Printemps arabe/Médias français: C’est à la fois un événement et un non-événement (Behind Antoine Sfeir’s supposed pen for hire crime, the very real common practice of ghostwritten books)

C’est à la fois un événement et un non-événement. Le non-événement c’est que dans ces pays-là, beaucoup de matches se terminent par des pugilats. L’événement c’est le nombre de morts. C’est le nombre de morts qui fait qu’on en parle. Dans tous les événements qui secouent le Proche-Orient, on peut voir une manipulation. Que l’armée ou la police n’ait pas fouillé les gens, ils ne fouillent pas toutes les personnes au stade. Que l’armée soit restée l’arme au pied, ils n’ont pas reçu d’ordre, c’est ça le drame. C’est trop facile derrière de se cacher derrière les supporters de Moubarak. Les frères musulmans sont aux affaires et responsables devant la population qui les a élus. Si le peuple n’a pas de pain pour manger, ils seront tenus pour responsables et n’auront pas 37% aux élections. L’armée a été et veut rester l’ossature du pouvoir. Il faut voir dans cet événement quelque chose de sociétal. Près d’un an après le renversement de Moubarak, on est à la recherche d’un autre Raïs. Le peuple lui-même est perdu. Il se retrouve dans une bipolarité entre les frères musulmans ou l’armée islamiste alors que ce sont les jeunes, qui ont lancé la révolution et qui ne sont dans aucun de ces camps. Aujourd’hui, ils sont paumés et à la recherche d’autre chose. Il y a un vide qui s’est créé et qu’il faut remplir d’une manière ou d’une autre.  Antoine Sfeir (sur les 74 morts des émeutes post-match de Port-Said, RMC, 02.02.12)
Ce n’est pas toujours en allant de mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se plaindre, et comme s’il ne les sentait pas, les lois les plus accablantes, les rejette violemment dès que le poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait immédiatement précédé, et l’expérience apprend que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le Mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. Tocqueville (L’ancien régime et la révolution, 1856)
Que voulez-vous attendre de gens qui passent leurs vacances dans leur riad à Marrakech ou dans des palaces en Tunisie ou en Égypte ? […] Ils sont tétanisés parce qu’ils ont une trouille bleue de l’islamisme et qu’ils ne savent pas quoi penser de mouvements populaires qui, tôt ou tard, risquent de se retourner contre Israël. Régis Debray
Il faut, hélas, dire ce qui est : beaucoup d’intellectuels pensent au fond d’eux-mêmes que les peuples arabes sont des arriérés congénitaux à qui ne convient que la politique du bâton. (…) Beaucoup peinent à sortir de la séquence ouverte en 2001 et marquée par le credo néoconservateur qui veut que l’islam soit le terreau du terrorisme. Obsédés par la peur de la charia, ils sont pris au dépourvu, comme s’ils n’étaient pas équipés du logiciel leur permettant de comprendre que ce qui se passe, en particulier en Tunisie, est tout simplement un «printemps des peuples». Daniel Lindenberg
Si les intellectuels médiatiques n’ont pas grand-chose à dire, c’est parce que la plupart d’entre eux continuent de raisonner avec des catégories issues de la guerre froide : ils analysent le totalitarisme islamiste comme ils analysaient le totalitarisme soviétique. (…) Le monde arabe est un secteur très bien quadrillé par la recherche française. Mais il est vrai que les «academics», tout en étant ultracompétents dans leurs domaines, sont réticents à prendre position sur des aires géographiques qu’ils ne connaissent pas sur le bout des doigts. Ce sont des gens qui s’expriment de façon généralement nuancée et qui sont donc moins audibles que les «grands» intellectuels prompts à lancer des oukases à tout bout de champ. Henry Laurens
La Tunisie a clairement choisi son camp dans la lutte contre l’intégrisme religieux. Le régime est intransigeant vis-à-vis de tout embryon de prosélytisme islamiste, mais mène parallèlement à sa politique répressive une vaste campagne de pédagogie, appuyée sur une pratique sereine et modérée de la religion. C’est pour cette raison que le pays constitue véritablement un rempart contre la déferlante intégriste dans la région ; c’est pour cette raison également que la Tunisie est un enjeu crucial, et une cible de choix pour l’islamisme et le terrorisme. Si elle venait à tomber, il faudrait craindre à nouveau pour l’Algérie, mais également le Maroc, la Libye et peut-être même l’Égypte, tous menacés par un effet de dominos. Antoine Sfeir
Comment un pays qui accueille plus de 6 millions de touristes par an, la plupart sans visa, peut-il être qualifié de régime policier ?
Y a-t-il donc lieu de penser que la Tunisie est un pays corrompu ? Objectivement, non.
Les islamistes ont gravement troublé l’ordre public. Peut-on aujourd’hui imaginer l’existence légale d’un parti nazi en France ? Peut-on rejeter l’existence de l’holocauste sans subir de sanctions ? En Tunisie comme ailleurs, les idées des islamistes sont jugées dangereuses.
En “omettant” de mentionner les avancées de la Tunisie dans le domaine socioéconomique et en insistant lourdement sur la moindre chose qui ne va pas, en “omettant” également de mentionner que l’écrasante majorité de ces prisonniers que l’on utilise pour salir l’image d’un des meilleurs régimes du monde arabe, est en fait une bande d’islamistes illégaux, les organisations des droits de l’homme et les médias deviennent les complices de ces islamistes.
La situation de la “maison Tunisie” s’améliore et on ne modifie pas une manière de travailler lorsqu’elle donne de bons résultats.  Antoine Sfeir
Force est de reconnaître que le pays progresse régulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. C’est un fait dont tous les organismes internationaux font état dans leurs rapports. C’est cette ouverture et cet assainissement progressifs de la vie publique que je souhaite évoquer aujourd’hui, sans pour autant me voiler la face sur les problèmes qu’il reste à résoudre. Antoine Sfeir
Il peut paraître complaisant, il peut paraître flatteur  C’était plus un coup de gueule qu’autre chose. Je trouvais très facile de tomber sur la Tunisie à ce moment là, alors qu’on ne critiquait jamais le roi d’Arabie saoudite ni les chefs des pétromonarchies.  Mais je ne veux pas rejeter la faute sur eux. J’assume. Je n’avais pas pris la mesure des conséquences de la corruption des Trabelsi. Je l’avoue sans problème : je me suis trompé lourdement sur la Tunisie. Antoine Sfeir
Mais ce style, si différent de sa production habituelle ? L’essayiste finit par reconnaître, « en gros », qu’il s’est fait « aider » (comme on dit pudiquement) par des « collaborateurs » puis qu’il a « affiné le tout ». Rue 89

