Présidentielle 2012: Pourquoi je voterai malgré tout pour Sarkozy (From the frying pan into the fire?)

Il n’est de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre. Henri Queuille (président du Conseil sous la IVe République et élu de Corrèze)
Il est très commode de chercher le bouc émissaire en période de crise. La réalité est que la globalisation a permis aux pays industrialisés à construire leur prospérité depuis des décennies. Dans un monde où les ressources naturelles, les capitaux et les talents ne sont pas équitablement distribués, les surplus des uns comblent les lacunes des autres. (…) Le discours prônant la démondialisation ferait du sens s’il ne cachait pas une volonté protectionniste ou de préférence nationale. Il est fait au nom de toutes bonnes intentions sociales et environnementales, mais son objectif reste le même. C’est-à-dire maintenir le statu quo dans l’ordre économique dominant pourtant intenable à long terme. Les défenseurs du repli, ne réalisent pas que grâce à l’ouverture des marchés, des centaines de millions de personnes en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud sont sorties de la pauvreté de la même façon que les Etats-Unis et l’Europe ont réussi à améliorer leur niveau de vie dans le passé. Le Temps
Je fais partie des déçus de Nicolas Sarkozy. (…) Comme beaucoup d’autres sans doute, je pourrais m’abstenir dimanche. Je ne le ferai pas car je redoute une gauche doctrinaire ayant décroché tous les pouvoirs (Elysée, Parlement, collectivités régionales et locales), confortant au passage le conformisme de la pensée médiatique et l’oligarchie syndicale. La France a déjà trop perdu de temps pour se permettre un retour en arrière. C’est pourquoi je voterai, malgré tout, pour Sarkozy. Je le ferai pour son dynamisme, son goût pour les réformes, sa capacité à se remettre en question. Ivan Rioufol
Volontaire ou subie, la rigueur s’imposera au prochain président de la République. La rigueur passe par la baisse des dépenses publiques et non par la hausse des impôts, qui n’est jamais que la préférence pour la dépense poursuivie par d’autres moyens. (…) Elle constitue la face cachée de la campagne électorale. (..) Quel que soit l’élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l’ère de la croissance à crédit. Le temps des déficits et de l’argent public abondant et bon marché est révolu. Voilà pourquoi le prochain président, de gré ou de force, devra s’inspirer de Gerhard Schröder et de Mario Monti. Voilà pourquoi il ne suffit pas de dire que l’on va baisser les dépenses, mais lesquelles et comment. Voilà pourquoi il faut assumer politiquement la rigueur. Dès maintenant. Nicolas Baverez
Aucun Président gouvernant n’a jamais été réélu. (…) Sous la Ve République, aucun Président sortant en phase avec la majorité gouvernante n’a jamais encore réussi à être réélu. (…) François Mitterrand et Jacques Chirac (…) ont été réélus (…) comme présidents de cohabitation. Ils avaient perdu le contrôle de la majorité parlementaire et ne conduisaient plus l’action gouvernementale. Si Sarkozy parvenait à se faire réélire en 2012 après avoir piloté lui-même les affaires du pays pendant cinq ans, ce serait une première. (…) Aucun Président n’a jamais été aussi impopulaire. C’est le lot habituel des gouvernants que d’essuyer l’impopularité. (…) Mais Sarkozy explose tous les records. Selon le baromètre historique de l’Ifop (la même question est posée pour tous les Présidents depuis 1958), il décroche haut la main le pompon de l’impopularité. L’actuel Président a réussi la prouesse de susciter plus de « mécontents » que de « satisfaits » tous les mois depuis janvier 2008 ! Déjà presque quatre ans d’impopularité continue. Eric Dupin
Au reproche essentiel que l’on adresse à Sarkozy, de n’avoir su habiter la fonction, on le remerciera plutôt d’avoir ébréché le monarchisme présidentiel. Jacques Chirac fut l’ultime souverain et Nicolas Sarkozy, le premier moderne (…) Rejeter le sarkozysme pour cette raison-là, revient – c’est permis – à ne pas aimer notre temps. (…) le sarkozysme est aussi une réaffirmation de l’Etat de droit contre la désertion antérieure des zones de non-droit : plus une société se diversifie, plus la coexistence de cultures distinctes exige le respect de la loi, comme contrat social. Sarkozy a compris cela : la sécurité est l’avers de la diversité. (…) le sarkozysme aura dit, sinon fait, que l’entrepreneur soit reconnu comme le seul vrai moteur du dynamisme économique (…) Le sarkozysme, c’est aussi le retour de la France à son espace naturel, l’Occident, plutôt que la troisième voie ou le ni-ni. De nouveau, nous voici les alliés diplomatiques et militaires des Etats-Unis. De nouveau, enfin, nous voici du côté des droits de l’homme en Géorgie, en Libye, Syrie, Tunisie, Egypte et – un peu plus que du temps de Jacques Chirac – du côté des droits de l’homme en Chine et en Russie. Guy Sorman

Alors que réveillés par l’approche possible des postes, les rats ont comme prévu commencé à quitter le navire …

Et que, comme le rappelle le conseiller de Sarkozy Patrick Buisson (Canard de ce matin), « les courbes n’auraient jamais dû se recroiser » sans la pression des belles âmes de droite qui a freiné le sortant dans sa reconquête des classes populaires et mécaniquement fait remonter Marine et partant Hollande via la redescente de Sarko qui risque à présent de se retrouver second au 1er tour …

Comment, avec Ivan Rioufol,  ne pas se désoler ce gâchis et de cette régression …

Dans un pays où la gauche du retour à l’immobilisme et des bons sentiments ne dépasse normalement pas 45% …

Et où donc, un peu unie, une droite qui avait certes trop timidement commencé certaines réformes nécessaires (certes payées au prix fort et ce d’autant plus que son représentant n’avait pas, contrairement à ses prédécesseurs, de cohabitation derrière laquelle s’abriter) devrait logiquement l’emporter (même à 50,2%)?

