Présidentielles 2012: C’est la guerre culturelle, imbécile! (Culture war comes to France)

france_presidentielle CARTOGRAMME LEPENUne guerre religieuse se livre dans ce pays, et son enjeu est l’âme de l’Amérique. C’est une guerre culturelle, aussi importante et déterminante pour l’avenir de notre nation que la guerre froide. Pat Buchanan (1992)
Il n’y pas d’Amérique rouge républicaine ou bleue démocrate, pas d’Amérique blanche ou noire, mais seulement les Etats-Unis d’Amérique. Barack Obama (2004)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
La plupart des Américains conservateurs (Red Americans) ne peuvent pas parler de littérature post-moderne, donner des ordres de manière adéquate à une nurse, choisir un Cabernet avec un arrière-goût de réglisse (…) Mais nous pouvons élever des enfants formidables, faire nous-même l’installation électrique de nos maisons, produire de magnifiques et délicieuses choses avec nos deux mains, parler de Dieu de manière naturelle, réparer de petits engins, reconnaître le bon arbre pour faire du sirop d’érable, vous raconter l’histoire de nos villes et les espoirs de nos voisins, nous servir d’une arme, cultiver nos propres asperges. Fermier conservateur (Missouri, American Enterprise Magazine)
C’est une invention des médias, ça fait vendre, ce n’est pas la réalité de l’Amérique. (…) Mais pourquoi tu veux aller là-bas ? Les gens sont différents. Enfin ils sont chaleureux, ils vont beaucoup te parler mais ce n’est pas la même chose, il y a beaucoup d’obèses, des gens qui ont des armes et qui mangent des hamburgers tous les jours. Jeune démocrate (Cambridge, Massachusetts)
Look around the world — do you see any governments or incumbents winning any elections out there? Did it happen in small elections in Germany or Britain, big elections in France and Greece or how about huge elections in the United States in 2008 and 2010? Please folks — wake up! (…) The polling? Not that encouraging. The latest Democracy Corps poll was 47-47. The Real Clear Politics average of polls has the president up a whopping three-tenths of a percentage point. (…) Nothing is in the bag. Nothing can be taken for granted. Everybody from the precinct door-knocker, to the Chicago high command, to the White House, to the halls of Congress, to the Senate and House committees, to congressional leadership, here is a simple message: If we don’t get on the offense, reconnect with the American people, talk about how the middle class is in a struggle for its very existence, hold the Republicans accountable and fight like the dickens, we are going to lose.You can shoot five Bin Ladens, you can save 10,000 banks and 20 car companies, even pass the most sweeping legislation in modern American history; if people don’t think that you are connected to their lives and are fighting for their interests they will vote your tush out of office in a nano-second. For historical reference see Winston Churchill election of 1945 and President George H.W. Bush in 1992. James Carville (stratégiste démocrate américain, 09.05.12)
Il faut reconnaître également à la gauche d’avoir su, elle, mener cinq années un combat culturel que son camp adverse n’aura finalement mené qu’un trimestre. (…) A ce stade, il faut, encore et encore, écrire que la droite française aura été la victime docile d’une escroquerie intellectuelle légale que je n’aurais cessé de dénoncer vainement. Alors que le camp des droites, le premier tour l’aura encore montré, est plus nombreux que son antipode, c’est un président de gauche qui l’aura emporté. L’explication réside toute entière dans le surmoi qu’aura réussi à imposer la classe médiatique à une partie de la droite française tout en décomplexant la gauche de ses propres liaisons autrement moins platoniques. Alors que Gérard Longuet aura été tancé pour avoir suggéré que Marine Le Pen, contrairement à son père, était une interlocutrice possible, François Hollande remercie publiquement et impunément son interlocuteur Mélenchon et s’apprête à mener campagne avec un PCF, dans le cadre d’une alliance que même les représentants de la droite démocratique ont oublié hier soir de critiquer dans son principe. Lorsque la victime est aussi sottement dupe, ce n’est plus, juridiquement, une escroquerie. Gilles William Goldnadel
La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
C’est un danger pour la République. (…) Parce que cet homme n’a jamais fait la démonstration qu’il ait réussi quelque chose dans sa vie. Je crois que c’est quelqu’un d’intelligent et d’un certain niveau (…) mais on ne s’intitule pas président de la République du jour au lendemain. Maryse Joissains-Masini (maire UMP d’Aix-en-Provence)
Robert Putnam a découvert que plus la diversité dans une communauté est grande, moins les gens votent et moins ils donnent à des associations caritatives et travaillent à des projets communautaires. (…) Dans une étude récente, Glaeser et son collègue Alberto Alesina ont démontré qu’à peu près la moitié de la différence dans les dépenses sociales entre les Etats-Unis et l’Europe — l’Europe dépense bien plus — peut être attribuée à la diversité ethnique plus grande de la population américaine. Michael Jonas
Pour le chercheur en sciences politiques de l’Université du Michigan, Scoot Page, dans les lieux de travail de haut niveau, les différentes manières de penser parmi des personnes de différentes cultures peuvent être un avantage. “puisqu’elles voient et appréhendent le monde différemment que vous, c’est provocant. Mais la fréquentation de personnes différentes peut stimuler la créativité de tous. Les équipes diverses tendent à être plus productives.” (…) Autrement dit, les membres de communautés plus diverses peuvent faire plus de bowling seuls, mais les tensions créatrices lâchées par ces différences dans le lieu de travail peuvent propulser ces mêmes endroits à la pointe de l’économie et de la culture créatrice. (…) Page appelle ça le “paradoxe de diversité.” Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite.” Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Quelle est alors l’alternative à l’assimilation ? Le ” panier à salade ” du soi-disant multiculturalisme ne présente pas une alternative sérieuse parce qu’il ne propose pas le ciment nécessaire à l’union des communautés. Tous les ingrédients restent dès le départ séparés. La seule alternative viable pour laquelle nous avons des exemples est probablement celle de Londres ou New York. La principale caractéristique de cette alternative est la coexistence d’une sphère publique commune partagée par tous et un degré considérable de séparation culturelle de la sphère ” privée “, notamment dans les zones résidentielles. L’espace public est multiculturel du fait de l’origine des gens qui le forme mais reste gouverné par des valeurs consenties et même une langue commune, tandis que la vie privée des gens reste ghettoisée, pour employer un vocable désagréable. (…) Personne n’a encore trouvé de nom pour cette nouvelle version de la doctrine ” séparés mais égaux ” que certains d’entre nous ont si ardemment combattue dans les années 1960 : des vies privées séparées dans un espace public qui est égalitaire pour tous. Cela est clairement plus simple à Londres et à New York que ça ne l’est dans des villes plus petites ou même dans les capitales de pays où la langue mondiale qu’est l’anglais n’est pas parlée. La communauté turque de Berlin et les communautés nord-africaines autour de Paris semblent toujours plus dissociées, avec leurs propres sphère publique et souvent leur propre langue. Là où cela se produit se créent des situations explosives, une sorte de séparatisme interne qui n’est pas le résultat de groupes historiquement séparés mais celui des nouveaux arrivants opposés aux natifs du lieu. Ralf Dahrendorf
[les élections de Bush et de Sarkozy] Bien sûr, il y a des différences. Mais il s’agit dans les deux cas d’un durcissement de la droite, dans un double contexte – la montée en puissance du néolibéralisme, et sur la scène internationale, celle du néoconservatisme après le 11 Septembre (période qui est aussi, en France, l’après-21 avril…). Eric Fassin
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le vote juif (…) s’est rapproché de la droite traditionnelle. (…) le basculement s’est produit au début des années 2000 avec l’éclatement de la seconde Intifada dans les territoires palestiniens et la recrudescence des actes antisémites, d’origine arabe, dans une société française devenue la transposition du conflit moyen-oriental. (…) La proximité avec la droite est encore plus forte dans l’électorat catholique. (…) Cette préférence à droite de l’électorat catholique —probablement accentué par la variable de l’âge (l’électorat catholique est plus âgé que la moyenne)— remonte à loin dans l’histoire politique de la France, depuis la Révolution et les combats laïques des XIXe et XXe siècles. Elle s’identifie à des «valeurs» d’ordre, de sécurité, de légitimité. Au delà des préoccupations communes (emploi, éducation) qui sont prioritaires, les principaux «marqueurs» du vote catholique sont, selon les spécialistes, la défense de la famille, le choix de l’école privée, le refus de l’euthanasie active et de la revendication homosexuelle (mariage gay, adoption). (…)  Le vote catholique n’est plus aussi hermétique aux idées frontistes. Le passage de témoin entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine explique sans doute ce glissement, l’autre raison étant probablement liée à la question de l’immigration et aux peurs provoquées dans la population catholique par l’influence grandissante de l’islam.(…) Longtemps classé à gauche, le vote protestant (entre 2 et 3% de l’électorat) a également opéré un basculement à droite, comme le montre la récente enquête de l’IFOP pour l’hebdomadaire Réforme du 31 mars 2012. Nicolas Sarkozy figure loin devant ses concurrents. Il est victorieux dans les intentions de vote des protestants au deuxième tour par 53,5% contre 46,5% à François Hollande. On peut avancer plusieurs facteurs d’explication: le vieillissement de cette population, le poids croissant des protestants évangéliques, et aussi, comme pour une partie de l’électorat catholique, le fait que «certains protestants perçoivent assez mal que l’islam tienne le haut du pavé dans le débat public» (Jerôme Fourquet). (…) Reste le vote musulman, estimé à 5% de l’électorat. Il est très marqué par l’abstention. Moins de la moitié des musulmans se déplacent pour aller voter, ce qui est la traduction électorale de leur faible niveau d’intégration dans la société française. Mais il est très homogène et très marqué à gauche. Selon les derniers sondages d’intentions de vote, 80% des électeurs musulmans s’apprêteraient à voter François Hollande au second tour de l’élection dans le cadre d’un duel avec Nicolas Sarkozy. (…) Si on ne peut nier la place du facteur religieux dans le vote des 22 avril et 6 mai prochains, on doit relever que ces électorats religieux demeurent très minoritaires. Avec 14 % de catholiques pratiquants, 2 % à 3% de protestants, 5 % à 6 % de musulmans, moins de 1% de juifs, cet électorat religieux forme à peine 30% de l’électorat. Henri Tincq
Ce n’est (…) pas parce que « Claude Guéant parle comme Marine Le Pen » (dixit Jean-Louis Borloo) que cette dernière progresse dans l’opinion et perce dans les urnes d’une élection qui jusqu’alors fermait à son parti les portes du second tour. C’est parce que ceux qui, en 2007, avaient quitté Jean-Marie Le Pen pour Nicolas Sarkozy en espérant voir réaliser certains de leurs vœux estiment qu’ils n’ont pas été entendus. (…) Peut-on, après cela, parler sans rire, comme dimanche soir, sur la plupart des plateaux télé, de “réaction des électeurs contre la droitisation de l’UMP” ? La vérité est que, depuis les années 1990, la droite n’a cessé de se dédroitiser et, par voie de conséquence, de libérer un espace croissant au Front national dont les propositions d’aujourd’hui sont parfois en deçà de celles du RPR et de l’UDF d’alors (lire les propositions des états généraux de l’opposition, animés, voici vingt ans, par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin)… Valeurs actuelles
Le FN apparaît, plus que jamais, comme un vecteur de manifestation des préoccupations populaires. Le « vote utile » des électeurs frontistes exprime un message de mécontentement profond où se mêlent questions sociétales (insécurité, immigration) et socio-économiques (rejet du libre-échange et de la mondialisation). Le nouveau discours de Marine Le Pen parvient à conjuguer ces deux thématiques et à rentrer ainsi en résonance avec l’opinion d’une large fraction de la population. (…) L’argument moral jeté à la face de ces divers électeurs, ou encore les démonstrations idéologiques, ont peu de chance d’être efficaces. Seules des réponses apportées à leurs préoccupations concrètes par les partis républicains pourront convaincre cette France en crise qu’elle a mieux à faire que de crier sa colère en votant à l’extrême droite. Eric Dupin
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
Ce concept de “droitisation” est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la “droitisation” consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se “droitise” en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du “transfrontiérisme” n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Si on avait fait une autre campagne, si on avait adopté une autre stratégie, Sarkozy était à 22 %, Marine Le Pen à 23 %, et c’était un 21 avril à l’envers ! Il n’y a pas besoin d’être un expert en politologie pour comprendre cela. Comment voulez-vous que des électeurs qui hésitent entre Le Pen et Sarkozy le choisissent, lui, s’il ne fait pas campagne au peuple ? On a eu la bonne stratégie. On a bien senti ce qui se passait dans le pays. (…) Ce sont les couillons qui ont parlé de nommer Bayrou Premier ministre. Vous savez bien : Juppé, Raffarin et Pécresse…(…) Le président a perdu du terrain quand il s’est mis à parler d’ouverture. Tout ça nous a fait perdre 2 points. (..)  On ne peut pas se faire élire sur un programme de droite décomplexée et prétendre gouverner avec des socialistes. Patrick Buisson (09.05.12)