Attention: un non-évènement peut en cacher un autre!

A l’heure où, à moins de trois mois d’une présidentielle apparemment déjà « pliée » car réduite au choix de l’ampleur de la défaite que l’on voudra infliger au sortant ou de la victoire que l’on réservera à l’entrant, vouloir regarder la réalité en face vous range automatiquement dans la case extrême-droite

Et au premier anniversaire d’un « printemps arabe » qui confirme chaque jour un peu plus les réserves qu’on avait pu avoir sur lui …

Retour, avec un entretien de l’an dernier du site d’information Rue 89, sur le cas particulièrement éclairant de l’indéboulonnable et dument enrubanné expert muticartes du « Monde arabe » Antoine Sfeir …

Où l’on découvre …

Derrière le mea culpa arraché sur l’erreur d’appréciation supposée sur la situation tunisienne (qui avait voulu pointer – le malheureux!- à la fois la menace que l’on voit à l’oeuvre aujourd’hui et les améliorations sans lesquelles ledit printemps n’aurait justement pu avoir lieu!)…

Et en toute fin d’entretien et au détour d’une phrase …

L’ordinaire des pratiques plus ou moins occultes de financement et de rémunération mais aussi d’écriture journalistiques …

Auteur d’une apologie de Ben Ali, Antoine Sfeir fait son mea culpa

Mathieu Deslandes

Rue 89

18/02/2011

Dans la bibliographie d’Antoine Sfeir, il y a un intrus à 19,95 euros. Un mauvais livre, bourré de lourdeurs, d’arguments d’autorité et de raisonnements par l’absurde, qui ne sont pas du niveau du directeur des Cahiers de l’Orient.

Il a été publié en 2006 aux éditions de l’Archipel sous un titre un peu hypocrite : « Tunisie, terre de paradoxes ». Quelque chose comme « Défense et illustration de la Tunisie de Ben Ali » aurait été plus fidèle au contenu.

« Salir l’image d’un des meilleurs régimes du monde arabe »

Le livre d’Antoine Sfeir, « Tunisie, terre de paradoxes ».

Morceaux choisis :

« Comment un pays qui accueille plus de 6 millions de touristes par an, la plupart sans visa, peut-il être qualifié de régime policier ? »

« Y a-t-il donc lieu de penser que la Tunisie est un pays corrompu ? Objectivement, non. »

« Les islamistes ont gravement troublé l’ordre public. Peut-on aujourd’hui imaginer l’existence légale d’un parti nazi en France ? Peut-on rejeter l’existence de l’holocauste sans subir de sanctions ? En Tunisie comme ailleurs, les idées des islamistes sont jugées dangereuses.

En “omettant” de mentionner les avancées de la Tunisie dans le domaine socioéconomique et en insistant lourdement sur la moindre chose qui ne va pas, en “omettant” également de mentionner que l’écrasante majorité de ces prisonniers que l’on utilise pour salir l’image d’un des meilleurs régimes du monde arabe, est en fait une bande d’islamistes illégaux, les organisations des droits de l’homme et les médias deviennent les complices de ces islamistes. »

« La situation de la “maison Tunisie” s’améliore et on ne modifie pas une manière de travailler lorsqu’elle donne de bons résultats. »

Comment ce spécialiste autoproclamé du Moyen-Orient a-t-il pu écrire de telles lignes ?

Depuis 2006, pour l’ancienne opposition tunisienne, une seule explication était envisageable : Antoine Sfeir s’était forcément fait payer par le régime de Ben Ali via l’ATCE (Agence tunisienne de communication extérieure), l’organe officiel de promotion du pays. Des documents portent d’ailleurs la trace de plusieurs transactions financières entre l’ATCE et les Cahiers de l’Orient.

Quand on appelle Antoine Sfeir à ce sujet, il lâche :

« Je suis un peu étonné… Enfin, non, je m’y attendais. »

Livraisons à l’ambassade de Tunisie

Puis il s’explique sur les sommes perçues. Selon lui, « elles ne sont pas liées au livre ». Il sait que l’ATCE a acheté quelques centaines d’exemplaires de « Tunisie, terre de paradoxes » directement auprès de l’éditeur. Il assure ne s’en être pas « mêlé ». L’ouvrage s’est vendu au total à 2 500 exemplaires.

