Affaire Macé-Scaron: Tout le monde le fait (It’s intertextuality, stupid!)

Etxebarria s’est alors défendue en revendiquant le droit de tout auteur à l’intertextualité – utilisation d’idées et phrases d’autres auteurs comme source d’inspiration – et est arrivée à affirmer qu’elle était victime d’un « harcèlement mediátique » ayant eu un effet « aussi traumatique qu’un viol ». El Mundo
Je prends habituellement en note sur un cahier des éléments que je lis, qui me semblent intéressants ou drôles. À l’origine, je ne pensais pas me servir de ces extraits. Je pensais les retravailler plus tard. J’ai dit dans mon livre que je me suis inspiré de cet auteur, je l’ai d’ailleurs cité dans mon livre.
La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque. Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’œil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur […]. Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème. Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe. (…) Après, les gens vont dire Macé-Scaron égale PPDA. Joseph Macé-Scaron
J’ai dit et j’ai écrit du plagiat qu’il représentait, à l’instar de la lettre écarlate, une tache indélébile d’infamie. J’ai joué inconsidérément avec cette notion. Sans doute par un goût absurde de la désinvolture et selon une propension paradoxale à la mise en danger que je contemple aujourd’hui amèrement. J’ai pêché par aveuglement et par orgueil. Je ne le cache pas. (…) Je veux rappeler ici que, dans «Ticket d’entrée» et dans mes autres livres, je me suis bien adonné à une pratique d’emprunts, de clins d’œil, de citations intertextuelles. Je ne voudrais pas toutefois que, dans le feu de la polémique, on amalgame cette pratique littéraire avec une autre pratique – fautive celle-là – qui a parfois consisté, pour moi, dans l’empressement de mon activité de journaliste, à citer et reprendre sans référence et sans guillemet. Et que les confrères ou consœurs concernés m’en excusent s’ils le veulent bien, s’ils consentent à comprendre ce que j’écris ici – et ainsi des lectrices et des lecteurs. L’un des enseignements les plus personnels de cette affaire est la nécessité absolue de se recentrer sur l’essentiel. Grisé par ce métier que j’aime, j’ai cru qu’il était possible de se démultiplier professionnellement. Non par frénésie de pouvoir – même si, comme tout un chacun, je ne le dédaigne pas forcément -, mais par souci de faire partager au plus grand nombre des idées, des découvertes et des textes qui me sont chers. Qui trop embrasse, mal étreint – et que l’on me pardonne cette formule populaire, mais si juste. Sans doute se demandera-t-on pourquoi cette déclaration apparaît si tardivement. Certainement en raison de quelque faiblesse innée, mais aussi parce qu’il me semble que l’époque récuse, encore plus qu’elle ne la méconnait, une quelconque notion de purgatoire. Sans doute ai-je trop attendu avant de réaliser pleinement que le journalisme ne saurait être un jeu. J’en fais aujourd’hui l’expérience. Le journalisme n’est pas un jeu. C’est un métier. C’est aussi le mien. Mais ce ne peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens. Joseph Macé-Scaron
D’abord, de quoi s’agit-il précisément ? D’emprunts, dans des livres et des articles, de quelques lignes formant parfois un paragraphe réinjectées dans des livres ou des articles (pour la plupart jugés excellents) écrits par Joseph Macé-Scaron. La pratique était, semble-t-il, devenue chez lui récurrente. (…) Sur la polémique littéraire qui s’en est suivie – le rôle et la place de l’emprunt dans le roman, le principe d’intertextualité – je ne me prononcerai pas, ne disposant d’aucune compétence ni crédibilité en la matière. (…) Mais, évidemment, nulle échappatoire possible quant aux emprunts journalistiques. Ils relèvent de mon métier et donc, au sein de Marianne, de ma responsabilité. Rappelons à cet instant quelques règles usuelles : dépourvus de citation entre guillemets et de notes de renvoi en fin d’article, ces emprunts ont toujours été bannis dans notre pratique professionnelle, dans ce code d’éthique qui, formellement, n’existe pas et que nous respectons pourtant. Pour le dire plus clairement encore, la technique de l’emprunt sans citation est inconcevable. Joseph Macé-Scaron a donc porté atteinte non seulement à sa réputation professionnelle, mais aussi à la crédibilité de Marianne, son journal, notre journal, votre journal. (…) Lucide quant aux dégâts provoqués, Joseph Macé-Scaron m’a donc proposé dès la semaine dernière de renoncer dans le contexte présent à tout article éditorialisé, d’en revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse. J’ai accepté. Maurice Szafran (PDG de Marianne)
Pour ma part, pas une seconde, pas un instant, je n’ai suspecté JMS de plagiat ou de contrefaçon. Bien a contraire. Je me suis dit que l’emprunt d’une formule aisément identifiable, facilement repérable (tous ceux qui ont lu le roman de Jay McInerney se souviennent de ce passage, tant il est marquant) ne pouvait être qu’une sorte d’hommage rendu à l’écrivain américain, mais aussi au personnage de la « vraie vie » qui avait servi de modèle à l’académicien espiègle et séducteur campé par JMS. Et mieux encore, non seulement ne n’ai jamais suspecté JMS de plagiat, mais tout au contraire, le seul débat qui m’intéressa, dans la mesure où je suis moi même édité dans une maison qui n’est pas sans lien avec le modèle de JMS, fut de savoir si, littérairement parlant, il aurait pu exprimer sa nostalgie du temps perdu de cette façon là. Tout cela pour dire que, pas une seule seconde, je n’ai eu la sottise de prêter à JMS la bêtise de plagier une phrase identifiable entre cent mille pour tous les amoureux de McInerney. J’ai considéré, ainsi que JMS le proclame pour sa défense, que cet emprunt était une forme de clin d’œil, d’hommage et de jeu. Point. J’ai fait preuve d’une bienveillance totale. Est-ce un tort ? Et, qui sait si Macé Scaron ne s’est pas amusé à multiplier encore les références de ce type ? Faut-il dorénavant multiplier les notes en bas de page : « Attention, là, j’emprunte à Machin dans le but de jouer avec une référence littéraire ? » Bruno Roger-Petit
Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa « lettre écarlate » sur la poitrine. Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème. Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. (…) Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : « C’est une connerie. » Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. « Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien », nous dit-il. Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de « grand écrivain » le protègent. Pierre Assouline
On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système. Les mauvaises habitudes de « JMS » ne datent pourtant pas d’hier. Plusieurs anciens du service politique du Monde ont encore en mémoire un épisode remontant à la fin des années 80, époque où Macé-Scaron écrivait dans Le Figaro. « Un jour, se souvient Olivier Biffaud, alors journaliste politique au Monde, je tombe sur l’un de ses articles dans lequel je reconnais des blocs entiers de l’un des miens ! Sidéré, je lui ai envoyé une lettre pour me plaindre, lui suggérant même ironiquement de me communiquer le sujet de ses prochaines enquêtes, pour que je puisse lui mâcher le travail… » Quelques jours plus tard, mot chantourné de Macé-Scaron à Biffaud, accompagné d’une caisse de champagne – qui sonne comme un aveu… On le voit, on est ici loin, très loin, des réminiscences proustiennes et des palimpsestes chers au théoricien Gérard Genette. A moins que Joseph Macé-Scaron n’invoque cette fois-ci pour sa défense quelque « inter-journalité » ? Jérôme Dupuis (L’Express)
La conception des hiérarchies journalistiques que révèle ainsi, involontairement, Szafran, n’est pas seulement la sienne. C’est celle d’une grande majorité de la presse française (même si Marianne, dans le paysage, est l’hebdo qui pousse à l’extrême la logique de la supériorité de l’expression des opinions sur la recherche et l’exposé des faits). Le mal est profond. Le journaliste français moyen, avant de chercher à savoir exactement ce qui s’est passé, se demande d’abord avec angoisse ce qu’il faut en penser. Est-ce une caractéristique culturelle du journalisme latin, opposé au culte du « fact-checking » anglo-saxon ? Est-ce la conséquence de l’absence, en France, d’un véritable pouvoir judiciaire, qui rend vaine toute révélation des turpitudes des puissants ? Est-ce le reflet des désirs profonds de la majorité des lecteurs qui, quoiqu’ils en disent, pardonnent volontiers aux journalistes d’écrire faux, pourvu qu’ils écrivent dans la ligne ? Eternelles questions sans réponse. Une enquête s’imposerait. Daniel Schneidermann

Nouvelle victime du postmodernisme et du relativisme culturel?

