Plagiat: Pascal Boniface ou l’arroseur arrosé (People who live in glass houses shouldn’t throw stones)

[Vous refuse-t-on des livres écrits ? demande une jeune femme.] Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Beigbeder (réponse à une admiratrice)
Je ne crois guère au développement d’un terrorisme de masse. (…) Je ne pense donc pas, contrairement à certains, que nous verrons des actes terroristes entraînant des milliers de victimes. Pascal Boniface (in « Les guerres qui menacent le monde », Béatrice Bouvet et Patrick Dernaud, Kiron – Editions du Félin, mai 2001)
Pourquoi les «faussaires» ne sont-ils pas démasqués mais bénéficient, au contraire, d’un avantage comparatif par rapport à ceux qui sont trop scrupuleux pour oser s’affranchir des règles de l’honnêteté intellectuelle ? Pascal Boniface
Je ne parlerai pas non plus d’Éric Zemmour, qui doit sa fortune médiatique à ses propos, dont certains, sur les Noirs et les Arabes, ont été condamnés en justice. Ses affirmations me paraissent répréhensibles, ses idées malsaines, et lui qui se dit attaché à la France renvoie plutôt à une France moisie et rabougrie. Mais il est sincère, y compris dans ses excès. Pascal Boniface
C’est]  l’éditeur qui a dû faire sauter des notes de bas de page, [car il ne souhaitait pas faire de ce livre un] ouvrage universitaire. Pascal Boniface
Je défie quiconque de  me prendre en défaut de mensonges volontaires. Il a pu m’arriver de  commettre des erreurs, comme tout un chacun, mais moins que certains que  je cite en exemple. Cela me mortifie à chaque fois que je m’en rends  compte. Mais je ne pourrais jamais émettre un argument auquel je ne  crois pas, uniquement parce qu’il me permettrait de mieux convaincre le  public. Pascal Boniface

Nouvelle victime, après BHL et PPDA, de non assistance à auteur en danger!

Comme le rappelait il y a quelques années Beigbeder, comment résister à un éditeur qui vous laisse la bride sur le cou?

C’est l’amère expérience que vient de faire à ses dépens, lui qui s’était déjà fait piéger pour avoir notamment pointé le secret de polichinelle du poids nouveau de l’électorat musulman pour son parti d’origine à savoir socialiste, notre Pascal Boniface national.

Emporté qu’il était par sa volonté de jouer les redresseurs de torts solitaires contre les « intellecteurs faussaires » (et surtout en fait de régler ses comptes avec ses concurrents directs), il est hélas tombé sur le 15e éditeur qui, lui, a accepté de publier un bouquin manifestement baclé (un comble pour un auteur qui prétendait rappeler ses concurrents aux hautes règles de l’échange intellectuel!) …

Et il se retrouve non seulement avec un torchon  (refusé, on comprend vite pourquoi, par 14 autres éditeurs, comme l’auteur le clame partout, mais, entre nous, mettre dans le même bateau du « mensonge » (qui se réduit le plus souvent dans son livre à des prédictions qui s’avèrent fausses – comme sa propre estimation, à quatre mois du 11/9 – du peu de probabilité de l’éventualité d’actes de terrorisme de masse? –  un mélange hétérogène de poids lourds et de poids plumes manifestes de l’analyse géopolitique aussi divers qu’Adler, Fourest, Sifaoui, Delpech, Encel, Heisbourg, Val ou BHLlui qui s’était déjà fait piéger pour avoir notamment pointé le secret de polichinelle du poids nouveau de l’électorat musulman pour son parti d’origine à savoir socialiste, n’était-ce pas déjà courir au désastre? Et du coup se voir réduit à en exclure d’autres du champ de son analyse comme Zemmour ou Finkielkraut au nom de… la « sincérité »?) …

Mais se fait piéger lui-même (ou, comme PPDA ou BHL avant lui, par son éditeur ou son nègre de service – pardon: son « documentaliste » qui  « a su efficacement rechercher les documents et textes utiles » ?)

et, comble de malchance, prendre en flagrant délit de… contrefaçon!

Pascal Boniface, un copiste solitaire contre les « intellectuels faussaires »

Alain Thorens, Mathias Reymond

Acrimed

le 4 juillet 2011

La critique voire la dénonciation des impostures intellectuelles et médiatiques est une œuvre de salubrité publique. Mais sous prétexte qu’un intellectuel – en l’occurrence Pascal Boniface – pointe sa plume vers quelques-uns de nos adversaires les plus connus, devrait-on rester silencieux sur la méthode utilisée, quand celle-ci revient à reprendre nos travaux, en les déformant et sans les citer ?