A moins, comme semble le laisser entendre notre décliniste national, que le mur de la dure réalité dont nous nous rapprochons à la vitesse grand V ne contraigne enfin la gauche molle à virer sa cuti et à enfin engager (15 ou 20 ans après la Suède, la Nouvelle-Zélande ou le Canada) la rigueur que son prédécesseur a eu tant de mal à assumer ?

Pourquoi je voterai, malgré tout, pour Sarkozy

Ivan Rioufol

Le Figaro

16 avril 20

Je fais partie des déçus de Nicolas Sarkozy. Je lui reproche une ouverture à gauche pour laquelle il n’avait pas reçu mandat et qui a eu pour conséquence de brouiller sa politique ; aujourd’hui, Jean-Jacques Aillagon et Martin Hirsch le remercient en rejoignant le PS. Je lui reproche, plus gravement, d’avoir joué avec l’identité nationale après s’être fait élire en promettant sa protection. J’ai en mémoire son pénible discours à l’Ecole Polytechnique, en 2008, dans lequel il disait vouloir imposer aux Français un « impératif de métissage » si besoin avec des méthodes « plus contraignantes encore ». Il ne parlait pas du métissage des sangs, qui n’est pas un problème, mais de celui qu’amène la diversité des cultures. « Je crois à l’addition des identités et au respect des différences », avait-il d’ailleurs écrit dès 2006, en saluant « une France où l’expression « Français de souche » a disparu, où la diversité est comprise comme une richesse, où chacun accepte l’autre dans son identité et le respecte ». Des Français ont vu là un mépris de ce qu’ils étaient. Je comprends les excédés qui ont alors rejoint Marine Le Pen.

Je ne suis pas de ceux qui veulent diaboliser la présidente du FN quoi qu’elle dise ou fasse. Plus exactement : je déplore le maintien d’une filiation, même si elle est devenue ténue, avec un parti dont le noyau dur est antisémite, raciste, brutal. Je conteste aussi sa conception antilibérale et son culte de l’Etat stratège, alors que la société souffre de centralisme et de bureaucratie. Ces deux raisons me tiennent à distance de ce mouvement. Cependant, je reconnais à Marine Le Pen le courage de ses utiles combats pour la défense de la nation, du peuple oublié, de sa culture commune. Je constate qu’elle a su reprendre les valeurs abandonnées par la gauche relativiste et penaude: la démocratie, la laïcité, l’égalité entre l’homme et la femme, la liberté d’expression. Comme elle, je pense que l’immigration de peuplement et la survenue de l’islam radical sont des sujets essentiels qui doivent être abordés dans le débat public.

Comme beaucoup d’autres sans doute, je pourrais m’abstenir dimanche. Je ne le ferai pas car je redoute une gauche doctrinaire ayant décroché tous les pouvoirs (Elysée, Parlement, collectivités régionales et locales), confortant au passage le conformisme de la pensée médiatique et l’oligarchie syndicale. La France a déjà trop perdu de temps pour se permettre un retour en arrière. C’est pourquoi je voterai, malgré tout, pour Sarkozy. Je le ferai pour son dynamisme, son goût pour les réformes, sa capacité à se remettre en question. J’ai trouvé excellent son discours d’hier, écrit par Henri Guaino. Alors que, la veille à Marseille, Jean-Luc Mélenchon avait redit sa détestation de la « nation occidentale », estimant qu’il n’y avait pas d’avenir pour la France « sans les Arabes et les Berbères », Sarkozy s’est fait le défenseur de la civilisation, de la nation, des frontières. « Ce qui est en jeu, c’est la survie d’une forme de civilisation, la nôtre », a-t-déclaré. Cette vision me semble plus riche que « La France tranquillou » de François Hollande, cette culture du « sympa » que louange Libération, qui voit son poulain déjà élu.

Voir aussi:

La rigueur, c’est maintenant

Quel que soit l’élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l’ère de la croissance à crédit

Nicolas Baverez

Le Point

12/04/2012

Le déclin de la France n’a jamais été aussi marqué depuis les années 1930. La croissance potentielle se situe désormais au-dessous de 1 % compte tenu de l’euthanasie de la production privée, du retard de l’investissement et de l’innovation provoqué par la chute des profits, de l’effondrement de la compétitivité dont témoignent la diminution des parts de marché mondial de 4,7 à 3,4 % depuis 2000 et un déficit commercial record de 70 milliards d’euros en 2011. La dette atteindra 90 % du PIB en 2012, seuil à partir duquel elle détruit l’activité et l’emploi. Le chômage touche 10 % de la population active depuis trois décennies. Le blocage de la croissance et le chômage permanent entraînent la paupérisation des Français, dont le revenu par tête est désormais inférieur à celui de l’Union européenne. La nation se désintègre et ne parvient plus à intégrer ni les jeunes – 20 % d’une classe d’âge étant rejetée chaque année du système éducatif sans formation aucune – ni les immigrés et leurs descendants. La dégradation financière de la France, loin d’être anecdotique, acte la perte de la maîtrise de son destin par un pays qui se trouve désormais placé sous la tutelle des marchés financiers et de l’Allemagne.