Le livre finit par imposer l’idée d’une tripartition de l’espace social : – centres-villes bourgeois et anciens quartiers populaires des villes gentrifiés qui abritent les gagnants de la mondialisation, avec éventuellement une cohabitation dans les anciens quartiers populaires de « bobos » et de sous-prolétaires d’origine immigré récente (ce qui correspond à la diversité du bâti). C. Guilluy fait remarquer que les « bobos » s’accommodent fort bien de la présence de ces « exclus » tant que la cohabitation reste distante malgré la proximité spatiale, surtout quand ces mêmes « bobos » peuvent obtenir grâce à leur présence la baisse indirecte des services qu’ils achètent. L’auteur cite les restaurants abordables grâce au travail au noir en cuisine, on pourrait aussi citer la garde des enfants, le repassage, etc. . Il ajoute quelque peu perfidement que, si les écoles primaires restent peu ségrégées dans ces quartiers ex-populaires entre rejetons des « bobos » et ceux des « exclus », les collèges le sont déjà beaucoup plus, pour ne rien dire des lycées. Comme j’habite à la Guillotière à Lyon, je ne peux qu’accepter son diagnostic, même si mon îlot (au sens urbanistique) appartient sans doute à la petite bourgeoisie depuis les années 1950. – les banlieues ex-ouvrières, devenus le lieu de concentration de « toute la misère du monde », que, finalement, la France « accueille » selon l’auteur plus que ne le prétend le discours officiel. Elles représentent effectivement selon lui le lieu de l’insécurité, et connaissent une rotation rapide des populations. N’y restent que ceux qui n’ont pas encore trouvé les moyens d’aller ailleurs. Ces quartiers sont en train de devenir des ghettos en dépit des efforts des autorités publiques, et forment en tout état de cause le cul-de-basse-fosse de la société métropolitaine. – le reste, la France profonde des villages, petites villes, tout ce qui se trouve loin des métropoles. Cette France-là accueille la majorité des classes populaires, de ces 60% d’ouvriers et d’employés qui constituent encore aujourd’hui la population active. Cette France-là se trouve être selon C. Guilluy la grande perdante de la mondialisation économique et culturelle en cours. La présentation de la situation par l’auteur  parait tellement négative que cela m’a fait penser à ce que décrivent les géographes sociaux pour la Roumanie post-communiste d’après 1989 : un vaste mouvement de repli vers la campagne de la part des populations ayant perdu leur travail en ville à la faveur de la transition vers l’économie de marché. Mutatis mutandis, à très bas bruit médiatique, on observerait un phénomène assez similaire en France – qui rencontrerait aussi les effets de la décentralisation productive des années 1960-1970 qui avait déplacé le gros du monde ouvrier loin des anciennes grandes métropoles de la première industrialisation. (…) il ne fait en effet aucun doute que l’insertion actuelle de la France dans la mondialisation, dans la division internationale du travail, profite à certains groupes sociaux et pas à d’autres. Il y a d’évidence des gagnants et des perdants, à la fois sur le plan économique, mais aussi en terme de définition  de ce que doit être une vie réussie, à savoir mobile, nomade, cosmopolite, où, comme dirait Madame Parisot, tout comme l’amour, rien ne dure. Christophe Bouillaud
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
Hollande est intéressé par nos analyses, mais ce n’est pas son logiciel de formation. Il y a encore chez lui beaucoup de tabous, notamment sur les questions identitaires. Or, il n’y a pas 36 solutions : on gagnera avec les ouvriers et employés ou alors on perdra cette élection. Laurent Bouvet (université de Versailles)
A travers toute l’Europe, la crise provoque des fièvres populistes. Les symptômes sont les mêmes : le repli identitaire, le ressentiment social et plus largement la recherche de solutions alternatives face à l’échec des partis de gouvernement – de droite comme de gauche. Les conséquences, aussi : une recomposition violente du paysage électoral. Lorsque la droite populiste s’élève à un étiage qui la rend incontournable, la droite de gouvernement se radicalise et fait alliance, pour accéder ou demeurer au pouvoir, créant un bloc de nature néoconservatrice. Le centre-droit, de culture chrétienne-démocrate, fait sécession et rejoint le camp progressiste. C’est typiquement ce qui s’est passé en Italie, où l’alliance Berlusconi-Ligue du Nord-Alliance Nationale a provoqué le basculement à gauche des chrétiens-démocrates, au sein du Parti démocrate. (..) Le sarkozysme met en œuvre une rupture anti-humaniste. Elle se caractérise par la recherche systématique de coupables, de boucs émissaires à désigner à la vindicte populaire. Il y a toujours les bons citoyens à protéger et les mauvais à bannir hors de la communauté nationale – les immigrés, les musulmans, la racaille de banlieue, les délinquants, les assistés, les fonctionnaires privilégiés… Cet anti-humanisme se déploie dans le débat sur l’identité nationale. Il défend une vision régressive de la nation, figée sur l’identité fantasmée du passé, à tentation ethnique (blanche), à coup sur culturaliste (religieuse, les racines chrétiennes). Une identité fermée, qui exclut les générations de Français d’immigration récente, considérés comme des étrangers sur leur propre sol. Une telle rupture se retrouve aussi dans la politique d’immigration, de plus en plus brutale. « Rafles » policières de sans-papiers, jusqu’aux enfants dans les écoles ; délit de solidarité ; expulsions de réfugiés politiques vers l’Afghanistan ; climat de soupçon dans les préfectures ; chasse aux Roms… L’exemple du Calaisis, qui concerne les demandeurs d’asile en transit vers l’Afghanistan, est édifiant : fermeture du centre d’hébergement d’urgence de Sangatte, démantèlement des campements de fortune de la « jungle », jusqu’à la condamnation à l’errance. Une chute de Charybde en Scylla. La politique pénale subit le même processus de radicalisation. Le champ des « criminels », des « monstres » s’élargit toujours plus. La répression s’intensifie. La politique de « castration chimique » pour les pédophiles est emblématique. Jusqu’à l’évocation inouïe par Michèle Alliot-Marie de la castration physique – une mutilation d’Etat, une vision de la France digne d’Orange Mécanique. Même la peine de mort n’est plus taboue. Les dérapages verbaux, autrefois apanage du Front national, se multiplient au sein de la majorité. Des « Auvergnats » (« Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ») jusqu’à « la France n’est plus la France », en passant par les musulmans qui doivent se montrer « discrets » ou « remettons-les dans les bateaux », la frontière entre l’UMP et l’extrême droite devient floue. Au point que l’hebdomadaire Newsweek, en octobre dernier, choisit Nicolas Sarkozy pour illustrer sa « une » sur la montée de l’extrême droite en Europe. La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique : la volonté de siphonner l’électorat du FN. Ce pari est couronné de succès en 2007 mais ne s’avère pas pérenne. Le sarkozysme ne parvient pas à fidéliser les voix du FN. C’est que le rapport de forces s’est inversé : Nicolas Sarkozy, au zénith de sa popularité en 2007, n’est plus crédible aujourd’hui ; le FN, affaibli à l’époque par un vieux leader en fin de carrière, est dynamisé par une Marine Le Pen moderne et charismatique. Après la radicalisation de l’UMP, on assiste maintenant à la deuxième étape : la banalisation d’un Front national « new look », qui de se débarrasse de ses oripeaux infréquentables, antisémites, nostalgiques de Vichy, aux relents néo-nazis, et qui – lui – ne dérape plus. Le FN sort de son ghetto protestataire pour muer en un parti de droite nationale, qui aspire à gouverner, sur le modèle de l’Alliance nationale en Italie. « Donnez-nous les manettes », clame désormais Marine Le Pen. La dernière étape est déjà écrite : la constitution d’un bloc néoconservateur, entre une UMP droitisée et un FN dédiabolisé. Cette jonction n’est pas pour tout de suite, encore qu’on en voit de nombreux signes annonciateurs, dont le rejet du front républicain au profit du « ni-ni ». Mais le « big bang » politique est lancé. Olivier Ferrand (Terra Nova)
Souvenons-nous qu’il y a un an Sarkozy était donné battu au premier tour et qu’il s’est finalement maintenu à un niveau élevé au premier tour, compte tenu de la performance de Marine Le Pen. Dès lors, et compte tenu de son bilan social, mais aussi en matière d’immigration et de sécurité, ainsi que de la puissance de l’anti-sarkozysme, le résultat est inespéré pour lui. Sociologiquement, Nicolas Sarkozy perd car contrairement à 2007, il n’a pas su capter le vote populaire. Ces catégories lui font notamment payer son échec sur la question sociale mais aussi sur les thématiques immigration/sécurité. D’ailleurs, si au premier tour les catégories populaires, notamment les ouvriers, avaient plutôt choisi Marine Le Pen, dimanche dernier elles se sont plutôt portées vers Hollande (par anti-sarkozysme plus que par adhésion), l’abstention et/ou le vote blanc. (..) Les résultats illustrent la déception des milieux ouvriers et employés qui estiment ne pas avoir été entendus ni sur la question sociale, ni sur les thématiques identitaires. En fait, contrairement à ce que l’on dit, Sarkozy a pris en compte bien trop tard l’importance du ressentiment et la place des thématiques identitaires en milieu populaire. (…) Le résultat du premier tour a validé cette stratégie. Sans cette stratégie, Nicolas Sarkozy aurait fait 20% au premier tour et 42-43% au second. Et puis que pouvait-il faire ? Compte tenu de la situation sociale, il n’allait quand même pas faire une campagne sur son bilan ou le pouvoir d’achat ! Il n’allait pas non plus faire la même campagne que François Hollande ! On peut d’ailleurs noter que, malgré cette « droitisation », Sarkozy a capté tranquillement les voix de François Bayrou… En fait, la « drôle de campagne » du 2e tour s’explique par le fait que les deux qualifiés étaient des représentants de la « France du Oui » une France encore plus minoritaire aujourd’hui qu’en 2005. Les deux candidats étaient aussi les représentants de partis qui ont accompagné l’adaptation de la société française au libre-échange et à la mondialisation, que les classes populaires rejettent depuis des années. Dans ce contexte, les deux candidats, qui ne proposent aucune véritable alternative économique et sociale à une France populaire fragilisée n’avaient d’autre solution que de cliver sur des thématiques d’ordre « socio-culturelles ». Or, s’il est évident que le camp sarkozyste est allé dans cette direction, on ne voit pas qu’en réalité la gauche a aussi fait ce choix, plus discrètement. On ne voit pas à ce titre à quel point la stratégie « Buisson » fait écho, et a contrario, à celle du think-tank Terra-Nova. Dans les deux cas, il s’agit d’opter pour le « socio-culturel ». A gauche, la stratégie Terra Nova centrée sur les bobos-minorités-grandes agglomérations a été très critiquée dans son propre camp. Même chose à droite avec Buisson. Mais si l’on fait l’analyse sociologique du vote, ces deux stratégies très contestées sont celles qui ont le mieux fonctionné dans les deux camps ! François Hollande fait le plein en banlieue, dans les dom-toms, dans les grandes villes, chez les catégories diplômées, etc. Inversement, Sarkozy réalise ses meilleurs résultats dans les espaces ruraux. (…) il existe désormais un clivage socio-culturel gigantesque au sein de la France : 48,38% des électeurs se sont tout de même positionnés sur une thématique qu’on a dit « fasciste » et identitaire. C’est une nouveauté. L’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué. Surtout, il apparaît que cette dimension est désormais intégrée au discours politique. Si la droite a « cogné » très fort (je pense notamment aux sorties de Claude Guéant..), la gauche a aussi participé à cette ethnicisation du discours en fascisant Sarkozy. Les attaques d’Axel Kahn qui a déclaré dans l’entre-deux tours que la mobilisation autour de Nicolas Sarkozy au Trocadero c’était Nuremberg ou de Mélenchon qui traite Sarkozy de « petit blanc raciste » en sont une illustration. Si la droite a ciblé l’immigration musulmane, la gauche a fascisé Sarkozy et indirectement son électorat en sous entendant qu’il était xénophobe, blanc, etc. Aujourd’hui, il existe une immense fracture sociale entre les classes populaires et dominantes, qu’elles soient de droite ou de gauche. Mais il se double d’une fracture culturelle à partir d’une nouvelle géographie sociale. La France périphérique rurale industrielle et périurbaine, celle des petites et moyennes villes, adhère plus volontiers aux thèses « lepeno-sarkozystes » tandis que la France des grandes agglomérations constitue désormais des bastions de la gauche. Un clivage qui tend à se renforcer à chaque élection. La France d’après sera travaillée par les questions sociales gigantesques mais aussi par une question identitaire. Le problème, c’est que ni la droite ni la gauche ne répondent à ces considérations sociales. D’ailleurs, dès le lendemain du vote, un sondage Ipsos montrait déjà que seuls 26% des gens pensent que « la situation va s’améliorer avec Hollande » ! Les Français font donc le constat que les questions sociales (chômage, pouvoir d’achat) ne seront pas résolues. Et la question socio-culturelle reste latente. (…) disons que nous sommes plutôt dans une logique séparatiste, donc contraire à l’affrontement. (…) Quelque chose est toutefois en place qui dépasse très largement les simples dynamiques de gauche ou de droite. C’est pourquoi l’évocation de mai 1981 à l’occasion de ce mois de mai 2012 me semble particulièrement hors sujet. Christophe Guilluy