Dans son livre que nous aurions aimé défendre [1], Pascal Boniface brosse le portrait de quelques intellectuels de télévision. Il s’intéresse en particulier à ceux qui s’expriment sur des sujets qu’il semble bien connaître : le Moyen-Orient, l’islam, etc. [2]. Et comme Boniface annonçait partout que « quatorze éditeurs » avait refusé d’éditer son manuscrit, aucun doute n’était permis : l’ouvrage devait être sulfureux. Pourtant, à la lecture de la quatrième de couverture et du sommaire, on a d’emblée un sentiment de déjà vu…

Un « travail rarement fait » ?

Dès les premières pages, la déception est grande. Arguant que personne ou presque ne se préoccupe de l’honnêteté intellectuelle de quelques « faussaires » qui envahissent les médias, l’auteur proclame dans son avant-propos : « Le travail de recherche est très rarement fait. Il exige du temps et induit le risque de se faire des ennemis puissants. Celui qui dénoncera les mensonges d’intellectuels médiatiques n’aura pas toujours accès aux médias, ces derniers ne voulant pas se critiquer eux-mêmes ! J’ai longtemps hésité à rédiger cet ouvrage. En fait, j’ai attendu qu’un autre s’attelle à la tâche. » (p. 11).

« Un travail de recherche » ? Un « travail très rarement fait » ? Accompli après avoir, en vain, « attendu qu’un autre s’attelle à la tâche » ?

C’est oublier un peu vite que nous sommes nombreux à avoir entrepris depuis quinze ans ce labeur ingrat et nécessaire, sans trop nous préoccuper, il est vrai, de notre improbable accès aux grands médias. Comment l’auteur d’un livre qui use (et abuse) de la première personne peut-il ignorer ou mépriser, à ce point le travail collectif effectué par Acrimed et des journaux comme PLPL (2000-2005) et Le Plan B (2006-2010), Les Nouveaux Chiens de garde, de Serge Halimi, les très nombreux articles publiés par Le Monde diplomatique (mentionnés seulement à deux reprises) et les livres édités chez Agone sur ce sujet ?

Et pour nous en tenir à l’ouvrage le plus récent qui aborde le même thème, comment peut-on omettre de mentionner – simplement de mentionner ! – Les Éditocrates d’Olivier Cyran, Mona Chollet, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond [3] publié il y a à peine un an et demi ?

Le simple fait que La Découverte – qui n’est pas vraiment une maison d’édition marginalisée ou subversive – ait édité Les Éditocrates montre, même si les exceptions sont rares, que la critique des « intellectuels médiatiques » ne fait pas fuir tous les éditeurs pour peu que… l’ouvrage soit éditable ! Or le livre collectif édité par La Découverte prend notamment pour cibles Alexandre Adler, Bernard-Henri Lévy et Philippe Val, qui bénéficient chacun d’un chapitre dans le livre de Pascal Boniface.

Enfin, pourquoi ne pas signaler les rubriques consacrées par Acrimed à ces trois phares médiatiques de la pensée contemporaine ? Précisément : « Philippe Val, fabuliste et patron » (22 articles), « Les aventures de Bernard-Henri Lévy »(11 articles) et « Les facéties d’Alexandre Adler » (12 articles). Et pourquoi ne pas ajouter également le dossier sur Bernard-Henri Lévy disponible sur le site du Monde diplomatique ?

Acrimed ne bénéficie que d’une note de bas de page, et seulement comme source, très vague, d’une citation. Interrogé par nos soins, Pascal Boniface nous a assuré « ne pas nier le travail antérieur accompli notamment par Acrimed », qui est l’une de « [ses] principales sources ». De même qu’il nous a expliqué, de façon plus générale, que c’est « l’éditeur qui a dû faire sauter des notes de bas de page », car il ne souhaitait pas faire de ce livre un « ouvrage universitaire. »