Auteur reconnu et primé de neuf livres (prix de la Coupole), journaliste et directeur de magazines (Magazine littéraire, directeur adjoint du magazine Marianne) mais aussi ancien rédacteur en chef du Figaro et ex-directeur du Figaro Magazine, chroniqueur multicartes des émissions de radio et de télé les plus en vue (RTL, France Culture, Canal + , I-Télé) …

Pris la main dans le sac, d’abord dans ses romans  puis dans ses articles, du parfait petit plagiaire (pardon: du maitre génial, après la Virginie Despentes espagnole Lucia Etxebarria, de « l’intertextualité » et de  « clins d’oeil, échos et hommages » à pas moins de six auteurs (Jünger, Cioran, Giono, Malka, Bryson, McInerney et Cusk) sans compter nombre de ses petits camarades journalistes …

Et dorénavant privé, par son propre patron, du noble art des « articles éditorialisés » et condamné au lot quotidien du « journalisme d’enquête, de récit, d’analyse » …

Où l’on redécouvre

Avec l’affaire Macé-Scaron

Mais après celles de BHL, PPDA, Drucker ou Boniface

Le dur métier d’écrivain-journaliste-chroniqueur multicartes …

Mais aussi, comme le repère bien Daniel Schneidermann, à travers le châtiment infligé à l’impétrant par sa direction, …

La « conception des hiérarchies journalistiques » d’une bonne partie du journalisme français !

Macé-Scaron, analyse d’un châtiment

Daniel Schneidermann

Arrêts sur images

13/09/2011

Chapeau les artistes ! L’opération millimétrée de sauvetage du soldat Joseph Macé-Scaron par son directeur, Maurice Szafran, manifestement longuement négociée entre les deux protagonistes, a plutôt bien réussi. En échange de la reconnaissance d’une moitié de ses torts (le plagiat, s’il est interdit au journaliste, est donc, dans le droit canon édicté par Marianne, définitivement autorisé à l’écrivain), Macé-Scaron sauve son poste de directeur adjoint à Marianne (tout notre dossier est ici).

Toute faute méritant châtiment, il devra néanmoins, écrit Szafran, « revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse », à l’exclusion de « tout article éditorialisé ». Ne plaisantons pas sur la sévérité de la sanction: dans un journal comme Marianne, cette condamnation à l’enquête représente l’équivalent d’une déportation dans les mines de sel, d’un envoi en rizière sous les khmers rouges, ou d’une affectation place de l’Opéra à l’heure des embouteillages, pour un flic ripou. Au nombre des trésors de son patrimoine, soigneusement entreposée dans une pièce ultra-sécurisée, comme le mètre étalon du pavillon de Breteuil, Marianne compte sa « ligne éditoriale ». Tout article d’exégèse, ou d’application de cette ligne au monde extérieur, est désormais interdit au forçat Macé-Scaron, qui devra se contenter de l’appliquer.

La conception des hiérarchies journalistiques que révèle ainsi, involontairement, Szafran, n’est pas seulement la sienne. C’est celle d’une grande majorité de la presse française (même si Marianne, dans le paysage, est l’hebdo qui pousse à l’extrême la logique de la supériorité de l’expression des opinions sur la recherche et l’exposé des faits). Le mal est profond. Le journaliste français moyen, avant de chercher à savoir exactement ce qui s’est passé, se demande d’abord avec angoisse ce qu’il faut en penser. Est-ce une caractéristique culturelle du journalisme latin, opposé au culte du « fact-checking » anglo-saxon ? Est-ce la conséquence de l’absence, en France, d’un véritable pouvoir judiciaire, qui rend vaine toute révélation des turpitudes des puissants ? Est-ce le reflet des désirs profonds de la majorité des lecteurs qui, quoiqu’ils en disent, pardonnent volontiers aux journalistes d’écrire faux, pourvu qu’ils écrivent dans la ligne ? Eternelles questions sans réponse. Une enquête s’imposerait.

Voir aussi:

Joseph Macé-Scaron s’explique. Marianne aussi.

Marianne

12 Septembre 2011

Face à la dimension qu’ont prise les accusations de plagiat à son encontre, Joseph Macé-Scaron a décidé de s’expliquer. Marianne en profite également – par la voix de Maurice Szafran – pour donner son sentiment sur cette affaire.

L’indispensable explication de Joseph Macé-Scaron

J’ai dit et j’ai écrit du plagiat qu’il représentait, à l’instar de la lettre écarlate, une tâche indélébile d’infamie. J’ai joué inconsidérément avec cette notion. Sans doute par un goût absurde de la désinvolture et selon une propension paradoxale à la mise en danger que je contemple aujourd’hui amèrement. J’ai pêché par aveuglement et par orgueil. Je ne le cache pas.

D’aucuns peuvent se réjouir du « supplice médiatique » qui s’en est suivi. Ce supplice, qui maintenant précède tout procès, permet à certains de jeter un opprobre indistinct sur mes travaux littéraires et sur mon travail de journaliste.

Je veux rappeler ici que, dans «Ticket d’entrée» et dans mes autres livres, je me suis bien adonné à une pratique d’emprunts, de clins d’œil, de citations intertextuelles. Je ne voudrais pas toutefois que, dans le feu de la polémique, on amalgame cette pratique littéraire avec une autre pratique – fautive celle-là – qui a parfois consisté, pour moi, dans l’empressement de mon activité de journaliste, à citer et reprendre sans référence et sans guillemet. Et que les confrères ou consœurs concernés m’en excusent s’ils le veulent bien, s’ils consentent à comprendre ce que j’écris ici – et ainsi des lectrices et des lecteurs.

L’un des enseignements les plus personnels de cette affaire est la nécessité absolue de se recentrer sur l’essentiel. Grisé par ce métier que j’aime, j’ai cru qu’il était possible de se démultiplier professionnellement. Non par frénésie de pouvoir – même si, comme tout un chacun, je ne le dédaigne pas forcément -, mais par souci de faire partager au plus grand nombre des idées, des découvertes et des textes qui me sont chers. Qui trop embrasse, mal étreint – et que l’on me pardonne cette formule populaire, mais si juste.

Je dis : « aveuglement, empressement, démultiplication … ». Ce ne sont pas là des éléments de plaidoirie. Il n’est pas de défense possible en la matière. Ce n’est en aucun cas une volonté de justification. C’est une explication.

Je sais cependant, en écrivant ces lignes, qu’aucune circonstance atténuante ne me sera accordée. Non seulement on ne portera pas au crédit de quelqu’un le fait qu’il reconnaisse sa faute, ou sa « connerie », mais encore on frappera volontiers d’indignité tout ce qu’il a pu faire auparavant – fussent les milliers d’articles qu’il a pu écrire jusque là.

Je mesure pleinement et accepte mes torts, tous mes torts, mais je ne saurais endosser la généralisation du soupçon et l’emballement de la diabolisation, ces tentations accrues à l’ère de l’opinion et auxquelles trop s’abandonnent, même involontairement.

Sans doute se demandera-t-on pourquoi cette déclaration apparaît si tardivement. Certainement en raison de quelque faiblesse innée, mais aussi parce qu’il me semble que l’époque récuse, encore plus qu’elle ne la méconnait, une quelconque notion de purgatoire. Sans doute ai-je trop attendu avant de réaliser pleinement que le journalisme ne saurait être un jeu. J’en fais aujourd’hui l’expérience. Le journalisme n’est pas un jeu. C’est un métier. C’est aussi le mien. Mais ce ne peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens.

Moi- même j’aurais aimé penser que cette dernière formule ne fût que rhétorique. Le fait est que, chargée d’instruire un article sur cette affaire, une consoeur d’un grand journal où je compte des collègues qui ont toute mon estime, s’est cru autorisée, samedi soir, à questionner un de mes enfants.

Est-il devenu, aujourd’hui, nécessaire de rappeler que celui-ci n’a rien à voir ni avec ce métier, ni avec cette affaire et qu’il ne saurait être, tout en étant mon enfant, justiciable de rien de ce que je suis, de rien de ce que je fais ?

Je n’ignore pas ce que la course à l’information peut avoir de rude, d’ambivalent, voire d’ambigu. Mais là, c’est passer les bornes. L’intrusion est inacceptable, l’instrumentalisation inadmissible.

Nous connaissons tous une course éperdue en un temps où le temps fait défaut à lui-même. J’y ai failli. Ce que j’ai appris, outre une salutaire leçon personnelle, encore une fois sans diminuer les errances et les erreurs qui sont miennes, c’est que cette course nous fait suivre la pente de l’époque au point de la précéder et de la précipiter.

