Présidentielles 2012: Bastiat-Sarkozy, même combat? (The battle of independent-minded men against the French nanny-state mentality didn’t start with Sarkozy)

Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. Mais je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Jésus (Luc 4:23-24)
Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. Thérèse d’Avila
Au XIXe siècle, faut-il le rappeler, les libéraux étaient à gauche: ils défendaient le libre-échange contre les conservateurs, de droite.(…) Le “constructivisme” marxiste ou fasciste et, dans une moindre mesure, l’étatisme contemporain cherchent tous à changer l’homme, le libéralisme cherche au contraire à le respecter. La France poursuit la construction d’une “société de contrôle”, toujours plus soumise à la réglementation et toujours plus méfiante à l’égard de la responsabilité personnelle. Il est temps d’en prendre le contre-pied en bâtissant une “société de confiance” qui ne peut être qu’une “société de responsabilité”. (…)Notre pays est devenu une “Grande Nurserie” peuplée de citoyens de plus en plus infantilisés, croyant dur comme fer que l’Etat peut tout et n’hésitant pas à transférer une part de plus en plus grande de leurs pouvoirs et de leur liberté à la divine providence publique. Mathieu Laine
Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l’école anglaise ou américaine. Frédéric Bastiat
Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: « La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être. »  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: « Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc. » Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat
Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas; heureux si on les prévoit. Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence: l’un s’en tient à l’effet visible; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir. Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D’où il suit que le mauvais Économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’une petit mal actuel. Du reste, il en est ainsi en hygiène, en morale. Souvent, plus le premier fruit d’une habitude est doux, plus les autres sont amers. Témoin: la débauche, la paresse, la prodigalité. Lors donc qu’un homme, frappé de l’effet qu’on voit, n’a pas encore appris à discerner ceux qu’on ne voit pas, il s’abandonne à des habitudes funestes, non-seulement par penchant, mais par calcul. Ceci explique l’évolution fatalement douloureuse de l’humanité. L’ignorance entoure son berceau; donc elle se détermine dans ses actes par leurs premières conséquences, les seules, à son origine, qu’elle puisse voir. Ce n’est qu’à la longue qu’elle apprend à tenir compte des autres. Deux maîtres, bien divers, lui enseignent cette leçon: l’Expérience et la Prévoyance. L’expérience régente efficacement mais brutalement. Elle nous instruit de tous les effets d’un acte en nous les faisant ressentir, et nous ne pouvons manquer de finir par savoir que le feu brûle, à force de nous brûler. À ce rude docteur, j’en voudrais, autant que possible, substituer un plus doux: la Prévoyance. C’est pourquoi je rechercherai les conséquences de quelques phénomènes économiques, opposant à celles qu’on voit celles qu’on ne voit pas. Bastiat
Je ne désire pas pour mon pays autant le free-trade que l’esprit du free-trade. Le free-trade, c’est un peu plus de richesse ; l’esprit du free-trade, c’est la réforme de l’intelligence même, c’est-à-dire la source de toutes les réformes. Frédéric Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 mars 1847)
Malheureusement, pour qu’un livre surnage et soit lu, il doit être à la fois court, clair, précis et empreint de sentiments autant que d’idées. C’est vous dire qu’il ne doit pas contenir un mot qui ne soit pesé. Il doit se former goutte à goutte comme le cristal, et, comme lui encore, dans le silence et l’obscurité Bastiat (Lettre à Cobden, le 18 août 1848)
Le public est ainsi fait qu’il se défie autant de ce qui est simple qu’il se lasse de ce qui ne l’est pas. Bastiat
Qu’une association se forme en France; qu’elle entreprenne d’affranchir le commerce et l’industrie de tout monopole ; qu’elle se dévoue au triomphe du principe, et vous pouvez compter sur moi. De la parole, de la plume, de la bourse, Je suis à elle. S’il faut subir des poursuites judiciaires, essuyer des persécutions, braver le ridicule, je suis à elle. Quelque rôle qu’on m’y donne, quelque rang qu’on m’y assigne, sur les hustings ou dans le cabinet, je suis à elle.  Bastiat (Lettre à M. Alcide Fonteyraud, le 20 décembre 1845)
La cause que nous servons ne se renferme pas dans les limites d’une nation. Elle est universelle et ne trouvera sa solution que dans l’adhésion de tous les peuples. (…) Les difficultés s’accumulent autour de nous ; nous n’avons pas pour adversaires seulement des intérêts. L’ignorance publique se révèle maintenant dans toute sa triste étendue. En outre, les partis ont besoin de nous abattre. (…) Tous aspirent au même but : la Tyrannie. Ils ne diffèrent que sur la question de savoir en quelles mains l’arbitraire sera déposé. Aussi, ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’esprit de la vraie liberté. (…) Ce qui m’afflige surtout, moi qui porte au cœur le sentiment démocratique dans toute son universalité, c’est de voir la démocratie française en tête de l’opposition à la liberté du commerce. Bastiat (Lettre à Cobden, 9 novembre 1847)