Pourtant, lors de ses (nombreux) passages dans les médias, Pascal Boniface est présenté (et se laisse volontiers présenter) comme un pionnier du genre. On ne l’entend jamais évoquer « le travail antérieur » que son éditeur aurait effacé. Ainsi, dans l’émission « On n’est pas couché » (diffusée sur France 2, le 18 juin 2011), il se félicite de l’accueil des lecteurs : « Jamais pour un bouquin que j’ai fait, je n’ai eu autant de retours du public qui disent merci, merci de dire des choses que l’on sait en fait, mais que l’on ne voyait pas noir sur blanc de cette façon, merci de confirmer l’intuition que l’on savait sur l’une des personnes et d’avoir fait ce bouquin. » Tant mieux ! Ces remerciements iront droit au cœur des acteurs du « travail antérieur » que Pascal Boniface n’a toujours pas eu le loisir de mentionner publiquement…

Copier n’est pas plagier ?

La critique radicale des médias, parce qu’elle se nourrit de citations précises et sourcées, attire naturellement (et malheureusement) les paresseux, les copistes et les plagiaires.

Or, tout au long de son livre, l’auteur éclaire ses propos par des citations des intellectuels ou experts qu’il critique : des citations qu’il aurait dénichées lui-même ? Il est rare, trop rare, qu’il mentionne où il les a trouvées. Nous nous refusons de lancer à la légère, parce qu’elle est trop grave, l’accusation de plagiat. Peut-être ne s’agit-il après tout que d’une utilisation désinvolte du travail approximatif du documentaliste qui, déclare Pascal Boniface dans ses remerciements, « a su efficacement rechercher les documents et textes utiles ». Une utilisation désinvolte puisque, comme Pascal Boniface nous l’a affirmé, il « écrit les livres qu’[il] signe ». Mais les coïncidences sont trop nombreuses pour qu’on les passe sous silence, dans un livre qui se présente comme un ouvrage-pionnier… comme s’il avait trouvé toutes les références et citations lui-même.

Le chapitre consacré à Alexandre Adler (pp. 93-104), intitulé « Les merveilleuses histoires de l’oncle Alexandre » (mais nous aurions pu faire la même analyse avec ceux sur Val, Lévy ou Fourest), abonde de coïncidences troublantes et de citations glanées ici et là.

Ce passage dénonce les mensonges récurrents et les erreurs factuelles du chroniqueur multicarte. Très bien. Mais c’est exactement l’angle qu’avait adopté Mathias Reymond dans l’article « Portrait d’un omniscient », publié dans Le Monde diplomatique en juin 2005 puis reproduit sur notre site. De nombreux exemples sont identiques, et les citations semblables fourmillent. Or l’article dont il reprend l’esprit n’est jamais cité…

Certes, personne ne détient le monopole des citations. Et recopier n’est pas toujours plagier à condition de ne pas tout mélanger et de citer ses sources. Voici, à titre d’exemple, quelques passages inspirés de l’article du Monde diplomatique (d’autres sont présentés en annexe).

(1) Dans le livre de Pascal Boniface, on peut lire (p. 101) : « Dans la même veine, au micro de France Culture, le 11 mai 2005, il compare Hugo Chávez à un “gorille ou un primate“. […] » Or la référence de Pascal Boniface est inexacte. Le 11 mai 2005, sur France Culture, Adler consacrait sa chronique matinale au « Tournant chinois », et ne faisait pas allusion à Chávez. Et dans l’article publié par Le Monde diplomatique (juin 2005), on pouvait lire ceci : « M. Hugo Chávez ne serait, lui, qu’un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005) [4], un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) […] »

Entre l’original et la copie, que s’est-il passé ? Pascal Boniface a contracté le passage du Diplo et fusionné les deux sources – (France Culture (3 mai 2005) et Le Figaro (11 mai 2005)) – en une seule… De plus, Adler n’écrit pas dans Le Figaro l’expression « gorille ou un primate » (comme chez Boniface) mais « le primate ou le gorille », Boniface a ainsi transformé les « le » en « un » et a inversé l’ordre des mots. Or l’article du Diplo avait commis la même inversion.

Sur la même page (p. 101) que celle de l’exemple que nous venons de relever, Pascal Boniface enchaîne sur l’accusation adlérienne portée contre Hugo Chávez d’être un « semi-dictateur », sous prétexte qu’il a incarcéré plusieurs opposants dont l’ancien président social-démocrate Carlos Andrés Pérez. Or le passage correspondant occupe la même place dans le livre de Pascal Boniface que dans l’article du Monde diplomatique, et les formulations sont étrangement similaires (voir annexe a).

