bloquées: des augmentations d’impôts, des hausses de dépenses publiques, des privilèges supplémentaires promis aux syndicats, une intervention plus directe de l’État fédéral dans la santé, des règlementations plus envahissantes pour les entreprises.

4) « La politique étrangère de Barack Obama est un succès »

Barack Obama a reçu en 2009 le Prix Nobel de la Paix. Comme il n’avait encore rien fait en matière diplomatique, on peut dire qu’il a reçu ce prix « à titre préventif ». Le seul fait d’être « Barack Obama », c’est à dire « l’anti-Bush », a justifié aux yeux de l’académie de Stockholm qu’on lui accorde cet honneur. Quelle a été depuis la contribution de Barack Obama à la paix dans le monde ?

Sa main tendue à Vladimir Poutine ? un échec. Sa main tendue à l’Iran ? un échec. Sa main tendue aux « islamistes modérés » ? pas vraiment un succès. Son dialogue avec la Chine ? aucun résultat tangible, ni en matière diplomatique, ni en matière économique. Sa main pas tendue du tout à Israël ? elle n’a pas donné plus d’influence à l’Amérique au Proche Orient.

Guantanamo n’est pas fermé. Plus de 160 prisonniers y sont encore. Des américains meurent encore en Afghanistan aujourd’hui. En Libye, pour détrôner Khaddafi, les américains ont traîné les pieds. Barack Obama a-t-il mérité son Prix Nobel ?

J’attends que mes collègues, experts en matière diplomatique, répondent à cette question.

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