En revanche, Antoine Sfeir révèle que depuis sa création, en 1990, l’ATCE (« très contente du contenu » des Cahiers de l’Orient, dixit un ancien dirigeant, renversé dans la foulée de la révolution de janvier) commandait de nombreux exemplaires de chaque numéro consacré à la Tunisie : « 500 exemplaires la première fois, 1 000 les fois suivantes » – des quantités importantes pour une publication tirée à 4 000 exemplaires environ.

Il se rappelle avoir assuré lui-même les livraisons à l’ambassade de Tunisie « à la demande du directeur de l’ATCE ». Il précise que les revues ont été réglées « au prix public » (tarif actuel : 18 euros).

« Vendre mon âme aux Saoudiens »

Son livre était-il un moyen d’entretenir ces bonnes relations avec le régime de Carthage ? Ce soupçon fait s’indigner Sfeir :

« Je n’ai jamais écrit quoi que ce soit contre rémunération. Je vous propose de venir à la banque où je suis depuis 24 ans, le Crédit Lyonnais, et de voir tous mes comptes.

Si je voulais faire fortune, cher confrère, j’aurais accepté de vendre mon âme aux Saoudiens. Ils payent beaucoup plus. Des officiels du régime saoudien m’ont proposé des sommes à sept chiffres pour un numéro des Cahiers ou un livre sur l’Arabie.

J’ai répondu – et on m’a traité d’idiot – que venant d’un village à 1 200 mètres d’altitude, j’étais plus proche du ciel qu’eux et que je coûtais donc trop cher pour eux. »

« Je me suis trompé lourdement sur la Tunisie »

Reste ce livre étrange. « Il peut paraître complaisant, il peut paraître flatteur », admet-il :

« C’était plus un coup de gueule qu’autre chose. Je trouvais très facile de tomber sur la Tunisie à ce moment là, alors qu’on ne critiquait jamais le roi d’Arabie saoudite ni les chefs des pétromonarchies. »

Certes. Mais ce style, si différent de sa production habituelle ? L’essayiste finit par reconnaître, « en gros », qu’il s’est fait « aider » (comme on dit pudiquement) par des « collaborateurs », puis qu’il a « affiné le tout » :

« Mais je ne veux pas rejeter la faute sur eux. J’assume. Je n’avais pas pris la mesure des conséquences de la corruption des Trabelsi. Je l’avoue sans problème : je me suis trompé lourdement sur la Tunisie. »

Voir aussi:

Le Sfeir à repasser de Ben Ali

Laurent Macabies

Backchich

22/01/2011

L’ami Sfeir perd-il la boule ? Invité depuis quelques jours à réagir au soulèvement de la population tunisienne, le directeur des Cahiers de l’Orient se met enfin à critiquer les agissements néfastes de Ben Ali et de sa clique. Le journaliste a pu ainsi apporter sur France Inter, France Soir ou Le Télégramme son analyse éclairée de « spécialiste du monde arabo-musulman ». Avec beaucoup de courage, puisqu’il y a, entres autres, fustigé la corruption et le « racket » du régime de Ben Ali… après son départ. Quelques mois avant « la révolte de Jasmin », c’était une autre paire de manches…

Le « pari » économique gagnant du président

Lors de la sortie en juin 2006 du bouquin du sieur Sfeir Tunisie, terre de paradoxes (éditions Archipel), Bakchich avait raillé ce « livre de propagande encensé -comme il se doit- par la « critique » tunisienne ». « Notre auteur s’évertue à lécher les bottes du gouvernement de Ben Ali », considérait-on.

Dans l’ouvrage, repris allègrement par le site d’information pro-gouvernemental http://www.infotunisie.com, Antoine Sfeir diagnostiquait une économie florissante : « Ben Ali a fait émerger un pays nouveau, bâti sur cette vieille tradition d’ouverture et de progrès (…). Peu dotée par la nature de ressources minières (la Tunisie) avance quand même, parce que son Président a parié sur les capacités et la volonté des Tunisiens, et non sur une hausse des cours du pétrole ».

« La réunion des compétences en un seul homme »

« Des responsables politiques du monde entier, mais aussi des hommes de lettres et de culture, se sont associés pour rendre hommage à l’œuvre de Zine El Abidine Ben Ali », écrivait aussi le flagorneur. « Personne ne les a obligés à le faire. S’ils ont trouvé que leur démarche est justifiée, c’est parce qu’en Tunisie on trouve autre chose que ce que les médias veulent montrer ». Le Monde Diplo (20/09/2006) relevait lors de la sortie du livre d’autres jolis fayotages à l’égard de Ben Ali, décrit comme réunissant « en sa personne toutes ces compétences. D’une part, elles lui permettent de se montrer plus efficaces, et les résultats obtenus plaident en sa faveur ; d’autre part, la réunion de ces compétences en un seul homme évite de les voir entrer en conflit. »

Prolongement de son bouquin, Antoine Sfeir a sorti un numéro spécial des Cahiers de L’Orient en hiver 2010 intitulé « L’exception tunisienne ». Avec des chapitres tels que « un rempart contre l’intégrisme », « Patrimoine archéologique et renouveau culturel » ou « Des succès économiques confirmés » ou des parties comme « Pourquoi les Tunisiens votent-ils Ben Ali ? » (« Ben Ali est crédible, et son bilan est positif sur les plans social, économique et politique »), « Une politique de sécurité musclée mais préventive » ou « La Tunisie face à la crise : anticipations et réformes »…