Enfin, si j’ai considéré que cette explication était indispensable, je la crois aussi définitive pour ce qui me concerne. Je n’entends pas ici que cette affaire cessera de résonner en moi et qu’elle ne continuera pas à m’inciter à me recentrer. Je veux dire simplement qu’il revient désormais à celles et ceux qui voudront la décortiquer de savoir, en conscience, pourquoi ils le feront.

Quant aux livres, pour conclure sur l’essentiel, et ce n’est pas une bravade, ils ont fait ma vie et ne sauraient la défaire.

Joseph Macé-Scaron

L’affaire Macé-Scaron et Marianne

Il est grand temps que je m’exprime sur ce qu’il convient d’appeler «l’affaire Macé-Scaron». Sinon ce serait de ma part signe d’indifférence ou de lâcheté.

D’abord, de quoi s’agit-il précisément ? D’emprunts, dans des livres et des articles, de quelques lignes formant parfois un paragraphe réinjectées dans des livres ou des articles (pour la plupart jugés excellents) écrits par Joseph Macé-Scaron. La pratique était, semble-t-il, devenue chez lui récurrente.

Voilà le contexte, voilà l’affaire. Ni plus ni moins.

Sur la polémique littéraire qui s’en est suivie – le rôle et la place de l’emprunt dans le roman, le principe d’intertextualité – je ne me prononcerai pas, ne disposant d’aucune compétence ni crédibilité en la matière. J’ai écrit, depuis 35 ans, des milliers d’articles et une dizaine d’essais, récits politiques ou biographies sans jamais avoir osé la moindre tentative romanesque. On m’accordera donc de passer mon tour à propos de la place et du rôle de l’intertextualité dans la création littéraire.

Mais, évidemment, nulle échappatoire possible quant aux emprunts journalistiques. Ils relèvent de mon métier et donc, au sein de Marianne, de ma responsabilité.

Rappelons à cet instant quelques règles usuelles : dépourvus de citation entre guillemets et de notes de renvoi en fin d’article, ces emprunts ont toujours été bannis dans notre pratique professionnelle, dans ce code d’éthique qui, formellement, n’existe pas et que nous respectons pourtant. Pour le dire plus clairement encore, la technique de l’emprunt sans citation est inconcevable. Joseph Macé-Scaron a donc porté atteinte non seulement à sa réputation professionnelle, mais aussi à la crédibilité de Marianne, son journal, notre journal, votre journal. C’est ainsi : cette affaire est dommageable à notre collectivité toute entière, salariés et lecteurs de Marianne confondus. Il est nécessaire d’en avoir conscience pour être en mesure de passer enfin à autre chose.

Lucide quant aux dégâts provoqués, Joseph Macé-Scaron m’a donc proposé dès la semaine dernière de renoncer dans le contexte présent à tout article éditorialisé, d’en revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse. J’ai accepté. C’est déjà le cas dans le numéro de Marianne actuellement en vente : il raconte le cheminement de Ségolène Royal dans la primaire socialiste. De l’excellent journalisme.

Qu’on m’autorise aussi quelques remarques à la fois personnelles et générales :

– Les circonstances d’un long parcours professionnel ont voulu que je me sois retrouvé à l’origine d’évolutions notoires dans la carrière de Joseph Macé-Scaron: ses débuts à la radio ; ses premières critiques littéraires ; son arrivée a la tête du Magazine Littéraire ; sa nomination au sein de la direction de la rédaction de Marianne… Je puis certifier que le journaliste Macé-Scaron compte parmi les plus brillants d’entre nous, parmi les plus inventifs, à la fois capable de sentir et pressentir les évolutions de la société, de les raconter et de les faire raconter, de mettre tout cela en scène avec brio et intelligence, de trouver le bon titre, d’exiger la photo adéquate. C’est précisément en raison de cet ensemble de qualités que la pratique de l’emprunt m’apparaît incompréhensible. Si l’un d’entre nous n’en avait pas besoin, c’est précisément Joseph Macé-Scaron. D’où ma persistante perplexité.

– Marianne est un journal complexe à penser, à construire, à mettre en scène car l’une de nos priorités est d’échapper aux classifications toutes faites. Je puis certifier que, depuis son arrivée parmi nous, Joseph Macé-Scaron a compris au quart de tour les exigences si particulières a notre journal. L’affaire des emprunts n’y change rien.

– Nous n’avons jamais cédé aux effets de meute, même quand il y avait indubitablement erreur ou manquement. Dans le cas présent, la faute n’est certes pas vénielle, mais ce qu’on inflige à Joseph Macé-Scaron, un tel dévoilement psychologique, personnel et intime commence à dépasser l’entendement. Tout y passe : ses engagements politiques, philosophiques, religieux et éditoriaux, sa vie familiale et sexuelle, sa boulimie professionnelle et jusqu’à sa dégaine. Trop. C’est trop, et il est aussi de mon devoir de le relever.

Nous ne participons pas aux lynchages médiatiques, ni de près ni de loin. Nous n’y avons jamais participé. Il ferait beau voir que nous changions d’attitude, que nous donnions satisfaction aux réducteurs de tête, précisément parce que cela concerne… l’un des nôtres. L’excommunication, rappelons-le, n’est pas notre genre. Si nous y cédions, nous aurions alors perdu le sens de la mesure et égaré une part de notre dignité.

– Enfin l’amitié que je porte sans faillir à Joseph Macé-Scaron ne saurait s’accommoder d’une moindre exigence que celle manifestée par Marianne à l’égard de nos confrères avec une acuité que ceux-ci nous reprochent parfois. Il a maintenant devant lui le défi d’une reconquête et d’une reconstruction par le travail journalistique. Gardons cela en mémoire : Marianne est par définition une aventure professionnelle, culturelle et politique qui ne saurait être ni déshumanisée ni amorale.

Maurice Szafran, PDG de Marianne

Voir également:

Joseph Macé-Scaron plagiaire ?

Acrimed

22 août 2011

Joseph Macé-Scaron est un donneur de leçons. Sur I-Télé il débat tous les soirs avec Yves Thréard. On le retrouve aussi comme chroniqueur régulier sur RTL dans « On refait le monde » et sur Canal + dans « Le Grand journal ». Mais sa passion, c’est les livres. Dans Marianne, dont il est directeur adjoint, il s’occupe des pages littéraires et distribue les bons et les mauvais points. Et surtout, il est le directeur du très sérieux Magazine littéraire…

Il aime les livres au point d’en écrire. Son dernier roman, Ticket d’entrée (publié chez Grasset), a reçu un accueil dithyrambique. Europe 1, Le Point, Canal +, Le Nouvel Observateur… tout le monde a adoré. A tel point que les mêmes lui ont remis le très parisien prix littéraire de la Coupole (du nom de la célèbre brasserie de Montparnasse) [1].

Bravo.

Sauf que Macé-Scaron s’est fortement inspiré d’un livre de Bill Bryson, American rigolos – chroniques d’un grand pays (2003, éd. Payot & Rivages), qu’il ne cite qu’une seule fois et de manière anodine. Il pratique même le copier-coller à l’excès. Plagiat ? Au lecteur de juger…

Quelques exemples :

1) Macé-Scaron, p. 216 :

Et c’était reparti. Il s’avéra enfin que le numéro de série de mon ordinateur était gravé sur une petite plaque de métal vissée derrière la grosse boîte où il y avait mon ordinateur. J’étais peut-être un nouveau réac, mais si j’avais eu à inscrire un numéro d’identification sur les ordinateurs que je produisais, un numéro que le client aurait dû débiter à chaque fois qu’il entrait en contact avec moi, je ne pense pas que je l’aurais placé à un endroit qui exigeait d’appeler des collègues pour déménager le bureau à chaque demande de renseignements.

Bill Bryson, p. 14 :

Et c’est parti. Il s’avère enfin que le numéro de série de mon ordinateur est gravé sur une petite plaque de métal vissée sur le fond de la grosse boîte où il y a le tiroir à CD qui est si rigolo à ouvrir et fermer. Traitez-moi d’idéaliste passéiste si vous voulez, mais si moi j’avais à inscrire un numéro d’identification sur les ordinateurs que je produis, un numéro que mon client devrait me débiter à chaque fois qu’il veut entrer en contact avec moi, je ne pense pas que je le placerais à un endroit qui exige d’appeler le voisin pour déménager le bureau à chaque demande de renseignements.

2) Macé-Scaron, p. 216 :

– Et vous avez combien de RAM ? J’ai fait semblant de ne pas entendre.

– Est-ce bien le numéro de mon appareil qui se trouve près de l’écran ?

– Ça dépend, votre modèle, c’est un ZX-40 multimédia HP ou bien le ZX46/24 Chromium B-Bop ?