Et si, contrairement à ce que voudraient nous faire croire notre nouveau champion de la politique du rétroviseur et sa claque médiatique, ce n’était pas de 30 mais de 20 ans qu’il fallait retarder nos montres?

A l’heure où notre nouveau bateleur en chef au bilan vide et ses amis tentent de faire passer pour « belle victoire »  l’auto-sabordage de la droite

Et que du côté de nos belles âmes l’on fait à présent mine de dénoncer des stratégies qui de part et d’autre se sont, comme le rappelle le géographe Christophe Guilly, révélées remarquablement efficaces …

Comment ne pas voir, derrière la fracture culturelle évoquée par le sociologue et si l’on inverse les couleurs, la même guerre culturelle entre « villes bleues » pro-démocrates et « campagnes rouges » pro-républicaines qui, depuis le discours d’ouverture de la convention républicaine du traditionaliste catholique américain Pat Buchanan, n’a cessé de déchirer l’Amérique?

Entrainant ces violentes oscillations  (voire, comme en 2000,  ces étonnants ballotages à quelques voix près) des électorats entre la gauche progressiste du triangulationiste Clinton ou la prétendue Amérique violette d’un Obama venu de nulle part mais à la couleur si tendance et la droite traditionaliste d’un Bush ou dans quelques mois peut-être d’un Romney?

Fracture bobos-minorités-grandes agglomérations (ou banlieue-dom-toms-grandes villes-diplômés-à statut) contre petites et moyennes villes-exposés qui non moins sûrement devrait peut-être inquiéter une gauche française qui, quoi qu’en dise notre sociologue, n’a toujours pas eu le courage, du moins officiellement, de sortir de son placard pré-Bad Godesberg?

Terra Nova/Buisson : pourquoi les stratégies électorales des candidats Hollande et Sarkozy étaient les bonnes malgré les nombreuses critiques

Atlantico

8 mai 2012

Le candidat PS a visé l’électorat évoqué dans une fameuse note du think-tank Terra Nova. Le candidat UMP a suivi la stratégie élaborée par son conseiller Patrick Buisson. Tous deux ont placé la question identitaire au coeur de leur campagne. A juste titre tant cette thématique trouve un écho profond au sein de la France d’aujourd’hui.

Atlantico : Vous avez étudié le vote en France en fonction des régions dans lesquelles vivent les électeurs. Quelle photographie sociologique de la France donnent les résultats de cette élection présidentielle ?

Christophe Guilluy : La vraie photographie de la France c’est le premier tour. Le second, c’est différent. Dans les urnes, effectivement, nous assistons à une victoire de Hollande et à un échec de Sarkozy. Mais ces résultats doivent être nuancés. Souvenons-nous qu’il y a un an Sarkozy était donné battu au premier tour et qu’il s’est finalement maintenu à un niveau élevé au premier tour, compte tenu de la performance de Marine Le Pen. Dès lors, et compte tenu de son bilan social, mais aussi en matière d’immigration et de sécurité, ainsi que de la puissance de l’anti-sarkozysme, le résultat est inespéré pour lui.

Sociologiquement, Nicolas Sarkozy perd car contrairement à 2007, il n’a pas su capter le vote populaire. Ces catégories lui font notamment payer son échec sur la question sociale mais aussi sur les thématiques immigration/sécurité. D’ailleurs, si au premier tour les catégories populaires, notamment les ouvriers, avaient plutôt choisi Marine Le Pen, dimanche dernier elles se sont plutôt portées vers Hollande (par anti-sarkozysme plus que par adhésion), l’abstention et/ou le vote blanc.

Le Nord-Pas-de-Calais est ainsi un exemple intéressant avec un taux d’abstention et de votes blancs très supérieur à la moyenne au second tour. Précisément, si l’on se penche sur le résultat des votes à Hénin Beaumont, bastion du FN : les votes blancs additionnés à l’abstention correspondent quasiment au score de François Hollande, avec 35% des inscrits.

Ces résultats illustrent la déception des milieux ouvriers et employés qui estiment ne pas avoir été entendus ni sur la question sociale, ni sur les thématiques identitaires. En fait, contrairement à ce que l’on dit, Sarkozy a pris en compte bien trop tard l’importance du ressentiment et la place des thématiques identitaires en milieu populaire.

Vous voulez dire que, malgré sa défaite, la « droitisation » de sa campagne était la bonne stratégie à mener ?