La préférence pour la dépense publique est au fondement du modèle de croissance à crédit qui a ruiné la France et en fait l’homme malade de l’Europe. Cinq ans après le choc de 2007, notre pays n’a pas retrouvé son niveau de production d’alors. Contrairement aux autres pays développés, son décrochage a été accéléré, mais non provoqué, par la crise. Il résulte d’un modèle de croissance par la dette publique où le seul moteur de l’activité réside dans la consommation, tirée par des transferts sociaux qui atteignent 33 % du PIB. L’Etat providence a phagocyté l’Etat régalien et la redistribution évincé la production. La montée parallèle des dépenses et des recettes publiques, qui culminent à 56,6 % et 49 % du PIB, minent la production et l’emploi marchands.

La France sera l’épicentre du prochain choc sur la zone euro. En dépit du faux calme qui a prévalu depuis la dégradation de sa notation financière, le télescopage du mur de la dette se rapproche. La France doit lever 180 milliards d’euros en 2012 et 240 milliards en 2013 sur les marchés, dont 70 % auprès des investisseurs internationaux. Le ciseau entre l’ascension de la dette publique et la chute de la croissance se poursuit, tandis que le chômage frappe plus de 10 % des actifs. Notre pays est par ailleurs pris en étau entre l’Allemagne d’Angela Merkel, leader de l’Europe du Nord compétitive, et l’Italie de Mario Monti, symbole de l’Europe du Sud qui se réforme. Les investisseurs, y compris les banques françaises, ont déjà commencé à vendre massivement les titres de la dette française, avec pour conséquence une tension sur les taux d’intérêt et un écart de 125 points de base avec le Bund allemand. L’Espagne de Mariano Rajoy préfigure la situation de la France au lendemain de l’élection présidentielle. En dépit d’un effort d’économies de 27 milliards d’euros et de 12 milliards de hausses d’impôts, en dépit de la libéralisation du marché du travail au prix d’une grève générale, le dérapage du déficit budgétaire de 4,4 à 5,3 % du PIB a été violemment sanctionné par les marchés. Les taux d’intérêt sont remontés à 5,7 %, soit un niveau insoutenable pour une économie en récession où le taux de chômage atteint 23 %. La dette publique française constitue la prochaine cible. Avec à la clé un nouveau choc sur le système bancaire, dont les bilans sont intimement liés aux risques souverains, et la relance de la crise de l’euro, dont les mécanismes de secours, limités à 800 milliards, sont insuffisants pour garantir la dette française (1 700 milliards d’euros).

Volontaire ou subie, la rigueur s’imposera au prochain président de la République. La rigueur passe par la baisse des dépenses publiques et non par la hausse des impôts, qui n’est jamais que la préférence pour la dépense poursuivie par d’autres moyens. Elle s’impose autant pour sauver l’euro que pour rétablir la souveraineté de la France, casser le cycle de son déclin, refonder la nation autour de perspectives d’avenir crédibles. Elle constitue la face cachée de la campagne électorale. Les programmes de retour à l’équilibre pour 2016 ou 2017 sont biaisés par des hypothèses de croissance exagérément optimistes (2 à 2,5 %, contre 1,2 % en moyenne depuis 2000), des hausses d’impôts massives (de 14 à 50 milliards d’euros) qui porteront les recettes publiques au-delà de 50 % du PIB, des promesses de dépenses nouvelles et un flou persistant sur d’éventuelles coupes budgétaires. Quel que soit l’élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l’ère de la croissance à crédit. Le temps des déficits et de l’argent public abondant et bon marché est révolu. Voilà pourquoi le prochain président, de gré ou de force, devra s’inspirer de Gerhard Schröder et de Mario Monti. Voilà pourquoi il ne suffit pas de dire que l’on va baisser les dépenses, mais lesquelles et comment. Voilà pourquoi il faut assumer politiquement la rigueur. Dès maintenant.

Voir également:

Sarkozysme, tout sauf insignifiant

Guy Sorman

Distinguons le sarkozysme comme mode d’action et Nicolas Sarkozy comme personnage : les deux ne se recoupent pas tout à fait. C’est le sarkozysme qui ici importe, dont le bilan est fécond : mais oui.

Au reproche essentiel que l’on adresse à Sarkozy, de n’avoir su habiter la fonction, on le remerciera plutôt d’avoir ébréché le monarchisme présidentiel. Jacques Chirac fut l’ultime souverain et Nicolas Sarkozy, le premier moderne ; le sarkozysme est de notre temps, à l’heure du téléphone portable plus que de la plume. On peut détester cette popularisation de la fonction présidentielle mais elle reflète notre époque. Rejeter le sarkozysme pour cette raison-là, revient – c’est permis – à ne pas aimer notre temps. De notre temps aussi est la transgression sarkozyste des lignes partisanes anciennes et de la monopolisation des postes par les vieux mâles blancs. Affecter des socialistes, des femmes issues de l’immigration dans des fonctions décisives aura été une révolution sarkozyste : le gouvernement et la haute fonction publique commencent à ressembler à la société toute entière.

Un repli de l’Etat s’il devenait de nouveau partisan, ethnique, sexiste et gérontocrate, par-delà le sarkozysme, sera probablement impensable, impossible. Quel chef d’Etat, dans l’avenir, osera cantonner un Français arabe à la gestion de l’immigration et une femme à l’assistance sociale ? Le sarkozysme aura donc contribué à une démocratisation du pouvoir et de ceux qui l’exercent. Significatif aussi est le droit accordé aux Français expatriés, pour la première fois, de désigner leurs députés à l’Assemblée nationale : manœuvre politique peut-être mais reconnaissance d’une évolution majeure. La nation ne coïncide plus avec ses frontières : la France n’est pas une géographie mais un territoire mental, là où vivent des Français.