(2) Dans l’article du Monde diplomatique (juin 2005), on pouvait lire ceci :

Notre spécialiste assure, en juin 2004, que la création d’un État en Cisjordanie et à Gaza « va représenter pour les Palestiniens un objectif qui fera baisser la tension au Proche-Orient, mais pas énormément puisque la majorité des Palestiniens continue à souhaiter la destruction totale d’Israël [note de bas de page : Interview pour le Fonds social juif unifié.] ». La revue L’Arche, qui n’a pas d’hostilité à l’égard d’Israël comme marque de fabrique, rendait pourtant compte, en janvier 2005, d’une étude réalisée par le Jerusalem Media and Communication Center (JMCC) auprès de 1 200 adultes de la population palestinienne. Elle indiquait que 57 % des personnes interrogées étaient favorables à l’instauration de deux États côte à côte. Et, en juin 2004, le JMCC soulignait déjà que le nombre souhaitant « la destruction totale d’Israël » ne s’élevait qu’à 11 % [note de bas de page : http://www.jmcc.org/publicpoll/opinion%5D. Une « majorité des Palestiniens » toute relative donc…

Traduit par Pascal Boniface, cela donne (p. 102)

Le Jerusalem Media and Communications Centre avait réalisé un sondage en 2004 selon lequel le nombre de Palestiniens souhaitant la destruction totale d’Israël était de 11 %, 57 % des Palestiniens se disant favorables à l’instauration de deux États voisins. Au même moment, Alexandre Adler déclarait : « La majorité des Palestiniens continue à souhaiter la destruction totale d’Israël. »

Questions :

– Où Pascal Boniface a-t-il déniché la sentence d’Adler (« la majorité des Palestiniens continue à souhaiter la destruction totale d’Israël ») ? S’il ne précise pas la source, c’est pour la simple raison que celle-ci est – depuis des années – introuvable. À l’époque (en 2005) l’auteur du Monde diplomatique l’avait téléchargée sur le site du Fonds social juif unifié. Aujourd’hui, il est sans doute l’un des seuls à être en possession de cet enregistrement.

– À quel sondage Pascal Boniface fait-il référence ? En réalité, à deux sondages distincts, que l’article du Monde diplomatique mentionne tour à tour et que Pascal Boniface fusionne. Selon le premier sondage du JMCC, réalisé en juin 2004, 11,1 % (et non 11 %) des « Palestiniens » sondés souhaiteraient un État palestinien unique et 44,5 % (et non 57 %) des Palestiniens seraient pour deux États, et 26,5 % pour un État binational. Selon un second sondage du JMCC, réalisé en décembre 2004 (publié en janvier 2005 dans L’Arche), 56,7 % (et non 57 %) des sondés seraient favorable à l’existence deux États, et 8,6 % pour un État palestinien. Non content de fusionner les résultats de deux sondages successifs, Pascal Boniface reprend les chiffres arrondis dans l’article du Monde diplomatique, sans mentionner ce dernier. Ajoutons qu’il était pourtant simple de se rendre sur le site du JMCC, qui réalise cette étude tous les six mois environ et tient à jour un graphique avec les évolutions des tendances…

– Qui parle enfin de « la destruction totale de l’État d’Israël » ? Alors que Le Monde diplomatique reprend simplement l’expression d’Alexandre Adler, Pascal Boniface présente cette expression comme si c’était elle qui figurait dans la question posée par le sondage et comme si c’était à cette question que 11 % des Palestiniens avaient répondu positivement.

Ce chapitre regorge de passages du même acabit et nous renvoyons le lecteur courageux aux annexes pour contempler le travail du copiste [5].

Un intellectuel collectif

Les exemples que nous avons prélevés sur seulement onze pages dédiées à Alexandre Adler sont consternants, et un travail approfondi consacré aux autres chapitres (notamment ceux sur Philippe Val et Bernard-Henri Lévy) ne ferait que renforcer notre propos : le travail de Pascal Boniface relève pour une large part de la réappropriation privée de travaux collectifs.