Le résultat du premier tour a validé cette stratégie. Sans cette stratégie, Nicolas Sarkozy aurait fait 20% au premier tour et 42-43% au second. Et puis que pouvait-il faire ? Compte tenu de la situation sociale, il n’allait quand même pas faire une campagne sur son bilan ou le pouvoir d’achat ! Il n’allait pas non plus faire la même campagne que François Hollande ! On peut d’ailleurs noter que, malgré cette « droitisation », Sarkozy a capté tranquillement les voix de François Bayrou…

En fait, la « drôle de campagne » du 2e tour s’explique par le fait que les deux qualifiés étaient des représentants de la « France du Oui » une France encore plus minoritaire aujourd’hui qu’en 2005. Les deux candidats étaient aussi les représentants de partis qui ont accompagné l’adaptation de la société française au libre-échange et à la mondialisation, que les classes populaires rejettent depuis des années.

Dans ce contexte, les deux candidats, qui ne proposent aucune véritable alternative économique et sociale à une France populaire fragilisée n’avaient d’autre solution que de cliver sur des thématiques d’ordre « socio-culturelles ». Or, s’il est évident que le camp sarkozyste est allé dans cette direction, on ne voit pas qu’en réalité la gauche a aussi fait ce choix, plus discrètement. On ne voit pas à ce titre à quel point la stratégie « Buisson » fait écho, et a contrario, à celle du think-tank Terra-Nova. Dans les deux cas, il s’agit d’opter pour le « socio-culturel ».

A gauche, la stratégie Terra Nova centrée sur les bobos-minorités-grandes agglomérations a été très critiquée dans son propre camp. Même chose à droite avec Buisson. Mais si l’on fait l’analyse sociologique du vote, ces deux stratégies très contestées sont celles qui ont le mieux fonctionné dans les deux camps ! François Hollande fait le plein en banlieue, dans les dom-toms, dans les grandes villes, chez les catégories diplômées, etc. Inversement, Sarkozy réalise ses meilleurs résultats dans les espaces ruraux.

En quoi cette élection présidentielle est-elle « la première du XXIè siècle », selon l’expression de Nicolas Sarkozy ? En quoi raconte-t-elle la France du XXIè siècle ?

Disons qu’il existe désormais un clivage socio-culturel gigantesque au sein de la France : 48,38% des électeurs se sont tout de même positionnés sur une thématique qu’on a dit « fasciste » et identitaire. C’est une nouveauté. L’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué.

Surtout, il apparaît que cette dimension est désormais intégrée au discours politique. Si la droite a « cogné » très fort (je pense notamment aux sorties de Claude Guéant..), la gauche a aussi participé à cette ethnicisation du discours en fascisant Sarkozy. Les attaques d’Axel Kahn qui a déclaré dans l’entre-deux tours que la mobilisation autour de Nicolas Sarkozy au Trocadero c’était Nuremberg ou de Mélenchon qui traite Sarkozy de « petit blanc raciste » en sont une illustration. Si la droite a ciblé l’immigration musulmane, la gauche a fascisé Sarkozy et indirectement son électorat en sous entendant qu’il était xénophobe, blanc, etc.

Aujourd’hui, il existe une immense fracture sociale entre les classes populaires et dominantes, qu’elles soient de droite ou de gauche. Mais il se double d’une fracture culturelle à partir d’une nouvelle géographie sociale. La France périphérique rurale industrielle et périurbaine, celle des petites et moyennes villes, adhère plus volontiers aux thèses « lepeno-sarkozystes » tandis que la France des grandes agglomérations constitue désormais des bastions de la gauche. Un clivage qui tend à se renforcer à chaque élection.

La France d’après sera travaillée par les questions sociales gigantesques mais aussi par une question identitaire. Le problème, c’est que ni la droite ni la gauche ne répondent à ces considérations sociales. D’ailleurs, dès le lendemain du vote, un sondage Ipsos montrait déjà que seuls 26% des gens pensent que « la situation va s’améliorer avec Hollande » ! Les Français font donc le constat que les questions sociales (chômage, pouvoir d’achat) ne seront pas résolues. Et la question socio-culturelle reste latente.

François Hollande semble prendre en compte cette nouvelle réalité. À ce titre il faut souligner le basculement idéologique en cours au sein du PS sur la question de l’immigration. Les nouvelles fractures françaises sont ainsi intégrées à la réflexion. On peut s’en rendre compte par exemple à l’occasion de son discours de victoire à Tulle dimanche où il a parlé « des banlieues ET des zones rurales ». C’est une petite révolution au PS, qu’avait déjà initiée Ségolène Royal en 2007.

Vous parlez de « fractures », vous dîtes « l’’évolution socio-culturelle du pays évolue vers un clivage de plus en plus marqué », vous évoquez l’importance croissante de la « question identitaire »… A vous écoutez, la France va vers une guerre civile !

Non, disons que nous sommes plutôt dans une logique séparatiste, donc contraire à l’affrontement. Quand on commence à parler de guerre civile, cela empêche de porter tout diagnostic et de débattre. Nous n’en sommes pas là. Quelque chose est toutefois en place qui dépasse très largement les simples dynamiques de gauche ou de droite. C’est pourquoi l’évocation de mai 1981 à l’occasion de ce mois de mai 2012 me semble particulièrement hors sujet .

Propos recueillis par Aymeric Goetschy

Voir encore:

UMP-FN : vers un bloc néoconservateur

Note Par Olivier Ferrand.

Le 27/04/2012

Après le score historique réalisé par le Front national le 22 avril dernier, Olivier Ferrand décrypte dans cette tribune publiée dans Le Monde.fr la stratégie mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy pour récupérer les voix du FN : une radicalisation du discours, anti-humaniste, qui lui aliène l’électorat centriste. Face à ce mouvement, la gauche doit affirmer ses valeurs, s’adresser aux électeurs qui ont fui vers le FN en proposant une véritable politique de sortie de crise, en garantissant la sécurité sociale et celle des personnes, en promouvant une République exemplaire.

A travers toute l’Europe, la crise provoque des fièvres populistes. Les symptômes sont les mêmes : le repli identitaire, le ressentiment social et plus largement la recherche de solutions alternatives face à l’échec des partis de gouvernement – de droite comme de gauche. Les conséquences, aussi : une recomposition violente du paysage électoral.

Lorsque la droite populiste s’élève à un étiage qui la rend incontournable, la droite de gouvernement se radicalise et fait alliance, pour accéder ou demeurer au pouvoir, créant un bloc de nature néoconservatrice. Le centre-droit, de culture chrétienne-démocrate, fait sécession et rejoint le camp progressiste. C’est typiquement ce qui s’est passé en Italie, où l’alliance Berlusconi-Ligue du Nord-Alliance Nationale a provoqué le basculement à gauche des chrétiens-démocrates, au sein du Parti démocrate.

La France pouvait échapper à ce scénario. La politique française, fondée sur la légitimité présidentielle et le fait majoritaire, rend peu probable la nécessité d’une alliance pour gouverner, et inimaginable la prise de pouvoir majoritaire par l’extrême droite. Nicolas Sarkozy l’a pourtant rendu possible. C’est la particularité du cas français : la recomposition électorale n’est pas initiée par l’extrême droite, mais par la droite.

Historiquement, avec le gaullisme social de l’UMP et les chrétiens-démocrates de l’UDF, la droite de gouvernement française se positionne au centre-droit de l’échiquier politique. A partir de 2007, Nicolas Sarkozy rompt avec ce positionnement historique et radicalise son camp.

ANTI-HUMANISME

Le sarkozysme met en œuvre une rupture anti-humaniste. Elle se caractérise par la recherche systématique de coupables, de boucs émissaires à désigner à la vindicte populaire. Il y a toujours les bons citoyens à protéger et les mauvais à bannir hors de la communauté nationale – les immigrés, les musulmans, la racaille de banlieue, les délinquants, les assistés, les fonctionnaires privilégiés…

Cet anti-humanisme se déploie dans le débat sur l’identité nationale. Il défend une vision régressive de la nation, figée sur l’identité fantasmée du passé, à tentation ethnique (blanche), à coup sur culturaliste (religieuse, les racines chrétiennes). Une identité fermée, qui exclut les générations de Français d’immigration récente, considérés comme des étrangers sur leur propre sol.

Une telle rupture se retrouve aussi dans la politique d’immigration, de plus en plus brutale. « Rafles » policières de sans-papiers, jusqu’aux enfants dans les écoles ; délit de solidarité ; expulsions de réfugiés politiques vers l’Afghanistan ; climat de soupçon dans les préfectures ; chasse aux Roms… L’exemple du Calaisis, qui concerne les demandeurs d’asile en transit vers l’Afghanistan, est édifiant : fermeture du centre d’hébergement d’urgence de Sangatte, démantèlement des campements de fortune de la « jungle », jusqu’à la condamnation à l’errance. Une chute de Charybde en Scylla.

La politique pénale subit le même processus de radicalisation. Le champ des « criminels », des « monstres » s’élargit toujours plus. La répression s’intensifie. La politique de « castration chimique » pour les pédophiles est emblématique. Jusqu’à l’évocation inouïe par Michèle Alliot-Marie de la castration physique – une mutilation d’Etat, une vision de la France digne d’Orange Mécanique. Même la peine de mort n’est plus taboue.

Les dérapages verbaux, autrefois apanage du Front national, se multiplient au sein de la majorité. Des « Auvergnats » (« Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ») jusqu’à « la France n’est plus la France », en passant par les musulmans qui doivent se montrer « discrets » ou « remettons-les dans les bateaux », la frontière entre l’UMP et l’extrême droite devient floue. Au point que l’hebdomadaire Newsweek, en octobre dernier, choisit Nicolas Sarkozy pour illustrer sa « une » sur la montée de l’extrême droite en Europe.

La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique : la volonté de siphonner l’électorat du FN. Ce pari est couronné de succès en 2007 mais ne s’avère pas pérenne. Le sarkozysme ne parvient pas à fidéliser les voix du FN. C’est que le rapport de forces s’est inversé : Nicolas Sarkozy, au zénith de sa popularité en 2007, n’est plus crédible aujourd’hui ; le FN, affaibli à l’époque par un vieux leader en fin de carrière, est dynamisé par une Marine Le Pen moderne et charismatique.

BANALISATION D’UN FN « NEW LOOK »

Après la radicalisation de l’UMP, on assiste maintenant à la deuxième étape : la banalisation d’un Front national « new look », qui de se débarrasse de ses oripeaux infréquentables, antisémites, nostalgiques de Vichy, aux relents néo-nazis, et qui – lui – ne dérape plus. Le FN sort de son ghetto protestataire pour muer en un parti de droite nationale, qui aspire à gouverner, sur le modèle de l’Alliance nationale en Italie. « Donnez-nous les manettes », clame désormais Marine Le Pen.