La caricature des « ennemis de la Tunisie

À l’occasion de la sortie du numéro, Antoine Sfeir s’est fait inviter par le Club de la presse à Genève en compagnie du journaliste à L’Alsace François Bécet. Ce dernier, auteur de « Tunisie, porte ouverte sur la modernité » (Le Cherche Midi) que Sfeir a préfacé, estimait, que le pays de Ben Ali était l’« objet de désinformation, victime de l’hostilité de quelques pseudo défenseurs de la démocratie, qui, se cachant sous de fausses apparences, travestissent la réalité », rapportait La Tribune de Genève.

Hasard malencontreux du calendrier, François Bécet a d’ailleurs sorti le 14 janvier 2011 un autre livre « Ben Ali et ses faux démocrates » ! Le « speech » de cet autre « spécialiste », consultable sur le site des Éditions Publisud, est hilarant :

« Avec l’élection du 24 octobre, les  » ennemis  » de la Tunisie se déchaînent en affirmant critiquer le pays parce qu’ils l’aiment. Si c’était vrai, ils reconnaîtraient l’immense travail de redressement accompli par le président Ben Ali, depuis le 7 novembre 1987. D’un pays en perdition, il a fait un  » petit dragon  » et a redonné fierté à tous les Tunisiens. Tout n’est pas parfait, l’ouverture politique demande sans doute à être accélérée. Toutefois, le débat sur le rythme de cette ouverture est maintenant lancé. Les partis d’opposition, au lieu de se battre entre eux et de ne rien proposer aux citoyens, devraient faire leur mea culpa et se tourner enfin vers les Tunisiens. Quant à l’opposition radicale, elle frise le ridicule ! La Tunisie de Ben Ali, elle, est sur la bonne voie. » Clap, clap, clap !

Avec ses 89,62%, Zine el-Abidine Ben Ali n’avait pas besoin de Sfeir pour se faire élire une cinquième fois le 25 octobre 2009. Mais le président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient a tenu à commettre une tribune dans Le Figaro de l’avant-veille. À cette occasion, Antoine Sfeir se plaint de « nos intellectuels et nos médias (qui) ne vont pas manquer de fustiger à cette occasion (du vote) le régime du président Ben Ali, qu’ils présentent invariablement comme une caricature d’autocrate oriental ». Tout en concédant du bout de la plume que « la Tunisie a certainement un long chemin devant elle », le fin analyste insiste : « force est de reconnaître que le pays progresse régulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. C’est un fait dont tous les organismes internationaux font état dans leurs rapports ». Et Sfeir de louer « cette ouverture et cet assainissement progressifs de la vie publique »…

Prospère, youpla boum !

Alors que depuis le départ de Ben Ali, Antoine Sfeir répète à qui veut l’entendre que chacun connaissait les affaires de corruptions du président tunisien, le coquin préférait s’en prendre à certains médias étrangers. Les démocraties « peuvent sans doute se prévaloir d’une presse libre qui, en révélant au grand jour les scandales, se pose en mauvaise conscience, voire en accusateur public des dirigeants ; fonction prestigieuse qui exige de celui qui l’exerce une vertu toute romaine. Mais il arrive parfois que cette même presse, si prompte à dénoncer, omette de reconnaître qu’elle a accusé abusivement. »

Au moins, Sfeir s’en est-il pris à l’époque au financement occulte de nombreuses entreprises qu’il se met à dénoncer avec vigueur depuis une semaine (voir vidéo)… Que nenni ! En 2009, le directeur des « Cahiers de l’Orient » préférait ronchonner contre « ceux qui sont toujours les premiers à véhiculer les idées reçues sur la Tunisie » et « préfèrent passer sous silence (la chute de la pauvreté) pour ne pas avoir à réviser leurs anathèmes ». Car dans son publi-reportage de 2009, Sfeir vantait encore le modèle économique du système de Ben Ali :

« Plus remarquable encore, la société tunisienne ne se contente pas d’appliquer le mot d’ordre de Guizot et de s’enrichir. Incitée par le régime, elle contribue avec lui à la mise en place et au fonctionnement de structures de solidarité comme le Fonds de solidarité nationale. Directement géré par le pouvoir, il est habilité à recevoir des dons internationaux, de la part de simples citoyens, d’entreprises publiques ou d’entreprises privées. Une loi de finances de 1996 stipule en outre que certaines taxes doivent être reversées à ce fond, et des mesures incitatives pour les entreprises tunisiennes ont également été instituées par le biais de crédits d’impôts. De sorte que, entre 1996 et 2006, 1,2 million de Tunisiens ont bénéficié de cette aide, qui redonne tout son sens à la notion de citoyenneté, si galvaudée ailleurs. » Aucune trace des 13% de taux de chômage ou du marché noir qui représente entre 15 et 20% de l’économie tunisienne. Pas une mention sur la corruption.