De grands obstacles nous viennent aussi de votre côté de la Manche. Mon cher Cobden, il faut que je vous parle en toute franchise. En adoptant le Libre-Echange, l’Angleterre n’a pas adopté la politique qui dérive logiquement du Libre-Échange. Le fera-t-elle ? Je n’en doute pas ; mais quand ? (…) On dit souvent qu’il ne faut pas confondre les nations avec leurs gouvernements. Il y a du vrai et du faux dans cette maxime ; et j’ose dire qu’elle est fausse à l’égard des peuples qui ont des moyens constitutionnels de faire prévaloir l’opinion. Considérez que la France n’a pas d’instruction économique. Lors donc qu’elle lit l’histoire, lorsqu’elle y voit les envahissements successifs de l’Angleterre, quand elle étudie les moyens diplomatiques qui ont amené ces envahissements, quand elle voit un système séculaire suivi avec persévérance, soit que les wighs ou les torys tiennent le timon de l’État, quand elle lit dans vos journaux qu’en ce moment l’Angleterre a 34,000 marins à bord des vaisseaux de guerre, comment voulez-vous qu’elle se fie, pour un changement dans votre politique, à la force d’un principe que d’ailleurs elle ne comprend pas ?  Bastiat (Lettre à Cobden, 15 octobre 1847)
Mon ami, l’ignorance et l’indifférence dans ce pays, en matière d’économie politique, dépassent tout ce que j’aurais pu me figurer. Ce n’est pas une raison pour se décourager, au contraire, c’en est une pour nous donner le sentiment de l’utilité, de l’urgence même de nos efforts. Mais je comprends aujourd’hui une chose : c’est que la liberté commerciale est un résultat trop éloigné pour nous. Heureux si nous pouvons déblayer la route de quelques obstacles. — Le plus grand n’est pas le parti protectionniste, mais le socialisme avec ses nombreuses ramifications. — S’il n’y avait que les monopoleurs, ils ne résisteraient pas à la discussion. — Mais le socialisme leur vient en aide. Celui-ci admet la liberté en principe et renvoie l’exécution après l’époque où le monde sera constitué sur le plan de Fourier ou tout autre inventeur de société. — Et, chose singulière, pour prouver que jusque-là la liberté sera nuisible, ils reprennent tous les arguments des monopoleurs : balance du commerce, exportation du numéraire, supériorité de l’Angleterre, etc., etc. D’après cela, vous me direz que combattre les monopoleurs, c’est combattre les socialistes. — Non. — Les socialistes ont une théorie sur la nature oppressive du capital, par laquelle ils expliquent l’inégalité des conditions, et toutes les souffrances des classes pauvres. Ils parlent aux passions, aux sentiments, et même aux meilleurs instincts des hommes. Ils séduisent la jeunesse, montrant le mal et affirmant qu’ils possèdent le remède. Ce remède consiste en une organisation sociale artificielle de leur invention, qui rendra tous les hommes heureux et égaux, sans qu’ils aient besoin de lumières et de vertus. — Encore si tous les socialistes étaient d’accord sur ce plan d’organisation, on pourrait espérer de le ruiner dans les intelligences. Mais vous comprenez que, dans cet ordre d’idées, et du moment qu’il s’agit de pétrir une société, chacun fait la sienne, et tous les matins nous sommes assaillis par des inventions nouvelles. Nous avons donc à combattre une hydre à qui il repousse dix têtes quand nous lui en coupons une. Le malheur est que cette méthode a un puissant attrait pour la  (jeunesse. On lui montre des souffrances ; et par là on commence par toucher son cœur. Ensuite on lui dit que tout peut se guérir, au moyen de quelques combinaisons artificielles ; et par là on met son imagination en campagne. Bastiat (Lettre à Cobden, 5 juillet 1847)
On nous accuse, dans le parti démocratique et socialiste, d’être voués au culte des intérêts matériels et de tout ramener à des questions de richesses. J’avoue que lorsqu’il s’agit des masses, je n’ai pas ce dédain stoïque pour la richesse. Ce mot ne veut pas dire quelques écus de plus ; il signifie du pain pour ceux qui ont faim, des vêtements pour ceux qui ont froid, de l’éducation, de l’indépendance, de la dignité. — Mais, après tout, si le résultat du libre-échange devait être uniquement d’accroître la richesse publique, je ne m’en occuperais pas plus que de toute autre question agricole ou industrielle. Ce que je vois surtout dans notre agitation, c’est l’occasion de combattre quelques préjugés et de faire pénétrer dans le public quelques idées justes. C’est là un bien indirect cent fois supérieur aux avantages directs de la liberté commerciale (…) Si la liberté était proclamée demain, le public resterait dans l’ornière où il est sous tous les autres rapports ; mais, au début, je suis obligé de ne toucher qu’avec un extrême ménagement à ces idées accessoires, afin de ne pas heurter nos propres collègues. Aussi je consacre mes efforts à élucider le problème économique. Ce sera le point de départ de vues plus élevées. Bastiat (Lettre à Cobden, le 20 avril 1847)