La dernière étape est déjà écrite : la constitution d’un bloc néoconservateur, entre une UMP droitisée et un FN dédiabolisé. Cette jonction n’est pas pour tout de suite, encore qu’on en voit de nombreux signes annonciateurs, dont le rejet du front républicain au profit du « ni-ni ». Mais le « big bang » politique est lancé.

Voir encore:

Christophe Guilluy, Fractures françaises.

C’est peu de dire que j’ai hésité à chroniquer ce livre de Christophe Guilluy, Fractures françaises (Paris : François Bourin Editeur, 2010) sur mon blog. En effet, l’auteur inscrit dans son texte comme destinataire idéal de ses propos d’hypothétiques leaders d’une gauche qui retrouverait le goût et le sens de la « Question sociale », mais, à raison même de  son contenu sociologique, j’ai plutôt l’intuition que seuls Martine Le Pen ou Bruno Gollnish pourraient faire de cet ouvrage leur livre de chevet. En un sens, s’il se veut une intervention politique dans le débat au service de la gauche, ce livre s’avère  totalement raté, dans la mesure où le diagnostic qu’il pose avec quelque justesse revient à souligner l’impasse définitive dans laquelle la gauche de gouvernement se situerait.

Quelle est donc la thèse de cet ouvrage, que le lecteur supposera du coup comme particulièrement sulfureux? Christophe Guilluy, en tant que géographe, propose une  interprétation de la structuration sociospatiale de la société hexagonale. (Je dis hexagonale, pour souligner justement qu’il s’inquiète de l’éclatement de la société française en segments séparés.) On verrait dans les trois dernières décennies naître deux hexagones avec des logiques contrastées : d’une part, les grandes métropoles (Paris, Lyon, etc.) deviendraient le lieu d’une cohabitation sur un espace restreint entre les classes profitant économiquement de la globalisation de l’économie capitaliste et attirés culturellement par l’idée de mobilité permanente, de cosmopolitisme, de mélange des cultures, et les groupes sociaux les plus économiquement désavantagés présents dans l’hexagone, essentiellement constitués de personnes sous-qualifiés issus de l’immigration familiale d’après 1974; d’autre part, le reste du pays où se seraient en quelque sorte réfugiés les autres habitants, le gros de la population française, la majorité des ouvriers et des employés en particulier. C’est là le principal message du livre : sur les dernières années, la France des « petits » (pour reprendre une terminologie ancienne) est devenue invisible aux yeux des médias et des décideurs publics parce qu’elle s’est dispersée façon puzzle loin des métropoles. Cette dispersion s’explique par deux aspects principaux : d’une part, les « petits » ne peuvent pas se payer le luxe de subir les effets de l’insécurité provoquée dans les quartiers de banlieue, en particulier d’habitat social, par une minorité de délinquants parmi les plus miséreux, conduites déviantes d’une minorité que l’action publique s’avère incapable d’enrayer; d’autre part, l’explication se trouve là plus sulfureuse, ces « petits », essentiellement des personnes issues des immigrations intérieures à la France ou des pays européens proches, ne peuvent pas supporter le choc, que l’auteur qualifie de culturel, de se retrouver désormais en minorité numérique dans des quartiers qui furent autrefois les leurs. Il y aurait bel et bien en France des « effets de substitution » de population dans certaines banlieues.  Les nouveaux minoritaires, ex-majoritaires des quartiers populaires des villes-centres et des banlieues, recherchent du coup, via l’acquisition d’une maison individuelle loin des métropoles, la sécurité de sentir de nouveau l’autochtone d’un lieu.

Les cartes en moins et l’accent sur l’immigration en plus, Christophe Guilluy reprend donc ici la thèse qu’il avait déjà exprimé avec Christophe Noyé dans son très pertinent Atlas des nouvelles fractures sociales. Les classes moyennes oubliées et précarisées (Paris : Autrement, 2004). Pour lui, contrairement au halo médiatique constitué par le « problème des banlieues », la France des petits, des sans grade (toute allusion…) qui souffre des effets de la mondialisation (au sens économique et culturel), autrement dit la vraie Question sociale du point de vue quantitatif et non pas de celui, médiatique, des émeutes urbaines, voitures brûlées, et autres hauts faits de la racaille qu’il faut karchériser pour parler en Sarkozy, s’est déplacée dans le péri-urbain ou le rural profond. Elle en est devenue du coup invisible. Les politiques publiques font largement erreur dans  leur focalisation sur les banlieues parce qu’elles réagissent plus à chaud à des hauts faits médiatisés qu’à la vague de fond qui restructure le territoire.

Malheureusement, la thèse reprise en 2010 n’est tout de même pas loin d’une vision ethnicisée de l’hexagone. L’auteur s’en défend hautement, et critique au contraire l’opposition inclus/exclus largement utilisée dans les médias et le débat public, qui n’est finalement qu’une autre façon  républicaine de dire Français de souche/Immigrés, voire Blancs/Pas blancs. Pour lui, le problème des banlieues  résulte avant tout de la dynamique des marchés du travail métropolitains, qui n’offrent pas de perspectives d’emplois à des populations sans qualifications issues du regroupement familial, et de l’existence d’une offre locative sociale, au départ destinée à loger les ouvriers de l’industrie de ces métropoles, qui accueille ces populations économiquement surnuméraires.  Cependant,  à le lire, il n’est pas sûr qu’il ne tende pas à renforcer  l’approche Français de souche / Immigrés : certes, il insiste sur le fait que la plupart des immigrés ne vivent pas dans les banlieues, que ces dernières, pour une grande partie de leurs habitants, ne sont  en réalité qu’un lieu de passage dans un parcours biographique ascendant, qu’il existe finalement plus de chances de réussite professionnelle pour un jeune de banlieue que pour celui du rural profond, qu’au total, contrairement à ce qui est souvent dit, l’État et les autorités municipales concernées n’ont pas du tout baissé les bras dans ces quartiers que les tendances lourdes de l’économie tendent à appauvrir et y offrent plus de services publics que dans le rural profond, ne serait-ce que parce, désormais, ces banlieues construites dans les années 1950-1970 se trouvent relativement proches du centre de la métropole par rapport au reste de l’habitat diffus construit depuis   ; mais il souligne aussi la profonde ghettoïsation de ces banlieues, où les jeunes descendants d’immigrés familiaux ne rencontreraient plus que des semblables, où les mariages se feraient de plus en plus au pays, pour ne pas dire « au bled », et où une perception ethnique de la réalité l’emporterait désormais chez tout un chacun (y compris chez un maire de banlieue comme Manuel Valls). L’auteur dénonce à la fois avec force des élites qui ne verraient plus la France qu’à travers une opposition villes-centres/banlieues, majorité blanche/minorités ethniques, et en même temps, il renforce par de nombreuses données sociologiques cette impression de la création de ghettos ethniques (contrairement à l’opinion dominante, me semble-t-il, chez les sociologues).

Du coup, le livre finit par imposer l’idée d’une tripartition de l’espace social :

– centres-villes bourgeois et anciens quartiers populaires des villes gentrifiés qui abritent les gagnants de la mondialisation, avec éventuellement une cohabitation dans les anciens quartiers populaires de « bobos » et de sous-prolétaires d’origine immigré récente (ce qui correspond à la diversité du bâti). C. Guilluy fait remarquer que les « bobos » s’accommodent fort bien de la présence de ces « exclus » tant que la cohabitation reste distante malgré la proximité spatiale, surtout quand ces mêmes « bobos » peuvent obtenir grâce à leur présence la baisse indirecte des services qu’ils achètent. L’auteur cite les restaurants abordables grâce au travail au noir en cuisine, on pourrait aussi citer la garde des enfants, le repassage, etc. . Il ajoute quelque peu perfidement que, si les écoles primaires restent peu ségrégées dans ces quartiers ex-populaires entre rejetons des « bobos » et ceux des « exclus », les collèges le sont déjà beaucoup plus, pour ne rien dire des lycées. Comme j’habite à la Guillotière à Lyon, je ne peux qu’accepter son diagnostic, même si mon îlot (au sens urbanistique) appartient sans doute à la petite bourgeoisie depuis les années 1950.

– les banlieues ex-ouvrières, devenus le lieu de concentration de « toute la misère du monde », que, finalement, la France « accueille » selon l’auteur plus que ne le prétend le discours officiel. Elles représentent effectivement selon lui le lieu de l’insécurité, et connaissent une rotation rapide des populations. N’y restent que ceux qui n’ont pas encore trouvé les moyens d’aller ailleurs. Ces quartiers sont en train de devenir des ghettos en dépit des efforts des autorités publiques, et forment en tout état de cause le cul-de-basse-fosse de la société métropolitaine.

– le reste, la France profonde des villages, petites villes, tout ce qui se trouve loin des métropoles. Cette France-là accueille la majorité des classes populaires, de ces 60% d’ouvriers et d’employés qui constituent encore aujourd’hui la population active. Cette France-là se trouve être selon C. Guilluy la grande perdante de la mondialisation économique et culturelle en cours. La présentation de la situation par l’auteur  parait tellement négative que cela m’a fait penser à ce que décrivent les géographes sociaux pour la Roumanie post-communiste d’après 1989 : un vaste mouvement de repli vers la campagne de la part des populations ayant perdu leur travail en ville à la faveur de la transition vers l’économie de marché. Mutatis mutandis, à très bas bruit médiatique, on observerait un phénomène assez similaire en France – qui rencontrerait aussi les effets de la décentralisation productive des années 1960-1970 qui avait déplacé le gros du monde ouvrier loin des anciennes grandes métropoles de la première industrialisation. Bien que C. Guilluy n’aille pas jusque là, il faudrait s’interroger sur l’origine sociale de ces exilés volontaires des métropoles, ne seraient-ce pas en grande partie les enfants ou petits-enfants de l’exode rural des années 1950-60? Quant aux actuels licenciés ou aux menacés de l’être à terme des usines des petites villes et de la France rurale, ne sont-ils pas en majorité des descendants des ruraux de cette même région?