Modèle tunisien et « non-fracture sociale »

Août 2009. Avant de rentrer d’un séjour sous le beau soleil de Tunis, Antoine Sfeir accorde un entretien à « La Presse de Tunisie », quotidien dont le rédacteur en chef, nommé par l’ex-parti au pouvoir (RCD) vient d’être viré après des années de censure. Dans cet interview (repris en intégralité sur le site tunizien.com ; celui de « La Presse de Tunisie » étant fermé depuis la révolte), Antoine Sfeir ne se fait pas prier pour juger avec bienveillance le Président Ben Ali qui « a eu le mérite de privilégier, plutôt, l’être sur le paraître. » « Il y a une reconnaissance, à la fois, des opinions publiques et des gouvernements qui voient en la Tunisie un modèle à tous les niveaux, à savoir du Chef de l’Etat, du gouvernement et du peuple tunisien dans son ensemble », croit-il bon d’ajouter…

Attachez vos ceintures, Antoine Sfeir passe à la vitesse supérieure : « Je tiens à souligner que le modèle tunisien n’est pas uniquement celui de passerelle, mais aussi un modèle de non-fracture sociale au sein de la société tunisienne. Cette fracture qui ébranle, aujourd’hui, les sociétés européennes dans les pays les plus avancés et les plus riches. Or, sans richesse, la Tunisie a réussi à réduire ladite fracture grâce à des programmes adéquats et à des initiatives répétées du Chef de l’Etat. » Sacré modèle de « non-fracture sociale » !

Autre passage cyniquement cocasse lorsqu’on le relit un an et demi plus tard, celui dans lequel Antoine Sfeir décrit le monde des Bisounours : « Les visiteurs de la Tunisie, notamment les personnes âgées, viennent d’Europe admirer le climat de quiétude, de paix, de stabilité et de sécurité, et par voie de conséquence, y passer des jours paisibles ». Ou encore celui dans lequel les intellectuels voient dans la Tunisie « un exemple de réussite » notamment grâce à son système d’éducation. Pas mal pour un pays qui compte plus de 20% de jeunes diplômés au chômage. Tout en critiquant « les irréductibles dogmatiques ne veulent pas reconnaître qu’ils ont eu et ont tort », il rapporte « les résultats tangibles » en matière de droits de l’Homme.

« Il est naturel qu’après la révolution vienne le temps du règlement de compte », vient de soutenir Antoine Sfeir sur Europe 1 alors qu’on lui demandait comment il observait la chasse aux sorcières après le départ de Ben Ali. « Mais l’Histoire nous a montré que ce n’était pas la bonne solution. Il faut laisser se faire la période de transition, pour que vienne ensuite le temps des procès », a-t-il quand même ajouté. Ne battons pas le Sfeir tant qu’il est chaud.

Voir de même:

La Tunisie, rempart contre la déferlante intégriste dans la région

Antoine Sfeir

23/10/2009

Le Figaro

TRIBUNE – À la veille des élections présidentielle et législatives en Tunisie, qui se tiennent dimanche, Antoine Sfeir, directeur des «Cahiers de l’Orient» et président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient, analyse la situation du pays.

Les Tunisiens sont appelés aux urnes le 25 octobre pour élire leurs députés et leur président de la République. Nos intellectuels et nos médias ne vont pas manquer de fustiger à cette occasion le régime du président Ben Ali, qu’ils présentent invariablement comme une caricature d’autocrate oriental. Depuis quelques années déjà, il est en effet de bon ton dans la presse et certains cercles parisiens de critiquer la Tunisie : c’est facile !

Outre le fait que nous aimerions voir des critiques similaires adressées à certaines pétromonarchies, on doit reconnaître que ce qui est reproché à la Tunisie de Ben Ali – un régime fort, la corruption -, est encore, à ce jour, la chose du monde la mieux partagée, jusque et y compris dans nos belles démocraties. Ces dernières peuvent sans doute se prévaloir d’une presse libre qui, en révélant au grand jour les scandales, se pose en mauvaise conscience, voire en accusateur public des dirigeants ; fonction prestigieuse qui exige de celui qui l’exerce une vertu toute romaine. Mais il arrive parfois que cette même presse, si prompte à dénoncer, omette de reconnaître qu’elle a accusé abusivement. C’est oublier que le corollaire de la liberté est la responsabilité.

La Tunisie a certainement un long chemin devant elle, personne le conteste. Pourtant, force est de reconnaître que le pays progresse régulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. C’est un fait dont tous les organismes internationaux font état dans leurs rapports. C’est cette ouverture et cet assainissement progressifs de la vie publique que je souhaite évoquer aujourd’hui, sans pour autant me voiler la face sur les problèmes qu’il reste à résoudre.

Ceux qui sont toujours les premiers à véhiculer les idées reçues sur la Tunisie ne se doutent pas que la classe moyenne représente dans ce pays un peu plus de 70 % de la population, et que la pauvreté est tombée de 35 % à 4 % depuis la fin des années 1980. Ou alors ils le savent et préfèrent le passer sous silence pour ne pas avoir à réviser leurs anathèmes. Plus remarquable encore, la société tunisienne ne se contente pas d’appliquer le mot d’ordre de Guizot et de s’enrichir. Incitée par le régime, elle contribue avec lui à la mise en place et au fonctionnement de structures de solidarité comme le Fonds de solidarité nationale. Directement géré par le pouvoir, il est habilité à recevoir des dons internationaux, de la part de simples citoyens, d’entreprises publiques ou d’entreprises privées. Une loi de finances de 1996 stipule en outre que certaines taxes doivent être reversées à ce fond, et des mesures incitatives pour les entreprises tunisiennes ont également été instituées par le biais de crédits d’impôts. De sorte que, entre 1996 et 2006, 1,2 million de Tunisiens ont bénéficié de cette aide, qui redonne tout son sens à la notion de citoyenneté, si galvaudée ailleurs.