La révolution de février a été certainement plus héroïque que celle de juillet ; rien d’admirable comme le courage, l’ordre, le calme, la modération de la population parisienne. Mais quelles en seront les suites ? Depuis dix ans, de fausses doctrines, fort en vogue, nourrissent les classes laborieuses d’absurdes illusions. Elles sont maintenant convaincues que l’État est obligé de donner du pain, du travail, de l’instruction à tout le monde. Le gouvernement provisoire en a fait la promesse solennelle ; il sera donc forcé de renforcer tous les impôts pour essayer de tenir cette promesse, et, malgré cela, il ne la tiendra pas. Je n’ai pas besoin de te dire l’avenir que cela nous prépare. (…) Il est évident que toutes ces promesses aboutiront à ruiner la province pour satisfaire la population de Paris ; car le gouvernement n’entreprendra jamais de nourrir tous les métayers, ouvriers et artisans des départements, et surtout des campagnes. (…) Pauvre peuple ! que de déceptions on lui a préparées ! Il était si simple et si juste de le soulager par la diminution des taxes ; on veut le faire par la profusion, et il ne voit pas que tout le mécanisme consiste à lui prendre dix pour lui donner huit, sans compter la liberté réelle qui succombera à l’opération (…) Comment, comment lutter contre une école qui a la force en main et qui promet le bonheur parfait à tout le monde ? Ami, si l’on me disait : Tu vas faire prévaloir ton idée aujourd’hui, et demain tu mourras dans l’obscurité, j’accepterais de suite ; mais lutter sans chance, sans être même écouté, quelle rude tâche ! Adieu, les élections sont prochaines, nous nous verrons alors ; en attendant, dis-moi si tu remarques quelques bonnes dispositions en ma faveur. Bastiat (Lettre à M. Félix Coudroy, 29 février 1848)
Il faisait bien sombre hier… Ce soir, il y a de la lumière… Françaises, Français, aidez-moi ! Charles de Gaulle (le 27 juin 1958)
Françaises, Français, vous voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de devenir. Françaises, Français ! Aidez-moi ! De Gaulle (après le putsch d’Alger, le 22 avril 1961)
Aidez-moi, Nous avons deux mois. Deux mois pour bâtir la plus formidable aventure. Deux mois pour tout renverser. Nicolas Sarkozy (Villepinte, 11.03.12)
Aidez-moi à donner un avenir à nos enfants. Aidez-moi à faire triompher la vérité sur le mensonge, l’excellence contre la facilité.  Sarkozy (Montpellier, le 28 février 2012)
Certains m’appellent l’Américain. J’en suis fier … Je partage beaucoup de valeurs américaines. Nicolas Sarkozy (Congrès juif mondial, 24/6/04)
Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme. Jacques Chirac (Le Figaro, 16 mars 2005)
Nous n’avons pas besoin à la tête de l’Etat de quelqu’un qui se fixe comme programme d’être le futur caniche du président des Etats-Unis. Laurent Fabius
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
L’un était convaincu que « l’homme est un loup pour l’homme » et a donc imaginé un État-Léviathan. L’autre défendait au contraire une bonté naturelle appelée à être réactivée par un « contrat social ». Les deux font date dans l’histoire de la pensée. Or, il se pourrait bien que Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau animent encore secrètement notre actualité politique. Il est en effet frappant de constater à quel point Nicolas Sarkozy est proche de la philosophie libérale et autoritaire de Hobbes, là où François Hollande rejoint l’aspiration républicaine de Rousseau. Vu sous cet angle, le débat, en apparence atone, de la présidentielle prend un relief inattendu. Et ses enjeux s’éclairent : car, comme le montre notre sondage exclusif, les Français apparaissent majoritairement rousseauistes mais aux prises avec un monde hobbesien dédié à la compétition de tous contre tousPhilosophie magazine (avril 2012)
Comme Hobbes, Rousseau pense que l’unité d’une société ne peut être que politique, et cette conviction se traduit par la position éminente du « souverain » ; simplement, chez lui, le souverain est et ne peut être que la « volonté générale », et non plus celle d’un homme ou d’une assemblée ; la structure de la théorie hobbesienne de la souveraineté est maintenue, seul change l’identité du sujet auquel celle-ci est attribuée. J.F. Kervégan (Paris I)
Comme on le voit, l’opposition entre Hobbes et Rousseau, entre Sarkozy et Hollande, est une fausse opposition idéologique qui trompe les électeurs. L’analyse de la vie politique française depuis plus de quarante ans nous le confirme : la droite et la gauche convergent de plus en plus vers un centre mou, à la fois étatiste et corporatiste, conservateur et progressiste, renonçant de plus en plus à tout ce qui pouvait encore les distinguer. La droite a renoncé au libre marché au profit d’un interventionnisme moralisateur (« moraliser le capitalisme » comme on dit) et d’une politique fiscale collectiviste. De son côté, la gauche a renoncé aux dogmes de la planification collectiviste et de la lutte des classes et se veut pragmatique. Bref, à droite comme à gauche, on rejette les doctrines, qualifiées d’ « idéologies » et on accepte tous les compromis. Résultat : la « droiche » ! Ce mouvement historique correspond en fait à l’avènement de ce qu’on appelle la social-démocratie : État-providence, justice sociale, prélèvements obligatoires, assistanat, multiculturalisme… c’est le prix de la paix sociale. Au programme donc : immobilisme et statu quo. Surtout ne changeons rien au système. Et la différence entre droite et gauche n’est en fait qu’une affaire de dosage, de nuances, car les deux principaux partis sont des clones. Nicomaque