La thèse selon l’usage que C. Guilluy  lui destine vise clairement à avertir la gauche de gouvernement qu’elle doit se préoccuper plus de cette France aussi invisible  dans les médias que  majoritaire dans les faits. Pour l’auteur, qui n’est pas un économiste à la Pangloss pour lequel  tout se trouve aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, il ne fait en effet aucun doute que l’insertion actuelle de la France dans la mondialisation, dans la division internationale du travail, profite à certains groupes sociaux et pas à d’autres. Il y a d’évidence des gagnants et des perdants, à la fois sur le plan économique, mais aussi en terme de définition  de ce que doit être une vie réussie, à savoir mobile, nomade, cosmopolite, où, comme dirait Madame Parisot, tout comme l’amour, rien ne dure.

Malheureusement, en raison même de l’acuité de sa description, je ne perçois aucune raison pour laquelle la gauche de gouvernement, le PS en particulier, changerait radicalement son fusil d’épaule. Ses grands leaders métropolitains – les maires des grandes villes – s’affichent à 100% pour l’insertion de leur cité dans la mondialisation – et le gros de leur électorat avec! Allez donc raconter aux maires de Paris,  Lyon,  Strasbourg, ou même Lille, Nantes, Rennes, Montpellier, ou Toulouse, qu’il faudrait un peu réfléchir de manière vraiment critique à cet aspect là des choses. Ne parlons pas non plus des élites  du PS français servant dans les organisations internationales : un DSK ou un Pascal Lamy ne peuvent pas admettre une seconde que la division du travail mondial doive être remise en cause. Il faut l’approfondir au contraire par une meilleur régulation pour qu’elle soit plus juste et efficace. Le PS a certes adopté le concept de « juste échange », mais, pour l’instant, cela reste un slogan sans contenu réel en matière de politiques publiques proposées. Bien sûr, il existe à gauche du PS une autre (petite) gauche de gouvernement, le Front de gauche en particulier. Ce dernier pourrait prendre en charge l’avertissement de C. Guilluy, mais elle ne se trouve qu’au début d’un difficile parcours de (re)construction. Je la vois mal avoir un candidat qui arriverait  en tête des candidats de gauche au premier tour de la Présidentielle de 2012…

On pourrait imaginer cependant que des élus de la France profonde relaient ce message. Hormis le fait qu’il existe sans doute autant d’élus de gauche, de droite ou du centre, ou officiellement sans étiquettes, concernés par cette longue agonie de la France qui se lève tôt, comme on le voit à chaque fermeture de site industriel un peu médiatisé,  il me parait pour l’instant improbable qu’une coalition d’élus de cette France profonde arrive à se faire entendre sur ce thème, et amène la France à changer d’insertion dans la division internationale du travail. Il y a certes eu des étincelles médiatisées (comme le député chanteur…), il y a certes des mouvements de défense des services publics locaux, mais, au total, il est bien peu probable que les métropoles écoutent la France profonde : les intérêts objectifs divergent, et les métropoles  contrôlent le sens de la situation. Pour paraphraser Marx, toute cette France populaire  de l’habitat individuel diffus, que décrit Christophe Guilluy, se résume  à un immense sac de pommes de terre, dont pour l’heure ne menace de sortir aucun mouvement social d’ampleur. (On me dira que, lors de l’actuel mouvement contre la réforme des retraites, les petites villes connaissent de grosses manifestations, mais, pour les médias nationaux, cela reste presque invisible – et bien moins visible que les émeutes dans le cœur des métropoles lyonnaises et parisiennes.)

En fait, en lisant C. Guilluy, et en ajoutant foi à sa description, la vraie question que je me suis posé, c’est finalement pourquoi le Front national fait au total des résultats électoraux si médiocres, alors que la situation lui est, à l’en croire, si objectivement favorable : mondialisation qui appauvrit le gros des  Français et leur fait perdre le sentiment d’être chez eux et les oblige à se mettre au vert, immigration de toute la misère du monde largement hors de contrôle, banlieues en proie à la délinquance venue d’immigrés, création de ghettos, État et autorités publiques de bonne volonté mais impuissants, etc. . C. Guilluy donne lui-même en creux une réponse en soulignant, qu’au vu des sondages, les classes populaires restent attachés à des valeurs d’égalité. Cette allusion à des données de sondage m’est apparue un peu incohérente avec la démonstration générale du livre qui tend au contraire à n’étudier que ce que les gens font en « votant avec leurs pieds » et non ce qu’ils disent lors d’un entretien de sondage. Tel « bobo » cosmopolite et tolérant n’hésitera pas une seconde à s’affranchir de la carte scolaire au niveau du collège pour que son héritier ne souffre pas de la présence d’enfants d’exclus dans sa classe. Laissons donc de côté ce que répondent les gens (sauf à supposer que le peuple soit honnête et les bobos hypocrites – ce qui est possible!). Pour ma part, j’attirerais l’attention  sur  les mécanismes institutionnels de la Cinquième République et  sur la pratique du cordon sanitaire contre le Front national lors des scrutins à deux tours qui érodent depuis longtemps l’impulsion frontiste. Sans possibilité de tisser un réseau de maires, de conseillers généraux,  de s’implanter dans les institutions locales, le FN ne peut aller bien loin. La vraie leçon de ce livre devrait plutôt être tiré à droite : il faut rester sur la ligne chiraquienne (du moins celle de la fin de sa vie politique), surtout ne pas leur entrouvrir la porte, sinon cela sera le déferlement.

Pour ne pas laisser le lecteur sur une telle impression négative, je voudrais souligner une ligne d’espoir que l’auteur ne met pas assez en valeur  à mon sens bien qu’il en parle. En fait, sur les 40 dernières années, les immigrés ou leurs enfants se sont spatialement répandus partout dans le territoire hexagonal. La France profonde se trouve elle-même bien plus métissée qu’il y a cinquante ans. De fait, ce sont aussi  des descendants d’immigrés plutôt récents qui se replient dans les campagnes, qui veulent eux aussi leur maison individuelle. En dehors de quelques maires qui essayent d’empêcher ce genre d’évolutions, la diversité des origines s’impose progressivement partout, tout en suivant un modèle de vie individualiste qui n’a pas grand chose de lointain. C’est un beau gâchis écologique, mais il est possible que cela soit en fait un bon investissement pour la fameuse cohésion sociale.

Ps. Article de C. Guilluy dans le Monde du samedi 6 novembre (page 20, Débats) intitulé « Un conflit révélateur de nouveaux clivages. L’insécurité sociale grandit ». A noter qu’il n’évoque l’immigration qu’en toute fin d’article, contrairement au poids que prend cet aspect dans son ouvrage. Le constat (bienvenu par ailleurs) de l’insécurité sociale, comme il le dit, ne prend pas alors la même coloration.

Voir par ailleurs:

1992 Republican National Convention Speech

Houston, Texas

Patrick J. Buchanan

August 17, 1992

Well, we took the long way home, but we finally got here.

And I want to congratulate President Bush, and remove any doubt about where we stand: The primaries are over, the heart is strong again, and the Buchanan brigades are enlisted–all the way to a great comeback victory in November.

Like many of you last month, I watched that giant masquerade ball at Madison Square Garden–where 20,000 radicals and liberals came dressed up as moderates and centrists–in the greatest single exhibition of cross-dressing in American political history.

One by one, the prophets of doom appeared at the podium. The Reagan decade, they moaned, was a terrible time in America; and the only way to prevent even worse times, they said, is to entrust our nation’s fate and future to the party that gave us McGovern, Mondale, Carter and Michael Dukakis.

No way, my friends. The American people are not going to buy back into the failed liberalism of the 1960s and ’70s–no matter how slick the package in 1992.

The malcontents of Madison Square Garden notwithstanding, the 1980s were not terrible years. They were great years. You know it. I know it. And the only people who don’t know it are the carping critics who sat on the sidelines of history, jeering at ine of the great statesmen of modern time.

Out of Jimmy Carter’s days of malaise, Ronald Reagan crafted the longest peacetime recovery in US history–3 million new businesses created, and 20 million new jobs.

Under the Reagan Doctrine, one by one, the communist dominos began to fall. First, Grenada was liberated, by US troops. Then, the Red Army was run out of Afghanistan, by US weapons. In Nicaragua, the Marxist regime was forced to hold free elections–by Ronald Reagan’s contra army–and the communists were thrown out of power.

Have they forgotten? It was under our party that the Berlin Wall came down, and Europe was reunited. It was under our party that the Soviet Empire collapsed, and the captive nations broke free.

It is said that each president will be recalled by posterity–with but a single sentence. George Washington was the father of our country. Abraham Lincoln preserved the Union. And Ronald Reagan won the Cold War. And it is time my old colleagues, the columnists and commentators, looking down on us tonight from their anchor booths and sky boxes, gave Ronald Reagan the credit he deserves–for leading America to victory in the Cold War.

Most of all, Ronald Reagan made us proud to be Americans again. We never felt better about our country; and we never stood taller in the eyes of the world.

But we are here, not only to celebrate, but to nominate. And an American president has many, many roles.

He is our first diplomat, the architect of American foreign policy. And which of these two men is more qualified for that role? George Bush has been UN ambassador, CIA director, envoy to China. As vice president, he co-authored the policies that won the Cold War. As president, George Bush presided over the liberation of Eastern Europe and the termination of the Warsaw Pact. And Mr. Clinton? Well, Bill Clinton couldn’t find 150 words to discuss foreign policy in an acceptance speech that lasted an hour. As was said of an earlier Democratic candidate, Bill Clinton’s foreign policy experience is pretty much confined to having had breakfast once at the Intl. House of Pancakes.

The presidency is also America’s bully pulpit, what Mr Truman called, « preeminently a place of moral leadership. » George Bush is a defender of right-to-life, and lifelong champion of the Judeo-Christian values and beliefs upon which this nation was built.

Mr Clinton, however, has a different agenda.

At its top is unrestricted abortion on demand. When the Irish-Catholic governor of Pennsylvania, Robert Casey, asked to say a few words on behalf of the 25 million unborn children destroyed since Roe v Wade, he was told there was no place for him at the podium of Bill Clinton’s convention, no room at the inn.

Yet a militant leader of the homosexual rights movement could rise at that convention and exult: « Bill Clinton and Al Gore represent the most pro-lesbian and pro-gay ticket in history. » And so they do.

Bill Clinton supports school choice–but only for state-run schools. Parents who send their children to Christian schools, or Catholic schools, need not apply.