A cette apologie de l’internationalisation de la France, on nous objectera le traitement odieux des Roms et des controverses absolument choquantes sur l’islamisation de la société française. Oui, mais par-delà ces débordements de campagne, le sarkozysme est aussi une réaffirmation de l’Etat de droit contre la désertion antérieure des zones de non-droit : plus une société se diversifie, plus la coexistence de cultures distinctes exige le respect de la loi, comme contrat social. Sarkozy a compris cela : la sécurité est l’avers de la diversité.

Démocratisation et puis modernisation, dans l’enseignement supérieur d’abord : il est évident que la forteresse enseignante devait évoluer vers l’autonomie et la concurrence. Le sarkozysme n’y est pas complétement parvenu mais le chemin est défriché. Modernisation économique aussi, tout juste esquissée pour cause de crise mais avec des ouvertures nécessaires dans le carcan du Droit du travail : le sarkozysme aura dit, sinon fait, que l’entrepreneur soit reconnu comme le seul vrai moteur du dynamisme économique. La crise financière de 2008 a brisé cet élan libératoire : Nicolas Sarkozy a provisoirement cédé à la mythologie keynésienne qui ne laisse jamais dans son sillage que des dettes publique et pas d’emplois. Mais la Grèce et l’Allemagne, se répartissant les rôles, la cigale et la fourmi, ont reconduit le sarkozysme au bon sens : le contrôle des dépenses publiques pour restaurer l’investissement privé.

Ressaisissement aussi et retour aux sources libérales que le rapprochement avec l’Allemagne, partenaire et modèle, puisqu’en économie c’est la rigueur qui paie. Ce qui conduit le sarkozysme vers une Europe fédérale à terme, parce que la Fédération garantira des politiques économiques cohérentes et productives. On aura compris que le sarkozysme est, non pas un anti-gaullisme mais un post-gaullisme puisque nous avons changé de siècle et de société.

Le sarkozysme, c’est aussi le retour de la France à son espace naturel, l’Occident, plutôt que la troisième voie ou le ni-ni. De nouveau, nous voici les alliés diplomatiques et militaires des Etats-Unis. De nouveau, enfin, nous voici du côté des droits de l’homme en Géorgie, en Libye, Syrie, Tunisie, Egypte et – un peu plus que du temps de Jacques Chirac – du côté des droits de l’homme en Chine et en Russie.

En conclura-t-on que le sarkozysme est une vision cohérente du monde, de la France dans le monde, de l’Etat en France ? Il n’en est sans doute que l’esquisse, une première tentative pour que notre nation rattrape son temps et le monde. Car à vouloir trop embrasser, trop vite, le sarkozysme est brouillon, reflet de l’impatience de Sarkozy, l’homme pressé de la Cinquième République : l’action parait décalée de la réflexion, quand le messager occulte le message. Le sarkozysme au total, apparaît telle une pensée forte, indiscutablement contemporaine mais parfois en quête d’auteur.

Voir enfin:

Présidentielle : pourquoi le cas Sarkozy est désespéré

Eric Dupin

 Rue 89

 22/10/2011

« Sarkozy est dans la situation de Giscard avant 1981 », juge François Hollande avec gourmandise. Le parallèle des destinées entre le troisième et le sixième président de la Ve République est, en effet, assez frappant.

Tous deux ont débuté leur règne en majesté, portés par l’espérance réformatrice et osant une magnanime ouverture, pour finir sous une pluie de critiques et d’affaires compromettantes. Nicolas Sarkozy a même curieusement fait référence à Giscard en reprenant récemment à son compte la formule du « bon choix » de 1978.

Le candidat socialiste fraîchement désigné, et investi ce samedi par son parti, se présente d’ores et déjà comme « le prochain Président ». Ce n’est peut-être pas très inspiré, tant les électeurs ne goûtent guère ceux qui semblent excessivement confiants en leur victoire.

Mais il faut bien admettre qu’en cet automne le cas du candidat Sarkozy paraît assez désespéré.

1 Aucun Président gouvernant n’a jamais été réélu

On le répète, tous les Présidents qui ont sollicité un nouveau mandat ont été réélus, à l’exception de Valéry Giscard d’Estaing. Rien ne serait plus facile que d’être reconduit à l’Elysée. A y regarder de plus près, un tout autre éclairage s’impose. Sous la Ve République, aucun Président sortant en phase avec la majorité gouvernante n’a jamais encore réussi à être réélu.

en 1965, le général de Gaulle fut le premier président à être élu au suffrage universel direct. En 1958, il avait seulement été désigné par un collège de « grands électeurs ». Et lorsqu’il a mis sa responsabilité en jeu quatre ans plus tard, lors du référendum de 1969, il a été battu et a quitté le pouvoir ;

Georges Pompidou est mort trop tôt (1974) pour tenter une quelconque réélection ;

Giscard, on le sait, a échoué en 1981 ;

quant à François Mitterrand et Jacques Chirac, ils ont été réélus (respectivement en 1988 et 2002) comme présidents de cohabitation. Ils avaient perdu le contrôle de la majorité parlementaire et ne conduisaient plus l’action gouvernementale.

Si Sarkozy parvenait à se faire réélire en 2012 après avoir piloté lui-même les affaires du pays pendant cinq ans, ce serait une première.

2 Aucun Président n’a jamais été aussi impopulaire

C’est le lot habituel des gouvernants que d’essuyer l’impopularité. Chaque Président a connu des périodes de désamour avec les Français plus ou moins longues.