Le naturel serait-il, comme le disait Horace (revisité par Destouches), en train de revenir au galop?

En cette veille d’un premier tour où les forces de la régression et de l’immobilisme semblent, comme pour les Etats-Unis il y a quatre ans et peut-être à nouveau dans six mois mais il n’est pas encore trop tard), avoir finalement rattrapé en un véritable hallali les meilleurs efforts du plus américain de nos présidents

Et où il est si facile, derrière les évidents défauts hobbesiens (mais, en ce pays d’indécrottables ayant droits et fraudeurs  rousseauistes  – aux deux tiers selon un récent sondage de Philosophie magazine -, la croyance au mal ne protège-t-elle pas au moins de certaines des illusions de la bien-pensance?) et les appels pathétiques du candidat sortant, de se gausser et de se voiler la face sur, l’Histoire le montrera très certainement un jour, la véritable portée de ce qui est en train de se jouer pour l’avenir d’un pays où l’on peut être exclu de son parti apparemment pour avoir favorisé la libre expression …

Comment ne pas voir, avec la journaliste canadienne et professeure de Sciences Po Rachel Madsen et au risque de choquer nos puristes, le parallèle (toutes proportions gardées) avec un autre de ces prophètes français lui aussi rejeté par son propre  pays?

A savoir le plus anglophile de nos économiste-homme politique-polémistes Frédéric Bastiat, dont, à l’instar du plus américanophile de nos sociologues, le grand Tocqueville, le combat pour la liberté d’esprit et contre la mentalité française de l’Etat-nounou ne sera redécouvert que par les Anglo-saxons dont il avait tenté d’acclimater les idées dans son pays natal …

Et à qui la nature essentiellement pamphlétaire de son oeuvre (correspondance comprise notamment avec l’industriel et homme d’Etat anglais Richard Cobden) mais probablement tout autant son inspiration largement anglaise (lisez: libérale) et la simplicité presque biblique de son style (tout, pédagogie oblige, de fables et de paraboles) vaudront d’être irrémédiablement relégué chez nous au rang d’économiste de deuxième catégorie.

A moins que ce ne soit  l’incroyable profondeur et originalité d’une pensée proprement prophétique qui mettait bien avant tout le monde le doigt sur des questions qui ne surgiront qu’un siècle après sa mort comme les questions tellement actuelles de déficits publics, désocialisation de la société, effets pervers ou vision en termes d’analyse coûts-bénéfices totale …

L’appel à l’aide de Sarkozy

Rachel Marsden

 The Chicago Tribune

21.03.2012

adapté  par Courrier international

Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy était élu sur la promesse de moderniser l’infrastructure de la société française et de la rapprocher du modèle américain : moins de dépendance vis-à-vis du gouvernement, plus de liberté dans la vie et le travail. C’était beaucoup demander mais il obtint une victoire écrasante, devançant Ségolène Royal, son adversaire socialiste, de plus de 6 %.

Sarkozy ne jurait que par l’énergie, la liberté du marché et la limitation du gouvernement, des idées importées directement d’outre-Atlantique. Mais quelque chose s’est mis en travers de sa route : la France. Voilà un exemple typique d’une ambition bloquée par la puissance du passé.