La condition des femmes est également à mettre au crédit du président sortant : avec 25 % de femmes au Parlement, la Tunisie fait mieux que la France. Comme autrefois la Turquie, qui avait accordé aux femmes le droit de vote dix ans avant la France…

En outre, la Tunisie a clairement choisi son camp dans la lutte contre l’intégrisme religieux. Le régime est intransigeant vis-à-vis de tout embryon de prosélytisme islamiste, mais mène parallèlement à sa politique répressive une vaste campagne de pédagogie, appuyée sur une pratique sereine et modérée de la religion. C’est pour cette raison que le pays constitue véritablement un rempart contre la déferlante intégriste dans la région ; c’est pour cette raison également que la Tunisie est un enjeu crucial, et une cible de choix pour l’islamisme et le terrorisme. Si elle venait à tomber, il faudrait craindre à nouveau pour l’Algérie, mais également le Maroc, la Libye et peut-être même l’Égypte, tous menacés par un effet de dominos.

Plutôt que de pointer sans cesse ce qui ne va pas, les esprits chagrins devraient voir que la Tunisie est un exemple pour toute la région. Malgré les défis encore nombreux, elle a en effet déjà réussi le pari de la modernisation et de l’intégration régionale, comme le prouvent l’initiative « 5 + 5 » ou son rôle dynamique dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. C’est autant d’occasions de consolider la détermination de la Tunisie à avancer, mais également de persuader d’autres pays voisins de la suivre dans cette voie.

Arrêtons-nous un moment de parler de la Tunisie pour regarder les Tunisiens, qui, eux, agissent.

Voir enfin:

A Paris, l’intelligentsia du silence

Thomas Wieder

Le Monde

6 février 2011

Obnubilés par l’islamisme, incapables de penser une démocratie arabe, ou juste ignorants, les intellectuels se font discrets sur les révoltes actuelles

Applaudir, bien sûr. Se réjouir, évidemment. Mais éviter de s’emballer. Et surtout rester prudent. Face à la contestation qui gronde dans le monde arabo-musulman, les intellectuels français semblent tiraillés entre ces deux injonctions contradictoires. D’habitude si prompts à s’enflammer quand un peuple se dresse contre la tyrannie, les voilà qui se font étonnamment discrets. « Cet assourdissant silence n’est pas habituel, convient le sociologue Rémy Rieffel, auteur d’une étude consacrée aux Intellectuels sous la Ve République (Hachette, 1995). Cela dit, il s’explique par le fait que beaucoup de nos intellectuels sont gênés aux entournures. »

La gêne, donc. Voilà ce qui rendrait nos clercs aujourd’hui si peu diserts. Pour le philosophe Régis Debray, l’explication est toute trouvée : « Que voulez-vous attendre de gens qui passent leurs vacances dans leur riad à Marrakech ou dans des palaces en Tunisie ou en Egypte ? » A cet argument, le pourfendeur du Pouvoir intellectuel en France (Ramsay, 1979) en ajoute un second : « Ils sont tétanisés parce qu’ils ont une trouille bleue de l’islamisme et qu’ils ne savent pas quoi penser de mouvements populaires qui, tôt ou tard, risquent de se retourner contre Israël. »

Souvent en désaccord avec Régis Debray, notamment sur la question israélo-palestinienne, Alain Finkielkraut le rejoint sur ce point : « Je dis «admiration», mais je dis aussi «vigilance», car ce qu’on sait surtout aujourd’hui, c’est qu’on ne sait pas comment tout ça va tourner. » Le philosophe prend soin, toutefois, de distinguer les cas tunisien et égyptien : « En Tunisie, vu le rôle des femmes et la retenue des manifestants, tout laisse penser que c’est un vrai mouvement démocratique qui a chassé Ben Ali du pouvoir. En Egypte, c’est plus compliqué : quand on voit les attaques dont les coptes sont victimes, quand on sait que le pays vit depuis des années dans un état de surchauffe anti-israélienne et antisémite, quand on lit des slogans du type «Moubarak sioniste», et quand on apprend que l’Iran se réjouit de ce qui se passe, je ne dis pas que le pire est certain, mais juste qu’il y a de quoi être inquiet, et qu’il faut éviter tout jugement définitif. »

Bannir les « slogans simples », c’est aussi ce que prône Bernard-Henri Lévy. Mais pour le philosophe (membre du conseil de surveillance du Monde), cette « indispensable prise en compte de la complexité de la situation » ne saurait être un frein à l’engagement. Au contraire. « Nous avons deux devoirs, explique le directeur de la revue La Règle du jeu. Le premier est d’aider les démocrates à aller au bout de leur pari politique, et ce, en les encourageant à prendre quelques engagements clairs : pour la liberté d’expression, par exemple ; pour le respect du pluralisme ; et aussi, car c’est aussi ça la démocratie, pour le respect du traité de paix israélo-égyptien de 1979. Le deuxième est de souhaiter l’extension des mouvements démocratiques à l’ensemble du monde arabo-musulman. »

Une légitime « timidité » liée, comme le résume l’historien Jean Lacouture, à une forme d’« incertitude quant à la tournure que vont prendre les événements » et à la « peur de voir les intégristes triompher » : voilà pour l’explication positive, celle du moins qui honore, en les parant de la vertu de prudence, les intellectuels d’aujourd’hui. Mais d’autres explications, moins flatteuses, méritent aussi d’être avancées.