Bryson, p. 13 :

J’anticipe avec effroi le moment fatidique où il va me demander combien de RAM je possède.

– Est-ce que ça se trouverait par hasard près du bidule de l’écran de télé ? je hasarde, désemparé.

– Ça dépend, votre modèle, c’est un ZX-40 LX Multimédia HPII ou bien le ZX46/2Y Chromium B-Bop ?

3) Macé-Scaron, p. 217 :

Du coup, une ou deux heures plus tard, pour me venger, j’ai appelé à nouveau le service informatique pour leur signaler que le porte-gobelet de mon ordinateur était cassé.

– Le porte-gobelet ? a demandé mon honorable correspondant (…)

– Pas du tout, il m’a été livré de série avec l’ordinateur.

– Mais nos ordinateurs ne sont pas dotés de porte-gobelets !

– Pardonnez-moi, je ne connais pas grand-chose à l’informatique mais ils le sont ! J’ai le mien précisément sous les yeux au moment où je vous parle. Je presse un petit bouton en bas de l’appareil et il y a un petit tiroir qui s’ouvre.

Comme vous n’êtes pas aussi handicapés que moi, vous aurez compris que je parlais du tiroir du lecteur de CD de mon ordinateur censé m’offrir un reposoir pour ma tasse à café.

Bryson, p. 131 :

Un homme appelle le service assistance d’un fabricant d’informatique pour signaler que le porte-gobelet de son ordinateur est cassé.

– Le porte-gobelet ? demande son correspondant, intrigué (…)

– Pas du tout il m’a été livré de série avec l’ordinateur.

– Mais nos ordinateurs ne sont pas livrés avec des porte-gobelets !

– Pardonnez-moi, mon ami, mais ils le sont ! (…) J’ai le mien précisément sous les yeux en ce moment. On pousse un bouton en bas de l’appareil et il y a un petit tiroir qui s’ouvre.

On aura compris que l’homme s’était servi du tiroir du lecteur CD de son ordinateur pour y déposer sa tasse de thé.

4) Macé-Scaron, p. 222 :

Il aimait quand le serveur dans un restaurant l’informait qu’il s’appelait Bill et serait à sa disposition pour le servir toute la journée. Dans ce cas, je devais me retenir pour ne pas lancer : « C’est d’un cheeseburger que j’ai besoin, Bill, pas d’une liaison ».

Bryson, p. 187 :

Notamment quand le serveur m’informe que son nom est Bob et qu’il sera à ma disposition pour me servir toute la soirée, je dois me retenir pour ne pas lui lancer : « C’est un cheeseburger que je veux, Bob, pas une liaison ».

La suite

Acrimed (avec les informations fournies par Evelyne Larousserie)

Post-Scriptum :

Une heure après la publication de cet article, « Arrêts sur Images » publiait à son tour, sur son site, un article reprenant l’information, agrémenté d’une confirmation verbale de Joseph Macé-Scaron. Les extraits cités sont les mêmes, puisque la « source » est… la même.

Notes

[1] Le jury est composé de douze « personnalités » : François Armanet (président), Bayon, Sylvain Bourmeau, François Busnel, Clara Dupont-Monod, Guillaume Durand, Alix Girod de L’Ain, Marc Lambron, Gilles Martin-Chauffier, Fabienne Pascaud, Bertrand de Saint-Vincent (secrétaire général) et Pierre Vavasseur.

Voir de plus:

Les quatre nouveaux plagiats de Macé-Scaron

Après l’écrivain, c’est au journaliste d’être scruté. S’il est encore permis d’épaissir le dossier Macé-Scaron, Slate peut révéler 4 nouveaux plagiats dans ses éditos pour le Magazine Littéraire qu’il dirige.

Vincent Glad

Slate

Joseph Macé-Scaron vit un supplice médiatique depuis trois semaines. Tout a commencé le 22 août par un article d’Acrimed qui révélait d’étranges similitudes entre son roman Ticket d’entrée et un livre de l’écrivain américain Bill Bryson. Quelques jours plus tard, le Nouvel Obs en rajoute une couche en montrant qu’on peut également retrouver des bribes de Jay McInerney dans le roman du directeur adjoint de Marianne. Puis L’Express relève d’autres reprises non sourcées dans son premier roman Trébizonde avant l’oubli, visiblement inspiré d’un livre d’Ernst Jünger. Le Monde s’attaque ensuite à son deuxième roman, Le Cavalier de la nuit, fortement impregné d’un livre de Victor Malka.

Face à cette avalanche d’articles de presse, Joseph Macé-Scaron trouve encore la force d’être convaincant. Sur le plateau du Petit Journal le 30 août, il revendique d’autres plagiats et plaide pour «un débat sur ce qu’est la littérature aujourd’hui: on n’écrit pas ex nihilo, on écrit par rapport à ce qu’on lit».

L’argument est recevable. Comme le plaide notre journaliste-écrivain-plagiaire Quentin Girard, le plagiat en milieu littéraire n’a pas vraiment de sens. Il peut être une imposture mais il peut aussi s’apparenter à un effet de style ou à un jeu avec le lecteur, quelque chose d’aussi banal et moderne que le mash-up en musique. Le mot plagiat, qui était pourtant revendiqué par Lautréamont, plagiaire multi-récidiviste, ne convient plus à notre époque pour ce genre de pratiques littéraires tant il est connoté négativement. On peut lui préférer le concept plus chic d’«intertextualité» que revendique Joseph Macé-Scaron.

Les choses se compliquent pour le journaliste quand L’Express révèle le 6 septembre 2 reprises non sourcées de passages du magazine Lire dans des articles de Macé-Scaron pour Marianne. «On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système», écrit L’Express. Et surtout Macé-Scaron n’a plus d’excuses, le concept d’interjournalité n’étant pas encore développée sur les campus. Le journaliste n’a pas réagi depuis.

Le plagiat littéraire n’en est pas vraiment un, mais le plagiat des essayistes, chercheurs ou journalistes relève par contre de l’imposture intellectuelle. Le ministre allemand de la Défense, dont on avait découvert de nombreux copié-collés dans sa thèse de droit, en a fait les frais et a été poussé à la démission. S’il est encore permis d’épaissir le dossier Macé-Scaron, Slate peut révéler 4 nouveaux plagiats dans ses éditos pour le Magazine Littéraire qu’il dirige.

Macé-Scaron décompose Cioran

Dans un édito sur Jean Genet, Macé-Scaron reprend très largement des passages de Cioran, issu de son fameux Précis de décomposition. Le nom de l’écrivain roumain est rapidement cité, juste pour lui reconnaître cette citation assez faiblarde: «[Diogène], le plus grand connaisseur des humains.» Les passages de Cioran sont mélangés et quelque peu élagués, le clin d’oeil aux lecteurs est difficilement défendable.

Joseph Macé-Scaron dans le Magazine Littéraire le 24/11/2010

Jusqu’à Genet, l’écrivain a une résignation d’automate: affecter un semblant de ferveur et en rire secrètement; ne se plier aux conventions que pour les répudier en cachette; figurer dans tous les registres; sauver la face alors qu’il serait si important de la perdre… […] Que le plus grand connaisseur des humains pour Cioran ait été surnommé «Chien», cela prouve qu’en aucun temps l’homme n’a eu le courage d’accepter sa véritable image et qu’il a toujours réprouvé les vérités sans ménagement. L’écrivain qui réfléchit sans illusion sur la réalité humaine, s’il choisit la place publique comme espace de sa solitude, déploie sa verve à railler ses «semblables».

Emil Cioran, Précis de décomposition, 1949

Le penseur qui réfléchit sans illusion sur la réalité humaine, s’il veut rester à l’intérieur du monde, et qu’il élimine le mystique comme échappatoire, aboutit à une vision dans laquelle se mélangent la sagesse, l’amertume et la farce; et, s’il choisit la place publique comme espace de sa solitude, il déploie sa verve à railler ses «semblables» […] Que le plus grand connaisseur des humains ait été surnommé chien, cela prouve qu’en aucun temps l’homme n’a eu le courage d’accepter sa véritable image et qu’il a toujours réprouvé les vérités sans ménagements. […] Résignation d’automate: affecter un semblant de ferveur et en rire secrètement; ne se plier aux conventions que pour les répudier en cachette; figurer dans tous les registres, mais sans résidence dans le temps; sauver la face alors qu’il serait impérieux de la perdre…

Macé-Scaron plagie son propre article

Une courte citation mais un joli combo de plagiat: une resucée d’une interview de Finkielkraut… par Macé-Scaron dans Le Figaro en 2002. Aucune mention du philosophe n’est faite dans cet éditorial du Magazine Littéraire.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire le 29/12/2008 (lien)

Aujourd’hui, quand le passé est invoqué, c’est pour montrer son imperfection. Et ce n’est qu’habillé des derniers oripeaux de la mode, consacré vintage, qu’il se révélera «chic». Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même.