Sarkozy n’est pas le premier homme dont la liberté d’esprit butte sur la mentalité française de l’Etat-nounou. En 1848, l’économiste Frédéric Bastiat comparait déjà la Constitution des Etats-Unis à celle de la France : « Ce qui suit est le début du préambule de la Constitution [française] : ‘La France s’est constituée en République [dans le] but (…) de faire parvenir tous les citoyens (…) à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumières et de bien-être.’ (…) N’est-ce pas en cédant à cette étrange illusion que nous sommes conduits à tout attendre d’une énergie qui n’est pas la nôtre ?… Les Américains ont conçu une autre idée des relations des citoyens et du gouvernement. (…) Il n’y a pas ici [dans le préambule de leur Constitution] de création chimérique, pas d’abstraction desquelles les citoyens puissent tout exiger. Ils n’attendent rien sauf d’eux-mêmes et de leur propre énergie. »

Sarkozy est épuisé par ses efforts pour réformer la France. Carla Bruni, sa femme, a d’ailleurs déclaré lors d’un entretien récent qu’elle s’inquiétait pour lui parce qu’il donnait tout à son travail et dormait à peine. Cela ne l’a pas empêché de monter sur scène il y a deux semaines à l’occasion d’une gigantesque « Sarkorgie » devant des dizaines de milliers de partisans pour lancer aux Français : « Aidez-moi. » Une allusion pas très subtile à l' »Aidez-moi » lancé par le général de Gaulle en avril 1961 lors du putsch de nationalistes français en Algérie.

Le message de Sarkozy est clair : je me suis tué à la tâche pour changer le pays et ça a été plus dur que prévu, alors s’il vous plaît, ne votez pas pour le socialiste qui risque de vous emmener dans une direction que vous n’imaginez même pas. Sauf que les Français imaginent très bien de quoi a l’air une implosion socialiste : la Grèce en constitue un exemple frappant. Il n’empêche que je tombe tous les jours à Paris sur des Français qui me disent : « Sarkozy roule pour les riches, Hollande pour les pauvres. » C’est à cette bêtise crasse que Sarkozy est confronté, et elle est aussi coriace que tout ce que de Gaulle a dû affronter en son temps, y compris les nazis.

« Aidez-moi ! », voilà un bon slogan de campagne quand il s’agit de lutter contre la toute-puissance d’un socialiste qui promet tout et n’importe quoi en pleine crise économique. De Gaulle a dirigé la minorité française qui faisait de la résistance ; Sarkozy s’efforce aujourd’hui de diriger la minorité française qui résiste à la stupidité ambiante. Une fois encore, je pense que de Gaulle a eu la tâche la plus aisée.

Sarkozy appelle aujourd’hui à isoler la France de l’Europe pour la préserver des absurdités pratiquées par les pays frontaliers – ce qui passe entre autres par la révision de tous les accords de Schengen qu’il a contribué à créer ou amender. On dirait le dernier mea culpa d’un président dont la carrière politique se dirige vers la grande lumière blanche. Il espère ainsi reprendre pied et trouver la volonté de se sacrifier pour cinq ans de plus. Sarko le Garrot, c’est quand même mieux que cinq ans de saignée socialiste.

Voir aussi:

Sarkozy’s cry for help

 Rachel Marsden

The Chicago Tribune

March 13, 2012

French President Nicolas Sarkozy was elected five years ago by promising to modernize France’s societal infrastructure and bring it more into line with America’s: less government reliance, more freedom in life and work. It was a tall order, but his mandate was overwhelming, with a six-percentage-point win over Socialist rival Segolene Royal. Sarkozy was full of vigor and free-market, limited-government ideas imported directly from across the Atlantic.

But then something got in the way: France. It’s a case of ambition being unable to surmount the overwhelming power of entrenched history.

The battle of independent-minded men against the French nanny-state mentality didn’t start with Sarkozy. In 1848, for example, economist Frederic Bastiat was already comparing the U.S. Constitution to that of France:

« The following is the beginning of the preamble to [the French] Constitution: ‘France has constituted itself a Republic for the purpose of raising all the citizens to an ever-increasing degree of morality, enlightenment, and well-being.’ … Is it not by yielding to this strange delusion that we are led to expect everything from an energy not our own? … The Americans formed another idea of the relations of the citizens with the Government when they placed these simple words at the head of their constitution: ‘We, the people of the United States, for the purpose of forming a more perfect union, of establishing justice, of securing interior tranquility, of providing for our common defense, of increasing the general well-being, and of securing the benefits of liberty to ourselves and to our posterity, decree,’ etc. Here there is no chimerical creation, no abstraction, from which the citizens may demand everything. They expect nothing except from themselves and their own energy. »

Now, facing a hard-fought re-election battle that currently predicts a marked second-round loss to Segolene Royal’s former domestic partner, Socialist Francois Hollande, Sarkozy is unrecognizable on the campaign trail as the man of five years ago.

If people didn’t already know how exhausting the effort to reform France has been for Sarkozy, his wife, Carla Bruni, claimed in a recent interview that she’s worried about him because he gives his all to his job and barely sleeps. Still, he took to the stage this week in a massive Sarkorgy in front of tens of thousands of supporters near Paris to announce that he needs the French to « help me » — a not-so-subtle reference to President/General Charles de Gaulle’s « Help Me! » speech of April 1961 amid a coup d’Etat against him by French nationalists in Algeria (the « Generals’ Putsch »), in which he pleaded with the French military and people to see where the country could be headed as compared with the positive direction it was headed under his presidency.