De Gaulle n’a vraiment irrité le pays qu’en 1963, lors de la grande grève des mineurs. Pompidou a vécu un septennat avorté mais paisible. La cote de Giscard n’a basculé dans le rouge qu’aux alentours de 1977 puis dans les derniers mois de son septennat.

Mitterrand, lui, a été rejeté pendant une longue période, de 1983 à 1986, pour cause de « rigueur » mal digérée. Et Jacques Chirac fut impopulaire des grandes grèves de décembre 1995 à la fin 1997.

Quatre ans d’impopularité continue

Mais Sarkozy explose tous les records. Selon le baromètre historique de l’Ifop (la même question est posée pour tous les Présidents depuis 1958), il décroche haut la main le pompon de l’impopularité.

L’actuel Président a réussi la prouesse de susciter plus de « mécontents » que de « satisfaits » tous les mois depuis janvier 2008 ! Déjà presque quatre ans d’impopularité continue.

Sarkozy a même très souvent rencontré l’hostilité de deux Français sur trois. Aux dernières nouvelles, seulement 32% des sondés s’en disent « satisfaits » contre 67% de « mécontents ».

Pour mémoire, en septembre 1980, Giscard venait tout juste dans basculer dans un solde négatif avec 41% de « satisfaits » et 42% de « mécontents ».

3 Aucun Président sortant n’a jamais eu aussi peu d’intentions de vote

A sept mois d’une élection présidentielle, il ne faut évidemment pas prendre les enquêtes d’intentions de vote au pied du chiffre. La campagne n’a pas encore joué ses effets. Elles n’en indiquent pas moins un point de départ à prendre en considération. Là encore, le cas Sarkozy est de nature à susciter la compassion.

Trois sondages récents (enquête BVA, enquête CSA, enquête Ifop) le donnent largement devancé par Hollande (35 à 39% contre 23 à 25%) au premier comme au second tour (60 à 64% pour Hollande) de la présidentielle. Rien à voir avec la situation de ses devanciers.

En octobre 1980, la Sofres attribuait encore 57% des intentions de vote à Giscard pour le second tour. Mitterrand fut très tôt le favori de l’élection de 1988. Contrairement à ce que l’on prétend parfois, les enquêtes d’opinion furent très partagées sur les chances respectives de Lionel Jospin et de Jacques Chirac avant que ne s’engage la campagne de 2002.

Il est sans précédent pour un président sortant, bénéficiaire des avantages de la fonction et pouvant même prétendre à quelques succès au plan international, d’être aussi bas dans les intentions de vote à sept mois du scrutin.

Il n’est certes jamais impossible de remonter la pente. La campagne de 2012 ne manquera pas d’être riche en péripéties et rebondissements. Mais il faudra à Sarkozy une chance et un talent extraordinaires pour redresser une situation aussi compromise.

Cela tombe bien : lui-même est intimement persuadé de posséder l’une comme l’autre.

Voir enfin:

La crise hypothèque-t-elle la modernisation de l’Etat ?

Les exemples du Canada, de la Suède et de la Nouvelle-Zélande

Sandrine Gorreri

IFRAP

5 novembre 2009

A la crise économique récente qui a frappé l’économie mondiale, les Etats ont répondu par des plans de relance massifs : soutien au secteur financier et aux secteurs économiques et industriels les plus durement touchés, protection sociale accrue sur les populations les plus exposées, mesures de soutien à la consommation et de reconversion de l’emploi, etc.

Mais à la veille du débat budgétaire qui s’ouvre en France, une telle politique paraît de plus en plus difficile à poursuivre sans mettre en péril notre modèle social. En effet les marges de manœuvre se sont tendues : les déficits budgétaire et sociaux nés de ces réponses à la crise posent la question de la soutenabilité de l’intervention publique. Et pour chaque élément nouveau de notre contrat social, se pose la question du renoncement à un autre avantage. La France doit-elle en passer par une remise à plat de son modèle social et une redéfinition des contours de l’intervention publique ? Dès 2007, le Président de la République avait lancé un programme de révision générale des politiques publiques (RGPP) afin de « conduire les réformes essentielles pour les citoyens, l’administration et les finances publiques ».

Ce volontarisme affiché dans la réforme de l’Etat doit permettre de mener une large modernisation de l’administration et des services publics tout en concourant au redressement de l’équilibre budgétaire. La crise actuelle nous amène à nous interroger sur l’opportunité de poursuivre un tel chantier : une réponse est apportée par trois pays qui ont profondément modernisé leur administration dans les vingt dernières années, le Canada, la Suède et la Nouvelle-Zélande. Ces pays ont en commun d’avoir mis en œuvre cette réforme en réponse justement à des situations de crise économique profonde.

I- Contexte économique et politique de réforme

Il est frappant de constater que le contexte dans lequel s’est conduit la réforme de l’État dans ces trois pays est assez similaire et répond directement à notre question. La crise économique de 1990-91 avait déjà, rappelons-le, creusé les déficits des finances publiques et fait bondir le chômage. Obligés de réagir, ces gouvernements ont appliqué une réforme de l’Etat qui s’est imposée comme une solution pragmatique face à la situation économique dégradée, plus que comme un choix politique délibéré. Il est d’ailleurs notable que cette réforme de l’Etat ne figurait pas en tant que telle dans les programmes électoraux.