Chacun l’aura compris : ce ne sont pas des attestations d’antériorité ou de paternité que nous revendiquons ici (encore que…), mais la rupture avec ces pratiques fort répandues dans les milieux intellectuels où des notoriétés consacrées s’approprient le travail d’inconnus sans l’évoquer. Et c’est surtout là que le bât blesse, puisque Boniface pérore un peu partout dans les médias (France Culture, Politis, France 2, etc.), affirmant qu’il a fait un travail héroïque que personne n’avait fait jusqu’alors et qu’aucun éditeur ne souhaitait éditer. Certains journaux ont même promu – sans doute sincèrement – le livre de Boniface (Politis, Témoignage chrétien, etc.) sans connaître les défaillances de son travail…

Inquiet de notre réaction, Pascal Boniface nous a prévenus : « rédiger un tel article va réjouir les personnes mises en cause dans mon livre. » Peut-être. Mais garder le silence aurait été pire. Surtout au regard du travail accompli depuis tant d’années par le pôle de la critique radicale des médias constitué en collectifs (Acrimed, Le Plan B, Agone…). Des collectifs avec une certaine idée de la transgression des normes dominantes : respectueuse de l’individualité des chercheurs, certes, mais attachée à soutenir d’autres intellectuels collectifs qui, sous diverses formes et dans divers domaines, militent dans les arènes des combats d’idées et des combats sociaux.

Mathias Reymond et Alain Thorens

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Annexes : Coïncidences, coïncidences…

(a) Pascal Boniface (p. 101) : « […] Il n’hésite pas à l’accuser d’être un semi-dictateur, pour avoir incarcéré plusieurs opposants, dont l’ancien président social-démocrate Carlos Andrés Pérez (3 mars 2005). Faut-il rappeler que celui-ci vivait en exil à Saint-Domingue et avait été destitué de la présidence de la République du Venezuela en 1993 pour des malversations financières aggravées. »

Article du Monde diplomatique (juin 2005) : « […] ou un “semi-dictateur”… qui “vient de passer une nouvelle frontière en inculpant et en incarcérant plusieurs de ses opposants les plus notoires comme l’ancien président social-démocrate Carlos Andrés Pérez” (France Culture, 3 mars 2005). Quand il qualifie cet acte d’“arbitraire”, Alexandre Adler n’indique pas que M. Pérez a été destitué de la présidence de la République du Venezuela en 1993, poursuivi par la justice pour malversation financière aggravée, ni, surtout, qu’il n’a nullement été incarcéré, pour la bonne et simple raison qu’il vit en exil (doré), faisant la navette entre Saint-Domingue et Miami ».

(b) Plus troublantes encore sont les coïncidences entre les citations assorties de commentaires transcrites à partir des chroniques de France Culture, qu’il est difficile, voire impossible, de retrouver longtemps après. Tel est le cas, par exemple, du « traficotage » effectué à partir d’une chronique d’Alexandre Adler consacrée, cette fois, à Evo Moralès.

Dans un article, publié sur le site d’Acrimed le 19 mai 2006 (« Un « complot » fomenté par Philippe Val et Alexandre Adler ? »), nous écrivions : « France Culture, 2 mai 2006. Alexandre Adler commente une décision d’Evo Morales, nouveau président de Bolivie : “Le nouveau président bolivien, le trafiquant de coca Evo Morales, vient d’annoncer la nationalisation totale des hydrocarbures en Bolivie […].” » Dans le livre de Pascal Boniface, on peut lire (p. 102) : « Sur France Culture, le 2 mai 2006, commentant une décision d’Evo Morales, nouveau président bolivien, il lançait : “Le trafiquant de drogue Morales vient d’annoncer la nationalisation totale des hydrocarbures en Bolivie.” »

La similitude des formulations est troublante. Mais quel est l’auteur de cette transcription curieusement… « trafiquée », puisque le « trafiquant de coca » est transformé en « trafiquant de drogue » ? Selon Pascal Boniface, c’est l’éditeur – ou le correcteur – qui aurait procédé à cette modification.

(c) Pascal Boniface écrit (p. 96) : « Dans Le Figaro du 8 mars 2003, il [Alexandre Adler] écrivait en effet : “La guerre n’aura peut-être tout simplement pas lieu. Cette conviction que nous avons repose sur une observation minutieuse de certains faits, sur certaines hypothèses que tout le monde ne partage pas, mais aussi sur des intuitions et des appréciations psychologiques.” » La même citation figure en ces termes dans « Portait d’un omniscient » (Le Monde diplomatique, juin 2005) : « Un mois avant le déclenchement des opérations anglo-américaines en Irak, l’expert avait suggéré : “La guerre n’aura peut-être tout simplement pas lieu” (Le Figaro, 8 mars 2003). L’explication suivait : “Cette conviction que nous avons repose sur une observation minutieuse de certains faits, sur certaines hypothèses que tout le monde ne partage pas, mais aussi sur des intuitions et des appréciations psychologiques, qui, elles, pourront s’avérer erronées.” » Or la proposition exacte de l’article d’Alexandre Adler est la suivante : « elle n’aura peut-être tout simplement pas lieu », le « elle » faisant référence à la guerre. Mais, dans le cadre d’une citation, le terme substitué aurait du être mis entre crochets : « [La guerre] n’aura… » Pascal Boniface aurait dû corriger… pour ne pas être piégé.