Sarkozy’s meaning behind the slogan is clear: I’ve busted my behind to change this place, and while it’s been harder than expected, please don’t vote for the Socialist who risks taking it in a direction you probably can’t even imagine.

Except that the French can indeed imagine what a socialist implosion looks like now, because Greece serves as a rather prominent example. Still, I run into French people every day in Paris who tell me that « Sarkozy is for the rich; Hollande is for the poor. » Sarkozy is up against that kind of bumper-sticker stupidity, and it’s about as fireproof as anything de Gaulle had to fight back in the day — including Nazis. Sarkozy must feel about as powerless as John McCain did up against Obama’s « Yes, we can! »

« Help me! » sounds about right as a French campaign slogan when up against the omnipotence of a Socialist bearing promises of freebies and salvation during an economic crisis. De Gaulle led the minority French resistance; Sarkozy is trying to lead the minority French resistance against pervasive stupidity. Again, I think de Gaulle had it easier.

Sarkozy is now calling for firewalling France off from Europe to save the country from the nonsense practiced by other nations with which France shares uncontrolled borders — including revising all the Schengen accords he helped to create or amend.

It sounds like the mea-culpa death rattle of a president as his political career careens towards the big white light. Here’s hoping he gets a grip and finds the will to live and to martyr himself for another five years. Sarko the Tourniquet would beat five years of socialist bloodletting.

(Rachel Marsden is a columnist, political strategist and former Fox News host who writes regularly for major publications in the U.S. and abroad. Her new book, « American Bombshell: A Tale of Domestic and International Invasion, » is available through Amazon.com. Her website can be found at http://www.rachelmarsden.com.

Voir également:

For Love of Laissez-Faire

James Grant

The Wall Street Journal

July 23, 2011

Because nobody else can understand them, modern economists speak to one another. They gossip in algebra and remonstrate in differential calculus. And when the pungently correct mathematical equation doesn’t occur to them, they awkwardly fall back on the English language, like a middle-aged American trying to remember his high-school Spanish. The economist Frédéric Bastiat, who lived in the first half of the 19th century, wrote in French, not symbols. But his words—forceful, clear and witty—live to this day.

The name will ring a bell. Like FEMA and the Red Cross, Bastiat is a staple of American disaster reportage. Post-cyclone, -hurricane or –tsunami, some Keynsian Pollyanna will chirp that the rebuilding will stimulate economic growth. Bastiat dealt with this fallacy in an essay published in 1850, the year of his death at the age of 49. Rebuilding does indeed set money flowing, he allowed, and the rebuilders are glad of it. This is what is seen. But purchases that would have been made in the absence of the disaster now will never occur. And that is what is unseen. « That Which Is Seen and That Which Is Not Seen, » the title of the clarifying essay, might be the wisest 10 words in economic analysis.

Bastiat’s short essays, which he grouped under the title « Economic Sophisms, » are beloved by friends of laissez-faire. Late in the 19th century, small-government Democrats quoted him on the floor of the House against the high-tariff schemes of the GOP. The Republicans groaned when they heard Bastiat’s name. Unable to answer his arguments against government economic intervention, they charged him with being French.

Familiar though Bastiat’s economic writings may be, his letters, until now, have been available only in their original language. « The Man and the Statesman, » the first in a projected English-language edition of Bastiat’s collected works, encompasses 209 letters as well as a sampler of his political essays and notes and a helpful glossary from the editors (Jacques de Guenin, Jean-Claude Paul-Dejean and David M. Hart). But the letters are the thing. Through them shines the most charming economist you have ever met.

The Man and the Statesman

By Frédéric Bastiat

Liberty Fund, 559 pages, $14.50

Born in 1801, in Bayonne, hard by the Spanish border, Bastiat lost both parents by the age of 9. He attended a progressive school but quit before his 18th birthday, without a degree, to help manage the family business. But he made his own university by reading Adam Smith and Jean-Baptiste Say. Better unfettered enterprise and peace than protectionism and war, Bastiat concluded, in accordance with the masters. He cheered the 1830 revolution from which emerged the constitutional monarchy of Louis-Philippe. Confident in the future, Bastiat took a wife, bought property (with her money) and was appointed a justice of the peace. Advocating commercial freedom and economic growth, he began to write for newspapers.

In one of these wonderful letters, Bastiat sets out the qualities of a readable and enduring book. « It has to be short, clear, accurate and as full of feeling as of ideas, all at the same time, » he writes, also disclosing his own literary MO. « This means that it must not contain a single word that has not been weighed. It has to be formed, drop by drop like crystal, and in silence and obscurity, also like crystal. »

Of silence and obscurity Bastiat had more than enough in his beautiful Pyrenees home. « There is life in Paris only, » he insisted, « and one vegetates elsewhere. » He arrived in the City of Light in 1844, a hayseed who instantly awed the sophisticates. « What fire, what verve, what conviction, what originality, what winning and witty common sense! » a witness attested of his salon performances. And what courage! Free trade was never the French cup of tea, but Bastiat was determined to import the success of Richard Cobden’s crusade against the tariffs that protected the grain-growing British squirearchy (a.k.a., the « corn laws »).