– Canada

Au début des années 1990, la situation économique du Canada s’était fortement détériorée. Les déficits publics atteignaient 8,7% du PIB, dont 6% pour le gouvernement fédéral, et la dette du seul gouvernement fédéral était de 66% du PIB. Quant au service de la dette il absorbait 37% des recettes fiscales ! La crise avait fait grimper le chômage à 11,4%. Comme l’a déclaré Paul Martin, ancien ministre des Finances qui remplaça Jean Chrétien au poste de Premier ministre : « le fait que les charges de la dette menaçaient les dépenses de nos meilleurs programmes sociaux – santé et retraites – était simplement inacceptable ». Aux élections de 1993, le parti conservateur a été battu par le parti libéral de Jean Chrétien, qui s’est fait élire sur le slogan « pour la création d’emplois, pour la relance économique », sans cacher que l’assainissement des finances publiques était « essentiel à la création d’emplois ». La réussite de cette réforme fut de démontrer que l’assainissement des finances publiques était un facteur de préservation des acquis sociaux.

– Suède

Le parallèle avec la Suède est intéressant : la réforme a été suscitée par la nécessité de préserver les fondements du généreux modèle social. Parce que de nouveaux besoins sociaux venaient augmenter le poids sur les finances publiques, la volonté de défendre le modèle de l’État-providence, particulièrement dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou du logement, a conduit à l’adapter pour en assurer la pérennité.
La crise financière du début des années 1990 avait provoqué une explosion des dépenses publiques à 67,5% du PIB et du poids de la dette. Le gouvernement se devait de réagir en décidant une politique de plafonnement des dépenses dans différentes administrations, une réforme en profondeur de la protection sociale, et une politique active de privatisations. Cette réforme permit de réduire la dette publique et de redonner des marges de manœuvre au modèle suédois.

– Nouvelle-Zélande

Là encore, c’est une forte dégradation de la situation économique, mais cette fois au début des années 1980, qui déclencha la politique de réformes. De toutes les réformes évoquées ici, celle menée en Nouvelle-Zélande fut certainement la plus ambitieuse puisqu’elle toucha toute la politique économique : elle ne se limita pas à la restructuration du secteur public mais procéda aussi à une refonte de la réglementation économique et notamment du système de subventions aux entreprises et à l’agriculture. L’économie néo-zélandaise se définissait avant cela par une structure économique particulièrement interventionniste, interventionnisme qui s’était accru après la première crise pétrolière et la fin de l’accès privilégié au marché britannique, dans ce pays, aussi appelé le paradis des travailleurs. La situation était telle qu’elle provoqua la perte de confiance des marchés et une forte déstabilisation de l’économie. Le gouvernement travailliste arrivé au pouvoir en 1984 réagit immédiatement en menant des réformes qui ont par la suite redéfini le rôle de l’État et profondément transformé la société néo-zélandaise en quelques années.

Ces réformes de grande ampleur furent mises en œuvre non sans contestation. Elles n’ont toutefois pas empêché les équipes au pouvoir de se faire réélire. Au Canada, le parti libéral a ainsi été réélu en 1997, puis en 2000 et en 2004. En Nouvelle-Zélande, malgré la dureté des réformes, le gouvernement travailliste sera réélu en 1987. Quant aux conservateurs qui leur succéderont, ils poursuivront cette même politique. Même si la pratique du dialogue social est différente dans chacun de ces pays, ces éléments montrent que le consensus sur la situation économique du pays avait été suffisamment fort pour emporter la décision des électeurs et appuyer la volonté de réforme des équipes gouvernementales.

II- Les réformes entreprises

– Canada

Le ministre des Finances Paul Martin lança immédiatement un programme de réduction des dépenses : le nombre de ministères diminua, les salaires des fonctionnaires furent gelés et un réexamen complet de toutes les dépenses publiques, baptisé « examen des programmes », fut mené avec pour objectif de ramener en 2 ans le déficit fédéral de 6% à 3% du PIB, sans augmenter les impôts. Ce vaste chantier a conduit à une réduction de 17 milliards de dollars canadiens les dépenses publiques. L’examen des programmes devait éviter d’imposer des réductions uniformes à tous les ministères et permettre de fixer des priorités : les subventions aux entreprises furent diminuées par exemple de 60%. Des administrations furent supprimées ou regroupées. Les relations entre le gouvernement fédéral et les provinces furent simplifiées, permettant de clarifier les subventions versées par le gouvernement fédéral, dont l’affectation fut laissée à la discrétion des provinces. Plusieurs services publics furent confiés au secteur privé. L’assurance-chômage fut réformée avec une politique d’incitation au retour à l’emploi des chômeurs.

Pour faciliter la baisse de 15% des effectifs des fonctionnaires fédéraux, une administration temporaire fut mise en place, pour contrôler les recrutements des administrations, en vue de les remplacer par des reclassements de fonctionnaires dont le poste était supprimé. L’usage des nouvelles technologies fut généralisé. Des objectifs de résultats chiffrés furent demandés aux administrations concernées.

Les résultats de cette politique ont été spectaculaires : la dette publique est passée de 96% en 1993 à 64% en 2007. Dès 1997, le solde budgétaire est redevenu positif pour le rester jusqu’en 2007 (à l’exception des années 2002/2003). Malgré les baisses d’effectifs, la qualité des services publics ne s’est pas détériorée, selon l’opinion des usagers. La réforme s’est également appuyée sur des indicateurs tels que la croissance de l’emploi. Le chômage de longue durée (au sens de l’OCDE, les personnes sans emploi pendant plus de 12 mois en pourcentage du nombre de chômeurs) a baissé, atteignant 7,5% en 2007, à comparer à des taux supérieurs à 40% en France, en Italie ou en Allemagne. Le marché du travail s’est aussi davantage ouvert aux jeunes : près de 60% des 15-24 ans avaient ainsi un emploi en 2007, contre moins de 40% pour la France. La réforme a rencontré une certaine opposition, des syndicats de fonctionnaires notamment, mais aussi au niveau des provinces qui ont vu leurs compétences s’accroître, mais la négociation s’est jouée entre baisse des dépenses et baisse des prélèvements.