Notes

[1] Les intellectuels faussaires – Le triomphe médiatique des experts en mensonge, édité chez Jean-Claude Gawsewitch (2011).

[2] On peut être étonné toutefois qu’il décerne des labels de « sincérité » à des auteurs comme Alain Finkielkraut ou Éric Zemmour, comme si cette sincérité les exonérait de leurs impostures. Comme si, de tous les auteurs cités, ils étaient les seuls à être sincères. Dans son livre, p. 92, il écrit par exemple : « Je ne parlerai pas non plus d’Éric Zemmour, qui doit sa fortune médiatique à ses propos, dont certains, sur les Noirs et les Arabes, ont été condamnés en justice. Ses affirmations me paraissent répréhensibles, ses idées malsaines, et lui qui se dit attaché à la France renvoie plutôt à une France moisie et rabougrie. Mais il est sincère, y compris dans ses excès. »

[3] La Découverte, 2009.

[4] Les passages en gras sont soulignés par nous.

[5] Ajoutons que quand Pascal Boniface cite ses sources, c’est trop souvent de façon incomplète (et approximative). Un exemple, puisé cette fois dans le chapitre sur Philippe Val : « Mathias Raymond, dans un article publié le 8 septembre 2008 [où ?], rappelle que Olivier Cyran, François Came, Anne Kerloch, Michel Boujut et Mona Chollet ont dû quitter le journal après l’arrivée de Philippe Val. Un dessin de Lefred Thourond sur Patrick Font […] » (p. 189). Complétons la source puisqu’ici encore, on n’est jamais si bien servi que par soi-même, l’article vaguement mentionné est paru sur le site d’Acrimed sous le titre : « Une histoire de Charlie Hebdo ». Et passons (quoique…) sur quatre fautes de frappes en quelques lignes : Reymond (avec un ‘e’) ; Camé (avec un ‘é’) ; Kerloc’h (apostrophe h) ; Thouron (sans ‘d’).

Voir aussi:

Le club des “ intellos faussaires”

Frédéric Pons

Valeurs actuelles

30/06/2011

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), engagé à gauche, Pascal Boniface décape des idoles médiatiques, qu’il appelle des “experts en mensonge”. Un réjouissant jeu de massacre.

On ne peut guère soupçonner Pascal Boniface d’avoir, lui aussi, retourné sa veste, comme tant de ces “intellectuels faussaires” qu’il décrypte avec alacrité dans son dernier ouvrage éponyme. Après sa thèse d’État en droit international public sur les sources du droit international du désarmement, il fait très tôt partie des jeunes conseillers en affaires stratégiques proches de Charles Hernu, le premier ministre de la Défense de François Mitterrand, après mai 1981. Expert pour les questions de défense auprès du groupe socialiste de l’Assemblée nationale, il travaille aussi sur ces sujets aux cabinets de Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense, puis de Pierre Joxe, d’abord à l’Intérieur puis à nouveau à la Défense.

Boniface est resté fidèle à cet engagement socialiste, tout en menant une brillante carrière d’universitaire (il est aujourd’hui enseignant à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII) et de consultant. Passé par l’université Paris-I, l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan et l’Institut d’études politiques de Paris et de Lille, il crée en 1990 l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), l’un des meilleurs think tanks français. Il en est le directeur. Auteur d’une quarantaine d’ouvrages, responsable de l’Année stratégique et du trimestriel la Revue internationale et stratégique, il est aussi, pour une autre passion, le secrétaire général de la Fondation du football.