Alain Finkielkraut interviewé dans Le Figaro par Joseph Macé-Scaron et Alexis Lacroix le 14 novembre 2002

Si le passé est invoqué, c’est toujours pour montrer son abjection ou, au moins, son imperfection. Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même.

Le prof de littérature plagié

Cette fois, ce n’est pas à Cioran que Macé-Scaron oublie de payer sa dette mais à Patrick Sultan, agrégé de lettres classiques, qui écrit régulièrement sur des sites littéraires. C’est à se demander s’il a vraiment lu le livre de Jean-François Mattéi dont il est fait état.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire du 27/01/2011 (lien)

Dans son ouvrage extrêmement stimulant De l’indignation (éd. La Table ronde, 2005), le philosophe Jean-François Mattéi dévoile «la scène primitive de l’indignation philosophique» qui est non pas la mort de Socrate, mais son procès. En effet, l’indignation ne consiste pas à s’apitoyer sur son sort, à pleurer sur ses propres malheurs. […] Aussi, contrairement à la colère, qui est le résultat d’une émotion et qui peut exploser pour les motifs les plus variés, l’indignation repose sur un fond de vérité rationnelle qui ne demande qu’à s’expliciter. Révolté par le spectacle de l’injustice (Socrate devant ses «juges»), le philosophe brûle de faire valoir les arguments de la justice. Cette ardeur éveille à l’éthique; le démon de l’indignation est une ouverture au Bien comme l’étonnement est le premier moment du savoir ontologique.

Patrick Sultan, Les visages de Némésis, 26 mai 2005 (lien)

[Jean-François Mattéi] dévoile «la scène primitive de l’indignation philosophique», un événement à la fois politique, religieux, moral; il s’agit non pas de la mort de Socrate mais de son procès. L’indignation ne consiste pas en effet à s’apitoyer sur son sort, à pleurer sur ses propres malheurs mais à s’insurger contre ceux qui font du mal à des personnes qui n’ont pas mérité une telle indignité. […] À la différence cependant de la colère qui peut bouillonner et exploser sous l’effet de n’importe quelle cause, l’indignation, entre réflexion et désir, repose sur un fond de vérité rationnelle qui ne demande qu’à s’expliciter. Le sage, confiant dans la justice ultime, n’a pas à s’indigner mais le philosophe, révolté par le spectacle de l’injustice, brûle de faire valoir les arguments de la justice. Cette ardeur éveille à l’éthique; le démon de l’indignation est une ouverture au Bien comme l’étonnement est le premier moment du savoir ontologique.

Le clin d’oeil appuyé à Jean Giono

Pour celle-ci, on laissera le bénéfice du doute à Macé-Scaron. Il peut effectivement s’agir d’un clin d’oeil littéraire, même si la citation tirée d’un recueil de chroniques de Giono est reconfigurée.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire du 29/09/2008 (lien)

Il suffit simplement d’imaginer qu’il a fallu une rude poigne pour comprimer les étoiles et que c’est peut-être la même qui a serré le corps du monde jusqu’à l’éblouissante lumière et la dureté du diamant.

Jean Giono, La chasse au bonheur, 1966-1970

Il a fallu une rude poigne pour comprimer les étoiles; c’est la même qui a serré le corps du monde jusqu’à l’éblouissante lumière et la dureté du diamant.

Dans la même catégorie, Macé-Scaron reprend sans le citer dans un autre édito une phrase de Maurice Maeterlinck: «Si grande que soit notre lampe, ne donnons jamais l’huile qui l’alimente mais la flamme qui le couronne.»

Joseph Macé-Scaron n’a pas donné suite à nos demandes d’explication.

Vincent Glad est journaliste à Slate.fr et étudiant à l’EHESS.

Voir aussi:

Joseph Macé-Scaron et l’affaire du plagiat: « Tout le monde le fait« 

L’Express

le 30/08/2011

Le journaliste-écrivain était invité du Petit Journal ce mardi soir sur Canal+ pour répondre à ceux qui l’accusent de plagiat qu’aucun écrivain n’écrit ex-nihilo.

Joseph Macé-Scaron est soupçonné d’avoir emprunté des passages à cinq auteurs différents – Bill Bryson, Ernst Jünger, Jay McInerney, Victor Malka et Rachel Cusk – dans trois de ses romans – Trébizonde, avant l’oubli (Robert Laffont), Le cavalier de minuit (Julliard), Ticket d’entrée (Grasset) -, Joseph Macé-Scaron. Le directeur adjoint de la rédaction de Marianne et directeur du Magazine littéraire se retranche derrière le concept d’ « intertextualité ».

Invité du Petit Journal ce mardi soir sur Canal+, il est revenu sur ces accusations.

« Je pourrais dire c’est Macé ou Scaron qui l’a fait, mais oui, j’ai fait un emprunt. Quand on m’a demandé si j’avais fait un emprunt, j’ai dit oui je l’ai fait (…) C’est pas une création littéraire, c’est un clin d’oeil fait à Bryson (…) Quand on aime un auteur… si on vaut faire un clin d’oeil, on prend note, on modifie plus au moins, ça dépend du degré de connivence qu’on veut établir entre l’auteur et le lecteur. »

« Je me suis même auto-copié! S’il peut y avoir en France un débat sur ce qu’est la littérature, admettre qu’on n’écrit pas ex-nihilo… tous les auteurs le font. La prochaine fois, je ferai une postface pour remercier tous ceux qui m’ont encouragé. »

Voir également :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-autre-plagiat-de-joseph-mace-scaron_1023881.html

L’autre plagiat de Joseph Macé-Scaron

Jérôme Dupuis

L’Express

25/08/2011

Il n’en est pas à son coup d’essai. Dans « Trébizonde avant l’oubli », publié en 1990, Joseph Macé-Scaron s’est clairement inspiré du « Premier Journal Parisien » d’Ernst Jünger.

Accusé par les sites Arrêt sur images et Acrimed d’avoir plagié plusieurs extraits d’un ouvrage de Bill Bryson dans son roman Ticket d’entrée (Grasset), paru au printemps, Joseph Macé-Scaron, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, directeur du Magazine Littéraire et chroniqueur habitué des studios de télévision, a tout d’abord reconnu avoir fait une « connerie », avant d’invoquer, dans un second temps, une « intertextualité » assez peu convaincante.

LEXPRESS.fr peut pourtant révéler que Joseph Macé-Scaron n’en était pas à son coup d’essai et s’était déjà livré à un plagiat dans son premier roman, Trébizonde avant l’oubli, paru en 1990 chez Robert Laffont. Le chapitre 28 est clairement démarqué du Premier Journal Parisien, 1941-1943 (Christian Bourgois) d’Ernst Jünger. A la date du 29 mai 1941, l’écrivain allemand y décrit une exécution capitale à laquelle il assiste dans un petit bois de Robinson, près de Paris. Dans Trébizonde avant l’oubli, qui se déroule au XVe siècle, Macé-Scaron relate également une exécution capitale.

Comparaison de quelques extraits :

Ernst Jünger: « On donne lecture de la sentence. Le condamné écoute avec une extrême attention et cependant j’ai l’impression que le texte lui échappe. Ses yeux sont grand ouverts. »

Macé-Scaron: « Un juge donne lecture de la sentence. Le condamné écoutait le texte avec une extrême attention, et cependant j’avais la curieuse impression que son sens lui échappait. Ses yeux étaient grand ouverts. »

Ernst Jünger: « Une minuscule mouche danse autour de sa joue gauche, et se pose plusieurs fois tout près de son oreille ; il fait un mouvement de l’épaule et secoue la tête. »

Macé-Scaron: « Une abeille tournait autour de sa joue et cherchait à se poser sur son visage ; il secoua la tête dans un mouvement brusque. »

Ernst Jünger : « Je dois lui demander s’il veut qu’on lui bande les yeux. Le prêtre répond oui à sa place, tandis que les gardiens l’attachent… »

Macé-Scaron : « On lui demanda s’il voulait qu’on lui bandât à nouveau les yeux. Le prêtre répondit oui à sa place, tandis que les bourreaux le hissaient… »

Pour se défendre des premières accusations concernant ses emprunts à Bill Bryson, qui relevaient du « copier/coller », Joseph Macé-Scaron avait rejeté toute comparaison avec PPDA et sa fameuse biographie d’Hemingway. En opérant d’infimes changements entre le texte de Jünger et le sien – « la mouche » devient une « abeille », etc – il a pourtant utilisé la même méthode, sans doute destinée à brouiller les pistes. Et le fait que l’exergue de Trébizonde avant l’oubli soit tiré du Coeur aventureux d’Ernst Jünger n’y change pas grand-chose.