– Suède

C’est par réaction à la situation explosive de la dette et des dépenses publiques que la Suède a mis en place son programme de modernisation de l’action publique, avec pour objectif clair d’ « en avoir plus » pour le niveau de dépenses du pays grâce à une meilleure organisation et productivité de l’administration. Cette transformation a été opérée en simplifiant l’organisation de l’État avec 13 ministères comptant 30 000 fonctionnaires et en transférant l’essentiel des compétences opérationnelles des ministères à 250 agences comptant environ 200 000 fonctionnaires.
La réforme s’est fortement appuyée sur les directeurs de ces agences. Chaque directeur d’agence a vu ses responsabilités renforcées en matière de recrutement, de formation et de rémunération des effectifs. En contrepartie de cette autonomie, les directeurs étaient évalués et rémunérés aux résultats par leur ministère de tutelle auquel ils devaient rendre des comptes. Cette approche a été confortée par une réforme du cadre budgétaire et comptable qui a permis d’évaluer le coût complet des services publics, élément essentiel d’une gestion par résultat et d’une meilleure efficacité de la dépense publique. D’autre part, l’organisation administrative en agences a été facilitée par le rapprochement de la gestion des agents publics sur le cadre de travail des salariés du secteur privé. Cette évolution a été rendue possible par une pratique du dialogue social très poussé reposant sur un taux de syndicalisation le plus élevé d’Europe (près de 80% de la population active). Enfin, cette politique s’est appuyée sur la délocalisation des agences et services publics et, là aussi, sur une généralisation des nouvelles technologies.

L’autre point fort de la réforme a été le recours à la décentralisation : les compétences en matière d’enseignement ont été transférées aux communes et les compétences en matière de santé ont été transférées aux régions. De très nombreux hôpitaux ont aussi été privatisés et confiés à des entreprises, notamment une partie de ceux de la ville de Stockholm. Les résultats se sont mesurés en matière de coût, de qualité et de délai d’attente : 2 ans après les réformes, les infirmières de Stockholm ont été augmentées en moyenne de 17% et les files d’attente ont été raccourcies de moitié. Les syndicats ont été parties prenantes dans cette mutation et le changement a largement été négocié. Pour les écoles, elles sont restées publiques mais autonomes. Enfin, le fonctionnement des entreprises publiques a été aligné sur celui du privé. Toutes ces restructurations, menées pour des motifs de rigueur budgétaire, ont été comprises et acceptées par les dirigeants syndicaux à condition qu’un volet d’accompagnement social soit mis en place. C’est en s’appuyant sur un dialogue social très développé que le pays a pu mener à bien sa réorganisation administrative et préserver son modèle social.

– Nouvelle-Zélande

C’est à partir de 1984 et sous l’incitation du ministre travailliste des finances, Roger Douglas, que le pays soumet ses structures économiques à de profondes transformations. Ces réformes (statut de la fonction publique, mais aussi réforme du droit du travail, fin des subventions aux agriculteurs, réduction du budget de fonctionnement de l’administration…) furent menées par un gouvernement travailliste élu sur un programme clairement libéral. Le gouvernement commença par ouvrir le plus possible l’économie. En parallèle, il mena une baisse des effectifs, les administrations centrales passant de 88.000 à 35.000 employés. La suppression du statut de la fonction publique entamé en 1986 avec le « State Sector Act » signifie concrètement que les employés du secteur public sont devenus des employés comme les autres.

Le système fiscal a été simplifié et le secteur public privatisé. Sur le plan social, l’âge du départ à la retraite a été fixé à 65 ans, les indemnités de licenciement réduites et les prestations de santé tarifées en fonction du revenu des usagers (la concurrence entre caisses a été généralisée). La loi « Employment Contract Act » de 1990 a mis fin à la pratique du syndicat obligatoire et introduit un régime de contrats individuels ou par groupes qui ouvre la voie à des négociations salariales décentralisées et non plus tenues au niveau national entre patronat et syndicats.

Entre 1993 et 2008, la Nouvelle-Zélande a connu une croissance de 3,5% en moyenne et une baisse du chômage de 9,5 à 3,6%. Les dépenses publiques sont tombées de 59% en 1987 à moins de 35% en 2007. Pour la Nouvelle-Zélande, le contenu idéologique s’est largement inspiré des réformes britanniques mises en œuvre par Margaret Thatcher. Un exemple qui illustre la diffusion des pratiques de politiques publiques au sein du Commonwealth. La Nouvelle-Zélande est sans doute le pays qui est allé le plus loin avec sa « thérapie de choc » et l’alignement de la gestion publique sur la gestion privée : gestion comptable, gestion des ressources humaines, privatisations, etc. Cette réforme a sans doute été facilitée dans un pays jeune, petit et isolé qui avait besoin d’accomplir un redressement économique considérable. Même s’il y a eu une forte opposition, l’opinion publique était convaincue de la nécessité de réformer le système.