On peut discuter son analyse du conflit israélo-palestinien : en 2003, son livre Est-il permis de critiquer Israël ? avait déjà suscité de vives controverses (lire dans « Valeurs actuelles »). Sa galerie des “experts en mensonge” est sans doute un peu polémique, parfois injuste. Sa liste – Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Alexandre Adler, François Heisbourg, Philippe Val et quelques autres – est sans doute incomplète. Mais les citations qu’il fait, les rappels de quelques énormités et de concepts creux assénés par tous ces intellectuels courtisés par tant de médias font mouche. Pascal Boniface s’est sans doute fait des ennemis pour longtemps. Il nous explique les raisons de cette charge, à gauche toute…

Pourquoi avoir écrit ce livre maintenant sur les « intellectuels faussaires » ? Il est vrai qu’il aurait pu être écrit de puis longtemps. J’attendais que quelqu’un s’en charge. Cela n’est pas venu. J’étais de plus en plus agacé de voir ces mensonges et contre vérités défiler en boucle, ne pas être contredits. Voir ces faussaires triompher médiatiquement, alors que nombreux étaient ceux qui connaissaient leurs failles, devenait difficile à supporter ; je me suis donc attelé à la tâche. Les multiples réactions positives que je reçois montrent que, pour le public également, le moment était venu.

Est-il exact que vous avez essuyé le refus de nombreux éditeurs ? Quatorze éditeurs ont rejeté le livre ; et encore, je ne l’avais envoyé ni à Grasset, ni à Denoël, ni à quelques autres dont je connaissais par avance la réponse, forcément négative. Cela montre bien le poids des connivences dans le milieu éditorial et, d’un certain côté, le non-respect du public auquel on dénie une variété de choix. Il y a là un vrai problème sur le plan démocratique.

Et dans les médias ? Si je ne peux pas parler d’un silence médiatique, il est vrai que je n’ai guère d’illusions sur les comptes-rendus de nombreux grands médias. Mais des journaux d’opinion à droite comme à gauche en font part et, surtout, le bouche à oreille fonctionne fort bien.

N’êtes-vous pas vous-même, comme quelques journalistes de Valeurs actuelles, un habitué des plateaux de télévision ? Je suis en effet régulièrement invité dans des médias. Il y en a également où je suis interdit, uniquement sur la base de mes positions sur le conflit au Proche-Orient.

Vous vous êtes aussi trompé… Mais je défie quiconque de me prendre en défaut de mensonges volontaires. Il a pu m’arriver de commettre des erreurs, comme tout un chacun, mais moins que certains que je cite en exemple. Cela me mortifie à chaque fois que je m’en rends compte. Mais je ne pourrais jamais émettre un argument auquel je ne crois pas, uniquement parce qu’il me permettrait de mieux convaincre le public.

Homme de gauche, vous brisez des idoles qui sont pour la plupart issues de la gauche ou engagées à gauche. Ne tirez-vous pas contre votre propre camp, et peut-on être débatteur de droite sans être automatiquement un faussaire ? Je suis malheureusement parvenu à un âge où je n’ai plus d’illusions sur le fait que le monopole du coeur ou de la vertu serait à gauche. Je me sens toujours de gauche mais je connais des gens de droite d’une parfaite intégrité et animés par des convictions sincères et l’envie de servir l’intérêt général, et des gens qui se disent de gauche qui ne sont que des opportunistes sans foi ni loi et qui, au-delà des déclarations généreuses, ne pensent qu’à leur carrière personnelle.

Qu’appelez-vous exactement « le bain amniotique de la pensée dominante » ? C’est le fait de croire que le monde occidental est supérieur aux autres civilisations, qu’il a le monopole de la vertu, qu’il serait en danger parce que justement il est plus vertueux, qu’Israël est la seule démocratie du Proche-Orient et que l’opposition à sa politique ne s’explique que par ce facteur, qu’il est l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme islamiste, et que donc, au lieu de le critiquer pour sa politique à l’égard des Palestiniens, il faudrait plutôt le soutenir. Enfin, c’est aussi penser que l’islam en tant que tel est un danger. Et puis surtout, par rapport aux périls stratégiques, se concentrer sur la dénonciation des effets sans jamais réfléchir aux causes.