You get only Bastiat’s side of the Bastiat-Cobden correspondence here, but Cobden would have been hard-pressed to match the Frenchman’s verve and philosophical range. « I want not so much free trade as the spirit of free trade for my country, » Bastiat declared to Cobden in 1847. « Free trade means a little more wealth; the spirit of free trade is a reform of the mind itself, that is to say, the source of all reforms. »

Peace and freedom were at the top of Bastiat’s agenda, each cause being indispensable to the other, he believed. Statism was his bane. « The dominant notion, the one that has permeated every class of society, » he wrote in the wake of the Revolution of 1848, « is that the state is responsible for providing a living for everyone. »

« Poor people! » he lamented of the duped French populace in the same tumultuous year. « How much disillusionment is in store for them! It would have been so simple and so just to ease their burden by decreasing their taxes; they want to achieve this through the plentiful bounty of the state and they cannot see that the whole mechanism consists in taking away ten to give it back eight, not to mention the true freedom that will be destroyed in the operation! »

To Bastiat, the way forward was obvious. Unshackle commerce by eliminating protective tariffs; reduce taxes through national disarmament. Why, oh why, Bastiat implored Cobden, would Britain not consent to shrink its provokingly large navy? Then again, Bastiat could understand only so much of the strange tribe that lived across the English Channel. Once, while visiting London, Bastiat had gone looking for Cobden, only to be told that the free-trader was making preparations to visit Manchester. « Preparations, » Bastiat reflected, « for an Englishman consist in swallowing a steak and stuffing two shirts into a bag. »

There being no doubt what to do, Bastiat pledged his all to the cause of free trade in France. « By word, pen and purse, I will be its man, » he vowed in 1845. « If it means legal proceedings, suffering persecution, or braving ridicule, I will be its man. Whatever role I am given, whatever rank I am allocated, on the hustings or in the cabinet, I will be its man. »

He met continual frustrations. He was not rich enough, talented enough or strong enough, Bastiat fretted. Spitting up blood and beset by a chronically sore throat, he took cod liver oil. Finding no relief, he resolved anew to finish his work before he died. Just one more year was all he needed, he wrote in 1847. (He wound up with almost three more years.) Of a friend in Paris in 1848 he asked the name of the « learned pharmacist who has discovered the art of making cod-liver oil palatable. » And he added: « I would also love it if this valued alchemist could teach me the secret of producing a pared-down version of political economy; this is a remedy that our sick society is very much in need of, but it refuses to take even the smallest teaspoonful, so repulsive does it find the stuff. »

In fact, Bastiat had no need of the services of his imagined alchemist. He himself knew the secret of writing the kind of economics that goes down like ambrosia.

—Mr. Grant is the author of « Mr. Speaker: The Life and Times of Thomas B. Reed, the Man Who Broke the Filibuster » (Simon & Schuster).

Voir enfin:

Concours Bastiat 2010

Contrepoints

le 30/03/2010

/…/

L’œuvre de Bastiat est importante, elle est riche, profonde et – fait rare chez les économistes – elle est exceptionnellement agréable à lire.

Bastiat a souvent été relégué au rang d’économiste de deuxième catégorie car son œuvre est constituée de nombreux pamphlets. Pourtant il n’en n’est rien. Sa pensée est d’une profondeur rarement égalée. Son esprit pamphlétaire lui a permis bien au contraire de mettre le doigt sur des vérités que d’autres n’envisageaient pas. Il a d’ailleurs pu percevoir des problèmes qui surgiront un siècle après sa mort (déficit de la sécurité sociale nationalisée, incivisme, désocialisation de la société par ce qu’on pourrait appeler la « socialisation forcée »)… A plus d’un titre la lecture de Bastiat est formatrice pour qui cherche à développer un esprit critique économique (qui ne se réduit pas à l’économisme) et juridique.

D’abord, il systématise la prise en compte des effets pervers résultant de mesures politiques de protection. Il contribue ainsi à la vision en termes d’analyse coûts-bénéfices totale. Bien souvent les hommes politiques ou les défenseurs de protections ont une tendance naturelle à faire usage d’une rhétorique consistant à ne montrer qu’une partie de la réalité pour arguer de leur position : protéger telle industrie locale par exemple n’apportera que des bienfaits ! Mais Bastiat nous avertit : et quid de l’autre partie de la réalité, « ce qu’on ne voit pas » ? Et les coûts supportés par tout les consommateurs, avec des prix plus élevés qui signifient moins de pouvoir d’achat , une qualité moindre du fait du manque de concurrence ? Et les effets de la protection sur les producteurs extérieurs qui sont aussi des clients de nos autres industries locales ? Bref, pour être un bon économiste, il ne faut pas simplement voir « ce que l’on voit » mais être capable aussi de voir « ce qu’on ne voit pas », d’anticiper les effets pervers, les « conséquences inattendues » de telle ou telle mesure. Il faut absolument lire et relire « La vitre cassée » dans cette série « Ce qu’on voit… » qui est un tout petit essai lumineux.