France Canada Suède Nouvelle-Zélande
Population (en milliers d’habitants) 2008 61 840 33 095 9 195 4 268
Taux de prélèvements obligatoires (en % du PIB) 2007 43,5 33,3 48,2 36
Dette publique (en % PIB) 2007 70,1 64 46,9 25,3
Taux de chômage (en % de la population active) 2007 8,3 6 6,2 3.6
Taux d’emploi (en % de la population active) 2007 63,98 73,61 75,65 75,43
PIB par habitant (au prix du marché, en USD) 2007 32 686 38 500 36 603 27 431
Source : OCDE

Au travers de ces exemples, la conclusion est claire : oui, la réponse à la crise est compatible avec la modernisation de l’État. Elle a même été dans ces trois cas le déclencheur nécessaire à des transformations profondes de l’organisation administrative et des politiques publiques. Ces réformes ne se sont pas faites sans difficultés mais leurs effets sur les finances publiques a été à la hauteur des attentes qui étaient nées face à des situations de crise. Elles ont de surcroît rencontré la satisfaction des citoyens et des usagers. Cela n’empêche pas ces pays d’être frappés par la crise actuelle mais il est évident que cela leur accorde de meilleures marges de manœuvre. Pendant ce temps, en France, de nombreux rapports et commissions se sont préoccupés de la modernisation de l’Etat, mais le poids de la sphère publique reste toujours aussi élevé. C’est d’ailleurs dans le secteur public que sont cantonnés l’essentiel des effectifs syndicaux, ce qui rend l’exercice encore plus difficile malgré un volontarisme politique de longue date.

L’expérience de ces trois pays montre que plusieurs éléments doivent se conjuguer pour mener à bien ces transformations : tout d’abord la légitimité sortie des urnes pour une équipe qui place le redressement de l’économie et la défense d’un contrat social comme objectif prioritaire à atteindre, la réforme de l’État n’étant qu’un moyen d’y parvenir.
Ensuite, la prise de conscience à travers une grave crise économique et budgétaire de la rareté de la ressource publique et de la nécessité d’en « avoir pour son argent ». Désormais, les exigences des citoyens sont renforcées, ce qui rend impossible le maintien de prélèvements obligatoires élevés et le blocage des réformes indispensables.
Enfin, la réforme implique une attitude pragmatique des parties prenantes : c’est la recherche d’une plus grande efficacité du modèle social qui doit être mise en avant par les pouvoirs publics, plus qu’une simple logique comptable. Pour les syndicats, c’est un changement de stratégie qui passe par la négociation des réformes plutôt qu’une opposition systématique. C’est au prix de ces efforts que l’on pourra, en France, réussir la réforme de l’État et des politiques publiques.

Cet article était initialement publié dans la revue de l’association des anciens élèves de Sciences-Po « Rue Saint-Guillaume ».

3 commentaires pour Présidentielle 2012: Pourquoi je voterai malgré tout pour Sarkozy (From the frying pan into the fire?)

  1. […] la Suède, la Nouvelle-Zélande ou le Canada) la rigueur que son prédécesseur a eu tant de mal à assumer ? jc durbant @ 14:30 Catégorie(s): Bobologie et dhimmitude etLes idiots inutiles […]

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  2. jcdurbant dit :

    Voir aussi:

    Message aux indécis
    Jean d’Ormesson
    UJP
    19 avril 2012

    La victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d’être éclatante.

    Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.
    La question n’est pas de savoir qui l’emportera en mai 2012.
    On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn.
    On a pu croire que ce serait Mme Aubry.
    On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen.
    Il n’est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu’à se persuader de leur chance de l’emporter. Tout sauf Sarkozy.
    N’importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé, et même spirituel.
    Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique.
    Il est mondialement connu en Corrèze.
    Ce n’est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires.
    Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe.
    Par temps calme et sans nuages. Il n’est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut.
    C’est une espèce d’entre-deux: un pis-aller historique.
    Ce n’est pas Mitterrand: ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n’est pas Jaurès ni Léon Blum: c’est Albert Lebrun. Ce n’est pas Clemenceau: c’est Deschanel.
    Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l’élire à l’Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.
    C’est vrai: Sarkozy en a trop fait. Hollande, c’est l’inverse. Car n’avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n’est pas exclu, il est même possible ou plus que possible, que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République.
    C’est qu’à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d’être d’accord entre eux -je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande-, ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s’allonger), 60.000 nouveaux fonctionnaires (quand il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30% de baisse sur les traitements du président et des ministres (même M. Jean-Marie Le Pen, de glorieuse mémoire, n’a jamais osé aller aussi loin dans le populisme et la démagogie).
    Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.
    Aussi n’est-ce pas dans la perspective de l’élection de 2012 que je me situe.
    C’est avec le souci du jugement de l’histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaitre, a fait pas mal d’erreurs.
    À voir comment se présente la campagne d’un Parti socialiste qui semble n’avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu’avec M. Sarkozy. Les déclarations d’intention ne valent rien.
    Il faut des exemples vivants.
    M. Zapatero, en Espagne, est un homme plus qu’estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre.
    M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France?
    M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus trainé dans la boue qu’aucun dirigeant depuis de longues années.
    Il a pourtant maintenu le pays hors de l’eau au cours d’une des pires crises que nous ayons jamais connues.
    Il n’est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l’Europe et l’euro.
    Pour affronter le jugement de l’histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu’à l’absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon.
    Bonaparte Premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités.
    Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l’idée d’être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin.
    Je veux bien croire -je n’en suis pas si sûr que pour 2012 les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé.
    J’imagine très bien l’explosion d’enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l’élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée.
    Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015.

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  3. […] pour les Etats-Unis il y a quatre ans et peut-être à nouveau dans six mois, avoir finalement rattrapé les meilleurs efforts du plus américain de nos présidents […]

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