Alors, « connerie », intertextualité ou système ? Contacté par LEXPRESS.fr, Joseph Macé-Scaron n’a pour l’instant pas donné suite à notre demande.

Voir de même:

Comment démonter l’accusation de plagiat contre Macé-Scaron en une leçon

LITTÉRATURE. L’auteur de « Ticket d’entrée » n’est pas un plagiaire, mais un joueur et amoureux de littérature à qui l’on fait un mauvais procès.

Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

La cause est entendue : depuis que les sites Acrimed et Arrêts sur images ont indiqué que certains passages du dernier roman de Joseph Macé-Scaron (Ticket d’entrée) étaient comparables à des passages d’un roman américain antérieur (Americans rigolos, Chroniques d’un grand pays de Bill Bryson), le journaliste-écrivain doit affronter la plus humiliante des accusations : plagiat.

Sollicité une première fois par Arrêts sur images, JMS s’est défendu en reconnaissant « une connerie ». « Je prends habituellement en note sur un cahier des éléments que je lis, qui me semblent intéressants ou drôles. À l’origine, je ne pensais pas me servir de ces extraits. Je pensais les retravailler plus tard. J’ai dit dans mon livre que je me suis inspiré de cet auteur, je l’ai d’ailleurs cité dans mon livre ».

La polémique enflant, JMS a été contraint d’en dire plus à l’AFP : « La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque. Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’œil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur […]. Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème. Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe ». Et de conclure : « Après, les gens vont dire Macé-Scaron égale PPDA ».

En dépit de cette explication, l’accusation persiste, la meute continue de se déchaîner. Pensez donc, un « éditocrate » « un donneur de leçons » pris en flagrant délit de plagiat ! L’occasion est trop belle. Et tant pis si la question de la distinction emprunt/plagiat est aussi vieille que la littérature, l’objectif semble d’abord et avant tout de faire mettre genou à terre à « l’éditocrate » et « donneur de leçons » tombé dans les filets d’Acrimed et d’Arrêt sur images.

Le problème, c’est que beaucoup de ces procureurs, qui font assaut de culture et d’indignation pour accabler Macé-Scaron, se limitent à la paresseuse reprise des quatre extraits jetés en pâture. Or, Macé-Scaron n’a pas fait qu’emprunter quelques passages à Bryson. Il en a également emprunté au moins un à autre écrivain américain de renom : Jay McInerney.

Que le lecteur me pardonne, mais parvenu à ce stade du développement, je suis maintenant contraint de faire part de mon expérience personnelle, modeste et n’engageant que moi, non dans le but d’accabler JMS en révélant un nouveau plagiat, mais bien au contraire dans le but de le disculper.

Emprunt

Quand j’ai lu Ticket d’entrée, au printemps dernier, un passage situé à la page 253 retint mon attention. Le narrateur, rédacteur en chef du Gaulois Magazine, journal imaginaire appartenant à un grand groupe de presse, et qui offre quelques similitudes avec un groupe existant, présente un personnage d’académicien, ancien directeur du quotidien phare du groupe le Gaulois, encore éditorialiste, amoureux de Chateaubriand, de Proust et de Venise. Voici ce que fait dire JMS à ce personnage :

« Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage du Lido. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que ce printemps italien ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait ».

J’avais déjà lu cette cette sentence ailleurs et je m’en souvenais parce qu’elle est forcément inoubliable, tant elle correspond à ce que peut être la nostalgie du temps perdu lorsque l’on constate que les années passent et que les gens nous quittent. Cette formule figure en effet dans un roman de Jay McInerney, paru en 2007, La Belle vie :

« Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que l’été ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait ».

Sous la plume de JMS, « l’été » est devenu « printemps italien » et la plage est située à Venise, mais pour le reste, c’est pareil en tous points. Ce nouveau « plagiat » a donc échappé aux fins limiers d’Acrimed, mais il est vrai que si un dénonciateur anonyme ne leur avait pas signalé les passages empruntés à Byron, ils n’auraient pu lancer leur « fatwa » littéraire.

Pour ma part, pas une seconde, pas un instant, je n’ai suspecté JMS de plagiat ou de contrefaçon. Bien a contraire. Je me suis dit que l’emprunt d’une formule aisément identifiable, facilement repérable (tous ceux qui ont lu le roman de Jay McInerney se souviennent de ce passage, tant il est marquant) ne pouvait être qu’une sorte d’hommage rendu à l’écrivain américain, mais aussi au personnage de la « vraie vie » qui avait servi de modèle à l’académicien espiègle et séducteur campé par JMS. Et mieux encore, non seulement ne n’ai jamais suspecté JMS de plagiat, mais tout au contraire, le seul débat qui m’intéressa, dans la mesure où je suis moi même édité dans une maison qui n’est pas sans lien avec le modèle de JMS, fut de savoir si, littérairement parlant, il aurait pu exprimer sa nostalgie du temps perdu de cette façon là.

Tout cela pour dire que, pas une seule seconde, je n’ai eu la sottise de prêter à JMS la bêtise de plagier une phrase identifiable entre cent mille pour tous les amoureux de McInerney. J’ai considéré, ainsi que JMS le proclame pour sa défense, que cet emprunt était une forme de clin d’œil, d’hommage et de jeu. Point. J’ai fait preuve d’une bienveillance totale. Est-ce un tort ? Et, qui sait si Macé Scaron ne s’est pas amusé à multiplier encore les références de ce type ? Faut-il dorénavant multiplier les notes en bas de page : « Attention, là, j’emprunte à Machin dans le but de jouer avec une référence littéraire ? »

Polémique

Il est dès lors possible de clore cette polémique, qui sent la malveillance, la méchanceté, la jalousie et la bêtise à plein nez, en arguant que les plagiats (contrefaçons) les plus célèbres de ces dernières années portent sur la reprise de nombreuses pages (cf. les affaires PPDA/Hemingway, Ardisson/Pondichéry) mais jamais sur de courts extraits empruntés, ici et là, clairement repérables autant qu’identifiables.

Cette affaire qui n’en est une que pour ceux qui ont envie qu’elle le soit prouve au moins une chose : il n’est de pire procès en littérature que celui qui est instruit par des gens que ne savent pas lire.

Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa « lettre écarlate » sur la poitrine.

Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème.

Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. Le livre est paru en mai, il a eu le temps de gagner un vaste public et le prix de la Coupole, mais le problème est survenu ces jours-ci.

Le site de critique des médias Acrimed a dénoncé les similitudes portant notamment sur la description de la technique d’identification des numéros d’ordinateur (passionnant…) entre quelques brefs passages de Ticket d’entrée et deux pages d’American rigolos (Rivages) de l’écrivain américain Bill Bryson, sous le titre : « Joseph Macé-Scaron plagiaire ? » Dans le même temps, le site Arrêt sur images, ayant bénéficié du même informateur avant d’interroger l’auteur, et celui-ci s’étant fait piéger en admettant « des emprunts » aussitôt traduit « un plagiat », c’est l’emballement médiatique, cet orage puis cette essoreuse dont on ressort en loques. La -Toile s’enflamme sans nuance, les blogs se déchaînent, les médias traditionnels suivent. Les forums de discussion dégueulent un florilège haddockien : « Kleptomane d’idées !… Voleur !… Sophiste !.. Menteur !… Manipulateur !… Faus-saire !… Activiste !… Minable !… Arbitre des élégances culturelles !… Pompeur deux fois plutôt qu’une !… Donneur de leçons !… », cette dernière étant la pire injure, celle qui revient le plus souvent, rançon de l’omniprésence médiatique du commentateur de l’actualité. Les internautes ne doutent guère qu’il a été pris en « flagrant délit de troussage de livre un peu limite ». En quelques heures, le point d’interrogation a sauté, le coupable lynché. Plagiaire. Même si le mot ne veut rien dire en droit, où l’on parle en l’espèce de « contrefaçon totale ou partielle ».

Adieu clins d’oeil, échos, hommages

Tout ça pour ça ? Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : « C’est une connerie. » Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. « Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien », nous dit-il.

Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de « grand écrivain » le protègent.