Elect me, and you get two for the price of one, Mr Clinton says of his lawyer-spouse. And what does Hillary believe? Well, Hillary believes that 12-year-olds should have a right to sue their parents, and she has compared marriage as an institution to slavery–and life on an Indian reservation.

Well, speak for yourself, Hillary.

Friends, this is radical feminism. The agenda Clinton & Clinton would impose on America–abortion on demand, a litmus test for the Supreme Court, homosexual rights, discrimination against religious schools, women in combat–that’s change, all right. But it is not the kind of change America wants. It is not the kind of change America needs. And it is not the kind of change we can tolerate in a nation that we still call God’s country.

A president is also commander in chief, the man we empower to send sons and brothers, fathers and friends, to war.

George Bush was 17 when they bombed Pearl Harbor. He left his high school class, walked down to the recruiting office, and signed up to become the youngest fighter pilot in the Pacific war. And Mr Clinton? When Bill Clinton’s turn came in Vietnam, he sat up in a dormitory in Oxford, England, and figured out how to dodge the draft.

Which of these two men has won the moral authority to call on Americans to put their lives at risk? I suggest, respectfully, it is the patriot and war hero, Navy Lieutenant J. G. George Herbert Walker Bush.

My friends, this campaign is about philosophy, and it is about character; and George Bush wins on both counts–going away; and it is time all of us came home and stood beside him.

As running mate, Mr Clinton chose Albert Gore. And just how moderate is Prince Albert? Well, according to the Taxpayers Union, Al Gore beat out Teddy Kennedy, two straight years, for the title of biggest spender in the Senate.

And Teddy Kennedy isn’t moderate about anything.

In New York, Mr Gore made a startling declaration. Henceforth, he said, the « central organizing principle » of all governments must be: the environment.

Wrong, Albert!

The central organizing principle of this republic is freedom. And from the ancient forests of Oregon, to the Inland Empire of California, America’s great middle class has got to start standing up to the environmental extremists who put insects, rats and birds ahead of families, workers and jobs.

One year ago, my friends, I could not have dreamt I would be here. I was then still just one of many panelists on what President Bush calls « those crazy Sunday talk shows. »

But I disagreed with the president; and so we challenged the president in the Republican primaries and fought as best we could. From February to June, he won 33 primaries. I can’t recall exactly how many we won.

But tonight I want to talk to the 3 million Americans who voted for me. I will never forget you, nor the great honor you have done me. But I do believe, deep in my heart, that the right place for us to be now–in this presidential campaign–is right beside George Bush. The party is our home; this party is where we belong. And don’t let anyone tell you any different.

Yes, we disagreed with President Bush, but we stand with him for freedom to choice religious schools, and we stand with him against the amoral idea that gay and lesbian couples should have the same standing in law as married men and women.

We stand with President Bush for right-to-life, and for voluntary prayer in the public schools, and against putting American women in combat. And we stand with President Bush in favor of the right of small towns and communities to control the raw sewage of pornography that pollutes our popular culture.

We stand with President Bush in favor of federal judges who interpret the law as written, and against Supreme Court justices who think they have a mandate to rewrite our Constitution.

My friends, this election is about much more than who gets what. It is about who we are. It is about what we believe. It is about what we stand for as Americans. There is a religious war going on in our country for the soul of America. It is a cultural war, as critical to the kind of nation we will one day be as was the Cold War itself. And in that struggle for the soul of America, Clinton & Clinton are on the other side, and George Bush is on our side. And so, we have to come home, and stand beside him.

My friends, in those 6 months, from Concord to California, I came to know our country better than ever before in my life, and I collected memories that will be with me always.

There was that day long ride through the great state of Georgia in a bus Vice President Bush himself had used in 1988–a bus they called Asphalt One. The ride ended with a 9:00 PM speech in front of a magnificent southern mansion, in a town called Fitzgerald.

There were the workers at the James River Paper Mill, in the frozen North Country of New Hampshire–hard, tough men, one of whom was silent, until I shook his hand. Then he looked up in my eyes and said, « Save our jobs! » There was the legal secretary at the Manchester airport on Christmas Day who told me she was going to vote for me, then broke down crying, saying, « I’ve lost my job, I don’t have any money; they’ve going to take away my daughter. What am I going to do? »

My friends, even in tough times, these people are with us. They don’t read Adam Smith or Edmund Burke, but they came from the same schoolyards and playgrounds and towns as we did. They share our beliefs and convictions, our hopes and our dreams. They are the conservatives of the heart.

They are our people. And we need to reconnect with them. We need to let them know we know they’re hurting. They don’t expect miracles, but they need to know we care.

There were the people of Hayfork, the tiny town high up in California’s Trinity Alps, a town that is now under a sentence of death because a federal judge has set aside 9 million acres for the habitat of the spotted owl–forgetting about the habitat of the men and women who live and work in Hay fork. And there were the brave people of Koreatown who took the worst of the LA riots, but still live the family values we treasure, and who still believe deeply in the American dream.

Friends, in those wonderful 25 weeks, the saddest days were the days of the bloody riot in LA, the worst in our history. But even out of that awful tragedy can come a message of hope.

Hours after the violence ended I visited the Army compound in south LA, where an officer of the 18th Cavalry, that had come to rescue the city, introduced me to two of his troopers. They could not have been 20 years old. He told them to recount their story.

They had come into LA late on the 2nd day, and they walked up a dark street, where the mob had looted and burned every building but one, a convalescent home for the aged. The mob was heading in, to ransack and loot the apartments of the terrified old men and women. When the troopers arrived, M-16s at the ready, the mob threatened and cursed, but the mob retreated. It had met the one thing that could stop it: force, rooted in justice, backed by courage.

Greater love than this hath no man than that he lay down his life for his friend. Here were 19-year-old boys ready to lay down their lives to stop a mob from molesting old people they did not even know. And as they took back the streets of LA, block by block, so we must take back our cities, and take back our culture, and take back our country.

God bless you, and God bless America. »

Voir enfin:

Barack Obama’s 2004 Democratic Convention Speech

The Keynote Speech Before The Democratic National Convention That Made Him A Star

Barack Obama’s 2004 Democratic Convention Speech

(CBS) Barack Obama, a candidate for U.S. Senate in Illinois, delivered the keynote address at the Democratic National Convention on July 27, 2004:

On behalf of the great state of Illinois, crossroads of a nation, land of Lincoln, let me express my deep gratitude for the privilege of addressing this convention. Tonight is a particular honor for me because, let’s face it, my presence on this stage is pretty unlikely.

My father was a foreign student, born and raised in a small village in Kenya. He grew up herding goats, went to school in a tin- roof shack. His father, my grandfather, was a cook, a domestic servant to the British.

But my grandfather had larger dreams for his son. Through hard work and perseverance my father got a scholarship to study in a magical place, America, that’s shown as a beacon of freedom and opportunity to so many who had come before him.

While studying here my father met my mother. She was born in a town on the other side of the world, in Kansas.

Her father worked on oil rigs and farms through most of the Depression. The day after Pearl Harbor, my grandfather signed up for duty, joined Patton’s army, marched across Europe. Back home my grandmother raised a baby and went to work on a bomber assembly line. After the war, they studied on the GI Bill, bought a house through FHA and later moved west, all the way to Hawaii, in search of opportunity.

And they too had big dreams for their daughter, a common dream born of two continents.

My parents shared not only an improbable love; they shared an abiding faith in the possibilities of this nation. They would give me an African name, Barack, or « blessed, » believing that in a tolerant America, your name is no barrier to success.

They imagined me going to the best schools in the land, even though they weren’t rich, because in a generous America you don’t have to be rich to achieve your potential.

They’re both passed away now. And yet I know that, on this night, they look down on me with great pride.

And I stand here today grateful for the diversity of my heritage, aware that my parents’ dreams live on in my two precious daughters.

I stand here knowing that my story is part of the larger American story, that I owe a debt to all of those who came before me, and that in no other country on Earth is my story even possible.

Tonight, we gather to affirm the greatness of our nation not because of the height of our skyscrapers, or the power of our military, or the size of our economy; our pride is based on a very simple premise, summed up in a declaration made over two hundred years ago: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain inalienable rights, that among these are life, liberty and the pursuit of happiness. »

That is the true genius of America, a faith in simple dreams, an insistence on small miracles; that we can tuck in our children at night and know that they are fed and clothed and safe from harm; that we can say what we think, write what we think, without hearing a sudden knock on the door; that we can have an idea and start our own business without paying a bribe; that we can participate in the political process without fear of retribution; and that our votes will be counted — or at least, most of the time.

This year, in this election, we are called to reaffirm our values and our commitments, to hold them against a hard reality and see how we are measuring up, to the legacy of our forbearers and the promise of future generations.

And fellow Americans, Democrats, Republicans, independents, I say to you, tonight, we have more work to do…… more work to do, for the workers I met in Galesburg, Illinois, who are losing their union jobs at the Maytag plant that’s moving to Mexico, and now they’re having to compete with their own children for jobs that pay 7 bucks an hour; more to do for the father I met who was losing his job and choking back the tears wondering how he would pay $4,500 a month for the drugs his son needs without the health benefits that he counted on; more to do for the young woman in East St. Louis, and thousands more like her who have the grades, have the drive, have the will, but don’t have the money to go to college.

Now, don’t get me wrong, the people I meet in small towns and big cities and diners and office parks, they don’t expect government to solve all of their problems. They know they have to work hard to get a head. And they want to.

Go into the collar counties around Chicago, and people will tell you: They don’t want their tax money wasted by a welfare agency or by the Pentagon.

Go into any inner-city neighborhood, and folks will tell you that government alone can’t teach kids to learn.

They know that parents have to teach, that children can’t achieve unless we raise their expectations and turn off the television sets and eradicate the slander that says a black youth with a book is acting white. They know those things.

People don’t expect — people don’t expect government to solve all their problems. But they sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life and that the doors of opportunity remain open to all.

They know we can do better. And they want that choice.

In this election, we offer that choice. Our party has chosen a man to lead us who embodies the best this country has to offer. And that man is John Kerry.

John Kerry understands the ideals of community, faith and service because they’ve defined his life. From his heroic service to Vietnam to his years as prosecutor and lieutenant governor, through two decades in the United States Senate, he has devoted himself to this country. Again and again, we’ve seen him make tough choices when easier ones were available. His values and his record affirm what is best in us.