Les unes renvoient à l’« aveuglement » dont d’aucuns se sont rendus coupables face aux régimes aujourd’hui conspués. C’est la thèse d’Olivier Mongin. « En répétant «mieux vaut Ben Ali que Ben Laden», et «plutôt Moubarak que les Frères musulmans», beaucoup se sont empêtrés dans une contradiction : les mêmes qui défendaient les droits de l’homme en Europe de l’Est soutenaient les dictateurs du monde arabe sous prétexte qu’ils étaient des remparts contre l’islamisme. Toute la difficulté, pour les intellectuels, est de concevoir l’inscription des valeurs démocratiques dans des cultures politiques différenciées », explique le directeur de la revue Esprit.

Au fondement de ce moralisme à géométrie variable, Daniel Lindenberg identifie ce qu’il n’hésite pas à qualifier de « préjugé raciste ». Auteur d’un essai consacré à la dérive « néoconservatrice » d’une partie de l’intelligentsia (Le Rappel à l’ordre, Seuil, 2002), ce spécialiste d’histoire des idées n’y va pas par quatre chemins. « Il faut, hélas, dire ce qui est : beaucoup d’intellectuels pensent au fond d’eux-mêmes que les peuples arabes sont des arriérés congénitaux à qui ne convient que la politique du bâton. »

Hérité de la période coloniale, ce préjugé s’est renforcé après le 11-Septembre. « Beaucoup peinent à sortir de la séquence ouverte en 2001 et marquée par le credo néoconservateur qui veut que l’islam soit le terreau du terrorisme, explique Daniel Lindenberg. Obsédés par la peur de la charia, ils sont pris au dépourvu, comme s’ils n’étaient pas équipés du logiciel leur permettant de comprendre que ce qui se passe, en particulier en Tunisie, est tout simplement un «printemps des peuples». »

Cet état de « confusion mentale », André Glucksmann le perçoit également. Pour le philosophe, la « surprise » qu’éprouvent, comme lui, beaucoup d’intellectuels ne tient pas seulement au fait que « toutes les révolutions, par nature, prennent les gens de court ». Elle repose, plus fondamentalement, sur « l’idée qu’un tel souffle de liberté semblait impossible dans ce qu’il est convenu d’appeler «le monde arabe» ».

Pour André Glucksmann, cependant, les événements actuels doivent surtout nous conduire à « définitivement nous débarrasser des deux grandes théories en vogue au lendemain de la chute du mur de Berlin ». La première, dite de la « fin de l’histoire » et théorisée en 1989 par le politologue américain Francis Fukuyama, veut que « la modernisation économique amène la démocratisation ». La seconde, dite du « choc des civilisations » et défendue en 1996 par le politologue américain Samuel Huntington, tend à faire du monde islamique un bloc monolithique par nature hostile aux valeurs occidentales. « Ce qui se passe aujourd’hui en Egypte rappelle, d’une part, qu’un régime qui se développe économiquement ne se démocratise pas nécessairement, et, d’autre part, que les Arabes ne sont pas condamnés par naissance ou par culture au despotisme », explique André Glucksmann.

Des intellectuels prisonniers de schémas de pensée qui les rendent peu aptes à penser la nouveauté ? Pour Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, le problème est en fait antérieur à la chute du mur de Berlin. « Si les intellectuels médiatiques n’ont pas grand-chose à dire, c’est parce que la plupart d’entre eux continuent de raisonner avec des catégories issues de la guerre froide : ils analysent le totalitarisme islamiste comme ils analysaient le totalitarisme soviétique. »

Soulignant que « beaucoup, comme Raymond Aron, ont su penser la démocratie libérale mais ont été incapables de penser le tiers-monde », l’historien note toutefois que la « discrétion des intellectuels dits généralistes » ne doit pas faire oublier la « montée en force des experts », autrement dit des chercheurs spécialisés. « Le monde arabe, explique-t-il, est un secteur très bien quadrillé par la recherche française. Mais il est vrai que les «academics», tout en étant ultracompétents dans leurs domaines, sont réticents à prendre position sur des aires géographiques qu’ils ne connaissent pas sur le bout des doigts. Ce sont des gens qui s’expriment de façon généralement nuancée et qui sont donc moins audibles que les «grands» intellectuels prompts à lancer des oukases à tout bout de champ. »

Une façon de dire que ce sont aussi les mutations mêmes de la scène intellectuelle, et pas seulement leur louable circonspection ou leurs coupables oeillères liées à l’enjeu du moment, qui incitent les maîtres à penser à se faire si discrets.