Voir aussi:

Plagiat: Macé-Scaron le journaliste aussi…

Jérôme Dupuis

L’Express

06/09/2011

Joseph Macé-Scaron ne réserve pas l’ « intertextualité » à ses ouvrages littéraires. Dans ses articles de presse, il recopie également des passages entiers sur ses confrères. Exemples.

A ce jour, Joseph Macé-Scaron a publié trois romans. On sait, depuis les révélations de ces dernières semaines, que le directeur adjoint de la rédaction de Marianne, directeur du Magazine littéraire et célèbre chroniqueur télé, a fait des « emprunts » non signalés dans les trois: à Ernst Jünger dans Trébizonde, avant l’oubli (Robert Laffont), à Victor Malka pour Le cavalier de Minuit (Julliard) et à pas moins de trois auteurs – Bill Bryson, Jay McInerney et Rachel Cusk – pour Ticket d’entrée (Grasset), best-seller de ces derniers mois avec 40 000 exemplaires écoulés. Un petit parfum de scandale plane sur Saint-Germain-des-Prés.

Pour se défendre de ces accusations de plagiat, Macé-Scaron a invoqué, sans vraiment convaincre, l’ « inter-textualité », un concept des années 70, qui étudie les rapports d’un texte avec ceux qui l’ont précédés. Et d’appeler à la rescousse le pauvre Montaigne, accusé d’avoir allègrement pillé Plutarque. Rappelons donc que le philosophe de l’Antiquité est cité la bagatelle de 88 fois (!) dans les Essais et que Montaigne annonce dès les premières pages de son oeuvre qu’il va continuellement y puiser, comme dans le tonneau des Danaïdes…

Mais L’Express peut aujourd’hui révéler que le Macé-Scaron romancier n’est pas le seul à pratiquer le plagiat : le Macé-Scaron journaliste s’y livre également avec assiduité. Prenons par exemple l’article qu’il a publié le 8 juillet 2006 dans Marianne, intitulé « Catulle, le Rimbaud de Vérone ». Voilà ce qu’on y lit :

La critique du Roman de Catulle par Laurence Liban, juillet 2004

« C’est qu’il se passe toujours quelque chose chez Catulle: une noce, une danse, des ragots d’alcôve et de caniveau, un copain cocu, des blagues de potaches bourrés au falerne, des cons finis […] Mais, après la bonne fortune, viennent les chagrins d’amour, la mort d’un frère, un voyage au loin pour oublier et la beauté des mythes grecs traduits avec une infinie tendresse: ‘Bien que le lourd chagrin qui sans trêve me ronge/Me tienne loin, mon Ortalus, des doctes Vierges.’ Catulle a gardé intacte sa veine sarcastique, mais il est atteint au plus profond. C’est le roman d’un homme blessé qui donne à voir ses plaies sans forfanterie. On est touché au coeur. »

« Il se passe toujours quelque chose chez Catulle: une noce, une danse, des ragots d’alcôve et de caniveau, un copain cocu, des blagues de potaches bourrés au falerne pur. (…) Mais après la bonne fortune viennent les chagrins d’amour, la mort d’un frère, un voyage au loin pour oublier et la beauté des mythes grecs traduit avec une infinie tendresse : ‘Bien que le lourd chagrin qui sans trêve me ronge/Me tienne loin, mon Ortalus, des doctes vierges.’ Catulle a gardé intacte sa veine sarcastique, mais il est atteint au plus profond. C’est le roman d’un homme blessé qui donne à voir ses plaies sans forfanterie. On est touché au coeur. »

Belle envolée. Sauf qu’elle est parue mot pour mot deux ans plus tôt dans le mensuel Lire, sous la plume de la journaliste Laurence Liban (lire l’article intégral). Comme pour plusieurs autres passages du même article, Macé-Scaron a fait un pur copier/coller, sans modifier la moindre syllabe. Pour sa chance, Laurence Liban ne s’est jamais rendu compte de ce plagiat.

En revanche, à peine quelques semaines plus tard, le boulet est passé près. Toujours dans Marianne, le 16 septembre 2006, Macé-Scaron co-signe un article intitulé « Le tiers état culturel ». Dans la partie qui, selon nos vérifications, lui incombait, il a recopié à la virgule près un paragraphe d’un article publié trois semaines plus tôt par la journaliste Delphine Peras, encore dans Lire (lire l’article), décidément source d’inspiration récurrente pour le patron du Magazine Littéraire. Voici les lignes incriminées, qui font référence à un livre de Bernard Lahire sur les écrivains :

La critique de La condition littéraire par Delphine Peras, septembre 2006

« Une somme sans précédent qui bat totalement en brèche cette vision désincarnée de l’écrivain tout entier consacré à son art, et qui éclaire d’un jour nouveau le paradoxe de l’écriture littéraire, ‘activité à la fois valorisée symboliquement dans un monde social et culturel hiérarchisé, et pratiquée en grande partie par des individus qui ne tirent pas l’essentiel de leurs revenus de son exercice’. […] En clair, la (vraie) littérature ne nourrit pas son homme […].

« Une somme sans précédent qui bat totalement en brèche cette vision désincarnée de l’écrivain tout entier consacré à son art, et qui éclaire d’un jour nouveau le paradoxe de l’écriture littéraire, ‘activité à la fois valorisée symboliquement dans un monde social et culturel hiérarchisé, et pratiquée en grande partie par des individus qui ne tirent pas l’essentiel de leurs revenus de son exercice.’ En clair, la (vraie) littérature ne nourrit pas son homme. »

Ulcérée par le procédé – s’il arrive que des journalistes reprennent des informations de confrères sans les citer, les plagiats caractérisés sont, eux, rarissimes -, Delphine Peras s’est plainte aussitôt dans une lettre adressée à Jean-François Kahn, grand patron de Marianne. Sans grand effet, semble-t-il… Joint par L’Express, Joseph Macé-Scaron n’a pas donné suite à nos demandes.

La critique du Matin en 1987

« [Il aime] l’écriture minimale, les phrases en sauts de puces, les formes brèves, toute une microspéléologie avec laquelle l’écrivain sonde ses propres errances, ses incertitudes, ses diaboliques glissades dans ce grand vide central dont le roman se nourrit depuis qu’il est ce qu’il est: une machine à distiller les chimères, un alambic à illusions. »

On pourrait encore citer cette chronique consacrée aux romans de l’écrivain italien Antonio Tabucchi, parue dans Marianne, en mai 2006, dont le paragraphe le plus brillant -« Une écriture minimale, des phrases en sauts de puce, des formes brèves, toute une microspéléologie avec laquelle l’écrivain sonde ses propres errances, ses incertitudes, ses diaboliques glissades dans ce grand vide central dont la fiction se nourrit depuis qu’elle est ce qu’elle est, c’est à dire depuis Homère: une machine à distiller les chimères, un alambic à illusions »- est purement et simplement recopié sur un article paru dans Le Matin, en 1987. Macé-Scaron n’a pas eu à le chercher bien loin, puisque l’éditeur desdits romans avait choisi cet article du Matin comme accroche publicitaire en quatrième de couverture du volume!

On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système. Les mauvaises habitudes de « JMS » ne datent pourtant pas d’hier. Plusieurs anciens du service politique du Monde ont encore en mémoire un épisode remontant à la fin des années 80, époque où Macé-Scaron écrivait dans Le Figaro. « Un jour, se souvient Olivier Biffaud, alors journaliste politique au Monde, je tombe sur l’un de ses articles dans lequel je reconnais des blocs entiers de l’un des miens ! Sidéré, je lui ai envoyé une lettre pour me plaindre, lui suggérant même ironiquement de me communiquer le sujet de ses prochaines enquêtes, pour que je puisse lui mâcher le travail… » Quelques jours plus tard, mot chantourné de Macé-Scaron à Biffaud, accompagné d’une caisse de champagne – qui sonne comme un aveu…

On le voit, on est ici loin, très loin, des réminiscences proustiennes et des palimpsestes chers au théoricien Gérard Genette. A moins que Joseph Macé-Scaron n’invoque cette fois-ci pour sa défense quelque « inter-journalité » ?

Voir encore:

Ticket d’entrée: Macé-Scaron rejette le terme de plagiat

L’Express avec AFP

22/08/2011

Joseph Macé-Scaron reconnait des « emprunts » à l’auteur Bill Bryson dans son dernier roman « Ticket d’entrée », mais se réclame de « l’intertextualité ».

S’il reconnaît des emprunts à un écrivain américain pour son livre Ticket d’entrée, le directeur adjoint de Marianne refuse de parler de « plagiat ».