John Kerry believes in an America where hard work is rewarded. So instead of offering tax breaks to companies shipping jobs overseas, he offers them to companies creating jobs here at home.

John Kerry believes in an America where all Americans can afford the same health coverage our politicians in Washington have for themselves.

John Kerry believes in energy independence, so we aren’t held hostage to the profits of oil companies or the sabotage of foreign oil fields.

John Kerry believes in the constitutional freedoms that have made our country the envy of the world, and he will never sacrifice our basic liberties nor use faith as a wedge to divide us.

And John Kerry believes that in a dangerous world, war must be an option sometimes, but it should never be the first option.

You know, a while back, I met a young man named Seamus in a VFW hall in East Moline, Illinois. He was a good-looking kid, 6’2″, 6’3″, clear eyed, with an easy smile. He told me he’d joined the Marines and was heading to Iraq the following week.

And as I listened to him explain why he had enlisted — the absolute faith he had in our country and its leaders, his devotion to duty and service — I thought, this young man was all that any of us might ever hope for in a child. But then I asked myself: Are we serving Seamus as well as he’s serving us?

I thought of the 900 men and women, sons and daughters, husbands and wives, friends and neighbors who won’t be returning to their own hometowns. I thought of the families I had met who were struggling to get by without a loved one’s full income or whose loved ones had returned with a limb missing or nerves shattered, but still lacked long-term health benefits because they were Reservists.

When we send our young men and women into harm’s way, we have a solemn obligation not to fudge the numbers or shade the truth about why they are going, to care for their families while they’re gone, to tend to the soldiers upon their return and to never, ever go to war without enough troops to win the war, secure the peace and earn the respect of the world.

Now, let me be clear. Let me be clear. We have real enemies in the world. These enemies must be found. They must be pursued. And they must be defeated.

John Kerry knows this. And just as Lieutenant Kerry did not hesitate to risk his life to protect the men who served with him in Vietnam, President Kerry will not hesitate one moment to use our military might to keep America safe and secure.

John Kerry believes in America. And he knows that it’s not enough for just some of us to prosper. For alongside our famous individualism, there’s another ingredient in the American saga, a belief that we are all connected as one people.

If there’s a child on the south side of Chicago who can’t read, that matters to me, even if it’s not my child.

If there’s a senior citizen somewhere who can’t pay for their prescription and having to choose between medicine and the rent, that makes my life poorer, even if it’s not my grandparent.

If there’s an Arab-American family being rounded up without benefit of an attorney or due process, that threatens my civil liberties.

It is that fundamental belief — it is that fundamental belief — I am my brother’s keeper, I am my sisters’ keeper — that makes this country work.

It’s what allows us to pursue our individual dreams, yet still come together as a single American family: « E pluribus unum, » out of many, one.

Now even as we speak, there are those who are preparing to divide us, the spin masters and negative ad peddlers who embrace the politics of anything goes.

Well, I say to them tonight, there’s not a liberal America and a conservative America; there’s the United States of America.

There’s not a black America and white America and Latino America and Asian America; there’s the United States of America.

The pundits like to slice and dice our country into red states and blue States: red states for Republicans, blue States for Democrats. But I’ve got news for them, too. We worship an awesome God in the blue states, and we don’t like federal agents poking around our libraries in the red states.

We coach little league in the blue states and, yes, we’ve got some gay friends in the red states.

There are patriots who opposed the war in Iraq, and there are patriots who supported the war in Iraq.

We are one people, all of us pledging allegiance to the stars and stripes, all of us defending the United States of America.

In the end, that’s what this election is about. Do we participate in a politics of cynicism, or do we participate in a politics of hope?

John Kerry calls on us to hope. John Edwards calls on us to hope. I’m not talking about blind optimism here, the almost willful ignorance that thinks unemployment will go away if we just don’t think about it, or health care crisis will solve itself if we just ignore it.

That’s not what I’m talking. I’m talking about something more substantial. It’s the hope of slaves sitting around a fire singing freedom songs; the hope of immigrants setting out for distant shores; the hope of a young naval lieutenant bravely patrolling the Mekong Delta; the hope of a millworker’s son who dares to defy the odds; the hope of a skinny kid with a funny name who believes that America has a place for him, too.

Hope in the face of difficulty, hope in the face of uncertainty, the audacity of hope: In the end, that is God’s greatest gift to us, the bedrock of this nation, a belief in things not seen, a belief that there are better days ahead.

I believe that we can give our middle class relief and provide working families with a road to opportunity.

I believe we can provide jobs for the jobless, homes to the homeless, and reclaim young people in cities across America from violence and despair.

I believe that we have a righteous wind at our backs, and that as we stand on the crossroads of history, we can make the right choices and meet the challenges that face us.

America, tonight, if you feel the same energy that I do, if you feel the same urgency that I do, if you feel the same passion that I do, if you feel the same hopefulness that I do, if we do what we must do, then I have no doubt that all across the country, from Florida to Oregon, from Washington to Maine, the people will rise up in November, and John Kerry will be sworn in as president. And John Edwards will be sworn in as vice president. And this country will reclaim its promise. And out of this long political darkness a brighter day will come.

Thank you very much, everybody.

God bless you.

Thank you.

5 commentaires pour Présidentielles 2012: C’est la guerre culturelle, imbécile! (Culture war comes to France)

  1. […] derrière la fracture culturelle évoquée par le sociologue et si l’on inverse les couleurs, la même guerre culturelle entre “villes bleues” pro-démocrates et “campagnes rouges” pro-républicaines qui, depuis […]

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  2. Intéressante mise en parallèle ! Effectivement, cette année en France, on était en plein dans les culture wars, et rien que les culture wars… A croire qu’on a voulu importer complètement les particularités américaines.

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  3. […] au contraire de n’avoir pas su (ou voulu) appliquer jusqu’au bout la pourtant bien-fondée stratégie du conseiller électoral de Nicolas Sarkozy qu’il est devenu si tendance, à […]

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  4. jcdurbant dit :

    Attention, un terranovisme peut en cacher un autre !

    Le terranovisme de droite qu’il incarne n’est pas plus notre tasse de thé que le terranovisme de gauche (…) Comme Balladur, Juppé, candidat du parti des médias et des sondeurs, a été sacré avant l’heure. Des Inrocks au Point, c’est un festival de louanges.(…) il y a dans cette absence de surprise annoncée un déni de démocratie. Peu importe dans le fond ce que veulent les électeurs, ils sont coincés. (…) je ne prétends pas que l’élection d’Alain Juppé serait une catastrophe. Mais je ne crois pas qu’elle nous remettra sur les nouveaux rails dont nous aurions besoin.(…) il y a quelque chose qui me chiffonne chez Alain Juppé, c’est son côté «bonne droite», c’est-à-dire de gauche. Mais non, ce n’est pas mal d’être de gauche, seulement, dans son cas, je n’y crois pas complètement. Peut-être sa conversion à l’art contemporain, à l’adoption gay et au multiculturalisme heureux est-elle parfaitement sincère, mais on a l’impression que ce progressisme tous azimuts est un brin forcé, en clair qu’il vise d’abord à séduire Les Inrocks. (…) Le problème de la droite, comme celui de la gauche de gouvernement, est d’abord politique: à elles deux, elles peinent à séduire plus de la moitié des électeurs. Et cela traduit bien sûr une déroute idéologique. La droite aurait dû être capable de repenser la nation, de reposer la question des frontières et, plus profondément, d’élaborer une nouvelle synthèse entre l’héritage et le nouveau pour refonder ou réaffirmer notre identité collective. Au lieu de quoi elle se contente de faire de l’accompagnement de circonstances qui lui échappent. Et tandis que certains courent après la gauche pour avoir l’air plus moderne qu’elle, d’autres croient trouver dans le seul passé les forces pour l’avenir. (…) On peut se demander si la droite, après la gauche, n’est pas en train de se terranoviser et de renoncer aux classes populaires qui, comme chacun sait, ont tendance à mal voter. Je suis allée à Béziers assister aux rencontres organisée par Ménard. J’ai été frappée par l’état de colère, d’exaspération et d’inquiétude de la salle. Or, quoi qu’en pensent mes amis qui, comme vous, cher Alexandre, souffrent peu ou prou d’économisme, ces gens peuvent supporter le chômage et l’appauvrissement, pas la perspective de la disparition comme peuple. À tort ou à raison, une partie de la France invisible décrite par Guilluy se sent menacée dans son identité collective, par l’immigration de masse et par la progression d’un islam séparatiste. (…) Sur ces sujets, une partie des dirigeants de la droite semble courir après le FN par pur calcul et une autre est totalement hors-sol. Et le plus hors-sol de tous est Alain Juppé. Je sais bien que «l’identité heureuse» est, pour lui, l’aboutissement qu’il appelle de ses vœux (il ne va pas jusqu’à prétendre qu’elle l’est aujourd’hui, heureuse). Mais il croit à un multiculturalisme gentillet où toutes les cultures du monde se donneraient la main. Cet optimisme sympathique est totalement déphasé par rapport à l’état du pays. Je pense pour ma part que toutes les cultures ne sont pas égales en France (contrairement bien sûr aux individus) et qu’il est précisément temps de définir les différences que nous acceptons et accueillons et celles dont nous ne voulons pas. Et ce que j’ai entendu à Béziers me fait penser qu’il y a urgence. Si nous ne donnons pas des réponses raisonnables à cette peur de devenir minoritaire chez soi, des réactions déraisonnables finiront par prévaloir. (…) Bien sûr, on peut dire que tout est lié, mais alors le risque est qu’on ne fasse rien du tout. La question du multiculturalisme a évidemment partie liée avec celle des frontières. Mais si vous attendez d’avoir réformé l’Europe pour réaffirmer la laïcité en France vous n’êtes pas rendus. Ce sont les frontières intérieures qui angoissent le plus les Français. Après avoir lu le reportage de Nadjet Cherigui paru dans le FigaroMagazine à propos du Molenbeek français, je suis pour la suppression de la frontière entre Paris et Saint Denis! Certes, l’économie c’est important, mais les questions identitaires sont brûlantes et il faut les traiter au lieu de se payer de bons sentiments. L’urgence aujourd’hui n’est même pas de décider ce que nous voulons faire mais de savoir qui nous sommes.

    Elisabeth Lévy

    http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/06/04/31001-20160604ARTFIG00068-elisabeth-levy-la-droite-se-terranovise-et-renonce-aux-classes-populaires.php

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