Que reprochez-vous précisément à « l’entrée en force de la morale dans l’agenda international », phénomène que vous disséquez et qui permettrait à certains intellectuels de « nous faire avaler des couleuvres » ? Je serais ravi que la morale entre en force dans les relations internationales. Malheureusement, on l’évoque pour ne pas la mettre en pratique. Trop souvent son évocation conduit à un manichéisme qui divise le monde en deux : le bien d’un côté, le mal de l’autre. Par ailleurs, si on tranche les situations stratégiques au nom de la morale, on parvient vite à une situation où celui qui s’oppose à vous n’est pas un contradicteur mais un être immoral. Si votre opposant est contre la morale, pas la peine d’argumenter, il suffit d’excommunier. C’est une insulte à l’intelligence. Trop souvent, ceux qui se réclament d’une approche morale le font de façon sélective.

Pourquoi dites-vous que BHL est de venu le « seigneur et maître des faussaires » ? Il a bâti autour de lui un réseau dont il est le centre. Membre du conseil de surveillance du Monde, président de celui d’Arte, actionnaire de Libération, proche d’Arnaud Lagardère et de François Pinault, il occupe une place médiatique absolument incroyable. Fort de cette position, il peut raconter n’importe quoi sans que jamais cela ne remette en question sa visibilité. Sur sa proximité avec le commandant Massoud, avec la famille de Daniel Pearl, il a multiplié les contrevérités. Par connivence ou par peur, on n’ose pas le contredire si on fait partie du milieu médiatique.

Comment caractériseriez-vous le portrait type d’une « sérial-menteuse », telle que vous la décrivez sous les traits de Caroline Fourest ? Elle est la Marion Jones du débat public : apparence impeccable, bonnes performances, mais qui ne sont pas basées sur l’honnêteté. Simplement, la lutte antidopage est plus efficace dans le domaine du sport que la lutte antimensonges dans le domaine intellectuel. Sa caractéristique principale est d’attribuer à ses adversaires des propos qu’ils n’ont jamais tenus pour s’en offusquer.

En êtes-vous sûr ? Encore récemment, pour répondre au portrait que je dresse d’elle, elle disait que j’avais toujours soutenu “des régimes peu recommandables” (ce qui est plutôt le cas de nombre de ses amis), que je combattais tous ceux qui défendaient la laïcité et le droit des femmes, et elle s’interrogeait par ailleurs de façon calomnieuse sur les financements de l’Iris (en clair, elle sous-entendait que j’étais financé par les pays arabes). Bien sûr elle ne répondait en rien sur le fond à ma démonstration, qu’elle confirmait plutôt par ses propos.

Peut-on dire qu’Israël et l’islamisme sont devenus des facteurs clivants entre intellectuels, notamment à gauche, transformant certains en “faussaires” ? Je n’irai pas jusque-là. Il y a d’autres éléments, mais il est vrai que le soutien d’Israël et la stigmatisation de l’islam permettent une certaine impunité aux faussaires.

Est-il possible, dans les médias, d’échapper aux “vents dominants” ou aux modes intellectuelles ? Malgré un battage médiatique digne des régimes autoritaires, Bernard-Henri Lévy n’aurait vendu que 3 500 exemplaires de son dernier livre. Cela prouve que le public est moins idiot que ne le pense une partie de ces élites faussaires. La connivence ne crée pas forcément le succès. En revanche, elle éloigne une grande partie de l’opinion de ces élites, ce qui est dangereux pour la démocratie. Propos recueillis par Frédéric Pons

Les Intellectuels faussaires, de Pascal Boniface, Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 272 pages, 19,90 €

6 commentaires pour Plagiat: Pascal Boniface ou l’arroseur arrosé (People who live in glass houses shouldn’t throw stones)

  1. Thot Har Megiddo dit :

    Analyse comparative du livre « Les Intellectuels faussaires » de Pascal Boniface – Version allégée – par Yves CREANGE

    http://ycreange.blogspot.com/2011/07/analyse-les-intellectuels-faussaires.html

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  2. jcdurbant dit :

    Merci.

    Désolé: c’est un peu baclé parce qu’après 3 semaines en Israel, je repars en vacances dès demain matin …

    Petit quiz rapide:

    qui a déclaré quatre mois avant le 11/9?

    « Je ne crois guère au développement d’un terrorisme de masse. (…) Je ne pense donc pas, contrairement à certains, que nous verrons des actes terroristes entraînant des milliers de victimes. »

    Question subsidiaire:

    L’auteur de cette estimation qui, on le sait, fut quelque peu démentie par les faits, a-il « volontairement menti »?

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  3. Thot Har Megiddo dit :

    Oui, le « spécialiste » Boniface, avec autant de succès qu’Adler, qu’il critique.

    J'aime

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