Joseph Macé-Scaron s’est défendu dans une interview accordée à l’AFP mardi. « Il n’y a pas de malhonnêteté intellectuelle de ma part, ni de dissimulation. Je reconnais dix fois des emprunts au livre de Bill Bryson, qui n’étaient pas du tout cachés mais l’une des clés de ce roman, et je rejette le terme de plagiat », at-il déclaré.

Il a rapellé avoir cité le roman de Bill Bryson, American rigolos : chroniques d’un grand pays (2003, Payot et Rivages) à la page 83 de son ouvrage, en en parlant comme « pétri d’humour ».

« L’intertextualité, c’est un classique de la littérature »

« La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque… », relève-t-il.

« Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’oeil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur (…). Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème », ajoute-t-il.

« Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe », regrette l’écrivain.

Pas question d’être assimilé à PPDA

« Après, les gens vont dire « Macé-Scaron égale PPDA » [accusé de plagiat dans sa biographie d’Ernest Hemingway, rappelle l’AFP], or ce n’est pas du tout la même chose », affirme l’auteur.

« Cette prétendue découverte des emprunts, c’est aussi une manière de se payer quelqu’un qui a un succès littéraire et appartient à un média, Marianne, dont on dit qu’il est donneur de leçon », avance-t-il.

« Si on ne connaît pas un sujet, on invente ou on le prend dans d’autres textes. Moi, je ne connais rien à l’informatique et c’est pourquoi j’ai emprunté des passages des chroniques de Bill Bryson où il en était question », argumente l’auteur de Ticket d’entrée.

Les arguments de Joseph Macé-Scaron vous semblent-ils convaincants? Donnez-nous votre avis dans les commentaires!

Voir enfin:

Il n’y a pas d’affaire Macé-Scaron

Pierre Assouline

Le Monde des livres

25.08.11

Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa « lettre écarlate » sur la poitrine.

Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème.

Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. Le livre est paru en mai, il a eu le temps de gagner un vaste public et le prix de la Coupole, mais le problème est survenu ces jours-ci.

Le site de critique des médias Acrimed a dénoncé les similitudes portant notamment sur la description de la technique d’identification des numéros d’ordinateur (passionnant…) entre quelques brefs passages de Ticket d’entrée et deux pages d’American rigolos (Rivages) de l’écrivain américain Bill Bryson, sous le titre : « Joseph Macé-Scaron plagiaire ? » Dans le même temps, le site Arrêt sur images, ayant bénéficié du même informateur avant d’interroger l’auteur, et celui-ci s’étant fait piéger en admettant « des emprunts » aussitôt traduit « un plagiat », c’est l’emballement médiatique, cet orage puis cette essoreuse dont on ressort en loques. La -Toile s’enflamme sans nuance, les blogs se déchaînent, les médias traditionnels suivent. Les forums de discussion dégueulent un florilège haddockien : « Kleptomane d’idées !… Voleur !… Sophiste !.. Menteur !… Manipulateur !… Faus-saire !… Activiste !… Minable !… Arbitre des élégances culturelles !… Pompeur deux fois plutôt qu’une !… Donneur de leçons !… », cette dernière étant la pire injure, celle qui revient le plus souvent, rançon de l’omniprésence médiatique du commentateur de l’actualité. Les internautes ne doutent guère qu’il a été pris en « flagrant délit de troussage de livre un peu limite ». En quelques heures, le point d’interrogation a sauté, le coupable lynché. Plagiaire. Même si le mot ne veut rien dire en droit, où l’on parle en l’espèce de « contrefaçon totale ou partielle ».

Adieu clins d’oeil, échos, hommages

Tout ça pour ça ? Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : « C’est une connerie. » Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. « Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien », nous dit-il.

Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de « grand écrivain » le protègent.

Dans la brève notice biographique de Joseph Macé-Scaron sur Wikipédia, l’affaire occupe déjà quatre lignes, espace disproportionné. Gageons qu’il ne diminuera pas avant longtemps. Le mal est fait. « Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs », suggère un fameux aphorisme attribué à Clemenceau ou à Cocteau selon les sources, l’un ayant plagié l’autre. Nous ne serions donc pas surpris d’apprendre que Joseph Macé-Scaron consacrera un prochain numéro spécial du Magazine littéraire au plagiat.

11 Responses to Affaire Macé-Scaron: Tout le monde le fait (It’s intertextuality, stupid!)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    « Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème.  » (Pierre Assouline) – Ah bon ?
    Pierre Assouline, ce n’est pas lui qui avait accusé C. Belaya de plagiat ?

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  2. jc durbant dit :

    Justement, comme le rappelle bien Schneidermann, mais JMS, c’est différent puisque c’est son pote au Mag lit:

    En janvier 1992, il avait consacré une longue enquête au plagiat dans le magazine Lire. Une enquête qui lançait de « nouvelles accusations » et dix ans après, faisait toujours référence puisqu’elle avait alimenté une réédition du dictionnaire des plagiaires de Roland Chaudenay en 2001.

    Après ce numéro de Lire, Assouline avait accroché à son tableau de chasse une autre plagiaire en 1996 : Calixthe Beyala. C’est Assouline qui avait accusé l’auteur de plagiat au cours de l’émission RTL-Lire diffusée le 24 novembre 1996. Il avait « affirmé en direct sur l’antenne que Calixthe Beyala, déjà condamnée en mai pour contrefaçon partielle (…) avait récidivé en faisant « des emprunts flagrants à deux reprises à l’écrivain nigérian Ben Okri » », relate un article du Monde de l’époque. Assouline n’avait alors pas eu beaucoup d’hésitations à dénoncer Beyala, qui venait de recevoir le Grand Prix du roman de l’Académie française : la condamnation de Calixthe Beyala « aurait dû inciter les académiciens français à être plus circonspects. Ils ont plongé comme un seul homme. Quelque chose me dit qu’ils vont bientôt le regretter », ironisait Assouline (à l’époque où il n’avait pas découvert les bienfaits de l’innutrition).

    Heureusement pour Macé-Scaron, Assouline s’est assagi. Parce qu’il « collabore » au Magazine littéraire dirigé par Macé-Scaron comme il le reconnaît lui-même dans sa chronique ?

    http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=11892

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    C’est beau l’amitié quand même

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  4. jcdurbant dit :

    Voir aussi le très complet papier du Monde ou encore mieux le site d’Hélène Maurel-Indart

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  5. jcdurbant dit :

    Dernière victime en date de « l’écriture par procuration », le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim lui-même, contraint, pour excuser son plagiat après en avoir accusé son plagié, de révéler son utilisation d’un « nègre » et soupçonné par ailleurs d’usurpation de titre:

    Cette affaire confirme que la pratique du plagiat est rarement ponctuelle – le fait malheureux d’un auteur qui a failli accidentellement -, mais bien une méthode d’écriture par procuration, parfaitement au point chez certains publiants – inutile de parler d’auteurs, et encore moins d’écrivains. Encore que ces types de livres soient quelquefois les plus lus, puisqu’ils sont plus des produits de promotion d’une personnalité ou d’une institution qu’un véritable travail intellectuel s’inscrivant dans une réflexion personnelle.

    Hélène MAUREL-INDART

    Je viens de prendre connaissance de la polémique qui s’est développée à propos du plagiat présumé d’un texte de JF Lyotard commis par Gilles Bernheim. Etant le dernier survivant des personnes interviewées par Elisabeth Weber dans « Questions au judaïsme », je peux témoigner des méthodes de travail d’Elisabeth Weber. Elle procédait à un long entretien enregistré au magnétophone. On revenait, parfois, sur des sujets abordés au début de la conversation, ce qui donnait un produit brut, je suppose, assez décousu. Quelques semaines plus tard, EW vous adressait une mise en forme de votre entretien, qui en ce qui me concerne était réalisée de manière remarquable, donnant à ces échanges décousus une cohérence parfaite. Je ne peux imaginer que JF Lyotard, que j’ai bien connu, ait débité devant Elisabeth un texte appris par coeur d’un cours délivré en 1980 par GB… Cela me navre d’autant plus que ceux qui connaissent mes interventions publiques actuelles peuvent constater que sur nombre de sujets (mariage gay, Israël) je suis en parfait accord avec les prises de position du Grand Rabbin…

    Luc ROSENZWEIG

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  6. […] oblige, l’hypermimétisme (des neurones miroirs aux bâtiments qui tombent malades ou au plagiat ou à la cryptomnésie !) se lie à la plus grande revendication d’originalité et […]

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  7. […] qu’après nombre de nos journalistes et gens de lettres et sans compter l’évident abus de faiblesse dont a été tout récemment victime notre grand […]

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  8. Where did you discover this stuff? Thank you for writing this great page. Might there be a part two at some point?

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