Contre la démagogie du protectionnisme défendu par les producteurs, Bastiat se place donc résolument du côté des consommateurs. Il se place aussi du côté du contribuable. Il anticipe avec un siècle d’avance les analyses du fonctionnement de la démocratie redistributive qui émergeront à la fin des années 50 (A. Downs, puis J. Buchanan & G. Tullock) et à cet égard son pamphlet sur l’Etat est un monument de perspicacité. Il excelle aussi dans « La loi » où il prend une posture radicalement différente de ce que nous connaissons de nos jours par exemple : la loi pour les gens d’aujourd’hui, c’est ce que « produit » le législateur. Bastiat revient à une tradition beaucoup moins « positiviste » et tente de reposer les fondations du droit : le droit est découvert et non pas décrété par les hommes. Exactement comme on ne peut « décréter » les lois de la physique de manière fantaisiste lorsque l’on bâtit une maison sans prendre le risque qu’elle ne nous tombe sur la tête, on ne peut « décréter » des lois qui vont à l’encontre de la coopération sociale sans générer le désordre.

On l’aura compris, Bastiat n’est pas qu’un simple pamphlétaire. Comme Voltaire, un autre pamphlétaire de génie, il fait montre d’une pensée claire, cohérente et sa critique est incisive. Son œuvre participe pleinement à l’élaboration d’une vision sociale profondément humaniste, qui cherche justement à démasquer les faux humanismes. Nous espérons que nos lecteurs en tireront le plus grand profit.

Vous pouvez consulter :

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, une série d’essais où l’auteur s’attache à analyser « ce qu’on ne voit pas » dans les protections diverses. (version HTML ici)

Pétition des fabricants de chandelle, un pamphlet sur la logique profonde du protectionnisme (version HTML ici)

La Loi, un essai lumineux sur la nature du droit et de la justice (version HTML ici)

Propriété et loi, un autre très bel essai sur le droit.

L’Etat, un essai qui anticipe d’un siècle les analyses de l’école du public choice (version HTML ici)

Sophismes Economiques, une série de pamphlets remettant en cause de nombreuses idées reçues et autres demi-vérités populaires (ou populistes !).

L’Angleterre et le libre échange, une analyse de la mise en place des politiques de libre échange qui pourrait inspirer beaucoup de décideurs aujourd’hui.

(Ces textes ont été originellement digitalisés et mis à disposition soit par François René rideau, soit par le Liberty Fund, que nous remercions ici. Ils ont été mis en forme par Youcef Maouchi, Rhadija El Issaoui et Mathieu Bédard.)

Librairal propose également ces textes, ainsi que d’autres.

2 Responses to Présidentielles 2012: Bastiat-Sarkozy, même combat? (The battle of independent-minded men against the French nanny-state mentality didn’t start with Sarkozy)

  1. […] moins que ce ne soit l’incroyable profondeur et originalité d’une pensée proprement prophétique qui mettait bien avant tout le monde le doigt sur des questions qui ne surgiront qu’un siècle […]

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  2. […] Et cette grande chimère, nous l’avons placée, pour l’édification du peuple, au frontispice de la Constitution. Voici les premiers mots du préambule: “La France s’est constituée en République pour… appeler tous les citoyens à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumière et de bien-être.”  Ainsi, c’est la France ou l’abstraction, qui appelle les Français ou les réalités à la moralité, au bien-être, etc. N’est-ce pas abonder dans le sens de cette bizarre illusion qui nous porte à tout attendre d’une autre énergie que la nôtre? N’est-ce pas donner à entendre qu’il y a, à côté et en dehors des Français, un être vertueux, éclairé, riche, qui peut et doit verser sur eux ses bienfaits? N’est-ce pas supposer, et certes bien gratuitement, qu’il y a entre la France et les Français, entre la simple dénomination abrégée, abstraite, de toutes les individualités et ces individualités mêmes, des rapports de père à fils, de tuteur à pupille, de professeur à écolier?(…) Les Américains se faisaient une autre idée des relations des citoyens avec l’État, quand ils placèrent en tête de leur Constitution ces simples paroles: “Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir la justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général et assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, décrétons, etc.” Ici point de création chimérique, point d’abstraction à laquelle les citoyens demandent tout. Ils n’attendent rien que d’eux-mêmes et de leur propre énergie. Si je me suis permis de critiquer les premières paroles de notre Constitution, c’est qu’il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, d’une pure subtilité métaphysique. Je prétends que cette personnification de l’État a été dans le passé et sera dans l’avenir une source féconde de calamités et de révolutions. Bastiat […]

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