Voir enfin:

Intellectuals and dictatorships: the case of Antoine Sfeir

Issandr El Amrani

In the long history of public intellectuals using their pulpits to defend the indefensible (more often than not, for direct personal gain rather than any error in judgement), Arab intellectuals of the second half of the twentieth century will occupy a special place. Arab dictators — as well as their foreign supporters — have spent a considerable amount of money in buying favorable views from opinion-makers, columnists, activist-intellectuals and others over the years. Saddam Hussein was perhaps most notorious for doing this, but he is joined with more discreet dictators such as Morocco’s kings, Algeria’s generals, Libya’s Muammar Qadhafi and countless others. And then you have the Saudi media machine, a huge formation indeed that goes through the heart of what passes as quality journalism in the Arab world (and one that is influential even inside non-Gulf countries: just ask Al Ahram’s Ibrahim Nafie how well he gets on with this or that Emir.) A more interesting sideshow is the growing Saudi-Qatari media battle, with Al Jazeera walking an unpredictable line between total subservience to the Emir of Qatar, a fair amount of editorial independence by any Western corporate standard, and at least two wide intellectuals schools of thoughts among its key staff (Arab nationalism and Islamism, in various forms.)

This an enormously complicated subject, but one thing that has always enraged me is those intellectuals and journalists that defend Tunisia’s Ben Ali, a police state that takes the worst aspect of police culture (corruption, violence, mediocrity) as the motus operandi of the state. In his interesting Middle East-centered blog on the Monde Diplomatique website, Alain Gresh rips a new one in Antoine Sfeir, a France-based Lebanese author who passes as respectable in most of the region and contributes for some prestigious magazines. For me, no longer:

Le régime tunisien dispose, depuis de longues années, de nombreux thuriféraires en France. Le premier est sans aucun doute le président de la République Jacques Chirac – ainsi déclarait-il au cours de sa visite officielle en Tunisie, début décembre 2003 que « le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat, ajoutant que de ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays » (Lire la réaction de la Ligue des droits de l’homme à ces propos). Jacques Chirac n’a pas le monopole de cette complaisance et des responsables politiques, de gauche comme de droite, n’hésitent pas à chanter les louanges du régime de Zine Abidin Ben Ali.

C’est le cas aussi de certains « intellectuels », comme le prouve un des derniers ouvrages d’Antoine Sfeir, intitulé Tunisie, terre des paradoxes, qui vient de paraître aux éditions de l’Archipel. Le degré de flagornerie à l’égard du chef de l’Etat tunisien y est assez exceptionnel. Ben Ali est ainsi décrit comme réunissant « en sa personne toutes ces compétences. D’une part, elles lui permettent de se montrer plus efficaces, et les résultats obtenus plaident en sa faveur ; d’autre part, la réunion de ces compétences en un seul homme évite de les voir entrer en conflit. » (p. 213)

Le régime est-il policier ? Citant un rapport du département d’Etat, l’auteur affirme que la Tunisie compterait entre 450 et 1000 prisonniers, dont très peu ont été condamnés pour des actes de violence. « On peut le déplorer, certes », précise-t-il. « Mais que penser du Patriot Act ? Faudrait-il accepter que les Etats-Unis se protègent contre l’islamisme et non la Tunisie, où le danger est pourtant bien plus réel et pressant : tentatives de coup d’Etat, assassinats, attentats – dont celui de la synagogue de Djerba – et volonté affichée de renverser le régime pour y instaurer, par la force et la terreur, un Etat dépourvu de toute liberte ? » Etrange raisonnement, puisque l’auteur lui-même affirme que les prisonniers ne sont pas inculpés pour des actes de violence… D’autre part, qui approuve le Patriot Act ? (lire p. 13)

« Autre accusation, poursuit Sfeir : le régime tunisien est un régime policier. Actuellement, il ne l’est pas plus que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, ou même la France » Il suffit de lire n’importe quel rapport d’Amnesty International, de Human Rights Watch, ou de savoir que, depuis l’arrivée de Ben Ali au pouvoir le nombre de policiers a quadruplé, pour mesurer le sérieux de cette affirmation.

I’ll just translate that last line so you get the flavor:

« Another accusation, » continues Sfeir, « is that the Tunisian regime is police state. In fact, it is no more a police state than the United States, Great Britain, or even France. » It is enough to read any Amnesty International or Human Rights Watch report to know that since Ben Ali’s rise to power the number of police officers has quadrupled, and measure the seriousness of [Sfeir’s] commentary.

It is incredible how many defenders of the Tunisian regime — which has bought off many Arab and European newspapers of note (the Americans just don’t care) — there still are in French policy and intellectual circles. I can hardly go to a French diplomatic function without getting into an argument about Tunisia — which like Morocco’s kings and Lebanon’s late Rafiq Hariri have a long history of bankrolling the presidential campaigns of Jacques Chirac. Antoine Sfeir now joins the ranks of the defenders of some of the world’s most odious dictatorships. I hope his payoff was worth it.

3 Responses to Printemps arabe/Médias français: C’est à la fois un événement et un non-événement (Behind Antoine Sfeir’s supposed pen for hire crime, the very real common practice of ghostwritten books)

  1. […] L’ordinaire des pratiques plus ou moins occultes de financement et de rémunération mais aussi d’écriture  journalistiques… jc durbant @ 10:09 Catégorie(s): Bobologie et dhimmitude etLes idiots inutiles etMédias etPrintemps arabe […]

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  2. […] L’ordinaire des pratiques plus ou moins occultes de financement et de rémunération mais aussi d’écriture  journalistiques… jc durbant @ 10:09 Catégorie(s): Bobologie et dhimmitude etLes idiots inutiles etMédias etPrintemps arabe […]

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  3. jcdurbant dit :

    12e attaque du gazoduc égyptien alimentant Israël et la Jordanie depuis la chute de Moubarak il y a un an …

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